‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862Chapitre 104 sur 196 · CHAPITRE Vf. — SKPTKMnni: 18U · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vf. — SKPTKMnni: 18U

géncîraux et supérieurs de la créatiuri du Koi font baisser le prix des épauiettes; ils me donnent envie de mettre un habit habillé au lieu de mon uniforme.

Mme Charles de Damas, femme du pair, est de ce qu'on appelle les purs, c'est-à-dire des dévoués aux volontés des ministres. Mme de Ilohan, grande puriste royaliste, lui disait, pendant une discussion à la Chambre : « Il y a une chose terrible pour nous, madame. Nous ne parlons pas; nous n'en avons pas l'habitude. M. de Damas, par exemple, a les meilleures intentions du monde; eh bien! il ne peut pas dire un mot. • Sur quoi Mme de Damas a repris, assez embarrassée : « Je vous demande pardon, madame; il a parlé deux fois, mais il n'a pas eu le bonheur de réussir. »

'S septembre. — La bénédiction des drapeaux de la garde nationale de Paris a eu lieu au Champ de Mars. Mme la duchesse d Angouléme a attaché les cravates; Tarchevêque de Reims, Mgr de Talleyrand, les a bénits. Un autre M. de ïalleyrand, le prince, ministre actuel des affaires étrangères, officiait à la première fédération. Le Roi a fait un discours à Monsieur, colonel général des gardes nationales du royaume;. on a remarqué cette phrase : « Quavec de pareilles troupes les etinemis pouvaient venir, qu'il ne les craifjnait pas. » .Monsieur a répliqué au Roi qu'il lui répondait de la lidélité des gardes nationaux.

Le prince de Condé a souvent des absences, on a annoncé fhez lui le prince de Rénévent. Il s'est seulement rappelé que c'était un ministre influent, et, en parlant des affaires de l'État. il lui a dit : « Vous qui avez du crédit sur le Roi, ne pourriezvous pas dire à Sa Majesté qu'elle devrait chasser l'évêque d'Autun qu'elle a auprès d'elle? . M. de Talleyrand, fort déconcerté, a tùché d'abréger sa visite.

Le Corps lé-islatif a voté le budget : limpot foncier est augmenté d'un tiers. Labbé de Montesquiou oflVe des souspréfectures pour leurs parents à tous les législateurs. Un membre en a obtenu une pour son fils encore au collège; un autre député a été fait maréchal de camp. Le Corps législatif a voté le payement des dettes du Roi, sur le Trésor royal; elles se montent, dit-on, à cinquante millions. La liste civile,

sans la maison militaire, a été fixée à vingt-huit millions; les

princes ont chacun deux millions.

i3 Le Roi a accordé aux nouveauxpairs. n'ayant pas d appointements, des pensions de 15 à 25,000 francs, après le vote sur la liberté de la presse. Ils se sont montrés reconnaissants à leur séance du 13; les pairs, par un amendement, ont décidé que la liste civile serait de soixante millions, y compris la maison militaire; qu'elle serait payée du 1" avril, jour de la Restauration, au lieu du 1" juillet. Le Corps législatif a repoussé cet amendement.

Le marquis de Rivière aété fait maréchal de camp, commandeur de Saint-Louis, puis on Ta nommé ambassadeur à Constantinople. Il était aide de camp de Monsieur. Le comte Jules de Poliiînac. colonel de la nouvelle fabrique comme le général de Rivière, a été envoyé à Munich; M. de Trogoff, aide de camp de Monsieur, a été nommé ministre à Stuttgard. Cela namuse pas ceux qui suivent la carrière diplomatique, de voir toutes les places données aux émigrés.

20.— Le Roi se rend en grande pompe au Champ de Mars, pour distribuer les drapeaux aux troupes de la 1- division militaire. Le Journal général de France contient la fort drôle chanson suivante :

Modèle de pétition, ou le Solliciteur modèle. Air : N'en demandez pas davantage.

La paix est enfin de retour, Du bonheur Louis est l'image.

Je brillais jadis à la cour.

Et sous le Régent j'étais page.

Modèle des rois.

Donnez-moi la croix, Et je n'en veux pas davantage.

La pèche et la chasse autrefois Étaient à mon unique usage.

Je punissais mes villageois Pour le plus léger braconnage.

Rendez-moi mes droits,

Rendez-moi mes bois.

Et je n'en veux pas davantage.

CHAPITRK VI. — OCTDinUC 1814. 263

D'une bonne éducation J'ai trop né^'ligé l'avaiila^'n; Pourtant je sais si^Mier mon nom, Et j'ai du zèle et du coura^çe;

Or, je vais au fail.

