‹ Journal du marquis de DageneauChapitre 2 sur 21 · ANNÉE 47U · texte numérisé non relu

ANNÉE 47U

Lundi V^ janvier, à Versailles, — Le roi alla à la mesâo à onze heures et demie, précédé des chevaliers de l'Ordre ; l'abbé d'Estrées, seul prélat de l'Ordre qui soit ici, dit la messe, et le cardinal de Polignac présenta l'Évangile. Il y avoit eu quelque difficulté sur cela, mais le roi avoit réglé la difficulté en faveur du cardinal de Polignac. Le roi alla Taprès-dlnée à vêpres , et au sortir de vêpres M. de Torcy entra chez lui. — Il arriva un courrier de Rastadt parti du 29 décembre; on ne dit point quelles nouvelles a apportées ce courrier. — Le roi avoit accoutumé de donner des étrennes à la famille royale , mais il n'en a point donné cette année. — Madame la chancelièrê [i) est fort mal ; on croit qu'elle pourra traîner quelques jours , mais on ne croit pas qu'elle en puisse guérir. — M. le duc de la Meilleraye, depuis la mort de M. son père, a pris le nom de duo de Hazarin.

Mardi 2, à Versailles. — Le roi tint le conseil de fi^nanees, travailla ensuite avec M. Desmaretz; après son diner il tint le conseil de dépêches, et le soir travailla avec M. Voisin chez madame deMaintenon. — On fit partir le soir un courrier pour Rastadt. On dit toujours que la paix va bien, mais on ne croit pas que les conférences finissent sitôt. — Le roi n'est point sorti ces deuxjours-ci. — On mande de Madrid que la reine d'Espagne se porte beaucoup mieux, cependant les ministres étrangers n'ont

(1) Marie de Naopeou; elle mourut le 12 avril suivant.

pas pu encore la voir depuis sa maladie. — M. le cardi* nal de Rohan doit commencer lundi à faire son rapport à Faissemblée du clergé^ chez le cardinal de Noailles^ et il sera quatre ou cinq jours à le faire car il aura à parler plus de douze beures. — • Le cardinal de Bouillon^ qui s'en alloit àRome^ a fait une chute dans sa chaise auprès d'Insprnck, et a été obligé de se faire porter aune abbaye près delà.

fâ^er créai 8, àVersaHles. — Le roi tint le matin et l'après-dinée le conseil d'État } il ne sortit point encore de tout le jour. Le soir il y eut grande musique chez madame de Maintenon. ~- Le P. le Bel^ Récollet ^établi à Versailles > qui avoit été nommé il y a douze ans à Tévèché de Bethléem> dont la résidence est à Clamecy dans le duché de Nevers, a enfin reçu ses bulles de Rome; cet évéché lui était disputé par le P. Sanlecque que M. de Nevers y avoit nommé, prétendant que le duc de Nevers avoit droit dis nommer à cet évéché. Le P. le.Bel est fort accrédité dans son ordre, et le roi a toujours témoigné qu'il en faisoii grand cas. Cet évôché ne vaut que SOOécus de rente ^ mais le clergé a accoutumé de donner une pension à cet: évéque. — On mande de Milan qu'on a mis prisonnier, dans le château, le fils du duc d'Uceda, et nous ne savons point la; raison de cet emprisonnement.

rJeudi 4, à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure, et alla se promener à Marly ; au retour il y eut petite musique chez madame de Maintenon. — Le rapport de H; le cardinal de Rohan ne se fera que de lundi en huit jours, qi^oique> ce cardinal soit tout prêt à le faire il y a déjà trois semaines.. — M. le maréchal de Tallard achètela belle maison de Bretonvilliers dans Tlle Notre-Dame à Paris; il en donne 220,000 livres, et il faudra qu'il dépense encor beaucoup pouraccommoder les dedans. — Madame de Pons , nouvelle dame d^honneur de madame la Duchesse la fiUe , a commencé de paroltre à la cour. On fait garder le lit à cette jeune princesse parce qu'on la croit grosse;

eUe .est Jci.dans rappartement de madsune la Princesse5 sa ggraqd/inère des deux côtés.

; . l^mdrsdi 5, à Yersailks. — ^ Le roi trayailla le matin aveo ie P^ le TelUer ; Faprès-dlnée il alla à Trianon. Le soi^ ily eut grande musique chez madame de Maintenons -n" ^ouB jD« savons rien de bien certain de ce qui se passe à. Rastadt> mais on croit que le prince Eugène demande que le roi obtienne du roi d'Espagne, son petit-fils, de rendre à la ville de Barcelone tous ses privilèges, et que moyennant celai rarchiduo accordera à la princesse des UjRsins la fiouver^eté en Flandre qu'on lui a promis. •— Le diac de Richelieu n'ayant pu s'accommoder avec ma* dameisa femme,chez quiilétoitlogéàParis, est retourné & Phâtel.'dei Richelieu à la Place Royale. Il avoit loué cet hôtel à l'archevêque de Rheims qui hésitoit de lui rendre la maiso'ïiBi piromptement , ne sa^t^hant où se loger à Paris et> étant obligé d'y demeurer à cause de l'assemblée. Ca* voie, qui est fort ami de M.; de Richelieu, a surmonté ces difficultés en prêtant sa maison à Paris à H. l'archevêque de Rheims. M. de Richelieu a quatre-vingt-six ans ; M. et madame de Cavoie oBt soin de lui et de ses affaires comme s'ils étoienrt seffi enfants.

• «iSamedfi 6, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances, dîna chez madame de Maintenon; il joua au brelait avec les- dames l'après^dlnée, et ne sortit point de tout le jour . Il travailla le soir avec M. Voisin. — M. de la Rochefoucauld, qui est aveugle depuis longtemps et qui est retiré ici au chenil, est considérablement malade. On ne croit pas qu'il en puisse rédiapper; il a près de quatre-vingts ans. Le roi, quia toujours eu beaucoup d'amitié' pour lui, demande de ses nouvelles plusieurs fois le* jour. -^ On mande de Varsovie que le roi Auguste partit le 16* pour retoutner en Saxe ^ malgré les remontrances dé plusieurs seigneurs de Pologne attachés à lui, quii le priaient de ne s&pas éloigner dans les conjonc-^ tures iirésentes.

Dimanche 7, à Versailles. -^ Le roi tint le conseil d'État ; il alla tirer raprès-dlnéé; ètle soif U travailla aVèe M. Pelletier. Le roi a permis à madame la duchesse de Berry de venir souper en robe de chambré parée <jue les grands habits rincommodent fort dans sa grossesse. -^ Les troupes espagnoles qui étoient en Sicile ont été transportées en Espagne sur trois Vaisseaux de guerre anglois et sont arrivées en Espagne. -^ Le *oi conservé le régiment de cavalerie de M. de Vaudemontj quoiqu'il soit des plus nouveaux, et par conséquent dans le rang de ceux qui doivent être réformés. — M. d'Ussé , contrôleur général de la maison du roi, et qui avoit épousé la fille unique du feu maréchal de Yaubati , vendit ces jours passés sa charge à M. de Coulanges 890,000 livres ; il étoit accablé de dettes, ce qui Ta obligé de vendre sa charge.

Lundi 8, à Versailles. — Le roi prit médecine eomme il la prend tous les mois par précaution j il tiiavàilla T»près-dînée chez lui avec M. de Pontohetf train. -— On mande d'Allemagne que le roi de Suède ne veut point envoyer de ministre à l'assemblée de Brunswick, et que Tar» chiduc menace de le faire condamner par contumace en cas qu'il persiste à n'y point vouloir envoyer; oe roi est toujours auprès d'Andrinople,etlè Grand St^gneur continue à lui donner de grandes espérances de lui donner des troupes pour le ramener dans ses États. -^^ Les der^ nières lettres qu'on a eues de Londres nous fenteraindrè pour la reine de la Grande-Bretagne. Elle a une goutte remontée dans la poitrine], à qiioi elle est fort sujette, et cette attaque-ci paroitplus considérable que toutes cellafi qu'elle avoiteue, et les wighs envoient souvent des cour^ riers à Anvers où milord Marlborough s'est étaUi depuis quelque temps.

Mardi 9, à Versailles. -^ Le roi tint le conseil de finances, travailla ensuite avec M. Desmareii, alla se promener à Trianon l'après^dinée, et le soir il travailla chez madame de Maintenon avec M. Voisin. -*- Le due d'Ossone

JATnriER 1714. 59

etle marquis de Montéléon^ plénipotentiaires d'Espagne et qui sont mal ensemble depuis assez longtemps et toujours d'avis contraires dans les affaires, n'ont encore rien signé avec HM. les ÉtatsGénéraux^ mais le roi d^Espagne a enfin pris le parti de mander à Montéléon de signer ce qu'il jugeroit raisonnable , et que si le duc d'Ossone ne se rendoit à son avis qu'il signât tout seul et qu'il seroit approqvé y et qu^on lui enverroit les ratifications de ce qu^il §.viroit signé; ainsi on croit que la paix d'Espagne avec la Hollande sera bientôt conclue. --*- La grossesse de madame la duchesse de Berry continue heureusement , et on ne lui fait pas encore garder le lit.

Mercredi 10 , d Versailles, — Le roi tint le conseil d'Étatj qui dura jusqu'à deux heures^ dîna chez madame de M^ntenon , et alla se promener dans les jardins. Le soir il y But grande musique chez madame de Maintenon. -^ Lesmédeçins^ au coucher du roi, qulletir demandoit des nouvelles de M. de la Rochefoucauld, lui dirent qu'il ne passeroit pas la nuit ; il n'a poipt perdu conuoi^sance , a reçu tous ses sacrements U y a d^à quelques jours. ^— Le ohevaiier de la Carte, qui étoit abbé il n'y a pas longtemps et qui étoit frère du feu marquis de la Ferté, vient d'épouser madame Rouillé, qui a 100,000 livresde rente, de Ijelles maisons dans Paris et de belles maisons à la campagne et meublées magnifiquement; il n'avoit pas 500 éçus de pante.

Jeudi ±i , à Versailles, — Le roi dîna de bonne heure et alla se promener à Marly ; au retour il y eut petite musique chez madame de Maintenon. — M. de la Rochefoucauld mourut à six heures du matin. Il étoit grand maître de la garde-robe et grand veneur ; le duc de la Rocheguyon, son fils, a la survivance de ces deux chargées *. — On prit hier au matin l'abbé Servien à Paris chez lui ; on l'a mis à Vincennes où on Ta enfermé dans le donjon; on ne lui permet d'avoir aucun de ses gens pour le 9^vir. Personne u^ le verra; on a mis le scellé sur ses

M JOUBRAL DE DANCEAU.

papiers. On ilè dit point ^Ë^lràisoti^ àe cet empri^nney ^eni. l'abt^.^rvîïinft .^i^^tej^inq, E^ps, passés j il ee> filSile.U. Ser!vieii,:SurintMidaQ.t des finances et-pléntpo< toatiaire à^MunstOT.iU y» long-temps qae'cet abM fié Vei' noit'plbsà 1b cour.- ■'

* M. de la Rochefoucauld a été uu personnage 9 sii^gi^fier à la COUt,. que la curiosité demande quelquecliose sur tjçX articje. U,éUiit,Ë||s.aip^ du second duc de la Rocliefoucauld, mais il ^ul: avec lui. une entête .it parfaite dissemblance. T.epère, si connu sûus ^e nçun de prince'de Marsitlac puis de ducde la HocJiefoucauld , pendant les troubles de la D^iDorité du feu roi, étoit brillant d'esprit, de lettres, de galanterie, de politesse, de lincsse; c'étoit encore un lionimç d'un géfâa élev^, profond en intrigues, en menées, en eabales, et^^ui ^tu^de6 principaux fioins dans ies troubles qu^ agitèrent la r^ence de la reine Anne d'Autridie , âanà les mouvements de cour et d'Etat, dans tes guerres civiles dont ce duc fiitun des plus dangereux personnages contrç ce qu'on appelât alors la cour et le ministère , pour ne pas dii:e le roi et l'État, n suivoit cil cela les traces de son père et de ses ancêtres , qui tous s'étoient mêlés tant qu'ils avoient pu de brouiller l'État, et .qui tous y avoient trouvé leur compte. Celui-ci y parut autant et. plus qu'eux, mais il n'y fit pas si bien ses affaires , quoique d'une naissance illustre et grand seigneur terrien , et gouverneur de père en fils de la province on étoient presque toutes leurs terres , où MM.de la Roch^oucauld étoient fort aimés et respectés. Enfin quoique l'âme de la maison de Condé eu plus d'une sorte , il eut la douleur de ne pouvoir s'égaltx à MM. de Bouillon et de Turenne en figure, dans tous ces troubles et dans son propre parti , et celle encore de les en voir sortir comblés de taveiirs, de grâces et d'bonneurs de toutes les sortes, debiens immenses, et du rang de princes étrangers, et passer tout à coup dans la confiance la plus intime du cardinal Mazarin et de la régente. Il eut beau se flatter de prendre dans le parti la place qu'ils venoient de quitter, et s'exposer pour cela aux plus grands périls, le vide étoit trop grand. Les affaires se gâtèrent, et, après le combat fameux du faubourg Saint-Antoine, M. lé Prince fut obligé de se retirer aux Pays-Bas , d'où il ne revint que par la paix des Pyrénées . M. de la Bochefoucauld s'accommoda comme il put; tout lui échappa, et jamais le roi ne put s'accoutumer à le voir ni à le traiter qu'avec une froideur qui le renferma dans ié sem de sa ^unille et dans, un cercle d'amis ou de connoissanecs attirés par les charmes de. son esprit et de sa conversation. Il eut le bonheur de raccoinmoder ses affaires par le grand mariage de son fils, niais nullement sa fortune , quand tout à coup elle prit ce fils par la

DuiD. If part^eoit la dj^flce de son père; l'e^n^ ne \^ fournissfiit pas déféâstnircés; il pbmît au visage des marques du comb^ (le Saint- AntoiAft/oà U 'détail dtithiguJ avec "^a père. Il fèiadJl Aàaè sa cowr aa i^irâins la foutei my éMt foA èbjba^ paf la fin^'fléiâr de l'ËspHT,' de la gMitillesse, àe -la galanterie,' qui rendoit'dloTs la ooiit trèt-briltEOte et qui euvironnoit le roi. L'appartement de la comte^ de Sotssontf nièce du feu cardinal Mazarin et suTiuteudante de la maison de la reine , en ètoit le centre ; le roi n'en bougeoit , et là ^toit le, rè^ç des gribèd.'des'fjt^ et des Jéilj^.'tl'àiilbttion et les diverses f^nteries qiù MUdoieiit (!ètté jétiiie coiir'si vive, pnfautèrenl des aveutuces et deji^ &grlt«s; et le roi bfessè peut-être de l'esprit, parce qu'il l'avoit été par! cètaS^l'i (nàvoiéitt leplus'i commença ii le craindre, ut eu eoniervft fiié^etaHat toute ^'Vie. SaTis pairou ui patronne, la fortuue sajajj oenWlrtélft'fetrpi'ésoitE^Kï. Ac la "Rochefoucauld pour lequel le roi passa delilpIUs entière inilRfférenèe au goût, puis à l'amitié, avec une rapîdité'lpl^fit rétoritenient de toute la eour et celle même du nouveau fihbif et de son péi'e ^ui ùé se lassoii point de l'admirer dans le secret de' ies plus intimes atnis. î)es distiuctiuus 11 passa au\ eooridences amàutenses, et decell(S-là à' d'autres; il eut le gouvernement de Berry, dfe W d^dtiîlle de Lanzun arrêté à la (Inde 1671 et envoyé à Pignerot, Ëtnioftis d'un an apirës , b eliargede grand veneur par la mort de So^fcâuit: C'étoiï la jointe des amouïs de la belle Foutauges qui ne ditrirent ^^ Uén'peo, mais autant qucsa vie. Ou prétendit que M. de la Itochéfoucàuld en' avoit été l'auteur et l'entremetteur, et l'on lit une ébensdn qui tBsoît qiie Wtoi l'avoît fait son grand veneur pour avoir Aâilillrftt' dans les toiles. La faveur et les conSdencesdu roi, avec qui il alloit seul, un inànteau sur le nez, à ses premiers rendez-vous , le mît'biéûareé maSame de la Vallière et avec madame de Montespanj sàlfàison àVtfc cette dernière et avec toute sa famille devint intime et a *rré éijuté leur vie', tinta il fut grand maître de la garde-rolje après Qnttrf.tlié au passage du Riiin, et consolida sa faveur par une assidpité ^£tiiJ{|réa àresinritet dont peu d'autres Seroient capables. Une manqûoit jamais au levéi''ét'au coucher du roi, jamais à le suivre à ses Classes, méme'fi tSrer', ni à ses autres promenades, presque jamais lorsqn'en sortant et rendant de dehors le roi changeoit d'habits ; l'hahittide s'en tourna 'û bien eu devoir, que si inlinimeut rarement il manquoit à suivre le' roii ce n'étoil jamais qu'après lui eu avoir demandé la [Mrmission; et de coucher ailleurs qu'où étoit le roi, il étoit des années sans que cela lui arrJvAt. Trois ou quatre fois en sa vie il a fait des ïbsèncjésd'ltnmoiBpoiir aller à Verteuil qu'il aimoit passionnément, et où il àvoît uÀe cour de tout le Poitou, de TAngoumois et de la Saintôngé; encorèy étoit-Q à peine arrivé la dernière fois et plus de seixe on'dîx-biiit'iiDS'avantsa'mort, quele roi se trouvant incommodé d'un

62 J0URNAI4 DE DANGEAU.

assez fort anthrax, le fit revenir par on courrier. Im demien teftipt de sa vie il alloit prendre du lait à lianeourt trois semaines ou un mois. Sa liaison ancienne avec madame de Montespan Favoit éloigné de madame de Maintenon , et elle de lui -, mais Tamitié do roi n'en reçut pas la moindre atteinte. Elle lui faisoit fort bien quand le hasard lés feisoit rencontrer ; lui se plongeoit en respects forcés et n'alloit jamais chez elle. Il avoit été mal avec M. de Louvois, et ce fut une des choses qui contribua le plus au mariage de leurs enfants. Ce ministre redoutoit un seigneur qui avoit Tamitié et la familiarité du roi tout entière, qui ne le quittoit point, et pour qui il n'y avoit aucun temps où les portes lui fussent fermée. Le roi aussi étoit fatigué de Tinîmitié d'un homme avec qui il étoit de tout temps à son aise , pour un ministre dont il avoit besom, et qui étoit aussi au plus haut point de faveur et de confiance ; il voulut le mariage. Le favori recula, Talarme du ministre en fut plus grande; il pressa le roi, et le roi parla en maître et en ami. Les biens furent immenses ; la faveur y ajouta les deux survivances à la fois, mais elle ne put être portée jusqu'au rang de prince étranger. Il n'y eut rien que M. de là Rochefoucauld ne fit pour l'obtenir ; il en avoit déjà été refusé plus d'une fois; à ce coup, il crut l'emporter; mais il fallut se contenter que la fille aînée de M. de Louvois fât traitée comme l'avoit été la fille aînée de M. de Colbert, qui, en épousant douze ans auparavant le fils du duc de Liuynes, lui avoit valu une nouvelle érection du duché vérifié de Chevreuse. Le roi voulut donc bien accorder une nouvelle érection, non pairie mais femelle, du duché de la Rocheguyon, et il fallutqueM.de la Rochefoucauld perdit pour toujours l'espérance de se faire prince; il ne demeura pas longtemps bien avec M. de Louvois. La même raison qui avoit fait le mariage donna envie au roi de faire celui d'un petitfils de M. de la Rochefoucauld avec la nièce de madame de Maintenon, qui épousa ensuite le duc de Noailles; mais le roi seul en avott sincèrement le désir, et la mort du jeune homme termina ce dessein qui ne pouvoit plus se renouer pour son frère, par l'âge. Cela fait voir quelle étoit la faveur de M. de la Rochefoucauld que le roi cherchoit à lier à madame de Mamtenon, sous laquelle il ne put jamais se résoudre à ployer, et que cette toute-puissante ne put jamais subjuguer ni entamer. Avec cela, on a peine à comprendre les charmes d'un tel favori : jamais homme ne fut si court , si rogue , si envieux de toutes les grâces. Les amis à sa portée le peinoient; il trouvoit tout le monde heureux et bien traité hors lui. Les ministres le redoutoient; les courtisans abandonnés trouvoient en lui de la ressource, moins par générosité qtie par l'orgueil de forcer les barricades, et qu'A fut dit qu'il empôrtoit ce que nul autre n'eût osé entreprendre. Cette idée lui faisoit ëtnbrasser avec chaleur des intérêts fort étrangers, et la vanité de l'em-

