‹ Journal du marquis de Dageneau (volume 2)Chapitre 1 sur 25 · Journal du marquis de Dageneau · texte numérisé non relu

Journal du marquis de Dageneau

*Dîmatiche 1*' octobre, à FonUdMbUau. — Le roi alla tirer Vaprès-dtnée. Monseigneur ne sortit point de tout le ^oor. Madame la duchesse de Bourgogne alla se promener autour du canal. — M. le cardinal de Coislin eut le matin audience du roi dans laquelle il lui demanda avec de grandes instances le gouvernement de Crécy pour le duc de Coislin, son neveu; le roi, qui n'est pas content de la conduite de ce duc , qui jusqu'ici n'a guère songé à faire sa cour, et qui, d'un autre côté, a grande envie de laire plaisir au cardinal de Coislin, lui a donné à lui ce ^uvemement, qui vaut 6,500 livres de rente, et si dans la suite le duc de Coislin son neveu se remet dans le train que le roi souhaite , ce que ce duc promet fort de faire , le cardinal lui remettra le gouvernement, avec la permisBÎon du roi. — Le roi a fait six brigadiers en Italie : defjOL de dragons, qui sont MM. d'Estradeâ et de Senneterre ; dans la cavalerie le chevalier de Broglie ; et trois dans l'infanterie, parmi lesquels il y en a deux Irlandais, et l'autre est Toumemine, ancien officier lieutenant-colonel de la Marine et qui se distingua fort an combat de Luzzara.

2 JOURNAL DE DATVGEAy.

Lundi 2, à Fonlain^leau. — Le roi courut le cerf Taprès-diuée; Madame étoit avec lui dans sa calèche. Madame la duchesse de Bourgogne ne va plus aux chasses depuis quelques jours ; elle ne se ppoi^èi^e qu'^iitqur du canal. Ho\kâ 8ou]:iaitons fort que oela dure loi)gtemps. Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse avec le roi. — Le cl^evalier de Moi^tauban^ à qui le roi vient de donner le régiment de cavalerie qu'avoit son frère, a prié S. M. de lui permettre de demeurer dans ses gardes, où il est assez ancien exempt, et de pouvoir vendre le régiment, ce que le roi lui a permis, et il aura la commission de mestre de camp. — M. de Pomereu, con-. seiller du conseil royal des finances, fut taillé avant-hier fort heureusement. -;- lladame la princesse d'Harcourt n'a pas encore pu obtenir que le roi vit le prince d'Harcourt> son mari } on cpoit quHl a la pierre et qu'il vft aussi se faire tailler, -r- M. le chevalier de Lorredne , qui est à sa maison de Fi^mont^ se trouva fort mal oes jours passés en revenant delà chasse. On crut d'abord que c'étoit une paralysie sur la langue; on assure présentement que son mal est peu considérable, cependant il n'a voulu voir personne, pas même M. de Marsan, son frère.

Mardi 3, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. Monseigneur courut le loup, au retour de la chasse , mangea chez madame la princesse de Conty et y joua le soir. Madame la duchesse de Bourgogne se promena dans une des petites calèches du roi, qu'elle menoit ellemême ; elle alla dans la forêt et autour du canal ; les espérances qu'on avoit ont cessé. — 11 arriva à M. de Torey un courrier de notre armée d'Italie parti du 38. Le roi d'Espagne devoit quitter l'armée le lendemain pour aller à Milan, où il demeurera quelques jours, et ensuite ira s'embarquer à Saint-Pierre d'Arène sur les galères , viendra débarquer en Provence, trouvera ses carrosses et ses équipages à Aix. Q prie le roi qu'on ne lui fasse aucuns honneurs quand il passera dans le royaume ,

OCTOBRE 1702. ;î

voulantépargnerla dépense et l'embarras. — Quatre cents chevaux de Parmée du priiice Eugène sont entrés dans TAlexandrin; on a détaché six cents chevaux de notre armée pour tâcher à les joindre, et ce qui est bien extraordinaire, c'est que quarante maîtres des ennemis ont passé le P6 daiis de petits bateaux, ont été dans Milan, et de plus ont repu au même cabaret. Les armées sont toujours dans leurs mêmes postes. — Il arriva le soir un courrier d'Espagne. L'amirante, qui devoit venir ici ambass^eor et qui est nôtamê il y a plus de six mois , après blendes retardements sur divers prétextes, étoit enfin parti de Madrid le 13 après avoir touché beaucoup d'argent ^ur son atnbassade. Il a marché cinq jours lentement, mais du côtë de France, et puis il a pris la poste et s'en est allé en Portugal , emportant avec lui toutes ses pieneries et tout rargèill qu'il a pu ramasser. On croit qu'il s'est senti coupable et qu'il n'a osé se venir mettre an pouvoir de deux rois qtii doivent être également mal contents de Sa cdndiiite. On apprend par ce même courrier que la reine, ayant entendu la nuit quelque bruit à saporte^àplusletlrsfotedifférenteis, s'en étoit alarmée avec i^son, et avttît demandé à la junte qu'elle pût avoir des gardes la nuit dans le palais, ce qu'on lui a accordé après beaucoup de difficultés , parce que ce n'est pas la coufaune. Ifedame la princesse des tirsins , dont la santé n'est pas trop bonne , demande la pettUissioti de se retirer en Italie. Les ënnetiiis qui sont devant Cadix ne sont pas enoore rembaÉ^és.

Mercredi h, àFénininébleau. —' Le roi altà courre lecerf ; ladame étoH dans ^ petite calèche avec lui ; elle ne monta pins du tout à cheval. Ils partirent tard, parce que le conseil fut foi*t long. Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse, et au retour Monseigneur joua chez madame la princesse de Conty , et monseigneur le duc de Bourgogne alla souper chez madame d'Heudicourt. Madame la duchesse de Bourgogne alla se

promener dans la forêt du côté de la chasse; elle rencontra le roi qui en revenoit. — M. de Pontchartrain, au retour de la chasse^ vint dire au roi que la flotte^ qu'on appelle par abus les galions, étoit arrivée en Galice au port de Vigo. L'avis en est venu par un courrier du capitaine général d'Estramadure; on n'en a point encore de nouvelles par le comte de Ch&teau- Renaud, dont on attend incessamment un courrier. — Hélac arriva et salua le roi, qui le reçut très-bien ; S. H. a remis à demain à l'entretenir, et ce sera le soir chez madame de Maintenon. Hélac^ que les courtisans ont fort entretenu, assure que le fossé de Landau est bien plus aisé à passer qu'on ne l'avoit cru et que le courant d'eau qu'on regardoit comme une chose considérable pour la défense ne devoit être compté pour rien. Il prétend même que les fortifications de cette place, et qui sont d'une manière nouvelle, ne sont pas bonnes.

Jetidi 5, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. Monseigneur alla se promener autour du canal avec madame la princesse de Conty. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne dînèrent chez la duchesse du Lude et n'en sortirent point toute l'après-dinée. Le soir il y eut comédie (1). — M. Ghamillart vint chez le roi le matin à son lever et lui apporta des lettres du marquis de Villars, arrivées la nuit ; le courrier qui les apporte partit d'Huningue lundi matin. Villars mande qu'il arriva le 30, qu'il fit d'abord travailler au pont qui va de Huningue à l'Ue ; c'est là le grand bras du Rhin. Le pont fut achevé le dimanche à midi, et aussitôt on fit passer dessus quarante pièces de canon, et les régiments de Champagne et de Bourbon* nois, qu'on plaça dans l'Ile. Ensuite il fit travailler au

(1) ft Les comédiens représentèrent la tragédie de Phèdre de M. Racine , et ensuite la comédie de Georges Dandin de Molière. i* (Mercure d*octobre, page 30Ô. )

pont du petit bras du Rhin^ et quand il fut achevé il fit passer des travailleurs soutenus par les grenadiers ; on fit au delà de ce second pont une ligne parallèle au Rhin. Les ennemis vinrent troubler le travail , mais le feu de notre canon et des quinze cents hommes que nous avions dans rile et de nos grenadiers que Ton avoit fait rentrer dans les bateaux obligèrent les ennemis à se retirer. Nous avons eu trente soldats et six officiers tués ou blessés à cette affaire^ et on mande <le Bàle que les ennemis y ont perdu assez de monde. Yillars assure le roi dans sa lettre qu'il est maître de passer le Rhin avec ses troupes quand il voudra, mais qu^il ne veut point le passer qu'il n'ait eu des nouvelles de M. l'électeur de Bavière. Il a envoyé un plan des ponts qu'il a faits, de la redoute que les ennemis ont de l'autre côté et de leur camp qui est par delà leur redoute. Il croit qu'il seroit aisé ou de les en chasser ou de les battre, si M. l'électeur les faisoit attaquer en queue pendant qu'il les attaqueroit en tète. Il croit que les ennemis ont vingt-cinq mille hommes dans ce camp. — Le roi donna le soir une longue audience à Hélac , ch^ madame de Haintenou , et au sortir de là M. de GhamiUart emmena Mélac chez lui et lui dit que S. H., contente de ses services et de la belle défense qu'il a faite à Laodau, lui continuoit les appointements qu'il avoit pour ce gouvernement et lui donnoit 15,000 livres de pension d'augmentation; il en avoit déjà six, outre 600 écus pour avoir commandé dans Sleiden, si bien qu'il touchera 38,000 francs du roi , et S. M. le fait rembourser de tout l'aj^ent qu'il a dépensé durant le siège, et on fera payer sumle-champ le mémoire qu'il en donnera (1).

(1)0 semMeroit que M. de Mélac auroit dû être satisfSaut des marqaes de bonté <PKle roi loi donna dans cette occasion. U oomptoit être fait maréchal de France, et fiit dans le dernier désespoir de n*avoir pu obtenir cette récompense de ses Mrrices. Madame de Lnynes m'a dit avoir yu chez M. le duc de Choiseal, son beM-père, M. de Mélac,à qoi la tète avoit tourné, dire en arrivant dans la mai-

Vendredi 6 , à Fontainebleau, — Le roi alla Taprèsdlnée courre le loup avec Monseigneur ; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa petite calèche avec lui et Madame seule dans une autre petite calèche. — M. de Pomereu , qui fut taillé samedi ^ mourut à Paris. Il étoit ancien conseiller d'État; il étoit à la tète de plusieurs bureaux; il étoit un des deux conseillers du conseil royal des finances, et le roi Vavoit chargé des affaires de Madame sur tout ce qu'elle pou voit avoir à régler avec M. le duc d'Orléans, son fils. Il avoit acquis l)eaucoup de réputation dans ses différents emplois, et le roi a témoigné l'honorer de Ses regrets. — Il arriva de Flandre un capitaine du régiment du roi en qui S. M. a beaucoup de confiance et qu'on a envoyé pour recevoir des ordres secrets. Les ennemis ont pris Stevenswert, et Ton ne doute pas qu'ils ne soient bientôt maîtres de Ruremonde ; ils font courre le bruit que dès que cette place sera rendue ils marcheront à Liège. — Le roi a donné à M. de Forbin , parent du cardinal de ce nom et capitaine dans le régiment colonel, l'agrément pour acheter le régiment de cavalerie que le roi a donné à vendre au chevalier de Montauhan. Il y avoit bien des gens qui avoient demandé ce même agrément.

Samedi 7, à Fontainebleau, — Le roi alla courre le cerf l'après-dlnée ; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa calèche et Madame seule dans une autre. Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient â la chasse. Le soir il y eut comédie (1). — Au retour de la chasse, après que le roi fut passé che2 madame de Maintenon , il envoya

■rfMAAH^-^k^i^Bi^M^

son qn'if faHoit hiT foire son procès , et hii faire coapcr te ooo , qu'apparemment il avoit mai servi le roi, se coucliant par terre, et dans um état si violent que M. le duc de Choiseul donna ordre qu*on ne le quittât point. M. de Blélac tomba malade et mourut de déses[)oir. {yote du duc de Luynes.)

(J) « Les comédiens représentèrent la comédie du Geôlier de soi-même de M. de CorniMlle le jeune. » { Mercure (Tociobve ^ page 208. )

c[uérir M. Pelletier et lui dit qu'il Tavoit choisi pcmr remplip la place de M. de Pomereu dans le conseil royal des finances ; cette place seule vaut 20^000 livres^ sans compter les appointements de cQuseiller d'État et ce que Ton a poiu» des bureaux^ qui vaut encorç 2,000 écus. — Montplaisir, maître d'hôtel du roi , mourut ici subitement ; sa charge est une des quatre qui dépendent de H. le PriDce comme grand maître de la maison, et M. le Prince en aura du moins 25,000 écus. — Le baron Simeoni, qui a été longtemps fort bien aiip^i^s de H. Télecteur de Bavière et qui s'y étoit brouillé pour un fort léger sujets partit ces jours passés de Paris pour aller retrouver S. A. E.y qui lui rend l'honneur de sesboj^ne^ grâces. Il est arrivé à Uuoingue deux jours devant M. de Villars et ne se rendra auprès de son maître que quand nos troupes joindront. Monastère^, qui est ici depuis assez longtemps envoyé de cet électeur, n'attend V^^ ses ordres pour l'aller rejoindre aussi.

Dimmche 8, à Fotj^tainebleau. — Le roi alla tirer. Monseigneur ne sortit point de tout le jour, et joua le soir chez madame Içi princesse de Conty. — M. de la Feuillade revint hier de l'armée dltalie, — M. de Bar ^ols monte à la place de conseiller d'État ordinaire^ ; il étoit le plus ancien des semestres, mais le roi choisit quelquefois les pioins anciens. Il a donné la place de semestre à H. Dubois , ancien prévôt des marchands de Paris; le roi la lui avoit promise quand il sortit de sa charge; le bonhomme Bontemps, de qui il étoit beaufrère, étoit encore en vie. — M. le maréchal de Villeroy écrit du 25 que, dès le 15, il avoit appris le cartel fait en Italie et que le 23 l'empereur lui avoit mandé qu'il étoit libre et qu'il lui enverroit incessamment un officier pour le conduire en France ou tout autre endroit où il voudroit aller. — M. Petit, premier médecin de Monseigneur, est mort. Le roi a donné la charge à Boudin, qui la faisoit il y a déjà longtemps, M. Petit étant trop vieux pour

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suivre Monseigneur; cette charge vaut Ib ou 15^000 livres de rente.

Lundi 9, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf ; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa calèche. Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. Le soir il y eut comédie (1) . Madame la duchesse de Bourgogne n^y alla point; elle fit un retour de chasse chez monseigneur le duc de Bourgogne, où ils se di vertiren i fort. — - L'ambassadeur d'Espagne vint apporter au roi^ au sortir de sa messe ^ les nouvelles qu'il reçut de Madrid par un courrier parti d'Espagne le 1**^ de ce mois. Les Anglois et les Hollandois qui avoient fait la descente auprès de Cadix se rembarquèrent précipitamment le 27 ; on les a poursuivis fort vivement dans leur rekaite. M. de Villa d'Arias, qui commande les troupes espagnoles^ mande qu'il n'a jamais vu tant d'ardeur à aucunes troupes en poursuivant les ennemis^ et qu'on leur a tué beaucoup de monde ; ce même courrier a apporté la confirmation de l'arrivée des galions, qui sont en sûreté dans le port de Vigo. Il y a trois ou quatre vaisseaux de la flotte qui sont arrivés à Santander. On ne doute pas que le marquis de Château-Renaud n'arrive incessamment pour apporter tous les détails de la navigation et de l'argent qui est'sur la flotte.

Mardi 10^ à Fontainebleau. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. Monseigneur joua le soir chez madame la princesse de Conty. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tirer des sangliers avec les chiens de M. le Duc. — Il arriva un courrier de M. de Villars parti le 7 de Huningue ; il mande que les ennemis s'étoient mis trois ou quatre fois en état d'attaquer les ouvrages qu'il a à la tète de son pont ; que leur tentative avoit toujours été inutile; que le prince de Bade et la plupart

(i) * Le3 oomédieDs représentèrent la tragédie dUntfroma^rti^ de M. Racine» et le BÊédecin malgré lui de Holièrt. » (Mercure d'octobre, pa^ 211.)

de leurs généraux étoient arrivés le 4 à Friedlingen et qu'ils se retranchent fort dans leur camp. M. de Villars n'a point de nouvelle de M. de Bavière. — Les nouvelles de Dotre armée d'Italie sont que M. de Vendôme a fait démolir Luzzara et a fait remonter son pont à Guastalla. Il a changé son camp ; sa gauche est à la hauteur deGnastalla et sa droite va quasi jusqu'à la Secchia. Le pont de Guastalla est entièrement fait^ et le roi d'Espagne^ qui a quitté Farmée^ a passé dessus en allant à Hilan . — M. de Honasterol^ envoyé de l'électeur de Bavière, reçut on courrier de ce prince; ïnais les lettres ne sont que du 23 du mois passé , et elles n'apprennent rien d'important; cet électeur s'est encore emparé de la ville de Memmingeo en Souabe^ qui est une ville impériale et qui n'est point fortifiée et où il faut pourtant laisser garnison ; toutes ces garnisons-là diminueront fort son armée.

Mereredi'ii, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf Vaprès-dlnée; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans la petite calèche. Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse ; Madame y étoit aussi dans une calèche. Monseigneur donna un retour de chasse à madame la duchesse de Bourgogne et à messeigneurs ses enfants^ et il ne soupa avec le roi que Madame et ma* dame la duchesse d'Orléans. — M. Orry, qui a déjà fait plusieurs voyages en Espagne par ordre du roi pour des afbires de finance, arriva hier ici de Madrid, d'où il étoit parti cinq jours après qu'on y avoit eu la nouvelle de Fanivée de la flotte. Château-Renaud avoit écrit à la reine et lui mandoit qu'il n'enverroit point de courrier en France qu'il ne vit toute la flotte et les galions bien en sûreté. C'est le prince de* Barbançon« qui commande en Gahce, qui envoya la première nouvelle à la reine. Orry est venu recevoir les ordres du roi sur ce que l'on fera des galions et s'en retournera incessamment en Espagne. — On eut nouvelle que M. de Tallard avoit passé le Rhin à Bonn , qu'il avoit marché droit à Mulbeim , où

il auroit même surpris le petit corps de troupes qui y étoit sans une petite rivière qu'il falloit passer débordée» ce qui Tobligea de faire un pont qui le retarda douze heures. Les ennemis se retirèrent dans Ckitlogne, et les magistrats de cette ville, épouvantés de voir une armée de France à leur porte, les en tirent sortir et promirent à H. de TaUard d'observer une exacte; neutçalilé. Tallard commence à tirer de grosses contributions ; U ^ déjà reçu beaucoup d'argent et des otages pour ceux qui pe peuvent pas payer comptant.

Jeudi 12, à Fontainebleau. — \je roi aUa se promener à Tentour du canal; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa petite calèche. — Ou mapde de notre armée d'Italie que le roi d'ELspagne a donné la Toison à M. de Vendôme en quittant Tarnaée ; il a donné beaucoup d'argent aux soldats et a partagé ses plus beai^x chevaux entre les principaux officiers de l'armée. — r Le bruit commence à se répandre, et l'on n'en doute même plus ici , que l'abbé d'Estrées s'en va en Espagne en la place du comte deMarsin,et que M. le cardinal d'Estrées, qui doit être présentement à Milan avec le roi d'Espagne, suivra S. M. C. dans tout son voyage et demeurera à Madrid^ où il dirigera les affaires , mais sans avoir aucune qualité. — On apprit que Ruremonde s' étoit rendu. Les ennemis font toujours courre le bruit qu'ils vont attaquer Liège; où a agité dans notre armée si l'on abandonnera cette place, qui est difficile à garder, ou si l'on hasarderoit de la soutenir. On dit ici que le roi veut qu'on la soutienne ; mais l'entreprise paroit difficile et dangereuse à nos généraux. Nous avons des troupes dans la citadelle et dans la Chartreuse, mais on ne peut pas en laisser dans la ville. — Le soir il y eut comédie (1).

Vendredi 1 3, à Fontainebleau. — Le roi alla courre le

(1) « Les Gomédieiis représentèrent la coAnédie de V Avare de Molière , et les Allards firent ensuite de leur mieux. » {Mercure d^odobre, page 216.)

loup avec Monseigneur; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans la petite calèche avec le roi. Messeigoeurs les ducs de Bourgogne et de Berry étoient à la, chasse. Le soir Monseigneur joua chez madame la princesse de Conty. Madame de Maintenon se porte considérablement mieux et se promène tous les jours en carrosse. — S M, a résolu de partir d'ici le 26 et d*aller ce jour-là coucher à Villeroy; madame la duchesse dp Bourgogne^ Madame^ madame de Maintenon et toutes les dames du palais y viendront. Monseigneur ira à Meudon avec madame la princesse â,e Conty. MesseigDeurs les ducs de Bourgogne et de Berry iront droit à Versailles^ Madame la duchesse d^Orléans à Paris, madame la Duchesse à Saint-Maur et madame du Maine Sceaux. — Le chevalier de Montendre, lieutenant des galères, arriva de Cadix, d'oi; il étoit parti le 1" de ce mois après avoir vu la flotte ennemie disparoltre. Elle avoit mis à la voile dès le 27 ; mais^ le vent ayant été contraire, elle n'avoit pu partir que le !•' de ce mois. Il leur a déserté quinze cents Irlandois des troupes qu'ils avoient débarq^uées, et ces Irlandois viennent en France pour prendre parti. Ils ont eu plus de deux mille hoinmes tués. Ils avoient beaucoup de malades, qu'ils ont rembarques. Ik ont été trente-huit jours devant Cadix et auroient sans doute pris cette place sans nos vaisseaux et nos galères, dont les troupes ont servi à merveille. Nous leur avons fourni des canons, des munitions et des soldats; Us manquoient de tout; il n'y avoit pas même de vivres dans Cadix pour huit jours. Les peuples d'Espagne donnent de grandes bénéd-iction^ aux François. Dufeî, lieutenant de vaisseau et frère de celui qui est dans le régiment des gardes, est arrivé avec le chevalier de Montendre; ils se sont joints â Madrid. Il vient de Vîgo, oi\ il a laissé toutes choses en bon état ; il a vu entrer dans ce port jusqu'au dernier de nos h&timents. U a toujours été avec le comte de CSiàteau-Renaud. U se loue fort de

Tévêque de Mexique^ qui commande en ce pays-là par intérim. Montézumai) qui en étoit vice-roi, est revenu sur les vaisseaux de H. de Château-Renaud. Dufei assure quHI y a près de cent vingt millions sur la flotte. Le neveu de Château-Renaud devoit partir quelques jours après lui, mais il vient par mer jusqu'à Rayonne.

Samediiiy à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf dans sa petite calèche avec madame la duchesse de Rourgogne; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. Le soir il y eut comédie (1). — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui a ordre du roi d'envoyer un courrier extraordinaire tous les huit jours quand même il n'y auroit rien de nouveau à mander. Il parolt par sa lettre que les grandes chaleurs sont passées et que nos malades reviennent de tous côtés à l'armée ; il en est mort fort peu. Le prince Eugène , à ce qu'on croit, veut abandonner Rorgo-Forte et s'aller établir à Ostiglia, où il a déjà son pont; il a fait embarquer son gros canon, et ses gros bagages marchent de ce côté-là. — Il arriva un courrier de M. de Villars, qui devoit être joint le 13 par M. de Guiscard, qui lui mène dix bataillons et vingt escadrons. — Avant-hier à la comédie il y eut un démêlé entre un chevau-léger et un brigadier des gardes. Rarsum, qui commandpit, mit le chevau-léger aux arrêts ; M. de Poulpry, qui fcommande les chevau-légers qui sont en quartier, voulut soutenir le chevau-léger; l'affaire fut portée au roi, <Jui a fait casser le chevau-léger et a interdit de Poulpry, avec ordre de s'aller rendre en prison, où il est depuis hier matin.

Dimanche 15, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer l'après-dlnée malgré la pluie. Monseigneur, messeigneurs ses enfants et madame la duchesse de Rourgogne

(1) « Les comédiens représentèrent la tragédie à'AlciHade de M. de Campistron, et la comédie des Plaideurs de M. Racine. » (Mercure d'octobre, page 217.)

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avec plusieurs dames dînèrent chez madame la prinT cesse de Conty, où chacun portoit son plat. — Le roi fit sortir le matin de prison M. de Poulpry ; il leva Tinterdiction^ lui ordonnant d'être plus modéré une autre fois. — n arriva un courrier de M. de ViDars parti de Huningue le 13 au matin. Villars mande que Laubanie^ avec nn détachement de la garnison de Neuf-Brisach^ avoit passé le Rhin en de petits bateaux et s'étoit rendu maître de la petite ville de Neubourg, où H. de Villars va tâcher de faire un pont. Il mande au roi que S. H. peut compter que la nuit du 14 au 15, qui étoit la nuit dernière, il passera le Rhin avec toutes ses troupes soit à Huningue, soit à Neubourg. Il a reçu des lettres de M. l'électeur de Bavière du 7 ; cet électeur est en marche. Le chemin par où il vient est en chif&e, et nous ne le savons point eneore. On croit ici qu'il pourroit bien se passer demain quelque grande action ou peut-être dès aujourd'hui. lAmdi 16, à F(mUtind)leau. — Le roi prit médecine et tint conseil Taprès-dlnée comme il fait toujours les jours de médecine. Le soir il y eut comédie (1) . — H. Télecteur de Bavière doit s'être mis en marche le 9. Il part de Memmingen sur l'IUer ; il passera à Stokach, qui est à la tête du lac de Constance, puis à Stilingen, ensuite à la hauteur de Schafssen ; de là il passera devant les Forestières et compte de se joindre à M. de Villars vis-à-vis de Loffenbourg. M« de Villars, après avoir passé le Rhin, marchera à Schopfen sur la rivière de Wies et de là en deux marches pourra joindre M. de Bavière. — Le roi a donné à H. de Relingue le cordon rouge qu'avoit H. de Nesmond et à Pointis la pension de 2,000 livres qu'avoit de Relingue, et à Hontaulieu, qui commandoit nos ga-

(1) « LescoroédieMieprésentèrent la comédie du Tartuffe de Molière, et ks ADards donnèrent ensuite nn nouveau divertissement. » ( Mercure d'octobre, page 219.) — Voir la note du 27 septembre 1700, tome VII, page 382.

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1ères à Cadix, la pension de 500 écus qù'avoit t*ôintis. Le cordon rouge qu'a voit Nesmondne valoit que 1,000 écus; il avoit encore le petit gouvernemeht de Redon en Bretagne, que le roi donna, dès qu'il apprit sa mort, au marquis de Château-Renaud, qui , je crois, ne le sait pas encore, parce qu'il étolt avec le comte de Château- Renaud, son oncle. — Lebret, intendant de la marine à Dunkerque, est mort depuis un mois; le roi a donné cette intendance & Robert, qui étoit intendant aux lies de rAmérique, et a nommé à l'intendance de ces lies le cominissaire qui est avec M. de ChàteaU-Renaud.

Mardi l7, à Pontainebleau. — Le roi courût le cerf l'après-dlnée ; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche. Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à lâchasse. — M. le comte de Choiseul arriva le matin, qui apporta la nouvelle que le prince Lotlis de Bade, sachahtque nous nous étions rendus maîtres de Neubourg et que M. de Gttiscard y étoit avec vingt escadrons et dix bataillons, a cru que nouS y passerions le Rhin, et, dans cette pensée là, il quitta le 1<^ au matin son camp retranché à Friedlingen et se mit en marche pour aller à Neubourg s'opposer à notre passage. M. de Villars, qui étoit à Huningae, averti à sept heures du matin que les ennemis étoient en marche, fit passer en diligence toute da cavalerie dans Tlle, et l'itifanterie suivit de près. On reconnut qu'effectivement les ennemis avolent abandoiiné leur camp; il fit passer la cavalerie à gué le petit bras du Rhin qui est par delà l'Ue, et Finftmterie passa sur le second pont qui va de l'Ile à Friedlingen, Le prince Louis, qui étoit en marche, fit retourner d'abord toutes ses troupes. Il avoit quarante-deux escadrons, dont cinq firent le tour d'une petite montagne pour se saisir de la hauteur. Les trenle-sept autres escadrons étoient sur deux lignes et vinrent nous attaquer; mais dès la première charge ils prirent la fuite. Nous n'avions là que trente quatre escadrons, parce que M. de

OCTOBRE ITOS. 15

VïUars en âvoil détaché six pour aller joindre M. de Guiscard â Reubourg. Notte infanteHe chargea trois fois celle des ennemis et la poussa toutes les trois fois, et sans qa^il se trouva par «delà le bois où nous les avions poussés six bataillons frais qui n'avoient point combattu, leur inEanterie n^auroit pas nlieux fait que leur cavalerie. Les culrassdfepâ dô remj)erettr n'ont ^as soutenu leur réputation. La victoire test complète pour nous. Nbus avons des prisotmiers en ^nd hombre ; nous aVons pris bien des étendards , des drapeaux, des timbales el quelques pièces de banon. Nous n'avons perdu que peu de monde à cette gt'aiide occafeion. Des Bordes, lieutenant général, Chatannes , brigadier d'infanterie, et le chevalier de Sève, mestre de camp de cavalerie, y ont été tués. Le duc d'Estrées,Chamarande ïe pète, le fils de du Bourg, M. de Polignac et M. de Coôtquen y ont été blessés légèrement. Noos sommes maîtres du camp des ennemis, qui se rçtireot en diligence vêts Pribourg. 4l. de Guiscard de voit joiadre M. de Villars le soir, et rien ne peut plus empêcher la jonction de M. de Yillars à M. Félecteur de Bavière*. — Il arriva Vaprès-dinée un courrier de M, de Boofflers, qui mande que H. ^e M^lborough a investi Uég^e, qui n'est pas en état de se défeqdre lopgtepups. L^ ville n'est pas une place de guerre; il n'y a que la cita- <lene et le poste de la Chartreuse qui puissent se soutenir quelques jours.

*Ji. da ViUarpcrut si bien la bataille perdue que Magnae, lieutenant général, le trouva sous un arbre s'arrachaot les eliieveux, (|ui lui apprit qu'elle étoît gagnée. Il eut peine à le croire, et poussa plus (fiflie deml-lleUe, et trouva qu'il étoit vrai. On trouva fort ridicule renvoi du comte d'Ayen pour apporter les dr^ipeaux pris , et qu'il en eût accepté la compassion, ne s'étant pas trouvé du tout à la bataille.

