‹ Journal du marquis de Dageneau (volume 2)Chapitre 2 sur 25 · ARMÉE D'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

ARMÉE D'ALLEMAGNE

eofnmandée par le maréchal de Vilkurs,

LIBUTENÂIITS GBNBBAVX.

•Manin, Lannion , Locmaria^ Doboarg, Qérembanlt , Marquis de Gramont,

MM. Magnac, Du Rozel , Saint-Mauris, Hautefort, Druy, Rouçy.

MABiCHAUX DE CAMP.

MM.Saint-IÀQrent, Comte de Gramont, Sallly, Maiivault, Flamanville , Blanzac, Chamaraudey Legall, Thianges, lyEsteing) Cheyladet, Doc d^Humières ,

MM. Prince Camille, Forsat, - Lée,

Dorington, Sainte-Hermine, Nogent, Manderscheid , Vaillac, Valsemé, Gévaudan, Vivans, Du GhAtelet.

ARMÉE DITALIE,

commaandie par If. de Vendôme,

LIBUTBn A1IT8 G^lf BEAUX.

MM.Yanbeeourt, Barl)ezières , Bezons, Médavy, Saint-Frémont ,

MM. Albergotti , Praslin, Zurlauben, Montgon, Chemerault.

IIP JOURVii^ DP n49QEAU.

MABiCHAnX DB CAMP.

MM. Langallerie , MM. p'Ârej^eç^

Bouligneux , ^ Galmôy,

Chartogne, yaudrey,

Murçay , tioesbriant,

Narbonne, Bénille.

Aubeteire,

Il y a plusieurs des anciens officiers génér^)^ q|ii ï^f serviront point : M. le duc du Maine , M. le gr&nd prieur , 101. de Vins , de BertiUac, de la Bretèche, de Mélac. On prend sur Tarmée de Flandre les officiers généraux qui vont sous les ordres de H. de Tallard.

Jeudi 1" février y à Versailles. — Le roi alla encore Taprès-dlnée à ftlarly pour q^heyef (J'y fégler ce qu'il fait faire au bas de la cascade qu'on appelle la rivière. — 11 arriva un courrier du maréchal de Villars, qui mande que le prince Louis asspmble des troupes qui s'avancent vers Huningue. Df. fie Villars en assemble aussi /et l'on croit que tpiis lep pffjpiprs d'Allemagne vopl avoir ordre de partir. — Le j^pjie marquis d'Alègre, qui aypitpji l'agrément pour (icbpteff le régiment du rqf de dragons , n'ayant pu convenir du prix avec le comte de Nogent, qui en est colonel^ a acheté celui de cavalerie qu'ayoît le comte de TillièrCy qui par sa mauvaise santé est obligé de quitter le service ; c'est lerégiment royal des Gravâtes , et il Tacheté 50,000 livres. — Un capitaine de vaisseau nommé [Polhecourf;] a af^taffué* ^^ pris à Fabordage un vaisseau anglois où il y q,voit plusieurs officiers et soldats passagers. L'action a été fort vigoureuse, et voilà la troisième fois que ce même oapitain^ a abordé et pris des vaisseaux ennemis. — jL^ Ferronnaye, ancien mestre de camp de cavalerie^ jéjaht obligé par sa mauvaise ^nté de quitter le service, vendit il y a quelques jours son régiment à son frèrp , qui étoit capitaine de cavalerie.

Vendredi % 4 Yirmll^- — Le roi, ayant qw d'aUer

FEVRIER f7QS. lu

4 la FimMiiQP tfps filieyaU^fP , fit aswwbler le pbapitre , da|i3 leqfifH H, 4e Torcy rapporta Iqs preuves du marquis d§ Villa^^ §t du comte de Narsin ; ensuite pn marcha 4 la cli^pQUe , 6t après la messe M. de Marsip fut rpgu, {.-9pi^SiU4é§ , te ?oi entendit le sermon , vôpres pt le sali)<; toat^ la maison royale assista à toutes les dévotions

Alla jporpé^ anf^c lui j pignseignAur le duc de ^purgogn^^, madame la di|4)esse de Rpurgo^p communièrent avant

la pvQCfi^Qn. -rrOn mande d' Angleterre q|iQ, snr les fortes instances des Hollandois^ la reine avpit prpmis dV|ig-

fmk^ m troupes d^ dix mille hpmmes , mais & cpnditj^a que la ilouand^ pomp^a tQUt commerce da lettres ajfpc la Franpf^ et rSspagnei conditipu qui sera fprt dure rt qa'pn ae ciîpit pas m^ma qui §pit acceptée par Ips IJol-

(wdoia, rr- On ma^dp da Madrid qu'u p^irpit m cpmmen-

ggQQpt 4e désunion eptre lea cardinaux 'd^pstrépfs et

ftMpfp-C^iT^p , et qup pa dP^flifir ua vaut plu§ être de la

jpte. On pTPit P^urtaut qup pçtte affajpe se f^ominq- Ôpra. Ï4snouve^e«f lev^eq se fppten cepayfj-Jà-ftvec beaft-

poap dfi spopifes.

%i#4» 3, à Vfrsai^lef. — l^e roi, tpus ces jours ici, ^u wtflur dp l^ ipesse , a dPî^né Tordre de ^^ipt-Louis à phi^UPi pfftpiers de peuç qu'il ayoit nomnjés pes jpurs pfiss^Sf \l }e dpnua & paonne igpeuf* le duc dp Bqurgogpe Î! y a bui* jonrs , pt \l ne lui donna point pp particulier a^ sp9 paj)iuet poïUïUP il ayoit fait 4 Ifpppeigijeur quaud i} )ff rpçut. Kouseigneur le duc de Rourgqgpfi ^tqjt à la t|^ de touf les offîçjer^qul fuFen|;fpçus cp joup-U. — Le cpîa dopmé auWUFd'^l^i PPHF 25 q\x 30,QP0 écus dp peu- W^ ^ 1^^9^f^^ pf^piers ; }a plu^ cpusidéral)]e de cpnf B^oi}« n'ppt que dp 500 épus, et c'est pauria , ancieu brigadier de cavalerie, qui Ta eue. — Tous }es pfûciep} i^ l'ifrpijée d'AlIpjaaguç ont ordrp de partir, o'es|^à-dire )ip$ brigadiers 7 |e^ colonels pt tout ce qui pst pu-dpssous; î) y 1^ aussi quatre lieutenants généraux et qx^atre mprécbaps de camp qui partent. Les jieutemints généraux

Ui JOURNAL DE DANGEAU.

sont : du Bourgs Clérembault, Sainirjlauris et Hagnac ; les maréchaux de camp : Chamarande^ du Ch&telet ^ Vivans et. . . . — Le maréchal de Montrevel prit congre du roi pour aller commander les troupes en Languedoc ; on augmente encore sa petite armée de quelques régiments qu'on fait venir d'Italie. Les soulevés de ces pays-là ont déjà été battus en une ou deux petites occasions et continuent leurs désordres avec beaucoup d'insolences et de cruauté. — L'après-dlnée le roi alla se promener à Trianon, et le soir il y eut comédie.

Dimanche 4, à Versailles. — Le roi , après son diner^ entretint longtemps dans son cabinet le maréchal de Tallard; qui ensuite prit congé de S. M. pour aller commander l'armée de la Moselle. Le roi lui dit qu'il avoit reçu nouvelle que les ennemis ^ après avoir pris la petite ville de Traerbacli, qui n'est point fortifiée et où nous n'avions que cent hommes^ s'étoient retirés sans oser entreprendre d'attaquer le château et qu'ils avoient rembarqué leurs canons sur la Moselle. — Busca, lieutenant des gardes du corpS; quitte cet emploi^ et le roi donne sa brigade à son fils, qui étoit exempt et qui deviendra par là enseigne en la place de Longuerue, qui monte à la lieutenance. Barsum, lieutenant dans la même compagnie, qui est la compagnie de Lorges, se retire ne pouvant plus servir; le roi lui donne 2,000 écus de ' pension. Desfourneaux montera à la lieutenance, et l'ienseigne sera donnée à quelque mestre de camp de cavalerie; carie roi fait monter alternativement aux enseignes un exempt et un officier de cavalerie. — Le comte de Poitiers est obligé par sa mauvaise santé à quitter le service ; il est colonel d'un régiment de dragons et a toujours servi avec beaucoup de distinction. ^

