MAI 1704. U
Le roiy après avoir entendu le salut, ajila se promener & Trianon. Monseigneur alla d^ner à M0udoa ayec madame la princesse de Conty, et après dîner 4 Paris à l'opéra; au sortir de l'opéra Monseigneur alla coucher à Meudon> ou il demeurera quelques jours] madame la princesse de Conty revint ici.
Samedi 2k, à Yersoùlles. — Le roi, après son diner, demeura assez longtemps^ chez madame la duchesse de Bourgogne, et puis alla se promener à Marly, d'où il ne revint qu'à la nuit. Monseigneur courut le loup dans son parc de Meudon ; le loup sauta les murailles du parc et mena Monseigneur fort loin. Madame la duchesse de Bourgogne eut un peu de fièvre la i^uit , mais elle passa la journée fort doucement. — Le vieux comte de Grancey, qui avoit été ^it lieutenant général avant la paix des Pyrénées et puis aide de camp du roi à la campagne d^ Hollande , en 1 672 , est mort chez lui en Normandie, où il étoit retiré depuis longtemps. U avoit quatre-vingts ans passés. Il étoit père de Médavy et du marquis de Grancey; il s'étoit remarié pour la. quatrième fois il n'y a que six semaines. — 11 arriva le soir un courrier de M. le maréchal de Villeroy , parti de Marche en Famine le 23 au matin. Ce maréchal fait marcher son armée en quatre corps différents vers la Moselle : le premier de ces corps est conunandé par M. de Biron, maréchal de camp; le second, par M. de Roquelaure, lieutenant général ; le troisième est mené par M. le maréchal en personne ; et le
dora prèi de trois quarts d^beure, et M. de Torcy y fut présent. U retournii ensuite dans Tappartement de M. le comte de Toulouse, mais par la galerie', le grand appartement et le bel escalier. 11 y trouva une collation fort propre de fnàts seolement , de pâtisseries , de confitures sèclies , de toutes sortes de tins et de différentes liqueurs. Cette oollation fut servie par les gens de M. 3lottin. M. le duc de Mantoue remonta ensuite dans sa roulette et alla voir tous les bosquflb qui sont du «dté droit; îl trouva daos le premier mottiei^sneur le duc de fieuiigogne, qui Ty reçut, et ne passa pasmitre. Ce prinse re^noata en Gvrosse à st\ heures. » { Hercure de mai , pages 413 à 410. )
34 JOURNAL DE DANGËAU.
quatrième est commandé par M. de Luxembourg^ lieutenant général. La Croix ^ qu^on avoit dit qui étoit allé en Languedoc^ est plus avancé dans le pays pour donner des nouvelles de la marche de M. de Marlborough, qui marche encore vers la Moselle , mais qui reviendra en Flandre, à ce qu'on croit, dès qu^il aura appris le passage de M. de Tallard. — Madame de Ventadour prêta son serment de gouvernante des enfants de France ; il y a dans ses provisions : oc Pour servir conjoinctement avec la maréchale de la Mothe, sa mère ; » le mot de sm*vivance y est aussi ; le roi lui augmente sa pension de 12,000 livres, elleeu avoit déjà 8,000.
Dimanche 25, à Versailles, — Le roi, après son dîner, vint chez madame la duchesse de Bourgogne à son ordinaire; il travailla ensuite avec M. de Ch%millart, et puis aUa à cinq heures entendre le salut à Saint-Cyr. Après le salut il se promena beaucoup dans la maison et dans les jardins, où il vit toutes les demoiselles de Saint-Cyr dansant dans les jardins , chaque classe dans une allée différente, et plusieurs troupes séparées à chaque classe; il en sortit par la petite porte du jardin, où il avoit fait venir ses carrosses, et emmena avec lui madame de Maintenon, madame là princesse d'Harcourt et madame de Dangeau. — On apprit par une lettre de M. de Vaudemont* lamortdu prince Thomas, son fils, qui commandoit Tannée de l'empereur qui est à Ostiglia. M. de Vaudemont écrit à M. de Chamillart : <c Mon misérable fils est mort à Ostiglia en quatre jours de maladie. )> Il arriva un courrier de M. de la Feuillade, parti de Grenoble le 23. On croit en ce pays-là qu'on va faire le siège de Suze. M. le maréchal de Tessé** se porte mieux et compte de pouvoir partir de Grenoble à la fin du mois pour revenir ici.
" M. de Vaudemont, gouverneur de Milauez, de Cliaries II, pour l'empereur et le roi Guillaume son ami intime , et lui personnellement mal avec le roi qu'il n'avoit jamais servi , resté gouverneur de Milanes
en reeonnoissant Philippe V, et général d'armée, pour les deux couroiuies,«d'un corps séparé , ou conjointement avec le général du roi , et avoir dans ce même Milanez son fils unique général en chef d'une armée impériale, qui depuis cette guerre avoit toujours servi l'empereur en MUanez dans les premiers emplois [sic],
** Avec le même liant et pliant que le maréchal de Tessé s'étoit rencontré en Italie avec M. de Vendôme, quoi que lui eût dit le roi làdessus, il fit la navette avec la Feuillade au gré de Chamillart, puis le malade , et enfin demanda son congé quand il en fut temps, pour faire cueillir à ce gendre bien-aimé le fruit de ses complaisances, pour le porter peu à peu et comme naturellement a commander une armée et faire des exploits sans que le roi s'en pût dédire. Gela s'appelle, comme disoit le vieux maréchal de Yilleroy, tenir le pot de chambre au ministre. On le lui verra enfin renverser sur la tête ce même pot de chambre, et de la même main , comme disoit le même maréchal qu'il feiloit faire aux ministres hors de place , ou comme Tessé fit aux ministres bien ébranlés, et les culbuter.
Lundi â6^ à Versailles. — Le roi» en sortant de son dlner^ alla chez madame la duchesse de Bourgogne y et puis à sa chapelle neuve qu'on b&tit; on y dépense 200^000 livres cette année; elle ne sera achevée qu'à la fin de 1706. S. M. ensuite travailla avec M. Pelletier^ alla au salut^ et puis à Trianon^ où il se promena jusqu'à la nuit. — Il arriva hier au soir un courrier de M. de Tallard, qui est campé sous Brisach, au même endroit où il étoit quand monseigneur le duc de Bourgogne en fit le siège Tannée passée. M. de Coigny demeurera avec lui^ et ne fait pas repasser le Rhin à son armée ^ comme on Tavoit dit il y a quelques jours. — Madame la princesse des Ursins, qui de voit arriver à Rayonne le 17, pour venir ensuite droit ici , recevra des ordres en chemin de s'en aller droit à Rome^ et le courrier qui lui porte cet ordre est déjà parti. — M. de Marlborough continue sa marche vers la Moselle ; on compte dans son armée qu'il sera le 28 à Vitlich^ et M. le maréchal de Villeroy, qui étoit le 23 à Marche en Famine et qui est bien averti de tous les mouvements des ennemis^ doit être le 28 à Luxembourg^ où l'intendant de Metz à ordre de se rendre ce jour-là.
26 JOURNAL DE DANGËAU.
Mardi 27, à Ver&ailles, — Le roi alla Taprès-dlnée à Harly^ d'où il d6 revint qu'à la nuit. Monseigneur «donna hier à Meudon un grand dîner à M. de Hantoue; messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry y allèrent d'ici. M. le duc d'Orléans^ madame la princesse de Conty, M. le prince de Conty, plusieurs dames , quelques courtisans et les deux principaux officiers de M. de Mantone étoient à la table de Monseigneur. M. de Manfoue fut de fort bonne compagnie et loua fort la beauté de la duchesse d'Âumont. Il dit à Monseigneur^ en lui présentant le marquis Delfian , qu'il avoit eu le bonheur de sacrifier son fils pour le service du roi. Monseigneur le promena Faprès-dlnée daijs ses jardins, dont il parut charmé^ et on a été très-content de tout ce qu'il a fait et dit. — On eut le soir, par l'ordinaire d'Espagne, des lettres de M. de Châteauneuf, qui est encore à Madrid. Il mande que S. M. C, depuis la prise de Salvaterra, s'étoit encore rendu maître de quatre petites villes ou châteaux, où il y avoit garnison de Portugais, qui ont tous été faits prisonniers de guerre ; ces places qu'on a prises sont : Seguera^ Pegna- Garcia, Zebredo et Idanha-Nueva, toutes places à la droite du Tage. Il mande qu'elles se sont toutes rendues à discrétion, hormis Idanha-Nueva, qui fut emportée l'épée àla main. La ville, qui étoit fort jolie et assez riche ^ a été entièrement pillée, et le butin en a été assez considérable.
Mercredi 28, à Versailles. — Le roi travailla longtemps raprès-dlnéeavecM. deChamillart, alla ensuite au salut, et puis se promena à Trianon. Au retour de sa promenade, pendant qu'il étoit chez madame la duchesse de Bourgogne, M. de Chamillart lui manda qu'il étoit arrivé un courrier de M. le maréchal de Villeroy , et qu'il avoit reçu aussi des lettres du duc de Berwick, et le roi lui fit dire de lui apporter toutes ces dépèches chez madame de Haintenon. — Monseigneur revint de Meudon, où il étoit depuis vendredi. — La lettre du duc de Berwick est du li, du camp entre Zebredo et Idanha-Nue va , et
MAI i704. 37
contient en substance qne le marquis de Richebourg fut détaclié le 9 pour aller prendre Segura» qui se rendit à discrétion comme Salvaterra; la garnison^ qui étoit de cinq cents hommes^ a été envoyée en Gastille. Le 10^ le comte d'Aguilar marcha à Pena-Garcia , qui se rendit pareillement , mais la plupart d^s soldats de la garnison se sauvèrent dans les montagnes ; le gouverneur fut pris. Le même jour les ennemis abandonnèrent Zebredo» et nos gens y entrèrent. Le 12 Tarmée vint camper ici^ et le 13 M. de Salazar, lieutenant général, prit Idanha- Nueva; la ville futpilléci et le ch&teau se rendit sans coup férir. On a nouvelle que les ennemis ne s'assemblent , ni dans la Beyra ni dans T Allentéjo. — Le maréchal de Villeroy écrit de Bastogne du 27 que les ennemis étoient à la Tour Blanche près de GoblentsK, où ils ont eu avis que M. de Tallard avoit passé la Montagne Noire, ce qui pourroit bien faire changer leur dessein. M. le maréchal alloit camper ce jour-là à Bondorf , mais le gros de ses troupes ne s'éloignera pas tant de la Meuse.
Jeudi 29, à Ver$aille$. — Le roi à dix heures monta en carrosse avec Monseigneur, messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry, Madame, M. le duc d'Orléans et madame la duchesse d'Orléans; il alla à l'église de la paroisse, conduisit le saint-sacrement jusqu'au reposoir, le reconduisit à la paroisse, où il entendit la grande messe. Madame la duchesse de Bourgogne entendit la messe dans son lit à huit heures du matin. L'après-dlnée S. M. travailla avec M. de Pontchartrain jusqu'à l'heure du salut , et régla tout ce qui regarde toutes les nouvelles charges qu'on crée dans la marine, dont on en tirera p^ès de trois millions Avant que le roi s'enfermât avec M. de Pontchartrain , il avoit donné une longue audience à M. le premier président. — Le roi a ordonné à M. de Vendôme de faire rendre la justice dans Trin au nom de M. de Mantoue, et de Ty
faire jouir de tous les droits de souveraineté. Trin est du Montferrat^ mais il fut cédé à M. de Savoie par le traité de Querasque en 1633; mais comme ce traité n'étoit fait qu'entre l'empereur et le roi, et que le duc de Mantoue n'y avoit point consenti , il avoit toujours ses prétentions sur cette place. — M. de Chàteauneuf mande à M. de Torcy que les Espagnols ont encore pris trois places en Portugal, Idanha-Velha , qui ne s'est point défendue; Asmarinas, dont la garnison a été prise à discrétion; et Monte-Santo, qui s'est défendu et dont la garnison a été passée au fil de l'épée. Le roi d'Espagne envoie douze cents prisonniers à Pampelune ; ce sera un grand plaisir et un spectacle agréable pour les peuples d'Espagne.
Vendredi 30 , à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée à Marly, où il se promena jusqu'à la nuit; avant que d'y aller il avoit demeuré assez longtemps chez madame la duchesse de Bourgogne. Monseigneur alla joindre le roi à Marly et s'y promena quelque temps avec lui. — Il arriva un courrier de M. le maréchal de Villeroy, parti d'Arlon le 28; ce maréchal mande au roi qu'il a eu des nouvelles que milord Marlborough avoit fait passer le Rhin à son armée sur le pont de bateaux qui est à Coblentz le 26 et le 27, et que tous les avis qu'on a, c'est que ces troupes vont marcher vers le haut Rhin. On raisonne différemment sur cette maix^he; bien des gens croient qu'ils veulent effectivement aller en Allemagne pour secourir l'empereur ou l'empire, dont les affaires ne sont pas en bon état; d'autres croient que ce milord ne fait cette marche que pour attirer M. le maréchal de Villeroy de ces côtés-là et l'éloigner de la Flandre, et qu'il fera embarquer son infanterie à Coblentz, où ils ont amassé une grande quantité de bateaux, et par là ils se porteroient en Flandre, et ils pourroient faire quelque entreprise du côté de la mer longtemps avantque nos troupes y pussent arriver. M. le maréchal
de Tilleroy, dans ce doute, laisse une partie de ses troupes assez près de la Meuse, afin qu'elles pussent rejmndre H. de Bedmar en peu de temps , et avec le reste de ses troupes il marchera sur la Moselle , et plus loin si les ennemis remontent le Rhin.
Samedi 31, à Versailles. — Le roi travailla quelque temps avec M. de Chamillart Taprès-dlnée , et puis alla tirer. Monseigneur courut le loup. Madame la duchesse de Bourgogne a beaucoup dormi cette nuit, et elle n^avoit d'autre incommodité dans sa grossesse que Tinsomnie. -— Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui mande que le Pô, étant extraordinairement enflé, avoit emporté un moulin au-dessus de Crescentin, que ce moulin avoit brisé le pont que M. de Savoie avoit fait pour communiquer à Verue, que les bateaux de ce pont rompu avoient rompu aussi le pont que nous avions au-dessus de Trin, et qu'enfin tous ces bateaux s'étoient rassemblés au pont que nous avions à Casai. Nous avions profité à cela des bateaux de M. de Savoie , mais il faudra quelques jours pour raccommoder notre pont. — On mande de Toulon que Duquesne-Monier en étoit parti avec six vaisseaux pour aller à Cadix joindre M. le comte de Toulouse, qui en a déjà vingt-cinq. On arme encore d'autres vaisseaux dans la Méditerranée. — On écrit de l'armée de M. de Bavière qu'il étoit à Effingen le 20, que le prince Louis de Bade avoit joint le 18 le comte de Thungen , et que le 19 les armées ennemies et les nôtres avoient marché se côtoyant toute la journée à la portée du mousquet, et avoient campé ce jour-là fort près les unes des autres; il n'y avoit qu'un ruisseau qui les séparoit. — M. le duc de Mantoue vint ici l'après-dinée et vit le chenil et les écuries du roi; il alla ensuite voir la Ménagerie et Trianon.
Wfitancfcr 1 " juin , à Versailles. — Le roi travailla loDgtemps l'après-dlnée avec M. de Chamillart, et puis alla se promener à Trianon. — Le rdi nous dit à son dt-
86 JOURNAL DE DAUGEAU.
ner que Saint-llAUris y lieutenant général et très-estitné , étoit mort y et nous sAmes le 8oir que le roi avoit donné aoo gouvernement^ qui est celui de Neuf-Brisach^ à la Lande, lieutenant général^ qui sert en Languedoc. Le roi a donné aussi le gouvernement de Saint-Quentin , qui vaquoit depuis assez longtemps^ à Barbezières ^ lieutenant général dans Tarrnée de M. de Vendôme et qui vient de souffrir une longue et cruelle prison. -^ Le marquis de Rivarole*^ Piémontois^ est mort à Paris; il y avoit déjà longtemps qu'il étoit hors de service. Il étoit grandoroix de Tordre de Saint-Louis ; il y a S^OOO écus de pension attachés aux grand»-croix. Bezons a eu cette place ; il étoit commandeur de cet ordre à k,iiW livres de pension. On fait monter en sa place Laumont^ qui commande dans Dunkerque > et Ton fait monter à la commanderie de Laumont^ qui étoit de 1,000 écus^ Casquet^ qui étoit brigadier d'infanterie, autrefois lieutenant colonel de Champagne^ et qui n'étoit que simple dievih lier de Tordre. -— Madame la duchesse de Verneuil est à* Textrémité; elle a quatre-vingt-deux ans passés. Elle avoit eu de son premier mariage avec le duc de Sully le feu duc de Sully > chevalier de Tordre du Saint-Esprit, et madame la comtesse du Lude ; elle n'avoit point eu d'enfants de son mariage avec M. de Verneuil.
* C'étoit un Piémontois de qualité, mécontent de son pays, que M. de Louvoîs avoit attiré jeune au service de France, où il avoit perdn une jambe et étoit devenu lieutenant fçénéral. il étoit Hès-bon (jfider et d'une valeur brillante. Sa jambe de bois fut emportée d'un coup de canon à Nervinde : « I^a peste des sots, s*écria-trii dans la coounotita du coup. Us seront bien attrapés ; ils ne savent pas que j'en ai une autre dans mon coffre. » Il avoit été grand-croix de Saint-^Lazare, lorsque M. de Louvoisen fit étant vicaire général de cet ordre, tandis que le roi en fut grand mettre, et qusnd le roi cessa dé Têtre et qaHI établit Tordre de Saint-Louis les grands-croix qui restoient de Sainte Lazare, dont étoit Rivarole , le fureat de Saint-LouisL Avec sa jambe de bois il étoit un des plus forts à jouer à la paume.
iMmdi % à VêTsmllêê, — Le n» alla ra{H'è»<lhiée à
JUIN f T04 3f
liarly ; il và, tous les jours trois fois chez madame la duchesse de Bourgogne, qui commetice à se bien porter. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry se sont mis depuis quelques jours à courre la bague et les têtes; H. le duc d'Orléans les a courues l'après-dlnée avec eux. ^ Il arriva le matin un courrier de M. de Tallard^ qui a fait repasser le Rhin à son armée , et il s'est avancé à Landau pour avoir plus tôt des nouvelles de M. de Marlborough^ qu'on croit qui vient à Mayence; cettcf marche des ennemis change fort les projets. H. le maréchal de Villeroy a fait passer la Moselle à une partie de ses troupes entre Trêves et Thionville , et ils se sont fort concertés, M. de Tallard et lui, sur ce qu'ils ont k faire. — Il arriva un courrier de Catalogne ; M. de Ghamillart vint porter les dépêches au roi, qui étoit chez madame de Haintenon et travailloit avec M. Pelletier. Aussitôt que M. de Ghamillart eut travaillé avec le ro^ , S. M. envoya quérir M. de Pontchartrain, qui revint après le souper du roi lui porter les lettres qu'il lui avoit ordonné d'écrire à H. le comte de Toulouse et à Langeron, qui commande les vaisseaux que nous avons en Provepce. Le roi, à son petit coucher, nous dit les nouvelles qu'avoit apportées ee courrier, qui sont que les ennemis, avec trente vaisseaux de guerre et six brûlots, sont entrés dans la Méditerranée. Ils ont sur ces vaisseaux cinq mille hommes de troupes^de débarquement, que le prince de Darmstadt eommande; ces vaisseaux sont devant Barceloms, oi\M. le prince de Darmstadt prétend avoir de grandes intelligences. Le roi compte que M. l'amiral aura suivi les ennemis dans la Méditerranée, et il aura trente-un vaisseaux quand il y aura joint les six qui sont à Cadix.
Mardi 3, a VerêailUs. — Le roi travailla Taprès-dinée jusqu'à six heures et demie avec M. de Ghamillart, et puis alla se promener à Trianon. — On eut des lettres hier de M. de Villars, qui portent que les fanatiques qui s'étoient soumis s'étoient encore jetés dans la rébellion
32 JOURNAL D£ OANGEAU.
SOUS les ordres du lieutenant de Cavalier^ qui leur avoU persuadé que Cavalier les trahissoit; ils se sont jetés dans les bois. M. de Villars y marche, et Cavalier est avec lui. Il a cinquante hommes qui sont rentrés dans lear devoir^ et Ton compte que cette dernière sédition sera bientôt apaisée. — Il est arrivé ce matin un courrier de M. de la Feuillade, qui investit Suze le 39. Il a fait sonH mer la ville, qui fait mine de vouloir se défendi-e. Il coiûptoit d^en être maître dans deux jours, et on espère Fètre du château quand notre canon et nos mortiers seront en batterie. — Don Isidoro Casado , envoyé du roi d^Es* pagne auprès de M. de Mantoue, et que S. M. C. a fait marquis deMontéleon, eut ces jours passés audience du roi, qui est très-content des services qu^U a reqdus à son maître , et que M. le cardinal d' Estrées a fort fait valoir en ce pays-ci. Le roi lui donne ordre de retourner auprès du roi d'Espagne, et on dit même qu'il est chargé dWfaires d'importance et qui marquent la confiance qu'on a en lui.
Mercredi fc, à Versailles. — Le roi travailla l'après-dlnée avec M. de Chamillart, et puis alla tirer. — U arriva le matin un courrier de Flandre. Les ennemis que com« mande M. d'Owerkerke étoient sortis de leurs retranchements sous Maéstricht pour s'approcher de nos lignes. M. de Bedmar, averti de leurs mouvements, a marché à eux ; ils se sont retirés fort vite et sont rentrés dans leur camp. — M. de Chamillart, qui avoit couché à Ytr tang, entra le soir chez madame deMaintenon pour montrer au roi des lettres du duc de Berwick, du 21 du mois passé, qu'il a reçues par l'ordinaire et qui apprennent le détail de la prise de Uonte-Santo. Cette place, que les Portugais croyoient imprenable et où tous les habitants du pays avoient réfugié leurs effets, a été emportée après une très-médiocre résistance. On mande qu'elle est meilleure que Montmélian; nous y avons eu quatre-vingts hommes tués ou blessés. Nous marchions le lendemain
à CastelbrancOy après avoir encore pris deux ou trois petites villes ou bourgs, qui se sont rendus à discrétion. On croit que Gastelbranco se défendra mieux; il y a quatre bataillons hoUandois dans cette place. Le roi d^Espagne se préparoit à passer le Tage un peu au-dessus de Villa-Velha, pour marcher à Portalègre. M. de Tzerclaés est de ce côté-là, et a déjà étendu ses contributions bien loin sans que ses partis aient trouvé aucunes troupes ennemies.
Jeudi 5 , à Versailles. — Le roi, en allant à la messe, vit dans la galerie un envoyé de Tripoli qui lui amène douze beaux chevaux de son pays ; le roi en a donné huit, et les quatre autres ont été achetés par le consul de France. A midi le roi monta en carrosse avec madame de Haintenon et quelques dames et alla dîner à Marly; il s'y promena tout le jour et ne revint ici qu'à la nuit. — Sur les sept heures il arriva un courrier de M. le comte de Toulouse, parti le 26 de Cadix; ce prince le 25 arriva à là rade de cette place, où ayant appris que les ennemis étoient entrés dans la Méditerranée, il alloit y entrer aussi pour les suivre. 11 n'avoit avec lui que vingt-trois vais- • seaux. Le courrier dit qu'on voyoit paroltre les deux vaisseaux partis de Dunkerque, qui ont passé par le nord d'Ecosse et qui ne l'avoient pas pu joindre à Brest, il n'a point trouvé à Cadix les six vaisseaux partis de Toulon que du Quesne lui amenoit; mais on a nouvelle qu'ils sont à Alicante, où il les trouvera. Ce courrier a passé par l'armée d'Espagne. Il est arrivé un courrier qui a apporté la nouvelle de la prise de Castelbranco, qui s'est assez mal défendue; il y avoit dedans quatre bataillons hollandois, qui en étoient sortis avant la capitulation. LeducdeBerwick, qui l' avoit prévu, s'étoit avancé avec toute la cavalerie à l'endroit seul par où ils se pouvoient retirer ; il les a enveloppés, et après une très-médiocre résistance il les a pris sans qu'il s'en soit sauvé un seul, tous leurs officiers à leur tète.
34 JOURNAL DR DaNGKAU.
Vendredi 6 , à Vérnàilléê. ^ Le roi soHit <inr leâ tdAq heiunsfi pour aller titer, et vit du bodl de son jàrdiD les douze chevatix barbes qu'on lui amena hiei* de tMpoK. — On fit hier à Paris, àTabbaye Saiût-Germaitt, le service de M. le éardltial de Furstemijerg, qtli fût trés-màgûiflque ; l'abbé le Prévost prononça Foraison funébtie, et, quoique nouveau prédicateur^ il fut applaudi. — Hier, sur les cinq heures du soir, mourut ft Paris nladatiie la duchesse de Verneuil *. Le roi en prendra le deuil dimanche, et le portera quinze jours. — il est altlvéce soir un courrier de M. de la Peuillade, qui niande que la ville de Suze s'est rendue ; le gouverneur du château se défendra mieux apparemment. M. de Savoie a fait avancer sur une hauteur, auprès de cette place , cihq bataillons etsix cents dragons, qui pourront lious incomnloder fort durant ce siège. — On mande de Mantoue que des Essarts, mestre de camp réformé dans le régiment d'EsclainvillierS, avoit enlevé plusieurs chevaut et presque tous les bestiaux de la garnison de la Mirandole, mais qu'étant allé reconnollre une cassine , où îl y avoit quelque infanterie, il y avoit été tué, Saint-Frémont a jeté un pont sur le Panaro vers son embouchure à Bondeno, ce qui coupe à la garnison de la Mirandole toute communication avec le Ferrarois.
* Ces mémoires , qui, page 3o, parlent de la fEimille. dé la dudieds^ de Verneuil, à Tocoasion de son extrémité, detoicnt ajouter qu*Hie étoit seconde Glle du chancelier Séguier et avec lui dans aon earroaie quand il courut tant de péril d'être tué aux barricades de Paris et que le maréchal de la Meilleraye Talla délivrer. Sa sœur ainée aVoit épousé le marquis de Coislin en premières noces , dont elle eut le duct le cardinal et le chevalier de Coislin , et par amour, en secondes nofîtt, te marquis de Laval , cadet de M. de Bois-Dauphin, dont elle eut la maréchale de Rochefort. Cette madame de Laval dit à la mort de madame de Verneuil, qui avoit quatre-vingt-deux ou trois ans , qu^6lle avoit toujours bien cru que sa sœur mourroit jeune, parce qu*elle aimoit trop à faire des remèdes. Cette bonne femme n'en faisoit jauiais, et poussa sa carrière bien plus loin. Elle appeloit celq mourir jeune pour se
enÊoèêt d'être dHe-mimë phig viciHi^. On ne fit quoi que ce fât du ttut, aux obftèqil«8 de miadaiiiè de Vemeuil, qui sentît bâtardise ni prin* eîpauté du sang. Il n'y eut que le deuil de la cour et rien autre.
Samedi 7^ di Vwêaillêê. <-- Lé roi étant raprè»Hllnée flhes tidftdame la ducheâde de Béutgogne , Bloilin lui Tint dire qne ÉDntettl][M avoit qtidlqtie ehose à lui dire dantt lè salon qu'il ilè dênrolt dillft qu'à S. M. Le i^i, qui aàvoit ^e MoB^igueUl* et monseig'ftettr le duc de Berry étoieUt ik ehasse du léup^ o& Bontempd le^ avoit i^uivis^ ne douta (loint qu'il n'y fût arrivé quelque aeoident^ mais û% Voulant point troiiblei* madame la duohessè de Bour^ gogne y il ne malrqua point son incpiiétude , alla parler à Bontempfi dans le salon ^ et puis se retbit an cheret du lit de madatne la duéhesse de Bourgogne et dit simplement : <c Le duc de Berry s^est un peu blessé à la obasse^ mais oe n'est rieHi » La vérité étoit que oe prince avoit fait une fort i*udè chute ^ ^'étoit démis l'épaule droite et étoii uii peu blessé au visage. Il revenoit dan^ la chaifle de Monseigneur ; ta le ât ensuite tnoUter dans son carrosse ; mais comme il revenoit de deux lieues d'ici et qa'on le fidsoit marcher fort lentement^ par^e que l'é^ branlementdU carrosse lui faillit beaucoup de mal^ il ne put arriver ici qu'à cinq heures. Le roi et toute la cour l'attendoient dans la galerie devant son appartement, n salua tout le monde d'uti air gai et ne parut point troublé de son accident. On le portoit en chaise dans le degré et voulut mettre pied à terre voyant le roi. Quand il fut dans sa chambre. Il dit aui ôhirurgiétis qu'ils ne s'embarrassassent point > qu'il ^'attendoit & souffrir de ^ndëâ douleurs. Mai'é6hal^ aidé de plusâeurs antres chirorgiens , lui remit l'épaule fort vite et fort adroitement, sans que le prince jetât le moindre cri. Le rol^ qui étoit demeuré dans le cabinet de M. de Beauvilliers, entra dans la chambre de monseigneur le duc de Berrj' dès que l'opération fut finie , et loua fort sa fermeté et sa patience. On le saigna ensuite ^ et il n'y a rien du
tout à craindre; ce qu'il avoit au visage n'est rien. — On eut nouvelle le matin que le prince de Darmstadt avoit fait mettre pied à terre à l'infanterie qu'il avoit sur ses vaisseaux ^ et qu'il bombardoit Barcelone ; il n'y a personne dans la ville ni dans tout le pays qui ait branlé. M. de Velasco, vice-roi de Catalogne^ répond de la fidélité des peuples de la province et des habitants de la ville j et quelques rendus qui sont venus assurent que les ennemis feront rembarquer leur infanterie le lendemain et se remettront à la voile. — M. le maréchal de Villeroy étoit à Sarrelouis le 3; il y devoit séjourner le &. Il doit s'aboucher avec M. de TaUard le 6 entre Landau et les Deux-Ponts. Par les avis qu'ils ontde la marc de M. de Marlborough^ ils le croient arrivé à Francfort. — Le roi, après être sorti de chez monseignem* le duc de Berry, monta en carrosse avec mesdames de Maintenoii; la maréchale de Noailles , d'Heudicourt et de Dangeau. Dimaaelu 8, à Yersa%llt$, — Le roi travailla l'aprèsdlnée avec M. de Ghamillart^ et puis alla tirer. Monseigneur le duc de Berry fut saigné le matin et se por\e fort bien. Madame la duchesse de Bourgogne, qui est da jrss son neuf sûrement , commença à se lever et se tint s^^ un lit de repos dans le salon de la galerie, dont on a t^^^ un cabinet pour son appartement pendant qu'elle se ^ en couches. Tout le peuple qui se promenoit dans le ja- ^^'' din la voyoit à la fenêtre. — Le roi donna à H. de ^^
Vrillière 400,000 livres de brevet de retenue sur ^
charge de secrétaire d'État. — Il arriva hier au soir u^ ^^ courrier du duc de Berwick, par qui on apprend le tail de ce qu'avoit apporté le courrier de M. le comte a Toulouse des progrès du roi d'Espagne en Portugal voici une copie de la lettre du duc de Berwick :
Du camp de Villa- Velha. le 2g mai.
Ixî 22 M. de Thouy arriva avec son détachement di^^ ^'* vaut (^stelbranco, et le lendemain 23 , après qu'on e^^''
ede
mis dû canon en batterie^ la ville et le château se rendirent à discrétion; il y avoit cent Hollandois dedans et ' quelques milices portugaises. Nous' n^avons perdu à ce petit siège qu'une vingtaine de soldats tués <5u blessés ; le pauvre M. Robert^ ingénieur et brigadier^ y a reçu une blessure dont il est mort depuis. 11 y avoit dans cette viUe une assez grosse quantité de farine^ de celle qui éloit venue d'Angleterre et de Hollande dans des tonneaux^ quelques armes et plusieurs tentes, parmi lesquelles se trouvent celles de la suite du roi de Portugal. Sur rapproche de M. de Thouy àCastelbranco, M. Fagel , qui étoit avec quatre bataillons hollandois et quelque cavalerie à Ascaliedas, à trois lieues de là, se retira deux lieues plus en arrière à Feutrée de la grande montagne. Le ^k M. de Puységur fut détaché avec deux régiments de dragons et un de cavalerie pour aller à Villa- Velha recevoir les bateaux descendus d'Alcantara et destinés à y faire un pont. Le 26 je marchai avec la brigade de Berry cavalerie et celle de Barrois infanterie , pour aller reconnoitre la situation du camp de M. Fagel^ laquelle me paroissoit une des plus mauvaises, ses flancs étant entièrement découverts et le pays assez facile à en approcher; mais comme pour aller à lui Ton étoit à découvert de deux lieues, je crus qu'il falloit le faire attaquer à la pointe du jour, n'y ayant point d'apparence que ces messieurs voulussent rester où ils étoient, ayant la montagne cinq cents pas derrière eux. Pour cet effet, M. dé Thouy fut chargé de faire reconnoitre les chemins et de marcher la nuit pour prendre leurs derrières et les attaquer à la pointe du jour. Je m'en allai camper à Villa- Velha, où Ton commençoit la cons^ truction du pont de bateaux. Le lendemain M. de Thouy marcha aux ennemis avec une brigade espagnole d'infanterie , les bataillons de Médoc et du Gast , Belle-Affaire et Miromesnil et quelques détachements de cavalerie. 11 marcha droit aux ennemis , qui , quoique mal
JOURNAL DE OAJNGËAU.
postés^ Tattendirent de pied ferme à la tète de leur camp. On les prit par la droite et par la gauche, et, après une décharge qui nous coûta très-peu y la plupart de leur in-* fanterie mit les armes bas^ et Ton en prit six ceats avec quasi tous les ofifieiers. M. de Tbouy poursuivit avec sa cavalerie et quelques grenadiers la cavalerie des ennemis jusqu'à un lieu nommé S^ebrero di Formosa, où étoient deux autres bataillons hoUandois, lesquels se dis> persèrent dans Vinstant et s'enfuirent au travers des montagnes; Ton en a pris quelques-uns, le général Fagel a pensé être pris. Nous n'avops perdu dans cette affaire que vingt hommes tués ou blessés.
Lundi 9 y à Ver$aillé$. — Le roi alla se promener à Marly. Monseigneur alla dès hier ooucher à Meudon, où il demeurera jusqu^A veadredi. Madame la duchesse de Bourgogne continue à se lever les après^nées; Monseigneur le duc de Berry se lève aussi. — Il arriva hier trois courriers de Provence, par lesquels on apprit que la flotte ennemie paroissoit sur les côtes ; elle étoit à la hauteur de Saînt-Tropes. On croit qu'il nV ^ V^^ vingtcinq ou vingt-six vaisseaux de guerre , et Ton croit qa^ leur dessein est d'aller débarquer à Villefranche Tiix-* fanterie qu'ils ont sur leurs vaisseaux. On a nouvelle qix ^ la flotte de M. le comté de Toulouse a paru à la hauteu de Carthagène ; il doit être joint & Alicante par les si vaisseaux de du Qaesne. -rr M. le grand prieur a pris le^ ohiavichelles de Serravalle qui sont au-devant d'Ostîglia mais il n'a point attaqué les tours de Serravalle, quî son^ dans un marais assez impraticable. — On a novivell que H. de Murlhorough a passé le Mein eutre FranofbrP' et Mayence. Il marche dans le Bergstras et deVPit ^^ passer le Necker à Ladehourg. Il doit ôtre suivi eoco par un détachement des troupes hoUandoises. — Il esP"^ arrivé un courrier de M. de Vauvré, intendant de la ma rine en Provence ; il mande que la flotte enoemie, com mandée par Tamiral Rook, étoit près des lies d'Hyères
ilassore qu'ils n'ont tout au plusque viagt-sept vaisseaux. Mardi 10 , à Versailles. — Le roi travailla l'aprèsKlinée avec H. de Pontchartrain, et puis alla se promener à Headon^ où Monseigneur lui fit voir tous les ouvrages nouveaux qu'il y a faits, — On eut le n^atin des lettres de H. de la Feuillade du 6. Il s'est rendu maître des retrancbemeufas que les ennemis avoient sur la montagne qu'on appelle la Brune tte; il n'y a plus à prendre que la redoute deCatinat, que M. de la Feuillade espère emporter dans trois jours ; après quoi on fera le siège du château de Suze à son aise et sûrement , car on ne peut secourir la place que par le côté de la Brunette. On a tué quatre cents hommes aux ennemis y presque tous à coups de canon. Il nous est venu cinq cents déserteurs des bataillons que M. de. Savoie avoit envoyés poui* renforcer la garnisou de Suze. M. de Schalembourg ^ colonel allemand, et son frère ont été tués^ et le frère de Santenafi % été tué au^^i. — Il arriva 1^ soir un courrier de M« de Vendôme^ qui (^investi Verceil la 6 de oe mois avec ^enteneuf bataillons et soixante escç^dron^ ; ainsi M. de Savoie est attaqué de deux côtés. — L'Académie a élu hier H. le marquis de Tréville*j M. l'abbé de Clérembault, qui en est chancelier, vint le ^r en i^endre compte.au roi et lui deqiander son agrément ; le roi lui répondit que cette place ne convenoit point à un homme aussi retiré que M, de Tré ville et qu'ainsi il falloit que F Académie procédât au choix d'uu autre sujet,
* TroisviUes, que par corruption on appeloit Tréville, éloit un gentilhomme de Béam qui avoît beaucoup d'esprit et de lecture et un «prit galant et fort agréable. Il débuta fort agréablement dans le monde eià la ooiir, où des dames du plus haut parage et de beauoDop d'esprit le recueillirent fort et peut-être plus que de raison. La guerre, où son père commandoit les mousquetaires^ ne lui fut pas si favorable que la cour, et on Taccusa de n'y pas être si propre. Il s'en dégoûta bientôt , mais pour se jeter dans une grande dévotion. Celle du taMux Port^Eoyal était eelle des geni d'esprit ; il tourna de ce e6lélà ft M retira tout à fiit. U panévén pluBieiira années , puis alla re-
40 JOURNAL DE DAJNGEAU.
voir son pays. Il s'y dissipa, et se livra à son retour à des devoirs qui devinrent un soulagement de la solitude. Le pied lui glissa parmi les toilettes qu'il fréquenta : de dévot il devint philosophe, et dans cette philosophie on lui reprocha de Tépicurien II se remit à faire des vers, à donner des repas recherchés, à exceller par un bon goût difficile à atteindre. Ses, remords et ses anciens amis de piété Vy rappeloient par intervalle , et sa vie dégénéra en haut et bas , en quartiers de relâchement et de régularité , et le tout en une sorte de problème, qui, sans Tesprit qui le soutenoit et le faisoit désirer, Veut tout à tak déshonoré et rendu ridicule. Ses dernières années furent plus réglées et plus pénitentes , et répondirent moins mal au commencement de sa dévotion. Ce qu'il conserva dans tous les temps fut l'abandon de la cour, auquel il joignoit souvent la satire , qui lui attira ce refus du roi pour l'Académie, foible vengeance, mais qu'il ne put se refuser, faute de trouver son homme mieux à sa portée. Cette satire et Port-Royal, qui toutefois étoit bien éloigné de l'approuver, étoient chacun plus qu'il ne falloit pour se plonger dans la disgrâce ; mais ce qui seul y auroit suffi, c'étoit la profession de ne jamais voir le roi. Cela seul étoit un crime non de lèse-majesté , mais, ce qui étoit bien pis, de lèse-personne de Louis XIV, qu'il étoit acharné à venger.
Mercredi 11, à Versailles. — Le roi prit médecine, comme il la prend tous les mois par précaution , et tint son conseil Taprès-dlnée. Monseigpneur le duc de Berr^ vint l'après-dlnée chez madame la duchesse de Boi»^" gogne; il ne se sent plus de sa chute. — On a déco vert une petite conspiration dans Barcelone, qui app remment avoit obligé M. de Darmstadt d'approcher cette ville-là avec la flotte ennemie ; cette conspiratii n'étoit composée que de trois hommes, qui lui devoiei livrer une des portes delà ville. Un de ces trois homm^^^ étoit né sujet du roi et avoit voulu livrer Perpignan au Espagnols pendant que nous étions en guerre avec eu: Le vice-roi s'est saisi de ces trois personnes, et on en fer^^' prompte justice dès qu'on aura tiré d'eux le détail d^ cette conspiration. — Il arriva le soir un courrier d< M. de Tallard, qui apporte des dépêches de ce marécl et du maréchal de Villeroy après leur entrevue. Ce son! apparemment les projets de ce qu'ils jugent à propo^^ de faire, sur quoi ils attendent les derniers ordres du roi
leurs lettres sont du 8. Les troupes du maréchal de Villeroy doivent arriver le 1 1 à Landau et celles du maréchal de Tallard à Neustadt; ils avoient nouvelle que milord Marlborough étoit venu à Philipsbourg et que ses troupes étoient sur le Necker.
