ANNÉE
Jeudi 1" janvier, à Ver»ailles. — Le roi , avant que d'aller à la messe, tint le chapitre des chevaliei*s de l'Ordre, où les preuves de M. de Puysie«iK furent admises ; BOUS avions été ses eommissairos le n»aréchal d'HnxeUes et moi. Le roi entra à la chapelle à onze heures, précédé par tous les chevaliers , et après le Vent crealor il se mit sous le dais à la gauche de l'autel et fit prêter serment à l'abbé d'fisirées , qui étoit vMu de violet «Mome les évè«[ues ; le roi se mit ensuite à son ]M4e4yien ordinaire , et, à la fin de la messe il retourna sous le dais et reçirt M. de Puysieux, dont nous étions parrains Matignon et moi. En sortant de la chapelle , le roi dit qu'on revint dans son c«^ binet, oà il y auroit encore chapitre, et là il nous déclara qu'il votiloit à la Chandeleur donner lX)rdre à tous les maréchaux de France qui ne l'avoient pas : il y en a neuf dans ce cas, qui sont: MM. deCatinat, Vauban,Rozen, Chamilly, de Coeuvres , Gbàteau-fienaud, Villars , Montrevcl et Hapcourt ; je les nomme sans ordre * . Auprès le diner , qui De fut qu'un petit couvert , le roi et io«te la maison royale entendirent vêpres dans la tribune etretoumèrent encore au salut. — Imécourt , colonel du régiment d'Auvergne , a vendu oe régiment 70,000 livres au marquis de Villeoeuve, neveu du marqisis de Castries.
* U faut itev«iiir à la ptoniotioB de M. de Puysienx, renvoyée ksi de la fin duiome et de Tamiée ptéoédeiite. M. de SUIery, sou père , étoit Bniiaetetbefnme de bonne oottipagnî^ que ees grands biens, qu'il mangdadapuB'iBikdéMtrdMi, lentètoiitM. de la AooheftMicauld d'en faireson
gendre. Aiiisr il fut beau-frère de M. de la Rochefoucauld, qui a bit des Maximes qui portent son nom et qui figura tant qu*il .put pendant les troubles de la régence de la reine, mère de Louis XIV. Ce gendre de M. de la Rochefoucauld étoit fils de Puysieux, secrétaire d'État, et d'une sœur du cardinal de Valençay, et petit-fils du chancelier de Sillery. La veuve du secrétaire d*Ëtat étoit de ces femmes d'esprit singulier et impérieux, qui se font exister, en quelque^situation qu'dles se trouvent , et qui , après la longue disgrâce dans laquelle son mari étoit mort , étoit revenue sur l'eau à la faveur de ses frères , Tuu cardinal, l'autre archevêque de Reims , Talné desquels étoit conseiller d'État de robe, et qu'elle n'appeloit jamais que mon frère le bâtard. Klle avoit trouvé le moyen d'entrer fort en familiarité avec la reine mère; et Puysîeux , son petit-fils , par cette faveur, étoit de tous les petits jeux du roi, tous deux enfants. Le rd en avoit conservé le souvenir, et de cette grand'mère qui faisoit compter avec elle et qui avoit mangé pour plus de 150,000 livres de points de Gênes, fort à la mode en oesteinps4à. M. de Louvois, qui avoit , je ne sais comment , pris Puysieux en déplaisancé , l'ôta du service dès qu'il fut maréchal de camp. Il eut pourunt de cette ancienne privance le gouvernement d'Huningue , et ne songeoit guère à mieux, lorsque, faute de trouver qui , on l'envoya ambassadeur en Suisse. C'étoit un très-bon homme , franc et simple, avee beaucoup d'esprit et fort orné , et de fort bonne compagnie , qui aimoit à manger et à dépenser, qui se fit croire et aimer des Suisses, et qui y réussit très-bien pour lui et pour les affaires ; un petit homme blond, rougeaud , réjoui , gros comme un muid et d*uue figure assez ridicule , et le meilleur homme du monde. Louvois et Rarbeneux étoient morts et leiurs impressions effacées. Il sentoit qu'il avoit utilement servi et demanda congé de faire une course à la cour. Il avoit enfin été fait lieutenant général , et cela lui persuada que son eicommunication étoit levée. Il le crut bien davantage lorsqu'en arrivant le roi lui donna une audience dans son cabinet, chose qui ne se pratiquoit pour aucun ambassadeur, qui tous ne rendoient compte que par l'organe du secrétaire d'Ëtat des affaires étrangères. 11 prit donc sa ré^lution, à l'audience même, de tirer sur le temps, se voyant bien traité, et saisit le moment que le roi lui répétoit la satisfaction qu'il avoit de sa conduite en Suisse. Il fit répéter le roi avec liberté; puis lui demandant permission , en riant, d'user de l'ancienne familiarité de leur enfance , il lui dit agréablement que , puisqu'il étoit assez heureux pour pouvoir se flatter que le roi étoit content de lui , il ne pouvoit dissimuler que lui ne ï'étoit pas de ce que le roi , étant le plus homiête homme de son royaume et le plus sûr en ses paroles, il lui en avoit pourtant manqué et depuis des années infinies. Le roi, surpris, m» point choqué par l'air plaisant et le tour agréable qu'il avoit donné à
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sa plainte, le poussa de lui dire en quoi il lui avoit manqué de parole. Puysieux le pria de se souvenir qu'un jour, jouant à ooUn-maillard , il lui a voit mis son Ordre pour le cacher mieux, et qu'en le lui rendant il le lui avoit promisdès qu'il seroit le maître et lui, en âge de le porter; qu'il y avoit pourtant nombre d'années que Fun et l'autre étoit arrivé sans qu'il lui eu t tenu parole. Le roi rit avec plaisir de ce souvenir de sa première jeunesse, se rappela parfaitement le £ait, convint avec Puysieux qu'il avoit raison et lui promit de réparer incessamment ce manque de parole, parce qu'il lui vouloit montrer qu'il étoit en effet fort content de lui (1). Dès le lendemain il commanda un chapitre à quatre jours de là et y nomma Puysieux. En le recevant il s'aperçut que le duc d'Harcourt, qui avoit le bâton , parce qu'il ne se rend qu'après la messe au capitaine des gardes qui entre en quartier, étoit en justaucorps à brevet. Cela le choqua , et pendant la cérémonie il lui prit envie de le faire chevalier de l'Ordre , puis tous ses grands ofQciers de qualité à l'être , et tous les duos après , d'autres avec ; puis se rabattit tout à coup seulement aux maréchaux de France pour se restreindre et n'avoir point de choix à faire ni de plaintes à entendre de quelques prétendants omis. Ces maréchaux étoient le duc d'Harcourt, le maréchal de Goeuvres, grand d'Espagne, M. de Villars, tout nouvellement fait duc héréditaire (3), et MM. de Chamilly, Château-Renaud, [Vauban, Rozen etMontrevel , qui n'avoient pas l'Ordre. Il avoit été promis, il y avoit longtemps, à Chamilly. M. de Louvois l'avoit toij^o^^ empêché de ravoir, et depuis cela Chamilly avoit vieilli. Le roi , en faisant Vauban , qui s'appeloit le Prestre et n'étoit rien, croyoit récompenser ses propres vertus militaires, comme quand il le fit maréchal de France, et ce fut peut-être lui qui fut cause de cette idée subite de faire les maréchaux de France , et à laquelle le roi s'arrêta, parce que sans ce prétexte il n'eût osé le faire. Rozen étoit encore dans son goût, mais bien gentilhomme, et mieux que cela, et bien apparenté en Livonie, son pays, en sorte que M. le prince de Conty, qui , dans son voyage de Pologne, avoit eu la curiosité de s'en bien informer, a souvent , par son témoignage , confirmé les preuves testimoniales que ce maréchal produisit pour être fait chevalier de l'Ordre. Montrevel , fort aussi dans le goût du roi et d'une naissance fort distinguée , Château-Renaud et Catînat
(1) «t Le roi a Tait M. de Pnysieux chevalier du Saint-Esprit, sur ce quil ra prié de se ressouvenir qne c'étoit chose promise par Sa Majesté dès son âge deqaatre ans , lorsqu'il avoit l'honneur de le fUre jouir de aon Ordre étant âgé d'autant d*années. Le roi lui dit : Mais suis-je tenu aux paroles qoe je donno» en ce temps-là; après cela il lui accorda. » (Lettre de la marquise itHuxelleiy du 3 décembre 1704. )
if) Villars ne Ait fait duc quo le in janvier suivant.
m JOURIfAL DC DANGEAU.
passèmitsur^toat. Ce èenier, qui éMit i*mmaàBUm mi^wmkkat, refusa TOrdre par modestie, et fut iw peu 8oiip<^fnMié éVoir «lehélie dépit sous cette belle aetion ; maii ette n'en ftit ni mol us louée ni moins louable . Sa vertu et ses services se trovyoient étouifiés per les mscs de b cour, itsut mépriser et la cour et ses menées et s'envelopper desa vertu, disais la plus sage et la plus bonorabie retraite, qui rehauma s» befle et odle vie. Le roi ne le pressa pas comme II avoii (M t^areliewéque de Sens, cl ce, contraire avec Yanbaii et bien d^autres , tenma tout à rboaneur de Catmat. M. êe Lauzon dît plaisafomenl sur celte promotioiiiDatteiidiie, que le rof résolut en faisant la cérémonie de donner TOrdre à Putsieux, qu*il avoit pris son parti le cul sur la selle. Jamais auparavant on n*avoit ouï parier que Toffrce de maréchal de Franer, tout militairt et tout indépendant de naissance^ donnât aacon droit à FOnke, qui ot un honneur de quaNté tout opposée , et on e» a vu grand nombie, et même de qualité distinguée , comme le maréchal de Créquy , nVoir jamais été chevaKersde TOrdre. Cette subite fantaisie du roi,viw comme on Ta raconté , fit un exemple , et il est arrivé, depuis lanort du roi, un rare édiange. On a pris cet uaiqye et moderne exemplees droit , et on a cru devoir TOrdre aux maréchaux de France, tandii qu'on ne Fa plus cm dd atndiics, à pas un dcsquds, ho» dedisgrftn aetneRe et marquée pour telle , ni le feu roi ni pas un de ses prédéo»' seurs n'a jamais manqué de le dovner, et a le feu rot , si jaloux de iod autorité et de ta Kberté de ses grises, ne dédaigna pas, en 168$, de faire excuse et de dire publiquement hs raisons qui lai ftreiA oneltre trois , et les trois seuls qui avoient l'âge.
Vendredi 2 , à Versailles. — Le roi alla tirer Taprésdlnée , et avant que de sortir il donna audience au maréchal de Catinat^ qui la lui avoit demandée. Ce maréchal le remercia fort de Thonneur qu'il lui avoit fait de le nommer chevalier de l'Ordre , honneur qu'il auroit toujonrs souhaité ; mais qu'il ne vouloit pas tromper S. M. ; qu'il ne pouvoit faire de preuves que de son père , qui avoit é\é doyen de la grande chambre, et de son grand-père, qui avoit été conseiller du parlement. On a fortloué le procédé de ce maréchal; voilà présentement trois exemples de bonne foi en pareille occasion ; feu H. le maréchal de Fa* bert, M. l'archevêque de Sens depuis peu, et M. deCatinat aujourd'hui. — M. de ^imarcon , colonel de dragons, a vendu son régiment à tilladet, son frère de père, qui étoit
JANTltlR tTCr». 528
soas-Iieutenant des gendarmes de Bourgogne ; je ne sais ce qu'il lui a vendu; c'est an accommodement de famille. M. de Sesanne, frère de père du duc d'Harcourt et chevalier de la Toison , a vendu le régiment de Bretagne MyOOO francs à un frère de Pleneuf . M. de Bligny, lils du premier président de la cour des aides, a vendu le régim^t de Sahrtonge à un fils de fen M. du Montai ; tous ces mcssiears ont vendu, parce qu'ils ont été faits maréchaux d<$camp.
