‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862Chapitre 58 sur 196 · CHAPITRE V. — OCTOBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — OCTOBRE

« commantemcnt du tétachemcnt, le premier raisson par ce « que son hapit il édait tans son malle; le second raisson il « afait une colifpio tiabolirpie; le troisième raisson c'était pas « son afis d'aller à Moscou. »

Enfin, à force de les pousser, ils se sont décidés à partir.

Le soir , arrivent douze cents prisonniers russes escortés par un bataillon portugais. Le major (pii les commande a trouvé trois petits chevaux sur la route; il les a donnés pour nourriture aux prisonniers, ces malheureux se disputaient auparavant des morceaux de cadavres. Les Portugais prétendent avoir ordre de fusiller les Russes qui ne marchent pas; en conséquence, ils appuient le bout de leurs fusils sur la tête et font sauter la cervelle de tous ces exténués qui ne peuvent plus aller; ils le font avec cruauté, en outre avec maladresse; s'ils les fusillaient sur le bord de la route, on pourrait croire que ces cadavres sont ceux de gens ayant tenté de s'échapper; ils font au milieu du chemin leurs belles exécutions. Cette conduite barbare nous causera, je le crains, de terribles représailles.

A Maloviasma, il y a un relais d'estafettes, un des postillons appartient à la poste de Bondy, près Paris. L'Empereur, à l'époque de la campagne d'Austerlitz, a fait organiser par M. de Lavalette ce service d'estafettes, dont les bases lui appartiennent. Il a senti l'inconvénient de faire parcourir à un seul homme d'énormes distances. Les postillons de chaque station portent les dépêches dans un portefeuille; l'Empereur et le directeur des postes en ont chacun une clef. Sur un livret à part, chaque maître de poste inscrit les heures d'arrivée à son relais. Une estafette partait chaque jour pour Naples, Amsterdam, etc., de Paris, où l'Empereur recevait le huitième jour les réponses écrites de Milan, le quinzième celles de Naples. Ce service, très utile, a été un des éléments de ses succès. Il y a aussi économie : les courriers coûtaient? fr. 50; l'estafette seulement 3 francs par poste.

22, — Le quartier impérial est porté à Fominskoje. Nous nous rendons de Maloviasma à Koubinskoé ; ce poste est occupé par un bataillon westphalien, réduit à cent hommes; on lui

en a pris quarante la veille dans un moulin. Peu après notre arrivée, les Cosaques se sont montrés. Ils ont fait un hourra sur un convoi de blessés; les isolés l'escortant se sont mal conduits. Le colonel Bourmont a fait prendre les armes; une compagnie westphalienne s'est portée à un quart de lieue en avant, a dégagé quelques hommes qui s'étaient jetés dans les bois. J'ai porté l'ordre au colonel bavarois décharger avec sa brigade; il m'a répondu que ses chevaux épuisés ne pouvaient pas galoper. Il nous a servi pendant cette expédition à fati- «•uer par jour cinquante hommes d'infanterie à protéger son fourrage, à manger des moutons du troupeau rassemblé par les Espagnols, à leur grand déplaisir. J'ai demandé au régiment « Joseph-Napoléon » cinquante hommes de bonne volonté pour nous porter à une demi-lieue en avant et sauver un plus o-rand nombre d'hommes; c'était à qui viendrait de ce brave ré'^iment. Ces cinquante grenadiers ont marché au pas de course vers l'ennemi ; nous avons délivré cent hommes bien armés cachés dans les bois sans avoir tiré un coup de fusil ; ces coquins-là m'ont fait pitié. Nous avons vu sur la route un fourgon abandonné; il y restait deux malheureux blessés.

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