BRIGADIERS DE CAVALERIE
MM. De Roqueiaure, Margou, Grand val , Vérac, Vatteville , Saint-Pouanges , Listenoy^ Kercado,
MM- Livry,
Béringhen,
Prince Maximiiien (l),
Chevalier de la Yrlllière,
Prince d*E1beuf ,
L'Étang,
Glouet.
Mardi 28, à Versailles. — Le roi alla tirer Fappès^lBée. — M. de Pontchartrain porta au roi, le matin , des nouvelles qu'il avoit reçues par notre consul d'Alicante. M. le comte de Toulouse étoit encore à la hauteur de cette pla«c le 7, et les vents lui étoient contraires pour retourner en
1) DeRohan.
OCTOBRE t70A. 167
Pioveoce. n y a une lettre ^ venue par un officier de oe pays-là, qui pcorfe que le vaiaseau de M. de Cûétlo^on avoit touché sur un hana d^ sable ^ qu'on en avoit sauvé tout Téquipage et tout le canon » mais que le corps du vaisseau avoit péri. H. d'Herbault^ intendant de l'armée navale^ quî ^voit été bllissé au cQinbat , est mort de yes blessures, — J'appris qu^ H. Lée, aprëç le combat de Dona- "wptiky où il s'étoit fort distingué, avoit obtenu du roi Tagrément 4c son régiment pour son fils y qui n'a que vingt ans; ces régiments valent plus de 10^000 écus de rente. — Il y a depuis quelques jours ici un François qui étoit secrétaire de notre ambassadeur i Ckmstantinople et qui étoit depuis longtemps auprès du prince ftagotikî, qui l'a envoyé ici au roi ; il partit d''auprès de lui dans le qxois d'août. Ce prince étoit déjà reconnu prince deTransyLvaxkie et w avoit pri^ le titre \ cet envoyé assure fort qi^e }(^ n^écoii^p^ ne s'accomotf^deront point avec l'empereur, et uqus apprenons d'ailleurs que, depuis las propositions d'acAoï^modemept, lea mécontents se sont reqdus maitr^ de Cassovie et d'Éperièi ; ils ont trouvé (JiÇLOs Qjes places cent quarante piàces de camm, et quoique rassemblée pour traiter de leur paix avetc l'empereur soit convoquée à Scheo^nitz, il y a beaucoup d'apparence qu'il n^ a'y cpndura ri^n.
M^rçr^dti ^, à F/er^t7iai(. — l4e roi se promena long* tempç à pied dans sies jardins avec madame la duchesse de Bowgogne, et puis, à rAp<))lcn, ils montèrent en carrosse et fièrent à Trianon> d'où ils ne revinrent qu'à la nuit. — Dp eut des lettres du duc de Gramont qui portent que les vents cpntmiresavoient retardé le débarquement de nos troupes et de nos munitions devant Gibraltar^ mais qu'enfin cela s'étoit fait heureusement; que Pointis aypit mis à terre pl^jS de quatre mille hommes : H. de Villadarias n'ep demandoît que trois mille; ils espéroient opvrir L^ t^ancj^éç le 17. Fointis renvoie ses gros vais> seaux dans le Pontal à Cadix , et il garde quelques petits
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bt'itiiiients qui demeureront dans les [losses devant Gibraltar. Les Anglois et les HoUandois n'ont laissé dans la rivière de Lisbonne que douze de leurs vaisseaux, et ce sont ceux ^ui ont été plus maltraités dans le combat naval; ainsi on ne craint pai> qu'ils puissent rien entreprendre pour secourir Gibraltar. — Harsillac, exempt des gai*des du corps , demanda l'agrément pour acheter un régiment de cavalerie de ceux qui servent en Italie, et le roi lui a donné celui du régiment de Ruffey, qui sert en ce pays-là.
Jeudi 30, à Versailles. — Le roi ne tint point de conseil et dina à onze heures, et puis s'alla promener à Marly jusqu'à la nuit. Monseigneur revint de Heudon |)our le souper du roi. Madame la duchesse de Bourgogne se pit>mena en caiTosse et puis revint au salut. — Les officiers généraux des armées qu'avoient les maréchaux de Tallard et de Villeroy en Allemagne sont presque tous revenus; ils quittèrent M. de Marsin le 24 à Haguenau; ce général se porte mieux , mais il ne monte pas encore à cheval. Il avoit eu des nouvelles de Landau le 23 au soir; la contrescarpe n'étoit pas encore prise. Milord Marlborough n'étoit point encore parti de Weissembourg; mais les Anglois , sons Churchill ^ son frère, et les Holkndois, sous M. Top, étoient en marche pour venir à Trêves. — M. de Chamillart vint chez le roi un peu avant son diner lui apporter les nouvelles qui venoient d'arriver par ud couiTier de M. de Vendôme, parti du 2fc. Il y avoit trois jours que la tranchée étoit ouverte devant les retranchements que M. de Savoie a fait faire sur la hauteur de Guerbiguan ; notre canon étoit en l^atterie et comniençoH à faire taire celui des ennemis. Richerand, qui conduisoit les ouvrages à ce siège, y a été blessé d'un coup de couleuvrine à la tète , dont on doute qu'il puisse réchapper. M. de Vendôme mande que les ingénieurs qui éloient «ous lui sont très-capables, et qu'il n'a pas besoin qu'on lui en envoie d'autres.
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Vendredi 31, à Versailles. — Le roi alla raprcs-dlnêe à vêpres avec toute la maison royale , et puis s'enferma avecle P. de la Chaise^ comme il fait toujours la veille des jours qu'il doit faire ses dévotions. Monseigneur en use deméme^ et, en sortant de chez le roi, le P. de la Chaise alla chez lui. Madame la duchesse de Bourgogne fit ses dévotions aux Récollets. — On reçut des lettres du marechai de Villars, qui a déjà envoyé à M. de Vendôme quelques bataillons de ceux qui étoient en Languedoc. Ravanel avoit encore rassemblé une petite troupe en ce pays-là qui a été battue; on en a tué plus de la moitié, et le reste s'est dispersé , et ils ont jeté leurs armes. Le roi envoie à M. de Villars l'ordre pour présider aux états de Languedoc , qui s'ouvriront au commencement de décembre. — Le roi a choisi le marquis de Coigny pour acheter la charge de colonel-général des dragons, et si ses affaires ne lui permettent pas de^donner les {^80,000 livres qu'il faut pour cette charge , le marquis de Bouzoles en a l'agrément. — Le roi donne au marquis de Bellefonds Tagi^ment pour acheter le régiment de cavalerie du piince de Talmond, et le prince de Tarente, son neveu, fils de M. de la Trémoille, a l'option de changer son régiment contre celui de Talmond, auquel cas le petit de Bellefonds aura celui de Tarente.
Samedi !•' novembre^ à Versailles, — ^ Le roi. Monseigneur et messeigneurs ses enfants firent leurs dévotions; ils entendirent après dîner le sermon du P. Maure, qui doit prêcher cet avent, et après vêpres le roi s'enferma avec le P. de la Chaise et fit la distribution des bénéfices, qui n'étoient pas considérables. — Le roi a donné l'agrément dn régiment de Fiennes, qui sert en Espagne, à Villiers, ancien officier, qui en étoit lieutenant-colonel; l'agrément du réginfent de Conflans au chevalier d'Andezy, frère de celui qui est brigadier de cavalerie; le roi a donné aussi l'agrément d'un régiment de cavalerie à M. de Montmorency, premier capitaine du régiment de
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DuraSy et au petit Yignoles^ le cadet des enfants de M. k marquis d'Ambres. Voilà presque tous les régiments de cavalerie vendus ; il n'y en a point enoore de ceux dMih fanterie. — Voici la liste des bénéfices que le roi a don* nés : Tabbaye de Beaulieu , diocèse de Saint-Halo , ordre 1 de Saiut-Augii^tin , à M. de Bargedé, gvand vicaire de Nevers; Tabbaye de ViUemagne, diocèse de Béâers, ordre de Saini-Benolt^ & M. Gayet, grand vicaire deBéziers} le prieuré de Saini-Geosmes^ diocèse [de Langres], à Tabbé Héron^ trésorier de Vinc^nnes ; Tabbaye de Mondée^ diocèse de Lisieux^ à dom THermita; Tabbaye des religieuses de Notre*Dajme de Nevers^ à madame de Gtmrlus ; Fabbaye de Fabas , ordre de Clteaux , diocèse de Comminge3^ à madame de Villepassans; la trésorerie de Vincennes, h Tabbé Bochard de Saron *, grand vicaire de Clermont; Tabbaye des religieuses du lieu de Notre- Dame, à madame de la Frette. Le prieuré de Saint^îeoiHici étoit à Tabbé de Grandpré^ qui fut condamné il y a huit jours à être roué pour Tass^ssinat de |f. de Vervins» qui est guéri de toutes ses blessures.
* Cest cet abbé de Saron qui écrivit à l^évêque de Clermont, soi ODcle, cette fameuse lettre, aeeompagnée dHm modèle de mandeiiMiit, qui , dans le commencement de Tafifaire de la Goastitution , fiit wUh ceptée , fit un si scandaleux bruit , et fiit au moment 4^ aire obaw le P. Tellier, qui Tavoit fait écrire.
Dimanche 2, à Versailles. — Le roi alla tirer, etpuiftrar vaillaavec M. deChamillartchez mad^oijie de MaiotcDon, comme il fait tous les dimanches. — S. M. a encore fait deux nouveaux brigadiers d'infanterie, le marquis de r Aigle y fils de la dame d^honneur de madame la Duchesse, et le chevalier d^Âlbergotti , frère du lieuteoaot général. — Fourquevaux, ancien mestre de camp de cavalerie et qui fut fait brigadier au ooomiencement de cette année, est mort après une longue maladie *qui Tavoit empêché de servir cette campagne. — On eut des lettres du duc de Gramont qui portent que Ton n'avott
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pas pu ouvrir la tranchée à Gibraltar le 17^ comme on l'avoit résolijij; une pluie violente ^t un orage épouvimtable a retapé da quelques joi^rs ; on e^péroit Iç. pouvoir ouvrir le 20 ou le 21. — Madame a reçu des lettres de Lorraine, par lesquelles on lui mande qu'un trompettfi de M. de Lorraine, q^i revenoit ^e l'armée de^ ennemis devant Landau ^ assuroit que le 28 la coBktresoajrpe p'étoit pas encore prise. Les assiégeants^ qui manquât de fourrage, ont envoyé prenne toute ]eur cavalerie a^u delà du Rhin ; ils tirent peu de canon et de bombes^ parce qu'ils manquent de poudre. — 1^. Sansipn, qui avait é<4 intendant à Soissons et q^i vepoit d'être nomnjié à Tintendance de Houen . est mort i. Paris.
Lundi 3y à Marly. — Le roi partit de Versailles fibres son diner et viftt ioi , où il d^fneurçra jusqu'à la fin de la semaine qi^i vient. Vonseigneur et monseigneur le di^c de Berry partirjent le matin de Versailles allèrent courre, le loup à Lottie et ne ^evinrept de la chaise qu'à sept heures du soir. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne partirent de Versailles à trois heures, chacun dans leur carrosse, etallèjrent à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre. Monseigneur le duc de Bourgogne arriva ici une heure avant madame la duchesse de Bourgogne. Le roi d'Angleterre a été assez incommodé depuis le voyage de Fontainebleau ; il se porte mieux et prend du lait. — Il arriva un courrier de M. le maréchal deVilleroy ; l'électeur de Bavière et lui s'étoient avancés jusqu'à Tirlemont, qui n'est qu'à quatre lieues du camp des HoUandois que commande M. d'Ov^erkerke, que Ton prétendoit qui avoit fait i^n grand détachement pour aller sur la Moselle, et aq cas que cela se trouvât vrai, ils étoient résolus de l'attaquer; mais l'avis étoit faux, ils n'ont détaché que quelques troupes qui étoient dans Maëstricht e^ dans d'autres garnisons. — On apprit que milord Marlborough avoit suivi dep^ les généraux Churehill et Top, qui avoient marché
sur la Moselle avec les Anglois et les Hollandois qui étoient sur la Lauter^ et qu'ils s'étoient emparés de Trêves, où il parolt qu'ils veulent s'établir. On croit qu'ils ne songent plus à faire le siège de Traërbach , mais ils prétendent rendre ce poste presque inutile par le gros nombre de troupes qu'ils auront à Trêves.
Mardih, àMarly. — Le roi^ après la messe^ aUa courre le cerf; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa calèche. Monseigneur et messeigheurs ses enfants étoient à la chasse. Madame y étoit en calèche et avoit avec elle Mademoiselle^ qui a présentement neuf ans; elle étoit venue pour cela de Paris le matin^ et s'y en retourna après avoir dîné avec le roi au retour de la chasse, où elle étoit charmée d'avoir été. — Il arriva hier au soir un courrier de M. le grand prieur^ partile 26 de Medoli. Ce prince mande au roi que les troupes que H. de Vendôme lui a envoyées étoient toutes arrivées, qu'il les la»seroit reposer deux ou trois jours , après quoi il raa^ cheroit pour aller attaquer le comte de Linange, qui n'a que dix mille hommes et qui est campé à Govion et à 6avarde, d'où il espère les chasser très-aisément, d'autant plus que quatre ou cinq mille hommes, qui les dévoient venir joindre du Tyrol , ont été obligés d'y retourner, quelques troupes de Bavière étant entrées dans ce pays-là, où ils font de grands désordres.