Jeudi 12, à VersaiUes. — Le roi partit à deux heures poor s'aller promener à Marly, d'où il ne revint qu'& la nuit.' — M. le grand prieur mande qu'un lieutenantcolonel des ennemis et qui est un de leurs meilleurs ingénieurs s'est venu rendre y et lui a enseigné le moyen de prendre les tours de Serravalle ; ce moyen lui a paru bon, et il en va tenter l'entreprise. Cet officier assure que l'armée des ennemis est si foible qu'ils n'ont pas trois mille hommes à Ostiglia, qu'ils ne sont point payés et que la garnison de la Mirandole n'a plus de vivres que pour deux mois. Les discours des rendus sont suspects, parce qu'ils veulent toujours dire des choses agréables; mais ceux-là sont si apparents qu'on les croit. — Les lettres de l'armée de M. le maréchal de Villeroy , venues par un courrier parti du 9 , portent que la tête de cette armée étoit campée ce jour-là à Mûnchweiler et que dans trois joura elle seroit sous Landau , mais que les derniers corps de cette armée, commandés par M. de Gassion et par M. de Luxembourg, n'y arriveroient que le 16. On y a appris que M. de Marlborough avoit été à Philipsbourg le 6 , mais qu'il en étoit reparti le 7 pour rejoindre son armée, qui marche vers Heilbronn à grandes journées. On dit que le prince Eugène est arrivé à Stuttgart et que même le roi des Romains doit partir incessamment de Vienne pour âe mettre à la tête de cette armée. — Le roi et la reine d'Angleterre vinrent ici voir madame la duchesse de Bourgogne. — Le baron de Breteuil donna à M. de Hantoue une fête magnifique à sa maison de Charonne près de Paris (1).
{!) Voiries détails de cette fétc dans le Mercure de juin, pages 204 à 212.
42 JOURJSAL DE DAJNGEAU.
' Vendredi 13, à Versailles. — Le roi ne sortit point de toute la journée ; il de voit allée se promener à pied dane les jardins, mais la pluie Fen empêcha. — If. de Phélypeaux^, qui étoit notre ambassadeur à Turin, eut TboBneur de saluer le roi à son lever, qui lui donna une assez longue audience dans son cabinet avant la messe. Il se plaint fort des traitements qu'il a reçus de M. de Savoie pendant les six derniers mois qu'il a été en ce pays-là, où on le traitoit en prisonnier et pon en ambassadeur. Il prétend qu'on lui refusoit les choses les plus nécessaires à la vie. Quand on le fit partir de Turin poiup l'envoyer à Coni, où il fut encore plus étroitement gardé, il dit aux officiers qui le gardoient que sa consolation étoit qu'avant la fin de l'année le roi seroit maître de Turin , qu'il espéroit en être gouverneur et qu'il commencepoit à faire raser la maison où il avoit été arrêté et qu'il y feroit élever une pyramide , où il mettroit une inscription en plusieurs langues pour instruire la postérité des rigueurs avec lesquelles M. de Savoie avoit traité l'ambassadeur de France contre le droit des gens et contre Téquité et U raison ; le roi nous raconta cela le soir. — f II arriva , durant le| souper du roi, des lettres de M. de Villars et de M. de Basville, qui portent que Roland avoit envoyé deu^ de ses officiers pour demander l'amnistie comme on 1' accordée à Cavalier.
* Phélypeaux fit une relation de ce qui s'étoit passé à son égard puis les premiers errements de la rupture, tout à fait curieuse et pi d'esprit, où il ne ménagea ni M. de Savoie nf sa cour. Il en aloni quelques copies, qui furent fort recherciiées et qui roériteroîent de Té encore aujourd'hui comme alors. G'étoit un franc épicurien, de beau coup d'esprit et de savoir, mais qui ne faisoit guère cas de personne qui espéroit tout par son mérite et par l'appui de eeu\ de son n qui étoient dans le ministère , mais qui demeura fort eu arrifie. étoit frère d'un évéque de Lodève, plus savant, plus ^irituel, pi adroit et plus épicurien que lui , plus aisé encore que lui sur tout cela, dans sa taille, et qui par la faveur de son nom et de BasviUe noit presque tout en Languedoc depuis les chutes du cardinal Bon» , •ntretenoit chez lui une maîtresse, et cela jusqu'à sa mort d'une £iiçoD
JVm 1704. 43
pnbliqiie, et toat aussi librement nq se piquoit p^s de croire eu Dieu , et cela lui fut souffert quarante ans durant , car il mourut fort vieux, et ne sortoit guère de sa province.
Stmêdi i^9 à VenailUi, ->r La loi bIIsl Taprès-cUnée se promener 4 Mi^i^ly- MoniieigQeTir revint hier au soir de Veadon, §t ft couru le loup. aujourd'hui à six lieues d'ici. — Toutes 1^ nouveUes qu^qa a d'Allemagne portent que toutes les affaires dq Hongrie vont plus mal que jamais pour l'eippereur. L§ p^rti des i^^atants grossit lous les jours; d'un autre côté^ toute la Transylvanie eat révoltée. Les ennemis oonvieupent de tous ces désordres et de la consierqation où l'on e^t à Vienne. M. Vélecteur de Bavière est avec toute son armée sous Ulm, Le prince Louis de Bade est dp Tautre çt6té du Q^^puhe s^vec l'armée 4^ Tepipefeur et de l'en^pii^. l^ilord Marlborough est à Qeilbrpun y et fait marc)ier les Apglois à grapdes journées ; il en demeura beaucoup par les chemins. Ce gépére} veut s'approcher du Danube , ^\ \\ parplt que les ennemis qui se rassemblent tous en Allemagne ne sougent qn'^ accabler ^. de Bavière^ qui se croit cependant en état de leur résister. MM. les maréchfkux de Villeroy et de Tall^rd^ qui out quatr^vingt-di:i^-sapt h^t^Uons et centtreqte escadrons^ seront bientôt ep étf^t de faire une diveraiou considérable , mais h difficulté de^ vivrez au delà du Rhin ne laisse pas d'être embaprassanta.
Dimanche ii, à Yermlles. — Le r^i travailla l'aprètydlnée avec y. de Chamillart, et alla ensuite se promenei' à Trianon. — Il arriva uu courrier de Provence par lequel on apprend que le marquis de Boye , croisant avec sei; galères pour apprendre des nouvelles des ennemis ^ décoqvirit une flotte , et après l'avoir vue de plus près il trouva que c'étoit quelques vaisseaux marchands françois escortés par deux vaisseaux de guerre. U prit dans spn petit voyage une barque ennemie» dans laquelle il a trouvé tQvis les siguau^^ des eunefpis , la route qu'ils ont faite qt celles qu'ils doivent f^ire. Ou assure que M. le
comte de Toulouse a été joint par les six vaisseaux de du Quesne qui ont été quelque temps à Alicante, mais on ne dit ni le lieu ni le jour de leur jonction. Les ennemis comptent que Famiral Rook est entré dans la Méditerranée avec trente-cinq vaisseaux de guerre et qu'il y sera joint par dix autres vaisseaux qui croisent depuis longtemps dans cette mer-là. — Il y avoit eu quelques petits mouvements dans Passau^ une partie de la garnison vouloit livrer la place aux Impériaux ; le cardinal Lambert, qui est évêque de cette ville, y avoit pratiqué quelque intelligence, mais l'affaire a été découverte avant qu'ils pussent rien exécuter. M. l'électear a fait punir les coupables et a changé toute la garnison.
Lundi 16, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Marly; Monseigneur y alla trouver le roi. Madame la duchesse de Bourgogne continue à 'se bien porter; elle se lève tous les jours. — On eut des lettres de M. de la Feuillade par Fordinaire que M. de Chamillart envoya au roi à Marly, par lesquelles il mandoit qu'après s'être rendu maître des retranchements de la Brunette il avoit attaqué la redoute de Catinat, que cinquante hommes qui y étoient en garnison s'étoient rendus à discrétion. M. le chevalier de Tessé arriva sur les sept heures, il apporta la nouvelle de la prise de Suze ; le gouverneur, nommé Bernardi , fit battre la chamade le 12 à quatre heures du matin. M. de la Feuillade lui a accordé par la capitulation deux pièces de canon , l'une de douze et l'autre de quatre; la garnison sera conduite à Turin. Il n'y avoit point encore de brèche et il n'y en pouvoit point avoir de quelques jours. — M. l'amiral écrit de Toulon du 12 qu'il a vingt-neuf vaisseaux de guerre, que dans sa route il trouva le 8 la flotte ennemie, forte de quarante-cinq vaisseaux de guerre; comme il avoit le vent favorable, il est arrivé le 11 à Toulon, après avoir été trois jours en vue des ennemis; s'il avoit trouvé des vaisseaux à Toulon prêts à se joindre à lui , il auroit re-
JUm 1704. 45
tourné aux ennemis , et afin ^e diligenter Tarmement^ le trésorier de la marine n'ayant pas tout Targeni néceasaire^ il a donné <h5,000 firatnes de son argent et son billet pour trouver 100,000 écu3 à Marseille et à Toulon. Les ennemis ont eu le vent sur lui le premier jour sans oser Tattaquer.
Mardi 17, à Versailles. — Le roi travailla Taprès-dlnée a^ec M. de Pontchartrain , et ne sortit que sur les six heures pour aller se promener à pied dans les jardins. Monseigneur courut le loup , et revint souper chez ma* dame laprincesse de Gonty , comme il a accoutumé de faire les jours qu'il va à la chasse. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry dînèrent dans Tantichambre de madame la duchesse de Bourgogne avec les dames du palais, et ils y ont toujours dîné comme cela depuis que cette princesse garde le lit. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, parti de devant Verceil le 12 au matin ; la tranchée doit avoir été ouverte la nuit du 14 au 15. 11 aura ce jour-l& huit pièces de canon en batterie et par la suite il y en aura jusqu'à cinquante. M. de Vendôme mande au roi qu'il espère être bientôt maître de cette place , quoiqu'elle soit très-bonne et qu'il y ait dedans une très-grosse garnison. Tous les soldats qui en peuvent déserter viennent se rendre , surtout les nouveaux Suisses que M. de Savoie a levés. Ce duc est toujours campé sous Crescentin et n'est point en état de rien entreprendre pour nous troubler dans notre siège. — Quelques particuliers ont reçu des lettres de Nîmes qui portent que Taffaire des fanatiques n'est pas encore finie , mais on ne mande rien de semblable au roi.
Mercredi 18, à Versailles. — Le roi travailla jusqu'à cinq heures avec M. de Chamillarty et puis s'alla promener à Trianon. Monseigneur vint à six heures chez madame la duchesse de Bourgogne, où il y eut une petite musique dans son antichambre ; elle l'entendit dans un fauteuil à côté de Monseigneur; on ne la laisse encore guères mar-
4è JOURNAti 0È t>ANGEAU.
eli«r^ mÊàÉ elle dM «ntendre ditnaneh^ Itt tnesfië dani la diapellé* -^ Oii A ndtivèllé ittre que la flotte ennemi» 4ui était dâîii la Ifanehe sduft l'ainirai 6chawel en Mttlt aoFtie ^tiP aUef M Portilg^al. -^ On éUt p^ Férdinail^ des lettres dtt roi d'Espace du 4. Il pasia le Tage les derniers jours du mois de mai ^ et il arriva près de Poftalègre le i de cê mois, lié attendôient le 5 un grand convoi et leur artillerie podr commencer le siège de eette place, qui n'est pas fort bonne; il y a dedans nn b&taillon cmglois et deux portugais. M» de Tserckes est près d*Aronchès, et eut le 3 une grande tonférence avec le duc de Berwick. Un parti de nos troupes a battu un parti portugais qni étnit beaucoup plus fort que le nOtre. H. de Thouy a rejoint Farmée du roi d'Espagne et n'a laissé au delà du Tage que cinq bataillons et dott2e escadrons sous les ordres de H. de RonqUillo. Quelques Anglois du bataillon qui est dans Portalègre se sont déjà venus rendre et assurent que leurs caimirades oberchent Toceasion d'en faire autant.
Jeudi 19 y à Yerêùilht, «^ Le roi alla l'après-dlnée se promener à Marly. Monseigneur étoit parti à sept heures pour aller courre le loup dans là forêt de Marly ; il n'y en trouva point , et étoit ici de retour dds dix heures du matin. — On eut des lettres de Suisse et de Genève qui portent que les mécontents de Hongrie^ commandés par le comte Forgatsoh , étoient entrés dans la Moravie avec trente mille hommes et ont entièrement défait un corps de troupes de l'empereur commandé par le général Ritschau^ Danois. On lui a tué plus de deui: itiUIi» hoftimes ; il a été blessé et contraint de se retirer dans un château où on l'assiège ; on a pris toute son artillerie et ses bagages ; les troupes qu'il commandoi t étoient composées de quatre mille Danois et de plus de six mille hommes des milices des pays héréditaires. Ces lettres ajoutent t[ue le comte Antoine Esterhazy n'avoit point été pris^ comme on Tavoit dit, mais qu'il avmt vottiu suivre l'exemple du
MÊâ/B VotpLlschy soti parent^ eiétoit venti^ comme lui^ se jcÀndre âiLt mécontents ; il est de même maison que le palatin de Hongrie, ^ui devient suspect à lacoul^ devienne. -^ Il arriva deux courriers^ F Un de M. le maréchal de IHlleroy et Fautif de M. de Tallarà; ils sont tous déut ]^lë dû 16; ib sont venus pour apporter des projets et )«6ocvoir de» otàtm de lA cour. — L'abbé Abeille fut éltl à l'Académie en la place de Fabbé Bolleau.
Ymàredi SO, à Vetêaillêê. ^ Le roi alla tirer TaprèS'* dlnée > et trouva à ton retour madame la duchesse de Bourgogne qui jouoit au billard. — M. le comte de Brionne est parti pour aller à Lunéville tenir le fils de M. de Lorraine au nom du roi. La marraine est Fimpéra^ kice y et une des filles de M. de Lorraine la représentera. '^ Les Hollandois^ malgré les pressantes instances de Femp<mur et des Anglois , n'oùt point voulu prolonger Finierdiction du commerce des lettres avec la France et llepagne^ et il se rétablit, le roi y ayant bien voulu consentir. — On a eu des lettres du duc de Gramont; il de^ voit arriver à Madrid le 6 ou le 7. Madame la princesse des Ursins est enfin arrivée à Bayonne, où elle a reçu Fordre du roi de s'en aller tout droit en Italie sans passer ici ; elle a mandé qu'elle obéiroit, mais qu'elle ëtoit bien à plaindre de ùe pouvoir venir ici se justifier. — Les nouvelles d'Angleterre portent que la reine Anne avoit voulu donner le régiment des gardes y vacant par la mort du (fomte de Rumney , au prince Georges, son mari , quiFavolt refusé. Le comte de Nottingham s'est démis de la charge de secrétaire d'État; plusieurs gens à qui on Favoit offerte Font refusée , mais enfin le sieur Harley, orateur de là ehambre basse , Fa acceptée.
Samedi 21, à Ver9aillês. — Le roi alla Faprès-dinée se promener à Marly. Honseigneur alla à la forêt de Sénart pourcourre le loup, et n'en trouva point ; il fit seiee lieues sans courre. — Il arHva hier un courrier de M. de la Peuillade; mais il ne Fenvoie que pour recevoir des
48 JOURNAL DE DAÏiGEATT.
ordres. Les six bataillons que M. de Savoie avoit envoyés pour empêcher le siège de Suze et qu^on chassa de la Brunette sont encore à Veillane, et veulent tâcher de raccommoder ce poste. 11 arriva aussi hier au soir un courrier de M. de Vendôme^ parti le 15 au soir. La tranchée fut ouverte la nuit du 1& au 15. On fit un furieux travail sans que les assiégés s'en aperçussent ; mais à la pointe du jour ils firent un furieux feu ; c'est M. Deshayes^ François, qui commande dans la place. L^attaque est du côté de la porte de Hilan^ et il y a déjà plusieurs batteries en état ^ dont ime est au delà de la rivière, qui voit à revers dans le chemin couvert, et dont le canon tirera à ricochet. — On a eu la confirmation de la défaite du général Ritschau en Moravie; les gazettes de Hollande m^me en conviennent, mais elles tâchent à diminuer les succès des mécontents de Hongrie et les pertes de Tempereur. Les lettres qu'on a eues aujourd'hui portent que les Impériaux ont perdu plus de trois mille hommes à cette occasion.
Dimanche 22, à Versailles. — Le roi ne sortit qu'à six heures et alla se promener à Trianon. Madame la duchesse de Bourgogne alla avec Monseigneur entendre la messe à la chapelle , et le soir alla encore au salut. — M. de Legall , un de nos lieutenants généraux dans l'armée de M. de Marsin, arriva ici le matin; M. Télecieur de Bavière Tenvoie pour rendre compte au roi de l'état des affaires en ce pays-là. Il a passé très-habilement, et on ne sauroit douter qu'U ne vienne pour des affaires importantes. Le roi , après son dîner, fut enfermé avec M. de Ghamillart et avec lui, et on dépêcha un courrier aux maréchaux de Villeroy et de Tallard avec ordre de faire grande diligence. — Pendant que le roi dlnoit dans sa chambre, M. de Torcy vint lui dire qu'il étoit arrivé un courrier du duc de Gramont, parti de Madrid le 13 au ^ matin. Ce courrier apporte une letti*e de M. de Cbàieaur neuf, qui mande que Portalègr^ fut pris le 8; il y avoit
dans la place un bataillon anglois^ un vieux bataillon portugais et un de nouvelles levées ; cela faisoit en tout quinze cents hommes^ qui se sont rendus à discrétion. Ce qui a hâté la reddition de cette place^ c^est qu'un boulet rouge de notre canon a mis le feu à leur magasin de poudre. L'évèque de la ville est venu faire la capituls^ tien avec le roi d'Espagne et a obtenu pour lui la permission de se retirer à Lisbonne et pour la ville de se racheter du pillage en donnant 50,000 écus. Le duc de Gramont^ dans sa lettre, qui est du 13 au matin, ne dil pas un mot de la prise de Portalègre ; il devoit partir le lendemain pour aller joindre le roi d^Espagne à l'armée, et il mande des merveilles de la reine, de qui il avoit déjà eu trois audiences.
Lundi 23, à Versailles. — Le roi travailla l'après-dlnée jusqu'à quatre heures avec M. Pelletier. Après le conseil du matin il avoit élé enfermé avec M. de Chamillart et M. de Legall, qu'on fera repartir incessamment. — < M. de Hantoue, qui avoit couché ici dans l'appartement de M. le comte de Toulouse , monta plusieurs chevaux à la grande écurie, et puis alla, après dîner, se promener à cheval dans les hauts de Marly. 11 étoit venu dès hier voir tous les chevaux du roi, qui est son plus grand divertissement, et ensuite étoit venu souper chez moi, où il y avoit beau* coup de dames (1). — On mande de Languedoc queRoland
(1) « Le 22, M. le marqoift de Dangeaa donna à soaper à M. le doc de Mantoue dans son appartement de Versailles. La table étoit de seize couTerts; il n'y eut que quatre hommes à table; savoir, M. le dac de Mantoue, deux de ses principaux officiers et M. l'abbé de Polignac. Douze dames que M. le marquis de Dangeau avoit invitées occupèrent les douze places qui restèrent ^ rempHr; ces dames servirent d'un grand ornement à cette table, puisqu'elles avoient joint à leur ^uté naturelle un grand nombre de pierreries et qu'elles étotent fort parées. !^. le marquis de Dangeau tint Une table de huit couverts dans un autre lieu. M^ le duc de Mantoue fut régalé d'un récit de musique italiniDe de la composition de M. Couperin, qui fut chanté par mademoiselle Coui)erin, sa cousine; les paroles étoient de M. le marquis de Dangeau, et elles forent fort applaudies. » (Mercure de juin, pages 30fi à 308.)
se JOURNAL l)K DAINGKAl).
fait toujours faire des propositions d'tocoouiiodement, et que M. le maréchal de Yillars n'en vouloit point écouter d'autre que celle où ils s'étoient soumis^ qui est dW cepter l'amnistie. U vient toujours quelques-uns de ces fanatiques se rendre. — M. le duc d'Albe a reçu plusieurs lettres de Madrid par le courrier du duc de Gramoni^ qui portent toutes la prise de Portalègre^ dont le comte de San->lstevan , fils du marquis de Villena^ a apporté la nouvelle à la reine d'Espagne de la part du roi. On en a fait de grandes réjouissances dans Madrid. Il a apporté un petit journal de ce siége^ qu'ils ont fait imprimer dans leur gazette; ainsi il n'y a plu^^à douter de cesi^» quoique le duc de Gramont n'en a point parlé y c'est qu'il n'en savoit rien.
Mardi ik^ à Ver milles. — Le roi ne sortit point de tout le jour; il fut fort longtemps chez madame la duchesse de Bourgogne^ qui se porte toujours de mieux en miei^^ et qui n'attend que l'heure d'accoucher. Le roi, après sa dlner^ entrant chez madame la duchesse de Botirgogj^ à son ordinaire^ me dit : « Je viens de vous donner u. confrère. Phélypeaux m'a demandé une place de co seiller d'État d'épée ; il m'a très-bien servi dans mes mées et dans les ambassades , et je lui ai accordé de bo cœur la grÀce qu'il m'a demandée. » Je louai fort le cho de S. M. y qui est assurément très^bon. Phélypeaux galant homme y il a beaucoup d'esprit et est même savant. Cet emploi ne l'empêchera pas de servir à guerre, et le roi l'envoie faire la campagne en qualité d lieutenant général dans les troupes que nous' avons e Flandre aux ordres de M. de Bedmar. — U arriva u courrier de M. de Vendôme, parti de devant Verceil le 1 au matin. Le siège va très-bien , nous n'étions plus c j^our-là qu'à cinquante toises de la contrescarpe; les sièges voulurent le 17 faire une sortie sur les troupei^ d'Espagne qui étoient à notre tranchée de la droite ; il avoit tant plu tout le jour et toute la nuit qu'un naviglio
iUJN 1704. 51
qui IrarerM notre parallèle et qu on traverse d'ordinaire à pied sec étoit venu si plein d'eau qu^il formoit une séparation impraticable entre nos deux tranchées ; mais ks Espagnols firent un si grand feu que les ennemis^ qui étoient venus en bon ordre , se retirèrent en grande con* fusion ; ils n'ont rien tenté depuis, et nous avons quarante pièces de canon en batterie.
Mercredi 25, à Yêrtailles. -^ Madame la duchesse de Bourgogne passa bien la nuit, mais à huit heures du matin elle commença à sentir des douleurs qui augmentèrent considérablement à une heure, et allèrent toujours en redoublant jusqu'à cinq heures une minute et demie, qu'elle accoucha heureusement d'un prince qu'on appel* lera le duc de Bretagne. Madame la duchesse de Bour*^ gogne soufMt cruellement durant trois heures, et si le travail eût été plus long, l'enfant auroit été en grand danger. Clément, qui l'aceouchoit, oroit qu'il seroit mort si l'accouchement eût tardé encore un quart d'heure. Madame la duchesse de Bourgogne souffrit ses douleurs avec une patience et un courage adnûrables, et Qément croit qu'on doit la vie de l'enfant à la fermeté qu'eut la mère. Le roi fut toujours au pied du lit de travail, et madame de Maintenon au chevet. Monseigneur et toute la maison royale , princes et princesses , étoient dans la chambre, et monseigneur le duc de Bourgogne étoit de* meure dans le cabinet qui rend dans son antichambre , où on lui venoit rendre compte à tout moment de tout ce qui se passoifr et d'où il ne pouvoit entendre les cris, qui lui auroient trop fait de peine. Sitôt qu'elle fut accouchée , monseigneur le duc de Berry fendit la foule qui étoit dans ranlichambre et alla porter la bonne nouvelle à monseigneur le duc de Bourgogne, qui étoit d'autant plus troublé qu'une heure auparavant on lui étoit venu dire qu'elle venoit d'accoucher d'un prince, et cela, n'étant pas vrai encore, lui avoit donné une fausse joie qui se changea dans une profonde tristesse quand je vins lui
dire qu'elle n'étoit pas accouchée. Sitôt que le roi eut vu Tenfant, il alla dans la chapelle rendre grâces à Dieu; il revint ensuite chez madame la duchesse de Bourgogne, et parut à la porte de l'antichambre pour recevoir les compliments de toutes les dames qui y attendoient , de M. le nonce y du duc et de la duchesse d'Albe. Ensuite il rentra dans la chambre , et fit ondoyer le prince par H. le cardinal de Coislin ^ le curé de Versailles y assistant; on mit ensuite le prince entre les mains de madame la maréchale de la Mothe^ qui se mit dans une chaise à poriears du roi y le prince sur ses genoux, et le porta dans l'appât tement du prince. M. de Noailles, capitaine des gardes, suivoit la chaise. Dès qu'on l'eut mis dans son appartement , M. de la VriUière , secrétaire et greffier de l'ordre du SainlrEsfi^it ^ lui donna le cordon bleu. On choisit parmi les nourrices retenues madame' Périn. Le roi^ pendant ce temps-là, étoit chez madame la duchesse de Bourgogne, où arriva la reine d'Angleterre, qui n'avait point voulu amener avec elle le roi son fils , ne croyant pas madame la duchesse de Bourgogne prête d'accoucher. Le roi fit partir le soir un courrier poiu* porter en Espagne la nouvelle de la naissance du duc de Bretagne (1).
( 1) « Le 25 de ce mois , madame la dachesse de Bourgogne commença à sentir quelques douleurs qui augroeutèrent un peu sur le midi; elles devinnni plus vives à une heure et demie, elles furent plus considérables sur les deux heures; et depuis trois jusqu'à cinq et un peu plus d*une minute, que cette princesse accoucha , elles furent très-aiguës et trè^-fréquentes. Elle en eut une siu- les trois heures qui lui fit faire d'assez grands cris^ponr foire croire qu'elle étoit accouchée. Un de ses valets de chambre ayant entendu M. Clément prononcer distinctement ces mots : « Je le tiens, » crut qu'il garloit du prince dont il étoit persuadé que la princesse venoit d'accoucher; cependant M. Clément ne parloit que d'un carreau qu'il avoit demandé. Ce valet de chambre, animé par l'ardeur de son zèle, courut dans le petit appartement de monseigneur le duc de Bourgogne, où ce prince avoit résolu de demeurer pendant tout le temps que la princesse seroit en travail, et lui dit que madame la ilschessede Bourgogne étoit accouchée d'un prince. A l'instant toutes les chambras de l'appartement de madame laducliesse de Bourgogne, qui étoient remplies de monde, retentirent de cette grande nouvelle, qui se répandit aussitôt dans tout V«»rsaiHps, oh l'on alluma quantité de feux : on rtivoya promptement désordres
JUIN 1704. â3
Jeudi 26y à VersaiHeê. . — Le roi dina de bonne heure y et alla courre le cerf dans son parc de Ifarly . Monseigneur
pour tes faire éteindre, mais il n'étoit plus temps d'arrêter plusieurs courriers qu'oD avoit dépéchés à Paris pour porter la nouTelle de cet heureux accouchement. Ayant que monseigneur le duc de Bourgogne f(^t détrompé, M. le duc d'Albe se jeta aux pieds de ce prince, pour qui il a une vénération particulièfe,et loi dit en embrassant ses genoux qu'après la joie qu'il avoit de le voir père il ne manqueroit rien à son bonheur s'il voyoit que le roi son maître le Tût aussi. Monseigneur le duc de Bourgogne répondit à ce dnc : Je sais, Monâeiir, que votre joie répond bien à la nôtre; c'est un jour bien heureux pour mms ; j'en souhaite un pareil au roi d'Espagne.
« On apprit dans ce'moment-lA que la joie que l'onsentoitétoit prématurée, ce qui donna beaucoup de chagrin ; mais enfin on l'onblia à cinq heures et pins d'une minute, que madame la duchesse de Bourgogne fut délivrée après avoir soufTert ses douleurs avec une constance merveilleuse. Le roi demeura toujours auprès de cette princesse, ainsi que Monseigneur, tous les princes et princesses. M. Clément eut quelque inquiétude lorsque madame la duchesse (le Bourgogpe fut accouchée, parr^, que l'enfant ne crioit point ; ce qui causa un siloioe qui dora quelques moments. Le roi se baissa et demanda à l'oreille A M. Clément ce que c'étoit que l'enfant; il répondit tout bas que c'étoit un garçon. S. M. lui demanda si elle pouvoit le déclarer. Madame la dudiesse do Bourgogpe, qui observoit le roi , prit la parole, et dit qu'elle oonnoissoit bien aux mouvements du visage de S. M. que c'étoit un garçon, et la vérité fut aussitôt déclarée tout haut dans la chambre. Le roi dit alors : Voilà le quatrième que Clément me donne ; à quoi M. Clément répondit qu'il espéroit encore lui rkmner les enfants du prince qui venoit de naître.
« Ce fut monseigneur le duc de Berry qui annonça cette nouvelle à monsei* gneur le duc de Bourgogne en l'embrassant. M. le nonce ordmaire fut le premier ministre étranger qui y fut introduit et qui par conséquent complimenta le premier S. M. sur cette heureuse naissance. M. le duc et madame laductiesse d'Albe entrèrent ensuite; M. le dnc d'Albe dit au roi que le bonheur de la France étoit une félicité pour l'Espagne, et qu'après la part qu'il prenoit à ce bonheur publie rien ne le touchoit davantage que de le voir bisaïeul , Monseigneur ueul et monseigneur le duc de Bourgogne père. Lermlui répondit qu'il lui étoit obligé d'avoir de pareils sentiments , qu'il savoit qu'ils étoient sincères et qull étoit persuadé que ce bonheur seroit bien célébré en Espagne.
« Le roi aBa à la porte de la chambre et fit des honnêtetés aux dames, qui étoient en grand nombre dans le grand cabinet, et reçut leurs compliments ; il y avoit une infinité de personnes de l'nn et de l'autre sexe, et S. M. leur déclara qu'die avoit donné au prince qui venoit de naître le nom de dnc de Bretagne. Cepend^it l'on mit le jeune prince dans un lange et on le remit entre les mains de madame la maréchale de la Mothe, qui le porta auprès du feu. Il fut ensuite ondoyé par M. le cardinal de Coislin en présence du curé de Versailles , après quoi il fut emmaillotté par la garde de madame la duchesse de Bourgogne ; ee prince se trouva si grand et si fort qu^on fut obligé de lui mettre un bonnet do
54 JOURNAL DE DAllGËAU.
étoit à la chasse avec le roi , et S. M. alla ensuite à Marly; où elle se plomena ji^qu'à la nuit. Madame la dachesse
troi«ènieAge,etqii*ODeut beaucoup de peine à lui eolenner les bras. Biadame la maréchale de la Motlie prit ensuite ce prince et le porta à monseigneur le dnc de Bourgogne, qui le baisa ; puis elle le porta à la porte de la chambre, où Ton fit Tenir la chaise et les porteurs du roi. £Ue entra dedans, elle mit le prince sur ses geiKMix et le porta dans l'appartement qui lui étoit destiné. M. le maréchal de Noaillef» se chargea de l'y conduire, et monseigneur le duc de Bourgogne lui en marqua sa joie. On nomma alors un des exempts qai servent auprès du roi pour être auprès du prince et pour le servir attemativement avec ses camarades. Peu de temps après M. le marquis de la Vrillière, secrétaire grelfier de Tordre du Saint-Esprit, lui porta de la part du roi le cordoo bleu et la croix de l'Ordre, que madame la maréchale de la Mothe lui mit
n Aussitôt que madame la duchesse de Boui^gogne fut accouchée, le roi envoya M. des Espinets, écuyer de la petite écurie, à la reine d'Angleterre, ponr Itti apprendre cette nouvelle, et il fit une si grande diligenoe que cette princesse arriva sur les six heures à Versaflles.
« JUe roi, s'étant acquitté de toutes Im choses que je viens da vwis maii|wr de la manière noble et aisée dont il remplit les plus pénibles devoirs de la royautié , dit qu'il devoit aller remercier le ciel de toutes les grftces qu'il répandoit sur lui tous les jours, et alla prier Dieu à la chapelle. Monseigoeur le duc de Bourgogne s'y rendit aussi et y demeura en prière pendant trois qoaffs d'heure. Ce prince y avoit été seul fort longtemps le jour précédent, et l'on avoit remarqué qu'il ne vouloit pas être connu.
» Le roi tint conseil de ministres au sortir de la chapelle, rien ne pouvMt déranger ce prince, qui ne remet Jamais au lendemain les afiaires qui regardent son État et auxquelles le jour est marqué pour y travailler. Il change seulement les heures lorsqu'il s'y trouve obligé par des affaires très-pressantes et qui ne peuvent être remises. Je ne puis m*empècher de tous faire remarquer une chose qui n'est pas ordinaire à tous les souTerains, qui fuient arec soin tons les spectacles douloiii^eux et qui peuTcnt leur donner dés idées de la mort et même la leur représenter. Le roi n'en a jamais usé de même, et on l'a vu en plusieurs occasions paster des journées et des nuits entières aupcès des pen>onnes mourantes qui le touchoient, et donner tous ses soins à ce qui pouvoit contribuer au rétablissement de leur santé et au salut de leurs Ames, donnant ses ordres pour toutes ces choses et faisant lui-même une partie deeequi aurait pu être foit par d'autres. Ce prince a demeuré auprès de la rené sa mère, de la reine son épouse et de madame la Dauphîne presque jusqu'au moment qu'elles ont rendu l'âme, et lorsque les deux dernières ont été sur le point de mettre des princes ou des princesses au monde, il ne les a point quittées pendant leurs plus vives douleurs, et l'on peut dire qu'il a tonyoun beaucoup contribué par ses soins et par sa piéaenoe an soulageaient de ces mêmes douleurs .
'< De quelque côté que l'on regai'de ce prince , ou ne trouvera rien dans ses actions qui ne soit digue d'admiration , et il s'en attire même par des endroité
de Bourgogne est en aussi bon état qu^on le peut désirer le lendemain d^une couche. Le roi d^ Angleterre vint à midi, et vit le roi et madame la duchesse de Bourgogne. -T- Le roi^ Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne ont donné part aux princes d'Italie de la naissance de monseigneur le duc de Bretagne , hormis à M. de Modène. Quelque» gens croyoient que S. M. n'écriroit point à M. de Savoie^ mais le roi a cru qu'il étoit plus noble de lui écrire pour le mettre encore plus dans son tort; on envoie la lettre à H, de Vendôme^ qui la lui fera rendre. — Le roi a donné 1,000 écus d'augmentation de pension à M. deLegall; il enavoit déjà 1,000. — Le roi, après la messe, alla voir monseigneur le duc de Bretagne , et ensuite chez madame la duchesse de Bour^ gogne; on chanta à la messe le Te Deum pour la naissance du duc de Bretagne. — Il arriva hier un courrier de M. le grand prieur, qui assiège les tours de Serravalle ; û a déjà pris la contrescarpe et compte de prendre ces tours deux jours après, après quoi il sera difficile aux ennemis de demeurer dans Ostiglia; Saint-Frémont a un pont au-dessous , sur le Pô , et Ton s'est saisi de quelques passages dans le pays des Vénitiens. On prétend par là avoir 6té toutes retraites aux troupes de Tempereur;, et que laMirandole se rendra sans être attaquée.
qui ne serviroieiit qu*à faire voir la foiMesse des autres hommes. 11 sembloit qo'âprès l'accouchement de madame la duchesse de Bourgogne ce monarque ne dût penser qu'à son ressentiment contre M. le duc de Savoie : rien n'étoit plus vraisemblable, et il n*auroit suivi que les sentiments qui sont ordinaires Ml CŒur humain dans de pareils cas; mais ce n'est pas sans sujet qu'on a donné le surnom de Qrand à ce monarque, puisqu'il ne le dément en rien. Ce prince l'a fait voir en n'éeontant ni la foiblesse linroaine ni la vengeance à Tégiîd de M. le due de Savoie. Après l'accouchement de madame la duchesse de Bourgogne, le sentiment le plus général étoit que S. M. ne lui écrivit point pour toi en donner avis ; cependant ce prince n'a suivi que les sentimentn d'on héros chr^en et a fait voir qu'il l'est véritablement en écrivant à M. le doc de Savoie pour lui apprendre que madame la duchesse de Bourgogne est accouchée d'un jmnce.. • ( Mercure de juin , pages 3AA à 400. )
Ô6 JOURNAL D£ DAINGEAU.
Vendredi 27, à Versailles. — Le roi fut fort longtemps Taprës-dlnée chez madame la duchesse de Bourgogne^ qui se porte très-bien. Monseigneur alla dîner à Meudon et coucher à Villeneuve Saint-Georges^ pour courre le cerf le lendemain dans la forêt de Sénart. — On chanta à Paris le Te Deum pour la naissance du duc de Bretagne^ et le feu de la Grève fut à neuf piliers, qui est le plus grand qu'on fasse; ils ne sont qu'à quatre aux réjouissances ordinaires ; tous les habitants de Paris en ont fait d'extraordinaires. — La princesse des Ursins *, qui a reçu ordre à Bayonne de s'en aller droit à Rome , avoit envoyé un courrier ici pour demander la permission de venir au moins jusqu'à Orléans, où elle feroit venir de Paris les gens à qui elle avoit affaire; elle ajoutoit dans sa lettre qu'elle ne pourroit pas rentrer dans Rome pendant les grandes chaleurs. On lui a mandé de continuer son voyage par le droit chemin, et qu'eUe pourroit demeurer à Aix quelque temps chez M. l'archevêque d'Aix, qui est son ancien ami et qui avoit présenté sa lettre au roi. — On a su par M. de Legall que Renneville **, autrefois lieutenant des gardes du corps et qu'on ne savoit ce qu'il étoit devenu , servoit en Bavière depuis trois mois. M. l'électeur l'a fait son aide de camp, et lui donne 4'00 livres par mois et sa table.
* Madame des Ursins ne perdoit point courage, avec uijb protectrice sûre comme madame de Mainteoon et un agent aussi actif et aussi plein d'expérience et de ressources que l'archevêque d'Aix; on verra en elle jusqu'où peut aller Tart et la puissance des dames.
** Renneville étoit un très-bon officier, lieutenant des gardes du corps qui avoit joué toute sa vie et qui après avoir p«rdu tout ce qu'il avoit et tout ce qu'il n'avoit pas dispanit (1), et fut plusieurs années sans que personne sût ce qu'il étoit devenu. 11 se retrouva, comme on le voit, à la cour de Bavière, réceptade [sic] ordinaire de toutes sortes de gens perdus.
(1) Voir au 19 juin 1699, tome VII» page 100.
Samedi 28^ à Versailles. — Le roi^ avant son dîner, donna une petite audience à M. de Hantoue, qui s'en retourna ensuite à Paris; en sortant de table ^ le roi alla courre le cerf dans le parc de Harly, et puis alla se promener à Marlv jusqu'à la nuit. Monseigneur, qui avoit couché à Villeneuve-Saint-Georges , courut le loup dans la forêt de Sénart ^ et vint ici d'assez bonne heure pour se promener dans les jardins. Madame la duchesse de Bourgogne eut un peu de fièvre et de migraine. — Il arriva un courrier d'Espagne ; les lettres de l'armée sont du 17. Le roi catholique étoit campé entre Portalègre et VillarVelha. Le roi de Portugal est à Santarem; il a envoyé quelques troupes dans la Beyra , qui ont repris par intelligence la ville de Mont-Santo ^ mais ils n'ont osé attaquer le château. Le duc de Berwick repasse le Tage pour marcher à eux. — M. le marquis de Vérac* est mort en ses terres de Poitou ; il étoit lieutenant général de cette province et chevalier de l'Ordre. Il a un fils colonel de dragons et qui a quinze ou seize années de service^ pour qui M. de la Rochefoucauld a demandé au roi la charge qu'avoit le père, et on ne doute point que le roi ne la lui accorde.
* On a vu queMarillac fut fait conseiller d'Ëtat, comme Vérac, homme de qualité d'ailleurs, devint chevalier de l'Ordre. Son nom étoit Saint- Georges , et son fils, dont il est parlé ici, devint lieutenant général et chevalier de l'Ordre en 1724.
