‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 85 sur 231 · CHAPITRE V. — JANVIER 1838. loi · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — JANVIER 1838. loi

du matin. A midi, nous étions à douze kilomètres plus loin, au Ras-el-Akba. Là cessent les arbres; on marche dans des vallées resserrées et sur des collines vertes ornées de chardons; on voit de loin en loin quelques terres labourées par les Arabes. J'ai fait halte au ruisseau de Ras-el-Akba, avec l'avant-garde, puis je l'ai envoyée avec les cuisiniers des divers corps pour aller tracer le camp de Sidi-Tamtam, qui est à vingt-cinq kilomètres de Mjez-Ammar. Le cheik de Rasel-Akba est venu me faire des excuses de ce qu'il n'apportait pas de vivres au convoi, n'ayant pas été prévenu. Je lui ai répondu que cela n'était pas dans son traité, mais que s'il voulait une autre fois apporter de l'orge et amener des bestiaux à Sidi-Tamtam, quand on l'avertira, on les lui payerait. Il y a consenti; de cette manière le soldat aura deux jours de vivres de moins à porter pour aller à Gonstantine.

Les voitures n'ont pu arriver à Sidi-Tamtam qu'à huit heures du soir. Nous avons été assaillis par la pluie, et il y avait une boue affreuse dans le camp. J'ai dîné à dix heures du soir; j'avais prié plusieurs officiers, et notre frugal repas a été fort gai. J'ai dormi dans cette fameuse voiture qu'en 1829 on disait ne pas pouvoir aller jusqu'à Villejuif et qui dure encore, accablée sous le poids de mes bagages; elle porte mon secrétaire, car, comme de raison, je voyage toujours à cheval.

23. — Nous avons quitté le bivouac de Sidi-Tamtam à sept heures du matin. Heureusement pour mes pauvres soldats, qui s'abritent comme ils peuvent avec leur couverture, la pluie a cessé.

Le convoi marche serré et en ordre; nous avons aperçu au loin quelques Arabes des tribus ennemies nous observant; des tribus de la province de Bône avec des bœufs et des mouconvoi, ayant ea arrière d'eux un détachement du 3'= do chasseurs.

« Si ime voiture se casse, elle doit se mettre hors de la route et reprendre la ifueue du convoi quand elle sera réparée.

« Des haltes seront faites d'heure en heure. Si on était attaqué, les voitures se serreraient le plus possible, le timon en dedans de la route, et doublwaient les files s'il y avait possibilité.

« Les spahis partiront le 22 janvier, à sept heures du matin, pour Gonstantine; chaque corps ou détachement ne prendra les armes qu'au fur et à mesure qu'arrivera son tour d'entrer dans le convoi. »

tons nous ont rejoints. Ces Arabes vont les vendre à Constantine, où tout est fort cher. Après le dernier passage de l'Oued- Zenati, pendant que le convoi montait le col, des groupes ennemis se sont montrés sur l'extrême gauche. J'ai porté vers eux deux pelotons de spahis et du 3» de chasseurs d'Afrique, les faisant soutenir par un demi-bataillon du 12' de ligne. Ces cinqs cents cavaliers arabes, voyant le convoi bien en ordre, n'ont pas osé l'attaquer et se sont retirés.

Nous avons bivouaqué à huit heures du soir à Heneth- Zenati, après avoir fait trente-deux kilomètres. Le soldat a eu le temps de faire la soupe. A trois heures du matin, deux coups de fusil ont été tirés sur le camp; à cinq heures, les Arabes ont envoyé une autre balle sans toucher personne.

24. — A sept heures du matin, nous nous sommes remis en route. A onze heures et demie, nous étions à un monument élevé par un général romain, dont il reste deux arceaux et une masse de pierre. Les Romains choisissaient bien leurs points de défense; les restes des fortifications de ce peuple le prouvent. Nous ferons bien d'occuper les mêmes. Toujours pas d'arbres. La route suit des vallées étroites encadrées par des collines peu élevées, des montagnes en arrière. Nous avons fait notre grande halte auprès d'un petit ruisseau.

A une heure et demie de la ville, j'ai trouvé le général Négrier et le caïd de Constantine qui venaient au-devant de moi. J'ai pris les devants avec eux. J'étais à trois heures et demie à Constantine, où la garnison m'attendait sous les armes et où j'ai été salué de cinq coups de canon, conformément au règlement.

La situation de cette ville est pittoresque; il y a de l'analogie avec l'Andalousie, et dans le pays, et dans les constructions. Les rues trop étroites ne permettent pas aux voitures d'y entrer. En arrivant, j'ai visité les hôpitaux. Je loge à l'ancien palais du Bey, où est établi le général Négrier. Le caïd, qui a une fort belle figure, a l'air faux; il a su gagner la confiance du général Négrier. Le maréchal Valée a renouvelé dernièrement à cet officier général l'ordre de correspondre directement avec lui, tout en me rendant compte; c'est con-

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