Mercredi 5 , à lUarly. — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire et se promena l'après-dlnée dans ses ja^ dins jusqu'à la nuit. Le roi et la reine d'Angleterre arrivèrent ici sur les cinq heures ; ils n'y soupèrent point et s'en retournèrent à huit heures. — On a des nouvelles d'Allemagne qui portent que le général d'Herbeville avoit assiégé la ville de Straubing, place à l'électeur de Bavière sur le Danube, entre Ratisbonne et Passau, que la garnison s'en défendoit bien, et que M. Vechel, général de cet électeur, rassembloit des troupes pour marcher au secours. Les propositions que l'empereur avoit faites à
madame rélectrice de Bavière pour un accommodement étoient si déraisonnables et si honteuses que cela n^a fait qu'irriter cette princesse et tous ses sujets. — Il arriva hier un courrier de M. le comte de Toulouse ; ses lettres sont du 29^ de la rade de Barcelone. II ne lui faut que deux jours de bon vent pour revenir à Toulon, et le roi compte le voir ici avant la fin du voyage. On a relevé le vaisseau du chevalier de CoCtlogon ; ainsi on n'a rien perdu à cet accident.
Jeudi 6, à Marly. — Le roi se promena presque tout le jour dans ses jardins, où il fait toujours quelques embellissements nouveaux. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry allèrent courre le loup dans la forêt de Saint- Germain. — Le roi a donné Fintendance de Rouen à M. de Courson, maître des requêtes, fils de M. de Basville, conseiller d'État et intendant de Languedoc. *-r M. de Praslin, quicommandoit à Mantoue, s'étant brouillé avec la régence de cette ville-Ut, H. de Mantoue a prié le roi d'y vouloir mettre un autre commandant ; le roi Fa fait revenir à Farmée et a envoyé en sa place M. de Bissy. — Le roi laissera cet hiver le duc de Yilleroy pour commander dans Bruxelles , M. de Gacé pour commander dans Anvers, H. d'Artagnan, le gouverneur d'Arras, pour commander dans Namur, et le comte de la Motte pour commander à Gand. — On eut, par Fordinaire, des lettres de M. de Vendôme du 28. Le mineur étoit attaché à Fouvrage à corne ; Wartigny, maréchal de camp et colonel de dragons Dauphin, a été tué. M. de Mantoue a fait dire au roi par son envoyé que les bruits qui avoient couru de son mariage fait à Nevers étoient entièrement faux.
Vendredi 7, à Marly. — Le roi , après la messe, monta dans sa calèche avec madame la duchesse de Bourgogne et alla courre le cerf; il en prit deux , et puis revint dîner à son ordinaire. — Il arriva le matin un courrier de M. le comte de Toulouse, qui arriva à Toulon le 2; un .srrand coup de vent a écarté quelques vaisseaux de sa
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flotte, qni otit été obligés de relâcher aux fiés d'Uyères; oe prince arrivera ici avant la fin du voyage. Il avoit mandé au roi, par le courriel qu'il envoya de Barcelone, ^'enfin la nuit du 20 au 21 la tranchée avoit été ouverte à Gibraltar, et il y a des lettres du marquis de tilladarias dans lesquelles il assuré que dans peu de jours il sei« inaltre de cette place. — Le roi àvoit écrit au roi d'Espagne pour le priètde doAner au connétable de Navarre, fils du duc d'Albe , une commanderie considérable qu'a- Voit Tamirante et qu'on a confisquée comme lé reste de ses biens ; le roi d'Espagne la lui a accordée, et le dac d'Albe en vint remercier le roi lundi avant qu'il partit de Versailles. — Par leà dernières nouvelles qu'on a reçues de notre armée qui est à Haguenau , on assure que les ennemis n'avoient pas encore prii$ la contrescarpe de Landau ; le colonel qui avoit acheté le régiment d'infanterie de Noaillës qui est dans la placé a été tué ; il s'appeloit | BoisférméJ.
Samedi 8, à Marly, — Le roi se promena tout le jour dans ses jardind. Monseigneur courut le loup dans la forêt de Saint-Gerinain ; ce fut monseigneur le duc de Berry qui le tua. Hâdarùe la duchesse dé Bourgogne passa Taprès-dlnée dans le salon à jouer Au lansquenet. — Les Malbttins ont pris un vaiâseau anglois venant des Ind^s, chargé de marchandises qu'on estime (00,000 écus d'argent comptant. — On a appris par les dernières lettres venues de Rome que le vieux cardinal Barberin y étoit mort après une longue maladie ; îl vaque par sa mort une dix-septième place dans le sacré collège. — M. le marquis de Goigny a conclu son traité avec le duc de Guiche pour la charge de colonel général des dragons, dont il lui donne 480,000 livres, qui est ce que la charge lui avoit coûté. Le roi donne au marquis de Coigny 100,000 écus de brevet de retenue, et le marquis de Coigny, pour payer les ('80,000 livres, trouve de grandes facilités. La jeune duchesse de Lesdiguières, à qui il re-
Tient SM^MO livres de cet ai^nt-My se contente d'une obligation payable en six ans^ et un autre créancier pour lOO^MO livres se contente aussi de son obligation.
Dùnanek» % à Marly, — Le roi ^ au sortir de la messè^ tint conseil comme à son ordinaire^ eten sortant du conseil il alla chez Monseigneur^ qui avoit pris médecine et <fÊX avoit entendu la mesae dans la chapelle avant que de la proidie. L'après-dlnée le roi se proraeùa dans ses jardins jusqu'à six heures^ et etisuite travailla avec M. dé Chamillart chez madame de Maintenon jusqu^à neuf heures. — On fècnt des lettres du Fort-Louis du 4 , qili portent que la contrescarpe de Landau n'étoit pas encof e prise et que le oomte de Frise, qui étoil gouvernent de cette place pour les ennemis Tannée passée , avoit été taé; les déserteurs assurent que les assiégeants manquent de beaucoup de cholses et que le p^in est ^ort cher dans leur armée. — H y a des conférences auprès de Straubing entre les généraux de l'empereur et ceux de Bavière. L'empereur offre à réle<;trice des conditions beaucoup moins dures que les.premières. — Le mariage du marquis de (kingis est résolu. Il épouse mademoiselle de la Hoguette, à qui sa mère donne 400,000 livres présentement, et fait voir qu'elle en garde encore davantage pour elle ; c'est Farchevèque de Sens, oncle de la demoiselle, qui fait le mariage.
Lundi 10, à Marly. — Le roi, après la messe, alla courre le cerf; il avoit madame la duchesse de Bourgogne dans sa calèche. Messeigùeurs les ducs de Bourgogne et deBerry allèrent tirer dans la plaine de Saint- Denis. M. le comte de Toulouse arriva ici sur les sept heures : il alla chez madame de Maintenon, où le roi étoit. 11 avoit mouillé mardi à la rade de Toulon ; il y demeura le mercai^di pour voir arriver le reste de sa flotte et en partit jeudi pour venir ici. — Les ennemis qui sont dans Trêves ont pris quelques petits postes sur la Sarre, et ont fait un détachement de leurs troupes pour aller investir
Traërbach, quMls veulent bombarder. M. d'Alègre assemble un assez gros corps d'infanterie; mais comme toute la cavalenie qui est à ses ordres est presque démontée y il n^est pas en état de rien entreprendre; il a quitté le camp de Rodenmakeren et est venu camper sous le canon de Thionville. — Le duc de Berwick a laissé le commandement de notre armée d'Espagne au marquis de Thouy, et va à Madrid^ où il attendra TarriTée du maréchal de Tessé pour conférer avec lui sur Tétat des affaires de ce pays-là ; ce maréchal y doit être arrivé présentement, car par les dernières nouvelles qu'on a eues de lui il étoit déjà au delà de Pampelune.
Mardi 11, à Marly. — Le roi alla Taprès-dinée voirie roi et la reine d'Angleterre, et travailla le soir avecM. de Pontchar train. — On croit présentement que les ennemis sont maîtres de la contrescarpe de Landau ; cependant cela n'est pas entièrement assuré. — On mande de plusieurs endroits d'Allemagne que l'accommodement de l'empereur avec les mécontents de Hongrie est entièrement rompu, et que durant la trêve ils n'avoient pas même discontinué leurs hostilités. On prétend, de plus, qu'ils n'étoient entrés en négociation que pour faire leur récolte plus en repos. L'empereur rassemble quelques troupes pour les envoyer au général Heister, qui est de ce côté-là. — Le roi a donné l'agrément du régiment d'Ourque à Rozière , ancien capitaine de cavalerie ; ce régiment est presque tout composé de I^orrains, et Rozière est Lorrain aussi. Le roi a aussi donné l'agrément au chevalier de Vérac pour acheter le régiment de Broglio. — Le roi fera hiverner un assez gros corps de troupes dans le plat pays de Lorraine, et elles seront commandées cet hiver par M. de Druy , lieutenant général, qui aura un brigadier de cavalerie sous lui , et ce brigadier sera M. le marquis de Beauvau, de la gendarmerie*
Mercredi 12 , à Marly. — l^e roi se promena toute l'après-dlnée dans ses jardins. Monseigneur alla à Saint-
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Ormain voir le roi et la reine d'An^rleterre. Messeitîiieurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tuer des sans^liers. — Nanclas^ qui \enoit d>tre fait lieutenant général^ est mort ; il étoit gouverneur à Mont-Louis en Cerdagne; ce gouvernement vaut 18,000 livres de rente, et le roi Fa donné à Perthuis, lieutenant de roi de |Collioure J, qui avoît longtemps servi dans le régiment de M. de Turenne et depuis dans celui du Maine. — On a reçu des lettres du duc de Gramont du 2 de ce mois; il uiande que le roi d'Espagne avoit eu des lettres de M. de Villadarias du 29 du mois passé , qui portent que le siège de Gibraltar alloit bien , qu'il espéroit dans peu être uiîiltre de cette place , que M. de Pointis avoit trouvé le moyen de faire un brûlot d'un vaisseau marchand et qu'il avoit brûlé une galiote à bombes que les ennemis avoient devant la place et qui incommodoit fort notre Iranchée. — L'abbé de Pomponne* partira incessamment pour Tambassade de Venise; on avoit tenu cela secret jusques ici , et on ne le dira à l'ambassadeur de Venise qui est ici que quand il aura fait son entrée; il viendra à Versailles mardi prochain pour cela , et aura son audience en habit de noble vénitien.
* L'abbé de Pompoune étoit aumônier du roi, et il n'y avoit rien à dire à sa conduite. Le P. de la Chaise le favorisoit, et pourtant lui rompit le col par des lettres interceptées à la poste, qu'il lut au roi, et il oublia d'en supprimer un article, par lequel elles portoient des espérances sur lui quand il seroit évéque. Le roi s'en piqua , et, déjà peu endin à mettre dans Tépiscopat le nom d'Amauld, il donna plusieurs évéchés sans faire mention de lui. Torcy, mari de sa sœur, en parla au roi sans avoir pu Tentaraer là-dessus, tellement qu'il le fit ambassadeur à Venise.
JeMkdi 13, à Marly, — Le roi reçut le matiii des nouveDes de M. de Vendôme par un courrier parti du 6. Les forls qui étoient sur la hauteur de Guerbignan ont été pris avec beaucoup de lacilitr», ayant été abandonnés par M. «le Savoie, qui en relira foute son infaut^'rie pour n»-
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venir h son camp de Crescentin , ayant été averti par des déserteurs que M. de Vendôme le devoit venir attaquer dans son camp de Crescentin. M. dé Vendôme, ayant su que M. de Savoie avoit pris ce parii-là, a marché aux retranchements deGuerbignan,où il n'a trouvé personne. Montgon, lieutenant général de jour, a eu une grosse contusion à la jambe par quelques soldats qui se retiroient dans Verue. M. de Vendôme devoit ouvrir, le lendemain 1, la tranchée devant Verue ; il y a trois enceintes à cette place, mais on ne croit pas qu'elle puisse durer quinie jours ; il ne peut tenir que deux bataillons au plus dans la place. — Le roi a donné le régiment de dragons Dauphin à Vatteville, colonel de dragons réformé, qui sert dans l'armée d'Italie ; il est lils de Vatteville , gouverneur de Ham et lieutenant général des armées du roi, et Ton croit que M. de Vendôme a écrit en sa faveur.
Vendredi ik , à Marly. — Le roi apprit que Brisach et le Neuf-Brisach avoient pensé être suipris par les ennemis le 10 au matin; le détail seroittroplongàconter.Raousset. qui commandoit dans Brisach , y a fort bien fait son devoir, et les bourgeois de la ville ont témoigné beaucoup d'affection pour la France. On a pris le lieutenant-colonel d'Osnabruck, qui étoit chargé de cette expédition et qui a été blessé sur le pont par un bourgeois. On Ta interrogé; il a dit que cette entreprise étoit de M. le prince Eugène: qu'ils étoient partis avec deux mille hommes de Fribourg; que leur cavalerie s'étoit perdue en chemin et qu elle avoit ordre de passer à toute bride dans la ville lorsque le pont seroit embarrassé par leurs chariots. C'est un grand bonheur que cette affaire n'ait pas réussi. Les ennemis y ont perdu environ cent hommes, parmi Icsquek il y a beaucoup d'officiers. — M. le comte de Toulouseieii arrivant à Toulon, a reçu des lettres du roi, qui approuve fort la vue qu'il a eue de donner la charge de son premier écuyer à H. le chevalier de Hautefort , capitaine de vaisseau; il y aâ,000 écus d'appointements à cettecbarge
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et elle vaut bien outre cela 12 ou 14,000 livres par les commodités.