Mercredi 18 , 'à Fontainebleau. — Le roi alla tirer Taprès-dlnée. Monseigneur courut le loup ; messeigneurs les

16 JOURJNAL DE DANj&EAU.

ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tirer des sangliers. Madame la duchesse de Bourgogne déjeuna chez madame de Dangeau, et puis monta en calèche et alla joindre Monseigneur à la chasse. — M. le comte d'Ayen arriva pendant que le roi étoit à la messe. M. de Yillars Fa envoyé porter les étendards et les drapeaux pris à Friedlingen. On dit aussi quUl vient pour recevoir des ordres du roi sur ce que M. de Yillars aura à faire présentement. L'avantage que nous avons remporté sur le prince de Bade est encore plus grand qu'on ne Tavoit dit à H. de Choiseul y et le roi a été si content de la relation qu'il lui fit hier qu'il en a parlé plusieurs fois enle louant. Il n'étoit que capitaine de cavsJerie, et le roi vient de lui donner le régiment qù'avoit le chevalier de Sève et lui a permis de vendre sa compagifie; outre cela S. M. lui fait donner l^ÛOO pistoles pour son voyagé.

Voici la copie de la lettre que M. de Yillars écrit au

roi (1) :

« J'ai eu l'honneur de rendre compte à Votre Majesté , pai' une assez longue dépèche , de tout ce qui regardoit la prise de Neubourg^ qui a coûté le sieur de la Petitière , capitaine des grenadiers de Crussol , à la valeur

(1) A Cette lettre est reproduite avec quelques variantes dans le Mercure d*octobre, pages 364 à 374. H existe aux Archives du Dépôt de la Guerre une autre lettre de Villars au roi qui précédait sans doute la relation détaillée. Ce billet, que M. Turpin a bien voulu nous communiquer est écrit sur un véritable chiflbn de papier.

Du camp de Friedlingen, ce U ocL à 5 heures du soir. Sire, Vostre Majesté vient de** gagner une bataille. Nous avons beaucoup de drapeaux, destendarts, de timballes. Vostre cavallerie a fait des merveilles. Nous avons esté maistres de tout le canon des ennemis , mais la teste de votre infanterie, après avoir battu trois fois celle des ennemis, sVst renversée et m'a empesclié de destruire toutes leurs troupes. Nous avons perdu des étendarts , des drapeaux. Ce pauvre M. de Bordes est fort blessé, M. de Chamarant a fait des merveilles. Je souhaite que Vostre Majesté daigne avoir pour

OCTOBRE i7M. 17

duquel et k celle du sieur Jorau , lieutenanircolonel de Béank , est dû Theureux succès de cette prise. M. le marquis de Biron y a fait à son ordinaire ; j'y avois envoyé H. le marquis du Bourg pour donner tous les ordres nécessaires, ce qui lui a causé le malheur de ne pouvoir se trouver à la bataille^ dont M. de Choiseul aura Thonneur de donner la première nouvelle à V. M. Je fus informé que Farmée de l'empereur, commandée par M. le prince de Bade, se mettoit en marche le 14 etquittoit ses retranchements, dès le 13. L'infanterie de Votre Majesté avoit passé le Rhin avec la brigade de Vivans; sur ce que la prise de Neubourg nous faisoit voir un mouvemeht fort vif dans le camp des ennemis y Ton crut qu'il étoit bon de se mettre en disposition ou d'empêcher leur armée de troubler notre établissement dans notre nouveau poste ou de l'attaquer si Ton en détachoit quelque corps d^nfantarie pour aller vers Neubourg. V. M. comprendra que son armée ayant été placée au delà du Rhin dès le 13, par ks raisons que j'ai eu Thonneur de lui en dire, fut promptement en bataille dans le retranchement des ennemis. I^ matin du 14 MM. des Bordes et de Chamarande s'étoi^t mis à la tète de l'infanterie, laquelle marcha trèsdiligemment pour gagner la crête d'une montagne assez élevée. La cavalerie des. Impériaux , plus forte de deux mille chevaux que la vùtre^ étoit en -bataille dans la plaine et celle de V« M. fut placée sa gauche au fort de Friedlingeu, malgré un assez gros feu de l'artillerie de ce fort, et sa droite appuyée à cette montagne que l'infanterie avoit occupée.

>9^éibie aoBtre zèle pour le senriee aassi bien que le profoDd respect et la pro- We ¥éBératioii avec laquelle f ai llioniieur d'estre

Sire, de Vostre Abjesté, le très-humble, frès-obéîssant et très-fidèle sujet dierrilear.

Villa U8.

P. S. Je doÎB rendre justice aussi.àM. de Magnac.

T. îx. 2

18 JOURHAL» DE DANGEAU.

(i On aperçut dans ce moment que Finfanterie des ennemis faisoit tous ses efforts pour gagner la crête de la hauteur, avec cette circonstance qu'elle y montoiten bataille et que celle de V. M. traversoit les vignes et des hauteurs escarpées qui en ralentissoisnt F^rdeur.

« Je dois faire observer à V. M. que Ton avoit envoyé à Neubourg deux mille hommes de son infanterie parmi lesquels étoient plusieurs compagnies des grenadiers et les deux régiments de dragons de la Reine et de Gévaudan; cependant MM. des Bordes et de Chamarande^ dont la valeur pressoit les mouvements de Tinfanterie^ le premier peut*-ôtre avec trop d'ardeur, marchoient aux ennemis avec les brigades de Champagne, Bourbonnois^ Poitou et la Reine. Ils les trouvèrent postés dans un bois assee épais. Les ennemis avoient leur canon, et mcdgrë une très-vigoureuse résistance ils fur^it renversés et leur canon pris. Pendant ce temps^là M. de Hagnac, qui étoit dans la plaine à la tète de la cavalerie^ vit celle des ennemis s'ébranler pour venir à la charge; celle de V. M. étoit dans tout l'ordre convenable. On avoit dès le matin recommandé aux cavaliers de ne point se servir d'armes à feu et de ne point mettre Tépée à la main qu'à cent pas des enneoûs, et à la vérité ils n'ont pas tiré tm seul coup. Les Impériaux ont fait les trois quarts du chemin. M. de Magnac^ suivi de M. de Saint*Maurice, qui commandoit la seconde ligne^ s'est conduit en bon et ancien officier et s'est ébranlé de deux cents pas, La charge n'a été que trop rude par la perte de très-braves officiers dont j'aurai l'iionneur d'envoyer une liste à V. M. par le premier ordinaire. La cavalerie impériale a été entièrement renversée sans que lesescadronsde celle de V. M. se soient démentis^ et l'on a mené les eauemis jusqu'à^ un défilé qui ^ les a fait perdre de vue sans qu'ils se soient écartés pour le pillage ni pour faire des prisonniers.

<( Les nouveaux régiments n'ont pas cédé aux anciens^ et pour nommer ceux qui se sont distingués^ il n'y a qu'à

OCTOBRE iTM H)

voir Pordre de bataille; M. de Vivans, commandant de la «avaliarie; M. Doriac; M. de Massembac, colonel réfonné, eommandoit par son ancienneté la brigade de Condé [et] a fiût des merveilles ; M. le marquis du Bourg-, colonel du Royal ; M. leprincede Tarente, capitg.ine dans ce régimentlà; MM. de Saint-Pouanges, Fourquevaux, qui a sept étendards des ennemis dans son nouveau régiment; M. deConflans, brigadier. En un inot, j'ose dite à V. M. qu'elle peut oompter qne cette cavalerie s'est surpassée. Jugez de la perte dee ennemis par leur avoir pris trente étendards, trois paires de timbales, et nous voyons par des ordres de bataille pris aux ennemis qu'ils avoient cinquante-six escadrons, etjV, M. trente-quatre, les six de la Reine et de Géi^udan ayant et* envoyés la veille pour marcher vers Neubourg. Notre infanterie avoit défait par trois charges diffèrentescelie des ennemis et pris leur canon; mais la trop grande aideur jointe àla mort de M . des Bordes et de M. Cha- ▼Bones , 1» igadier , la porta à sortir dans la plaine après avoirchasséles ennemis du bols etàperdreifl^inî^ison avanfage. M. de Ghamarande, qui dans le cours de cette action, s'est parfaitement bien distingué, MM. de Schelberg et du Tôt ne purent empêcher qu'elle revint; cependant on peut joger de l'avantage qu'elle a eu sur les ennemis par avoir gagné plusieurs de leurs drapeaux sans en avoir perdu un seul. Tous les jeunes colonels y ont montré une valeur "«finie, M. de Seignelay , M. de Nangis, M. de Coetquen, M. de Chamarande fils, le comte de Choiseul, M. de Ravctot ont été dans les plus grands périls et le plus grand feu. Les ennemis ont eu plus de trois mille hommes tués sor le champ de bataille. Us n'ont pas de nos prisonniers. Mous savons que le général Stoffemberg y a été tué ; on dit aussi le comte de Furstemberg Stiling; le comte de Ibhenlohe, Konlgseck et deu.v autres colonels sontprisonîâers avec lângi-cinq antres officiers.

« Le comte de Hohenlohe demande pour aller à Bàle 8ur sa parole. Nous avons été aujouM'hui sur le champ

iO JOURNAL DE D ANGE AU.

de bataille^ et les endroits où les ennemis ont été défaits sont marqués par quantité d'armes abandonnées. Cependant le temps qu'il a fallu pour remettre quelque ordre dans notre infanterie a sauvé celle des ennemis; le chevalier de Tressemanes , major général, y a parfaitement bien servi aussi bien que le sieur de Beaujeu , maréchal des logis de la cavalerie. L'on a poussé les ennemis une lieue au delà du champ de bataille, dans lequel l'armée de V. H. a campé. L'on croyoit quatre petites pièces de canon égarées, lesquelles ont été retrouvées ce matin. Jusqu'à présent on n'en a que deux de celles des ennemis, mais j'en ai vu sept ou huit bien loin derrière notre infanterie, n est rare et heureux que dans une aSaire aussi rude et aussi disputée Farmée de V. M. n'ait perdu ni drapeaux , ni étendards , ni timbales, et que l'on en ait plus de trente-quatre de ceux des ennemis. Voilà, Sire, le compte que je dois avoir l'honneur de rendre à V. M. d'un avantage à ses armes toujours victorieuses. Nous apprenons dans ce moment que le comte de Furstemberg est mort de ses blessures. Ce seroît une grande perte pour Tempereur et pour le prince de Bade, dont il étoit l'homme de confiance. »

H. le marquis de VUlars ajoute par un billet particulier qu'aussitôt après le combat fini il a envoyé sommer le fort de Friedlingen, dans lequel les ennemis avôient quatre cents hommes, mais qu'on a été obligé d'y mener du canon, après quoi ils se sont rendus. La garnison en est sortie, les officiers avec leurs armes et les soldats désarmés. On a trouvé dans ce fort quantité de toutes sortes de munitions de guerre et de bouche.

Jeudi 19, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. Monseigneur, messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry, madame la duchesse de Bourgogne, madame la princesse de Conty et plusieurs dames dînèrent chez la duchesse du Lude , et après dîner ils passèrent chez la maréchale de Rochefort, où ils jouèrent jusqu'à cinq

heures. Le soir il y eut comédie (1) ^ où messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry ne vinrent point; ils font scmpnle d'y aller les jours de fête. — M. le maréchal de Villeroy est libre et est parti de Gratz le 1^" de ee mois avec un officier de l'empereur qui le conduit ; S. H. Impériale veut qu'il passe en Italie dans Tannée du prince Eugène^ à qui il donne la rançon du maréchal. Od compte que^ par le circuit qu'on lui fait faire, il ne pourra étte ici que dans le 8 ou 10 du mois qui vient. — M. de Zurlauben^ qui commandoit dans Hantoue, est à l'extrémité ; c'est ce qui a obligé M. de Vendôme de renvoyer dans cette place M. de Tessé^ qui y a déjà commandé si longtemps et qui y est fort aimé des habitants et des troupes. — M. le comte de Tallard a repassé le Rhin à Bonn ; M. Télecteur de Cologne vient avec lui. On a laissé M. le marquis d'Alègre pour y commander, et il y a huit bataillons françois. — M. le marquis de Château- Renaud arriva hier ; il étoit venu de la Corogna au Passa^ dans une felouque ; il a pensé être pris plusieurs fois et a essuyé de forts mauvais temps. Il croit la flotte en toute sûreté à Vigo et dit qu'il y a beaucoup de lingots d'or dessus. — M. le maréchal de Lorges fut taillé^ à Paris, par frère Jacques , et souffrit une opération fort rode dont on craint fort les suites.

Vendredi 20 , à Fontainebleau. — Le roi alla courre le cerf Taprès-dlnée ; Madame étoit à la chasse avec lui. Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. Madame la duchesse de Bourgogne alla se promener dans la forêt en calèche découverte. — Il arriva le matin trois courriers^ l'un de H. de Vendôme , un de M. le maréchal de Boufflers et un de M. de Yillars ; M. de Chamillart en alla rendre compte au roi, qui étoit chez

(t) « LMoomédîeDS rqirésentèrait la tragédie de Rodogune de M. de Cor- ■eiBe fiiaé , et V Après souper des Auberges da aieur Poisson. » {Mereure ^odobre, page 223. )

22 JOURNAL DE DANOEAU.

madame de Maintenon. -M. de Villars mande que la dé^ faite des ennemis est eDcore bien plus grande qu'on ne Tavoit cru d'al^ord. Tous les villages des environs du lieu où le comlmt s^est donné sont pleins de leurs blessés. Nous avons encore trouvé sept pièces de leur canoa qu'ils n'oQt pas pu emmener. Le priuce d' Anspacb y deux princes de Saxe et le lils de l'administrateur de Wurtem* berg sont blessé» et pris, et leur armée est si dispersée qu'il n'y a pas mille bommes ensemble. Villars a détaohé H. de Biron avec trois mille cbevaux pour aller au^levant de M. de Bavière. Nous faisons travailler à rétablir la re*doute de Huningue^ que nous avions rasée après la paix de Ryswyck^ et nous faisons encore accommoder celle de Friedbngen^ qui est déjà fort bonne. Nous allons fedre travailler aussi à Neubourg pour avoir des postes au deli du Rbin. On ne nous a pas dit grand'cbose des autres courriers ; nous savons seulement que Bonn n'est point jassiégé, comme on Tavoit dit.

Samedi 21, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer. Madame la ducbesse de Bourgogne se promena en calècbe à l'entour du canal. Le soir il y eut comédie (l)* — M. le comte de Choiseul partit le matin et porte à H. de Villars^ son beau-frère, un paquet de M. de Chamillart. Il y a simplement sur l'enveloppe : Amon$i$urlemarqui$de Villars, et dedans il y a une lettre de la propre main du roi et au-dessus : A mon cousin le maréchal de VillarSé On a confié le secret à M. de Choiseul avec ordre de ne le dire à personne. On veut que M. de Villars ne le puisse apprendre que par la lettre du roi. S. M. déclara 4 son dîner Thonneur qu'il lui avoit fait de le faire maréchal de France^ et il est seul de sa promotion. — On eut nouvelle ces jours passés que U, le comte de Toulouse étoit arrivé à Toulon le 11 de ce mois. On y travaille à un

(1) » Les coioédiens reprc^ntèrent VÊcoU des/cmtnes de Molière. « ( Mercure d'octobre, |)age 3î 1 . )

grand armement et on croit que cela retardera son retour ici de quelques jours. *- Le roi a envoyé ordre en Flandre à H. dn Maine de revenir, et on l'attend ici incessamment. — II est arrivé à Brest un vaisseau de Tescadre de H. de Châiteau-Renaud parti de Yigo le 6 de ce mois. L'estacade qu'on fait faire à rembouchure de la rivière est déjà fort avancée, et il y a déjà deux batteries achevées; ainsi il n'y a rien du tout à craindre. On y a fait marcher encore les troupes qui étoient à Cadix.

Dimanche 22, à Fontainebleau. — Le roi, Monseigneur ni messeigneurs ses enfants ne sortirent point de tout le jour à cause de la pluie. Le soir il y eut chez Monseigneur une musique où Ton chanta un opéra (1 ] de Matho, et les vers en sont de Morel. — Le roi, au retour de la messe, apprit la mort du maréchal de Lorges, qui avoit été taillé jeudi dernier. Il étoit capitaine des gardf^ du corps et avoit un brevet de retenue de 500,000 livres; on croit que lé roi nommera incessamment celui qui la doit remplir. — M. de Vendôme est toujours dans le même camp; il achève de mettre Guastalla en état de défense. Le prince Eugène n'a point abandonné Borgo- Forte, comme on l'avoit dit. — On mande que M. de Marlborongh, qui assiège Liège et qui est maître de la ville, qui est toute ouverte, a fait une convention avec Violaine, qui commande dans la citadelle, qu'on ne l'attaqueroit point du cèté de la ville, pourvu qu'il ne tirât point dessus. La citadelle est très-mauvaise et surtout du côté de la, campagne, dont le glacis n'est pas achevé. — Il arriva hier un courrier de Cadix qui est l'oncle de Louville. Il est lieutenant de vaisseau en France; les Espagnols lui ont donné le titre d'amirante, qui est à peu près comme colonel en France. Il avoit rassemblé ce qu'U y avoit de François à Cadix et les commandoit durant le siège. Les ennemis, depuis avoir misa la voile, s'étoient avancés vers

(1) Ciïronis.

le détroit^ comme sMls eussent voulu entrer dans laMéditerranée y ce qui auroit paru une folie n'y ayant aucune retraite ; mais ils n'avoient fait cette manœuvre que pour rejoindre cinq ou six de leurs vaisseaux qui croisoient de ce côté-là. On ne doute plus qu'ils ne retournent en leur pays , et ils ont déjà doublé le cap Saint-Vincent. — Le matin à la messe le roi fit chanter le Te Deum pour le gain de la bataille de Friedlingen, et l'ordre est donné pour lé chanter jeudi à Paris.

Lundi 23, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa petite calèche; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. Le soir il y eut comédie (1). Madame de Maintenon^ qu'on croyoit entièrement guérie, eut encore un peu de fièvre la nuit. — Il arriva un courrier de M. de VlUars, qui mande que des blessés, que les ennemis avoient laissés dans les villages circonvoisins il en a fait porter plus de cinq cents dans Himingue. On a su par eux que le prince Louis, dans cette occasion-là , avoit été blessé au bras. Ce prince fait venir toutes les troupes qu'il avoit laissées à Beischwiler et dans la basse Alsace ; il veut tâcher de rassembler une armée considérable. Ce courrier partit samedi au soir 2i . On n'avoit encore aucunes nouvelles de la marche des troupes de M. de Bavière ; mais on sait par djes lettres venues de Munich que cet électeur étoit encore le 12 à Memmingen. Biron, qui étoit allé au-devant de lui avec trois mille chevaux, étoit rentré dans notre camp dès le vendredi, après avoir établi beaucoup de contributions et ramené beaucoup d'otages. — M. de Pontchartrain vintdire au roi, le soir, chez madame de Maintenon, que la grande flotte ennemie nonseulement avoit doublé le cap de Saint-Vincent, mais

(1)« Les comédieng représentèrent la tragédie des Horacesde M. de Corneille rainé et la petite comédie de la Parisienne du sieor Dancourt. » (Mercure à'odUÀïre , page 342.)

OCTOBRE 17m. 36

avoit passé à la hauteur de la rivière de Lisbonne. Sur cette nouvelle, on a envoyé ordre à Toulon de ne point continuer Tarmement à quoi on travailloit, et H. le comte de Toulouse en partira pour revenir ici dès que le courrier du roi sera arrivé.

Mardi 24, à Fantaind>lêau. — Le roi alla tirer. Monseigneur courut le loup; masseigneurs ses enfants étoient à la chasse avec lui. — M. de Locmaria a mis des troupes dans Trêves, où il attend M. de Tallard, qui y devoit arriver le 21 . H. de Tallard doit faire le siège de Traerbach, où il y a un assez bon château où les ennemis ont laissé cinq cents hommes. — il arriva un counder de M. de Vendôme, qui mande que le prince Eugène avoit fait une entreprise sur Mantoue dont nous avions été avertis par un sergent qui avoit été son prisonnier, qu'il croyoit avoir gagné par les grandes promesses qu'il lui avoit faites de la part de Tempereur. Ce sergent rendit compte de tout à M. de Vendôme, qui résolut de se prévaloir de cela pour faire tomber le prince Eugène dans le piège qu'il nous tendoit. Le sergent avoit promis de livrer la porte de Pradela, et le prince Eugène marchoit pour s'en saisir avec douze cents chevaux et deux mille hommes de pied. M. de Vendôme, avec quatre ou cinq mille grenadiers ou dragons et quelque cavalerie choisie, avoit passé le pont de Torre d'Oglio , étoit entré par Curtatone la nuit et s'étoit bien embusqué , ne doutant point de prendre le prince Eugène ; mais un dragon de Lautrec déserta la nuit et alla avertir le prince Eugène ; ainsi les entreprises de part et d'autre ont manqué. — H. de la Rochefoucauld , au coucher du roi , lui apprit la mort de la duchesse de Gesvres*. Le marquis de Gesvres, qui étoit ici, s'en alla en glande diligence à Paris; on craint que cette mort ne lui donne encore de nouvelles affaires avec son père,

* La duchesse de Gesvres étoit peu de chose, et riche héritière. Son P^re s*appeloit Fontenay-Mareuil , qui pourtant étoit ambassadeur de France à Rome, dans le temps de l'entreprise de M. de Guise sur

36 JOURNAL DE DAIIGEAI).

Naples, du temps du cardinal Mazarm , et qui servit dignement dans cette ambassade. La duchesse de Gesvres étoit très-extraordiiiaire , brouillée et avec raison, et séparée de son mari, vertueuse et de beaucoup d'esprit.

Mercredi 25 , à FontaSnebleau. r*^ Le roi oourut le oerf r^Lprès-dlnée ayant madame la ducbeâse de Bourgogne dans 8a calèche; Monseigneur etmesseigneurs ses enfants étoient à la chasse. — On eut le matin des lettres de Han>* bourg par où on apprend que le roi de Suède, faisant faire le manège à son cheval|avoit fait une cruelle chute. Il y a des lettres qui portent qu'il a la cuisse cassée ; il y en a d'autres qui font la blessure moins grande et qui portent même que deux jours après sa chute il s'étoit embarqué sur la Vistule et marchoit à Varsovie pour en chasser le roi de Pologne ; que Tarmée de Suède marchoit sur les bords de cette rivière et que le bateau où étoit le roi s'arrêtoit proche des lieux où l'armée campoit. — ► M. le chevalier de Pezeux arriva il y a quelques jours de Strasbourg y où est en garnison le régiment d'infanterie qu'il leva l'hiver passé; il a permission de vendre ce régiment, qui est en très-bon état^ et en va lever un de dragons à ses dépens. — Le chevalier de Hontendre, qui avoit apporté la nouvelle de la retraite des ennemis de devant Cadix y quitte le service des galères , et le roi, qui est content de lui, lui a promis un des premiers régiments d'infanterie qui vaqueroit. Il est frère de Hontendre qui a été tué à la bataille de Luzzara> colonel du régiment des Vaisseaux, et ils sont de la maison de la Rochefoucauld.

Jeudi 26, à Villeroy. — Le roi dîna à onze heures à Fontainebleau et puis monta en carrosse pour venir ici ; il avoit avec lui dans son carrosse madame la duchesse de Bourgogne , Madame et mesdames du Lude , de Ventadour et de Hailly. Monseigneur étoit parti avant huit heures de Fontainebleau avec madame la princesse de Conty pour aller diner à Meudon. Messeigneurs les ducs

OerOBHB i70ft. 99

de Bouigogne et de Berry allèrent droit à Versailles ^ et avoieDt mandé à madame la maréchale de la Hothe de les atteBdre à souper. Le roi^ en arrivant ici> s'alla fromeDer à pied dans le parterre et en calèche dans le parc malgré la pluie^ — M^ de Pontohartrain envoya le soir un courrier au roi de M. de Pointis^ qui commande à Dun^ kerque une escadre qui s'est considérablement fortifiée^ qm jusques ici les vents contraires Tavoient empêché d'exécuter son entreprise ; [m] on ne dit point enoore ce qae c'est. — On a des nouvelles sûres que M. le maréchal de Tilleroy est parti de Gratz< Le roi témoigne beaucoup d'envie de le revoir et a donné beaucoup de conseils ponr les embellissements de cette maison en parlant trèsobligeaniment du maître. — Le prince d'Harcourt s'eet fait sonder depuis quelques jours ; oli lui a trouvé la pierre. On nous a dît que M. le duc de Lorraine lui donnoit ks 9,000 francs de pension qu'il avoît toujom*s don- Désauprince deCommercy depuis qu'il est en Allemagne. Vendredi 27, à VerMiUes. — Le roi dîna à Villeroy avant que de partir; il avoit à sa table, comme le soir auparavant, toutes les dames de madame la duchesse de Bourgogne et de Madame, S. H, arriva ici d^ bonne heure; M. leducduMaine^ qui arrivaavant-hier à Sceaux, futassez longtemps enfermé avec le roi. — On apprit en arrivant que le petit comte de Noailles étoit mort à Strasbourg^ au bout de quarante-trois jours , de sa blessure. Il avoit une des deux lieutenances générales de Guyenne, et M. le maréchal son père étoit son survivancier. — H. le ma~ réchal de Gatinat a son congé depuis quelques jours, ^ossi bien que tous les officiers de son armée qu'on avoit laissés à Strasbourg. — On apprit le soir que la citadelle de Uége avoit été prise d'assaut ; le gouverneur et quelques officiers ont été pris sur la }>rèche. Le reste de la fganrâon n'a pas fait ce qu'on devoit attendre des troupes du roi. Presque tous les soldats ont abandonné ks officiers sans songer à se défendre. Les ennemis ne

M JOURNAL DE DAUGEAU.

soDgeoient qu'à prendre la contrescarpe , mais Féponvante de nos troupes leur a fait tout entreprendre. Leur artillerie avoit battu les bastions de la place jusque dans le pied, et il y avoit plusieurs grandes brèches. Nous y avions sept bataillons et deux compagnies du régiment Royal-artillerie.

Samedi iS y à Versailles. — Le roi, à son ordinaire, tint conseil le matin et alla tirer Taprès-dlnée. — Notre armée de Flandre , qui n'est pas en état de tenir la campagne contre celle des ennemis, qui est fort supérieure , se retire derrière nos lignes, et milord Marlborough va faire attaquer le poste de la Chartreuse de Liège, où nous avons cinq bataillons. Il compte d'aller ensuite assiéger Huy pour nettoyer la Meuse jusqu^à Namur. Le prince de Nassau, à qui les HoUandois venoient de donner le gouvernement de la Gueldre , est mort de maladie ; il étoit feldmaréchal. Il étoit mon beau-frère et avoit épousé , depuis mon mariage /ime sœur de madame de Dangeau, dont il n'a point laissé d'enfants. — On a des lettres de M. de Villars du 23 ; il ne savoit pas encore qu'il fût maréchal de France. M. le prince Louis, qui a fait revenir toutes les troupes qu'il &voit en deçà du Rhin, rassemble une grosse armée ; on croit qu'il aura plus de quarante mille hommes^ et H. de Villars en a beaucoup moins. Il sera malaisé que nous demeurions longtemps au delà du Rhin si M. de Bavière ne nous joint pas, et il y a des nouvelles qui portent que cet électeur s'est retiré à Munich. — Monseigneur le duc de Berry donna il y a quelques jours àjFontainebleau^ dans sa chambre, l'ordre de la Toison au comte d'Ayen, ayant les pouvoirs nécessaires du roi d'Espagne pour cela. S. M. C. a donné cet ordre il y a un mois au marquis de Sesanne , frère du duc d'Harcourt.

Dimanche 29, à Versailles. — Le roi alla tirer Faprèsdlnée. Madame la duchesse de Bourgogne alla dîner avec Monseigneur à Meudon et revint ici pour le souper du roi. Le roi et la reine d'Angleterre vinrent hier au soir

ici voir le roi et s'en retournèrent à leur ordinaire à Saint- Germain. — On reçut des lettres de M. de Villars du 26; il savoit la dignité dont le roi Ta honoré. Il étoit encore campé à Friedlingen. On ne doute point que H. Télecteur de Bavière ne soit retourné dans ses États. M. le prince Louis, avec cpiarante mille hommes dont son armée est composée présentement^ s'approche de Neubourg. M. de Villars a fait repasser le Rhin à ses gros bagages. — Le roi envoie pour commander sur la haute Meuse et pour empêcha qae les ennemis ne fassent contribuer en deçà de cette rivière^ la Devèze , qui a été longtemps colonel d'infanterie et qui n'avoit pas été fait brigadier à la der^ mère promotion ; il y a six mois qu'il vendit son régiment. — L'abbé de Maulevrier, nommé par la province de toxm à cette agence qui ne finira que dans deux ans, a eu permission du roi d'accepter l'agence du clergé de la province de Sens, qui commencera quand l'autre finira, n y a bien longtemps qu'il n'y a point eu d'exemple qu'un agent ait été continué. L'agence vaut 80 ou 1 00,000 livres. iMndi 30 , à Yerunlles. — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à Marly. Monseigneur revint de Meudon. — On eut nouvelle que le maréchal de Yillei^y avoit couché le 20 à Milan ; le cardinal d'Estrées y est avec le roi d'Espsgne. On mande de l'armée de M. de Vendôme que le prince Eugène est toujours dans le même camp ; qu'il n'abandonne point encore Borgo-Forte ; que sa cavalerie est en très-mauvais état et que lesprisonniers et les rendus assurent que l'on soufCre fort dans son camp, ce qui est très-aisé & croire. — * On apprend d'Espagne que l'on transpOTte tout For et l'argent qui est sur les vaisseaux à Lngo, qui est à quinze ou vingt lieues de Vigo et plus avant dans les terres. On délibère présentement sur la loanière dont on disposera des effets de cette flotte. On veut empocher les fraudes que l'on a accoutumé de faire AU roi d'Espagne en pareille occasion et tâcher à décou- ^ les effets qui appartiennent aux ennemis des deux

U JOURNAL DE DANQEAU.

conroahen, et cela demande une grande discnmon . On dssure toujours qu'il y a plus de six^viiigts millions en or et en argent sans compter les marehandigefi. -^ Le duc de Goislin fut élu tout d'une voix à TAcadémie pour remplir la place du feu duc de Goislin^ son père, et le roi a approuvé le okoix.