Sùmiâi 3 , à Vermlïes. — Le roi alla Faprès-dlnée se pfotnener à Trianon, Monseignear et monseigneur le duc de Berry allèrent courre le loup. — Il arriva le matin un ecmrrier de M. de Vendôme, parti de Verue la nuit du 27 «Q 28. 11 a rapporté la nouvelle d'une grande action qui se passaà ce siège le 26 an soir. M. de Savoir, par un brouillard fort épais, fit passer le pont de Crescentin à la plus grande partie des troupes qu'il avoit dans ce camp et qui, sans entrer dansVerue, vinrent envelopper notre tranchée k droite et à gauche, et se rejoignirent à la queue pour (^ter toute retraite à nos soldats; pendant qu'ils nous attaqnoient en queue et par les flancs, la garnison sortit pour nous attaquer en tête. Chartogne, lieutenant général, qui commandoitla tranchée, et Imécourt, maréchal de camp de jour, rassemblèrent ce qu'ils purent d*officiers et de soldats, se défendirent avec beaucoup de vigueur ; Iméooort y fut tué et Chartogne blessé de deux coups et pris. Les ennemis allèrent à nos batteries , encloUèrent vingttrois pièees de canon; ils ne purent pas combler les tranchée», parée qu'il geloit fort et qu'on ne leur en laissa pas le temps. M. de Vendôme, qui étoit sorti de la tranchée pour s'aller coucher, envoya au camp en diligence , fit prendre les armes à six brigades d'infanterie , ce qui fut exécuté trè*-promptement. Dès que les premières troupes arrivèrent, M. de Vendôme marcha aux ennemis , les recbassa de tous les postes qu'ils avoient occupés ; ils se défendirent un peu dans la batterie, où on leur tua assez
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de monde; ils voulurent se retirer dan s la ville ^ on les poursuivit dans le fossé^ où Ton en tua beaucoup; on y prit huit ou dh officiers et trente soldats. On compte que cette action coûte plus de six cents hommes aux ennemis de leurs meilleures troupes , et nous n'y avons pas ea quatre-vingts soldats tués ou blessés. M. deSavoie étoitdans une des tours du donjon^ attendant un plus heureux succès de son entreprise, qui étoit mieux concertée qu'elle n'a été exécutée. Le lendemain 27 tout notre canon, hormis deux y qui sont demeurés encloués , recommença à tirer au grand étonnement des assiégés^ qui ne croyoient pas qu'on pût les désenclouer ; c'est ce qu'ont rapporté les déserteurs venus le 27. M. de Vendôme mande au roi à la fin de la relation : « Je puis répondre présentement à Votre Majesté que je prendrai Verue. » Il regrette fort Imécourt, qui étoit un officier de distinction .
Dimanche 4, à Marly. — Le roi, après son diner, partit de Versailles pour venir ici, où il se promena jusqu'à la nuit, et puis travailla chez madame deMaintenonavecH. de Chamillart, à son ordinaire. — Il arriva hier au soir à VersaiUes un courrier de M. de Gramont, qui mande au roi que M. de Pointis, le 2i<, avoit attaqué six vaisseaux de guerre anglois qui escortoient sept frégates qui portoient du secours à Gibraltar ; qu'il en avoit pris quatre et coulé un à fond; mais il mande en même temps qu'il a eu avis que les autres bâtiments étoient entrés à Gibraltar et y avoient débarqué mille soldats. On ne sait pas bien le détail de tout cela , et il n'y a point de lettres de Pointis. Un commissaire, qui sert d'intendant sur sa petite flotte, parle seulement des vaisseaux pris, et ne dit point que les autres aient porté du secours dans Gibraltar. Le roi d'Espagne fait encore marcher quatre mille hommes pour fortifier les troupes qui sont à ce siège. — Le roi a donné 4,000 francs de pension à madame de Caylus*, elle en avoit déjà 6,000 ; on a souhaité d'elle qu'elle ne fût pins sous la direction du P. de la Tour, et elle a pris un diref-
leur qui n'est point père de FOratoire. — Madame des Ursios arriva le soir à Paris, et elle verra le roi au retour de Harly.
*0q a vu dans les précédentes a&nées comme et pourquoi madame de Caylus , fille de Villette , cousin germain de madame de Maintoion, et dont elle étoit fiivorite, fut congédiée de la cour. Elle se jeta bientôt après dans une grande dévotion , et se mit sous la direction du P. de la Tour, général de l'Oratoire. Il passoit alors pour janséniste, et BToit partout une grande considération. Cétoit un homme de beaucoup d*csprit, qui avoit longtemps prêché avec réputation et qui excelloit par UD esprit de sagesse , de conduite et de gouvernement. Le roi , qui, poussé par les jésuites et par Saint-Sulpice , lui cherchoit querelle, s'est plusieurs fois écrié avec dépit, mais avec admiration, sur la sag^e de cet honune , avouant que depuis longtemps il le guettoit sans ravoir jamais pu surprendre -en faute. Avec de telles dispositions, et madame de Maintenou , qui elle-même ne les ressentoit pas moins, il n*est pas surprenant qu'on employât tous les moyens pour soustraire madame de Caylus à sa conduite. Mais que dire de celle qui change de confesseur pour del'argent? Ce fiit le premier pas de sa seconde chute, qui fiit bien plus fimeste que la première, qui Tavoit fait chasser de la cour.
Lundi &y àMarly. — Leroisepromenatoutlejourdans ses jardins malgré le vilain temps. Le soir^ à sept heures^ il yeutbal danslesalon, qui dura jusqu^au souper ; les danseaseséioient: madame laduchesse de Bourgogne, madame laDuchesse ; les duchesses de Villeroy^ de SaintrSimon^ de Laozun^ deBerwick et de Luxembourg; mesdames Clare^ de la Vrillière^ de Souvré et de Chaumont^ et mademoiselle de Solre ; les danseurs étoient : messeigneurs les ducs de Berry et d'Orléans, M. le comte de Toulouse , le comte de Brionne, le prince Camille; les ducs de Luxembourg, do Saint-Simon , de Montbazon et de la Feuillade ; M M. do Louvigny, de Coétquen, de Seignelay, de Bouzoles et lo jeune Livry. — M. de la Feuillade étoit arrivé le matin , ets'en retournera dans un moiscommanderen Savoie, où il * a laissé seize Wtiiillons et quatre régiments do dragons. Vax son absence, M. de Gévaudan, lieutonant général, commande les troupes du o<Mé de la Pérouso <*t dans las
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vallées voisines^ Vallière^ maréchal decamp^ damle reste de la Savoie, et la Fare, colonel dUnlanterie^cominaDde au blocus de Montinéliari; où nous avons sept batailloat. — n y a ici des dames qui n'y étoient jamais venues : madame de Honibazon et deux dames augloises , qui sout la duchesse de Berwick et madame Clare ; le fils de Uvry y est aussi pour la première fois.
Mardi 6, àUarly. — Le roi alla raprè»<)tBée à Saint- Germain voir le roi et la reine d'Angleterre. Madame de Maintenon a toujours eu un peu de fièvre depuis qu'on çst ici. Le soir il y eut musique ; il y en a ici à. tous les voyages règlement tous les deux jours. -*- Le roi a donné le régiment d'Auvergne au lieutenant*colonel ; tons les officiers de ce régiment étoient venus prier M. de Vendôme d'en écrire en sa faveur et d'ajouter dans sa lettre qu'il oflroit de donner 10,000 écus à la veuve du pauvre Imécourt, qui ne laisse qu'une fille ; il a voit presque conclu le marché de ce régiment avec le marquis de Villeneuve; le roi a réglé que ce lieutenant-colonel donneroit 12,000 écus à la veuve. — Il arriva un courrier de M. de ViUars, cpii sara ici au premier jour. Il mande qu'un des chefs du peq de fanatiques qui restent, nommé Laserre, s'est venu rendra; on a pris dans une caverne quelques-uns de ces malheBreux, qu'on a fait pendre. On dit que Ravanel, l«ur prin" cipal officier, a été tué' et qu'il n'est pas vrai que Catinat et Larose soient venus eu ce pays-lÀ. — M. de PontchaT" traiu dit au roi, le soir, que deux de ses frégates, q«'oa appelle la Fortune et la Vicioire , étoient entrées dan» la Tamise , y avoient attaqué et pris un vaisseau hollandois de trente-six pièces de canon qui venoit du Lavant élqui étoit chargé de soie et d'auti*es marchandises qu'on estime plus de 200,000 écus; c'étoit la conipagme decommeroe de Uunkerque qui avoit armé ces deux frégates à leurs dépens, et ils ont déjà amené leur prise à Dunkerque.
Mercredi 7, à Marly. — Le roi tint conseil le matin comme à son ordinaire ; il le tient tous les jours à Versailles
boTBHs les V^iidfi0ili0qu'il travaille avec le P, de la Chaise , mais quand il fait de petits voyages ici il ne les tient guères que le dimancàe et le merepedi. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry coururent le loup. La soir, après souper, il y eut b€d ; le m y demeura jusqu'à nne beure^ et lé bal finit «vaut trois heures. --^ Le roi a donné à M. le oardinal de Médicis^ protecteur des affaires deFrance, Tabkaye de SaiBtrAmand en Flandre, qui vau* dra plus de 8a,000 francs à Tabbé ; elle avoit toi:yours été possédée par les moines. Les cardinaux peuvent posséder les abbayes régulières comme les séculières. Le cardinal de Médicis avoit Pabbaye de Marchiennes au Pont^ qui est réguHère aussi comme le sont toutes les abbayes de Flandre ; il avcHt affermé cette abbaye 22^000 francs, mais elle vaudra plus de 10,000 écus à M. le cardinal de Jan-» son. — Nos prisonniers sont arrivés en Angleterre ; on envoie le miunMial de Tallard à Nottingham et les autres prisonniers dana d'autres villes autour de Londres. La Ghaml»!« hftsse a fait haranguer et remercier milord Marlborough sur ks heureux succès de la dernière campagne , «t quand 11 ira à la chambre haute on lui fera le même honneur. --*- Il y avoit au bal, plus qu'à celui de lundis mademoiselle de Charolois et mademoiselle de Sens, qui n'a que huit ans; elles dwsent fort bien toutes deux; le roi prit jdaisir aies voir danser et les loua fort. KUes eouchèrent ici, et y demeureront le reste du voyage. Jeudi 8, à Marly^ «-^ Le roi se'promiena tout le msH tin et tonte Tapràs^dJlnée jusqu'à cinq heures ; à six la i^ine et la princesse d'Angleterre arrivèrent ici ; le roi d'Angleterre n'est pas encore en assea bonne santé pour sortir. Le it>i mena d'abord la reine chez madame de Maintenon et puis revint dans le salon avec la princesse d'Angleterre et madame la duchesse de Bourgogne. Le bal commença et dura jusqu'à huit heures ; la princesse d'Angleterre dansa la première, le roi la fait toujours passer devant madame la duchesse de Bourgogne. Mon-
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seigneur, qui avoit été à la chasse, ne fut qu^nn moment au bal et sans s'asseoir. Un peu avant que le bel finit le roi alla chez madame deMaintenon, et amena la reine d'Angleterre pour voir danser la princesse sa fille et madame la duchesse de Bourgogne ; . le roi leur fit danser des contredanses ; la princesse d'Angleterre danse fort bien. La reine ne demeura au bal qu'un moment^ le roi Ja remena chez madame de Maintenon et ensuite revint voir finir le bal. La reine et la princesse d'Angleterre retournèrent a Saint^ermain, et après leur départ il y eut musique jusqu'au souper. — Le comte d'Estrades, qui M été fait maréchal de camp à la dernière promotion, a vendu son régiment 115,000 livres; c'est le second des régiments de dragons de gentilshommes. M. de Belle- Isle-Fouquet, qui l'a acheté, en avoit marchandé plosieors dont le marché n'avoit pu se conclure.