! JANVIEJl i7l4, 63

por^ Uii;f^it faire au roi de^ sorties qui très-souvept réussissoient. Çétolt mi homme insatiable pour lui et pour tout ce qu'il avoit entrepris ; il tir^ i}|i roi de$ çon^qes immeoses, fort gros en supplément pour la yi^qerie,.pour la gar4e-robe, et il se fit payer ses dettes plusieurs fois. jSoi\ huoteur otoit altjère et farouche ; il n'y avoit que des complaisants gui pussent s*y accoaunoder, tellement qu'avec une maison ouverte et magnifique et grande cbère^ il n^avoit jamais chez lui que les antichambres de la cour, et ce qu'on appeloit ses ennuyeux. Ses valets ^tQi^nt^ maîtres; il leur donnoit du sien immensément, et tiroit du tQi\ tout ce qu'il pouvoit pour .eux. tl fit par degrés de Bachelier^ son laquais^ un premier valet 4e garde-robe du roi, fort riche, dont le fils devint longtemps depuis lui premier valet de chambre et en grand crédit. Ce Bachelier père , très-doux et attaché à lui , mais homme d'honneur, le gouvemoit. Les enfants de son maître lui faisoient une cour 4jéce99aire et non forcée ; touç ses valets étoient tous riches et en fortupe, tandi3 que les enfants de la maison manquoient très-souvent. V4ge , ie défaut de vue et des ofQces pour tous venants poussés trop loin avec une inconsidération véhémente , fatiguèrent enfin le roi ; le È^vori fit enfin connoissance avec les réponses sèches , puis avec les refus, et ne put sV accoutumer. Ce dégoût réveilla les idées de ses années anciennes, passées à l'hôtel de Liancourt avec les fameux de Port-Royal; il avoit conservé pour eux un respect infini, et un jour même qu^à Marly il arriva au roi de se lâcher un peu contre Montgaillard, évéque de Saint-Pons, en disgrâce très-marquée et très-longue pour ces afiEaires-là et pour celle de la régale, il prit hardiment la parole et se mit sur ses vertus épiscopales. Le silence du roi réchauffa , 9 poussa sa pointe, et raconta que, visitant apostoliquement son diocèse, il enfila un chemin qui alla toujours se rétrécissant et qui aboutit à un précipice ; que, n'y voyant nul moyen d'en sortir sans tourner ni détourner, parce qu'il n'y avoit nul espace ni pour le faire ni pour mettre pied à terre, le saint évéque (car ce furent ses termes) leva les yeux au ciel , rendit toute la bride et s'abandonna ; qu'aussitôt sa mule se dressa sur les pieds de derrière, tourna entièrement ainsi dressée et lui 9e tenant dessus , et qu'ayant mis sa tête où elle avoit la croupe et la isroupe où elle avoit la tête, elle se remit à marcher par ce même che- Qpn jusqu'à ce qu'elle en eût trouvé un autre qui la remit dans la route. Le silence du roi fut imité par les courtisans ; mais M. de la Kochefoucauld osa faire l'histoire entière et la commenter. Il avoit conservé un respect infini pour M- et madame de Liancourt, jusques la, qu'ayant fort travaillé à liancourt, il avoit mieux aimé laisser dans le jardin des pissotières du vieux goût et d'autres choses pareilles que de toucher jamais à rien de ce qui étoit à madame de Liancourt, qui avoit feit Ce beau lieu, qui fut le premier beau jardin qu'on y ait trac*^. 11

64 JOURNAL DE DANGEAl].

fit un aut^ trait de générosité : rien n'est pareiL aux fêtes av6ciles^«iilfi^ milord Portiand fut reçu; c'étoit le pli» intime favori dupiwoe.4'<K range qu'il envoya ambassadeur au roi, tdt après la paix de l^yftv9<^4 Chacun s'empressoit auprès de lui, et les plus grands seigneurs s'booor : roient de lui donner des repas; M. le Prince s'y surpassa en fôtetfoà. Chantilly. U aimoit la chasse et fut surpris que M. de la Kochefoac»iM ne lui proposât point de lui faire voir l'équipage du roi; il s'en ouTri);> il s'en plaignit inutilement ; enfin, soit désir de vaincre, soit curiosité^ il v hasarda de lui demander une chasse ; ce ne fut pas sans un prompt el cuisant repentir. Le duc, qui s'embairassoit aisément et qui s'énonçQft fort difficilement, se trouva libre dans sa réponse; il lui dit netteixiant que l'équipage du roi étoit aux ordres du roi d'Angleterre, ^ qiï'tt'Qe pouvoit s'assurer d'un seul jour pour lui faire voir chasser. Aviçe cettecourte réponse , il lui tourna le dos, et le laissa, on ne, sait si plus ior digne ou plus étonné ; mais il n'en fut autre diose. C'étoit une défaite.;:: mais il respectoit les malheurs du roi d'Angleterre, et ne voulut jam^î^ : faire la moindre civilité à Portiand, pour qui tout le monde en étoi^ ; prodigue, et fiit ravi de lui avoir pu faire cette manière d'alg^ade dont il ne démordit point. Avec tout cela, sa faveur et sa magnifie^ce lui pouvant donner le choix de la meilleure com{>agDie de JacouirvA n'étoit à son aise qu'avec le dernier rebut, ni bien qu'jBivec ses dômes-* tiques, et même avec ses valets qu'il mêloit avec ses complaisants à soa jeu de quintille (1), et en voici un étrange exemple. M. de Vaudemon^ fils fut tué au combat de Luzzara ; sa mère étoit sqpur de, mère de Ja défunte femme de M. de la Rochefoucauld. On étoit à Marly, où M.fle Chevreuse se souvint qu'il avoit oublié de l'aller voir là-dessus. Ils en étoient au plus léger extérieur ; l'aivie et la jalousie dont M. de la Rochefoucauld étoit dévoré lui faisoit regarder avec haine et peu de mesure , les ducs de Chevreuse et de Beauvilliers , et ce peu de gens , nûnistres ou autres, qui approchoient intimement du roi. M. de Chevreuse^ pour ne pas aller seul, proposa au duc de Saint-Simon d'y aller avec lui ^ qui l'avoit oublié aussi , et qui fut ravi de l'y suivre ; mais quel fut leur étonnement et la confusion du duc de la Rochefoucauld lorsqu'entrant dans sa chambre , ils l'y trouvèrent tout seul et jouant tête-à-tête aux échecs avec un de ses laquais en livrée assis vis-à-vis de lui. Devenu aveugle, suivant les chasses en calèche comme un corps mort, et jurésentant le pied du cerf à tâtons, il deviut si incommode au rpi^ et surtout par ses demandes indiscrètes pour les uns et pour les autres avec une ardeur peu mesurée, qu'il s'aperçut malgré lui du dégoût du roi et de la chute de son crédit, et que le dépit acheva ce que la raison

m ■■ m ..I I II I II I I I i I ■ ' m

(1) Le qainUlIe, ou jeu de lliombre à cinq, était im jeu de cartel' ainsi nommé , du nombre des joueurs.

JANVlBh itri4. 65

«déérde qudque dévotion aiaroit dû lai faite fiiire il y avbit longtemps. SA résolution 9 diffidle à pteodre à un courtisan vide dé toute auti*e cbo^ qpé dé la cour, longuement balalieée par hn-métné, et énéore phi9 par ses valets qui le gouvemoient'et qui né se soneîoîent de lèor maître que pour attraper de6 grâces, éclata enfin, inais pour une retraité lÉîséraMe et qu'il dut aux mêmes valets. Sa maison de Paris , au milieu de safemille, ou Sainte Geneviève encore mieux, où son nom étoit révéré depuis le carcBnal de la Rochefoucauld, qui y avoîtmis la réforme et ea avoit à ses dépens banni la commande, \m offroîent une' retraite honorable, accompiagnée de tout ce qui la pouvoit adoiicir et la lui Tendre utile; mais ses valets, qui ne vouloient niper^e leur empire sùr^ htt, ni se priver de son reste de crédit auprès du roi, ne purent s'accommoder de l'une ni de TaUtre, et le confinèrent dans le éheUil > à Versâflles comme un vieux chien galeux , mais dé distinction dans la meute, qu'on ne veut pas tuer et qu'on y nourrit jusqu'à sa mort. Là, loin de Paris, de ses amis, de sa famille et des gens de bien qui aiirôioit été sa ressource et pour le reste [de cette vie et pour se préparer à l'autre, mais qui auroient balancé Fempire des valets , ils régnoi^t sur lui en paix, tenoient en respect ses enfants et le peu de gens qui se donnoient la peine de l'aller voir, qui s'éclaircn*a[it bientôt et par l'inutilité et par rincertitude d'être tantôt bien et tantôt mal reçus, et à portée du roi le menoient dans son cabinet pleurer et crier pour eux aux occasions où il y avoit à obtenir, et où ^ presque toujours il étoit refusé et outré. Ainsi se termina dans les horreurs de l'aveuglement et de la solitude, dans la honte d'une retraite également ridicule et forcée, sous l'oppression des valets , dans l'abandon général et dans le dégoût du roi et l'ennui des demandes, une vie qui avec peu de mérite avoit brillé au-dessus des premiers capitaines et des ministres les plus puissants, toute coulée dans la faveur la plus constante et la plus intime avec toutes les distinctions qui la pouvoient accompagner, et qui avoit £aât l'envie de tout le monde, quoique tout le monde et jusqu'aux plus petits lui eussent fait une continuelle envie. Le roi se sentoit infiniment soulagé d'un vieux favori devenu si fort à charge, et ses enfants, à qui il l'avoit toujours tant été^ commencèrent à respirer. A peine les valets qu'il avoit si constamment servis, regrettèrent-ils un maître devenu enfin presque inutile et qu'ils ne se pouvoient refuser de mépriser. Les amis nuls ou écartés le plaignirent un moment pour l'honneur, et la cour, qui l'avoit oublié, ne pensa pas un instant à sa mort que comme nouvelle. Ses deux fils, mal voulus du roi, prirent différentes routes; aussi malgré leur intime et respectable union, rien en tout de plus différent que ces deux frères. L'aîné, rogue, avare, sans esprit que silence, ricannerie, malignité qui lui avoit fait donner le nom de monseigneur le Diable , gloire et bassesse extrême tout à la fois, et un long usage de la

cour et du monde qui suppléa à Tesprit, fit sa charge de grand maître de la garde-robe servilement et sans nul agrément, en valet assidu et enragé de Tétre. Son nom sonore à trois syllabes , qvii, après avoit re* tenti dans les partis, s'étoit fait craindre dans le^j cabinets, lui.doqva un reste de considération qui ne passa guère un certain étage , et qui ne trouva en soi nul appui. La marque extérieure sans rien qui la soutînt, ni table, ni équipage, ni faveur quelconque, et ses grands biens et une cour de caillettes et de commères de quartier chez sa femme à Paris, lui laissèrent quelque considération qui ne passa guère la robt, et les procès pour le gain desquels il n'épargnoit rien avec une bassesse sans égale; le silence, et un rire très- souvent sans savoir de quoi , im? posoient aux sots avec un trantran de cour qui ne passoit pas la première écorce. Avec tout cela il sut à la mort du roi se faire donner pour plus de 500,000 livres de pierreries de la garde-robe parle régent qui craignoit tout et vouloit tout regagner; il n'y regagna nullement M. d^ la Rochefoucauld; mais, ea ne le regagnant point, il n'y perdit pas la moindre chose. Il végéta de la sorte sous le règne de M. le Duc, et ^ 1728 il mourut subitement et ne fut regretté cle personne , à peine 4e sa femme et de quelques valets qui n'étoient pas ceux de son père. Son frère , doux , liant , spirituel , poli , orné de beaucoup de lecture , à force de disgrâces devenu sauvage et solitaire, auroit dignement et utilement rempli de grandes places. Il fut très-goutteux et aussi estimé que peu compté toute sa vie, quoique peu de gens méritassent autant que lui de Tétre et de figurer dans TÉtat.

Vendredi 12, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec le P. le Tellier ; il alla Taprès-dlnée se promener à Trianon. Le soir il y eut grande musique chez madame de Haintenon. — M. le chancelier, étant àPontchartrain, eut la douleur d'y voir un triste spectacle : un vice-bailli d'Alençon qui avoit perdu un procès et qui venoit demander au chancelier un rapporteur pour la révision, et à qui le chancelier répondoit avec sa douceur et son honnêteté ordinaires , mais sentant bien la difficulté qu'il y auroit à venir à bout de son affaire, dit : <( II y a un moyen plus court de sortir d'embarras, » et le chancelier montant dans son carrosse, ce malheureux se donna deux coups de poignard. Le chancelier descendit de son carrosse au cri que firent les domestiques, fit porter cet homme dans une chambre j y fit venir un confesseur ; ii se con-

JAKttBft i1i4. êf

feêfia ââs62 tfaûqullléDiént et mourait une heure aprëd.

Samedi 13, à Versailleê. — Lé wi tint le conseil de flttftnces, dina chez madame de Maintéûôn, sepfomena dans ses jardins, et travailla le soir avec M. Voisin chez madame de Maîntenon. — M. le chevalier d'Asfeld, qui commande à Fribourg* , ayant su que les ennemis avoient mis trois cents hommes dans Neustadt, qui est à la droite de ViUingen en tirant vers les places forestières, et que (5e poste auroit pu incommoder les gens qu'on envoie pour établir les contributions de ce côté-là, détacha il y aquelques joursM.deGeberetavec quatre ou cinq cents grenadiers qui eurent bientôt forcé les ennemis dans ce poste. On en prît ou tua une centaine ; le reste se sauva dans la montagne, et on rasa les retranchements qu'ils avoient faits à ee poste. -— Le duc de la Rochcgnyon prend U nom de duc de la Rochefoucauld ; il a fait faire un convoi magnifique à son pare à la paroisse, mais le corps y demeurera fort peu et sera porté à Verteuil.

Dimanche ih, à Ver Bailles. -^ Le roi tint le conseil d'État, alla tirer Taprès-dlnée « le soir il travailla chcK madame de Maintenon avec M. Voisin et puis avec M. Pelletier; ensuite il y eut musique. *— Saint-Prémont arriva le matin de Rastadt ; il a porté au roi de gros paquets du maréchal de Villars. Tout ce qu'on en sait, c'est qu'au sortir du conseil, le roi dit à Sainij-Frémont : et Vous nous avei apporté de bonnes nouvolles. » Le soir il arriva uq SMrétaire du maréchal de Villars^ et sur cela, le bruit se répandit que lês nouvelles étoieni encore meilleures; maia^ quand l'affaire fut approfondie, on sut que ce secrétaire n'apportoit ^(Aui de lettres^ et que c^étoii un homme à qui le maréchal avoU donné ^n congé ^ bien loin d'être U& homme de confiance. -^ Le roi a donné une pension de 800 livres à la Motte (1), un des quarante de l'Académie

> (i) Antoine Houdard de la Motte, auteur d'une traduction en vers de l'Iliade, poUiée en 1714.

françoise ; il est porté dans son brevet de pension -^ié c'est pour avoir traduit Homère. ' ''"' '

Lundi 15, à Versailhs. — Le roi dîna de bonne Hëâtté et alla se promener à Marly; an rétour il travailla at^ M. de Pontchartrain chez madame de Maintenon. Uy èùl ici un grand bal en masque chez M. le Duc^ où madame H duchesse de Berry alla en écharpe. — *- M. le duc de là Rocheguyon^ présentement duc de la Roch^oucauld ^et qui a la goutte qui Tempéche de marcher^ se fit porter dans le cabinet du roi par les derrières. Le roi lui parla avec beaucoup de bonté et lui témoigna regretter beaucoup M. de la Rochefoucauld qu'il avoit toujours regardé comme un ami particulier , mais ils ne parlèrent point de * Taugmentation des 50^000 francs que le roi donnoit de sa cassette pour augmentation à la charge de grs^d veneur^ afin que Téquipage fût plus magnifique que sous les autres grands veneui*s quiavoient été avant lui.

Mardi 16, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances et travailla ensuite avec M. Desmaretz ; il alla à Trianon Taprès-dlnée, et le soir [il travailla avec M. Voisin chez madame de Maintenon. — Le roi a donné une pension de 500 écus au chevalier de Rouannois, un des plus anciens, capitaines de galères et qui demande à être chef d'escadre parce qu'il y a une place vacante dans ce corps. — Le cardinal de Rohan coxnmença hier après diner à faire son raport à l'assemblée du clergé chez le cardinal de Noailles; ce cardinal et huit autres prélats ont écrit une lettre au roi, voulant se retirer de l'assemblée parce qu'ils ne sont pas de même avis que les autres évèques; ces huit prélats qu'on nomme sont : l'archevêque de Tours et les évèques de Châlons-sur^Marne, de Laon, de Boulogne, de Verdun, de Rayonne^ d'Auxerre et de Senez.

Mercredi 17, à Versailles, — Le roi tint le conseil d'État^ dîna chez madame de Maintenon, etl'après-dinée/tint le conseil d'État^ n'ayant pas pu finir le matin toutes les

araires qu'ily avoit Le soir il y eut grande musique chez madame de Maintenon. Il y eut comédie pour monseigneur le duc de Berry et pour madame la duchesse de Berryi l'ordinaire. Il y eut grand bal à Paris chez M. le prince i de Conty, où étoient madame la Duchesse et les prÎDcesses ses filles. — Le prince de Vaudemont avoit fait BOarché Tannée passée avec M. de Luxembourg de la terre deLigny, qui joint à Commercy; il en donnoit 400^000 écus, savoir : 100^000 écus à prendre sur une rente qu'ila à Strasbourg, 100,000 écus sur les salines de Franche-^Comté et les deux cents autres mille écus payables en trois termes de 200^000 francs chacun. Le marché rompit sur ce que M. de Luxembourg vouloit tout argent comptant; on parle présentement de renouer ce marché.

