‹ Journal du marquis de DageneauChapitre 1 sur 21 · ANNÉE >I7>I · texte numérisé non relu

ANNÉE >I7>I

Dimanche 1" octobre, à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil d'État; il alla tirer Taprès-dlnée, et le soir, chez madame de Maintenon , il travailla avec M. Pelletier ; il avoit dîné chez elle. MM. les gens du roi lui donnèrent, le matin avant le conseil, leur mémoire sur la nouvelle bulle du pape qui condamne le Nouveau Testament du P. Quesnel, et M. le cardinal de Noailles, qui pendant qu'il étoit évêque de Chàlons avoit, à l'exemple de son prédécesseur, donné son approbation à ce livre , sachant la bulle du pape qui le condamne, a fait un mandement par lequel il retire son approbation, et défend dans son diocèse lalecture de ceNouveau Testament. Il avoit toujours dit qu'il en useroit ainsi, si Rome condamnoitce livre.

— Les dernières lettres qu'on reçoit de Pologne disent que le roi de Suède est guéri , et celles qu'on avoit eues auparavant assuroient qu'il étoit mort auprès d' Andrinople, le 7 d'août; ces nouvelles varient si fort qu'on ne sait plus que croire du roi de Suède, du roi Stanislas et des Turcs.

— Madame la duchesse d'Orléans arriva le soir de Paris et

y a laissé M. le duc àe Chartres en bien meilleure santé r Lundi 2, à Fontainebleau, — Le roi prit médecine, et après son diner travailla chez lui avec M. de Pontchartrain. Monseigneur le duc de Berry et madame la duchesse de Berry allèrent à la comédie , et hier il y eut appartement chez eux. On avoit fait courir le bruit que le voyage seroit allongé , parce qu'il parolt que la cour se divertit fort ici ; mais il n'y a nul fondement à ce bruit, et le roi en partira toujours le 1 1, comme il Tavoit dit dès le commencement, — M. le nonce reçut le soir la bulle du pape ; il la portera demain matin au roi. On en avoit eu la copie par un courrier qu' avoit envoyé le cardinal de laTrémoille. — On compte que la tranchée sera ouverte à Fribourg entre le 3 et le 6 de ce mois. On mande que le prince Eugène fait quelques mouvements dans son camp, mais on doute qu'il tente de secourir la place.

Mardi 3, à Fontainebleau, — Le roi, avant que d'aller à la messe, donna audience dans son cabinet à M. le nonce, qui lui présenta la bulle du pape * et lui fit un fort beau discours en italien, auquel le roi lui répondit avec sa grâce et sa facilité à parler qui surprennent toujours les étrangers qui ont à lui parler. Le roi , après la messe , tint le conseil de finances à son ordinaire , travailla ensuite avec M.Desmaretz, et puis alla diner chez madame de Maintenon; il retourna chez lui après dîner, où il travailla avec M. Voisin. 11 devoit s'aller promener autour du canal, mais il n'y alla point, et travailla jusqu'à six heures avec M. Voisin. — Il arriva hier au soir un courrier d'Espagne qui va à Utrecht, et qui porte la nouvelle que la reine est accouchée d'un troisième prince qui s'appellera l'infant don Ferdinand**. — On eut par l'ordinaire des nouvelles de notre armée du 30. La tranchée s'ouvrira incessamment devant Fribourg, et à la ville et au fort Saint-Pierre , qui est le plus haut des trois forts. On trouve beaucoup de fourrage, et le généra^Vaubonne n'avoit point fait le dégât en ce pays-là, comme on l'avoit dit.

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* Tout C€ qui regard^ la buila UnigeniUu a été e^ est eiuioire tous les jours suivi et écrit avec tant de sojo de part et d'autre, que les additions seroient inutiles sur cette ample n^atière.

** Dôh Ferdinand est le prince des Asturies d'aujourd'hui, gendre du roi de Portugal.

Mercredi 4 / à Fontainièleau. -^ Le roi tint le consdil d'État; Taprès-dlDée il courut le cerf; le soir il y eut grande musique chez madame de Maintenon. — Ou a su par les lettres de Turin que H. de Savoie prit la qualité de roi de Sicile le 22 du mois pasfié. 11 doit partir le 26 pour Nice, et se doit embarquer peu de jours après y être arrivé ; la nouvelle reine sa femme ^'embarquera avec lui. Il avoit offert la régence du Piémont et de la Savoie à madame sa mère qui Fa prié de Fen exempter ; elle de* meurera à Turin. Il a nommé le prince son fils régent ^ qui s'appellera présentement le duc de Savoie , et le cadet s'appellera le prince de Piémont. Le roi de Sicile , car c'est le titre qu'il prend présentenient , a nommé sept «seigneurs de sa. cour pour être les ministres du- régent; il a fait six chevaliers de son ordre. Il fait donner le titre d'altesse au marquis de Suze , son fils naturel , et à mademoiselle sa soeur ^. Les seigileur s siciliens qui l'étoient venus trouver s'embarqueront avec lui .

. * Un bon courtisan ne manque pas [à remarquer une telle chasse, et le roi et tout le monde savoit que Dangeau écrivoit tous les soirs. L'altesse aux bâtard et bâtarde de M. de Savoie par sa cour, dès quil est devenu roi de Sicile, y dut parottre une étrange nouveauté. Le fils M tué, et puis, pour une parfisite ressemblaniee de eme cour à ia nôtre, la fille épousa le prioce de C^rigoao^ et tous deui^se $oot établis m Fraoee sous un rare incognito depuis la mort du roi, qui n'est pas inço^tp pour leurs créanciers, pour i*opéra, ni pour la bourse et les affaires, A Turin, la plus grande dignité et le premier rang est attaché à l*Ânnonciade ; les chevaliers se couvrent, ont 4|uafitité de distinctions, et se sont difSieilement ployés à n'avoir pias t» mm «ete? ivotre ambassadeur. M. de Garigaan a encore un frère qui a TAmionçiade, et quoique ce soit de plus ni en rang, ni en distinctions, ni en considération, et qui sert dans les troupes de Savoie d'ofGcier général, où les nôtres le vwent tel qu'on le décrit ici [sic].

JetAdi 5, à Fontainebleau. — Le roi donna des audiences le matin ; il dîna chez madame de Maintenon , il alla tirer Taprès-dlnée, et le soir il y eut petite'musique chez madame de Maintenon. Monseigneur le duc de Berry courut le sanglier comme il l'a fait souvent ce voyage-ci ; madame la duchesse de Berry, qui éloit à cheval à la chasse, tomba , son cheval s'étant cabré , mais elle ne se blessa point. — 11 arriva hier un courrier du maréchal de Villars par lequel on apprit que, la nuit du 30 au 1" de ce mois, la tranchée fut ouverte devant Fribourg à la ville et au château. Ce courrier est parti du dimanche au soir, et il assure que nous avons perdu fort peu de monde à l'ouverture de cette tranchée. Toutes les lettres que le roi et les particuliers ont reçues , assurent que, selon toutes les apparences , la ville et le château seront pris avant la fin du mois.

Vendredi 6, à Fontainebleau. — Le roi travailla le matin avec le P. le Tellier , l'après-dlnée courut le cerf, ne revint delà chasse qu'à sept heures et demie après avoir pris deux cerfs. Madame la duchesse de Berry remonta hier à cheval après sa chute, et n'a point voulu être saignée. — Le roi fait M. le Duc maréchal de camp , et il servira au siège de Fribourg en cette qualité; il ne fait point passer les princes du sang par le grade de brigadier. — Le clergé s'assemblera le lundi 16 du mois chez M. le cardinal de Noailles, qui en sera président. Outre les évêques qui sont présentement à Paris, on a mandé les évêques qui n'en sont qu'à trente lieues. Les évêques qui n'ont pas encore été sacrés ne laisseront pas d'être de l'assemblée, et les évêques aussi qui se sont démis de leurs évêchés. On compte qu'en tout il y aura plus de trente évêques à l'assemblée.

Samedi 7, à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil de finances ; il alla tirer l'après-dlnée, et le soir, chez madame de Maintenon, il travailla avec M. Voisin. — On a des nouvelles du siège de Fribourg de la seconde nuit de la tran-

chée. Les assiégés ont fait une sortie et ont été rechassés promptement; nous avons perdu peu de gens à cette sortie et dans toute la journée , mais M. de Beaujeu , brigadier de cavalerie , et qui en fait tout le détail , a eu le talon emporté d'un coup de canon, étant à cheval à la queue de la tranchée. On lui a coupé la jambe et on croit qu^l aura peine à en revenir. Toutes les lettres qu'on reçoit de ce siège portent toutes que le roi sera maître de la place avant la fin du mois. On compte que notre canon sera en batterie le 5 ou le 6.

Dimanche 8 , à Fontainebleau. — Le roi tint le conseil d'État , travailla Taprès-dinée avec M. Pelletier, ne sortit point de tout le jour et alla au salut. Avant que de travailler avec M. Pelletier il descendit dans la galerie des Cerfs, où il fit mettre une parfaitement belle tête de cerf qu'il a pris ce voyage-ci. Le roi dina chez madame de Main tenon. — M. l'archevêque de Vienne est mort; il étoit de la maison de Hontmorin, qui est la maison de MM. de Saint-Herem. — Le roi avoit donné le gouvernement d'Alais à Baudouin, brigadier d'infanterie, et qui avoit été lieutenant-colonel du régiment de Vendôme ; mais, ayant su qu'il étoit languedocien, il lui aôté ce gouvernement , ne voulant pas qu'un Languedocien soit gouverneur d'aucune place en Languedoc ; mais, comme le roi estime Baudouin , il lui fera du bien d'ailleurs , et le roi a donné le gouvernement d'Alais à Diverny, brigadier d'infanterie*.

* Le roi, qui avoit été élevé parmi les troubles, en avoit retenu des maximes dont il se départoit difficilement, et qui étoient fort bonnes.

Lundi 9 , à Fontainebleau. — Le roi travailla le matin avec M. de Pontchartrain et courut le cerf l'après-dinée. M. le duc d'Orléans partit de Fontainebleau et vint à Paris ; M. le duc de Chartres, son fils, se porte mieux, mais il a une santé bien délicate. — Les nouvelles de Pologne

6 JOURNAL DE PANGEAU.

varient plus que jamaia« On avoit dit le roi de Suède mort qt le roi Stanislas arrêté par les Turcs et mené prisonnier à 3eQder, et les derpiè^es nouvelles disent que le roi de Suède n^a eu qu^une fièvre tierce , et que le roi Stanislas va se mettre à la tète de l'armée 4^ Turcs qui veulent le ré* tablir roi de Pologne. — MilordSiailkirki frère du feu duc d'Hamiltopy et milprd d'Qdonel^ son neveu, ont reçu ordre d^ 1^ reine de la Grande-Bretagne d'aller promptement en Ecosse, où le parlement s^ assemblera le 17 pour nommer les seize pairs qui doivent entrer au parlement d'Angleterre, et la freine souhaite qu'ils soient tous deux du nombrp de ces seize pairs.

Mardi 10, à Fontainebleau. — Le roi |int le conseil de finances et travailla ensv|ite longtemps avec M. Desmaretz ; il dtnacbpz madame deHaintenon. Après dîner il donna audiencjs chez lui dans son cabinet a^ cpmte de Saaros, qui en sortit très-content. Le roi p^lla ensuite se promener en calèphe dans Tallée royale, qù il fut suivi des courtisais qui restfsnt ici ; mais le plus grand noqabre de courtisans est déjà retourné à Paris. — Le caHinal f^ualterio prît congé de S. M., et s'en retourne ^ Borne ; il va passer à f urin et s'eiol)arquera à Gènes. Avant que de venir ici, il avoit été à spn abbaye de Reims, et de là avoit été voir le roi d'Angleterre. — On niande de Londres que le duc de Sbre)ysbu?*y a été npninjé vice-roi d'Irlande; ils' attendoit bien, durant spn aflibassadp ipii qnp la reinp sa maitresse lui donneroit cet emploi-là.

Mercredi 11, à Petit-Bourg. — Le roi tint le matin â Foiitttinebleau le coiiseil d'État; il en partit aussitôt aptes son dlher pour Venir ici, où il se promena beaucoup en arrivant, et le soir, dans la chambre de madame de Maintenon j il y i^ut gr^pde sympbpni^* r^ t-es lettrps de notre arn^ée portent toutes que le siège de Fribpurg va fort biep. Nptre panon va comnjence?? à tirpr au château fit à la ville, et l'on croit toujours que la place sera prise avant la ftn du mois. — On mande d'Espagne que les ré-

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voltés de Barcelone sont plus opiniâtres que jamais ; il n^y a point d'apparence que le roi d'Espagne en puisse faire le siège cette année. Depuis la naissance de Tinfant don Ferdinand^ le roi d'Espagne a rappelé le duc d'Arcos, qui étoit exilé.

Jeudi 12^ à Versailles. — Le roi se promena tout le maiin à Petit-Bourgs et en partit aussitôt après son dîner pour revenir ici, où il a trouvé monseigneur le Dauphin en bonne santé, et qui devient le plus joli enfant du monde; ce prince est rentré dans son ancien appartement qu'on a fait raccommoder, et le roi a redonné à madame de Pompadour le logement qu'on avoit donné à ce prince en attendant que le sien fût raccommodé. — Quelques jour» avant que de partir de Fontainebleau, le duc de Tresmes, qui n'y avoit point d'appartement fixe, demanda au roi le logement dans la cour de laConciergerie, qui étoit le logement de M. de Marsan, et qu'on avoit donné depuis 4 différentes personnes; le roi le donne pour toujours à M. le duc de Tresmes. — Madame la duchesse d'Orléans partit hier de Fontainebleau avec un assez violent érésipèle, et alla droit à Paris; mais cela neTempècherapas de venir ici demain.

Vendredi 13, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec le P. le Tellier, dina de bonne heure et alla se promener à Marly . — Il arriva un courrier de notre armée devant Fribourg. Les assiégés firent le 9 une grande sortie, et furent repoussés fort vite ; Nangis, qui étoit^maréchalde camp de jour à la tranchée, s'est fort distingué à cette action-là- On mande qu'on attaquera Isl contrescarpe le 13, qui est aujourd'hui. Le bruit court que le prince Eugène fait quelques mouvements dans son camp, et qu'il fait marcher des troupes par derrière les montagnes pour venir à Rottweil , mais on ne croit pas qu'il soit en état de tenter le secours de Fribourg.

Samedi Ifc, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée, travailla le soir avec M. Voisin chez madame de

s JOURNAL DE DANGEAU.

Maintenon. — Madame de Montmorency, que madame la Princesse avoit mise dame d'honneur auprès de madame la Duchesse la jeune^ ne se trouve point , par sa santé qui est très-délicate, en état de remplir cette charge; elle a supplié madame la Princesse de trouver bon qu'elle se retirât. Madame la Princesse Ta priée de demeurer encore quelques jours jusqu'à ce qu'elle ait trouvé quelqu'un pour remplir cette place *. — On a nouvelle que le roi et la reine de Sicile s'embarquèrent le 2 à Villefranche sur les vaisseaux de l'amiral Jenning ; le vent fut contraire le 3, mais le k lèvent se tourna du bon côté, et le soir on ne voyoit plus de vaisseaux. Ils ont embarqué dix bataillons et un régiment de dragons à pied , et ce nouveau roi prendra à sa solde quelques troupes que le roi d'Espagne avoit encore en Sicile. Il ôte plusieurs impositions qui étoient établies en ce royaume-là, et il parolt qu'il songe fort à se faire aimer de ses nouveaux sujets. Il compte de demeurer un an entier en ce pays-là.

