CHAPITRE VI — JUILLET
tenant h; Koi (3n poupon par des lisières. Une autre représente le llui, l'air joyeux, souriant à un poète fort maigre, en habit noir. Sa Majesté accepte la d('(Jicace d'un ouvrage richement r('li('' intitulé : Ilisloire des dix-neuf f/lorieuses années du rèf/ne de Louis XVIII. Le livre est très gros, les feuillets sont blancs. — Le Iloi date ses ordonnances de la 19* année de son règne.
Beaucoup de gens n'ayant jamais servi sont nommés souslieutenants dans les troupes de la maison du Iloi, bleue, rouge ou verte. Sosthène de la Rochefoucauld, qui a passé sa vie à s'amuser à Paris, est sous-lieutenant de mousquetaires avec rang de major dans l'armée. On se moquait de ce qu'il avait pris les épaulettes de colonel de la garde nationale; cela lui a réussi. M. ilumbert de la Tour du Pin a été sous-préfet à Florence et à Sens; on l'a nommé sous-lieutenant de mousquetaires avec le grade de major. Charles de Gontaut est nommé sous-lieutenant des gendarmes de la garde (rang de major : lieutenant-colonel). Bien des gens pensent maintenant que l'état militaire devra être moins pénible, moins dangereux; ils ont un zèle étonnant pour ce métier. MM. de Gramont d'Aster et de Mornay étaient lieutenants dans notre armée, ils sont également majors (lieutenants-colonels dans la maison du Roi). Le comte de La Porterie, capitaine avant la Révolution, a été nommé colonel et chevalier de Saint-Louis (sans avoir servi depuis 1789).
0 juillet. — Le Moniteur du G juillet contient une organisation (lu nouveau Conseil d'Etat conforme à celle de l'ancien régime; l'uniforme bleu, brodé de l)leu de ciel, sous l'Empereur, devient noir, brodé de noir.
On a fait une caricature sur l'ordonnance du directeur grMiéral de police Beugnot, qui défend aux cafés et traiteurs d'ouviir le dimanche de[)uis huit lieures du matin jusqu'à midi, et (pii permet aux apothicaires d'ouvrir leurs boutiques. Un afl'amé, s'étant présenté inutilement à plusieurs cafés et restaurants qu'on voit fermés, reçoit un lavement par la porto ontr'ou verte de l'apHlIneaire. Le tout e<t intitulé ; le Dèjetiner du dimanche.
2o8 JOURNAL DU MARECHAL DE CASTELLANE.
8. — Le Roi a fait une promotion de cent quatorze chevaliers de Saint-Louis, prise partie parmi les officiers de Tarmée, partie dans les gens ayant servi peu de jours avant la Révolution : on leur compte leur temps d'interruption.
9. — Il y a de la cavalerie logée à la Ferté-sous-Jouarre; les soldats arrêtent les passants et les forcent à crier : Vive l'Empereur ! L'armée est très mécontente des officiers improvisés.
14. — Les régiments des gardes d'honneur ont été licenciés à Versailles par le général Excelmans. M. le comte d'Artois avait promis aux gardes des brevets de sous-lieutenants; ils ne leur ont pas été donnés. Ces régiments sont maltraités; les officiers, payés comme la garde impériale, ont été admis à concourir avec ceux de la ligne; cela leur fait perdre moitié de leurs appointements, sans espoir d'être placés en pied, le travail de la plupart de ces régiments, dont le nombre est réduit, étant terminé (1).
Des promotions d'officiers généraux pris parmi les émigrés ont lieu chaque jour. On leur compte pour activité le temps passé chez eux ou en émigration, depuis la Révolution.
Le comte Just de Noailles, âgé de trente-quatre ans. fils cadet du prince de Poix, est nommé ambassadeur à Saint- Pétersbourg; il est mari de Mlle de Périgord, nièce du prince de Talleyrand. Voici comment s'y est pris auprès du Roi le prince de Rénévent pour obtenir cette ambassade pour son neveu. Il a exposé à Sa Majesté que l'empereur Alexandre lui
(l)Lcs colonols-majors prétendirent au rang supérieur, comme faisant partie de la garde impériale; ceux qui s'en soucièrent obtinrent le grade de maréchal de camp, nom substitué à celui de général de brigade. MM. de Pauge et de Mathau, créés sans anciens services colonels-majors, en qualité de chambellans de l'Empereur et de commandants de garde d'honneur du département, furent nommés maréchaux de camp. J'aurais pu l'ôtro comme eux, je ne le voulus pas, exaspéré que j'étais par tous les grades donnés par Louis XVIII, dans les maisons bleue et rouge, où l'on improvisait colonels des gens n'ayant jamais servi, et qui ne pensaient pas jtlus aux Bourbons avant leur arrivée que nous. Nous ne savions des Bourbons autre chose, sinon que, dans l'ancieu régime, les souverain» de France portaient ce nom; seulement, ces iidèles serviteurs se promenaient au bois de Boulogne, pendant que nous nous battions. {Note du maréchal.)