'JmdiiSy à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure et idla se promener à Marly . Le soir il y eut petite musique chez madame de Maintenon. — Il arriva la nuit un courrier du maréchal de Villars^ et M. deTorcy demeura dans le eabinet du roi après son lever ; on dit que ce courrier apporte de bonnes nouvelles. — M. le Grand se trouva encore plus mal qu'à l'ordinaire. On l'a saigné, on lui a donné de l'émétique et cette dernière attaque a l'air d'apoplexie, à quoi tous ceux de sa race sont sujets. — Les dicrnières lettres de Madrid parlent mal de la santé de la reiae d'Espagne. Elle maigrit tous les jours; on croit qu'elle peut languir encore quelques mois, mais on ne <a?oit pas qu'elle puisse guérir, — Le roi de Sicile fut couronné, il y a quelques jours, à Palerme avec de grandes acclamations des peuples, de qui il parolt qu'il se fait fort aimer, mais il se brouille de plus en plus avec 1$ pape.

. Vendredi 19, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec le P. le Tellier, dîna de bonne heure et alla se promener à Marly ; aix retour il y eut grande musique chez madame de Maintenon. — Un capitaine de galères nommé Bara fut mené au roi dans son cabinet après son

laver par M. de Pontchartram et présenta au roi un li* vf^ ipaouscrit qui est un recueil d^ toutei Im^ lettres qm lu roi avoit fait èQvixe par le« secrétaires du cabioet à la reine peiidaut la campagne de 1672^ et que ce capitaine avoit eu par madami^de Béthune, qui étoit dame d'atours de la rdne. Ce oapitaine est homme de mérite^ et qui a fait un très^bon livre sur la construction des galères; le roi lui a donné 4-00 écus de pension, -^M. de Roqualaure, qui commande» en Languedoo depuis huit ans^ a obtenu un congé d'un mois pp.ur venir ici ; le sujet de son voyage est pour conclure le mariage de mademoiselle de Roque^ laure, sa fiUci aveele prince de Pons, fils ainéde feu M. dd Marsan. On dgnne ou assure à mademoiselle de Hoque** laure un million.

Samedi ^Of ^ Vermlks. -^ Le rçi tini le conseil de finances, dîna chez madame de Maintenon, alla se pro* mener l'après-dinée à Trianon, et le soir travailla avec M. Yoii^n che« madame de MainteuQn. -^ Les dernières lettr^^ de Rastadt^ qui sont du 16, ne font pas bien espérer des conférences pour la paix, et l'on commence à croire ici que Ton entrera en campagne de bonne heure. Tous les colonels ont ordre de tenir leurs régiments prêts à marcher au l" avril. -^ M. le cardinal d^Rohan a achevé de faire son rapport à l'assemblée du clergé ; cela a duré douze heures en six jour^ d^^ temps et a été fort loué de toute l'assemblée^ quoiqu'ils ne soient pas tous du même sentiment ^ur la manière de recevoir la Constitution • On va examiner, la semaine gui vient, l'instruction pastorale qu# le même cardinal de Rohan a fait pour éclaircir quel' ques» adroits de la Constitution qui demandent de Tex^ plication.

Dimmçhe 2t, à YmmUes. t^ La rpi tipt le conseil d'État; il ne sortit ppiut de tout le jpifu*. U travailla l'aprèsdinée ch&i lui avec M. Pelletier, et le ^ir il y eut musique chez madame de Maintenon. -^ Les dernières lettres de Madrid qui sont venues par l'ordinaire , ne parlent

JANVIER 1714. 7i

pas bien de la santé de la peine d'Espagne ; elle dépérit te^oB les jours^ et l'on cvoit que le mal qu'elle a voit à la gbrge en debors est rentré et est présentement daD9"les entrailles. On ne parle pas bien non plus des affaires de Catalogne ; les Bai^celonois paroissent plus animés que jamais et mieux en état de se défendre. On dit même qu'ils ùAi fait des sorties de la ville et du Mont-Jouy sur les troupes d'Espagne^ qui ont fort souffert; on ajoute même encore que ees révoltés ont présentement dix vaisseaux à la mer^ dont il y en adeux de cinquante pièces de canon^ et qui empêchent les vaisseaux espagnols de pouvoir approcher de Barcelone.

Limdi 22 y à Verêailles. — Le roi dina au sortir de la messe, et alla se promener à Harly ; au retour il travailla chez madame de Maintenon avec M. de Pontchartrain. — Le roi a donné une pension de 1^000 francs au petit d'Âumale y un de nos élèves de Saint^Lazare qui est pré*sentement brigadier d'ingénieurs et dont Valory, qui est à la tète de ce corps, a rendu de bons témoignages. — Le soir il y eut comédie, et après souper grand bal en masque chez madame la duchesse de Berry. — Madame de Soulangeais mourut à Paris, ily a quelques jours, âgée de plus de quatre-vingts ans; elleavoit été fille d'honneur de la reine mère. Elle étoit de la maison de la Porte de Vezin$, et avoit été en grande réputation de beauté et de vertu ; son mari , qui est mort il y a longtemps, étoit oncle de la ^^dncease d'Harcourt. Elle n'avoit point paru à la cour depuis son mariage.

. Mardi 23, à Versailles. •*- Le roi tint le conseil de finances et travailla ensuite avec M. Desmaretz; il tint conseil de dépèches Taprès-dlnée, et le soir, chez madani^e de Maintenon , il travailla avec M. Voisin. Le bal de madame la duchesse de Berry fut fort magnifique et fort bien ordonné; on n'en sortit qu'à huit heures du matin, et les masques de Paris s'en retournèrent fort contents de monseigneur le duc de Berry et de madame la duchesse

de Berry. Il y eut pourtant une présidente à qui' de jeunes gens considérables firent une^ insulte, mais monseigneur le duc de Berry «n fit des réprimandes si â propos qu^il en fut loué de tout le monde. — L'abbé du Cambout , agent du clergé^ vint ici le soir député de rassemblée y entra dans le cabinet du roi après sou souper et lui dit qUè là constitution du pape étoit acceptée par quarante évéques; il n'y en a que huit ou neuf qui ne l'aient pas acceptée encore^ et on croit qu'ils l'accepteront quand on seiiBi convenu des termes de l'instruction pastorale.

Mercredi 24, à Versailles. — Le roi, après son lever, doùiia une assez longue audience au cardinal de NoaiUes, et après la messe il tint le conseil d'État à son ordinaire. Il dina chez madame de Maintenon, se promena l'aprèsdlnée dans les jardins. Au retour, des musiciens du roi jouèrent chez madame de Maintenon la comédie du Bourgeois gentilhomme; il y eut comédie pour madame la duchesse de Berry, et le soir, après souper, il y eut grand bal en masque chez M. le Duc. — Il arriva l'après-dlnée un courrier de M. Voisin de retour de Rastadt; la nouvelle se répandit que les négociations pour la paix n'alloient pas bien, et que le maréchal de Villars auroit ordre de revenir si le prince Eugène persistoit toujours à demander des choses que le roi ne devoit pas accorder.

Jetidi 25, à Versailles. — Le roi dina au sortir de la messe, et monta en carrosse à midi pour aller se promener à Marly. Au retour il y eut petite musique chez madame de Maintenon. — Il arriva un courrier de Madrid. La reine d'Espagne, se trouvant plus mal et ayant un grand dévoiement, demande qu'on lui envoie Helvétius; il n'y vouloit point aller parce qu'il est fort incommodé et fort sujet à la goutte, mais le roi lui a commandé de partir, et il est parti en chaise de poste, et il y a encore une autre chaise de poste qui le suit en cas que la sienne vienne à se rompre, et dans cette chaise est le fils de M. Orry; il a outre cela cinq ou six hommes à

îehevi^i Par le détail qv^.oa lui fait de la maladie de la veine/ et que MH.Fagon etChirae ont vu, ou croit que

MCette^rpiûocesse sera luorte avant que Helvéiius soit arrivé àMadrad. !

, • Vendredi 26, à Versailles. — ^ Le roi travailla avec le P. le Tellier^ se promena raprès-dtnéedanssesjardins; le J9oir il y eut grande musique chez madame de Maintenon. -f-^Il arriva un courrier deRastadt^et le bruit augmente que les négociations neVont pas bien et qu'on entrera en campagne. Les officiers généraux ont ordre de se tenir prêts à k fin de mars; — Milord duc de Melfort^ mourut à Paris après une assez longue maladie; il étoit frère cadet du duc Perth^ et avoit été secrétaire d'État d'Ecosse. *— M. le premier président, qui a un brevet de 500,000 francs sur sa charge, a obtenu qu'on lui payera les intérêts de cette somme durant sa vie; ainsi c'est une pension de 25,000 francs^. — Le i*oi fait travailler à beaucoup d'embellissements à Fontainebleau, ils doivent être achevés bientôt après Pâques ; son appartement sera beaucoup plus commode, et la dépense n'ira pas à 100,000 francs.

*Ce premier président étoit un panier percé. M. du Maine, qui avoit ses raisons , que madame de Maintenon appuyoit de toutes ses forces , lui valut cette grâce sans exemple , et sema ainsi d'autrui pour re- «ueillir.

Samedi 27, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État quoique le samedi soit un des jours des conseils de finances; il travailla ensuite avec H. Desmaretz, Il dîna chez madame de Maintenon. L'après-dlnée il tint encore conseil d'État qui dura jusqu'à six heures. Le roi fut chez madame de Maintenon, où il travailla avec M. Voisin. — Le parlement d'Irlande paroit fort opposé à ce que la reine de la Grande-Bretagne souhaite; leur chambre basse est toute composée de wighs. On croit qu'on pourroit bien rappeler de ce pays-là le duc deShrewsbury et y envoyer en sa place le duc d'Ormond, qui a beaucoup de

74 JOURNAL Dfi HÂffGEAU.

terres en ce pays-là et qui y est fort aimé. -*- On paille beaucoup en Allemagne du m$^iage du pmnce hérédi^ taire de Hesse avec la princesse Ulrique» sesur da roi dé Suède et régente du royaume, en son absence. On assntiê» même que le prince de Hesse passera en Sttèdè au printemps.

Dimanche 38^ à Versaillesi — Le roi tint le conseil d'État, dîna encore ohesmadfime deMaintenon, où il joua Taprès-^dlnée au brelan avec les dames qui «foient diné avec lui et très-^petit jeu. Il travailla ensuite avec M. Pel-* letier^ et le soir il y eut grande musique, r^ L^ordinairq d'Espagne apporta des lettres qui sont moins fraîches que celles qui sont venues par le courrier qu'on en^^ voyoit pour faire venir Helvétius. On apprend par ees dernières lettres que la reine d'Espagne avoit donné audience au marquis de Brancas^ qui n'en avoit point encore eu d'elle, et qu elle avoit assisté au mariage du prince de Robecque avec mademoiselle de Boire, qui se fit dans le palais le 11 du mois. Elle sera dame de la rmne et aura 10,000 francs de pension et logement dans le palais.

Lundi 29, à Versailles. — Le roi dîna de bopne beure et alla se promener à Marly ; au retour U travailla avec M. de Pontchartrain chez madame de Mainiencm. Le soir il y. eut comédie, et après souper grand bal en masque chez monseigneur le duc de Berpy. r-« H. de Roquelaure arriva le soir de Languedoc ; il y avait huit ans qu'il n'en étoit point parti. Il va conclure le mariage de sa fiUe avec le prince de Pons, fils aine de feu M. de Marsan, Il a dix-sept ans passés ; il a <^0,000 livres de route eo fonds de belles terres. On donna à mjademfiâselle de Roquelaure A-OOyOOO francs d'argent comptant^ si« ansdiB nourriture, si les mariés n'aiment mieux cent autres mille francs, et on lui assure outre cela &00,00(> francs après la m(H*t de H. de RoquelaAire^ sans r^^iMuser au reste de la suceessiou.

i FÊYJUËR 1714. 76

Mardi QO y à VêrMdlhê. *^ Le roi tint le oonseil de fina^cesi se promena raprè»tdlnée dans ses jardins et travailla le soir avec M. Voisin dbez madame de Main-^ tenon. -^ H. de la Rochefoucauld présenta au roi^ le matin^ H. Tabbé de la Rochefoucauld son fils aine et H. de Duretal, son second fils. Le roi eut la bonté de parler à Tabbé de la Rochefoucauld , l'exhortant fortement à prendre son parti ou de demeurer dans TÉglise ou de prendre l'épée , pour succéder aux dignités çt aux biens de la maison; Tindécisioil de cet abbé jette sa famille dans un grand embarras. Le roi lui parla à plusieurs reprises, lui représentant^ avec beaucoup d'amitié pottr toute la maison^ de quelle conséquence il étoit qu'il se déterminât, et qu'il n'étoit pas même dans Tordre qu'il Gons^vàt de gros bénéfices s'il n'étoit pas résolu d'embrasser absolument la profession ecclésiastique. — On sortit du bal de monseigneur le duc de Rerry à huit heures du matin.

UerefediSiyà Versailles. -«-Le roi tint le conseil d'État^ dina ehea madame de Haintenon, alla l'après-dlnée se promener à la Ménagerie. Le soir il y eut grande musique chez madame de Maintenon. Après souper il y eut grand bal en masque chez H. le Duc. 11 y avoit eu comédie avant souper^ comme il y en a tous les mercredis. Monseigneur le duc de Berry va entrer dans tous les conseils de finances comme il entre déjà dans les conseils de dépêches; il y prendra sa place samedi. — r Mahoni, lieutenant général en Espagne^ qui avoit acquis beaucoup de biens et qui avoit épousé la veuve de milord Clare^ sœur de la duchesse de Berwiok^ est mort en Espagne. — On a pris onae voleurs qui avoient volé i^es jours passés l'arr gentier de la petite écurie ; ils ont tout avoué et soqt tous de Versailles.

Jeudi 1" février y à Versailles. •^— Le roi dîna de bonne heure et alla se promener à Marly. Le soir il y eut petite musique chez madame de Maintenon ; M. Voisin y entr^

16 JOURISAL^ Dfi^DANGEAU.

à^neof lièiffBS fet a|)porta anitii des Aou^èUed dOil^ blée dttidergéj dans la({uelle;il pBsooUk qve le$ évéque$= qui n'ont 'point ivôalcLreoevoir 1» CSonstitution piersisteot àw^ lew H^ris. Les quarapte aub*es reeevront ceiià c(HistitutioiEi avearinstruction pastorade dont ils jtsont convenus, et4)ela doit éi^e signé hindiy après quoif'PassenibLée finira^ -rr* Le FoiaiehoiÈî poiir'|>F€iinÂér président du parlemwl<4^ BotdeauK ilf . dé; ku Gawy ipcésidenA à irBoirtî^p. de oe .par}&* B9eht^« qui> pb^eitai à llancien^pcemûei; présidi9n.tii\les 60,*00() I éoiM. d&'ibttevet' de i Tctenue rqo'ii, layoit , sur jçetto ehâpgéi'—MiOn soifit du baL'dd Mi laiPuc à p^pjb heiu^'du màtiiÀ ;iinon9eig&ei!iF *ïej dno de Berry* .y d^meuf a jusqju^à deux heuresy • et npadame'ia^dwfakess^i/de/Bficry. n'y alla

pointa' n- TM ix.', ,< ? .(;i!.'-i; : /» ,;>:■' ••' :«•■ ,(j . .' V ;4 ç-

ïi 7eA«foT5d^''.2y^^^ V^T$éHe»,r'^ Is <roiy,àj€io2Q ]iei^es cit demie^ alla éalachetpeUe areo^to^s. les ebevfdievs. de,l?QjpR dre ; la procesision ne se fit qu'4tl'«iM:our,4e*}a'^%pell^' L^aprâ^^Unée le roi entendit le sermoA.dU' P,. .G^illai^;

apfèsvèp]i«Bilremonfia chez luii ûùiily.eutpQafiçÂld'É^ et i« soirîl y eut gi^smide «musique ehess : noiadame de If ainttenoti;^^ Bragelonneyqui avoit été capitaine ausLgai^des «et majol" dans l'armée d-Allemagnô^ mais qui étQiitihûrs.d|L sèrrioe à èause de 'sa mauvaise :saiité qui .papoissoit r^jli^ljie d€|)m3 petiv^tnba Menmort en jouant à il't^on^bi:^ obiçis Mi'de Rebbups' à Paris. 4r^ MMg Buystet'Goalingpt^at larr rivés à Paris. H. Buys demeurera icii comme ambassadew ordinaire de Hollandëy et M; de GosUnga y demeurera qtielqtiés mois avec i& qualité 4' ambassadeur estraordi-

^^^SfÉmeài 'S^y'à F«fsA*H^i *+r. Leroi-tint le conseil da finaik^si;>' monseigneur; le! duc de Berry. y entra mais il n'opina peint. L'aprè&«dlnée le rqi se promena, dans les jardins ^ feavaillaiile soir dieK.madiauEue de Vaiut^iiou -dvéo MvYoisiu: Mohseign^ur ^e>diic de.Berry fut aaigaé à six beitfres du 'soir i^caiiseï d'une ^ande: fluxion suivies sdents. 11 vôuliut que madame, ila duchesse xibe Berry allÀt

FÉVRIER lï*4. Ï7

à la comédie ; elle n'y voulnt point aller pour lai tenir compagnie. Les ambassadeurs de Hollande vinrent ici, ils dînèrent chez M, de Torcy ; ils ne virent point le roi et ne le verront que mardi. — Le parlement d'Angla^ terre, qui devoit s'ouvrir à la fia da mois passé, a été prorogé jusqu'au 27 du mois de février; ill'a été déjà plus d'une fois, et on croit qu'il le pourra être encore ; la santé de leur reine leur donne toujours de l'inquiétude.

Dimanche 4, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'Etat, dîna chez madame de Maintenon, Monseigneur le duc deBerry fut encore saigné le matin, et le roi, au retour de la promenade, l'allavoir, et le soir travailla avec M. Pelletier. — 11 arriva un courrier du marquis de Brancas quî a été dix jours en chemin. Cet ambassadeur mande que la reine d'Espagne est un peu mieux, et que son mal peut encore traîner; son grand mal présentement est laphthisie. Le dévoiement a cessé ; on l'a mise au lait de femme, qui lui fait un peu de bien. Le courrier a trouvéHelvétius à quatre postes en deçà de Bordeaux ; il passera par Pampelune, où il trouvera un carrosse du roi d'Espagne et des relais pour le mener plus diligemment à Madrid, — L'assemblée du clergé finira demain ; on clora le procèsverbal, et les quarante évêques qui sont pour l'acceptation de la Constitution y joindront l'instruction pastorale et signerontle tout ensemble. — Le soir, le roi joua chez madame de Maintenon.

Lundi 5, à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure et alla à. Marly se promener ; au retour il travailla avec M. de Pontchartrain chez madame de Maintenon. La fluxion de monseigneur le duc de Bercy continue. On lui a donné un coup de lancette dans la joue, et madame la duchesse deBerry, qui n'aime pas à aller à la comédie quand îlii'y est point manda aus comédiensà Paris de ne point venir. Le mal de ce prince ne l'empêche poiut de jouer; il^y a les soirs grand jeu chez lui. — La reine d'Angleterre, qui est à Saint-Germain, a la fièvre assez

Tff JOURKAL OE BAlIGEAU.

violente depuis deux jours. *^ L'assemblée duokvgéfitiii à Paris, mais si tard , que l'abbé du Gamboùt^ ageqt du clergé^ qui vint ici pour en rendte compte au roi n'alriva qu'après le oouoher. Le procès-verbal a été clos et signé par les quarante évèques qui reçoivent la Constitution en y joignant l'instruction pastorale. Le cardinal de RohaU; chef de la commission et qui y travaille depuis trois mois, reviendra demain s'établir ici et faire sa charge de grand aumônier.