Mardi M, à Vergailki. >-*• Le roi , Monseigneur et toute la maison royale entendirent vêpres en bas dans la chapelle; il desoend toujours en bas quand il y n unévèque qui officie. Après vêpres , le roi s'enferma avec le P. de la Chaise pour se confesser^ comme il fait toujours la veille des jours qu'il communie ; au sortir de ohea le roi, le P. de la Chaise alla chez Monseigneur, qui en use comme le roi son père. Madame la duchesse de Bourgogne fit le matin ses dévotions dans la chapelle en haut des RéooUets. -«- Le marquis de Léganès eut une longue audience du roi h^r; il s'est justifié sur beaucoup de choses qu'on lui imputoit depuis la mort du roi d'Espagne Charles 11. On l'acousoit d'avoir oonservé un grand attachement pour la maison d'Autriche ; il a très-bien parlé sur tout cela. Le roi est content de lui, et il est charmé des bontés du roi. *^ M, de Marsi^, qui étoit notre ambassadeur auprès du roi d'Espagne, demeurera & servir de lieutenant général dans nos armées; il mande au roi que S. M. G. Ta voulu faire grand du preipier rang et lui donner la Toison; qu'il avoit refusé ces honneurs de peur que cela ne tirât à conséquence pour les ambassadeurs qui viendroieat après lui; qu'outre cela il n'avoit ni femme ni enfants et qu'il ne vouloit de gr&ces que oeUes que le roi lui voudroit bien faire dans la suite, s'il étoit assee heureux pour s'en rendre digne.

Mercredi V novembre^ jour de la Tougêaint, à VereailUh -^ Le roi et Monseigneur firent leurs dévolions et assistèrent avec toute la maison royale à toutes les dévotions de la journée. Oom Jérôme> feuillant i prêcha et prêcha fort bien. Après les v^pr^s, te rd fit 1» distri-

NOVEMBRE iVM. 81

bution âm bénéfiœs. Il donna Tabbaye de Honastier à l'abbé de Gastries par la démission pure et simple du cardinal de Bonsi^ qui ne retient point les fruits ; cette abbaye vaut 11^,000 livres de rente^ toutes charges faites^ et a de trte-belles collations;, l'abbaye de TÉtoile^ dio-. eèie de Blois, à Tabbé Perrot, grand vicaire de M. de Chartres; Tabbaye de Uques^ diocèse de la Rochelle^ à Tabbé Raverteaux^ aumônier de Saint-Roch; Tabbaye de Poorquevatix, diocèse d'Arles^ à Tabbéde laPetitière, qui avoitdettx ^i^èras capitaines de grenadiers qui ont été tués cette année ; l'abbaye d' Aubeierre à Tabbé' de la Vergne. — M. le prince d'Harcourt salua hier au soir le roi ; il y avoit âiz*aept ans qn'il n'avoit paru à la cour^ et depuis deu]( mois il soUioitoit pour que le roi lui permit d'y reparottre. S. M. lui dit en l'embrassant : a Oublions le passé. » Le prince d'Hareourt lui demanda pardon de sa conduite passée, et |le roi l'assura fort qu'il ne s'en •oaviendroit plus. -^ La mauvaise santé du prince de Léon l'a obligé à quitter le service; il y étoit peu avancé, ear il n'étoit que capitaine de cavalerie.

Jeudi ity à Jfior/y. -^ Le roi, en sortant de table à Versailles, vint ici ; il ne s'y arrêta qu'un quart d'hetu^e ^ pois alla à 8aint*Qermain voir le roi et la reine d'Angleterre et revint ici sur les cinq heures. Monseigneur partit b matin de Versailles, alla courre le loup et revint dlaer ici. Madame la duchesse de Bourgogne allar à SainUïermain voir LL. MM. BB* et pute revint ici un peu après le roi; monseigneur le duc de Berry eft de ce voyage et en sera toujours à l'avenir. ^-^ On eut nouvelle que la garnison que nous avions dans la Chartreuse de Uége avoit capitulé le 39 ; Milon , brigadier d'iofanterie, qui y commandoit , n'a point voulu exposer les troupes à fttre prisonniers de guerre et on a approuvé ici sa con^ duite, -«- On a nouvelle que la blessure que le roi de Suéde s'étoit faite quand son cheval se cabra sous lui ^U fort .peu ocMAsidévable, ^t que cela ne Tempèchoit

9a JOURHAL D£ DANGEAU.

point d'agir. Le roi de Pologne fait marcher tontes ses troupes saxones vers la Prusse royale et tÀche, par toutes sortes de promesses avantageuses^ d'engager rélecteur de Brandebourg dans ses intérêts. — De Cray , lieutenant général et qui commandoit notre artillerie en Italie^ y est mort de maladie. M. de Vendôme demande qu'on envoie en sa place d'Andigné^ qui cornn^andoit l'artillerie sous lui au siège de Barcelone. — Le roi a fait garder ici des logements pour M. le comte de^Toulouse et pour le maréchal de Yillei*oy , qui y doivent arriver. On y a amené madame de Vassé pour la première fois.

Vendredi 3 , à Marly. — Le roi partit d'ici à dix heures et demie pour aller courre le cerf dans son parc; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche. Madame seule dans ime autre calèche. Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. Le roi d'Angleterre y vint de Saint-Germain ; le roi l'avoit convié de venir taire la Saint-Hubert avec lui. Au retour 'de la chasse, le roi vint dîner ici, etle roi d'Angleterre retourna à Saint-Germain. — 11 arriva un courrier de M. de Ghamillart qui revient d'Italie. Les armées y sont toujours dans les mêmes camps, et quoique celle des ennemis y souffre beaucoup, le prince Eugène ne songe qu'à s'y établir davantage et y fait bâtir des baraques. M. le maréchal de Yilleroy étoit arrivé à Milan ; il n'a passé ni dans l'armée du prince Eugène ni à Vienne ; il doit être reparti de Milan lundi dernier, et le roi d'Espagne devoit en partir hier. 11 emmène avec lui le cardinal d'Estrées. — Il arriva un courrier de M. de Villars, qui mande que le prince de Bade avoit marché de Fribourg vers Neubourg comme s'il l'avoit voulu attaquer, mais il l'a laissé derrière lui et marche en descendant le Rhin. M. de Villars, qui écrit de Friedlingen, se prépare à marcher du cêté de Neubourg et suivra le prince de Bade. On ne compte plus que la jonction avec M de Bavière se

NOVEMBRE t7M. 88

puisse bîie cet hiver; mais il y a lieu de croire que ce prince n'abandonne point nos intérêts , comme des gens malintentionnés en avoient répandu le bruit.

Smttedi k y à Marly. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins; Monseigneur ^ messeigneurs ses enfants et madame la duchesse de Bourgogne se promenèrent avec lui Taprès-dlnée. — On lève cinquante-six compagnies de cavalerie pour mettre quatorze des plus anciens régiments à douze compagnies comme les royaux; ainâ ces quatorze régiments^ qui n^étoient qu'à huit compagnies, feront trois esca^drons présentement. On lève aussi quatre régiments de dragons ; les commissions en sont déjà données il y a quelque temps, et je ne sais que le nom d'un des colonels, qui estM.de Saint-Sernin. — Il y a quelques religionnaires qui se sont attroupés dans les Cévennes, où ils font assez de désordre. — Pfiffer, capitaine dans les gardes suisses , lève en son pays un régiment pour le service du roi. — Le marquis du Bordage, mestre de camp de cavalerie, dont la santé n'est pas trop bonne, a demandé permission de se défaire de son régiment, et le roi a donné l'agrément potir l'acheter au chevalier de Bouzoles, mestre de camp réformé. — Les Hollandois bombardent Rhinberg et ont promis à Télecteur de Brandebourg de lui remettre cette place entre les mains quand ils Tauront prise.

Dimanche 5, à Marly. — Outre le conseil que le roi tint le matin à son ordinaire , il travailla encore longtemps l'api:ès-dlnée avec M. de Chamillart. Monseigneur, en sortant de dîner, alla à Saint-Germain voir le • roi et la reine d'Angleterre. — H arriva un courrier de M. de Villars, qui mande que M. le prince Louis de Bade descendoit le Rhin et avoit fait faire une marche forcée à ses troupes, qui avoient fait sept lieues en un jour. On ne doute pas qu'il ne veuille rentrer en Alsace, soit à Drusenheim , où il a toujours gardé une redoute sous laquelle il a fait replier son pont, soit à Rheinau, pour se T. n. 3

84 JOURNAI. DE DANGËAU.

mettre entre THl et le Rhin , ce qui nons embarrasaeroit encore davantage. — Le roi d'Espagne a envoyé ici, de Milan, Franchine» qui étoit lieutenant de vaisseau en France et à qui il a donné la qualité d'amirante^ qui est tm titre au-dessus de capitaine de vaisseau et qui donne sur terre le rang de colonel. S. M. G. doit être partie de Milan le 2 ; il compte d'arriver le 7 à Gènes ^ d'où il ne repartira que le 15. Il espère arriver aux càtes de Provence le 18 et se rendre à Aix le 23 ou |e 94 , où il trouvera ses équipages.

Lundi 6 , à Marly. — Le roi tint conseil le matin et travailla Taprès-dlnée avec M. Pelletier. Monseigneur courut le loup ; monseigneur le duc de Berry étoit à la chasse avec lui. — On a nouvelle que le 26 du mois passé il y avoit un détachement considérable des troupe de M. de Bavière à Stokach, qui est i la tète du lac de Constance. Il paroit que cet électeur demeure ferme dans nos intérêts malgré toutes les propositions avantageuses que lui fait faire l'empereur ; mais en même temps il paroit aussi qu'il ne songe point à venir joindre le maréchal de Villars , et ce maréchal va être obligé de repasser le Rhin , ne doutant point que le prince Louis, qui a deux jours d'avance sur lui, ne songe à repasser le Rhin pour entrer en Alsace. — M. de Tallard devoit être devant Traerbach le j " de ce mois ; on compte que ce siège pourra durer trois jours. Il a laissé M. l'électeur de Cologne dans Luxembourg ; ce prince témoigne avoir envie de venir à Dinan. — Séguiran, colonel d'infanterie dont le régiment est à Rhinberg , est arrivé ici. Le mar» quis de Gramont, qui conmiande dans la place, Ta envoyé pour rendre compte de l'état malheureux où la bombar^ derie des ennemis a réduit cette place; on croit qu'on pourroit bien en retirer lagarnison, qu'on ne saproit secourir.

Mardi 1, à Marly. — Le roi, au sortir de la messe , monta dans sa petite calèche avec Madame ; ils coururent

NOVEMBRE ifOS. 3S

h cerf et revinfeni dîner ici . Monseigneur et messeigneurs aee enbuts étoient à la chafise. — M. le comte de Tou- Ufùm arriva hier aprèg midi ; ie roi Ta fort entretenu sur tout ee qu'il a vu cette campagne. Le grand maitre de Malte lui œvoya un ambassadeur pendant qu'il étoit à MttsiBe; il y avwt un exemple qu'un grand maitre a voit envoyé une pamiile ambassade à don Juan d'Autriche pendant qu'il étoit en Sicile. M. le comte de Toulouse a demepré six semaines devant Messiïie j il alloit tous les jours se promener dans la ville , mais il revenoit tous les

Bài]«Mùsl|er siir son vaisseau. -i-^U y a déjà des officiers géaàauz de l'armée de M. de Gatinat qui sont revenus» et on s envoyé le ccmgé à tous ceux de Flandre qui ne doivent pHût servir eet hiver sur la frontière. — Le petit prince d'Ânspach, que nous avons vu ici , est mort des blessures^ qu'il avoit reçues à la bataille de Priedlingen . — Quelques banquiers de Patfis ont des nouvelles que la flotte ennemie avoit forcé Testacade que nous avions fiiite à Fen^ trée de la rivière de Vigo et que H. de GhAteau-4lenaud ivoît mieux aimé brûler nos vaisseaux et les vaisseaux espagnols que de les laisser prendre aux ennemis.

Mertrêdi 8, à Mcdtly. — Le roi tint conseil le matin à •on ordinaire et se promena toute l'après-dlnée. — La mne d Espagne envoya ici un courrier , et M. de Torcy poïiA ses lettres au roi. Elle mande que le 33 du mois pwé la flotte ennemie avoit débarqué beaucoup de ^pesprèsdfi Vigo qui étoient venues attaquer les batteriesqtie nous avions flûtes pour eqipècher Tentrée de la ri- ^^. Ces troupes^ après un assep grand combat^ se sont iBBdues maîtres de nos batteries et ont ensuite rompu ftttàeade et la chaîne que nous avions à l'entrée de la li^re, après quoi Us y ont fait entrer leurs vaisseaux. M. de Ch&teau-Renaud, voyant qu^on ne les pouvoit plus détendre et qu'il falloit céder au grand nombre^ a mis le fea et brûlé nos vaisseaux de peur qu'ils ne tombassent «ntoe les mains des ^inemis. Nous avions là quinze ifais-

seaux de ^erre> et les Espa^ols y avoient tous ceux qui ont apporté l'argent du Mexique; ils sont brûlés aussi. L'argent avoit été^ quelques jours auparavant, transporté à Lugo^ qui est dans les terres à plus de trente lieues de Vigo ; on croit qu'il y avoit bien pour huit millions de marchandises qui étoient demeurées sur les vaisseaux d'Espagne. La reine d'Espagne mande peu de particula» rites de cette affaire, qu'elle a apprise par une lettre du prince de Barbançon, capitaine général de galères, qui est à Vigo.

Jeudi 9 ) à Marly. — Le roi se promena Taprès^née avec Monseigneur, messeigneurs ses enfants et madame la duchesse de Bourgogne. Le roi et la reine d'Angleterre vinrent sur les six heures ; la reine fut plus d'une heure enfermée avec le roi chez madame de Maintenon, et le roi d'Angleterre, pendant ce temps4à, joua au brelan avec messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry , madame la duchesse du Maine et madame d'Elbeuf . — Il arriva le^matin un courrier de M. de Yillars, qui mande que le prince Louis est à Capell , au delà du Rhin , vis-à-vis de Rheinau. Il se répandit même un bruit qu'il avoit fait des ponts et qu'il étoit entre l'Ill et le Rhin ; mais ce bruit n'est point fondé. Le maréchal de Villars a repassé sur le pont de Neubourg; il y a laissé quatre mille hommes et a mis la place en état de défense. Il est venu camper & Benfeld, où il lui sera aisé de s'opposer aux ennemis en cas qu'ils voulussent passer le Rhin, ce qu'on ne croit pas possible présentement; voilà la campagne bien avancée de ce côté-là. U y a des lettres qui portent que le prince Louis sépare déjà ses troupes; ainsi voilà l'Alsace en toute sûreté pour cette année. On ne dit rien de M. l'électeur de Bavière, et l'on ne sait point qu'il fasse faire aucun mouvement à ses troupes.

Vendredi 1 0, à Marly . — Le roi après la messe alla courre le cerf; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse; ils revinrent dîner ici. M. de Rasilly, qui sui-

voit monseigneur le duc de Berry^ fut renversé par une biche ei se démit l'épaule. — Il arriva un courrier de H. de Château-Renaud , parti le 30 de Saint-Jacques de Compostelle (1), où il a rassemblé trois cents soldats^ plusieurs matelots et trente ou quarante officiers. U lui en arrÎTe atout moment, et il se prépare à marcher avec cette petite troupe à un défilé où il faudroit que les ennemis passassent s'ils vouloient aller de Vigo à Lugo. On ne sait point encore le détail de ce que nous avons perdu d'officiers ni si Vigo s'est rendu. Le courrier dit qu'il y a cinq mille bœufs et grand nombre de mulets qui vont à Vigo pour en transporter l'argent à Madrid et que cet argent est en sûreté. — La marche de M. le prince Louis de Bade est mieux éclaircie qu'elle ne l'étoit hier; il n'a point passé le Rhin et étçit à Capell quand M. de Villars a écrit — n arriva le soir un courrier de M. de Boufflers, qui mande une chose assez extraordinaire, qui est que mil(Nrd Marlborough, s'en retournant en Hollande, avoit été , pris par un parti espagnol de la garnison de Gueldre. Ce inarécha] mande au roi qu^ a eu plusieurs avis de cela, maison ne lui en a rien mandé de Gueldre.

Samedi 11, à Versailles, — Le roi partit à cinq heures de Marly ; Monseigneur en étoit revenu à trois avec madame la princesse de Conty , et madame la duchesse de Boui^ogne , qui avoit joué toute l'après-dlnée dans le

(1) Cest la suite de la malheurease affaire de IHgo , arrivée le 12 octobre. M. de ChAteao-Renaad , yioe-amiral , fit œtrer la flotte d'argent de la Nou- TeOe-Espagne dans le port de Vigo. U n'avoit osé ramener à la Ck>rogne, Vy enfant moins en sûreté , et le plos sûr auroit été de la condaire en France ; nû on apprélieiidoit les soupçons des Espagnols, qui se plaignoient déjà qne le roi de France prit tant d'autorité sur leur goaremement. M. de Châteauleatud aroit fortifié le port de Vigo, mais le duc d'Oimond ne laissa pas d'y Mtrer. Quoique M. de Chftteau-Renand ettt d^à fait transporter beaucoup ^npak dans les terres , les ennemis ne laissèrent pas de prendre neuf galions eneore charge et de nous brûler six vaisseaux. M. de Château-Renaud, de son côté, en aroit fait brûler sept et fait échouer plusieurs autres. Cette évoque fut fatale à la France. (Note du duc de Luynes, )

S8 , JOURNAL DE DANOEAl).

salon y eii pailit Un peu apràs Monseigneur. Us ayolent ordonné quUl y eût ici oomédie, mails il y eut un méaen» tendu et les oomédiens ne vinrent pcânt. Monaeigtieur joua cheE madame la princesse de Conty. -^ Le roi eut la oonfirmlition de la prise de milord Marlboroiigh, et on a pris avec lui M. d'Opdam^ lieutdnaDt général^ et M. d« Gildemersheim^ qui étoitle député de MM. les États Oénétaux à Tarmée ; ils ont été pris sur la Meuse. On traitera fort bien milord Harlborough, qui en a très-bien usé avec tous nos prisonniers. — M. l'évèque de la Rochelle est mort ; il étoit fils du bonhomme la FréEelière^ qui mourut il y a six mois. LMvèehé de la Rochelle est un des beaux bénéfices deFraoee et vaut plus de 12,000 éous de rente. — Valeilles^ qui étoit lieutenant de roi dans Kaiserswerth et qui fut fait brigadier après le siège, remercia le roi à la descente de son carrosse. S. M. lui a donné le cordon rouge de Tordre de Saintrliouia qu'avoit des Bordes^ qui a été tué à la bataille de Friedlingen ; les moindres pensions des cordons rouges sont de 1,000 écus.

Dimanche 12, à Ver^ailleB. -** Le roi alla tirer Faprèsdlnée. Monseigneur^ madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duo de Berry allèrent dîner à Meudon^ «t raprèsndinée ils allèrent à Paris à Topera. Après Topera Monseigneur retourna à Meudon, où il demeurera juaqu^à vendredi | madame la duchesse de Bow^gne et monseigneur le duc de Berry révinrent ici. — On apprit que milord Marlborough, qui avoit été pris par un parti de Gueldre sans être connu, àvoit été relâché sur un passe-port qu' avoit M. de Çildemersheim pour lui et pour six dé ses domestiques. U fit passer milord Marlborough pour son écuyer et M. d*Opdam pour son secrétaire, et le partisan qui les avoit pris fut assez si mpie pour le croire. — il arriva un courrier du petit Renaud, qui est dans Vigo. 11 mande au roi que les ennemis, ne pouvant prendre cette place , s etoient rembarques , qu'ils t&choient à relever cinq de nos vaisseaux qu^on n'avoit pu brûler et qu'on avoit fait

NOVEMBRE iTOS. 3»

«ehouor, qn^il Toit les ennemis mettre à la voile dans le temps qa'il écrivoit sa lettre^ que trois oents chevaux venus de Cadix leur avoient apporté tous les seeours de vivres dont ife avoient besoin et les avoient très-bien servis^ et que ks Espagnols avoient tous marqué beaucoup de zèle et de fidélité. Le roi cha^ea M. le comte de Toulouse^ qui allait à Meudon Taprès^dlnée ^ de porter cette bonne non* velle i Monseigneur.

hmdi 13, à Verwillu. — Le roi ^la se promener TaprtS'dlnée àTrianon. Monseigneur prit médecine à Meudon. — On eut nouvelle que Traerbach s'étoit t*endu le 7 de oe mois. M. de Tallard en faisoit faire le si^e par Miisonoelles^ brigadier dans les troupes qu41 commande ; b château étoitfort bon et auroit pu se défendre beaucoup plus longtemps. H. de Tallard^ durant ce siége^ a étendu ks contributions fort.loin ; il marche présentement vers Sarrelouis avec dix-huit bataillons et trente-quatre escadroQs. — Le chevalier de Chamilly^ brigadier d'infanterie et colonel du régiment de Béarn , est mort des blessures qa'il avoit reçues à la bataille de Friedlingen, et son régiment a été donné au comte de Maure ^ frère cadet du doc de Hortemart et capitaine dans le régiment de Champagne. — Les officiers généraux de Tarmée de Flandre^ qui reviennent presque tous, commencent à arriver, et le maréchal de BouDElers a loué une maison pour cet hiver dans Bruxelles j il commandera eet hiver cotnme il a commandé cet été. Il demande seulement pei'raission au roi de venir faire un tour ici pour se justifier de quelques fautes que ses ennemis prétendent qu'il a faites durant la campagne. — Le roi donne un régiment de cavalerie à lever à... ^ major du régiment de Berry ; il y a beaucoup de gens qui se présentent pour eri faire à leurs dépens et des régiment de dragons aussi.

Mardi ik, à VerMiUiés. — Le roi alla Taprès-dlnée à lendon ; Monseigneui^ lui fit voir sa chapelle, qui est achevée et que le roi trouva parfaitement belle. ïl le mena

aussi dans son appartement nouveau, qui est tout meu* blé ; le roi le trouva fort agréable, mais il en condamne fort Feutrée, et il est malaisé d'en faire une ailleurs qui soit commode. Au retour de Heudon, le roi vit chez madame de Maintenon le maréchal de Villeroy *, qui est arrivé et qui fut encore mieux reçu qu'on ne le pouvoit croire, malgré toutes les bontés et les amitiés que le roi lui avoit témoignées durantsa prison. L'empereurn'a point voulu prendre les 50,000 livres réglées pour la rançon des généraux. — On a eu des lettres du roi d'Espagne de Pavie, où il a encore été mieux reçu s'il se peut qu'en aucune ville du Milanez; il doit arriver le 7 à Gènes. Les armées d'Italie sont toujours dans leurs mêmes camps, fort incommodées surtout par la puanteur extraordinaire ; on croit qu'on apprendra le décampement par les premières lettres qu'on en aura. Il reviendra peu d'of&ciers généraux de notre armée, et les quartiers différents où ils commanderont cet hiver ne sont pas encore entièrement réglés. — M. le marédial de Catinat arriva à Paris. — Le roi à son souper et à son coucher entretint fort encore le maréchal de Villeroy et lui fit conter beaucoup de circonstances de sa prison (1) . — Le chevalier de Pezeux a vendu

(1) « n 8*en fiiot de beauooop, rapporte le Meretire galant , que ce naiéchai n'ait été traité eo AUemagne comme le prince de Virtemberg, Tim des gé* néraax de l'empereur et commandant sa cavalerie , qai fat pris par M. le maréchal de Lorges, a été traité en France. Ce prince eut l*bonneur de voir le roi; il fut régalé des principaux seigneurs de la cour, et n'eut que sa parole pour garde. Le roi ne voulut point en prendre de rançon, et, quelques jours avant son départ, il fut nommé pour Marly, où l'on a l'honneur de voir Sa Majesté plus souvent et de plus près qu'à Versailles, la cour n'y étant point nombreuse, etchacun s'y communiquant phis familièrement. M. le maréchal de Villeroy n'a point vu l'empereur; il a toujours demeuré à Gratz, où souvent il a eu à craindre, quoique ce ne fût pas l'intention de l'empereur, d'être insulté par ceux à qui le vin inspire de la brutalité, en sorte qu'il n'a osé s'exposer à jouir du peu de liberté qu'on lui laissoit Le menu peuple n'étoit pas plus sage et plus retenu, et il faut moins s'en étonner; il s'attroupoit autour du lieu où ce maréchal demeuroit dès qu'il entendoit dire qu'il y avoit eu quelque action dans les années; s'il les croyoitavantageusesfpour les armées de l'empereur ,

le régiment d'infanterie qu'il avoit levé l'hiver passé à la Fons, qui lui en a donné 10,000 livres argent comptant ; ce M. de la Fôns est fils de celui qui étoit intendant d'Alsace.

* RJeQ n*est égal à la faveur que le roi témoigpa au maréchal de ViUeroy eo oe retour \ elle fiit au point de lui parler de tout , et de 1 u taire souvent çpmmuniquer les dépêches étrangères par Torcy. Le chevalier de Lorraine, ami de Jeunesse, et d'intrigues, et d'alliance proche da maréchal , et homme de beaucoup d'esprit, le pressa de se

fl imttnt M. le maréchal ai s'applandissant, et s'il étoit convaincu da contniie, dont il a^olt de la peine à se laimer persuader» il redouUoH ses injures «édîtoues. Cela arrivoit rarement, tant on prend soin de déguiser ces sortes de Tentés dans toute TAllemagne et d'y chanter des Te Deum lorsqu'on ne ienoUi songer qu'à des chants hignbres. Voici un fait constant là-dessus et nfforté par Bf. le maréchal de ViUeroy. Ce maréchal dit qu'il n'avoit jamais scali me anssi vive douleur que celle que loi avoit causée l'arrivée d'un courrior de M. le prince Eugène, qui alloit à Vienne porter la nouvelle du combat de Loziara. U ajtute que l'usage des couiriers de ce pays-là qui portent de Imaes nouvelles est de sonner en passant dans les villes , d'une certaine maaière arec une espèce de cornet qu'ils portent ordinairement , et qu'en ajant m passer on sous ses fenêtres il avoit prié son garde de loi dire de quoi il t'af98soi(, et qu'après avoir affecté beaucoup de mystère avant que de lui riendédarar il lui avoit dit enfin que le prince Eugène venoit de gagner la halaiBe la plus com[^èle qui se fftt jamais donnée; que M. de Vendôme et presque tous les officiers généraux avoient été tués, tout le canon et tout le bsgige pris, et qu'il ne restoit plus qu'un petit corps de cavalerie, qui avoit prit la firite et qu'on ponrsuivoit de manière qu'il seroit dissipé en fort peu de

" L'empereur, n'ayant phis aucun prétexte pour retenir M. le maréchal de ViUeroy, loi envoya dire qu'il lai rendoit sa liberté} sans autre condition que «le de retourner en Italie et de passer par son armée. Cependant M. le ma* léchai de ViUeroy, qui savoit que la rançon des généraux d'armée venoit d'être filée par le cartel à cinquante mille livres, envoya, sitôt qu'il fut arrivé en Italie et étant encore éloiçié de l'armée de l'empereur, on billet de dnquante mille livres à M. le prince Eugène, payable au porteur. Ce prince, qui est né en Fruiee, qui n'a pu encore en oublier les manières et qui se sent encore de l'air (pli y a respiré, renvoya le billet de M. le maréchal de Vllleroy à M. le doc de ViOeroy, son fils. 11 l'assura en même temps qu'il n'avoit jamais songé à peadrede rançoolde monsieur son père, et marqua que leur entrevue ne convcMit ai à l'un ni à l'autre , etque la dignité de M. le maréchal de ViUeroy le dispcnsoit de se donner la peine de le venir trouver dans son camp. * (Mercyre de novembre, pages 332 à 33S.}

43 JOURRAL OK DAMGEAU.

servir de oe rayon singulier de crédit pour entarer dans le oonsett, qui étoit le comble stable et assuré de toute fortuue pour un hoixune aussi grandement établi que lui, et de quitter le commandement des arméest où il n*éto!t pas heureux. Uintérét du chetalier ie Lorraine d'avoiir dans le conseil un ami intime, peu éclairé et accoutumé à être! cotiduît par lui en beaucoup de choses ne put le rendre assez éloquent pour le liersuâder. II convenoit bieti qu'à la tiiimière dont le rcH le traitoît et à la nouveauté de lui faire Communiquer les dépêche^ il ne lui seroit pas ëifBcile d'obtenir d'tetrer dans leoonseil ; mais il protesta toujours que quitter le commandettlent des années après les malheurs quMl y «voit nssuyés, oe seroit te déshonorer, et s*ën tiiit là. Il ne mitgo^. à sentir, quand il n'en fut plus temps, combien le conseil du chevalier de Lorraine lui auroit été salutaire ; mais le chevalier mourut trop tôt après pour le voir.

Mercredi i&y à Yerudllei. «— Le roi alla rapdrè»Klliiée se promener à Mariy. Monseigneur le duc de Bourgogne mena dans son carrosse madame la duchesse de Bourgogne à Heudon ; ils y virent diner Monseigneur , qui faisoit un retour de chasse à tiftq heures. Monseigneur le duc de Bourgogne se mit à table avec lui, jpt madame la duchesse de Bourgogne mangea assise sur le bras de sa ehaise ; mais elle ne se mit point à table, parce qu'il y avolt des courtisans qui mangeoieni avec Honseigneur, et il n'y auroit que les princes du sang qui pouiroient manger avec elle. — On eut hier au soir des lettres de M. de Villars du 12, U étoit à Saverne avec toute sa cavalerie et une seule brigade d'infanterie ) il en a dispersé le reste depuis la Vansenau jusqu'à la hauteur de Neubourg. Avant que de revenir à Saverne, il avoit descendu le long du Hhin jusqu'à la Moeter, où il a ruiné plusieurs redoutes qu'y avoit fait le ptince Louis. Ce prince est retourné vers Brisach; il a son quartier général deux lieues en deçà de cette place, toujours aii delà du Rhin, et presque toute sa cavalerie est dans les gorges des montagnes de Fribourg. On ne dit rien de M. de Bavière, mais on croit qu'il demeure fidèle dans ses engagements avec le roi ; on dit même qu'il va augmenter considérablement le nombre de ses troupes. — Le roi

nOVEMBRË 1709.

donne 1,000 livres de pension à M; de Nesmond pour aToir appris à monter à oheval à monseigneur le duc de Berryjil avoit dëgà 5^000 livres de pension pour avoir appris à monseigneur le dud de Bourgognfe.