* Il étoit humiliant à Taîné de la maison de Montmorency, dont une fille de branche cadette de la sienne avoit relevé en biens la maison de Condé, très-pauvre alors, d'en voir sa femme domestique, et domestique très-peu comptée et considérée, quoique de plus femme de mérite. Telle est la différence énorme de moins d'un siècle.

Dimanche 1 5, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État ; il alla tirer l'après-dlnée et le soir il travailla avec M. Pelletier. — Il arriva après midi un courrier du maréchal de Villars; tout ce qu'on en sait est que les lettres sont du 11 et que le siège va bien. On croit que ce courrier porte des dépèches qu'on tient très-secrètes, et ceux qui raisonnent le plus ici s'imaginent que l'archiduc ou quelques princes d'Allemagne font au maréchal de Villars quelques propositions de paix; mais, quand cela seroit vrai, on ne discontinueroit point le siège et l'on compte toujours d'attaquer le chemin couvert et une lunette qui est à la droite de notre attaque, au plus tard dans trois jours, qui sera le 14. — M. le duc de Chartres,

que madame la duchesse d'Orléans ramena ici de Paris vendredi, s'est trouvé assez incommodé ces deux derniers jours; on croit que l'air de Paris lui est meilleur, et on l'y remènera incessamment.

Lundi 16, à Versailles. — Le roi dîna avant midi; aussitôt après son dîner il partit pour Marly, d'où il ne revint qu'à la nuit. Il fait encore des changements à ses nouvelles fontaines, et cela l'amuse fort. — L'assemblée du clergé commença à trois heures à Paris chez M. le cardinal deNoailles. -^ On ne doute point ici de la grossesse de madame la duchesse de Berry ; toutes les dames qui ont l'honneur d'être auprès d'elle en sont persuadées, et elle Test elle-même. — Plusieurs particuliers ici ont reçu des lettres de Fribourg du 10 et du 11; ceux qui écrivent mandent qu'on sera maître de la ville avant le 25; les châteaux tiendront peut-être quelques jours déplus. Ils firent une sortie le 9, qui fut fort vigoureuse; ils renversèrent trente gabions ; ils furent repoussés après cela, mais ils se retirèrent en bon ordre, et la nuit on rétablit ce qu'ils avoient renversé le jour. Nous n'avions à cette attaque-là qu'un brigadier ; on met présentement un maréchal de camp, et on fait monter à la tranchée un bataillon de plus.

Mardi ITyà Versailles. — Le roi tint le conseil de financeset travailla ensuite avec M. Desmaretz ; l'après-dlnée il alla tirer, et le soir, chez madame de Maintenon, il travailla avec M. Voisin. — On a mené M. le duc de Chartres à Paris où il parolt se plaire davantage et se porter mieux qu'à Versailles. — On amis un homme àla Bastille qu'on ne connolt point, mais qu'on prétend qui a fait beaucoup de mauvaises actions, et pour lesquelles même il avoit voulu se pendre. On a trouvé quelques lettres en chiffres qui ne sont pas encore déchiffrées. On ajoute bien des circonstances fausses aux crimes qu'il a commis. — M. le comte de Laval, neveu demadame de Roquelaure, et qui avoit acheté depuis quelque temps le régiment

de Hortemart^ a été fort blessé au siège de Fribourg ; sa blessure est au visage ; c'est à l'attaque du fort, où son régiment a fort souffert. — La reipe d'Angleterre^ qui esta Chaillot, est assez malade; elle maigrit beaucoup. Le roi^ qui a beaucou{ide considération et d'amitié pour elle^ en a des nouvelles tous les jours^ et en est fort en peine.

Mercredi 18, à Venailles. —'Le roi tint leconseil d'État; alla l'après-dlnée se promener à Triano^, et le soir il y eut grande musique chez madame de Maintenon. — Il arriva un courrier du maréchal de Villars, parti du 15« On attaqua la contrescarpe le i<^ à cinq heures du soir; les assiégés sepréparoient à faire une sortie dans le temps qup notre attaque commença, et ils se défendirent à merveille. Le combat dura plus de deux heures, et enfin on se rendit maître du chemin couvert et de la lunette qui étoit à la droite de notre attaque* Il y avoit deux cents grenadiers dans cette lunette, qui ne voulurent point de quartier après avoir été emportés et après avoir fait une fort longue et brave résistance. Nous avons perdu beaucoup de monde et dans le chemin couvert et à Tattaque de la lunette, mais nous y sommes bien établis présentement. Le maréchal de Yillars demeUta dans la tranchée jusqu'à onze heures du soir, et fut blessé au c6té d'un éclat de pierre. Il se loue fort de la valeur de nos troupes ; l'affaire a été fort rude, mais elle b&tera fort la prise de la ville.

Jeudi 19, à Versailles. — Le roi dîna de bonne heurei et alla se promènera Marly. — L'assemblée du clergé, q]ii commença dimanche àl'archevècbé,anoinmésix commissaires qui s'assemblent che^ M. le ca^^dinal de RobaU) qqi en est le premier ; les cinq autres sont les archevêques de Bordeaux et d'Auch, et les évèques de Meaux, de piois et de Soissons. Ils feront rapport la semaine qui vient à l'assemblée de ce qu^ils auront fait cette semaine chez M. le cardinal de Roban; — * On a au plusieurs détails de ce

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qui s^est passé le 14> à la prise du chemin couvert de Fribourg. On compte quq nous y avons en plus de douze cents hon^mes tués ou hilespés^ ipais plus de morts que de blessés. Nous y avons perdu vingt-cinq capitaines des grenadiers» et, des six of^ciers qui commandoient le dé^ tachemept des grenadiers du régiment des gardes^ il y en a eu trois de tués et les autres trois ]3lessés. M. le comte deCroissy et M. de Nangis, qui étoient là volontaires, et le duc de Fronsac, qui étoit aide de camp d\i maréchal de Yillars^ ont été })lessés de coups de pierres.

Vendredi 20, à Ver8ailk$. — Le roi travailla avec le P. le feUipr, et Taprès-dînée il alla dans leparode Marly, oi; il fit entrer trente cerfe et beaucoup d^ biches qu'on avoit rassemblés da^s la forêt. — Le roi d'Espagne a e^i quelques accès de fièvre^ ^^ais on apprend par les deriiièrjBS lettres ^e l>Iadrid qu'il y avpit quatre jours qu'il en étoit quf ^te. La reine sa femme^ qui avoitlafièvre de lait, futunpeu troublée en apprenant sa maladie ; la fièvre lui augmenta, et elle n'en étoit pas encore quitte par les dernièrjBS lettres. Les trois princes se portent à merveille. — Qjf^ travaille à la démolition de Dunkerque et du côté de !§, terre et du côté de la mer. Les habitants de cette pauvrp ville ont présenté une requête à la reine de la Grapde-Bretagnp, fort bien écrite et fort sensée, dans laquelle ils tâchent à lui faire connoltre qu'il est de Tintérèt de l'Angleterre que leur port ne soit pas comblé.

SQpfiedi 21, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finapce^, et tint le conseil d'État l'après-dlnée, parce qu'il j^'avoit pas pi; fii^ir mercredi toutes les affaires qu'il y avoit, quoiqu'il ij'en fût sorti qu'à deux heures. Il ne sortit point tout le jour; il travailla le 3oir avec M. Voisin. — On eut des lettres de Fribourg de la nuit du 16. Nous ii'avons perdu que cinq ou six hommes les deux derniers jours; on travaille à établir nos batteries dans le chemin couvert et on compte q^i' elles auront tiré le 19 au plus tard. Le frère de Contades,* major général, fut

fort blessé à l'iattaque du chemin couvert; il étoit commandé aux travailleurs du régiment des gardes où il est lieutenant. Le marquis de Vivans étoit lieutenant général de jour à cette action-là, où il s'est fort distingué. Le gouverneur de Fribourg s'appelle le baron d'Arche et est fort estimé parmi les ennemis. — Le roi a nommé M. le marquis de Prie pour son ambassadeur auprès du roi de Sicile.

Dimanche22y à Versailles. — Le roi tintle conseil d'État; il alla tirer l'après-dlnée, et le soir il travailla avec M, Pelletier chez madame de Hain tenon, où il y eut ensuite petite musique. Il y a ici trois fois la semaine comédie, oùmonseigneur le duc de Berry et madame la duchesse de Berry tiennent la cour. — M. le cardinal de Rohan vint hier au soir ici ; il a rendu compte au roi de ce qui a été fait par les commissaires de rassemblée du clergé, qui continueront à s'assembler chez lui à Paris jusqu'à ce qu'ils soient en état d'en rendre compte à l'assemblée. — La reine d'Angleterre, qui esta Chaillot, continue à se trouver mal; elle a maigri beaucoup, et les médecins commencent à craindre que son mal ne devienne plus considérable. — Les espérances de la grossesse de madame la duchesse de Berry augmentent tous les jours; elle a les mêmes accidents et les mêmes incommodités qu'elle avoit dans ses deux grossesses.

Lundi 23, à Versailles. — Le roi tint le conseil de dépêches, dîna de bonne hetire, et alla se promener à Marly, et, au retour, il travailla avec M. de Pontchartrain chez madame deMaintenon. — On eut par l'ordinaire des nouvelles de Fribourg du 18. Le 17 au matin il y eut une trêve de deux heures pour emporter les morts et les blessés tant de l'armée que de la ville, qui étoient demeurés le 14 au soir à l'attaque du chemin couvert. Nos batteries dans le chemin couvert sont achevées et dévoient tirer le lendemain. — On mande de Hollande qu'il commence à paroltre deux partis parmi les États Généraux. Les uns

voudroient qu'on choisit un stathouder^ et les autres ne veulent point en entendre parler. Ils seroient même très-embarrassés présentement à faire ce choix ; ils n'ont plus de prince dans leur pays qui soit en âge de pouvoir remplir cette place, et on ne sait si le prince héréditaire deHesse, que quelques-uns d'eux souhaiteroient dans cette place, voudroit l'accepter.

Mardi 24, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances et travailla ensuite avec M. Desmaretz; il alla tirer l'après-dlnée , et le soir, chez madame de Main tenon, il travailla avec M. Voisin. Le roi, au retour de lâchasse, avant que dépasser chez madame de Haintenon, vit dans son cabinet la veuve de milord Jersey, que nous avons vu il y a quelques années ambassadeur en France ; le roi lui fit beaucoup d'honnêtetés ; elle vient s'établir à Paris avec sa famille parce qu'elle est catholique et qu'elle n'a pas en Angleterre tous les secours pour la religion qu'elle trouvera en France*. — M. Cronstrom, envoyé du roi de Suède, vint ici le matin comme tous les ministres étrangers viennent les mardis. Il assure que le roi son maître se dispose à retourner dans ses États ; mais, comme il lui sera difficile d'y retourner par la Pologne, n'ayant pas une escorte suffisante pour traverser ce pays-là, il n'est pas impossible qu'il ne se détermine à s'embarquer, et nous le verrons peut-être en France avant la fin de l'hiver.

* Cette Angloise ne fit depuis aucune figure, et finit par épouser, sans le déclarer, Clermont, qui fut chassé avec tant de fracas avec mademoiselle Chouin, et qui, après la mort du roi, succéda à Nancré à la compagnie des Cent-Suisses de M. le duc d'Orléans, régent, et après la mort de ce prince tomba par famine à être capitaine des gardes de M. son fils, comme gouverneur de Dauphiné; car les princes du sang n'ont ni gardes ni capitaines des gardes, que comme les autres gouverneurs de province et quand ils le sont.

Mercredi 25, à Versailles. — Le roi tint le matin conseil d'État, et dîna chez madame de Maintenon. Après son diner il se promena dans ses jardins, et, quoiqu'il veut

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à ces promebades^là n'être suivi que de éèB officiers^ il trouva bon que lé comte de Saaros, qui étoit Venii ici le matin^ le suivit à sa promenade. — On eut parl'orditiaire des nouvelles du siège de Fribourg du 20. Nous n'àvbus perdu quasi personne depuis l'action du !(•. Nos batteries dans le chemin couvert font un furieux feu ; nous y avons trente grosses pièces de canon et vingt mortiers, et on compte toujours d'être bientôt maître de la vlUe, mais cela ne va pas si vite aux forts: — hd cardinal de Noailles eut une assez longue audience dû roi avant qu'il allai à la messe, comme il en a d'ordinaire tous les mercredis, — Le roi vouloit aller à Cbaillotvoir la reine d'Angleterre, qui est bien malade, mais elle envoya ici un gentilhomme le prier de ne point venir, et elle lui tnaiida qu'elle espéroit d'être bientôt en état de «e faire porter à Saint-Germain.

Jeudi 26, à Versailleê. — Le roi se mit à table ail sortir de la messe, et après son diner alla h Marly se promener, où il fait accommoder de nouvelles fontaines. — On mande de Berlin du 10 que la ville de Stettin avôit été remise au roi de Prusse en séquestre , que la garnisoii suédoise s'étoit retirée à Stralsund, que le roi de Prusse y étoit venu le 7 coucher , y avoit laissé garnison de ses troupes, et étoit retourné le 9 ft Berlin. — On a avis de Finlande que les Moscovites, après avoir surpris un passage gardé par les Suédois, étoient entrés le 8 septembre dans Abo, capitale du pays, qu'ils ont trouvé entièrement abandonné par les habitants du pays. -— On mande de Madrid que Nebot, chef des révoltés de Catalogne, avoit été abandonné par quatre cents hommes de ceux qui le suivoient et qui avoient accepté l'amnistie, et que lui s'étoit sauvé dans Cardonne par des chemins presque impraticables. Le commandant de Castel-Ciudad pour les révoltés a remis sa place à don Feliciano Bracamonte, qui lui a promis de lui faire obtenir l'amnistie du roi d'Espagne.

Vendredi Vt, à Versailleê. *** Le roi en sortant de la megse se mit à table , et^ dès qu'il eut diné^ monta en carrosse pour aller à Harly. Le soir il y etit grande musique chez madame de Maintenon, -<- On est convenu avec M. de Lorraine pour les troupes qu'on mettra cet hiver en quartier dans son pays ; il n'y aura que seize bataillons et quarante escadrons à qui on ne fournira que le fourrage. Le comte dePinto, frère du duc d'Ossone^ est revenu d'Utrecht) où le |duc d'Ossone est encore. Le traité d'Es^ pagne avec la Hollande n'est pas encore fini; l'affaire de madame des Ursins y apporte du retardement. Les HoUandois font sur cela des propositions qu'ils espèrent qui se-< ront agréables au roi d'Espagne; on a envoyé pour cela un courrier à Madrid, dont on attend le retour. Madame des Ursins iilsiste bien moins sur cela que le roi d'Espagne, ^i a cette affaire-là fort à cœur.

finances ;U alla tirer l'après-dinée^ et le soir, chez madame de Maintenon, il travailla avec M. Voisin. — Sur les six heures il arriva un courrier du maréchal de Villars, qui écrit de Brisach, où l'intendant d'Alsace étoit venu le trouver; les lettres sont du 25 au matin, et le maréchal eh partoit pour retourner ce jour-là au camp devant Fribourg. Il ne s'est point passé d'action au siège depuis le 14. Nos batteries dans le chemin couvert sont un peu incommodées par quatre pièces de canon que les assiégés ont sur un cavalier et qui plongent dans notre batterie ; cependant nous avons déjà des brèches et à la demi-lune et aux deux bastions qu'on attaque, et on travaille à la descente du fossé. Beaucoup de gens croient que le gouverneur voudra défendre la brèche, parce qu'il a encore un bon retranchement derrière. L'attaque du fort ne va pas vite. Le frère de Contades, major général, qui avoit été blessé à l'attaque du chemin couvert, est mort de ses blessures.