Nommez-moi préfet, Et je n'en veux pas davantage.

Sire, j'ai quatre fils vivants, (lincj filles propres au mariage, Huit neveux remplis de talents, Et ma femme est de haut parage.

Nous vous aimons tous,

Enrichissez-nous, Nous n'en voulons pas davantage.

23. — Mme de Gastellane est accouchée d'un garçon; nous le nommons Henri.

Monsieur et M. le duc de Berry, dans leur tournée en France, donnent tant de croix de Saint-Louis et de la Légion d'honneur, qu'on n'ose plus les mettre dans le Moniteur.

M. le duc de Berry avait défendu de laisser monter dans les voitures de suite roflicier aux iiurdes, courant la poste à sa portière : « Je le souffrirais, disait-il, dans le cas où il se casserait la jambe. » L'événement est arrivé; l'officier s'est cassé le bras. Le préfet de Strasbourg, l'estimable M. de Lezay, excellent administrateur, très aimé dans son département, s'est tué en voulant le suivre; une femme a été écrasée, trois gendarmes ont eu les bras cassés. Le duc de Berry a fait plusieurs sorties ridicules, entre autres une à Metz, à l'école du génie, une autre à un colonel à Nancy. Ce prince est étourdi de son pouvoir; il fait cent sottises; il ressemble à un étudiant sortant du collège, tout étonné d'avoir sa liberté.

9 octobre. — Par ordonnance du Roi, j'étais nommé colonel du 2« régiment de lanciers de la Reine. M. le duc de Berry, mécontent de ce que le ministre de la guerre n'avait pas suivi exactement ses indications, a bouleversé le travail. Nommé successivement au commandement de deux régiments, je ne suis en possession d'aucun. Je suis loin d'être le seul colonel dans ce cas. Toutes les objections du monde n'ont pu faire

varier ce prince; à chaque chose qu'on lui objectait, il répondait : « Javais fait un travail différent, on ne devait pas s'en écarter. » Quant à moi, il était si bien informé quil croyait que j'avais servi uniquement dans les gardes d'honneur. Il est inouï que les ordonnances du Roi aient besoin de la confirmation de M. le duc de Berry. Le ministre responsable a été obligé d'en passer par où ce prince voulait. Il est fort entêté, extrêmement colère, croyant singer l'Empereur (qui était grossier seulement quand il croyait politique de l'être). Cela ne lui donne pas le talent de Napoléon.

Le Roi signe tout ce qu'on lui présente.

j[Q^ Le duc de Berry a pris, à son audience, mon père à part, lui faisant une scène des plus ridicules de ce qu'il ne s'était pas adressé à lui afin d'obtenir un régiment pour moi. et de ce qu'il en avait parlé directement au ministre de la guerre : « Je croyais et je crois encore, a repris mon père, que cela regarde le ministre du Roi. J'apprends à l'instant qu'il en est autrement, et jç ne le comprends pas. » Le prince a répliqué : « Il va vaquer sept régiments dans mes armes; votre fils n'en aura aucun. J'ai consenti à ce qu'il fût à la suite. » A quoi mon père a riposté : « Mon fils n'y consent pas, il entre dans les housards. — Tant mieux! a-t-il dit. cela m'en débarrasse. » Et là-dessus il est parti. Il est impossible de voir un prince plus sot; il est fou, un peu furieux. Le colonel Gourgaud était à cette audience; le duc de Berry lui a dit : t Je vous ferai casser la tête. » (On prétend qu'étant gris et dînant avec quelques jeunes gens, Gourgaud a bu à la santé de l'Empereur.) On devrait mettre à l'ordre de l'armée que M. le duc de Berry dispose des emplois dans les chasseurs et les lanciers, afin que les officiers en soient instruits. Jusqu'à présent, la place de colonel général en France avait été sans

fonctions.

Ma belle-mère Castelianc a eu une audience du Roi; elle lui a expliqué mon affaire, en adoucissant les termes de M. le duc de Berry. Sa Majesté lui a répondu : « Soyez tranquille, madame, j'arrangerai cette affaire-là; soyez tranquille, madame, vous serez contente. » Le Roi est faible: il y a à

C II A P IT I{ K VI — OCTOnHK 1814. 205

parit'i «jn'il iTru pailcra iiK^ine pas à M. !•• duc de Berry,et je resterai (|m'lqii(; temps sans régiiiHMil. L<* loyal M. de la Ferioniiays, prtMiiier gentillioinine de ce prince, son ami d'enfann', r>t an di'-^r'spoii- de tout cela, et s'en m<^le en vain.