Vendredi 9, à Marly. — Le roi se promena tout le matin et toute l'après-dlnée dans ses jardins jusqu'à sept hem*es, et vint dans le salon, où il y eut bal jusqu'au souper. — Celui qui a acheté le régiment du comte de Chamillart est le fils du président Gilbert, qui loi en a donné 55,000 livres. Fontbeausart , colonel de dragons , qui vient d'être fait maréchal de camp , a vendu son régiment au fils de H. le comte de Vienne, qui s'appelle Saint-Chaumont, et a pris en payement une terre en Guyenne bien bâtie et qui vaut 4,000 livres de rente.— Desroches , gouverneur des Invalides et qui avoit un cordon rouge de Tordre de Saint-Louis , est mort. — U marquis de Nangis épousa hier, à Paris, mademoiselle de la Hoguette ; la noce se fit chez la présidente de Nesmond, grande tante de la mariée , et ils revinrent coucher chef madame de la Hoguette, qui logera et nourrira sa fille et son gendre. L'archevêque de Sens, oncle de la mariée, fit la cérémonie du mariage.
Samedi 10, à Versaille$, — Le roi revint ici le soir après s'être promené tout le jour & Marly. Honseignenr
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alla de Marly diner à Meudon, et revint ici le soir pour la comédie. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme^ ses lettres sont du 4. Le siège de Yerue avance toujours^ mais assez lentement; les assiégés se défendent fort bien; cependant M. de Vendôme espère en être bientôt maître. Les brèches à la fausse braie sont grandes, tous les ouvrages des ennemis sont minés , et les assiégés ont des mineurs très-babiles. Chartogne est mort de ses blessures dans le camp de Crescentin ; il avoit été pris par les ennemis à Tattaque quUls firent le 26. M. de Vendôme fait venir pour le siège vingt-deux pièces de canon de batterie qui sont venues de France et qui sont déjà à Alexandrie 3 où on les a embarquées. — On a eu nouvelles d'Espagne que la flotte ennemie devant Gibraltar avoit été jointe par six vaisseaux anglois^ et que H. de Pointis, se trouvant fort inférieur, étoit rentré à Cadix, ce qui fait qu'on craint fort pour le siège de Gibraltar ; cependant le roi d'Espagne y fait marcher trois mille hommes de troupes de France, qui seront commandées par M. de Thouy , à qui le maréchal de Tessé a donné ce détachement.
Dimanche 11 , à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour ; il donna Taprès-dlnée dans son cabinet une audience à la princesse des IJrsins* qui dura deux heures et demie, et le roi dit le soir chez madame de Maintenon qu'il y avoit encore beaucoup de choses dont ils n'avoient point parlé. Cette princesse alla ensuite (^hez madame la duchesse de Bourgogne, qui la fit entrer dans son petit cabinet, où elle fut quelque temps enfermée avec elle. — Le roi a donné le gouvernement des Invalides au chevalier de [BoivauJ, qui en étoit lieutenant de roi , et la lieutenance de roi à la Javie , ancien officier et lieutenant-colonel des dragons de Listenois. — IjC chevalier du Bois-de-la-Roche, qui étoit cornette dans Quintin , a eu l'agrément du régiment de [Charlus] pour 12,000 francs, qui est le prix qu*on a fixé pour ce
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nouveau régimetity dont on oblige le colonel à se défaire. — On mande d'Allemagne que le roi Auguste de Pologne, qui est dans son électorat de Saxe depuis qudqm temps , a enfin mis en liberté les deux princes SobieAi, mais à condition qu'ils ne retourneront point en Mogne qu'après la paix faite en ce pays4*. — La Vieume, n»rëcbal des logis de la cavalerie , a le cordon rouge qaV voit Desroches 9 gouverneur des faivalides^ qui vient de mourir.
* Le poipt unique étoit la permission de se venir justifier, lequel obtenu, tout étoit fait. Obéissance remplie , exemple éclatant, autorité satisfaite, avec de Tesprit, de Téloquence , des grâces et de Fart contre toute mesure , les soumissions infatigables du roi et de la reine dHbpagne , et mieux que tout la soif de madame de Maimaiioa de ^ verner P Espagne, iotîmement eoBvaiiioue qaeiW m le pourroitqiN par la princesse des Ursioa, régnante absolument, et sur les liem; rien ne pouvoit manquer au succès de ce voyage, et rien n*y manqua en effet du triomphe le plus complet.
Lundi 1 i^ d VersailUg. — Le rot alla m promener i Trianon. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry coururent le loup. Le soir il y eut comédie. — M. d'Anbigné y à qui le roi vient de donner le régiment Royal, a vendu un petit régiment nouveau quUl avoit à M. Philippe , qui étoit capitaine de cavalerie dans le régimeot Royal étranger et dont le père est mort commandant à Mézières et ^ Cbarleville ; il en donne 25,000 francs argent comptant. — Madanœ la princesse des Ursins fut longtemps enfermée avec madame de Haintenon. — Les niécontents de Hongrie continuent leurs projets, ils ont battu le général Heister en trois petites occasioas; on assure même qu'ils ont pris le grand Waradin. -»*- M. Pavillon , homme de beaucoup d'esprit et qui étoit de FA* eadémie des sciences et de odle des inseriptions^ moarai ces jours passés à Paris; il uvoit 2,000 livrée de pension comme académicien des inscriptions et 1^000 livres de pension que donne M. le chancelier.
Mardi 13, 4 Vêrsmlles. — Le roi, après son dîner, donna à H. de Livry 400,090 francs de brevet de reteinie sur sa charge de premier maître d'hôtel ; de ces M)0,000 francs , î) y éti aura MO, 000 poar remplacer la dot de madame de LivTf, et les deux autres 100,000 francs sont pour le marquis de Livry, le fils aîné. — Le roi ne sortit point de tout le jour; il travailla avec M. de Pont-' ebartrain ches madame de Maintenon durant quatre beares. H. le comte de Toulouse y fut une heure , ensuite madame la princesse des Ursins y vint , qui fut enfermée fort longtemps avec le roi et madame de Maintenon , et il parolt que S. M. est contente d'elle et qu'on pourroit bien la renvoyer en Espagne. — M. le chevalier de Miromesnil , qui étoit capitaine de cavalerie, a acheté le régiment de Quercy 50,000 francs; c'est Montigny, fi^re de Turmenies, qui en étoit colonel, et qui, par sa mauvaise santé, est contraint de quitter le service. — M. de Montmorency, qui étoit capitaine dans le régiment de Duras , avoit eu Tagrément pour acheter le régiment de Quintin ; mais n'ayant pu trouver son argent , le roi en a donné l'agrément à M. de...
Mercredi Ifc, i Versailles, — Le roi, avant que d'aller à la messe, entendit la harangue des états de Bretagne; c'étoit l'évêque de Dol , frère de M. d'Argenson , qui portoit la parole ; ils harangaèrent ensuite toute la maison royale; et puis M. le comte de Toulouse, leur gouverneur, leur donna un magnifique dîner. — 11 arriva un courrier du duc de Gramont, parti de Madrid du 6. Le roi d' Espagne avoit eu des nouvelles du siège de Gi- Iwaltar du 31 du mois passé; nos mineurs travailloient sous le chemin couvert, ce qui marque bien que le siège continue et s'avance malgré les secours qu'y ont portés les vaisseaux ennemis. Il arriva le soir un autre courrier d'Espagne , c'est le maréchal de Tessé qui Ta envoyé. Ses lettres sont du 7, de Salamanque; ce courrier a fait tme prodigieuse diligence. Ce maréchal mande qu'il s^
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détaché des troupes de France trois mille hommes choisis , dont il a donné le commandement au marcpiis de BrancaS; nouveau maréchal de camp, pour aller renforcer Tarmée que nous avons devant Gibraltar; on espère que l'arrivée de ce secours donnera une heureuse tin à ce siège.
Jeudi ib, à Versailles, — Le roi dina à onze heures et partit à midi pour aller se promener à Harly, où il demeura jusqu'à la nuit. Monseigneur prit médecine par précaution. Hesseigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry et madame la duchesse de Bourgogne dînèrent chez madame de Mailly ; on y joua après diner au laiisquenet, et monseigneur le duc de Bourgogne, contre son ordinaire, y joua. Madame la duchesse de Bourgogne y fit venir madame la princesse des Ursins après le jeu , et s'enferma dans un cabinet avec elle. — On eut le matin nouvelle que le chevalier de Seignelay étoit mort à Strasbourg après une longue maladie ; ils sont encore troisfrères, dont il y en a deux à la guerre, et l'autre, qni n'a que dix-sept ans, est au collège. Le chevalier de Seignelay avoit 25,000 livres de rente, dont ses trois frères hériteront également. — Le duc de Noailles a eu depuis deux jours deux fortes grandes attaques , et son mal devient fort dangereux. — IjO chevalier de Groissy, nouveau maréchal de camp et qui est prisonnier en Angleterre , a envoyé un pouvoir à sa famille pour vendre le régiment de Santerre , dont il est colonel, et ils l'ont vendu à M. de Pugeols i<5,000 francs comptant.
Vendredi 16 , o Versailles, — Le roi dîna de fort bonne heure'et alla encore se promener à Marly; il en revint à cinq heures. Le maréchal de Yillars * lui fit la révérence en descendant de son carrosse, et le roi lui dit : « M. le maréchal, il y a longtemps que nous vous attendions; montez en haut, et je vous parlerai. » Sitôt que le roi fut entré chez madame de Haintenon , il le fit appeler, et il lui dit : c< Je n'ai pas le loisir de vous entre-
JANVIER ITOtf. S88
tenir présentement^ mais je vous fais duc (1). » — Le roi travailla deux grandes heures chez madame de Maintenon avec H. le comte de Toulouse et le maréchal de Coenvres; il y fit ensaite venir M. de Pontchartrain ; ils y réglèrent beaucoup de choses pour l'armement de mer qu'on veut faire cette année. On a déjà donné des assignations de huit millions pour commencer à y travailler; on ne fera point de promotion que Taffaire de Gibraltar ne soit finie. — Le roi d'Espagne donne au maréchal de Tessé la patente de généralissime, comme l'avoit autrefois M. don Juan, afin que personne en Espagne, ni grands ni autres ^ ne puisse faire la difficulté de lui obéir; il y a beaucoup de lettresi de Madrid qui disent cette nouvelle, cependant on ne Ta point encore mandée au duc d'Albe.
* Villars, dès la Bavière et avant de s'y brouiller avec Télecteur, avoit tenté par lui d'être fait duc. La réponse du roi fut trempée dans rindignation la plus forte de cette audace, dont ie murmure de la cour alla jusqu'au frémissement. On ne pouvoit oublier sa naissance ; on se souvenoit du peu de part qu'il avoit eu au gain de la bataille de Fridlingue , qui le flt maréchal de France-, on ne voyoit point de service assez utile ni assez éclatant depuis pour payer cette récompense anticipée. Madame de Maintenon, qui se souvenoit avec goût d*avoir été plus qu'amie de son père , le conduisoit par la main et le bombarda duc comme on le voit ici. La consternation fut générale et marquée sans ménagement. Le nouveau duc et sa femme eurent le bon esprit de n'en faire ni semblant ni souvenir dans les suites , et de se pâmer entre les hras de la fortuue avec toute la modestie la plus propre a émousser les pointes universelles qu'elle causa. Pour la patente que le roi d'Espagne donna au maréchal de Tessé , ce ne fut qu'un jeu pour continuer à couvrir le renvoi du duc de Berwick.
