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14. — Je remarque que l'ennemi double ses postes sur les bords du Rhin, voulant masquer quelque mouvement.
On nous demande quatre cent cinquante gardes d'honneur pour différents régiments de la garde impériale. Leur mécontentement est grand; il m'a fallu désigner deux cent cinquante gardes dans les escadrons de guerre, le plus clair de ce que nous avions.
16. — Le général Pully m'envoie au petit dépôt de Deux- Ponts, pour compléter le détachement à fournir; le dépôt, commandé par le chef d'escadron Labardé, est dans le plus mauvais état.
17. — Je désigne cent quatre-vingts hommes pour la garde ; je laisse à ce dépôt cent soixante-huit hommes ni vêtus, ni armés, sans aucune instruction, les officiers ne sachant rien: cela fait pitié. La compagnie d'un capitaine Duval n'a pas pris d'avoine, sous prétexte qu'elle n'avait pas de sacs. Je fais voler trois chevaux dans l'écurie par l'adjudant-major Pigault-Lebrun ; on ne le voit pas. J'ai beaucoup de peine à obtenir qu'on s'aperçoive qu'il y a des chevaux en moins. Le seul capitaine Pison, de tous les officiers, peut m'expliquer la formation d'un escadron en bataille. Le chef d'escadron Labardé, vieil officier de dragons, peut à peine marcher. Le colonel Mathan a imaginé d'envoyer en congé la plupart des sous-officiers de son pays et bon nombre de gardes; chaque soldat ayant plus de quatre chevaux à soigner, ne les pan<o pas du tout. C'est un superbe désordre. Je fais suffisamment de mauvais sang.
19. — Il.y a à Deux-Ponts la carcasse d'un vieux château du duc, sans toits. Le parc est beau; il y a des écuries pour cinq cents chevaux. Un haras est établi dans cette ville. Je suis logé chez un médecin fort peu gracieux; mon adjudant-major, pour se venger de sa mauvaise réception, s'amuse à tirer à plusieurs reprises, la nuit, sa sonnette, et le docteur la casse de rage.
24. — La défection des Hollandais, les hommes pris pour la garde, les pertes, ont réduit le nombre de nos soldats; il n^est plus en harmonie avec celui des officiers. Je suis envoyé à Versailles pour en former de nouveaux.
CHAPITRK VI — JANVIER 1844. 243
28. — Les Russes et les Autrichiens ont violf^* la neutralit<5 de la Suisse. M. de Senft de Pilsach, ministre de Saxe, affectant autrefois un dévouement absolu à l'Empereur, a été cliarf^é de signifier cette résolution aux nobles cantons; cent soixante mille hommes s'avancent de ce coté.
liCs dra^H)ns du 5" corps, commandés par le général Milhaud, les seuls bons cavaliers nous restant, ont eu l'avantage dans un engagement près de Golmar, contre les Autrichiens. Ces dragons venant d'Espagne ont presque tous des chevrons, chose rare maintenant; perdre ces hommes-là serait très fâcheux. Ces régiments n'ont pas plus de deux cents chevaux; le corps entier est de quatre mille chevaux. On retire aux dragons, à raiiillerie, leurs fusils; on en manquait pour l'infanterie.
L'Empereur envoie dans toutes les divisions militaires des commissaires extraordinaires, pris parmi les sénateurs et les conseillers d'État, afin d'accélérer la levée, l'armement, l'équipement des troupes, avec pouvoirs de traduire devant les commissions militaires les perturbateurs du repos public. L'Empereur ne s'était pas arrogé ce droit jusque-là.
1*^ janvier. — L'Empereur a ajourné le Corps législatif, par décret du 31 décembre. Je trouve à mon arrivée les Parisiens bien effrayés des Cosaques, tellement qu'ils ne pensent pas beaucoup au Corps législatif, dont le renvoi fera un terrible effet dans les provinces.
11 paraît que le roi de Naples nous a tourné casaque, et qu'il a pris possession des Etats romains au nom du Pape.
'i. — Le général Drouot, aide de camp de l'Empereur et aide-major de la garde impériale, a longuement causé avec moi du régiment; je ne sais trop ce qu'on va faire des gardes d'honneur, quelle sera notre organisation.
4. — L'Empereur a dit, dimanche, que les législateurs lui avaient fuit plus de mal que la perte de deux batailles dans
les plaines de la Champagne, que Laine était coupable du crime de lèse-majesté au premier chef, qu'il avait une correspondance avec les Anglais qui passait par l'avocat de Serre. Il n'est point arrêté jusqu'à présent.
5. — On fait de très fortes réquisitions de chevaux dans tous les départements. Le duc de Vicence est passé ce matin à la Ferté, incognito, se rendant à Francfort, à ce qu'on présume. On lève à force des gardes nationaux; on manque de fusils et d'habits pour les conscrits.