Lundi 5, à Versailles. — Le roi dîna de beaucoup meilleure heure qu'à l'ordinaire. Le conseil de dépèches fut fort court , et après son dîner le roi alla courre le cerf dans son parc de Marly, et, après la chasse,

alla voir les travaux qu'il fait faire à Marly, où il demeura jusqu'à la nuit. Monseigneur alla à Meudon, où il demeurera quelques jours. — J'appris que Flavacourt, fils de celui qui étoit gouverneur de Gravelines et à qui on avoit ôté son emploi^ parce qu'on le soupçonnoit de s'être battu , avoit été fait colonel de dragons dans les troupes du roi d'Espagne en Flandre. Il a eu l'honneur de faire la révérence au roi, qui a eu la bonté de lui téinoigner qu'il étoit bien aise de ce que le roi d'Espagne, Son petit-iils, l'avoit employé. — Le maréchal d'Huxelles arjrdva le matin ; on ne sait point encore où il sera employé cette année. — On eut nouvelle d'un grand trembla jnent de terre arrivé à Rome le 14 du mois passé. Il a ^Adommagé beaucoup de palais; toute la ville crut étxr^ abîmée, et le pape donna la bénédiction in arliculo ^^^^lis. Ce tremblement fut suivi d'une inondation furi^xase; on n'en avoit jamais vu de pareille à Rome, et le :A6au soir, quand le courrier en partit, on sentoit encox^^des secousses qui causoient de grandes appréhen- ^^^^Mus. On n'a point de nouvelles de Naples, d'où Ton cr^^int d'apprendre de funestes effets de ce tremblement. ^AUardi 6, d Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée à ll^-^y, et n'en revint qu'à la nuit malgré le vilain temps q^^^îl fit toute la journée. Madame la duchesse de Bourg^^e passa l'après-dlnée à jouer chez madame la Duchesse.— Le maréchal de Tessé arriva le matin, revenant à^ l'armée d'Italie, et le maréchal de Château-Renaud aJTiva le soir, revenant d'Espagne. — Il arriva avant dîner un courrier du maréchal de Villars, et depuis 5on arrivée on a pressé encore davantage les officiers d'Allemagne de partir; on croit que nous avons quelque grand dessein de ce côté-là. Un valet de chambre du roi d'Espagne arriva un peu après. S. M. C. Ta fait partir sans lui donner le temps d'apporter des lettres d'aucun particulier, et Ton croit qu'il s'agit du démêlé qu'il y a à Madrid entre les cardinaux Porto- T. IX. ' s

114 JOURISAI^ r>K P ANGE AU.

Carrero et d'Estrées; on ne nous en dit point encore les détails. — Les Suisses ont consenti^ il y a déjà quelque tempS; à une levée de quatre mille hommes pour servir le roi d'Espagne dans le Hilanez; il y en a déjà quelques compagnies arrivées en Italie. — Depuis que le maréchal de Tessé a quitté Mantoue , on y a mis le chevalier de Bezons pour y commander ; la duchesse de Mantoue n'en est point partie ; elle n'a point suivi le ducsonmari^ qui est présentement à Casai.

Mercredi 7, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour^ et en sortant de son dîner il passa chez madame de Maintenon. Hesseigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent diner à Meudon avec Monseigneur^qui étoit venu ici le matin pour le conseil. Madame la duchesse de Bourgogne dîna chez madame de Maintenon^ et sur les trois heures elle alla à Meudon, d'où elle ramena messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry. — Le roi dit à son diner que son armée d'Allemagne passeroit le Rhin dimanche ou lundi. Le maréchal de Villars lui mandé, par le courrier qui arriva hier, que les jtfemières troupes passeroient le 1 0. — Outre M. de Kérouert, lieutenant de gendarmerie,, qu'on sait il y a longtemps qui veut quitter, il y a encore deux autres lieutenants de ce corps qui demandent à se retirer, qui sont MM. de Beaujeu et de Dromesnil. — M. le cardinal de Noailles eut le matin une'.audience fort longue du roi. On tâche à terminer doucement l'affaire des quarante docteurs, mais on a exilé celui qui a été le plus employé à leur faire faire les signatures. — M. de Saint-Sernin, qui avoit entrepris de lever un nouveau régiment de dragons , s'étant mal acquitté de son emploi , a été cassé , et on a doané le régiment de dragons au marquis de Rannes , colonel réformé , qui achèvera de mettre oe régiment en état de servir.

Jeudi 8, à Versailles, — Le roi alla se promener l'aprèsdinée à Marly. Monseigneur alla de Meudon à Topera à

Ff^VRIER iTO5. 115

Paris a>y€c mads^mp ^ princesse de Cpnty, qui était allée dîner avec lui. - — U acpva epcore un courrier d'Espagne qui est parti de lli).drid l^ 97. Lefi démêlé^ qu'il y a dants cettf couivl4 ue Uissent pasi de faire un petit embarras ioi^ et OQ a idit repartir ce soip \^ Qoup^ier qui arriva avanthier. — Le roi a permis à M. Digny d^ vendre le régiment de Topr^pej donf 1} était çolouel ; il i'ai^oit acheté. 1] 7 a eu dVutre^ Qolûnels qui ont demandé j^ se défaii« des r^xQCQts que \f^ i^o\ le^ur ayoit ^oni^é» et qu'il ne leur permet pas de vei^dre. -r- Les lattrea dfl MetKporteut queleseniiemis assiégeoient présentement l^, ché^teau de Tnierbach, qu'ils y ç^YoiP^^t quv^rt la traflctife et qu'on eDteudoit tirer ^upoup d^ paupn ; les pQnçqus Qut quiioe ou ^ei^ miU^ hpmipe^ ^ ce ^iége. — Ia dvicbesae de (ksvres prit ^QW ta)^o^ret au 9oupçr du roi j la du^ chessf} du Lude l'avwt pré^n^e. à g. Mi 4 SQP ç€itQur de Mariy dans \% obam)>i^ de n^adame d^ Maiutenon. — M. de CbwwUart ^ 4té Jft. Valéci, qui avuit cb^ lui le hu« i^u fies fin^Ac^s^ et a mis eu sa plaee M. le Rebours^

pareqt pçocbe de iw«wtowe de Cbawillart- \^ m doune

tiOOO Iraucs dç pension ^ M. Valée.

Yendfe4i 9i à YresaiUffi. — Le roi donna 1^ x^atiu une longue s^udienpe au iparéchal de Tc^ssé ; il ^ douua hier ausâ UQ^ fort langue^ ^m dup d'Harequrt. I^e roi alla iiier Tapr^iç-dinée. Messeigi^euc? 1^ ducs de Bourgogue et 4e Berry allèrent tirer d^ l^,ur QCjté , f>t » â^ la obasp^,, moqs^gU^ur Iç duc d§Be;rry s^ trouva ^al; monseigneur le duc de ^tjirgpgq^ le ra^epç^ prompteP^eut; on le mit au Ut et on Iç ^t saigner pour 1|^ pr^pièr^ £cûs de de sa vie, il y «^vqit ^eçiiiçoup d§ répugns^uo^ % et M. V9r gon Yoyaut que cela étpit abs^plumen^néfi^^^e [w\. — - ML de fjeufcbÀtel mourut ces joui's pas^é^ ^ Pfi)ri&< Il lai^ deux^lles, qui^eroptricbes par lef avai^tage^que m^afue de Nenoqurs lui ayoit faits en le uiariaut. ^ étoit bâ.^ard du comte de Soissons, le prince du sang. 11 avoit épousé une sœur du duc de Luxembourg^ qui est présentemeut brouil-

116 JOURNAL DE DANGËAU.

lée avec madame de Nemours. -* Oa a des lettres de H. Télecteur de Bavière fort fraîches ; il marchoit à Neubourg sur le Danube pour Tattaquer^ mais on craint que les troupes des Cercles qui en sont proches n^y entrent en assez grand nombre pour empêcher ce siège. Neubourg est à rélecteur palatin .

Samedi 10, à Versailles. — ^Le roi, à son lever, choisit le duc d^Harcourt pour remplir la charge de capitaine des gardes du corps vacante pai' la mort du maréchal de Lorges. Uy a 500,000 livres de brevet de retenue à payer; le roi lui donne un brevet de retenue de pareille somme, et il n^a point attendu quele duc d'Harcourt le lui demandât. Dans l-aiidience que le duc d'Harcourt eut ces jours passés , il eut sujet de croire que le roi le destinoit pour remplir cette place. — Le roi alla Faprès-dlnée se promener à Harly. Monseigneur revint de Meudon. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme qui n'apporte point de nouvelles considérables ; il dit seulement que l'armée des ennemis est fort dépérie, mais qu'ils attendent de grands secours. Le prince Eugène y doit retourner au conmiencement du mois de mars ; ce général les assure qu'avant le mois de mai l'empereur leur enverra beaucoup de troupes et de l'argent de quoi les payer. — Le bailli de Hautëfeuille , ambassadeur de Malte et grand prieur d'Aquitaine , est à l'extrémité à Paris. On dit même qu'il est mort , mais que sa famille a des raisons pour ne le pas publier ; il a 40,000 écus de rente en bénéfices ou en commanderies.

