CHAPITRE VI. — MAI
<t des détachements des difîércnts corps. Le Roi fait une déclaration datée de Saint-Ouen sur la Constitution.
5. — Nous nous sommes rendus à Saint-()u(în pour escorter Lijuis XVIII et Mme la duchesse d'An.i;ouléme, qui fai.^aicnt leur entrée à Paris.
On s'attache toujours aux /j^ens avec les(|uels on partage des dangers; j'en ai eu une grande preuve aujourd'hui. Ces mêmes gardes d'honneur, forcés d'être soldats, quoiqu'ils eussent satisfait aux lois de la conscription et fourni des remplaçants parce qu'ils appartenaient à des classes aisées, étaient dans le principe exaspérés contre l'Empereur à cause de cette injuste et hrutale mesure; ils avaient fini ])ar lui être entièrement dévoués.
Formant avec deux escadrons lavant-garde de Louis XVIII, on m'a prescrit de faire crier : « Vive le Roi ! • Le premier peloton a répété ce cri, parce que les gardes me craignent; toute la queue de ma colonne a répondu par celui de : « Vive l'Empereur (1)1 »
Le Roi nous passe en revue aux Tuileries. M. le duc de Berry a auparavant distiibué des rubans blancs à tous les soldats. Cela s'appelle la décoration du Lys.
il. — Le Roi nomme ses ministres; le général Dupont reste à la guerre.
1(J. — Le duc d'Orléans arrive à Paris. Le prince de Schwartzenberg donne une fête.
J7. — Le Roi va à l'Opéra, et il est très applaudi.
Los princes de la famille royale ont voulu être colonels généraux; on a donné à ceux qui étaient pourvus de ces titres et sans fonctions celui d'inspecteurs généraux. Le général (jlrouchy a fait à ce sujet une violente réclamation.
2Î. — Le Roi a été reçu au ThéAtre-Français avec de vives acclamations ; on jouait Ilt'raclius et le Legs.
On parle de reformer les gardes françaises, d'y replacer
(i) La plupart sont (•epfin<lant devenus j^ardes du corps. Ces jeunes gens, si drscspérês d'ôlre soldats, ont pris j;oùt au sorvico et font «le bons officiers. Il y eut. (pielijue.s jours après, du désordre causé par le méconteutetuenl des f.,'anlt'8, du nouvel état dr choses; j'y remédiai de mon mieux {Note du maréchal.)
leurs anciens officiers, ayant soixante-quinze à quatre-vingts ans.
Le comte de Blacas est ministre de la maison du Roi et favori de Louis XVIIL Le jeune Lauriston. ayant vingt-trois ans, cinq ans de service, est nommé colonel et placé dans les gardes du corps en formation. j
Nous avons chez nous à loger le général prussien Hake, homme fort poli, d'un caractère facile; comme de raison, lui et sa suite sont nourris à nos dépens.
31. — On tire le canon pour annoncer la signature de la paix. Elle nous réduit à nos anciennes frontières. On pense généralement que ces dures conditions nous assurent une guerre avant deux ans.
3 juin. — La plus grande partie des troupes alliées ont quitté Paris.
4. — Le Roi va au Corps législatif; il crée des pairs. 8. — Le duc d'Angoulême passe la revue de notre régiment et celle de quatre régiments d'infanterie, à Versailles. Le général Grouchy. exilé des Tuileries, est rappelé. i2. — Des processions ont eu lieu à Paris pour la Fête- Dieu; il n'y en avait pas eu depuis bien des années; le Concordat l'interdisait, différents cultes étant exercés dans cette capitale.
Le costume des officiers de l'ancien régime, surnommés les voltigeurs de Louis XIV, se montre à la Cour; ils sollicitent dans tous les ministères, ils sont ridicules. Quatre jeunes officiers, MM. Jacqueminot, de Lawœstine, Lecoulteux de Canteleu, Duchamp, ont inventé de s'habiller comme eux. .Vprès avoir déjeuné dans ce costume au café ïortoni, ils ont été se promener au jardin des Tuileries; ils y ont eu un grand succès.
])u 30 mars 1814 au 1" jiiillet 1815. je pris seulement quelques notes sur un calepin. Je le regrette; des choses fort curieuses se trouvent omises par là.
On donne à l'Opéra la Jérusalem délivrée: il y avait force Anglais, avec leurs petits chapeaux, en uniforme rouge très écourté. On a fait la caricature du favori Blacas en nourrice,