CHAPITRE X. — NOVEMBRE
à la place; roflicier envoyé trouva M. Fastoret; il était souvent plusieurs jours caché. Il fit comte M. de Ch..., mais il a fait seulement baron le mari de la maîtresse qui a succédé à celle-là.
M. de Pastorct est fils du pair, le marquis de Pastoret, qui a mis, on ne sait pourquoi, un de devant son nom. Il n'était bruit, à la cour, que des faits et gestes de cet apprenti gentilhomme. Se trouvant pour la première fois derrière le fauteuil du Roi, il cria au duc d'Aumont qui présentait et nommait les dames : « Plus haut, monsieur le duc! » Le Roi se retourna et lui dit : « Monsieur Pastoret, si c'est pour moi, j'entends très bien; si c'est pour vous, c'est différent. » Il est arrivé un jour chez le duc d'Escars, maître d'hôtel présidant la table de service, au dessert. Il a prié de ne pas lui rapporter la soupe. Le duc d'Escars lui a répondu froidement : « Chez le Roi, on ne rapporte jamais rien. » M. Pastoret a dîné avec un pruneau et des marrons. Il a tapé sur le ventre du duc de Duras, en l'appelant : « Mon général. » Ceux qui connaissent la vanité de ce premier gentilhomme peuvent se figurer à quel point il a été scandalisé.
Le grand collège de l'Allier a été convoqué pour nommer deux députés; j'ai été frappé de la singulière figure de plusieurs de ses membres. Parmi ces originaux, il était bien difficile de ne pas distinguer le comte de Lacelles, vicomte de Ghâteauclos. Je l'ai accosté d'un « mon général » gros comme le bras; il m'a répondu : « Vous vous trompez, je ne suis pas « général; ma broderie d'or est celle de l'ordre de Malte, qui « en avait de fort belles. » Cette broderie, qui ressemblait à celle des ofticiers généraux, était sur un collet bleu de roi; il l'avait attachée avec des épingles sur un frac brun fort étriqué, au-dessous duquel pendait par devant un grand gilet jaune; des culottes de soie noire, des bottes à revers complétaient son costume; il avait une petite queue et de la poudre. Ce brave gentilhomme jouit de quinze mille livres de rente; il a servi dans les gardes françaises, est célibataire et habite les environs de Montiuçon.
Lui ayant envoyé une invitation à dîner, j'ai reçu de lui, do
Montluf'on. trois mois après, une lettre d'excuse en tête de laquelle étaient imprimés les titres suivants (1) :
« Montluçon, 4*' mars 1821.
« Léonard-Sylvain, chevalier, marquis, comte de Lacelles, vicomte de Chùteauclos, chevalier de Tordre de Saint-Jean de Jérusalem, ancien officier aux gardes françaises, au comte de Gastellane. »
Je lui ai fait la réponse suivante :
t Moulins, 5 mars 1821.
« J'ai reçu. Monsieur le Comte,, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrirc le 1" mars. Je suis fort sensible, Monsieur le Marquis^ à votre bon souvenir; je regrette que le trop court séjour que vous avez fait à Moulins m'ait empêché de causer plus longuement avec vous...
« Recevez l'assurance de la considération distinguée avec laquelle j'ai Ihonneur d'être, Monsieur le Vicomte^ votre très humble et très obéissant serviteur.
« Le colonel du régiment des housards du Bas-Rhin. »
L'infanterie française a reçu une nouvelle organisation (2), les 94 légions d'infanterie forment : 80 régiments; 60 d'infanterie de ligne. 20 d'infanterie légère ; les 40 premiers régiments de ligne ont été seuls portés à trois bataillons de huit compagnies, les 40 autres en ont deux. Les régiments d'infanterie de ligne sont désignés par les numéros de 1 à 60; ceux d'infanterie légère sont désignés de 1 à 20 ; les noms de ces légions ont cessé de figurer dans l'infanterie.
Le fond de l'uniforme de l'infanterie est redevenu bleu de roi, à la grande satisfaction de l'armée; il était blanc depuis la Restauration. Les collets de l'infanterie de ligne sont écarlates; l'habit droit boutonné et le ])antalon large ont été
(1) Ce passage a c[v ajoute^ en margo du Journal.
(2) Cette mesure a été prise trois ans plus tard dans la cavalerie: les régiments do cette iwuw ont const?rvé jusqu'à cotte époque les noms de départomouts ; on en a reconnu l'inconvéniont dans la cami)agnc d'Espagne, cela allongeait singulièrement les rapports. {Note du maréchal.)