Dimanche 11, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. La maladie de monseigneur le duc de Berry n'a eu aucunes suites, et il recommence à mener sa vie ordinaire. — Le comte de Nogent a vendu le régiment des dragons du roi à M. de Carmain,qui lui en donne 45,000 écus. (1) M. de Nogent prend en payement pour 50,000

(l}Ce marché-Iàna pu se conclure, ainsi cela n'est pas vrai. (NoiedeDang.)

francs une enseigne dans la gendarmerie qu'a H. de Carmain, et la femme de H. de Carmain^ qui est fort riche et qui étoit veuve de Lagny, directeur du commerce , paye pour son mari le reste de la somme. -* On assure que le dessein des Anglois et des Hollandois ëtoit d'aller dans F Amérique , mais qu'ils n'avoient pu convenir entre eux ni avec l'empereur du partage de leurs prétendues conquêtes^ et que cela avoit rompu tout leur dessein, et qu'ils prenoient le parti d'aller en Por* iugal, et que pour cela, au lieu du duc d'Ormond, nommé pour commander les troupes de débarquement^ ils avoient choisi le duc de Schomberg, comme un homme dont le nom et la personne sera plus agréable aux Portagais. On dit que ce changement de dessein est ce qui a retardé l'armement de leur flotte, qui devoit être en mer il y a, plus d'un mois.

JLundi 12 , à Verêailles. — Le roi apprit par un cour«-

rier de M. de Villars que M. de Bavière avoit pris Neu-

i)o urg sur le Danube la nuit du 3 au 4. La place est

msi^^vaise , mais elle est importante ; elle ne s'est défen-

dtixeque vingt-quatre heures. Il y avoit dedans deux mille

bonunes de l'électeur palatin; on en a tué quatre ou cinq

cBi:its9 et M. de Bavière a envoyé le reste de la garnison

d^xis le dedans de son pays vers Munich. Ils sont prison-

tii^rs de guerre , et il n'y a point de cartel. Madame l'é-

l^ctrice palatine , la mère, étoit dans la place; elle n'en

3^^ oit point voulu sortir, quelques offres que lui eût faites

!(• de Bavière ; on ne mande point ce qu'elle est devenue.

lie comte de Stirum avoit rassemblé quatre mille hommes

des troupes de l'empereur pour secourir la place, mais

il y est arrivé trop tard. Il avoit voulu engager le cercle

de Franconie à se joindre à lui , mais ils se sont excusés

disant qu'ils n'étcnent point en état de se mettre en

campagne. Le courrier de M. de Villars dit que toutes

nos troupes achèveront aujourd'hui de passer le Rhin à

Neubourg.

Mardi 18, « VenailUB. — Le roi alla tirer Taprès-dlnée. Motiseigneur courut le loup. Le soir, ches madËirtie de Maintenon , le roi traraillA à son ordinaire avec M. de Pontohartrain ; la séance fut longue ^ et le roi régla tout ce qui regarde la marine pour cette anbée, c'es^-à-dire ce qu^on doit mettre de vaisseaux à la mer etlel^ officiels qui les commanderont. H. Chamillart vint ensuite à neuf hedres et demie, et nous sûmes que Rhimberg s'ôloit rendu , mais que le marquis de Gramont , qui commandoit dans la place, avoit eu la capitulation qu'il avoit désirée et dictée mètne. 11 y avoit dans la place quatre bons bataillons, qu'on envoie à Louvaiii ; il n'y avoit plus que poUr huit jours de vivres dans la place. -^ M. de Druy, qui avoit sous ses ordi*es vingtK^inq bataillons et trente escadrons sur la Sarre ^ marche en Alsace avec quinze bataillons et vingt escadrons et remplace par là une partie des troupes qui ont passé le Rhin avec M. de Villars. Les trente bataillons qui serout de l'armée de M. de Tallard s'assemblent le 13^ le li et le 15.

Mercredi 14, àMarfy. -^ Le roi^ après son dîner, partit de Versailles pour venir ici, où il se promena jusqu'à la nuit. Il y aura des bals ce voyage > et on a amené tous les danseurs et toutes les danseuses de la cour* — On apprit par un courrier du marquis de Bedmar, qui passa hier à Versailles revenant de Madrid ^ que le roi d'Espagne avoit donné au cardinal Porto - Garrerb le cotn mandement de son régiment des gardes à cbeval *; il étoit vacant depuis la mort de Castanaga. On espère toujours qdeles démêlés qu'il y a dans cette oour-là finiront bientôt , mais on craint qu'ils ne soient fotnentés par un des grands^ qui vondroit avoir part au gouvernement.— Le comte d'Autel, gouverneur de Luxembourg, mande que les ehnëmis coritinuent le siège dû château de Traerbach , qu'ils ont établi plusieurs batteries de canon et deux batteries de bombes qui ont déjà fait anse» de désordres, et qu'il est à craindre que les troupes

reVRIER 1705. 119

qu'on assemble pour faire lever le siège n^ arrivent trop tard.

* On voulut contenter le cardinal Porto-Carrero de ce bizarre présent du régiment des gardes. Madame des tJrsins avoit empaumé en- - tièrement la reine d'Espagne , et cette reine le roi son mari. Madame des Un»ns vouloit gouverner, et ne se put contenter d'une simple in- Ouence. Les cardinaux d'Estrées et Porto-Carrero ne s'en aperçurent que quand il n'en fut plus temps , outre qu'ils comptoient sur leur plus qu'ancienne amitié avec elle , le premier ayant toute la confiance de notre cour et le second toute Ta^torité quMl tiroit d*avoir fait faire le testament de Charles II et d'avoir été deux fois régent avec toute-puissance, n'imaginant pas d'avoir à lutter contre une femme, simple dame d'honneur. Cette lutte néanmoins ne tarda pas, et là chute des deux cardinaux en Espagne en fut une prompte suite , et de tous ceux qui avoient eu part au testament ou depuis aux affaires ou à la confiance ou même à la familiarité du roi , excepté trois ou quatre François du bas étage dont elle sut bien s'assurer. Il sera plus d'une fois iDention d'elle dans la suite.

Jeudi 15, àMarly. — Le roi, au sortir de la messe alla

coxirre le cerf dans son parc; Monseigneur et messeigneurs

s<3î^ enfants étoientà lâchasse, il y avoit plus d'un mois

qi.B.« monseigneur le duc de Bourgogne n'y avoit été; ils

1"^ ^vinrent dîner ici à leur ordinaire; Madame étoit à la

eliifisse. Le soir il y eut bal avant souper, et le roi y demeura

pi*c.^squejusques à la fin (1). Les danseuses étoient: madame

li^ duchesse de Bourgogne, madame d'Armagnac, les du-

ct^^sses de Monaco et de Villeroy, mademoiselle d'Elbeuf,

ïï*^^*.demoiselle de Melun , la comtesse d'Ayen , mesdames

à^^ la Vrillière, de Brancas et de Chaumont et mademoi-

stille de Solre ; les danseurs : monseigneur le duc de

BcîxTy, M. le duc d'Orléans, M. le comte de Toulouse , le

(1) •< Le soir à sept heures et demie il y eut bal dans le grand salon, qu'on P^ut dire avec justice être le lieu de toutes les maisons royales le plus œm-

i>^^e et le plus beau pour une semblable fête Le bal fût sérieux et sans nias-

<''drades. Les dames y furent fort parées, mais sans robes , selon Tusage de

^Uriy. Madame la duchesse de Bourgogne se distingua fort et par son air et

^tsa danse. » {Mercure de février, pges 278 et 280. )

120 JOURNAL DE JDANGEAU.

comte de Brionne^ les ducs de Monaco^ de Luxembourg et de Villeroy , le chevalier de Sully, les marquis de la Châtre , de Grignan et de Brancas. Le comte de Brionne tomba en dansant , et se blessa assez pour ne pouvoir plus danser de longtemps. — On mande de Hollandeque le comte d'Athlone, qui commandoit leur armée y étoit mort de maladie àUtrecht; il étoit feld-maréchal.

Vendredi 16, à Marly. — Le roi après la messe alla courre le daim dans son parc avec les chiens de M. le comte de Toulouse. Monseigneur alla courre le loup , et messeigneurs ses enfants demeurèrent ici ; le roi revint diner à son ordinaire. — Il est arrivé des bateaux de Troyes à Paris ; ainsi l'entreprise de rendre navigable la rivière de Seine depuis Nogent jusqu'à Troyes a réussi, quoique jusques ici on l'eût crue impossible. — On mande de Rome que le tremblement déterre du !&• janvier a causé une grande désolation dans TÉtat ecclésiastique ; la ville de Nerva et quelques autres moins considérables ont été presque entièrement ruinées, et les habitants ensevelis sous les ruines. Le désordre a été assez grand aussi dans le royaume de Naples , mais le tremblement a fait peu de mal dans la capitale. — Le roi de Pologne, se trouvant pressé par le roi de Suède , qui veut toujours le faire déposer, rappelle les huit mille Saxons qu'il avoit prêtés à l'empereur sur l'espérance qu'on lui avoit donnée de faire son accommodement avec le roi de Suède.