Mardi 6, àVersailles. -^ Le roi tint le conseil de finances travailla ensuite avec M. Desmaretz comme il fait tous les mai*dis se promena dans ses jardins Taprèsnlinée. M. de Torcy^ au retour de sa promenade^ vint lui parler et fut assez longtemps avec lui dans son cabinet ; le roi passa ensuite chez madame de Mainteuon, où il travailla avec M. Voisin. Les ambassadeurs de Hollande eurent rhonneup de saluer le roi dans soq cabinet, et M. deTorcy^ qui y étoit avec eux^ nous dit qaeM. Bays^ qui portoit la parole^ avoit fait un discours au roi, fort poli^ fort sensé et fort éloquent. -*^ L'abbé du Cambout, au lever du roi, lui rendit compte de sa commission., et le cardinal de Rohan vint le soir au prie-Dieu du roi qui^ avant de se mettre à genoux le loua fort de tout ce quUl avoit fait dans rassemblée et lui dit : ta J'espère que Dieu vous en saura gré^ et moi, sans comparaison, je vous en sais beau<^ coup. » Il ajouta ensuite : (c Vous avez eu beaucoup de peine par des endroits où vous ne deviez pas voué y attendre ni mcH non plus. » — H. de Torcy, qui étoit venu après la promenade du roi pour lui rendre compte de ce qu'apportoit un courrier arrivé de Rastadt, lui lut les dé-^ pèches par lesquelles il parolt que les conférences vont finir ; le courrier n'a été que trois jours en chemin* Le prince Eugène et le maréchal de Villars doivent être partis de Rastadt sans avoir rien conclu. L'archiduc fait plus de difficultés que l'on n'avoit cru qu'il fer oit, mais le maréchal de Villars est persuadé que le prinoe Eugène

FJÈVRIER 1744. 7»

é.toit l^iep intentionné pour U p^^* Desquels seront sépaxih ^^ maréch»! de Yillars enverra un courrier au roi^ ^t rpn compte que ce cpurrier arrivera dans deux ou trois jours.

if^rcre^i 7 ^ à Versaill9S. — Le roi, après son lever, fit entrer c^s son cabii^et MW. les commissaires du clergé qui s'assQPf^lèr^nt à Paris chez le cardinal de Rohan , et leur dit qu'il les loij^oit et le^ remercioit , et étoit fort content de tout ce qu'ils avoient fait, qu'il soutiendroit leurs résplutions et leurs avis de toutes ses forces, qu'ils priassent Dieu de les lui contipuer et Iqs lui augmenter et qu'il les emploieroit toutes à soutenir une si bonne œuvre. Après la messe^ le roi tint ^e ponseil d'État, et, comme il ne put pas finir toutes les affaires qu'il y avoit, il le tint eAcore T^près-dinée. Il avoit dîné chez madame de Main-^ tei^oi^l et le soir, chez elle^ il fit jouer par ses musiciens la comédie Aq, Bourgeois gentilhomme. — Le roi envoya le matin le duc de Tresmes à Saint-Germain pour savoir des nouvelles de la reine d'Angleterre qui depuis dimanche a la fièvre continue avec des redoublements; elle a fort* mauvaise opinion de sa maladie, et elle souhaite la mort plus qu'elle ne la craint.

Jeudis, à Versailles. — Leroidinade bonne heure et alla se promener à Marly. Le soir il y eut petite musique chez madame deMaintenpn. Le roi, à son coucher, demanda à Dodart et 4 Boudin, qui avoient passé la journée à Saint-Germain auprès dç la reine d'Angleterre des nouvelles de sa santé, et leur fit ipême beaucoup de questions s'y intéressant fort , car il l'aime et l'estime beaucoup^ et c'est une princesse bien respectable. Les médecins la trouvent dangereusement malade, mais ils espèrent pourtant qu'elle pourra guérir. — Puynormand, qui est maréchal de camp depuis la dernière promotion et qui est depuis longtemps colonel du régiment d'Angoumois, n'aypit pas pu encore vendre son régiment; M. de Coëtenscours, gentilhomme breton, qui étoit lieute-

nant dans le régiment du roi l'achète/ et lui eof • tdonne 20y 000 écus. — Monseigneur le duc de iBeri^y. est eiitiè*' rement guéri de sa fluxion^ et va chez leroièomine à son:; ordinaire. ; . .' .. .i . * m'^^w'V

Vendredi 9, à Vermilles* -r- Le roi travailla. le mfa.tin' avecleP. laTellier^ et après soa dîner il parla datifis^* soir cabinet au premier président;, «t puis il fit entrer lepix)^-: cureur général étales trois aYocats généraux^ et leur; dit ses intentions sur Tenregistrement de la .€onstîi;utionv Le parlement en corps se doit assembler; .^màx pour cela. MM, les évèques^ ,qui ont été de Tavis idU icardir nal de Noaillei^y ont eu des lettres de caohat ()oûr jre^ tourner à leurs évèchés; il$ ne sont plus qu0JS6pi>! car M. de Laon a changé d'avis^ et $7est joint aux quarwte. Le roi a fait dire au cardinal de NoaiUes de ;»0.p9injl£ venir à Versailles jusqu'à nouvel 0rdre4, -r-, U; ja'y avoit point eu de comédie ici cette ^maine i xmk, ^mm monseigneur le duc dç Berry sç porte bien, i|.^es.;a i^it recommencer. Le roi alla l'après-dlnée se fyçojneijLer à Trianon, et le soir il y eut musique che:& madame de ^ain^ tenon. .. ; - , . i m;.

Samedi 10, à Versailles. — Le roi tipt le oQUSieil, de finances le matin, travailla Taprès^née chezl^i avp^ M. Voisin. Il vouloit ensuite jouer au brelan av(^c les dames chez madame de Maintenon, mais raîrrlyée de M. de Contades le fit changer; M. de torcy le mena a^ec lui chez madame de Maintenons où U demeura pilus d'une heure. Le maréchal de Vilkrs et le prince Eugène ,se séparèrent mercredi^'; le prince Eugène n'est allé qu'à Stuttgard, et le maréchal de Villars est denpieujpé à Stras • bourg. Ils se rejoindront bien aisément si les propositions qu'apporte Contades [sont reçues, et il y, a .apparence qu'elles sont plus raisonnables, puisque le xçuaréchaj 4e Villars n'a pas tout à fait rçimpu. -r- La reine d'Angleterre reçut le matin tous ses sacren^e^nts ; w?.dan^ç. fie^ ^aânte^ non y alla sur les deux heures,,àqw elle pfffla^cpmn^e

• FÉVRIER Iïi4:'.' et

à mte* personne qulisduhaitoit plûis la moit (faille ne iét cFaig'noit. Elle Ta priée de détourner lé' roi d'aller k voli^parce que cela' l'attendriroit trop.

Dimanche 11, à Versailles. — Le roi tint le conseil d^É^ tttt le matin et l'aprèi^dlnée > ^t travailla le soir avec M. Pelletier chez madame de Maintenon. Après sôiij^êt' il y ent grand bal en masque cheïz monseignenr le'd^fe' de Beri*y. -^ La reine d'Angleterre se porte béiBiûèÔup mieux qu'hier, cependant elle' croit toujôui^ mbui*li* de cette malâdie-cî. -^ M. de ChàtiUon, gendre dé M; Voisié,'est fait inspecteur ];de èavalerie et'de'drdgoris èn'ld plâM^ede Pourières, qui se retire parce qu'il éi^t vîeùi iét ineommodé, et il vend son régiment de drftgt>ns, (JUî fest uû^ouveàu régiment à 'RiVaroUès-piémoiitois et fife dé' RivaroUes, qui avoit une jambe de bois. M. Ôé^hâtillonvendit il y a quèliqites mois «on'réjginient de dràgoûs) qU* • étoit aùS6i un nouveàfn régiment ; il en èùt 26,000 éctts, et acheta celui de Foy, ancien rêgiikërit; dé fbfvoulott se retirer et n'avôitpas eu jusqtf ici la pé]ftni<âP*' sioïi de s'en défaire ; il lui en a donné 20,000 ébtiset' une pension de 1 ,000 écus sa vie durant. ' '

' 'Lundi 12, à Verèatlles.-^Le roî prit médecine cdnime il la prend- tous lestïïéîs; il la dëvoît prendre il y a déjà'* quelques j6ùri^,'màîs lé grand froid rèh a empèéhé. If' travailla chez lui l'après-diiiéè avec M. de Pontchartrstiiil * — ^ Le roi a donné urf brevet de retetfué de 100,000 francs àM.- d^Ecquevilly le fils Sur sacharge de capitstine du vautrait que soïi père lui avoït cédée il n'y a pas délit ans, et qùî lie lui avbit cofûté que 40,000 écils. — On travaillé aUi dépèches prour M. de Contadès^ etôïi lé fera partir jéih^ pour aller'rètt^ouvéi? M. lé maréchal de Villars. Oii crbît ly paix en très-bon chemin ; cepëndàiït* elle tf test pas etacôre bien sûre'.' -^ tés derniètés nouvelles' de' Mâdrlli isont mauvaises sur la; Sàiité'de laTelhé dfEs^à^e^ et Ifeéïèpagnols pà^biss^etit'hièèdtttérits dé*M totitW lés i^râces qu'ôii lui fait. On lui adôbné' i!ni bel

82 JOURViOi DE DANOEAU.

appartement dans le palais. -^ Il y eut grand bal en mas-que cheï M. le Duc.

Mardi 13, à Versailles, -^ La roi ne tint point de conseil; il avoit donné congé à ses midistre$ oejour^^là. Il travailla la matin avec H. de Pontchartrain > dîna ehes madame de Haintenon , se promena Taprès-Hilnée dans ses jardins, et le soir, chez madame de Haintenoni il fit danser les dames qui avoient eu Tbonneur de dîner avec lui. — La reine d'Angleterre se porte beaucoup mieux, à ce que disent les médecins qui arrivent deSaini-Germain — M. de Torcy vint trouver le roi cbez madame de Maintenon, un peu avant son souper; il étoit arrivé un courrier de Madrid parti du 31. La reine d'Espagne étoit encore plus mal qu'elle n'a été ; on n'en espère quasi plus rien, mais elle traînera encore quelques jours. -^ fly eut ici le soir comédie, et après souper grand bal en masque à Sceaux, où monseigneur le duc de Berry alla ; madame la Duchesse et les princesses ses filles y allèrent aussi.

Mercredi des Cendres 14, à Versailles, — Le roi descen-^ dit en bas à la chapelle pour prendre des cendres, et fit prêter serment à Tévêque de Bethléem ; il tint ensuite le conseil d'État. Il alla tirer l'après-dlnèe , et le soir il y eut grande musique chez madame de Maintenon. Après la musique, Contades y vint et travailla une heure avec le roi. Monseigneur le duc de Berry ne revint du bal de Sceaux qu'à huit heures du matin, fut au lever du roi et ne se coucha point de tout le jour. — La reine d'Angleterre se porte de mieux en mieux , et on envoya avanthier un courrier au roi son fils, à Bar, pour lui apprendre qu'elle est hors de danger. '—M. le duc de Foix est considérablement malade, on l'a fait saigaer deux fois fort promptement. Il a soixante et treize ans passés et est le dernier de sa maison. Il n'a ni charges ni gouverne^ ments ni pensions ; il est généralement aimé de tout le monde.

Jeudi 15, A VêrÈaillês. — Lô roi dliia de bonne heui*e et alla se promener à Marly ; au retour Contades prit oongë de lui et partira ce soir. — La reine d'Angleterre envoya ici le duc de Berwick faire ses derniers compliments au roi; elle croit toujours mourir, quoique les médecins ànglois et françois assurent qu^elle est hors de tout danger. • — Le parlement registra les lettres paten«* tes et la Constitution sans approbation des décrets non reçus dans le royaume énoncés dans ladite constitution, eoinme aussi sans préjudice des libertés de TÉglise gallicane^ droits et prééminences de la couronne, pouvoirs et juridictions des évoques du royaume , et sans que la oondamnaiion dés propositions qui regardent la matière de Faxcommunication puisse donner atteinte aux maxi«mes et usages dtidit royaume, ni que sous prétexte de ladite condamnation on puisse jamais prétendre que lorsqu'il s'agit dé la fidélité et de Tobéissance due au roi, de ToblKarvation des lois de TÉtat et autres devoirs réels et véritables, la crainte d'une excommunication injuste puisfse empêcher les sujets du roi de les accomplir. Il y avoit dans les lettres patentes du roi le mot de « enjoignons aux évèques » que quelques^-ilns de MM* du parlement trouvoient trop fort.

Vendredi 16, à Versailles, — Le roi travailla le iliatin avec le P. le Tellier ; il tint Taprès-dlnée le conseil d'État^ éi lé soir il y eut grande musique chez madame de Maintenoil. -^Contades partit la|nuiipassée, et Ton compte qu'il arrivera à Strasbourg lundi ou mardi au plus tard. -^ L'abbé de Harlay mourut à Pai^is. Il avoit une abbaye de 7 à 8,000 livres d^ rente; il étoit frère de M. de Géiy, intendant à Pau. -*• On mande d'Allemagne que la ville de Tonningen s'est enfin rendue au roi de Danemark, qui a prétendu que le gouverneur de la place avoit rompu la trêve. — On mande d'Espagne qu« la flotte partie d'Alicante étoit enfin arrivée devant Barcelone; elle y doit être jointe par les vaisseaux françois qu'on arme à Toulon

84 JOURNAL DE J)ANGEAU.

et que H. Ducasse va commander. U a été retenu ici plus d'un mois par sa maladie ; il s'est mis en chemin ne se portant pas encore trop bien , mais il a écrit de Lyon qu'il étoit considérablement mieux.

Samedi 17, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances et travailla l'après-dlnée avec M. Voisin. — Médavy est arrivé ; il a obtenu un congé d'un mois. U vient pour marier mademoiselle de Grancey sa fille aveô le marquis de Grancey son frère. Comme il n'a point de garçon il est bien aise que son bien demeure dans sa maison. 11 a obtenu la dispense du pape qui lui-a coûté 10^000 écus, et il espère que le roi voudra bien donner à Grancey, ancien maréchal de camp et qui é. toujours très-bien servi la survivance du gouvernement de Duhkerque , qui jusqu'ici a toujours valu 27,000 livres de rente, mais il vaudra moins présentement, la place étant rasée et le port comblé, parce qu'il n'aura plus quel6fl( appointements du roi, qui ne sont que de 19,000 francs; — On mande de Venise que le cardinal de Bouillon est arrivé auprès de Vérone ; on lui fait faire la quaraj)tai9e dans un château à deux lieues de la ville.

Dimanche 18, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, et Faprès-dlnée il entendit le sermon du P. de la Rue. Le P. Gaillard et lui prêcheront tour à tour chacun une semaine de carême. Après le sermon le roi travailla avec M. Pelletier, et ensuite passa chez madame de Maintenon, où il y eut petite musique. — M. de Lauzun a vendu à Crozat la terre de Saini-Fargeau qu'il a voit eue de Mademoiselle, et qui vaut environ 20,000 livres de rente. — L'ordinaire de Madrid a apporté de mauvaises nouvelles de la santé de la reine d'Espagne, et on croit que le premier courrier qui viendra de ce pays-là apportera la nouvelle de sa mort ; elle a reçu tous les sacrements. Elle avoit pour confesseur un jésuite, mais elle l'a changé et elle a pris un dominicain *. — M. le duc de Foix est à l'extrémité; on lui a donné du piercure et

èii Itii a feit àvalèp douze balles de plomb pour tâcher à te déboticher, mais cela n'a pas opéré encore.

* Les deux sœurs vérifièrent trop à la lettre ce bon mot du premier président de Harlay, gui trouvant à son audience deux jésuites et deux pères de rOratôire, qui avoient un procès ensemble, les fit entrer dans ^On cabm^t. 'l\ s'assit au milieu d'eux , ayant les jésuites à sa gauche, e^ les^pères de l'Oratoire à sa droite, qui lui parlèrent Tun après l'autre d& lesar prqcè^ ; ensuite, et pour toute réponse, il se tourna aux jésuites etrayeq ce ton hypocrite qui lui étoit si naturel; « Mes pères, leur dit-il, je voudrois toujours vivre avec vous , » et se retournant aux pères de TOratôire et du même ton, comme achevant la phrase, « et mourir avec vôiis, me» pères (1) ». Cette gène qui venoit de la cour de Fvanoe ëur celle d'Espagne parut en renouvellement en cette triste occa$i(m, et aus^i renouvela étrangement les discours du monde. Cette reine avec les plus grandes et les plus aimables qualités et l'amour des peuples pour elle, des seigneurs et de toute l'Espagne, avoit plus que toute autre chose contribué aux secours inespérés, qui, parmi tant Âe prodigieux revers , maintinrent le roi son mari sur le tr6ne. Il est pourtani; vraf que l'empire de madame des Ursins, dont elle avoit été t'écbelon et l'appui, et qui devenoit insupportable, commençoit d'alié- Buer les cœurs de cette reine, qui ne fut pas aussi regrettée qu'on Tauroit ciru. Le roi même, qui lui paroissoit si attaché, alla sitôt après sa mort il ia chasse, et on la porta 16 même jour à l'Escurial ; la surprise fut encore plus grande de ce qu'étant à cheval , il se détourna exprès pour s^pprocher du convoi et le voir passer. Après quelque temps la reine fut plus regrettée qu'elle ne l'avoit été d'abord, et devint le plus cher çpuvçnir de toute l'Espagne par l'aversion universelle de ce qui lui succéda I et au passage de laquelle, par les rues de Madrid , le peuple dépité crioit après elle : f^iva la Savoy ana, pour insulter la Parniésane(2}.

Lundi 19, à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure et alla à Marly, d'où il revint à six heures et travailla à son retour avec M.' de Pontchartrain chez madame de MaintQnon. — L'extrémité de M. de Foy a fait différer le

(1) Noos avons cité, tome XU, page 385, un fragment de lettre de la mar- <|iii6e ^'HaxeUes qui attribue ce mot au prince de Gondé ( Henri- Jules de

(2) La première femme de Philippe V étoit une princesse de Savoie, la seéobdè'ùhé priiicessé dit "Parme. Voir tome I*', page XClk.

86 JOURNAL DE DAJNGEAU.

mariage de mademoiselle de Roquelaure sa nièce ; il ne se fera que la semaipe qui yient^ Le roi a sigpé le contrat, et le jour étoit pris à demain pour le mariage. — Le roi de Sicile avoit un envoyé auprès de l'archiduc et un plénipotentiaire à la diète, qui est présentement à Augsbourg. L'envoyé s'appelle le marquis de Prov^ne et le plénipotentiaire le piarquis de Borgplo. U leur a donné ordre à tous deu% de sortir dans vingU}uatre heoi^es, l'un de Vienne et Tatitre d'Augsbourg et de sortir d'Allemagne dans trois semaines. — Madame présenta aU roi son nouveau chevalier d'honneur que nous n'avions jappais vu ici ; il est frère et héritier du feu \aarquis de Souliers j qui avoit cette charge.

Mardi 20 , à Versailles, "*- Le roi tint lô colisieil de finances, ettravailla ensuite avecM. ftesmarek ; il alla tiret Taprès-dlnée, et travailla le soir avec M. Voisin chez ma^dame de Majntepopi — Lg foi doppe ai|: ms^^'quis de Grancey le gouvertiemept de Dunkerque, et M. de Médâvy en aura le comuiafldeineîit et les ftppdinteiîîcntis. — Le toi a accordé à M. le Camus, premier président de la cour des aides, la survivance de sa charge pour son petit-fils. M. le Gamiis a quatre-vipgt-huit aps ; ij ^voit 4^^ eu la survivance de cette charge pour son aine, qiii étoit maître des requêtes et f[ui étoit père de celtii qui vient de l'avôlf. — Le marquis de îhouy, capitaine général en Espagne, assemble un corps de troupes auprès de Léridaj il commandera ce corps. On croit même qu'il commandera toute Tarittée, qui est eft Catalogne, ledilc de Popoli detfiàndatit â se défaire de ce dommandemetit poilr rdtouriier â Madrid exercefi* sa charge.

