CHAPITRE V. — DKCFMHRK
remarquable. Au fond est une grande loge éclairée d'un lustre et destinée à la famille royale; je l'y vis ce jour-là.
23. — Nous déjeunâmes chez le général (iuehéneuc, aide de camp de l'Kmpereur; ce brave homme avait le bras en deux morceaux et n'était pas tué, comme on nous l'avait fait craindre longtemps. Beausset voyageait avec lui; il m'offrit une place dans sa voiture, M. de Narbonne m'expédiant à Paris. Blessé, je ne servais à rien à mon général dans sa mission diplomatique. J'écrivais de la main gauche seulement et difficilement; par un pressentiment, j'avais un peu appris avant la campagne. Je n'acceptai pas l'offre de Beausset. J'avais acheté un chariot de poste 500 francs; je trouvai un commissaire des guerres pour compagnon de voyage.
Je fus présenté au ministre baron de Hardemberg; je devais l'être au roi de Prusse le lendemain.
Après avoir été habitué à la paille, les premiers jours, on a de la peine à dormir dans un lit; cela nous arriva.
24. — M. de Narbonne, allant cà Potsdam dîner avec le roi, me fit attendre jusqu'au soir, pour le cas où il aurait quelque chose de plus à mander à l'Empereur. Au moment de partir, le commissaire des guerres se ravisa; il ne voulait plus se mettre en route aussi vite. Je pris avec moi M. de Linsay, lieutenant, aide de camp de feu le général Montbrun. Le manque d'argent le retenait à Berlin.
Nous partîmes le 24, à neuf heures du soir; nous étions à Potsdam le 25 à une heure du matin. Dans la journée, nous passâmes à Wittemberg, première ville saxonne; on traverse l'Elbe en en sortant. Nous arrivâmes le 26 à Leipzig, à une heure du matin. Nous fîmes un assez bon souper à l'hôtel de Prusse. J'eus à me louer de M. de Linsay; il me rendit toute sorte de services.
28. — Nous arrivâmes à six heures du soir à Mayence; nous passâmes en bac le Bhin, qui charriait beaucoup. Je commençais vraiment à respirer plus librement, à me persuader que je reverrais un jour les murs de Paris. Nous quittâmes Mayence à sept heures du soir, et nous soupâmes le lendemain à Sarrebruck.
29. — Je descendis à la poste de Fouligny. Je tombai au milieu d'un repas de noces; la fille du maître se remariait; à mon passage un an après, cette malheureuse femme venait de mourir de l'épidémie qui régnait dans notre armée. On sortait de table, et les agréables, les politiques du lieu jouaient à la mouche, au milieu des débris du repas; ils voulurent me faire manger d'un gâteau de Savoie, et me questionnèrent sur le 29* bulletin. On commence à cette poste à parler français. J'étais à Metz à cinq heures du matin.
30. — Nous déjeunâmes à midi à Verdun, dans la même auberge où s'était arrêté l'Empereur. La servante nous dit qu'elle avait causé avec l'Empereur sans le connaître. Nous déjeunâmes le lendemain à Château-Thierry.
31. — Mon voyage avait été heureux en tout. Je cassai ma voiture précisément à la Ferté-sous-Jouarre; j'allai chercher une autre voiture à Reuil, château de ma belle-mère, à un quart de lieue de là. Je pressai vivement les postillons, je donnai 18 francs de guides à celui de Bondy à Paris, poste que, quelques mois auparavant, je doutais fort de parcourir jamais.
J'arrivai à Paris à six heures du soir; on allait se mettre â table dans la maison paternelle. C'est un de ces moments de bonheur qui dédommagent de toutes les fatigues du métier.
J'arrive de l'armée ayant la main droite gelée, je ne puis croire â mon bonheur d'être de retour (1).
i" janvier. — Les officiers revenus de Moscou sont en petit nombre â Paris, au mois de janvier 1813; on m'entoure partout, pour avoir des détails de cette rude campagne. Beaucoup de parents me remercient de mon exactitude à donner des nouvelles de mes camarades; écrivant chaque jour à mon père, cela m'avait peu coûté. Je suis étonné de faire
(1) Le maréclial de Castcllano, dès son retour à Paris, recommence à écrire sur un cahier ses notes journalières, qui se continuent presqne sans interruption jusqu'à sa mort, en 1862.
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des visites à Paris, quand il y a un mois je me trouvais sans souliers sur les bords du Niémen.
2. — On me fait beaucoup de questions sur la campagne. J'ai grand plaisir à revoir mes anciennes connaissances, mais mon grand bonheur est de me retrouver dans ma famille.
4. — Tous ceux qui reviennent de Moscou sont entourés aussitôt qu'ils se présentent dans une chambre, bien plus par curiosité que par intérêt pour eux.
6. — Presque tout le monde me fait des remerciements de mon exactitude à donner des nouvelles de mes camarades dans mes lettres à mon père; cela m'a bien peu coûté; je ne croyais pas qu'on m'en saurait aussi bon gré.