Samedi 17, d Marly. — Le roi courut le cerf le matin dans son parc; Madame étoit à la chasse, mais Monseigneur et messeigneurs ses enfants n*y étoient pas. Le soir il y eut bal avant souper; mademoiselle de Charolois y dansa pour la première fois et coucha ici ; elle dansa même fort bien, et le roi lui fit beaucoup d'amitiés. Madame de Maintenon parut un moment au bal pour la voir danser; mademoiselle de Charolois n'a pas encore dix ans. — Les dix-huit mille hommes de recrue qu'on

FKVRIER 1705. 121

envoie à l'armée d'Italie sont en marche; la plus grande partie a déjà passé Lyon , et il y en a même qui doivent déjà être arrivés en Italie. Barbezières, lieutenant général dans cette armée, en, est parti il y a plus d'un mois ; on ne doute pas que ce ne soit par ordre et pour quelque dessein. On soupçonne qu'il est allé dans la Valteline pour connoltre tous les passages de ce pays-là ^ et sonder les intentions des Grisons en cas que nous leur demandassions passage sur leurs terres; mais jusque& ici ce n'est qu'un raisonnement ^ et on ne parle point même publiquement de son voyage. — Le bailli de Hautefeuille, qu'on ayoit dit mort au roi, est un peu mieux présentement.

Dimanche 18^ à Marly, — Le roi tint conseil le matin

comme à son ordinaire, et se promena toute l'après-dlnée

dans ses jardins. Monseigneur et monseigneur le duc de

Boiargogne étoient à sa promenade. Le soir après sou-

perilyeutbal; le roi y demeura jusqu'à une heure (1). —

il fiuriva un courrier de M. de Vendôme, parti de Guas-

tailale 12; il n'apporte aucunes nouvelles, et M. de Ven-

d^xme ne l'a envoyé que parce qu'il a ordre d'en envoyer

de €emps en temps, quoiqu'il ne soit rien arrivé. On fait

ettcsore venir cin*q bataillons de cette armée pour envoyer

ert Languedoc, et on y envoie encore un bataillon de

l ^ïTmée d'Allemagne; mais on commence à espérer qu'on

o ^n aura pas grand besoin en ce pays-là, et on vient de

reci^voir nouvelle que Julien avoit attaqué auprès d'A-

lai-S sept ou huit cents de ces fanatiques, qu'il en avoit

tué trois cents , que le reste avoit jeté les armes et s'en

étoit fui dans les montagnes. Julien n'a perdu que deux

C^) « Le bal ne commença qu'après le souper; Sa Maiesté y resta Jusqu'à

iDUiuitet demi; il ne finit néanmoins qu'à deux heures et demie. H Tut, ainsi

qoe les deux premiers, séiieux et sans mascarades. On y dansa, comme aux

premiers, toutes les vieilles danses et celles d'Angleterre. Mademoiselle de

Ctomlois y brilla fort, et toutes les dames y furent magnifiquement vêtues. »

( Mercure de février, page.2S3.)

soldats à cette affaire , mais nous y en avons perdu cinquante ce jour-là avant qu'il arrivât; ilavoit trouvé l'affaire commencée. Le maréchal de Montrevel étoit arrivé au Pont-Saint-Esprit, et c'est lui qui fei envoyé le courrier.

Lundi 19, à Marly, — Le roi se promena tout le matin et toute Taprès-dlnée dans ses jardins malgré la pluie. Le soir il y eut bal avant souper. Pendant que le roi y étoit, Nyert, son premier valet de chambre en quartier, lui apporta une lettre de M. de ChamiUart, qui est à l'Étang et qui lui raandoit que M. de Villars avoit passé le Rhin, qu'il est content de toutes les troupes qu'il a avec lui , qu'il lui est arrivé trois bataillons des régimetits nouveaux , qui sont en bon état et paroissent quasi comme les vieilles troupes. — Le mariage de M. de Lavardin avec mademoiselle de Noailles se fit le soir ft Versailles. — On mande de Hollande que presque toutes les provinces ont enfin consenti à l'iriterdictioti de tout commerce avec la France et l'Espagne , comme l'Angleterre Tavoit souhaité , mais avec la Restriction que ce ne sera que pour un an et fit commencer du mois de mai. Les Anglois vont travailler présentement à lever ou à acheter des princes d'Allemagne les dix mille hommes d'augmentation. La grande flotte angloise et hollandoise ne sera prête à mettre à la voile qu'au mois de mai; ils ont une vingtaine de vaisseaux qui sont présentement prêts à mettre à la mer, et ils font toujours courir le bruit que c'est pour les envoyer en Portug-al.

Mardi '20 y à Marly. — Le roi. Monseigneur et messeigneurs ses enfants, au sortir de la messe, allèrent courre le cerf. Madame étoit aussi à la chasse, et le roi revint diner ici à rheure ordinaire. Le soir, après souper, il y eut bal en masque^ où il n'entra que des gens masqués; le roi lui-même avoit fait faire une robe de chambre de gaze, qu'il mit par-dessus son habit. Madame la princesse de Conly, qui ne danse plus aux bals ordinaires, dansa mieux que jamais; on prit à danser la duchesse de Yen-

FÉVKlfeR 1705. \^Z

tadour, qui alla J)rendre Je roi ; il fit la révérence et alla ppeûdfe la princesse d'Épltioy. Monseigneur fit une mascarade qui péjbtiit fort le roi ; on trouva que son habillement et sa marche, qu'il contrefit, refeseltibloient fort aa vieux duc dé GesvTes. Le bal dura jusqu'à quatre heures et demie, mais le roi en sortit avant une heure (1). — lie roi à son couciiei* commanda ati ttlajor de sbn r6giment des gardes que ce corps Mt prêt le 6 du moi^ qui vient, pour passer en revue devant lui et pour mfercher à l'armée quatre jours après. Les gardes du corps sont commandés aussi pour la revue au 8 de mars et pour mahîher ensuite. -^ M. de Lttvardin pretld le norti de mdrquis de Beàumatldir.

(1) « Le mardi gras le roi oottnit Je matin le cerf dans le paie de Marly. HoBicigDeur et Madame Vy accompagnoient. Sa Majesté fut de retour à midi et on quart et se promena après son dîner dans les jardins. Le souper fut servi tmariifxnreset damie, et la mascarade commenta onie heure» dans le saloil. le rai défendit expressément qu'on y laissât entrer personne de quelque confidération qu'elle fût sans être masquée, à l'exception des garçons du château, « qoi fat ponctuellement exécbté , même après que le rd se fut retiré t>our K enieher. Le roi ^ entra avec nœ robb de gaze qu'il mit par dessus son habh ordinaire et un masque. Cet exemple futsuÎTii et généralement tous ceux qui se tfouvèrent à Marly se masquèrent : capitaine et officiers des gardes du corps , grands et petits Officiers de la chambre et de la garde-h)be , ofliciers de la prderrançoiseet suisse; en un mot tons ceux qui véulurent tbir cette fètff. t1 y eot plusieurs bandes de mtfsques en habits uniformes. Monseigneur et M. le flMrqiiis d'Antin figurèrent habillés en vieux seigneurs du temps passé avec de» pourpoints , des hauts de ^hausses larges et des rubans aux côtés , perniqQes gHses, manteaux , rabats et ailes de moulin sur les souliers. MonsdIpmr le duc de B<Mirgpene , M. le duc d'Orléans et M. le comte de Toulouse eotrèrent chacun à la tête de leur troupe, et madame la duchesse de Bour- (sogne conduisit la sienne de bonne grâce. Les habits de cette troupe étoient impies et sans ancontfdorare -, ils étoient de veloUH bien avee une ceinture et arec une petite cale , avec une plume sur la tête portée de cOté. Outre ces Iroopes uniformes, il y eut plusieurs masques singuliers de l'un et de l'attire sexe. Lés spectateurs eui^ent un plaisir infini de revoir danser des <bnes qol ont trop tdt renoncé à la danse. Madame la duchesse de Rour- 9KBeiie distingua fort, et mademoiselle de Charolois surprit tout le inonde. ^ vieille»» danses les plus vives et celles d'Angleterre furent souvent j-ecom- Wencées. » {^tertUre de féVrîei-, |iâges 284 à 2te.)

Mercredi 21, à Marly. — Le roi reçut hier au soir des lettres de Julien, qui mande le détail de ce qui s'est passé en Languedoc contre les fanatiques de ce pays-là. Il croit qu'ils ont encore plus perdu de monde qu'on ne Tavoit dit d* abord ; ceux qui sont restés ont jeté leurs armes. On leur a pris dix-huit mulets qui portoient toutes leurs munitions de guerre. M. de Broglio et M. deBasville sont allés au-devant de H. le maréchal de Montrevel^ et il ne paroit pas que ni Fun ni Tautre songent à quitter leurs emplois dans cette province. — L'affaire des quarante docteurs de Sorbonne est terminée ; ils ont donné par écrit une explication de leurs sentiments^ dont M. le cardinal de Noailles et H. de Meaux ont été également contents. — 11 arriva le matin des nouvelles de Traerbach : les ennemis avoient fait sommer Baravy^ qui y commande. 11 leur a répondu quHl n'étoit point en état de songer à se rendre. Ils Pont fait sommer une seconde fois y le menaçant, s'il ne se rendoit^ de ne lui plus donner de quartier ; à cela il a répondu que quand ils Tauroient pris ils seroient les maîtres de faire de lui ce qu'il leur plairoit ; mais qu'il se défendroit jusqu'à l'extrémité. Après cette dernière réponse, ils ont retiré le canon de leurs batteries, et changent le siège en blocus, qui apparemment ne sera pas long, car M. de Tallard marche et devoit être à Trêves le 19 avec .la tète de ses troupes.