La ct^lèbre actrice an;^laise niistress Siddons est à Paris; elle va dans le monde, ce qui étonne en France, où il n'est pas dans les usa^'es de recevoir dans la société les artistes di'amatiqiM*^.

Un soldat d'un rj'^iment en garnison à Paris avait une croix d'EspairiK' : il a demand»» à M. le duc de Herry. visitant la caserne, la cioix de la J^»''.^^ion d'Iioimeur, en remplacement de celle qu'il peidait. Ce prince lui a réj)ondu : « Vous l'aurez quand Jîonaparte reviendra sur le trône • : et il a distribué à tort et à travers des croix aux autres soldats.

19. — J'ai rencontré un carabinier du 15* léger, nommé François Blard, aveugle, rentrant des prisons. On ne voulait pas le cecevoir aux Invalides; cela m'a révolté. A force de mouvement au ministère de la guerre, j'ai été assez heureux pour l'y faire entrer dans la journée.

M. le duc d'Orléans avait sollicité pour moi le commandement de son régiment de housards; il ne l'a pas obtenu. Je suis placé à la suite des housards du Roi, commandés par le comte Oudinot, de beaucoup mon cadet; il a été nommé colonel depuis la Restauration. Je trouve cela plus ridicule et plus piquant. Je suis bien dédommagé par l'opinion publique du dégoût que M. le duc de Rerry m'a procuré.

Mon père est nommé commandeur de la Légion d'honneur et moi olficier. Cette croix d'oHicier a été donnée depuis la Restauration à tous mes cadets. On l'a rendue commune.

20. — Il y a eu une petite guerre î\ Monceaux. Des soldats avaient des balles dans leurs fusils; un homme a été tué, plusieurs blessés. M. Gabriel Delessert, qui s'y trouvait en amateur, a eu un cheval Uu\ Les vainqueurs avaient à leur tète le duc d'Angouh^me; les vaincus, le duc de Rerry. Ce dernier, ne voulant en agir qu'à sa tôte, a dérangé les manœuvres convenues et en a fait de ridicules. Le hasard a voulu que

2GG JOURx\AL DU MARÉCHAL DE CASTELLANE.

plusieurs balles aient sifflé à ses oreilles. Le duc de Berry aurait, dit-on, donné des coups de plat d'épée à Meyronnet, du l*"" de chasseurs. Le major avoue que son cheval en a reçu, et que le prince lui a mis la pointe de son épée sur la poitrine. 11 a traité le colonel Robert et le major Villate de f... gredins, qu'il ferait périr en prison parce qu'il ne les trouvait pas bien placés; le général Mensiau, de gros cochon. Le capitaine Morel, du 4" de housards, ayant voulu emmener des pièces de canon que le duc de Berry avait fait avancer jusqu'aux tirailleurs, ce prince lui a dit : « Je vous ferai mettre aux fers et fusiller. » M. le duc d'Orléans commandait la réserve. Ce prince se fait aimer par sa politesse, ses bonnes manières; il a de l'esprit, de l'instruction.

21. — Il y a, dans le Moniteur , un bulletin ridicule de la petite guerre de Monceaux; M. le duc de Berry s'est couvert de gloire, a montré un grand coup d'œil...

L'ambassadeur d'Espagne a fait arrêter par un commissaire de police, à Paris, un des Mina, qui s'était sauv^ d'Espagne. Ces deux Mina sont des chefs renommés des bandes de la Navarre, ayant fait bien du mal aux armées françaises pendant la guerre d'Espagne. Mina, partisan de la constitution des Cortès, est opposé aux sottises actuelles de Ferdinand.

Le Roi a fait relâcher Mina, a destitué le commissaire de police. Indignée de ce qu'on avait ainsi violé le droit des gens dans ses États, Sa Majesté a fait venir M. de Castel- Florès, envoyé d'Espagne, et lui a tenu le discours suivant : « Je ne vous reconnais plus, monsieur, de caractère diplomatique; je vous regarde comme un Espagnol voj'ageant en France. Louis XIV a dit : « Jai toujours été maître chez « moi et quelquefois chez les autres, ne m'en faites pas sou- « venir. » Je ne puis pas dire la même chose, mais je serai maître chez moi. »

26. — Le Roi et Mme la duchesse d'Angoulème ont tenu sur les fonts de baptême Louis-Gharles-Philippe-Raphaël, duc de Nemours, fils du duc et de la duchesse d'Orléans, né hier.