Samedi 15, à Versailles. — Le roi revint icijaprès s'être promené à Marly jusqu'à la nuit. Monseigneur alla de Marly dîner à Meudon, où il demeurera jusqu'à jeudi. Le roi, en arrivant ici, alla voir mpnseigneur le duc de Bretagne ; madame la duchesse de Bourgogne, qui étoit arrivée avant le roi, y avoit déjà été. S. M. travailla le soir chez madame de Maintenon avec M. de Chamillart. — Le roi a donné le régiment de cavalerie de Fourquevaux à la Tour, qui en étoit lieutenanlrcolonel depuis longtemps. On avoit eu tort de dire que Fourquevaux n'avoit point servi cette année; il est vrai qu'il n'avoit pas servi de brigadier, mais il étoit à la tête de son régiment à la bataille d'Hochstett, et il est mort à Strasbourg des blessures qu'il avoit reçues à cette bataille. — Le roi a réglé que les officiers de ses gardes et les gardes qui sont sur le guet ne seront point relevés durant une année entière, et cela commencera au 1" janvier; il a cru cela meilleur pour son service; il n'y aura que les capitaines qui serviront leur quartier comme à l'ordinaire. 11 y a dans les gardes vingt-quatre lieutenants ou enseignes; il y en a six qui servent auprès du roi, auprès du roi d'Angleterre ou auprès de Monseigneur; ainsi ils ne serviront ici que tous les quatre ans, et les exempts seront encore plus longtemps sans servir.
Dimanche 16, d Versailles. — Le roi alla se promener dans ses jardins; il a ordonné qu'on 6tàt toutes les grilles qui enferment tous les bosquets, et veut que tous les jardins et toutes les fontaines soient pour le publie. Madame la duchesse de Bourgogne alla dîner à Meudon, et Monseigneur la mena à Paris à Topera; après l'opéra Monseigneur retourna à Meudon, et madame la duchesse de Bourgogne revint ici. — M. de Caylus* mourut il y a quelques jours à Bruxelles ; il étoit ancien lieutenant général ; il étoit menin de monseigneur et avoit un loge-
ISO JOURNAL DK DANGEAlî.
inent dans le château, que le roi a donné à M. de Cayeu. M. de Blainville^ qui a été tué à la bataille d'Hochstett, avoit un logement dans le gra'nd commun, qui a été donné à H. de Sainctot, introducteur des ambassadeurs. — Les dernières nouvelles qu'on a de Landau sont que les assiégeants étoient enfin maîtres du chemin couvert et que le 10 ils y avoient établi des batteries pour battre en brèche la demi-lune et les contre-gardes. Laubanie a été fort incommodé de son coup à la joue ; il a même été quelques jours à ne voir pas trop bien ; il ne laissoit pas d'agir. 11 a fait faire un retranchement dans le fossé et n'oublie rien de ce qui peut retarder la prise de cette place.
* Ce Caylus étoit abruti de vin, et mourut blasé. On le tenoit été et hiver sur la frontière pour Féloigner de sa femme , nièce de madame de Maintenon , qui s*en trouva fort heureusement délivrée. H étoit frère du nouvel évéque d'Auxerre et du chevalier de Caylus, qiiifit fortime en Espagne. Leur mère étoit fille du maréchal Fabert.
Lundi 17, à Versailles. — Le roi prit médecine et tint, après dîner, le conseil qu'il auroit tenu le matin s*il ne s'étoit pas purgé. — Le roi laisse M. de Marsin pour commander cet hiver en Alsace. Il aura deux lieutenants généraux bons lui, qui seront HM. de Laubanie et Yaillac, et deux maréchaux de camp, qui sont Cilly, des dragons^ et [le marquis de BrogUo]. — Le roi a envoyé à la princesse des Ursins*, à Toulouse, un courrier pour la faire venir ici, où on compte qu'elle arrivera avant Noël; on ne dit point encore si on la renverra en Espagne. — Le convoi que les Anglois et les HoUandois envoient en Portugal est encore à Cork en Irlande, et on espère que Gibraltar sera pris avant qu'ils y puissent porter ce secours. — Les ennemis qui sont sur la Moselle , voyant que nous n'avons point de cavalerie à leur opposer, veulent entrer dans le pays de Luxembourg pour y établir des contributions et même y prendre des postes où ils prétendent se pouvoir maintenir tout l'hiver, et n'ont point encore formé le
siège de Traërbach^ mais ils se préparent à le bombarder. Il y a de bons souterrains dans le château y où Ton est fort à couvert des bombes, et il y a des vivres pour plus d'un an.
* Madame de Maintenon réussit enHo au plus difficile de son ouvrage. Le temps, les manèges, les grâces aux Estrées, Tobéissance de madame des Ursins , tout cela manié de main de maîtresse obtint enfin de venir à la cour saîis parler uniquement que de justification, et point du tout d'où aller après. Tels furent les degrés du triomphe et du règne.
Mardi 18, ô Versailles. — Le roi donna le matin audience à Tambassadeur de Venise, qui fit ici son entrée. Il vint à Taudience en habit de cérémonie ; ce n'est pas tout à fait rhabit que les nobles vénitiens portent k Venise. Monseigneur vint le matin de Meudon pour donner audience à cet ambassadeur après celle du roi ; madame la duchesse de Bourgogne lui donnaaudience Taprès-dinée. On trouva son habillement fort noble . Madame la duchesse de Bourgogne avoit dîné à son gi'and couvert , seule à table, servie pai* ses gentilshommes servants, ce qui ne lui étoit pas aiTivé depuis plus de quatre ans ; elle en usera de même tous les mardis. Il y avoit beaucoup de dames à son diner, après lequel il y eut un grand cercle, où madame la duchesse d'Orléans et madame la Duchesse vinrent, et ce cercle dura assez longtemps avant que l'ambassadeur arrivât , et finit après Taudience*. — On a reçu des lettres de la cour de Lorraine qui portent qu'un homme que M. de Lorraine avoit envoyé à l'armée des ennemis devant Landau assuroit que les assiégeants Iravailloient à la descente du fossé, et qu'ils croyoient pouvoir être en état le 15 de ce mois, qui étoit samedi dernier, d'attaquer la demi4une, qui n'est pas aisée à prendre.
* Le feu roi, qui n'aimoit la dignité que pour lui, ne laissoit pas de regretter la majesté des cercles de la reine mère, parmi lesquels il avoit été nourrietqui durèrent autant qu'elle. Il essaya deles faire con-
tinuer par la reine sa femme , dont la bêtise ne put porter le poidi. il ▼oulut après les renouveler par la dauphioe de Bavière. £0e avoit tout ee qu*il (alloit dans l'esprit pour s'en bien acquitter, mais les inoommodités de ses grossesses et de leurs suites, jusqu'à sa dernière et longue maladie , leur coupèrent court. Madame la duchesse de Bourgogne étoit trop enflât pour les lui faûn» repr^odi^ «te meilleure heurp, et rétoit trop encore pour les vouloir continuer; aussi ne durèrent-ib guère, et se sont ainsi ensevelis.
Mercredi 19, d Versailles. — Leroi alla hierraprès-dlnéo se promener à Trianon, et aujourd'hui il a été tirer et a plus trouvé de gibier dans son parc que jamais. — On a reçu des nouvelles de Pologne qui portent que le roi do Suède avoit repris Varsovie et qu'il poursuivoit le roi Auguste. Il y a même quelques lettres qui assurent qu'il a défait son arrière-garde. — L'accommodement de madame l'électrice de Bavière avec Tenapereur est entièrement fait; cette princesse retire toutes ses troupes dos places qui sont sur le Danube, et l'empereur promet delà laisser dans la possession paisible de la Bavière et de n'oo tirer aucunes contributions. — Par le dernier ordinaire d'Espagne on apprend qu'on a arrêté le marquis de Cifuentes et quelques autres gens considérables, et que le duc de Veraguas a eu ordre de se retirer de la cour; ce sont gens qu'on croit affectionnés à la maison d'Autriche et qui avoient toujours été en grande liaison avec le comte de Harach pendant qu'il étoit ambassadeur de l'eaiperear à Madrid. Ces nouvelles sont venues à plusieurs particuliers, mais le roi ni ses ministres ne nous en ont rien dit; ainsi cela n'est pas entièrement sûr.
Jeudi 20, à Versailles, — Le roi dîna de bonne heure , le conseil ayant fini à midi ; il alla Taprès-dlnée à Blarly, d'où il ne revint qu'àlanuit. Monseigneur revint ici le soir de Meudon, où il étoit depuis samedi. Messeigneurs lesducs de Bourgogne et deBerry et madame la duchesse de Bourgogne firent un léger déjeuner, et allèrent en carrosse h la Ménagerie, où ils montèrent à cheval, ce qui n'éteit
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pas arrivé depuis longtemps à madame la duchesse de Bourgogne. Ils revinrentdeleurpromenadeàcinq heures ; monseigneur le duc de Bourgogne revint ici pour le salut, el retourna ensuite à la Ménagerie, où madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry étoient demeurés après la cavalcade. Il y avoit beaucoup de jeunes dames à cheval ; ils se mirent à. ttible à sept heures ; il y e ut grand jeu avant et après, et ils revinrent ensemble ici pour lesouperduroi. — Tapprisqueleroi avoit donné!, 000 écus de pension au jeune comte dç Verue ; sa mère demeurera à Paris dans la maison qu'elle avoit et qui étoit jointe à un couvent, et que le comte de Verue avoit voulu qui fût grillée ; elle en fait ôter les grilles à cette heure , ainsi elle aura la liberté et elle sera dans le monde comme les autres femmes.
Vendredi 21, à Versailles. —. Le roi alla tirer Taprèsdlnée ; il travailla le soir che» madame de Maintenon avec M. de Chamillart, quoiqu'il n'ait pas accoutumé d'y travailler les vendredis. Monseigneur et messeigneurs ses enfants conrurent le loup et firent le retour de chasse ensemble à cinq heures chez madame la princesse de Conty . — M. de Chamillart, qui étoit à Paris le matin, manda au roi qu'il venoit d'avoir nouvelle que la demi-lune de Landau avoit été attaquée le 15 et que les ennemis avoient été repoussés avec grande perte. — On eut par Tordinaire des lettres du siège de Verue du 10; la tranchée fut ouverte devant la ville le 7, comme on l'avoit résolu, et les travaux que les ennemis avoient faits pour johidre le fort de Guerbignan à la ville nous servirent à ouvrir et à pousser notre tranchée, (jnin'étoit plus, le 10, qu'à cent pas de la conirescarpe. M. de Vendôme espère que ce sié^re ira bien et qu'il pourra, après la prise de cette place, aller se poster sur la hauteur des Capucins de Turin, et prendre peut-être, avant que de mettre ses troupes en quartier, la ville de Turin, mais non pas la citadelle, qui est très- bonne.
1H4 .JOUKNA.L DR DANGEAU.
Smnedi 22, à YeraailU*. — Le roi alla se proDienor TaprèsKlinée dans ses jardins, et ne voulut point être suivi des courtisans, aiin de mieux donner ordre aux changements qu'il y veut faire. — On eut des nouvelles de M. le PTciiid prieur du 10; il ne peut pas attaquer le comte de Linangedansle poste où il est, parce qu'il a des montagnes inaccessibles dans ses derrières et de grands retranche^ ments devant lui; mais il va être bien embarrassé pour sa subsistance par les postes que prend H. le grand prieur, dont le quartier général demeurera à Castiglione deUe Sliviere ; il a des troupes dans Monte-Ghiai'O, et il demande aux Vénitiens Lonato, qui est encore plus avancé. On est en négociation là-dessus, parce qu'il y a une garnison de la république ; il s'agit de savoir si la république y avoit garnison avant que le grand prieur marchât de ce côté-là; car s'ils n'y en ont mis que depuis que nos troupes s^avancent de ce côté-là, ce seroit trop marquer leur mauvaise volonté que de nous refuser ce poste. — Le roi a donné une commission de colonel à Lusancy, aide major du régiment des gardes, qui est revenu d'Espagne, où le roi Favoit envoyé au commencement de Tannée.
Dimanche 23y à Versailles. — Le roi alla tirer Taprèsdinée et travailla le soir à l'ordinaire avec M. de Ghamillart chez madame de Maintenon. — Hier, avant le conseil desHnances, le roi travailla avec M. le comte de Toulouse et M. de Pontchartrain ; il avoit paru au retour de M. le comte de Toulouse qu'il n'étoit pas content de H. de Pontchartrain, qui prétend n'avoir eu aucun toii avec ce prince et qui prend le roi à témoin de sa conduite; c'est lui seul qui peut en savoir le fond*. — On est mieux informé des gens qui ont été arrêtés en Espagne qu'on ne l'étoit par les lettres qu'en ont reçues les particuliers ; le duc de Veraguas, qu'on avoit dit relégué dans ses terres, parce qu'on l'avoit vu sortir de Madrid, est allé au-devant du maréchal de Tessé , et il n'y a eu d'arrêté que le marquise clo flifnenfes et le comte d'Krille, dont la stvuv est dame
d'honneur de la reine des Hoinains ; le marquis de Cifuentes s'est sauvé depuis avoir été arrêté. — On mande de l'armée de M. de Marsin^ du 18^ que le 17 on entendit tirer beaucoup plus qu'à l'ordinaire à I^ndau^ qu'on croit que les ennemis avoient attaqué la demi-lune et qu'on ne sait rien encore de Tévénemeot.
