CHAPITRE XI
Hiver à Moulins, sprctaclrs, l)als. — Défaveur de M. Decazcs à son retour d'Angleterre. — Mme du Cayla. — Je reçois l'ordre d'aller à Vichy pour y faire le service auprès de Mme la duchesse d'Angoulêine. — Activité de Mme la duciiessc d'Angoulème. — Mon séjour au|)rès d'elle. — Elle est satisfaite de mon régiment et s'intéresse à lui. — Mes officiers jouent la comédie en sa présence. — Détails sur les personnes de son entourage. — L'abbé Frayssinous, M. Cliarlet, M. de Turgis, etc. — Départ de Viciiy. — Ma querelle avec le colonel Foucauld. — Mort de Napoléon I" à Sainte-Hélène. — Séjour de ma famille à Moulins. — Duel de mon fils Henri. — Je suis nommé commandeur de la Légion d'honneur.
— Passage de Mme la duchesse de Berry à Moulins. — Inspection du général La Rociie-Aymon. — Avancement des officiers à la demi-solde.
— Passage du 20* cl du 16"^ de ligne à Moulins. — Je vais à Paris. — Détails sur le changement de ministère. — Inlluence de Mme du Gayla.
— Mariage d'Anna de Rohau-Chabot avec le comte Joseph d'Estour-
mel. — Retour à Moulins. — Anecdotes sur le marquis de B —
Course à Bourbon- i'Archambault avec MM. et Mmes des Roys et de BressoUes. — Le prince de Talleyrand et la comtesse Tizkyewiez. — Le régiment de Ilolonloho passe à Moulins. — Promenade militaire commandée à l'improviste.
Janvier. — Le baron dOrdonneau, maréchal de camp à Moulins, a reçu Tordre de se rendre à Lyon, commandement plus important; en avant de cette dernière ville, à Saint- Georges, il a sauvé, en 1814, avec sa brigade d'infanterie, par son courage et ses bonnes dispositions, le corps d'armée du maréchal Augereau, mal enfourné. Il est né en 1770. Nous avons regretté cet excellent homme et sa femme, née La Tour du Pin, beaucoup plus jeune que lui; elle ne manque ni d'esprit ni d'amabilité. Il a été remplacé par le baron Romeuf. La société de Moulins l'a vu arriver avec peine, parce qu'il a
été aide de camp du général La Fayette; cela ne nous a pas empêchés d'avoir à nous louer de lui. Son frère, aussi aide de camp du général La Fayette, avait été envoyé à Varennes. et, loin d'avoir contribué à l'arrestation du roi Louis XVL la Reine lui avait adressé des remerciements pour sa conduite en revenant à Paris. Le général llomeuf a cinquante ans; grand, d'une belle figure, il a de bonnes manières.
Il y a à Moulins, pour vicaire d'une paroisse, l'abbé Châtel, jeune prêtre. Je lui ai donné à dîner; il a l'ambition de devenir aumônier de régiment (1).
J'ai passé mon hiver à Moulins, m'occupant de mes housards, jouant la comédie, donnant un bal par semaine: les dames de la ville ont débuté par refuser d'entrer dans notre troupe comique; nous avons été d'abord réduits aux souslieutenants pour les amoureuses. La jolie baronne de Bressolles, propriétaire d'un château voisin, a fini par s'engager pour les jeunes premières; d'autres ont suivi son exemple.
Mme de la TouUe reçoit une fois la semaine dans un salon orné de vieilles tapisseries; en dépit de sa richesse, on y brûle de la chandelle. Un événement tragi-comique s'est passé à l'une de ces soirées : une grande et vigoureuse Mme X... de B..., qui prend force tabac, a eu une attaque de nerfs au milieu du salon; on l'a couchée par terre, où elle gigotait. Un vieux chcvaher de Saint-Louis, partisan de la décence, ne pouvait arriver à baisser ses jupons, (pfclle faisait sauter en l'air avec une dextérité remarquable (elle était très bien faite). On a fini par la porter dans une chambre à droite du salon. Une Mme J..., petite figure chilTonnéc. qui a été jolie, a suivi son exemple ; elle a été placée dans la chambre à gauche et mise dans le lit d'un vieux podagre, maître de la maison. Le transport de ces dames chez elles, sur des fauteuils, a eu aussi son côté ridicule.
Fccrier. — Les otliciers ont. rendu à la salle de si)ectacle un
(1) 11 a été depuis aumônier du 2* réi^inienl des grenadiers à cheval de la ^'arde royale ; je ne nie doutais gnére, à celte épotiue. ^lue je le verrais en 1831 fondateur de rÉi:;lise lran(;aise. primat des Gaulas . d'une relifJiion do son invention, dans latiuelle les oflices se chantaient en français. {Sole du inarëehal.)