Mercredi 21, à Versailles. — Le roi tiht le cotlseil d'État, alla l'après-dlnée au sermon et puis s'alla promener àTrianon. Le soir il y eut grande uiusique chez madame de Iklaintenon. — M. le Dpc ^ choisi pour son premier écuyer le chevalier de Dampierre , officier de gendar* merie, dont on dit beaucoup de bien. — Lé rtraréchal de

FÉVRIER iT14. S7

Villeroy a prié S. M. de trouver bon que le duc de Vil* leroy oédàt le régiment de Lyonnois au marquis de Villeroy^ qui sort des mousquetaires et qui a fait la dernière campagne. — M. de Foix a fait son testament, et on ne doute pas qu'il n^ait donné à M. de Biron tout ce dont il s^ura pu disposer* — Le pauvre Charmel qui est relégué depuis plusieurs années à son château du Charmel parce qu'on Tacctisoit , dans la grande dévotion où il est dejj^uis longtemps , d'avoir trop de liaison avec les jansénistes, vient d'être tg-illé d'une fort grosse pierre ; l'opération a été si rude qu'on ne croit pas qu'il en puisse réchapper^

Jeudi 2^y à Versailles, -^ Le roi se fit saigner par pure précaution, et les chirurgiens assulrent que son sang marque une grande vigueur. Il entendit la messe dans son lit; il tipt ensuite le conseil d'État. Il se leva à midi; les joul?s qu'il est saigné, c'est le premier chirurgien qui lui donné (Sa <3amisole et son justaucorps. Il dina à une heure et passa ensuite che:^ madame de Maintenon, où il y eut lé soir une fort 'petite musique. — Il arriva le matin un courrier du marquis de Brancas, qui apporta la triste nouvelle de la mort de le reine d'Espagne. Elle mourut le 14 au matin; lé roi d'Espagne demeura auprès d'elle jusqu'au moment dé sa mo^t, et on l'emmena ensuite dans la maison du duc de Medina-Celi, qui est à l'autre bout 4^ Madrid^ et on y amenp, un peu après les princes ses enfantSi L'affliction de ce prince est telle qu'on peut se l'imaginer. Le courrier qui partit le soir de la mort dé là reine d'Espagne dit que là consternation est grande dans Madrid, et que, dans toute l'Espagne où ilapassé, on se doute bien qu'il porte cette nouvelle en France, car on savoit l'extrémité où étoit la reine : c'est une désolation générale. Helvétius étoit arrivé le 11, et dès qu'il eut vu la ji*éine, il dit qu'il n'y àVôil qu'un miracle qui pût la sauver. — M. le duc de Foix* mourut à Paris sur les trois Jaurès du matin. U n'ayoit point 4'en£antsy ni diç <)lia^ge.

88 JOURNAL.de DAiSGKAU.

ni de gouvernement. Ilétottdlievalier de l'Ordre, et il y a présentement quarante-deux places de chevaliers laïques^ à remplir, outre trois d'ecolésiastiqvtes.

* M. de Foix , avec de la valeur et un esprit médiocre , n'avoit jamais figuré nulle part , mais avoit été aimé partout par la douceur de ses mœurs et l'agrément de sa société. Il avmt passé sa vie au milieu du grand mondie H dans les mdlleores coa^pagni^^) sans autre souci que da s'amuser et de se div^r \ peu à la guerre, peu à. la cour, où il étpit peu considéré. Il étoit le dernier d'une maison de Bresse , du nom de Greilly et par corruption de Grailly, que le hasard d'une alliance redoublée deToix i^eùdit héritière du comté de Foix contre toute apparence, et de tous les Ëtats de cette puissante maison. Un autre hasard, aussi peu apparent, avoit apporté la couronne de Navarre dans, cette même branche par la suite, et ^n haçard^aqssi bizarre lui enleva le tout presque aussitôt, pour le faire passer à la maison d*Albret et bientôt après dans celle de Bourbon. Avec une si brillante illustratiou , la mère d'Anne, duchesse héritière de Bretagne, deux fois reine de France ^ étoit Graiily-Foix, et le Ênneux Gaston de Foix , duc de Nemours, qui gagna la bataille de Bavenne.où il fut tué, étoit JSls de Isi; sœur de Loujs XII et ;de cette même naa|son, ainsi que sa sœur ger- ; maine, seconde femme durci Ferdinand le Catholique. On pourroit ei^^ rapporter encore bien d'autres grandeurs. M. de Foix n'étoit pas de ces branches si rielevées, mais de la même maison, et sa bratiehe avoit eu aussi ses illustrations. Cefiendant avec toute la faveur de madame de Sffliecey, dame d'honneur favorite de la reine mère régente, et de la comtesse de Fleix, sa fille et sa ^urvivançière, mère de M. de Foix, U ne fut jamais mention de rang de prince, pour une maison si distinguée. Ciès dames eurent un tabouret de grâce qu'elles perdirent avec la pointé de celui des Rohan par le bruit qu'en fît la noblesse pendant les troubles de la minorité de Louis XIV« après lesquels, mais longtemps depuis, ces tabourets furent rendus, «t enfip en 1663 mesdames 4e Senecey et de Fleix furen^ comprises dans l'érection de Randan qui fit duc-pair le frère aîné de ce dernier duc de Foix. Dans cette étrange fbùméedes quatorze, M. de Foix, dont il s'agit ici, fut appelé dans les lettres et succéda bientôt aprèâ à son ahiémôrt sans enfants d'une fille unique duduedeChaulnesvfrère atné, de l'ambassadeur, et delà fille aînée dli maréchal de .Villeroy, connue depuis par son ridicule remariage dont elle n*^eut point d'enfapts, sous le nom de madame d'Hauterive de Chaulnés. M. de Foix fut extrêmement regretté, et l'extinction de sa maison, dont il étoit le dernier, mérita de l'être davantage.

' ^Y^n^edi 23, à Versaille9(é hevoi tr^vaiXla ftvec le P.. Iç .

■ rtVRIKR 1714. 89

Telliep ; l'après-dlnée il entendit le sermon, et puis alla se promener à Trianon. Le soir il y eut grande musique chez madame de Haintenon. On a contremandé les comédiens jusqu'à nouvel ordre; le roi prendra le deuil mardi et le portera six semaines en violet. Monseigneur le duc de Berry le portera six mois ; il drapera , mais les princes ni les grands officiers de la couronne ne draperont point. — Le roi adonné au cardinal de Polignac le logement qu'avoit ici lo duc de Foix, qui est dans la cour des secrélaires d'État. — 11 arriva un courrier du maréchal de Villars par lequel on apprend que Gontades étoit arrivé mardi 20 à Strasbourg ; il en devoit partir le lendemain pour aller trouver le prince Eugène à Stuttgard. — On a ouvert le testament de M. de Foix ; il donne à BiroQ des terres qui sont affermées 25,000 livres de rente; M. de Vieuxpont hérite de Senecey, qui est une fort belle terre, et Randan sur quoi étoit le duché de M. de Foix sera partagé entre plusieurs gens de la maison de la Rochefoucauld.

Samedi'i't, à Versailles. — Le roi tint le conseil de fîmtnceset travailla ensuite avec M. Desmaretz; il alla tirer l'après-dlnée , et le soir chez madame de Maint«non, il travailla avec M, Voisin. — M. de Montpeiroux est à l'extrémité à Paris. Il n'a point d'enfants, et est mestre de camp général de la cavalerie et a un brevet de retenue de 100,000 francs sur cette charge. — Madame deMiossens mourut hier au Luxembourg à Paris; elle étoit la sœur aînée dé feue madame d'Heudicourt, Le roi lui avoit donné un logement au Luxembourg, où elle vivoit fort retirée et avec fort peu de bien. — H. de Vaudemont prit congé du roi ; il retourne à Commercy avec madame de "Vaudemont, qui étoit venue depuis quelque temps à Paris et reviendra à Fontainebleau le jour que le roi y arrivera.

Dimanche 25, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, alla au sermon, travailla ensuite chenlui avec H. Pel-

90 JOURIfAL D£ DAS0ËAU.

letier. Le soir U y «at petite musique chez madasid 4e Haintenon. Honseij^neur le duc de fieirry n'a point vpi4tt qu'il y eut de jeu chez lui di^puis Ift mort ^^ la r^u^fi d'Espagne a — Montpeiroux montrât l^ inali^ h Parisi ha XQi a donné au marquis de 1$ Yallidre Ubclà^rge |i^ mi^A de camp général de la cavalerie) la VaU^èire fin 4tpit commisiaire général et le roi 4onne cett^ charge à M« 4^ Ch^tilloU, gendre d0 M» Voiiin ^ qui payera à madame d^ Montpeiroux les 100,000 frauQ^de b^ey^^ 4^ retenue quQ son mari avoit sur $a chai^ge 46 mettre 4â paçnp giji\ér^h LuncU 36) à Versaill^^ — Le çoi dln^^ de bonne ]i>^u^ et alla se promener à Marly ) au i*etpur ^ tray^ill^^ ai^eo lAé de PontcharttaiD cbee madame ^e M^intenpn. -^ I^ pauvre du CbarmeP est mort pbe^ lui troi« jours après sa taille ; il avoit soixa^ta 0% huit anS| et il y a longtempf qu'il s'étûit jeté dans la g7*ande déyotiqn ffl ayqid tout ^ fait quitté la cour sans jamais v^nilr voir le jxiïy qupiqi}'^ en fui fort bien traité. Il avoit ^té lieutenant géf^éral do Beauvoisis, charge qu'il avoit achetée du if^aréchal ^o Bouftlers} il avoit été aussi capitaine des oeut gentilsl^ommes du bep de cprbin, charge qu'il ayo^ achet^^ du maréchal d'Qumiéres > et quaiid di^ C)iarmel eût quitté la cour^ le rpi le ^t rembourser d^ cette charge et la supprimai M. 4e Lau2un a encore u;^e pareille charge car il y en avoit 4eu:^. -^ U ayr^ya us qourrier de Madrid parti du 19i On a ouvert le corps de la reine d'i^spagne; elle n'avoit point; la maladie que l'on croyoit. HelyétiuSi qui étoit à l'ouverturQ 4n eorps, en a mafidé le détail à Ml Fagon, et cela met fort en repos pour les trois princ<çs d'Ëspague

*La pique du roi fut cause de sa dureté à refuser aa Charmel |a liberté de venir se faire tailler à Paris, et il eu moui*ut saintement comme il avoit vécu. On s^est étendu surtout cela à roccàsion dé soii exil âsâè^ pour n'en rien répéter ici.

** Pour la reine d'Espagne^ balgré la fistterM d^ IiMttlJ9bre8) il Ii9 fut jamois (^i^tsux qu'elle R^QUn^f 4^9 ^Ff^^^*

Mûrdi 27^ à Versailles. -^ he roi tint le conseil de fiùailtô$; trarvailla ensuite »vec H. Desmare tz; il alla tite^ l^$iprès-dlnée et le SQÎr il travailla avec M^ Voiain ofaez madalue de Maintenons qui avoit assez mal passé la nuit et qui fut fort inoomtnodée tout le jotir. — Madame H ebaneelièire reçut tous $^ sacrements. — M. de Goësbriant a acheté pour son fils^ qui çort d^s mousquetaires^ le régimtent de dragonç de H* d^ Chàtillon^ g^adi^p de M/ Voisin s dont il lui donne IIO^OQO francs. -^-Ii'ordin^ire de Strasbourg nous a apporté la nouvelle que le mereredi M, Contades étoit parti pour Stuttgard> où il trouvera le prince Eugène^ ^ qui il porte la deirpière répoqsQ d^ vou On croit que les deux généraux se rassem- J^lerQQt incessam^^eQt à Rastadt^ aipsi il y a plus d'appal*^ce que jamais è la conclusion de la paix de la France ayecPan^bidnp et l'empire, — Le roi prit le deuil en violet pour la mort de la reine d'Çspcjigne; il le portera six seloaines»

mereredi 28^ à Versailles. —^ Le roi tint le conseil d'Étatj qui dura jusqu'à une heure et demie^ et il étoit trois heures quand le roi entra a^ sermon ; aprè^ le sermon il tjptis conseil de dépêches. Le soir il y eut grande musique chez madame de Maintenon. — Le prince de Pons épousa mademoiselle de Roquelaure ; la noce se fit chez 1« père de la mariée à Paris. ^- Madame la duchesse de Berpy a souhaité que madame de la Vieuville, sa dame d'atours^ ne se raêjàt plus de sa garde^ro^e, à l'exemple de ipadame la duchesse d'Orléai^s sa mère^ qui a ôté il y a déjà longtemps oette fonction-là à rnadame de Castries, sa dame d'atours. Madame la duchesse de Berry fait donner à madame de la Vieuville ^0,000 francs pour la renpibourser de ce qu'elle avoit dépensé de plus que les 40,ÛQ0 francs qu'elle avoit pour ses habits; elle lui fait payer le premier quartier de cette année, et joint 2,000 éçu». d'augmentation à ses appointements.

Jeudi 1" mars, à Versailles. — Le roi tint le conseil

92 JOURNAL fiE DANGEAU .

d'État ^iir finir lés affaires qu'il ' n'avoit pas pu' •finir à côlmdeMér;f'il alla se ppomenér l'appès-dltiée AiHarly. Au Tëtottr & y eut petite' ihusiqiie chek màdàtiie de Mfiiitltëiï&D^. '-- fl arriva uncôiitriër Avl' lûfaréchal de Villai* parti dé Strasbourg telundî 26; CèéiaréèhardeVoit'rtetaHthètl& fendefma$rt A Rastàdt,' 6à lé prin^oe Eugène t^ Vîéîïdtfà 'dé'sètt'cîôtô/ïié tiaaréchalHté' Villan^ inè»e 'aVeo l'ùî'ïerèélëur'dcfijj^éstiite^ 'dé Strasbourg potir traduire eiilâtîh te trtlitéqÀ^l'eispërèî ctoeflurè avec feprittfce'Eiîh ^êne. -^ Cë'màtiii à'Tàrifej oH a' vu «tffifchè^"t>^rtbdt'ùh tntodétaëtit ^ti^éâWlBKàl^e'Nt^àm^s '^ûî fait btea!Wdi!rp^e fcruît;^t 'dent jelrièttraî âeniàin'W tènéùr^^^^^ llt'J Côttiïné? tf^sfr àujofuia^ïii le priind rfmms, 'jour- aiïcfifel fe'SWMriiréVfitâSetiibîe, on et oôihWeiiôé' â y ^ opiner 'iatEt la ré^pti(ni de la' ôotiSftitTitlôri! dt< {«tpë^ 11 y 'èù< Mzé ^ài'K pàHr là recëvbîr et 'qûàto*»e '^ur obéîiî au inaindemehtyjM eSt dfe hMà r^céWJir ptà. '' • -

Vtndrédi^, àVersûilUi. —Le roi travailla le' inatin àv^c le P. le Tellîer j alla i'a'j^tês-dlhèe aU Setttiôn • e* lïe Sdrtît pointée tout lé jviUr;parèè^q^^ dô- ïnfed

àrcèil; le soir 11^ eiitgrandtJ'muàique^hez inadàttie dé Maitttébbh. On recoaniàiença Wéi^ à jouer chéi^ 'madattie la duèhesse de Beiry, 6Ù Ton tf avôit ' pas joué dèpuii^ lai noUvèliy de la iniofrt • dé la reiniel d'Espagne. ^^ Le roi commanda au cardinal de Rohan d'aller demain A là Sôrbôttnè? qui àiê raâSëmble pour les' affaires dé la^Gdnsfittitioti;et le ibi leur étiVôié? Une lëtft'ede cachet pour la redéVdiif'salisi^ètârdemeilt et sanis représentation. Voici lafitidùiriatidéttient 'de M.' le cardinal dé Noaillés : '

'^ A bes dauseiô * tiôus rënbU Velôns la condamnation que ilôù^'avoiï^fâilé dix Nouvéfiu Testament eH français avec des rêfl^oriàfhk>rates 'sur'chuquevètiét,' etc. y à Parisr, 1699, et dxiicéïàeûV,'khr\ggitle tà*f!Ù>fàlèdefÈvahgilé;desAc^ des Àpètf-eSyâès'È^Wesdèsii^^tPdûl, d'esÈpUrescànoni^è^ et de VÀj^ôcal^f8e''6tjè'Pe/nsik^bHrétlehnés sui'lè'téùèiédtces mmibh¥ë^l }Ric:;k1?ii!Kimzkt Ï69V. Dëfendons' â'tbus

nos diocésains de le lice et de le garder, leur ocdonnops d'eo apporter les exeraplairesaugreffe de notre ofiicialité, comme aiusi défendous, conformément aux saints décrets, à. la discipline de l'Église eu général, et à celle de l'Église gallicaQeenparticnlier.àtous chapitres, abbayes, communautés séculières et régulières et généralement à toutes personnes ecclésiastiques de quelque condition et qualité qu'elles soient se disant exempts ou non evempts, sous peina de suspense encourue par le seul fait d'exercer aucunes fonctions ni acte de juridiction à l'égard de ladite Constitution, et de ta recevoir indépendamment de l'autorité qu'il 1 plu à Dieu d'attacher A notre caractère et contre la suljordination établie par l'ordre hiérarchique dont nous déclarons que nous ne maintenons les règles eacett« occasion que pour être plus eu état parles éclaircissements que nous attendons du saint-siége de marquer précisément les sens erronés que le pape a condamnés et de prendre sous le bon plaisir de Sa Sainteté les moyens d« taire exécuter ladite constitution d'une manière utile à l'Église, agréable auroietcapablededonner aux pieuses intentions deS. M. l'effet que son zèle pour le bien de la religion lui fait désirer. Etsera notre présent mandement publié et affiché partout oit besoin sera, et lu dans toutes les communautés séculières et régulières. — Donné à Paris le 25 février 1714.. n

Samedi 3, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances et l'après-dlnée il travailla avec M. Voisin et ne sortit point de tout le jour. — La Sorbouue s'assembla; on y lut la lettre de cachet. 11 y eut soixante et quatttrze docteurs qui opinèrent ; il y en eut soixante et sept pour recevoir la Constitution, il n'y en eutque sept pour ne la recevoir pas, car des quatorze qui avoient opiné contre il en revint sept. 11 y a encore beaucoup de docteurs, qui n'ont pas eu le temps d'opiner, maison croit que tout se terminera lundi. — On mande d'Allemagne que l'assemblée qui devoit ^ faire àBrunsylck pour terminer

d4 JOURNAL l^Ë 6AMGËAU.

les affaires dti nord eist différée. Lès prinoes n^ôtit pet» été tous ^guliers à y envoyer leurs ministres, et quelques** uns de oeux qui y éioient arrivés se sont lassés d- attendre et en sont repartis. — On mande d'Angleterre qu'on ne doute pas que le parlement ne soit encore prorogé.