Jei»dii9, à Yarsaillès. «^ Le itoi alla tirer Faprès-dlnée. Honseigneur, qui est encore à Meudon, courut le loup« — * Le oomte d^Estffées^ qui revetioit de Toulon^ a été obligé de rester à Essonne fort inceounodé ) on craint même qbécette mo^modiié ne l'oblige à en Venir à une opération fàehewie. — J'appris que don Antonio de UbiUa , a^ffr^Mfie dtl dupaekB uinwermily qui a été fait marquis de lUva depuis quelque ttitnp^ avoit obtenu du roi d'Espagne la permisÉion d'être assis dans le conseil comme les oon-. Killeni â*Êtat; il rappertoit à genoux, et les bon^ offices que lui a rendus le foi [mc] ont déterminé le roi d'Espi^ne àlai aocorder cette faveur. J'appris aussi que le roi d'£sr pigne^ ava^t que de partir de Milan, avoit accordé les trai* (aïoents de gpraiid à trois ou quatre Milauoisj qui sont...

Void la Hste des officiers généraiix qui demétil^nt en Flandre eet hivéf :

lieutenants généraux. -— MM. le marqtiis de Ximetiès à Nsi^ mur; le comté de Oacé à Anvers ; lé marqMs â'Uèstin âar lé De- Aep« lé eerate de GassloB àim le pays de Taêd \ le o6iiile de la VottoÀSràges et àGaadi le niarqUki d'Alègfe à Bonn; lémar-< fbîBdê SlalBvine dans le pays de Laxembourg,

Moifé^kamx de camp* -^ MM. le marquis de Gramout; le che- Talier de Gourcelles ; le comte de Gaylus; le chevalier dif Rozet ; te marqua de Puyçégor ; 1q prince d'Épiney ; le mar()uis de Tho^yj de CheviUy.

Brigadiers de cavalerie. — M^. de Stfeiff ; le chevalier d'Àsfeld; lemarqQisdeSllly» des dragons; d'Achy; le prince de Bour- Mnville ; le prince de Talmond ; le niarqdls de Coétailfao, dé Vaillac.

Brigaêiem d'infanterie. — MM. de Seignier ; le chevalier de Gioissy ; de ImrtAt ; de Beignao; de Pafstte) de Valeilles; <te Priheë; de Hessy ; Jaltoi; le marquis de Yibraye i Milon , <l*4ewit ésquoiiDdant de la Cbartreiise ^ U^e.

44 JOURNAL DE DANGEAl].

Vendredi VI, à Versailles. — Le roi fut toat le matin chez madame de Maintenons qui a encore quelque ressentiment de fièvre , et l'aprè^-dlnée il alla tirer. Monseigneur revint de Meudon^ d'où il ne partit qu'à huit heures du soir. — M. de Catinat est revenu d'Allemagne^ et salua le roi^ qui lui demanda des nouvelles de sa santé ; le roi ne lui a point donné d'audience particulière^ et le maréchal ne lui en demande pas même. — Il arriva un courrier de H. de Vendôme qui a quitté son camp de Luzzara et marcha le jour qu'il décampa pour venir à Gonzaga; on croit qu'il prendra ses principaux quartiers dans leHodenois et derrière le Grostolo. Il laisse H. de .Barbezières pour commander dans Mantoue, M. de Tessé lui ayant demandé à revenir à la cour; mais S. M. juge à propos que M. de Tessé demeure et commande encore dans cette place-là cet hiver ; ainsi^ en cas que Tessé ne soit pas déjà parti de Tarmée avant que le courrier aiv rive, nous ne le reverrons pas cet hiver. Lé prince Eugène n'a* point songé à attaquer H. de Vendôme dans son décampement et décampa lui-même le lendemain pour marcher du côté de Révère ; il laisse garnison dans Borgo-Forte et dans Governolo , qu'il fait fortifier. Il occupe outre ce]a Ostiglia^ la Mirandole, la Concorde et San-Benedetto^ qui est entre le Zéro et la Secchia ; le pays qu'il occupe est petit et les subsistances y seront difficiles, mais il a une armée bien disciplinée et qui sait souffrir.

Samedi 18, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à Marly. Monseigneur courut le loup. Le soir il y eut comédie. — On mande de Pologne que le marquis de Bonnac^ notre envoyé auprès du roi de Suède^ traversant la Lithuanie pour aller joindre S. M. Suédoise^ qui n'étoit pas encore en ce temps-là partie de Cracovie, a voit été pris par un parti des troupes d'Oginski; que le roi de Pologne désavouoit l'action et promettoit de le faire remettre en liberté, mais on ne voit point qu'il exécute

ce qa'il a promis là-dessus. Le roi de Suède^ malgré la blessure qu'il se fit à la jambe dans sa chute, continue sa marche vers Varsovie ; son armée s'est avancée jusqu^à Opatow sur une petite rivière qui tombe dans la Vistule au-dessous de Sandomir; le roi suit son armée en litière. On mande que les Ck)saques se sont révoltés et qu'ils attaquent Bialacerkiew. — On mande d'Allemagne que l'empereur fait marcher vers les frontières de Bavière les recrues destinées à l'armée du prince Eugène ; l'empereiir y envoyé aussi deux régiments de cavalerie et fera marcher deux nulle hommes que le roi de Danemark a promis de lui fournir. — On mande de Madrid que la reine d'Espagne avoit fait lever un régiment de gardes, dont on avoit donné le commandement à M. de Gastanaga, autrefois gouverneur de Flandre^ et on a appris depuis qu'il étoit mort.

Dimanche 19, à Versatiles. — Le roi ne sortit point de tout le jour; il alla au salut et puis revint chez madame de Haintenon où il avoit passé l'après-dlnée. — Le mariage du duc de Quintin, qui avoit été quasi réglé durant la vie du maréchal de Lorges, son père, avec mademoiselle Chamillart, futarrété^ et le roi l'a approuvé, mais il n'est pas encore déclaré ; nous n'en savons point les conditions. — Des vaisseaux venus de Garthagène à San* tander et qui s'étoient séparés du comte de Château-Renaud^ se sont trouvés chargés en fraude sans que l'argent et les marchandises qui étoient dessus eussent été enregistrés ; on les a confisqués au profit du roi. Cette confiscation vaut plus d'un million. — M. de Boufflers a son congé pour venir faire un tour ici ; il doit arriver incessamment. — Le roi a résolu de faire faire lui-même les recmes pour l'armée d'Italie et a fait publier une ordonnance par laquelle il règle que les soldats de ces recrues auront, s'ils le veulent, leur congé au bout de trois ans, et entre autres privilèges il leur accorde celui d'être exempts de taille, eux et leurs femmes s'ils sont mariés,

4ê JOURMAL DB OANGBAU.

pendant ies trois ans qu'ils serviront et cinq ans enooM après: Par cette ordonnanoe le roi règle Ip nombre d^hpmmes que doivent fournir chacune des généralités du royaume et les pays conquis^ et le totpJ composera diit« huit mille oiuq cents hommes .

Lundi ao, à Ver9aHlei. ^— Le roi prit médecine et tint Taprès-dinée le conseil qu'il auroit tenu le matin. Mou-» seigneur dina chee madame la princesse de Gonty et y joua le soir. Madame la duchesse de Bourgogne^ après la messe, alla ohex le roi et fut toujours avec liû dui*ant son dlner^ et ensuite donna à diner chez elle à monseigneur le duo de Bourgogne^ et le soir elle alla voir Monseigneur ches madame la princesse de Gonty durant son jeu. «-^ On rappelle de l'intendance de Champagne M, de la Bretèche ^ fils de H. de Pomereu le conseiller d'État ; on envoie en sa place M. de Harouis , qui étoit intendant en Franohe-Gomté ; on fait venir en Franche-Comté M. de Bornages, qui étoit intendant à Limoges , et on envoie à Limoges son beau*frère^ qui est Rouillé des Fontaines , maître des requêtes comme eux tous^ mais qui n'avoit point encore été en intendance. *-^ Le mariage de M. de Quintiu est déclaré ; M. de GhamUlart donne à sa fille 100,000 éous, la logera et la nourrira elle et son mari à Paris et ici. L'évèque de Senlis, oncle de la demoiselle, lui donne 30, 000 livres, et le roi donne au duc de Uuiutin » 20,000 livres de pension; on ne dit p<Hnt encore ce que madame la maréchale deLorges donne au duc de Quintin^ son fils.

Mardi 31, à V^saillei. — *- Le roi donna le matin au* dience au nonce extraordinaire Fieschi, qui fit ici son entrée ; il l'avoit faite dimanche à Paris. Après avoir eu son audience du roi, il l'eut de toute la maison royale. 8. M. allaraprè^^lnéè à Marly. Monseigneur aUa diner à Meudon et revint ici le soir pour la comédie. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, parti le 14. Nous sommes présentement à Novi, d*où il va envoyer les troupes dans

NOVRIIBRE I7M. 47

ies quaftiers d'hiver, il avoit marché sur la Seochia, et s'il eût pa la passer il auroit embarrassé le prince Eugène, qui sépare sou armée en différents quartiers par delà oette rivière et qui a peu de troupes présentement^ ayant envoyé qaatre régiments dans le Tyrol pour subsister pluseommodément; mais M. de Vendôme trouva la Secchia débordée et fut obligé de revenir à son camp. Le eoamardn roi étmt arrivé à Tarrnée^ qui portoit ordre à I. de Teasé de demeurer en ce pays-là ; il commandera encore cet hiver dans Mantoue. — Il arriva de Madrid un

courrier que M. de Pontchartrain y avoit envoyé; il apporte peu de nouvelles. On apprend seulement par lui que Fargent de la flotte qu'on avoit transporté de Vigo ALogoetdeLugo à Villa-Pranca étoit en chemin de Villahanoa à Kadrid^ où on compte qu'il arrivera au premier jour. — Le roi a donné une pension de 600 écus à la veave et aux enflants de Chavagne^ qui a été tué à la baiiille de Friedlingen .

Mertndi S9 y à Vinmllê^ -^ Le roi alla Taprès-dinée SB promener à Trianon. Monseigneur ne sortit point de Umt le jour. — On a des nouvelles de M. de Bavière doQt on est eontent ; cet électeur tire des contributions dupaysde Wurtemberg et s'41argit dans le pays. Le prince Louis de Bade> qui a fait revenir toutes les troupes qu'il avmt en deçà du Rhin, fait courir le bruit qu'il va marcher à cet Âeoteur. Il y a des lettres de Ratisbonne qui portent que plusieurs priqoes de Souabe et de Franconie ont dédacé qu'ils vouloient demeurer dans la neutralité ; il est à craindre qu'ils ne l'aient dit un peu tard. — Il aifiva le soir un courrier de M. de Vendôme qui apporta li nouvelle que le 14 M. de Tessé avoit pris la ville et le château de Borgo-Forte, oùle prince Eugène n'avoit laissé qttetiois cent cinquante hommes, qui sont prisonniers de guerre. M. de Vendôme avoit marché comme s'il eût voeln encore passer la Secchia à la hauteur de la Hiran* dole; le prince Eugène, qui crut qu'il en vouloit à cette

48 JOURNAL DE DAfiGEAU.

place, s^ avança de ce c6té-là avec toutes ses troupes. M. de Tessé; qui avoit l'ordre de M. de Vendôme d'attaquer Borgo-Forte^ y marcha, prit d'abord la ville et ensuite attaqua le château. Le prince Eugène, en étant averti^ connut trop tard que la marche de M. de Vendôme n'avoit été que pour Tamuser, fit repasser laSecchia à un corps de ses troupes pour tâcher à secourir Borgo-Forte ; mais ses troupes n'arrivèrent que quand le château capituloit et furent obligées de s'en retourner après l'avoir vu prendre à leurs yeux, mais le Pô entre deux. On croit que de Borgo-Forte on marchera à Governolo.

Jeudi ^3 y à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée se promener à Harly. Monseigneur courut le loup. Madame la duchesse de Bourgogne alla dîner à la Ménagerie avec ses dames. — Il arriva hier au soir fort tard un courrier du roi d'Espagne parti de Saint-Pierre d'Arène le 1 5 au matin; S. M. C. n'attendoit qu'un vent favorable pour s'embarquer, et ce courrier dit que sur le midi il entendit tirer beaucoup de canon et qu'apparenmient c'étoit pour saluer le roi d'Espagne à son départ. — Le cardinal d'Ëstrées étoit assez incommodé, et on doute qu'il ait pu suivreS. H.G.;en cecas-làM. deHarsin s'embarquera et le suivra jusqu'à ce que le cardinal d'Estrées l'ait joint en Espagne. — On fit à Paris une opération au comte d'Estrées fort grande et fort dangereuse; le soir après son opération il se trouva un peu soulagé. — M. le duc d'Orléans a donné la charge de capitaine de la porte dans sa maison à Longue viUe, qui a toujours été fort attaché à lui ; il y a 2,600 livres d'appointements à cette charge. Elle étoit vacante par la mort d'un vieil officier de feu Monsieur, que nous ne connoissions guère. — M. de Ck)etmadeu, mestre de camp du régiment Ck)lonel, Ta vendu environ 100,000 francs à M. le Brun, fils du premier mari de madame de Gourtenay. — L'empereur a donné ordre pour la liberté du marquis de Varennes, et on* le croit présentement arrivé à Metz.

Ymdreé^^, à Tenailles. — Le roi dîna de bonne heure et alla courre le daim avec les chiens de M. le comte de Toulouse dans le parc de Marly ; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. Madame la duchesse de Bourgogne y alla en carrosse, et après la chasse eUeramena Monseigneur, à Marly. Le roi, quiétoit revenu de la chasse un moment avaQt eux, les attendit à Tentrée de Fappartement de Monseigneur, qu'on a fait fort acoraimoder depuis le dernier voyage de Marly et qui est présentement très-commode. Après Tavoir bien visité. Monseigneur revint ici ; le roi s'alla promener dans les jardins de Marly , et madame la duchesse de Bourgogne fit une grande collation qu'elle prolongea jusqu'à la fin delapromenade du roi afin qu'il la trouvât encore à table. Ole revint ici avec lui dans sa calèche, et le soir il y eut ici eomédie. — Le roi a donné le gouvernement de Thonl et du Thoulois à M. de Maupertuis, capitaine lieu- ^aumt des mousquetaires gris, avec un brevet de retenue de 30,000 écus; Maupertuis rend au roi le gouverne* ment de SainM2uentin, sur lequel le roi n'avoit point voulu mettre de brevet de retenue, parce qu'il n'en donne point sur le gouvernement des places qui sont destinées à récompenser de vieux officiers qui d'ordinaire ne sont point en état de donner de l'argent. Le gouvernement de Thoul a le rang de gouvernement de province et étoit vacant depuis assez longtemps.

Samedi 25, à Verscdlles. — Le roi alla tirer Taprèsdlnée. — On eut nouvelle du 17 que le roi d'Espagne avoitun vent favorable et qu'apparemment il arriveroit le lendemain sur les côtes de France. M. le cardinal d'Estrées, cpi est entièrement guéri, s'est embarqué avec lui ; M. de Varsiny est aussi, mais il reviendra ici dès que S. H. G. sera arrivée à Marseille ou à Antibes y en cas que cette Éminence continue à se bien porter. — Le roi fera donner durant la guerre, sur des confiscations, 12,000 livres par an an comte d'Auvergne pour le dédommager de pareille

60 JOURNAL BE DAMGEAU.

aoininequilavoit ooDsërvée Bût Berg-op-Zoodl par Tliooommodedledt qa'il avolt Tait avec le prince d'Auvergne^ son fils» après la mort de sa première femme* -^ On a nouvelle que M. de Tallard est arrivé à Mets avec lett troupes qu'il commandoit, qui sont fort fiitiguéés ) il A établi des contributionsjusqu'àHayencedepttisavoir pris Traerbach; que nous faisons fortifier. .^ On mande d6 Rdme que le cardinal Rodolovigo est mort ; il vaque par cette mortuneditièmeplacedansleflacrécollége> étonne parle point encore que le pApe veuille faire de promotion* «^ Le bruit court que la flottille qui vient de Boénos-Ayreë est arrivée à Cadix riche de dix tnilliôns de patagons^ œ qui feroit près de quarante millions} Oette nouvelle a eil« core besoin de confirmation*

Dimanehe 26^ à Ver8(Ulle$. -«^ Le roi alla Taprès^née se promener à Trianon. Monseigneur et messeigneurs ses enfants allèrent à Heudon faire une battue et y firent un retour de chasse avant que de revenir ici. *^ Le duc de Guiche avoit demandé une confiscation du bien que des Uollandois ont en Poitou ; cette conflseation est considérable. Le roi fera régir les biens de ces gens^là par rin** tendant de Poitiers et donnera au duc de Guiche^ durant la guerre^ 20^000 livres de pension qui seront payées au trésor royal. Le duc de Guiche a proiUis le quart de oe qui lui re viendroit è ceux qui lui ont donné TcLvis; ainsi il n'aura que 15^000 livres pour lui. -^On mande de Madrid qu'une partie de l'argent qui étoit sur la flotte y est déjà arrivé ; la junte trouve juste de rembourser au roi tout oe qui lui en a coûté pour faire venir la flotte et pour la perte de ses vaisseaux. — Le cardinal de Salasar, évèque de Gordoue^ est mort; ainsi voilà présentement once places vacantes dans le sacré collège. — Il y avoit quelques lettres d'Alsace du 23 qui portolentque le prince Louis de Bade avoit fait repasser le Rhin en deçà à une partie de ses troupes sur le pont qu'il a au-dessous du fort Louis ^ mais le maréchal de Villars n'en mande rien ; il fait for-

NOVEMBRE t7M. 51

tifiër BlflchwOlle^ qu'il a cru meilleur à garder que Hagttfitiau.

Lman, à Btarly. .— Le roi partit de Versailles après son dîner et se prometia ici jusqu'à la nuit. Monseigneur cwunt le loup et revint manger ici. *— Le marquis de Tessé, fib du comte dé Tessë, arriva le matin à Versailles ; soû père renvoie pour qu'il aille joindre son régiment, qaiestdaaë Bofin^ oùilaura peine àentrer présentement, n & apporté le détail de ce qui s'est passé à la prise de 6orgo-Fdrte> où nous n'avons perdu que trois ou quatre hominoè. Le pHuce Eugène avoit passé le Mincio à Gofëmok) peut» le venir secourir^ mais il arriva trop tard. I. de Vendôme étOit à Mantoae qtiand le marquis de Tessé W est parti, et il croit qu'on va attaquer Go vernolo, dont toQtes les fortifications sont du côté du Seraglio ; il n'y en a point de Tautre côté du Mincio ^ ce qui nous en rendra le siège bieti plus aisé. 11 assure tfaû l'armée du prince E(%èQ6 est si considérablement dépérie qu'il ne lui reste pas quinze mille hommes. ^— J'appris que k roi avoit donné une pension de 1,000 écus^ il y a quelijues jours> A I. des fispiiiets^ un de ses écuyers> qui soit d'or-^ diaaire tiiadame de Blaintenon quand elle va quelque part dans les carrosses du roi. — - On mande de Londres que le prince Georges de Danemark est si considérable* mes* malade qu'on ne croit pas i|u'il puisse paliàer

KmfU 28> à Marly. *^ Le roi> au sortir de la messe» >Ua ODUtTC le cerf. Monseigneur et messeigUeurs ses en- (tbtSy qui dévoient être de la obéisse» n'y allèrent point Ac^ttede la pltûe ; la calisse ne laissa pas d'être fort heile^ et te roi tint diner ici à ^oU ordinaire. *^ Le roi donna ^^^ ces jours passés qu'on donnât la liberté au jeune '^ois» qui étoit depuis près de neuf ans prisonnier à Vdéneiennes pour un prétendu duel ; le roi» qui ne se rei^ehe point sur la sévérité de son édit» qui sauve tant de iMiblesse dans son royaume, l'avoittenu si longtemps en

<i3 JOURNAL DE DANGEAU.

prison parce qu^il y avoit de grands indices contre lui , mais il n'y avoit point de preuves. La famiUe du comte d'Albert espère que S. M. songera présentement à le remettre aussi en Uberté^ parce que son affaire est beaucoup plus favorable et que même l'arrêt du parlement Ta déchargé de Taccusation de duel. — On a des lettres de Yigo du 6 par l'ordinaire d'Espagne; le peu de vaisseaux ennemis qui y étoient restés avoient remis à là voile^ et il n'en paroissoit plus sur toute cette côte. — On mande de Brest que les vaisseaux anglois et hoUandois qui retournoient dans leurs ports revenant d'Espagne ont été battus d'une fort rude tempête , qu'on voyoit à la mer beaucoup de marques de débris^ et M. de Pontchartrain^ au coucher duroi, lui dit qu'un des plus gros vaisseaux d'Angleterre avoit échoué à la côte et qu'on faisoit sortir de Brest un de nos vaisseaux pour aller le prendre.

Mercredi 29 , à Marly. — Le roi^ après son dlner^ alla courre le cerf avec les chiens de M. du Maine ; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient àla chasse. — Le roi a donné ordre à M. de Pontchartrain d'écrire à Paris pour faire sortir de la conciergerie le comte d'Albert, qui y étoit depuis deux ans; il n'a point attendu que la famille du comte d'Albert lui vint demander cette gr&ce. Outre la punition des deux ans de prison, cette malheureuse affaire coûte au comte d'Albert le régiment de dragons-dauphin, dont il étoit colonel, le roi punissant jusques aux moindres soupçons de duel, sévérité dont on ne sauroit jamais trop le louer. — Le roi a envoyé en Espagne le mémoire de ce qui lui est dû des dépenses que la flotte d'argent lui a causées pour la conduire en Espagne. Il ne compte la perte de ses vaisseaux brûlés à Yigo que (^,500,000 livres, et cela s'appelle , en terme de commerce, rembourser de l'avarie; il y a outre cela les dépenses qu'a faites S. M. pour cette même flotte qui sont : l'armement de l'escadre que commandoit Coetlogon et de celle que commande actuellement Ducasse , le droit de convoi et toute

l'artillerie que le roi a envoyée dans les places espa* gnôles de rAmérique; ces articles-là montent encore à dix raillions; les ordres sont donnés pour la construction de vingi-trois nouveaux vaisseaux, dont une partie pourra être mise à la mer à la fin de Tannée qui vient.

Jeudi 30, à Marly. — Le roi ne sortit point de tout le jour, et Paprès-dlnée il fit une loterie chez madame de. Haintenon pour madame la duchesse de Bourgogne et les dames du palais. Sur les six heures le roi et la reine d'Angleterre vinrent ici ; ils furent quelque temps enfermés avec le roi dans son cabinet, et ensuite la reine passa avec le roi chez madame de Maintenon , et le roi d'Angleterre vint dans le salon jouer avec Monseigneur et toutes les dames à un jeu nouveau qu'on appelle la tontine, qui est à la mode ce voyage-ci. — M. d'Antin achète du duc d'Uzès, son beau-frère, qui quitte le service, le régiment de Crussol pour le donner à son fils quand il sor^ tira des mousquetaires, où il ne fait que d'entrer; il n'a que quatorze ans. — Le roi d'Espagne est arrivé à Mar*seille, où M. de Grignan étoit allé le recevoir; il avoit débarqué à Antibes. M. Desgranges, maître des cérémonies, l'accompagnera tandis qu'il sera dans le royaume, -et le roi ne Fa envoyé auprès de lui que pour empêcher qu'on ne loi fasse aucune cérémonie partout où il passera. — Les États de Languedoc qui sont assemblés ont accordé au roi/ dès leur première séance, trois millions de don gratuit et deux millions pour la capitation. Les reUgionnairesde ce pays-là continuent à y faire beaucoup de désordres, et le roi y envoie quatre régiments pour les rédiiire.

Vendredi V^ décembre, àMarly. — Le roi, après la messe, alla courre le cerf ; Monseigneur et messeigneurs ses enfimts étoient à la chasse. Ils revinrent dîner ici comme à l'ordinaire. — M. le maréchal de Boufflers arriva le matin; le roi,, après son lever, le fit entrer un moment dans 800 cabinet et l'entretiendra demain au soir à Versailles chez madame de Maintenon. Ce maréchal alla l'après-

54 JOtlIUNAL DE DANGEAU.

dlpée voir M* de Ghamillari à TÉtang , et il n'e^t point vrai qu'ils soient brouillés eiu»emble^ (K>iiuaQpi) T^ypitciit. — M. de Callières pwrtit mf^i pour ^er à Nftn<7 de 1|^ part du roi. 8. M. «oubmta mettre de» troupes ^ans p^tte place^ de peur que le» enpemis n'y en mettent ^ m^is oa ne veut rieu 6ter à M. de Uirrs|ine ni de sa ^av^r^eté ^ni de son revenu; on espère qu'il vondr^bi^n laisser entrer nos troupes dan$i ses plaops ^m^ ^ défendre; maia s'il étoit assea niai oonaeill^ pour s'opjpo^r ^^n in» tentions de S. M.^ Hr de Tallard. marcberoit ^veQ toii^ ses troupea et un gros équipage d'^rtiUerie qu'on ^ f^\ remonter de Mete jusqu'au Pant-àrMops^n . ^-^ (j^roi de Pologne avoit mandé à M. du Héron i eqvQyé de France, de sortir de ses États ; du Héron répondit qu'il n'étoit pas seulement envoyé auprès du roi de Pologne, m^is auprès 4e la république. S. H. polonoise, peu contente d^ cette réponse, l'a envoyé prendre dans Varsovie , où il étoitdemeure, et Ta fait conduire à Tborn, ce qui est entièrement contre le droit des gens et. ce qui apparenuu^pt oboquqra la république de Pologne.

. Samedi â , à Venaille$. — Le roi se promena à Marly jusqu'à la nuit; le soir il donna ici une fort longue audience à. M. de Boufflers cbe? madame de Maint^non. Monseigneur courut le loup> et le sojr il y eut ici coïï^^e, où monseigneur le duo de Bourgogne ne vint point parce qu'il faisoit ses df^votions le lendeoiain. Nadazpe la duchesse de Bourgogne revint de Ma^ly de Ix^nue heure; ses rochers eurent ordre de la m^wv sur la terra et de la mener doucement ; on a de grandp^ espérances sur cela de sa grossesse. — Nos troupps dpi^ônt aotrpp denjain dans Nancy ; le roi alla le matin à IJ^rly çbes Madajna lui ep apprendra la nouvella. U lui dit çm'\\ avoit bésité qualque temps h prendre ce pai'tj-H par la considération paptioulière qu'il avoit pour 14 r (\p l^raipp et par ^ tendre amitié pour madame de l^orraine, mais qup l'intérêt de son ptat l'a voit obligé de prendre ce parti4à et qu'il espé-

DÉCEMBRE 17m. êS

toit queM. et fD^^ame de Lorraine entreroient avec amitié (lans ses |:!^poi»s et ne lui ^urpieut aucun mauvais gré. -^ Le m d'£pp4gQ^ a vegu des bouneui«i infiuis à Gènes. ]U ppt déf^Y^ im\» ^ mit? peQâant le temps qu'il a été fm* Ifnk i^t^ de la république ; il s'est fort promené dans G0)ie«) y'y ost fait fort aim^r et se loue extrêmement dfip bops traitements §tda§ honneurs que Fou a ftiite & IPTitfi sa suite. U arrivera le 46 de e^ mois à Figuièn^s^ qu) «rt la ^mti^ d^ FrwQP et d'Ji^pagne ; il a deux cents elwm foulafites qui U suivent m P]x>vence et en Languadoc

Z)fP(iaci^3, 4 fmrsaHhs. — Le roi ^ Monseigneur et toute Ja maison royale euteudireut le sermon. — Sur le hmit de rapproche d^ nos troupes, madame la duchesse da Lorraine^ qui étoit ii Wa Wy i s'est retirée à Lunéville, et M. le du0 de Lorrmue, qui était jt la pbasse, ayant appris Çi'iiljp étoitalléd ^ l^upéviUa, l'y a guivi ; elle est bieu prête 4'aocoucher. *^lfa<lemois^e d^ Gaderousse » fillo uuique di) ssqoad mariage de N- spd pêr^ avee mMemoiselle de ftaïQbures^ est morte çn Picardie } ell^ u'avpit que dix-huit aosetailait épouser la duc de Wort^mi^rt. ^-^ Le roi a dQuaé Qsdrp qu'cai arrêtât à ?9fiH tqus )w Polonois et les Saoua qui s'y trouveront »t qu'où m r^l^ohera que quand 1^ rcâ de Pologne aPi^ remis M. du Héron , uotre envoyé^ en liberté, ^-r Depuis }a mort de M, de Pomer^u, le roi avoit ét4 quelques jours sans uommer celui qui se* roit chargé dw araires de Ifadame; c'est qu'on attendoit V* ^ibère, qui étoit ji la campagne, à qui le roi avoit des* tiaé cet emplpi-'Ut «— La province de Normandie lève doaxrégimeuts d'iufanterie dout l^ fils d^ M< de Matignon^ qoi u'a que tr^iw ans, en como^udera uu^ ^t le colonel d^

l'autre sera uu vieil officier qu'on nomme M* de Le

iûifait lever encore trois uouveaux régiments de dragons dopt 1^ oolouels doiyent ^tre nommas cette semaine; i) y si^ a d^î^ eu quatre levés pette aunée.

imul^ k, à fêfmUes. — Le roi, au sortir du conseil

l»6 JOURNAL DE DANGEAU.

de dépèche, où monseigneur le duc de Bourgogne entre depuis quelques années, déclara quMl vouloit que ce prince entrât dans tous ses conseils ; cela, joint au commandement de ses armées, marque assez la haute opinion que le roi a de lui, et tout le monde a approuvé ce que le roi vient de faire. Monseigneur le duc de Bourgogne a reçu les compliments des courtisans, mais il n'en recevra point des ministres étrsoigers en cette occasion-ci. — Le roi a donné ordre au duc de Berwick d'envoyer des officiers irlandois à Bayonne pour y assembler leslrlandois qui ont déserté des troupes que les Anglois avoient fait descendre à Cadix ; il y en a déjà quelques-uns qui ont pris parti dans les troupes d'Espagne, et on tâchera de fedre un bataillon de ceux qui veulent venir servir en France. — De Creil, ancien capitaine aux gardes , à qui le roi donna une pension quand il quitta le service, est mort subitement à Paris. — Monseigneur alla à Meudon, où il demeurera jusqu'à vendredi, et le roi ira de mercredi en huit jours pour y demeurer jusqu'au vendredi d'après. — Le mariage de M. le duc de Quintin, qui se devoit faire jeudi à l'Étang, est différé pour quelques jours. — : Il y avoit quelque dispute entre M. le chancelier et les évèques sur Timpression des livres ; la chose a été réglée à l'amiable; on est convenu que les évèques pourront faire imprimer sans permission tous les livres qu'ils voudront faire sur la religion , et que dans les rituels où il est parlé des mariages M. le chancelier nommera un examinateur jurisconsulte pour lui rendre compte de ce qui peut regarder l'État. M. l'évèque de Meaux fera imprimer son livre contre M. Simon en y changeant quelque chose que M. lechfioicelier n'approu voit pas. Il est aussi convenu que MM. les évèques censureront les livres sur la religion quand ils le jugeront à propos, mais qu'ils ne diront jamais qu'il falloit leur demander la permission de les imprimer, ce que quelques-uns d'eux avoient mis dans leurs livres et c'est de quoi se plaignoit le chancelier.