* Voici iine curieuse anecdote, et d'autant plus qu'il n'y a mot qui ue soit original et en propres termes. Pontchartrain , secrétaire d'État de la marine , en étoit le fléau comme de tous ceux qui étoient sous sa cruelle dépendance. C'étoit un homme qui avoit de l'esprit et de l'adresse , mais gauche en tout , désagréable et pédant à l'excès ; suprêmement noir, et aimant le mal précisément pour le mal ; jaloux jusque contre son père , qui s'en plaignpit amèrement à ses amis; tyran jusqu'avec sa femme, l'esprit, l'agrément, la douceur, la complaisance, la vertu même ; barbare jusqu'avec sa mère -, un monstre, en un mot, qui ne tenoit au roi que par l'horreur de ses délations et une malignité telle qu'elle avoit presque rendu d'Argenson bon. Un amiral étoit sa béte, et un amiral bâtard du roi son bourreau. Il n'y avoit rien qu'il n eût fait contre sa charge, et, pour l'empêcher de la faire, point d'obstacles qu'il n'eût semés sur son chemin; rien qu'il n'eût employé pour l'empêcher de commander la flotte et après pour rendre au moins la flotte inutile. Il lui disputa tous ses honneurs et toutes ses distinctions, ses pouvoirs encore davantage , et lui en fit retrancher des uns et des autres, qui, par leur nature et par leur exemple, ne pouvoient être et n'avoient pas été contestés. Cela étoit hardi contre un fils de la personne du roi , bien plus que si c'eût été un fils de France; mais il sut prendre le roi par son foible et balancer le père par le maître , s'identiser [ sic] avec le roi , et lui persuader qu'il ne s'agissoit de l'autorité qu'entre le roi et l'amiral ; ainsi le fils de l'amour disparut aux yeux d'un maître toujours maître, de préférence infinie à tout autre sentiment , et sous ce voile le secrétaire d'État le fut entièrement , et nourrit le comte de Toulouse de contre-temps pour le faire échouer et de dégoûts à le mettre au désespoir, sans qu'il pût que très-légèrement se défendre. Ce fut un spectacle public à la mer et dans les ports où la flotte toucha y qui indigna toute la marine, où Pontchartrain étoit abhorré et le comte de Toulouse adoré par son accès facile , son application et sa singulière équité. Le maréchal de Cocuvres, M. d'O et tous les autres chefs de degré ou de confiance ne furent pas mieux traités, tellement qu'ils excitèrent tous M. le comte de Toulouse à ce quïl s'étoit déjà proposé, qui étoit de perdre Pontchartrain en arrivant, et par montrer au not les contre-temps et leurs (suites, et lui comme
!8« JOURNAL DE DAJNGEAU.
leur auteur de malice méditée et par effort de crédit auprès du roi. It failoît Taudace de Pontchartrain pour s*étre mis à ce danger, prévu et déploré souvent et inutilement par son sage père et par sa mère et 9 femme , mais sans aucun fruit; et Tivresse dura jusqu'à ce retour, que la famille fut avertie de toutes parts de Torage, et Pontchartrain luimi^me par racciieil qu'il reçut de !*amîral et des principaux de la flotte Aussi abject dans le danger qu'impudent dans la bonaoe, il tenta tout a la fois pour prévenir sa chute , et n'en remporta que des dédaiib. Enfin le jour venu où le comte devott travaitller seul à fond avec lerui pour lui rendre ou compte détaillé de son voyage et où H avoît r^ solu de tout dire et de tout faire pour perdre Pontehartrain , sa femme prit sur sa modestie et sur sa timidité natureHe de Taller trouver chez madame la duchesse d'Orléans , et de le forcer » entrer seul avec elle dans un cabinet. Là, fondue en larmes, reeomioissaiit tous les torts de son mari, exposant quelle seroit sa condition s'il étoit perdu selon ses mérites, elle désarma l'amiral et eu tira parole de tout oublier, pourvu qu'à l'avenir le secrétaire d'État ne lui donnât pas heu de rappeler Tancien avec le nouveau. Il avoua qu'il n'avoit jamais pu léaster à la douceur et à la douleur de madame delPontchartrain, cl que, quelque résolution qu'il eût faite , les armes lut étoient tombées des mains en considérant quel seroit le malheur de cette pauvre femim* entre les mains d'un cyclope furieux de sa chute et qui n'auroit phts rien à faire dans son délaissement qu'à la tourmenter. Ce fut ainsi que Pontchartrain fut sauvé; mais il en ooâta cher à TÉtat. La peur qu'il eut de succomber sous la gloire ou sous la vengeance d'un amiral fils du roi le détermina à perdre lui-même la marine , pour la mettre hors d'état de revoir l'amiral à la mer. Il se le promit, et sp tint exactement parole. Cela ne fut que trop bien vérifié depuis par les faits, et que les débris de cette marine ne l'appauvrirent pas.
Lwidi 2V, à Versaille». — Le roi dîna de bonne heufe et alla se promener î\ Marly, d'oi\ il ne revint qu'à la nuit. Monseigneur ne sortit point de tout le jour. Le soir il y eut comédie. Madame la duchesse de Bourgogne o^y put pas aller, parce qu'elle étoit fort enrhumée ; elle ne put même souper avecle roi, se retira de fort bonne heure et avoit la lièvre on se couchant. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, parti du 18. Le siège alloit assez lentement, parce qu'il avoit fait jusqu'au 13 des temps effroyables ({ui retardoient fort les batteries ; il étoit malaisé de remuer le canon et il falloit fort creuser nos tranchées;
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cependant nous perdons peu de monde à ce siège, et de*puis le 13 nous avons qaatre batteries^ dont la plus proche est encore k quatre-vingts toises. M. de Yendûme espéroit être maître de la oontrescarpe le 25. M. de Savoie a fait repassa la Doria A saoavalerie, qui campe sous Chivas^ et a laissé son infttnterie dans le eamp de Grescentin^ qui re» lève toujours la garnison de Verne^ où il ne peut tenir que hait cents hommes. — M. de Dreux y nouveau maréchal de camp , a vendu le régiment de Bourgogne à H. de Soyecourt^ qui lui en donne 23^000 écus.
Mardi 25^ é Ver9aille$. — Le roi, qualgré la pluie et le vilain temps, alla se promener dans les jardins. Honsei-» gneur courut le loup et alla ensuite à Meudon^ où il attendra le roi, qui y doit aller demain passer le reste de la semaine. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent dans le pare tuer des lièvres ^ parce qu'il y en a trop dans le parc. Madame la duchesse de Bourgogne eut la fièvre toute la nuit; le roi la vint voir ajN:*ès son dlner^ et la fièvre duroit encore; elle se leva pourtant àtrois heures et se mit au jeu. EUle a fort prié le roi qu'il n*y eût rien de changé au voyage de Meudon ; mais son rhume dure toujours^ et elle eut encore la fièvre en se couchant, ce qui rend le voyage incertain. — Par les dernières nouvelles qu'on a de Landau, la demi-lune n'étoit pas encore prise le 20. C'est le 18, et non pas le 15, qu'elle avoit été attaquée ; o'étoient les Ànglois qui Tattaquoient et qui y ont été pepoussés rudement; Marlborough avoit laissé quelques régiments h ce siétare. Laubanie a comoiencé à mettre Feau dans le fossé. — On a nouvelle que le mariage de M. Hantoue s'est fait k Tortone par Pévéque du lieu ; M. et madame de Vaudemont y ont assisté.
Mercredi 26, à Meudon, — Le roi travailla l'après-dlnée avecBI. de Chamillart jusqu'à cinq heures, et puis parfit de Versailles pour Venir ici. Monseigneur le reçut ici à la descente de son carrosse. Monseigneur le duc de Bourgogne arriva un peu avant le roi. Madame la duchesse de
Bourgogne passa la nuit fort doucement ; elle dîna chez madame de Maintenon et en partit après le dîner avec monseigneur le duc de Berry pour venir ici, et en y arrivant ils descendirent à Tappartement de Monseigneur. — Il arriva le matin un courrier du maréchal de Tessé^ qui a été fait grand d'Espagne en arrivant à Madrid ; il prit les honneurs de la grandesse le 17^ et devoit partir le 19 de Madrid pour aller à Salamanque. Son courrier est parti du 18; et Ton apprend par lui que les ennemis avoient jeté du secours dans Gibraltar^ où ils sont venus avec seize vaisseaux de guerre ; cependant le siège continue. Le marqais de Yilladarias et le petit Renaud écrivent qu'ils espèrent que cela ne les empêchera pas de prendre la place. — Od eut des nouvelles de Landau; la demi-lune n'étoit pas encore prise; il y a beaucoup de malades dans l'Armée des assiégeants , et ils en ont envoyé deux mille à Heilbronn , qui en est assez éloigné.
Jeudi 27; à Meadon. — Le roi; après la messC; alla courre le cerf dans le parc de Chaville ; il étoit seul dans sa petite calèche. Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse; Madame étoit dans une petite calèche qui suivoit celle du roi; Ils revinrent diner à leur ordinaire, el Taprès-dinée le roi se promena dans les jardins jusqu a la nuit. Madame la duchesse de Bourgogne dîna et soupa chez madame de Maintenons cequ'elleferapendant ce petit voyage. Elle eut un peu de fièvre le soir de son rhume, qui continue encore ; mais cela ne Fempèchapas de jouer avec Monseigneur avant et après souper. Sur les sept heures il y eut un petit concert chez madame de Maintenon. — J'appris que le roi avoit donné à Tressemanes, mar jor-général de l'armée du maréchal de Marsin , l'inspectiond^infanterie qu'avoit Maisoncelles. — Le roi a donné plusieurs intendances de marine ; celle des vaisseaux, qu avoit M. d'Herbault; a été donnée à M.' de BeauharnoiS; parent de M. le chancelier et qui étoit intendant en Canada; celle des ileS; qui n'avoit point été remplie depuis que
NOVRMBRE 1704. 189
M. Robert en fut rappelé pourrintendancedeBrest^ a été donnée au frère de M. Amoult; celle de Dunkerque, que H. de Batine a quittée à cause de ses incommodités, a été donnée à M. Dugué. Le roi n^a pas encore disposé de celle de Canada.
Vendredi 28 , à Meudon. — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise, et puis s'alla promener dans les jardins et retourna encore & la promenade après diner. Il a fail fort beau hier, et aujourd'hui, durant le jour et la nuit, il a fait un temps effroyable. Monseigneur ne quitte point le roi à toutes ses promenades, et ils ont fait beaucoup planter. — Avant que le roi partit de Versailles , il étoit arrivé un officier en qui le prince Ragotzki a l^eaucoup de confiance ; il Tavoit envoyé à Télecteur de Bavière à Bruxelles, et cet électeur Ta envoyé au roi, parce qu'il a cru que la proposition qu'il avoit à faire méritoit d'être écoutée. On ne sait pas bien ce qu'il propose; on sait seulement que le prince Ragotzki, qui veut s'attacher ' d'intérêts à la France, demande une petite augmentation de subsides ; on lui donne déjà 3,000 pistoles par mois, il en voudroit avoir 1,000 de plus et qu'elles fussent payées en espèces, afin que, dans son armée et en Hongrie, on fût assuré qu'il est soutenu par le roi et qu'il en reçoit de l'argent.
Samedi 29, à Versailles. — Le roi partit de Meudon i\ deux heures et demie pour venir ici , où il se promena jusqu'à la nuit dans ses jardins; il fait ouvrir beaucoup d'allées nouvelles dans ses bosquets, qui embelliront fort le jardin qu'il abandonne au public ; il n'y aura plus rien de renfermé que le Labyrinthe. Monseigneur est demeuré à Meudon avec monseigneur le duc de Berry ; ils n'en reviendront que jeudi. Madame la princesse de Conty et plusieurs dames y sont demeurées , et elles ne reviendront que demain. Madame la duchesse de Bourp:ogne est toujours enrhumée , mais elle n'a point eu de fièvre ; elle ne revint ici de Meudon que pour le souper
t90 JOURNAL DE DANGKAU
du roi. — Les QoiâveU4»8de L4tiiâaii sont tràB-inoertaiiies; on fait coum beaucoup de bruits difffeeiits; il y a des lettres qui assurent que la demi-lune n^étoit pas prise le22^ etd'autres lettres assurent^au contraire^ que lafdaee étoit pressée et qu'on craint que Laubanie ne soit obligé à capituler bientôt. — Le roi a donné 1^000 livres de pension à Lusancy, aide-major du régiment des gardes, et autant à Dumesnil^ aide-major d^une compagnie de ses gardes du corps; ces deux officiers reviennent d^Espagne, où le roi les avoit envoyés au commencement de la campagne.