Dimanche 29, à Versailles. — Le roi tint le conseil d*É-

tat; il vouloit aller tirer raçrès-dlnéey mais il tira tant hier que son bras lui fait un peu de mal, et 'il âe itortit point. Il travailla avec M, Pelletier jusqu'au salut , où il alla, et le soir il y eut une petite musique chez madame de Haintenon. — Les affaires de madame ia princesse desUrsins ont empêché jusqu'ici la conclusion de la paix de TEspagne avec la Hollande. Le roi d^Espagne veut ab^ solument que les États Généraux soient garants de la souveraineté qu'on a demandée pour cette princesse dans les Pays-Bas; lesHollandois faisoient sur cela des pro-^ positions que le marquis de Montéléon trouvoit assez rai^ sonnables, et M. d'Aubigny, ministrede cette princesse à Utrecht, les approuvoit, mais le ducd'Ossbne n'y a point voulu consentir, a renvoyé sur cela tm courrier à Madrid^ et le roi son maître a approuvé son procédé. On dit que le roi a écrit au roi son petit-fils pour lui conseiller d'accepter les propositions des HoUandois et de ne pas retarder plus longtemps la conclusion de la paix, trouvant que lesHollandois se mettent à la raison sur cela *.

* Cet accrochement du traité, et pour telle cause, déplut infiniment au roi, et cette idée folle d'ambition se put compter pour le fondement de la perte de la princesse des Ursins.

Xtin^^f 30, à Versailles. — Le roi, après son dîner, s'enferma avec son confesseur, ce qu'il fait toujours la veille des jours qu'il doit faire ses dévotions. Le soir il travailla avec M. de Pontchartrain chez madame de Maintenon. — On mande de notre armée du 24 que les assiégés avoient brûlé avec des feux d'artifice un pont de fascines qui alloit jusqu'à une des brèches, et on commence à croire que la ville ne se rendra que les premiers jours du mois qui vient. Les officiers de Tarmée les mieux informés s'imaginent que le maréchal de Villars n'est allé à Brisach que pour conférer avec des gens qui font des propositions de paix, et que le mariage du prince électoral de Bavière avec une archiduchesse en sera le premier

li NOVEMBRE 1713. 17

article. — L'électeur de Bavière, qui est à Ciompiègne, a voulu monter un cheval que ses écuyers ne vouloient pas qu'il montât parce qu'il étoit fort peureux ; le cheval l'a jeté fort rudement à terre, et on craint qu'il n'ait une côte fort incommodée.

Mardi 31, à Versailles. — Le roi fit ses dévotions; il toucha beaucoup de malades; l'après-dinée ildescendità la chapelle, et y entendit vêpres. Au sortir de la chapelle il s'enferma avec le P. le Telliei^ et fit la distribution des bénéfices, dont voici la liste : l'abbaye de Saint-André à l'évêque de Sinope ; l'abbaye de Montaulieu à Tabbé de Lordat ; l'abbaye de Thouars à l'abbé Gould, trésorier de Thouars; le prieuré de Pommier-Aigre à l'abbé Babin, grand vicaire d'Angers; l'abbaye de Préaux à madame de Montbazon, sœur du duc de Montbazon; l'abbaye de Bonlieu à madame de Saillant, sœur du gouverneur de Metz; l'abbaye de Saint-Honoré de Tarascon à madame de Bressieu. L'archevêché de Vienne et celui de Saint-Paul- Trois-Chàteaux, qui sont vacants, n'ont point étédonnés. — L'espérance qu'on avoit que madame la duchesse de Berry fût grosse est finie, mais elle se porte bien; ce n'est point qu'elle ait été blessée, mais on s'en étoit flatté trop tôt.

Mercredi 1" novembre y jour de la Tomsaint^ à Versailles. — Le roi alla à la grande messe et assista à toutes les dévotions de la journée ; c' étoit l'évêque de Beauvais qui officioit. — On a eu par l'ordinaire des nouvelles du siège de Fribourg du 26 et du 27. On croit dans l'armée que le gouverneur voudra soutenir un assaut. — La chute de l'électeur de Bavière est plus considérable qu'on ne l'avoit cru d'abord. On assure que le pommeau de son épée lui a enfoncé une côte; on craint même qu'elle ne soit cassée. — Les dames se présentèrent hier pour Marly, comme elles font toujours l'avant-veille du départ, et, en comptant les princesses et le service, il y en avoit soixante et dix. — On mande d'Italie que le grand-prince

18 JOURNAL DE DAIfQEAU.

de Toscane esta l'extrémité; ce sel*aun gr&dd deuil pÔHr lacôur^ bar la princesse safcmihe, c|ui est tirante j est sœiir de la première DaupUinej et par coiiséqttfent grdiid'tfilnte de M. 16 Dauphin^ tante de ihônseigfiieai* lé dae de Berry .

Jeudi %} à Uarly^ — Le roi tint, le matih à Vètsaillëll> le cotiseil d'État qu'il aiit*oit tbnn hier sanis la bonne félfe, et aussitôt apbèë son dlneir il partit pour venir ici) bù il demeurer^ jdsqu'iiu 25 du moïii II n'y h (|ue douze dames de celles qui s'étoient présentées qui ne seront pà§ du ToyaLge^ quoique jamais elles ne se f lissent prësehtéesen si grand noinbre; Lô roi arriva ici à tbois heures et se promena jusqu'à la nuit. — La biille du pape fait grand bruit dans Paris, et les six coaimissaires (|ui s'assemblent chez le cardiaal de Rohan n'aui*ont pas sitôt fini leurs séances qu^ils l'espéroient. — La duchesse de Noâillesj qdl étbit nommée pour lé voyage de Marly^ s'est Blesééej le roi adonné son logement à la maréchale d'Estrées, la mère. — Le maréchal de Tessé, que le roi avoit ettvoyé & Marseille, il y a quelques mois, pour lui rendre cbmptè de l'état où étoient les galères, est sur la liste de Marly; ainsi on l'attend incessamment.

Vendredi 3, à Marly. — Le roi courut le cerf, et madame la duchesse de Berry > quoiqu'elle eût été incdmmodée ces jours passés, fut à lâchasse, à cheval. Le soir, il y eut une petite comédie chez madame de Mâintenon, jouée par les musiciens du roi. — On mande de Madrid que la reine d'Espagne est encore assez incommodée; elle n'est pas encore qi^itte de la fièvre, et l'on craint que ce ne soit une fièvre de langueur. — On a reçu des lettres de Fribourg du 30. On a perfectionné les ponts qui vont aux brèches de la demi-lune et du corps de la place ; Ton donnera l'assaut au premier jour. Les avis sont différents dans notre armée sur ce que le gouverneur fera, s'il soutiendra l'assaut ou s'il ne le soutiendra pas; mais tout le monde est persuadé qu'il se retirera dans les forts pour

lu» iêtëMfi: 0â tmfm aé Vasmm m Slip ^éiH% IM-

dfMs âis iâbÛ^i dtt »8i a'E§|laf faëi e1 i^inBt ili Sëfbiit âi^Htës ëll estSlagtië &H ii9US ^ëhf ê^f à trëiifê ë^caclf Bii§ françois qui y Sëfit;

Smtdt k ; A mrtf. -^he Mse ^fôMèilà lé lUâUit et }'&pt6i)H]iaéë â&nh m jâMinS; et lé sbiir, Bflëi âiâàiiié de Haiiitëtibii; 11 ihÙiM aVëë M. Vbiâiii. -^tâk ûèhMM qtt'oli a dé PbldfHë &e âo&t p^ bdfaBé^ ^bUt le ifdi de S^ède ifljpD^b lë M Sfâhiâlk:^; dU aâ^u^ë ^dé le I^Màd Sei|detlf becetihélf ië roi A\i\^um ^oht lë Véritable téi de Palogde, et qu'il dëtiiiflab Sëlilënlënt ^tlë të hôi SiâaislMétltilÉPOlbndià^illl'bflt M^l sbiéîii hëikMk dAM lesbteha qtt'il8âtitdafasëëi<dytiU{66. eejiëiiâau! m Piilà^ néis pi«tetfâënf ^iië le Sràbd Sëlgdëbr à mad^ué âti traité de ËarïdWltS ëb Miâât fbiHiflër Ctldë^ifa, et ^aifBi^ 9eiitëitëtn<ë àlàttnë^ d@ mnék aF&ëëé dû Tbté §1 i(i>dbÈés d'eux. — bë brait Së fè|itttlâ i}dë M: de k VfillièFê, sedrétaire d'État, Véttt se WSisAië de bà bliâi>^ de 6ë#étâifê ^èffler de l'okrë da Saiiit-Esitf it et ^d'il en Mltë àveë l! dekunoigilbttj j^éMdëilt à iàtyf^H^i et ^)l'd& fêM |>âlsef ëette charge axif^tëte de H: VUii^iti; kkh p'il |ttli^p6^^ leéoirdoâblëu.

Biinant^ 3i» JlTtfr/f ^ bë m tint lë cà&èëiî d'État; l'aprësqlltlëë il ië (i^diâëdà dbdii m jittdih^, et lé sdii^, éhez inadftfllë de MàiflteUëti^ il trStvslUà kVëë Èf . t^éllëlièr. ^ fcës leUres qdi âbdt Vëfidlë de Mâdi<id^? rbi^diBâlrg BOUS d^|»enîiëilt^tië Ittrëldëa'Eâ^gUë il*ëât|)6]iitê6cdre en bonne sfttaté ; elle é Mê HëVbë lébtë, et dti ûe Ibi a peint réultt doBUisr de (|tiifa(}(ilàa josqd'lSi: be matqUiS de Brœftcaâjne<reainbKss«tdeuf} A'f ë^t^idtëiiëdirëSlt'HVé, et fls n'odt point ëHëttrë liodlnié Ud églbâiMdedif p6ù^ tenir en Fraribe; — Les Hbllatldëis ^ài<bissënE fôft id^liiëtS des grands anÉemënts quë fait le roi de Prti^âë; bn p^4tehd^u'iianrapldsde séiiftiitë âiillé htidir&ëiS âulF pM, et qu'il Veut Qu'ils lui fasiëilt Jnëtiëë ^ld|>teiKéaf de fôUs les droite qu'il % à la suëëëssiob dit i^oi OdilMuine. —

On attend avec impatience un courrier du maréchal de Villars pour savoir si le gouverneur de Fribourg aura souffert l'assaut et quel en aura été l'événement; on lie doute pas que cela ne soit fait présentement.

Lundi 6 y à Marly. — Le roi prit médecine comme il la prend tous les mois par précaution^ et après son dîner il travailla chez lui avec M. de Pontchartrain; -*- Contades^ qui arriva la nuit passée^ apporte la nouvelle de la prise de la ville de Fribourg. On attaqua la demi-lune le dernier du mois ; ceux qui la défendoient firent fort peu de résistance et furent tous tués ou pris. Le lendemain au matin on se préparoit à donner Tassant au corps de la place^ quand on vit paroltre deux drapeaux blancs sur le rempart. Le baron d'Arche avoit abandonné la ville, et s'étoit retiré dans le château et dans les forts avec ce qu'il avoit pu y mettre de troupes^ et avoit laissé dans la ville plus de deux mille blessés ou malades et huit cents autres soldats se portant bien ^ mais qu'il n'aVoit pas pu mettre dans les forts , où il y en a déjà trop, outre les femmes et les enfants de toute la garnison^ qui sont en grand nombre^ et le gouverneur mande au maréchal qu'il abandonne tous ces pauvres gens-là à la discrétion du roi. Le maréchal a fait entrer le régiment des gardes dans la place, et demande un million aux bourgeois pour se racheter du pillage. U a permis au gouverneur, à qui Contades a parlé dans le château^ d'envoyer au priuoe Eugène pour recevoir ses ordres en l'état où sont les affaires, et il parolt qu'il veut défendre les forts.

JUardiTyà Marly. — Le roi tint le conseil de finanças et travailla ensuite longtemps avec M. Desmaretz» ^ ise promena l'apr^-dinée dans ses jardins , et le : soir il travailla avec M. Voisin chez madame de fiIaiiiteiioii;il avoit dlu4 chez elle* -^ Le marquis de Bi?iosse, c(^Qttel d'un petit vieux corps, est mort de maladie au camp devant Fribourg. Le maréchal de Villars a accordé au baron d'Arche une trêve de cinq jour» fxmr itttandre le retour

dèl'offlciep qu-il a envoyé au prince Eugène. — On parle de rappeler plusieurs intendants de provinces dont le roi n'est pas content et dont les provinces se plaignent. — M. Desmaretz a fait payer les 500,000 livres pour commencer le ren!il)ourâement de l'argent prêté aux gabelles , e^ on continuera à faire payer tous les mois la même somme, si Men que le roi s'acquittera par an de six millioniâ; cela a remis ses billets en crédit; quand on vouloit lés trafiquer on y perdoit la moitié, et l'on n'y perd présentement que quinze sur cent. — Madame de Yillacerf a été mordue d'un chien enragé ; elle a été obligée d'aller à la mer.

Mercredi 8, à Marly. — Le roi tint le conseil d'État, et se promena l'après-dlnée dans ses jardins. Le soir il y eut grande musique chez madame de Haintenon. — Le maréchal de Tessé est revenu de Provence; il est arrivé ici, où on lui avoit gardé un logement. — La maréchale d'Estrées la jeune se donna une furieuse entorse en partant de Versailles pour venir ici ; on l'y amena couchée dans son carrosse, et a toujours gardé le lit depuis ; on (»*aint même qu'elle ne soit obligée d'aller aux eaux. — On mande de Londres qu'on a publié une proclamation le 30 octobre, pour remettre au 21 décembre l'assemblée du parlement qui devoit conmiencer ses séances le 23 novembre, et on compte que les tories sont supérieurs aux wighs.