Jeudi 22, à Marly. — Le roi fit dire le matin à M. de Tessé par M. de Chamillart qu'il pouvoit faire revenir son équipage d'Italie et que dans peu de jours il sauroit sa destinée pour cette campagne. Sur les huit heures du soir, H. de Chamillart, qui étoit allé à l'Étang, amena au roi, chez madame de Haintenon, le chevalier de la Vrillière, colonel de dragons, que le maréchal de Villars envoie à S. M. pour lui rendre compte des heureux commencements de son entreprise sur le fort de Kehl. Ce maréchal acheva de passer le Rhin le Ib, marcha le 15,

le 16, le 17 et le 18, et arriva le 19 sur la Quinche (1) sans avoir trouvé nulle opposition dans sa marche, qui est de près de vingt lieues d'Allemagne. Le prince Louis de Bade n'apaspuapparenmient rassembler ses quartiers; il n'avoit que douze bataillons ensemble commandés par le général Pîbrac, qui, à l'approche de nos troupes, a fait plier tous les drapeaux, les a emportés et a ordonné à IMnfanterie de se sauver dans les bois comme elle pourroii Les ennemis avoient près de cinquante forts ou redoates, qu'ils ont tous abandonnés, et dans plusieurs de ces forts il y avoit du canon et des munitions. Ils étoient tous gardés par les milices du pays, qui n'ont point soagé à les défendre. Quelques centaines de hussards, dont nous avons formé des compagnies à Strasbourg des déserteurs de Tannée passée, et quelques troupes de dragons ont suivi pendant trois heures l'infanterie ennemie, qui se sauvoit dans les bois , et on a pris quelques prisonniers. Le prince Louis avoit été lui-même, le matin du 19, dans le fort de Kehl, où il y a quatre mille hommes de garnison; e'est beaucoup trop pour une si petite place. EUe fat entièrement investie le 19 au soir, et le chevalier delà Vrillièreen est parti le 20au matin. On atrouvé beaucoup de magasins de fourrages, et le maréchal de Villars mande au roi qu'il espère que sa cavalerie ne lui coûtera rien cet hiver ; il mande aussi qu'il compte d'établir des contributions assez avant dans le pays. 11 croit pouvoir ouvrir la tranchée devant la place les derniers jours de la semaine. Le prince Louis aura peine à rassembler beaucoup de troupes et encore plus k faire lever le siège , la place étant très-difficile à secourir. Notre pont au-dessous de Strasbourg est fait, et nous en faisons descendre un que nous avions fait à Altenheim ; ces deux ponts rendront la communication avec Strasbourg aisée , et on les a faits hors de la portée du canon de Kehl. C'est par le

(1) U Kiatzig.

|26 JOUR!fA.L DP PAIÏGEAU.

pont que npu3 avions à Alt^abeim qup pi. de Drpya joint avec le^ troupes qu'il amenoit 4e de^us Is^ 3arre. 11 y a présentement 4ans Tai^mée d^ M, 4^ Villi^rs quaraute-huit bataillons et ^ixante-trois esca4roi]^9 y et c^ n^aréchal s^

loue fort des troupes.

Yèf^dredi Si3, à Marly, — Le roi, après la messe, allî^ courre le cerf et revint dluer ici. Mopseigneur courut le loup, — IjC roi a fait partir Lappara pqur aller conduire les trav£^ux au siège de Kehl, 11 n'y ^ que quatre bastions à cette place et deux grands ouvrages à cori^e; les forts du Hbin et des lies ont été rP^és p£^r la paix de Ryswyck. — Barbezières, dontle voyagea été longtemps à se faire et qu'il Seroit à désirer qu'il le fût encore, alloit trouver M. de Bavière pour pi*eu(irf^ des ipesur^ avec S. A.. Ç. et pour servir dans son armée si elle le jugeoit à propos; mais par les nouvelles qu'on e^ a eues il étoit encore à Cqire. Il espère toujours pouvoir passer; mais présentement que le bruit de son dessein est répa^du , le passage deviendra plus difficile , et on croit qu'il sei'a obligé de retourner à l'armée d'Italie. — Ppr les dernières lettres qu'on a de H. deVeudôme, qui sont du 16 au matin , ou apprend que l'armée des enuemis est considérablement diminuée; les Panpis ont presque tous déserté , et trois cplopels des leurs sont retournés en Danemark , les troupes n'étant point payées. Quelques colonels allemands même se sont retirés, et on compte qu'il ne leur reste pas plus de dix mille homines ; que cette armée souffre fort. Le prince Eugène demandoit vingt-cinq mille hommes d'augmentation , et on ne, lui ep fait espérer que six, qui ne pourront mqrcher qu'au n^pi^ de mai.

Samedi 24., q Versailles. — Le roi partit de Marly sur les trois heures , et alla à. Saint-Germain voir le yoi et la reine d'Angleterre ; il arriva ici sur les dix heures. Monseigneur le duc de Bourgogne en partit en même temps que S. H. pour venir ici et se confessa en arrivant; il ne

^oue'pa. point durant tout le carême. Madame |{^ duchesse de Bourgogne et monseigneur Iq duc de Berry s'amusèrent à jouer dans le salon de Marly , et ne revinrent ici qu'^à. cinq heures. Madame la duchesse de Bourgogne ^ en arrivant , alla chez madame de Noailles voir la noc^ (1). — Lie roi^ ^n sortant de son dîner à. Marly ^ reçut un petit billet de M. de Chamillart, qui lui ipaodoit que M. de Villstrs écrivoit du 21 que les ennemis avoient abandonné Wilstet^ Offembourg et Gengenba^h^ qui soQt 3ur 1^ Quirxche. Offembourg est rebâti, et ils en avpient un peu réto.l)li les fortifications; c'est Tendroit où Von croyoit que ie pryice Louis pour roi t rasseijibler ses troupes, s'il soiàg-eoit à entreprendre de secourir Kehl. Ce prince a nci^udé à M. de Villars qu'il le prioit de se ressouvenir de X^ur ancienne connoissance et d'épargner ses terres , particulièrement sa maison de Rastadt ; il Ta fait rel)àtir ^^E^xiis peu et y faisoit sa résidence; elle est à dix ou doiA^e lieues de Kehl.

^^^manche 25, à Versailles. — I^ roi et toute la maison

rojr^^le entendirent le sermon, et puis le roi alla 3e pro-

mex^er à Trianon. Monseigneur le duc de Bourgogne

et rxikadame la duchesse de Bourgogne allèrent au salut. —

Par* les dernières nouvelles de Madrid, qui spntdu 18, on

^Pt^^end que les affaires entre les cardinaux et la prin-

ces^i^ des Ursins augmentoient plutôt que de diminuer.

Ell«i demande toujours au roi la permission de s'en re-

to\xx»iier en Italie ; elle se plaint fort de MM. d'JEstrées , e|;

MSI . d'Estrées se plaignent fort d'elle. On espère, quan4

le oourrier du roi sera arrivé là, que les esprits se r^ppro-

che^i-ont, et qu'ayant bonne intention ils se péunirou);

lovis pour le service du roi. On soupçonne le duc de Me-

dina-Celi de nourrir ces divisions dans l'espérance de

se îaire premier ministre. — M. Desalleurs étant obligé.

(1) Du marquU de Layardin ayec mademoiselle de Noailles/

128 JOURNAL DE DANGFAU.

par le mauvais état de ses affaires, de ne pas accepter Tambassade de Portugal, qu'il avoit pourtant demandée, le roi a nommé pour ambassadeur en ce pays-là M. de Chàteauneuf , qui étoit, il y a quelques années, notre ambassadeur à Constantinople , où il avoit très- bien servi et qui est homme d'esprit et de mérite et dont les affaires sont en état de soutenir l'ambassade.

Lundi 26, à Versailles. — Le roi prit médecine, et tint le conseil Taprès-dinée qu'il auroit tenu le matin. Le soir il y eut comédie ; monseigneur le duc de Bom^ gogne n*ira point durant tout le carême. — On a reçu des nouvelles de M. de Bavière du 14 de Munich. Cet électeur, depuis la prise de Neubourg, a mis ses troupes en quartier le long du Danube , avec ordre au comte d' Arcos, son général, de les rassembler en cas qu'il parût quelques troupes qui voulussent venir inquiéter son pays, et S. A. E. s'est mise dans sa capitale , dont il fait rétablir les dehors pour empêcher que les partis que l'empereur pourroit envoyer par Passau ne donnassent quelque inquiétude aux habitants de Munich ; et la ville de Niu*emberg a fait réponse aux envoyés de cet électeur que le cercle de Franconie h'avoit nulle envie ni de l'attaquer ni de se brouiller avec S. A. E. — Un de nos armateurs a pris un vaisseau de Dantzick; les deux tiers de cette prise sont pour l'abbé de Polignac, à qui le roi a donné la confiscation des vaisseaux de cette ville-là jusqu'à ce qu'il soit remboursé de toute la perte qu'ils lui causèrent quand M. le prince de Conty passa en ce pays là ; et par l'évaluation qui en a été faite il lui est dû encore plus de 50,000 écus.