Dimanche 30, à VerMiUeSi — Le roi, après son dlner^ entendit le sermon du P. Maure , qui prêche cet avent, et après le sermon il alla se promener à Trianon. Monseigneur^ qui est demeuré à Meudon, alla à Paris à repéra avec madame la princesse de Conty< Monseigneur, après l'opéra, retourna à Heudon , et madame la princesse de Conty reviut ici. Monseigneur le duo de Bourgogne entendit le sermon en bas avec le roi, et madame la duchesse de Bourgogne» qui est encore un peu enrhumée, l'entendit de la tribune. — Les ennemis qui assiègent Traérbach et qui ont trouvé moyen de metti*e du canon sur une montagne où on ne croyoit pas qu'il fût possible d'en mettre, après avoir fait brèche au château, ont voulu l'escalader avec des échelles fort hautes. Le gouverneur de la place, qui est H. de Bar, a renversé toutes leurs échelles et leur a tué cinq cents hommes. — M. de Marlborough a passé à Francfort allant aux cours des électeurs de Brandebourg , de MM. d'Hanovre et du landgrave de Hesse; on assure qu'il prétend marier sa fille au prince d'Hanovre. — Le grand-mai tre de Malte a donné la commanderie du Piéton, qui vaut 25,000 livres de rente, au chevalier de Saint-Pierre, qui commande les trois vaisseaux de la Religion , et comme c'est une commanderie magistrale , il a fallu qull donnât 50,000 livres pour les deux premières années du revenu ; les cbeva-
Uers qui sant à Mdlie se sout cotisés pour lui prêter cette somme. Le roi avoit écrit au grand-maitre pour lui demander cette commanderie pour le chevalier de la Vrillière , mais le grand-maitre en avoit disposé avant que d'avoiç la lettre du roi.
Lundi 1" décembre y à Versailles, — Le roi alla l'aprèsdinée à Marly, où il se promena jusqu a la nuit. Le roi, en sortant de la messe, fit entrer M. de Puysieux * dans son cabinet et lui dit qu'il le faisoit chevalier de TOrdre; il sera reçu le premier jour de Tan; le roi fera assembler le chapitre pour cela un des jours de cette semaine. — \jà roi dit à son dîner qu'il avoit reçu deux lettres de différents endroits qui portent que Landau avoit capitulé le 23. Cependant le gouvernem* du Fort-Louis mande qu^on avoit beaucoup entendu tirer le 24 et le 25 ; ainsi ron doute encore un peu; mais ce qui détermine à croire la reddition de cette place, c'est qu'on apprend par Bruxelles qu'il a passé à Cologne un courrier du roi des Romains qui alloit à la Haye porter à HU. les États Généraux la nouvelle de la réduction de cette place y et U. de (^uvonges a écrit de Lunéville que le roi des Romains Tavoit mandé aussi à M. de Lorraine. — On sut par l'ordinaire des lettres de H. de Vendôme du 21 que nous . n'étions plus qu'à trente toises de la contrescarpe ; les assiégés avoient fait une sortie de cent hommes sur la tète de notre travail, avoient renversé quelques gabions et avoient été repoussés ensuite jusqu'à leurs palissades par nos grenadiers ; on en a tué une partie, pris quelques prisonniers^ parmi lesquels il y a deux ofûciers.
* La promotion de Puysieux se trouve tellement enchaînée avec la suivante qu'on remet à parler de toutes les deux à la fois (1).
Mardi 2, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dlnée. — M. le chevalier de Seignelay, capitaine de dragons^
(1) Voir raddiUon du 1*" janfitr 170â.
192 JOURNAL DK DANGKAU.
a ragréinent pour acheter un régiment de dragons^ et il a traité de celui de Senneterre, dont le marché est fait h lOOyOOO livres ; c^est M. Desmarets qui a fait le marché pour lui avec Villacerf, beau-frère de Senneterre. M. de Belle-Isle a Tagrément pour acheter celui de dragons de Fimarcon. — On écrit que M. le prince Eugène étoit parti de Weissembourg après la prise de Landau et s'en alloit droit à Ingolstadt; qu'il établiroit les quartiers d'hiver de Tarmée de l'empereur en Bavière, iroit ensuite à Vienne, mèneroit quelques troupes avec lui pour joindre à celles du général Heister et lui donner moyen par là de résister aux mécontents de Hongrie, qui sont plus animés et font plus de désordres que jamais; on assure même qu'ils ont formé le siège de Neuhausel. Le prince fera peu de séjour à Vienne, l'empereur l'envoie commander son armée en Italie. — M. le grand prieur étend ses quartiers dans le Bressan ; il a mis des troupes dans Conato, et il mande qu'il espère, avant la lin de cette année, être maître de la Mirandole.
Mercredi 3, à Versailles, — Le roi se promena toute l'après-dlnée dans ses jardins, où il se fait beaucoup d'embellissements sans grande dépense. Messeigheurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent à Meudon pour voir Monseigneur. Madame la duchesse de Boui^ gogne , les voyant partir, se mit en carrosse avec eux malgré son rhume, qui dure toujours, et ils ne revinrent ici que pour le souper du roi. — Il vint le matin des lettres qui rendoient la prise de Landau encore incertaine , tant elles étoient bien circonstanciées ; mais le soir on fut désabusé de cette fausse espérance et l'on apprit tous les détails de la capitulation, qui est la même qu'ils avoient accordée à Mélac et que nous accordâmes l'année d'après au comte de Frise. — Le duc de Berwick revint d'Espagne et salua le roi au sortir du conseil; il n'est parti de Madrid qu'après y avoir vu le maréchal de Tessé. — Le roi a donné une comroisvsion de mestrede
1>I^.CKMRRE I7U4. 198
camp à Marsillac^ qui étoit lieulenant-oolonel du régiment dft Tareiite et qu'on fait passer dans celui de Talmond. H. le prince de Tarante y qui avoit la permission de choisir de demeurer à la tète de son régiment ou de prendre celui de Talmond, a choisi Talmond^ et le marquis de Bellefonds achète celui de Tarente.
Jeudi hy à Versailles. — Le roi dîna de fort bonne heure et alla se promener à Marly^ d'où il ne revint qu'à la nuit. Monseigneur revint ici de Meudon pour le souper (lu roi. — On eut, par un courrier du duc de Gramont des lettres du 19 qui portent que les dernières nouvelles qu'ils ont eues de Gibraltar sont du 14^ du 15 et du 16. Le marquis de Villadarias mande que^ le 11^ les vaisseaux ennemis se mirent en ligne et tirèrent beaucoup de canon sur notre camp et sur notre tranchée sans presque blesser personne, et que nous fîmes une batterie de trente-six livres de balles et de six mortiers, qui firent un si grand feu sur le vieux môle et sur les vaisseaux que les ennemis furent obligés de se retirer vers l'entrée de la baie pour se mettre à couvert. Le 1 3 on acheva de renverser le vieux bastion de Saint-Paul , qui est le plus proche de la mer, et on commença à battre la courtine et à disposer toutes choses pour donner l'assaut dans quelques jours , ce qui auroit été exécuté plus tôt sans Içs pluies continuelles qui ont fort retardé le travail. Les ennemis ont mis toutes leurs chaloupes à la mer, et on croit qu'ils ireulent débarquer des vivres et des munitions ; le secours qu'ils jetèrent dans la place il y a quelques jours n'étoit que de deux cent cinquante hommes.
Vendredi 5, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise comme il fait tous les vendredis^ et alla Taprès-dlnée à liarly . Monseigneur et monseigneur le duc de Berry coururent le loup. Le soir il y eut comédie. Â six heiu*es H. de Chamillart entra chez madame de Maiuti^non, où étoit le roi, et y mena avec lui M, Pelletier et un ingénieur qui étoit dans Landau, qui montra
194 JOURHAI^ m DANGEAU.
.au roi le p^u de U place ea Tétat où elle étpH quaQ4
elle s'i^sit cendue. l^es ennemis étoi^iit logés sur la demi-
lune et sur les deux contre^ardes ; tous ks paj^pets du
corps de la place du côté de Fattaque ^toieut reqversé«i
et elle n'^uroit p^ pu teoir encore 4^ux jourf • Il ^ et^
sorti deux mille l^ommes sous le^ arme^ et ciiq cents
blessés ou mali^de^^ qui fait t peu près I4 i^oi^é d^ la
garnison au conuu^nceipent du sifige. M- de f^iiulMmie ^
perdu un œil et est m grapd d^ger 4§ perd)^ raut^e*
— On reçut uw lettre du cppate d'Autels gouverneur du
Luxembourg, du 2 de ce mois; il ^^1^46 V^^ \^^9 à\^ mois
pq^séle baropde Troiguies^ qui fait let^iége de Tra^rbacb;
avoit été obligé de ch^pger son attaque et ses batteries,
la place ne pouvant pas^re prise par où il Tattaquoit;
mais que M. de Bar, qui en est gouverneur^ étpit fort
blessé à la jambe par un accident dn feu qui avoit pris à
des grenades qui étaient sur son rempart, et que presque
toute la compagnie de grenadiers en avoi^nt été tués ou
blessés.
Samedi 6 ^ à Versailles. — I^e roi et Monseigneur allèrent Taprès-dlnée se promener à Trianon. — Lp roia donné à chaque Ueutenaut et à chaque enseigi^e de ses gardes du corps i^,000 francs pour leur aider à remettre les chevaux qu'ils ont perdus dans leurs brigades. — le maréchal de Cboiseul a demandé au roi Fagrément du régiment d'Agenois pour le petit marquis de Meuse, qui n'a que seize ans , mais qui a fait une année dans tes mousquetaires, et le roi le lui a accordé; il achète ce régiment du marquis de Ghois§uI-3eaupré , maréchal d^ camp de la dernière promotion, et il liû ei^ donne 4-2,000 livres. — M. Joly de Fleury, le plus ancien des trois avocats généraux et homme de grande réputation, est mort à Paris ; il n'avoit pas trente-cinq ftns. — ^ roi a donné à M. de Boisfermé, qui est capitaine dans son régiment d'infanterie, le régiment d'infanterie qu'avoit spn frère, quia été tué dansijandau; c'étoit un régiment
D^CEMBRIi: 1704. I96
qu'il ayoit acheté de A|. dd Noailks* -^ U arriva un* eour^ rier de H. de Vendôme^ qui est venu fort lentement à eause des difficultés pour passer le mont Simplon. Les lettres sont du 28 ; le siège de Verue va lentement à eause du vilain temps , mais il va bien ; oui y perd peu de monde.
Dimanche 1, à Ver$ailleê. — Le roi ne put aller à la
chasse ni même aller se promener à Trianon, parce quMl
plut beaucoup toute la jouroée. — U arriva un courrier
d'Espagne^ les lettres sont du 28. Le siège de Gibraltar va
son train^ mais un peu plus lentement qu'on ne Tauroit
espéré ; M» de Villadarias assure toujours que le succès
en sera heureux. — Les mécontents de Hongrie ont pris
Neubausel en bien moins de temps qu'on ne pensoit ; il
n'y avoit dedans qu'une très*mauvaise garnison et sans
munitions de guerre ni de bouche. M. le prince de
Ck)nty ; qui étoit au siège de cette place quand l'empereur
la prit sur les Turcs, nous a dit qu'ils ne l'avoient prise
qu'après trente-sept jours de tranchée ouverte^ quoique
l'armée de FempereUr fût de quarante mille hommes.
Les mécontents sont présentement maîtres de toute l'Ile
de Schut et marchent à Comorre, dont ils veulent
faire le siège. — Le roi donne à H. de Laubanie 12^000
écus de pension pour le récompenser de la belle défense
qu'il a faite à Landau ; il a encore d'autres petites pensions
du roi et 2,000 écus comme grand-croix de l'ordre de
Saintr-Louis.
IfUndi 89 à Y^rsailles. — Le roi et l^ute la maison royale entendirent le sermon, et le soir S, H. travailla chez madame de Uaintenon avec Vi. Pelletier^ comme il fait tous les lundis. — Le voyage qu'on faispit faire au prince Eugène n'est point vrai ; il est encore sur le Rhin. Les places de H. de Bavière ne sont point évacuées; il n'y a que Passau^ dont la garnison bavaroise soit sortie. Ingosltadt^ Braunau et Kuffstein ont refusé d'obéir aux ordres de madame l'électrice; les gouverneurs de ces trois
t96 JOUR^AL DK DA1V6EAU.
places ont répondu aux généraux de Tempereur qu'ils avoient fait serment à l'électeur leur maître et qu'ils ne sortiroient jamais sans un ordre signé de sa main: La cavalerie bavaroise a fait la même réponse^ et le baron de Lutzbourg^ qui commande dans Ingolstadt, a même mandé à l'électeur qu'il trouveroit moyen de faire subsister les troupes un an durant^ quoi qu'on ne leur donnât point de paye. — Le prince héréditaire de Hesse est venu commander les troupes qui font le siège de Traerbach, et il a fait donner un second assaut à cette place qui n'a pas mieux réussi que le premier ; les ennemis avouent qu'ils ont perdu deux cents hommes à cette dernière action , et nous comptons qu'ils y en ont perdu plus de quatre cents.
