CHAPITRE XI. — NOVEMBRE
composé de bravos gens : le chef de bataillon M. Lafeuille s'est remué beaucoup pour obtenir de ses soldats de saluer nos officiers de housards. Ce bataillon est vôtu de bleu avec le nouvel uniforme, qui est fort laid; il y a des pantalons de diverses couleurs.
Je donne à dîner au commandant Lafeuille et à plusieurs officiers; Mme de Gastellane. qui était allée à Sarliève, en revient avec nos deux enfants, au moment de nous mettre à table.
26. — Le 2* bataillon du 26% venant de Paris et se rendant à Clermont, arrive avec M. Joseph de Cadoudal, son colonel; ce bataillon est vêtu en blanc, il est bien tenu. Le colonel n'est pas entré avec ce bataillon, parce qu'il voyage en redingote et en casquette, et qu'il n'a pas son chapeau.
27. — Le 3" bataillon du 26« arrive, M. de Barbay, lieutenant-colonel, marche avec ce bataillon; il avait un chapeau, tandis que tous les autres avaient des shakos. Il m'a assuré qu'il était très fâché de l'impolitesse de ses soldats, que cela provient du séjour de Paris, et qu'à Clermont on allait les remettre à la politesse. Je le souhaite pour eux, car vraiment ce sont de très braves gens, auxquels je prends intérêt. Je pense qu'il y a des régiments d'infanterie bien tenus en France, en ce moment, mais je serais curieux, je l'avoue, d'en voir un.
5i. — Nous terminons le travail d'été, nous plaçons des postes depuis l'Allier jusqu'à l'endroit où cette rivière traverse la route de Limoges. Le régiment, outre qu'il manœuvre bien, est parfaitement au fait du service d'avant-postes. Nous entrons dans nos vacances militaires.
Mon père et ma belle-mère Castellane arrivent dans la soirée; ils viennent de leur terre de Sarliève et vont à Paris.
2 novembre. — Le 1" bataillon du 16" de ligne arrive avec le comte d'Alvymare, colonel de ce corps. Il y a eu un grand dîner chez le général Uomeuf. et le soir, chez nous, on a joué le Savetier et le Financier. M. de Villiers s'est surpassé. On s'est extrêmement diverti d'un petit secrétaire de mon père, appelé M. Le Roy, qui avait pris le rôle du financier. Il avait inventé, pour se grossir, de mettre dans sa culotte un oreiller, ce qui
faisait le plus singulier effet possible et ce qui a excité Thilarité de l'assemblée à un point dont on ne peut pas se faire une idée, chaque fois qu'il est paru sur la scène. Le colonel d'Alvymare avait envoyé sa musique, qui est excellente et qui a joué après le spectacle. Mon père et ma belle-mère, pour lesquels on avait arrangé ce spectacle en vingt-quatre heures, se sont fort divertis.
4. — Le 1" bataillon du 16* de ligne passe la revue du sous-intendant. Il était en tenue de route, mais uniformément seulement pour la troupe, car les officiers d'infanterie ont maintenant des habits de toutes couleurs. Ils ont assez mal fait deux ou trois mouvements de maniement d'armes; cela provient de ce qu'il y a beaucoup de recrues. Mon régiment est monté à cheval; il a très bien manœuvré devant le colonel d'Alvymare, du 16% devant lequel j'ai fait faire aussi le maniement d'armes aux housards. Il a été tellement frappé de la manière dont ils s'en acquittent que, dans un moment d'expansion, il m'a demandé si c'est que je voulais lui apprendre son métier. Il est vrai que les housards font beaucoup mieux le maniement d'armes que ce que j'ai vu de son régiment. Cela ne peut pas se comparer.
23. — Départ de Mme de Castellane pour Paris, où je compte la rejoindre.
24. — Je dîne chez M. le sous-intendant, qui me donne un superbe festin à l'occasion de mon départ. Les officiers du régiment sont tous venus individuellement chez moi me témoigner leurs regrets de mon départ. On a répandu le bruit que je passais dans la garde; il n'y a rien de vrai, mais j'ai été très sensible à l'attachement que M.M . les officiers m'ont montré.
25. — Visite de corps des officiers avant mon départ; ils sont ensuite montés à cheval et ont voulu m'accompagner jusque hors la ville.
26. — Je suis arrivé à Paris à sept heures du soir; on s'y entretient de l'adresse très vive des députés, rédigée par M. de Lalau et adoptée par une majorité formée de l'extrême droite et de la gauche.