DËGEMBRF: 17M. 57

parce qne c'est lui seul qui doit donner les privilèges pourrimpression. Le roi, qui n'avoit point voulu juger lenr démêlé^ leur avoit témoigné aux uns et aux autres qu'ils lui feroient plaisir de s'accommoder sans qu'on fût obligé d'en venir à un jugement. — Le roi nomma M. Davéjean pour aller commander à Nancy ; il aura deux lieutenants de roi sous lui.

Mardi 5, à Versailles. — Le roi, à son diner, dit au maréchal de Catinat qu'il le vouloit entretenir au sortir de table, et dès qu'il eut mangé il le fit entrer dans son cabinet; ce maréchal ne servira plus, et avoit eu dès Tannée passée envie de se retirer. — Il arriva un courrier de H. de Vendôme, qui écrit du 28. Il mande qu'ayant su qne le prince Eugène n'avoit laissé dans San-Benedetto qu'une compagnie franche , commandée par un lieutenant-colonel, il avoit détaché sept cents hommes de pied et environ deux cents chevaux pour edler attaquer ce poste. Barbezières, lieutenant général, et Montgon, maréchal de camp , voulurent marcher à la tète de ce détachement, quoiqu'il ne fût pas assez considérable pour des officiers généraux. Les ennemis firent peu de défense et ne nous tuèrent que trois ou quatre soldats. On a tué ou pris tout« cette petite garnison que le prince Eugène avoit ordonné à ses troupes qui sont dans les quartiers les plus voisins de secourir, mais on leur en a Mêle temps. Le lieutenant-colonel qui y commandoit et qui a été pris est Celui qui avoit eu la commission d'enlever M. de Vendôme dans sa maison il y a quelques mois. On a trouvé dans San-Benedetto quinze mille sacs de grains, qu'on a brûlés n'ayant pas de voiture pour les emmener, et les moines de cette abbaye ont promis d'en iaire porter dans notre camp cinq mille autres et ont 'donné pour cela des otages. Les ennemis n'ont plus de postes en deçà de la Secchia.

Mercredi 6, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Marly . Messeigneurs les ducs de Bourgogne

60 JOUIINAL DE DAHGEAU.

et de Berry allèrent ensemble à Mendon voir Monseigneur, qui avoit couru le loup^ et se mirent à table avec lui au retour de sa chasse ; cela nq \e^ Qmpécbfk pas loua deq^ 4e revenir souper avec le roi. llQns^iffn^iV 1q àw de Bourgogne entra le matin, pour la prâfuièra fpis, au conseil d'État. —- Is rai a ^omé fiqmmippion 4e polonol au lieutenant-colonel du régiment de QalmoeCi Irlandois qui commandoit le détacbpment doits^t Qpnfç bommes qui ont pi*is San^^ued^tto i c'est un qftiqier qui ^'est ^isr tingué en plusieurs ^utrits oopasions dnr^^nt oette guerre

ici, et M. 4e Vendôme avpit fort prié te for de lui accorder cette grâce, — Le roi d'Ëspogv^^i pen4wt qu'il a été ^ Gènes ^ a traité le doge d'Altesse et l'a IM^ couvrir

lui et tous les sénateurs çomïfte représeplwt le corps 4e

la république. Cbarjes-Quint f^vpit donné 4e l'Altesse au 4pge de Gênes et Vavoit fait cquvrir lui pt qqatre sénateurs ; voil^ pe qn'on ^ trpuyé 4aps les registres de ce ten^ps-là. — On ne doute presque plus delà grossesse de ipa44U)e la duchesse de Bourgogne, et eUe se u^énage fprt présentement. Madan^e de Vaintenon, à qni quelque^ aco^ de fièvre ont manqué^ alla ^er ohesi madame la ch^ncelière; il y avoit bien longtemps qu'elle n'a voit mangé hors de chez elle.

J€^di 7, à fermllfi^. — he roi alla ^pcqre l'^près-dtoéQ 4Marly. M. le duc d'Orléans, soizp^nt avec Mopseigit^HF ^Meudon, eutnne grande foiblesse et perdit connoissance j mais il revint un moment après, et son mal ne lui avoit pris que parce qu'il s'étoit trop retenu ; ainsi il n'y a rien à craindre. — M. le chevalier de l^orraine se trouva fort mal à quatre heures^ et à minuit la conpoissance ne lui étoit pas revenue; on ne c|?oit pas qu'il puisse vivre vingtHjuatre heures. U n'avoit pî^S été bien gu^ri de l'attaque d'apoplexie qu'il eut à Frémont pendant notre dernier voyage de Fontainebleau. — Qn a déjà arrêté à Paris quinze ou seize Polonois de familles considérables et on a donné ordre qn'on y arrêtât ceu^ flui y seroient encpre.

Ui pnmat et 1q grand maréchal ont désavoi^é et fort blâmé la violence qu'a faite le roi de Pologne d'firrétey et mettre en prison H. du Héron ^ envoyé de France. — Par les dernières lettre^ qu'on a eues de M. de Villars, on assure que ce maréchal avoit fait un grand détachement des troupes qui Ipî restoient. Ou mande d'AUemagi^e que Temperew rassemble Iq plus de troupes qu'il peut pour tâcher d'iotimider Mi l'éleçt^up dp Bavière ; les huit mille Saxons que le roi de Pologne a promis à S. M. Impériale sont déjà entrés dans la Silésie.

Fq»^redî 8 , à Fer«(j»rtf5. — L^ roi et toutci la ïpaisoi^ ipyald ant0udire»t le seroiQD at allèrent m sal^t, Moqr seigneur revint le soir de Heudon. <^ H. le chevalier de Lorraiiie * mourut l'après-dlnée à Paris sans que la connoissa]ïçe lui fût revenue. Il ayoit (juatre grandes gf.bbayes dont il y ^p avoit tfois sûrement qui sopt de l'apanage de . M. la due d'Orléans, et la qu^^tnème, qui est à Sqis^ppj^f ferme une dispute entre le roi et M. le duo d'Orléans. Voici le fait : Soissons n'est pas de l'apanage de M. le due d'Orléans, mais ce prijice prétend crue l'epdroit où est cette al^baye est du V^qjs et qu'il n'a été çnferuié 4ws Soissqps qœ quand on fortifia Cfitta ville, et ce fut le vipux maré« chai d'Estrées qui le. proposa au roi. Outre ces quatre ah« bayes, M. le chevalier de Lorraine avoit encore despensions SOT des évèchés, et le roi lui en donnoit une de 20,000 livres; cependaut il laisse beaucoup de dettes, £^yanttonjpurs

û»l gouverué ses affaires quoiqu'il ei^t Jjeaucpup d'esprit. Le roi a donné à M. le duc d'Harcourt le Ipgement que M. le chevalier de Lorraine avoit ici dans le ch&teau, et H. Iq duc d'Orléans a donné à madame la maréchale de {lochefort celui qu'il avoit à Paris au P?.l$iis Royal. — U due de Quintin est guéri ; sa mal^iQ ayoit uu peu {"etaidé le mariage qui se fera jeudi. On en portera lundi les articles à signer au roi, et S. M. donne 100,000 livres à M. de Cliamillart plus qu*on u'avqit dit d'abord, si bien

de JOURNAL DE DANGEAU.

qu'il ne lui en coûtera rien des 100^000 écus qu'il donne à sa fille.

* Cétoit i'h(Mmne de France qui avoit été le mieux fait, avec un fort beau visage , et qui jusqu^à la fin de sa vie avoit conservé le plus grand air et le plus audacieux ; aussi Tétoit-il au dernier point, quoique poli extrêmement, mais toujours avec hauteur et plus audacieux avec Monsieur qu'avec persopne. Le goût de ce prince pour le chevalier de Lorraine a été si public, si opiniâtrement éclatant que rien n*a été si public dans toute l'Europe, et a duré depuis leur jeunesse jusqu'à la fin de la vie de Monsieur, qu'il a toujours gouverné en maître absolu , à travers tous les mignons qui se sont succédé les uns aux autres. 11 fut accusé de la mort de Madame, qui l'avoit fait exiler et à qui ni lui ni Monsieiu* ne le pardonnèrent point , et le marquis d'Effia et le comte de Beuvron furent chassés pour leur part dont on les accusa. Le chevalier de Lorraine passa son exil en Italie et à Rome, d'où on prétend qu'il envoya le poison au marquis d*Ëffîat. Qudques années après,' Monsieur fit tant de bruit et de souplesses qu'il les fit revenir, et ne s'en sépara plus. Personne n'avoit plus d'esprit, de vues ni de manèges que le chevalier de Lorraine , et il ne considéra son empire sur Monsieur que pour en tirer de quoi vivre et répandre splendidement, comme il fit, à ses dépens, toute sa vie, et pour en tirer de la considération et des mâiagements du roi , à quoi il réussit pleinement en se mettant entre les deux frères pour ployer le cadet à toutes les volontés de l'aîné et le tenir bas devant lui. Ce fut à quoi le roi l'employa toujours avec succès ^ moyennant des distinctions et des grâM^, et surtout beaucoup d'argent à Monsieur et au chevalier. On a .vu que ce fut lui qui fit le mariage de la duchesse de Chartres , et qui en eut parole de l'Ordre avant les ducs , qu'il se fit bien tenir, et qui mit Monsieur dans l'intérêt de la maison de Lorraine, non>seuIement contre les ducs en toute occasion , mais encore contre son propre fils et contre les princes du sang pour M. de Lorraine quand il vint en France. Il vécut en cette considération qu'il sut se conserver tout entière par l'habitude, pour le peu qu'il survécut Monsieur. Sa maison se maintenoit un peu en Bohême, et sa tyrannie étoit extrême sur tous ses voisins dans ses abbayes et à Frémont, maison de chasse et de plaisance qu'il avoit sur le chemin de^ Fontainebleau, où le roi dtnoit souvent en y allant et venant. Il mourut subitement, jouant chez lui à l'hombre, comme la plupart de sa Êimille, et ne fut guère regretté que de mademoiselle de Lislebonne, qu'on croit qu'il avoit épousée secrètement pour conserver ses bénéfices, qui pouvoit tout sur lui et de laquelle il sera parlé dans la suite.

DÉCEBIBRE i7M.

ï 9 , d Yerfoilla. — Le roi ^ après son lever, doDfla audience & M. Rosen, qui lui avoit écrit quelques jours auparavant , lui demandant la permission de se retirer, renonçant non-seulement aux espérances que le roi lui avoitdonnées de le faire maréchal de France, mais remettantmèmeàS. H., sans en demander de récompense, la charge de mestre de camp général de la cavalerie et les pensions qu'il avoit de Tordre de SainirLouis, où il est grand croix. Le roi lui parla sur tout cela avec beaucoup d'amitié, mais il demeura ferme, disant toujours qu'il ne vouloit rien que Testime et les bonnes grâces de S. H., et qu'il éloit trop vieux pour avoir besoin d'autre chose et pour le pouvoir servir. — L'après-dinée le roi donna audience au comte de Coigny et à Ârtagnan, l'un directeur de la cavalerie et l'autre de l'infanterie de Flandre , et S. H., lesoir, chez madame dellain tenon, tintune manière deoonseildeguerrepourcepays-làoùétoientmonseigneur le duc de Bourgogne , MM. les maréchaux de Villeroy et de Boufflers et M. de Chamillart , et au sortir de ce conseil le bruit se répandit que M. le maréchal de Villeroy commande cette année en Flandre sous monseigneur le duc de Bourgogne ; mais le roi ne l'a pourtant pas dédaré au public. — Le roi d'Espagne lève trois régiments desgardes, un d'Espagnols, un de Napolitains et un deFlar mands, qui seront tirés des troupes qu'il a déjà en Flandre et qu'on remplacera d'aiUeurs pour n'en pas diminuer le nombre.

JHmanche 10, à Versailles. — Le roi à son lever apprit que M. Bénard-Rezé, sous-doyen du conseil, étoit mort; il 7 avoit longtemps qu'il ne paroissoit plus en ce pays ici, sa santé ne lui permettant pas d'y paroltre. S. M., au sortirdu conseil, appela M. le chancelier et lui dit : « Nous avons une place vacante, dans le conseil, de conseiller d'Etat ordinaire ; il mê semble que Caumartin est le premier des semestres ; cela est bon , et je ne changerai pas l'usage ordinaire pour lui quoique je m'en dispense

H^ JOUtiAÀL bk DÀHOfeAU.

sbUvent, et |>dtlf la^lacë de botiliélllër d'État des^me^tre c}ui vaquera t>ar la promotioil de Gadmariki , je tiroiâ que fiouchu la inéHte. Il me seH bien et j'en istd^ edtitetit. % Le roi ensuite dit tout haut atix autres ininiMireflileâ choli qu'il Venoit de faire . — Le toi permit AU mairéchal de Villeroy de déd&rer rhonneur que le roi lui ttVbit fe.it de le choisir pour commander la campagne prochaine Tar^ mée de Flandre soUs monseigneur le duc de Bourgogne. Noue y aurons encore plus de troupes que la c^lmpagne dernière ; le roi d'Espagne y ^urà pour sa p&rt quaranteneuf iMitaillons et quarante-sij^ escadrons de belles et bonites troupes et en bon état. ^- Il n'y eut point de sermon l'après-dlnée parce qull y en avoit eu vendredi et Ijne dans l'Avent il n'y en à qu'Un par semaine. — L'e»pérance de la grossesse de madame la duchesse dé Bour^ gogne continue > et on n'en peut quasi plus douter.

Laadi H , à ytntàllH. — Le roi al'A rtiprès^dlnée se promener à Marly ; il signa le contrat de mariage de M. le duc de Quintin avec mademoiselle de Chamillart. — It. de Chamilly *, qui étoil; notre ambassadeur en Dahemark, eSt revenu et salua le toi le matin. -^M. le dUc de CoisliU alla le matin au parlement prendre sa place de duc et pair, et l'après-dlnée il {\sk reçu à TAcadëmie françoise ett la place du duc de Coislin, Sofa père, fel fit une très-belle harangue, à laqueUe l'abbô de Dangeau, comme directeur, fit j^époUse pour l'Académie. •— M. de Ponchartrain parla à tous les capitaines de vaisseau qui sont ici et leUr dit qu'il avoit ordre du roi de déclarer à tous les officiers subalternes de la marine que S. M. nori-seulement ne feroit point monter ceux qu'elle dé- COuvriroit qui auroient donné ou promis quelque argent pbiir leur avancefalent à qui que ce pût être sans ëXcôptlbtt, bU que, si même dans la suite des temps cela veiioit à se décod\ -il*, il les feroit casser dafas ^elque élévation qu'ils fassent et qaelque bonne action qu'Us eu»tout pu Caire d^ailleûrs; mais que is'ik vouloient, avant

h t>i«ttlotiott, débldtër qa'ilsavôientpt^mis oU donné de l'argeotet tiommer à ijui^ loin de leur en savoir mauvais gré^ ce seroit un motif au roi pour les avancer et récompense par là leur bonne foi ; que ce discours-là ne poutoit jattiaiii fegslMer lès capitaiîlë^, parce que ce qu'ils avbiétit â préieUdl^e ébit trop considérable pour éite décidé ttatremetit^e ^ar â. M., qUi conhoissoit tous leurs ftr^ces. On àvoit deâ mémoli*eâ de plusieurs gens qUi pènoadoient {kuâseiueiitaux officiers que par leurcrédii ikles ferbieni av^Uôer, ët^ par là abusatit de leur simplicité, tiroieUt de Targent d'eux, et on a déjà arrêté dans iteiâ trois hommes ôoUvâiticùs d'avoir fait de pareilles friliotmeries. Depuis la décldtatlou que M. de Pontchartftdn a fkit be mâtin de là part du t*oi, il y a eu des offiden qui oui aVoUé (}UHls avoient donné ou promis de Tatgent à genâ qu'ils ont Uonimés et qui les avoieut assu- ^ qu'ils les feroient avancer. Le roi veut ôtel* toutes sorte de mauvais moyens de parvenir et qUe ce ne Soit tpe par la vertu- et paf les services qu'ott puisse s'a van* cêr.— Ou apprit hier que M. Ducasse, qui âvoit une escadre de six vais^eaux^ dont il eU avoit détaché deux poUr porter le nouteau tice-roi du Pérou, âvoit trouvé par ddàlaHatUne Mpt gros vaisseaux anglois, qu'il àvoit été attaqué par UU^calmè si long qu'ils ont combactu huit jours durant. Quoique Dueasse U^eAt que quatre Vais- SMttt, il a eu de l'avantage sUr le^ Anglolâ^ leut* a coulé à fond Un de leurs taisseaux, les a obligés à se betirer, et Itti a continué sa route et a porté à CaHhagt^në et à Porto- BaHo cinq oU six ceuts soldats destinés pour la garnison de CCS places.

* Chamîlly, neVeu de celui ^ui est devenu maréchal de ("rance et Ois ftai aotreChanliUy, qui Teôt été dès l6TS/il ne fût pas mort, étoit hNuiie d'esprit^ mais qui s'en Cfoyolt Une fois davatttage , et qui se Uousa en Danemark par. des hauteurs et des façons qui le rendirent <Hiieax au roi de Danemark et à ses ministres. Mais oe qui le perdit plus que ses fautes fut une méprise de dessus de lettre à Torcy et à Kadiczifettx, où eè dernier, qui se croyoit assez de ses amis , vit un

64 j JOmUHAL DE DANGEATJ.

portrait d« soi-même fait à Torcy en espèce de parallèle, dont il Ait a outré qu'il le perdit auprès du roi, de manière qu'il le demeura après sa mort , et n*en revint jamais. Quoiqu'il ne trouvât plus à son retour son ennemi en vie , rien ne le put raccrocher.

Mardi 12, à Versailles. — Le roi alla Taprè^-dlnée se promener à Trianon, et le soir chez madame de Maintenon il travailla avec M. le comte de Toulouse et M. de Pontchartrain durant trois heures. Presque toute la promotion de la marine fut réglée; mais voici tout ce qu'on en sait : le roi a donné au duc d'Albemarle, fils naturel du feu roi d'Angleterre, la charge de lieutenant général, vacante par la mort du marquis de Nesmond ; le duc d'Aïbemarle n'étoit pas un des plus anciens chefs d'escadre, mais le roi n'a pas voulu refuser cette grâce au roi et à la reine d'Angleterre, qui l'en pressoientfort. Il y a apparence même qu'il n'en jouira pas longtemps, car il est à l'extrémité dans une terre de la duchesse sa femme dans le Languedoc. Le roi a fait cinq chefs d'escadre; les voici par leur rang : Bellisle-Érard , Bellefontaine , Sebbeville, la Galissonière, le bailli d'Armagnac, tous anciens capitaines, hormis le bailli d'Ai*magnac, à qui le roi a été bien aise de donner cette distinction comme fils de H. le Grand, que le roi aime fort, et d'ailleurs le bailli, quoique fort jeune, est homme de mérite. — J'appris que ces jours passés le roi avoit donné la compagnie des gendarmes de la reine, vacante par la mort de Lamarie, à Yertilly , major de la gendarmerie, et la charge de major de la gendarmerie àDormoy, major du régiment du roi de cavalerie, qui est un homme que le roi estime fort. Vertilly n'auroit peut-être pas fort désiré de changer son emploi contre une compagnie, sans l'espérance prochaine qu'il doit avoir d'être mstréchal de camp, auquel cas il n'auroit pu vendre son emploi, et il tirera 50,000 écus de celui, qu'on lui donne.

Mercredi 13, àMeudon. — Le roi , au sortir de son dîner à Versailles, vint ici et il se promena jusqu'à la nuit

avant qae d'entrer dans la maison ; Monseigneur le vint recevoir dans son parc. Madame la duchesse de Bourgogne vintencarrosse, mais fort lentement^ et Monseigneur lui avoit fait préparer une petite chaise pour monter les degrés, dont elle se servira pendant qu'on demeurera ici. Monseigneur le duc de Berry est de ce voyage pour la première fois et y. viendra toujours comme il va présentement à Marly. — M. Chamillart travailla ici le soir, avec le roi et puis iretourna à TÉtang, où se firent les fiançailles de mademoiselle sa fille avec le duc de Quintin. — On adonné trois régiments de dragons à lever ; un des colonels est le fils de M. le comte de Chàtillon, qui n'a que seize ans et qui a été blessé cette année en Italie ; le père est premier gentilhomme de la chambre de Hw le duc d'Orléans. — Le duc de Villeroy revint de l'armée d'Italie; il servira la campagne qui vient sous M. son père en Flandre. — Le régiment des gardes qu'on tire des troupes qui sont en Flandre pour le roi d'Espagne s'appellera la garde wallone, et le duc d'Havre en sera colonel. — On a nouvelle de l'arrivée du roi d'Espagne à Montpellier.

Jeudi ik, à Meudan. — Le roi, après sa messe , vouloit *Uer courre le cerf; le vilain temps l'en empêcha , mais il ne l'empêcha point d'être dehors toute Taprès-dlnée, où il s'amusa à faire ébrancher les marronniers de Tavantcoor. Monseigneur fut toujours avec lui. — Monvielle , qui avoit^toujours servi le roi d'Espagne et qui est homme d'esprh et de mérite, a souhaité de revenir en France; il quitta S. H. C. à Aix et arriva il y a trois jours à Versailles. — M. de Tallard revint lundi ; il est un de ceux ^'on croit qui peuvent prétendre à la charge de capitaine des gardes du corps. — Le roi a donné l'appartement qu'avoit monseigneur le duc de Berry à Versailles à M. le^ duc de Gesvres qui va entrer en année; cet appartement avoit toujours été vide depuis que monseigneur le duc de Berry le quitta pour prendre celui de monseigneur

06 JOUlMÂL bt DAN&ËAU.

le duc de Bourgogne. — M; le niaréchctl dfe TillftM à pèN mission de revenir; 11 enveprà beaucoup de ôaValeHë de son armée pour hivertiët* ett Lotràine. M. dfe CalllèrëS , àvârtt t|Ue de partir de fee t)ays-là, alla â Lllfaé^Uè porter à M. de Lormue des ièttl*es du i*5i très-ob%eâflks; et en même temps il lui deiiisliida que le^ trouves de Financé fussent reçues dans les plates c[Ue SbU Alteâsè a sûr Itt SUtte comme elles Tbnt été ft NaUcy.

Vendredi 15, à MeUdôH: — Le t6l; ^pthk k rUeê^è; alla courre le cerf dans le [iatc Ah Ghâ^illë \ MoAitii è étoit dans sa cë,lèche avec lui ; Mc^d^lgtlètii* et mè^âeigneurs ses enfdnts étôiedt alvec Idl â la chasse. Ils i*èvitireht tous dîner ici. Madame de Hàintëtioii tl'â {>bitii; ëil de fièvre depuis huit jours. — À la prôdlôcion ({uë le roi vieht de faire pour la lùàrine , le toi a î'Ôglé (Jii'il y auroit toujours mille officiers parmi lesquels; cbmine Ae raison, on ne comprend pas les gai'des mariUë; ft inesure qu'il madquera dés officiel; Us serbut remplie. Oii a fait trente-huit èà^Itaines de vaisseau, quarante ëdjiitàines de ftfigate, quatre -vingts lieutenants et dent treiilè enseignes. On ne saura leurs noms que dimanche (1): — Le roi d'Espagne a mené M. de Hatsin jusqu'à t^erpignan, et il doit aujourd'hui prendre congé de lui poUi* revenir ici. On attend qae S. M. G. soit arrivée à Madrid pour disposer de l'argent qui est venu de là flotte. On fit partir de Paris ces jours passés M. Orry (2); c{ui est fort instruit du gouvernement des finances d'Espagne; et le roi^ aveint que de le faire partir^ lui doUna uhe audience dans laquelle il parla avec beaucoup d'esprit et de oçhsistance; mais il n'aiira en Espagne itiil caractère et d'à gira que par les ordres de M. le cardinal d^Estrées, à^ui

(i)Voir la liste de tous ces officiers de marine dans le Mercure de déoemlune, pages 300 à 322.

(2) M. Orry qui est aujourd'hui (1738) contrôleur général est son fils. ( IS'ote du duc de Luffnes. )

DËCeMBRK iTtflt. 67

adbna^rft M méâoires sUl* ëk quMl crbiJbU d ()i*bpos ^litlr redresser, s'il est possible, les fltiattbes de ce jiays-là, qui I sont fort en désordre ;

Siàudi 16 , 6 Ver$âllleji, -^ Le rôi après sbn dîner à Meiidtm descendit chez inadame Yà dhcHessiB de Botirgogoe,qiii seironva AÈsa&t incommodée. Les ë^^ëbahces qa'on avoit de sa ^oâsesâe M>at finies ; les médebihs craignent même ^'dle ne soit blessée. On U fit devenir ici coodiée sur nn lit dans son carrossé ; elle souffrit dé grandes douleors de t*eins en revenant; et d'abord elle se mit an lil^ où oïl vent qb'elle soit neuf jours ; elle ne croit poarlant pas étbe blessée: Le t*oii qui étoit ici àvàtit elle, h vint volif dès qu'elle fut arrivée et y repààsa enbore ea kortant de chez daadame de Haintenon avant ^liper. -* La duchese de âutjltin prit son tabouret au souper Ha roi ; elle le prendra demain chez madatbe le. dbehessé de Boni^ogne; — M; de la Faluère ; premiet président de-Bretagne; a demandé au roi permission de quittet* séL diorge) étant fort vieux et fort iiicokitmodé: Il n^À t)dë 10,000 écns dé brevet de retenue ; la charge lui eh aVt^it coûté 89; bllb vaut de revenu 15 ou 1 6, OM). livret, et il 7 a beaucoup de gens qui demandent à la remplir. — Les trbis colonels de dragons que le roi a feiits depuis peU 8ontH. de ChÂtiUon, que j'ai déjà nommé, le chevalier d^ MoiUein et Labtiétie, fils du lieutenant de roi de Strasbônrg.

Dimnnehe i"I,û Ver9aillt$. — Le roi a changé le dessein qoMl avoii fait d^aller j^asser la semaine â Marly , et i) devoit se purger aujourd'hui. Il a entendu le sebmoh et a été au ^ut, et & reudu plusieùhi visites à Uiddam^ la duchesse de Bourgogne, qui n'est poitit blessée , à ce (j[Ue croit Clément; il est persuadé qu'ellie n'a point été grosse. Elle se porte bien et a joué toute Taprès-dinée dans son lit. — J'appris que M. d'Orsay, fils du prévôt dés marchands de Paris , avoit acheté depuis quelques mois la compagnie aux gardes qu' avoit Guerchois, qui est présentement

colonel du régimeot de la Marine. -*- On a des nouvelles de M. l'électeur de Bavière j qui demeure ferme dans ses engagements avec les deux rois ; il est avec sa famille à Ingolstadty qui est sur le Danube et la meilleure de ses places. 11 demande seulement quelque argent pour lever encore cinq ou six mille hommes^ avec quoi il se croira en toute sûreté contre toutes les entreprises que Fempereur pourroit faire cet hiver sur son pays.

Lundi iS , à Versailles. — Le roi prit médecine et tint son conseil l'après-dlnée; il alla ensuite chez madame la duchesse de Bourgogne avant que d'aller chez madame de Maintenon. — M. de Gallières revint de Lorraine, et le roi a témoigné être fort content de ce qu'il avoit négocié en ce pays-là et de toute sa conduite. — Forceville, officier de la marine , arriva;. Ducasse l'en'voie au roi pour lui rendre compte de son combat contre l'amiral Bembow, qui a duré plusieurs jours^ comme je l'ai déjà marqué. Ce combat s'est donné par le travers de Sainte- Marthe à Test de Carthagène ; un lieutenant de nos vaisseaux qui avoit été fait capitaine à la dernière promotion y a été tué. Ducasse est entré dans le fort de Carthagène avec ses quatre vaisseaux de guerre et les trois vaisseaux de transport qui portoient nos troupes. Le chevalier de Roucy commandoit un de nos quatre vaisseaux de guerre et s'y est fort distingué (1). — Saint-Mauris^ maréchal de camp franc-comtois^ qui s'étoit fort distingué à la bataille de Friedlingen, a prétendu que M. de Villars ne lui avoit pas rendu toute la justice qu'il méritoit et s^est retiré chez lui.

Mardi 19 , à Versailles. —• Le roi donna une longue audience à M. de Callières depuis sa messe jusqu'à son dîner, qui fut de meilleure heure qu'à son ordinaire, et

(1) Voir la relation de ce combat , Hiite pAv ;Ducassc, dans le Met cure de janvier 1703, pages 17 à 77.

ensuite S. H. alla à Marly, où elle demeura jusqu'à la nuit. —Le roi a trouvé que le droit de M. le duc d'Oiv léans snr Tabbaye de SaialrJean des-Vignes^ qui est à Soissons, étoit un droit très-bien fondé ; on a même vu par les provisions de M. le chevalier de Lorraine que le roiluiavoit donné cette abbaye à la nomination de feu Monsieur; ainsi M. le duc d'Orléans, étant en droit d'y nommer^ Ta donnée à Tabbé de Sassenage y frère d'un des premiers gentilhommes de sa chambre. Il donne l'abbaye de Saint-Benolt-sur-Loire à l'abbé de Grancey^ son premier aumônier ; ces deux abbayes valent chacune environ 25,000 livres de rente. S. A. R. donne l'abbaye de Saint-Pierre en Vallée à l'abbé de Teseu, qui a négocié à Rome les affaires de Madame contre l'électeur palatin ; et l'abbé de Saint-Pierre , premier aumônier de Madame y aura l'abbaye de Tiron ; ces deux abbayes sont à peu près du même revenu^ qui est de plus de 10^000 livres de rente. Quoique ces destinations soient toutes faites^ cela n'est pas encore public et ne le sera que quand le roi fera la distribution des bénéfices à sa première communion, qui sera à Noël.

