‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862Chapitre 146 sur 196 · CHAPITRE IX — DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX — DÉCEMBRE

riche par lui-même, aura par sa femme, née Roy, une des plus grosses fortunes de France. Leur maison rue de Bondy est belle : on ne conçoit pas, dans leur position, qu'ils consentent à loger aussi loin: cela n'est commode ni pour eux, ni pour les autres.

Le comte de Gastella, Suisse, donnait des soirées. Là, la danse était accessoire; la salle d'un creps desservie par la banque des jeux absorbait la majorité des assistants. La duchesse de Luynes, le comtesse de Balby étaient, comme de raison, à leur poste à côté du tapis vert.

On avait fait une caricature de M. Decazes en grand habit de ministre, brodé sur toutes les tailles: il amenait au Hoi une belle femme toute nue, ayant pour unique vêtement un bonnet sur lequel était écrit : « Charte. » M. Decazes disait au Roi : t Sire, il est nécessaire de la violer. — Hélas ! reprenait Sa Majesté, cela m'est impossible. »

Le nouveau règlement du 13 mars 1818 sur le service intérieur des troupes fut le sujet de bien des controverses. Les uns trouvaient qu'il établissait un système de division de l'autorité première, et qu'il ne pouvait être admis: une constitution libérale est désirable dans un État, mais elle ne peut être applicable à la police intérieure d'un régiment. D'autres disaient qu'il y avait urgence à fixer d'une manière positive les devoirs de chaque grade.

Le petit règlement du :21 janvier 1792, basé sur d'excellents principes de discipline, n'avait pas voulu tout prévoir. La division des choses y était meilleure: les officiers étaient tenus de se trouver chaque jour au quartier à la parade; c'était le seul moyen de s'assurer de leur présence, de leur tenue régulière, puis cela les habituait à se voir chaque jour et contribuait à l'esprit de corps.

Le maréchal Saint-Cyr n'avait jamais été colonel: c'est un malheur pour une armée d'avoir un ministre de la guerre qui n'ait point exercé ce grade.

On multipliait à tort les inspections; d'abord il y en avait une préparatoire par un maréchal de camp, puis une définitive par un lieutenant général, .\vant la Révolution, les corps

étaient inspectés une fois dans la même année, par un lieutenant général ou par un maréchal de camp. On comptait, en 1787. vingt-six inspecteurs, dont quatorze pour les cent deux régiments d'infanterie; les six premiers étaient lieutenants généraux, les huit autres maréchaux de camp; il y en avait douze pour les soixante régiments de cavalerie. Le premier était lieutenant général. Les inspecteurs doivent, d'après le règlement du 13 mai 1818 lui-même, punir Fauteur de toute plainte contre le supérieur quand elle est reconnue injuste. Je ne sais si leur instruction secrète le leur défendait; mais les inspecteurs ne le faisaient pas sous le maréchal Saint-Cyr. Cette manière d'agir est sujette à de graves inconvénients: mettre ainsi les officiers dans la dépendance de leurs soldats, le chef de corps à la merci de ses officiers, est contraire au bien du service.

On pourrait employer beaucoup d'officiers généraux si le budget de la guerre le permettait; un petit nombre suffit en temps de paix. On se tromperait si on croyait prouver leur utilité en leur faisant jouer dans les régiments un rôle de petite police, contraire à leur considération; parce que le Roi a confié le commandement d'un régiment à un homme, il ne doit pas, par là, être de droit en état de prévention.

Le devoir des inspecteurs est de juger par eux-mêmes si on s'est conformé aux règlements, d'examiner l'instruction, la comptabilité, la capacité des officiers et celle du chef de corps. De lui surtout dépend que le régiment soit bon ou mauvais. L'inspecteur ne doit donc pas balancer à proposer le remplacement d'un colonel, s'il ne vaut rien; il doit de même fortifier de tous ses moyens l'autorité d'un bon chef de corps. Le jour où les troupes n'obéiraient plus à leurs colonels, le Roi n'en serait plus le maître. Le premier besoin du pays est d'avoir des troupes obéissantes; mieux vaudrait ne pas en avoir du tout que d'en avoir de délibérantes.

Sous le ministère d'alors, chaque régiment était mis deux fois aux assises par an : une session présidée par un maréchal de camp, l'autre par un lieutenant général. Un abus réel ou apparent était-il découvert, certains inspecteurs étaient

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enchantés; cela faisait un beau rapport au ministre de la guerre, prouvait leur capacité, et ils se gardaient bien de parler de ceux qui étaient empêchés par le colonel. lîonaparte voulait des masses obéissantes. Les colonels avaient toute autorité; il en est résulté de bonnes et belles troupes.

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