CHAPITRK VI. — NOVKMBRK 1814. 207

28. — Les bals de chaque semaine du duc de Wellington sont des raouts anglais. Hommes et femmes sont debout; chacun se promène en se poussant pour avancer; on y étouffe. Les Anglaises aiment beaucoup à se placer dans les portes pour voir passer; il y en a d'affiiblées de costumes bien ridicules. Le duc de Berry est venu à celui d'aujourd'hui. La duchesse de Wellington fait les honneurs de chez elle du mieux qu'elle peut; elle est petite, assez jolie. Le duc de Wellington, d'un esprit plus solide que brillant, est grand et a une belle figure.

La reine Ilortense habite Saint-Leu; la voiture de mon père a versé, en revenant de chez elle; il s'est fait peu de mal.

8 novembre. — Le prince de Talleyrand a remis au congrès une note s'opposant à l'agrandissement des puissances; il a demandé, dans le cas où elles voudraient s'arrondir, la Belgique pour la France. Nous avons quatre-vingt mille hommes sous les armes, pour tout potage; cette note n'a produit autre chose que des articles des papiers allemands et anglais, où l'on raconte qu'elle a été reçue par le congrès avec une indignation méritée, que la France doit être éminemment pacifique et tenue dans l'humiliation.

15. — J'ai rencontré chez le ministre de la guerre le marquis Eugène de Montmorency; j'ai été stupéfait de lui voir les épaulettes de maréchal de camp. On se moquait, à l'arrivée du Uoi, de ce qu'il avait pris les épaulettes et l'uniforme de colonel de dragons sans avoir servi. Cela lui a réussi; il a reçu un brevet de maréchal de camp daté du mois d'août dernier, du jour de la Saint-Louis. Il prétend avoir vingt-deux ans de grade de colonel ; il a exercé commodément ces fonctions à Paris et dans ses terres. Voilà une armée bien arrangée; il suffit maintenant de n'avoir rien fait pendant vingt ans pour obtenir des grades, pour la raison que, sans la Hévolution, ces messieurs seraient maréchaux de camp, lieutenants généraux, etc.; mais s'ils avaient fait la guerre avec nous, ils seraient moins nombreux! On se plaint du mauvais esprit de l'armée. Je la trouve, moi, très patiente de souffrir pareille chose; s'il y avait liberté de la presse, on n'oserait

208 JOTRXAL DU MARECHAL DE CASTELLAXE.

pas faire de semblables nominations; elles seraient signalées le lendemain dans tous les journaux.

M. Raynulphe d'Osmond, nommé, sans avoir servi, chef d'escadron aide de camp de son père, ambassadeur à Turin, vient d'avoir la croix de la Légion d'honneur. Il est fort jeune: s'il était entré à dix-huit ans au service et qu'il se fût distingué à la guerre, c'est tout au plus si, sous l'Empereur, il aurait obtenu ce grade.

Monsieur, à son passage à Besançon, n'a pas voulu voir l'archevêque Ducos, parce qu'il a été prêtre constitutionnel; cela a été impolitique. Le préfet de Scey..., royaliste pur, placé par M. le comte d'Artois à son arrivée en France, a défendu à l'archevêque Ducos de se rendre à la cathédrale, où Monsieur devait entendre le Te Deum. L'archevêque a répondu : « Je n'irai pas chez Monsieur s'il ne veut pas me recevoir; mais la cathédrale est mon domicile, rien ne m'empêchera de m'y rendre. » Sur ce, le préfet de Scey... a envoyé des gendarmes le garder chez lui. Cet archevêque a adressé une pétition à la Chambre des députés.

Le ministre par intérim de la marine, M. Ferrand, s'endort lorsqu'on lui présente un rapport un peu long. Il loge à l'hùtel des Postes, dont il est le directeur général. Le chevalier de Pannat, secrétaire de l'Amirauté, disait plaisamment à cette occasion : « IM. Ferrand couche aux Postes et dort à la Marine. »

La baronne Dubourg nous a gratifiés d'une poule au riz pour le mariage du marquis de Yarambon son neveu, receveur général. Le valet de chambre qui servait ce beau festin était vêtu en abbé et portait l'ordre du Lys.