Mercredi 20, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. Madame la duchesse de Bourgogne, qui avoit gardé le lit depuis samedi , se leva le soir^ alla chez madame de Maintenon et après souper entra dans le cabinet du roi à son ordinaire. Les médecins et Clément conviennent tous qu'elle ne s'étoit point blessée et qu'elle n'avoit point été grosse. — Chemerault^ maréchal de camp^ arriva ici; M. de Vendôme l'envoie au roi pour rendre compte de ses projets durant l'hiver et recevoir les ordres de S. M., comme le maréchal de Villeroy avoit envoyé l'an- ^ née passée le chevalier de Bezons. M. de Vendôme devoit se mettre en marche le 15 et arriver le 16 devant Governolo, dont on attaquera la partie qui est en deçà du Mincio^ qui est la plus considérable et qui commande même à celle qui est au delà de la rivière. — Le roi avoit envoyé

70 JOUEliAL DE DAN&EAU.

cette appée au roi de Portugal \ine compagnie desoixc^nte grenadiers commandés par le chevalier de llézière ; )p coi les ^ fait i^evpnir en FrancjË^. U dQnnecettp pop^agnie au marquis d'Antip pour faire la pompi^nied^ grepadiers dp §pcpnd t>^t^illpp du régimept qu'U yi^nt ^'acjietpr dp duc d'Uzès ; cp régimept porterj^ Ip nqpi dp PPP^rÎp , pt ce secopd bat^iljpn, qui avoit tpujoprs été en g^pj^pp , servira pn campagpe. Le rpi dP»"»^ W^ ppipmiçslpn dp colonel ^pcbev^iier dp Méïière.

Jeu4i 3} ^ à Yermlles. — Lp p\\ alla tirpi! l'après-iUnép. Mppi?eigpepF courut le loup. B(#*pip Ja dpplîP?|?p dp Bourgogpe s'habill^ en grand ha)>i^ et repopipiepsa sa vie or^ipaire . Le soir il y eut pomédie» pù p)§d^pie la di^che^p jip Boprgpgnp alla. — On ept; nopypUp qpe V. réjecteur p§Ia^in ptoit topi}^é ep apoplexie. — jL^i^ni^, qui comp^ande à Nep):)purg copipie k Neuf-Brisach , ^ {a\{ un détq,chepiept fie cp^ g^pjspp^ poup aljer attaqH^ \^ 9^^teau d'ptersbeJB^, qpi p^t la rési4ppce ^n gran4 pFJPHf de |Ia||.e en ^HPfP^^gPP- La pçlse ^e pe pb^teq)} assurera et létppdf îf les contrf bptipns qpp ppps tirpn3 par IJe^f>oprg de l'autre côté du Rhin. — M. Télecteur 4p Cplogne est dppjjis qpelqpe^ jours 4 Naippp; U cpnipte d'4ief passer lp c^rpavàl 4 PruxeJle^. Sps dep^ pégipient^ de c^valppip et spp deu? de dragons, qui sppj ep bop ^f ^t, 3Qnt ^ftP? des quartieyrs près de%mur. U p'^ que ^ix batajllpnç, ^pi il en a }ais3^ ^rois dap^ Popn j lp3 trpi§ aptre^ §pnt ^ Pipap, pp il a cppypqué }es Étafs 4h P^Y^ ^e J^iégp ^px ^fe§ ^P Noël ; pjais i\ est '^ crpjncjf p que .ces État§ , ap woii^ la plp3 grapfÎP V'*^Vti^ 9 ne défèrent day^ptpgp à 1^ convpc^tjpp qu'pp ^ fpitp }e poo^te 4p J^jp^pndprf, qpj esf prjéspp-

tepient d^ps la ville 4p f^i^gp, fRipisl-F^ 4® rp^^PPF^I^^-

Veffdn^i 22, ^ Yprmihs. — Lp rp| 4eypit ^pf Ppprre lp cQrf Je n;atjp aif sprfir de ja pipçsp , ipaig le v|}ai^ tpfflps Vep epîppcjîqi; if 4lp8^ de J)pnf)e }ij5pfe pt q% passer Taprtis-4if}ée à IJfarly. ^pnseigpepr, qfij deyoit être de \8, ch^sp avep \e jrpi , alla 4)PPF ^ ft|pu4pn. — Le P. dje la '

Chaise^ qui se trouva mal, empêcha que le roi et Monseigneur De se confessassent; ils ont remis au premier jour de Tan à faire leurs dévotions. -:— Il arriva le matin deux courriers : l'un est du marquis d'Alègre, qui commande à Bonn^ et Tautre de M. de Vendôme. Le marquis d'Alègre mande au roi qu'il a entièrement rétabli le pont de Bonn, qu'il a des bateaux de reste; il a enlevé un quartier des ennemis qui investissent Bppn presque de tous côtés; il y a onze bataiUons daps l^ place, dont il y en a trojs 4^ l'électeur, deux d'Espagoe et six de France ; il y a aussi dans la place le régiment de dragons de Poitiers ; il demandoit encore quelques troupes^ parce que ces bataillons sont foibles et qu'il croit être attaqué cet hiver. L'officier qu'il a envoyé répond de faire elitrer les troupes qu'on y voudra jeter. Le courrier de M. de Vendôme est parti dul3; M. de Vendôme marcherale 15, comme Chemepault lavoit dit, et arrivera le 16 devant Governolo. On attend, les premiers jours (^e 1^ semaine qui vient, des nouvelles de cette expédition, qui ne laissera pas d'être difjfcile, la saison étant bien mauvaise pour mener le canon.

Samedi 23^ à Versailles. — Le roi , après le conseil de finance, travailla encore longtemps avec M- de Ghamillart et le renvoya quérir encore avant son dîner ; ainsi il étoit deux heures quand il se mit à table, et le soir il travaiUa chez madame de Maintenon avec ce ministre , et en sortant on sut (jue S. M. avoit fait une promotion de vingt- Quatre lieutépants ^énépux , de vingt-cinq maréchaux de camp et de trente brigadiers dont voici la liste.

LIEUTENANTS GBNÉBAUX.

MM. domte de Nassau, De ClérerobanH, De Lomont, De Gaylus , Comte de Gramont, DeCayev,

MM. De Magnac Du Rozel, Reynold, Saint Mauris , Hautefort,

GoorteMn^,

MM. Rigauville, Druy,

MODtgOD,

Phély peaux, Artagnan, Caraman ,

JOURNAL DE DA^GEAl].

MM. Comte de Roncy, Surville, . Duc de GharoBty D'Antin, Liancourt, Gbemerault.

MABRCHAUX DE CAMP.

MM. De Chamilly , Hessy, Desalleurs, D'Asfeld, Forsaty Galmoy , De Jeoffreyille, Prince de Birkenfeid^ Vaudrey, Goesbriant, Vibraye, Bérulle, Lée,

MM. Doringtoi), Julien, - Moncault, Sainte-Hermine, Comte de Uom , Nogent, Manderscheid, Vaillac, Valsemé, Gévaudan»

Vivans, * Du Châtelet.

BBIGADIERS.

MM. Duc de Lesdiguières^ La Connelaye^ Montgeorges, Du Héron, Raffetot, Chépy, Tournon, Rannes,

Choiseul, iaReine(l), Tillières, Hautefeuille, Du Bourdet, Choiseul-Beaupré ,

MM. Hautefort, des mousquetaires, Chevalier de Sully »

Saint Second, Calvo ,

Chevalier de Balivière, Imécourty des gardes du

corps , Marquis de Grancey, De nie du Vigier, Beauvau, gendarmerie, Montberon, Marquessac-Hautefort ,

(1) C'est-à-dire du régiment de la Reine.

DÉCEMBRE i7M. 73

MM. Brogiio, MM. Cîodoré ,

Due de Brissac» Montviel .

Chevalier de Cbamillart,

Dimanche 2i, à Versailles. — Le roi alla à vêpres en bas; il soupa à neuf heures et entra à dix dans la char pelle en haut avec toute la maison royale , et ils n'en sortirent qu'après avoir entendu les trois messes. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry avoient communié le matin. Le roi^ qui étoit fort en peine de la santé du P. de la Chaise^ apprit qu'il se portoit mieux et qu'il seroit en état de venir ici à la fin de la semaine; ainsi S. H. et Monseigneur comptent de faire leurs dévotions dimanche. — Le roi vit le matin à son lever le chevalier de Hautefort ; il l'appela et lui dit : « Je vous oubliai hier à la promotion; mais vous n'y perdrez rien, je vous fais brigadier et vous ferai mettre sur la liste dans votre rang. » Parmi ceux qui ont été faits maréchaux de camp, il y a six mestres de camp de cavalerie, qui sont : Yaillac, Jeoffreville, Yivans, le comte de Horn, le marquis du ChÀtelet et Forsat; il n'y a parmi ces six-là qu'un ancien régiment, qui est celui de Vivans, et le roi en a donné l'agrément au jeune marquis d'Heudicourt. M. le prince de Tarente aura celui de Jeoffreville; M. de ChemeroUes, fils de M. de Saumery, aura celui de Vaillac; k Billarderie , lieutenant-colonel du régiment de Brissac , aura celui du Chàtelet, et le neveu de Forsat aura le sien. Je ne sais point encore qui aura celui du comte de Hom. — Le marquis de Gouvernet mourut subitement à Paris. Il ne paroissoit guère en ce pays-ci ; il avoit une petite sénéchaussée en son pays qui est depuis longtemps en sa maison et que le roi donne à son fils. — Candau arriva de Perpignan après le souper du roi ; M. de BeauviUiers le présenta à S. M. , à qui il donna une lettre du roi d'Espagne, qui partit le i 5 de Perpignan et qui devoit arriver le 16 à Figuiera dans ses États, comme.il l'avoit

7j JOURNA.L QE DAI96BAU.

résolu. — On a nouvelle que le roi de Pologne avoit fait mettre en liberté le marquis de Bonnac^ qui s'en va à Varsovie trouver le roi de Suède , auprès de qui il a la qualité d'envoyé de France.

Lundi 25 , à Versailles, — Le roi et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée. — M. de Marsin arriva le matin au lever du roi ; S. M., après son lever, lui donna audience dans son cabinet et le soir il le fit venir chez madame de Maintenon, où 11 l'entretint pendant deux heures. M. Desgranges, maître des cérémonies, arriva de Ja conduite dw roi d'Espagne jusqu'à la frontière de son royaume, ayant soin q^u'on lui fournit partout ce qui lui pouvoit être utile et commode et empêchant toutes les cérémonies qui n'auroient fait que l'embarrasser. — C'est le marqt|is de Meuse, de la maison de Choiseul, à qui le roi a donné l'agrément pQur acheter le régiment du comte de Horn. — Lîentreprise que Laubanie avoit faite sur Etersheiip a manqué'^ les ennemis avec huit mille hommes marchoient au seootjrs; nous n'y avions envoyé que deux mille hommes, qu'on a jugé à propos de faire retirer. Noqs y avons perdu vingt soldats et un capitaine de grenadiers irlai^dois. — On a eu nouvelle que le duc d'AJbemarle étpitmort dans les terres de la duchesse sa femme en Languedoc ; il venoit d' êtr§ fait lieutenant général dp la marine, et lîon ne sait si le roi remplira cette place, parce qu'il étoit surnuméraire. Iljy en avoit déjà un de surnuméraire quand M. de Nésniond mourut.

Mardi 26, à Versailles. — Le roi dopna le matin audience à l'envoyé de M. de Lorraine, et l'après-dlnée il alla tirer. Monseigneur cqurutlc loup et puis alla coucher à Heudon, où il demeurera quelques jours. — M. de BlainviUe, qui commande à Namur, afait enleversix compagnies de cavalerie dans le faubourg d- Auroy à Ldége ; c'est le chevalier di; Rozel qui a fait cette petite expédition-là et qui a ramené plus de cent chevaux et quelques

prisonme]p$ à Hf^y. — M. Ip cbev^flier dp Roh^p, fils du 4hc 4p Roban, qui (Stoit Qq,pit^iDe de qayalQpje, ^ l'^r^meut du roi ppuf achetjçf Jp riéçim^fjt 4p 4rag,of}g jlp S^ipfprppFpiii^a^ dont i\ do^^ie eav^R §ft,ftO() ÛyFeq. — Us pïjnen^ çp ^^\ s^Jsi^ dp Bitpjje et de IfomliQurs ; op çfqji ^'jls |ps ypîfjepi f^re fpfortifipf ef p'y é|iat}||f . IJpH? eavoyou^ de? tp oupp^ pp^pr prpndcp po^çpssjpn deg placps que ^. de Lqrp^e ft sur |^ Sacpp, pt }} pouproit l)jpp i^e gasspr cet hiyep qup^pfi ^f^iop ep cp pay^l^. — ^ maréchal (îp Vill^rs, qpi ^|rof| perfpjssi^p jie Fevpijjp ici, a rççijun contppTordrp à Metz, et pps tppppe^ qjji ?ppf. en A]^ce font gpelques fpouyefpents ; ppif^ n'çp ^wqRS

point le ^i*jet. — p'ambass^d^pr ^e Vf ï}i§S 4^** ^^^}f l^f s^ff}e)|i ayep les carrosses j^i^ fpj pomme aipj^as^adeijf csi^^Qrd\^^àrp pqur faipe sajtjsfaptipï^ au rpi, }J^ 1^> paf| 4^ H répulDlique, au gujet de quelques b^n§jf;5 y^pitipps cjui fuf ept ppncjus il y a quelques ippi^ à Veyi^sp^ qj^picjii'ils sussent des cpipmission^ de ^f. de Tçs^ qui fp^r^ ijpoiept qfj'ils étpient qffipjprç (|ans le^ trpî|pes ^^ rpj.

ifefcj-edi 27, p rerf^i Wes. —7 Le roi alla tjrç]: Taprès-

d|nép. Mon^ejg'neur, qpi est à JJIeudpp, cpunjt |p 4^ip}

^^'ec les chiens de M. Ip cpnite j^e f oulppse d^ps Iq

^is de Bqulogp^j, Madame de Maintenpn a de tenjp^

^fl temps un peu de fièvre ; cependant pUp sqpt Joug |s^

J9?-r^ et elle dîna hier chez madame de Dangeaii. — Le

jçuym^ jcon^te dp Mpntreypl a T^gréipent ppur acl^pter Ip

^gi nient de Limousin, qui est à vendre depijis le fppj§ j|p

janATîer, qui esj le temps que le iparqupde Bouligpeif^,

qni ^^ p.st çolpppl, fut fait marécf^j^ t^e oap^p. — ]jf. de

l^epou^rt^ capitaine lieutenant dç^ gend^n^ps oij (|0^

cîfp^^ajj-légers de Berry, vend sa c^jap^^ qtu n^arqpjs d'[|r

liprs^ qi^i est sous-lieutenant dans la gendarrp^rie ; je pe

sais pas bien juste combien il ep donne ; JCerouarJ ^^tojt

apci^Q officjpr et ne fut pas fait briçadipr à la promotion

^u mois (|e janyier ni ^ celle de ces jours p«fssés, quoi-

QY^'RP eût fait beaucoup de ses cadets. Il y avpit deux

justaucorps bleus vacants, l'un par la mort du maréchal de Lorges et l'autre par celle du chevalier de Lorraine ; le roi, ces jours passés, en donna un à M. de la Feuillade^ et il a donné l'autre ce matin à M. de Courtenvaux. — Le roi a donné au fils de M. Desmarets, l'ancien intendant des finances, l'agrément pour un régiment d'infanterie, et on croit qu'il achètera celui de M. de Goesbriant, son beau-frère, qui est présentement à Naples avec son régiment. Le chevalier de Tillière achète le régiment de Médoc, qu'avoit Bayers, qui se retire.

Jeudi 28, à Versailles. — Le roi a choisi M. de Brillac pour remplir la charge de premier président de Bretagne; il donnera 20,000 écusàM. de la Faluère, qui en avoit donné cette même somme-là, mais qui n'avoit que 10,000 écus de brevet de retenue. — Le roi donna au jeune marquis d' Alègre l'agrément pour acheter le régiment du roi de dragons, que le comte de Nogent avoit acheté &0,000 écus du marquis d' Alègre, son père; il le veut vendre présentement 50,000 et assure même qu'il les refuse d'un homme qui sera agréable au roi. — Il arriva un courrier du comte de Château-Renaud^ qui est encore à Saint-Jacques en Galice, où plusieurs soldats et matelots des vaisseaux que nous avons perdus à Vigo le viennent rejoindre et qu'il fait repasser en France. Il y en a beaucoup moins de tués ou de prisonniers qu'on ne Tavoit cru d'abord. — M. le Premier a demandé au roi, pour le marquis de Vassé, son gendre, l'agrément pour acheter un régiment de dragons, que le roi lui a donné.

Vendredi 29, à Versailles. — Le roi donna le matin audience à M. Gualtieri, nonce ordinaire, qui parla fort éloquemment et fort sagement ; c'est par l'entremise du pape que l'accommodement se fait avec la république de Venise et que l'ambassadeur de cette république vient demain en qualité d'ambassadeur extraordinaire faire une réparation publique à S. M. Le roi répondit au nonce sur tous les points de son discours avec une précision et

DÉCEMBRK t7M. 77

une dignité dont le nonce et tous ceux qui pouvoient entendre furent charmés. — Le comte de Roucy arriva le soir; il a fait une diligence extraordinaire et est arrivé presque en même temps qu'un courrier qui étoit parti deux jours avant lui. M. de , Vendôme l'a envoyé porter au roi la nouvelle de la prise de Governolo , qui s'est défendu trois ou quatre jours. Le prince Eugène avoit levé une partie de ses quartiers pour tâcher à le secourir, mais il n'a osé l'entreprendre. 11 en a retiré la .garnison et y a fait mettre le feu, qu'on éteignoit quand ^6 comte de Roucy en est partie qui étoit samedi. M. de Vendôme a prié le roi de donner une pension et une croix ^e Saint-Louis à un lieutenant des grenadiers qui y a fait ^e irès-belle action, et le roi accordé l'un et l'autre. Le ^ax^quis de Luzar, colonel du régiment des gardes de f. deHantoue et que le roi a a voit fait brigadier, a été tué à c^ siège, et Hirabaut, colonel d'infanterie, y a été blessé . ^ ^*^^giment des gardes de M. de Mantoue étoit lerégi- '^^«^td'Albergotti et avoit été auparavant au comte d'El- "^^^^^--Monfairrinjil étoit tout composé de sujets de M. de ''^^■^toue, tant officiers que soldats, et M. de Mantoue ^'^"^^^va ce régiment si beau quand il arriva à notre armée " * '^^^ilie qu'il pria le roi de le lui donner pour en faire ^® ^^^giment de ses gardes, et le roi pour dédommager ™*-^^^rgotti, à qui il l'ôtoit, lui donna 12,000 livres de pen- ^*^*^. — Louvigny, intendant delà marine à Brest, y est ^^^*?t subitement d'apoplexie ; il étoit également estimé ^® Xa cour et des officiers de la marine. — Le roi dîna ^^ i:^onne heure et alla se promener à Marly , où il demeura 1^^^^^'à la nuit. Madame la duchesse de Bourgogne P^^^**t d'ici à quatre heures pour aller à Meudon voir ^^^i^seigneur, qui avoit couru le loup le matin; elle re- 'vi*^* ici pour le souper du roi. — Le roi a donné le gouve:«^ïlement de la citadelle de Nancy à M. de Serment, qui éloii lieutenant de roi de la citadelle de Metz. — Le roi et^ Voie Julien^ nouveau maréchal de camp, et Parat^ bri-

78 JOUltftAt UË DÂnbfeAU.

gadito d'infàDterie; pdut* t^ull^ M Mm'AiÈ bohVëi*tl§ des Cétennei ; IJui foht beiifacoup dfe dé^otàl^ëà cH bb pays-lâ fet dont le nortiHbë aujjhiefate. Je iib bdis point ite trotipeâ qu'ôtt dôrtttë a Jiilieri jidiir fcettfe ëipëditlttil-là.

Samedi 80; * fersdi/tei. — ^ Le iroi, dprfes ^on levfet; donna audience à Tambassàdenr de Vëtiiâë, t{ui fut t^bti avec les honneurs ded ambadsad^Urd biti^âbrdinaires , U république lui ayant donné ce tiire pour ce jour-lâ seulement et {iour rendre plus authentique la répariitioU t{u^elle faisoit àii t*oi. Cet aoibàà^eUi* ait^ dànst sbn discburs, qui fut long, que les geiis qill àvBiënt été punis A mort n'avoient été condamnée que ^àr ùti tHbunal subalterne et que la république auroit bien roultl que bêla eût pU se réparer) qu'elle vendit ttvbuët sa fàUtë et prioit S. M. de l'oublier. Cela flit abC6tnj[iagné dh tdtttës les soumissions que lé roi pouvoit désll*et*; la réponse du roi fut haute et honiièto. — L'a^rès-dlnée le toi fut longtechps . enfermé avec le P. de la Chaise^ ^tii btlâh(te alla chez Monseigneur. — On apprit la iiibH du cat^ditiAl Cantelmi, archevêque de Naples; il étoit frërë du duc de Popoli \ chevalier des brdres du rôl; bt étoit fUrt âttteUé au roi d'Espagne. Il Vaijue par ^tte hloH Utiè onzièUie place dans le sacré collège. On avoit niattdé il y a quelque temps de Madrid que le cairdinal de Salazai* ëtOlt Uldrt, mais cela ne s'eât j^as trouvé vrai; et il e^t étonnant qub les principaux ministres^ qui sb fiôiit tirôuvés auprès d^ la reine d^Espagne et qUi avoient mande ï^ettë nouvelle, fussent si mal informés.

DimaneheSlf à Venaitteê. — Le H^l et Hbhseigttbiir firent leurs dévotions à la ctiapelle A* heUi*ës ditféreiltb^; madame la duchesse de Bourgogne les fit ausdi aux Récollets. Le roi todcha Ibs malades dans la g^eirie baàib de la cour des princes. L'après-diUée S. M. et toute la dlài- 8on royale eutendirent vêpres des Pères et puis allèrent au salut; on appelle vêpves des Pères qiiaUd il n'y a pas de musique. Entre vêpres ei le Salut, lé roi travailla à la

distribution des bénéfices y il donna révècbé de la Rochelle au doyen et grand vicaire de Ger mont, qui s'appelle Champflour^; cet évêché est affermé 63,000 livres; il y a environ pour 10,000 livres de charges; ainsi il en reviendra encore plus de 50,000 li/res à Tévéque. — Le* maréchal de Villars arriva hier an soir; il n'a eu permission de venir que pour très-peu de jours. Les ennemis avoient mis des troupes dans Bitche et dans Hombourg ; ils les ont déjà retirées de Bitche et n'ont laissé que cent hommes dans Hombourg. — On nous avertit pour le chapitre 4es chevaliers de l'Ordre, qui se doit tenir demain matin, et le bruit se répandit que le roi vouloit nommer le comte de Narsin pour remplir une des places vacantes. — Le roi a donné une pension de 1,000 écus à Usperou; il en avoit déjà 2,000 comme ayant été gou- Temenrde Kirn.

* Ce Champflour étoit un homme de rien , qui avoit été exilé pour fétre agoalé contre les libertés de FÉglise gallicane , et que les jésuites etSaiot-Solpioe, peu d^accord d^ailleurs, mais beaucoup en faveur de Rome, firent réeompenser d'un évéché si fort au-dessus de lui , et dont il leur témoigna dans la suite une fatale reconnoissance. Cétoit un homme de bien , sans esprit, sans savoir et sans aucune sorte de luiBière,8ans monde encore moins, bien concitesté [sic] et un véritable acrémeot de séminaire.

ANNÉE nos.

tl*' jimmer, à Verudlles, — Le roi, le matin avant que d^aller à la messe, assembla le chapitre des chevaliers de rOrdre. M. de Topcy y rapporta les preuves /jes ducs de Medina-Sidonia et d^Uceda; les preuves des deux autres Espagnols qui furent admis à la Pentecôte ne sont pas encore arrivées; ensuite le roi nous dit qu'il enverroit au cardinal Porto-Carrero la permission de porter le cordon bleu , en attendant qu'il y ait une place vacante parmi les huitprélats associés à rOrdre*; etpuisS. M. nous dît qu'elle avoit résolu .d'admettre dans l'Ordre le comte de Marsin, des services duquel elle étoit très-contente et dans la guerre et dans les ambassades et que le roi d'Espagne lui avoit fort recommandé. Le roi, à son ordinaire, donna de grande sétrennes dans la famille royale. — Le marquis de Montrevel avoit eu l'agrément pour le régiment de Limousin; mais comme le marché n'a pu se conclnre avec le marquis de Bouligneux, qui en est colonel, le chevalier de Givry en a traité avec la permission du roi, et l'achète 6i,000 livres ; Bouligneux est maréchal de camp de Thiver passé.

* Ce fut une chose saos exemple qu'un prélat surnuméraire dans rOrdre , et qui n*a pas été imitée depuis ; aussi étoit-ce un homme eus exemple que le cardinal Porto-Carrero, qui avoit mis, sans traité ni Dégodation aucune, la couronne d'Espagne sur la tête h Philippe V, et qui se eonduisoit avec un parfait désintéressement. Le roi lui envoya une croix du Saint-Esprit de diamants, d'un grand prix. Pour Marsin* on en parlera ailleurs.

83 JOURNAL DE DANGEAtJ.

Mardi % à Versailles. — Le roi, qui ne va plus à la comédie depuis plusieurs années, dit à son petit coucher, au marquis de Gesvres, qu'il venoit d'apprendre que les comédiens avoient joué le soir devant Monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne une petite pièce fort licencieuse, et qu'il puniroit leur insolence. Il lui commanda en même temps de faire venir les comédiens et de les avertir de sa part que*, si jamais ils retomboient dans une faute approchante ou que même ils en jouassent à Paris de sisc^indaleuses, il^seroientcas^ $u]^-l^-chaInp. — H. le chev^ier de Vaulevrier, brigadier d'in£anterie, arriva de Tarmée d'Italie. Il a assuré S. H. qi]^e depuis la prise de Governolo le prince Eugène avoit abandonné beaucoup des quartiers qu'il avoit au delà du Mincio; il y a pourtant encore quelques troupes dans Sacchetto. M. de Vend6me continue à faire bombarder Bercello, dont la garnison est considérablement diminuée. L'ambassadeur de Venise assure que la jmortalité y est si grande qu'il y a toute apparence que c'est d'une n^aladie contagieuse. Le bruit court en ce pays-là que le prince Eugène fait de fortes instances auprès de l'empereur pour obtenir la permission d'aller faire un tour à Vienne; il presse fort pour qu'on lui envoie des troupes, et on jae croit pas qu'il lui reste plus de douze mille hommes.

Mercredi 3, à Versailles. — Le roi a donné l'intendance de la marine de Brest à M. Robert, intendant aux \\es de l'Amérique et qui avoit été nommé depuis quel* que temps pour être iqtendadt de Dupkerque ] il n'est pas encore arrivé en France. Cette intendance est beaucoup plus considérable que celle de Dunkerque. Ce M. Robert est frère de M. Robert le procureur du roi. — On mande de Londres que le cpmte de Harlborough* a été fait duc avec une pension de 5,000 livres sterling sur les postes tant que la reine vivra. Cette princesse a fait dire au parlement que, si elle avoit pu, elle auroit rendu la pension héréditaire aussi bien que l'honneur. — Les

lettres de Bâ.le et de Francfort assurent que M. l'électeur de Ba\'ière étend ses quartiers le long du Danube, qu'il a de grands magasins à Ulm et à Memmingen , qu'il lève de nouvelles troupes et que les États de Souabe et de Franconie n'ont encore pris aucune résolution sur toutes les propositions qui leur ont été faites de la part de Tempereur. — M. du Héron, notre envoyé en Pologne, est arrivé ici depuis quelques jours, le roi de Pologne n'ayant pas jugé à propos de le détenir plus longtemps à Thom, de peur d'irriter de plus en plus la république ; il le fit conduire jusqu'aux frontières du royaume.

* Ce comte de Marlborough, qui s'est rendu si ftioieux à nos dépens la suite, étoit Churchill en son nom et d'une ancienne noblesse, sans lustre. Le duc d'York fut amoureux de sa sœur, dont il eut le duc de Berwick et une fille trop connue sous le nom de madame de AValgraff, du mari qui voulut bien l*épouser à Saint-Germain , dont elle eutmilordWalgraff, élevé catholique en France et qui vers trentecin^ ans se fit protesUmt pour sa fortune, fut envoyé à Vienne et depuis à Paris, où il succéda au frère du célèbre Walpoole dans Tambsissade de France. Le duc dTork, devenu roi sous le nom de Jaoques II, Gt Churchill, frère de sa maîtresse, capitaine de ses gardes, aïKjuel il se fioît entièrement lors du commencement de la révolution et que ses milords et ses troupes commençoient à branler. Il alloit partir pour aller dtner chez Churchill, au camp sous Londres , lorsqu''iin saignemeiit de nez l'arrêta et donna le temps au comte de Fevershara, autre capitaine de ses gardes et général d'armée, frère des tnaréchaux de Duras et de Lorges ,. de Favertir de la trahison qu*il vefioit de découvrir pour le livrer de chez Churchill au prince d'Orange , qui fut vérifiée, et aussitôt Churchill se retira avec sa compagnie vers ee prince. La femme foe Churchill épousa devint la plus chère favorite de la princ^se de Danemarck, qui, devenue reine en 1702, ncson- 6^ qu'à faire la fortune de son mari, que ses qualités de cour et de guerre surent porter fort au delà de celles d'un particulier.