MaMi 9 , à Veriailleê. — Le roi se promena l'aprèsdlnée dans les jardins. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry coururent le loup. Le soir il y eut comédie. — Il arriva un courrier de M. le grand prieur, qui s'est saisi de Desenzano sur le lac de Garde^ où les Vénitiens avoient garnisoa ; mais ils auroient tort de se plaindre^ puisqu'ils n'ont point empêché les Impériaai de se saisir de Salo^ qui est sur le même lac. L'ambassadeur de \enise a fait demander audience au roi^ qui la lui donnera demain. On ne doute pas que ce ne soit pour taire ses plaintes de la part de la république. — D'Entragues, capitaine aux gardes^ étant obligé par sa mauvaise santé de quitter le service^ Saint-Hilaire, lieutenant de ce corps, a acheté sa compagnie. — Madame la marquise de Gamaches mourut hier à Paris âgée de près de quatre-vingts ans; elle étoit mèi-e du comte de Cayeu et veuve de M. de Gamaches, chevalier de l'Ordre. — I^ duc de Gesvres mourut à Paris à onze heures du soir; il a voit près de quatre-vingt-deux ans ; le roi, à son coucher, savoit l'extrémité de sa maladie , mais il ne pouvoit pas savoir sa mort. Le duc de Tresmes, son fils, a la survivance de la charge de premier jarentilhomme de la chambre et
J)ECEMBRE I7U4. 197
de la capitainerie de Monceaux ; il ne reste que le gouvernement de Paris à donner.
Mercredi 10, à Marly. — Le roi fit entrer le duc de Tresmes dans sa chambre avant sa première entrée; ce doc se jeta à genoux en lui demandant le gouvernement de Paris, qu'avoit son père , dont il venoit lui apprendre la mort; le roi le lui donna sur-le-champet accompagna son présent de beaucoup de discours gracieux; ce gouvernement vaut du moins 12,000 écus de rente. Le roi, avant que d'aller à la messe , fit prêter serment au maréchal de Boufflers de la charge de capitaine des gardes du corps qu'avoit M. de Duras» et S. M. , après son diner, alla derrière Thôtel de Conty faire recevoir le duc de Guiche colonel du régiment des gardes ; ce duc prêta ensuite son serment entre les mains du maréchal de Noailles, son beau-père. Le colonel des gardes ne prête point serment entre les mains du roi, il le prête entre les mains d'un maréchal de France, et autrefois ils ne le prêtoient qu'entre les mains du commissaire du régiment des gardes. Le roi, après avoir fait recevoir le duc de Guiche^ revint au château, demeura un quart d'heure dans son c«iJ)inet et puis en partit pour venir ici . Madame la duchesse de Bourgogne partit de Versailles un peu après le roi, et passa dans la grande cour pour voir le duc de Guiche en fonction à la tête du régiment des gardes. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry étoient avec le roi quand il le fit recevoir. Madame la duchesse de Bourgogne, avant que de venir ici, alla à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre.
Jeudi 11 , â Marly. — Le roi, après la messe, courut le cerf et fut de retour ici avant midi ; Monseigneur et messeigneurs ses enfantsétoient à la chasse. L'après-dlnée le roi se promena dans les jardins jusqu'à la nuit. II y a beaucoup de gens à ce voyage-ci qui n'avoient point accoutumé d'y venir : le duc de Berwick , le maréchal de Chamilly; ral)bé d'Estrées n'y étoit jamais venu.
196 JOURNAL DE DAJ^GËAU.
M. le Yidame (If^ comme lieutenant des cbevau-légers du roi, y viendra tous les voyages présentement, et le chevalier de Hautefort, comme premier écnyer de M. le comte de Toulouse, y viendra aussi tous les voyages avec lui. — H. de Goigny, étant présentement colooel général des dragons, ne pouvoit pas conserver riospeo» tion qu'il avoit; le -roi l'a donnée au marquis de Beauvau , de la gendarmerie. -*- L'ambassadeur de Venise eut hier matin à Versailles audience particulière du roi sur Taffaire deDesenzano. — Le fils de milord Middleton, capitaine dans le régiment irlandois de Lée, a ohlena une commission de colonel. -^ Savinoes, ofîicier ,de6 gardes du corps , a un frère qui étoit colonel d'un non* veau régiment d'infanterie que le roi a trouvé bon qu'il vendit pour acheter une lieutenance aux gardes; il coaservera son rang de colonel ; il achète cette lieutenance 3i,000 livres, et a vendu son régiment 2&>,000 franos i un gentilhomme béarnois nommé Copos.
Vendredi 12, à Marly. — Le ix)i se promena tout le matin et toute l'après-dlnée dans ses jardins, et au retour de la promepade il travailla chez lui avec le P. de la Chaise. Monseigneur et messeigneurs ses enfants coururent le sanglier dans la forêt de Saint^^ermain avec les chiens de M. le comte de Toulouse. Le soir, au coucher du roi, M. de Ponchartrain lui lut tout haut une lettre de Duguay-Trouin, capitaine de frégate , qui, avec un vaisseau de cinquante canons que le roi lui avoit donné comme à un bon armateur, prit, il y a quelques jours, un vaisseau angloisde soixante et dix pièces de eauon, qu'il a amené à Brest, et, en le ramenant^ il U'ouva une frégate hoUandoise qui se défendit bien mieux (]ue le vaisseau anglois; mais il la prit aussi après un assez long combat; il y avoit plus de six cents hommes sur ces deux vaisr seaux. Dans sa relation il ne parle point de lui , mais il
(1) O'Aniiens.
DËCEMBRë 1704. 199
prie le poi dé récompenser lei officiers qui ëtbiërit avec lui et qui ont pairfaitemént bieil (ait. — M. le duc de Béthane marie le inarqtii« de Chart^st^ son petiwftls, à mademoiselle Binilart , âlte et la dilcfae^se de Choiseul, qni a 8M,000 livre» de bien venu, et sa inère lui en assure encore 200^000. On conàplë qu'elle aura un thillion de Wen un jour.
Sù^edi 48, d Uarly, — Le roi, après la messe, alla eotirre le daiiii datiâ son parc avec les chiens de H. le comte de Toulouse; Monseigneur et messfeigneurs ses enfants étoient k la chasse. — On feut des lëtires du duc de Gramont du 3 de ce mois ; il mande que par les dernière* lettres qu'ils ont rfeçues à Madrid de Gibraltar nos batteries avoient fort augmenté lés brèches; que M. de Puintis, qui étoit allé à Cadix, prétendoil pouvoir hiettrfe à la tbile te 3 Avec ses treize VaisseëtU* et qUatbe d'Espagne , et venir attaquer les vaisseaux anglois qui sont enbore dftttfe le détroit. — On a eu par To^dinaire des ttemvelfe^ de M. de Vendôme du 6 au matin. Ntts taineurS ont trouvé ceUi des teutiertliS; 11 y a eU des cdmbats souterrains, où te iîapltaîne des îtiineurs de la place a été tué; Nous sommes logés sur dU aiigle Saillant dèi la con- ^ceêeAtpe à Tatta^Ue de la d^erite; nous ne sommes pas « avitiioéd à Tattaque de la gauehe ; ce sié^e est loUf^ et dtfflcite. Une gran^ inondatioti avoit emporté les ponts des enneiUis sur le Pô et sUt* la Boria, mais il les oilt ràcbottmiodës ; tà nous avions pu tes en empêcher, cela auroît h&té la reddition de la place, dont la gartiison se rafraîchit !»us tes jours.
Dimanche 14, d Marly. — Le roi tint conseil comme à Tordiftaire, et après diner il se proseténà dànS Ses jarcUnd jdSqu'à la nUit. — Les dernières UUuvelIèS qd'Oil A eues de Traèrbach sont que tes assiégeants y ont donrié VH Iroiaiènne assaut qui ne leur a pas mieux réussi ^ue les deux premiers; mais te pauvre de Bab, goUverneni* de eette place, y est mort de sa blessure ; celui qui com-
200 JOURINAL DE DANGKAU.
mandoit sous lui s'appelle du Clos, qui est un ancien officier d'infanterie et homme de mérite. -** M. le grand priem*, après s'être rendu maître de Desenzano, a nus ses troupes dans différents quartiers, et lui demeurera à Ca$tiglione délie Stiviere. H. Davia^ officier principal parmi les ennemis y fut blessé il y a quelques jours dans nn parti et est mort de ses blessures. — M. Joly de Fleury, avocat général de la cour des aides^ h été choisi du roi pour remplir la place d'avocat général qu'avoit son frère^ qui mourut ces jours passés ; il payera à la veuve et aux enfants 350,000 ltvi*es, qui est le prix de la fixation de la charge.
Lundi 15, ù Marly, — Le roi, après la messe, coorutie cerf ; Monseigneur et monseigneur le duc deBerry étoieut H la chasse et en revinrent avant le i*oi, qui voulut encore courre un second ceri*. — Les mécontents de Hongrie continuent leurs hostilités avec beaucoup de succès , et toutes les nouvelles qu'on a de ce pays-là portent que depuis la prise de Neuhausel ils ont encore attaqué et pris Léopolstadt, qui les rendra maîtres d'une grande partie de la Moravie. — M. de Cayeu, depuis la mort de madame de Gamaches, sa mère, a pris le nom de Gamaches, et son fils prendra le nom de Gayeu. — Milord Marlboroagh est revenu de son voyage d'Allemagne ; il est en Hollande, d'où il partira incessamment pour retourner en Angleterre; on assure que la reine Anne fait élever h fille de ce milord comme sa propre fille, et qu'on ooit à Londres qu'elle a de grandes vues pour son établisEM?ment; on croit que ce milord emmènera M. le maréchal de Tallard avec lui en Angleterre.
Mardi 16, à Marly. — Le roi, en sortant de la messe, alla courre le cerf dans son parc avec les chiens de M. du Maine ; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoieni à la chasse. — 11 arriva le matin un courrier de M. de Vendôme, parti du 9 au matin. Ce prince mande au roi que, le logement ayant été fait sur un angle de la con-
trescarpe dès le 5^ 11 avoit fait entrer dans le cheuiiu couvert quelques grenadiers deux jours après^ qui étoit le 7; que ces grenadiers en avoient chassé les ennemis^ mais qu'ils en avoient été rechassés eux-mêmes ensuite ^ les assiégés ayant fait sauter des fourneaux qui étoient sous le chemin couvert. M. de Vendôme^ qui avoit prévu cela, avoit fait demeurer peu de monde dans le chemin couvert, et nous n^y perdîmes que huit ou dix soldats. Dès le lendemain, qui étoit le lundi 8, on attaqua le chemin couvert avec plusieurs bataillons^ qui tuèrent deux cents hommes que les assiégés y avoient laissés et prii^ent le colonel du régiment de Saluées, <iu^ Y commandoit et qui y fut fort blessé. On y alloit établir des batteries et faire descendre les mineurs dans le fossé pour les attacher à la fausse braie , après quoi on espère être bientôt maître de la place.
Mercredi 17, à Marly, — Le roi, avant que d'entrer au conseil, signa le contrat de mariage du marquis de Gharost avec mademoiselle Brulart; il avoit permis aux ducs de Béthune et de Cbarost de venir ici pour cela; la noce se fera demain à Paris chez la duchesse de Choiseul, mère de la mariée. — M. de Cboisy, gouverneur de Sarrelouisy a souhaité que le roi envoyât un maréchal de camp dans la place, qui y commandera sous lui, et le
roi a choisi pour cela Ce gouverneur a mandé depuis
qu'il y avoit vingt-quatre heures qu'on n'entendoit plus tirer à Traérbach ; on ne sait si la place s'est rendue ou si les ennemis ont levé le siège. — H. de Linange, qui commande les troupes de Tempereur en Italie, veut, à ce qu'on croit, s'avancer sur TAdda. M. le grand prieur fait assembler ses quartiers, et M. de Vendôme lui envoie douze escadrons commandés par Albergotti , n'ayant pas besoin de cavalerie pour finir le siège de Verue. — Le roi a créé de nouvelles rentes sur Thôtel de ville au denier dix pour ceux qui y portent leur argent, et après leur mort les héritiers en auront le revenu au denier vingt.
202 JOURNAL DE DAKGëAI}:
Jeudi 18, à Mdrly. — Le roi, au sortir de la messe, alla courre le cerf avec madame la duchesse de Boargog-ne^ qui étoit avec lui dans sa calèche; Monseigneur et niessieigneurs ses enfante étoient à ta chasse. — Le duc de Noailles tomba dans une grande foiblesse, et comme c^est & la suite d'une longue maladie^ on crtit la foiblesse trè&-dangereuse ; il est à Versailles dans l'appartement de M. de Vendôme , que le roi lui a prêté parce qu'il est plus grand et plus commode ^ue le siei). — Madame la duchesse d'Aiguillon mourut à Paris dans un couvent où elle étoit novice ; elle Tavoit été dalis deux ou trois autres sans se faire religieuse; elle signoit: « la duchesse novice » , et étoit fort extraordinaire en tout. Sa succession fera un grand procès entre le duc de Richelieu et le marquis de Richelieu, qui tous detiî prétendent avoir le duché d'Aiguillon. — Le roi periâit, il y a quelques joui-s, à M. de DénonvlUéle père de faire revenir son fils pour travailler à sa justifieatîœi, et il doit être, au retour de Marly, à Versailles. — L'armée du maréchal de Marsin est séparée; il ne retient point encore ici, mais la plupart des officiers qui servoient sous loi sont déjà arrivés à Paris.