Dimanche i; à Versailles. -^ Le roi tint lé conseil A'É^ tat, entendit le sermon 1 -après-dinéa^ et pais travailla eh» lui avec M. Pelletier. Il n'est pan sorti depuis trois jours^ parce qu'il a un peu de mal à Foeil; ce n'est que du sang extravasé, et il i^ouffre fort peu. -^ L'affaire de HM. d'Ha^* milton fut jugée le matin au conseil, et le roi fait offrir à milord Selkirk^ qui est ici et qui est tuteur du jeune duo d'Hamilton son neveu, de lui donner 500,000 francs sur ,1a ville, faisantâO^OOOlivresde rente; ils avoient de beau* coup plus grandes prétentions que cela. -t-« L'ordinaire de Madrid arriva. Le roi d'Espagne se porte biea> mais il est toujours dans une extrême affliction; il voit fbi^ pea de gens. On ne doute plus en ce payft-U qu'on ne fiasse incessamment le siège de Barcelone. ««^ Milord André^ fils du feu duc de Milford^ a obtenu un brevet de mestra de camp ; son frère^ qui avoit été blessé à Fribourg^ est mort de ses blessures.

Lundi b, à Versailles. "^ Le roi dina de bonne heuro et alla à Saiiit-Germain voir la reine d'Angleterre^ et ils s'aU tendrirent fort tous deux ; le roi après sa vimte alla se pro^ mener àMarly. -^ A rassemblée de la Sor bonne il y i^ eu cent vingt«huit voix pour recevoir la Constitution; il n'y a eu que neuf voix pour ne lapas recevoir eton compte môme que de ces neuf il en reviendra plus de la moitié. Ils ont député au roi pour lui faire des remerûlments. — Il aiw riva un courrier de Rome. Le pape est fort oont^it de ce qui s'est passé à l'assemblée du clergé quant aux qua-** rante évèques, et poiir les autres dont il prétend que le roi et lui ont sujet de se plaindre , il agira de concert avec le roi sur les partis qu'il y aura à prendre là-dessu»^ — H. le comte de Toulouse achète daM.. delà Roohefou-

' MARS 1714. 9ft

wnlâbl ëhârgè de grafid vetiettr^ dont il lui donne MO>OdO fiMinei itif^eht comptant; il y avoit sur eette dbi«rgl!^3(]ij000> franes de brevet de retenue poup les dPéaocîars.

Mardi ^, à Visnaillu. «^ Le roi tint le conseil de fi* tiltBces, et travailla ensuite avec H. Desmaretz. L^aprèsdlnée il travailla chez loi avec M. Voisin. Le soir, chez madame de Maintenons il y eut musique. ***- On porta à six heures du matin le saint saerement à M. de Bouillon^ dont le mal est augmenté si considérablement qu'on ne croit pas quHlen puisse tavenir; toute sa famille est venue ici; «w lie roi dohnë k M. dé la Rochefoucauld 12^000 fraticsde pension; il eh avoit 9^000 comme survivancier de la chât*ge de grand veneur> mais cette jjension étoit étmnte lui ayant la chaerge.H. le comte de Toulouse augmente encore beaucoup Téquipage^ qui étoit déjà trèsooiagnifique; il joint sa meute & celle du roi, 11 a déjà &it quelques changements parmi les gentilshommes de la vénerie et a prié le roi de continuer les pensions et les appointements à ceux qu'on 6te.

Mercredi 7; à Verêàilles. — Le roi tint le conseil d'État et alla au sermon Taprès-dlnée. Le soir il y eut granda musique chez madame de Haintenon. *-*-0n à reçu des lettres du 31 de M. de Yauvré^ qui est à Toulon. Il mande que les trois vaisseaux génois qui étoient dans ce port que la roi d'Espagne a achetés de cette république et qui sont commandés par le marquis Mari en étoient déjà partis pour le siège de Barcelone^ et que M. Ducasse, qui étoit arjoivé àToulon, devoit s'embarquer le 24' avec les vaisseaui^ que le roi y a fait armer. Ducasse commandera tous les vaisseaux qui seront devant Barcelone, tant espagnols y italiens que françois. Nous envoyons quatre brigades d'ingénieurs pour ce siège ; le roi d'Espagne demande M, du Puy-Vauban, et on lui aécrit à Béthune pour savoir si sa santé lui perqiettra d'y aller.

Jeudi S^ à Versailles, — Le roi dîna de bonne heure et

alla se promener à Marly. Le soir ir^ eut petite musique chez madame de Maintenoi^. -^ Oti reSçirtideis^ lettres * dé Lotidres du 1 •^ de ce mois ; la reîhe de là Grande-Breta^iïb y étoit venue de Windsor et les peuple:^ avoient'témbighé unegrande joie de la revoir en bonliië santé . Elle a^prôrb^é le parlement jus(i[u^à la huitaine, et on trait qu'elle' véfat attendre les nouvelles qui ' viendront de ' Rastadf àvieitit que del'assemblér. M. Thomas Hànm'er que nous' àiôùs vuicir^té passé a été choisi orateui' de la chambré baisse. -^ Le roi a donné à madame de€aylus le logement qù'^àvbii madame de Miôssen^ au Luxembourg et celiài' qriè inaîdame de Gaylus avoit, à madame âé la Làiidéj ibus^goùvernante de monseigneur le Dauphin. — Le roi dé Pbr* togal a nommé pour son ambiaàsàdèur ^ en Fràùèé le marquis de Ribeyra, que nousavôns'vu ici, ettjaiéstrfe^ Veu du prince deRohati. * " ^ * " ' '

Vendredi 9, à Versailles. — Le ror 'iwlVailta^ le' ^àtitt avecleP. lëTellier, allal'après-dlïiéeàu sermon, etàptèë le sermon il donna une * assez longue audience dan^ soW cabinet au maréchal de Villeroy. Le soir il y eut grande musique chez madame de Maihtenon. — On mandé dé Lyon que Farchëvêque esta l'extrémité ; il y a^mémé des^ lettres qui disent qu'il est mort. lia plus de quatre-vingts ans. — On fit partir la nuit un courrier pour Madrid. On permet au marquis de Brancas de venir faire uu tour ici, et le roi envoie le duc de Berwick faire ses compliments sur la mort delà reine d'Espagne. Il est bien apparent que ce n'est pas là le seul sujet de son voyage, et on né doute pas qu'il n'aille commander l'armée au siégé' de Barcelone; on prend des mesures pour qu'il puisse rencontrer le marquis de Brancas à Rayonne , ainsi il ne pourra partir qu'à la fin du mois.

finances, et ensuite le conseil des prises; M. le comte de Toulouse^ comme amiral, est à ce conseil. Après diner le roi travailla avec M. Voisin, et ne sortit point de font le

,MARS.i7i4. .. 97

)0]^. r^; Le roi fera faire après P&ques un service à J!to4ra- Diame à Paris, pour la reine d'Espagne^ etce s^raJ'év^ue ^N^ii\^ (1) qui fera Toraison funèbre. — Le roi li'Espagnp^.dçmande.au roi dea troupes pou? le siège .d^Bistri- (^one^ qp^'d veut commencer jbien,t6t; le, roi veut biea lui en, prêter^ pourvu que le roi d^&pagae jieis.Vi^ille enr tçetenir àrSes dépens^ et le roifli^i a mandé que ses affaires ne lui permettoieiïtpas de faire cette dépense-là ^ c'est au roi d'Espagne à voir s'il peut faire cette dépeqse. On n'y enverra que de Tinfanterie^ il y a assez de cs^va- Iprie en ce pays-là, et nqièip^ q^ui est très-bppnei. -r^.Q» *t? teijkdoit aujourd'hui M. de Contades^,]p[xaii^.U ji'ei^t poin(t app^vé, ..: .--

j Dinimche 11^ à Vtr^llei., — Le, roi tint le .co^jseÀl d'£)tat^ alla au sermon Taprès-dlnée^ trayaiUa ^^^uitq chez lui avec M. Pelletier^ et puis passa cljiez .madame de l^intenon^ où M. de Torcy mena M- de Gontçules qui venoit d'arriver. Il apporte la nouvelle de la paix qui fqt siguèe mardi matin Q de ce mois; il. y a trente-huit aiftjicles dans le traité, et le roi en parplt fort conteni;, H n9us dit à son coucher qu'il avoit à peij. près c^ qu'il dem^dpit, mais qu'il y avoit pourtant qiielques petites^ choses qu'il auroit bien voulu pouvoir faire, mais qu'il nfa pas pu obtenir. Il espère que les électeurs de Bavière e^de Cologne auront lieu d'être .contents. On donne ,\m nao^s povgp les ratifications^ et, quinze jours après qu'elles seront arrivées, on s'assemblera à Bade en Suisse, où on di^utera beaucoup de détails qui regardent les. intérêtis de quelques princes particuliers. i

Lundi 12, à VenailUi. — Le roi prit médecine malgré la gelée, comme il la prend tousles niois par précautipix. Après son dîner il travailla .çh^z lui avec M- de pontchjWr train, et quand il sortit de chez; lui pour pas^çr chez; ipa

;■••-. ,' . ^ • . : . ^ Ml . ■ • . ■•! '. • ••• > ■• »!{^JI ''

1—— i^«— —»———»— ^^i»«« Il ' I I I ■ I ■ Il ! ■ ««Il —.-JP— fc ■ I I 'I I I I— i»"»— Il

.(l).^fïWi-C4sar,p^iii|8ea*|4ftJal^ri«èi^< •>;.../ \f ./,■.»;«, -nî •«.

9g .TOURNAI. DE DAJNGEAU.

dame de Maintenon la comtesse de Warteaberg (1) içp^ est à Paris depuis quelques mois, eut Diomieur da le sa-* Iner à la porte de son cabinet. Il y eut grande inusîqua chez madame de Maintenon. *-*<- Le baron Sparre, lifiutena;Qt générai en France^ s'en retourne pour toujours ep Suède^ où les affaires du roi son maître le rappellent. On QOiapta en ce pays-là qu'il y pourra être très^utila, car c'est \w galant homme , de grande qualité y qui a beaucoup do bien et de réputation. Il avoit ici un régimfsnt d'ûvfaj^ta? rie qui vaut 8 ou 10,000 écusde. rente, et que le roi vpu-» loit bien donner à un de ses neveux, qui est dan^; le servi4|Q^ mais le baron Sparre a prié le roi de le donner à lÀn)i^ qui en est lieutenant-colonel, lui disant queLink, anoi^ officier de mérite, étoit celui de tous les officiers qu'il, counoissoit le plus capable de le bien siervir dans cet emr ploi, et le roi a fort loué le baron Sparre.

Mardi 13, à Ver$aille$. — Le roi tint le cpiiseil de ft^ nances, travailla ensuite ^v^c t(, Desmar^t^j rq.pf*è§7 dinée il travailla chez lui avec M, Voisin, et ne so^'tit poin||j de tout le jour. -» Madame la duchessa d'E^b^uf est oqv^t prise dans le traité fait à Rastadt pour les préteAtip0|ji qu'elle a sur la dot et sur le douaire de feu n^ain^ la duchesse de Mantoue sa fille ; c^la sera réglé à l'asseqor blée de Bade, aussi bien que les prétentions de maddiii^ la princesse des Ursins sur la souveraineté qu'on li4 a promise en Flandre , et les prét^^tions qu'a le duc da SaintrPierre, beau-frère de M, de Torcy, sur la princlrpauté de Sabionette, qu'il a achetée. L'^mp^reur^ 4^ SQU côté^ demande qu'on exécuta en faveur da M. de Lorraip^ ce qu'on lui avoit pronûs par le traité de Ryswiç)^.. M. le comte du Luc^ amb.9i5SQdjem? de France an ^i^i^se^ et M. da la Houssaye, iDteadant d'Alil^ce^ ^aj^pntch^pg^sda la part du roi des négociali<9ns qui ^ faroot 4 Bada où ras;$eju^

(1) Marie-Jeanne de Melun, mariée en 1703 à François Marquàrd, comte de Wartenberg et dn Saint-Empire, cheifyiti^r de la Touon ,d'»r. ,

bkif^ ÇQ doit dlwçw aç^ j4ua que teçis mois, et quand oo y s§r^ coi^Y^iiu dçi toi(t, 1^ pnQÇ^ Eugè^ç Qt la maréch^ de Villars s'y rei^drppt pour si^^.; ce rpar^cbal dpit ^fiyer demsU^^ — Le roi donn^ i\\ piûn^ç^ Cbaslfia^ fils de M. l^ Qran4> W droit qu^ lui yaudpia ^u mping tQ ou 42,OOq livres ^e r^nt§ pçiur.lni et ppur s^^ Ipiéritiers sur Up pont qu'ofl fjiit feire çu Noripandi^ au petit Yé , ce qfli fera ifiii gf^ud l^iep ^ çettç province ; c^ pont mm glus ^'upe lieue de Iflpgueur.

^tvm^i ^y à fers«f(/q. — \^ roi tiut le. çopçftil ^'jÈtaJ; , cj^lfi, rapr^s-çltî^^* W ?^rpiofl , ue ^tit point de t9U^ le JQUP. Le §oir il y eut gr»il4^ luusique q1^^;| madaïue ^*e Ifai^^teipon. —Le rpi^ aprè§; çpu leyec, dQMs^audiepee d^^v^ ^p Çfttîiflfit §uç députés de 1^ SorJ^uue que ^e çaih ^P^ j^p ï\ohan lui pfé^PUta, S. Tfi. ^\ une répQUse 4 Iw? iaraiigup, ç^^^z Ippgue et beftUPQWP vi^m tielle que h harangue. Après le sermon l'électeur de Bavière, qui é^pit venu de Saint-Cloud, où il demeure présentement, entra

à ^ut-Glow4« ^L'ftWié de JÏPruay, nowïuélt l'ambasqadft da Bortugal, a ordre de partir ppur son ambassade à la fin de ce mois. — M. le maréchal de Villars arriva l'aprês- 4|p4ç ^ PiSiriç.

^fH^i 15, à, fer^fiUle^. -r Le TR* ^^^^ ^^ \^^^^ l^SWf et ^llafipurre }e cerf ^ SJ^ly f il efl p^t deux^ et puis s» î??95»8Rft jÇm'^ h m^ dw§ Ips jftrdin^. A gon f^touf ^ Marly, i| 4t ^^^^^^ 4W^ ^9^ mPW^^ te W^^c^^al^ dg YiHaj^ qui l'aji^ndoit 4^u^ pa c^ftpilffej i^ i'gmiffas^ ^t J^lovja fof^. Il |ui 4ftnu^ l^s ç^?.aude§ entjcée§ pomme ie^ Bfptjjieys gepUUbqîftRie^ ^çï l? ctiftjflbçç ies put, gt }i}i digqpp. [a surviv^uce 4q gpuyeruemçiît de PrQ^^W^ Bfi"F le miîrqpi^ 4e ViU^rs spn |^s, qu^ u'^ que ftflzp ^ng, ^e «ci ici ^ fait çf § dçîjx grâfi^ 3^^^ qup le ift^r^fij^al l^i 4St iïà^4*'^ F^^^? ^t* dèg }g ^oir ruême, il vint au peu^j^ieç ^W rqi pq}|r ^ftftjp 4u 4f ^i* ^® l®^ graude^ entrées jui 4pp-

100 JOURJNAL ])£ DAr<GEAU.

nent. Il y eut petite musique chez ttiàâame de MàilAifénoD. Madame la ducbessé deBerry fut saignée pairce qu'on la croit à mi- terme de sa gros^éâse. ' ^ "^

Vendredi 16 y à Versailles. — Lé roi travailla le inàm aivécle P. le Tellier; l'après-dlnée il entendit le sermon', et ensuite alla se promener dans ses jardins. Le soiriP'jf"êtft grande musique chez madame de Maintenon. — La njiaréchale de la Ferté * mourut hier à. Paris. Elle avoit quatrevingts ans passés^ et il y a longtemps qu'elle ne paroissoit plus à la cour ; elle laisse une fort petite succession. La comtesse d'Olonne, sa sœur et son alhée, quiest foH; riche et dont elle espéroît hériter, estenCore en vie^mais elle est en enfance depuis assez longtemps. — M. de Mou^ tauban, mestre de camp de cavalerie, a été mis à la Bastille; on Paccuse d'être mauvais converti, et il prétend que c'est la famille de sa femme qui Ven à(îcusé'' Batistement.

* La maréchale de l^i Ferté étoit Asgemies et mère du duc de la Férié.

Sa vie débordée , quoique plus mesurée de beaucoup que celle de bi^

des femmes de ce temps de tous é&ts , Tavoit exclue du commerce die

presque toutes les fenmies , dont fort peu knéii^ décriées' rokoiiént V6iK

Le maréchal son mari, tout impétueux qu'îl'étOlt, en fut la dupe ttûte

sa vie. • > ^ '• '■*'

Samedi 17, à Versailles. — Le roi tint la conseil d|e finances^ alla tirer l'après-dlnée , travailla le soir^vèc M. Voisin chez madame de Maintenon] — ^ Le roi doit jû^r demain l'affaire qu'il y a entre M. de là Rochéfoticaùfd et M. de Saint-Simon pour le raîng.de la duché^ ypiçii^état de question : M. de la Rochefoucauld a voit eu des lettres de duc et pair quatre ou cinq ans avant M. dé Saint-Simon ; mais comme jpeiiâant tout ce temps-là M: de la Rochefoucauld avoil été eniployé et n'avoït jpas pti se faire recevoir au parlement, ÏIM. de Saint-àimon ei de Retz, qui avoient eu tous deux des lettres de duc et pair prêtèrent serment au parlement avant que M. de la Rochefoucauld ë(A pu le prêter. Cèliè éônté^tatîôri-ià dure

, MARS,JL744. 101

.(^puis,J.oi:igtQnip$,etla reine mère ) durant la régence, ^Yfnt régîé: qu'ils alterne)X)ient^ que les duos de Saint- Simon et de Retgj auFoient la pré^ance une année et le ^ijip de-la Roc][iefoi^cauld une autre année. Le duché de j^e^ 1^1 éteint ;, la, djisputenf est plus qu^entre M. de Saint- S^pn.etjtt. de la Rochefoucauld ^«

On s'est déjà expliqué que ces additions ne pouvoient contenir les prooèsidé 'préséance, on se contentera donc ici des faits que les Mémoires Ignorent ou «qu'ils ont €ru devoir voiler. La Rochefoucauld fut 4rîgi^<9n comté petv Frani^s F^ en 1^8, et la juridieticm de ce baillia^ ne fu^ réglée qu'en lâ66 sous Charles IX. En 1622 Louis XIII érigea ce comté en duché-pairie, qui ne Ait enregistré qu'en septembre 1631, parce que dans l'intervalle, le nouveau duc entra fort avant dans toutes ïes'Jrai(^ns d*Ëtat qiii le 'rendirent criminel. L'enregistrement fait, ce âOe^sè rengagda 4è nouveau si publiquement ave<^ les factieux qu'il ^$!fl9UQ^i<^ mêmes ccmdamoations et lesmêmes peines; ses bois de haute fill^ai^^rent coupés à hauteur d'homme , ses châteaux furent rasés, ^ entre autres Verteuil, sa belle maison et sa résidence quand il étoit en province. La paix ayant été rendue à l'État et les abolitions accordées, \» ,dt|C de* Ja Itochefoucauld songea à se faire recevoir pair au parlement (^ |e fut en ^et le 24 juillet 1637. Ce ne fut donc pas , comme disent .^sJAéi3(^es, parceque M. de la Rochefoucauld fût employé pendant fput^^emps-là qu'il ne pût être ni enregistré ni reçu, mais par les .raisons qu'on vient de dire, et que les histoires et les mémoires, les pièces des procès faits aux rebelles et leurs abolitions prouvent authentiquement. Cependant M. de Saint-Simon, gouverneur de Blayealors^ preniièr écuyer du roi, premier gentilhomme de sa chambre, chevalier du Saint*£sprit, avoit été fait duc et pair par lettres de janvier 1635 enregistrées, et lui, reçu pair au parlement le 1'^ février suivant. M. de Betz, gendre d'autre duc de Retz, qui n'avoit point de fils et son cousin germain, avoit obtenu en faveur de ce mariage de nouvelles lettres d'érection de Retz en 1634, et avoit été reçu en conséquence au parlejnent. M. de la Rochefoucauld y étant reçu pour la première fois depuis son érection en 1637, prétendit avoir rang de la date de son enregistrement ou vérification de 1631, et MM. de Retz et de Saint-Simon le lui contestèrent si bien qu'il f»it obligé de recourir au roi qui renvoya au parlement le jugement de cette dispute, et en attendant, ils convinrent de se trouver et de s'absenter alternativement à toutes les céréiftonies. Cela dura de la sorte jusqu'au lit de justice du 7 septembre 1645. Le roi ayant voulu être accompagné de tous les pairs qui s'en trouvoient à portée, M. de la Rochefoucauld voulut s'en excuser, parceque

