CHAPITRE V. — JANVIER
pçur relever des ruines romaines. Il y en a de très curieuses, entre autres un théâtre. Il y a là les restes d'une immense ville. J'ai fait manœuvrer le second bataillon du 17» léger. Son commandant, M. de la Raiterie, n'a pu même faire les commandements pour former le carré, étant en bataille.
Une des plaies de notre armée est l'incapacité d'une masse de chefs de bataillon. Il est vrai que le colonel Duvivier ne l'a pas pu non plus, malgré toutes ses prétentions à être un homme supérieur en tout; il est dans l'impossibilité de faire exécuter le moindre mouvement à ce bataillon; j'en ai pris alors le commandement; je suis resté deux heures à Guelma, je suis revenu par un sentier charmant sur le bord du vallon, au milieu d'une colline couverte d'oliviers sauvages et d'ifs. Nous avons repassé la Seybouze à un gué où nos chevaux étaient obligés de sauter de rocher en rocher. J'ai rencontré la colonne, qui était dans le plus grand désordre, les soldats marchant par deux, la baïonnette dans le fourreau. Je l'ai devancée pour arriver au camp de Mjez-Ammar, qui protège le passage d'un bon gué sur la Seybouze.
Le lieutenant-colonel Dorhac du 12° de ligne, espèce de fou, commande ce camp; il a inventé de faire bivouaquer les troupes en dehors de l'enceinte. J'ai fait entrer celles du convoi, après les avoir fait serrer en masse, et je leur ai fait un énergique discours. J'ai mis quinze jours aux arrêts de rigueur le chef de bataillon Du Frenay, et je l'ai renvoyé à Bône, faisant prendre le commandement du bataillon à un capitaine de grenadiers; j'ai infligé quinze jours d'arrêts aux lieutenants du génie et de l'artillerie pour s'être laissé enlever des chevaux. J'ai donné à dîner au lieutenant-colonel Dorliac et à plusieurs officiers, dans des baraques en feuillages qui ont été construites pour le duc de Nemours. J'ai couché dans une tente qui a été préparée pour lui. Nous sommes au 21 janvier, et il y a des gazons très verts, des oliviers et des ifs magnifiques. Quatre cents kilos de sel pris à ce camp remplacent celui qui a fondu par la pluie.
Un caïd est venu m'offrir des poulets et une foule d'autres choses; des officiers m'ont raconté qu'il serait désespéré et
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qu'il regarderait comme un acte de mépris de les lui refuser. J'ai chargé mon interprète de lui exprimer ma reconnaissance de son bon vouloir, mais que i'ai pris le commandement supérieur avec l'intention de rendre justice à tous et de ne recevoir de présents de personne. Ce pauvre diable, au lieu d'être choqué, m'a paru enchanté de garder la volaille dont il s'était cru obligé de me faire hommage.
Avant de partir pour cette expédition, j'ai demandé au sous-intendant de me faire connaître le nombre de mulets auxquels j'avais droit. Je n'ai pu obtenir d'autre réponse à une question aussi simple que : « Tous ceux dont vous aurez besoin. » Je me suis fait alors présenter le tarif, et j'ai lu : rois. J'ai refusé d'en prendre davantage; j'en avais besoin de quatre pour traîner la calèche qui porte mon secrétaire Casanova et mes provisions; j'ai acheté ce quatrième mulet; la chose était inusitée, cela a paru extraordinaire.
Il n'y a pas de bois de Mjez-Ammar à Constantine; chaque homme a été muni, en partant de ce camp, d'un petit fagot de bois, d'un bâton et de sept iours de vivres. Je donne un ordre pour régler la marche du convoi (1).