Vendredi 19, à Marly, — Le roi, au sortir delà messe, alla courre le cerf avec les chiens de M. du Main^; la chasse fut fort belle et fort courte malgré la gelée; rû&^ dame la duchesse de Bourgogne étoit en calèche avec k roi. Monseigneur et monseigneur lé duc de Btrry fcouriurent le loup dans la forêt de Marly. — Le marquis de Richelieu vint ici, mais il ne vit point le roi ; il vit M. de Pontchartrain, à qui S. M. a ordonné d'examiner les patentions qu'il a au duché d'Aiguillon pour lui en rendre compte . — On apprend que le gouveitieur, le lieulenafil de roi et le major de Traerbaoh avoienl été tués. La place ne s'en défend pas moins bien,' c'est un capitaine d'infanterie qui y commande ; les ennemis l'ont finit soiti* mer ; il a répondu qu'il n'osoit faire cette proposition-l*
«>ÉCBMBft£ 1704. 208
i sa garnison et quHl n'y avoit pas an soldat qai ne le tuât s'il parloit de se rendre. Le baron de Troignies, qui coounandoit les troupes ennemies au commencement du siége^ avant que le prince héréditaire de Hesse-Gassel y arrivât, a été tué ; les assiégeants font faire des échelles encore plus hautes que oellefi dont ils se sont servis à leurs trois premières escalades, et, comme on ne peut donner aucun secours à cette ]^ace, il est à craindre qu'ils ne s'en rendent enfin les maîtres.
Samedi 20, à Versailles. — Le roi vouloit encore courre le cerf , mais la gelée fut si violente que les chiens ne purent pas courre ; il se promena tout le jour dans les jardins de Harly et revint ici sur les cinq heures. Monseigneur alla de Marly dîner à Meudon et revint ici pour le souper dvi roi. — Le roi d'Angleterre a toujours été incommodé depuis son retouir de Fontainebleau; sa poitrine paroit un peu attaquée, et les médecins disent que son mal demande une grande attention. — On mande d'Allemagne que le prince Eugène avpit marché en Bavière, et que Kuffstein et Ingolstadt s'étoient enfin soumis à Tempereur. — Les dernières nouvelles qu'on a eues de M. de Vendôme par l'ordinaire sont du 13. Nos mineurs sont sous le fossé; M. de Savoie vient tous les jours deux fois dans la place , et en fait relever tous les soirs la garnison par les troupes qu'il a laissées à Crescen* tin; notre infanterie souffre fort et ne se rebute points et M, de Vendôme espère toujours être maître de la place avant la fin du mois. M. le grand prieur a renvoyé toutes ses troupes dans lears quartiers^ et M. de Linange ne fait aucun noiûuvement qui puisse faire croire qu'il veuillo faire passer quelques troupes pour joindre l'armée de M. de Savoie.
Dimanche 21, à YerMilles. — Le roi et toute la maisoa royale entendirent le sermon. Le roi , en sortant de la chapelle , alla se, promener à Trianon . Madame la du* ohesse. de Bourgogne alla chez mooseigneur le duc de
304 JOURNAL OË DAMGEAU.
Bretagne ; et ensuite chez madame la duchesse deHoait les. — Le roi donna une assez longue audience à Guasquet, qui commandoit dans Landau sous M. de Laubanie. — Le roi fait le même traitement à la gendarmerie qa^à la cavalerie pour la remonte ; il n'ordonne aux chefs de brigade qu'à mettre dix chevaux, dans leurs brigades, et il leur fera donner le reste des chevaux qui leur manqueront. — Les billets de la monnoie ont cours dans le commerce ; on est obligé de les prendre comme de l'argent comptant y et le i*oi eu paye les intérêts jusqu'au jour qu'ils seront remboursés ; mais ils ne seront pas reçus dans les caisses- du roi ; il faut que tout ce qu'on y porte soit en argent comptant; les moindres de ces billets sont de 500 livres. — Plusieurs de nos armateurs sont tombés sur la flotte angloise qui venoit des Barbades; cette flotte étoit composée de cinquante bâtiments, dont la charge est estimée l'un portant Tautre à 100,000 livres ; nos armateurs en ont pris vingt-deux de notre connoissance, qu'ils ont amenés en différents ports du royaume , et on assure que les armateurs de Galice en ont pris aussi plusieurs, qu'ils ont menés dans les ports d'Espagne.
Lundi 22, â Versailles. — Le roi prit médecine malgré la gelée ; M. Fagon a persuadé que rien n'est si bien pour sa santé que de se purger tous les mois. L'après-dinée le roi tint conseil qui dura jusqu'à sept heures. — Il a^ riva un courrier de M. de Pointis, qui mit à la voile le 10 à Cadix ; il a treize vaisseaux françois , quatre galions d'Espagne et quelques frégates. La flotte ennemie, qui est au vieux Gibraltar, est de vingt-trois vaisseaux. H. de Pointis a fait tenir un conseil de guerre, et presque toutes les voix ont été qu'il falloit aller attaquer les ennemis malgré l'inégalité du nombre. L^événement de ce combat déterminera apparemment le succès du siège de Gibraltar, qui va très-lentement. Le roi d'Espagne, qui se prépare à faire la campagne prochaine , parolt content
DF.CEMBBE 1704. 905
de la situatipn où sont les affaires de ce pays-là , et se nroit pins assuré que jamais de la fidélité et du zèle de ses sujets; il a envoyé par ce courrier une Toison magnifique à M. le comte de Toulouse et son portrait enrichi de beaux diamants à M. le maréchal de Coeuvres. — M. le^ duc de Richelieu a bien voulu voir chez lui le marquis de Richelieu^ son neveu ; ils sont raccommodés, et il ne lui dispute rien sur le duché d'Aiguillon.
Mardi 23, à Versailles. — Le roi alla se promener à Trianon, et le soir travailla avec M. de Pontchartrain chez madame de HaintcnoU) comme il a accoutumé de faire tous les mardis. — Par le courrier qui arriva d'Espagne il y a deux jours on apprit que S. H. C. avoit fait le marquis de Richebourg grand d'Espagne et qu'elle avoit donné les entrées au marquis de Maulevrier, gendre du maréchal de Tessé. — On a envoyé le congé à H. de la Feuillade, et Ton compte qu'il arrivera ici avant le premier voyage de Marly. — Les dernières lettres qu'on a eues de Rome portent que toutes les apparences sont que le pape fera une promotion de cardinaux à Noél ; il y a dix-sept chapeaux vacsmts. — Le prince de Robecque , qui vient d'être fait maréchal de camp à la dernière promotion, a vendu son régiment 50,000 livres à M. de Saint-Vallier, fils de feu Saint-Vallier, capitaine de la porte. M. de Lille, qui est aussi maréchal de camp de la dernière promotion , étoit colonel du régiment de Barrois, qui sert en Espagne ; [il] a vendu ce régiment <i>8,000 livres à M. Desormes, qui étoit capitaine de cavalerie dans le régiment de Berry, qui sert en Espagne. M. de Lignerac , colonel du régiment du Perche , étant obligé par sa mauvaise santé de quitter le service, a permission de vendre son régiment.
Mereredi 24, à Versailles. — Le roi fit ses dévotions le matin et toucha beaucoup de malades. Monseigneur avoit fait ses dévotions avant le roi ; monseigneur le duc de ?»ourgogne les avoit faites aussi. Madame la duchesse de
306 JOUBWAL OF- DANGEAU.
Bourgogîieles fit aux ftéeollets, dans la ebapelle en haut. L'après-dlRée toute la maison royale entendit vêpres en haut dans la chapelle ; après vêpres le roi s^enferma avec le P. de la Chaise et fit la distribution des bénéfices; il n^y avoit que des canonicats vacants et de si peu d*im< portance qu'on n'a pas fait de liste. Le roi fit collation à neuf heures et alla à dix heures & la chapelle avec toute la maison royale ; ils y entendirent matines et les trois messes de minuit; tout fut fini à une heure. — Le président Payen y qui étoit à Rambouillet chez H. d'Aroienoiiville^ tomba du pont-levis dans le fossé, qui étoil glacé, et se tua roide (1). Il étoit président de la oourdes aides; le roi Tavoit chargé de l'économat et bénéfices de M. le grand prieur, et le roi lui avoit donné depuis peu une pension de 2^000 livres; il étoit homme d'espnt et étoit fort en commerce avec beaucoup de courtisans. Jeudi 25^ jour de Noël, à Versailles. — Le roi et tonte la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée. — Le pauvre M. de Laubanie est arrivé à Paris et est entièrement aveugle. — On mande du camp de H. le grand prieur que le comte de Linange a Csdt un gros détachement de cavalerie pour tâcher de passer le P6 en quelque endroit et secourir la Mirandole, qui est fort pressée ; le grand prieur a donné les ordres qu'il croit nécessaires pour empocher Texécuticm de ce projet.
(1) « Le président Payea étant «Hé chez M. d'ArmenoDTiUe , à BamboniH en bonne coni|)agnie, et promener jusqu'à la nuit, avant-hier, avec le comte ^ Saint-Pierre, qui rentra devant lui dans lechAteau , comme il ne vcpoit point, on lui demanda ce qu'il en avoit Adt. II répondit l'avoir laisêé derrière , penl* être pour quelque beiutin. Enfin on l'alla chercher; oa le trouva tombé daa» le
fossé, roide mort, la tête fracassée, ce fossé n'ayant point de garde-fou U
président Payen est regretté ; c'étoit avec M. de Feuquières qu^il étoit sorti pour quelque besoin en attendant le souper. Comme il demenra derrière, il tomba du pont-levis en bas sur la glace et se tua. Il y a eu des genSf à os l|fi'oa prétend, qui ont demandé sa confiscation sur une prétendue bâtardise , le roaavais monde l'ayant dit fils de Saint-Pavin; mais il est né d'une madame Pajoi dont le mari vivoit avec elle , et il laisse une sœur mariée à un geafilhomue. > ( Lettres de la nuarfuue éPHuxelles^ des 26 et 3S déeembrel)'
— Le roi a donné un bâton d'exempt dans ses gardes à M. de la Queue* , ancien officier de cavalerie et qui a un brevet de mestre de camp; il n'étoit point encore entré de mestre de camp dans les charges d'exempt. — Le roi a donné une pension de 1.000 livres à madame de Fourquevaux » veuve du brigadier de cavalerie dont le Toi donna le régiment le mois passé. — Il y a plusieurs ducs et pairs qui s'opposent à ce que le marquis de Richelieu soit reçu duc d'Aiguillon**. — Par les dernières nouvelles qu^^on a eues d'Angleterre on apprend que le milord Havei*sham a fait une harangue dans la chambre haute pour faire connoltre les inconvénients dans lesquels TAngleterre peut tomber, et que ce milord est soutenu par les lords Rochester et Nottingham, qui soQt tous des plus considérables de ce pays-là.
* Ce la Queue étoit gendre du roi non recmmu , mais bien connu pour tel, comme il a été dit page 19.