Dimanche 29, à Versailles. —Le roi travailla longtemps l'après-dlnée avec M. de Chamillart, et puis s'alla promener à Trianon. — Le courrier de M. de Chamillart qui partit d'ici le jour qu'arriva M. de Legall est revenu après avoir porté des ordres à MM. de Villeroy et de Tallard, qui se disposent à marcher. LespAiies excessives qu'il a fait en Alsace ont un peu fait souffrir nos armées. — M. de Chamlay a des nouvelles, par des correspondants qui lui en ont toujours mandé de véritables, que les mé-
contents de Hongrie, sous les ordres du comte Forgatsch, ont défait Tannée de Tempereur commandée par le général Heister, qu'il y a eu trois mille hommes tués sur la la place, qu'on avoit brûlé près de Vienne une maison dont l'empereur avoit &it sa ménagerie et que la conster* nation étoit plus grande que jamais à Vienne. — Il arriva un courrier de H. de Vendôme^ parti du 23. Nous ne travaillons plus qu'à la demi-sape ; les assiégés tirent beaucoup de canon et de mousqueterie, mais ils tuent peu de gens; notre tranchée^ à la droite et à la gauche, est fort près du glacis. H. de Dreux, gendre de H. de Chamillart, étant allé reconnoltre les postes le 21 au matin, parce qu'il de voit monter la tranchée le soir^ reçut un coup de mousquet entre la paupière et la tempe , mais le coup fut si heureux que cela ne Tempécha pas de monter la tranchée le soir même.
Lundi 30, à Versailles. — Le roi , sur les quatre heures, descendit dans la chapelle avec la reine d'Angleterre, qui étoit venue ici, et tinrent sur les fonts M. le comte de la Marche, fils de M. le prince de Conty. Ce jeune prince fut présenté au roi, il y a deux jours, pour la première fois de sa vie. Le roi d'Angleterre étoit venu ici avec la rein< sa mère, et ils retournèrent à Saint-Germain après L^ baptême. — M. d'Herbigny, intendant à Rouen^ donnax^t une fête chez lui en réjouissance de la naissance du d^ de Bretagne, tomba en apoplexie, dont il est mort. L'] de Bérulle est mort aussi depuis quelques jours à Pari^^ y il avoit plusieurs bénéfices, dont il n'y en avoit qu'usa* * la nomination du roi. — Un courrier de M. de Chamill»-*^*' qui étoit parti d'ici lundi , revint de l'armée de M* -"^ maréchal de Villeroy. Quand il en est parti M. le réchal de Tallard alloit se mettre en marche pour rapprocher de Strasbourg, où il va passer le Rhin. Oa doute pas que ce ne soit pour joindre H. de Bavière, na^^-^ on ne dit point encore par où se fera cette jonctipn ni ^^ que fera i'armée de M. le maréchal de Villeroy.
Mardi V^juillety à Venailles. — Le roi alla se promener à Harly Taprès-dlnée. Monseigneur alla dîner à Meudon avec madame la Duchesse. Madame la duchesse de Bourgo^e n'est plus incommodée de son lait ; la fièvre^ qui a été médiocre^ est entièrement cessée. — On eut , il y a quelques jours ^ des nouvelles d'Espagne qui nous appri-* rent le détail de la prise de Portalègre, qui n'a tenu que trois heures ; il y avoit dans la place cinq cent cinquante Anglois et onze cents Portugais, qui se sont rendus à discrétion. Depuis ce temps-là les Portugais se sont mis en mouvement y le roi de Portugal est venu à Santarem; le duc de Schomberg a assemblé quelques troupes à Estremos et marchoit du côté d'Elvas pour empêcher que nous n'en lissions le siège. Le général Fagel étoit à Abrantès, où ils craignent que nous ne fassions descendre le pont que nous avons à YillarVelha; et un autre corps des ennemis étoit entré dans la Beyra^ où ils avoient repris la yille de Montriianto, sans oser attaquer le château ; ces nouvelles sont du 17, et il y a une lettre venue de* puis qui porte que JeoffreviUe a battu les troupes qui étoient dans la Beyra; mais ce dernier article a besoin de confirmation.
Mercredi 2, à Versailles. — Le roi travailla Taprèsdlnée avec M. de Chamillart, et puis alla tirer. Monseigneur alla courre le loup y le matin, dans la forêt de Livry , et revint coucher au château de Livry, qui se nommoit autrefois le Raincy. Madame la dudiesse de Bourgogne se porte aussi bien qu'elle se peut poi*ter n'étant accouchée que depuis huit jours. La duchesse du Lude couche dans sa chambre depuis qu'elle est accouchée ; la dame d'honneur de la reine y couchoit en pareil cas ; mais ni madame de Richelieu ni madame d'Arpajon n'y avoient point couché. — Il y a deux jours qu il arriva un courrier de M. le grand prieur, qui avoit passé le Pô à Figuerolle et avoit surpris Visconti et le comte de Ldnange, qui avoient eu beaucoup de peine à se sauver; on leur a tué quelques
;?ens et pris une partie de leur bagage. M. le grand prieur a laissé le marquis de Praslin pour achever, le siège des tours de Serravalle , après quoi les ennemis ne pourront plus demeurer dans Ostiglia. — Le roi a donné au marquis de Yérac , colonel de dragons , la lieutenance générale de Poitou, qu^avoitle marquis de Vérac, son père, qui vient de mourir ; cette charge vaut 10,000 livres de rente.
Jeudi 3, à Versailles. — Le roi alla tirer, et puis se revint promener à Trianon.' Monseigneur dina à Livry, puis revint ici, où il se promena à pied dans les jardins jusqu'à la nuit. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry vont deux ou trois fois par jour voir monseigneur le duc de Bretagne, de qui MM. les nonces eurent audience lundi matin séparément. — Le moine Augustin, Génois, inventeur des canons qui tirent trois coups (1), a eu une pension du roi de 6,000 Uvres ; le maréchal de Villeroy a plusieurs de ces canons-là dans son armée, qui ne pèsent pas plus que les autres de même calibre; ils ont été fondus dans la fonderie de Douai. — Monseigneur le duc de Bourgogne, voyant la comtesse de Roucy embarrassée pour envoyer de l'argent au comte de Roucy par un courrier qui alloit partir, lui envoya 4.00 pistoles, lui faisant même des excuses de n'en avoir pas davantage à lui offrir. — On a des avis sûrs que M. le prince Eugène est à Philipsbourg et qu'il commandera les troupes qui gardent les lignes de Stolhofen . L'armée de
(1) n On a fait à Donay réprouve de plusieurs de ces canons, qui ont été fondus riiiver dernier. Chaque pièce porte trois boulets par trois âmes dinërentes et en triangle ; ils ne s'écartent que de cinq ou six pieds sur liuit cents pas de distance. Chaque pièce est aussi légère qu'une pièce ordinaire de même calibre, et n'est pas moins forte, selon TépreuTe qui en a été faite, à cause d'un alliage qui suppÂée à l'épaisseur. Ces pièces se chargent sans refouloir et sans boumge et plus promptement qu*un fusil, de manière que si elles peuvent résister au feu, et même il y a beaucoup d*apparence suivant l'épreuve qui en a été feite, elles seront d'un excellent usage. » ( Mercure de mai, page 106. )
M. k maréehal de TaUard est en marche du 28, et doit avoir passé le Rhin à Kehl le l"" de ce mois.
Vendredi h, à Verfoilles. — Le roi dina de bonne heure et alla courre le cerf dans le parc, de Harly, et alla ensuite se promener à Harly, d'où il ne revint ici qu'à la nuit. — U arriva un courrier de H, le grand prieur, parti le 28 d'Ostiglia, que les ennemis ont abandonné ; ils ont fait sauter les tours de Serravalle, qu'ils avoient minées à cette intention-là; ils ont brûlé tous les bateaux qu'ils avoient sur le Pô et ont repassé le Tartaro, le Canal Blanc et même TAdige. On croit qu'ils s'en vont dans le Trentin , et M. le grand prieur se prépare à les suivre , pour les presser encore davantage de sortir d'Italie. — M. le maréchal de Villars croit l'affaire des fanatiques en état de finir promptement ; ils se viennent rendre tous les jours par petites troupes. Cavalier est demeuré fidèle; on Ta fait partir avec cent trente hommes de ceux qui l'ont suivi pour aller au Neuf-Brisach ; on lui a donné quelque argent, qui pourra se tourner en pension s'il persiste dans son devoir. — M. de la Feuillade est dans la vallée de Pragelas, et a séparé son armée en quatre corps pour réduire les Barbets. — M. de Legall et M. de Saint-Victor sont repartis pour aller rejoindre M. de Bavière; ils repasseront avec M. de Tallard.
Samedi 5, à VenaiUes. — Le roi travailla l'après-dinée avec M . de Chamillart, et puis alla se promener à Trianon . Monseigneur aUa diner àMeudon ; il y demeurera jusqu'au premier voyage de Blarly. — On eut des nouvelles de M. le maréchal de Tallard, qui a passé le Rhin au fort de Kehl le 1*' de ce mois ; il y doit séjourner deux jours. M, le maréchal de Villeroy le suivra dans peu de jours ; ils ont pris presque toutes les troupes qui étoient avec le marquis de Coigny, qui demeurera en Alsace; on lui a laissé les treize bataillons suisses que M. le maréchal de Villeroy avoit amenés de Flandre et quelque cavalerie. — Le roi a nommé à l'intendance de Rouen H. Sanson, qui
63 JOURNAL DK DANGEAU.
éloit à SmssoDs^ et à rintendance de Soissons M. d'OivmessoDy qui étoit en Auvergne; Tintendance d'Auveigiie n'est pas encore donnée, mais on croit qu'elle sera donnée à M. \e Blanc*, jeune maître des requêtes^ en bonne réputation dans le conseil. — M. de la FeuiUads vouloit faire attaquer par M. de Lappara le château de Mirebouc, qui est le plus fort château qu'aient les Barbetei mais M. de Liappara lui a mandé que ce château seroit 1rès*difficile à prendre ; ainsi on ne l'attaquera point.
* C'est le Blanc qui fut longtemps secrétaire d'État dans la régence et dont il sera bien parlé eii son temps.
Dimanche 6, à Versailles. — Le roi travailla l'apièsdlnàs avec M. de Chamillart , et puis alla tirer. Monseigneur le duc de Berry est si bien guéri de son bras dé^ mis qu'il recommence à tirer à pied , mais il ne tire pas encore à cheval, et ne court ni le loup avec monseigneur ni le cerf avec le roi. — On eut hier des lettres de M. de Vendôme du 1*'. Le siège de Verceil va toujours son train, et nous n'y perdons quasi personne. H. de Vendôme espère que le roi en sera maître le 15 de ce mois. Les assiégés font un grand feu de canon et de mousqueterie et ne blessent quasi personne. — Le dernier courrier arrivé d'Espagne dit que les Portugais ont repris le château de Mont-Santo; nous savions déjà qu'ils en avoient repris la ville. Ils se sont retirés dans les montagnes proches de Penamajor^ sachant que le duc de Berwick avoit repassé le Tage à Villa-Velha pour marcher à eux. Ce courrier assure qu'il a trouvé en son chemin et proche de Nisa^ où le roi d'Espagne étoit campé , un^ courrier qui portoit à S. M. Catholique la nouvelle qiie le matin de ce jour-là Castel de Vidé s'étoit rendue à discrétion, et qu'il y avoit dans cette place deux bataillons anglois et un portugais. Si cette nouvelle est vraie, on en aura bientôt la confirmation; et ce qui la fait croire , c'est que Le roi d'Espagne avoit fait le
détachement des troupes qui dévoient attaquer cette place.
Lundi 7 y à Versailles, — Le roi dîna de bonne heure^ travailla l'après-dlnée avec M. Pelletier, et pois s'alla promener à Marly. Madame la duchesse de Bourgogne se porte à merveille. On a renvoyé Clément à Paris^ et la duchesse du Lude a cessé de coucher dans sa chambre. Messeigneors les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent souper à Sainl^Germain chez la duchesse de Noailles ; ils avoient dans leur carrosse mesdames de Cœuvres , de Mailly^ d'O et du Ghàtelet ; il y eut une illumination, et ils n'en revinrent qu'à une heure après minuit. — M. de Chamillari, avant que d'entrer le matin au conseil, présenta au roi M. le Blanc, maître des requêtes, à qui S. M. a donné l'intendance d'Auvergne; et M. de Viger, procureur général à Bordeaux, remercia S. M., qui lui a donné 20,000 écus de brevet de retenue sur sa charge; ilenavoitdéjà 10,000, si bien qu'il en a 30,000 présentement, etlacharge ne lui en a coûté que 20,000. — Ilarriva un courrier de M. le maréchal de Yilleroy, parti du 4.. Ce maréchal devoit passer le Rhin leOà Kehl. M. de Tallard devoit être le 5 à Yalkirk, à l'entrée des vallées ; on ne dit point encore s'il passera par celle de la Quinche ou par celle de Saint^Pierre. Ils avoient reçu des lettres de M. de Bavière du 26, qui leur mandoit qu'il étoit trèsbien posté, qu'il ne craignoit point que les ennemis l'attaquassent, et M, de Harlborough avoit passé devant Ulm sans oser entreprendre d'en faire le siège. — Il arriva un courrier de H. de la Feuillade, qui a déjà réduit les vallées d'Angrogne et de Saint-Martin ; les Barbets se sont défendus dans celle de.... ; on les y a forcés, le feu s'est pris par malheur à un bourg qu'ils défendoient; ils se sont retirés dans la vallée de Luzerne avec quelques réfugiés françois qui les avoient animés à se défendre. M. de la Feuillade a envoyé leur offrir, s'ils vouloient se mettre sous l'obéissance du roi , de rebâtir ce qui a été
brûlé et de les dédommager de ce qu'ils y ont perdu. H. de Savoie fait marcher le marquis de Parère avec quelques troupes de ce côté-là pour tâcher de les empêcher de se soumettre au roi, et H. de la Feuillade rassemble les troupes qu'il avoit dispersées pour les réduire plus vite, et marchera ensuite à M. de Parère. Le roi/ à la promenade, loua fort toute la conduite qu'a eue surtout cela M. de la Feuillade. — On eut par l'ordinaire d'Espagne la confirmation de la prise de Cast^l de Vidé, comme le dernier courrier nous l'avoit dit. — Les ennemis en Flandre ont bombardé durant dix heures la ville de Bruges, et puis se sont retirés fort vite; cette borabarderie leur coûtera plus qu'à nous, car ils n'ont brûlé que cinq ou six maisons.
Mardi 8, à Versailles. — Le roi travailla l'après-dlnée avec H. de Pontchartrain, et puis alla se promener à Trianon. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent dîner à Meudon avec Monseigneur. — M. le comte de Toulouse espère d'être incessamment en état de remettre à la mer; il aura cinquante vaisseaux de guerre, bien des frégates, des brûlots et vingt-quatre galères. — On mande de Hollande que MM. les États- Généraux demandent qu'on fasse le procès à l'amiral Rook pour n'avoir pas, avec quarante-cinq vaisseaux, attaqué M. le comte de Toulouse, qui n'en avoit que vingt-neuf cl qu'on a laissé rentrer tranquillement dans Toulon après avoir été trois jours en présence. — On ne doute plus d'un mariage de M. de Mantoue avec mademoiselle d'Elbeuf ; mais il ne s'achèvera et ne se déclarera même que quand M. de Mantoue sera prêt à partir de Paris. — Les lettres d'Espagne du 26 portent que l'armée du roi catholique dans l'Alentejo est de trente-deux bataillons et de quarante-huit escadrons depuis qu'il a été joint par M. de Villa d'Arias, qui lui a amené douze l>ataillons et douze escadrons; le roi est toujours campé à Nisa; Castel de Vidé se rendit le 25. L'armée que nous avons
daDS la Beyra sous M. de Ronquillo et H. de Thouy est' de dix-buit bataillons et de trente-deux escadrons ; Parmée des ennemis est toujours vers Penamajor, forte de douze mille bommes ; ils ont environ trois mille bommes à Abrantès ; nous avons démoli la ville de Gastelbranco et fait sauter le château.
Mercredi 9, à Marly. — Le roi, après avoir dîné à Versailles^ passa comme il a accoutumé de faire cbez madame la ducbesse de Bourgogne , et lui dit quUl ne feroit plus de voyage à Marly qu'elle ne fût en état d'y venir; il en reviendra samedi. Il y a mené beaucoup de gens qui n'avoient pas accoutumé d'y venir, l'arcbevéque de Rouen^ Pbélypeaux^ Coëtanfao et Busca^ qui n'y étoit venu que quand il étoit officier dans les gardes du corps. Monseigneur^ en revenant de Meudon^ passa à Versailles pour voir madame la duchesse de Bourgogne, edpuis vint ici seul dans sa berline. — M. le marquis de Souliers, de la maison de Forbin, achète la charge de chevalier d'honneur de Madame, des héritiers de M. de la Rongère , qui avoit 100,000 livres de brevet de retenue sur cette charge ; mais elle n'a pas tant été vendue à beaucoup près. — On donne à Cavalier une commission de lieutenani-colonel^ et 1,200 livres de pension; Roland ne s'accommode ppint encore. — Les ennemis ont fait embarquer à Nice, sur quelques frégates qu'ils y avoient, cinq cents Vaudois avec de l'argent, des munitions et des armes, pour tâcher de les faire passer en ce pays-là ; mais M. le comte [de Toulouse] a envoyé six frégates pour leur donner la chasse, et nous avons des galères à Cette qui les empêcheront d'approcher de nos eôtes.
JeudiiOy àMarly. — Le roi, aprèsson dîner, allacourre le cerf dans son parc. Monseigneur, monseigneur le duc de Bourgogne et Madame étoient à la chasse avec le roi. Monseigneur le duc de Bourgogne, après la chasse, alla à Versailles voir madame la duchesse de Bourg'ogoe, et
«« JOUR (MAL l)i: UANGtAlI.
90upa obez madame de MaiUy . «-^ Il arriva un courrier de M. de Berwick. Le roi d'Espagne quitta Tarmée le l*"^ du mois pour aller à Madrid^ pendant que les troupes seront en quartier d'été. Il n'y avoit qu'un bataillon aDglois dans Gaatel de Vidé et deux portugais. On leur s pris^ depuis Touverture de la campagne^ deux batailloAS boUandois^ deux anglois,. quatre portugais et dix-Jniit compagnies franobes. — Monseigneur le duc de Berry a suivi le roi à la ebasse^ et a même un peu galopé sans que cela lui fit de mal. — - Outre les troupes destinées à passer avec M, de Tallard y on lui donne encore dix escadrons, dont est le régiment de la Vallière. [Des] gens de sa famille avoient demandé ici qu'il ne passât point, mais lui a écrit à M. Cbamillart pour prier instam* ment qu on le fit passer. — Les ennemis en Flandre avoient enoore fait un mouvement pour s'approcher de nos lignes; mais le comte de Gaoé y a marobé^ et les ennemis se sont retirés sans rien oser entreprendre.
Vendredi 11 , à Marly. — Le roi se promena tout le matin dans ses jardins^ et l'après-dinée il demeura chei madame de Haintenou jusqu^à six beures^ et puis s^alla promener dans les jardins. Monseigneur se promena avec le roi ; messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tirer, et puis monseigneur le duc de Berry alla à Versailles porter les faisandeaux qu'il avoit tués à madame la ducbesse de Bourgogne. -^ Le bruit se répand dans Paris, par plusieurs lettres que des marchands ont reçues, que M. le prince de Bade et M. de Marll)orougb avec toutes leurs troupes ont attaqué un camp retranché sous Donawertb, où M. l'électeur de Bavière avoit laissé seize bataillons commandés par le comte d'Arco^ qu'après un rude combat, qui a duré plus de quatre heures, les ennemis avoient forcé les retranchements, mais qu'ils y avoient perdu plus de quatre mille hommes ; que le prince Louis de Bade y avoit été blessé, que le général Goor, qui y commandoit les Bol-
landois, le oomte de Stirum et le comte de Thungen y avoient été taéâ et plusieurs autres officiers généraux de ranxiée ennemie blessés ; que malgré leur perte^ qu^ils tTouent avwr été fort considérable , ils ont fait des feux de joie à Francfort et dans les lignes de Stolhofen; cette aCiaire, à ce qu'on prétend, s'est passée le 2 de ce mois.
Samedi ii, à VwêaiUeê. -*- Le roi, après son diner à Ihrly, alla courre le cerf dans son parc avec Monseigneur, monseigneur le duc de Berry et Madame. Il retourna ensuite à Marly, d'où il revint ici à huit heures et Irouva madame la duchesse de Bourgogne en parfaite santé ; mais elle ne se lève point encore. Monseigneur le duc de Bourgogne, après avoir diné avec le roi à Marly, vint ici voir madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Bretagne. — Il arriva ici, à sept heures du soir, un courrier de M. de Vendôme, parti le 7 de devant Verceil ; nous sommes logés sur trois angles de la contrescarpe, et les ennemis ont abandonné le chemin couvert. Ce siège se conduit fort sagement, et nous n'avons pas plus de deux cents hommes blessés depuis rouverture de la tranchée. On mande qu'il n'y a quasi point de jour quHl ne déserte quarante ou cinquante hommes de la place. — Il arriva un courrier du duc de Gramont. Le roi d'Espagne quitta l'armée le 1" de ce mois pour retourner à Madrid. L'abbé d'Estrées en étoit parti quelques jours auparavant pour revenir en France.
l^nuLnehe 18, à Versailles, — Le roi travailla l'aprèsdlnée avec M. de Chamillart, et puis alla se promener à Trianon. — M. le maréîhal de Villeroy étoit le 9 à Offémbourg ; le 8 il détacha le duc de Villeroy avec six cents grenadiers, quinze cents fusiliers et huit cents chevaux, pour se saisir des postes qui sont dans la vallée de la Quinche ; il mène avec lui deux pièces de canon de vingt-quatre, en cas qu'il trouve quelques châteaux où
les ennemii$ veuillent faire résistance. M. le maréchal de Tallard entra aussi le 9 dans la vallée de Saint-Pien-e, et Tarmée du maréchal de Villeroy pourra communiquer avec la sienne jusqu'à ce qu'elle soit hors du débouché des montagnes ; il mène avec lui des vivres pour plus d'un mois. — M. le comte de Toulouse écrit du 8 qu'il croit pouvoir remettre à la mer le 16. Les dernières nouvelles qu'on a de la flotte ennemie sont qu'elle étoit encore à la hauteur d'Altea dans le royaume de Valence, etque^ les vents d'ouest régnant toujours ^ ils nepou^ roient sortir de la Méditerranée par ces venta-là. — D'Augicourt* est mort; il avoit 2^000 écus de pension du roi et2,000 livres sur l'ordre de SaintrLouis. — Le roi donna 2^000 livres de pension à Chavigny **, qui est attaché à M. de Chamillart et qui l'avoit été à H. de Seignelay, à M. de Louvois et à M. deBarbezieux^ et ne les avoit quittés tous trois qu'à leur mort et sans faire sa fortune auprès d'eux.
* D^Augicourt étoit un gentilhomme de Picardie, d'esprit et de valeur, et qui, après avoir servi dans les troupes , lut connu par M. df Louvois qui se Tattacha et lui fil quitteoson emploi pour le praidif chez lui , et s*en servir en beaucoup d'affaires secrètes et mèaoe à la guerre en différentes occasions. Il y fit très-bien ses affoires, et parvint i une grande confiance de M. de Louvois, qui le fit oonnottre au roi, avec lequel ces affaires secrètes lui donnèrent plusieurs entretiens et diverses occasions de lui rendre compte. La bourse alloit bien; mais ce métier, qui n'alloit pas à la brillante fortune , dégoûta à la fin un bonne que la confiance de M. de Louvois et quelque part en celle du roi avoit rendu ambitieux et plein de soi-même, avec une humeur naturelkmeot farouche. Il fut accusé de faire sa cour au roi aux dépôts du ml^ti^- Le fait est que M. de Louvois le chassa avec éclat, et s*en plaipût comme du plus ingrat, du plus faux et du plus indigne de tous les hommes , sans qu'il ait jamais rien articulé de particulier, sans que d'Augicourt se soit hasardé d'entrer en aucune autre jostificatioo autre que de dire vaguement qu'il l'avoit bien servi , mais qu il n'y avoit pas moyen de durer avec lui ; sans que le roi se soit formalisé ni entremis de cette nipture, sans qu'il ait cessé de le voir en particulier, de s'en servir eu plusieurs ; choses secrètes , et sans lui avoir rien prescrit à regard de M. de Louvois, ni empêché de paroitre publiquement .î b
cour et partout. Il lui augmenta même ses bienfoits publiquement, mais mesurément» et en secret lui donnoit de l'argent et lui faisoit les petites grâces qu'il lui pouvoit Mre , et outre les audiences secrètes d'Augicourt lui parloit assez souvent bas, comme tous les autres gens de la cour qui avoient à parier au roi en allant et venant , et il étoit toajours bien reçu et bien écouté. 11 voyoit aussi madame de Maintenon en particulier, avec qui il étoit d*autant mieux qu'il étoit mal avec son maître ; du reste haï , craint et méprisé comme sa conduite avec M. de Louvois le méritoit, qu*il soutint avec M. de Barbezieux et avec tous les Tellier, qui le détestoient et qui regardoient comme une mortification rude et continuelle , tant qu'ils existèrent v d'avoir sous leurs yeux d'Augicourt sur le pied où il étoit. Il n'entroit dans aucune maison de la cour que chez M. Livry et M. le Grand, où le jeu étoit ouvert toute la journée, et il étoit grand joueur et net , mais de mauvaise humeur. Il avoit aussi joué avec Monsieur, et jouoitaussi avec Monseigneur quand il y avoit du lansquenet public. On peut croire que cet homme fut une cruelle poire d'angoisse à Louvois les dernières années de sa vie, et a Barbezieux toute la sienne. Il ne fréquentoit aucuns des ministres en aucun temps ni des généraux d'armées.
** Pour Chavigny^c'étoit un fort honnête gentilhomme, respectueux, obligeant à tout le monde, que la pauvreté avoit attaché à M. de SeigDelay,dont ilportoit le sac diez le roi quand il y alloit travailler ; ù sa mort il passa successivement à MM. de Louvois, Barbezieux, Ghamillart et Voisin pour la même fonction^ qui tous en furent contents. H étoit fort connu de tout le monde , et il étoit accueilli et estimé de cha* cun, sans se mêler de rien de pécuniaire ni de sérieux.
Lundi 14, à Versailles. — Le roi .travailla jusqu'à cinq heures avec M. Pelletier, et puis alla se promener à Trianon. Monseigneur alla coucher à Villeneuve-Saint- Georges pour y courre le loup le lendemain. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry partirent a¥^t lui, voulant tirer toute Taprès-dlnée dans la forêt de Sénart, et couchèrent à Villeneuve-Saint-Georges. — Il arriva un courrier de M, le maréchal de Villeroy, qui était campé à Offembourg le 11. Le duc de Villeroy s'étoit avancé jusqu^à Haslak sans avoir rien trouvé dans la montagne ; Saillant, maréchal de camp , est détaché avec lui ; ils sont en état de joindre M. de Tallard s'il a besoin d'eux. Ce maréchal est à Homberg , et n'a trouvé
70 JOURNAL OK DAUGËAU.
nulle difficulté à son passage ; les ennemis avoient laissé dans quelques postes de légères garnisons^ qui se sont retirées à l'approche de nos troupes. On croit qu^avant que de joindre M. de Bavière on prendra Villingen et Rottweil. Les ennemis publient qu'ils ont remporté un grand avantage sur les Bavarois; H. de Marlborough en a écrit aux États-Généraux, qui ont fait imprimer sa lettre, mais il ne dit aucunes circonstances qui puissent faire croii-e que nous ayons perdu beaucoup de monde à cette action; cependant il est certain que depuis ce combat les ennemis sont maîtres de Donawerth.
Mardi 15^ à Venailles. — Le roi travailla jusqu'à cinq heures et demie avec M. de Pontchartrain^ et puis s'alla promener dans ses jardins. Le roi fait ôter toutes les statues qui étoient autour de la fontaine qu'on appelle la Galerie (1). Monseigneur, qui avoit couru le loup dans la forêt de Sénart, revint coucher à Meudon, où il demeurera quelques jours. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry, après lâchasse, revinrent ici. — On reçut beaucoup de lettres d'Allemagne qui content le combat de Donawerth bien différemment de ce que les ennemis l'ont publié. Tis y ont eu plus de cinq mille hommes tués et en ont eu encore davantage de blessés ; on ne dit point ce que M. de Bavière y a perdu de monde. On attend les éclaircissements sûrs de cette affaire, mais ces dernières lettres diminuent fort notre inquiétude. — Le roi a donné à M. de Gévaudan, maréchal de camp, la pension de 2,000 livres sur l'ordre de Saint-Louis qu'avoit d^Augicourt , et une pension de 400 écus sur le même ordre à M. de Séraucourt, aide-major du régi-
(1) « La Galerie ou salle des Antique» a été ainsi nommée fuirce <|o*îly a vingt- quatre statues antiques, qui ont été restaurées par les Marsy. Lt* aBe» de cette galerie sont formées par deui rangs de jeM d'Mu , pv deux m^ 4e petits arbres et par deux rangs Ur statuer. •• {Mouvelle tkicnptùm des châteaux et parcs de Versailles et de Marly [par Piganiol de la Fom], Sédition, 1701, page 290.)
ment des gardes. — Le roi a donné le régiment de ca* Valérie de Wils à. . . ., lieutenant««olonel du régiment decavalerie de ViUeroy^ qui avait eommission de èolonel. — La duchesse de Guiohe partit hier en chaise de poste d^ici pour aller à Strasbourg trouver son mari, qui y est dangereusement malade.
Mercredi I-69 à Verêaillêê, — Le roi prit médecine, el tint le conseil Taprès-dlnée qu'il auroit tenu le matin ; Monseigneur vint de Heudon au conseil. Sur les cinq heures, pendant que le roi était encore au conseil, il ar^ riva un courrier de H. de Puysieux, qui apporta une lettre de M. le maréchal de Marsin, par laquelle on apprit tout le détail de ce qui s'est passé à Fattaque des ret^ran*chements de Donawerth. Les ennemis y ont eu six mille hommes tués et huit mille blessés , presque tous leurs généraux et leurs colonels tués ou blessés; nous y avons perdu environ mille Bavarois et cinq ou six cents François. MM. de Listenois, Tun colonel de dragons, Tautre capitaine , ont été blessés légèrement ; H. de Nettancourt, colonel d'infanterie, blessé dangereuse^ ment, et un lieutenant-colonel de dragons tué. M. le comte d'Ârco, général des troupes de Bavière, qui coni'mandoit dans ces retranchements, qui n'étoient point encore achevés , n'y a point été forcé ; mais, apt*ès s'y être défendu depuis six heures du soir jusqu'à neuf, il se retira en bon ordre à Donawerth, qu'il 9J>andonna le lendemain après en avoir retiré les effets les plus considérables, et repassa le Danube, et s'est mis à Rain, au delà du Lech, priant M. l'électeur de le laisser là avec les troupes qu'il avoit aux retranchements de Donawerth> et qu'il espéroit empêcher le passage de cette rivière aux ennemis^ quoiqu'ils aient là toutes leurs forces ramassées.
Jeudi n y à VerêoilUs, — Le roi dina de bonne heure ^t alla ensuite se promener à Marly. Mésseigmtirs las duos de Bourgogne et de Berry allèrent <Mner à Meudoti
72 JOURIiAL DK DANGëAU.
avec Monseigneur. Madame la duchesse de Bourgogne se leva pour la première fois ; on lui apporta hier monseigneur le duc de Bretagne^ qu'elle n'avoit point vu depuis sa naissance. — Un des gens de M. de Listenois le colonel^ qui étoit au combat de Donawerth^ est vena trouver Tabbé de Listenois, son oncle^ pour le prier de demander au roi son régiment pour son frère^ en cas » qu'il vienne à mourir de ses blessures^ qui sont bien plus considérables qu'on n'avoit dit; il en a une qui lui perce le Gorps^ et l'autre à la hanche fort dangereuse aussi. L'abbé de Listenois parla au roi le soir, et S. M. l'assui'a que, s'il avoit le malheur de perdre son neveu, il n'avoit point d'inquiétude à avoir pour le régiment. — Par les nouvelles qu'on a d'Angleterre, on apprend que les Anglois sont fort mécontents de milord Marlborough, d'avoir mené leurs troupes au fond de l'Allemagne, et ils ne parlent pas moins que de lui faire faire son procès au premier parlement. — Il arriva le soir un courrier de M. de la Feuillade ; on ne sait point encore le détail de ce qu'il apporte ; on sait seulement que M. de Monmège, nouveau colonel d'infanterie et parent de M. de la Feuillade , a été tué par une vedette des ennemis.
Vendredi 18, à Versailles, — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise, comme il a accoutumé de faire tous les vendredis. S. M. dîna à midi et partit à une heure pour aller courre le cerf dans le parc de Marly. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry étoient à la chasse avec le roi. — Le roi a donné à M. Forget, capitaine du vol du cabinet, la survivance de sa charge pour son fils. Je ne sais ce que vaut la charge, mais je sais bien que ce vol-là coûte au roi 20,000 livres par an. — M. le comte de Toulouse est prêt à mettre à la voile; ses vaisseaux sont déjà aux lies d'Hyères ; mais, par malheur, il ne trouvera plus la tlotte ennemie dans la Méditerranée, car on a nouvelle qu'elle avoit repassé le détroit le 26 du mois passé. — Le courrier de M. de la
Feuillade, qui arriva hier^ nous apprit que ce général avoit donné quelque liberté aux soldats, qui ont un peu piUé la plaine de Piémont, et que les ennemis s'étoient retirés très à propos de. . . .^ où il avoit pensé les surprendre. — L'ambassadeur de Venise a eu nouvelle que les Allemands y qui s'étoieiit retirés d'Ostiglia , avoient continué leur marche avec précipitation, et étoient entrés dans le Trentin en abandonnant Ostiglia ; ils se retirèrent avec tant de diligence qu'ils laissèrent six drapeaux dans une chapelle qu'un de nos partis a apportés à M. le grand prieur.
Samedi 19 , à Versailles. — Le roi travailla l'aprèsdinée avec M. de Chamillart^ et puis sortit à pied par ses jardins^ passa par la fontaine qu'on appelle la Galerie^ dont il a fait 6ter toutes les statues; ensuite il alla voir pécher dans le canal ; ses carrosses l'avoient attendu au bout du jardin, et, après la pèche ^ il alla se promener à Trianon. Monseigneur revint de Meudon, où il étoit depuis quelques jours. — Il est arrivé quatre courriers presque en même temps, un du duc de Berwick^ qui ne parle que de la disposition qu'on a faite pour les quartiers d'été des troupes; on ne conserve quasi rien de tout ce qu'on a pris en Portugal ; on rase les fortifications de Portalègre et de Castel-de-Vidé. Le courrier de M. de Vendôme nous apprend que le mineur fut attaché le i% et en fut chassé par les assiégés. Le 13 on attacha deux autres mineurs, qui furent tués dans leurs trous, et le 14, quand le courrier est partie il y en avoit un bien établi, et M. de Vendôme mande au roi qu'il a envie de prendre la garnison prisonnière de guerre y et que pour cela le siège durera peut-être quelques jours de plus. Menestrelles, colonel de Beaujolois, fut tué le 1 2^ et, le même jour, le chevalier d'Imécourt, brigadier d'infanterie , fut blessé. Le courrier de M. de Bedmar dit que les ennemis font de grands mouvements^ qu'ils assemblent des troupes sur la Meuse et qu'ils menacent d'attaquer
Namur, ce qu^on ne craint point ; peut*étre.tenieront-il8 d'y jeter quelques bombes. Le quatrième courrier est de H. de Tallard^ qui étoit campé le 16 entre Villingen et Hottweil ; il devoit le 17 attaquer Villingen.
Dimanche 20^ à Versaillei. — Le roi travailla Taprè»dinée avec M. de Chaniillart, et sur les cinq heures il alla tirer. — Un gentilhomme de M. de Monaco a apporté la nouvelle que le chevalier de Rouannois, capitaine de ga* lères^ avoit pris une tartane sur laquelle il y avoit oent cinquante réfugiés et en avoit coulé à fond une autre; ces tartanes étoient parties de Nice il y a quelque temps^ et M. de Savoie les avoit envoyées pour tAcherde descendre à quelque endroit de la côte de Languedoc et de joindre les fanatiques ; on a eu avis qu'une troisième tartane^ qui avoit été séparée par la tempête des autrea, avoit échoué sur les côtes de Catalogne^ et qu'on y avoit pris quatre-vingts hommes. M. de Savoie en avoit fait partir quatre cents en tout^ avec beaucoup de mousquets^ qui sont sur un vaisseau qui n'est pas pris^ mais qui ne sauroit arriver en Languedoc, où la ^arde se fait exactement sur les côtes ; les ennemis avoient fondé de grandes espérances sur ce secours qu'on envoyoit aux fanatiques. — Le roi a donné le régiment de Beaujolois à un capitaine de cavalerie, frère de Ménestrelles qui vient d'être tué À Verceil; ils sont beaux-frères de Bezons. — Les troupes que commandoit le comte d'Arco à Donawerih ont rejoint M. rélecteur de Bavière à Augsbourg; elles avoieot demandé à défendre le passage du bas Lech à Rain^ mais M. Télecteur a voulu avoir toutes ses troupes ensemble ; les ennemis, après avoir passé, le Danube à Do* nawerth, jetèrent le 8 des ponts sur le Lech à Rain et sont entrés dans la Bavière^ où ils font assez de désordres.
Lundi 31^ à Versailles. — Le roi dîna à midi, et aprêf avoir passé chez madame la duchesse de Bourgogne, comme il fait tous les jours depuis qu'elle garde le lit.
JUILLET 1704. 1g
il alla ooxafe le cerf dans le parc de M arly^ alla se déshabiller au château et se promena dans les jardins jusqu'à la nuit . Monseigneur et messeigneurs ses enflants étoient à la chasse avec le roi. Madame la duchesse de Bourgogne avoit eu une grande fluxion dans la tète les deux derniers jours; elle en est entièrement guérie et marche Taprès-dlnée dans son appartement sans qu'on la soutienne. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme^ parti du 17 au matin ; la demi-lune fut prise la nuit du 15 au 16; on croyoit pouvoir attacher le mineur à la fausse braie du bastion de la gaudie dès la nuit du 16 ; mais M. de Vendôme mande^ par une apostille, qu'il ne pourra être attaché que la nuit du 17. On croit que la place sera rendue le 23. ^- Les Anglois rappellent le duc de Schomberg de Portugal ; il avoit fort déclamé contre l^amiranle en présence du roi de Portugal et de Tarcbiduc^ disant que sur des espéranoes sans aucun fondement il avoit embarqué la reine sa maltresse à en^ voyer ses troupes en ce pays-^là^ qui y périssoient toutes sans y pouvoir rien faire. On envoie d'Angleterre pour commander en sa place milord Galloway, qui étoit retiré à la campagne ; et le duc de Schomberg avoit demandé lui-môme d'être rappelé^ ne voulant pas, disoii^il, se dés^ honorer plus longtemps et voir périr les troupes qu'il commandoit.
Mardi %% à KersaiilM. — Le roi^ après avoir travaillé l'après-chnée avec M. de Pontcbartrain , devoit s*aller promener dans ses jardins^ mais il se sentit un petit mouvement de goutte au pied, qui Tempôcha de sortir. Monseigneur alla dîner à Meudon et n'en revint qu'à la nuit. — n arriva plusieurs courriers > ttn de M. de Vendôme, qui mande du 18 que le mineur est attaché au bastion; on a pris dans la tranchée des Espagnols un homme sortant de la place^ chargé de lettres en chiffres pour M. de Savoie. On n'a pas pu déchiffrer cette lettre à l'armée, on l'envoie ici ; elle fût déchiffrée le soir; die est du comte
Prela^ qui commande dans la place sous M. Deshayes, qui est dangereusement malade; cette lettre porte qu^il n^y a plus que mille hommes dans la place en état de servir; que presque tous les officiers sont morts, blessés ou malades ; que les brèches sont grandes au bastion, et qu'ils ne sont pas en état de soutenir le moindre assaut. Depuis avoir vu cette lettre, nous ne doutons'pas ici que Yerceil ne soit rendu; et si M. de Vendôme savoit Tétat où sont les assiégés, illespréndroit prisonniers de guerre, comme il en avoit Tintention. On lui a renvoyé (à M. de Vendôme) la lettre déchiffrée par un courrier qui a ordre de faire diligence; mais la place aura capitulé avant que le courrier arrive. — Un courrier de M. de la Feuillade apporta la nouvelle qu'il avoit établi les contributions jusqu'à deux lieues de Turin ; il a pris le château d'Osasque par delà Pignerol, où il y avoit cent cinquante hoùunes qui se sont rendus prisonniers de guerre. — M. le marquis de Bedmar mande que les ennemis , après avoir fait approcher beaucoup de troupes du côté de Namur, se sont tout d'un coup rabattus sur noslignes, d'où ils ont été repoussés avec perte de trois ou quatre cents hommes. — M. de Tallard mande du 19 qu'il espère être maître de Villingen le lendemain ; ce petit siège ne retarde point sa marche, parce que son convoi n'étoit pas encore arrivé ; c'est le marquis de Hautefort qui commande au siège et qui a sous lui , pour maréchal de camp, le marquis du Ch&telet. — M. le comte de Toulouse est aux lies d'Hyères avec toute sa flotte, n'attendant plus, que le vent pour mettre à la voile. — M. de Tallard mande qu'un de ses partis a pris un courrier venant de l'armée du prince de Bade et escorté par trente dragons , chargé de plusieurs lettres angloises , allemandes et flamandes.