Jeudi 9, à Marly. — Le roi, après la messe, monta en calèche et alla courre le cerf; madame la duchesse de Berry étoit à cheval à la chasse. Au retour le roi dîna chez madame de Maintenon; après son diner il donna une longue audience à Contades, et puis le fit repartir pour l'armée. Il y eut une loterie chez madame de Maintenon, qui gagna un fort joli lot qu'elle envoya le lendemain à madame de Dangeau, quin'avoit rien gagné à la loterie, et le présent étoit accompagné d'un billet charmant. — On a reçu par l'ordinaire des lettres de l'armée du 3,

33 JOIT^AL PS pAIfq^U.

leri?. Qp ||it mjngf }f}ç foF^igçptjflBf du fort 4p FritjcwEg. TTTT Qn jj^p^e fi^Fy^^pfwt q^p J§. jji.^tq (ip? quatre Cewjlç§,

m pW?W?\W^ 4 BeUbrpDB, s'est stew^e ppwq^slgu»

.qçfjt fpçt goijljaitef J^ fê\h 4PPt ÏPSpeFpleg flB* grjffl4 J)Sr ?PiR- — ïf'^cft"l^ffi|P fcaps9ijp fAu\ gom: ison ^pcrétairp

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F8Ue»?ei?.e RijUiqRS 4li cp^jp^l (Jç ftl^apipipu ppclq : la plus grande partie de ces grands biens-là est disglQéç^ fit cggçijdaijt 9f| pqipgtgqu^ Jp 4u.cds J§ HpUI^F^H'Sj gon

Ih yHtPfa P°68Fi4fi pl»s4e ?P<);Pftfl li^n^j dg ppptfl pt 4'HPS WM^ k Mn PSRlîiÇS dgnî Jl; 4^ yiJlftEJq ftp

§g s^F^Rtl Pfl« % ft ^WH« PSF s^ fflBFJ "Bf mmïi^ ?t éiiF^P»? bJ?9P 4»R§ Ips ptigyaJIgjç 4q }'Qf4F§, gsVRJF

* On ne voit guère de plus grand exemple de la malédietion de Dieu sur les richesses, et en'partfculi^ sur les fortunes des Hiinistres, qoe celui-ci, auquel on ne peut s'^mpiaber de s'arrêter un momant. ^. A|f)za|:ja f)4t ehqjsipaf )j»par4i|)al %farifi pqur |f pflmâpa) h^fi-

NOVEMBRE iVi3. 23

ti8f de sfi fostime en épousant sa nièce, son nom et ses arabes, par ce^ m9^n presque uniquemenj;, que cîétoit le plus riche homme dé France. Cette même raison fit tant de peur à son sage père le maréchal de la Mdlleraye, qu'il eut toutes les peines du monde à y consentir, et qu'il fallut le poids de Uautorité joint à celui de Tamitié pour Ty faire résoudre, et il ne vit jamais qu'à regret et en frayeur tant de biens et d^établissements fondre sur son fils, comme il s'en expliqua souvent afant et après. A la morf du cardinal et du maréchal de la Meilleraye, il. Mazarin se trouva deux fois duc et pair , grand maître de Fartillerie, ^euv^eur d^41sace et de Bretagne^ 'gouverneur particulier de Bma6h,4eGQ|mar, de Schelestadt, de Béfort et d'Haguenau, de Brest dp Povt-IiOuis et de Nantes, gouverneur et capitaine de Vineennes, Sliniçtre d'Etati et dans tous les conseils et avec les grandes entrées de l^ioiec gentilhomme de la chambre; beau-frère du duc de Venddme , 4$ la CQiatess^ de Soissons, qui tenoit lors la cqur et de chez qui le ro| ^^ bougeoit, du duc de Boujllon, grand chambellan et neveu de M. de <Furen|ie djPins son apogée, de la connétable Colonne ^t du duc de Nei{ers, çouMo germaû^ de madame la princesse de Conty etd^ la duchesse d^ Modtoe, avec près de deux cent mille livres de rente de son père et Ûgt huit millions de dot effectifs en biens, meubles ou imme^bles juridiquement et contradictoirement prouva au parlement dans 1^ procès qu'il eut avec son fils dans les fins de sa vie ; le tout alors spns aucunes dettes, et logé superbement partout. Il avoit beaucoup d'esprit, il avoit même des lettres, il avoit de là valeur , fort à |a mode dans le mm^ çt pçrsqpl^)l^Ragp}; fqrt l|ifp p?^fi l^ roh m dp pli|3 5é pjguoit d@ l8 <}jstipsipr gf de le ^tp^x pff iCfiit pgc rapport à | ji mçpaQJ^-e dq cardinal Mazai;in. jQuell^ sjtuatîpn complète et prodigieuse, et guej en fit le sort? Pour ainsi dire un instant Ae durée; la iête lui tourna, mais non pas comme elle tourne aux trop grands et aux trop heureux. La conduite de sa femme, belle comme le jour, commepca à lui déplaire, qt, f u h>u d'e^iypr d^ {§ ij^flfipnep, i| jj pQ^çsa ^ poiih $^ps çpsser 4'^^ êtye jmogyepx. J^ap^ pes dpilés il çuj jpwp^^ Ip rpj pqpr lui, çt jjp spt pas s'p aid^r• IJn tfav^rs de dévotion mal ré^l^e s'empara de sa tête ; les scrupules le dévorèrent*. Il s'éloigna des conseils ; il se déroba du monde ; il se |»it à prêcher le roi sur ses maltresses. Il se défit de ^artillerie, de la Bretagne, de Id plupai^t de ses gouvernements panîcu- Ijpis; i} se refjjrg ^îr? ses t^fï^s, p» i| fam^ qq§ m ^mW 4? Vm^, k Tautre. s'y fit mçquj^r de lui ppr de^ yègl^jnejjts gu'H q>yf}it auc^p droit dimpospr à ses vassau^, et qui descendoient dans des détails ndicules. Il mutila ses tableaux et ses statues; il plaida, et ne se crut de biens légkimes que ce quUl tenoit par des arrêts. Il fut en proie aux p«ê^(3^^ mi Duqin^, h !^es Yalets ^t rarement avec qu^que suite. La lo^j^ ^ se$ gefj^ çpra upfj fq}iQ fflujqf^r^ J^^^fj^i P?F |P *^^*^^^ ^^

24 JOURNAL Ofi DANGEAU.

laquelle le laquais devenoit secrétaire et riataidant euisini^, pour que chsteuD tint son état: de Dieu même, et non pas d'aucun choix. Toutes ses actions étoient frappées au même coin. Brouillé avec toute sa fa* mille, et abandonnant et abandonné de tousses amis. Ses deux filles moins que médiocrement mariées, Tune des deux enlevée d'un couvent, qui commença et finit sa vie par courir le monde ; son fils marié d'a- ^ard par lui, puis malgré lui, et qui se touma à la paresse , à la dissipation et à la, plus déplorable crapule; le père très-souvent fort en peine d'atteindre le bout de Tannée; le fils ruiné d'avance et vivant d'expédients; deux fois rétabli par la mort du père et après par le l^fissiissipi, et deux fois mis en tutelle et en curatelle par ses créancieby^par eux réduit s^ une pension alimentaire, et sans tôtime ni eooQsidéEiàtioQ. Telle fut l'issue de ce poids énorme d'établissements elt4^ biens que le petit-fils, à la vérité, ne prend pas le chemin de dissiper comme eux, mais qui suit d'ailleurs la route obscure et crapuleuse de son père. M. Mazarin ne venoit pas quelquefois en dix ans une fois voir le roi, qui toujours le recevoit bien, ne séjoumoit pas plus de Inut où dix jours à Paris, et de sa retraite ike laissa pas d'être âdt chevalier de rOfdre en 1688 et de le venir recevoir. 11 fit dans la suite un voyage en Alsace, qui il avoit de grands biens; mais il eut ordre dès qu'pn l'y sut d'en sortir, parce qu'il avoit conservéle gouvernement de la province, et il n'y retourna plus.

Samedi 1 1, â Marly. -— Le roi se promena le matin dans 3es jardins, et l'après-dlnée il travailla avec M. Voisin. — La vente que fait M. delà Vrilliçre de sa charge de secrétaire^ et greffier de l'ordre du Saint-Esprit n'est plus se- (a'éte; M. le président de Lamoignon en donne 200,000 firattïcià, et un pot-de-vin , et le roi donne à M. de Lamoignon un brevet de retenue de 100,000 francs. Le roi permit à M, de la Vrillière de porter le cordon bleu, et le loi fait passer la ohflti^ sur la tète de M. Voisin, afin qu'il le p(Mrte aus^. -^ La reine d'Angleterre , qui a été longteiQf^' iBfàlade à Ohaillot, est retournée à Saint^Germain , où <eflie< se porte mieuix ; le roi son fils est toujours à Bar-le- Duo, d^^où ii va souvent à Luné ville voir M; de Lorraine, et il parôit par toutes les lettres qu^on reçoit qu'on est bien charnïédeltiiencepays^là. -—On a reçu par l'ordinaire des lettres de Fribourg dû 6. On n'attend la réponse du prince qEttgèae^auimrdtt^tf Ajicte que le 8 otile lO; Le' détache-

NOVEMBRE iï*5. 25

ment de cavalerie qu'on avoit fait n'a point marché. Dimanche 12 , à Marly. — Le roi tint le conseil d'État. n dîna chez madame de Maintenon, et l'après-dlnée il alla à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre , qu'il trouva en assez bon état. Le soir, chez madame de Maintenon . il travailla avec M. Pelletier. — Le régiment d'infanterie, vacant par la mort de M. de Brosse, a été donné àM. de Boufflers, remis en cour, qui étoit colonel du régiment de Barrols, et celui de Barrois a été donné à M. le prince de Conty, qui n'avoit point de régiment. — U y a une histoire répandue dans Paris, et on ne parle d'autre chose ; c'est d'une fille de famille qu'on nomme mademoiselle Testart, qui est, â ce qu'on prétend, fort tourmentée par un esprit dès qu'elle s'endort. Beaucoup de gens, et même des gens de très-bon esprit, ont eu la cariosiié d'aller la voir, et y ont trouvé quelque chose d'extraordinaire dont ils ne peuvent pas démêler la vérité. Beaucoup de gens de la cour et de la ville y ont été, et ils n'y comprennent tous rien, mais on est toujom^ persuadé qu'à ces choses-là il y a de la fourberie*.

* Cette mademoiselle Testart étoit fille d'un avocat et jolie. Klle et ses parents ne s'accordèreDt pas sur son mariage ; elleflt donc cette fiirce d'esprits qui ladonna enspeclacleà toute la ville, pour retarder ses noces et dégoûter celui dont elle ne vouloit point. La fourberie dura plus de deux mois, et fut enfin découverte; elle n'en fit que rite, et parvint ainsi à ce qu'elle eu vouloit.

Lundi 13, à Marly. — Le roi, après la messe, monta en calèche et alla courre le cerf, et le soir il travailla chez madame de Maintenon avec M. de Pontcharlrain . — M. le Gendre est rappelé de l'intendance de Montauban, et an y envoie en sa place M. de Cély, qui étoit intendant à. Pau. On rappelle les deuxTurgot, dont l'un étoit intendant en Auvergne et l'autre à Moulins. Le fils de M. de Nointel , conseiller d'État, est nommé à une de ces deux intendances-là. — Le maréchal de Villars a donné jusqu'au 15 de ce mois au baron d'Arche , gouverneur de

36 JOUaVAL PR DAIi&EAU.

Fsiboucg 9 pepdant ldqa6l Âélai oq ne titQ p0in4 dQ p«(rt et d^autod , fit nous ee laissons pi^ da ti?av»iUq« jt o^ Is^atternes sans que les ^sièges |r troux^^nt à isudioft ^ §t Iq go^- ^ferpeui* eoypie dans la ville d^ la'afittwâiwr^ pqph îf^ i^leasés j les malades , poDis If^s fdmm^ ^t Ids ^9laAt9 d^ (Mmn et d^s soldats qui s^nt «estes dans la viUp^

M^rdi ifr, à Jferiy. -* Le »«» tint 1^ fipmeil d^^ fe»B!^§ et tyayaiUa mm\Q awp Vr Pefifwiwi§t?; il §ttft liFfir \^^

près-dlnép , fit le soir, c^q? pa^d^mô de 4«Pte{l9Q ^ U ^âr irailla avep M* ÏPisift. s?7 ^ yeii » den.^é ft» Wa^fife^

d-Huxelles Ip gouye^peme^at 4'4}§i^fie rt l? «Qwwsement paptifiuUep de Bms^pU pu'wmt ¥• 4e M^i^pi»; «p cpfliptg que Qes gQuveçpements calent ^Q,pfio f^p-nep. ^a R^péctial

d'IÏOTeUeg ayqit d^J^ ^^ m \%M^ écpg »flP« I^^WTOftP^ef

daps f^tte pupyipçe, qpi ceviepd^^t m mz — M» iftL-

l^ndpis PPt retiré 1^ f ^PPiepB q^^ij? ?f Qigpt df^ai Tsftgfy

^Qb, et il y eet eptP^ de§ tfp»8ps jU^w^iideiT Mt 4e Sftik ^aut, gQuveiîfleijç dp Met*, et gm qfflwmande dgpg ig§

pays vmm , ^ ew Qçdye du m Ae B^^ iw^it §'fippp§gp à'

rentrée de ces troupes dapg Tçg^r^li , ^\ m eQ«¥m dp vivres qu'ils y mèneront avec eux. mais pour cette fqis- \^ gpplement.'— Le ^çasd j^ailliage (Je galuen^w^ gBJ pg-

vaut que 39 qu 33^QQfi Upea de vml» } i^ft eseyâit gu'il

envaloit8ê,000. t

Mercredi 15 , à Marly. — Lé roi tint le conseil d^État ;

\l §e proweni r»p?4srdin4e, et le sfljp il gqf wpnis »«-

liqpe flji^a madame de îlai^teig^îi. î5?ï Lft SQm ftSe Ift 15» nomiB^ M. 4e Prie ambassadeur ^pppà§ 4» roi de SieUfii

il augmenta wpe pessien 4« ^,Pft8 Jiî^rflj qa'U M*>ifc ât la lui donuff de ^,Q0!| im^. \i M ^mn^ *iàwi ip- pefe mi^i^io^ de Yendjè hp tieuyp^tj'gégiwen* 4e ims^vi§ qii'il

lui ^yoit dpppé, et quj ^foit le »j^ment 4^ iiJkgWMft-

If. 4e iBîîie yient de yendpe^ ee tôgipie^t ft» ehèva^ep 4^ Yitpy, £1$ de madame 4^ BebQws 4e a>n pi?ft»i?s Wi-r 45tge; w l\ii ep a ipppé »*{WP f*»neg'*Pé«>4tPQ»ï>te^;

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apprpim^t qu'U y ef4 §m^^ imim \f)9 mHï^iUQBs nécss?

§^P^$ poi^r faire ïfi giégg 4.ef fpptgi t» «g pppaiBipfîfipj que le 1^, parpfl qu'on a doi|pé ftli gQHVftPRpiHs jusqu'ajl t^; maiii o» eupèrp qu'on n'e« «qp» pqJRt bflîpin e): q^'llf 86 çwdBpnt 4^§ que ]§. répoin»i 4h pjwp? FiRgèfl^ Sf r* ap?