(1) « A peine etit-il saloé le roi que Sa Majesté le noioma duc, et qa'il en reçut de grands compliments de toute la cour. Vous savez avec quel zèle et quelle vivaciti^ ce maréchal , qui n'a pas moins d'esprit que de valeur, a toujours servi le roi. 11 est hardi, infatigable, entreprenant et n'a jamais rien trouvé de difficile ; aussi les troupes se font elles un très-grand plaisir de marcher sous ses ordres et de lui obéir. Tous les officiers qui sont ici se sont emprC8S4^ de lui rendre visite , et brAlent d'envie de donner des marques de leur courage on combattant sous lui. » ( Mercure de janvier, page 276. )
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Samedi il, à Versailles. — I^ roi &lla l'après-dlnée se promener dans ses jardins^ où il fait des embelliaiements nouveaux sans grandes dépenses. Monseigneur, qui esta Meodon, courut le loup; il a amené à oe voysgfe beaucoup de courtisans et point de dames. M. le yîdame(l) et le marquis de Varennes y sont pour la première fois. — On apprend par plusieurs endroits d'Allemagne et par la gazette de Hollande de tristes nourellea des mécontents de Hongrie ; on assure que le général Heister attaqua le 26 du mois passé un corps de sLy mille hommes, {^esque tout composé de tolpaches, qui est Tinfanterie hongroise^ quMi les défit entièrement^ prit beaneoup de drapeaux et tout leur canon, et que le l*'de janrier il avoit attaqué le gros corps de leurs troupes y qui étoit de plus de trente mille hommes, quoiqu'il n'en eût qoeseife, et qu'il avoit emporté un grand avantage sur eux^ dont on ne sait pas encore les détails. — M. le grand prévMa vendu le régiment de son fils aîné, qui vient d'être fait maréchal de camp ; on lui en donne environ 50,000 francs argent eomptant; c'est M. de Vaudreuil, lieutenant aux gai*des, qui l'achète; il est petit-fils de feu Rose y secrétaire du cabinet.
Dimanche 18, à Versailles, — Le roi alla tirer l'aprèedinée. Madame la duchesse de Bourgogne alla à Hcndoii voir Monseigneur ; il y eut jeu , et elle revint ici ponr le souper du roi. — Tournemine, colonel du nouveau régiment de dragons qui fut levé il y a près de trois ans par la Bretagne , avoit eu l'agrément de la oompagaie des gendarmes de la reine, que lui vendoit Vertilly, qui vient d'être fait maréchal de camp , et dont il donnoit iSyOOO écus ; le marquis de Roquelaure, sous-lieateoant de cette compagnie et le plus ancien sous-lieutenant de la gendarmerie, a prié le roi que ce fût lui qui pût ache^ ter cette compagnie, dont il avoit été en traité plnsieufs
(1) D*ATniens.
JANVIKR IfW. lu
fois. Le roi lai a répondu fort obligeamment qu'il verfôit ce qu^il potrrroit faire là*dessus. — Il parolt que les affaires d^ Angleterre arec l'Ecosse se brouillent fort; les Anglois veulent obliger les Écossois à assurer la eou* ronne d'Ecosse au prince d'Hanovre , comme ils ont fait eux celle d'Angleterre, à moins de quoi, ils veulent rompre presque tout commerce entre les deux nations; et il y a nouvelle que les Écossois si» pourvoient d'armes et de chevaux.
Lundi 19, â Verêailles. — Le roi dina de bonne heure et alla se promener à Marly, oA il fait beaucoup plaAter. — Le roi donne à M. rarcbevèque de Reims Tappar^ tement qu'avoit autrefois monsBgneur le duc de Berry et qu'avoit occupé depuis la maréchale de la Mothe , et donne au duc de Noailles, qui se porte un peu mieux, Pappartement de Farchevéque de Reims ; ce duc n'étoit que par emprunt dans Tappartement de M. de Vendôme, qui viendra peut-être faire un tout ici après la fin du siège de Verue. — Le comte de Coigny, qui vient d'acheter la charge de colonel général des dragons , vend le régiment royal étranger à H. de la Toumelle, qui lui en donne 95,000 écus ; M. de la Tournelle ne fait que d'entrer dans les mousquetaires, et le roi veut qu'il serve encore un an avant que d'être à la tète de ce régiment. — On avoit dit, il y a quelque temps, que le roi donnoit 13,000 écus de pension à M. de Laubanie ; la vérité est que le roi lui donne S,000 écus de pension outre 2A^y000 francs qu'il avoit déjà, et que M. de Chamillart lui a parlé de la part du roi pour lui offrir tout ce qu'il pourroit désirer, à quoi il a répondu qu'il en avoit trop et qu'il servîroit de ses conseils tous ceux que le roi voudroit employer en quelque part que ce fût, et que ce qui lui faisoit sentir plus vivement la perte de ses yeux étoit de ne pouvoir plus agir pour le service d'un si bon maître.
Mardi 20, à VerMille$. — Le roi se promena dans ses
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jardins. Monseigneur le duc de Bourgogne alla diner à Meudon avec Monseigneur. Madame la duchesse de Boun gogne eut une violente migraine ; ainsi il n'y eut ni toilette ni cercle, comme il yen de voit avoir. Elle ne put pas même aller à la messe, et elle ne soupa point avec le roî. — On eut des lettres de Gibraltar du 2. Le petit Renaud mande que le siège va lentement, mab bien. Il y est arrivé quelques troupes de Galice ; il compte que le détachement des troupes françoises qu'a fait le maréchal de Tessé et que conmiande le marquis de Brancas devoit arriver entre le 15 et le 20. S'il ne se trompe point dans ce calcul, ces troupes sont arrivées présentement. On parle d'y envoyer un ingénieur considérable d'ici , et le roi a envoyé chercher Lappara à Paris ; on croit que c'est pour lui donner ordre de partir en tonte diligence poui' ce siège. — On eut par l'ordinaire des nouvelles de Verue du 10. U arrive vingt pièces de batteries à M. de Vendôme, qui seront d'un grand secours pour le siège, qui va fort lentement par l'habile et vigoureuse résistance des assiégés, qui sont relevés tous les jours. M. de Vendôme a fait faire quelques ouvrages pour empêcher les grandes sorties, comme celle où Imécourt fut tué.
Mercredi 21, à Versailles. — Le roi donna audience le matin aux députés des états d'Artois; l'abbé de Sère portoit la parole ; le roi fut très-content de sa harangue, et elle fut fort louée de tout le monde. — On a eu des nouvelles certaines des affaires de Hongrie; il est vrai qu'il y a eu un combat où les mécontents ont eu quelques désavantages, mais fort au-dessous de ce qu'on avoit dit, et la gazette même de Vienne porte qu'ils n'ont perdu que deux mille hommes, et que le général Heister y a perdu sept cents hommes. — M. de Broglio, nouveau maréchal de camp, a vendu le régiment du roi de cavalerie à M. de Bélabre, qui étoit capitaine dans le régiment de Béringhen.
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Jeudi SS^ à Venailles. -— Le roi dîna à onze heures et monta en carrosse à midi et demie {K)ur aller se promener à Harly, d'où il ne revint qu'à la nuit. Madame la duchesse de Bourgogne y monseigneur le duc de Berry et madame la princesse de Gonty allèrent dîner à Heudon avec Monseigneur^ et Taprès-dlnée allèrent tous ensemble à Fopéra et revinrent tous ici pour le souper du roi. — Lappara est parti de Paris et a pris la route d'Italie. Comme il est brouillé avec M. de Vendôme^ on ne croit pas que ce soit pour aller à Verue , et l'on juge qu'il va pour voir si Ton pourroit faire le siège de Villefranche. Nous avons beaucoup de troupes et de munitions en Provence , et M. de la Feuillade doit repartir après le premier voyage de Marly^ ce qui confirme ces soupçons-là , car apparemment ce sera M. de la Feuillade qui commandera à ce siége^ si on le fait. — Le maréchal de Yillars prendra congé du roi le lendemain de la Chandeleur ; on ne dit point quelle armée il va commander.
Vendredi 23^ à YerMilles. — Le roi alla se promener dans les jardins. Monseigneur ne sortit point de tout le jour. Le soir il y eut comédie. — Il arriva un courrier de H. de Vendôme, parti du camp devant Verue du 17 au matin. M. de Vendôme mande que les mines ont fait tout le bon effet qu'on en devoit attendre. Elles ont fait sauter la fausse braie et ont fort endommagé la caponnière; il y a déjà de grandes brèches à la seconde enceinte; la troisième est déjà assez ruinée; les vingt pièces de canon qu'on attend d'Alexandrie dévoient arriver trois jours après le départ du courrier^ et dès qu'elles seront en batterie on espère élargir assez les brèches pour aller à l'assaut ; mais l'intention de M. de Vendôme est de prendre les trois enceintes en même jour, et par là éviter tous les fourneaux. Ce général mande qu'on ne perd presque plus personne à ce siège ; et à la fin de sa lettre, il y a : « Je puis répondre à Votre Majesté,
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plus qu6 jumaîsi que je prendrai Yenia* * Il « estoyë M. de MontgoD vmter toute la cavalerie qui est eo dif* férents quartiers , et de là il viandra ici pour rendre compte au roi de Tétat où sont Les troupes et rsceveir les ordres de S. M.
Samedi SA, à Versmlleê. — La roi alla TaprèsHlinte se promener à Trianon. — Le due de Tresmes fut reçu i la maison de ville à Paris et fut traité de Monseignear par le prévôt des marchands. Le maréchal de Tllôpital, le maréchal d'Aumont et M. de Uortemart avoient laissé perdre ce droit ; H. de Créquy le fit rétablir en représear tant au roi que M. de Montbazon , gouverneur de Paru avant tous ces messieurs-là, en avoit toujours joui, et depuis M. de Créquy il n'y a plus eu de dispute là^de^ sus. Il y avoit quatre-vingt-dix personnes au dîner à la même table , dans la grande salle , le duc de Tresmes à droite, et le prévôt des marchands à gauche, au bout de la table, dans des fauteuils. Â la droite il y avoit trente fauteuils pour les courtisans que le duc de Tresmes avoit conviés au dîner, et à la gauche trente chaises à dos pour les échevins , les conseillers de ville et les gens que le prévôt des marchands avoit priés à dîner. Le prévôt des marchands et les échevins étoient en habits de cerémonie. Toutes les autres places de la table étoient remplies par des officiers de la maison de ville. Le doc de Tresmes jeta de l'argent au peuple devant et après le dîner.
Dimanche 25 , â Marly, — Le roi partit de V^^ailles après son dîner pour venir ici, où il demeurera toute la semaine; Madame la Duchesse alla de Versailles à Saint- Germain pour voir la reine d'Angleterre, avec qui elle fut enfermée assez longtemps, et puis revint ici, où elle trouva le roi qui se promenoit encore dans ses jardins. Outre les courtisans pour danser au bal et que le roi amena l'autre voyage , il a mené encore M. de Listenoîs et M. de Nangis, et de dames nouvelles pour danser il
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n'y a que la prÎTOease d'Isenghkin qui n'y étoit jamais venue. — On fit chez le due d'Albe, à Paris, la noce du comte de Rupel monde, seigneur flamand, avec madeoioiselle d'Alègre , sœur cadette de madame de Barbesieux/ Oa se donna que 100,000 francs en mariage à la demoiselle. Son mari sera fort riche après la paix, parce quHl a beaucoup de biens sous la domination des HoUan* dois; il est colonel dans les troupes d'Espagne qui servant en Flandre. La noce se fit avec beaucoup de magni^ fic^ce , et il y avoit beaucoup de gens priés à cette fête (1).