Mercredi 23, à Versailles. — Le roi passa fort bien la nuit; son petit ressentiment de goutte n'a point eu de suites. Il travailla longtemps l'après-dlnée avec M. de Chamillart , et puis alla se promener dans cinq ou six bos-
qaets de son jardin où il fait de grands changements. Monseigneur partit dUci le matin ^ cdla dîner à SaintrHaur avec M. le Duc et madame la Duchesse ^ et puis alla coucher à Villeneuve-Saint-Georges pour courre le lendemain dans la forêt de SénarC] — Dans le paquet qu'a intercepté M. de Tallard il y a des lettres adressées à M. de Stan« bope^ ambassadeur d^ Angleterre en Hollande, qui portent qu'il n'y a plus aucune espérance d'accommodement avec M. de Bavière ni avec les mécontents de Hongrie; ces lettres portent aussi qu'ils ont perdu plus de cinq mille Anglois ou Hollandois au combat de Donawerth. — M. l'évèque d' Auxerre est mort depuis quelques jours ; il étoit Colbert. Cet évèché vaut 40,000 livres de rente. — M. de Charment, notre ambassadeur à Venise, revient; son temps est expiré , et nous n'y en enverrons point d'autres jusqu'à ce que la république ait donné satisfaction sur un décret dont nous nous plaignons , et l'ambassadeur de Venise qui est ici n'aura point d'audience publique et ne fei*a point son entrée que l'on n'ait fait ce que le roi désire.
Jeudi 24, à Vm'sailles, — Le roi monta en carrosse à onze heures avec mesdames de Maintenon , de Noailles , d'Heudicourt et d'O. Il alla diner à Marly, et, après son diner, il alla à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre, qui seront du voyage de Fontainebleau , et partiront huit jours après le roi. S. M. a fixé son départ au 11 septembre. Elle couchera à Sceaux et le lendemain à Fontainebleau. Monseigneur vint de Villeneuve -Saint- Georges après avoir couru le cerf dans la forêt de Sénart ; il partira huit jours avant le roi pour Fontainebleau. — H. le maréchal de Villeroy a fait un détachement de son armée pour la Flandre, que commandera le marquis d'Alègre et qui est composé de dix bataillons et dix escadrons ; il marche à Metz, et l'on embarquera l'infanterie pour faire plus de diligence et pour qu'elle soit moins fatiguée . Le prince de Birkenfeldt est le maréchal de camp
79 JOUR N Ah DE DANGFAII.
détucb^avec M. d'Alègra^ et le régiment é'Alnaûe, qui e«t SQD fégiment, est de ee détachement. — M. le prince Eu* gène , avec une grande partie des troupes qu'il avoit dans les lignes de Stelbofen ,* marche Ters le Wurtomberg; on croit qu^il sera joint par un détachement de Tarmée de M. de Bade et qu'ils yoQdroient tfteher de s'oppœer à la jonction de M, de TaUard avec H. de Bavitee.
Vendredi S6 , à VereailUê. — Le roi ne sortit que sur les sis: heures et alla se promener à Trianon. Madame la dnchesse de Bourgogne se trouva fort incommodée d'une fluxion sur le visage. Madame de Maintenon ^ qui prenoit les eaux de Forges , eut un peu de fièvre la nuit , et a quitté les eaux. — U arriva le soir fort tard un courrier de M. de Tallard^ qui a été obligé de quitter le siège de Yillingen sur les instances réitérées que M. de Bavière lui a fait faire de marcher droit à lui y les ennemis étant entrés dans son pays et y faisant de grands désordres; voici une copie d'une lettre de M. de Tallai*d sur ce sujet.
Du camp prêt VilUngen , le SI juillet.
Ayant reçu les ordres du roi pour passer daps le pays de Virtemberg^ je m'y suis rendu avec tout ce qui y étoit nécessaire pour y faire des établissements; j'ai fait attaquer Yillingen par un détachement dans ce dessein-là; mais des nouvelles réitérées de M. l'électeur de Bavière et de M. le maréchal de Marsin m'ayant appris que les ennemis avoient passé le Danube à Donawerth qu'ils avoient pris^ passé le Lech à Rain dont ils s'étoient rendus maîtres en très-peu de jours^ qu'enfin ils dirigeoient leur marche sur Munich, et S. A. S. me pressant de marcher à son secours^ j'ai cru que Yillingen, qui n'étoit plus bon pour le premier dessein qui m^avoit engagé à l'attaquer, qui étoit de s'établir dans le pays de Yirtemberg , de venoit & charge pour le second, puisque j'étois obligé de m'éloigner et d'aller hors de portée de le soutenir, et qu'il ne faUoit pas balancer à laisser cette entreprise impar-
Mtm, que les différents changements qui sont arrivés en trois jours dans les années voisines à droite et à gauche Fendoient plutèt à charge qu'utile ; ei^ après y avoir donné trente-six heures seulement depuis Tarrivée de mon arrièrs'garde , je marche sans Tavoir finie pour me mettre i portée de l'armée de M. le maréchal de Marsin. Je ren«* voie en Alsace tout ce que j^avois amené par rapport à un établissement^ et ne songe qu'à conserver les vivres qui me seront nécessaires jusqu'aux lieux où je dois arriver, ce qui ne sera pas une affaire sans difficultés.
M. le maréchal de Tallard va marcher à Duttlingen, d*où il doit se rendre à Hôsskirch et de 1& à Biberach. et H. le maréchal de Yilleroy a détaché M« d'An tin avec deux brigades d^infanteiie et quelque cavalerie pour ramener de devant Villingen ce dont M. le maréchal de Tallard l'a point de besoin pour la jonction , les desseins étant entièrement chaugés.
Sixmedi 26 /à Versailles.^» Le roi dina de bonne heure et alla courre le cerf dans le parc de Marly, et, après la chasse , il alla se déshabiller au château et se promena dans les jardins jusqu'à la nuit. -^ H. le prince d'Ëlbeuf arriva ici sur les six heures, et l(. de diamiUart le mena à Marly, où le roiétoit encore. On ne douta point, le voyant arriver, qu'il n'apportât la nouvelle de la prise de Verceil ; et quand le roi fut de retour on en apprit toutes les particularités. La place commença à capituler le 19 ; M. de Vendôme leur fit dire qu'il falloit i^e rendre à discrétion , sinon qu'ils n'avoient qu'à se défendre , on alloif les attaquer. Le lendemain matin ils revinrent disant qu'on ne refusoit point de capitulation à de braves gens; après quelques pourparlers, ils convinrent de se rendre prisonniers de guerre , mais on leur accorda de sortir par la brèche, tambour battant et enseignes déployées; au bas de la brèche, ils posèrent les armes. Deshayes , le gouvwneur, n'a point signé la capitulation.
80 JOURNAL DE DANGEAl).
parce qu'il étoit dans son lit malade ; mais il est prisoo* nier de guerre comme toute la garnison, où Ton compte quMl y a encoi*e près de cinq mille hommes, en comptant ce qui est dans les hôpitaux. M. de Vendôme enverra incessamment un courriel* pour apporter les drapeaux et le détail de Tartillerie et des munitions qu'on a trouvées dans la place.
Dimanche 27, à Vermilles, — Le roi travailla avec M. de Cbamillart, et ne sortit qu'à six heures pour aller se promener à Trianon. Madame la duchesse de Bourgogne est beaucoup mieux de sa fluxion. — Il arriva un courrier de M. le comte de Toulouse, qui mit à la voile le 22 avec cinquante vaisseaux de ligne, bien des fré* gâtes, des brûlots et vingt-quatre galères. On a nouvelle que M. le prince Eugène est arrivé sur le Necker ; il est campé à Rottweil avec une partie de ses troupes , et a séjMiré le reste en deux corps le long du Necker, deui lieues au-dessous de Rottweil. Il venoit là pour couvrir le Wurtemberg, persuadé avec raison que^l'intention de M. de Tallard, en passant les montagnes, étoit de se tourner de ce côté-là. — On a reçu des lettres du duc de Gramont de Madrid du 27 ; le roi d'Espagne y est arrivé. On mande de ce pays-là que M. Orry en de voit partir incessamment pour venir ici rendre compte à la cour de sa conduite, et qu'il espère se pouvoir justifier de toutes les accusations qu'on a faites conti-e lui. — M. le grand prieur ne joindra pas encore sitôt H. de Vendôme , mais il lui envoie une partie des troupes qu'il avoit avec lui. — Les ennemis en Flandre ont passé la Meuse , et on ne doute plus qu'ils ne veuillent bombarder Namur.
Lundi 28, à Versailles, — Le roi travaiUa Taprès-dlnée avec M. Pelletier, et puis alla tirer. Madame la duchesse de Bourgogne est entièrement quitte de sa fluxion ; elle a repris ses forces et ira mercredi entendre la messe à la chapelle. — Bontemps donna samedi un feu d'artifice à sa petite maison dans l'avenue dont le roi fut fort couteoC;
JUIIXKT 1704. 81
il Ta même loué aujourd'hui sur une machine qu'il avoit inventée et qui réussit fort bien (1). — On mande de Languedoc que les fanatiques ont laissé faire la moisson sans commettre aucun désordre et quMl en revient toujours quelques-uns qui acceptent Famnistie. — Le roi a laissé à M. de Vendôme ia liberté de faire raser Verceiloudele conserver durant cette campagne^ faisant miner les bastions, mais ne faisant point jouer les mines s'il juge que cette place puisse être utile à son service jusqu'à l'hiver. — Il étoit venu plusieurs lettres qui portoient que les Polonois avoient élu pour roi de Pologne Potocki^ palatin de Riovie et grand ami du prince Ragotski^ mais ces nouvelles ne sont point confirmées; bien loin de cela^ les derniers avis qu'on a de ce payslà sont qu'on a élu Leczinskiy palatin de Posnanie^ et l'on croit cette élection véritable^ parce qu'il est bon ami duroi de Suède.
Mardi 29^ à Versailles. — Le roi travaiUa l'après-dlnée avec M. de Pontchartrain ^ et s'aUa promener ensuite à Trianon. Monseigneur alla coucher à Villeneuve-Saint- Georges; monseigneur le duc de Berry y alla avec lui. Madame la duchesse de Bourgogne donna audience aux ambassadeurs dans son lit et reçut leurs compliments sur la naissance de monseigneur le duc de Bretagne. — Dufresne^ écuyer du maréchal de Villeroy^ arriva ici. Il partit d'Offembourg dimanche 27. Un parti que le maréchal de Villeroy y avoit envoyé à M. de Tallard avoit rapporté de ses lettres de la nuit du 26 au 27 ; il étoit àMosskirch et la tète de son armée ^ qui marche deux jours devant lui, avoit passé le défilé de Stokach et le marais de Pfulendorf . Ils avoient trouvé là quelques troupes de M. l'électeut qui apportoient de ses lettres et de celles du maréchal de Marsin y qui sont toujours campés sous
(I) Toir à rap|M»iidioe U de^criptkMi de la îè^t\moée por KoiitHnps. T. X. 6
8f JOCTRItAL DE OAISGEAU.
Attg;sl30ttr^ «ntre le Lech et te Vtertak avec une armée de quarante milte hommes. Les ennemis^ qui s6ut beaucoup plus forts qu'eux , sont à Fridberg, qui n*cst qu'à ufic lieue d'Augsboufg; mais ils ne craignent point d'être attaqués dans le poste où ils sont. La jonction de M. de TtkUard AVec M. Télecleur est sûre présentement ; Tofficier qui oommandoit le parti du maîféchal de Villeroy dit que le brûil est fort répandu dans Ta^mée de M. Té» lecteur que les ennemis ont déjà repassé leLéch et même le Danube.
Mercredi 30, à VerioiUes, — Le roi, après son dîner, donna audience à M. le duc de MantoUe, qui s'en retotirna à Paris en sortant du cabinet dû roi. S. M. travailla ensuite avec H. de Cbamillart, et puis alla se promener à pied dans les jardins. Monseigneur, qui avoit coura le loup le matin dans la forêt de Sénart , revint matiger à Heudon, où il demeurera jusqu'au premier voyage de Marly ; monseigneur le duc de Berry, qui avoit cotira le loup avec lui, revint ici le soir après avoir fait le retour de chasse avec Monseigneur son père. Madame la duchesse de Bourgogne alla entendre la messe en haut dans la chapelle, et y fut relevée par Févèque de Senlis, son premier aumônier, avec les cérémonies de l'Église. — Buffet , valet de chambre de M. de Vendôme, arriva le soir après le souper du roi , et apporta vingt-six drapeaux des bataillons pris dans Verceil ; ils n'avoient que deux drapeaux par bataillon. Il est sorti de la place trois mille trois cents hommes sous les armes, deiut cent cinquante officiers et deux mille cinquante hommes Messes, qui sont dans les hôpitaux ; il y avoit ciuq oenis ea* ifaliers , mais il n'y avoit que deux cent cinquante dievaux, qui ont été distribués à la cavalerie. On a trouvé soixante et douze pièces de canon de fonte, dont il y en a plus de quarante de vingt-quatre livres de balles, deux cent soixante milliers de poudre , beaucoup d'affûts de rechange, dont nous avions besoin, une infinité de bom-
AOÎTT i7d4. K^
bes, de grenades ^ de pois à feu et tout ce qui pou voit servir à une belle défense. M. de Vendôme mande qu'avec les munitions qu'il a trouvées dans Verceil il peut entreprendre quel siège il plaira à S. M. Le courrier n'est parti que le 4, parce que la garnison n'est sortie que ce jour-là; on les envoie tous en diverses places du Milanez.
Jeudi 31 , à VeHailles, — Le roi dîna de bonne heure et alla courre le cerf dans la forêt de Marly ; il alla changer d'habit au château et se promena dans les jardins jusqu'à la nuit. M. de Chamillart^ qui avoit couché à l'Étang, vint au lever du roi , et lui apporta des lettres du marquis de Bedmar, qui mande que les ennemis ont bombardé Namur durant deux jours; ils y ont jeté trois mille bombes, qui n'ont brûlé que sept ou huit maisons et endommagé une centaine. Ils ont brûlé aussi deux magasins de fourrages, et se sont retirés après cette expédition, qui leur coûtera beaucoup plus qu'à nous ; le dommage qu'ils ont fait à la ville n'est estimé qu'à 50,000 écus. — Par des lettres de M. de Chàteauneuf, qui est à Madrid, on apprit que la flotte de l'amiral Schowel, composée de vingt-huit vaisseaux, dont il y en a dix-sept de ligne , a joint celle de l'amiral Rook sur les côtes de Portugal ; ils ont ensuite voulu faire une tentative sur une petite lie qui est auprès de Cadix, mais ils n'y ont pas réussi. M. de Chàteauneuf mande qu'ils prenoient la route du détroit, comme s'ils vouloient entrer dans laMéd iterranée. — On envoie les officiers qu'on a pris à Verceil dans les places du Milanez comme les soldats , mais ils y seront sur leur parole.
Vendredi V noût , à Versailles, — Le roi , après son dîner, fut longtemps enfermé avec madame la duchesse de Bourgogne, et puis alla tirer dans son petit parc< — 11 arriva un courrier du maréchal de Villeroy, parti d'Offemboiirg le â9. Voici une copie de la lettre de M. le maréchal de Tallard :
1)11 camp de MôMkirch, le 25.
L'armée vint camper le 22 entre Villingen et Duttlingen ; le 23 elle passa le Danube; le 2^ elle arriva ici^ où elle séjourne aujourd'hui y parce que la marche de hier fut par un pays si difficile que Farrière-garde n'est arrivée que ce matin. J'ai reçu dans ma marche plusieurs lettres de S. A. E. et de M. le maréchpl de Harsin^ qui m'apprennent que les ennemis ont remonté le Lech dé l'autre côté de cette rivière et ne sont qu'à une Ueue de Fridberg, qui est vis-à-vis d'Augsbourg; ils exercent toutes les cruautés et toutes les inhumanités possibles dans la Bavière ; les partis de notre armée leur tuent et leur prennent beaucoup de monde. Ils ont fait faire de nouvelles propositions de paix à M. l'électeur, qui les a rejetées durement. L'on avoit dit que le prince Eugène s'étoit avancé dans le Virtemberg avec un gros détachement de son armée, auquel les troupes que conduit le général Thangen se dévoient joindre , et que leur dessein étoit de se trouver sur le passage de cette armée pour l'empêcher d'arriver; mais jusqu'à présent je n'ai aucunes nouvelles d'eux, si ce n'est que ce que M. de Thungen a amené de l'armée du prince de Bade est derrière les petites Alpes, à sept ou huit lieues d'ici. J'espère être le 27 entre Ulm et Memmingen, et il y a lieu de se flatter que les ennemis seront obligés de quitter la Bavière.
Autre copie d'une lettre du même jour.
Nous allons demain 26 camper à Nuifra, aptes demain 27 à Berg près Munderkingen, le 28 àDemelfingen, entre Biberach et Ulm. Hier ^k M. de Marsin manda que M. de Bavière étoit toujours entre Rain et Augs^ bourg. Nous n'avons aucunes nouvelles ni du prince Eugène ni de Thungen, et nous mai^chons en gens qui n'avons pas peur d'eux.
Scmedi 2, à Versailles. — Le roi courut le cerf dans le parc de Marly et demeura longtemps à la chasse malgré la plaie ; il alla changer d^habit au ch&teau et ne revint ici qu'à huit heures. — M. le maréchal de Villars mande au roi que la flotte ennemie est rentrée dans la Méditerranée^ mais on n^a point cette nouvelle par ailleurs. — Richerand^ ingénieur, qui a conduit les travaux du siège de Verceil, est venu ici par ordre de M. de Vendôme pour proposer au roi une nouvelle entreprise y et FoQ croit ici que M. de Vendôme a toujours envie de feire le siège de Verue malgré toutes les difficultés qu'il y peut avoir à ce siège ^ M. de Savoie étant à Crescentin. M. de la Feuillade est à SainlrPierre^ proche Pignerol ; on croit qu'il s'approchera du Pô et qu'ils se joindront peat-èire M. d'Albergotti et lui. — M. le marquis de Casteldos Rios^ ambassadeur d'Espagne^ a reçu ordre de Madrid de partir de France et de se rendre au commencement de septembre à Cadix pour passer à la viceroyauté de Pérou. La compagnie de Fassiento paye les dettes qu'il a faites à Paris^ qui passent 50,000 écus^ et il lui rendra le double de cette somme en arrivant à Portobelio ; c'est H. de Pontchartrain qui a fait cet accommodement-là avec eux par ordre du roi , et c'est la règle ordinaire de payer cent pour cent pour tous les risques qu'il yaà courre.
Dimanche 3 , à Versailles, — Le roi, après son dîner, fut assez longtemps chez madame la duchesse de Bourgogne. Le roi s'enferma avec yM. de Chamillart, Pelletier et Richerand^ qu'on renvoie incessamment en Piémont. Madame la duchesse de Bourgogne commença à se promener dans les jardins. — L'abbé de Polignac fut reçu hier à TAcadémie à Paris et fit une très-belle harangue. — Monseigneur alla de Meudon courre le loup à Livry et y coucha. — On a saisi les revenus des abbayes de l'abbé de la Bourlie, qui, après être sorti du royaume, a demeuré longtemps à Genève et ensuite est allé trou-
86 JOURNAL DK OAMGËAU.
ver M. de Savoie, et s'étoit embarqué sur les bâtiments que ce prinoe envoyoit aux fiànatiques. Cet abbé a eocorç porté la folie plus loin ; il a répaudu des libelles dans le royaume^ fort insolents et fort séditieux^ où il prend la qualité de chef des mécontents et de Tarmée des hauts alliés en France. On a surpris des lettres qu'il écrivoii au comte de la Bourlie*^ son frère , autrefois colonel du régiment de Normandie et qui est présentement à la Conciergerie à Paris pour une grande violence qu'il a faite dans ses terres. Il exhorte ce frère^U par ses lettres, dans un temps où il n'étoit pas encore prisonnier, de venir se mettre à la tète de braves gens qui combattoient pour la liberté. Les réponses qu'on a vues du comte de la Bourlie marquent que le procédé de son frère lui faisoit horreur. On croit que ce malheureux abbé-là est sur les vaisseaux qui escortoient les tartanes sur lesquelles M. de Savoie envoyoit des fanatiques en France.
* La Bourlie étoit un gentilhomme de valeur et fort sage, qui avoît été attaché au duc de Saint-Simon, dont il eut même un don assez considérable dans les marais de Blaye, lorsque le duc les 6t dessécher et partager en différentes métairies ; et ce bien en nature a passé a ses enfants, dont Talné Ta possédé longtemps et vendu à la fin de sa vie. La Bourlie en fut toujours reconnoissant dans sa fortune. Il devint sou&-gouvemeur du roi et gouverneur de Sedan. Guiscard,son fils, s*éleva bien plus liant; il devint lieutenant général, gouverneur de Dînant et de Namur, chevalier du Saint-Esprit, ambassadeur, infiniment riche et benu-père du duc d'A,umont et grand-père de celui d^aujourd'hui. Ses deux frères ne prospérèrent pas de même. L'un eut le régiment de Normandie , qu'il quitta pour de fâcheuses affaires qu'il ^ fit. Il n'en eut pas de moins tristes dans sa province. C'étoit un bomme d'une grande valeur, mais grand brigand et intraitable. Ce qui le nùtà la Conciergerie fut un vol qui lui fut fait chez lui. Il soupçonna un valet, et de son autorité lui fit donner en sa présence une question bien plus cruelle que la justice ne la pratique. Il avoft de plus cent autres vilaines affaires sur le corps. L'autre frère -avoit beaucoup de bénéfices, très-débauché et très-semblable à la Bourlie. Il finit par où Ton voit ici el tous deux misérablement, l'un en France, l'abbé en Angleterre , et dans le dernier mépris.
Lundi k, à VersaiUe$! — Le roi travailla avec M. Pel-
letieF raprte4U»ée^ et sur W so«r alU se prommier duan ws jardins^ ^Kotqii'it fit fort vilmi teiftp». liDiMi«ig<Aevrr revint deLivpy à Meudon. — M. delfettsmcotirt, quiavoit été hlessé an «cwbat de Doaaweith » est mort 4e ses Uessnres; il étoii colooel d'un p^tit vieux céfimejot ^i portoit sou aom et qiie le roi a donné à IIL. de MaiUy-l»< Houssaye, qui avoit uo^ nouveau végicoeat diafantem dans Tannée du majréjebaL de Sbrsw. Bl. des Blami^, neveu de K. l'évêqua de Chartres, et coïUuiqI du régiment de la Fère, c|ui avoit été hUesé au siège de Verceil , est mort aussi de ses bies&ures^ -^ Le palatîu de Posnanie^ qu'oja a élu roi de Pologne ^ a pris le nom de Stanislas II*. Le cardinal primat et le grand wtOivé*^ cbal de la couronne se sont opposés à. cette élection et oot protesté contre ; mais le roi de Suède^ fort des amijs de net palatin, lui a promis de soiiitenir son élection ; ce nouh veau roi n'a que ving-t-huit ans.. — Messeigaeurs les ducs de Bourgogne et de Berry partirent d'ici de bonne heure avec une partie des dames du palais , et allèrent à. l'ab* baye de Saint-Germain à Paris ^ où M*, le cardinal d'Es»trées leur dcmna un souper magnifique. Les dehors de l'église et toute la maison étoient fort illuminés^ et il y eut aptes souper un feu d'artifice superbe. Le roi avoiA donné ordre à H. le cardinal d'E^ti ées de Caire les mêmes honneurs à monseigneur le duc de Bourgogne que s'il y eût été lui-même en présence ; la fête fut fort beUe^ et je crois qu'il en coûte bien 10,000, écus au cardinaJl.
*^Si- Ifaoteopdes mémoires eâ» pu lii» dans l'avenir, ii'se seroit plus étendu sur 06 palatin Leczinskii; et Châteauneuf , noUw ambassadeuB à la Porte en mémo temps qfie ce palatin rétoit au même lieu de sa république et de son roi , Châteauneuf, dis-je , qui l'y précédoit de si loin, Teût traité avec un grand respect ; mais de telles profondeurs sont réservées à Dieu même, et il n*y a point de négromanci^n qui eât prédit que lu fille de ce paiatÎB tombé du tr/^ne dans l'exil et la> pauvreté, par cela même> devîrâdroit reine de France et mèiie d'un Dauphin^ en chassantrin&nte d'Espagne, fille d'un grand roi fils de France, venue sur la foi des traités les plus solennels et les plus utiles et sur la si-
8K JOURNAL DE DANGËAU.
guature d*un contrat de mariage -célèbre, pour épouser le roi sod cousin germain, tous deux enfants des deux frères, et sans quil y eût ni cause ni prétexte le plus léger.
Mardi &, à Versailles. — Le roi travailla l'après-dinée avec H. de Pontchartrain, et puis alla tirer; mais il ne fut pas longtemps à la chasse^ se trouvant un peu incommodé. Monseigneur revint de Heudon. — Il arriva un courrier de Flandre. Les ennemis avouent quMls ont perdu près de deux mille hommes à la bombarderie de Namur, et MM. les États-Généraux se plaignent fort de cette entreprise, qui leur coûte beaucoup d'argent et beaucoup d'hommes, et très-inutilement. — Le prince d'Elbeuf repartit ces jours passés pour retourner à Tarmée de M. de Vendôme. Le roi lui a donné 15,000 livres pour son voyage. Son mariage avec mademoiselle d'Armagnac est entièrement réglé ; le roi y est entré avec beaucoup de bonté, et les grâces qu'il leur fait et que nous ne savons jpoint encore ont levé toutes les difficultés qu'il y avoit à la conclusion de cette affaire. — Le duc de Guiche est revenu de l'armée du maréchal de Villeroy en très-mauvaise santé; son mal paroit fort dangereux. 11 est à sa petite maison de Puteaux près de Surènes. — M. de la Feuillade fait travailler à Sainte- Brigide; il auroit surpris une partie des troupes que commande le marquis de Parère s'ils n'avoient pas été avertis par des paysans, dont on a fait brûler les villages depuis. — On a reçu des lettres de M. le grand prieur, du 29 ; il se plaint fort de la conduite qu'ont les Vénitiens avec lui; il prétend qu'ils lui ont manqué de parole; il est en état de les en faire repentir, et il y va travailler.
Mercredi 6, à Marly. — Le roi se releva plusieurs fois • la nuit; on n'entra dans sa chambi'e qu'à neuf heures et demie, et il entendit la messe dan» sou lit et tint son conseil dans sa chambre. L'après-dlnée , il donna audience dans son cabinet à H. de Monasterol, que lui amena
M. de Torcy et qui étoit arrivé le matin chez ce ministre. M. de Chamillart travailla ensuite avec le roi après que M. de Monasterol et M. de Torcy furent sortis. M. de Monasterol partit d^Augsbourg le 28. U dîna le 29 avec M. de Tallard à deux lieues d'Ulm. Ce général y étoit arrivé dès le 28, et il y séjournoit deux jours pour laisser reposer son armée. Il devoit se remettre en marche le 31 et comptoit de joindre M. Télecteur le 2 de ce mois. On ne dit point le sujet du voyage de M. de Monasterol; mais, selon toutes les apparences , on a plus de sujet que jamais d'être content de M. Félecteur de Bavière. — Le roi partit à six heures de Versailles pour venir ici ; madame la duchesse de Bourgogne est du voyage; on a fait pour elle un arc de triomphe par delà Tabreuvoir. On commença à illuminer à neuf heures, et il y eut un superbe feu d'artifice ; mais la pluie en diminua la beauté, et plus de la moitié de l'artifice ne put pas s'allumer; durant le souper toute la musique du roi chanta des airs nouveaux, faits par Lalande, sur des paroles faites par Belloc en Fhonneur de madame, la duchesse de Bourgogne.
Jeudi 7, à Marly. — L^incommodité du roi dure encore; cela ne l'empêcha pas de se promener un peu le soir, mais il n'osa sortir l'après-dinée. 11 avoit préparé pour madame la duchesse de Bourgogne des présents magnifiques et galants qu'elle devoit trouver à chacun des douze pavillons, et ces présents lui auroient été faits par des dames qui l'auroient attendue à la porte de chaque pavillon. Le roi devoit mener madame la duchesse de Bourgogne dans son petit chariot, et elle n'avoit aucune connoissance de ce que le roi vouloit faire pour elle. Le roi, voyant l'après-dlnée qu'il pleuvoit et d'ailleurs n'étant pas assuré de pouvoir faire toute la promenade, prit le parti de faire apporter tous ces présents chez madame de Maintenon et les fit là à madame la duchesse de Bourgogne, qui en fut fort touchée. 11 y avoit des vers trèsjolis qui accompagnoient chaque présent, et ces vers
no JOURJNAL D£ DiANGEAU.
étoient de Belloc. Parmi les présents il y avoit deux, as^ barets, un d'or et un d'argent^ travaillés à la perfection; un portrait de madame la duchesse de Bourgogne tenant monseigneur le duc de Bretagne sur ses genioux , av€9 une bordure magnifique ; beaucoup de belles pièces d^é« toffes de Perse ^ de la Chine et de France; une cave poar des essences^ des robes de cb&mbre toutes faites, des tabliers, des éventails, des parasols, un rouet de la Chine et des ballots de soie, parce qu'elle aim,e ^ filer ; eo&D le roi n'avoit rien oublié de tout ce quHl croyoit qui kd pouvoit faire le plus de plaisir. — ^ Le comte d'Albert arriva hier avec M. de Honasterol , et il vit le soir M. de ChamiUart; il est chargé par S. A. E. d'aUet i Madrid pour dire au roi d'Espagne les mêmes choses que Monas^ terol a dites ici au roi. M. l'électeur, qui a le pouvoir de faire des oificiers généraux dans les troupes d'E$spagne qui sonl en Flandre, l'a fait maréchal de camp, et prie très-instamment S. M. C. de le faire servir en cette qualité dans ses armées en Portugal. — M. de Saint-Frémont, qui commande au blocus de la Mixandole ,, a fait faire à Tentour de cette place huit petits forts de terre qui la resserrent extrêmement. Les assiégés' ont voulu attaqii/er les travailleurs à deux de ces fortsrlà et ont été repoussés avec perte ; leurs déserteurs assurent qu'ils ont encore quinze cents hommes sous les armes et beaucoup de munitions de guerre et de bouche, l^a ville est fort peuplée>v les rues fort serrées , et ils n'ont point de' souterrain. Saint-Frémont va commencer ày jeter des bombes, qui y feront beaucoup de désordre.
Vendredi 8, à Marly. — Le roi fut encoi:e assez incommodé la nuit, cela ne l'empêcha pas de se promener le matin et l'après-dinée, et même il fit maigre, quoi que lui pût dire M. Fagon. Madame la duchesse de Bourgogne et madame de Maintenon le * suivirent l'après-dlnée à la promenade , et il leur fit voir les globes avec tous les ornements qui les environnent et qui sont très-magni-
AOUT ITM. 9t
fiques. MoinwigDeur et niOBseigneu? le duc de Beirry coururent le oerf avec les diiens du poi dans la fovét de Saintr-Germain et au retour Monseigneur fit manger avec lui les courtisans qui avoient eu Thonneur de le suivre à la chi^sse. Le soir il y eut musique, et il y eu aura tous les }ows, quoiqu^aux voyages un peu longs, on a accoutumé de n 'en avoir que de deux jours Tua. — : Pendant que le roi étoit au globe terrestre , le roi nous apprit les nouvelles qu'il venoit de recevoir de M. le comte de Toulouse, qui lui mande de Baroek>ne ^ du 1*^ de ce mois, que la flotte des ennemis est entrée dans la Méditerranée du 17 juillet; les dernières nouvelles qu'il en a sont qu'elle étoit & la hauteur de Halaga, qu'il alloit mettre à la voile pour lés diercher et tâcher à les combattre. L'arrivée de M. le comte de Toulouse a été très-nécessaire à Barcelone , où il y avoit beaucoup de dispositions à une révolte, et le vice-roi a fait mettre en prison beaucoup de gens qui étoient mal intentionnés. On ne sauroit douter que le dessein des ennemis, en entrant dans la Méditerranée, ne fût pour venir soutenir cette révolte.
Samedi 9, à Marly, — Le roi ne se leva qu à neuf heures ; mais son incommodité est considérablement diminuée, et il ne se releva qu'une fois la nuit. Il se promena à cinq heures du soir. Madame la duchesse de Bourgogne et madame de Maintenon étoient à sa promenade ; Monseigneur se promenade soncAté avec madame la prin^ cessede Conty . Monseigneur le duc de Bourgogne, qui étoit allé tirer dans le parc, se blessa assez considérablement à la main, et sans son gant la pierre à fusil lui auroit coupé le tendon. Maréchal espère que ce ne sera rien. — Les ennemis en Flandre assiègent le fort Isabelle près de l'Écluse; c'est un fort que le maréchal de Boufflers avoit fait construire. 11 n'est point revêtu , et il n'y a que quatre petits bastions ; ainsi l'on compte que cela sera bientôt pris. — Le roi a rappelé le marquis de Varennes*, qui commandoit à Metz; cet emploi lui valoit 2&,000 livres.
9) J013RNAL DE DANGEAU.
et outre cela il étoit payé de ses appointements de lieutenant général toute Tannée. On envoie à Metz^ en sa place^ le mai*quis de Refuge, qui commandoit en Franche* Comté depuis peu de temps (1). — H. le grand prieur^ qui jusqu'ici avoit fort ménagé les Vénitiens j commence à fourrager dans leur pays et laisse un peu de liberté à ses soldats.
* Varennes étoit un fou glorieux et insociable, et avec de la valeur point homme de guerre, quoique maréchal de camp. Il étoit fort proche parent du maréchal d'Huxelles et de M. le premier éniyer Beringheu , qui le logeoit à Paris et lui faisoit sa cour pour sa succession , car il n'étoit point marié; et ces appuis , qui^e rendoient si suffisant, n'avoient pu remédier à son insuffisance, qui Tarréta tout court. Il avoit été pris comme un animal , et feit cent autres sottises dans ce commandement, où Ton ne put enfin le laisser. Il s'appeloit Magu, et son grand-père avoit été chevalier du Saint-Esprit en 1633, on ne sait pas bien pourquoi, et gouveraeuif d' Aiguesmortes et maréchal de camp. On ne connoissoit point alors les lieutenants généraux, et les maréchaux de camp étoient rares.
Dimanche 10, à Marly. — Le roi tint conseil le matin comme il a accoutumé de faire, et travailla Taprès-^lnée avec H. de Chamillart; il se promena ensuite jusqu'à la nuit. Madame la duchesse de Bourgogne et madame de Maintenon étoient à sa promenade. Monseigneur se promena de son côté avec madame la princesse de Gonty. — 11 arriva le soir un courrier du marquis de Bedmar; les ennemis ont pris le fort Isabelle. M. d'Alègre devoit
(1) « Vous connoissez M. le marquis de Varennes, et ce qu'il m'est; on le rappelle de Metz, où l'on a envoyé M. de Refuge. C'est sur ce qu'on lui suppoM (|u'il est incompatible, amoureux et qu'il n^a point été à confesse à Pàqœs. Cela le met au désespoir, et il s'en prend à un liororae qui redouble ma peine à cause de M. le cardinal son oncle. Je ne sais encore ce que le roi aura la bonté de taire pour lui , mais nous sommes tous affligés de ce malheur, d'autant plus que les affaires sont mauvaises, et qu'il ne reste de trente-huit années de service qu'une ceinture faite par un éclat de boulet de canon. 11 se dit que la résidence de Metz est très-épineuse. » ( Lettre de la marquise d^Huxeilei, du 13 août.)
AOUT Iîra4. 93
jomdpe le 8 M. de Bedmar avec le détachement qu'il a amené de Tarmée du maréchal de Villeroy. — Le roi a donné le régiment de la Fère , qu'avoit le comte des Marais^ qui vient de mourir deseshlessures^ au fils de M. de risle , qui étoit capitaine de grenadiers du régiment de son père^ qui sert de brigadier en Espagne et qui est neveu de M. de Chartres^ comme TétoitM. des Marais. — On mande de Lorraine que milord Carlingford y est mort; il étoit fort vieux et étoit fort attaché à Fempereur et avoit toutes les grandes charges de la cour de Lorraine. M. de Lorraine n^a point voulu donner ces charges au prince Camille y ne trouvant pas qu'elles convinssent à un prince de sa maison ; mais il lui a donné 2<h^000 livres de pension ^ et a fait M. de Ck)uvonges grand-maltre de sa maison y qui étoit la plus considérable des charges qu'avoit milord Carlingford.
Lundi 11, à Marly. — Le roi ^ qui ne se sent plus de la petite incommodité qu'il eut ces jours passés ^ courut le cerf Taprès^lnée ; Monseigneur et Madame étoiçnt à la chasse. Monseigneur le duc de Berry partit d'ici à onze heores^ et alla tirer dans la plaine de Saint-Denis, où il tua lui seul deux cents pièces de gibier. — Il étoit arrivé la nuit un courrier de M. de la Feuillade^ qui mande que le marquis de Parère étoit venu attaquer deux de nos bataillons retranchés à l'entrée de la vallée de Saint- Martin^ qui se sont si bien défendus qu'après plusieurs attaques le marquis de Parère a été obligé de se retirer après avoir perdu beaucoup de monde. Le roi envoie à M. de Vendôme tous les officiers d'artillerie qui étoient avec M. de la Feuillade , et on lui fait passer par mer des ingénieurs^ des mineurs^ des sapeurs et beaucoup de munitions de guerre^ dont il n'a pas encore assez malgré tout ce qu'il en a trouvé dans Verceil. M. de Savoie , fort mécontent de M. Deshayes, qui en étoit gouverneur, et du comte de Prela, qui commandoit sous lui dans la place, travaille à leur faire faire leur procès. — L'abbé Abeille
94 ' JOURNAL bfi DAWGFAlî.
fut reçu A l' Académie en la fJace éè Tabbé Boîleûu ; on fut très-content de sa harangue.
Mardi 12^ à Marly. — Le roi travailla Taj^rès-dlDée avec M. de Poutchartrain , et le soir avec M. de Chamillart. Sur les six heures le roi et la reine d'Angleterre arrivèrent ; le roi les reçut dans le jardin et les mena d'à bord dans un endroit auprès du mail, où Ton avoit préparé une collation magnifique avec des buffets nouveaux de porcelaine et de cristal sur des tables de marbre blanc sans nappes. Le roi d'Angleterre , messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry, les princesses et beaucoup de dames angloises et françoises étoient à table. La reine d'Angleterre ne s'y mit point, et le roi la mena au pavillon des globes, où le roi d'Angleterre et madame la duchesse de Bourgogne les rejoignirent après la collation y et achevèrent de faire le tour du jardin avec eux. Au retour de la promenade la reine alla chez madame de Maintenon pendant que le roi travailloit avec M. de Cbamillart, et le roi d'Angleterre jouoit dans le salon. A l'entrée de la nuit les tambours, les U<ompette8, les timballes, les hautbois annoncèrent que le feu aUoH commencer ; l'arc de triomphe qu'on avoit élevé par delà l'abreuvoir, autour duquel étoit écrit : Powr Adélaïde, fat illuminé encore plus magnifiquement que le jour qu'on arriva ici; les bords de la pièce d'eau des cascades furent fort illuminés aussi ; le temps étoit à souhait. On avoit laissé entrer dans les jardins une infinité de gens venus de Paris et qui n'embarrassoient point pour la vue. Les rois et la reine étoient dans des fauteuils à la porte dtt salon ; les fusées commencèrent à neuf heures, et tout le feu fut le plus beau du monde, et on laissa brûler ensuite tout l'arc de triomphe. A neuf heures et demie on se mit à table, et durant le souper on chanta les vers qui avoient été faits pour madame la duchesse de Bourgogne et qu'on avoit déjà chantés dès le premier jour qu'on arriva ici. Après le souper le roi et la reine d'Angleterre
AOUT t7M 96
mtournèreiit à SainMîermain ; la plupart des gens qui étoieni venus de Paris pour le spectacle demeurèrent âuis les jafdiâs jusqu^à minuit. -^ M. de Vendôme mande par un courrier^ parti du 7, qu^on travaille à la démoli* tion de Verceil , où Fair est très^mauvais; la maladie se met dans nos troupes ; il ne laissera que quatre batailbus dans la place, et doit marcher le 10 ou le 12 sur la Dma-Baltea. Il campera le premier jour de sa marche à SanUiia. M. de Savoie> qui est toujours à Crescentin, a fait jeter des ponts sur la Doria^ et dit qu'il veut disputer le passage de ee^te rivière à M. de Vendôme ^ ce qu'on ne croit pas qu'il ose faire.