Jeudi 4 , à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Marly, et le soir, chez niadame de Maintenon , il teivailla deux heures avec M. le maréchal de Villars et M. deChamillart. — M. de Crécy a eu l'agrément du roi, pour son (ils, du régiment de Boulonois; il Facht^te

50,000 francs du marquis de Vibraye^ qui vient d'être fait maréchal de camp. — Le mariage du duc de Mortemart avoit été presque arrêté avec mademoiselle de Caderousse, qui vient de mourir^ et madame de Montespan , grande tante de ce duc, songe aie marier présentement avec mademoiselle de Guiscard^ à qui Langlée^ son oncle, assure 800,000 francs de son bien. Elle en aura encore tout au moins autant de son père, qui lui assure la terre de Hagny, qui vaut près de 40,000 livres de rente. — Il arriva un courrier de H. de Vendôme, qui mande au roi que la Seochia s'est débordée et que le débordement a été si violent qu'il a emporté une partie des digues, et que les quartiers des ennemis sont fort séparés par là.

Vendredi 5, à Versailles. — Le roi tint conseil Taprèsdlnée ; il n'a pas accoutumé d'en tenir les vendredis. — M. de Vendôme manda par le courrier de hier qu'il espéroit que les débordements de la Secchia lui donneroient le moyen d'attaquer quelques-uns des quartiers des ennemis qu'ils ne sauroient plus secourir, l'inondation de cette rivière leur ayant ôté toute communication; mais on craint que les mauvais chemins n'empêchent H. de Vendôme de pouvoir mener du canon et de faire marcher beaucoup de troupes. — Le roi a donné à Coyzevox, fameux sculpteur, &,000 francs de pension, et lui fait payer ilk,000 pistoles pour le Mercure et la Renommée, qui sont deux belles figiu*es équestres placées au bout du jardin de Harly , au-dessus de l'abreuVoir. — Julien vient ici pour recevoir les ordres du roi pour réduire les mauvais religionnaires, qui se sont soulevés en Languedoc ; sa petite armée sera composée du régiment de dragons de Fimarcon et d'un nouveau régiment de dragons qu'on l^ve en Languedoc et de trois ou quatre mille hommes d'infanterie de bonnes troupes.

Samedi 6, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour. Il entra de )x)nne heure chez madame de Maintenon, où il y eut une loterie charmante pour madame la

dachesse de Bourgogne et pour ses dames ; et toutes les' loteries que le roi fait comme cela sont toujours gratis, sans qu'il en coûte rien. Il y avoit à celle-ci beaucoup de bijoux^ déballes étoffes et même des lots d'argent. Après la loterie^ il y eut ime grande collation, où l'on fit les Rois. Madame la duchesse de Bourgogne ne s'étoit couchée qu'à six heures du matin ^ ayant fait médianoche chez elle avec beaucoup de dames et après le médianoche étant allée réveiller quelques-unes de celles qui n^avoient point soupe avec elle. — Le roi a permis au comte de Tessé de venir ici pour deux mois. M. de Vendôme mettra pour commander dajis Mantoue , en son absence^ qui il jugera à propos ; le roi lui en laisse la disposition. — On mande de Rome que le cardinal Grimani y après avoir eu une longue audience du pape y dont on croit qu'il n'est pas sorti Content y étoit parti de Rome la nuit même^ déguisé en cavalier avec une grande perruque et une épée à son côté; on ne sait s'il va à Vienne^ ou s'il ne retourne point dans le royaume de Naples pour tâcher d'y exciter encore quelques mouvements.

Dimanche 1, à Versailles. — Le roi, qui doit aller demain à Harly pour y passer la semaine^ a commandé qu'il n'y eût plus que deux tables de dix-huit couverts chacune; il supprime la troisième, y voulant mener moins de dames. Madame la duchesse d'Orléans, qui est fort incommodée dans sa grossesse^ et madame la Duchesse, qui n'attend que le moment d'accoucher, ne seront point de ce voyage, et le roi n'y mènera point les dames les plus attachées à elles, afin qu'elles leur tiennent compagnie ici. — Desaileurs, notre envoyé auprès de M. l'électeur de Cologne, est revenu ici depuis quelques jours, et l'on parle de l'envoyer ambassadeur en Portugal en la place de M. Rouillé, qui demande à revenir. — L'infanterie qu'on donne à Julien sera composée des deux bataillons de Hainaut, de trois bataillons qu'on tire des troupes des vaisseaux et des galères, de quatre cents miquelets qu'on fait venir de

Catalogne et de plusieurs compagnies franches qu^on a levées en Languedoc. Le nouveau régiment de dragons qu'on a levé en ce pays-là sera commandé par le marquis de la Fare, ancien capitaine dedragons, qui sert présentement en Italie ; son père est baron des États (1) , et le roi Fa choisi sur la nomination de M. du Maine , gouverneur de la province. Le roi lève huit de ces compagnies et la province a levé les quatre autres à ses dépens^ et auroit voulu choisir le colonel.

Lundi 8, à Marly. — Le roi partit de Versailles aussitôt après son diner et se promena ici jusqu'à la nuit. Monseigneur , monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent tous trois séparément voir le roi et la reine d'Angleterre. Madame la duchesse de Bourgogne fut longtemps seule enfermée avec la reine , ce qui arrive toutes les fois qu'elle va à Saint- Germain. — Le maréchal de Villars prit congé du roi à Versailles. Il demeurera le reste de l'hiver à Strasbourg, d'où le marquis d'Huxelles a permission de revenir. — Le roi fit Julien chevalier de Saint-Louis, quoiqu'il n'ait servi que dix ans dans ses troupes, et que le roi n'en reçoit plus présentement qu'ils n'y aient servi au moins vingt ans. Julien prit congé de S. M. après avoir été reçu, et s'en va en diligence en 'Languedoc, où il servira ^ous les ordres du comte de Broglio, ancien lieutenant général, et qui commande depuis longtemps dans cette province. — Le roi lit ces jours passés une promotion de quarante chevaliers de Saint-Louis dans la marine, dont les principaux sont : Langeron, lieutenant général, et M. d'O, qui est chef d'escadre.

Mardi 9, à Marly, — Le roi se promena tout le matin, et toute l'après-dinée dans ses jardins, où il fait beaucoup de changements. — U y a deux jours qu'à Versailles on

(l)Des États de Languedoc.

vola monseigneur le duc de Bourgogne; outre Fargent qu'on lui prit, on prit encore 400 pistoles à. Moreau, son premier valet de chambre ; ce prince lui a redonné cette somme, etMoreau se défendant de la recevoir, monseigneur Je duc de Bourgogne lui dit : a Je ne vous ai jamais parlé en maître qu'aujourd'hui , et je vous commande de la prendre ; et c'est parce que vous ne me demandez jamais rien queje veux vous donner. » — M. de Guiscard parla au roi à VersaiUes sur le mariage de sa fille , et Langléeen aparlé au roi aujourd'hui. Il donne à sa nièce 100,000 écus présentement et lui assure 500,000 francs déplus. Elle aura du moins autant de son père que de son oncle;leducdôHortemart^ qu'elle épouse, a 20,000 écus de rente en fonds de terre, dont il jouit présentement. — On eut nouveUe qu'une frégate du roi avoit péri sur les côlesd'Espagne, auprès du Passage ; elle étoit commandée par le chevalier de Sanzay, frère de mademoiselle de Sauzay qui est chez madame la princesse de Conty.

Mercredi 10, à Marly. — Le roi tint conseil à son ordinaire; tous les ministres sont de ce voyage ici. — On a des nouvelles d'Angleterre qui portent que la tempête y a fait périr neuf vaisseaux de guerre et beaucoup de petits bâtiments. Les HoUandois ont fait une perte plus •considérable au Texel; on croit qu'ils y ont perdu plus de çpatre-vingts vaisseaux marchands, chargés richement. —M. le duc de Beauvilliers marie mademoiselle de Saint- Aignan, sa sœur d'un second lit, à M. de Harillac, fils du conseiller d'État, qui est colonel et brigadier d'infanterie; en faveur de ce mariage , M. de Champigny, l'oncle du garçon, lui cède , avec l'agrément du roi, le gouverne-» ment de Béthune moyennant 40,000 francs d'argent et 8,000 francs de pension ; il est fort |Vieux et fort incommodé. Ce gouvernement vaut du moins 12,000 livres de rente. Le roi donne à mademoiselle de Saint-Àignan MOO francs de pension et M. de Beauvilliers lui en donne deux; on compte que H. de Harillac, après la mort de

son père et de sa mère , aura plus de 50,000 livres de rente, .et c'est un garçon fort estimé dans les troupes.

Jeudi 1 1, àMarly. — Le roi alla l'après-dlnée à Saint- Germain voir le roi et la reine d'Angleterre , qui a prié S. H. de faire du bien à l'abbé Rizzini, envoyé de Modène, qui en a grand besoin , ne touchant plus rien du duc son maître, et le roi a fait ce que la reine d'Angleterre a désiré là-dessus. — M. Bouchu, intendant de notre armée dltalie, est convenu avec les ministres de M. de Modène de ce que ses États doivent fournir aux troupes du roi, moyennant quoi ce duc pourra jouir et gouverner les revenus de son pays comme il le jugera à propos ; mais ces peuples-là sont fort ruinés. — M. le marquis de Goigny, lieutenant général, marie sa fille au marquis d'Harcourt, * qui est sous-lieutenant présentement dans la gendarmerie ; il est de même maison que le duc d'Harcourt et d'une branche ainée. — H. le duc d'Orléans envoie l'abbé Dubois** en Espagne pour ses affaires, qui sont très^ • importantes; il s'agit de le faire appeler à la couronne d'Espagne, au défaut des enfants de monseigneur le Dauphin ; il a été oublié dans le testament du roi d'Espagne ; mais ce n'a été qu'une faute de style, que les Espagnols conviennent qu'il faut corriger en l'expliquant mieux; et le droit de M. le duc d'Orléans est incontestable, parce' qu'il y a dans le testament qu'on appelle à la succession de la monarchie les descendants de Marie-Thérèse et ceux d'Anne, dont M. le duc d'Orléans est petit-fils. L'abbé Dubois, qui a vu le roi d'Espagne à Montpellier, n'arrivera à Madrid que dans deux mois pour laisser à S. M. G. le temps de régler ses autres affaires en ce payslà. On a nouvelle que ce prince arriva le 22 de l'autre mois à Barcelone , où il a séjourné deux jours. 11 ar^ rivale 6 à Notre-Dame de Montserrat, où il a séjourné un jour, et c'est d'où il écrit; il demeurera deux jours à Saragosse et arrivera le 16 à Madrid, où il est attendu de ses peuples avec une grande envie de le revoir. Il a

vu, partout où il a passée de grandes démonstrations de joie.

• Soit vérité, soit en?ie , on ne dispute point à ce marquis d'Harcourt d'être de rancienne maison d'Harcourt , comme on le dispute fort et fenne aux Beuvron et au duc d'Harcourt par conséquent. On prétend même qu'ils n'ont pas toijyours été reconnus par les autres, et Ja liaison entre eux est légère ou nulle, quoique la fortune de ceux-ci eâtpuetdû la serrer.

**De Tabbé Dubois, que nous verrons à peu près maître de FËtat et cardinal, il faut attendre l'apogée d'un si furieux caprice de fortune et sa courte durée pour en parler plus inteUigiblement.

Vendredi 12, à Marly. — Le roi a donné à Reignac, qui commande à Limbourg^ le cordon rouge de l'ordre de Saint-Louis^ vacant par la mort de Wagner, colonel des gardes suisses ; il y a une pension de 3,000 livres qui y est attachée. — Le premier président de Besançon mourut il y a quelques jours, il s'appeloit Jobelot. — M. d'Usson, lieutenant général, qui commande à Louvain , a fait passer la Meuse à deux cents grenadiers ou dragons qui ont brûlé de grands magasins de fourrages qu'avoient les ennemis. — L'ambassadeur de Venise a reçu des lettres dans lesquelles loi mande que le 30 du mois passé le prince Eugène étoit on à Venise, qu'il y avoit même été à l'opéra et au bal, qu'il se de voit embarquer quelques jours après pour passer à Trieste d'où il ira droit à Vienne. La plus commune opinion est qu'il n'y va que pour presser les secours dont il a un extrême besoin; il y a quelques autres gens qui croient que l'empereur le fait revenir pour lui donner le commandement de l'armée qui doit agir contre l'électeur de Bavière ; c'est le comte Guido de Staremberg qui commandera l'armée d'Italie en son absence.

Samedi 13, à Versailles, — Le roi revint ici à six heures après s être promené toute la journée à Marly. Le soir il y eut comédie. Monseigneur le duc de Bourgogne est un peu incommodé; depuis quelques jours il soupe seul chez lui et se. couche de bonne heure. — M. de Vendôme n'a pu rien entreprendre sur les quartiers des

ennemis^ parce que les chemins sont impraticables et qu'on n'a pu mener le canon. — Un François qui étoit auprès de M. Télecteur de Bavière est arrivé ici et assure fort que S. A. E. est très-ferme dans ses engagements, et qu'il se croit en état de ne rien craindre de l'empereur pour cet hiver. — M. le Premier a acheté pour M. de Vassé^ son gendre , le régiment de dragons de Gévaudan ; il en donne 80,000 francs, et par le premier marché qu'il avoit fait il n'étoit obligé d'eu donner que 72. Il a donné le reste par pure honnêteté. M. de Sainte-Hermine a vendu le sien 90,000 livres au chevalier de Rohan, et M. d'Asfeld a vendu le sien 84,000 francs au fil^ de M. de BouviUe, le conseiller d'État.

Dimanche 14, d Versailles, — Le roi ne sortit point de toute la journée , et dès qu'il . eut diné il envoya chercher le duc d'Harcouii;, Tallard, Rosen et Montrevel; il n'y avoit ici que Tallard et Rosen , les deux autres étoient à Paris. Tallard entra le premier dans le cabinet du roi, et S. M. lui dit qu'elle le faisoit maréchal de France. H. Rosen arriva ensuite, à qui le roi fit la même grâce, et le roi commanda à M. de Chamillart de mander au duc d'Harcourt et à Montrevel qu'ils vinssent remercier S. M., qui les venoit de nommer maréchaux de France, et d'envoyer des courriers à MM. de Chamilly, d'Huxelles, de Tessé et Vauban, à qui le roi a fait le même honneur. M. de Pontchartrain fut chargé aussi de S. M. de mander au comte d'Estrées, qui est malade à Paris , et au comte de Château-Renaud, qui est encore en Espagne, que le roi les avoit faits maréchaux de France ; ainsi en voilà dix nouveaux, et il y en avoit déjà neuf; il n'y avoit jamais eu une si grande promotion ni tant de maréchaux de France àla fois. — Madame la Duchesse accoucha d'une fille; elle en a présentement cinq et deux princes. Je ne sais point encore comment on appellera la princesse qui vient de naître ; l'aînée s'appelle mademoiselle de Bourbon , la seconde mademoiselle de Charolois, la troisième made-

moiselle de Sena^ et la quatrième mademoiselle de Clermooi. L'aînée et la quatrième sont nourries à Fontevrault.

lAmdi iby à Versailles. — Le roi alla Taprès-dinée se promener à Trianon. Monseigneur prit médecine. — On mande d'Allemagne que l'envoyé de l'électeur de Bavière assistoit depuis quelques jours aux assemblées de la diète de Ratisbonne^ comme il avoit fait avant les violences qu'on lui fit il y a quelques mois. Cet électeur continue à presser la ville de Ratisbonne de lui faire savoir si elle veut accepter la neutralité qu'il lui offre , à condition qu'elle ne reçoive aucunes troupes. La diète en avoit donné avis à l'empereur^^ et comme il n'a fait aucune réponse , elle s'assembla extraordinairement le 19, et résolut unanimement d'accepter les propositions de rélecteur. — J'appris que le chevalier de BuUion, durant la campagne passée , avoit acheté de M. de Béon le régiment de Bassigny, dont il lui a donné &<i>^000 francs. — Damigny , brigadier d'infanterie . a été fait gouverneur ou commandant de Neubourg sur le Rhin avec 12^000 francs d'appointements. — Voici le rang des dix maréchaux de France nouveaux suivant leur ancienneté de lieutenant général, qui règle leur rang quand ils sont faits maréchaux de France en même jour*.

28 juin 1678 Chamilly.

12 décembre 1684. . . D'Estrées, qui fut fait viceamiral en survivance de son père.

Février 1688. • . . Château- Renaud.

/ Yauban.

24 août 1688 I Bosen.

( D*Huxelies.

17 avril 1692. .... Tessé.

Montrevel.

30 mars 1693 ( Tallard.

D'Harcourt.

Voici le rang des neuf maréchaux de France qui Festoient^ et la date du jour qu'ils ont eu cette dignité-là.

En 1675 Duras.

En 1681 D'Estrées.

Choiseul.

Villeroy.

Joyeuse.

En 1693 \ Boufflers.

Noailles.

Gatinat.

En 1702 Yillars.

I^e nouveau maréchal d'Estrées s^appellera le maréchal de Tourpes , pour le distinguer de son père.

*Ges dix maréchaux arrivèrent par différents chemins. Ghamilly étoit ungrandet gros homme, fort vaillant, Thonneur et la probité méme,Ma lourdise à Tavenant, qui, jointe à Tâge et aux chagrins, ne s*éloignoit guère de l'imbécUe. Il étoit frère d-un homme du premier mérite , et qui alloit à tout malgré M. de Louvois , si la mort de ses blessures ne lui eût pas envié [ jic] le bâton de maréchal de France et celui de capilaine des gardes du corps, qu'eut depuis M. le maréchal de Lorges, qu'il étoit sur le pomt d'avoir tout à la fois. Il avoit fait trop de peur à Louvois pour le pardonner à son frère , dont le mérite militaire, illustré par la défense de Grave d'une si grande réputation, irrita encore le dépit. Il ne put empêcher le roi de s'en servir, de lui donner divers gouvernements et commandements, et enfin le gouvernement de Strasbourg dès qu'il fut maître de cette ville ; mais Louvois le lui fit bien payer. Il y tint toujours des commandants en chef de l'Alsace, et en bannit ainsi Ghamilly. Barbezieux suivit les traces de son père; mais Ghamillart lui ayant succédé, Ghamilly commença à respirer, mais non à espérer, parce qu'il regardoit sa fortune perdue. Le roi avoit envie de le faire chevalier de l'Ordre parmi tant de militaires qui le furent eii 1688 : Louvois l'avoit empêché. Madame de Ghamilly étoit une de ces femmes singulièrement accomplies , qui se faisoit aimer et respecter partout, quelque résolution qu'on pût prendre de n'en rien faire. Une piété solide, toujours égale et soutenue depuis sa première jeimesse, mais qui n'étoit jamais que pour elle, ime grâce, une aisance, un esprit du monde naturel et né avec elle, bien de l'esprit et du sens, beaucoup de connoissance des gens à qtd elle avoit affaire, des vues et de la justesse à concevoir et à agir, qui ont souvent fait gémir l'inflexible Louvois contre sa propre haine ; toujours gaie, mais tou

JAINVIER 1705. » 98

jours déeente, ÎDfinimeQt faite pour la société. Généreuse, noble et magnifique même par son goût, riche et laide héritière sans avoir jamais dqplu avec une singulière laideur. Son mari et elle étoient depuis leur mariage dans Tunion la plus intime. Elle séchoit de sa situation , sooveDt aussi de sa bêtise, et y suppléoit avec tant d'art qu'en faisant tout^ jusqu'à ses fonctions , il sembloit qu'elle ne se méloit de rien , et que le mari faisoit tout jusqu'au détail du ménage. Jusqu'alors elle n'avoit pu vaincre la terrible barrière du père et du fils ; mais elle se trouTa amie de la femme de Chamillart, leur successeur, qui procura à Chamilly le commandement delà Rochelle et de tous ces pays-là, qu'avoit eu longtemps le maréchal d'Estrées , et de là enfin ce bâton tant désiré de maréchal de France.

Le comte d'Estrées fut plus heureux. Lorsque M. Colbert voulut ressusciter la marine , il tira son père du service de terre, où il étoit lieuteoaot général avec distinction, pour le mettre à la tête de ce corps. Il y eut des actions ai brillantes que le public s'impatienta longtemps de la jalousie de Louvois pour la marine qui lui retarda plusieurs années le Mton. Tout ayant changé de face, Seignelay procura au fils la survivance inouïe de la charge de vice-amiral qu'avoit le père, mais avec stipulation expresse d'un eertam nombre d'années à passer par tous les degrés , et qu'il De seroit réputé lieutenant général que du jour qu'il en serviroit» mais cette dernière condition , Seignelay, maître de Texpédition , la laissa en arrière, et quand il fut question de cette promotion-ci, il se trouva que le comte d'Estrées étôit lieutenant général du jour de sa BirTiTanoe en 1684, quoi qu'il n'en eût servi que longtemps après. La condition oubliée surprit le roi; qui avoit bonne mémoire ; n^ais le crédit alors brillant des Noailles, soutenu, pour ce fait-ci, de celui de Pontchartrain, ami des Estrées, le maintint , l'emporta , et le comte d'Estrées, qui avoit toujours fort bien servi et que sa femme avoit de plus mis à la mode, passa , et fut maréchal de France à quarante-deux ans et trois mois, avec la singularité d'avoir son père encore vivant maréchal de France. Il prit, pour se distinguer de lui, le nom de Cœuvres, que son grand-père avoit rendu illustre avant d'être maréchal de France.

Château-Renaud avoit mérité son bâton par plusieurs actions heureuses, par une grande valeur et par delà capacité dans son métier, hors duipiel c'étoit un buffle , à qui l'on ne pouvoit pas parler ; bon homme et honnête homme d'ailleurs. Il étoit déjà vieux ; il étoit Breton et parent de madame de Cavoie. II vint souvent à Marly après qu'il fut maréchal de France , et désoloit les gens de la cour à qui il se joignoit dans le salon. Cavoie, qui, avec peu d'esprit, avoit acquis, par l'habitude, l'élite de la bonne compagnie de la cour, avoit tout auprès de Marly une maison charmante à Luciennes , où la fleur des pois alloit souvent pendant les Mariys, et où l'on savoit tout , et où il se brassoit

94 JOURNAL I^Ë DÀNGEAU.

quelquefois plusieurs choses et sans risque , parce que Cavoie étoit fort bien auprès du roi. M. de Lauzun , malin comme un singe et qui fort craint n*étoit de rien nulle part , s'avise de s'accoster de Château-Renaud, et de lui donner avis que Cavoie et sa femme se plaignoient un peu de lui ; qu'il n'alloit jamais à Luciennes ; qu'ils n'en prioient personne, mais qu'étant leur parent et maréchal de France ils sentoient cette négligence, parce qu'ils étoient glorieux ; qu'il lui conseilloit d'y aller souvent , parce que ces gens-là avoient beaucoup d'amis , et qu'il ne falloit point se brouiller ^vec eux ; que leur feiçon encore étoit d'avoir l'air de n'aimer pas qu'on allât à Luciennes , quoiqu'au fond on leur fît le plus grand plaisir du monde , mais que chacun avoit ses manières, et qu'il l'en avertissoit pour que la réception ne Teffarouchât pas et ne lui fît pas prendre le change ; et surtout y aller souvent, et sans jamais qu'ils s'y attendissent; puis il lui demanda le secret^ et lui fit mille amitiés. Le maréchal, comblé d'un si salutaire avis, ne tarda pas à le mettre en usage. Ce fut une bombe a Luciennes ; les visages s'y allongèrent, la conversation tarit; M. et madame de Cavoie ne se contraignirent pas, et par leur mauvuise réception, fortifièrent les avis de M. de liauzun. Finalement , ils eurent beau faire pour éconduirele maréchal : ce fat une lèpre dont leur maison fut entichée, dont ils ne purent la guérir , et qui les désola , eux et leurs familiers. Ce ne fut que longtemps après qu'ils découvrirent d'où leur venoitce bon office. Il fut après jusqu'au roi, qui en pensa piourir de rire , et les gens de Luciennes de désespoir. Pontchartrain le fils étoit engoué de Château-Renaud et ne contribua pas peu à. le faire maréchal de France malgré la triste aventure de Vigo, qui étoit malheureuse, où il n'avoit pas tort, mais qui avoit grand besofa de ce secours.

Rosen, très-ancien gentilhomme livonien et bienallié^ à ce qu'assura M. le prince deConty à son retour de Pologne à des gens à qui il aurolt dit la vérité de quelque façon que ce fût ; il avoit eu la curiosité de s'en informer bien. C'étoit un excellent officier de cavalerie , bon même à mener une aile , mais rien de plus ; brutal partout , hprs à table , et fâcheux dans le commandement. D\ illeurs , sous une mine de reltre, de l'esprit , de la finesse et instruit. Il parloit mal françois par art , connoissant le faible du gouvernement pour les étrangers et son mé^ pris pour les François. Il s'étoit enrôlé jeune, gueux et libertin, et

Eour des maraudes avoit tiré au billet. Il avoit un camarade de chamrée, maréchal de lacam >agne [sic], qui étoit entré aux Invalides ; il l'assistoit, et tous les ans l'envoyoit quérir, lui dopuoit bien à dîner avec lui et le renvoyoit la bourse largement garnie. Ce maréchal de France finit en homme sage , courageux et chrétien , dans une espèce de retraite domestique très-honorable.

Vauban, la valeur même, la bonté, la vertu, la probité même,

90U8 un extériair rude , grossier et brutal , étoit de bien loin le premier homme de son siècle dans l'art des fortiGcations et des sièges et dans celui dV ménager les hommes , et parmi cela la simplicité même. Le roi, sous lequel en personne il en avoit tant fait d'éclatants , crut se finre maréchal de France lui-même et couronner ses propres lauriers par le bâton qu'il lui donna avec complaisance. Ce ûit le premier qu^obtint ce genre de mérite militaire ; son amour pour le roi et pour rËtat ne l'en rendoîent pas moins digne que sa capacité et ses actions. Huxelles étoit tout autre chose : im matois rusé, appliqué h son &it, età son fait unique, à son Ml en tous genres, sans jamais s'en détourner ni faire un pas mutile ; Tami et le serf le plus assuré à tout des ministres et de qui il pouvoit espérer, tant qu'il en avoit affaire et rien par delà ; mi silence artificieux qui présentoit à croire rien moins que ce qui étoit eu hii, avec mie grosse physionomieenfoncée,chargée!d'une grosse perruque qtd Êùsoit dire que c'étoit une bonne tête, tandis qu'elle ne Tétoit que pourRhinbrard (1) ; toute sa vie vêtu de la même pièce de drap gris , son habit toujours boutonné et sans or que le bouton , nul vestige de cordon bleu, et le Saint-Esprit caché sous la perruque, malpropre et l'air d'un grand et gros marchand de bœufs ; tout d'une pièce avec de petits jeux enfoncés, très-vifs, qu'il renfonçoit encore sous de gros sourcils , et le sourire malin ; avec cette apparente simplicité , glorieux tant qu'il pouvoit , et sous prétexte de paresse ne se levoit guère de sa chaise ni nefajsoit de visites qu'utiles ; le plus libertin de son temps avec choix et la débauche grecque sans rougir; à l'armée presque jamais à. cheval, et toujours pour les partis foibles. Il craignoit tout, et sa valeur n'étoit pas bien décidée , mais il étoit si timide d'esprit que cela pouvoit lui avoir donné cette réputation. Le premier écuyer, Beringhen , et lui étoient cousins germains et amis intimes. 11 n'avoit point de goât pour le mariage , et comme ils étoient enfants du firère et de la sœur, Tespérance de sa succession lui altachoit le premier. L'alliance surprenante de celui-ci , gendre du duc d'Aumont , et par conséquent propre neveu de M. de Louvots, avec qui il étoit inthnement lié , avoit mis Huxelles dans la même privance. Le ministre avoit trouvé son homme en lui , et l'avoit avancé tant qu'il avoit pu et mis hors de page avant sa mort On a vu qu'il fut accusé d*avoir rendu Mayence de concert avec lui pour éviter de finir la guerre. Barbezieux et Pontchartrain pendant sa faveur, ami aussi intime et parent du premier écuyer, ne lui furent pas moms favorables. Il trouva moyen de percer jusqu'à madame de Maintenon et de se frayer le chemin à tout. Il ne songea pas moins au fbtiir et ne se mit pas moms bien auprès de Monseigneur, par sa

(I) n est évident que Saint-Simon a voulu dire Rembrandt

Maintfflionàlui, qui étoit mademoiselle Chouin; sa bassesse étoit telle que de la rue neuve Saint- Augustin, où il logeoit, au petit Saint-Antoine, où logeoit cette fille dauphine , il .envoyoit tous les jours des têtes de lapins à sa chienne. La vérité est que ^ dès que Monseigneur fut mort, ses visites et l'envoi à la chienne cessèrent tout d'un coup sans qu'elle en ait ouï parler une seule fois depuis. 11 revint au maréchal qu'elle en étoit surprise : « Je ne sais pas pourquoi , répondit-îl froidement, je ne la connoissois presque point, et je n'avois aucun accès auprès de Monseigneur. » Je n'en dis pas davantage. Il étoit vrai pourtant qu'il étoit admis à tout chez la Chouin, et qu'il voyoit souvent Monseigneur en particulier, et que ce prince en parloit avec la plus grande opinion du monde.

Tessé avec moins d'esprit et d'affectation fit sa fortune comme l'autre, et la poussa bien plus loin avec la singularité d'être devenu maréchal de France sans avoir essuyé coup de mousquet (1). C'é^it un rusé Manceau, poli, doux, ayant le jargon des femmes et do grand monde , fort répandu , mais toujours à son fait et toujours tout aux ministres et à la faveur. Louvois , dont il étoit l'homme a tout £aire , le poussa et le fit chevalier de l'Ordre en 1688, n'étant que maréchal de camp , et lui fit créer la charge de mestre de camp général des dragons. La fortune le porta sans cesse , et il fut redevable à la modération et peut-être à l'indignation méprisante du sage Catinat de n'être pas perdu. Sa figure noble prévint le roi , et les valets ne lui servirent pas moins que les ministres. Sa fin a été subite de rage et de désespoir; son cœur fut trouvé fendu.