' D'Alègre ne fet pad heureux en famille. Sa femme, riche héritière l'uB préadut de TouIoum, étoit une dévote à triple earat, et folle au feoUipie, ^ue la oardinai de Coislin fit arrêter uue fois, proche COrléaas, ivrerde la lecture des pères du désert, et allant seule de son pied cliercher les déserts , tandis qu'on la cherchoit à Paris , d'où elle ^étoit échappée. Elle acheta , pendant une absence de son mari , asse2 iot pow lui avoir laissé une procuration générale, pour 150,000 livres de HbteuiL de dévotion» tous plus tristes les uns que les autres; et eu ueubies, en fast^i car elle étoit magnifique, et plus que tout en désordres, elle le ruina. Ce iVf . de Hupelmonde à qui elle donna sa seconde fille elle en voulut faire un grand seigneur, et lui fit arborer un manteau ducal. Sa femme, qui se fourra à la cour par toutes voies et qtn, BOUS les sobriquets de la blonde, mais rousse comme une vache flt dt vaque à tout* paroe qu'elle étoit de toutes foires et de tous marchés, perça à la £aveur d'un gros jeu et de la plus facile conduite. Anctt» suffisamment , à ce qu'il lui sembla, elle hasarda la housse ; mais cette housse ne put durer plus de quatre jours : le roi la lui fit quitter. Four le manteau , plusieurs en abusoient sans autre fruit qu'en abuser, et M. le prince de Conty appeloit ces manteaux, qui restoient à la porte, da robes de chambre d'armoiries. Un soir qu'elle arrétoit assez tard au salon , un des suisses de la porte entra qui , l'avisant au lansquenet , lui cria tout haut en son patois de suisse que son mari lui mandoit qu'il étoit couché et qu'elle allât tout présentement coucher avec hn. I^ risée fut grande , et ne fiit pas d'un seul soir. Le roi . lassé des lettres de madame d'Alègre , qui, tantôt pour Marly, tantôt pour briguer uue place de dame du palais, comoit toujours les grandeurs de son
(1) Voir le détail de cette fête dans le Mercure de jaovier, pages 349 à 394.
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gendre , chargea Torcy de savoir par preuves quel enfin ilétoit; et et qui eu résulta fut que le père de Rupelmonde, après avoir travaillé à desforges de madame Rupelmonde, en étoit devenu facteur, puis maître, s'y étoit enrichi , avoit ruiné les possesseurs, acheté leur bien et devenu seigneur en leur place ; mais Tavis étoit venu trop tard , et madame de Rupelmonde avoit été admise à tout ce que le sont les femmes de qualité. Son mari fut tué de bonne heure, qui ressembloit fort à un apothicaire, et n'eût pas fait fortune comme son père. Madame de Rupelmonde intrigua plus que jamais y et à force d'audace et d'insolence , de commodités et d'amourettes elle parvint longtemps depuis à être dame du palais de la reine , et par une longue habitude avec le comte êe Oramont à &ire le mariage de son fils imique avec une des Qlles du comte deOramont, rousse et dépiteusement laide, sans un écii de dot (I).
Lundi 26 , à Marly. — Le roi se promena tout le matin et toute Taprès-dlnée dans ses jaràins. La reine et la princesse d'Angleterre arrivèrent sur les sept heures, et aussitôt le bal commença; il dura jusqu^à neuf heures et demie, et puis on se . mit à table pour souper, et, le souper fait, le roi conduisit la reine d'Angleterre comme il avoit accoutumé défaire, et elle retourna à SaintrGermain avec la princesse sa fille. — Nous apprîmes le matin, à Marly, la mort de madame de Lewenstein, mère de madame de Dangeau, morte à Praguej elle avoit soixante et onze ans. Le cardinal de Furstemberg, la princesse de Bade et elle, le frère et les deux sœurs, sont morts en un an de temps. Dès que madame de Dangeau eut appris cette triste nouvelle, elle ne songea qu'à quitter Marly pour retourner à Versailles. Madame la duchesse de Bourgogne la vint voir avant qu'elle partit ; cette princesse, en pareille occasion , ne rend aucune visite *, elle ne fait cet honneur-là qu'à ses dames. Autrefois la reine alloit voir les princesses étrangères et les duchesses, mais
(1) Cette incroyable asseilion que Saint-Simon reproduit danâ s» .tfr- VMiret en i^outant : « Torcy me l'a conté longtem|)6 dopuison prw|)rt*s tenne», « fuirait insoutenable en présenoe des (;éiiéalogies de la inaistm de Reetiurt àt Lena, données |iar le P. Anselme, t. VII, imjçe 82C, et |«r La riieii»>t»-l>f>boi» ( Dictionnnirp de la \oblesse), t. XILfMge*>:i.
cela est changé, et madame la duchesse de Bourgogne ni Madame n'y vont plus.
* On a vu en plus d*un endroit ce qiii regarde ces visites (1).
Mardi T!, àMarly. — Le roi eut des nouvelles de M. le grand prieur par un courrier ; les lettres sont du ii!^. Ce prince rend compte à S. H. de beaucoup de détails; il resserre fort dans leurs quartiers les troupes de M. de Linange^ qui manqueroient de subsistance si les Vénitiens ne les favorisoient point. M. le grand prieur proposoit au ' roi de les en punir en coupant la tète des rivières dont il est le maître, ce qui ruineroit tout le Bressan en détournant les eaux qui leur sont nécessaires. — Hier, après que la reine d'Angleterre fut partie, M. de Torcy et H. de Pontchartrain portèrent au roi des lettres qu'ils avoient reçues de Gibraltar Tun et Tautre , et qui assfurent que la flotte ennemie qui étoit devant cette place avoit mis à la voile le 3 de ce mois pour retourner en Portugal; elle a laissé une grosse garnison dans Gibraltar, qui fait de fréquentes sorties, mais avec peu de succès. Le siège continue toujours, et on y attend les trois mille six cents hommes qu'y mène le marquis de Brancas, et ils prétendent toujours que ces troupes arriveront le 20; mais nous croyons qu'elles n'y pourront être qu'à la fin de ce mois au plus tôt.
Mercredi 28, à Marly. — Le roi tint conseil le matin comme à son ordinaire ; il se promena l'après-dlnée, et travailla le soir chez madame de Maintenon avec M. de Chamillart fort longtemps. Il examina beaucoup de placets des officiers qui demandent à être chevaliers de iSaint-Louis. Il y eut bal après souper qui dura jusqu'au lendemain matin; mais le roi en sortit avant minuit. — L'évèque de Bellay est mort ; il se nommoit du Laurens ,
U) Voir toino1X,paKe41o. .
d'une famille de Paris. II avoit été moine et grand ^ioaire de Cluny et en avoit beaucoup de prieurés; Tévèché ne vaut que 4- ou 5,000 livres de rente. — Tous les directeurs et les inspecteurs d'infanterie mandent à M. de Chamillart que les recrues arrivent et sopt composées de meilleurs hommes qu'on ne Tauroit cru. — Quoique la défaite des mécontents est beaucoup moindre qu'où oe Fauroit cru , ils ont été oidigés de lever le siège de Léopolstadt et d'enclouer, eu se retirant , quelques pièces de canon qu'ils n'ont pu emmener. On avoit dit, il y a deux mois^ que cette place étoit prise ; mais la nouvelle n'étoit pas vraie ^ et il en vient souvent de fausses de ce pays-là.
Jeudi *29^ à Marly. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins. — Le roi a donné deux commissions de colonels à la recommandation de H. Télecteur de Bavière; l'un est M. de Saint-Victor^ qui avoit été aide de camp de 8. A. I^L., et l'autre est un officier des hussards
nonimé — Le roi de Portugal a été dangereusement
malade; la reine douairière d'Angleterre, sa soeur, avoit été déclarée régente durant sa maladie ; on mande qu'il est mieux présentement. — Beaucoup de vaisseaux hollandois sont venus charger des vins et des eaux-de-vie à Bordeaux et en ont enlevé une grande quantité. — Le roi d'Espngne, à la recommandation de M. de Bavière, a donné la grandesse au comte de Roeux, gouverneur de Mons et l'ainé de la maison de Croy. — Le comte de Kaunitz, vice-chancelier de l'empire et celui des ministres de l'empereur qui avoit le plus de réputation , est mort; il avoit été plénipotentiaire à Ryswyck. — Il parolt, par les dernières nouvelles qu'on a eues de Londres, que Taffaire des Antflois avec les Écossois se brouille fort; on se prépare à rendre de grands honneuï*s à milord MarllK)rough, ce qui pourroit bien lui attirer de la jalousie et l'envie de ses compatriotes, car il veut qu'on élève des monuments publics à sa gloire. ^
JANVIER ITOrt 34S
Vendredi 30, à Marly, — Le roi se promena le matin et Taprès-dinée dans ses jardins , et au retour de la promenade il travailla avec M. de Pontchartrain par extraordioaire^ car il n^y travaille que les mardis, et à sept heures le roi entra dans le salon^ où le bal commença; madame de Maintenon y étoit. Le roi n'y demeura qu'une heure^ et elle en sortit avec lui, et le bal continua jusqu'au souper, qui est toujours à dix heures (1) . — Durant ce voyage ici de Marly le roi a résolu de l'aire encore trois cents chevaliers de Saint-Louis. — Par les dernières nouvelles qu'on a oues d'Allemagne on apprend* que la défaite des Hongrois a été encore moindre qu'on ne disoit. M. des Alleurs, qu'on disoit avoir été pris à cette action, n avoit pas encore joint le prince Ragotzki , et étoit à Temeswar. On mande aussi d'Allemagne que le prince de Montlaur *y second fils du prince d'Harcourt et celui qu'il avoit voulu faire Ualné de sa maison , parce que son fils aine est sourd, étoit mort dans un village d'Autriche ; il alloit trouver l'empereur, qui lui avoit promis un régiment. Ce prince de Montlaur, après avoir été capitaine de chevau-légers , s*étoit mis dans un séminaire pour être ecclésiastique, et puis avoit pris un cheval dans l'écurie de son père à Clermont et étoit sorti de France.
(1) « La cour a demeuré pendant les huit derniers jours de ce mois à Marly, et elle y a pria lea divertiftaernents que les |)er8onnes les plu.<v sévères ne se re- Tiiseot pointdans cette saison. Elle est lieureuse que ces divertissements se soient passi's sous les ycu\ du roi, ce qui les rend plus épurés; quand je dis sous les yeux du roi , je n'entends pas que ce prince y ait ilemeure pn'^scnt pendant tout le temps qu'ils ont duré ; il en voit seulement les commencements et va ensuite travailler avec ses minUtrea jusqu'à TUeure du souper. Les di- Tertissements qui ont régné pendant les huit jours dont je viens de vous parler sont la musique et le bal, alternativement, dans lequel madame la princesse d'Angleterre a brillé. On a joué et chassé pendant tous les autres jours, et le mi a toujours pris ce dernier divertissement, parce qu'il est utile à sa santé et qne, s'éloignant beaucoup des peràonnes qui l'accompagnent, il trouve par là Mioyen de rêver à ses afTaires en attendant r«KTa«iou do tirer. * ( Mercure de janvier, page» 396 à 398. )
Ui JOURNAL DE DANGEAU.
* M. de Ck>inmercy, deux fils de la princesse d'Harcourt Tun après Tautre , le prince Eugène , le prince Emmanuel d'Elbeuf 0., pour imiter les princes, un fils du comte d'Auvergne passés au senice des ennemis ne diminuèrent en rien le crédit de leurs plus [proches , pas même Téclat énorme du cardinal de Bouillon, qui se trouvera en son lieu. A ce propos, on ne peut s*empécher de se souvenir ici d'un mot échappé à M. le Grand, si merveilleusement traité du roi et si pené-> véramment distingué en toutes sortes; d'ailleurs si peu propre aux ^nes par sa stupidité, qui marque, mieux que tout, Tesprit inné dans sa maison. Ucoupoit au lansquenet^ où il se trouva coupé par madame la grande duchesse, fille de Gaston. Monseigneur, Monsieur et beaucoup de joueurs y coupoient aussi et grand nombre de spectateurs. M. le Grand fit un coupe-gorge, et tout aussitôt y frappant sur la table et jurant, s'écria à basse note, mais assez fort pour être entendu : « Ah! maudite race, toujours fat aie à la notre. » MM. de Guise n*auroient pas pensé plus vivement s'ils avoient survécu à leurs desseins.