** Ces additions, qui ne peuventêtre quecourtes, ne peuventembrasser 4es explications de prétentions de procès. En deux mots madame de Combalet, la nièce chérie du cardinal de Richelieu, eut pour Térec- UûQ femelle d'Aiguillon en sa faveur une clause sans exemple et que personne assurément avant elle n'avoit imaginée. Ce fut, en cas qu'elle ne se remariât point ou qu'elle n'eût point d'enfants» la faculté de se choisir un héritier, et de la terre et de la dignité tout ensemble, mâle ou femelle. Ce cas arriva ; elle choisit par son testament mademoiselle de Kiehelieu , sa nièce , qui fut sans difiiculté duchesse d'Aiguillon après elle, au désir de la clause. Son testament portoit substitution de ce duché, mais sans jamais parler de dignité, de laquelle mention étoit faite pour mademoiselle de Richelieu a chaque fois qu'il étoit question d'elle, et jamais à Toccasion des autres appelées. Cette seconde duchesse d'Aiguillon , dont il s'agit ici , mourut ûUe , et donna tout au inarquis de Richelieu, son neveu. S'il avoit eu droit k la dignité, il l'eût prise en entier sans congé du roi , comme fout tous les iils ou tous les successeurs de droit , et seroit venu en grand deuil lui faire simple* ment la révérence. 11 sentit donc le défaut du droit , et voulut essayer d'obtenir l'aveu du roi pour le débattre s'il lui étoit disputé, comme il ne doutoit pas qu'il ne le fût. On le sut : plusieurs ducs s opposèrent et donnèrent un mémoire au chancelier de Pontchartrain , que le roi avoit chargé de lui rendre compte de celui du marquis de Richelieu. Le
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chancelier rapporti Tatfaire au roi, qui lit rendre le iiiéinoin* à M. de Richelieu et défendre par le chancelier de la poursuivre; et, en effet, ni la clause ne contenoit la faculté de plus d'un choix, ni madame de Combalet n'avoit cru quMl y en pût avoir plus d'un par Ténonoé de son testament en faveur de sa nièce , ni chose aussi inouïe et contraire au droit commun ne peut jamais se supposer et se sous-entendre, et ne peut avoir d'effet que lorsqu'elle est si nettement exprimée que la loi précise en est écrite par une clause expresse. Le marquis de RiebelieN en demeura donc là , et après lui le comte d'Agenois, son fils. Trente ou trente-deux ans le duché d'Aiguillon fut éteint , jusqu'à ce que les beaux yeux du comte d'Agenois le ranimèrent. Madame la princesse de Conty, fille de madame la Duchesse, l'aimoit depuis longtemps, jusqu'à ne prendre aucun soin de bienséance. Il ne bougeoit de chez elle, y gouvemoit avec empire ; elle l'alloit garder chez lui dès qu'il étoit malade, et lors sa femme disparaissoit, qui pour s'être rebecquée fot rudement menée. Ils voyagèrent ensemble par tout le royaume, en équipage et en maintien fort étrange. Elle passoit trois ou quatre mois chez lui près de Tours à Veret, jusque-là que M. le prince de Goniy, son fils, tout jeune qu'il étoit, en écrivit des plaintes au roi, que son gouverneur surprit et brâla. Elle avoit lié une amitié étroite avec le garde des sceaux Ghauvelin , tout-puissant alors et qui ne lui refusoit rieo , et elle se mit dans la tête de ressusciter le duché-pairie d'Aiguillon. Elle obtint permission pour d'Agenois d'en intenter le procès au parlement , bien assurée du plaisir que cette compagnie auroit de faire un duc-pair de son autorité et ce dépit aux autres, etsâre eneore que, la requête du marquis de Richelieu au feu roi lui ayant été rendoe, il ne resterait point de preuves juridiques de ce jugement. Restoit Tobstacle de redit de 1711, où le chancelier dePontchartrain ne voulut ja* mais énoncer une prétention qifil ne falloit pas, disoit-il , honorerd**voir pu être , et s*y tint ferme sur ce qu'on ne finirait point si onvooloit énoncer toutes les chimères en particulier. Tandis que cela se commoiçoit, la princesse de Conty bonneta tout ce qu'elle put de dues, et par elle-même, allant chez eux, ou les faisant tonnelier par leurs amis ; et par ses langages , ses grâces , son esprit , dont elle avoit infiniment, et une langue charmante, elle en enchanta quelques-uns, cl en épouvanta d'autres, elle en embarrassa encore plus parmi ce peaple, qui l'est devenu , et qui comme tous les autres peuples renferme bien des sots. Cela renouvela le schisme que les temps derniers du feu roi et ceux de la régence avoient faâi naître parmi ces pauvres bons ducs, ei sépara dans ce nouveau schisme plusieurs qui étoientamis dans le premier. Il y en eut pourtant un assez grand nombre et de gens considérables,« autant que ce terme pouvoit être applicable, qui s'opposèrmt de nouveau ou qui soutinrent leur opposition ancienne. Riennefiitoii-
Mié pour sout^ret augmenter cette division, et le duc de Richelieu, qui, dès cet autre schisme , s'y étoit montré un grand maître, fut pour celai-ci un merreilleux secours. Les beaux yeux de madame d'Agenois, quoiqu'inférieurs à ceux de sa mère , son éloquence et cette haute science dont elle fait des leçons la servirent. Elle déploya tous les attraits de l'esprit; elle fit briller tous ceux du corps, et pour la première fois madame la princesse de Conty et elle se réunirent à tendre au même but. Les Uz^ et leurs parents préférèrent cette belle et savante cousine à leur dignité. Madame la princesse de Conty sollicita de porte en porte , ne bougea d'avec les avocats , en perdit jeu , plaisirs , sommeil et nourriture. Elle disoit agréablement qu'il y avoit longtemps qu'elle avoit pris le public pour confident de ce qu'elle pouvoit pour M. d'Agenois, et qu'elle n'avoit nul ménagement là-dessus, et elle agis-^ soit pleinement en conséquence , tandis que le garde des sceaux, ravi de lui plaire à si bon marché pour lui , en chose à elle si sensible , instnimentoit sous main au parlement, qui espéroit encore de lui alors sur les affeires de la Constitution , et par cette même princesse , que Tair deThAtel de Conty en avoit rendue ennemie. Il n'en falloit pas tant que tant de vifs et de puissants et de toutes sortes d'intérêts réunis pour déballer une poignée de gens qui ne pouvoîent opposer que droit, règle y raison, usage, édits, et qui d'ailleurs étoient de longue main d'être jusque par eux-mêmes Tendus aux ignominies. Ainsi un second Vigoerot escalada les barricades delà justice la plus évidente, et fut adscript parmi des gens que tous états et toutes gens s'accordent à détruire autant qu'il est en eux, et desquels toutefois tous états et toutes gens s'efforcent ou désirent d'être par toutes sortes de moyens. Tout ce qui fut proposé alors, avancé, pratiqué, tenté, obtenu de céder à tous, et autres trajets semblables, qui seroient trop longs àrapporter [«te]. Le parlement, en Élisant de sa grâce et puissance ce nouveau due-pair, le fixa au dernier rang. Les&ctums et l'arrêt en instruiront les curieux. Tout l'art possible servit ce duc de la beauté , et pour ses adversaires, il n'étoit pas possible de défigurer plus misérablement leur cause , soit en plaidant, soît en écrivant poiur elle. Le défaut de première réception ancienne, parce que des femelles telles qu'étoient les deux duchesses d'Aiguillon n'en étoient pas susceptibles, formera peut-être une autre question pour le rang aux cérémonies de la c^ur, quand M. d'Aiguillon voudra le tenter, et il le gagnera sans doute s'il ))nt le fer tandis qu'il sera encore chaud.
Vendredi 26, à Versailles, — Le roi tint conseil le inntin, quoiqu'il n ait pas accoutumé d'en tenir les vendrrdis; mais il voulut réparer la perle des dea\- conseils, car il n'en avoit tenu ni mercredi ni jeudi n cause des
dévotions de ces deux joiws-là. — Le roi a résolu d« rétablir les quatre régiments de dragons qui ont été pris à h bataille d'Hoschstett ; 'il donnera des hommes, des armes et des chevaux , et on y mettra des officiers ^éfo^ mes pour les commander en aiteodani que ceux qui sont prisonniers soient revenus. — Le roi a hit prôadï^ trois cavaliers par escadrons pour mettre dm^ la genà»tt«jne, ce qui la rétablira bien facilement. — Catinat et Larosf, deux chefs des fanatiques qui se soumirent il y a trois mois , sont revenus dans le pays avec sept ou huit malheureux qui les ont suivis. Us ont des commission de la reine d'Angleterre; ils ont même apporté quelque peu d'argent pour distribuer aux fanatiques et tâcher à ranimer ce parti , qui est presque entièrement dissipé. - M. le maréchal de VUlars, qui tient les états de Languedoc , mande que, dès la première séaace , les étais ont accordé au roi trois millions de don gratuit et deux millions pour la capitation. — Les dernières nouvelles de Hongrie sont que les mécontents continuent à faire des progrès considérables dans le pays; ils ont marché au général Heister, qui commande les troupes de TeiBpereur, et l'ont obligé à se retirer en grande diligence. Samedi 27, à Versailles. — Le roi alla Taprès^née se promener cY Trianon. Monseigneur alla dîner àMeudon, où il demeurera jusqu'à mercredi; il a mené beçiiicoup de courtisans avec lui , mais il n'y a point de dames ce voyage. — Le roi dit, à sa promenade à Trianon qu'il avoit reçu nouvelle que TraGrbach s'étoit rendu le l8; les ennemis ont accordé une capitulation honorable à la garnison, que l'on envr)ie à Luxembourg; il ea est sorti fort peu de monde , presque tous les soldats ayant été tués ou morts de maladie. — M. le maréchal de Marsin, qui est à Strasbourg, avoit laissé ordre qu'on attaquât le poste de Verth, qui est le plus avancé de ceux où les ennemis ont laissé des troupes en ce pays-là, mais lentpeprise n'a pas réussi. On ne nous a dit que le gros de IV-
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kôre, et noes n'en savons aucuns détails. — Milord Marlboroi^b s'est embarqué en HoUande pour retourner en Angleterre; il emmène avec lui M. le maréchal de Tallard et la plupart des officiers qui ont été pris à la bataille d'Hochstett* — On mande de plusieurs endroits d'Allemagne que Fempereur est considérablement malade. Il avoit déjà eu une attaque dont il étoit fort bien rétabli , mais son mal a i-ecommencé. On mande de ce pays4à que la peste est en Saxe et qu'elle y fait déjà de grands désordres ; on croit que ce sont les troupes qui reviennent de Pologne qui l'ont apportée dans cet électoral. Dmtmdiô 28, à VertailUs. — Le roi alla tirer Taprèsdinée. Madame la duchesse de Bourgogne monta en car- .roflse à quatre heures pour aller voir Monseigneur à Meudon y d'où elle ne revint que durant le souper du roi^ et elle eutra droit dans son appartement^ sachant que le roi étoit à table. — On eut par l'ordinaire des lettres de M. de Vendôme du 15. Le siège va fort lentement; nous avons un mineur sous le fossé qui espère que sa mine fera un grand effet. Nous étendons nos logements dans le chemin couvert^ où le canon de la place nous incommode fort; mais heureusement ni le péril ni la fatigue ne rebutent nos soldats ni le général. M. de Bottligneux, lieutenant général et homme de grande réputation pour le courage , a été tué dans une occasion peu importante^ où iln'avoit pas besoin d'être^ car il n'étoit pas de jour. — Flavacourt^ à qui le roi a donné Tagrément pour acheter une compagnie aux gardes^ n'avoit pas l'argent nécessaire pour la payer; il se marie et épouse mademoiselle de Grancey, fille du feu marquis de Grancey, qui étoit chef d'escadre; elle a 200,000 livres de bien présentement , et on assure qu'elle en aura autant À l'avenir. — Le maréchal de Villeroy, voyant la gelée , est allé faire un tour dans le pays de Waes, parce qae c'est dans le temps des glaces que les ennemis peuvent faire des entreprises sur ce pays-là.
Lundi 29, à Versailles. — Le roi ne tint conseil qtteîusqu à midi, se mit ensuite à table et puis monta en ca^ rosse pour aller à Marly, où. il demeurera jusqu'à la nuit; il y doit aller encore demain et après*demain pour voir des endroits de son jardin où il fait travailler. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent dîner ;i Meudon cavec Monseigneur. Madame la duchesse de Bourgogne alla diner chez madame de Saini-Géran, où dlnoit madame de Maintenon. — Le comte d'Albert a salué le roi; il revient de Bruxelles; il est maréchal de camp dans les troupes de Bavière, et le roi a trouvé bon qu'il roulât avec les maréchaux de camp de France et d'Espagne. — Le roi a donné le régiment royal à M. d'Aubigné, neveu de M. Tévêque de Noyon. Il avoit un petit régiment, qu'il a permission de vendre; il donnora 10,000 écus à M. de Dénonville, qui étoit colonel da ri'ginient Royal et qui n'a pas encore la permission de paroltre devant le roi. — Le roi, pour aider à rétabUr le régiment de Navarre , donne trois cents hommes qui sei»ont pris sur les compagnies franches du royaume, et ils n'auront plus que deux bataillons la campagne qui vient; il leur est déjà revenu environ quatre cents soldats de ceux qui avoient été pris à Hochstett.
Mardi 30 , à Versailles. — Le roi dina de bonne heure et alla se promener à Marly. Monseigneur le duc de Bourgogne dîna avec madame la duchesse de Bourgogne, où il y eut grand couvert et cercle. Après dîner elle donna audience à un envoyé extraordinaire de Florence, et après le cercle on joua chez elle ; madame la duchesse d'Orléans et madame la princesse de Ck)nty étoient ao cercle. — Il arriva un courrier de Verne; les lettres de M. de Vendôme sont du 21. Notre mine a sauté et a fait un grand effet ; il y a une brèche de trois ou quatre toises à la première enceinte , mais nous n'avons point encore de logements dans le fossé, et nos batteries siff le chemin couvert ne rommençoient quM tirer. — I>î roi
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a envoyé ua courrier à M. de Villars pour le faire rêvenîr de Languedoc ; il n'attendra point que le duc de Berwick, que le roi envoie pour commander en Languedoc en sa place, y soit arrivé. On croit que le roi donnera au maréchal de Villars le commandement de l'armée de la Moselle ou de celle d'Alsace.
Mercredi M, à Versailles. — Le roi alla encore se promener à Marly après son diner.. Madame la duchesse de Bourgogne alla chez monseigneur le duc de Bretagne à quatre heures, et puis monta chez la duchesse de Noailles et alla chez madame de Haîntenon à sept heures. — On eut des lettres de Madrid du 20. Le roi d'Espagne a fait trois grands : le mai*quis de Richebourg, que j'ai déjà nommé, qui est de la maison de Melun; le comte de Montellana, président de Castille, et le marquis de Lacini , qui est de Sardaigne et qui commandoit la garde de la Guchilla. On y a reçu des lettres de Gibraltar du li*. M. de Pointis n'y est pas encore arrivé avec les vaisseaux du roi ; mais il en est fort proche ; il est à la hauteur de Tarifa. Les vaisseaux ennemis, avertis de son approche, sont rentrés dans la Méditerranée, et on assure même que les courants et le vent les ont portés fort loin. Le siège de Gibraltar va lentement, mais bien; le canon des assiégés est presque tout démonté; ils n'en tirent quasi plus.