La ville et les faubourgs sont venus chez moi
Il y a eu un grand bal en mon honneur à la société maçonnique de rUnion. Il est impossible d'être mieux reçu que je ne le suis à Perpignan; les femmes de la société se sont depuis quelque temps divisées en deux bandes pour jouer à l'écarté; des gains on faisait une masse pour me donner une fête.
25. — Je suis arrivé à Paris à cinq heures du soir. Notre nouvelle maison est rue du Faubourg Saint-Honoré, n» 57. Je suis fort heureux de revoir ma famille.
26. — J'ai été chez le lieutenant général Bernard, le ministre de la guerre. Il a un peu d'embarras de la sotte course qu'il vient de me faire faire pour prendre un commandement de maréchal de camp et d'une division où il n'y a même pas encore un commencement d'organisation. J'ai attaqué franchement avec lui la question de l'indemnité à donner aux officiers de l'armée d'Afrique; il m'a répondu que c'est impossible; je lui ai répliqué vigoureusement qu'il est impolitique de ne pas la leur accorder. Je l'ai entretenu de l'absurde recrutement de l'armée d'Afrique, des exactions de l'administration en Algérie; il en est fâché, sauf à ne pas prendre des mesures pour les empêcher; il laisse tout aller, puis il se plaint de ce qu'on n'obéit pas.
J'ai été à cette assemblée des inspecteurs généraux qui se réunit à Paris. Ils sont maintenant chargés de classer par ordre de mérite les officiers proposés pour des grades supérieurs par chaque inspecteur.
Le ministre seul appréciait précédemment le mérite des candidats des inspecteurs généraux et choisissait. En faisant classer par numéros les candidats, M. Bernard a cru se sauver de la responsabilité des nominations, sans penser qu'il porte par là une grande atteinte à l'autorité royale. Faire nommer des candidats par élection n'a pas le sens commun; on a élu T. m. 11
en conséquence beaucoup de gens trop vieux, suivant l'avis d'officiers généraux, qui n'entendent plus rien à un métier dont ils s'occupent le moins qu'ils peuvent dans leurs commandements. Ils oublient que les officiers d'avenir sont nécessaires à une armée. On ne fait pas de bons chefs de bataillon avec des gens trops âgés, infirmes ou incapables, parce qu'ils ont un bout de campagne.
M. le général Bernard a pris là. il peut s'en flatter, une déplorable mesure, d'autant plus fâcheuse qu'elle durera, et que d'ici à bien des années, elle ne sera pas supprimée. Beaucoup d'officiers généraux y tiendront; cela les flatte d'aller, après l'inspection, à ce qu'ils appellent « le comité » . Ceux qui ont des commandements sont, en général, charmés d'avoir cette occasion de faire un voyage à Paris, à solde entière. Pour qu'on revienne sur cette mesure, il faudra attendre un ministre de caractère, jugeant de l'absurdité de classer des officiers par élection. Celui qui a eu plusieurs inspecteurs a bien plus de chances que celui dont le régiment a souvent été inspecté par le même. Dans l'artillerie et dans le sénie, où les cadres sont restreints, les officiers généraux peuvent connaître tous les candidats. Dans l'infanterie et dans la cavalerie, c'est impossible.
2S. — J'ai eu une audience du Roi. qui m'a demandé ce que je désirais ; j'ai répliqué : » Retourner dans la division des Pyrénées-Orientales j; il m'a répondu : » Je le pensais; nous allons nous arranger pour vous renvoyer en Roussillon, où vous faites parfaitement; de plus, vous connaissez bien l'Espagne, s II m'a entretenu des députés, des dettes, de la liste civile, de l'apanage du duc de Nemours, qui n'est pas encore fixé, et de ce que sa seconde fille n'a pas eu de dot; nous avons aussi causé Afrique, de la nécessité de donner une indemnité aux officiers; Sa Majesté m'en paraît convaincue; seulement, les votes des députés l'embarrassent.
1" mars. — J'ai eu des audiences des ducs de Nemours et d'Orléans. J'ai causé de l'Afrique avec le premier; je suis descendu ensuite chez le second. Le duc d'Orléans m'a fait entrer le premier pour me prier, avec une excessive poli-