Mardi 27, à Versailles. — Le roi vouloit aller tirer Taprès-dlnée , mais le vilain temps l'en empêcha. Il donna le matin audience de congé à lambassadeur de Venise, et le fit chevalier ; c'est une cérémonie qu'il fait toujoui*s quand les ambassadeurs de Venise prennent congé de lui, et cela leur donne un rang et une distinc-

tion dans leurs habillements à Venise. — Le comte de Gramont parut au lever du roi après une maladie de six mois , durant laquelle on Tavoit cru plusieurs fois mort. — M. le maréchal de Boufflers arriva de Flandre y où il retournera après la revue des gardes, qui sera dans huit jours. — M. Metuin, envoyé d'Angleterre en Portugal, e^ f arti de Lisbonne ; S. H. Portugaise n'a été ébranlée ni par ses promesses ni par ses menaces, et veut de^ iDemjurer dans une neutralité parfaite* Les Hollandois, qui avouent déjà une escçulre sur les côtes d'Angleterre avec quelques troupes de débarquement, dans l'espérance que le ï^ortugal leur facillteroit quelque entreprise sur l'Espa^nme , voyant qu'ils n'ont rien à prétendre de ce c6té-là, foim'C^ revenir leurs troupes et leurs vaisseaux en Hollande. iW^ercredi 28, à Versailles. — Le roi, après son diner, av».:K:it que d'aller au sermon, entretint M. le maréchal de "hauban, qui demanda en grâce à S. M. de l'envoyer au ^îége de Kehl, où il croit pouvoir rendre de bons servie:^ s en conduisant les travaux. Le roi lui dit : « Hais sor^^ez-vous, H. le maréchal, que cet emploi est au-dessous de -votre dignité ? — Sire , lui répondit-il , il s'agit de vovms servir, ce que je crois pouvoir faire utilement en cette ocesi^ion ici. Je laisserai le bâton de maréchal de France à 1<^ porte et j'aiderai peut-être à la prise de la place. Plms vous nous élevez et plus nous devons avoir envie de votis servir. » Le roi ne veut pas lui permettre d'y aller, n^is il insiste encore. Au retoui* du sermon, le roi entr^ dans son cabinet, où il fit demeurer monseigneur le duc de Bourgogne et MM. les maréchaux de Boufiiers et fi'Harcourt. S. M. fut enfermée une demi-heure avec eox • il y fut question d'ôter les piques à l'infanterie, qui est nn parti qu'apparemment on prendra. — Il arriva un couirrier de M. le maréchal de Tallard, qui mande au roi que les ennemis, le voyant en marche pour aller à Traerbacbi , s'étoient retirés en diligence , une partie à Coblentz «t Vautre à Andemach. Us ont laissé dans la ville de

T. IX. d-

130 JOURNAL Dfe DANGEAU.

Traerbach beaucoup de munitions , leurs niàlades et leurs blessés. Le commandant du château étoit encore en état de se défendre plusieurs jouî*s; il s'appelle Baravy, et ron est très -content de lui. — On mande de Toulon que Duquesne, capitaine de vaisseau, àvoil pris auprès des lies Saint-Hoiibrat un vaisseau zélandois richement chargé , que le gros vent avoit obligé de rélà;cher à une c6te assez déserte; cette prise est estimée plus de lOb,000 écus.

Jeudi V^ mars , à Versailles, — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à Marly. — On a reçu des lettres de M. le maréchal de Villars du 24 ; la tranchée h'étoit pas encore ouverte, mais elle se devoit ouvrir le lendemain. Le maréchal de ViUars avôil marché avec quatre mille chevaux par delà Gengenbach dans la montagne, pour connoltre tous les endroits par où Ton pourroit mai'cher à lui , si les ennemis songeoient à secourir Kehl ; on croit qu'il n'y a pas beaucoup de canon ni de poudre dans la place , car les ennemis tirent fort peu. Nous avons dix mille pionniers (Jui travaillent à nos lignes. — On mande de Languedoc que M. de Montrevel est arrivé à Nîmes , que M., de Basville et lui sont très-bien ensemble , que M. de Broglio ne revient point et servira sous lui , que les fanatiques font plus de désordres que jamais, qu'ils ont surpris et égorgé dans un village trente dragons du régiment nouveau qu'on a dans ce pays-là. — Le roi a donné au maréchal dé Vauban les entrées chez lui comme les a H. de Chamlay ; elles sont moindres que celles des brevets de la chambre, mais elles sont plus grandes que celles de la chambre.

Vendredi 2, à Versailles. — Lé roi entendit le sermon et puis alla promener à Trianon. Madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry allèrent dîner à Meudon avec Monseigneur, et l'après-dlnée Monseigneur les mena à l'opéra ; ils revinrent souper ici^ et Monseigneur retourna à Meudon. Monseigneur le duc de Boui*gogne demeura ici et ne veut point aller aux spec-

MAllS 1703. 13i

tàcles dorant le carême. — L'ordinaire d'Espagne a apporté des lettres pat lesquelles on apprend que les petites divisions quMl y avoit dans la cour étoierit terminées ; le cai'dinal Porto-Carrero est rentré dans la junte ; le cardinal d'Eslrées et lui travaillent avec le t*oi, et il n'y à avec eux dans ce conseil que le marquis de Riva, secretario deldetpaehoûniversal. On doit envoyer incessamment un courrier de ce pays-là par lequel on apprendra le parti que S. H. G. a J>ris sur Targent des gaÛons qui est à Ségovife. — Les cinq vaisseaux que nous armons à Brest et qui seront commandés par le clievalier de Coëtlogon passeroût dans la Méditerranée avec les quatre qu'on ârmeàRoclleforl, et nous aurons en Provence vingt autres vaisseaux ; si bien que M. le comté de Toulouse aura près de trente Vaisseaux dsLtis cette mer-là et partira au mois de mai pour les aller cbimilander.

Samedi 3 , à Versailles . — Le roi a déclaré à monseigneur le duc de Berry qu'il lie Votiloit point qu'il allât encore à rartnée cette campagne. — Le rbi apprit par les lettres du chevalier de GravlUe, son envoyé à Coire , qneM. de Barbezières avoit été pris auprès du lac dé Constance, enttë Bregenzet Lindau ; on l'a conduit à Inspruck. Sitôt que M- de Vendôme a Su cette nouvelle, il a mandé ait cohite de Siareniberg, qui commdiidë l'armée ennemie éh l'absence du ptince Ebgène , que les mêmes ttuitements qu'on feroit à lii. de Ëixrbezièrês , qu'ils savent être lieutenant général dans Tarinëe dû roi, il lès fer*oit VI commandftnt et à toute la garnison de Bércello, que nous soinnles thalltfes de prendre quand nous voudrons et qui se ^éhdrotit nàêhie selon toutes lés apparences saris ttre attaqués. — Où ôtoit qtie Cherbert, colonel isuisse, tpu â longtemps serVi dans liôs troupes, a été pris avec M. de Barbezières ; le roi l'avolt i^ecômmatidé à M. de Bavière comme un bôii officier. — II arriva iin courriei* de Madrid par leqtiel oh ëùl la (confirmation que les cardinaux Porto-Carrero et d'Elstrées entroient dans le des-

pacho: on sut en même temps que le roi d'Espape prenoit sur l'argent de la flotte deux millions, qu'il confisque sur les Ânglois et les Hollandois , et six millions^ qu'il emprunte des marchands espagnols et françois^ dont il leur tiendra compte. S. M. C.^ outre cela^ a Tindult qui peut valoir encore deux millions, car il est à raison de cinq pour cent; le reste de l'argent sera distribué aux intéressés selon la part qu'ils y ont, et de l'argent que le roi d'Espagne prend il en envoie six millions au roi, pour partie du dédommagement des dépenses que nous avons faites pour la flotte. — On eut nouvelle que la tranchée avoit été ouverte à Kehl la nuit du 25 au 26. On a fait un fort grand travail , et nous n'y avons eu que deux soldats tués et trois ou quatre de blessés; les assiégés tirent fort peu, et l'on croit qu'ils manquent de poudre. Nos lignes sont presque achevées , et l'on va détourner la Quinche etla faire passer à la tète de la circonvallation. — Monseigneur revint de Heudon.