Samedi 31 , à Versailles. — Le roi revint ici à sLx heures après s'être promené tout le jour à Marly, Monseigneur alla de Marly dîner àMeudon et revint le soir ici, où il y eut comédie. Durant les voyages de Marly il y a eu tous les soirs ou bal ou musique. — Verceil, colonel de dragons et fils de Labadie^ lieutenant de roi de Strasbourg, a été choisi du roi depuis quelques jours pour être enseigne des gardes du corps de la compagnie de Boufflers à la place de Gondras^ que sa mauvaise santé oblige de quitter le service et à qui le roi donne ii-^OOO francs de pension, comme il a accoutumé de faire à tous les enseignes de ses gardes qui quittent avec sa permission. — Le bruit se répand que toutes les troupes de la maison du roi 9e^ viront cette année sur la Moselle. — Le maréchal de Montrevel arriva de Bordeaux et s'y en retournera bientôt après la cérémonie de l'Ordre, où il sera reçu. — Le roi a donné une pension de 200 écus au cadet Danger, exempt dans ses gardes du corps.
Dimanche 1" février, à Versailles. — Le roi alla Faprèsdinée se promener à Trianon. Monseigneur ne sortit point de tout le jour. Il y eut le soir, chez madame la princesse do Conty, une fort jolie musique de l)elles voix
françoises et des chanteurs italiens de H. le duc d^OrléanS; qui avoit amené toute cette musique; madame la duehesse de Bourgogne y alla. — On aïeçudes nouvelles du siège de Verue par l'ordinaire; notre canon qui venoit d'Alexandrie étoit arrivé et étoit déjà en batterie, et on étoit fort content de Teffet qu'il faisoit-; on songeoit à faire une nouvelle batterie dans un endroit d'où l'on espéroit pouvoir rompre le pont qui est entre le camp de M. de Savoie et la place. Nous perdons fort peu de monde au siège; nous avons une partie de notre cavalerie le long du P6, depuis Chi vas jusqu'à Verue; mais comme le Pô grossit et déborde, on croit qu'on sera obligé de mettre cette cavalerie en d'autres quartiers. — Le fils de. H. de Belabre, qui est capitaine de cavalerie dans Béringhen et qui avoit traité avec M. de Broglio du régiment du Roi , ayant rompu son traité sur quelques conditions dont ils ne convenoient pas, a acheté celui de dragons de Senneterre, dont il donne 100,000 francs. — Le ro^ fit le matin chevaliers de Saint-Michel les maréchaux de France qui doivent être reçus demain chevaliers du Saint-Esprit.
Lundi 2, jour de la Chandeleur^ à Versailles. — Le roi tint le chapitre des chevaliers de l'Ordre à dix heures et demie, où furent admises les preuves de MM. les maréchaux d'Harcourt , de Coeuvres , de Villars , de Chamilly , de Château-Renaud , de Vauban , de Rozen et de MontreveL Ensuite le roi les fitentrerpour leur dire que leurs preuves étoient admises , et puis on marcha en procession à la chapelle. On fit la procession dans la cour, comme on fait toujours à la Chandeleur; l'abbé d'Estrées officia, mais sans mitre , et ne s'assit que dans les endroits où s'asseoient les célébrants des grandes messes qui ne sont pas évéques *. La messe finie, le roi marcha à son trône avec les cérémonies ordinaires , et alors le maréchal de Coeuvres s'avança, présenté par MM. les ducs de la Tréraoille et de Chevreuse, et prêta son serment aux
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pieds du roi. 11 a marché non comme premier des maréchaux de Fraace, mais comme grand d^Ëspa^e;le maréchal d'Harcourt auroit marché devant lui, parce qu^il est duc avant que le maréchal de Coeuvres fût grand d^Espagne, mais il étoit malade et ne fut point reçu. Â^èsque le maréchal de Coeuvres fut retourné en sa place^ les maréchaux de ViUars, deChamilly etdeChàteau-Renauds'avaocèrent, pré.8entés par le comte deSolre et le marquis d'Efiiat; le maréchal de Villars lut le serment, comme le plus ancien, et tous trois avoient la main sur TÉvangile. Après * quMls furent retournés à leurs places, les maréchaux de Vauban , de Kozen et de Hontrevel s'avancèrent, présentés par les marquis d'Estampes et de Puysieux, M. de Vauban marchant au milieu et lisant le serment comme le plus ancien des trois et tous trois les mains sur TÉvangile. Après la messe finie, on retourna à Tapparlemeot du roi en procession, et le maréchal de Coeuvres reprit son rang de grand d^Ëspagne et marcha devant ceux qui ne sont pas ducs. Le maréchal de Villars ne prit point le rang de duc, parce que ses lettres ne sont pas encore registi'ées au parlement. Les preuves du maréchal de Rozeu ne furent que testimoniales, et M. de Torcy, qui rapportoit les preuves comme chancelier de l'Ordre, cita les exemples en pareille occasion de M. de Schombergetde M. le cardinal de Furstemberg. M. de Rozeu est Livonien; le commandant pour le roi de Suède en Livonie, les principaux seigneurs et les magistrats du pays ont attesté les preuves, et qu'il pouvoit faire les preuves de tousses quartiers pour tous les chapitres où il faut de la noblesse. ,
* Les iMéuioires dévoient ajouter que l al)bé d'Kstrées, comme prélat dePOrdre, avoit prétendu le fauteuil comme Font les évéques en officiant devant le roi , qu'il fut prêt à l'avoir, et que Pontchartrain , q« n'aimoit pas les Estrées, tant parce qu'ils étoient amis de floo pèrefie pour faire sa cour à madame des Ursius , à qui ses longues audieooes commençoient à foire prendre un grand vol , s'y opposa fort et ftnn^
quoique sans titre pour le &tre, et en uieua tant de bruit qu'il le réduisit au siège ployant de chapelains qui officient, dont Pabbé d'Estrées fut d'autant plus mortifié que cela fut réglé pour toujours (<}, Longtemps depuis, en 1728, le duc de Saint-Simon, ayant été reçu chevalier de rOfdre, avec Roqoelaure, duo à brevet et maréchal do France, le maréchal d'Alègre et le comte de Gramont, après les enfants de M. du Maine , dit et * expliqua cet exemple des maréchaux de Coeuvresetde Villars, Tun reçu seul entre deux duc^ parrains, lautre, quoique duc héréditaire , mais non encore vériflé , avec; deux autres maréchaux non ducs, et contre deux parrains gentiisfiommes; mais lo lardinal de Fleury n*ajaiit rien voulu entendre ni là-dessus ni sur bien <l*autr«s choses absolument nouvelles et confondues, M. de Saint- Simon n'en dit pas davantage , et marcha avec Roquelaure entre deux ducs parrains , qui furent deux choses aussi absurdes que nouvelles. Roquelaure , qui à la faveiu* des nouveautés avoit tenté de passer avant les gentilshommes et qui en avoit été justoineul refusé, se voyant traité en duc et pair en recevant TOrdre , crut devoir hasarder le pa quet; et<, TOrdre reçu et les révérences achevées , voyant le duc de Saint-Simon marcher à sa place et gagner le haut pas devant les chevaliers, pour s'aller mettre comme il fit entre les ducs de Sully et de la Rochefoucauld, se mit de même en marche le long de Tautre banc; mais Breteojl , prévôt et grand maître de« cérémonies de l'Ordre , le voyant dépasser ainsi les trois ou quatre derniers chevaliers, le tira par le manteau , et avec son bâton lui montra la dernière place de ce même banc où il lui falloit retourner. Puisqu'on eu est venu ii cette promotion , il est curieux de ne pas oublier que le père du duc de Saiut- Simon et son frère aîné avoient été reçus chevaliers de fOrdre à In Puntecôte 1638, qui est une distance entre le père et le fils qui n'a point d'exemple^ et aussi peu. que le duc de Saint-Simon le père et son frère aîné ont porté l'Ordre , le duc soixante ans complets, et le marquis son frère près de cinquante-six ans, et longuement restés seuls de Louis XIII.
Mardi 3, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée se pronaener dans les jardins; il avoit reçu le matin quarante des chevaliers de Saint-Louis qu'il avoit nommé durant le voyage de Marly. Il y eut grande toilette, dîner en public et cercle ensuite chez madame la duchesse de Bourgogne^ et après le cercle il y eut un assez
(0 Saint-SimoQ avait ajo«té eosaite cette plirase, qu'il a bîflëe deimis : « Le resta d« la cérémonie est si bien expliqué qfill a*y a rien à y ajouter, m
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gros jeu. — Le roi , avant que d'aller à la promenade, donna audience au maréchal de Yillars, qui prit ensuite congé de S. M. ; on croit que c'est pour aller commander l'armée de la Moselle y mais cela n'est pas encore déclaré. — L'abbé de Pomponne prit congé du roi pour aUer à l'ambassade de Venise. — Monseigneur alla dîner à Meudon et revint ici pour le souper du roi. Madame la duchesse de Bourgogne^ après être sortie de chez le m, alla à minuit en masque avec plusieurs dames chez madame de Courten vaux dans le château^ où elle demeura jusqu'à quatre heures du matin. M. le duc de Berry alla tirer des lapins au bois d'Arcy, et monseigneur le duc de Bourgogne se promena avec le roi.
Mercredi ky à Versailles. — Le roi prit médecine et tint conseil l'après-dinée^ comme il fait toujours les jours qu'il prend médecine ; Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne étoient au conseil. Madame la duchesse de Bourgogne entra le matin chez le roi avant que d'aller à la messe ^ et elle se promena l'après-dinée dans les jardins ; elle avoit diné chez madame la duchesse de Noaillesavec madame de Main tenon . — M. de Pontchartrain entra chez le roi avant le conseil et lui dit qu'un courrier d'Espagne^ qui venoii d'arriver^ apportoit la nouvelle que le roi de Portugal étoit retombé et qu'il étoit plus mal de cette rechute qu'il n'avoit encore été ; il a fait son testament^ par lequel il laisse la régence de ses États à la reine d'Angleterre, veuve de Charles II, sa sœur. On apprend par ce même courrier qu'il y a eu de grands changements dans le conseil à Madrid ; le marquis de Rivas, qui étoit secrétaire del despacho universal, a été ôté de sa charge , que l'on a donnée au marquis de Mejorada, iils de celui qui avoit cette charge sous le feu roi d'Espagne.
Jeudi 5, â Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Trianon. — Il arriva un colonel des troupes d'Espagne^ nommé PozzoBoino^ queLL. MM. CC. envoient au roi pour le remercier de la bonne réception qu'il a
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faite à la princesse des Ursins et de la résolution qu'il a prise de la renvoyer en Espagne. Le duc d'Albe a eu ordre d'aller chez cette princesse en grand cortège d'ambassadeur pour se réjouir avec elle de l'espérance qu'ils ont de la revoir bientôt à Madrid ; cette princesse ne partira pourtant qu'au mois d'avril; elle veut demeurer quelque temps à Paris pour rétablir sa santé et donner quelques ordres à ses affaires. Ce colonel a vu le maréchal de Tessé à Madrid logé chez le duc de Gramont , ce qui marque qu'ils ne âont point brouillés ensemble^ comme le bruit en avoit couru; le roi d'Espagne avoit envoyé des relais au-devant du maréchal pour le faire arriver plus vite à' Madrid. Il l'envoie à Gibraltar en diligence pour qu'il voie l'état de ce siège et qu'il puisse juger s'il est à propos de le continuer malgré toutes les difficultés qui s'y rencontrent, ou s'il est à propos d'abandonner cette entreprise.
