CHAPITRE V. — MARS
tesse, d'attendre que son audience fût terminée, voulant longuement causer avec moi. Après avoir expédié ceux qui avaient des rendez-vous, Son Altesse Royale m'a mené dans sa grande salle à manger, où nous nous sommes promenés en long et en large, après avoir à nous deux dérangé la table pour laisser le passage libre. Cela paraît être son moyen d'exercice. Il est impossible de montrer plus de confiance à quelqu'un que M. le duc d'Orléans ne l'a fait dans sa longue conversation avec moi sur l'armée. Pour ce qui m'est personnel, il m'a demandé où je voulais aller; ma réponse a été : « Dans mon ancien commandement des Pyrénées- Orientales. — Alors, a répliqué le prince, il faudra grossir votre commandement »; et il m'en a demandé les moyens. Au bout d'une heure, notre entretien ne paraissait pas près de finir; on a annoncé le président du conseil. M. le duc d'Orléans, en me disant adieu, a ajouté : « Nous aurons bientôt d'autres conversations. »
J'ai aussi causé longuement avec Madame Adélaïde, sœur du Roi. Elle a un grand crédit sur Sa Majesté.
J'ai dîné chez le Roi; il y avait cinquante personnes. J'ai été présenté par Mme Anatole de Montesquiou à Mme la duchesse d'Orléans; celle-ci est grande, spirituelle, cause volontiers; son accent allemand n'est pas trop marqué; sa tournure est noble, son teint n'est pas beau; elle est, il faut bien l'avouer franchement, laide, mais d'une laideur agréable, si Ton peut parler de la sorte.