Dimanche k , à Versailles. — Le roi et toute la maison royale entendirent le sermon , et ensuite le roi tint conseil, quoiqu'il l'eût tenu le matin à son ordinaire ; mais ce conseil-là avoit été entièrement employé aux affaires d'Espagne. — On eut, par l'ordinaire, des nouvelles du siège de Kehl du mardi 27, qui étoit le second jour de la tranchée; nous avons poussé un boyau jusqu'à la flaque d'eau qui sert d'avanirfossé à l'ouvrage à corne ; et les assiégés avoient abandonné une redoute de terre; notre canon avoit commencé à tirer. On croit qu'il y a peu d'eau dans la flaque et qu'elle ne sera pas malaisée à passer ; elle est environ à cinquante toises du chemin couvert. Le prince Louis de Bade tâche à rassembler des troupes. Nous n'avons perdu que deux ou trois soldats depuis l'ouverture de la tranchée. Les assiégés tirent fort peu, ce qui nous confirme dans l'opinion qu'ils ont peu de poudre. — M. le comte de Toulouse, qui donne une pension de 2,000 écus au marquis d'O, qui a été son

gouverneur, a bien voulu que cette pension fût mise sur la tète des deux filles de ce marquis, qui auront par là ohacune- 1,000 écus de rente assurés. — Les quarante docteurs dont on étoit mécontent et qui se sont soumis à la décision de M. le cardinal de Noailles, leur archevêque, ont été censurés à Rome , et H. le cardinal de Noailles a Jiait un mandement qui commence à paroltre et qui est très-beau , très-^age et très-approuvé.

Lundi 5, à Marly. — Le roi partit de Versailles aussitôt «près son diner, et se promena ici jusqu'à la nuit. Monseigneur alla à Saint-Germain pour voir le roi et la reine d'Angleterre ; mais le roi étoit à la chasse, et la reine étoit allée à Maubmsson voir madame de Maubuisson, qui se meurt. Monseigneur envoya avertir madame la duchesse de Bourgogne, qui alloit à Saint-Germain aussi; elle rebroussa chemin et revint droit ici , et alla joindre le roi à la promenade. — On eut, par l'ordinaire, des nouvelles de la troisième nuit de tranchée à Kehl. On a passé un petit bras de rivière qui étoit à la gauche de notre attaque; on a fait un grand travail de ce c6té-là, parallèle à la branche de l'ouvrage à corne que nous attaquons, et nous y avons établi une batterie ; il n'y a eu jusques ici que douze soldats blessés à ce siège. — On a reçu des iettres de Languedoc qui portent que Julien attaqua ie 27 dans la petite ville de Genouillac les fanatiques et qu'il y en tua cinq cents; mais ces lettres ne sont ni du maréchal de Monirevel ni de Julien ; ce qui fait croire pourtant la nouvelle vraie, c'est que Julien mandoit du 23 5ïi'il y marchoit.

Mardi 6 , à Marly. — Le roi dina avant midi dans sa <^l::iambre. Monseigneur dîna aussi dans sa chambre avec 'X^^sseigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry ensemble, puis ils allèrent dans la plaine d'Ouille voir les gardes ançoises et suisses ; jamais ces deux régiments n'ont été beaux. — Il arriva un courrier du roi d'Espagne, qui est :ki gentilhomme que M. de Marsin avoit laissé en ce pays-

là; le cardinal d'Estrées n'avoit nulle connoissanc^ du départ de ce courrier. Il parolt que madame des Ursins et lui ne sont pas bien d'accord , et elle demande de re^ tourner en Italie. Les deux cardinaux sont fort bien ensemble. — On reçut des lettres de Tarmép de M. le maréchal de Tallard, qui portent qu'ils vont marcher pour se rendre maîtres de Hombourg ; les ennemis en ont retiré leur garnison^ mais ils y ont laissé quelques milices. Ce maréchal y devoit arriver le 6, qui est aujourd'hui. Comme ces lettres ne sont que de quelques officiers, et non pas du général, on ne compte pas trop là-dessus ; ce qu'il y a d'apparent, c'est que cette armée-là s'approchera de l'Alsace pour soutenir le sûége de Kehl.

Mercredi 7, à Marly. — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire et se promena tou^e l'après-dlnée dans ses jardins. — On eut des nouvelles de ce qui s'étoit passé à Genouillac ; l'affaire a été moins grande qu'on ne l'avoit dit d'alK)rd, et il n'y a eu que soixante des fanatiques tués. — Le roi, après son petit coucher, reçut une lettre de M. de Chamillart, qui lui mande qu'un courrier arrivant de Kehl apportoit la nouvelle que, le 4 de ce mois, nous nous étions rendus maîtres d'une manière de demilune qui étoit à la tète de la branche de l'ouvrage à corne que nous attaquons. Les assiégés ne Tout point défendue ; ils tirent si peu que depuis huit jours que la tranchée est ouverte il n'y a pas vingt blessés à Vhôpi^al. M. le prince Louis de Bade n'est point en état de songer à secourir la place ; il presse les HoUandois de lui envpyer vingt mille hommes, et jl y a déjà quelqijps-unes de l^rs troupes qui étoient sur le bas I\hin et qui se mettent en niouvement poi^r le venir joindre ; mais elles n'arriveront pas assez à temps pour tenter le secours de Kehl. — M. de Montrevel a demande quelques officiers généraux, et le roi lui envoie M. de Caraman, lieutenant général, et M. de Gevaudan, maréchal de camp; ils sont tous deux

Languedociens. On dit présentement que le comte de firoglio revient de ce pays-J4.

Jeudi Sj à Marly. — Le roi, après la messe, alla au haut du parc, où il fit la revue de d^v^x compagnies de ses gardes du corps , qui sont les compagnies de Villeroy et d'Harcourt; le roj les y\t fort en détail et pour les hommes et pour les chevaux; il verra demain les deux autres, qui sont les premières. Monseigneur ^a à Sçiint-Germain pour coiure le loup, mais il n'y en avoit point de détourné. — On mande de Londres que le vice-amiral Bembpw étpit mort à la lamatïque des blessures qyi'il avoit reçues au combat contre Ducasse ; il ne parolt pas qu'on songe en Angleterre à mettre sitôt la flotte à la mer. — On n'eut point de nouvelles du siège de Kebl; on croit que les premières qu'on en aura nous apprendront la prise ^e l'ouvrage à corne j les assiégés se défendent m^l. -^ Par le dernier courrier qui arrivîj. de Madrid ces jours passés, on apprend que le duc d^ Medina-CeU a quitté sa charge de président du conseil (\es Indes par chagrin de n'avoir pa^ été cppsulté suy la destination qu'a faite S. M. de l'argent venu par les galioqs. — Le cardinal d'Estrées a enyoyé sqn consentement pour le inariage du duc d'Estrées, son neveu , avec mademoiselle de Tourpes, sa cousine germaipe, pourvu que le maréchal de CkEuvres, frère de la demoiselle, en soit content.

Vendredi 9, à Marly. — Le foi, après la messe, alla laire la revue des compagnies (Je P^oailles et ci© Duras. Monseigneur, qui est un peu enrhumé, ne sortit point. Messeigneurs lesducsde Bourgogne etde Beryy étpient à la revue avec le roi et y étoient hier aussi. — L'apr^s-dlnée S. H. reçut uiie lettre de M, de Cb^mill?4rt, qui, après la revue, étoit allé à l'Étang; il envoyoit au roi la dépèche dn naaréchal de Tallard, qui écrit de Trêves du 25. 11 mande qu'il avoit déjà fait marcher dix bataillons et ^juin^e escadrons et qu'il alloit les suivre avec le reste de son armée : il laissera la Sarre suf sa gauche, et il assure

S. M qu'il arrivera auprès de Strasbourg avant que les troupes que les Hollandois fout marcher vers le haut Rhin puissent joindre le prince Louis, Il mande aussi que le marquis de Vàrennes^ lieutenant général dans son armée^ avoit pris à discrétion dans Sainl^Vandel quatre cents hommes et tous leurs officiers^ parmi lesquels est le lieutenant-colonel qui les commandoit. Il a envoyé au roi les huit drapeaux qu'on a pris dans cette petite ville. — Le soir, après le souper, M. de Chamillart envoya au roi la lettre que lui écrit le maréchal de Villars du 6. Nous avons pris Touvrage à corne, et nous avons fait un grand logement dans la gorge où nous allons établir des batteries qui verront un peu dans la demi-lune qui est entre les deux ouvrages à corne, et qui feront bientôt brèche au corps de la place. On croit dans notre armée que nous en serons maîtres avant le 15 de ce mois ; on compte qu'il y a plus de trois mille hommes dedans; on croyoit même d'abord qu'il y en avoit davantage. Le roi a mandé au maréchal de Yillars qu'il tâche à les prendre prisonniers de guerre et d'attendi'C quelques jours de plus pour cela en cas qu'il n'y ait rien à craindre du prince de Bade, dont H. de Yillars ne mande pas un mot dans sa lettre. M. l'électeur de Bavière a écrit à ce maréchal, du 21, qu'il avoit appris avec grand plaisir qu'il se préparoit à passer le Rhin, qu'il ne doutoit pas que ce ne fût pour quelque entreprise considérable. Il ne parolt pas par sa lettre qu'il sût qu'on alloit attaquer Kehl; il mande que l'empereur fait assembler des troupes par delà Passau, mais qu'il se croit en état de ne rien craindre.