Montrevel primoit par la naissance et par une brillante valeur. Sa profession de galanterie, qui le lia au maréchal de Yilleroy, le fit goûter au roi , qui , sans son indiscrétion , lui alloit donner la compagnie des chevau-légers de la garde. Il le confia au maréchal de la Feuillade, qui dans l'instant en alla faire sa cour à Colbert , qui eut le temps de sauver son gendre. Le roi fut longtemps aie pardonner à Montrevel, mais ce goût réciproque de galanterie le raccommoda à la fin. C'étoit d'ailleurs la plus glorieuse et en tout genre et précisément à la guerre la plus inepte créature qui existât, et qui s'étoit fait une langue en musique, dont l'harmonie destituée de tout sens imposoitaux sols et faisoit rire les autres. Il étoit fort pauvre, et en prenoit où il pouvoit , gros joueur, grand dépensier, sans ordre , grand valet pour sa fortune ou pour ses besoins, et glorieux jusqu'à l'extravagance pour tout le reste. Tel qu'il étoit, le roi l'aimoit et se complut à le faire maréchal de France. Sa lin

(1) Tessé fiit blessé au siège de Veillane en 1691 et au siège de MantoHe en 1702. Voir le Joumcd de Dangeau, tome 111, page 345, et tome VIII, pages 374 et 377.

a été ridicule.: il est réellement mort de peur, d'une salière renversée sur lui.

Tallard exœlloit dans toutes les parties du courtisan et de l'homme du monde; une société délicieuse, un commandement charmant^ brillant d'esprit et de vent, dévoré d'ambition, se distillant en projets , jamais cratentdans la plus complète fortune. Ses talents militaires ont été funestes à l'État , ses vues de cour l'ont encore été plus à FÉglise. Son amitié , sa probité , sa fidélité étoient d'un courtisan parfait , et il est mort enragé au sein des honneurs et des richesses et de toutes sortes de dignités et d'établissements.

Harcourt, qui ne paroissoit rien promettre dans sa première jeunesse, ue fut pas longtemps à tenir ce qu'il ne promettoit pas. Sa surprenante laideur étoit réparée par un regard plus surprenant qu'elle ; l'esprit, la hauteur et une sorte de douceur mâle lui sortoient par les yeux ; Taneien commerce de Beuvron, son père, avec madame de MaintenoD dans leur jeunesse poussa sa fortune, qu'il sut porter à son comble. Cétoit un homme délicieux à vivre à qui n'avoit point à s'en défier, et contre les grâces duquel les plus instruits de ce qu'il étoit aroieDtà setenir en garde. Il vouloit plaire au goujat et au plus inutile valet, comme au gâiéral et au ministre , et il pouvoit en ce genre tout œ qu'il vouloit. M. de Louvois et madame de Maintenon furent dme d'accord en sa ùveor; Barbezieux fut son ami intime, et après fHBL ChamiUart tant qu'il en eutbesoin, lequel il culbuta après, pour plaire à madame de Maintenon, qui l'avoit fait et qui le vouloit détruire. II avoit tous les talents hors ceux de la guerre , et^ ce qui est peut-être nuque, il l'entendoit assez pour sentir tout ce qui lui manquoit , tellement qu'arrivé par cette voie il ne chercha plus qu'à marcher par d'autres et abandonner celle-là. Ce n'étoit pas qu'il y fût inepte ; mais les grandes parties lui défailloient, et il s'en étoit aperçu le premier. D'aiBeurs plein de sens, de justesse et d'esprit et parfaitement dissem- UaMe au maréchal de Villeroy, il comprenoit combien le conseil étoit phB stable et plus utile que le commandement des armées, et que ces deux emplois ne se pouvoient accorder. Il se trouva si noyé de fortune ffÛ ne sut presque où se laisser entraîner, et que par toutes ces raiiOQs il eut besom de toute son adresse pour éviter d'aller conmiander en Italie et retarder la promotion des maréchaux de France (1). On peut dire qu'il ne fit que ramasser le bâton en passant. Il ne s'étoit jamû caché de dire que, s'il n'avoit que ce but , il ne serviroit jamais ; <|K tout son objet étoit d'être duc, et quand il le fut , et que l'Espagne reut initié aux affaires, il compta tout pour rien 5'il n'étoit ministre.

(1) Voir Vâddition du 72 janvier 1702, tome VIII, pbgc 999.

T. ÎX.

96 < JOURNil^ DIE QANGEAU.

Madamo 4e Ifainteoon l'y portqîf fie }o\sf. 9ùu fsfédit ; eUe eii eut parple et tout étoit arrêté pour à deux jours de là. On eu eut vent, et Ton rompll; la iii0S|ire. W n'y put is\ïï\9i» rev^ \ janiaU ^i|S^ fl ne js'en cpnsola, ^t Çfi ne fut qi^e m^g^é li|i qu*i| se i^uiûl m 17^3 à çon^pander les ^rwée^. l) jivpif dq §aYQir, })eaifcp)fp 4^ lecture , beaucQiip de ju9l;e88e et pjppepepr^ de sp4ui$ant; son talent et spn coût ^(pit pour le gpuverqepi^Dt. 11 ce nm3it k force dp garlçr ^u rpi de ses i][iinistres avec le dénier m^prM. L^ l^^uteur Teût i^omii^é gi }'aq[())itioK ;)*eût ét^ plus forte ; mais rayarice s^n^optaTm^ et r^utr§. l^^ fye^ 4^ ^^^ f^^ affireuse et longue par des apoplexie^ çj^i |e r^d^i^ent mu^t pi presque iini)[fobil^ px^ lui l^s^t gofjïejr toutp rhorreiiir 4^ <*4 état. Qn a soupçonné qij'fl fuf eippoisonné ^p Esp^^i^e, et jl ^t vrai que depuis la grande maladie q)|11 y eu); jl ne s'étoit '^^maÂs l>iep remis. 1^ peine Qxtrépie que faisoit au jToi Todeurdutab^ç, e^je 4ésir çxtréme d%ar- Qi^\^t de sp }eveir tout: obs^ple aux conversations, fréquentes lui fit quitter tou|; à coup jp tabfic dont il £aisoit un grand usage depuis i^ornbre d'apnées. On crut quejes bupt^eur^ privées de ce cours avoient causé ses apoplexie^ ; ou lui fit reprendrp le tabac , pnais il n'étoit plus temps. Jamais son p^ys 4e Nonx^4IP ^ prpdui$it de nourrisson sî délié ni si digPP d*unp telle p^i^.

Wardi 16, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée se promej^er à Maxly. Monseigneur alla dlner'àMeudoa, où U demaurepa quelques jp^r^. Wla4§jnp jie J^aii^tei^oij eut un fort violeQt accès de fièvre. -^ Depuis qu^ N. le mapé* chai de Villeroy est revenu ici, il a cédé au duc de yil<leroy, son fiJs, la capitainerie de Corbeil et de la forêt de Sénart, et a supprimé la lieutenance (ju'on avoit donnée k U. l& chevalier jic Lorraine, Lç roi veut qu'il n'y ait que des anciennes UeutenauQ^^ qui subsistent et défend qu'on donne de nouvelles c^mmissiom, — M. le comte de Melun, qui avoit un régiment de cavsr lerie qi|i sept en Italie ^ se retire , et le roi a trouvé bon que sonfrère^ le vicomte de.Gaf^4i fl^î ^^H capitaine d^ns le régiment, Tacheté. — 11 y a un^ affaire f[^Q3i4^F4))le en Sorbonne (1) qui fait beaucoup de bruit; quapante door

(1) C*e8l ce qu*oii appelle le cas de conscience qui excita une grande affaire en 1701 ; mais nous en parlerons en 1705 à roocasîon de la buUe Vineam Domini, etc. ( Note du-duc de iMynes. )

\fSff^ ofit asprpifv^ f t «igpé d^s propq^itiQiM» que MM. les éy^qi;^ de Vj^ux ^t ^ pbartres soutiennent erronées et 6apa|>)es d^ périls le jansénisn^e , que les papes et le rpf pnf J^t travaillé ^ abojir.

M^cfcdi 17, à Fefsai/;«^. — Le m alla tirer Faprès- 4||^ée. Madaq[ie |^ d^p^ef^p 4p ^pyrgogne alla voir Monsei- |;neur à Men4QB fi' ^P^^\^ spi^pisr avec le roi, — L'armée ^ remppfeuf (jj^ 4Pi^ *fi>^^ co^trie M- de Bavière se gros- ^t fpus l#s J9iifs ; pllp serp commandée par le comte ^Ijjjpk; U priflcjp^ p3,y§ 4e cet él^J^ur est couyert par rinn etpfLf le Qapube. Il a sur Tln^la place de Braunau, q^i ^ trè^l^içp fprti^ée , et il a présentement sur le Danul}e pin>, Dona^)vertl^^ , Jngqlstedt pt Straubing, qui ^ pntrç Ratisbomîfi ej Pa^H; on pompte qu'il a ?îftSJ"C^fl W^i® I^PnttfPpjs 4? trompes régléeg et bien des milices; cependant il presse fort pour avoir des secours ^p c§ pays icf . Jl tp^icUg du roi Qu du foi d^Espagne plus ^e IQp.pOP ^H» par fop}^. — Jï. 4e Médavy, qui cornnandi^ \e^ gpajrtiers \fi^ p|^l^ proches 4n lac de Gapde , 9fpit asseniblé pJ^usfPHrp bateaux sur lesquels il a fiait embarqn^r ^np P^^i^ 4p Vinfanterie qui pst à ses ordres ; ils pq^ t^aye];rs|$ tpi^t le }ac , pi spnt allés entre Riva et ï<>r|)olp pour f^rp contri{>wer pp pays, qui est 4 rempe- ^ujcr; mais ij^pnt^ouyé bpaucoup de inilices armées sur k^ J)prds depp lap, ej; Médavy n'a pas jugé à propos d'^:^pp^I^ Jps tpoupps poup jinp phppp qui p'^toit pas papit^SiJp, Qn sqppçopne Jes Vénitipi^s 4'ayQir 4Q«né aux IWLIfc^riau]^ V^m 4p PpJt^ ^ptrepri§p , ^^$ quoi elle auroit Pfr ^ns§w? j^i^éwpnj. Ilédayy §pt rpyenu dans pes qnar-

^mwii ^8. à F(?r^i7i«|. — I^p ^pi ^U* TaprèiMilnée 4 Ifasriy. — Û y a 4<58 |pttre§ 4e Gua^talla dn &, qui porterit que la garnison de Bercello avoit demandé jl capituler , et que M. de Vendôme n'avoit pas voulu leur accorder ions les articles qu'ils demandoient dans la capitulation ; ï\ ue veut pas leur laisser emmeper tput le canon; il y en

a beaucoiip dans la place et c'est toute Tartillerie du duc de Modène. M. de Vendôme resserre de plus en plus les ennemis dans leurs postes. Albergotti^ qui commande à Modène^ a fait avancer quelques troupes vers le Bolonois. — On mande de Lorraine que ce duc, après avoir demeuré quelques jours à la Chartreuse de Nancy , alloit faire sa résidence àMirecourt. La princesse dont madame de Lorraine vient d'accoucher est morte (1). Les dames de Remiremont ont député à Lunéville pour prier M. et madame de Lorraine de trouver bon qu'elles élisent pour abbesse la princesse leur fille , qui n'a je crois que deux ans. — Comme le roi et M. de ChamiUart n'ont eu aucune nouvelle ni par M. de Vendôme ni par le chevalier de Bezons, qui commande le quartier le plus proche de Bereello , il n'y a pas d'apparence que cette place capitule. u7'

Vendredi 19, à Versailles. — Le roi donna le matin après la messe une longue audience au maréchal de Vil-> leroy dans son cabinet. L'aprè^inée S. M. alla tirer. — Vendeuil, lieutenant général et lieutenant des gardes du corps, étant obligé par ses infirmités de quitter le service, a envoyé à S. M. la démission du gouvernement de Pecquaye, qu'il avoit depuis quelques années, et le roi a donné ce gouvernement à son fils, qui étoit page de la chambre il y a deux ans. Ce gouvernement vaut 1^ ou 45,000 livres de rente, qui sont payées par les États de Languedoc, et la grâce que le roi fait au fils marque bien l'estime et l'amitié qu'il avoit pour le père. La lieutenance qu'il avoit dans les gardes a été donnée à Marnais y premier enseigne de la compagnie , -et l'enseigne au chevalier de la Villeneuve, qui en étoit aide-major, et l'aide-majorité au chevalier de Vemassal , un des plus anciens exempts.

(1) Cela ne s*est pas trouvé vrai. {Note de Dangeau. )

Samedi 20 , à Versailles, — Le roi alla Faprès-dlnée se promener à Marly , d'où il ne revint qu'à la nuit. Monseigneur revint de Meudon* U y de voit avoir le soir comédie ici; mais Monseigneur contremanda les comédiens parce que c'étoit l'anniversaire de la reine mère^ et ce respect-là a été fort approuvé au bout de trentesept ans^ car elle mourut en 66. — Le roi a fait une promotion de chevaliers de S^ânt-Louis pour les officiers de ses armées de terre. On a donné la croix à cinq cent douze estropiés ou qui avoient plus de trente ans de service, et le roi nous dit qu'il y en avoit encore plus de cinq cents autres qui méritoient le même honneur et qui avoient le service nécessa:ire y que le roi a réglé à trente ans. — On eut des nouvelles de M. de Vendôme du 8. Ce qu'on avoit mandé de la capitulation de Berœllo n'étoit pas véritable ; mais on croit que la garnison y sera bientôt réduite. On continue à bombarder la place avec plus de succès que les premiers jours. M. de Vendôme assemble quelques troupes^ et c'est apparemment pour attaquer les quartiers des ennemis les plus proches de nous ; ils ont encore celui de Bondanella en deçà de laSecchia.

Difnanche 21, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. Monseigneur ne sortit point, et joua le soir à l'ordinaire chez madame la princesse de Gonty. — M. le duc de Gesvres* vint ici avant-hier parler au roi; il veut se marier malgré toutes ses incomimodités ; il a près de quatre-vingts ans. Le roi lui conseilla fort de n'en rien &ire; il lui dit beaucoup de bonnes rnsons qui dévoient len empêcher, mais il ne gagna rien sur lui. Il veut épouser mademoiselle de la Chesnelaye , petite-fille de madame de Soyecourt et qui aura même un bien considérable; ce mariage fera encore beaucoup de tort au warquis de Gesvres, son fils. — Le mariage du duc de Mortemart avec mademoiselle de Guiscard est entièrement rompu. — Le .roi eut nouvelle que les ennemis,

après avoir candnné et bombardé duraiit trois jours le château de Saffbmbour^, en kvoieut levé le siège; ce château §ert fort â la conlfaiiihication dû pays du LiLxembourg Avec Bonil. Lacroix avbit jeté Quelque nionde dans ce château et à fait ètttrer ilïi cotvbl dâfas Bonli; le roi k paru très-cotttent de Lacroix ^iir tout tëla; les ennemie avoient assez dé ttoûpeS devant îSâffèmbbutg et il n'jr àvoit pas deux behte hommes dâtis le châteatl.

Ce duc de Gesvres étoit le fléau de sa famille et un des méchants hommes Au monde. Il ne se remaria que pour faire itial et dépit à Sts ehfànts. î^ première nuit de s^ noces il fit au lit kl ënotméniét Hue la pauvre épousée eut grand'hâtë de Sautfer eil {ilafee [««?,] et gtâfad besoin de changer de tout. Elle s'en dédommagea bien par la suite.

Lundi 22, à Versaiîtés, — Le rbi prit médecine , et tint rs.près-dlnéé te cdhseil qtt'il àufbit téntl le riiatin. Monseignetir ne Sortit point de tout lé jour ; il alla au coiisell a son ordinaire et puis il y eut fcomëdle. — Il àirivâ uri coufrrier de M. de Tendôine, qui a pris le poste de Bbndaiiêlla, (Ju'dccùpoient les ehnerhis et qui est èti deçà de la Secchia ; ils y avoient fait un grand retrânchëmeiit. M. de Vaubecôurt, lieiiteiiant gériétâl, fiit fchargé de cette attaque; il avoit avec lui M. d'Esteing, matéôhal de cainp, fet le chevalier de Liixeiribôurg pour brîgadlël^. Les ètiheiiiife àvbiëiit quatre ëbnts hbmmefe derrière ces retralichemehts. tin lieutehàht-cblonel qtli les commàndoit les abandonna, disant qu'il alloit leur eherchëi^ du secours. Nos troupes dttaqùêrefat avefe tant de vigueur qtle les rettancheniètits fiirëtit eW^iortés éh rtioinS d'ilhë hétltë. Oïl ilfâll (iii^trè ceiits t>Hsontitëré, pkf^mi lesquels est ic prlHfcipal t)fficier (Jiii filt dfemetlré avéb feui; il y a ëti plus de deux ëèhts horiiiiles des ledits tuëfe bu tloyés dans la Sëcchià. Lefe pa.y^hè bntàsfeUl^è ft. Âë taubeëbtiri qu'il ne s'efet pAk Sauve viiigWihq hbhltlies; ûoùi n'^ avons {)elniii que douze bu quinië soldalè. L'dëtiort a ét8 fbrt vl^olirëdsë , et taUbecohrl mande qlic le chevalier de Lhxembbiirg s'y est fort distingué.

JANVIER 1705. IdS

Mardi S3^ à Mnirly. — Le rôl sigha le matin à Versailles le cdiitfat de mariage dû duc de Gesvres avec mademoiselle dé la Chésnelayë^ à tjui madame deSoyecourt^ sa grand'mèré^ adâtire après sa tnort âOO^OOO francs. Je ne sais pÉè ce qu'elle aura d'ailleurs ; je croi6 que cela ajiprofché de 190^000 £raues. — Le roi vint ici aussitôt après son dîner et ne rentra qu'à la nuit dans la maison. — traversonne, major du régiment aes gardes, étaiit obligé par sa mauvaise santé de quitter le service ^ le roi AL donné bette charge à M. de Bernière, qui n'est pas un diBS plus anciens capitaines du t'égitiiétii! Cette itiajorité Vaut 17,000 livres de rëdte , et donne lieu de parler souvent à S. M. Traversonne aura la compagnie de feernièrfe à vendre, et outre cela le roi lui donne 8>00Ô francs de pension. — On a reçu des lettres de M. Télecteur de Ba- '^iére dû 10 flë ce mois. On assiire présentemeilt qu*eh coinplant ses tnilices qui sont bonnes il a plus de qua- ^«ïate mille hommes sur pied. — Madame la auchesse de vaintin est de ce voyage pour la première fois. On ne ^^xxsera que le premier voyage. Le mariage de mad.emoi- . ^J-1^ de Saint-Aignan se iit à Vaucresson chez M. le duc ^^ Beauvilliers, son frère.

-dtfercredi 24, à Marly. — Le roi ne fut pas si longtemps

^^ <K)nseil qu'à son ordinaire ; il en sortit avant miai pour

^l*-^r voir planter dans son jardin; on n'y travaille guère

<r*-^<^ cela durant la gelée. — On eut des' lettres du roi

d'Kifipagne du 13 de ce mois. îl compte toujours d'arriver

1® A 6 à Madrid. Il fait lever en Espagne dix-sept mille

ho:»3ames de pied et six mille chevaux ; ^argent pour cette

le^r^e est déjà, entre les mains du cardinal Porto-Carrero.

Oix jnande que ces levées-là qui sont a^jà commencées se

foxn^-t forl facilement , et on espère que cela contiendra le

roî de Portugal, qu'on craignoit qui entrât dans l'alliance

de l'empereur, des Anglois et des Hollandois. — Le roi

<loKxne au marquis deLavardin, qui n'a qiie dix-huit ans,

la> lieatenance générale de Bretagne , qu'avoit son père ,

104 JOURNAL DE DAJSGEAU.

qui vaut plus de 40^000 livres de rente et sur laquelle il n^avoit qu'un brevet de retenue de 50,000 écus. Il épouse mademoiselle de Noailles * , fille du duc, et c'est en partie en faveur de ce mariage que le roi donne la charge. Voilà cinq filles de M. de Noailles mariées à de grands seigneurs ; il en a encore trois ou quatre à marier.

* Ce mariage de mademoiselle de Ii^oailles fut un étrange mariage. Lavardin avoit épousé en premières noces une sœur du due de Ghevreuse , dont il n'avoit que le marquis de la Châtre, et en secondes noces une sœur du maréchal et du cardinal de Noailles, dont il.avoit ce fils unique et deux filles qui épousèrent depuis le duc de Chaulnes et Beringhen, premier écuyer après son père, mort sans enfants bientôt après lui. Lavardin , mécontent des Noailles et sentant bien que son fils pouvoit aisément trouver beaucoup mieux, avoit constamment résisté à ce mariage, et en mourant Tavoit défendu à-son fils sous peine de sa malédiction , à ses tuteurs sous peine de son .indignation et de trahir sa dernière volonté , et conjuré le cardinal de Noailles avec confiance de ne le pas soufi&ir. Celui-ci s'y opposa en effet tant qu'il put; mais les tuteurs et le petit garçon furent gagnés. Les Noailles Téblouirent, les parents les craignilrent et le mariage se bâcla (1).

Jeudi 25, à Marly. — Le roi se promena tout le matin et toute l'après-dlnée dans ses jardins. Le roi et la. reine d'Angleterre vinrent sur les six heures. Le roi et toute la maison royale allèrent les recevoir à l'ordinaire dans le petit salon , jusqu'où ils arrivent en chaise. Ils furent quelque temps enfermés dans le cabinet du roi^ et puis le roi d'Angleterre joua- dans le grand salon avec monseigneur le duc de Bourgogne, madame la duchesse de Bourgogne et toutes les dames ; la reine d'Angleterre demeura avec le roi et madame de Maintenon y et à huit heures LL. MM. BB. retournèrent à Saint-Germain. — Au retour de la promenade^ avant que le roi d'Angleterre arrivât y le roi travailla avec Mansart et lui fit changer

(1) Saint-Simon a bifié la ligne saivante, qui teiToioait cette addition. « On verra bientôt l'effet de la malédiction du père, dont la bonne et ancienne maison périt avec ce fils. » Voir Tadditiondu 20 novembre 1703.

un dssein d'un ouvrage quUl fait faire au bas de ce qu'on appelle ici la rivière^ parce que S. H. le trouva trop magnifique pour un petit lieu comme Marly. — H. de Honasteiol^ envoyé de M. l'électeur de Bavière, et Siméoni, quiétoit avec lui^ sont revenus sans avoir pu passer pour joindre cet électeur. Il y a quelques mois qu'on assuroit qu'ils Tavoient joint ; cela s'est trouvé faux.

Vendredi 26 , à Marly. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins ; la gelée empêche qu'il puisse chasser. — On mande de Pologne que le cardinal primat fait assembler un synode pour examiner si l'élection du roi de Pologne a été canonique ; on prétend qu'il y a eu beaucoup de nullités dans cette élection et qu'elle est contre toutes les formes. Le roi de Pologne avoit prié le nonce d'agir auprès du cardinal primat, pour rompre cette résolution , mais le nonce ne s'en est mêlé que foiblement. Le roi de Suède continue à ne vouloir point d'accommodement que le roi de Pologne ne soit déposé, et on croit que plusieurs grands seigneurs de Pologne sont dans ses intérêts. — Le marquis de Gramont, qui commande dans Rhinberg, a fait attaquer une redoute qne les ennemis avoient fait faire fort proche de la place. On l'a emportée l'épée à la main , on a tué ou pris tous ceux qui la défendoient; cependant cette place est si fort resserrée et la disette de vivres si grande qu'on croit qu'on sera obligé de l'abandonner. .

Samedi^ly à Versailles. — Le roi partit de Marly à cinq heures pour revenir ici. Monseigneur alla de Marly à Meudon dîner et revint ici le soir pour la comédie. — M. le comte d'Évreux traite avec M. le comte d'Auvergne*, son oncle , de la charge de colonel général de la cavalerie, dont il lui doit donner 200,000 écus ; la charge ne vaut pas 20,000 livres de rente. Le roi en a donné l'agrément au comte d'Évreux ; mais il veut qu'auparavant il serve dans la cavalerie, et pour cela il va acheter un régiment de cavalerie, et vendra celui d'infanterie qu'il a.

M. le cardinal de Bouillon loi donne au moins 100^000 francs pour lui aider à payer cette charge. — Les ennemis assemblent des troupes auprès de Tlraerbâ(;h > dont on croit qu'ils veulent faille le siège. LK Ville ëst très-aisée A jirëlldre, tiiai§le ch&teàu est ti'ès-boii, «t^ s'ils rttttbqùetit) dû songera à le secourir^ et lious en A\ïtm^ le loisir. Oh croit même qu'dti y fera tiiàrèhe!- lé maréchal de Tallard.

~ * Le comte d'Auvergne avoit eu la charge de colonel général de la cavalerie de JVl. de Turenne à sa mort. Il étoit ancien lieiitenant général et avoit bled et loiigtemîis âervi. tl avbit èssil jré tbus të^ dégoûts po^ sibles dans cette charge pAtU. de LdUTtiis, qlii haîssoit M. ttè Turenne et tout ce (Jui lui appartenoit. Le roi depuis fit tout ce qu'il piit |»our engager le comte d'Auvergne de la vendre à M. du Maine sans en pouvoir venir à bout. Gela acheva de le rendre nul dans la cavalerie, et à là fin il né servit plus, et, poiir consoler M. du Mâilië, oh init lèS carabiniers en corps â la fin de 169S, conimè !lb Mnt eiiebrè atijdtird'hui , sous M. du Maine. A la fin , dégoûté d'ailleuH lie servir, le comte d'Évreux, devenu ami de M. le comte de Toulouse, obtint iV grément de la charge de son oncle , que sa persévérance à tout soufifrir conserva dans sa maison.

Dimanche 26, à Verêailles. — Le roi eut nouvelle de l'arrivée du roi d'Espagne à Madrid ; il y entra à cheval le 17 de ce mois, marchant à côté du carrosse delà reine, qui étoit aUée au-devant de lui â Cuadalaxara, qui est à deux journées de Madrid. — On mande de Yienne que le 8 le prince Eugène y arriva, et le lendemain il eut audience de LL. MM. II. Il demande de grands secours d'hommes et d'argent sans lesquels il est hors d'état de pouvoir soutenir la guerre en Itahe ; mais comme il est impossible de lui fournir ces secours présentement, on pourroitbien le retenir à Vienne et l'employer contre l'électeur de Bavière. L'empereur a neuf mille hommes de troupes réglées près de la rivière d'Ens^ sur les confins de la haute Autriche. L'électeur de Bavière a fait marcher quelques troupes vers le haut Palatinat, qui ont causé une grande épouvante sur les frontières de Bohème, dont toiis les habitants de la campagne se réfugient dans les villes.

JÂKTlEtt ItOS. 107

Lundi ^, à fêtiûttleê. — Lé roi entretint lohgtemps le miiSèM dé Tallftrd , 6t M ordonna de se tenif> ^rèt à partir pour aller commander ses troupes sur la Moselle ^ Il aoM ^âtre liehtbnants géiiéràtli d âix iharéûhdtix de cdlti|) dÂt)^ sion àtitiêé. 11 i^'ën il*a dl^oit fi ttetî et à Ltllëmbônr^ et faiaH;herà àii ilëbooi^ de Traerbach i^i les ennemis èû ktU4tieât le châteàtl: -^ Le l'oi tt envoyé dtl tsar^ dinalde Hédicis un brevet [(oïlr èti*è prdieôteut' des aSaires de France, conjointement avec celles d'Espagne^ et depuis ce cardinal a fait mettre sur son palais à Rome les armes de France et celles d'Espagne à la place de celles de Tempereur qui y.étoient durant qu'il avoitïa protection des affaires de l'empire. — On mande de notre armée d'Italie qile leii quatre cents François tjtii avoient été envoyés en RcfUgfHë au commencement de la guerre étaient âi*ive«, il y à Quelques jours, à l'armëe impériale et avoient ensuite été échangés avec j|iarell ilbmbrë de prisonniers allemands.

Mardi 30^ à Versailles. — Le roi envoie le ihar^chal de Montrevel, pour commander en LÉangiiedbc, di les soulevés continuent à faire de grands désordres. On dit que M. le comte de Broglio reviendra de ce pays-là pour ne pas servir sous M. de Montre vel, qui étoit moins ancien lieutenant général 4^e lui. — M. de Meyercroon donna part au i^i de là iialë^allce du prince Georges > 8éc<tfad fils du roi de Ddnfeniaî^ck , né le 6 de ce mois. — Le roi a doniié la charge de premier président de Bésah^on au sieur Boîsot, qui en étoit procureur général. — Lëmâliage du duc de tiesvres avec mademoiselle de la Cneshelaye se fit hier à Paris; et on a envoyé à Rome pour avoir la dispense de celui de M. de Lavardin avec mademoiselle de NoailleS) parce qu'ils sont cousins germains. — Le marquis de Y arennes^ d'Usson et Survillcj lieutenants généraux, Toilt ter VÎT sous M. de Tallard ; Imécourt^ le chevalier du Rozel, le chevalier d'Asfeld, Sousternon et Jeoffreville, maréchaux de camp, serviroiit èthssi daùs son

armée. Le bruit court parmi les ennemis que Télectenr de Brandebourg viendra conmiander leur armée sur la Moselle.

Mercredi 31, à Versailles. — Le roi alla se promener Faprès-dlnéeàMarly; il y passa encore hier Taprés-dlnée. — Toutes les armées sont réglées ; il y aura en Flandre vingt-sept lieutenants généraux et vingt-cinq maréchaux de camp dont voici la liste :

MM.Ximenès, ' Busca, I Gacé, Coigny, Milord Berwick,

DTSSOD,

Artagnan,

Duc de Roqaelaure,

Chevalier de Gassion,

La Motte ,

Comte de Solre,

Pracomtal^

D'Alègre,

Due de Luxembourg^

LIBUTBNANTS GENERAUX.

MM. BlainvîUe,

DucdeVilleroy,

Gaylus, Reynold, Coartebonne, Rigauville,

Artagnauy des mousquetaires, Caraman, Surville, DucdeCharost, D'Antin, Liancourt.

filM.Thouy, Surbec, La Châtre, Estrades, Imécourty Saillant , Montesson , Sousternon, Labadie , Duc de Guicbe, Biron, Momay, Prince de Bohan ,

MABBCHAUX DE CAlfP.

MM. Chevalier du Rozel, Prince d'Épinoy, Chevalier de Couroelles, Ducde Montfort, Duc delaFeuillade, Hessy,

Chevalier d'Asfeld , Vibraye, Comte de Hora, Jeoffreville , Prince de Birkenfeld , Puységur.

Cette année sera commandée par monseigneur le duc de Bourgogne; il y aura deux maréchaux de France, qui sont Villeroy et Boufflers.

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