Mercredi 18^ à Versailles, — Le roi tint conseil le matin comme à son ordinaire, et travailla l'après-dlnée avec M^ de Ghamillart. Monseigneur, après le conseil^ alla dîner à Meudou et revint ici le soir. Le roi ne partit qu'à sept heures de Harly pour revenir ici. Il y a eu au voyage de Marly M. l'évèque de Senlis et M. le marquis de Sou* liers> chevalier d'honneur de Madame^ qui n'y étoient jamais venus. [M.le duc] et madame laduchesse d'Orléans ont toiqours été à Saini-Gloud durant ce voyage de Harly et sont revenus ici ce soir. — • M. l'abbé d'Estrées^ qui revient de l'ambassade d'Espagne , salua le roi et en fut brès-bieu reçu. Le comte d'Albert fit la révérence aussi ; ilespèreque 8. M. lui permettra d'aller servir en Espagne, i^ On a des lettres de M. le grand prieur ^ qui est encore & isola délia Scala; il a fait brûler cinq ou six villages «hs Vénitiens^ en représailles de ce que les sujets de la république avoient laissé passer des troupes de Tempereur qui avoient pillé et ensuite brûlé deux villages du Mantouan^ et au retour de cette expédition^ en passant à Desenzano ^ qui est aux Vénitiens , ils avoient partagé avec les habitants du lieu leur pillage, puis s'étoient rembarques sur le lac de Garde.
Jeudi iks, à Versailleê. — Le roi ^ Monseigneur et toute la maison royale entendirent vêpres en haut dans la
chapelle, apr<^s quoi le roi s^enferma avec le P. de la Chaise; il en sortit à six heures pour s'aller promènera pied dans les jardins. — L'ambassadeur de Venise vint ici^ mais il n'eut point d'audience du roi ; il ne vit que H. de Torcy. 11 fit ses plaintes des villages qu'avoit fait brûler M. le grand prieur; mais il fut aisé de lui répondre, caria république s'est attirée cela par sa faute et montre trop de partialité pour l'empereur; cependant^ voyant Tambassadeur de France parti et que le roi ne leur en vouloit point renvoyer d'autre jusqu'à ce qu'ils eussent rétabli leurs franchises , ils s'y sont enfin résolus, ne voulant pas achever de se brouiller avec la France. — Oo eut des lettres de notre consul à Halaga, du 22 du mois passée quiportentquel'amiralRooketSchowely quisesont joints, ont soixante-deux vaisseaux de guerre comme tous les autres avis le portent; qu'ils avoient fait mettre pied à terre à deux mille hommes au cap des Moulins; qu'ils n'avoient pas été plus de demi-lieue avant dans les terres; qu'ils avoient brûlé beaucoup de moulins sur cette côte, où il y en a grand nombre; qu'ils s'étoient embarques avec précipitation et qu'ils faisoient voile vers les eûtes de Barbarie.
Vendredi 15, à Versailles. — Le roi fit ses dévotions à la chapelle et puis toucha quelques malades étrangers; Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne firent aussi leurs dévotions. Il y eut vêpres l'après-dinée^ ou assista toute la maison royale y et après vêpres il y eut procession dans la cour, comme on fait tous les ans à pareil jour. Après la procession le roi s'enferma avec le P. de la Chaise, et fit la distribution des bénéfices; ensuite il alla au salut, et puis entra chez madame de Maintenon; il avoit eu quelque envie de se promener dans les jardins avec madame la duchesse de Bourgogne, mais le vilain temps les en empêcha. — Le roi donna levêché d'Auxerre À M. de Caylus, un de ses aumôniers^ qu'il avoit nommé à l'évêché de Toul à la dernière distribution des béné-
AOIIT 1704. 07
fices et qui avoît prié le roi de trouver bon qu'il ne Tacceptàt pas par des raisons dont S. M. fut contente. L'évèçhé d'Oléron fut donné à Tabbé de Magny^ doyen du chapitre de SaintrHartin à Tours. On donna une abbaye qui vaut environ 1^000 écus de rente à Tévèque de Daz. — La nourrice de monseigneur le duc de Bretagne s'étant trouvée malade^ on a donné sa place à la dame Charpentier. — M. de Pontchartrain apporta au roi des lettres de Château-Renaud^ qui mande que Guay-Trouin , capitaine de frégate^ avoit pris un vaisseau anglois de cinquante canons et deux frégates qui escortoient une flotte de bâtiments marchands. L'action a été très-belle et trèslouée.
Samedi 16, à Ver$aille$. — Le roi alla Taprès-dinée tirer et tua beaucoup de gibier. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne partirent à cinq heures du matin , allèrent courre le loup dans la forêt de Sénart et puis coucher à Saini-Maur, où ils demeureront jusqu'à mardi. Madame la duchesse de Bourgogne fit ses dévotions aux Récollets dans la tribune^ et le soir monseigneur le duc de Bourgogne recommença à coucher chez elle. — Le roi a créé deux nouvelles charges d'intendant des finances, qui ont été données pour 400,000 livres chacune à MM. Guyet et Rebourg. M. Guyet est intendant A Lyon et beau-père du comte de Chamillart le brigadier. M. Rebourg est premier commis de M. de Chamillart et gardera son emploi. — Le roi a donné une augmentation de 4,000 livres de pension à M. d'Usson, lieutenant général; il en avoit déjà 2,000 et une de 1,000 écus comme commandeur de Tordre de Saint-Louis ; il est frère de M. de Bonrepaux. — M. Tévêque de Strasbourg a eu permission de faire coyper dans une de ses abbayes pour T00,000 francs de bois, qui seront portés à la maison de ville et augmenteront le revenu de celte abbaye de 35,000 livres de rente.
Dimanche 17, à Venailles. — Le roi travailla Taprès-
dlnée avec M. de ChftmillaH , et puis alîiàttrtff. Monièigneat le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent au salut ^ et puis se promenèrent dans les jardins. — Il arriva un courrier de M. de Tallard, parti d'Augsfeoûrg le "8 ; ce maréchal y AiTiva le 2, et soh armée joignit le 4 . Lès ennemis, apprenant cette |tHi<Aio6><riïandonnêrent Fridberg et le brûlèrent ; ils *tt bhl Iftg de ûiême dans tout le pays des en Virons , ^t ccfc. par ordrt de leur général. Hs se retirent vers Neuboui^, où Hs otA un pont et oA ils Vétiiftnt repasèfet le Danube. M. le prince Eugène est artivé à Oonawerth ; on dit qu'il attteméavef lui dix-neuï bataillons et trente -esèadrons ; IMtifatelerre est presque toute des troupes de Brandebourg et dé Danemark. M. l'électeur devoit marcher le 9 f&àv aller camper à Biberbach et marcher ensuite à DHing^n^ poar y passer le Danube sur un pont qu'y &t faire M.^de Tarenne dans l'ancienne guerre et qui y a tottjoloirssHbnsfé depuis. M. le maréchal de Villeroy devoit déeam^r le 16 dX)ffembourg et marcher àOppenau, ponr s'approcherdes lignes de Stolhofen. Toutes les nouveU^s d'AUetna^ portent que la Transylvanie est entièrement révoltée, et qu'il ne rest« pluB que denx villes dans le parti de l'empereur.
Lurtdi 18, à Versailles. — Le roi courut leYxifdanslt forêt de Marly , et pais alla se déshabiller an ohAteau M se promener dans les jardins jusqu'à la nnit. Madame la duchesse de Bourgogne prit médecine, et le soîr elle alla chez madame de Maintenoh comme à Tordinaire, et éfirH souper elle alla dans le calnnet du roi. Monseigneur le duc de Bourgogne se promena le soir dans les jardins. On a encore changé de nourrice à monseigneur le duc ds Bretagne ; on a pris la femme d'un garde de la porte, qui n'étoit pas une des retenues. — Le roi a donné l'Intendance de Lyon qu'avoit M. Guyet à M. Trudaine, beaufrère de M. Voisin. — Le roi nous apprit le soir à son petit coucher la mort de madame l'abbessede Fontevrault*,
te
qu'il r^pette exirèmemeDt; c'étoit une fille de beaucoup d'esprit et de .mérite (1). — Ou apprit le Boir que la flotte enoeaiie^ qui avoit pris la route du détroit^ avoit fait mettre pied à terre à quelque infanterie qui avoit pris le château de Gibraltar, dans lequel les Espagnols n'avoieiit laissé que cinquante hommes; on ne sauroit s'imaginer le peu de précaution qu'ont les Espagnols. Quoique cette conquête soit peu importante y cela n'a pas laissé de déplaire ici.
* Cette abbesse de Fontevrault evok plus d'esprit qu'aucun de iâ finnlle , ee qui étoit beaucoup dire , et le même tour qu'eux et plus de beauté que madame de Montespao. Elle savoit beaucoup , et même de la théologie. Son père Tavoit coffrée fort jeune ; avec peu de vocatioo , elle avoit fait de nécessité vertu, et devint une bonne religieuse et une meilleure abbesse, et adorée autant que révérée dans tout cet ordre, dont eHe étoit chef. Elle avoit on esprit de gouvernement singulier, quise jouoit du nen et qui auroit embrassé avec succès les plus grandes affaires. Elle eoavoiteuqoiravoientattirée à Paris dans le teofips du plus grand règne de sa sœur, qui Taimoit et la considéroit fort et qui la fit venir à la cour, où elle fit divers voyages et de longs séjours, et c'étoit un contraste assez rare de voir une abbesse dans les parties secrètes du roi et de sa maîtresse . Il goûtoit fort cette abbesse , à qui tout ce qu'il y avoit de plus élevé en rang, en place et crédit faisoit la cour et qui conserva presque une égale considération après Téloiguement de sa sœur. Sa nièce, qui lui succéda tout aussitôt par ces raisons et qui étoit religieuse de Fontevrault ^ auroit paru une merveille si elle n*avoit succédé à une tante si extraordinaire. Elle lui succéda toutefois en piété, en sage administration , en grande considération et dans rameur et le respeet de son ordre.
Hardi 19, à Versailles. — Le roi, après son dîner, alla chez madame la duchesse de Bourgogne, à qui la fièvre prit en sortant de la messe; elle avoit donné le matin audience aux deux nonces et à quelques ambas-
(i}« Madame l'abbesse de Fontevrault est morte en trois jours; c'est une perte, et madame de Montespan, qui a appris cette mauvaise nouvelle par te père géaéral de rOnitoy% , son directeur, a réfugié 6a douleur à rancien hMel de Créqu}, auprès de M. le duc et de madame la duchesse de Lesdi- Sttières. ^ ( Lettre de la nuii quise d'Huxelles^ du 20 août. )
100 JOURNAL DR DAJNGRAIT.
sadeurs ; la fièvre prit par frisson, qui dura deux heures, et elle lui dura tout le jour. Le roi, en sortant de chez elle, alla travailler avec M. de Pontchartrain, et puis retourna chez elle. Cette fièvre a fait prendre le parti au roi de .changer toutes les dispositions qu'il avoit faites pour le reste de la semaine ; il manda h Monseigneur, qui est revenu de Saint-Maur à Meudon, qu'il n'iroit point y passer quelques jours comme il l'avoit résolu. Monseigneur reviendra ici demain de Meudon ; il y avoit fait préparer un beau feu d'artifice, qui sera retardé, aussi bien que le feu que la ville de Paris devoit faire jeudi et où messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry et madame la duchesse de Bourgogne dévoient aller. Le roi alla sur les six heures se promener à pied dans ses jardins. — Il arriva un courrier de M. le maréchal de Villeroy, parti d'Oberkirk le 17. Son armée tient depuis Oberkirk jusqu'à Erlach, et n'est qu'à deux lieues'des retranchements de Bill, où les ennemis n'ont que dix-sept bataillons et peu de cavalerie; c'est le comte de Nassau- Veilbourg qui les commande; on ne dit point si on les attaquera.
Mercredi 20, à Versailles. — Le roi donna audience Taprès-dlnée à M. de Mantoue, dont le mariage avec mademoiselle d'Elheutest entièrement réglé; mais on n'en dit point encore les conditions. S. M. alla ensuite se ]^omener àTrianon,et le s^ir, chez madame de Maintenon, elle travailla avec M. de Chamillart. La fièvre avoit duré à madame la duchesse de Bourgogne toute la nuit , mais elle s'en trouva entièrement quitte à midi ; on espère que ce sera une fièvre qui n'aura aucune suite , car madame la duchesse de* Bourgogne fut tout le jour debout et est fort gaie. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry revinrent de Meudon. — Quand la Touanne mourut sans avoir assez de bien pour payer ses créanciers, le roi se chargea d'acquitter toutes ses dettes; on trouva parmi ses effets une obligation de 60,000 écus c|ue lui devoit
le marquis de Béthune; le roi lui en quitta 40^000^ et pour payer les 20^000 écus restant il a vendu son gouvernement d'Ardres à M. de Montmaur, qui a servi longtemps dans le régiment des gardes et qui lui en donne 60,000 livres.
Jeudi 21, à Versailles. — Le roi, en allant à la messe, nous dit qu'il avoit reçu de tristes nouvelles de Tarmée de H. de Tallard; on ne sait encore cela que par un courrier du maréchal de Villeroy, à qui les ennemis qui sont aux lignes de.Stolhofen ont envoyé un trompette chargé de plusieurs lettres d'officiers de nos troupes prisonniers, à qui on a permis d'écrire ; presque toute l'infanterie de l'armée de Tallard a été tuée ou prise; vingt-six de nos bataillons se sont rendus prisonniers de guerre et les douze escadrons de dragons que nous avions là. On ne sait ce qu'est devenu M. le maréchal de Tallard , on le croit pris; mais comme il n'y a point de lettres de lui et qu'il y en a beaucoup de nos officiers prisonniers qui n'en disent rien , on craint encore plus pour lui que la prison. La bataille se donna le 13 et dura depuis huit heures du matin jusqu'à la nuit; on ne sait si M. de Bavière et M. de Marsin y étoient. Les lettres des prisonniers de Hochstett sont du 13; il y en a^ de MM. de Blansac, Montpeiroux, Hautefeuillç, le chevalier de Croissy et de Dénonville. On ne sait aucun détail; on sait seulement que l'affaire est très-màuvaisp et très-cruelle pour nous. M. de la Vallière, qui est pris aussi, mande que son frère, le chevalier, a été tué. Dénonville mande que Marsillac est tué. Blansac mande qu'il a vu, le matin de l'action , Nangis et le prince Charles, qui sont tous deux de Tarmée de M. de Marsin, et c'est ce qui fait croire que l'armée de M. de Marsin a combattu aussi ; mais dans toutes les autres lettres il n'y a rien qui le puisse faire croire , et pas un des officiers de cette armée-là n'est nommé parmi les prisonnier^. Le roi soutient ce malheur-là avec toute la constance et la fermeté imaginables; on ne sauroit mar-
103 JOURNAL DE DAISGEAU.
quer plu» de résignation à la volonté de Diea et plus de force d'esprit ; mais il ne cmnprend pas que vin^tHsix bâtai lions françois se soient rendus prisonniers de guerre. Le roi alla tirer raprès-<iinée , après avoir donné âne longue audience à l'abbé d'Estrées sur les affaires d'bpagne avec la même tranquillité que s'il n'eût pas reça une funeste nouvelle. Les ennemis avouent qu'ils ont perdu dix mille hommes à cette bataille. — Madame la duchesse de Bourgogne passa toute la journée ddsout et n'eut aucun ressentiment de fièvre.
Vendredi 22, à Verêailks. — Le roi, en se levant^ lut tout haut une lettre de M. de Marsin, écrite du 16 de Yillingen , ^ur l'iller, à deux lieues d'Ulm ; c'est au marédial de Villeroy qu'il écrit. Il lui mande que son armée est en fort bon état , que tout ce qui s'est sauvé de l'armée du maréchal de Tallard l'a jointe que H. l'électeur de Bavière est avec lui> et que, se trouvant trop foibles peur résister aux ennemis ei) ce pays-là depuis la perte de la bataille , ils avoient résolu d'alx^ndonner la Bavière et de se retirer sur le Rhin ; que H. Félecteur vouloit suivre notre fortune jusqu'au bout; qu'ils marcheroient le 17 et viendroient en six jours à la hauteur de Villingen, où ils espéroient le trouver avec son armée. Le maré^^l de Villeroy, ayant reçu cette lettre, s'est mis en marche sans attendre les ordres de la cour; on compte que la joactioB se fera aujourd'hui ou demain. M. de Marsin ne mande aucun détail des morts ni des blessés; mais Dubois, car pitaine de cavalerie , qui a apporté cette lettre au maréchal de Villeroy, a dit que Zurlauben, Blainville et Clérembault ont été tués; il nomme encore plusieurs autres officiers, à ce qu'on mande de Tarmée du maréchal de Villeroy, où il est demeuré; mais comme il netoét point au conibat, il ne peut qu'avoir ouï dire ces détailslà à Ulm, où il étoit et d'où on l'a fait partir, Ce qu'il y a de certain, c'est que nos trois armées ont combattu; que nous avons perdu trente-sept bataillons de l'armée de
AowT 1704. m
li^ manière dont iU «^ V>Q( i^'Q^Hf 9^ 9^ ^'est deye^H M. de T^f^î m Ifî fiNt »WII«iwer ^ussi, ^t m ^sufe que 9f>u fijy^a été ^essé ^ Qj^rt"". — Ui roi a^lla Tapr^^r dUiéc^e^mW 1^ cefC, et^ quoiqu'il iioit fox*t lei^siblç à 1^ WUY^i^ DouyeU^i il A']f ^ ^1^1 cban^ei^ent à sa vie, null^ j^t^tioA dwi soa vii^ç pi da^3 s^s discours. |^ P. de 1^ Cb^fi^ li)i avQÎ^ grépçtré ui^ discQ)|irs de co^^solatipu. mais \^ poi l'a prévenu dès qu^ilç qut été seuls enseqabJe, ^\ G& bon père uqusi 9, dit que Si. 14. lui avoit parlé avç.c ^( de piété^ tapt de r^si^natiou ^ la vo^ontié de Qieu çt slY^c taut de force at tant d^ courte qu'il ne lui a ^a? mis p^ih;^ si grand et ^ digpe d'admiration ;; il cqusçJç leç famille doQt on dit qu'il y a eu des gei^ tués. — ypirxnéedell. 4^ Mar^w f (5^m^piaH\^ cpjptf e celle du pviqcjç ^^gèna et ^ tonj^ji^s çu Tavfintage; il a pris méu^ç trois pairçs de timballeii; mai^ Tarméç ^e M. 4^ T^Uard a été coupée et accablée par Tennemi.
*G0lte battyiUe, qui a été le eommaieeHieiil de uo« gNuds mwY et Jf livit de m» génesaux de gi»itt et oç^ de yaérite, ^ la pl\w i|Lffoyabl^ avû sesp^ vue d^uis bien d,eç siècl^. ^e ^ui Test davantage eit la (^rodi^eme fortune que fit depuis, par la cour, celui qui la perdit, et WO conrimença de faire incontinent après, absent et prisonnier. Bbnsac et DénonWHe^à la persuasion desquels il fit mettre les arm^s bav à vîogt-sîx bataillons entiers et frais ((u'il cainroandoit dam le vil- 1|09 de {^l^tlievB, «( qi^nfitf <l'<|u(rfs ep turent perdus et nç servirei^de \^uf Yje; Déi^onville ménoe fi^t cîissé , et ne s'est guère montré depuis. Cette bataille est si connue et dans tous ses surprenants détails et dans ses surprenantes suites qu*it est difficile de n'y pas recon- Dohre la main immédiate de Dieu , qui aveugle ceux qu'il yeut perdre^ •I qu'il eitÎButile de s'y Rendre. On ua peut m l^viser d'a^^^er q^p Qj^embi^ i parve9U à être lieuten^ot gfUEiéral, ^e sQit al|é noy^r dans Ig paauhe dep^ur d'être tué, et que la iparéchale sa mère, n'eu entendant point parler, n'en eût jamais parlé non plus, pour ne pas troubler son froid et sa tranquillité naturelle.
Samedi 23, à Versailles. — Le roi donna le matin Tabbaye de Fontevrault à madame de Vivonne, qui étoit
J04 JOURNAL DE OANGEAU.
grande prieure de la maison ; elle n^a pas quarante ans, mais il y en a vingt qu'elle est religieuse ^ elle est la €ar dette des filles du maréchal de Vivonne , nièce de la feue dbbesse et de madamede Montespan. — Monseigneur alla A Meudon^ où il demeurera jusqu'à ce que le roi y aille.— M. de la VriUière reçut des lettres de M. de Basville, qui lui mande que Roland^ principal chef des fanatiques, avoit donné rendez-vous à sa maîtresse dans le château de Gastelnau auprès d'Uzès ; que Parât , brigadier des troupes du m, en ayant été averti, l'y avoit investi; que Roland avoit voulu se sauver avec sept ou huit de ses camarades ; un de nos dragons Ta tué^ et on a pris presque tous ceux qui Tavoient suivi dans le château. On a de> puis fait brûler le corps de Roland et on a fait rouer oeui qu'on a pris eu vie. — Dubois, 'que M. de Harsin envoya d'Dlm à M. le maréchal de Villeroy, compte parmi les gens tués à la bataille Courtebonne, lieutenant général, le comte de Verue^ Maisoncelles et Chabanois, et parmi les blessés M. de Seignelay.
Dimanche âfc , à VersaiUes. — Le roi travailla l'aprèsdlnée avec H. de Chamillart, et puis alla tirer. — Il a^ riva un courrier de M. le maréched de Villeroy, parti le 31 de Biberach , où M. d'Antin est venu de Hornberg lui apporter une lettre qu'il avoit reçue du maréchal de Ibtf' sin^ qui écrit de Butteling du 20 ; [il n'a point été suivi par les ennemis; il doit séjourner un jour ou deux dans cet endroit, qui n'est éloigné de Yillingen que de cinq lieues ; il y sera joint par Chamarande, qui amène les troupes qu'on avoit laissées dans Augsbourg et dans Henmiingen. M. de Marsin ne parle ni des morts, ni des blessés, ni des gens pris dans la bataille ; il n'écrit que pour sa jonction avec M. le maréchal de Villeroy; M. Télecteur de Bavière est avec Ml de Harsin. On n'a aucune nouvelle certaine de H. de Tallard que par une lettre que milord Marlborough écrit à la reine Anne, par laquelle il lui mande que ses troupes ont gagné une bataille eom-
plète et qu'il a dans son cari^osse M. de Tallard et deux généraux françois. M. le prince de Bade n'étoit point à la bataille ; il assiégeoit Ingolstadt^ qu'on croit pris.
Lundi 25, à Vermilles. — Le roi, après avoir travaillé Taprès-dinée avec M. Pelletier, alla tirer dans son parc; il avoit donné audience le matin aux députés des états de Languedoc ; l'archevêque de Narbonne portait la parole. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et dé Berry et madame la duchesse de Bourgogne allèrent à vêpres, et en sortant de la chapelle madame la duchesse de Bourgogne et H. de Berry allèrent à Meudon voir Monseigneur, firent collation avec lui et revinrent ici pour le souper du roi. Monseigneur le duc de Bourgogne avoit eu envie d'aller avec eux à Meiidon , mais il demeura ici pour le salut. — On reçut des lettres du roi d'Espagne , qui mande que M. le comte de Toulouse, avec sa flotte, avoit passé à la hauteur d'Alicante. On avoit avis, par d^aulres endroits, que cet amiral avoit passé près d'Yvice; ainsi ces avis se rapportent; il fait voile vers le détroit, où il auroît grande envie de trouver encore la flotte ennemie. — On a donné à M. Arnould, intendant général de la marine, la direction de la compagnie de Tassiento, qu'avoit M. des Aguets; il y a 1,000 écus d'appointements à cet emploi. — Saint-Pol a remonté à la hauteur de Brest; il rencontra quelques vaisseaux de guerre anglois ; il en a attaqué un plus fort que le sien et lui a donné la chasse. Perrière , qui commandoit un autre vaisseau sous lui, en a pris un à l'abordage qui étoit plus fort que lui aussi; mais en entrant dans le vaisseau qu'il a pris il a été tué et son frère dangereusement blessé. Le capitaine en second a amené le vaisseau pris âc Brest.
Mardi 26, à Versailles. — Lei*oi travailla Taprèsdinée avec M. de Pontchartrain, et puis alla tirer. MM. les nonces eurent le matin audience du roi, dans laquelle ils lui dirent tous deux ensemble que M. de Modène dé-
106 JOURN^^ PE p^iriGEAU.
savouoit son envoyé à Lisbonne d'avoir reconnu Tapcki^ duc roi d'Epagne ; qu'il espéroit d^e la \)mi& de &. |^ que le mauvais procédé de oe aûni&^re ne nuirait poiat à son maître^ qui ne reconnoissoit pQi^^ d'aufcie vojk d'Espagne que Philippe V^ et que le$ nonc^ ^ lfaMdri4 avoient ordre de dire la même chose a\^ ro$ d'Espagne. — M. de Mulazzano^ envoyé de Gènes., prit soas^udieoc^ de congé du roi . — On apprit la mort du cardia IMfini*, qui étoit nonce en France il y a q\^^ues a^^ et qui y fut fait cardinal ; il vaquç par si^ mor^ ^n seizième chapeau^ et Ton croit que le p^e pourvoit hi^ faire une promotion à Noël. — L^ordinaire d'Esp^ae arriva 9 et on apprit q^e le marquis d^ Yilladari^ ^V0C un assez gros corps de troiipes, marchoi^ vers Qibr^^ pour empêcher les ennemis de s'y établir, e^ que le fljw- (}uis de Canales avoit été ôté du despacha^ et qu'on avoit rendu son emploi à Riyas.
* Ce bon Delfini , étant ici nonce, aUoit franchement à t'opéra et entretenoit une maîtresse. lie roi le souffrît quelque temps; nm comme il étoit alors dans une grando dévotion pour lui et pour ht autres , il lui en fit parler, et de sa part, te nonce , «'en s'embarras^itfi répondit qu'il étoit bien obligé au roi, mais qu'ij a'ayoit jamais spi^à être cardinal par la France. Il continua comme s'il n'eilt point été averti, fut cardinal en partant, et reçut des mains du roi sa barrette.
Mercredi 2T, à Meudon. — Le roi trarvailla V^èsidlnée à Versailles avec H. de Chamillart, et pui$ vii^t ici- Monseigneur le reçut sous les marronniers, çt y fit venif toutes les calèches pour la promenade. Monseigneur le duc de Bourgogne, madame la duchessie de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry étoieflt venms ensçfl^lîlç et étoient arrivés avant le roi. On se proiuenfi dans les jardins bas et hauts jusqu'à la nuit ; on vit cornmen<«f l'illumination avant que de rentrer d^ns le château ; la décoration étoit belle, grande et m^nifique; un peu avant neuf heures le feu commença, qui fut très-beau. Toutes les princesses sont du voyage ; il y a deux grand»
AOUY IMH. 107
table» oomme à Harly. — On reçut le matin à Versailles, au lever du roi, des lettres de M. de Marsin et de plusieurs officiers de son armée du 21, qui sont venues par Huningen; on eut la confirmation de la mort de M. de Blainville * et du comte de Verue ; on apprit aussi que Maisoneelles^ major général de l'armée de Tallard, MM. d'Albarède^ de Gassion , de Bouc9, de Saint-Second avoient été tués. M. de Chamillart reçut des lettres de Courtebonne, qui, bien loin d'être mori> comme on Tavoit dit, n'est ni blessé ni prisonnier. H. de Marsin ramène avec lui deux mille sept cents soldats et plusieurs officiers de Tinfanterie de M. de Tallard. Hicousse, noire envoyé auprès de V . l'électeur de Bavière, revient en litière ; il a un coup s^\ trs^ver» du corps; il ^nande à M. de Torcy qu'il croit qqe ce coup n'est pas dangereux. 1|. l'électeur a paas^ à Ifemmiogea, où il a vu madame l'électrice et ses deux fils ainéf^ ; il ne les ramène point en France, comme ondisoit; il learenvoie àMunicb après lui avoir laissé des ordres de ce qu'elle avoit à iaire. JNoua avons mis quatre mille hommes dans Ulnx ^ moitié troupes do France , moitié tro\ipes de Bavière ; on y a fait porter tous qos blessés qui n'o|it pas pu suivre l'armée, et on a donné ordre à cette garnison de se rendre quand ils seront attaqués, ei) cas qu'on leur donne une bonne capitulation pour eux et pour les blessés; sinon de se défendre tout le plus qu'ils pourront. — Il arriva , durant la messe, à Yersaille^is , un courrier de M. le maj^hal de Villeroy; ses lettres sont du ^k au matin ; il étoit à une lieue de VilliDgen et marchoit ce jour-là vers Donesçhing, où il devait joindre le soir M. de Marsin ; tous les gens de cette armée-là mandent que le pauvre Clérembault se noya dans le Danube après la bataille.
* Blainville étoit frèK des duchesses de CbeTreuse, de Beaavilliers et de MoinemaFt, qui eu furent outrées. Il alloil au iilua grand , et a?ec iPettefiqe valeur 4e (Qua les Cc^efti avoit toutes M)§ partief de capi-
106 JOURNAL DE DANGËÀU.
taine; au deiiieuraot fort avant panni les disciples de la Guyon. Marillac seformoit fort , étoit le fils unique de Marillac , et sans enfants de la sœur du duc de Beauvilliers, et un fort aimable caractère. Le comte de Venie étoit le mari de la fameuse maîtresse de M de Savoie, dont il n*a point eu d*enfants dans le monde , et qui avec la fille qu*ellp a eue de M. de Savoie acquit ici longtemps depuis un crédit de bricole et de richesses directes infinies. La Baume, fils aîné de Tallard, et nouveau marié sans enfants* qui mourut incontinent après de ses bles- 8ures> fut fort regretté.
Jeudi 28^ à Meudon. — Le roi se promena le matin et Taprès-dinée dans les jardins , et le soir il vit chez madame de Main tenon le feu que la ville de Paris donnoità madame la duchesse de Bourgogne devant les galeries dn Louvre sur Teau. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry et madame la duchesse de Bourgogne pa^ tirent d^ci après diner et allèrent descendre à Paris ^ au Louvre ^ dans Tappartement de la reine, qu'on avoit fait meubler magnifiquement, et virent de dessus le balcon qui donne sur la rivière les combats des bateliers et tirer Foie. Us montèrent ensuite dans les appartements hauts et dans la grande galerie y puis descendirent pour voir le feu de la ville, qui fut magnifique et très-bien exécuté. Après le feu on servit le souper, qui étoit de deux tables de dix-huit couverts, où mangèrent toutes les dames qui avoient eu l'honneur de suivie madame la duchesse de Bourgogne ; il y avoit deux autres grandes tables dans un autre endroit pour les courtisans; et tout cela servi par les officiers de madame la duchesse de Bourgogne. Après souper on remonta en carrosse, on passa par le Pont-Neuf, par le quai des Théatins, pour voir l'illumination des galeries du Louvre ; le spectacle fut fort beau par le nombre infini de peuple ; les gens considérables étoient ou dans les galeries du Louvre, ou dans les maisons du quai vis-à-vis, ou sur les échafauds dont les deux côtés de la rivière étoient bordés. On revint ici à minuit et demi ; le roi étoit déjà couché. — Il arriva un courrier de Cadix venu pour des affaires par-
ticulières. M. dePontchartrain^ quidevoit venir travailler avec le roi Faprès-dlnée ^ apporta à S. M. une lettre que le duc de Gramont écrit par ce courrier, qui a passé à Madrid. La lettre est du 19 ; il mande que M. le comte de Toulouse étoit le 15 à la hauteur de Malaga^ faisant toujours route vers le détroit. On compte que la flotte ennemie est encore à Gibraltar ; s'ils y attendent M. le comte^ nous entendrons bientôt parler apparemment d'un grand combat. — M. de Chamillart manda au roi le soir que M. de Silly étoit à Claye , qu'il viendroit demain ; il étoit prisonnier avec M. de Tallard, et M. de Marlborough a trouvé bon que M. de Tallard Tenvoyât ici au roi.
Vendredi 29^ à Meudon, — Le roi se promena tout le matin et toute Taprès-dlnée dans les jardins ; Monseigneur est toujours à cheval à côté de sa chaise dans les promenades. — M. de Chamillart arriva de TÉtang^ et amena avec lui M. de Silly*, qui, comme prisonnier, n'a point d'épée ; le roi, avant son diner, fut enfermé longtemps avec eux. On apprit par lui que M. de Tallard étoit blessé d'un coup d'épée, qui n'est pas dangereux, et d'un coup de pistolet dans le bras, qui n'a fait qu'une grosse contusion ; il a la fièvre, et on le mène à Hanau auprès de Francfort avec la plupart des officiers considérables qui sont demeurés aux Anglois. Ce milord a donné la moitié des prisonniers au prince Eugène, qui commande les troupes de l'empereur. Dès que la bataiUe fut gagnée , les ennemis mandèrent au prince de Bade qu'il n'avoit qu'à discontinuer le siège d'Ingolstadt, parce que, H. Télecteur ayant perdu la bataille, ces places ne songeroient plus à se défendre ; on ne se loue pas de notre gendarmerie et de la cavalerie de M. de Tallard, qui n'ont pas combattu Fépée àla main, comme ils avoient accoutumé ; ils ont tiré, et les ennemis, au contraire, qui tiroient toujours dans les autres combats, sont venus l'épée à la main ; ils avoient quarante-huit escadrons plus que nous de ce côté-là. M. de Tallard a fait tout ce qu'un bon et brave
110 JOURISAL BE DAFiGEAU.
général pou voit faire , et a été pris par M. de fienbnvg, aide de camp du prince de liesse^ n^ayant pu rallier sa cavalerie. Les officiers de la gendarmerie ont payé de leurs personnes et sont tous demeurés , quoique leurs troupes les abandonnassent ; nous en avons eu beaucoup de tués et de pris. Dormoy^ qui en étoit major ; le petit de Saint-Valery^ fils unique ; Mondia^ qui n^a que deux scBurs ; le cadet des enfants de Busea, le second fils du marquis d'Étampes^ ont été tués. Plancy^ qui eommandoit une compagnie ^ est dangereusement blessé, tiasnoa n'est pas mort , il est dangereusement blessé. Je mettrai la liste des tués, blessés et prisonniers quand je l'aurai. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme^ qui, ayant présentement tout ce qui lui est nécessaire pour un siège , marche à I vrée ; la plaee doit être investie le 1 *' septembre.
* Silly, très-simple et plat geutilhomine de Normandie, vers Séez et Lisieux , étoH un homme parfaitement bien fait , d'infiniment d'esprit, d'une grande valeur, qui avoit de grandes parties de guerre, une ambition effrénée, et quoi que ce soit de ce qui en peut refréner les moyens; Tesprit emé , et de l'élequmce , qui en le -faisant irès-bieD parler, le àiîsoit ttop s'écouter. C'étoit rbemme le plus propre à publier et à exténuer [«<c] les fautes de Tallard : aussi n'en choisit-il poiit d'autre , et il y réussit par delà ses espérances , quoique le début le dût étourdir par le ridicule qu'on lui donna de paroître sans épée et par le dépit marqué avec lequel le roi lui commanda de la reprendre. l\ retourna joindre Tallard en Angleterre , où ils se brooillèreiit teUement que cela fut irréconciliable, apparemment sur choses qui ne £»soient honneur à l'un ni à l'autre , puisque leurs plus intimes amis n'ont jamais pu pénétrer rien d'approchant de la cause. Silly avoit eu le régiment d'Orléans , et étoit bien avec M. le duc d'Oriéans. Il fit même quelque temps un peu de figure dans sa régence , mais aveeune impertinence qui dégoûta. l\ s'attacha à madame la Duchesse dans ee temps de faveur ; il mit le nez dans la compagnie des Indes et s'y enrichit, et s'attacha si bien à elle qu'entre tous les pieds plats que M. le Duc flt chevaliers de l'Ordre en 1724 elle y fourra Silly, dont le nom de Vipart dut être bien étonné d'une décoration si fort au-dessus de sa portée. Sa catastrophe fut le pot au lait , mais plus folle et plus hnette : elle mérite d'être raeontée. H cultiva Monrille, minîstra et secrétaire d'État des affaires étrangères, qui se piquoit d'espnt,
de tBvoir tft ëe bien dire , et Morville se prit à son éloquence et à romement de «on esprit. Tl lui confia même l)eaucoup de choses . et le eoBsaltoK avec «rue déférence qui tourna la tête à Silly. Son château en Espace fiit d\y aller ambassadeur, et d'y être fait grand par le crédit de Morvitle et la protection de madame la Ducliessc , et à son retour d'être fait duc et pair et ministre d'État. Il se reput de ces idées jusqu'à ce que tout d'un coup M. le Duc fut remercié et i\Ior- ▼ille expulsé. Quelle chute pour Silly ! Toutefois il ne quitta point la partie, quoiqu'il edt désormais affaire, ainsi que toute la France, à M. le cardinal Fleury, qui eut le chapeau bientôt après , et à M. Chauvelin , ddùx visages pour Tni entièrement nouveaux ; sa fiante [.Ytc] opinion de soimékne retaipéeha donc de se désespérer. Il se mit à tâcher de s'en faire oomdître, pour s'en faire goûter après et les subjuguer ensuite comme MorvHIe ; maisils avoienttrop peu de loisir et lui trop peu d'accès. Il crut y suppléer et se le procurer par l'assiduité , et se mit à ne bouger de la poirte du caî*dinal pour !e voir entrer et sortir à toute heure. Cela dura pkîs d\ui Ml. Enfin , soH que le cardmal fût averti , soit que la chose même lai devint suspecte , il s'arrêta un jour à lui , en rentrant pour din^, en présence d'une infinité de monde , et lui demanda fort poliment s'il avoit quelque chose à lui dire. Silly répondit que non avec force compliments. Le cardinal répliqua civilement , mais sèchement qu*il nVloit pas accoutunié à voir des gens comme lui à sa porto , et qnHI le prioit de n'y plus venir quand il n'auroit point affaire à loi. Ce ftit un éoap de foudre , qui {)énétra d'autant plus Silly que les spectateurs étoient nombreux et qu'il avoit compté circonvaller le cardinal par ses plus intimes amis. Il s'en alla dîner chez lui à la ville avec bien du monde qu'il avoit prié, etfaisoit grande et délicate chère. Il y parut outré, et à la fin il éclata en plein dîner contre le cardinal à faire baisser les yeax h tout le monde. II continua à se soulager de la sorte ; mais il sentoît bien qu'il ne faisoit par là que rengréger son mal. Il coula près d*un an de la sorte, puis s'en alla passer l'hiver chez lui et dit qu'il étoit malade j renvoya le peu de gens qui l'y venoient voir ; car ses nouveaux grands airs avoient déserté le voisinage. Il se mit au lit et y demeura plusieurs jours. Ses valets, qui ne lui voyoient aucim mal , se iegardoîent,son chirurgien surtout, qui entra depuis au duc de Lévis, et ^uî ne loi trouvoit point de fièvre. Enfin le dernier jour, s'étant levé un moment, il se reooueba et renvoya tousses gens. Sur les six heures du soir, déjà inquiets de ce qu'il faisoit ainsi seul et sans rien prendre , ils entendirent quelque bruit dans les fossés plus pleins de boue que d'eau. Ils entrèrent et écoutèrent à la cheminée un peu de temps ; l'un sentit du vent de la fenêtre et la voulut aller fermer ; un autre leva doueemeotle rideau du lit , et tous deux furent épouvantés , l'un de ne trouver personne dans le lit , l'autre de voir la fenêtre ouverte, et les
pantoufles au bas en dedans. Ils coururent aux fossés, le trouvèrent et le retirèrent palpitant encore et tombé de façon à gagner le bord s'il eût voulu ; peu après il mourut entre leurs bras. Il étoit encore conseiller d'État d*épée, et avoit une sœur qu'il laissait réellement mourir de faim, qui eut de quoi se consoler de sa mort. Il étoit devenu infiniment riche , et n'étoit point marié.