/(^ji ^(5, 4 ^arlï. 7"! ï^e j?pi, ftpfèls lj| i^fij^e wqnta 4anf sa calèche et alla courre le cerf; il 4^o^§,v} ;<Qtpcu; pl^g^ »S4»I»? 4e ftfftïRtSRPn, pMe ^ic, çi)^î pllp , il y e^j; qpel-

fipp ïWHi5»q«e, Mft4§fflp la 4HPb«t?e 4^ %?Fy 4tfiH 4 plieys4

à lift c|ï§¥?e. ^8 apf^jrdln^^ jftsqH'ftu ffi^p^r, il y ftloft-

mw 6P»4 jp» m i^R?aH«M 4aB? le ^^m ?* i>efijippHe

4'fttttf^ PPtJtg ismi ^ ï*^ ifis |^t^î8s qu'on ei|^ J^jec 4f

fc4t Pfts i)}§n., gn'ii ftypii| ^n ap4a»e »ppès 4p ftsyr^i

priRce 4ê T9?<5?ne qyq ^e pîerpr^4i appè? sqq f^Jo^f 1

pw't ]fi j9HF 4fl 48yf»ptv ^ip m pocfsFâ !^ 4fiHil t^ej^

^p^if^es; T-: Parlas lpt|pf!§ 4e fîfitft}Pgns> P» »BBP?"l4

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#q§ Barppifiin^^Jeg gé4JMep y^fliis^t Ih» %lFfi f^p4f<»

9««Ptl ^t 4p %gp«t a^'ïl a^tpPSfe^? §t 4s tfiHte sa co^^

^i% dft^js iç^ <!piic§§5 qiî'il a f^itçs 4a,n^ Ip piat p^p,

, Flandre^i 17, à Marly. -^ Le roi travailla le pj^ti^j

ayfffcl^P. Js TfUi^Fi î^Uft%P'' l'apF|!§r4lpée, et 1^ SQJpil y

«s\itg|ta4<» mijgjpis! ci^^amft4ai»p 4^ ^^ptç»ioo. — lç

n JOURNIOI Ù£^ DkKGKAU.

sflbit^atge ; je orôiâ^ qu^illsi* xm brfevct de f etemie.' Il ' ii'ap*

a houvelle qu'il est «ntré'ctafis BàrceMh0y<{>ar mer j -des munitibîis «de gaerr0>efc boùehe, dont lès habitante dô eette'villeiavoient.sîJgxBnd besoin. qu'âne grandi^ partie de cesitébelies'V)oai6ient!9é! soumettrez Le roi d- Espagne aïihète! quelques^ vais^aux des .€éiiois y ^ >qui> seref^l em-* ployai à faoubhér oe pdrt >i et Sldemandeiaii roi M. Durasse poiiiioanàniandenoeUo«ivls4à* ^^M/ tè^eardinalideRdiéii; le^prëliiieB des oommissaires de. l-assenibiée' du cler^-êt dhëz^jijâi'lestaùtresis'asi^nibljëntv >a lb^^^uftfe «t la fièvre ; odbl &è If enxpèdae pas- de travailler^ mais il y a beauootip à examiner e^ore, îëi) il seMt ibiën des écrits dans^ Paris e^titre là GônititutioB. : '«r- !. .

Samedi 18 , à Marly, — Le roi se proine&a le matin et Fapràsr-dlnée dans sesujardins^ il travailla le soir avec M; Voisin^ cbez madame de Maintènon. — Les dernières lettres de l'armée venùbs par Pordinaire sont du 13. Nous travaillons à nos batteries contre les f ortâ et aux communicati(ms de notre tranchée sans que les assiégés tirent un seul coup pour empêcher notre travail ^ ce qui nous fait croire que le gouverneur croit qu'il aura ordre de les rendre. -^ Gassiôn^ un des plus anciens lieutenants généraux de Fr^ticé y fort distingué par son courage^ est à Paris à Fextrémité. Il est gouverneur de Mézières, et a outre cela le petit gouvernement dé Dax. — Le bruit commence à se répahdre que H. de Chamillart veut vendre la charge de trésorier dé Tordre du Saint-Esprit; il a un brevet de retenue dé 420,000 francs sur cette charge. — Les nouvelles de Pologne varient plus que jamais sur la paix des Moscovites avec le Grand Seigneur, et il y a déjà plus d'un mois qu'on ne parle plus du tout du roi de Suède.

Dimanche 19 , à Marly. — Le roi tint le conseil d'État, alla tirer l'aprè^lnéé;' 'mais il ne demeura guère à la chasse^ patoe que son^bras^ lui fait' un peu de mal. Il trà-

vailla le soir avec M. Pelletier chez madame de Maintenon. — Le duc d' Aumont revient de son ambassade d'Angleterre, et doit être à Versailles au retour du roi. — Madame d'Ussé , fille unique du feu maréchal de Vaaban, est morte en Bourçogne, où le mauvais état des affaires de son mari l'avoit obligée d'aller demeurer. Elle avoit eu beaucoup moins de bien de son père qu'on ne croyoit. — M, de Pontchartrain achète des terres de la maréchale de ClérembauU , en Poitou, dont la principale est Palvau, ml il y a ud très-beau château et assez bien meublé. Ces terres valent 20,000 livres de rente ; il en donne 200,000 francs argent comptant, et une pension viagiire de 18,000 francs à la maréchale de Clérembault, et après sa mort il donnera une pension de 15,000 francs à Tabbé de Clérembault, son fils.

Lundi W, à Marly. — Le roi, après la messe, monta eu calèche et alla courre le cerf; l'après-dlnéeilse promena dans ses jardins, et le soir il travailla avec M. de Pontchartrain, chez madame de Maintenoo. — Le marquis d'Herleville est mort sul)itement à Paris. Il avoit été gouverneur de Pignerol, et avoit acheté ce gouvernement du marquis de Piennes ; le roi lui conservoit les 36,000 francs d'appointements qui étoient atlachésà ce gouvernement^ et avoit obtenu du roi qu'il y eu eut 8,000 de ces 35,000 qui fût Ëur la tète de sa femme. — La grâce que le roia accordée àM. de Torcy n'est plus un secret : le roi lui donne 100,000 écus sur les postes, qui seront payés au renouvellement du bail. Il y avoit eu des raisons jusqu'à cette heure pour ne point rendre l'affaire pubUque ; on prétend que M, de Pontchartrain a obtenu du roi , il y a déjà quelque temps, un don de 400,000 francs; mais, comme ni lui ni sa famille n'en parlent poiijt , je ne sais si cela est exactement vrai , mais apparemment il y a quelque fondement à ce bruit, .\i , ; Mardi '2i , à Marly . — .Leroitintleoongetl de finances, -^vailla ensuite longtemps avec M. Desmarebi. L'après-

3» JOURftlHi m ttftdSÈiiU.

dttl«ë3 ie èM dto Fl^nfilid afflVtt| \k ifts^eëbttl de VlllftfS Fëilv^i» «U t^i pbtll' lui j[iëttef là ilOUMle ^ M gdtifH!^' nëlir de FHbi^u^g A ftdt M; dâ{4ttllAtioil ^(if leM ftMli'm lui dbfiiie tbus \eà hcmnetlrs de la §ii(»rM let Itt fiiritisrà dmt éfa être éoi*ti« le Iti Le roi a donné im logeinelit ibi au daë de Fronsab, et il ne Vêtit point qti'it retouffi(0 \ rhrmée étant {^rè$ de tm séfiarer. Le nii a tAf^ iftHi le chetralier d'à^eld detnetrreHsdt dans la |ilaeë jioitf y cemdiatider et dans tont le Bris^ati^ inais Mn» les oi*fli*e du coiliie du Boui*gf; i{ui est son ancien ; On ehantera te T% DHni dimanche à TersaiUes an létMxtt dn Itii et le jeudi d'ajprèsà Paris: On compte qu'il j nrtÀt eneiwe plus dé six mille honlmes sons les âmes dans les foHé ; eetté reddition sànë défense fbrtiflé beaucoup lasi bruits àb paix.

M^credi âa> ùMaHy. -^Lie rbi tint le ëbiiseild'fitat) il dîna chez madame de MainteiloB ,et le soir il f ent g^ahde musique èhez elle. — ^ M. le diàréchal de Villars s'en Ta à Sti^àsbourg^ et Ton croit qu'il if a de 1& A Hastadt^ dû le prince Eugène l'a fait pi*ier qu'ils j[nissent contre!* en- . semble^ ce qui fait plus i|uë jainais broiire la p&ixt M. de Yillars mènël^ aVëe lui à Rastddt Mi le prinëO de ftohan ^ M. de Brog^lio ^ Mi de Ghâtilleii et M: de Cehtades $ les con^ férénees ent^e léd dëtlx généraux doitent edminencer le âT. — On mande de Hollande que la paix de cet État avec le t^i d'B^a^ne ne s'ayance poidt; deb diffleultés qu'on crofoit aisées à lever ne s'aplanissent pbiMti M. d'Âùbigny^ qui étoit chargé des affaites de madame des Ufsins en ce pàf s-là^ élst i*evénu â Pàrisi oè il a pris une maison. Lé duc d'Ossone et Montéléon^ lë§ deui plé^ nipotentiaires d'Espagne , ëé trbiitrent d'aVis fort opposés^ ee qui fait qu'il faut souvient envoyer dei^ feoutriers d'Gtrecht à Madrid.

Jeudi 23 9 à Marly, — Le roi monta en ealèehe après la messe, et alla eoùrre lé cerf; il ôe promena l'aptèsdinée dans ses jardinS) et le soir il y eut musique chez

ndvrmbhk ins. si

triadftihe de MàUtteHod. — On d,p(tri* par les letlLCs de MAtfeeiUfe que le comte d'Adtëmttr y ëtoit mort; il y a longtemps qu'il étoit retiré en ce pays-là, accablé de goutte. C'étoit un homme fort estimé à la cour et à la gueri-e, étalas connu sous le nom cîievalier de&rignah. U avoit été un des six premiers courtisaas attachés à feu moDseigneur le Dauphin, qu'on appela menins. — On apprend adssi de PrdVente que ramiralienHitig, après avoir conduit le roi de Sicile à PalBrmé, étoit fevenii sur les côtes de Provence, qa'bn Ivli avoit fait heaacoup d'honneur à Toulon: U se loue fott du rdî de Sicde, qui lui a donné 6D,000 francs d'argent comptant et sort portrait enrichi de dianiantâ, et la l'eine de Sicile lui a donné ilussi une haçiie d'un tbrt beau diamant. Il dit que les Siciliens ont reçu leur nouveau roi avec de grandes démonstrations de «èle et de joie. -^ M. de la Monnoye fut élu tout d'uile voix âl' Académie françoiseen la place de l'abbé Régnier, fit le cardinal de Poli^nacenrenditcompte au roi le soir, qui approuva le choix.

Fendrerfi 2i, à Mariy-. — Le roi se promena le matin et le soir dans ses jardins. Le soir il y eut grande musique chez madame de Mainterton. — Le roi a donné au diic de Froilsac ^-,600 écus pour sa course de Fribourg ici. — Le marché de M. de Chamillart pour sa charge dfe trésorier de l'ordre du Saint-Esprit est conclu avec M. Gliauvelin , l'avocat générai, qui lui en donne 400,000 francs; il avoit un brevet de retenue de pareille somme. La charge passera sur la tête de M. Desmaretz, afin qu'il puisse porter l'Ordre; ainsi il y aura présentement trois hommes qui porteront l'Ordre pour cette cbargcj savoir : M, de Chamillart, à. qui le roi permet de iJontinuer aie porter. M, Desmaretz, et M. Chauvelin, qui va être le titulaire; et sur la charfje de greffier secrétaire de l'Ordre, il y en a quatre qui le portent, savoir : M. de laVrilIière, à qui le roi permet de continuer de le porter : M. le chancelier, sur qui on fit passer la charge avant que

de la donner à M. de la Vrillière ; Mi Voisiu^ sur laiète de qui elle va passer^ et M. de Lamoigxion, qui en est le titulaire*. ■ ' .•■. , .■'■.-•', '■•.,. .

* On a vu aux additions sur la fin de fannée 1698 (1) ce que c'est que ces râpés des grands officiers de TÔrdré; et phisîeurs' 'curiosités sur cette même matière de Fordre du Saint-Esprit.

Samedi 35> à Ver9ailk$. --^ Le roi^ après la* messe, de^ meura toute la^matinée ^.Marly dans^oU' cabinet^ où il fait accommoder beaucoup de petites choses, <Il:pai?tit de Mariy aussitôt après scm dlner^et arriva ici de iort bcume heure. Le soirychez madame de l||[aijitenon^.i}:tra/yailla avec M. Voisin. — On fera une gra^de!ré|6rmeides.nouM veaux régiments d'infanterie .^t de quarante escadrons les plus nouveaux. L'armée n^esit pas enocire séparée , mais elle le sera incessamment. — Le roi de Sicile Ji^f laissera point de vice-roi dans ce royaume quand il en partira; il sépare l'ile en trois grands gouvernements^ qui sont Palerme, Messine et Syracuse, qui ne seront poiftt subordonnés les uns aux autres, et fait beaucoup d'autres changements dont il paroit que les Siciliens sont fort mécou'^ tents. — Il doit bientôt avoir des conférences à Bastadt entre le prince Eugène et le maréchal de Villars; c'est le prince Eugène qui les a demandées^ et Ton croit que oes deux généraux auront des pouvoirs de leurs maîtres de signer ce dont ils conviendront avec eux. — Monseigneur le duc de Berry et madame la duchesse de Berry allèrent à la comédie ; les dames qui ont été du voyage de Marly ont permission , le jour qu'on en revient, d'être à la comédie en robe de chambre.

Dimanehe 26, à Versailles. — Le roi, après son lever, donna audience dans son cabinet à M. de Chamillart. Il fit chanter Je Te Deum à sa messe ; il y eut ensuite con-

(1) C'est dans Taddition du 5 mai 1700, tome VII, page 304, que Saint- Simon dotftie re^tpUeation de ce nom.

I90VEMBRE iffifk 8t

s^ d'Étai. L'aprè^^lnée il nfe sortit {>oiiit; il travailla avec M. Pelletier^ et le soir il y eut musique ehets' msèdame de Maintenon. — Le roi donne à M. Chauvelin, avocat général, 100^000 écus de brevet de retenue sur la charge de trésorier de f Ordre, qu'il achète de M. de lÉhamillart. — On mande de Fribpurg que la garnisoa est sortie de^ forts; il y avoit sept mille cinq cents hommes sous les armes. 11 n'étoit pas possible que tant de gèiis pusseliit tenir dans desi petits lieux. -^-^Gassion/trè^-anciien lieuAe<^ nant général^ mourut à Paris; après ttne lodgué maladie; 11 étoit gouverneur de Mézières et de Dax. Le gouterne^^^ ment de Mézières a toujours été regardé comme im beau gouvernement, mais il ne vaut guère plus de 10,000 francs, et celui de Dax ne vaut pas 1,000 écusl Bettucdup de gens ont déjà demandé celui de Mézières, et où <^oit que celui de Dax sera donné à Gassioû, colonel de Navarre et neveu de celui qui vient de mourir.

Lundi 27, à Versailles. — Le roi tint le matin conseil de dépèches; il travailla le soir chez madame de Maintenon avec M. de Pontchartrain. — Le roi a donné le gouvernement de Mézières au marquis de Lévis , lieutenant général qui sert en Allemagne; madame de Lévis, qui est ici, n'en avoit point parlé au roi. Le gouvernement de Dax a été donné à Gassion , neveu de celui qui vient de mourir. — Avant que le roi allât à Marly, le roi donna à M. de la Rochefoucauld 400,000 francs sur la maison de ville, et il avoit donné pour avoir ce fonds-là d'anciens billets de l'épargne , du temps de M. Colbert, et un peu d'argent comptant. Je n'en sais pas bien le détail, mais c'est une grâce particulière que le roi a voulu faire à M. de la Rochefoucauld. — Il arriva un courrier de M. de Villars. Ce maréchal doit être aujourd'hui ou demain àRastadt, où le prince Eugène arrivera le même jour; ils y auront chacun une garde de cent hommes d'infanterie et de cent chevaux et seront logés dans le château ; une salle séparera leurs appartements.

