CHAPITRE IV. — SEPTEMBRE
chat. J'ai été heureux de m'établir dans une maison qui avait ses quatre murailles; un poôle TéchaufTe en entier. Les Ilusses ont l'habitude de coucher sur les po(Mes. Je me bichonne un peu; cela ne m'était pas arrivé depuis plusieurs jours. Nos gens sont fort mal pour la nourriture. Quant à nous, en route, nous avons, à la maison de l'Empereur, toujours du pain, une demi-bouteille de vin, de la soupe, un ragoût. C'est beaucoup, et je ne sais comment on peut faire dans ce pays pour nous nourrir : notre table est de cinquante personnes; celle des officiers de la maison, de vingt.
10. — Nous prenons séjour à Mojaïsk, petite ville très étendue, à cause de ses grands jardins. Un petit ruisseau y passe. On se canonne à l'avant-garde; elle est à sept lieues. Le général Guilleminot, chef d^état-major du vice-roi, est légèrement blessé.
La division Laborde, de la jeune garde, et la division Pino, italienne, restées en arrière, arrivent; s'il y a une seconde bataille, nous serons presque aussi nombreux qu'à la première.
Il est piquant, par le froid qu'il fait, d'être privé de sommeil par les punaises; apparemment la chaleur du poêle les a mises en goguettes.
11. — Second séjour de l'Empereur à Mojaïsk. On me vole un portemanteau sur un de mes chevaux. Cela me contrarie fort; il contenait un petit nécessaire venant de feu ma mère; j'y tenais beaucoup.
12. — Nous faisons cinquante-six verstes (seize lieues). L'Empereur loge dans un mauvais château. On nous met dans une grange; nous y avons bien froid.
13. — Je suis de service, et j'accompagne l'Empereur. Nous nous arrêtons à deux lieues et demie à une habitation du prince Galitzin, située sur le bord d'un lac d'une lieue. C'est la première maison vraiment belle, avec de grandes dépendances, le seul véritable château vu depuis notre entrée en Russie; les soldats de l'avant-garde l'ont un peu retourné, suivant leur usage; ils ont coupé l'étoffe de dessus les meubles.