CHAPITRE IX — DECEMBRE
nous hébergèrent. Nous visitâmes les bâtiments du bagne, où il y avait trois mille forçats clans quatre salles : un housard nommé Donau, âgé de vingt ans, condamné à six ans de fers pour vol d'une chemise à un de ses camarades, à làge de dix-sept ans. se recommanda à moi; il se conduisait bien, j'obtins sa grâce.
Nous revînmes à Pontivy, après avoir visité Morlaix et Guingamp (i); nous partîmes ensuite pour Paris, où nous arrivâmes le 15 décembre.
Lo 20 novembre, M. le comte Decazes. ministre de l'intérieur, favori du Roi, avait été nommé président du conseil des ministres; le baron Pasquier. ministre des affaires étrans^ères; M. Roy, député, ministre des finances: le marquis de Latour- Maubourg, lieutenant général, ambassadeur en Anirleterre, ministre de la guerre.
Il n'était pas question, dans l'ordonnance, du marquis Dessolles, du maréchal Gouvion-Saint-Cyr, du baron Louis, ministres renvoyés. M. de Serre, conservait les sceaux; le baron Portai, la marine. Malgré les divers mérites des nouveaux ministres et leurs capacités, on trouvait que c'était un drôle de ministère.
Le baptême de Mademoiselle, fille de M. le duc de Berry, eut lieu le 16 décembre; on donna à cette occasion, à la cour, Athalie et les Noces de Gamache. La représentation fut brillante.
Le marquis de Latour-Maubourg reçut pour la première fois le 25, en qualité de ministre de la guerre; il y avait foule. Il était aussi timide dans un salon que brave sur un champ de bataille. Les colonels virent avec satisfaction qu'il leur parlait de leurs régiments; le maréchal Saint-Cyr ne s'en était pas donné la peine pendant son ministère.
Les officiers généraux ont demandé — je ne le comprends guère — que d'autres officiers généraux soient employés dans
(1) Ce voyage fut curieux : tout est étrange dans le Finistère. Nous revînmes à I^ntivy, qui est bien le point central de la Bretairno. L'Empereur avait raison de vouloir y créer de grands établissements et d'en faire le pivot des opérations pour la défense des côtes de la presqu'île. [Noie du maréchal.)
les bureaux: cela me semble au-dessous de la dignité de ce grade. Avant la Révolution, les plus grands seigneurs ne trouvaient pas déplacé d'être obligés d'attendre dans l'antichambre de M. de Saint-Paul, premier commis de la guerre. S'en choquer, c'est mal placer sa vanité. On attend chez son dentiste, chez son notaire, chez son avocat, etc.; un officier général peut donc, sans se compromettre, attendre à la porte d'un commis auquel il a affaire. Il y a des inconvénients à ce que ces fonctions soient remplies par des officiers généraux, toujours portés à favoriser ceux qui ont servi avec eux; un officier d'un grade inférieur ne s'explique pas aussi librement avec un officier général qu'avec un chef de bureau ordinaire.
Depuis la Restauration seulement, les officiers généraux et intendants militaires occupent exclusivement les emplois de directeur, nom pris par les anciens chefs de division sous le précédent ministère. M. le maréchal Saint-Cyr, heureusement pour la France, peut se livrer maintenant exclusivement à son goût pour le violon et soigner ses moutons dans le pays chartrain.
Le duc et la duchesse de Berry donnèrent un très beau bal (le Roi n'aimait pas que les princes de sa famille donnassent des fêtes); cela commença par une sauterie d'enfants, qui dégénéra en contredanse de grandes personnes.
En Angleterre, plus il y a de cohue dans une assemblée. plus les Anglais sont contents; ils durent être parfaitement satisfaits d'un grand bal de leur ambassadrice, qui ne laissait rien à désirer sous ce rapport.
La marquise de Lagrange, douairière, donna un bal superbe dans sa maison, rue Grange-Batelière; elle n'allait pas dans le monde, et beaucoup de gens qui ne la connaissaient pas furent invités. On fut surpris de cette fête, où la recherche était portée au point qu'il y avait pour les femmes un cabinet de toilette, avec du rouge, des gants, etc. Cette réunion avait lieu pour l'entrevue de M. Auguste de Lagrange, fils de la marquise, avec Mlle Nathalie de Beauvau.
Le comte et la comtesse de La Riboisière donnèrent des bals: la couleur libérale y dominait. M. de La Riboisière.