U JOURP^AL DE PArtGEAU.

Mardi 28, à Versailles. — Lp roi, après son lever, fit prètei serment dans son cabinet à M. Desmaretz pour la charge de trésorier de TOrdre. On prête le serment pour ces charges-là, quoiqu'elles ne fassent que passer sur la tête, comme si on les devoit garder. Il y eut conseil de finances le matin et conseil d'État Taprès-dlnée ; le soir, chez madame de Maintenon, le roi travailla avec H. Voisin. — On laisse huit lieutenants généraux pour commander en Allemagne ou sur la frontière, et ces lieutenants généraux auront chacun un maréchal de camp avec eux : du Bourg à Strasbourg, Lée dans nos lignes de Weissembourg, Broglio à Neustadt, Asfeld à Fribourg, Cheyladet à Boucnon sur la Sarre , Vivans sur la Sarre aussi, Saillant à Metz et dans les Trois-Évèchés, etRuffey commandera les troupes qu'on laisse en Lorraine. On est convenu avec M. de Lorraine que nous laisserons quarante bataillons et quatorze escadrons. — L'envoyé de Florence donna part au roi, le matin, de la mort du grand prince de Toscane.

Mercredi 29, à Versailles, — Le roi tint le conseil d'État; il se promena dans ses jardins Taprès-dlnée, et le soir il y eut grande musique. Le roi prit le deuil pour la mort du grand prince de Toscane; il le portera trois semaines et monseigneur le duc de Berry le portera trois mois. — Le maréchal de Tessé propose au roi d'armer douze galères, pourvu qu'on lui fasse donner 50,000 écus, et fait espérer même, avec cette somme, d'en armer jusqu'à quatorze. — Madame de Courtenay mourut à Paris après Une longue maladie; elle ne paroissoit point en ce pays-ci. Elle avoit un bien assez considérable qui faisoit subsister M. de Courtenay, qui va être présentement fort mal dans ses affaires, car le bien de sa femme revient aux enfants qu'elle avoit de son premier mariage avec le président le Brun.

Jeudi 30, à Versailles. — Le roi travailla le matin pour ses bâtiments et dina chez madame de Maintenon. Il

n'alla ppint à jktarly pQmme il va tous 1q$ jei^dis , papçe qu'il eât fête et quUl aime à voir travailler. Il y eut musique le soir chee madame de Maintenon. Le roi se promena raprès-dlnéeàTrianon. Le roi, après la messe, me donna audienctç dans son cabipet (1). — On chanta le Te Deum Taprès-dlnée à Paris pour la prise de Fribourg. — Le roi d'EspQ.gne supprime la charge de président de Castille*, qui est encore plus considérable en ce pays là que celle de chancelier en France. Il ne rend jamais de visites, ne donne la porte à aucun gfand, ne la veut pas même donner aux ambassadeu;*s des têtes couronnées, et quoique M* de Vendôme , sur la fin , fut traité en Espagne comme prince du sang d^Espagne, il ne la lui vouloit point donner non plus. C'étoit Ronquillo qui avoit cette charge, qui lui donnoit trop d'autorité ; on la lui ôte, jgtoa lui (donne 10,000 écus de pension.

* La charge de président du conseil de Castille ne fut point suppriiné(s; mais avant d'expliquer Terreur il faut expliquer la charge. Toutes les provinces ou royaumes qui composent celui d'Espagne sont partagés en deux, Castille et Aragon, sur quoi on passe l'historique qui mèneroit trop loin, et on laisse en tout T Aragon, dont il ne s'agit point ici. Les provinces qui sont de la couronne de Castille ont des tribunaux dont les plus considérables s'appellent audiences, mais desquelles il y a appel à un tribunal unique qui est le conseil de Castille qui se tient à Madrid, et qui est tout à la fois l'unique parlement pour tout ce qui dépend delà Castille, et ce que nous appelons ici le conseil des parties, composé des conseillers d'État et des maîtres des requêtes. Comme parlement, il juge au fond en dernier ressort, et directement et par appel des autres tribunaux ; il enregistre les sanctions concernant la monarchie, les traités de paix, les grâces féodales, les grandesses qui s'érigent, et décide de celles qui tombent en litige ; en un mot, fait seul la fôtiction de tous nos parlements. Comme conseil, il est le supérieur de tons les régidors et corrégîdors , qui sont dans leurs districts tout à la fois ce que nous connoissons sous le nom de gouverneurs quant au civil, de lieutenant civil, criminel et de police, et prévôt des marchands ; et ces régidors et corrégîdors sont soUmls en tout et jusque pour leur

(I) \my j^u 9 décembre suivant.

conduite au conseil de Castille, ainsi que toutes les postes du royaume tant à lettres que chevaux. Avec cela les conseillers de Castille n'ont rien de plus ni en état, ni en considération, ni en distinction, que no$ conseillers au parlement de Paris; ils ont un miique président^ et celuilà comporte à lui tout seul la puissance , le crédit, la considération , le rang et les privilèges, à condition aussi du hasard de le payer cher. On ne peut être président de Castille qu'on ne soit grand d'Espagne ; et alors la place ne se peut ôter, non plus que parmi nous celle de chancelier; mais comme l'importance de cet ofGce de la couronne a fait trouver un expédient de se passer de celui qui en est revêtu en lui substituant un représentant parfait mais amovible, qui est un garde des sceaux , aussi a-t-on fait très-anciennement en Espagne. Quand on y est mécontent du président de Castille, grand d'Espagne, par conséquent et inamovible, on l'exile et on fait un gouverneur du conseil de Castille qui n'est jamais grand et qu'on ôte quand on veut, comme ici le garde des sceaux ; mais tandis qu'il est en place il est entièrement revêtu de tout ce dont l'est le président de Castille, et n'a pas la moindre différence de lui en quoi que ce soit. De son autorité on en peut juger par ce qui vient d*étredit de celle du conseil de Castille, et par conséquent de sa considération. Son rang est prodigieux ; en aucun cas ni occasion quelconque. Une rend de visite à personne, et envoie ou qu^r ou prier qui bon lui semble d'aller chez lui à tel jour et heure lui parler. Nour seulement il ne donne pas la main aux grands chez lui, ni aux ambassadeurs, ni annonce du pape, mais aux cardinaux, et cela est tellement sans difficulté que les cardinaux et les ambassadeurs qui ont affaire h lui ont toujours la précaution de lui envoyer demander audience,. et lui la politesse passée en usage de les recevoir au lit sous prétexte d'oue légère incommodité. Quand il va chez le roi il le mande, et le roi ne peut le refuser ni le remettre. Un majordome de semaine le reçoit au bas de l'escalier, le conduit à la porte du cabinet du toi , l'y. attend et le reconduit au bas du degré, et ce majordome est une fort belle charge d'où l'on passe aux plus grandes, et qui sont occupées par les seigneurs des plus grandes maisons, et par les cadets des grands d'Espagne ; mais un grand ne peut Tétre. Travaillant avec le roi , le président ou gouverneur est assis , et c*est le seul qui le soit de tous ceux qui ne sont pas conseillers d'État et au conseil, c'est-à-dire à notre mode mi»ùîstres. Ce président ou gouverneur allant par les rues de Madrid, tous les carrosses arrêtent, grands, ambassadeurs, cardinaux, comme ici pour un fils de France ;'souvent il tire les rideaux de son carrosse, et alors on n'arrête point, non pas même les bourgeois qui le rencontrent , car c'est-à-dire qu'il veut être incognito. Tout ce prodigieux cérémonial, qui n'est que pour lui, et dont sa femme ne^partage rien, ne lui est point onéreux tant qu'il est en place , Kkîcupé comme il i'est d'affaires et de

fctactioDS, et acoablé de inonde chez lui qui le courtise, ou quia à lui parler ; mais ud président exilé ou un gouverneur hors d'emploi se trouve dans un vide entier d'affaires, celles qu'il avoit ne le regardant plus, et toute autre place est devenue au-dessous de lui. La solitude est aussi ebtière; personne n'a plus besoin de lui, et par là même ne veut plus essuyer ce même cérémonial que, tout déplacé qu'il est, il conserve toute sa vie. Il y a pourtant eu de ces gouverneurs, sous Philippe \^ qui ne l'ayant été que par intérim et à cette condition, ou très-peu de temps, ou une seule fois et sans exemple deux à la fois, ont eu le bon esprit, en quittant la place, de demander comme une grâce de n'être plus assujettis à ce cérémonial et de pouvoir reprendre leur ancienne forme comme avant qu'ils fussent gouverneurs du conseil de Castille, qui Font obtenu, et qui ont vécu en société autant qu'elle est en usage comme ils faisoient auparavant, et ont ainsi conservé une vie agréable avec de la considération et l'Excellence, qui une fois acquise rie se perd plus. Ronquillo, dont les Mémoires parlent ici, avoit été corrégîdor de Madrid, avec une grande distinction, puis secrétaire d'État, 6t enfin gouverneur du conseil de Castille. Il fut destitué alors, comme le disent les Mémoires; mais la place subsista et fut donnée à un autre. C'étoit ie comte d'Oropesa qui étoit président du conseil de Castille, et exilé à la mort de Charles II ; Philippe Y le laissa dans son exil où il mourut, et le gouverneur du conseil de Castille qu'il trouva en place, il les a changés plusieurs fois, et n'a jamais fait de président par l'embarras de ne s'en pouvoir défaire qu'en la manière qui a été expliquée. Pour achever, puis donc qu'on y est, la matière du conseil de Castille, il faut ajouter qu'une fois la semaine il vient en corps au palais avee son président ou gouverneur à sa tête, qui est reçu comme il vient d'être dit et conduit dans une pièce du bout du grand appartement du roi, comme qui diroit, pour le faire entendre parla comparaison de Versailles, le conseil de Castille arriveroit par le degré des ambassadeurs, et iroit dans un des deux salons de la chapelle en supposant qu'il y eût un double; dès qu'il est arrivé, le roi traverse en public tout son grand appartement, les courtisans et son capitaine des gardes même s'arrêtent à la porte du lieu où est le conseil ; dès que le roi y paroît, tous, et le président même se mettent à genoux ; le roi couvert passe à son fauteuil^ qui estsous le dais, s'assit, puis leur dit : « Levez-vous, asseyez-vous, couvrez-vous » et tous obéissent. Le conseil sur des bancs de bois nus, sans tapis, forme trois côtés d'un carré, et le fauteuil du roi seul le quatrième; le président ou gouverneur a droit sur le banc, mais le plus près du roi, et à côté du président ou gouverneur est le conseiller en semaine de rapporter au roi. Celui-là, après un mot du président ou gouverneur, rend très-sommairement compte au roi des sentences rendues durant la semaine et des motifs que le conseil a eus. Le roi les casse

38 JOURNAL bE DANGEAU.

ou les change comme il lui plaît, et elles ne deviennent arrêts que par Tapprobation qu'il leur donné. t.e rapport de la semaine achevé, le roi âé lève, tous se mettent à genoux ; il sort et le président ou gouverneur le suit. Il trouve son capitaine des gardes à la porte^ où il Tavoit laissé avec iSa coiir dans cette autre pièce où elle éloit restée à l'attendre et qui l'accompagne au retour. En chehiin, dans uîie des pièces de Tappart^ment, comme qui diroità Versailles dans celle de la musique, il y a contre \A muraille dti côté des fenêtres un fauteuil préparé, vis-à-vis et proche un petit banc de bois ttu et une petite table le long et à côté dii fauteuil et du banc. Le roi s'assit là et le président ou gouverneur vis-à-vis, qui là ne se couvre points et toute la cour avec le capitaine des gardes passent dans la pièce au delà, où ils attendent^ et les portes de celle où est le roi se ferinent. Il travaille seul avec le président une demi-heure, quelquefois une heure. Puis, passant par la pièce où sa cour et le capitaine des gardes Tattendent , il s'en va chez lui, suivi du président ou gouverneur jusqu'au bout de Tappartement' extérieur, lequel est après conduit au bas du degré par le majordome en semaine. Il fhut savoir encore que par grandeur il n'y a aucun siège ni banc, ni rien qui y puisse suppléer dans toute l'étendue de ce vaste appartement extérieur, sihôii deux taboui'età dan§ le 6alon qui joint l'appartement intérieur à l'extérieur; ils sont pour le sommelier du corps et pour le gentilhommiE; de là chambre de semaine, lesquels ne sont remplis de personne mêriie, en leur absence. Si le majordome-major arrive là pour attendre , on lui en apporte un troisième qu'on ôte dès qu'il est sorti, et on fait le même honneur au président de Castille quand il y vient, mais hors ces deux et à qui que ce soit sans exception aucune, pas même aux ambassadeurs ni aux cardinaux. Dès que le roi est hors de Madrid, c'est le président ou gouverneur du conseil de Castille qui s'y mêlé dé tout; et y commande seul avec toute autorité.

Vendredi 1" décembre , d VermiUe$. — Le roi dîna de bonne heure et alla $e promener à Mably. Le soir tl y eut grande musique chez madame de Main tenon. — La monnoie a commencé à baisser ; les lonis d'or sont diminués de dix sols, et les écus blancs à proportion ; l'argent a été dâitis tin furieux moUvetnent tous ces jours-ci à Paris. — Milord Peterborbugh eist passé d'Angleterre en France en même temps que le duc d'Aumont; la reine sa maîtresse l'envoie au roi de Sicile. Il n'a voulu que la qualité d'envoyé, mais il a voulu qu'il lui fût permis d'en reveûir quand il le voudroit et sans attendre les ordres d'An-

gteterre;on lui a accordé sa demande, quoiqu'elle soit extraordinaire. — Plusieurs Espagnols soutiennent que lé roi leur maître ei lé royaume d'Espagne seront plus heureux n^ayant que lesÈspagnes et les Indes, que quand ils étoient maîtres d'une grande partie de l'Italie et de la Flandre, et c'est dans eette opinion-là qu'on vient de faire ufae devise pour le roi d'Espagne; le corps est un arbre fruitier, et le mot : Vberior si tonsus eril *.

* On peut juger, par ce qui est dit [ici] sur la cession des Pays-Bas et de ritalie, de l'esprit de la cour et de Fauteur des .Mémoires.