Samedi 30, d Versailles. — Le roi, après avoir dîné à Heudon , alla se promener à Marly et lîe vint ici qu'à la nuit. Monseigneur demeura à Meudon. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne revinrent ici tout droit. — Le chevalier de Livry arriva de Farmée de M. le maréchal de Villeroy, qui fut joint le 25 par H. Félecteur de Bavière et par M. de Marsin, qui ramènent du moins avec eux quarante mille hommes. On a appris plusieurs détails par le chevalier de Livr}^; Zurlauben , qu'on avoit dit blessé légèrement , Test fort dangereusement et de plusieurs coups ; il est demeuré à Ulm; M. de la Baume, fils de M. de Tallard, y est demeuré aussi; il est blessé au genou, mais Tos n'est pas cassé; on croit que la blessure sera longue, mcds elle n'est pas mortelle. Le fils aine du marquis de Béthune, qui étoit ambassadeur en Pologne , demeura sur le champ de ' bataille fort blessé sans qu'on le pût retirer; ainsi on le croit mort. — M. Orry* est revenu d'Espagne depuis quelques jours ; il a vu les ministres et leur a parlé avec beaucoup d'esprit pour se justifier. Je ne sais s'il les a persuadés , mais il y a apparence qu'on ne le reverra pas en Espagne et qu'on n'est pas tout à fait content de ' la conduite qu'il a eue en ce pays-là. — M. de Tracy**, qui a été longtemps dans les gardes du roi et qui avoit été renfermé depuis, est mort; il avoit une pension de 2,000 francs sur l'ordre de Saint-Louis, que le roi a donnée à Davignon, aide-major de ses gardes.
* Orry, sans madame des Ursins, n'avoit pas beau jeu en Esp^% etTauroit eu encore plus vilain ici s'il y avoit trouvé M. deBerwickde
AOITT ilM. 113
retour. Il falloit {ï) Tessé qui y alloit et pour lui H potir s;i pro-
teetrioe, et hasarder du reste uu voyage très-scahreux avee madame de Maintenou, protectrice secrète, et par son propre intérêt qu'elle \ croyoit attaché, pour ne perdre pas le gouvernement de U£spague, dout madame des Ursins étoit venue à bout de la leurrer tant qu'elle-même Tauroit; de quoi ne venoit-on pas à bout.
**Ge malheureux Tracy étoit un des galants hommesde France en tous points: valoir, honneur, fidélité, vertu, esprit, ambition honnête, partics de guerre , actions brillantes , estime et amitié des généraux, bien a?ee le roi, mieux avec madame la princesse de Gonty, avec Monseigneur, avec les dames. Il fut souffert fou et dangereux bien plus longtemps qu'on ne le devoit, à la cour et dans le monde, où il n y avoit point de sûreté avec lui , par compassion et par regret ; il en fit tant qu'on Téloigna , et tant encore qu'on l'enferma. Il n'étoit point marié, et ne fut pas le premier de sa race attaqué de ce cruel malheur. G'étoit un gentilhomme peu riche , mais de fort bon lieu et bien foit.
Dimanche 31 , à Ver$aille$. — Le roi fut longtemps enfermé Taprès-dlBée avec M. de Mantoue ; il le mena ensuite chez madame la duchesse de Bourgogne , et puis le ramena dans son cabinet. Le roi avoit mis à son-côti^ une épée de diamants magnifiques ; il dit à M. de Mantoue : « Je vous ai fait généralissime de mes armées en Italie, il est juste que je vous mette les armes à la main, » tira son épée de son côté et la lui donna. c< Je suis persuadé, ajouta le roi , que vous la tirerez de bon cœur pour mon service. » M. de Mantoue est charmé des bontés de S. M. et viendra prendre congé d^elle durant le voyage de Marly . — Le roi reçut les compliments de la ville de Paris, qui apportoit le scrutin des nouveaux échevins, comme cela se fait tous les ans. S. M. remercia le prévôt des marchands du beau feu d^artifice que la ville fit pour madame la duchesse de Bourgogne, et lui dit qu^elle et messeigneors les ducs de Bourgogrne et de Berry Favoient trouvé parfaitement beau. Le roi sortit sur les six heures et alla se promener à trianon. Monseigneur revint de
i ; <> mot t9X rpsto en blam* T. \.
114 JOURNitL DE DANGRAtJ.
Atendoiï , cfiÉ it fetôtfrnerra demain, et ne retrèiAlra jlbats iéi c[tf après* lé voyagé de Pôriftfiilifebteâu'. -^ D fipriv* on courrier de É. lé marêcbâl dé Vîtfëf 6y ; léè {ifbilp^ ^ê M. rélecteur de Bavière et M. de Mafsin ràEménent sont arrivées à Offembourg .
Lundi i**' sèptmére, é VeràaUlêE. — Le pot prft mddecirie ; il né thrt pWnf dé conseil Pa]^è*«fl«fe , (ïtfÔi<}o*il en tienne toujours les joui^s qtfîï s^ i>^r^è'. -^^ ff. rfé Chàteauneuf, qui étoit toujours dtemeure à Slàdrid auprès d(e la reine d'Espagne depuis son ambassade de Portugal, en est revenir. Lir reine d'Espace fait toujours ée grandes instaficé^ en fetve^r dé la pritiWè.<l!^e des'lft^ind; èHt fttthaîtoïf qu'ion ta renvoyât en ÈspéigAe , ef elle denïâDde qu'au moins on lui permette c(e revenir ici, afin qu^elIe y puisse justifier sa conduite ; mais le roi^ qm n'en est pas content^ refuse Fun et l'autre^ et veut qu'elle retourne en Italie. LL. MM. GG. ont donné à son écuyer,^ qu'on appelle d'Aubigny, 2^000 ducats de pension et un logement dans Madrid. — Le marquis de Ver vins* fut assassiné ces jours passés à Paris y devant la maison de madame de Miramion ; il est blessé de plusieurs coups d'épée, dont on espère pourtant qu'il n'en mourra pas. Les assassins ont fort blessé aussi son cocber, qui le vouloit défendre. On accu<^ de cet assassinat l'abbé de Grandpré , son conno germain^ qui venoit de perdre son procès contre lai, et l'on n'en doute plus depuis qu'on a su qu'il étoit en fuite.
^* Vervins étoit un gar^n bien fait et d'esprit , qui avoit de la valéifr et n'étoit pas saus tafents , et fort agréablement dans lé motùtL ftprétendit êtr."»' des aftcieûs toiniûgesf, et p'étit-*tre ëteU-Tf ^àî. Ste ^ étoil pfeA^iér ifiaître d'hcTtel du roi et gendre ait marécM FMNit II mourut jeune en 1063, un au après isou bdau-r^re, et laissa son Ois enfant. It se trouva cousin germain du duc, d'Harcourt, ^j^ndre de la sœur de sa mère , et fort dans la liaison de M. le Duc. Il ^itta die bonne heure le service et ne se maria point. It t\k pliïiieQrs âlfiiéé? dans le grand monde sans servir, puis sans cause se mit à &ire de longs séjours à la campagne, et toujours fort accueiUi quand il reveooit. £nfin, il se oonfina dans une de ses terres, où il vécut pliliriears années
SÉrt-ElVMÉ 1704. 1/5
tortt seul, sans cwtee dé #éti*arte, de éhïigfih m de pâutreté ; câV 9 étoît riche et aisé, et ceqoi est fort étrange^ sans sortir de son fit, qaoiqn'il n'eût pas la moindre infirmité. En lui ouvrant son rideau on loi appdrtoit un ouvrage de tapisserie, où il travailloit tout le jour, et recommençoit le lendemain , dlnoit et soupoit dans son lit, y faisoit ses affôires, le peu quMl en avoît, et y voyoit le peu dé gens ^u'ÏÏ ne pouvoit éeonduire, et encore rarement, lisoit quelquefois, et tout éela sany donner la moindre marque d'égarement d'esprit. 11 y mourut dans tMe. persévérance de vie.
Mardi 2, à Tersailleê, -^ Lé i^oî dontia audience à ({iMiques ministres étrarigéï^j et ][)uis tint le chapitre des difetàlîefsfdè l'Ordre , dans lequel le^ preuves du ïnarqùis dé Bédmar îittéM admises; nous étions ses cymnfrissaireiè, M, le tnarécbal de Bouffle^ èi nroî: L'après-dlnéë, S. S. travailla aveè M. dèPontchartrani, et puis ^'allà promenef» dans les jardins avec madame la duchesse dé Bbtirg'ogne. — M. rélèètetfr def Bavière est arrivé à Strasbourg; Û avoît espéré qti'dne partie dès troupes qu'il avoit laissées à Munich le joîrfd^oie*t à Duftingeri, atarit qfu'îl repassât les m^nttfgriè^; et il y avoît même séjourné quelques jours dans cette espérance-là; mais il n'en à eu aucunes nouvelles. Il n'a repassé aveclnî de ses trouves que vingttrois escaApoiïs et cîriq bataillons ; nous av^hs èri à lâ, bataille d'Hoèhsteft des régîtnerits d'infanterie, levés depuis denx aris, ^ui ont acquis beâticotip de réputation, entre autres celui de Ghabrillant; le fcoloflel et ses deuî^ frères, èa^fîtAines dtos ce régiment, y ont été tués; ils étoietft tWis trois cadets de leur maisoti et ëhevfiliers de iflalte. — Les officiers du régiment de Champagne, qaï étoieni de l'armée de B. de MarsiW , se ^ont cotisés et ont envoyé 2,000 écustfurégitaetlt de Navarre, qui a été ^ris.
Mercredi 3, à Marly, — Le roi tf^availlà l'après-dlnée à Versadlles avec M. de Chamillart, et puîè vînt ici, où il se promena jusqu'à la nuit. Monseigneur partit de Meudoïi pour aller coucher à Fontainebleau ; monseigneur lé duc de Berry et madame la princesse de Conty sont avec lui; M. le duc d'Orléans, M. le Duc et M. le prince de
110 JOUKINAL DK DVJSGKAH.
Couty le doivent joindre incessamment. Madame la duchesse de Bourgogne partit de Versailles à trois heures , alla à Saint-Germain voir la reine et la princesse d\\ngleterre, et, en arrivant ici, alla joindre le roi, qu'elle trouva à la promenade ; monseigneur le duc de Bourgogne y étoit avec lui. Le roi a amené ici le marquis de Silly, qui n'y étoit jamais venu et de qui il apprend toujours quelque détail de ce qui s'est passé à Hochstett. — Il arriva le matin un courrier de M. le maréchal de Villeroy ; ses lettres sont du 31. Il est campé sous Kehl, et a envoyé le marquis de Coigny avec les troupes qu'il commande camper sur les hauteurs de Weissembourg ; le prince Eugène , qui est revenu dans les lignes de Stolhofen, faisant mine de vouloir passer le Rhin. — ^ Le roi nous dit à sa promenade qu'il ne revenoit de la cavalerie de l'armée de Tallard que seize cents cavaliers à cheval et huit cents qui mènent par la bride leurs chevaux malades; la maladie sur les chevaux a été fort grande dans cette armée-là; et, depuis Ulm jusqu'à Kehl, on en a perdu plus de quinze cents en chemin.
Jeudi ky à Marly, — Le roi, après son dîner, courut le cerf dans son parc; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche ; Madame étoit dans une autre petite calèche. — Nous avons appris par M. de Silly, à qui H. de Marlborongh l'a dit, que la reine Anne avoit envoyé ordre à Rook et à Schowel de chercher la flotte de France pour la combattre, et le roi ayant ordonné à M. le comte de Toulouse de chercher la flotte angloise, il y a apparence que nous entendrons bientôt parler d'un grand combat, d'autant plus que M. le comte le souhaite fort pour sa gloire particulière, et qu'il croit ses vaisseaux si bien armés que cela peut réparer l'inégalité du nombre. — Les ennemis n'avoient point de pain pour en donner à nos prisonniers, car ils en manquent souvent pour eux-mêmes. M. de Tallard, pour remédier à cela, a fait un traité avec le munitionnaire de Hollande, à qui M. de
SLPriîlIVIfiRE 1704. 117
Harlborough a ordonné de le faire au même prix que pour les troupes angloîses ; et M. de Tallard s'est obligé pour 50^000 écus^ dont H. de Harlborough est caution. — Le troisième fils de M. le prince d'Harcourt, qui étoit capitaine de cavalerie , a été pris à la bataUle et est blessé considérablemMit.
Vendredi 5, à Marly, — Le roi fut longtemps enfermé avec le P. de la Chaise , et puis se promena dans ses jardins. Il nous montra à la promenade une lettre qu'il avoit reçue de Monseigneur^ qui lui conte fort agréablement le détail des chasses qu'il fait à Fontainebleau^ qui est le lieu du monde où il aime le mieux être. — On a reçu des lettres de Flandre qui marquent que le marquis de Bedmar a été contraint de revenir à Bruxelles, où il est très-malade , et ce seroit grand dommage^ car il n'y a point d'Espagnol plus attaché à son maître et à la France ni dont on ait tant de lieu d'être content. — Le marquis de Coigny écrit du 31 de Lauterbourg ; il mande qu'on ne sait rien encore de positif des ennemis, mais qu'ils tiennent leur pont de Philipsbourg en état^ qu'il peut être rétabli en trois heures de temps. M. le prince de Bade est à son château de Rastadt, M. le prince Eugène et le milord Marlborough y sont avec lui ; ils ont laissé leur armée auprès de Philipsbourg. Ils font courre le bruit qu'ils vont former le siège de Landau; mais la saison parolt bien avancée pour une pareille entreprise y et même leurs armées sont fort diminuées par la bataille et par les grandes marches.
Samedi 6^ à Marly. — Le roi entretint longtemps le P. de la Chcdse le matin, et il courut le cerf l'après-dinée. Madame la duchesse de Bourgogne étoit dans S9, calèche , et Madame dans une autre petite calèche ; on prit deux cerfs, et les deux chasses furent très-belles. M. de Torcy vint sur le midi à la promenade du roi et lui apporta trois lettres : une du roi d'Espagne, une de la reine et une du duc de Gra mont au-dessus de laquelle il y a : « Au Roi , de
lis JOU^AL DfL DAISG^AU.
qi^ la ^lot^ poursuit vivement celle des ensemiç ap^ an loom^^at qui a duré dix heures et qui a été furieux *, ^ Le dedaps de la letti^e explique plus en détail le fait dont voic^ cfi qu/B j V rjçtenu , le roi ayant fait lire la lettre tojil l^^jut cl§ya»t Aov^. jL|e Éfouv^rnçur id.e ^^hf^ fit ppri^r le 27 un courrier par lequel ilmandoit 4JUL. miH.CC. qj^y l,e Si* , U y aypit eu up gr^n4 coml^ qui. aypi^ duj;é 4^ pyis dix ^eurç^ du matiu jusqju'à hif it heures ; que les e^^emis avoient toujours eu le vent ^m pous ; qu'ils qV ycÂçnl pçint voulu veu^ à Tabord^S^ y f^ uousles^vions mis en fuite; qu'ils se retiroif ^t vers }^ côtes de Barbari/^; que nous les suivions de près ; que le yent ^o^ étotf v^au f^yor^ble après leur ^^raite ; (fpjd jicpis pe^t^ts b&timenti n^rchands^ qui ^voien^t yu ^e /combat > a^surpieni qu'il y ' avoit huit vaisseaf^ ei^(^fa}s entièrcpient démâtés et douze autres séparés de la fi^te. Le roi /et la reine d'&pagine .épriyent des lettres plus ple^nçs de r^oo^oissaoce que jami^is.
"^ M. le comte de Toulouse mouroit d*envie de recommencer le lendemain. Retipgue, blessé à mor^, Vm pressa p^r y^e jlettre; le marécbil de.Cg^uvres s'y ctoit rendu; jp^ d'O, le MçjitQr ^e la flotte et coitfre l'f vi^ duquel le <y)mte de Tpuloi|isc avoit défense précise de faire quoi que ce soit , s'y opposa avec luie froide , muette .et suffisante opiniâtreté qui, comme son crédit auprès du roi et de madame de Maîntenon, le dispensa, en mer comme à la cour, d'esprit et de raisons. On sut après que la seconde viotoire aujcoitité plus sûre et plus mée que la preauène, et que G^^raltiai' q^ui [9] tant .et.s^ vainement coûté depuis en auroit été le fru^t. Le comte de Toulouse s'acquit un grand honneur en cette campagne, et son gouverneur y en perdit peu, parce qu'il en avoit peu à perdre en ce genre.
pittiçHche 7, à Marly, — Le roi tint le conseil le nçatiij comme à l'ordinaire, et alla tireur Taprè^-dinée apr.ès avoir travaillé avec M. de Chamillart, — La nouvelle ou'on çegjut hi^er de 1^ flotte , par la lettre dvi gouverneur de ji^aga^ tait esp^er un grand ç.t heureux événement; j^is on n'en aura pas sitôt la nouvelle, puisque les enne* mis )^ Retirent à JLac6te de Barbarie. Ou prétend qu'ils
SEPTEMBRE â7jM. 119
voBi eotre ^itajx et MeUila^ qui sont deux places aux Espagnols; la Médileccanée fait là uoe mamère de golfe , et nos galères fiouff oient nous Àtoe là d'une grande utilité . -^•M. de ia fiauqift , fils du maséchal de Tallard^ est ararivi à StiBsbourg; sa blessure ne va pas hien, et on le croit en gcand danger. M. l'jéleoteur est deocienré à Stcasbou^g , et MM. les maréchaux de Villeroy et de Itarsin ont mafdié Viiis fiagneaaM. Les ennemis font les démonstratians de gefis jqvû vottdsoient passer le Hhin et >venir droit à Landau; ils n'ont fait aucun détachement ni pour la Hongrie ni pour l-ttalie. Us n'aoi point songé à attaquer Ulm; lotttds leurs troupes sont ensemble. Oji a appris que M. deGaasion, lieutenant de gendarmerie ^ et M. deiBissy. mestce ijte camp de eavalerie^ sont morts à LJlm de leurs blessures, (ki mande de Lorraine^ à Madame , que le ftioce de Iloilibecqae est mprt aussi de ses blessures.
UiêuK if à Ifarly . — Le roi travailla l'i^rès-dlnée a.vac M. PeUatier^ et puis alla tirer. — Depuis deux jaurs il n'est arrivé aucun courrier d'aucune armée; on n'a su das nouvelles que par l'ordinaice. Les lettres d^fispagoe pojcteoA qu'il y a de grands changements dans le conseil ftqive le comte de Monterey y est rentré; c'jest le présidi^Qt de Castille qui a toute la confiance du roi ejt de la tmm. 1^ roi ne seniarera point en csaipagne ; x)o n^ croit ^mèine qne les tcpupes soient en état d'yentr^; nous avions faeaiicoup de soldats joaalades, et les hôpitaux 3ont Awl dégarjUs de tout ce qui l^ws seroît n/éc€vssa|re. — 0|i 4ppr«o4 P^ ^^^ letkes d'Angleterre que la reine Anne «enfin cona^iNb que le parlement d'Ecosse ne passM; point d'ac^ pour la sucoession que tous les démêlés entre les Ai^gloîs et les Écossois ne fussent finis , et il est pr§^ue 9àr que jamais les Anglois ne consentiront aux dea^aodes d^ Écossoûs ; cela est presque contre leurs intérêts , outre IWersion naturelle qu'il y a entre ces deux natioas. — IL le maréchal de Tallar^ doit être arrivé du 3 à Hanau. — L'eaupecaur a fait milord Blarlborough prince de rem-*
120 JOURWAL J)K DAl^GKAU.
pire et il lui donne un ^ade dans la guerre au-dessus même des feld*maréchaux ; la reine Anne perinei à ce niilord d^accepter ces honneurs^à. — M. d'Avaux fht taillé à Paris pour la seconde fois ; l'opération fut fort rude. — I^ roi a donné à Tournefort, lieutenant de ses gardes y le gouvernement de Seyssel qu'avoit d'Ormoy ; il vaut 1,000 écus de rente.
Mardi 9, à Uarly. — Le roi, après la messe, monta en calèche avec madame la duchesse de Bourgogne , et alla courre le cerf; il revint dîner ici avant que la chasse fAt finie. Monseigneur le duc de Bourgogne, qui ne court plusguèresle cerf, alla tirer laprès-dinée. Sur les six heures le roi, la reine et la princesse d'Angleterre arrivèrent ici. Le roi , madame la duchesse de Bourgogne et toutes les princesses les allèrent recevoir dans le jardin. S. M. avoit travaillé toute Faprès-dinée avec M. de Pontchartrain ; il se promena longtemps avec LL. MM. BB., et puis il mena le i-oi d^ Angleterre jouer dans le salon avec madame la duchesse de Bourgogne; il laissa la reine d'Angleterre avec madame de Maintenon, et puis s'enferma jusqu'au souper avec M. de Chamillart et M. de Druy, le lieutenant général, que M. de Marsin a envoyé ici, où il est arrivé dès ce matin. La princesse d'Angleterre soupa avec LL. MM.; elle étoit à la droite du roi son frère, monseigneur le duc de Bourgogne à la gauche du roi et Har ame au-dessous de monseigneur le duc de Bourgogne. Madame la duchesse de Bourgogne, qui avoit la migraine bien forte, ne se mit point à table. Après le souper toaie la cour d'Angleterre retourna à Saint-Germain , fort contente des honneurs qu'on avoit rendus & leur petite princesse. — M. de Druy partit de l'armée le 4 au soir; ce joiu^là M. le maréchal de ViUeroy étoit allé visiter Landau; toute son armée alloit camper sur la Quiesche, et M. de Marsin devoit joindi'e le lendemain avec la sienne. Ou a mis dans des quartiei*s séparés les débris derarmée de M. de Tallavd ; la maladie est grande parmi leî> che-
SEPTKMBRt 1704. l*il
vaux de celle petite armée. iH. l'électeur de Bavière éloil encore à Strasbourg^ résolu de joindre MM. les maréchaux si les ennemis passent le Rhin^ comme il y a grande apparence. M. de Druy a trouvé^ en passant à Strasbourg^ le marquis de la Baume à Fextrémité^ ce qui fera le comble du malheur de M. de Tallard. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, parti du 2 de devant Ivrée; nous y avons des batteries établies^ et on a travaillé à des communications entre ces batteries; il y a sept bataillons dans cette place^ qui n'est point circonvallée , et les ennemis ont mille chevaux au delà de la Doria. M. de Vendôme espère en peu de jours être maître de cette place. Il y a beaucoup de malades dans son armée; il en a détaché l3?eize escadrons et un bataillon, qu'il envoie à M. le grand prieur.
Mercredi 10, à Marly, — Le roi vit M. de Hantoue^ qui vint ici à deux heures; on croyoit que c'étoit pour prendre congé de S. M.^ mais il a souhaité d'avoir encore rhonneur de la voir quand il passera à Fontainebleau en s'en retournant en Italie ; il doit partir pour cela de Paris à la iin du mois. Après Taudience S. H. travailla avec M. de Chamillart, et puis se promena dans ses jardins avec madame la duchesse de Bourgogne. Monseigneur le duc de Bourgogne partit d'ici le matin ^ alla dîner à VersaiUes chez madame la maréchale de la Mothe^ et puis partit en chaise de poste pour Fontainebleau. — Il arriva le matin un courrier de H. le maréchal de Villeroy; ses lettres sont du 7. Il mande de Germesheim^ où il est^ que les ennemis commencent à passer le Rhin sur leiu* pont de Philipsbourg ; toutes leurs troupes sont ensemble, et ils disent toujours qu'ils veulent faire le siège de Landau. — Il arriva un courrier de M. le grand prieur, qui est toujours à Isola délia Scala; tous les démêlés que nous avions avec la république sont accommodés, et nous avons retiré les troupes que nouis avions au château de Sanguiuetto.
122 JOUIIJ^AL DE DANK^JEAU.
Jeudi i\, à Sceaux. — Le roi partit de Marly après son diner; il avoit dans son caj^rosse madaoaue ia duchease 4e Bourgogne , Madame^ madame la 4i]iCbes9e d'iOrléans^ madame la Duchesse et la ducbesse àsy Lude; il pseaa à Versailles; où il demeura mieheiwe; il fit ses OAisçattas, ^ ji^la voir ii^ouseigneur le duc de Bi^to^Ae^ et il amva ici sur les cinq heures. ^ 11 monta dans mu petit soufflet en arrivant , et madame }a duchesse de Uoxu^ogn/d dans vn autre^ qui fit mettre madame du Maine avec die ; ils se promenèrent jusqu'à la nuit. |(ad9)m.e la duchesse ât Boiu'gogne joua ensuite au lansquenet a.ve^ les prûicesses^ pendant que le roi fut enfermé chez madajne de )Iaintenon avec M. de Pontchartrain. A neuf heures Ip roi entendit une musique italienn/e chanti^e par kts jnosiciens de M. le duc d'Orléans; H. le duc de Nevjars avait fait les paroles , le roi en fut très-content ; ensuite il y eut un petit concert d'instruments. — U arriva le matjji à iiaxly un courrier d'Espagne qui avoît des paquete du duc de Gramont pour M. de Torcy, qui les a|i}>oirta auroi, qui étoit encore dans son cabinet ; il y avoit des paqoete aussi pour M. de Pontchartrain. Le rni fit revenir le coju> rier après être entré chez madame de MainteAon, et ouvrit les paquets de M. de Pontchartrain, qui étoît à Paris. Il y avoit une lettre du marquis de Roye pour sa femme, que le roi eut Fhonnéteté de ne point ouvrir ; dans ces paqnttte il y a une relation du duc de Tnrcjis, qui .commande tes galères de Gènes qui sont au service du roi d'Espagne, et cette relation porte que M. de Villefete^ qui commaiidoit notre avant-garde, avoit défait celle d.es enoeoûs, qui étoit toute de vaisseaux hollai\d/^j^ ; le v^^^^^a^ d^e H» de ViUette (1; avoit un peu souffei^ 4'une jj^mhç qvi
( 1 ) Le dommage qu'avoit soulTert M. de VilleUe par une bombe n'a pas été bien constant. On dit que ce fut un boulet de canon qui donna dans ce qu'on appelle les œuvres mortes , et qui lit tirer quelques movsqiNtipi , «(
SKJPTJËMBRE 1704. ÏU
y étoit iowt)fèe ; que, le 25 au matin , uous poursuivions encore J^l ^tj^ .emiepiie; que le vent nous ^toit devenx^ ii^vorable , ïj^i^ qu'il étoît devenu pi fort que M. le comte avoi(t été obligé d'envoyer ordre ajux gajièi^es de retourner à Malâga; ainsi on ne sait eAcor/ç j4en ni des détails ijii de la ^uite 4u coqib^t. M. le lowquis de Royie mande à |f • de P/oK^haiimijQ xpe ^ ReUngue a eu la jambe empodrtée , que d'Herbault , intendant de 1% flirte , éto^ 4^gereusement blessé au col, que d'Uerbault , son frè^e, capitaine de vaisseau, avoit eu la jambe ejoQportée, qu'ils s'étaient £ait m^ettre sur los galèrt^ et éloient arrivés à ilala^a, où nous avoios établi nplrfi bOpito^.
Vendredi 12, 4 Fi^ntainfbkau- — L^ i;oi partit à dix jbauces de Sceiaux ; il vint àlfxey au PJles^is et ç^riva ici à quatre b/eures. |Ionaeigi(ieur avoit couru île sanglier ici U watip , jBt le duc de I9, ftocbe-Guyon, ,q.ui étoi(t à la chassç avec lui 9 fut blessé au genau d'un coup de iusil chargé à balle, qui heureusement u'a fait qu'une grosse çootusipfli; ce coup lui a été tiré par un des ofiicj^r^ du vaudrait, qui es^ au désespoir de ce malheur-là. — J'appris que Kigauville, qui a été longtemps sous-lieutenant des xn ousquetaij^es noirs et à qui le roi donna Thivei* passé le gouvernement de l'Ile de Ré , étoii mont dans son gcMIK^Aen^i^nt. — ^P^r les lettres .qu'on reçut hier de Madjrid , le roi d'Espagne prioit le roi de donner grâce à Gaba#*et) qu'il avoit envoya is^rvir &ur Iql flotte et qui y a eu la jambe emportée. iGabaret avoit été longtemps
bWa^ plusieurs perionnes. M. de Villette , qui coi^ipandoitrav^t-l^i'di'. et qui avoit quinze vaisseaux ou environ , croyant son vaisseau liors de combat , au Heu de passer sur un autre vaisseau et d^envoyer seulement hors de la lif^nc Je vaisseau eadoimoagé , fit foire up mouveoieot à toute Tavant-garde qui la rendit inutile pour le combat et qui pouvoit être fort dangereux. Heureusement le général Schowel, qui vit le mouvement , crut que M. de Villette avoit dessein de Tattirer en a^bt et agissoit |)ar ordre, ce qui lit qu'il n'osa profiter d'une 4wto ausfl^ fSf^jffjfiifaJblt. ( Jffiifi dM dMc dfi J4fifne$. )
capitaine de vaisseau en France^ mais il se battit en duel il y a deux ans et fut contraint de quitter le royaume; le roi a mandé au roi d'Espagne quHl n'y avoit rien qui lui pût faire accorder grâce pour un duel et qu'il n'y avoit pas songé en le lui demandant.
Samedi 13^ à Foniaintèleau. — Le roi courut le cerf Taprès-dlnée avec les chiens de M. du Maine. Madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche; Monseigneur et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasse. Monseigneur le duc de Bourgogne alla tirer. Le soir il y eut comédie, qui devoit commencer à sept heures ; mais on n'y alla qu'à huit^ parce qu'on voulut savoir les nouvelles qu'apportoit le chevalier de la Blandiniëre, aide-major de la marine , que M. le cx>mte de Toulouse envoyoit au roi et que M. de Pontchartrain amena an roi chez madame de Mfldntenon sur les six heures et demie. M. le comte de Toulouse a eu tout l'avantage au combat qui fut donné le S^. Il y a donné beaucoup de marques de son courage ; il est loué généralement par tous les officiers; mais nous n'avons pas laissé d'y perdre beaucoup de monde. Nous y avons eu quinze cents mar telots ou soldats tués ou blessés; nous y avons perdu M. le bailli de Lorraine^ fils de M. le Grande et Belle-Isle- Erard, chef d'escadre ; le marquis de Château-Renaud, capitaine de vaisseau, a eu la cuisse emportée ; le fils du maréchal de Château-Renaud , qui étoit sur le vaisseau de son cousin, y a été tué; Ducasse, chef d'escadre, a été fort blessé; lechevalierde Comminges, d'Alincourt, quiétoient sur le vaisseau de M. le comte, ont été blessés; deux ou trois des pages de M. le comte de Toulouse ont été tués et quatre ou cinq blessés ; il y a beaucoup d'autres officiers encore tués ou blessés, sans compter de Relingue, lieutenant général j et les autres officiers que nous avons ma^ qués avant-hier. Le roi, très-content du bon compte que lui a rendu la Blandinière , l'a fait capitaine.
Dimanche 14-, à Fontainebleau, — J'appris la funeste
nouvelle que le duc de*Montfort^ mon cendre, avoit i^të tué(l).
Lundi 15; à Fontainebleau. — Le roi donne la charge de lieutenant des chevau-légers de la garde à M. le vidame d'Amiens^ le seul fils qui reste à M. de Chevreuse^ et il donnera 100^000 écûs aux enfants du duc de Hontfort; il a permission de vendre sa charge de sous-lieutenant; mais le roi a fixé le prix afin que Imécourt^ le plus ancien des cornettes , y puisse monter sans qu'il lui en coûte rien ; ainsi M. le vidame ne vendra que la cornette qu'avoit Imécourt. Il y avoit encore une cornette dans cette compagnie qu'avoit eue M. de Montfort et que le roi lui avoit laissée à vendre pour payer une petite partie de ses dettes ; le roi Ta laissée encore à vendre pour payer une partie des créanciers.
Mardi 16, à Fontainebleau. — Le roi a donné beaucoup de charges vacantes dont voici la liste : Commissaire général de la cavalerie, à M. le marquis de la Vallière ; la
(1)« Les ennemig ayant ftassé le Rhin è PhiHsbourg, on ne douta point qu'il» n'asnégeasfient Landau, etM. le maréchal de VUleroy Toolant, par une préToyance oniiBairc aux généraux qui saY^st (me leur métier, y faire entrer un convoi, quoique la place soit hîen munie de toutes choses , M. le duc de Montfort lui demanda cette commission, et promit de l'exécuter a^ec deux cents maîtres , oeqiri fut accordé à ses pressantes instances. Ce duc marcha aussitôt pour exécuter des ordres dont il avoit avec tant d'empressement souliaité d'être chargé; mais la tête du convoi commençant à entrer dans la ville, il vit paroltre les hussards des ennemis et voulut marcher à eux : il les chargea et les poussa fort k>hi ; mais il sauta dans une colonne de cavalerie dont plusieurs «cadrons se détachèrent et repoussèrent notre cavalerie jusque dans les haies d'un village où M. de Montfort avoit laissé trente grenadiers à cheval, dont le Umbonr lit nn si grand bruit que les ennemis crurent le village farci d'infanleiie. Ils s'arrêtèrent vis^-v»» tes haies, d'où notre cavalerie fit un grand feu, auqpiel les ennemis répondirent par un autre supérieur. M. le duc de Montfort y reçut un coop dans les reins qui ressortoit par le bas-ventre ; il fut aussitôt pris que blessé, mais cinquante carabiniers, qui s'en aperçurent, firent demi-tour à droite, poussèrent les ennemis avec une valeur incroyable et reprirent M. le Hue de Montfort, qui mourut à Umdkandel , à on/e heures du soir (le 13 septembre), regretté généralement de toute l'armée. »► { Mercure de s(>f>tembre, iviees 430 à 433. )
126 JOURNAL Wt D><Tt5*AU.
majora de là ^èiiâètèmetië, kU.àu Plesisis^là^^Oû^ée ; ht compagnie des gendarmes de monseigneur le duc dé Bourgogne , vàcanite par la tttorl de M. de Gassidr^ aa nfiar<]fui$ de Castelmoi^on ; les deux sous-Heufenances dans la gëndâ!]^merie, à M. de Mériiirville ^ mestre dé 6amp de cavalerie ^ et à H. dé Bu2eiïvâl; capitaine aft régiment des ctrirassref^ ;. renseigne des gendarmes de monseigneur le duô de Bourgogne^ à M. de Marembac> major du rëgimenf de cavalerie d^AAJou ; les guidons dans la gendarmerie, à MM. de SaintrAbre, Oécy, Méré et Bumesnil; le régiment de cavalerie de Bousk ^ à M. de Massembakjle régiment du cbêvalier de Bissy, i M. d'Estagnol ; le répment de H. de la Yallière, & H. de Fontaine ^ mestre de caiûp réformé ; le régiment deLanguedoc^ à M. d'Argèlos, lieutenant-colonel; le régiment de Nivernois, auctrevalier de Livry ; celui du cheVaJier de' tivry, au chevalier de Belsunce; là pénTsioti de 4,000 livres sin^ Tordre de Saioi- Louis, à M. de Ràbutrn , Heutenant-colonfet de Silléry ; h gouvernement de Béthune^àH. Dupuy-Vauban à condition de payer 8,000 livres par an à M. de Champigny; celui de nie de Ré, à M. de Mennevillette, capitaine auxgardes. — M. le maféchal dé Vlllercyy; n'étarft pomt en état de soutenir Landau et d'èmpécher le passage 3e la Quiesche, les ennemis étant la moitié plus forts que lui , a jeté dans landau huit batailloiïs, outre la garnison, qui éloit déjà un régiment de cavalerie et un régiment de dragons, y a fait entrer de Targent et tout ce qui y est nécessaire pour une longue défense. C'est Lanbanie, Ireutenant général, qui en est gouverneur et qui a sous lui deux brigadiers d'infanterie qui sont gens de réputation; et M. le maréchal de Vîlleroy s'est ensuite retiré avec son armée sous Haguenau. Il y a une grande mortalité sar notre cavalerie.
Mercredi 17, à Fontainebleau. — Le roi envoie M. le maréchal de Tessé pour commander Tarmée d'Espace. Il y avoit des embarras en ce pays-là sur le comraandf-
SEftÈMBkK 4704. f27
ttèûf, pstcë tpié le pWnce de Tzerclaês et M. lè dnc de Berwick éteîenf tous deux capitaines généraux; cette égalité de rangfaisoit toujours des disputes entre eux ^ que le foi d'Espagne ne vouloit point régler^ et il a prié te roi, Itri-mème, d'y envoyer xtti maréchal de France, qui commandera ses troupes aussi bien que celles du rôi. Le maréchal de Tessé n'est pas trop en état, par sa mauvaise Sjïiêy flè* faire ce voyage; mais ïè i^ol a désiré pour son ^itvîcé qu'il marchai^ et il fiartii^a daûs quinze jours, et ïé ^c de Bèfwiôk reviendra dès que M. de Tessé sera arriva*, ta dûches'se de Berwick devoit partir de Sa'iirf- Ge^main ces jours-cî pour aller passeï* Thiver afvec soiï ÊKarî éh Êèpagne', et on lui a mandé d'ici de n'e point fatîre ce voyage pour cfeûx raisons qu'on lui explîqueroit. -^ Hèidaîîïë de Ch'àtiOoh , dame d'atours de Madafne , se tff ftiïf-e là grande opération; elle a choisi ce lieu ici pDiîf se fâ faire faire, afiù que Maréchal, premier chirurgien âxi rôî , piit toujours être auprès d'elle. — Hier iMâatnë fet coniffessé d'Auvergne^* mourut à Paris ; elle avdif été longtemps huguenote; elle s'étoît convertie, et ^ iriorté commef une sainte.
* Le rôi d'Eâpi^oe, sur qui la reine sa femme pouvoit tout, étoit outré di|. défjart de madame des Ursius et d'Orry, son ministre. 11 ue put souffrir les témoignages que M. de Berwick avoit rendus de TiuiâSètité de sa conduite et de Teffronterie de ses mensonges sur tout ce 4â*ff distilt prêt, où oDue troùvoit rien. Il fut donc saérrflé h Orry, comme l'iHAé ffEMré^ yenoit de Tétre à la princesse, et on prit im prétexte qui if étoit point.
** La comtesse d'Au?ergne s'appeloit Wassenaer, de noblesse liollandoise. Le comte d'Auvergoe en étoit devenu si amoureux qu'il Pépôîush (ii^esliùe àusâîtô't que' sa femme fut morte, (t eut permission de TAifkefièlr à ^ariâ, ^lioîque protestahite, dans respérance de (a convertir. tHe réàfflit fort en oe pays-ci par une douceur, une politesse , une verta et un- maintien qui suppléoiqnt àTesprit, et tous les Bouillon eurent |)our elle toute Tamitié possible çt une considération véritable. Madame Chardoii, femme d'un célèbre avocat , Tun et Tautre 2^lés luigiïéhofs , tfès-ÎDStruits , et tous deux parfaitement convertis, fit condOimince avec, elle , et comme son zèle et son talent étoit de ramener
128 JOIIHNVL OK DANTfKUT.
à rKglise ceux qui $(* trouvotont dans les même erreurs oii elle avoit été , elle entreprit la ex)iiversiou de la comtesse d'Auvergne, et rétigtit ù faire d^une très-honnéte et vertueuse femme une sainte. Cette madame Chardon Tétoit elle-même , et n'étoit appliquée qu'aux bomies œuvres en tous genres. La comtesse d'Auvergne n'eutfpoim d'enfants , et mourut peu après d'une hydropisie de vents , maladie fort rare et fort singulière.
Jeudi 18, à Fatilainebleau. — Ije roi eut des nouvelles de M. de Vendôme du 12. Il y a deux brèches à Ivrée, mais elles n'étoient point encore assez grandes poiur qu^on pût tenter un assaut; on alloit attacher un nouveau mineur, après quoi la place ne tiendra pas longtemps. M. de Vendôme, qui veut prendre les troupes de la garnison prisonnières de guerre, a fait faire un pont sur la Doria et a fait passer de l'autre côté de cette rivière deux brigades d'infanterie, quelque cavalerie et quelques dragons , afin que, la place étant investie de ce côté-là comme de Tautre , la garnison ne pût se retirer. Les maladies qui étoientdans notre armée diminuent fort depuis que nos troupes sont campées sur des hauteurs, et iln^y a point de mortalité dans les chevaux. M. de la Feuillade a quitté Pignerol et Sainte-Brigide; il a laissé quelques troupes dans la Pérouse et marche avec huit bataillons et un régiment de dragons pour aller par la Tarentaise joindre M. de Vendôme après le siège d'Ivrée. — On eut nouvelle que .Court, brigadier, avoit défait la plus considérable troupe des fanatiques que commandoit Ravanel; on leur a tué deux cent cinquante hommes, et on croit Ravanel mort.
Vendrediid^ à Fontainebleau, — Le roi reçut des lettres de M. le comte de Toulouse du 7 de ce mois et de devant Malaga, où ce prince étoit mouillé avec toute sa flotte. Il avoit appareillé pour retourner encore comlmttre les ennemis, qu'on croyoit k Gibraltar; mais dès qu'ils ont su que la flotte de France se mettoit en état de les venir combattre encore, ils sont rentrés dans rOce^ii, après
avoir laissé dans Gibraltar le prince de Darmstadi avec M. de la Corsaneet deux mille hommes de leurs meilleures troupes. Le duc de Gramont^ qui a envoyé le courrier, mande de Madrid du 8 , du 9 et du 10 , car sa lettre est de trois dates différentes , que le roi d'Espagne a ordonné à H. de Villadarias de faire le siège de Gibraltar (1), et
(1) La prise de Gibraltar ne coAta pas cher aux Angloîs. Leur flotte s'étant Approchée de la viUe et Tayant canonnée pendant longtemps et jeté ses bombes, le gouverneur se rendit sans qu'il y eût aucunes troupes de débarquées.