Samedi 10, à Versailles. — Le roi partit de Marly à six heures pour venir ici; il n'y retournera pour y demeurer que de lundi en quinze jours. Monseigneur aUa dîner à Meudon et revint ici le soir, où ily eut comédie. Madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry ne revinrent qu'un quart d'heure avant le roi et jouèrent

dans le salon au lansquenet^ qui a un peu recommencé ce voyage ici. Monseigneur le duc de Bourgogne revint avec eux, mais il n'avoit point joué à Marly et ne fut pointàla comédie ici. U demanda hier auroi^ à la revue des gardes, s'il avoit choisi Tofficier qui devoit servir auprès de lui cette campagne ; le roi lui demanda pourquoi ilhifaisoit cette question-là. Il répondit que c'étoit pour prier S. M., en cas qu'elle n'eût encore jeté les yeux sur aucun^ qu'il la prioit de lui donner Montesson comme Faunée passée , parce qu'il en avoit été fort content. Le roi lui dit : «Je suis ravi que vous en soyez content^ je le suis fort aassi^ et c'est lui que j'avois destiné à vous suivre. » — Garaman^ qui avait l'ordre d'aller servir en Languedoc^ a reçu un contre-ordra. M. de Broglio^ qui revient de ce pays-là, a obtenu i^OOO francs de pension, qui seront partagés entre ses deux fils aines, tous deux colonels. M. de Broglio a une pension de 8>000 livres depuis longtemps.

Dimanche 11^ à Versailles. — Le roi et toute la maison royale entendirent le sermon. — Le roi a donné à M. de Marsin le gouvernement d'Aire pour le vendre; il ne vaut au plus que 1 4^000 livres de rente; il en valoit près de âO.OOO au chevalier de Tilladet. On compte que M. de Marsin le vendra au moins 50^000 écus. — Sainsandoue^ qui avoit levé cette année un régiment d'infanterie y est mort à Paris. — On a eu des nouvelles de Languedoc que les troupes de la marine^ que nous avons en ce payslà, avoient attaqué et battu quatre ou cinq cents des fanatiques, dont ils en avoient tué soixante. Ils auroient tué ou pris le reste si la nuit ne fût pas venue ^ mais il étoit plus de cinq heures avant que le combat commençât. Nous avons eu deux officiers de la marine blessés à cette affaire-là. Ils ont eu l'insolence de faire frapper des médailles qui sont d'un côté de deux dards croisés et autour trois lettres, qui sont un C, une R et une S. On y donne deux explications : l'une est Cornes Bolandus 5e-

vennarumy et l'autre Cahinistœ Romanos sacrificate. Il a paru à Paris quelques pièces de cette monnoie-là, e\ c'est de quoi ils payent leurs troupes. Ces fanatiques sont commandés par un nommé Rofand^ à qui ik donnent le titre de comte des Céveijnes.

Lundi 12, à Versailles. — Le roi, après son dîner, monta en calèche pour aller à la Ménagerie ; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche ; monseigneur le duc de Bourgogne y vint un ]jeu après le roi; M. le duc du Maine y vint aussi, et le roi prit plaisir à lui montrer la Ménagerie, qu'il n'avoit pas vue depuis tous les embellissements que le roi a faits ^ans la maison. Monseigneur fut saigné par pur0 précaution. — Le roi a donné le régiment d'infanterie vacaqt par la mort de M. Sainsâncjoue 'à M- de Ribère, capitaine dans le régiment du roi ; il est fils de M. (Je Ribère, copseiller d'État. — Le roi a donné ^ M. le maréchal çje Villeroy 100,000 francs pour faire son équipage; il en avoit perdu la plus grande partie quand il fut pris à Créq[)one, et S. Sf . lui a fait ce préseut-là sans qu'il lui demandât rien, et il n'a quasi pas voulu recevoir son remerciement. — On eut, par l'ordinaire, des lettres de M. de Villars du 7. Il mai^de qu'il avoit fait sommer le gouverneur de Kehl, lui disait que, s'il attendoit que sa place fût ouverte, il ne lui feroit plus de composition. Ce gouverneur a répondu qu'il avoit fort mal défendu l'ouvrage à corne , mais qu'il espéroit mieux défendre le corps de la place et qu'il tàcheroit à mériter son estime; mais il n'y a pas d'apparence qu'il se défepde longtemps. On ne parle point du tout du prince de Ba4e,

Mardi 13, à Versailles. — Le roi donna le matin audience de congé à M. de Palmquist, envoyé de Suède ; il s'en va en Hollande, ambassadeur du roi son maître. L'après-dlnée, le roi alla se promener à Marly. Un peu après qu'il y fut arrivé, M. de Chamillart y amena M. de Sainte-Hermine, que le maréchal de Villars envoie

i S. H. pour lui porter la nouvelle de la prise de Kehl, qui se rendit vendredi 9 de ce mois. Nous avons perdu peu de soldats à ce siège par la molle défense des assiégés; mais les paysans ont tué beaucoup de nos maraudeurs. M. de Villars a mis pour commander dans la place Marcé , brigadier d'infanterie et lieutenant-colonel du régiment de Navarre, et cela en attendant que le roi y ait nommé un gouverneur. — M. d'Anlezy apporta les huit drapeaux que le marquis de Varennes a pris dans Saint- Vandel , qui sont du premier bataillon des gardes de Félecteur. palatin. Tous les officiers et soldats de ce bataillon ont été pris à discrétion ; il y a le lieutenant-colonel, vingt-deux officiers et trois cent vingt soldats, outre deux cents bommes de milices, qu'on auroit eu bien de la peine à prendre s'ils avoient voulu se défendre, car nous n^avions là que neuf cents bommes de pied et trois cents chevaux; mais ils ont cru que toute l'armée de M. deTallard suivoit. M. de Varennes se loue fort du régiment de Perri et de Perri lui-même.

Mercredi 14, à Versailles. — Le roi. Monseigneur, messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry, madame la ducbesse de Bourgogne, après avoir entendu le sermon, allèrent se promener à la Ménagerie. Madame la duchesse de Bourgogne étoit seule avec Monseigneur dans sa calèche en allant, et elle en revint dans la calèche du roi seule aussi avec S. M. Le roi donna beaucoup d'ordres à Mansart sur les changements qu'il veut faire à la Ménagerie. — M. de Monasterol eut des lettres de Munich du 28 du mois passé. M. l'électeur de Bavière, son maître, savoit que Kehl étoit assiégé, et ce prince se préparoit à marcher vers Braunau; il de voit passer l'Inn entre cette place et Passâu, à un château qu'il a de l'autre côté de la rivière, qu'on appelle Scharding, pour aller attaquer les troupes de l'empereur que le comte Schlick commande de ce côté-là, et au cas que .le comte Schlick n'en veuille pas venir à un combat et se relire, S. A. E.

140 JOURNAL DE DAMGEAU.

se prépare à faire le siège de Passau et fera descendre pour cela son gros canon de Braunau. Passau est composé de trois villes : celle qu^on nomme proprement Passau est dans la plaine et n'est point fortifiée ; les deux autres se nomment Ilzstad et Innstadt; elles sont sur des hauteurs et assez bien fortifiées. — Plusieurs gens avoient demandé au roi à être aides de camp de monseigneur le duc de Bourgogne^ mais S. M. veut qu'il n'ait point d'autres aides de camp que ceux qu'il avoit l'année passée^ dont il est fort content. — Le roi d'Espagne a donné à chacun des six aides de camp que le roi lui avoit envoyés la campagne passée ^ un diamant de trois cents pistoles et une épée d'or de cent pistoles ; ils sont tous revenus en France. — Dès que le roi eut appris que Touvrage à corne de Kehl ètoit pris^ et que M. de Maulevrier s'y étoit fort distingué, quoiqu'il fût parti d'ici fort malade et que son mal même se fût augmenté dans le voyage et au siège, S. M. eut la bonté d'écrire au maréchal de Yillars de le renvoyer, quand même le siège ne seroit pas fini. — Le bruit se répand aujourd'hui que le roi envoie quarante bataillons et soixante escadrons pour joindre M. l'électeur de Bavière; on dit que M. le maréchal de Yillars ira les commander lui-même , mais on ne dit encore aucun détail làrdessus. — Les magistrats def Strasbourg ont demandé en grâce au roi la permission de rétablir à leurs dépens le pont qui va de leur ville au fort de Kehl, ce qui sera fort aisé, car les piles du pont ne sont pas rompues.

Jeudi 15, à Versailles. — Le roi après son dîner alla se promener à Marly. Monseigneur prit médecine par pure précaution. — Il arriva un courrier de Kehl. M. de Villars mande au roi qu'il étoit sorti environ trois mille hommes de cette place ; on les conduit à Philipsbourg. 11 y avoit dans la place un commandant au-dessus de Vauchou, et on y a trouvé encore vingt-six milliers de poudre. Ce qui les a fait rendre si vite , c'est la peur d'être faits

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