Samedi'Si, à Versailles. — Le roi tint conseil de finances, se promena Taprès-dlnée dans les jardins; le soir chez madame de Maintenon , il travailla avec M. Voisin. — Il arriva un courrier du maréchal de Villars, parti de Rastadt le 29 au matin. Les conférences entre les deux généraux ont commencé, et il parolt que tout se passe avec beaucoup d'honnêteté de part et d'autre , mais on croit que cela durera encore quelques jours. On soupçonne même qu'il y a quelque formalité qui manque dans le plein pouvoir que l'archiduc a donné au prince Eugène. Le maréchal de Villars dit, en faisant des compliments à ce prince : « Vous avez rendu de grands services à votre maître par les actions éclatantes que vous avez faites et en Hongrie, eten Flandre, et en Italie. — Monsieur, lui répondit le prince Eugène, les heureux succès que j'ai eus sont déjà d'ancienne date; on ne doit plus songer qu'aux dernières campagnes dont vous avez toute la gloire. »

Dimanche 3, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État; l'après-dinée il descendit à la chapelle et entendit le sermon du P. Eon, jésuite qui prêche cet avent> Il revint ensuite chez lui travailler avec M. Pelletier, et puis retourna à la chapelle en haut, où il entendit le salut ; à six heures, il entra chez madame de Maintenon, où il y eut musique. — H y a déjà quelque temps que les HoUandois <mt nommé pour ambassadeurs en France

40 JOURNAL DE DAISGËAU.

MM. Buy s et Goslinga^ mais ils ne sont point encore partis de leur pays^ quoique M. de Chàteauneuf ^ notre an^bassadeur^ soit à la Haye il y a déjà deux mois, -r- Le prince de Rohan est arrivé ce matin à Paris; il revient de Rastadt, où il étoit allé avec le maréchal de Villars, mais apparemment il ne porte aucun^ nouvelle, puisqu'il est 4emeuré à Paris sans venir ici ce soir, — On envoie dans beaucoup de maisons des écrits anonymes contre la Coo^ titution ; on en envoie aussi quelques-uns pour la soutenir, et les commissaires n'ont pas encore achevé de l'examiner. .

. Ly>ndi 4, à Ver$aiUes. — Le roi, après son Içver, fit prêter serment à M. Voisin pour la charge de secrétairegreffier de Tordre du Saint-Esprit, qui passe sur sa tête et doqt Â. jie Lamoignon va être titulaire. Le roi alla ensuite à la messe, et au retour il donna audience au mar réchal de Tessé; il dîna de bonne heure, et alla se pron^e^er àHarly. A son retour M. de Torcy lui présenta miiord Peterbof ough, qui pjpésenta ensuite l'amiral Jenning.au roi. Ces . amiraux-là sont à peu près comme le$ cl^efs d'esc8î4l'e en France ; celui-ci est homn;ie de mérite et d^ réputation, et il dit qu'il a gagné 500,000 écus depuis gu'ilsert. Il s'en lîetourijie en Angleterre. •^- M» le prioçed^ Rojhan parut au lever du roi; il a vulesprcr mières entrevues du prince Eugène et du maréchal de Villars,; il a vufpéme le prince Eugène en. particulier, ^ s'eQ,l,9ue ^ort. Il y a beaucoup, d'apparen^p que les con-î féreiaces 4^, ççs généraux pxoduiropt quelque chose de bon^ m$^is elles pourront durer encore quelque temps. .^^,Mflr^di5,^.à VeriSaiUes. r— Le rpi tint le conseil de finfinces, et ti;ay p.i}la ej;i^iiite longtepaps avec ÎIL D^smaretz ; ï'Otiu^ès^O^e U se pTOnaep^ d^n^ Ips jardins,. et le soir, il travailla chez, mad^ime de Mainteaon avec M. Voisin. Le rqi. dpniia Taprès-dinée une asçez longue audience chez Ijiif ii M* le p;»ipce die Rohan. — Le roi^donne à, M., de Polir gjaac, ^eçt le; vicppite d^I^ifgw

DÉCEMBRE t^iS. 41

premier après le comte d'Alais dans le banc des laïques, 1,000 écus d'augmentation de pension, attachés au viôoiûté de Polîgnac, qui seront payés par la province. Il y a <tejà quelque temps que le roi a accordé la même 'grâ6e à Farchevéque d'Alby, qui Qst le second dans le banc deiS ecclésiastiques ; il n'y a que l'archevêque de Toulouse devàiit lui, car Tarchevéque de Narbonne, qui préside toujours, a une place séparée. — Le marquis de Prie, qui É^en va ambassadeur en Sicile, épouse la fille de Pléneuf, à qui dn donne 400,000 francs. Il ne mènera point sa femme avec lui, et le roi de Sicile a toujours souhaité que les ambassadeurs de Frënce n'eussent point lèrirs fémmcss avec eux *.

^ C^^t cette madame de ï^rié qui euchaîna M. le Duc à son retoin* pai^ sa^ beauté, et qui sous le premier ministère de ce prince fit tant parle]^ d'elle.^' èérë tempis alorâ de donin^ une idée de sa barbare vie et dé «oiii^fiiFoyàble fin^

Mercfeâi^j à Versailles. — Le roi tint le conseil d'Étéity dlnà chez 'madanïe de Maintenon, alla se promener l'^prêèi-dînééàTriahon, etle soirily eut grande musique chez madame dé Mâihtènbn. — Il arriva un courrier du fi^aréclliàl de Villars ; les lettres sont du 3. Les deux généraux sont fort polis en public, mais fort hauts dans leur négbciatidn : on eispère pourtant que cela finira heureuàénièïrt, nfiais ce né sera pas sitôt qu^on l'avoit cru dV bord.' -i-* M. Ducasse, qui devoit partir pour aller comittitodè)^ ^jiielqttes vaisseaux de France et d'Espagne qù'ofl envoie de vàntBarcéione, s'est trouvé fort mal, et ce mal a: tottt l'air d*uiié apoplexie. ^-^ On va réformer ti^nlé-déuic ifégitnehts de cavalerie dé deux escadrons chacun,' et heufrégitûénts de dragons de trois escadrons; ainsi ce so'ritquiàt^é'-vitigt-ônze escadrons qu'on réforme. '^Jeiidir^y dfFersûiites: ^'Le roi, atprès son lever, fit j^ifèfèrsferttiëîit à M. ChauVëliû pour la charge de tréso-^ riér Àé'l'iîrdré du Saint-Esprit. Le roi dîna au retour de laïiïèi$së,ét*àUà'$éprôïictener^^ la nuit; au

42 JOURJNAL DÉ 0ÂMGEAU.

retour il y eut petite musique che^t iûadame de Main« tenon. — M. le prince de Couty a choisi Harton^ frère de Nangis, pour colonel du régiment que le roi tient de lui donner ; madame la princesse de CoUty^ ga mère, aroit envie qu'il choisit un autre colonel, mais le roi a agréé Marton. — Le roi donna, l'année passée^ 2,000 écus de gratification à madattle d'Oisy , dont les tëtrefi qui sont en Attois ont fort souffert par la guerre , les armées y ayant souvent campé ; le roi tourne j^éàentement cette gratification en 4,000 francs de pension pour madame d'Oisy, et les deux autres mille francs il les donne ^our cette année en gratification à M. d'Olsy.

Vendredi 8, à Versailles. — Le roi, après la messe, travailla avec le P. le Tellier, et puis donna une loqgue audience dans son cabinet au duc d'Aumont. L'aprèfr-dlnée il descendit en bas dans la chapelle, OÙ il entendit le sermon et vêpres. Le soir il y eut musique chez madame de Maiiitenon. M. de Torcy y vint liprès la musique > ôt y demeura quasi jusqu'au souper. Il est arrivé un cour^ rier de Rastadt; on croit que c'est sur cela que M. de Tôrcy est allé chez madame de Maintenon. On sait qu€^ les lettres venues par ce courrier sont du 5, mais on ne sait rien davantage. -^ Madame la grande-duchesse s'ept trouvée fort mal , et presque dans l'état où elle étojit tombée au Palais Royal et qui l'obligea d'aller au;( eaux, -^ L'électeur de Bavière ne se sent quasi plus de sa chute; il est toujours àCompiègne, muais on croit qu'il viendra bientôt faire un tour à Paiis et voir la roi ici. On croit que les difficultés de la pai^c roulent sur ses intérêts.

Samedi 9, à VersailUi. **r* Le roi tint le conseU de fi-* nances, alla se promener à Trianon l'aprèMUnée, et le soir il travailla avec M. Desmaretz che» madame de Maintenon. --^ Le roi fit donner des lettres de cachet à H . de Guénégaud, chancelier de l'ordrDr deMoat-Carmel et de Sainte Lazare, et à dix autres chevaliers de cet ordredont j'avois sujet de me plaindi-e, et le roi JOie greoida 4« ne l'avoir

DÉCEMBRE iris. 4$

pas averti plus tôt de leur mauvaise conduite à mon égard. — 11 y a de grands changements dans les intendances; j'en ai déjà marqué quelques-unes, mais voici ce qui est réglé en dernier lieu : on rappelle entièrement M. le Gendre, intendante Hontauban; on vouloit envoyer M. de Cély en sa place, mais il à prié qu'on le laissât à Pau, où il est tout établi et avec la famille de madame sa femme. On envoie à Montauban M. d'imbercourt qui étoit à Soissons, et on envoie à Soissons M. d'Aubonne. M. Turgot, qui étoit intendant en Auvergne , ira à Moulins en la place de M. Turgot, gendre de M. Pelletier, qui est rappelé. On envoie en Auvergne M. de Nointel, fils du conseiller d'État.

Dimanche 10, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État; il n'y eut point de sermon parce qu'il y en eut vendredi çjui étoit fête de la Vierge. Le roi travailla le soir avec M, Pelletier chez madame de Maintenon. Il y a déjà huit jours qu'on ne doute plus qUe madame la duchesse de feérry ne soit grosse. — • il va paroltre un édit sur lès rentes de la maison de ville, qu'on réduit toutes ail denier vingt-cinq, tant les vieilles que les nouvelles. Celles qu'on appelle les nouvelles sont depuis 1702, et à celles-là on retranche les deui cinquièmes du capital, outre là réduction au deliier viiagt-cinq. Les deux années qui n'ont point été payées de la maison de ville sont jointes au capital; si bien que les gens qui avoient 20,000 ftancsde capital en ont présentement 22,000, et le roi ne prendra plus le dixième sur ces rentes. Malgré cette réduction, le roi doit encore sept cent cinquante millionis à la maison de ville, dont l'intérêt au denier vingtcinq est de tretite millions.

Lundi H y à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure et alla se pipôttiener à Marly ; le soir, chez madame de Màïritehèn, il travailla avfcc M. de Pontchartrain. — Le roi a déjà envoyé quelqtie argent à Marseille, où il veut faire ariiiéi» douze galères. ^^ Il àirive jsouvfent des courriers de

44 JOURNAL DE DÀNGËAU.

Rastadt^ et on s'attend dans quelques jours de voir finir lis ôdnférénces pat» une bonnepaix. — M. le maréchal de Bezoïis/ avant que de quitter son armée en Alsace, avoit défaille un parti de deux cents chevaux et de deux ou ttbiis'déhts hotomes de pied qui marchèrent à KirD> et en àrifivailt devant le" château firent dire à Tofficier qui y cômmandoif VjuUls étôient suivis dJe toute Tarmée^ et qu'il n Y atirôit nul quattiec pour lui ni pourra garnison ^HI ne se rendoit sur Theure, qu'on lui permetloit de se cetirèràM^îj^ehcè. Il;àccép4a< la proposition <juV)n lui fit, et il tfyiéot'pas tiitcoup dfetiré* ! p >.

'' JtfortM 12, à Versailles^^^^ Le roi tint k conseil ài^ fiâfabces-e^lravaillaensuite longtemps avec M. Df)$marët^ ; le soiry chez madame de Maintenon , il tr^^vailla avec M. Voisin. -^ J'envoyai redemabder les sceaux de Tordre dé Mofrt-Garinel et de Saint-Lazare à H« de Guénégaud, à qui j^en àvois donné la charge decfaancelier et de gaxde déssdeatiiii'iimeles renvoya le soir avec.sa démission de làchar^edechâncelier. Uconnutbienqu'ilfalloit m'obéir^ et que sans cela il s'attireroit de§ ordresdu roi désagréables» —Il a passé ici un courrier de Madrid qui porte àUtrecht des ordres au duc d'Ossone de finir toutes les affaires avec les Hollandois et dé signer la paix avec eux^ en consentant aux propositions qu'ils avoient faites pour madame la princesse des Ursins^ qui sont de lui assurer les 30,000 écus de rente , mais de n'être point garants de la sou ve^ rainété qu'on'lui a promise en Flandre , à quoi on assure igfue Tarchiduc ne veut point consentir.

'Mercredi 13, a Versailles. — Le roi tint le conseil d'État; il dina chez madame de Maintenon, et le soir il y eut grande musique chez elle. M. de Lamoignon, président à mortier, prêta dans le cabinet du roi le serment pour la charge de greffieivsecrétaire de l'ordre du Saint- Esprit, dont il est titulaire; -*' La grossesse de madame la duchessede Berry se confirmeycton n'en doute plus dans lisl maison. — M. Robert, procureur du roi du Chàtelet ,^

DKCEMBaE 1715. 45

homme de gronde réputation dans sa profesBÎon, mais qui a quatre-vingts ans, a vendu sa charge depuis quelques mois 450,000 francs, et M. Horeau, qui l'a achetée, a épousé la peiite-fille de M, Robert. Le roi, qui est fort coûtent des services que M. Robert lui a rendus dans cette charge, vientdelui donner 1,000 écus de pension. — On croit que par le traité de paix qui se fait à Rastadt , l'électeur de Ravière ne conservera pas le royaume de Sardaigne.

Jeudi ih, à Versailles.' — Le roi dîna de bonne heure et alla se promener à. Marly, où il ïait faire toujours quelques petits embellissements nouveaux. Le soir ily eut une petite musique chez madame de Maintenon. U y aura tout l'hi-r ver ici comédie trois fois la semajue, les lundis, les mercredis et les vendredis, et les autres jours on Joue chez monseigneur le duc de Berry. — L'électeur de Bavière doit arriver à Paris lundi , et dès qu'il sera venu ici voir le roi, on croit qu'on enverra un courrier à Rastadt qui portera la décision de la paix. — Je tins un chapitre général de l'ordre de Notre-Dame de Mont-Carmel et de Saint-Lazare à l'abbaye de Saint-Germain à Paris, où il y avoit plus de quatre-vingts chevaliers,

Vendredi là, à Versaillei, — Le roi travailla avec le P. le Teilier, alla se promener l'après-dlnée, et le soir il y eut grande musique chez madame de Maintenon. — Saintrail]es*est mort à Marcoussis ; ilétoit premier écuyer de M. le Duc. [1 étoit depuis quelques années dans la retraite et dans une grande dévotion. U laisse un bien assez considérable à sa nièce , qui passera à ses enfants en cas qu'elle en ait; mais, si elle n'en a point, il donne le bien au maréchal d'Harcourt, qui en aurala jouissance, et à son tils aine après lui, à condition de donuer i 00,000 francs à son second frère. La nièce de Saintrailles avoit été mariée en premières nocesàM, deLanque, et fut veuve presqu'aussitôtqueraai'iée; elle a épouséen secondes noces i'alné de la maison d'Antragues dont elle n'a point

^6 JOUW^^L 91; fjAUqEAU.

d^enfants; ainsi^ ^pparemo)^!^^, tputce biei) qiie Ton fait monter à 200^000 écus reviendra w. m^échal d'Qarcourt, dont Saintrailles n étojt; ppint parent.

