‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862Chapitre 170 sur 196 · CHAPITRE XI. — DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. — DÉCEMBRE

Mon père est secrétaire de la Chambre des pairs pendant cette session. Le Roi a reçu le bureau, causé avec les différents membres, et plaisanté le chancelier Dambray sur sa manière de faire des enfants.

14 décembre. — Par ordonnance du 14 décembre 1821, M. de Peyronnet est nommé ministre de la justice, garde des sceaux, le vicomte de Montmorency ministre des affaires étrangères, le maréchal duc de lîcllune ministre de la guerre, le sieur Corbière ministre de l'intérieur, le marquis deClermontïonnerre ministre de la marine, le sieur de Villèle ministre des finances. Le marquis de Lauriston reste à la maison du Roi; Sa Majesté l'a déclaré son homme d'affaires; il ne doit pas compter dans le ministère. Sa Majesté veut le conserver. Le comte de Chabrol de Crouzol a refusé les finances, trouvant que succéder à M. Roy était une besogne trop difficile; sans cela M. de Villèle aurait pris l'intérieur, M. Corbière l'instruction publique.

Le Roi a fait lui-même sa réponse à la Chambre des députés ; on l'attribue à tort aux ministres qui partent; ils ont, au contraire, entre autres le baron Pasquier, demandé et obtenu au conseil l'adoucissement de quelques expressions.

16. — La comtesse du Cayla, favorite du Roi, autant qu'une femme peut l'être avec Sa Majesté, n'a pas été sans jouer un rôle dans cette intrigue. Le vicomte de Montmorency, dont la piété est aussi remarquable que sincère, n'en est pas moins arrivé au ministère par son gendre, le vicomte de La Rochefoucauld, ami intime de Mme du Cayla.

Le prince de Talleyrand, malgré ses efforts et son insatiable ambition, n'a pu arriver au ministère; il lui a fallu se contenter de la charge de grand chambellan et d'être accablé de dignités et de cordons.

Un s'étonne de la nomination do M. de Peyronnet; un le considère comme un avocat de province, sans beaucoup de consistance; on explique sa faveur par les services qu'il a rendus à Mme du Cayla, lors de son procès avec son mari.

17. — M. de Latour-Maubourg, nommé gouverneur des Invalides, a fait signer au Roi, le 14 décembre, jour de son

renvoi, une ordonnance nommant dix maréchaux de camp, pour y comprendre son neveu; personne ne s'est trompé sur la raison de famille de cette promotion. Du premier colonel de cavalerie légère, on a passé de suite au dix-septième, afin d'arriver de sauts en sauts au vicomte de Latour-Maubourg. le vingt-neuvième. J'étais le septième; amoureux de mon shako rouge, un mot a suffi pour m'éviter d'être de ces élus.

Cette mesure fait crier. A l'exception du colonel Faverot, le plus ancien de la cavalerie, qui a un beau régiment, les nouveaux officiers généraux ne rachètent pas leur peu d'ancienneté par la distinction avec laquelle ils servent : plusieurs de leurs régiments sont cités, entre autres celui de M. de Maubourg, parmi les mal tenus; c'est un encouragement à ne pas s'occuper de son métier. Le nouveau gouverneur des Invalides n'a pas apparemment de protégés dans l'infanterie, plus nombreuse cependant que la cavalerie. Sur les dix, on n'a nommé dans cette arme que trois maréchaux de camp , pris dans les quatre plus anciens colonels.

20. — On dit, à propos du nouveau ministère, que Monsieur a escompté la royauté, et que le Roi a voulu voir de son vivant comment cela irait après sa mort. On attribue ce propos à M. de Sémon ville, grand référendaire à la Chambre des pairs; cela étonne, vu sa prudence accoutumée.

26. — On s'attend d'un instant à l'autre à l'assassinat du roi d'Espagne. Il y a des troubles sur tous les points; les Cortès ont proposé une adresse à Ferdinand, pour chasser les ministres qui ont déployé quelque fermeté pour le maintien de l'autorité royale. Les nouvelles nominations aux Cortès sont révolutionnaires; on s'attend à une Convention. On renforce notre cordon, on parle de la formation d'un corps d'armée sur la frontière d'Espagne, au printemps, sous les ordres du maréchal duc de llaguse.

27, — Le Moniteur contient la nomination de M. le duc de Doudeauville, pair de France, à la direction générale des postes, en remplacement de M. de Mezy, qui entre au Conseil d'Etat, en service ordinaire.

L'honnôte M. de Mezy a très bien dirigé les postes ; on lui

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