Vendredi 6, à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure et alla se promener à Marly , d'où il ne revint qu'à la nuit. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry allèrent courre le loup. — Lappara n'est point allé du côte de Villefranche, comme on l'avoit cru ; il a passé à Genève, d'où on a eu des nouvelles , et va au siège de Verue. — Il est arrivé un courrier de M. de Vendôme, parti du camp devant Verue le 27; le siège va toujours son train, lentement à la vérité, mais les neiges et les pluies en. ont fort retardé les travaux. On fait présentement une nouvelle attaque du côté du Pô, où nous avons déjà sept pièces de canon qui battent l'ouvrage qu'on appelle le bonnet à prêtre, qui est au-dessous du château et qui, si nous Pavions pris, ôteroit toute la communication de Crescentin à Verue; et quand il y aura brèche on attaquera cet ouvrage en môme temps qu'on attaquera par la tète de notre première attaque. M. le grand prieur a pris deux postes importants sur POglio , et a enlevé des magasins qu'avoient les ennemis, qu'il incommode fort
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parla et qu'il resserre tous les jours dans leurs quartiers de plus en plus.
Samedi 7, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprès-dlnée, et au retour il se promena dans sesjardins^ parce qu'il fut peu de temps à la chasse. — M. de Mont^on arriva ici. M. de Vendôme l'envoie au roi pour lui rendre compte de la cavalerie d'Italie , et il Ta chargé de dire au roi qu'on ne de voit point être en peine delà longueur du siège de Verue, qu'il répondoit de prendre la place, et que les troupes ne fatiguoient pas beaucoup à ce siège, où on perd fort peu de monde. Fitz, qui commande les hussards du roi dans cette armée ^ a pris aux portes de Turin le major du régiment de Taun et a emmené ud très-gros butin , ce qui a fort alarmé les habitants de la ville, qui ont vu cela de leurs remparts. — Je lis hier à Paris la cérémonie de Saint-Lazare à Tabbaye de Saint- Germain, à mon ordinaire, où je reçus M. de Montmorency, qui est dans les carabiniers du roi, et MM. les chevaliers (le Rochechouart, de Dampierre et de Magnac , qui est de la maison de la Rochefoucauld . Après la cérémonie, j'allai diner au réfectoire, où le cardinal d'Estrées,le maréchal de Coeuvres et l'abbé d'Estrées Tinrent dloer avec ce que j'avois retenu de chevaliers (1).
(1) « L<> 6 de ct^ mois M. le grand maître et MM. les che^aKers de Tonhe royal hospitalier et militaire de Notre-Dame de Mont-Carroel el de Saiil' I^zare célébrèrent la fête de Saint-Lazare , qui avoit été remise à ce jourlàt dans Tèglise de Tabbaye de Saint-Germain des Prés. M. le grand maitre et les chevaliers étoient revêtus de leurs grands manteaux ; Téglise étoit ornée de riches tapisseries, et Fautel étoit magnifiquement paré. M. le grand maître ^^ çut quatre chevaliers dans Tordre, savoir : M. Jean-Auguste Pioot de Dampierre, lieutenant d*un des vaisseaux du roi, de la maison de Oampierre de Champagne ; M. Daniel de Montmorency, capitaine de carabiniers dans k régiment du roi, et MM. Jean de la Rochefoucauld de Magnac etLcoii* Joseph de Rochechouart. Ces deux derniers étoient élèves de Tordre... L'^ semblée fut nombreuse , et plusieurs personnes de la première qaalité de II cour et de la ville s'y trou\^rent, du nombre desquelles étoient : M. le duc de Bouillon et plusieurs ambassadeurs et ministres étrangers, ainsi que M Tarchevéque de Rouen, MM. les évêques de Laon, de Carcassonne et de SoissoQii
Dimanche Sy à Ver$ailles. — Le roi se promena Taprèsdlnée dans ses jardins. Monseigneur alla diner àHeudon^ où il demeurera quelques jours. Madame la duchesse de Bourgogne y après être sortie du cabinet du roi y alla se
qsi asustèrent à cette oéréinonie. M. le marquis de Dangeau , grand maître, et une partie des chevaliers dînèrent avec les religieux de Tabbaye dans leur réfectoire , et M. le cardinal d'Estrées, qui avoit vu incognito la cérémonie, voulut Men y dtner anssi, avec M. le maréchal de Ceeuvres et M. Tabbé d'Ëatrées , ses neveux.
« La fête de Saint-Lazare, qui ne fut célébrée par MM. les chevaliers de cet ordre que le 6 de ce mois , arrive au mois de décembre; mais comme on travailloit au maître autel de Tabbaye où la oérémooie s'est faite , on ne Ta féiée que dans le temps que je viens de vous marquer. Voici en quoi consiste le travail de cet autel.
t On a fait une oontre-table d*a«tel dont Fordonnanee est tout à fait belle. Le plan est en ovale, sur lequel est établi un sodé de marbre au rez-de-cliaussée. Au-dessus de ce socle est posé un c^rps de piédestal , lequel piédestal règne sur les deux côtés, sur le devant et le corps de Tautel , qui a dix pieds de largeur, etpar derrière , entre ses piédestaux, est im petit autel dans lequel est enchâssé le tombeau de pierre de Saint-Germain, patron de Tabliaye, que Ton voit sous cet autel , au travers d'une grille dorée. Au-dessus du corps des piédestaux sont six bases de matière dure, trois de chaque cAlé , dorées et ornées d'architecture, sur lesquelles sont posées six grandes colonnes de douze pieds de haut, d'un marbre extraordinaire qui fait l'admiration de tout Paris. Elles ont été apportées d'Afrique de la ville de Lebida ou Leplis magna , où elles servoient à un bel édifice que l'empereur Sévère avoit fait bâtir en cette ville-là, où il avoit pris naissance. Sur ces colonnes sont posés des chapiteaux dorés de même matière ^ de m^me ordre que les l)ases; ils sont ornes de niuJeaux de feuilles et très-délicatement travaillés. An-dessus de ces chapiteaux est posée la corniche , qui est architravée , grnée d'architecture , de inodillons, de roses, et le couronnement de cet ouvrage est un baldaquin dont les courbes sont contournées d'une manière agréable et douce et ornées 4rarchiteeture et de feuillages. Cet autel a été fait dans le dessein de placer en un lieu magnifique la châsse de saint Germain, qui est une des plus belles de France, et pour ce sujet on a placé entre les sK oolonnes deux grandes consoles de marbre blanc veiné de quatre à cinq pieds de hauteur, sur lesquelles sont deux anges doi^ à genoux, qui tiennent de leurs luains la ciiâssc en Tair, qui remplit le vide qui est entre les colonnes. On voit sur le devant un grand ange de métal doré , tout en l'air, qui tient le saint sacrement sus|)endu sous une petite custode. Toutes ces parties ramassées ensemble composent tout le corps de l'antel et font un effet merveilleux.
« Vous serez surpris d'apprendre que cet autel est fait aux détiens des religieux de cette abbaye 9 dont on ne peut trop louer le aèle. » ( Mercure de féfrier» pages ia5 à 193.)
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masquer avec beaucoup de dames qui la suivoient, et entra à minuit dans l'appartement de la maréchale d'Estrées, où il y eut bal qui dura jusqu'à trois heures. — Madame la duchesse d'Orléans vint voir madame de Daogeau sur la mort de madame sa mère; elle ne va pins voir les femmes de qualité dans ces occasions y prétendant en devoir user comme Madame ; elle dit à madame de Demgeau qu'elle la venoit voir sans que cela tirât à conséquence pour les autres. Elle n^avoit point été en pareille occasion voir la marquise de Roye ni là vidame, mais elle a cru devoir venir chez la femme du chevalier d'honneur, qui a les mêmes honneurs que les maréchales de France. — M. de la Feuillade travailla le soir avec le roi chez madame de Haintenon et prit congé de S. M.; il s'en retourne en Savoie. M. de Chamillart y étoit, et demeura encore après avec le roi, et Ton assure qu'on a achevé de régler les officiers généraux qui doivent servir cette campagne.
Lundi 9, à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure et alla se promener à Marly. Monseigneur le duc de Berr}, après avoir veillé jusqu'à troi^ heures avec madame la duchesse de Bourgogne au bal , partit à cinq heures pour aller à Meudon courre le^loup avec Monseigneur, d'où il revint fort fatigué. — Le roi jugea le matin au conseil de dépèches une affaire entre M. le duc d'Elbeuf et M. le duc d'Aumont. Le premier prétendoit devoir, comme gouve^ neur de Picardie, donner l'attache au seorond comme gouverneur du Boulonnois; l'affaire *fut jugée tout d'une voix en faveur du duc d'Aumont, qui produisit les provisions de son père et de son bisaïeul à ce gouvernement, où les gouverneurs de Picardie n'avoient jamais mis leur attache. H est vrai que quand le roi passe à Boulogne le gouverneur de Picardie lui présente les clefs et prend Tordre. — M. le comte d'Évreux a enfin entièrement terminé son affaire avec H. le comte d'Auvergne pour la change de colonel général de la cavalerie; le marché
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en étoit fait il y a longtemps , mais il s^étoit beaucoup trouvé de difficultés dans Texécution; elles viennent d'être toutes surmontées; le traité a été signé et la démission donnée. M. le comte d'Auvergne en est venu rendre compte au roi .
Mardi 10^ à Versailles. — Le roi se promena l'aprèsdlnée dans ses jardins^ où il fait plusieurs petits changements qui les embelliront fort. Il y eut grande toilette , grandcouvertetgrand cercle chez madame la duchesse de Boiu^ogne. — Le roi a nommé pour intendant de Taiv mée de la Moselle M. de Saint-Gontest^ intendant à Melz et dont le roi^ les troupes et le peuple sont trèscontents. — Les ennemis embarquent dans la Tamise six mille Anglois et quatre mille HoUandois; on ne sait point encore quel est leur dessein ; on croit ici que c^est pour aUer en Portugal ^ et il y a des lettres d'Angleterre qui portent que milordMarlborough lui-même veut aller commander ces troupes-là^ ce qui ne nous parolt pourtant pas apparent. — Le roi a donné une pension de 500 écus à Pionsac , brigadier d^nfanterie , et lui a fait dire par H. de ChamiUartque ce n'étoit qu'en attendant quelque chose de plus considérable. — Madame la duchesse de Bourgogne , en sortant du cabinet du roi après son souper, se masqua chez elle et alla chez madame de Courtenvaux dans le château^ où il y eut bal qui dura jusqu'à cinq heures du matin.
Mercredi 11^ à Versailles. — Le roi alla se promener Taprès-dinée à Trianon. S. H. a donné à M. de Bruzac , aide-major de ses gardes du corps , le gouvernement de [Obernheim^ Roseim et Kaisersberg] en Alsace, àsixlieues au dessus de Strasbourg, avec un petit bailliage qu'on y a jointe et tous les deux ensemble valent environ 3,600 francs; le roi a eu la bonté de dire à Bruzac que ce n'étoit qu'en attendant qu'il eût quelque chose de meilleur à lui donner. — Madame la duchesse de Bourgogne alla à Mendon sur les quatre heures, et, au retour, eut une si
grosse migraine qu'elle ne put souper avec te roi ni aller chez lui après souper; elle se coucha en arrivant. — Le roi donnoit tous les ans une gratification de 500 écus à Forville ^ chef d'escadre des galères ; le roi a doublé et lui donne au lieu décela 1,000 écus de pension. — On apprit la mort de rélectrice de Brandebourg, qui^ par pai*enthèse , n'avoit jamais approuvé que son mari prit le titre de roi de Prusse; elle étoit fille du duc d'Hanovre Ërnest-Augiiste et de la princesse Sophie y sœur de Télecteur Palatin, père de Madame. EUe a eu plusieurs frères ; il ne lui en reste plus que deux ; l'alné est duc d'Hanovre, que Tempereur appelle électeur de Brunswick.
