CHAPITRE V. — OCTOBRE
avec M. de Narbonne. — Nous laissons à une montée canons et bagages.
— J'arrivo à Ewje avec la fièvre. — Mon firlèlo serviteur Ayharts est pris. — Je cèd(! ma place sur un traîneau à Briqucvillc blessé. — Je traverse le Niémen. — Tourmenté |)ar la lièvre, mes jambes me refusent le service. — Un soldat du train me hisse sur un sac d'avoine. — Magasins de Kowno pillés. — M. Bignoa me prend dans sa calèche. — Le maréchal Ney rejoint, à Gumbinnen avec cinquante hommes. — Bons procédés du général Sébastiani. — Nous trouvons des chevaux de poste et dos traîneaux. — Le commandant de Thorn nous donne de-s chemises.
— Nous descendons à l'hôtel de Russie à Berlin. — Notre ambassadeur, M. de Marsan, ne; revient pas de nos costumes. — M. do Narbonne m'expédie de Berlin à Paris. — Bonne fin d'année.
19 octobre. — L'Empereur prend de grand matin la route de Kalouga. Je reste jusqu'à trois heures de l'après-midi avec le général Narbonne pour visiter les hôpitaux; les blessés au nombre de quinze cents sont rassemblés à l'hospice des Enfants trouvés, le plus près du Kremlin, où le maréchal Mortier reste comme garnison avec la division Laborde, de la jeune garde, et les cavaliers démontés.
On n'a pas eu le temps de numéroter les voitures avant le départ; quinze mille au moins, presque toutes prises dans cette ville ou appartenant à des étrangers fixés en Russie, nous suivent; elles ont causé un grand embarras à la sortie de Moscou. Nous rejoignons, le soir, l'Empereur à Troiskoé dans un mauvais château; temps doux.
20. — Le quartier impérial reste à Troiskoé. Le chirurgien Ivan remet la cuisse à M. de Beauvau, elle a été cassée d'un coup de lance. Il a supporté l'opération avec un grand courage. Le grand écuyer l'a fait, avec l'agrément de l'Empereur, mettre dans une de ses calèches; cet officier est fils d'une dame du palais. M. de Mailly, sous-lieutenant du même régiment, blessé, y a été également placé par le duc de Vicence.
A quatre heures, je reçois l'ordre de partir avec vingtcinq lanciers de la garde, l'estafette et l'inspecteur des postes Boussmann, pour Maloviasma , château du prince Galitzin, route de Moscou à Mojaïsk. En me le donnant, M. de Caulaincourt, qui me comble de bontés, me témoigne son chagrin de ce que l'Empereur me confie une aussi périlleuse mission. Je devrai suivre le mouvement des troupes chargées
de la retraite de ce côté et en rendre compte. Obligé de traverser un pays occupé par l'ennemi, ma mission est délicate. Mon bon camarade Mortemart m'a dit adieu comme à un ami qu'il ne croit plus revoir, me conseillant, si je suis attaqué, de faire croiser les lances, de ne pas répondre au feu de l'ennemi et de tâcher de me faire jour au galop. Je divise ma troupe en deux pelotons, je mets au centre du premier rang le guide russe attaché par une corde, les bouts tenus par les deux lanciers ses voisins; il est prévenu du saut de sa cervelle, s'il nous conduit aux Russes. Nous traversons la nuit, au grand galop, un bourg impossible à éviter. Il est occupé; nous ne répondons rien aux « Qui vive? » russes. A quelque distance de là, nous entendons un « Qui vive? » français; jamais son plus mélodieux n'a frappé mes oreilles. Nous avons échappé aux Cosaques; ce qui n'est pas maladroit. Il est dix heures du soir. J'ai très bien dormi sur ma peau d'ours.
Nous avons fait dix lieues par des chemins de traverse pour arriver à ce château du prince Galitzin, occupé par l'adjudant commandant Bourmont, fort aimable homme, le même qui a servi dans les chouans; il sert dans l'armée de l'Empereur depuis deux ans, n'a pas encore la croix; on l'a demandée pour lui. Il a sous ses ordres deux bataillons du régiment espagnol Joseph-Napoléon et deux régiments de chevau-légers bavarois.
21. — Le quartier impérial est au château d'Ignatovo. Je vois à Maloviasma l'auditeur César de Castellane,mon cousin, qui revient de mission, et un autre auditeur, M. Lechapelier, chargé du portefeuille; ils ont été, la veille, jusque sous les murs de Moscou, avec cent grenadiers hollandais du 3" régiment de la garde. Le commandant du détachement a manqué de fermeté; sur le bruit que des Cosaques étaient devant lui. il a rebroussé chemin. Nous les avons dirigés sur le quartier impérial, après une véritable scène de comédie. Un vieux major de place appelé de la Hollande pour en commander une en Russie, et un chef de bataillon de la même nation, ne savaient quel parti prendre, ou de rester, ou de s'en aller:
« La machor me tisait hier : Je n'ai pas foulu brandrc le