30. — Le Roi devait aller à l'Odéon: le duc de Raguse reçut un billet anonyme lui annonçant que le Roi et la famille royale devaient être enlevés, en allant ou en revenant du spectacle, par quatre cents hommes dirigés par le lieutenant général Freyssinet. Le maréchal Marmont, capitaine des gardes de service, se rendit sur-le-champ aux Tuileries, communiqua le billet au Roi. Sa Majesté, après l'avoir lu. lui dit : « Ceci ne me regarde pas: vous prendrez les précautions que

CFrAPITRP: VI. — DKCFMI5RE iHM. 209

VOUS jugerez nécessaires, c'est votre affaire; pour moi, j'ai annoncé que j'irais à l'Odéon, et j'irai. » Le maréchal Marniont courut chez le directeur de la police; les perquisitions n'apprirent rien. On prit des informations assez directes chez le général Freyssinet; il ne tarda pas à en deviner la cause. Il avait la jaunisse, s'était administré un vomitif le matin; il n'hésita pas néanmoins à se rendre chez le ministre de la guerre, pour protester de son innocence etalïirmer que l'écrit l'accusant était l'œuvre d'un infâme calomniateur. On fit doubler les postes; les avenues de l'Odéon furent occupées aussitôt après l'arrivée du Roi par dix-huit cents hommes d'infanterie et un escadron de chacun des quatre régiments de cavalerie en garnison à Paris. On distribua des cartouches dans les casernes; les régiments furent consignés, prêts à marcher; la cavalerie eut ses chevaux sellés; les gardes du corps du guet furent mis sous les armes, et on fit venir les grenadiers à cheval de Sèvres; six mille gardes nationaux furent commandés par le général Desolles. Rien n'a indiqué que la tranquillité publique aurait été menacée. Des ennemis du duc de Raguse voulaient lui ménager une mystification; elle a réussi au delà de leurs espérances.

3 décembre. — Par ordonnances du 3 décembre, le comte Beugnot est nommé ministre de la marine; M. d'André, exconstituant, le remplace à la direction générale de la police : le maréchal Soult, duc de Dalmatie, est nommé ministre de la guerre. Il n'y a aucune politesse pour le comte Dupont; on ne parle pas de lui dans l'ordonnance qui nomme son successeur.

Le général Dupont a été fort étonné, lorsque le duc de Blacas est venu lui demander son portefeuille. Le Roi l'avait traité à merveille, la veille au soir. On l'a nommé, pour le dédommager, gouverneur de la 2:2" division militaire.

iO. — Les journaux publient que le duc de Dalmatie travaille tous les matin, dès six heures, avec ses chefs de division; les commis de la guerre ont reçu l'ordre d'être à leurs bureaux à huit heures, jusqu'à ce que la besogne soit à jour.

M. le romte Daiii. ministre secrétaire d'Etat après M. Maret,

SOUS l'Empereur, homme probe, capable et instruit, est nommé intendant général de l'armée.

16. — On ordonne la formation d'un régiment colonial étranger, où seront placés les militaires espagnols et portugais, à la solde de la France, qui seraient en état de servir.

La chapelle du Roi est nommée : M. de Talleyrand, archevêque de Reims, ayant été auprès du Roi en émigration, est grand aumônier. Il exerçait cette charge depuis son retour. L'archevêché de Reims n'existant plus d'après le Concordat, on s'étonne de lui voir donner cette qualité dans une ordonnance royale.

Le lieutenant général comte Roger de Damas est nommé gouverneur de la 19' division militaire, chef-lieu Lyon. Rentré en France avec Monsieur, il a beaucoup servi dans les armées étrangères; il commandait les troupes du roi de Naples Ferdinand, lorsque les Français se rendirent maîtres de ce royaume. Le duc de Gramont, capitaine des gardes du corps, rentré d'émigration avec le Roi, est nommé gouverneur du département des Basses-Pyrénées, place créée pour lui. sa famille étant originaire de ce pays; il a la réputation d'être fort bête. Le iViaréchal Suchet, duc d'Albuféra, est nommé gouverneur de la 5" division militaire, Strasbourg. Ce choix plaît à l'armée. Le maréchal Augereau passe du gouvernement de la 19' division militaire, à Lyon, à celui de la 14% à Caen. Ces fonctions de gouverneur se réduisent à rien, si on ne leur donne pas de lettres de service pour commander la division; cela vaut de gros appointements.

Le maréchal prince de Ligne est mort à Vienne, le 13 décembre; il a conservé son esprit, ses saillies, son amabilité jusqu'au dernier moment. Il était dans sa soixante-dix-neuvième année, également recommandabie comme brave militaire et comme littérateur distingué. Ses Fantaisies et préjugés militaires sont un ouvrage charmant: c'est le soldat pris sur le fait. On doit nos meilleurs ouvrages français sur le militaire à des Allemands, tels que : le grand Frédéric, le maréchal de Saxe, le prince de Ligne. C'est singulier.

Page 1