CHAPITRE XI — AVRIL
bai de six cents personnes aux deux sociétés qui se trouvaient réunies pour la première fois depuis d8i5.
Mars. — J'ai donné un Ij.iI di'îguisé, masqué; il a fait du bruit dans le département.
Le régiment a reçu une remonte de Clcrmont. Les chevaux d'Auvergne sont excellents pour la cavalerie légère; habitués à être mal nourris dans leurs montagnes, la ration des troupes est pour eux une bonne fortune; au bout d'un an ils ne sont plus reconnaissables; le contraire a lieu pour les chevaux normands, accoutumés à leurs pâturages gras; ils ne fournissent d'ailleurs à la cavalerie légère que des carrossiers manques, ayant oublié de grandir.
L'état alarmant de la duchesse Decazes a forcé son mari à la ramener en France; il est arrivé à Paris le 28 mars et a vu le lloi. Sa Majesté l'a prié de ne plus revenir aux Tuileries. Louis XVIII a poussé le désir de s'en débarrasser au point d'envoyer le duc de Richelieu chez lui pour s'assurer, en voyant Mme Decazes, si l'état de celle-ci empêchait réellement son mari de retourner sur-le-champ à son ambassade.
La faveur de M. Decazes baisse en proportion de la croissance de celle de Mme du Gayla; elle a eu, à l'occasion dun procès de séparation avec son mari, plusieurs audiences du Roi; ces conversations ont donné à Louis XVIII du goût pour elle. Mme du Gayla est belle, spirituelle, fort intrigante, très maniérée; elle a tout ce qu'il faut pour devenir une favorite accomplie.
Avril. — J'ai donné, le 30 avril, un grand repas aux autorités de Moulins, dans un canq) que j'ai établi dans une ile de l'Allier, à la suite d'une petite guerre; cela a diverti la ville. Les housards ont mangé leur soupe aux bivouacs avec une double ration de vin; c'était à l'occasion du baptême de M. le duc de Bordeaux.
Il y a eu aussi pour la même occasion, le 25 avril, une promotion d'officiers généraux. J'avais été averti à temps, et j'avais écrit au ministre de la guerre pour demander à rester housard; je l'ai obtenu, quoique mon ancienneté de colonel me portât au grade de maréchal de camp, qui a été donné à
plusieurs de mes cadets. On a fait douze lieutenants généraux, quatorze maréchaux de camp; le Roi a nommé seize gentilshommes de la chambre en pied et sept honoraires.
20 mai. — J'ai obtenu pour M. de Turckheim, capitaine adjudant-major aux housards du Bas-Rhin, son placement dans ceux de la garde. Je suis très fûché de m'en séparer. J'ai toujours aimé mes amis pour eux. non pour moi : conserver près de soi un officier parce qu'il vous est commode, le priver par là de l'avancement ailleurs ou d'un poste plus avantageux, est de légoïsme mal placé. Jai suivi une méthode contraire, et je m'en suis bien trouvé. M. Henri de Turckheim est fils d'un banquier de Strasbourg, ancien député; il a trente-deux ans; très brave officier, instruit de son métier, ferme, faisant bien servir, plein d'honneur, c'était un excellent adjudant-major.
28. — Je reçois l'ordre de partir avec 100 hommes du régiment, officier non compris, le 31 mai, pour Gusset et villages environnant Vichy, pour y faire le service près de Mme la duchesse d'Angoulème, qui doit y arriver le 2 juin.
29. — Je fais avec les officiers qui partent pour Vichy des visites au général Romeuf, au préfet, au sous-intendant, au maire.
3i. — Nous sommes partis à huit heures du matin de Moulins, par un très beau temps, et nous sommes arrivés à deux heures à Varennes. Nous n'avons pas un seul cheval blessé, quoique la journée ait été longue et chaude.
1*' juin. — Partis de Varennes à huit heures, nous sommes arrivés à Gusset à une heure et demie. La route est très belle et traverse un pays varié; le tableau se termine par les montagnes d'Auvergne. Ginq détachements de dix hommes, commandés chacun par un officier, ont été placés dans les villages environnant Vichy. Je me suis rendu de suite à Vichy, à cheval, pour reconnaître l'hôtel de Madame et le poste à y établir. J'ai dîné avec M. Gharlet. son secrétaire des commandements. Il m'a prévenu que peut-être elle renverrait la moitié du détachement; je compte lui demander de le garder en entier; cela leur fera plaisir à tous de rester, et, du reste, il n'est pas plus que suffisant pour le service.