M. de Pointis, qui étoit grand homme de guerre et plein de valeur, flt une faute à ce siège qu'on ne peut presque pas croire. Il avoit treize vaisseaux et étoit dans le détroit même pour empêcher les convois. Longtemps après Tentreprise de M. de Villadarias (car le siège fut très-long, c'étoit dans le mois de septembre), un convoi des ennemis, escorté seulement de six vaisseaux, ne voyant point d'autres moyens de réussir que de hasarder de passer les nuits sous le feu de notre canon, d'autant plus que Gibraltar avoit un besoin trèspressant de l'arrivée du convoi, les Anglois prirent le parti de tout risquer. Un des ofliders de M. de Pointis, ayant aperçu les vaisseaux ennemis , demanda permission de tirer. M. de Pointii» ne le voulut jamais , quelques instances qu'on lui flt et quelque facilité qu'il y eût, à une pareille distance, que treize vaisseaux en missent six hors de combat.
M. de Visconti étoit chai^ de cette entreprise, avec M. de Villadarias. M. le comte de Toulouse envoya M. de Gensien, aujourd'hni capitaine de vaisseau, pour s^informer de M. de Visconti si les ennemis avoient des magasins et pour savoir si les Espagnol? avoient besoin de secours. M. de Visconti lui n^pondit que les Anglois n'avoient point eu de projet formé pour ce siège, que les circonstances les y avoient déterminés et qu'il n'y avoit point de magasins ; que d'ailleurs les Espagnols n'avoient nul besoin des François, que lui, M. de Visconti, tenoit la place bloquée depuis le moment que le prince de Darmstadt s'en étoit rendu maître, et qu'ils avoient découvert |>ar des ()ay sans un chemin dans la montagne qui conduisoit jusqu'au sommet à Notre-Dame de la Garde, et qu'ils oomptoient dans peu se rendre maîtres de la place. M. de Gensien fut même étonné de la confidence que lui faisoit M. de Visconti d'un projet dont le secret étoit si important. Ce projet ainsi prévu paroissoit devoir réussir si M. de Villadarias avoit agi de bonne foi , mais la façon dont il conduisit l'entreprise fit naître beaucoup de soupçons. M. de Villadarias confia cette entreprise à son neveu, qui étoit un jeune homme de dix-huit ans, mais il néglii^ de lui donner les munitions nécessaires. Ce jeune homme, étant arrive à Notre-Dame de la Garde avec son détachement et voyant qu'il n'avoit point de munitions, fit demander de main en main de la poudre et des balles. Le brait fut entendu par une sentinelle qui étoit à Notre-Dame de la Garde. La sentinelle cria : qui vive! se voyant surpris et enveloppé, il demanda la vie sauve pour lui et pour le corps de garde; quelques soldats du détachement ayant ré-
180 JOURNAL DR DANGFAU.
S. M. C. écrit à M. le comte de Toulouse pour le prier de donner à M. de Villadarias trois mille hommes des troupes qu'il a sur ses vaisseaux et tout le canon et toutes les munitions dont on peut avoir besoin pour ce siège; et M. le comte a mandé qu'il alloit s^approcher de Gibraltar pour exécuter tout ce que le roi d'Espagne souhaitoit. M. de Relingue et M. le marquis de Château- Renaud sont morts de leurs blessures , et on croit que M. d'Herbaulty l'intendant^ ne mourra point de la sienne. Dans le moment qu'il fut blessé et qu'il tomba aux pieds de H. le comte de Toulouse , on le crut si bien mort qu'on vouloit jeter son corps à la mer; mais M. le comte en empêcha^ disant qu'il pouvoit avoir des papiew d'importance dans ses poches, et qu'on portât son corps dans sa chambre et qu'on le jetteroit après le combat (1). Samedi 20^ à Fontair^bleau. — Le roi va tous les jeun courre le cerf ou tirer. Il vit, le matin à son lever, Ricousse, qui étoit son envoyé auprès de M. de Bavière, et en lai parlant sur M. l'électeur S. M. marqua èire bien affligée de la bataille d'Hochstett. Ricousse a laissé M. l'électear à Metz ; il s'en va en Flandre et demeurera quelques joun à Miramont avant que de s'aller établir à Bruxelles. —
pondu : point de quartier, la sentinelle tira et cria : alerte; la aentineUefiittiiée. iDai8 Tentreprise fut manquée. C'est de M. de GensieD que je saij^ ce détail. U* Espagnols tentèrent encore, en 17 26 ou 1727, de reprendre Gibraitar; mais la atuation de cette place et les fortifications qu'on y aYoit ajoutées rendirept kors efforts inutiles.
On préteml que M. de Villadarias n'avoit pas intérêt que le sié^e finit si proiu|itement, parce que l'argent pour le payement des troupes paMoit par ses nuas et qu'il y gagnoitdes sommes immenses. (Aote du duc de Ltqfnu,)
(1) On mit M. (VHerbault dans une cliambre comme mort. Le fait est fnît tel quMl est rapporté. Je Tai fait contera M. de Genaien, capitaine de TaisMMi, qui étoit embarqué avec M. le comte de Toulouae. Un garde de la marine «jat entendu, apr^s le combat, du bruit dans cette cbambre et gratter à la porte, fl trou?a M. d'Herbault qui s'étoit relevé et qui lui dit : « Suis-je-blessé ?--CÔmiDOit, Monsieur, lui dit le garde marine effrayé, vous êtes mort.» M. d'Herbault élol MfleK bien de sa blessure, mais au bout de quinze jours il mourut d'na àt foiement iNatedu duc de tMffnu. )
Par les nouvelles qu'on eut hier d^Espa^e , on apprend que la perte des Anglois et desHoUandois, dans le combat naval ^ a été encore plus grande qu'on ne pensoît; ils avouent qu'ils y ont perdu six mille hommes j et les rendus qui sont venus assurent que Schowel^ vice^miral d'Angleterre^ a été tué^ et que le vaisseau du vice-amiral de Hollande a sauté. Ils se sont retirés avec précipitation dès le premier avis qu'ils ont eu que M. le comte de Tou-« loQse appareilloit pour revenir sur eux; ils confessent qu'ils ont été bien battus. Le roi en fit chanter le Te Deum hier à Paris. — Il arriva liier un courrier de M. le maré^ ohal de Villeroy, parti du 16 de Haguenau; ce courrier a passé par Strasbourg^ où il a laissé le marquis de la Baume à Fextrémité. Le prince d'Épinoy y est aussi fort malade, on croit que c'est la petite vérole. On. a fait de grandes incisions à M. le maréchal de Marsin^ qui a eu un coup de pied de cheval à la jambe. M. de Villeroy ne doute plus que les ennemis n'assiègent Landau; on attend dans leur armée le roi des Romains^ cpii est parti de Vienne du 1'^ du mois. H. de Harlborough et le prince Eugène font travailler à des retranchements sur la Lauter^ comme étoient. ceux qu'ils y avoient déjà faits et que M. de Tallard détruisit au commencement de la cam^ pagne de l'année passée.
Dimanche 21 y à Fantainehleau. —* Le roi a fait brigadiers deux lieutenant»-colonels qui ont très^bien fait leur devoir à la bataille d'Hochstett et qui sont prisonniers tousdeux^ PionsaC) lieutenant-K^lonel de Navarre^ et Saint- Maurice, lieutenant*colonel du Royal. Le roi, mécontent de ce dernier régiment, l'a cassé ; il en incoi-pore ce qui restera de soldats et d'officiers dont on n'aura point été mécontent dans le régiment de ChabriUant, dont le' colonel a été tué dans cette occasion ; il donne ce régiment à Saint-Maurice, qu'il vient de faire brigadier. Le roi casse aussi le régiment de Zurlauben, et récompensera Zurlauben, lieutenant général^ qui en étoit colonel et qui
s'est fort distingué dans la bataille; ce qui reste de ce régiment sera incorporé dans Greder. On casse aussi le i^égiment de Saint-Second^ qu'on incorpore dans celui de Nice, et le régiment d'Albaret, dont le colonel a ététaé, et on l'incorpore dans Mauroux; ces deux régiments avoient été levés en Savoie et étoient sur le pied d'étranger, mais ils valoient moins que celui de Zurlauben. — Il arriva un courrier du maréchal de Villeroy, parti cle Haguenau le 18. Ce maréchal mande au roi que la tranchée n'étoit pas encore ouverte ce jour-là à Landau» et (ju'on assuroit que le roi des Romains étoit arrivé. Toutes les fortifications delà place sont raccommodées, et même les écluses sont en meilleur état qu'elles n'étoient la première fois que les ennemis l'attaquèrent.
Lundi 22 , à Fontainebleau. — Le roi, très-content de Seignier, lieutenant-colonel de Provence et brigadier, qui a eu le poignet cassé à la bataille d'Hochstett après y avoir fait des merveilles, l'a fait maréchal de camp« — H. le duc d'Orléans vouloit donner au fils cadet de M. le marquis d'Estampes le guidon de ses gendarmes qu'avoit son frère, qui a été tué à la bataille ; mais le roi l'a trouvé trop jeune et a dit à H. le duc d'Orléans de le donner au frère aine, qui est capitaine des chevaux dans le régiment de Fiennes, son beau-frère, qui sert en Espagne, et de ne le point faire revenir que les troupes ne fussent en quartier d'hiver en (fe pays-là. — Reignac, maréchal de camp, qui commandoit dans Limbourg, où il fit une très-belle défense après laquelle il fut fait prisonnier de guerre et qui est revenu ici sur sa parole , vient d'être échangé y et le roi lui donne un cordon rouge de l'ordre de Saint- Louis, vacant par la mort deGuillerville, gouverneur de Bouillon ; il y a 1,000 écus de pension attachés kcescatdons rouges; il avoit 2,000 livres de pension sxu* Tordre, que S. H. a donnés à Lécussant, enseigne des mousquetaires noirs. — On a des nouvelles , par la Suisse, que la ville d'Dlm s est rendue aux ennemis qui l'assiégeoient
avec vingi mille hommes ; la capitulation a été telle que nous la souhaitions; on renvoie les quatre bataillons françois qui y étoieut^ et tous nos blessés y pourront demeurer jusqu'à leur entière guérison et ceux qui sont en état de marcher reviendront avec les bataillons.
Mardi 23, à Fontainebleau. — Le roi et la reine d'Angleterre arrivèrent ici sur les six heures; ils avoient couché à Corbeil et étoient venus diner à Helun. Le roi et toute la maison royale les reçurent au haut du degré de la cour en ovale qui va à la galerie de Diane, où sont les appartements de LL. MM. BB. Le roi mena la reine chez elle, causa quelque temps avec elle, et puis alla mener le roi d'Angleterre dans son appartement, qui touche à celui de la reine sa mère. La reine, qui s'étoit trouvée un peu incommodée en chemin, demeura à souper danssa chambre, et le roi soupa avec le roi d'Angleterre et toute la maison royale, c'est-à-dire toutes les princesses; les princes du sang ne sont pas à ces repas-là. Le roi donne la main partout au roi d'Angleterre. — D'Argelos, à qui le roi venoit de donner le régiment de Languedoc, dont il avoit été longtemps lieutenantrcolonel, est mort à Ulm de ses blessures, et le roi a donné ce régiment à Pionsac, lieutenant-colonel de Navarre et qu'il vient de faire brigadier. — M. de Coigny marche sur la Moselle avec les ^troupes qui ont été sous ses ordres toute cette campagne, et Ton envoie le comte de Roucy à Sarrebourg avec la gendarmerie et ce qui reste de troupes de l'armée de M. le maréchal de Tallard.
Mercredi 24-, à Fontainebleau, — Les rois, la reine et la maison royale dînèrent en public Le roi devoit aller à la chasse, mais le vilain temps l'eu empêcha. Le soir il y eut comédie ; le roi d'Angleterre y alla, et monseigneur le duc de Bourgogne, qui n'y va quasi plus, y alla parce que le roi d'Angleterre y étoit. — On eut des lettres de M. le maréchal de Villeroy par l'ordinaire ; ses lettres sont du 20. La tranchée n'étoit pas encore ouverte à Lan-
134 JOURNAL D£ DAINGEAU.
dau; les ennemis avoient fait une batterie de inortien que les assiégés ont renversée dans une heure de temps à coups de canon. C'est le prince de Bade qui fait ce siège en attendant le roi des Romains, qu'on croit qui n'est pas encore arrivé, Milord H^lborough et la prince Eugène commandent l'armée d'observation qui est sur la Lauter. — Le pauvre marquis de la Baume mourut le 20 au matin à Strasbourg, H. de Roquelaure et le prince d'Épiaoy y ont la petite vérole ^ et on mande qu'ils ne sont point 60 danger. — Le roi a donné à Dotane^ ancien lieutenantcolonel, le régiment qu'avoit Mérin ville, qui fut fait ces jours passés sous-lieutenant des gendarmes de monseigneur le duc de Bourgogne. — Le roi a permis à Buzenval, qu'il vient de faire sous-lieutenant des cheTanlégers de monseigneur le duc de Bourgogne y de vendie une compagnie de cavalerie qu'il avoit dans un régiment royal qui est en Italie.
J$udi 25, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf Taprès-dlnée ; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa calèche avec lui. Le roi d'Angleterre, monseigneur le Dauphin et messeigneui^s ses enfants étoient à cheval, et la chasse fut très-belle. — 11 arriva un courrier de M. de Vendôme, parti de devant Ivrée le 18; la ville se rendit ce jour-là, et la garnison qui y étoit se retira dans le château et dans un ancien ouvrage qu'ils appellent la citadelle, qui n'est guères en état de se défendre; le gouverneur s'est retiré dans le château, qui est un peu meilleur que la citadelle , mais qui est si petit qu'il y peut tenir fort peu de monde. Il a écrit une lettre à M. de Vendùme en termes fort soumis , dans laquelle il implore sa générosité pour les blessés et les malades qui sont demeurés dans la ville , et il l'assure que les Ikmu^ geois n'ont point pris les armes durant le siège. — Le roi Auguste , que le roi de Suède poursuivoit , a dérobé une marche, et, avec une diligence presque incroyable, est venu à Varsovie, qui est une ville tout ouverte, dans
SEPTËMBEE 1704. (35
laquelle lia pensé surprendre le roi Stanislas, qui n'étoit pas en état de se défendre y non plus que le primat, qui s'est retiré ÀLowics» Les trois plénipotentiaires du roi de Suède et Tévéque de Posnanie» qui avoient proclamé le roi Stanislas, ont été pris dans le cbéiteau.
Vendredi 26, à Fontainebleau. — Le roi devoit mener LL. HM. BB. à la chasse du sanglier dans les toiles ; mais le vilain temps qu'il fit la fit remettre au lendemain. Le roi pasfia toute Taprès-dlnée cheat madame de Uaintenon, où LL* HM» BB. vinrent. Le roi et le roi d'Angleterre virent de la tribune, qui est dan's cet appartement, jouer au volant dans la grande pièce des Suisses ; les joueurs étoieni messeigneurs les ducs de Berry et d'Orléans, secondés par de bons joueurs; les rois y prirent plaisir et y furent plus d'une heure; ensuite il y eut musique chez madame de Maintenon , et à huit heures il y eut apparu tement chez Monseigneur, où le roi d'Angleterre alla. On n'oublie rien de tout ce qu'on peut faire pour le divertir. — On eut des lettres de M. de ViUars, qui compte l'affaire des fanatiques entièrement finie ; quaiore ou cinq de leurs chefs sont venus demander grâce, et on les envoie à Ge^ nève, où ils ont souhaité d'aller; ils ne pou voient pas demeurer en repos dans leur pays, craignant d'être assommés par les anciens catholiques après toutes les violeaoes qu'ils y avoient faites. U ne reste plus que quatre* vinglis ou cent hommes dans les hautes Cévennes, séparés en petites troupes, et dont le commandant même entre en négociation. M. de Yillars mande qu'il peut présentement retirer toutes ses troupes de ce pays-li; il écrit pourtant qu'on y laissera quelques bataillons.
Samedi 27^ à Fontainebleau. — Le roi mena Taprès* dlnée LL. MM. BB. à la chasse du sanglier dans les toiles. — On eut des lettres de l'armée de Villeroy, par lesquelles on apprend que la tranchée est ouverte à Landau . MM. de Roquelaure et d'Ëpinoy ont la petite vérole et sont en grand danger. — il arriva un courrier de M. le oomte de
fâO JOURNAL DE DAMGEAU.
Toulouse^ parti de iMalaga le 15. Ce prince fait donner à M. de Villadarias tout ce qu'il a demandé pour faire le siège de Gibraltar. On débarquera trois mille hommes; on lui donne cinquante pièces de gros canon , deux cent soixante milliers de poudre^ des canonniers, des affûts de rechange et généralement tout ce qu'il a cru qui lai étoit nécessaire pour ce siège. H. de Yilladarias est venu sur le vaisseau de M. le comte conférer avec lui sur cela. On prétend pouvoir commencer ce siège à la fin du mois; les ennemis ont deux mille hommes dans la place. Le prince de Darmstadt y commandoit, et on croit qu'il en est sorti ; il avoit sous lui M. de la Corsane. M. le comte de Toulouse envoie dix vaisseaux et quelques frégates devant Gibraltar sous les ordres de Pointis^ qui mettra pied à terre et servira de maréchal de camp à ce siège; et dès quUl sera commencé y comme il n^ a point à craindre que les ennemis y jettent aucun secours^ nos vaisseaux iront à Cadix et entreront dans le Pontal, le parage n'étant pas bon devant Gibraltar. M. le comte remettra à la voile le 20 avec le reste de la flotte , pour retourner à Toulon, où il trouvera les ordres pour revenir ici.
Dimanclhe 28, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer et mena le roi d'Angleterre tirer avec lui. La reine d'Angleterre passa presque toute la journée à la chapelle. Le soir il y eut appartement chez Monseigneur. Le roi d'Angleterre y joua au lansquenet. — 11 arriva le matin un valet de M. d'Épinoy, qui venoit apporter la nouvelle de la mort de son maître. — U arriva Taprès-dlnée un courrier de M. le maréchal de Villeroy , parti de Haguenau le 25 ; on entend un grand bruit de canon , le roi des Romains est arrivé ; on assure que milord Marlborougb a ordre de sa maîtresse de retourner en Flandre avec les troupes qu'il avoit menées en Allemagne. M. de Roquelaure a été à l'extrémité et étoit hors de danger quand le courrier est parti. — 11 arriva un courrier de M. de Ven-
SEFfEMBRK 1704. 137
d6me, parti de devant Ivrée du 21. La ti*anchée fut ouverte au château le 20. M. de Crichbaume, colonel des troupes de Tempereur, commande dans la place; M. Test^ Savoyard, qui en est le gouverneur particulier, y est avec quelques officiers de distinction et six cents hommes choisis. Ils firent une sortie le 21 au matin assez vigoureuse^ et ils furent repoussés encore plus vigoureusement par H. de Dreux, qui commandoit la tranchée et qui marcha à la tète des grenadiers. Nos batteries dévoient commencer à tirer le lendemain, et on croit qu'à la fin du mois on sera maître de ce château ; il restera encore la citadelle àprendre, où ils ont mis le corps de leurs bataillons. Lundi 29, à FoniainMeau. — Le roi courut le cerf , Taprès-dlnée; il en prit deux, et il étoit presque nuit quand il en revint. Madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa calèche avec lui. Le roi d'AngleteiTe revint si fatigué de la chasse quUl ne put souper avec le roi- Le soir il y eut comédie. — Le roi a donné le régiment du marquis de la Baume à la Boulaye, lieutenantrcolonel du régiment de Duras , ancien officier qui avoit commission de mestre de camp. — On eut la confirmation de la prise d'Ulm et de la capitulation suivant laquelle les quatre bataillons françois que nous y avions reviennent à Strasbourg avec .tous les blessés que nous y avions été obligés d'y laisser après la bataille ; il n*y est demeuré que le pauvre M. de Zurlauben, qui est si mal de ses blessures qu'on n'a pas pu le transporter. — Les Moscovites ont enfin pris Nerva par assaut après un long siège. — Les mécontents de Hongrie, bien loin d'accepter les conditions que l'empereur leur a fait offrir, ont pris depuis peu Neutra, qui est une place assez considérable. Le prince Ragotzki a été élu et proclamé prince de Transylvanie, et il a depuis envoyé au Grand Seigneur pour lui demander sa protection et lui offrir de lui payer tribut comme son grand-père et son bisaïeul lui payoient.
188 JOURNAL DE OAUGËAU.
Mardi 30, à Fontainebleau. — Le roi se trouva un peu incommodé la nuit y cela ne Tempècha pas de manger en public , de tenir le matin son conseil comme à Vùtdinaire et de travailler toute Taprès-dlnée. Le roi d'Angleterre fut un peu incommodé aussi, mais il mangea pourtant avec le roi et vit jouer au volant Taprès-dlnée. — Les lettres d^Espagne du 17 portent que le roi dePo^ tugal et l'archiduc se sont avancés à Almeida, où ils assemblent leurs troupes ; celles d'Espagne s'assemblent À Ciudad-Rodrigo, et comme ces places sont fort procfafti l'une de Tautre, il pourroit bien se passer quelque action considérable en ce pays-là. — M. le comte de San-btovan de Gormas, fils aine du marquis de Yilhéna, vic&roi de Naples. est arrivé ici pour faire des compliments au roi sur la naissance de monseigneur le duc de Bretagne , de la part du roi d'Espagne, en qualité d'envoyé extraordinaire ; il n'a point encore eu son audience. On commencera dimanche à le défrayer pendant huit jours aux dépens du roi, traitements qu'on £ut toujours aux envoyés extraordinaires d'Espagne. — H. de Hantoue arriva ici , il logea à la ville chez son envoyé ; il dînera demain chez H. le Grand, aura audience du roi l'après-dinée^ soupera chez M. de Torcy. Jeudi matin il verra enooie le roi , ira dîner chez M. de Chamillart, et puis montera à cheval pour aller coucher à Nemours.
Mercredi l**" octobrey à Foniaimbleau. — Le roi dormit fort tranquillement toute la nuit ; 'Son incommodité n'a eu aucune suite. Il de voit aller courre le cerf avec les chiens de M. le duc d'Orléans ; mais comme il avdt beaucoup à travailler Taprès-dlnée, il remit la chasse à un autre jour. Monseigneur le duc de Bourgogne alla à la chasse avec M. le duc d'Orléans , et soupa avec lui an retour. Monseigneur se promena autour du canal avec nuidame la princesse de Conty ; le roi d'Angleterre s'y promena aussi avec madame la duchesse de Bourgogne, etle soir ils allèrent à la comédie. Le roi, après avoir donné
OCTOBRE if04. tiO
Taprès-dlBée audience à M. de Hantoue , alla chez la reine d'Angleterre^ où il fut assez longtemps avec elle. — Jusques ici le clergé n'avoit payé les amortissements que pour les terres et les maisons ; mais comme dans la plupart des coutumes du royaume les contrats de constitution sont regardés comme des immeubles, on fera payer aux ecclésiastiques ramortissement pour les contrats de constitution comme pour les terres et les maisons y et on croit qu'on tirera du moins six millions de cette affaire ; on en a encore fait plusieurs autres, et on compte que le tout produira plus de vingt millions, et qu'on trouvera gens qui feront de grosses avances là^ dessus.
imdi 2, à Foniaiwibieau. — Le roi courut le cerf l'après-dlnée et en prit trois bout à bout ; madame la duchesse de Bourgogne étoît avec lui dans sa calèche. Le roi d'Angleterre revint après la première chasse ; Monseigneur et messeigneurs ses enfants revinrent après la seconde. Le soir il y eut comédie. — Il arriva le matin un courrier de H. de la Feuillade , qui est entré dans le val d'Aoste après avoir pris le fort de la Tuile, qui en défendoit l'entrée, et avoir fait abandonner aux ennemis les retranchements qu'ils avoient faits, qui étoient trèsbons. Ik avoient derrière ces retranchements deux mille hommes de milices, un bataillon de troupes réglées, et Cavalier y étoit en personne avec sa troupe. Le commandant de ce parti est un Savoyard qui s'appelle le marquis de Saint-Remy. Voilà M. de la Feuillade maître de toute cette vallée, et la ville d' Aoste a envoyé des députés au devant de lui. — Il arriva un courrier du duc de Berwick, qui a assemblé toutes les troupes de France à Ciudad*Rodrigo ; il a passé la petite rivière qui étoit entre les ennemis et lui, et marche droit à eux; il se croit assez fort pour les attaquer. Le roi de Portugal et l'archiduc étoient à Almeida avec toutes leurs troupes , et on croit qu'il s'est déjà passé une action considérable en ce
pays-là. — H. de Hantoue vit encore le roi le matin et partit ensuite après avoir dîné chez H. de ChamiUart.
Vendredi 3, à Fontainebleau. — Le roi mena Taprèsdlnée la reine d'Angleterre aux toiles,, où Ton prit beaucoup de sangliers. Le roi d'Angleterre avoit couru le loup avec Monseigneur^ et ils vinrent ensemble joindre le roi aux toiles ^ et après la chasse le roi d'Angleterre remonta dans le carrosse du roi. — 11 arriva le matin un courrier de M. le maréchal de Villeroy, parti du 30. Le gros canon des ennemis n'ai1*iva que le 27 devant Landau, et ne fut en batterie que le 29 au soir. Le prince de Bade a renvoyé quelques troupes sur le bas du Danube aux ordres du comte de Thungen, parce que les Bavarois ont fait lever le blocus d'Ingolstadt après avoir tué douze cents hommes aux Impériaux. La garnison d'Ulm, composée de quatre bataillons françois et quatre bavarois y est arrivée à Strasbourg avec la plupart de nos blessés. Zurlauben y est resté. Quand la garnison est partie d'Ulm y on ne croyoit pas qu'il pût vivre deux jours. Argelos, qu'on avoit dit mort, y est demeuré, et ses blessures vont bien ; on ne lui a point coupé le bras ; il ne savoit pas encore que le roi hii avoit donné le régiment de Languedoc. Plancy y est demeuré, mais ses blessures ne sont point mortelles ; elles sont à la tète , c'est pourquoi on n'a pas voulu le transporter. M. de Roquelaure étoit à l'extrémité le 29. Le duc de Villeroy écrit du 30 qu'il est un peu mieux , mais toujours en grand danger. Berville, un des CoUandres, colonel du régiment colonel des dragons^ a aussi la petite vérole.
Samedi &•, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf avec les chiens de M. le duc d'Orléans; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa calèche. Le roi d'Angleterre, Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. Le soir il y eut comédie. — 11 arriva un courrier de M. de la Feuillade, parti le 29 de la cité
OCrOBRË 1704. 141
d'Aoste^ où M. de la Feuillade a trouvé beaucoup de subsistances pour ses troupes ; rien n'empècbe présentement sa jonction avec M. de Vendôme. Cavalier^ qu'on ne savoit point qui fût là/ a pensé être pris, et^ se trouvant trop pressé par un dragon qui le suivoit, il a abandonné son cheval et s*est jeté dans un précipice où on croit qu'il s'est tué. Si M. de la Feuillade avoit des bombes et du canon^ il pourroit faire le siège du château de Bar; peut-être M. de Vendôme pourra-t-il lui en envoyer sans se donner la peine d'y aller lui-même. — On eut sur le soir des nouvelles de M. le comte de Toulouse; il étoit encore à llalaga^ et, ayant eu avis que la flotte de Smyme étoit à la hauteui* d'Alicante, escortée de quinze vaisseaux de guerre y il a mis é. la voile pour aller au-devant de cette flotte , et a arboré le pavillon hoUandois : cette flotte est riche de plus de vingt millions. — Le roi a donné à M. de Goétenfao^ sous-lieutenant des chevau-légers, 1^000 écus de pension.
Dimanche 5, à Fontainebleau. — Le roi mena le roi d'Angleterre tirer dans les parquets. Au retour de la chasse le roi alla chez la reine d'Angleterre, chez qai il fut assez longtemps , et puis S. M. donna une longue audience au maréchal de Tessé, qui prit congé de lui pour aller en Espagne ; il emmène avec lui le marquis de Haulevrier *, son gendre , colonel du régiment de Navarre. — Le roi nous dit le matin en allant à la messe que le maréchal de Villeroy s'en alloit en Flandre et qu'il passeroit ici, où il arriveroit dans peu de jours. Ce maréchal a envoyé un courrier à la duchesse de Foix à Paris, pour lui porter la nouvelle que le duc de Roquelaure, son frère, étoit hors de péril. — On travaille à l'échange des prisonniers que les ennemis ont à nous de la bataiUe d'Hochstett, et on croit que cela sera réglé à la fin du mois. Les ennemis même pressent fort sur cela , et de rendre soldat pour soldat et officier pour officier à grade égal; si la garnison d'ivrée est faite prisonnière de
143 JOURNAL DR DANGFAIT.
^erre^ comme il y a tout lieu de l'espérer^ H. de VeiH
dôme ne leur Youlant pas donner d'autre capitulation^
nous aurons plus de prisonniers à eux qu^ils n'en ont à
nous. — On attend incessamment Tarrivée de M. Desclos^
mestre de camp et brigadier de cavalerie, que M. de Yen»
dtaie a choisi pour porter au roi la nouvelle de la prise
du château et de la citadelle d'Ivrée ; on ne doute pas
que cela ne soit fait présentement.
* Mauiêvrier, fils da feu Maulevrier chevalier de l'Ordre, llenlsnaiit général, et frère de M. Colbert et de M. de Groiasy^ était très-médiocrement bien fiait, très-dangereusement fou et très-follement ambitieux; de Fesprit , de la valeur et du langage. Il aima trop haut. Il fut aimé, et eut la patience, deux ans durant, de contrefaire Textinction de voix, pour oser parler bas, et par conséquent oser tout dire. Son beau-père, qui vit aller le jeu trop loin, que d'antres étoient aimés , qu'il y avoit eu sur cela une soène terrible qu'il avoit éeumée, et que son gendre, jaloux et forcené, avoit vomi des choses énormes tout bas depuis la tribune jusqu'à l'autre bout de la galerie, qui avoient pensé faire mourir et à tous moments évanouir ; que ce gendre se proposoit d^attaquer partout l'objet d'une jalousie à tout perdre, se résolut de le mener avec lui en le leurrant de toutes choses, dont Maulevrier, peut-être trop avancé à son gré, ne fut pas fâché ; mais la question fut qu'avec cette extinction de voix il n'avoit fait qu'un bout de campagne ; que le climat d'Espagne ne paroissoit pas aller avec une poitrine donnée pour être en désordre, et qu'étant colonel de Navarre il étoît étrange de n*y pas servir. Fagon , aussi fin courtisan et aussi mstruit de tout que bon médecin , fut la solution de tout Le roi le croyoit eomme un oracle ; il ordonna à Maulevrier l'Espagne pour son extinction de voix, comme à un malade les eaux, et prétendit qu'il lui étoit capital d'éviter l'hiver en France et de le passer en ces pays méridionaux.
Lundi 6, à Fontainebleau. — Le roi alla à midi diez le roi et la reine d^ Angleterre, qui avoient dîné à onse heures. Le roi mena la reine à la messe comme à l'ordinaire et aprè§ la messe LL. MH. BU. montèrent en carrosse. Le roi les conduisit jusqu'à leurs carrosses; et ils allèrent coucher à Corbeil, pour arriver le lendemain à Saint-Germain. Le roi courut le cerf Taprès-dinée ; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa calèche. Le soir il y eut comédie. On avoit proposé au roi d'An-
gleterre de demeurer pour la chasse et pour la comédie et de partir d'ici après le souper du roi en chaise de poste pour aller coucher à Gorbeil; mais il a cru, quelque envie qu'il eu eùt^ qu'il étoit plus sage de ne pas quitter la reine sa mère. — On apprit que Zurlauben étoit mort à Ulm de ses blessures; Je i;pi le regrette fort, et en a parlé trè»-honorablement. — On a nouvelle que le roi de Suède a pris, Tépée à la main, la ville de Léopold, capitale du palatinat de Russie ; les habitants, pour se racheter du pillage, lui ont donné 300,000 écus; il y apris six^vingts pièces decanon et il y a trouvé beaucoup d'effets qu'on y avoit réfugiés des provinces voisines, et il confisquera ceux qui appartiennent au roi Auguste ou à ses adhérents.
Mardi 7, à Fontainebleau. •— Le roi donna audience le matin à un député de la ville d'Avignon, qui s'appelle le comte de Villefranche , qui est venu faire des compliments sur la naissance de monseigneur le duc de Bretagne. Cette ville est en possession de faire des compliments au roi sur les grands et heureux événements, et au-dessus de la lettre que leur envoyé présente il y a : Au rai tout court» L'après-dlnée , S. H. alla tirer. Monseigneur courut le loup le matin ; messeigneurs ses enfants étoient à la chasse avec lui. Madame la duchesse de Bourgogne alla l'après-dinée se promener autour du canal. — M. Desclos airiva , qui apporta au roi la nouvelle de la prise du château et de la citadelle d'Ivrée. Il y avoit dans ces deux postes onze bataillons, qui ont été faits prisonniers de guerre. Nous n'avons pas eu deux cents hommes tués à toute l'affaire d'Ivrée; et nous n'avons pas quatre cents blessés dans les hôpitaux. M. de Vendôme a encore envoyé à M. le grand prieur une brigade de cavalerie; illui enverra aussi quelques bataillons, parce que le corps des ennemis qui est sous le comte de Linange se fortifie un peu , et nous voulons être les plus forts de ce o6té-là.
144 JOURNAL DE DANGKAU.
Mercredi S, à Fontainebleau. — Le roi prit médecine, et Taprès-dinée il tint le conseil quMl auroit tenu le matin. Monseigneur alla au conseil^ et ne sortit point de tout le jour. Madame la duchesse de Bourgogne alla diner chez madame la duchesse du Lude, où étoient madame de Maintenon et plusieurs dames. — L^arrivée de M. le maréchal de Yilleroy ici a été retardée de quelques joars. — Le prince de Montauban*^ frère cadet du prince de Guémené, est mort de maladie à une maison qu'il avoit auprès de Paris. La princesse de Montauban^ sa femme , qui étoit séparée de corps et de biens avec lui, n'a eu que des filles de ce mariage^ et elle profite de 10^000 livres de douaire. — Le roi a donné le gouvernement d'ivrée à M. d'Arennes^ maréchal de camp, qui étoit inspecteur de l'infanterie de ce pays-là ; et le roi donne cette inspection à M. de Dreux, gendre de M. de Chamillart. — M. de Savoie avoit intelligence avec quelques bourgeois restés dans Verceil^ qui avoient gagné des prisonniers qui travailloient à la démoUtion de cette place ; et peu s'en est fallu qu'il n'ait surpris la place. Un heutenant de la garnison a découvert Fentreprise; le roi Ta fait capitaine et lui a fait donner de Targent.
* M. de Guéinené et M. de Montauban étoient fils du duc de Montbazon, mort fou et grand nombre d'années enfermé à Liège, et d'une mère Sehomberg, pas trop sage , quoique sœur du père de la célèbre duchesse deLiancourt. Madame de Montauban étoit Bautru , sœur du chevalier de Nogent, tué au passage du Rhin, beau-frère de M. de Laiizun ^ de madame de Rambures, femme du dernier de cette maison; elle étoit veuve de Rannes, qui étoit Argougesen son nom, officier général très-distingué et tué en Flandre. Sa vertu étoit moins que médiocre , sa passion pour le grand monde exttéme ; laide , bossue, mais de l'esprit comme un démon, et de même nature que celui des démons; anciennement fort connue du roi et de Monsieur par Bautru, son père, capitaine de la porte , qui par son esprit et sa hardiesse faisoit une figure avec ses vives plaisanteries. Du temps de ce premier mariage, b confusion n'étoit pas à beaucoup près telle qu'elle devint depuis ni telle en cette dernière époque que le rui Ta laissée , et si dans celle-d c'^t ordre merveilleux en comparaison d'aujourd'hui, madame de Raïuies
OCTOBRK 1704. 14',
tttoit doue exclue de bien des choses , et résolut pour cela seul de se rpinarîer à quelqu'un qui l'aflhrauchit, et donna gros à M. de Montaitban pour Tépouser ; maïs ce fut bien pis. Madame de Soubise, par sou utile beauté, avoit fait son mari prince par degrés, lui dont la première femme n^avoit jamais songé h être assise et étoit morte sans Favoir été ni seulement prétendu. Le tabouret de madame de Soubise le fit donner à madame de Guémené, qui le prétendoit sur Texemple de la l)elle .Montbazoa, à qui, avant la mort de son beau-père, la fameuse madame de (Ihevreuse, sa belle-sœur, Favoit procuré par degrés, d'abord au Val-de- Grâee, puis au Louvre, mais à des heures de privauce, enfin tout à fait; on le lui avoit 6té, puis rendu avant la mort de son boan-père, qui vécut très-vieux et ne se démit point de son duché. \însi madame de Guémené, au même cas avec le sien, passa sur la beauté de madame de Soubise; mais M. de MoiUauban n'avoit aucim rang. Monsieur, qui dès sa jeunesse aimoit madame de Moutauban, et sûrement sans scandale , se mit en tête de la prot^er, et lui et madame de Soubise arrachèrent enfin pour elle le tabouret que le roi disoit toujours que Monsieur lui avoit escroqué. Elle fut toujours des plus avant de sa cour, et ne tarda pas à se broniHer avec éclat avec son nouveau mari , dont elle n'ouït plus parier dans la suite et dont elle n'eat qu'une fille, qu'elle eut grand soin de coffrer. Sa vie fut également méchante et débauchée, et quoique Saint-Cloud fût le repaire d'espèces les plus décriées des deu\ sexes, le roi le reprochoit à Monsieur comme la honte et le scandale de Saint- Qoud, où Monsieur passoit tous ses étés avec une grosse cour. Ijh Montauban alloit rarement à Versailles , qui n'étoit pas son terrain ; pois tout à coup on la vit à Marly.et à merveille avec le roi et avet^ madame de Maïntenon, et, sans jouer la repentie sur aucun article, elle y tint bon le reste de la vie du roi, faisant peur et horreur à tout le monde. Elle persévéra aussi, à force d'argent, dentelle prenoit à toutes mains, dans sa débauche'et dans ses noirceurs, avec du noir, du blanc, du rouge et je ne sais combien d'autres soutiens de décrépitude , qui la reDdirent hideuse avec toute sa même efifronterie , et mourut (t) dans une grande vieillesse aussi détestablement qu'elle avoit vécu.
Jeudi 9, à Fontaind^Uai^. --* Le roi courut le cerf; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. Le soir il y eut musique dans la galerie des Cerfs. Le roi ne va point à ces musiques publiques non plus qu'à la comédie. On chanta un opéra nouveau dont
n ) 1# to <lH«4<mbi'e 1 :•>:».
146 JOUBmi. DE DAfVCMEAU.
les paroles .sont de M. tde Long^pief se et Jamoskiiie est d'un des musiemis de M. le d«ic d'Orléans. — On reçut des lettres du duc de Gramont du 22, qui sont venues par Tordinaire. Il mande au roi qu^on a entendu sur les côtes d^Espagne , entre Mala^ et Àlic^nte ^ un gsand imiûi de canon, et ces avis-là étoient venus à Madrid par dss dettra écrites de la c^ et du '90, qui étoft le lendemam du jour que M. le comte avoit remis à la voile. — Le pape a écrit au cardinal Radzieiowiski , primat de Pologne, une lettre dans laquelle il le blâme fort d'avoir introduit des hérétiques dans son pays et de ce qu'il travaille à détrteer un roi catholique reconnu par le^nt-siége, et hi ordonne de changer de conduite et de se rendre dans trois mois à Rome, sous peine de privation de ses dignités.
Vendredi 10, à Fontainebleau. — Lexoi alla tirer Tar près-dinée. Monseigneur alla à anse heures eoune le loup et mena madame la duchesse de Boulogne à la chasse, cpi'elle fit tout entière dans une petite calèche avec des dames. — Il arriva le matin un courrier du maréchal de Villeroy , qu'on fit repartir le soir même; apparemment le retour de oe coiuirie^ilà & HagueBAO
éterminera le retour de oe maréchal ; il mande que le siège de Landau va fort lentement et qu'on entend peu tirer de canon. La mortalité des chevaux est aussi grande présentement parmi les ennemis que parmi nos troupes. H. l'électeur de Bavière et M. rélecteur de Cologne ont été quelques jours ensemble. M. r.âeo4e«r ée Bavik« ert allé à Bruxelles et l'électeur de Cologne à LîHe. — Le marquis de Bedmar , à la recosimandatioft du roi , a été
aommé par le roi d'Espagne à Ja vice«royaut6 de Siak. — Jjcs armées d'Efipag^ne et»de PoringalaoQik ealreles rivières d'Agneda et 4e Coa, fart prâslfis «mesd«w^tttes,
et on mande que nos partis battent souvent oflux des ennemi^.
