‹ Journal du marquis de DageneauChapitre 20 sur 21 · JUILLET I7IÔ · texte numérisé non relu

JUILLET I7IÔ

voit point encore d'enfants. He voilà bisaïeul présentement.

* L'affaire qui fut lors traitée entre le roi , le premier président etle procureur général , et qui le fut plus d'une fois avec les avocats généraux de plus, fut Tenregistrement pur et simple de la Constitution. Outre la doctrine de cette pièce à laquelle le parlement n'étoit pas favorable, mais dont il ne pouvoit être juge, la proposition de Texcomt munication même injuste , qui oblige et qui a de si grandes suites ^t ^i importantes dans un État pour le temporel et pour l'autorité et la sûreté des rois mêmes , étoit une matière soumise au parlement qu'il ne pouvoit jamais passer. L'affaire alla si loin de part et d'autre que les gens du roi doutèrent plus d'une fois de revenir de ces audiences du roi avec leurs charges , le procureur générai surtout , dont la géQéreuse fermeté fiit lors à toute épreuve , et augmenta fort sa réputation ; heureux si, devenu peu après chancelier et garde des sceaux de France, il eut soutenu ce même personnage si digne de vénération. Cependant le roi, poussé sans cesse par les cardinaux de Rohan et de Bissy, par madame de Maintenon, par le P. Tellier, irrité de plus par la résistance , résolut d'aller tenir son lit de justice et là de faire enregistrer la Constitution sans aucune modiûcation. Il le dit au premier président et aux gens du roi ; il le dit aux princes du sang y et fut bien aise qu'on le sût, dans l'espérance que cette crainte le feroit seule obéir ; mais il s'y trompa. Alors il prit tout de bon la résolution d'aller au parlement , et il y seroit allé , car tous les ordres secrets étoient donnés, si sa santé n'eût tombé tout à coup, de sorte qu'il ne fallut penser qu'à se mettre au lit , au lieu de plus songer à aller au parlement. On rapportera ici une anecdote curieuse en elle-même , beaucoup plus par ce qui suivit, que peu de gens ont sue et qu'encore moins sont présentement en état de rapporter, mais qu'on sut alors pour le moins d'original. M. le duo d'Orléans avoit alors horreur de la cabale de la Constitution et de toutes les violences qu'elle faisoit commettre; ii ne croyoitpas cette pièce bonne en soi , et surtout il regardoit la proposition de l'excommunication comme le plus grand et le plus évident danger pour le temporel. Il fut alarmé de ce lit de justice , et comme il s'ouvroit de tout au duc de Saint-Simon, et alors presque à lui seul, il lui demanda ce que luimême feroit en cette occasion. Le duc, qui avoit su des premiers cette résolution prise et qui avoit èii le terhps d'y faite fees téflexibns, répondit qu'un particulier n'étoit tenu à îrién qu'à une conduite sage , modérée ^ silencieuse et respectueuse sur les matières où il n'étoit point consulte, ni en caractère d'agir, se réservant la droiture du cœur et des senti menls ; mais puisqu'un lit de justice changeoit cette modestie par né-

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cessité daus ceux qui étoient non-seulement en droit; mais en nécessité de s*y trouver, que les pairs n'étoient point tenus d'aller aux assemblées du parlement sur ces matières y mais qu*ayant prêté serment d'y assister le roi dans ses hautes et importantes affaires, à leur réception en plein parlement , et étoient conviés , avertis et mandés de la part du roi par le grand mattre des cérémonies de se trouver tel jour et à telle heure au parlement où le roi devoit venir, ils ne pouvoient manquer de s'y trouver sans manquer à leur serment, au roi, à FÉtat et à euxmêmes , ni d'y parler en gens de bien et d'honneur avec tout le respect et la retenue possible , mais aussi avec toute la liberté et la force que leur conscience exigeoit d'eux; qu'ainsi son parti étoit pris d'aller au lit de justice, et quand ce seroit à lui d'opiner de le fure en o^te sorte et pour rejeter l'enregistrement et en montrer tous les dangers ; qu'il sentoit bien en même temps quelles en seroient les suites ; que l'enregistrement n'en seroit pas moins fait et qu'il seroit perdu et exilé , qu'aussi prendroi^il ses mesures pour attendre cet événement en paix et avoir son paquet fait et sa chaise de poste toute prête pour aller le jour même où il lui seroit ordonné. M. le duc d'Orléans l'écouta trèsattentivement , puis lui dit : « Voilà donc votre résolution , et l'embrassant tout de suite, j'en suis ravi, continua-t-il, et je m'y attendois bien : Pour moi , voici la mienne , c'est d'en faire tout autant , et vous m'y afifermissez ; mais j'aurai plus d'embarras que vous , car ma place est joignant celle du roi , qui ne perdra pas un mot de ce que je dirai , et qui me regardera avec fureur, et peut-être m'mterrompra; mais n'importe ; le parti en est pris et bien pris , et s'U m'ordonne de m'âoigner, je m'y attends et j'obéirai sans répliquer. » Le duc le loua et l'encouragea tant qu'il put , jusque-là qu'Us se promirent l'un à l'autre de demeurer fermes dans cette résolution et de n'en dire mot à personne car ils étoient tête à tête ; mais Dieu détourna cet orage. Le duc de Saint-Simon a plus d'une fois fait souvenir ce prince de cette conversation lorsqu'il fut régent, et le prince baissoit la tête avec honte , aveu et méchantes raisons. Il &ut le dire : les princes qui sont au timon sont un genre d'hommes bien à plaindre.

Lundi 29, à Marly. — Le roi, après la messe, travailla avec M. de Pontchartraiiiy alla courre le cerf l'après-dlnée; madame la duchesse de Berry et beaucoup de dames étoient à la chasse à cheval. — Le duc de la Rocheguyon épousa à Paris mademoiselle d'Aubijoux. — Le roi a donné à Beaujeu, maréchal des logis de la cavalerie, le cordon rouge qu'avoit Préchac ; on n'a point

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