102 JOURNAL bE ttÂïtGEAU.

c^^tt ^ tour de M. die Realftti ét<ïft là PaHi-, et ^ui, ayalil un iÉl$Mtt m cdla ebmntift avefe M. de ^Satât-Simea ifoA étcit è Blaye^ fmoit également i^our lui. La reipe mère, quiétoit résente et qui voulu! l'as» sistânce Aè tous les pairs, fit expédier la veille ou lit de justice un breii^\ pàttàinSiie, secWtâirè Miat, porfait ràltéttlitevè dé pi^eàéanèè léam M^n teâ\è^'èér^oM^, moA M fÉî«Éb^t) \ek tté «USir aùKÀt la préséance du lendemain, \;é Vpi fat %X!éc«rtlfip. Elle éciMit au idve de Retz, qui y précéda le duc de la Rochefoucauld, et ce brevet, quoique brevet et non iettres patentes ielaregistrées , ne lafesa pas ^'étre ims sur lèSIregfetres du ^arlénient etd'avoîriieaponr la brièveté tin temj^. Les ohfo!)és en ^énfènrèrent en iees temves jtisqu^en 1 7t)2 que le due ûe âbintr Simon d^ujourd'iid ^M )*eçu «lû parfCMaelot vR'^ftz iMit éteskt^ il y avcyk longtemps, d^isortse^uil ét<ylt resté seul «n cwam. Leprocèà tte préséance entre M. le maréchal duc lie Luxernbovè^ «t son §)s après luf^ avott formé de ia Maison eàtre M. de Saint-Simon et les autres dna intéressés dans là même cause , quoique fort tl!S|NrQ|)oniomié6 dH^^ tellement que, vouknt être reçu au paiement, il alfe eoi|ffier M. de fa Roqb^ucaûid, et y ajouta ^ue^ sans s'informer qui étoit ^ tour^ il 4e prioit de lef>réééder, poùvyvi qu'il voulut bien lui {)erfillettre de se trouves* aussi à la première réception qui arriverait et de lui là(isser pr^idr« son tour. Peu de jours «près, fe duc de k TrémoiHe kii vint pro|XMMr de la part de M. de la Rochefoucauld de faire jtiger le procès et et pçoixyer bon en attendant iqu'ils ne se trouvassent p<Ait ensemble. M. de Saint-Simon, qui vouloit éviter un procès \ fut trouver M*. 4e là Rochefoucauld ; oelai-oi iiût femiei, et proposa que, pour éviter ie procès çt les aigreurs qui trop naturellement suivent ceux de cette eapède^ ils .prissent des pairs pour juges et Daguessaus protJUt'eur général, -pour rapporteur. M. de Saint-Simon eut beau lui représenter que cette forme serait destituée d'un j)ouvoir quiii'appartenoit ^'au roi ou qu'au parlement tpar le renvoi^ le favori vieillard ne voulut pas être «ontredit, et, quoique cela ne pOt mener à rien de la sorte^ il en fallut pass^par là. Itç convinrent de pairs de part «t d'autre qui acceptèrent^ et M. de Saint-'Simon eu choisit qi^elques-uns, malgré eux^ parce qu'ils s^étoioat ouverts contre lui dans l'ignorance du fond de la queatiou. i^oiqtie convemis déparier au roi ensemble, M. delà Rochefoucauld le prévint seul , et cependaut le roi parut content de ce que M. de Saint-Simon lui dit ensuite. 11 avoit^té convenu aussi que les titres et les mémoires seroient signés par cliacun, remis à l'évéque duc de Laon> 4'^ncien des commissaires^ et par lui commumqués à l'autre partie et ainsi ^es réponses. M. delà Rochefoucauld pressa vivement-; qufuidM. de Saint- Simon se trouva prêt, il en avertit M. de Laonpour jque M. de la Rochefoucauld formât sa demande. Celui-ci vouloit que l'autre parlât le premier, qui se retranchoit à dire qu'il ne denuoidoit rien ; qu'il

^èlMMnioitiaoffiteitt de 4'atteniative, mais tfut^ M. à%\a Rochefoucauld «fHâr absdusient voula étet ju^ et jugé ^m tsette fbnue, il se ednten- 4l4t Mm prêt à Tépondre à ia prétentieii que M. de La<m iui corn- Miakiuerolt. Gedébae<, qui #Mti qudqne iemps, mit M. de la RocheiibttéMlli 4e mauraise humeur^ qui, désespéraDt de faire parler un I wipnw foi avoit résolii de ^e taire , dâivra enÛD sa demafide à M. de liiitoii,q«M ne isentenoit que le fait en quatre lignes, tout nu et sans aucun i«imMiefne(nt M. de Sanit-^înioB y répondit par un mémoire de ses fÉisoBS qtR Mv de Laon communiqua; alors M. de la Rochefoucaidd •diàng^ d^aviSi se mit en oolère, dit qu'il n'^voit ri^ à dire ni a répeadre de plos que les qvatretiçies quHl avoit données ; que ses titres tt papiers «féioit été brûlés avec une partie de ^n hôtel à Pbmîs, il y iiroit quinie o« «eiae «ns, «t que ces nMssieurs jugeassent et fissent tout aoovMHSii 4eiirplairoit> poorvu qu'il n'en entendit plus parler. €e que ^^e»ef«rt Immeur étoit pésolution. M. de Saint-Simon, ravi de n'avoir ^oîftt à -étve jugé si peu juridiquement, se garda bien de s'en [riaindre^ «ll^afftiire, entamée depuis quatre ou cinq mois au plus, en resta là tout loauit. En 1711., l'intérêt des bâtaids «ous^ i'apparenœ lée •celui des fws et d'ôCer occasion aux fiioeès ineples et dninériqu^s en prétention iie ftaîiies -et d'ancienneté de 'paiiies dont on entendoit parler tous les jiury c^ que celui de AL de Luxembourg avoit iait naître, fit prendre Îé inm d'unédit pour les régler et diverses tavAres <!ibo3es qui y avoient Aippoft. La questicffi-de MM^ de Sain^Simon et de4a Rochefoucauld «e 4apottva 'décidée avec >phi9ieurs'*autr8s>; M. de la Rochegfiyon, qui lie 4e :«ît^'apFès son enregisIreHienit^ «seiidaignit amèrement d'avoir été conidanpé-sans avek'été enteiidn , et amena M. son père aveugle au roi , 'qui fit des ctis-n 'lamentables ,tque naalgré un^dit enregistré, il obtint qae*^n afSaire'seroit'exanimée et jvgée tout de nouveau comme si elle ne Ji^voit iamais été, et qu'il n'y eut foint-eu d'édit; mais le roi ne •^(aukit'eoumeliiare cette i^tie de «on 4§dit qu'à lui-même, ni le rapport fde <l'4ilfcm qu'à celui qui avoit'dvessé i'édit, «t il fut décidé que les fiBilBes4tteli^i«Brt leur^ ^tres , pièees^t raisons signées d'eux au dbanjelier, •s^ors H. de Pontchaftscôn^ qui les •commimiqueroit de l'un è ifQtitpe4teaa»afgni€cation/et qui rapporteroit seul l'affaire au roi, lequel ^tdte' à tète avec lui la jugeroit définitivemait. «Ce lut encore la même iiihose <^'iivec «les orbitres à qui pavleroit le^premier. Les mois s'éoou- 4èipeMt et m redoublerait ; enfin , comme l'aufere fois, M. de la Roche- Jciuoanld se vit forcé>par le silence de l'autre ; mais, comme il avoit porté i'alfaiie devant le roi , il n'y eut pas moyen de ne donner que quatre figne^ ni ebcore moins pour répliquer d'envoyer promener le jugement. Il Jdrmé' donc nne demande raisounée; la réponse la fut pareillement. Oftavoit oomm^icécivilement de part et d autre, mais la politesse ne -dittn:pa6rlengtemps.Lft finesse o(Misistoit 4-101 câté à piquer le roi de

il 04 JOURNAL DE DANGEAU.

Jalousie:^ è hii'feire ^^iftendre que M.' <te là RoehéfoudaiiléiiaiftëCMit son ^itde pouvoir setil faire des pairs, tanâtequeM: de Sàiat-Sînoién lié poùvoit sotAenfr sa cause qti'èn attrîbumit k^reetemeiit iftif jfiïrlèmeiit le pouvoir d^ concourir et de Mre par ee concoure némsèàte tm pâli* conjointement avec leroî, en cottfîitndnft son autorité pa|f la

'^énné. Cet artiûce^ qm toueha le r6l, et qUi pienssa satis autre màiô^ nmporter là cause, fbt rendu plus sensible à M.' le duc de 'Sèf2rit*>Sittl§n par quelques traits semés dans Tébrît avec une indiscrétion hasardée, tellethënt=qn*à;fànt évité jusqu'alors tout ce qui pouvoit déplaire, j^qu'à en af foiblîr sa cause , il se lâcha dans une répKqoe qu'il fit kfiïniShié, ëxpre8séthe(nt avec peu de mesure sur ce qui Favoit cfaoqaé, et il s'étendit silr les rébellions qui avoient'arrétéTettregistieAèilt pals Iftrècepâoh de Mi de la Rochefoucauld depuis tant d'annééèr, dontTil'fit le parallèle avec la fidélité etdes servrôes de son père^. Dés amis commoAs alarmés d'une si forte repartie firent entaidre à M. de la Rodbegti5myn cémbién il y étoit intéressé; à peihe futHelle:donnée au chancelier, qtfis filréntles âerniérs effort^ pour qii'etle n'allât pak pins loin. M. déia Roclieguyo* fit des excuses de l'écrit qui avoh blessé, le rejeta sur"^

' 'geôis d'affaires ; le supprima ^tièrement, et il obtint enffin qde là i^^que, dont quelques copies avbient d^à couni, ne seroit point imprin^. Dans là siiité il prit fort i^arde qu'il n'échappât rien dé sa part qnèÀe • o6rtect, et Fhoiriiféteté de part etid'autre fut rétablie, à quoi te duc de godilles Contribua beaucoup. Enfin le jugement dpprdchtot, M:-dé^la RochiBguyon fit pi^oposer, puis presser MJ de Sahit'Sitoob ët'â plusieurs tepri^^' de consentir à un accommodement qui donnâtà Tun* léi pi^ s^ce k la cour, et' la préséance 'à TaUtre an parlement et en toijtès les cércmoîiies dTÊtat et de la couronne, et cette dernière îi TMT: ^e Sàint-âfitoôn ; mafà <;élui-ct qui croyoii^ cause bfen fondée, eft qui de

■ tetrouVoil'pôint'eïl pareils termes que MM;d'Uzè*et de la TrémWlle qui se précèdent ainsi^ refusa tbtijours d'y consent, étfinalefn^f^^a le total comme les Mémoires le rapportent. MM. de la Rochefoucauld «t f^Cila Bpcbeguypn en furent outrés , et ne purept s'en cacher; l'errêt ^t présenté et enre^stré au parlement, et l'affaire demeura consommée. Le lendemain de la mort du r6i, M. de la Rochèguyon, lors dutSîe la Rochefoucauld par la mort de son père, se fit recevoir aii pârlenient un. quart d'heure avant que M. le duc d'Orléans et la plupart des(pairdy arrivassent pour rouvertqre'du testament du roi, dépo^ ^lors §i]| parlement De Mesmes, preinier, président, ami delà Rochefoucauld et fortj majl avec Sainjt-I^dion , pipoposa au preniier de protester, de demander ait parlement la révision de son procès de pféséàncte et de fé recoinnàeiléer dé nôiivéàii ; ittàîfe il eut le chagrin que M: de'la'Rbchèf<itfcauTd ée mèntrsf plu^ équitable et pHiS' raisonnable queiui^li insista inutiliinent,ttJaaiais^M^.de la Rjochefoucaidd n'y

hi(6mhit>iBiMidr^.^^ déclara; qa'û m tiifiyoit bien coodanmé ; peu apurés

^rA|fri^i!§9^^r$îi^<>^ tWriya, ^^uise^ m^^ans diiffieulté. au-dessus de lui ;. fl

f 'jj pût 4?^ J»éme h, \^ séance de l'après-dînée , au lit de justice qui sui-

^"v^Pf^.fipFiQS et toujours^ depuis , sans que M. de la Rochefoucauld

f aâf^vité i, . i^ tènoigné de peine ; mais quand M. de Saint-Simon fut

r^^p^fBér,€^fi/^va^ev du Saint-Esprit en 1728, M* de la Rochefoucauld

,^iti,i!at^t^ 1;7j^4,' lui envoya Breteiûl, prévôt et grai^ maître des

ç^éQH^ni^>de,rOi?dre,qui, «ous prétei^te de ^te de civilité , lui ^t

;pqmaie dç Juirméme; qu'il ne savoit pas s'il.n'y auroit pas quelque diiffi-

jçultéieptre lui^ M. de la Rochefoucauld. 11$ ne s'étoient trouvés eu-

semUe enauciHie cérémonie qu'au parlement, et M. de Saint-Simon,

-.qu| BvoH pré^-quelque tentative, avoit mis à part les pièces^.^incipales

»de;cl|tt<^ 2^£^^<i rarri@|;,i:ei;idu pfur. le loi el; scm enregis^ema^t.,!! ^b-

.lPft9H^,àB^;t^l d'où hû yj^noitce soup^OD,,.et ^jq^ta qu'il Talloit

Jt^^4tîugç s!il.pouToit %^ fondé.', puis Uii .montra ce qu'il avoit pné-

par4^. ^atçuili ^ qui sqr çequfon lui avoijt dit , croyoit au moins la cbçse

. dputeqse ,; df mei^a i^rttét(Hi^é ^ fçt dit qu'il diroit nettement à M. derJa

rRofibeCoucaiald qu'ili n'y a¥aU,pasi.d& question, qui^ ayant les mémps

.f^èi^i,%p'^ur^. pas,|di^ la tâtonnm*. BreteuU revint qudques jours

^^,5,,jl ^^Jfa^ .'Pf.f. de S^int-$imon qu'il ne trouveroit aucime 4if-

;j9c^)j(éJ mais que M. de^ la Rochefoucauld l'avoit prié de le faire en-

,piij^xp h ^a femme. Il ne fut donc [dus question de rien à cet égard.

.pçpeodantl^^ de S^int-Simon ayant reçu l'Ordre à la Chandeleur 1798,

7^ poaifcliapt.d^Ji'autelf a sa place,d& profès au bas de la chapelle, {N?ès

jdp^pifie^^ dif roi , ileu^ , quelque iinquiétudie , parce que approchant

;t<Hl^c^Qt|fe, m. de,^ Rochefoucauld ne branloit point; il. attendit en

.^et^me Mv4? SaintrSiiDon fût vis-à-vis de lui , et .alors il se baissa et

jlpi,Qt upe ifi^ au-dessus de lui qu'il prît. Il se trouva ainsi entre deux

tifHnmep qiui moururent bientôt après : M. de la Rochefoucauld avant

i ia^t^teç^Ui, et A)[. de^Çully à la Chandeleur un an après.

fiJîMV ut".} Vi •' ; '. ■ '■ . ■• '•'

'^'''I)wntthcArl8/à T(dr5m7/e5. —Le roi tint le conseil d*État, a-iïa au sermon, Taprès-dlnée, et puis, travailla chez fluliOvecM. le chaflicelier seul. Il jugea le procès sur la ^préséanoe des duchés de U Rochefoucauld et de Saint- 8kri6nçlejugemeht a été' favorable en tout à M. de Sainit- SiînJ'6ii,'càt îl aura la' préséance au parlement et à la cour. Le^dèrnier édit que le roi à fait sur les duchés étoit favor^Blf^ 4VIX prétentions de Jtt. de Saint-Simon. —-M, du PiftyKVaiibaBj» que le. roi d'Espagne desnandoitauroi pour ccnidmreiesiëge de Barcelone, niais que le» roi n'eut

m JOURNAL IDE ÔANGEAU.

pUfe voUlù tôttttlràiûdred'y àllef si oelalni avoit f ait d% ïa peine, a accepté remploi aVeé ]plaîsii*. Il tSl hotûtûife (te grande bonne volonté^ et partira à la iln du mois pOMt ^ rendre ie 15 avril À «e ^éga. Oh eomf^te^'il y à à4%k nîAxwtift pièces de hdMtètie nmvéeéy el tout lûe- qu'il têxd pbut \^ $êHir, et tjtrt l^rthôè àû i^i d'Es]pagA*; éfû^itdm^ptantles trouJ)èé (Jùi y itoài^chéftl déPî^Attôë, sèr^ tte^ùquante mille hommes.