Samedi 11, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf avec les chiens de H. le Duc; la chasse f^t fort belle.
OCIOBRR 1704. 147
Madacne la duebesse de Bourgogne âtoît .dans la toalècfae du roi et revint asse^ fatiguée; elle ne put même aller à la comédie avec Monseigoeur ni souper avec le roi. Elle a été trois jours de suite à la chasse, eit on croit que^c'est trop pour une personne aoasî délicate ^uielle. Elle se coucfaa à dix heures. *^ U arriva un courrier de M. de Hauroy, maréchal de camp^ que M« de Vendôme a ohargé de faire le siège duibourgetduch&teaudeAar ; ses lettres sont du ,7. Il maade que le 6 il avoit détaché le prince jPio , .colonel dans les troupes d'Espagne y avec son régiment et six .compagnies de grenadiers , qui avoit descendu par des hauteurs dont on croyoit le chemin imprar .ticable.j et s'étoit rendu x^altre de tou.i le bouiig en deçà et en delà le château ; qu'il attendoit deux pièces de canon de vingt-quatre ^ qui deyqieut arriver le soir, et quHl os^roit être lualtre de ce château dans quatre jours ; il a avec lui cipq bataillons et un régiment de dragons des ^troupes que ^. de la Feuillade a amenées à H. de Vend^rnse. .M- .4^ la Feuillade a demeuré trois jouis avec M. de Vendôme auprès de Bar^ et puis est retourné à la cité d'Aoste^ et de là il retpassera en Savoie. M. de Vend^me.estretournéàlvrée. Trois bataillons de M. de Savoie étoient v^i^us pour attaquer un poste où .conv^aandoit JBourg^neufy hrigadie^r de dragons; il les a repoussés, a tué quelques soldats^ et il en est .venu plus de quatre cents se cepdre 4 lui. On croit que :M. de Vendôme va faire le siège de yeme, et pour. cela qu^il tâchera à déposter M. de Savoie de sQn.campde.Crescentin.JLes Impériaux ont un corps de hreâze miM^ hommes auprès de Salo; ils ont pa^sé .par la Rqcca jd'Aufo^ e^tre le lac de Garde et le lac.d'Idco. M. de Vendôme env<ûe dix bataillons à M. le grapd prieur, ayec quoi il sera plus fort en infauterie qxie les eunemis. Il e^t déjà plus fort .qu'eux en ^valerie ; Û est campé à Medoli, en deçà du Mincio. — M. de Villars nttandequela troupe de Joannis s'est venue soumettre ; ils étoient quarante-six et ont apporté leurs armes. Il ne
NB JOURNAL DK DANGEAII.
reste plus dans tout le pays quube troupe environ de cette foree*là^ commandée par un nommé Roze^ qui demande à capituler aussi. -^ Zurlauben avoit une pension de 500 écus, que le roi laisse à ses deux filles. — Le roi a donné une pension de 2^000 livres au président l^ayen, que S. M. a chargé de gouverner las abbayes de M. le grand prieur.
Dimanche i% à Faniainebltau. — Le roi s'alla promener autour du canal avec madame la duchesse de Bout* gogne ; Monseigneur se promena aussi autour du canal avec madame la princesse de Gonty. Le soir, dans la galerie des Cerfs ^ on chanta Topera nouveau. — On apprit le matin la mort du comte de Goigny^^ qui commandoit les troupes que nous avons sur la Moselle. Le roia donm^ ce soir ce commandement à M. le marquis d'Alègre. Le roi a fort i^egretté le comte de Coigny, dont il étoit trèscontent. — Après la promenade , le roi alla au salut, et il apprit en y allant la mort de M. de Duras; il étoit capitaine des gardes du corps , gouverneur de Franche- Comté, duc^ doyen des maréchaux de France et che^'alier de l'Ordre ; il avoit près de quatre-^vingts ans. — Le roi a donné à M. de Coadelet , lieutenant aux gardes , le gouvernement de Redon, en Bretagne, qu'avoitle marquis de ChÀteau-Renaud, tué à la bataille navale. — 11 arriva un courrier de M. de Vendôme, qui apporta la nouvelle de la prise du château de Bar^ qui se rendit le 7 au soir; on n'eût pas cru que "ce siège eût fini si promptement; cependant le gouverneur et la garnison sont prisonniers de guerre ; ce gouverneur est un Suisse nommé Reding, qui avoit longtemps servi dans les troupes de France. Voilà la communication entièrenaent faite du duché d' Aost au marquisat divrée , et nous n'aurons plus besoin d'envoyer nos recrues par mer à l'armée d'Italie.
* Coigny s'appelait Guillot , et prit des lettres patentes pour porter, au lieu de ce nom , celui de Franquetot, d'une terre qu*îl avoit achetée- Son père étoit un de ces braves que le cardinal Mazarin s'attafha rt
éleva et qui eut par sa protection une compagnie de gendarmerie. Le père de celui-là et^^ famille avoient du bien et croyoient leur fortune faite par des cbarges de procureur du roi et de lieutenants généraux des petites justices royales de basse Normandie. La même raison qui valut une compaignie de gendarmerie au père lui valut à la fin le château de Caen, que celui-ci tourna en gouvernement de la ville et du château. C'étoit un homme de bonne mine, très-brave homme, de la valeur, de la capacité et de Tassiduité à la guerre , beaucoup d'honneur, et un bien fort considérable, qui, dans le voisinage de Matignon, le tenta de se défaire d^une de ses filles pour rien. Cette alliance, qui rehaussa fort Coigny, lui valut ensuite toute la faveur de Chamillart, ami intinte de Matignon, son beau-frère, et qui remit à flot Gacé, son autre beau-frère, et en fit à la fin un maréchal de Franoe. Il en voulut faire un de lui, et s'il eût mieux su entendre le françois , il Tétoit. Chamillart, qui avoit défense de l^lui écrire, lui offrit d'aller en Bavière quand le maréchal de Villars revint. Ii;refusa; Chamillart rechargea, et sua de Tencre pour lui faire comprendre, sans pourtant trahir le secret , qu'il seroit maréchal de France en arrivant en Bavière; mais il parloit à un sourd, et il écrivoit à un aveugle. Jamais il ne voulut quitter sa Moselle, et Marsin, qu'on envoya à son refus, en profita. Alors l'événement lui ouvrit les yeux et l'affligea avec tant d'amertume que, quoiqu'il fût en situation de réparer une si lourde faute , elle prit tellement sur sa santé qu'il ne put aller loin.
Lutidi 13^ à Fontainebleau. — Le roi courat le cerf; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui ; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. Le roi, contre son ordinaire , ne tint point de conseil le matin ; le sou* S. M. travailla avec M. Pelletier, chez madame de Maintenon, et Monseigneur alla à la comédie. — Le roi, après son lever, fit entrer le maréchal de Boufflers* dans son cabinet; il lui dit qui Tavoit choisi pour son capitaine des gardes du corps et qu'il avoit choisi le duc de Guiche , son beau-frère, pour colonel du régiment des gardes en sa place; ce sera lui qui payera les 500,000 livres de brevet de retenue que M. de Duras avoit sur sa charge , et il vendra la charge de colonel général des dragons , dont il tirera presque toute cette somme. — Le roi donne à M. le maréchal de Tallard le gouvernement de Franchc-(^k)nité, sur lequel il n'y a aucun brevet
150 JOURNAL DE DAJNGëAU.
de retenue et qui vaut plus de 20^000 écus de rente^ et cela marque bien que le roi est content de lui. — Le roi donne à M. le comte de Duras, fils du maréchal qui vient de mourir, 20,000 livres de peofiion qu'avoit son père, et au duc de Quintin , nevea de ce maréchal et gendre de M. de Chamillart, le justaucorps à brevet qu'avoit son oncle. — M. le maréchal de Boufflers a demandé au roi pour M. de Flavacourt, qui n^est que sou&-lieutenant aux gardes, Tagrément pour acheter la compagnie de Mennevillette ; le roi la lui a accordée et lui donne à vendre une enseigne vacante dans ce régiment pour lui aider à payer la compagnie. ,
* Rieu D'est pareil au trébuchet qui fut tendu au maréchal de Bouf* fiers et dans lequel il tomba. H a voit épousé la sœur du duc de Guîehe qui avoit épousé, lui, la fille atnée du maréchal de Noailles , toute confite en cour et en dévotion , avec tout l'esprit et toutes les grâces possibles, qui lui avoient plus conquis madame de Maintenon que le mariage même de son frère avec sa nièce. Sa sainteté suréminente, mais affolée de son mari et de sa fortune, ne trouva point d*inconvénient à jeter son beau-frère dans le panneau , et la maladie assez longue de M. de Duras lui donna le temps de préparer toutes ses machines. Boufilers vivoit dans la dernière intimité avec elle et avec tous les Noailles , alors dans la plus haute faveur, et n'avoit ($Qfde de se défier d'eux sur sa charge , de bien loin la plus belle et la plus brillante de la cour. Ce fut eux pourtant et 'sa pieuse et douce belle-sœur qui la lui arrachèrent, et il ne le leur pardonna jamais. Le roi gagné le surprit par un compliment plein de tendresse , d'estime et de confiance sur lui mettre sa personne entre les mains, en le faisant capitaine des ganrdes, ne lui donna pas Tiustant de réflexion , Tétourdit , le mil à ne savoir que répondre , et la chose avec lui n'étoit pas difQdle, surtout de la part du roi , et tout de suite dispose de sa charge en faveur de son beau- frère , dont il lui fait accroire qu*il sera ravi. Le maréchal sortit du cabinet les larmes aux yeux, et ni lui ni sa femme ne s*en sont consolés de leur vie. Ils ont continué pour le d^ors à vivre en famille comme devant, mais ç/a été tout. Le tour de passe-passe sai^ toute la cour, mais il avoit réussi, et c'étoit tout faire. Ils eurent eooore le front de lui faire demander le même brevet de retenue pour eux, qu'il avoit, comme une suite du marché, et il ne crut pas devoir donner de scène en le refîisant , aussi Tobtlnt-il du roi au premier mot quil lui en dit. Ce maréchal étoit d'autant plus aisé à tromper de la sorie
OCTOBRE t704. 151
qn'avec fort pend* esprit c*étoit la candeur, lar bonté, Tamitié, la fidélité, rhoïiueur et la vcfWi m^me, et qui n*étoit pas capable de soupçonner rien de contraire dans^pa^ un de ceux qui le dupèrent si cruellement. Pour la Franche-Comté, cela fbt incroyable aussi ; M. le duc d'Orléans ne se pnt tenir de dire fbrt plaisamment tout haut qu'il falloit bien donnor qnélque chose à ce pauvre homme; qu'il a voit tout perdu.
Mardi 14^ à Fontainebleau. — Le roi alla tirer laprèi»dlnëe. Monseigneur et monseigneur le âne de Berry allèrent dès le matin courre le loup dans Champagne. Madame la duchesse de Bourgogne alla Taprès-dlnée à Horet^ où madame de Maintenon avoit dîné, et en revint tète à tÂte avec elle dans le carrosse de madame de Maintenon. --*- M. d'Âlbergotti écrit du 3 que M. de Savoie ftvoit détaché un de ses officiers généraux pour surprendre la ville et le château d'Ast ; il a réussi à l'entreprise de la ville, où le commandant n'avoit laissé que trente hommes, n'étant pas un poste qui se pût défendre* Cinq ou six officiers, qui avoient négligé de se retirer isim le château -la nuit, ont été pris; les ennemis ont fait sommer le château, qui est très-mauvais aussi ; mais Cœuivde-Chéne, capitaine des grenadiers de Normandie, qui y commandoit, s' étant mis en état de se défendre, et étant avertis que Albergotti levoit ses quartiers pour y marcher, ils se sont retirés avec précipitation, et M. de Savoie, qui s'étoit avancé pour soutenir son détachement, est retourné à son camp de Crescentin. — M. de Mantoue* s'est marié à Nevers; c'ast son aumônier qm a fait la cé- Jébration du mariage sans que Tévéque , son grand vicaire ni le curé en eussent connoissauce ; il leur fit demander après le mariage des certificats ([u'ils ont refusé de lui donner. On a su cela ici par le curé de Nevei's, qui en a écrit au P. de la Chaise ; mais M. de Mantoue ni madame d'Elbeuf n'en ont rien mandé.
• Les Mémoires ne disent pas tout. M . de Mantoue vouloil se remarier, mais de la main du roi, à une Françoise. Madame d* Armagnac, toujours alerte pour trouver une ressource à sa fille, fut aisément teutée de la grandeur de ce mariage , et se mit h y travailler de sou mieux ; elle
152 JOl^RNAL DE DANGEAll.
compta toir la favi'ur de M. le Grand , et, pour cette fob, s*y trompa. 1 .1' i-oi,qui ne vouloit point de cette alliance lorraine, par rapportaux droits (le M . de Lorraine, si lié à Fenipereur, sur le Montferrat, qui seroit hs^orisé [Kir V[. de Mantoue.» amoureux de sa femme, ne s'y porta point du tout, et mit en avant mademoiselle d'Enghien, qui a depuis épousé M. di* \>ndônH!. M. le Prince'y tit de son mieux ; mais il n y eut jamais moyen de vaincre la répugnance de M. de Mantoue, qui vouloit une Itelle femme et à son gré. Madame d'KIbeuf avoit une fille sage et parfaitement belle; M. de IVfantoue fut tourné par ce Cazado , depuis marquis de Monteleon , et employé en Italie par le roi d'Espagne, et qui se tmuvoit à Paris , et par un autre Italien , théatin défroqué, qui s appeloit Prinn' , grand maître en intrigues et que le maréebal de Tessé fournit ô madame d*Elbeuf; le roi le sut et imposa . Il chercha donc une quatrième dont la beauté et la naissance de tous cotés pdt convenir à M. de Mantoue. Il songea à la duchesse de Lesdiguièces, fille du ma» réehal de Diuras, fort belle ^ faite en déesse , de grande raine i4 sans enfants, et encore fort jeune. Il en fit parlera M. de Mantoue, qui y consentit , pourvu qu'il la pdt voir et qu'elle lui plût. Alors le roi fit parier à madame de l.«sdiguières, qui refîisa. Le roi tint bon et lui fil parier par sa famille et par ses amis , enfin par Tonn , qui lui représenta qu'au moins, étant sujette du roi, elle ne pouvoit lui refuser de se laisser voir à M. de Mantoue. Le débat fijt long. Elle étoit dans sa premièiT aunét» de veuve ; elle persista à refuser la visite, et, par excès de tourment, elle consentit d'aller il onze heures à la messe aux Minimes dans unt* cha|K'lle dont on convint ; que M. de Mantoue s'y trouveroit comme par hasard , et qu'en passant par devant lui elle lèveroit son voile en recevant sa révérence, et se laisseroit voir à lui un moment. Torcy avoit eu tant do peine à arracher cette complaisance qu'il n'osa pousser plus loin, et se flatta que le voile demeureroit levé pendant ta messe , sans pourtant en avoir obtA'nu parole ; mais point du tout ; le rendez^vous s'exécuta, et M. de Mantoue ne la vit que le moment qu'elle avoit promis; mais ce moment suffit pour le déterminer et |)our lui faire désirer la chose aussi fortement que le mi même la souh<iitoit. M. le Prince, qui avoit aussi par la palatine, sa bellemère, des prétentions sur la succession future de M. de Mantoue et qui par là ne vouloit point d'une Lorraine, fit dire à madame de ÏJtSr diguières que, ne pouvant plus songer à ce mariage pour sa fille, il dèsiroit si passionnément le sien, conmie de sa si proche parente , qu1l la conjuroit d'y vouloir entendre, et qu'il offroit en ce cas d'en Éwr lui-même la noce à Chantilly conmie de sa propre fille ; mais tout fîit inutile. On employa domestiques, religieuses du couvent où elle avoit été clevé<» deS;iinte-Marie de Saint-Jacques; enun mot tout fut remue. FJk' «épuise résoudre h se confiner en Italie iivec un homme à la vérité fort
siiigiilH*r, mais qui ^ioit souverain ; elle finit deux mois de persécution constante par une lettre qu'elle écrivit au roi, la plus sage et la plus respectueuse, la plus flatteuse même, par laquelle elle lui rendoit surtout grâces de Tavoir fait assurer qu'il ne la vouloit forcer que par ses désirs et non par son autorité , et qu'elle le conjuroit de lui permettre de préférer Thonneur d*étre une de ses premières sujettes à celui de la souveraineté. Le roi fut vraiment touché de cette lettre, ne lui fit plus parler que pour rassurer qu'il ne la presseroit plus et qu*il Ten estimoit davantage; le rare est qu'il lui en sut gré toute sa vie , et qu'il l'a souvent répété , et qu'étant fort peu riche après l'avoir dû être infiniment par son mariage ce gré et cette estime n'ont jamais passé le discours. M. de Mantoue fiit outré, e^t M. le Prince aussi ; madame d'Elbeuf, qui s etoit ralentie, redoubla de jambes, mais elle reçut une défense 4u roi si poflitive qu'elle n'osa passer outre , et que, pour ne perdre pas aussi sa proie, elle trompa le roi, lui désobéit, lui débaucha pour ainsi dire M. de Mantoue et le paqueta àNevers, où ell^e vint jomdre comme on le voit dans les Mémoires, et le suivit en Italie, n'osant revenir à Paris après ce mariage fait contre la défense du roi.
Mercredi 15, à Fontainebleau. — Le roi se promena autour du canal avec madame la duchesse de Bourgogne^ .Madame et madame la duchesse d'Orléans ; Monseigneur i>y promena avec monseigneur le duc de Bourgogne et madame la princesse de Conty. La meute de M. le Duc courut un cerf qui ^int se faire prendre dans les fossés du Tibre; tout le monde étoit déjà revenu de la promenade. Monseigneur le duc de Bourgogne se mit dans le cari*osse de madame de Dangeau^ et madame la duchesse de Bourgogne dans celui de madame de Maintenons et s'y en allèrent voir prendre le cerf. — Le maréchal de Villeroy arriva sur les huit heures, et fut assez longti^m^is avec le roi chez madame de Maintenon. Le duc de Vilieroy, son lils, est revenu avec lui; il doit repartir dans trois jours pour aller commander en Flandre, où M. Félecteur de Bavière souhaite fort de le voir arriver. — Ou eut le soir des lettres de M. le comte de Toulouse par un courrier parti du 29 des côtes d'Es|>agne. M. le comte a eroistî huit jours des côtes d'Espagne aux côtes de Barbarie sans avoir eu la moindre connoissance d'aucun
vaisseau ennemi , et tout ce qu'on avoit' dit de la flotte de Smyrne se trouve faux; ce prince n'attend plus qu'un bon vent pour revenir à Toulon. On apprit que le marquis de Grignan , brigadier de cavalerie , qui s'étoit fort distingué à la bataille d'Hoehstetty éteit mort de la prtite vérole à Thionville.
Jeudi 16, d Fontainebleau, — Le roi courut le cerf" seal dans sa petite calèche; Monseigneur et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasse. — Le roi d'Espagne a envoyé une Toison d'or trè^magnifique à H. le eomte de Toulouse , et monseigneur le duc de Berry fera la cérémonie de le recevoir quand il sera de retour. — M. le maréchal de Villeroy partit de Haguenau le 11. M. de Marsin y étoit arrive deux jours auparavant; il est eo meilleure santé et pourra monter à cheval bientôt. Us avoient eu des nouvelles du siège de Landau du jeudi 9. Les ennemis avoient pris le matin de ce jour-là la Indette de Méldc; mais^ deux heures après ^ Laubanie la fit atta- (juer, la reprit et leur tua quatre ou cinq cents hommes. La maladie des chevaux commence à être forte dans Tapniée ennemie, et la dyssenterie est parmi leurs soldats. — M. de Charmond, qui étoit ambassadeur à Venise, salua le roi, qui le reçut fort bien, et cela détruit tous les brails qu'on avoit fait courir qu'on en est mécontent ici. — Comme l'affaire des fanatiques est entièrement finie , on en retire des troupes , et, on laisse à la discrétion de M. de Villars d'en garder ce qu'il croira nécessaire pour le bicH de la province.
Vendredi 17, à Fontainebleau. — Le roi, qui ne tient point de conseil les vendredis, fut enfermé quelque temps avec le P. de la Chaise, et puis travailla avec H. de Pontchartrain jusqu'à son dîner; il alla tirer raprès-dinée et travailla encore avec W. do Pontchartrain au retour, et quand M. de Pontchartrain eut fini, M. de Chamillort travailla avec le roi jusqu'à son souper. Monseigneur et mcsseigneurs ses enfants vouloient aller courre le loup;
OCTOBRE ft7M. 156
ils n'en trouvèrent point, et ils allèrent courre le cerf avec lies chiens de M. du Maine. Madame la duchesse de Bourgogne se promena autour du canal. — Le maréchal de Boufflers parla au roi pour le èûo de-Guiche^ qui n'o sait demander un brevet de retenue sur la charge de colonel des gardes^ et S. M. lui en accéda un de 500^000.1ivres. — Il arriva un courrier de M. de Marsin; les lettres sont du H; il mande que le 12 lés ennemis avoient encore attaqué et pris la lunette , et que Laubanie les en avoit encore rechassés; et voyant bien que les ennemis l'aitaqueroient une troisième fois , il s'étoit^ préparé à la faire sauter^ ce qui a réussi comme il Tavoit imaginé ; et que les ennemis y avoient perdu beaucoup de monde. *^ On a des lettres du* duo de Berwiok du 9. Il mande que le 6 et le 7 les ennemis avoient fait des mouvements comme s'ils eussent voulu Tattaquer, mais qu'ils n'avoient osé le faire et qu'il cMyoît qu'ils alloient se retirer vers Almeida, n'ayant phis de vivres dans leur camp.
Samedi i^, à FaniaifMbletm. -^ Le roi courut le cerf l'a^Hrès-dlnée ; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa calèche avec lui. Monseignetts courut le loup le matin . Hësseignenrs les ducs de Bburgogne et de Berry allèrent tirer des sangliers. Le soir il y eut comédie. ^^ Le soir le roi entretint longtemps M. le maréchal de Villeroy chez madame de Maintenon. Les quartiers d'hiver pour les troupes sont réglés^ mais les armées ne se sépareront qu'après la tin du siège de Landau. — M. de Chamillart a fait marché avec des baaquiei« de Suisse pour dix mille chevaux qu'ils doivent fournir en novembre, décembre et janvier, par égale portion. Les chevaux pour les cavaliers leur seront payés 335 livres et les chevaux pour les dragons 275 livres. — M. le maréchal de Tallard et les officiers prisonniers qui sont avec lui seront menés à Bréda, et doivent être déjà partis de Hanau ; on croit que la reine d'Angleterre veut qu'ils pas-
IÔ6 JOURNAL D£ DâltGEAU.
sent en Angleterre pour avoir le plaisir de faire voir des prisonniers considérables à la nation et contenir par cette joie-là les malintentionnés contre le milord MarUxh rough. — Le roi a donné le régiment de Grignan à Flèche, ancien officier y qui en étoit le lieutenant-colonel et qui eut l'fl^nnée passée commission de mestre de camp et une pension. — Le roi donna un brevet de retenue de 100,000 livres à M. de Çharmond sur sa charge de secrétaire du cabinet.
Dimanche 19, à Fontainebleau -— Ijq roi alla à lapro. menade autour du canal avec madame la duchesse de Bourgogne; Monseigneur étoit dans son carrosse avec monseigneur le duc de Berry et madame la princesse de Gonty. Monseigneur le duc de Bourgogne se promena à pied. — L'empereur propose des conditions dW commodément si dures à madame Télectrice de Bavière que, bien loin de les accepter, elle fait lever de nouvelles troupes pour défendre son pays^ et elle a mandé à M. Télecteur qu'elle espère avoir bientôt vingt mille hommes. — M. lé maréchal de Tesséa eu permission^ en allant en Espagne , de passer à Toulouse pour y voir la princesse des Ursins^ qui n'en est pas encore partie^. — U arriva à M. le duc d'Albe un courrier du roi d'Espagne, parti du 11 ; il mande que le roi de Portugal et l'archiduc, avec toutes leurs troupes ramassées, s'étoient approchés de l'armée du duc de Berwick conmie pour l'attaquer^ mais que ce duc s'étant présenté en. bataiUe et ayant fait même avancer quelque cavalerie^ ils s'étoient retirés en grande diligence et en grand désordre, et que, sans les ordres exprès qu'il avoit de ne rien hasa^ der, il les auroit attaqués avec grand avantage; ils se sont retirés dans les montagnes et à plus de quatre lieues de l'endroit où ils s'étoient avancés. M. de Villadariasa mandé à S. M.C. qu'il voyoit arriver les vaisseaux de M. de pointis devant Gibraltar, qu'ils alleient faire descendre les troupes, le canon et les munitions nécessaires pour
ce siège, et qu'il espéroit pouvoir ouvrir la tranchée le 13 ou le 14.
* Madame des Ursins étoit allée deBayonne à Toulouse fort lentement, pour montrer son obéissance à gagner le Languedoc et s'approcher de Marseille pour passer en Italie, et s'étoit arrêtée pour se reposer, toiyours négociant et travaillant à n^allv pas plus loin. Ce premier point obtenu, elle espéra bien de tout le reste , et ne s'y trompa pas. Tessé, allant en Espagne) et fort attentif à y plaire, dans la vue de la grandesse, faisoit sa cour à madame des Ursins. Il savoit bien que cela ne déplaîsoit pas ù madame de Maîntenon , et (jue rien ne l'avaneeroit davantage auprès du roi , de la reine d'Espagne que la protection de leur favorite, qu'il s'entremit de servir ou de faire semblant dans son impuissance , et hasarda de demander la permission de passer à Toulouse. Le roi étoit un peu calmé sur elle , et y consentit, gagné par madame de Maîntenon, pour rendre plus agréable en Espagne un homme dont il vouloît s'y servir ; et madame de Maintenon le procura pour pouvoir se servir de Tessé, pour donner à madame des Ursins des nouvelles de l'état où étoient ses affaires et de la conduite qu'elle avoit ày tenir, et ce voyage valut à Tessé la grandesse tout en arrivant.
Lundi 20, à PotUainebleau. — Le roi courut le cerf Taprès-dinée ; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa calèche; Monseigneur et meâseigneurs ses enfants étoient à la chasse. — Le maréchal de Villeroy repartit d'ici pour aller en Flandre. — D'Arifax, cornette des mousquetaires noirs, s'étoit cassé la jambe il y a quinze jours , et il en étoit bien guéri ; on l'a trouvé mort ce matin dans son lit. *Le roi a donné sa charge k son frère, qui étoit premier maréchal des logis de cette compagnie. — Le roi a donné à M. de Cavoie le logement qu'avoit M. de Duras à Versailles, et à mesdemoiselles de Chai*olois et de Sens, filles de M. le Duc, le logement qu'avoit M. de Cavoie. — Valseiné, maréchal de camp, pris à la bataille d'Hochstett , a eu permission' de revenir en France pour quelques jours; il a salué le roi, dont il a été très-bien reçu. Il partit de Hanau le mercredi 8 de ce mois; M. de Tallard en devoit partir quelques jours après pour aller à Aix-la-Chapelle, où M. de Marlborough a trouvé bon qu'il allât prendre les eaux. — Le roi n
16^ JOURlUd. m JM3IGEAU.
.6nvoyéwiintB<i4ct9t alarmée d'E^^aj^e, et achoisi pour cet emploi H. Mélian^ maître des requêtes et intendant i Pau ; il conservera cette intendances comme M. de Bagools conserve celle de Flandre et M. Bouchu cejle de Daupbiné. ifordî 21, à FaniamMeau. --^ Le «oi jugpea le matin , au oonseil des financées une affaire commeneée il y a quatre ans , mais qui n^avoit pas encore été portée devant lui. M. Bouchu 9 intendant de Dauphiné, avoit prétendu traiter les terres nobles de cette province-là oomtoe les terres xoturièves à peu près^ et celaamroit produit une augmentation de revenu au roi et auroit fort incommodé la noblesse de cette province ; le roi a décidé contre ses intérêts et en faveur de cette noblesse. — S. M. alla Taprès-dlnée à fi^j dans l'allée royale , voir pècb^ le grand étang qu'on avait mis à sec ; madame la duqbMK de Bourgogne étoit avec lui. Monseigneur courtft le matin un loup qui battit toute la forêt et qui ne fut pris que fort tard. Messeigneurs les ducs de JEfo^g^ne et de Berry plièrent ituor .d^s «4y(i|^liers.. — H arrjîva le matin un courrier du duc de .Gran;iont^ qui mande que le roi de Portugçil e(t Tarchi^uc ayoiept été fort piécontents de Tamirante^ ijfjà los avoit assiurés que dès qu'ils seroient sur la (routière d'JSspagpe beaucoup d'Espagnols vieil* droient se rendre & eux, ,et il jp'y en est pas venu w seul; il mande au^si q\ie la ](ranc]piée deyoit être ouveirte devant Gibraltar le 1 1, et que Pointis y étoit arrivé Je 7 avec treize vaisseaux, dont on débarquoit les troupes .et Tartillerie. — IML. de ViUars .i^ajçide que h^\^cf^ ^ un des cheis des fanatiques^ s'étoit venu rendi:^ avec tout^ sa troupe; il ne reste plus qu^ Ravanel, qui n'fi pas vingt hommes avec lui. — Il .arriva un courrier de ^. de Vc^ndôme, parti de devant Yerue le 16. Voici la copie de la lettre qu'on écrit de là (1) :
(1) Cette lettre est en partie reproduite, avec quelques diffëreDceft, dat» li JlMTMre.d^oeCobre, pagSB 409 à 4U.
OCTÛBR£ i7M. 1.59
An C9iDp ée Yerpe, le f 6 octobre.
L'armée anriva ici le Ik, ei, en y ai^rivant^ H. de Yendôme fit attaquer trois hauteiwe à la demi-^portée du fusîi du jretranchement de Guerbignan, et que les enue* mis avoient négligé de retrancher, puisque, s'ils avoient seolemeut fait use redoute à mettre cinquante :hommes sur chacune, ils nous anroient au moins retardé de oinq ou six jours (1). M. .de Vendôme les trouva en arrivant occupées par les ennemis , qu^-il en fit chasser à la ^ué de M. de Savoie et de toute sa cour (â). Dès que nos grenadiers furent mattres de la hauteur, ils firent un si grand feu et sur les fuyards et sur M. de Savoie qu'ils 'l'obligèrent lui et les siens à rentrer à toutes jambes dans ses retranchements. Nous avons retranché les hauteurs que nous avons gagnées, et on n'attend plus que notre canon pour -mettre la main à l'œuvre. Les ennemis «firent hiw matin un mouvement pour' se «approcher de leur pont ; ils ont niiis leur cavalerie tout sur le bord du Pô etleur infanterie en potence, la droite à Grescentinet la gauche à leur pont , sur lequel ils ont (3) toutes les nuits beaucoup de goudron. Us De sauroient faire le moindre mouvement' dans leur camp qu'on ne le voie d'une hauteur qui est derrière. chez H. de Yendôme, eamme si on y étoit ; c'est comme vous voyez bien un beau spectacle que de voir une place attaquée, investie de ee côté-ci du Pô par notne armée .et soutenue de l'autffe par celle des ennemis, laquelle, à la vérité, par rolt foible, et on dit qu'il y a beaucoup de malades (k). Cette entreprise ne laisse pourtant pas d'être considé-
(1) Cette phrase est |i]us claire dans la yersion donnée par le Mercure : '< On ne comprend pas pourquoi le^ ennemis ont négli^pé de fortifier ces hauteurs, piii$qpi*il Mt certaio que, si onayoït' fait une redoute 6ur oliaouneet que i*oB y eût mis du monde, cela nous auroit au moins retanlé de cinq ou six jours. »
(î) « Qui étoit hors des retranchements. » {'Mercure. )
(S) « Ils brAleot. » ( ÊÊêrture.)
(4) lA4italioB,du .Mercure s'anAte id.
160 JOURNAL DK OAISGKAU.
rablo , mais le succès en seni si tivantagenx pour les affaires du roi en Italie qu^il ne sauroitAtre mis en balance' avecles difficultés qui pourroient s'y rencontrer; pourvu que le beau temps continue, il y a tout lieu d'espérer que tout ira bien et que tout le mois prochain nous rendra bon compte de cette expédition^ qui seroit fort retardée s'il nous arrivoit des pluies. Ce pays-ci n'est assurément point praticable dès qu'il a plu^ et sans le l>eau temps il n'y auroit pas eu moyen d'y mener du canon, qui encore n'y arrivera pas sans peine , quoique les chemins soient comme au fort de Vété. La subsistance pour la cff* Valérie ne sera pas aussi une chose bien facile^ et on doit, pour épargner les fourrages^ envoyer dans trois ou quatre jours la meilleure partie des équipages du côté d'Alexandrie^ où H. de Vaudemont leur a assigné des quartiers dans lesquels on leur donnera du fourrage à un prix modique. Mercredi 22, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa calèche,, et à cinq heures le roi travailla avec M. de Chamillart. — On a des lettres de notre armée d'Allemagne qui po^ tent qu'un officier des ennemis, qui s'est venu rendre, assure qu'ils ont déjà peidu au siège de Landau plus de cinq mille hommes, et ils sont encore à cinquante pas du glacis. Milord Marlborough a détaché un assez gros corps de troupes pour aller sur la Moselle. — 11 arriva hier au soir un courrier de M. de Bavière, parti d'Anvers le 19. 11 mande que le général des troupes de Hollande a détaché vingt bataillons et trente escadrons pour aller sur la Moselle, et que le bruit de l'armée ennemie est que ces troupes se doivent joindre à une partie de celles de Marlborough )jour faire le siège de Tra^rbach. — M. de la Rablière est mort ; il avoit quatre-vingt-six ans ; il étoit lieutenant de roi de Lille, avec la qualité de commandant. Cet emploi lui valoit 10,000 livres de rente; il étoit gouverneur de Bouchain,qui lui en valoit 9,000; il étoit grand-croix de SainMiOuis, qui en vaut 0,000, «f
OCTOBRK 1704. IBi
étoitun des plus anciens lieutenants généraux de France. — M. de Montbron avoit obtenu du roi i^année passée qu^une pension de 2^000 écus , quil avoit comme ayant commandé les mousquetaires noirs, passât sur la tête de son fils; le fils est mort cette année, et le roi lui remet présentement cette pension sur la tête de madame de Montbron.
Jeudi 23, à Sceaux. — Le roi, après son lever à Fontainebleau^ fit entrer M. le prince de Conty dans son cabinet, et lui dit qu'il lui donnoit 40,000 livres de pension pour M. lecomte delà Marche, son fils, qui a neuf ans. Le roi lui dit même qu'il étoit honteux de lui donner si peu, mais qu'il falloit toujours commencer. M. le prince de Conty lui répondit que c'étoit plus qu il n'eût osé lui demander, surtout en des temps aussi difficiles que celui-ci. Le roi dina à dix heures à Fontainebleau, et en partit à onze; il avoit dans son carrosse madame la duchesse de Boui^ogne ; Monseigneur et Madame étoient au devant, madame la duchesse d'Orléans et madame la princesse de Conty aux portières; messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry étoient partis du matin de Fontainebleau et étoient venus dîner ici. — Le roi donna hier au soir à Laubanie, gouverneur de Landau, la place de grand-croix de l'ordre dé Saint-Louis qu'avoit la Rablière, et le cordon rouge qu'avoit Laubanie à Valsemé, maréchal de camp , qui s'est fort distingué à la bataille d'Hochstett. — Le roi arriva ici sur les quatre heures, se promena dans les jardins jusqu'à la nuit^ fit abattre quantité d'arbres verts, et donna Ijeaucoup de bons avis à M. du Maine pour l'embellissement de ses jardins. Au retour de sa promenade il y eut chez madame de Haintenon un concert de Descoteaux, Forcroy, Vizée et Buterne.
Vendredi 2k, à Sceaux. — Le roi et Monseigneur se promenèrent tout le matin et toute l'après-dlnée dans les jardins. Le soir on chanta chez madame de Mainlenon
T. X. tt
162 JOURNAL DE DANOEAU.
une ode de T'abbé Genest à la louange da roi ; ta musique est de Lalande^ et le roi la trouta si bonne qnéqoand elle fat finie il la fit recommeneer; nptès qaoi Monseigneur, madame la duchesse de Bourgogne et lès princesses jouèrent au lansquenet jnsqu'aa souper. — H. de Ghamillart envoya le matin au roi des lettres de M. de Mal^iB; qui mande que les ennemis avoient attaqué par deiiï fois et à jours différents la contrescarpe de Landail^ o^ ils fl*ont pu s'établir, et on assure qu'ils ont perdu beàtieoap de monde à ces deux attaques ; ils disent dans leur armée que Laubanie^ gouverneur de la pkace^ avoit été blessé d'un éclat de bombe à la joue* Milord Marlborough, malgré les instantes prières du roi des Romains ^ devoit partir de Weissembourg avec toutes les troupes de Hollande et d'Angleterre, et on Tattendoit le 25 à Hombourg; il parolt qull veut toujours marcher sur la HosèHe pour faire le siège de Traeriiach. — M. Rouillé , qui étoit il y a deux ans ambassadeur en Portugal , s'en va à Bruxelles auprès de M. Téleoteur de Bavière, sans caractère; le roi lui donne 18,000 livres d'appointements comme mt envoyés, et outre cela on lui donnera tous les an^ une ordonnance de 2,000 écus.
Samedi 25, à Yersùilles. — Le roi partit de Sceaux aussitôt après son diner , et en arrivant ici il alla èbet monseigneur le duc de Bretagne, qu'il trouva en trèsbonne santé et qui s'est beaucoup fortifié pendant if séjour que la cour a fait à Fontainebleau. En sortant de là S. M. alla se promener dans ses jardins jusqu'à la nuit. — Le roi a donné au marquis de Varehnes, qui commandoit à Metz il y a quelques mois , le gouvernement de Bouchain, qui vaut 9,000 livres de rente ; il n'y a nulfe proportion de ces appointements-là à ce qu'on lui donnoit pour commander à Met» , et le roi lui a dit qu'il nt lui don noit ce gouvernement qu'en attendant qu'il se trouvât une occasion de le plaèer miéu^t. ' — Il y eut une grande promotion d'officiers généraux, qui ne doit être
OCTOÂttE it04. 183
déclarée que dans deux jours. — Il se répand un bruit que nous verrons bientôt ici madame la princesse des Ursins, et que même elle fera un assez long séjour à Paris; mais on ne croit pas qu'elle retourne en Espagne^ quoique la reine presse toujours fort pour qu'on lui permette de retourner en ce pays^là. — On mande de Rome que le cardinal Carie Barberin est à l'extrémité ; il vaquera par sa mort un dixrseptième chapeau ^ et on croit que le pape fera une promotion à Noél; il y avoit vingtsept chapeaux vsu^nts en 1686 quand le pape Innocent XI fit la grande promotion.
Dimanche S6, â Versailles. — Le roi dina de fort bonne heure et alla se promener dans ses jardins^ où il trouva qu'on avoit bien exécuté tous les ordres qu'il avoit donnés en partant pour Fontainebleau y et quoiquMl y eût beaucoup de choses à faire , cela a été exécuté et mieux et plus promptement qu'il ne Tespéroit. Monseigneur est à Meudon^ où il demeurera jusqu'à jeudi. — On n'a aucune nouvelle de H. le comte de Toulouse ; on en est en peine, parce qu'il n'avoit des vivres sur sa flotte que jusqu'à la fin d'octobre, et il en avoit même laissé beaucoup pour les treize vaisseaux et les troupes qui sont demeurés sous Pointis à l'expédition de Gibraltar. — La reine d'Espagne avoit prié le roi de lui envoyer son portrait pour porter au bras ; le roi lui en a envoyé un fort ressemblant, avec quatre gros diamants aux quatre eoins. — On mande de notre armée d'Espagne que le duc de Berwick étoit en présence des ennemis quand il apprit la nouvelle qu'il étoit ra{)pelé de son emploi; il continua à donner ses ordres atec beaucoup de sang-froid, et ne marqua pas le moindre chagrin ni la moindre altération, et on lui sait fort bon gré ici de cela. — La jeune duchesse de Moi*temart, qui est accouchée depuis un mois d'une fille , a toujours été fort mal depuis sa couche , et Clément la croit en grand péril.
Lundi 27, à Versailles. — Le roi dina de bonne heure
et alla.}e promener àMarly, d'où il ne revint qu'àla nuit. Madame la duchesse de Bourgogne alla Taprès-dlnée à Meudou voir Monseigneur. La promotion des officiers généraux fut déclarée le matin; en voici la liste :