* Ce Saintf ailles D-étoit ni Potoo^ ni Saintrailles, ni issu, ni parent des fameux Poton de SaintrailleK. G'étoit un très-petit et très-mince gentilhomme ; il étoit fort bien fait,avpit de Tesprit, de la valeur et encore plus de suffisance et de hardiesse, que les dames gâtèrent en jeunesse, et force sots en âge plus avancé. 11 se fourra gentilhomme de M. le Prince, qui le mit auprès de M. le Duc, dont il commanda l'écurie quand U fut à la guerre, et à Tappui duquel il s'introduisit dans les bonnes compagnies de Tarmée et puis par celles-là de la cour. U étoit le plus fort de son temps au trictrac, et d'ailleurs grand joueur d'hombre et de piquet. On ne sait à quoi il gagna tant de bien qu'il n'avoit pas apporté au monde , ni par quelles voies il sut se rendre important à Thôtel de Condé, et le devint presque ailleurs , sans néanmoms que cela lui ait servi à rien qu'à mener dans un cercle assez choisi^ mais fort étroit, une vie considérée qui en avoit fait un homme assez impertineat.

Samedi 16, à Versailles. — Le roi tint Ip conseil de finances, se promena Faprès-dlnée, et travailla le soir avec M. Voisin chez madame de Maintenon. — Il y a plusieurs lettres d'Allemagne qui parlent d'une grande défaite des Suédois par les Moscovites en Finlande, et que la régence du royaume de Suède a été donnée à la princesse Ulrique, sœur du roi de Suède, qui est encore fille. — Milord Middleton, qui étoit auprès du roi d'Angleterre à Bar et qui avoit la principale part à sa confiance, et qui étoit proprement son premier ministre, est revenu à Saint-Germain auprès de la reine sa mère , qui Ta fait son grand écuyer, et le roi son fils se sert présentement dans ses plus secrètes et plus importantes affaires d'un anglican ; et outi'e cela, comme il y a beaucoup d'autres anglicans parmi ses domestiques, il leur a fait venir un ministre anglican qui prêche dans sa maison.

Dimanche 17, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État; l'après-dlnée il entendit le sermon, et le soir il travailla avec M. Pelletier chez madame de Maintenon. — Il est arrivé depuis trois jours plusieurs courriers de Ras-

taàt, et l'on crpit plus que jamais qu^ la pai^ est faite.

— Ob m^f^d^ d^Ëspagne, que Ton ne songe plus à faire le siège de Barcelqpe cet jiiyer^ atque les vaisseaux qvi'on arme ne seront point pour bloquer cette place par mer comme elle Test par ter|*e^ mais que Ton veut réduire ri)e Itl^orqqe qui envoie des secours à Barcelone. Le9 ^pagnols n'ont pQJnt i^pcore Aommé d'ambassadeur pour venir en France. — " On mande de Rome que la santé du pape est toujours assez mauvaise , qu^l se porte pourtant mieux depuis quelques jours, et nos cardinaux cr^-ignent bien d'être obligés de partir avant la 4» de ^l^ive|•.

Lundi 18, à Versailles. — Le roi dina de bonne heure et alla se promener à Marly, et le soir, au retour, il travailla avec M. de Pontchartrain chez madame de Maintenon. — L'électeur de Bavière arriva le soir à Paris; il loge chez Monasterol. Il viendra demain ici sur les trois heures et ne verra que le roi. — M. le ducde Chartres s'est trouvé un peu incommodé à Paris, et madame la duchesse d'Orléans compte y aller demain ou après demain. Les médecins l'assurent fort que cette maladie-là n'aura nulle suite fâcheuse, et que c'est une manière de crise de la dernière maladie qu'il avoit eue. — Mademoiselle de Coignée mourut au Luxembourg à Paris; elle avoit une pension du roi qui a donné le logement qu'elle avoit dans le Luxembourg à madame de Caylus.

Mardi 19, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances, travailla ensuite avec H. Desmaretz, dina chez madame de Maintenon, et se promena dans ses jardins. Le soir, chez madame de Maintenon, il travailla avec M. Voisin. — Madame la duchesse d'Orléans alla à Paris passer quelques jours auprès de M. le duc de Chartres, quoique les médecins l'assurent queson mal est fort léger.

— Il arriva un courrier de Rastadt, et on croit que le prince Eugène et le maréchal de Villars sont d'accord. — Madame la Princesse a choisi pour dame d'honneur auprès

de la jeune madame la Duchesse^ madame de Poos. Elle est fille de M. le comte de Verdun, et avoît épousé en premières noces H. de la Baume, fils aîné du maréchal dé^ Tallard, dont elle n'avoit point eu d'enfants ; elle a épousé en secondes noces M. de Pons sans le consentement de M. de Verdun^ qui Tavoit déshéritée. On croit que c'est M. le Duc qui a prié madame la Princesse de faire ce choix-* là, parce qu'il aime fort M. de Pons,

Mercredi 20, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, et l'après-dinée l'électeur de Bavière vint ici ; il fut une demi-heure enfermé avec le roi dans son cabinet, et puis retourna à Paris, et quand il fut retourné , le roi alla se promener à.Trianon. Le soir il y eut grande musique chez madame de Maintenon. L'électeur en sortant d'avec le roi a paru fort triste. On croit qu'on lui a déclaré qu'il ne seroit point roi deSardaigne, l'archiduc ne voulant jamais faire la paix en lui laissant ce royaume-là, et le roi, étant obligé de donner la paix à son État, est contraint de renoncer pour l'électeur au royaume de Sardaigne. On croit qu'on rend à cet électeur la Bavière et lehaut Palatinat, et que, pour dédommager l'électeur palatin à qui on avoit promis le haut Palatinat, l'archiduc lui donnera le royaume de Sardaigne.

Jeudi 2i y à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, qui fut la suite de celui d'hier ; il ne sortit point de tout le jour. Le soir il y eut une petite musique chez madame de Maintenon. Monseigneur le duc de Berry revint de Rambouillet. — Le procès que M.leDucavoitavec madame la princesse de Conty, madame du Maine et madame de Vendôme, ses tantes, va recommencer ; le roi avoit nommé des commissaires pour finir cette affaire, mais la minorité de M. le Duc apporte des obstacles. — Outre la réforme de quatre-vingt-onze escadrons dont j'ai parlé, le roi en réforme encore quatorze autres, qui sont les troisièmes escadrons de quatorze régiments que l'on remet à deux escadrons, et dans les régiments que l'on réforme

eiqùi serviront de )^eoru6s à la cavalerie; On mfet'â part les cavaliera allemande qui s'y tPouvei*ôût, qtie Von mettra da(ns le Hoyal-^Allemand y dans Ciourcillon^et daliis Rô-thenboupg/ qui sont les seuls régiments de .cavalerie alleïnands que naus ayons.

^ Vendrediy ^ y à Verêailks. — Le roi dinà de bonne heureet alla se proHiener à Marly. Le soirily eutgraûde' musique chez madame deMaiétenon. M. de Toi^ vint' cteàs lé roi après son lever, avant qu'il allât' à la ines^e ; il y revint encore avant qtf il partit pour Màrly; et le sbi^i fort tard > on fit partir un courrier poUrRastadt.' Tout le monde croit ici que ce courrier porte la Mtifi^iektion de ce que lie maréchal de Villars a signéavec le jJrincé' Eugène. On est persuadé que, par le traité' iju'tot fait cefe deux généraux, Landau demeure à la Franc0^ que le Fort- Louis mes, rasé, que Fribourg, Brisach et le fort de Kehl seront rendus à l'archiduc en l'état qu'ils sont, et que l'on le reconnaîtra empereur. Sa ratification he sauroit arriver que quelques jours après la nôtre .

Samedi 23, à Versailles. — ^ Le roi tint le conseil' de finances; Taprès-dlnée il fut enfermé avec son- confesseur, ce cpi'il fait toujours la veille des jours qu'il fait ses dévotions. Il travailla le soir avec M. Voisin chez madame de Maintenon. — M. Phélypeaux, conseiller d'État d'épée, qui avoit été ambassadeur en Savoie et qui étoit gouv^neur de la Martinique, est mort en ce pays-là ; ce gouvernement vaut 42, 000 livres de rente. — M. de la Monnoye fut reçu à l'Académie, etFabbé d'Estrées qui en étoit chancelier répondit à sa harangue, l'abbé de Clairambault qui en étoit directeur s'étant excusé d'y répondre. Les cardinaux ne se trouvèrent point à cette ai^emblée. ~ L'espérance de la grossesse de madame la duchesse de Rerry continue. — Le parlement d'Angleterre a été prorogé jusqu'au 23 de janvier.

Dimanche 24, à Versailles, -^fe roi fit ses dévotions, entendit vêpres et le salut, travailla Je soir avéc M. Pel-

letier chez madame de Maintenons et après son souper retourna à la chapelle, où il entendit matines et les trois messes de minuit. Au sortir de vêpres le roi s'enferma avec le P. le Tellier et ût la distribution de quelques bénéfices^ dont le plus considérable fut Tabbaye de Laûdevenech en Bretagne^ qu'il a donnée à Tabbé de Vareanes^ un de ses chapelains; cette abbaye vaquoit par la mort de l'abbé d'Argentré , frère de Tabbé d'Argentré, aumônier du roi. L'archevêché et Tévèché qui vaquent n'ont point été donnés. — M. de Blenac^ qui commande dans l'Ile de Saint-Domingue^ étoit subordonné à M. de Phélypeaux, gouverneur de la Martinique; le roi a réglé qu'il ne le seroit plus, et a pris 11,000 francs sur les appointements du gouverneur de la Martinique pour les joindre à 11,000 francs qu'avoit déjà le gouverneur de Saint-Domingue.

Lundi 25, jour de Noël^ à Versailles. — Le roi entendit la grande messe, où Tévêque de Chartres officioit, et assista à toutes les dévotions de la journée. Le soir il trar vailla avec M. de Pontchartrain chez madame de Maintenon. — On réforme moins d'infanterie que l'on n'avoit dit d'abord. Il n'y aura que soixante des plus nouveaux et des plus méchants bataillons , et dont ce qu'il y aura de bons soldats seront incorporés dans les anciens régiments' à qui, outre cela, on a déjà fait donner de l'argent pour les recrues, afin qu'ils puissent être complets au commencement de mars; et malgré lés apparences d'une paix prochaine, on ne néglige rien pour mettre les troupes en état d'entrer en campagne au commencement du printemps. — Le gouvernement de la Martinique est des tiné au commandeur d'Aligre, chef d'escadre.; mais par ce que l'on en a diminué, et pour l'autorité et pour le revenu, il est moins considérable qu'il n'étoit du temps de M. Phélypeaux.

Mardi 26, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances, et travailla ensuite avec M. Desmaretz; Taprès-

DÉCEMBRE ^^^Si, ai

dlnée il alla tireC| et le soip il travailla avec M. Voisin chez madame de M^iateoon. — • Le roi a cassé Châteaugay, ejj^emptde ses gardes^ pour n'avoir psis fait }a campagne. Il en a fait mettra deux autree à la Bastille^ qui 8gnt Danjonis et Brisé ^ pour i^' avoir point servi aussi^ mais on prétend qu'ils étoient malades et qu'ils avoient demandé leqr congé ; ainsi ils espèrent que le roi les fera bientôt sortir de prison. Il y avoit un quatrième exempt que Ton vouloit punir pour la même raison > mais on Ta justifié* — Le roi a réformé dans son régiment df^ gardes dix-huit hommes par compagnie; les eompagnies étoient à cent qus^rante-quatre> elles ^ne sont ]4us qu'à cent vingtHgijç.

JHf^rcr^di StT^ à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, dîna chez mad&nie de Maintenons alla ensuite se promener à Ti^ianon^ et a^ retour revint chez elle^ où il y eut grande musique. — Le poTute de Croissy achète la lieu* tenance de roi du comté Nantois, dont il donne 2^0,000 francs; c'est ]£ miarquis de Simiane qui la vend et qui a hérité de c^tte charge par la mort de H. de Sévigné^ oncle de safemme^ qui l'acheta 180,000 francs quand le roi établit ces lieutenances-là dans le royaun^e. Ces charges sont héréditaires, et celle-là est la meilleure de toutes; elle vaut 11,000 francs de rente payées par la Bretagne et 1,000 écus payés par le trésor royal. Le comte de Croissy paye cette charge-là de l'argent qu'il f^euen mariage.

Jeudi 88, àYersaille$,—l^ roi all^t^yer l'après-dlnée ; le soir il y eut petite musique . — Le dernier courrier de JU^tadt porte, à ce qu'on ppétend, des nouvelles de qi|ielques difficultés que fait le prince Eugène qui pou?»roient bien éloigner Is^ conajusign de la paix. — M. le ç9P)te de Toulouse eut une très-violente colique, d'autant pli;is 4 craindre qu'il en ^ut une presque auçsi fortç ^ Marly, il y a six semaines. — M. le grand-duc a nommé pour héritière de ses États l'électrice palatine, en cas que

le prince son fib et lui meurent sans enfants, et cette déclaration-là s'est faite du consentement de tous ses sujets et dans les formes les plus authentiques» — r Hadâiné la duchesse de fierry alla à la comédie^ et^ comme ellfi est grosse^ le roi lui a permis d'y aller sans être en grand habit.

Vendredi ^9, à Versailles. — Le roi dina au sortir de la messe, et puis descendit chez M. le comte de Toulouse, qui a été saigné du bras et dû pied, et qui soufré toujours beaucoup. Le roi alla se promener à Uarly^ et eot revenant de Marly passa encore chez M. le comte de Toulouse. Le soir il y eut grande musique chez madame dé Maintenon. Le soir il y eut comédie.— L'àsseniblëe qid doit se tenir à Brunswick pour pisicifier les rois du ï^ord commencera au mois de janvier. L'archiduc, qui souhaite voir finir la guerre de ce côté-là, y envoie le comte de Schonborn , et tous les princes qui y sont intéressés ont choisi leurs députés pour y envoyer. — L'électeur de Bavière est encore à Paris chez Monasterol et y demeurera encore quelque temps ; il ne se porte pas trop bien et voit peu de monde.

Samedi 30, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances; l'après-dinée il se promena dans ses jardins, et le soir , chez madame de Maintenon , il travailla avec M. Voisin. Le mal de M. le comte de Toulouse diminue considérablement; on le croit hors de tout danger. On l'enverra ce printemps à Bourbon, et en attendant on lui va faire prendre des eaux d' Apcour, qui sont fort proche d'ici; c'est une fontaine qui se met en réputation, et qui est à peu près comme celle de Forges, mais un peu moins forte. — Par les dernières lettres qu'on a de Rastadt, on apprend que le prince Eugène fait des propositions à quoi on ne consentira point, et si la paix n'est conclue avant la fin de janvier, on ne songera plus qu'aux préparatifs pour la campagne.

Dimanche 31, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'É-

tatiil alla tirer raprès-dlnéè, et le soir, chez madame de Maîntenpn , il travailla avec M. Pelletier. — Il arriva un courrier de Madrid. La santé de la reine d'Espagne est entièrement rétablie ; on mande (jue le 17 de ce mois le cluc de Medina-Sidonia, grand écuyer du roi d'Espagne etrhomme de toute sa cour qui lui étoitleplus attaché, mourut subitement. Il étoit prêt de monter en carrosse avec le roi son maître, qui alloit sortir ; si l'apoplexie l'eût pris un quart d'heure plus tard, il seroit mort dans le carrosse . Il étoit de la mais on de Gusman el Bueno ; il étoit chevalier de l'ordre du Saint-Esprit. Il y a présentement quarante-trois places vacantes dans cet ordre, quarante à^épée et trois d'ecclésiastiques«

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