Lundi 19> à Verseillei^ — loe roi dîna de bonne ImiIi^ ^ ailo, oofsiTe le «erf à M arly ; ii se pfommM. «nsmie dàtts s«« jardttB, et tie ^vihl M^tPà *ft éhH; A tsèft Wtbur il fravâilïa avefô M. de Poïitchéirtïàîn clïèi ihà^laSttle de Haintenon. Le roi n^avoit point vu sa hieuté depuis que M. le comte de Touloose est jgraRd v^&fte«Bf^ et ^«loft^ ^^«Ue fût fort ttiagnifiq^ie da t^mps de If . ^ èâ iM^ïbïicàùlA, «elte VeiA fetodofè ptiis pi^etolfeittètol; ^t^ çlws nombreuse en chiens et erî chevaux. —A. l'é (îàY'diûài dlè Rohan présenta au roi l'instruction paistoràle qui Vient Cîtchever d'être impffii»ée/ — 0« a i^eçtt de$ letteeÉr de tJôndre^ "tfcA libus appreftîïeïit -^e 'r6Tiwrt«i?e 4^ pwl^ ïhênt se fit le 13 de c^e mofe d^ notre iStylè, et Wnis^Voite reçu la harang^ie de la reine à l^ouVèrture de ce pcrtïèment; la harangue est très^^oble et très-teens^ée». ' ' '

Murdi %0y à Versailks, ^^.Le iroi tkit le ^ifëeil 4é £nances, et 'ftcavàfilte fewsèilte •avec M. B^Gfliàï^tfe ft.>lçWÉ-dînée il donna audience dans son cabinet à M. de fto- ^ttelaiwe, qui s*effi î'etcmiTïe en fiangiiièdoc;; emviie *[ ^a Ifeer , è* «ti retour il doïma n«è ïori^e aiiddè»cè fca nl«s téciml'de Villars cbet: thadaœe -de Maïkitefton. -«- Le Mi d'Ëspagnè ne demandlmt Éa l*oiM)He ^qwht^TÉse ëaita&fiéMÉS ^our te siège de Baredkme; te roi y «ncnvoie^uSusDej, ^^f«i sont en t^è*-bo1l ètât. fhi croît 1q^ tes vmssettmK «qtte 'te roi envoie à ^e siège y sont arrivas vprésèntèfiiénl, ^otot)li a ndùvelle que Buoasse étoit çàHi-de Jotdoti à ia fit du ^oïs passé ; les vents co'ntradrèfe ^avoient -retardé S6n dë- ^aii; de «quelefiieâ jotirs . -On bie^nâè de Hbihtndë ^ ffèm-

MÂftS 1744. m

^%teiM ({ne ce» Veiits4à ont ««usé de grands désoiV ârés, ^tu'il 7 «i leu hisHiieoup dé teufra^^es et de d%ues

Mèrift'èdi ii^ à Ve^saUiêê^ -^ Le roi tibt ï» t^otiseil d'É- Mi, «ule&dU lè«l«irmoh Tapi^èSHlinée, et puis alk à la tolèatfè ^ûr Iml pi^emièlNI fois dé l'VLttnée^ au retour il y tut gtiuïde mdstqué cb^z madame de MaiMôuoto. -^ Le roi a donné â^OOO écus de peustoh à M. dé Saint^Cotttest^ înteodantÀlletsE, et oncinoit tfu'ôn poArroit bien renvoyer avtec M. le comte du Luc à l'assemblée qui se tiendra à BttdB ila fin duinois d'avnl> «n cas ^e M.de laHoussaye, qui avoit été m>imné{Kyur cet etoi|ploi, fksse difficulté eomme tconsèiller d'État de céde^ au (5omte du Lucv On {nréiend qne MM. ies consdllers d'État^ dont il y en a plusieurs proches parents de M; de la Houssaye^ lui consTeillémtde prendre le parti de s'^excuser d'Aoceptisr l'emploi avec M. Je comte du Luc par cette raison-là.

. Jeudi £2, \i Versailles. *^ Le roi dina de bonne heure ei.tdla se "promener à Ifarly^ au retour il y >eut peti4)e musiiquetlMei! madame de Haintenon. — M. d'Agénois^ qui étoit vaeskfé de camp de M*, le comte de Toulouse, lui a i^ettfts sa^ommisinon. Il la lui avoit d^à remise il y -s, quelques jours, mais M. le comte ne Tavoit pas voulu recevoir, espérant toujo«œs qu'il reviendroit à la raison ; mais, comme il a persisté et qu'il a tout de nouved^i écrit à M. le co»te de Toulouse ^u'il vouloit absolument quit< t^, H. lecomte a prié le roi de trouver bon qu'il choisit, peur remplir sa plac^, M. d'JEstourmel qui est capitaine dans 'ce régiment. Il est neveu d« M. de Hautefort, hocsme de condition., fort riche et en bonne réputation. r-T- On a nouvelle que la reine de Suède> grand'nièi»e du IW*4^. Suède, est à l'extrémité à Stockholm ; elle est née piripceBse de bolstein.

• iVindredi 23, à Vef^aillesy, — Le roi travailla le matin aye<;xlç Ç. le Tellierj il entendit le sermon etdevoit aller ^Ei$iiite à la voleae,.maâs la pluie l'en empêcha. 11 entra

tn JOURNAb HË DiyNGEAU.

dei)omif heui^ichez /madaiiiede Jlaintenûn^^ il lyieift sltisaqué. n^ M;/:(te SdittM]hfli.tiafWMf!sfe cobyt chegjhiià Ja iîampagiieiy leà jà étoH; retirer depuis longtemps y ^)^e^ hii quib cemmaBdoitu teidétaoheiBQnt'dea ga.rdesi d»rfiox^ que lfi<rai'.ffljvoya:aveo>là»Bçipe d'Espagne rMad^ie^Ittouisov 6Ue d& fevir MonsiJouf^i ^uatad ^Ue païitit^UcÂpoxtf^lladtid.

t^. Le ^itd^ÀbgteJbeitoe;ë8£ ar^veati^àifiany ^1^^$" avoir »d£^ induréi quelques jovraà -IiîUi^éviUe ayee M.td^ liOPriôiMij et ik. CfUDQXDeroy^.ai^eo. H^^de iVatideiiM^Bt, ^où IL' ide ! Locrpônf «étoit .Yemuansii. Ce 6»m loniioifisfL iSoi H. de* CnaaHitmaM tleiat^aiiie>â:liû(&natiPide^:madqiia^ derLotiridnei pcMie lui iaisb compliment suit la >pai^'v«vec V^aai^^epeaii. 1 1 . j ; > • oL 'i Sfmfiàdi)Qlêi,\ à.\ VersaUhs^ r^^yhe^^vtÀiiixA léoonseil ;da âDf ncéSy aUa tivè^ ^râprès^aiée^fiet 4raYaîUa* le soir dTeè HI :Yqiâb tche^ ^madanoielde MainteRooi *-^ Iie>jx)i ai ohoi^ rafl^bé dei Gamàch^ pourremplir'^ 'plaee- d'auditetir'de coteV^Iui . avoit i^iqoiirs' .vaqu^: depuis BL le r > pardisai as Rolignlw; <5ette. bharge "vaut. 12 ou 14,000 livws de œn/te, tacitd» cequelom doiàue^ti^decequeFon tired^ jugements. Il me semble que le Toîd^naye: 6^,000; â?au€Si, tet le reste est des profits de la charge.' — On \a; choisi trois camps pourfaire hecber la cavalerie pendant quelques mois.- ' • . . ."M :.: • ,. :.'/ •

Dimanche ^^ jour dès Rameauùôjà Versailles. «^ Le roi entendit la grande messe'^ le sermon^ vêpres et le salut, et le soir travailla avec M; Pelletier chez madame de Maintenon. — Le maréchal de Villars, comme gouverneur de Provence et M, de la Feuillade comme gouverneur de Dauphiné, prétendent tous deux que la vallée de Barcelonnette, que M. de Savoie a cédée au roi par le traité d'Dtrecht , doit être réunie à leur gouvernement / et ont chacun de bonnes raisons pour soutenir leurs préten*tions, le maréchal de Villars parce que la vallée de Barcelonnette étoit.du gouvernement de Pjpovence avant que M% de Savoie en fût le • maître ; M, de la Feuillade • ne dispute pas ce fait^à, mais il prétend que la cession

1 MAItSii714. 109

qu'en ft faîte M. de Savoie étant un échange pour des vallées en Dauphiné qu'on donne à M. de Savoie, la vallée de Barcelonnette doit être jointe au Dauphiné pour dé dpmina^r cette province. Ces deux gouverneurs donnent des mémoires au roi, qui décidera la qaestionl ' Lundi^GjàVersaifles. — Le roidlnadebobne heure, et alla courre le cerf i\ Marly ; après lâchasse il alla chadger d'habit au château, et puis se promena dans ses jardins jusqu'à la nuit. Au retour il travailla chez madame de Maintenon avec M. de l\)ntchartraih . — 11 arriva à midi un courrier de Rome. Le pape a vu l'instruction pastorale desquarante évéques, et ne paroU pas trop content de ce qu'on avoit été quatre mois à recevoir la buHe. Il parolt fort animé contre le icardiniil de Noailles et les évoques qui ont été de son avisjil se plaint de ce que le parlement a fait. — On mande de Homo que la reine de Pologne, qui y est retirée depuis plusieurs années, est à l'extpémité; elle est françoise et fille du feu cardinal d'Arquien, veuve du roi Sobieski, qu'elle avoit épousé étant grand général de Pologne.

Mardi 27, à Versailles. — Le roi tint le matin conseil de finances à'son ordinaire, et l'après-dinée il tint le conseil d'État qu'il n'avoit point tenu le dimanchej il cause que c'étoit le jour des Rameaux. Le roi, après son lover, donna audience au marquis de Craon, envoyé de Lorraine, pour faire ses compliments sur la paix. — M. de la Houssaye s'étant excusé d'accepter l'emploi de plénipotentiaire avec le comté du Luc, à qui il ne vouloit pas céder* parce qu'il est conseiller d'État et que le comte du Luc ne l'est point, le roi a nommé en sa place M, de Saint^Contest, intendant à Metz. -— On mande de Londres que la reine d'Angleterre est considérablement malade; quelques médecins disent que c'est la goutte remontée , et d'autres disent que cest hydropisie. — On a reçu des lettres de Madrid dti IS.Le coUlrieE qu'on y a ëhvoyé M'étoit pas encore arrivé; ainsi on nesaitpoint sik roi

Ua JOURNAL OE DANGEAU.

duc de Bepwiok; c^ qu'il y ft 4e «fliç, c^eftqu'iï m m^\ mieux faire,

* C'est la première, fois que les conseillers d'État ont prétendu ne pas céder aux geps de qualité. Le roi le, trouva ridicule, a^en expliqua, mais l|d89a faire, et tout en Iq blâfoaut méma ^igreqaent y 9)nv^, ^ substituant uq mature 4^ V^quflfçs au 1$^ ^u çD{^i||e|: d'I^t. Pb| verra dans la régence le désordre que cette tolérance a enfanté-

Merer^i 28, à Versailles, rr- Le roi tint le coniseil d'En tat et l' après-dinée il entendit ténèbres dans la tribuûe ; il alla ensuite se promener dans las jardins. Il n'y eut point de musique le soir; il n'y en aura point le reste de la semaine. Le roi nous parla à son coucher de la maladif de la reine d'Angleterre ; toutes les lettres de Landnes disent qu'elle est en grapd dapger. M. le due de Berrf donna à midi, ohe^ lui, Tordre de la Toison au maréobat de Villars, et voici à peu pràii l^ordre de la çte^muQ.

Relation de ce qui s^est passé lorsque M. le maréchal de Villars a reçu le collier de la Toison d'or par les mains de monseigneur le duc de Berry, le 28 murs 171fc.

Le vo\ d'Pspftgne ^yftqt véSiq\\x. i'è\ifç c^^^Y^W 46 l'prdre de I3. Toiqon d'or JI. \^ mw^^c^s^l de ViU^, p^ cçnsid^mtion de ses grai^d§ §pryipç^, liji en §ftYoya les lèpres pateutes dopft^e^ 4 %4Fi4 1© M* jfliff (i>Q^Hp l'anftée 1713, tandis qijp pfi fl»ajî^çb^l cflpapiftftdoit m Allemagne leç ^.^mées 4]^ FPi SR^ W«^ltye, Parpe? I8$ff)fl9 lettres patentes ^. M. Ç. coQûim|^|r);Qif ^t .i^utqi:i§Q|^ jUQfir ^eigne^^ Ip di*c de Beppy pp^Pi m ^m Hm^ ^TSpevQip chevalier 4p Tordre 4p }a Tojson le mar^çh^l 4e YfHaçgi et lui ^q. 4pftner |e jCoUier p.près J^i aypir f^\ pj?^tpf 1|? sernjLçpt ordipajpe. Ce priao(^ aypit j^iis^i pqçu i^ftp lettre d)j rpi son jf èpe pofir le î^ôpie sujet, pès q^p }iç m^r^çl^fil 4e Vjll?^^ fût reypnij fJ'AUefaaegflç, il eut rûppneqr

4e rjBndre compta ^ mpnseigijeijr Ip 4nç 4j} ^prry 4^^ lettres pai^fits^ 4^^* M* £•• Aele ^i^pplier 4e youlpir |)ie^

NAi^ai7i4. tu

If mettra w po98a«âioad9 Ugr4^ qvQ lui awit «^ccopflto U roi d'Espagne ^ de lui mapquep le jour qu'il lui plairc»t choisir pour oet effet. Mouseigueur le duo de QeB^r ordonna à un secrétaire de ses commandements d^'avertir tous les ûhevalier§ de la Toison qui étoieat à Vei^sailles de se rendre dans aou appartement }e n^eroredi 28 du mois d4>inim «urle midi pour ofiMe cérémonie. Ce jourrlà et à l'heure miu^iu^, monseigneur* le duc d'Orlée^us» mouseigoeur le comte de Toulouse, MM. les duos de No^illesi, de Q^rwick et de Qramont se trouvèrent à l'appartement de mçoseigneur le due de Berry, dan^lçur^ heJ^^its.ordinaireoy i^ais avec leur grwd cqUier de Tordre 4e la Toisoi^. lU aûfiompagnèrent monseigpeqr le duo de Berjj^y depuis soneabinet jusqu^à son antichambre, où se de voit faire la cérémonie. Le secrétaire des commandeuiepts ^e ce prince, nommé pour remplir les fonctious de secrétaire et de trésorier de TOrdre^ marchent le preiqier; epsuite les chevaliers selon le rang de leur réception t Monseigneur le duc de Rerry marçhoit le 'dernier §uivi de ses principaux officiers, lie maréchal de Villars étoit resté dans une chambre prochaine. Monseigneur le duc de Berry s'assit dans un fauteuil ^us un dais , ^yant derrière lui ^on prefnier gentilhopxqie de la chambre d'année et son capitaine des gardes de quartier;; à sa droite étoit un prie-Dieu couvert d'un tapis de velours cramoisi sur lequel étoit un crucifîj^: et le Uvre d|ss Évaugil^S; à sa gauphe étoit une table couverte à'wjx s^ffxblable tapis et sur laquelle étoit placé un bassin de vepmeil doré avec le collier 4e la Toison. Il y avoit de Gh9/j[ue côté une forine couverte d'un tapis de velours où 4toient les chevi^ers de l'ordre^ ass^s et couverts ainsi que monseigneur le duc de Berry. f^e c^rré étoit fyva^é par une autf*e forme sans tapis, un peu éloignée de celles des côtés et visrà-vfs de inopseigneur le duc de Berry pour Iç secrétaire des commandements. Toute la chambre étoit remplie de personnes que la curiosité de

voir la cérémouie favoient attirées^ parmi lesquelles il y en avoit plusieurs de distinction. Monseigneur le duc de Berry et MH. les chevaliers étant ainsi assemblés en forme de chapitre et couverts, ce prince leur fit part de la lettre qu'il avoit reçue du roi d'Espagne. Ensuite le secrétaire des commandements, s'étant levé, fit trois profondes révérences en s'avançant vers Monseigneur^ et le supplia très-humblement de lui accorder la permission de lire les lettres patentes et la procuration de S. M. C. qui lui avoient été remises par M. le maréchal de Villars. Monseigneur lui en ayant donné la permission, il lut debout et à haute voix ces lettres ; il ajouta qu'il s'étoit informé de la naissance et des services de M. le maréchal de Villars, et il en rendit témoignage en peu de mots. Monseigneur le duc de Berry ayant dit qu'il étoit suffisamment instruit de la naissance et des services de M. le maréchal de Villars, le secrétaire supplia Monseigneur de vouloir bien nommer un chevalier confrère de Tordre pour s'informer de M. le maréchal de Villars s'il persistoit dans sa résolution de recevoir le collier et de prêter les serments nécessaires; Monseigneur nomma M. le duc d'Orléans. Ce prince, accompagné du secrétaire, alla trouver M. le maréchal de Villars dans la chambre où il étoit et lui dit ces paroles ; « Le roi d'Espagne, chef et souverain du très-noble ordre de la Toison d'or, vous a élu et nommé pour chevalier et confrère dudit ordre, et a envoyé à cet effet sa procuration à monseigneur le duc de Berry ; c'est pourquoi il désire savoir si vous l'admettez et vous en tenez grandement honoré. » M. le maréchal de Villars répondit qu'il l'acceptoit avec respect, et qu'il étoit prêt à faire le serment accoutumé. M. le duc d'Orléans ayant rendu cette réponse à monseigneur le duc de Berry, le prince lui ordonna de retourner et d'amener M. le maréchal de Villars, ce qui ayant été exécuté, M. le duc d'Orléans, précédé du secrétaire et ayant M. le maréchal de Villars à

sa gauche, le conduisit dans le lieu de la cérémonie. Ils firent leur'révérence, M. le duc d'Orléans reprit sa place, et le secrétaire des commandements se plaça debout entre le fauteuil de monseigneur le duc de Berry et le prie-Dieu. M. le maréchal debout et découvert, adressant la parole à ce prince, lui marqua en peu de mots èombien il étoit sensible à l'honneur que le roi d'Espagne lui avoit fait et à celui d'en recevoir des marques des mains de monseigneur le duc de Berry. Alors le secrétaire des commandements présenta le livre des cérémonies de l'ordre à ce prince, qui y lut ces paroles : « Le roi catholique, chef et souverain de Tordre, pour vous témoigner l'estime qu'il fait de votre personne, espérant que vous emploierez vos grandes qualités à Texaltation et l'honneur de l'ordre et chevalerie et pour votre mérite, louange et recommandation, vous a élu pour être perpétuellement, s'il plaît à Dieu, confrère d'icelui ordre et amiable compagnie ; mais avant d'en recevoir le collier il faut que vous déclariez si vous êtes armé chevalier. » M. le maréchal de Villars ayant répondu qu'il l' étoit, le secrétaire des commandements lui dit : ce II reste à présent que vous vous obligiez volontairement par le serment accoutumé à garder les constitutions de l'ordre. » Le maréchal de Villars ayant répondu qu'il étoit prêt de s'y obliger en tout ce qui n'iroit point contre le service du roi , il se mit à deux genoux devant le prie-Dieu, et, ayant posé sa main droite sur le missel et sur le pied de la croix, le secrétaire, aussi à genoux à sa gauche, lut les articles du serment qui suivent :

I. — «Jurez-vous qu'àvotreloyalpouvoir, vous aiderez à garder, soutenir et défendre les hautesses seigneuries, noblesse et droits du souverain de l'ordre tant que vous vivrez et serez dudit ordre? »

M. le maréchal de Villars répondit : « Je le jure. »

n. — « Jurez- vous que de tout votre pouvoir vous vous T. XV. s

114 JOURNAL DE DAWGEAU.

emploierez et travaillerez à maintenir ledit ordre en^tat et honneur^ et mettrez peine de Taugmentèr sans le soof* frir déchoir ou amoindrir tant qu'y puissiez remédier, b

jRéponse : « Je le jure. »

m. — a Jurez-vous que s'il avenoit, ce que Dieu ne veuille, qu'en vous fût trouvé aucune faute poui^ qUoi> selon les constitutions de ce présent ordre, en fussiez privé et débouté, etsommé et requis de rendre le collier, vous en ce cas le renverrez sain et entier devers le «ou verain ou le trésorier de Tordre dans trois mois après ladite sommation^ sans jamais, après cette sommation, porter ledit collier ni autre semblable, ni pour cette occasion tenir aucune haine ni malveillance envers ledit souverain ^ les frères, chevaliers, officiers de Tordre ni aucun d'eux? »

Réponse : « Je le juré. »

IV. — « Jurez-vous que toutes autres peines , punitions ou corrections qui pour autres moindres cas vous seront chargées et enjointes par ledit ordre vous les pqrterez patiemment et accomplirez, sans aussi poiir ce avoir ni tenir rancune, haine ou malveillance envers lesouv^ rain, frères, chevaliers et officiers de Tordre ni aucun d'eux? »

Réponse : a Je le jure. »

V. — « Jurez-vous que vous viendrez et comparoltres aux chapitres et assemblées de Tordre ou y enverrez splop les statuts et ordonnances dudit ordre au souverain et ses successeurs et commis, obéirez en toutes choses rai-: sonnables touchant et regardant les devoirs et affaires dudit ordre. »

Réponse : a Je le jure. »

Page 1