Jeudi 12, à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure et alla se promener à Marly, d'où il ne revint qu'à la nuit. — Le roi a donné encore un brevet de retenue de 100,000 francs à M. le comte d'Évreux sur la charge de colonel général de la cavalerie ; il en avoit déjà pour 350,000 francs. — H. de Bullion achète pour son second fils le régiment de Piémont, dont il donne 30,000 écus à M. le chevalier de Luxembourg , maréchal de camp de la dernière promotion ; ce second iil&>là avoit déjà un régiment d'infanterie, qu'il revend 50,000 francs. — Il y a eu un changement de monnoie au commencement de ce anois de cinq sols par pistoles, qui a fait mettre dans le commerce plus de dix millions, -~- Lie roi non-seulement remplace ce qui manque de chevaux à la cavalerie, à dix près , que les capitaines sont obligés de fournir, mais S. M. fait encore plus qu'elle n'avoit dit d'abord, car on 6te tout ce qui reste de chevaux de l'année passée, qu'on mettra dans des villages en Champagne , de peur qu'ils ne communiquassent la maladie aux nouveaux chevaux ; ainsi le roi donne vingt-cinq chevaux par compagnie, et, outre cela, il en donne un à chaque lieutenant , chaque cornette et chaque maréchal des logis.
Vendredi 13, à Versailles» — Le roi alla à la chasse.
II y eut bal en masque chez madame d'Armagnac , où alla monseigneur le duc de Bourgogne ^ et n'y fut pas longtemps; madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry y allèrent et y restèrent jusqu'à quatre heures du matin. — Mauriac , colonel et neveu de feu Saint^Mauris, lieutenant général , apporta le soir la nouTelle que M. le grand prieur avoit attaqué le poste qae les ennemis avoient entre le mont Baldo et l'Adige. Ils avoient mille chevaux et trois bataillons en différents quartiers; on les a chassés de tous ces endroits , et ils ne se sont bien défendus que dans le premier^ qui s'appelle Cavagion; on leur a tué quatre ou cinq cents hommes, on leur a pris quatre cents prisonniers et six drapeaux. L'affaire est de conséquence, parce que cela leur ôte toute communication avec le Véronois, d'où ils tiroient leurs vivres. Le grand prieur gardera tous les postes d'où il les a chassés. Le même jour que cette action s'est passée, qui étoit le %}k. de Médavy avoit assemblé les troupes que nous avons sur l'Oglio afin d'inquiéter les ennemis de ce côté-là, et qu'ils ne pussent envoyer du renfort au général major Patai, qui commandoit les troupes que le prand prieur a défaites. Le comte de Linange, sachant que M. de Médavy étoit fort inférieur à lui , leva tous ses quartiers pour le venir combattre. M. de Médavy se retira sur rOglio , en Ueu où il ne pouvoit pas être attaqué, et détacha M. de Lautrec avec cinq cents chevaux pour observer les ennemis. M. de Lautrec fut coupé par un corps plus gros que le sien^ pendant que le gros de leur armée mareboit à lui ; il prit le parti de remarcher en arrière et enfonça les troupes qui l'avoient coupé. Il y fut blessé dangereusement et pris , et sa troupe, après avoir percé celle des ennemis et même leur avoir pris- soixante prisonniers, rejoignit M. de Médavy. On a permis à M. de Lautrec de se faire porter à Brescia, d'où l'on a écrit à M. de Vaudemont que la blessure étoit fort grande, mais qu'on espéroit pourtant qu'il en pourroit guérir. Les
troupes des ennemis qui ont été battues étoiént celles quMls avoient destinées pour faire lever le blocus de la Mirandole. — I^ soir il arriva un courrier du duc de Gramont; ses lettres sont du 5 de Madrid. Il mande que M. de Yilladarias avoit envoyé un officier au roi d^Espagne qui apporte de bonnes nouvelles de Gibraltar. Nous ne savons point les détails de la nouvelle^ que nous apprendrons demain. — Monseigneur le Dauphin revint le soir de Meudon.
Samedi ii, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à Trianon. Pendant qu'il étoit à la promenade^ M. de Pontchartrain lui apporta la nouvelle qu'un de nos armateurs de Saint-Malo avoit pris à l'entrée de la Manche et emmené dans le port de Brest un vaisseau anglois venant de Smyrne/ dont la charge est estimée 500^000 écus. On a trouvé dans ce vaisseau^ qui a?oit touché àGibraltar, des lettres du prince de Darmstadt, qui écrit du 30 de janvier à milord Godolphin et à quelques autres ministres de la reine Anne qu'il manquoit.de beaucoup de choses dans la place et surtout de poudre; que, si on ne lui envoyoit promptement les secours nécefrsaires, il seroit obligé de se rendre^ d'autant plus qu'il a^ rivoittous les jours des troupes nouvelles aux assiégeants. Il y avoit encore beaucoup d'autres lettres de particuliers qui sont dans la place et qui mandent à peu près les mêmes choses. ,Voici ce que nous avons appris du siège de Gibraltar par le courrier d'hier. M. de Villadarias s'est logé sur le penchant de la montagne qui commande dans la place; les assiégés ont un ouvrage sur cette hauteur, qu'ils appellent le pâté, où ils ne tiennent plus que trente hommes, et M. de Villadarias croit potivoir se i^endrp maître au premier jour de cet endroit. On voit à revers le chemin couvert , et beaucoup de gens qui sont ici et (]ui connoissent fort Gibraltar assurent que dès qu'on sera entièrement maître de cette hauteur la place ne sauroit plus se défendre.
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Dimanche 15, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprèsdinée. Monseigneur ne sortit point. Madame la duchoss<^ de Bourgogne ne soupa point avec le roi , mais elle alla le trouver dans son cabinet après souper. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry coururent hier le loup, soupèrent au retour de la chasse chez madame la princesse de Conty et puis ils allèrent à la comédie. — Le roi de Suède a fait entrer dix-huit cents hommes dans Breslau^ capitale de la Silésie et qui est sur FOder. Ces troupes sont entrées par petites troupes, à jours différents ; . elles observent un grand ordre; et payent tout ce qu'elles prennent, sans être à charge aux habitants. Les magistrats paroissent être de concert avec eux, et, selon toutes les apparences^ cette nouvelle donnera beaucoup d'inquiétude à l'empereur; mais il en faut attendre la confirmation j quoiqu'on Tait eue par différents endroits. — On mande des armées ennemies, dont les troupes sont répandues dans le pays de Trêves et en deçà du Rhin vers Landau, que la maladie contagieuse qui a été sur les chevaux des armées que nous avions sur le Rhin cette campagne avoit passé chez eux et qu'ils perdoient une infinité de chevaux.
Lundi 16, à Versailles. — Le roi ne tint point de conseil, contre son ordinaire, car il y en a tous les jours hormis les vendredis ; il dîna à onze heures et alla ensuite courre le cerf dans le parc de Mariy. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasse. Le roi, après la chasse, alla changer d'habit au château de Marly et ne revint ici qu'à la nuit. Après souper il y eut bal en masque chez Monseigneur, où il vint tant de masques de Paris que la plupart ne purent entrer ; les deiLX chambres où Ton dansoit étoient trop pleines; le bal dura jusqu'à quatre heures il). — Mademoiselle de Bouillon est tombée ma-
(I) 4 Monseigneur le Dauphin donna, le lundi IG de ce mois, un bal où tons U's inasqoeft dévoient entrer, c'est-à-dire autant de ppi-sonnes marquées <|ue les
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lade dans l'appartemeiit de É. son père au cli&ieau , et comme les médecins soupçonnent que c'esi la petite vé-
lieux où Ton dopnoit le bal pouvoient eo contenir. Je ne tous dis rien de la manière dont étôtent oméà lès lieux où l*on danââ. Vbus connoisàêi la magnificemse et le bon i^flt de Moiiseigkiear, et vonsTous en imaginerës ploà que je ne pourrois vous en dire. La collation étoit dressée dans la salle de^ cardes de ce prince. Elle consistoit ea soixante grandes corbeilles^ qu'il auroit faliu pla< de soixante nommes ^nr porter, si elles a^^oieBi pd jiénéihïr dans Idîts les lieux où elleft dévoient être portées. Il y avoit Oiitre cela une ttès-grande quantité de toutes sortes de rafratcbissements, qui ocxïupoient encore un très-graïul nombre de personnes , et rien n'étoit plus beau à voir que le mélange des Heurs, des fruits , des côtilitures sèdies et des autres choses qui ciiiréut dans les collations et qui fbntioient celle dont je vous parle. 11 se trouva à ce bal une si prodigieuse quantité de masques, tant de Versailles que deParis^ au'on peut dire que de cent masques à peine un seul auroit-ilpu entrer à ce bal si, pendant près de six heures qu'il dura, plusieurs masques, a|)rès avoir deitleuré quelque temps cians rassemblée, n'étoient sortis pour faire place à d'autres. La cour de France est si nombreuse et Paris est si rempli de personnes qui aim<nt le plaisir et qui se trouvent en état de le goûter que, quand tous les appartement^, la galerie et les salons de Versailles auroieht été ouverts aux masques , tant de lieux différents et si s|)acteux n'auroient pu les contenir à la fois.
n Madame la duchesse de Bourgogne, voulant se donner le divertissement que prennent ceux qui vont incognito dans les assemblées, y alla masquée avec uoe Àndrienne, et madame la duchesse d'Orléans aVec un habit pareil à ceux avec lesquels la reine Catherine de Médicis est représentée dans les portraits qoe nous avons de cette princesse. Comme cet habit peut être orné de beaucoup de pierreries, et que celui de madame la duchesse d'Orléans en étoit tout rempli, cet habit (tarut d'une grande richesse et de la plus éblouissante magnificence. Plusieurs volumes ne me suffiroient pas si je vouloia vous parier de ta richesse, de la galanterie , de la bizarrerie et eniin de la variété des liabits de tous les masques qui se trouvèrent à ce bal. Il n'y a qUe la France qui puisse faire voir une si grande afllueuce à la fois dé tant de personnel parées et tant de nchesses en même temps , les broderies et les étoffes d'or et d'argent pour des habits faits exprès n'ayant point été épargnées. Je ne dis rien des pierreries : on sait que la France en est remplie et que tous les États du monde n*ea pourroient pas fournir autant qu'il s'en trouve en ce royaume. Tant d'agréable variété et tant de richesses attirèrent moms les yeux pendant le nal que les manières de monseigneur le Dauphin , qui, n'étant point masqué, afin de voir plus aisément ce qui se passoit et de donner à tous ceux qui venoient à son bal le plaisir de le voir, sembloit, sans descendre du rang que sa niussance l'oblige à garder, avoir la bonté de s'intéresser à tout ce qui se passoit Aussi d'un coup d'ceil ce prince sembloit-il souvent empêcher le désordre que. la grande confusion étoit sur le point de faire naître. Ce que je dis ici n'est point de moi, et je n'ai point imaginé qu'il en devoit être ainsi sur les bontés de ce prince qui, me sont connues ; je dois rendre justit» à (!eux à qiii feUè est due. Cette remarque est de M. l'ambassadeur d'Espague, (lui dit après le bal que, pendant qu'il étoit
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rolë, on Fa transportée â Thôtel de Bdliilldii à la ville, et les médecins de la maisbii royale n'y vont plus. — Lfe poi d'Espagne a écrit au rdi, il y a quelques jours, poiir le prier de permettre au duc de Gtambtit, son ambassadeur à Madrid, d'accepter l'ordre de la Toison. S. M, C. donne aussi la Toison au comte d'Autel, gouveriièiir deLuxenibourg; il y a lôiigtemps qu'oii lui dvoit promis.
Mardi 17, à Versailles. — Le toi sfe promena l'aprèsdlnée dans ses jardins. MadaiHe la duchesse de Bourgogne, quoiqu'elle ieût veillé jusqu'à cinq heures, se leva à l'ordinaire, et le sbir, après souper, elle alla encore danser chez la maréchale deNoailles. Madame de Gié, qui adànsé à tôtls ces Bals, s'est fort distingiiéepar sa dansé, et lôul le mofade convient que jamais fenitne h'a mieux dansé. -^ M. de Court^bonne mourut à taris satis avoir été presque nialade; il ëtoit un des directeurs de la cavalerie , et avbit le gouvernement de Heèdih, qu'il avoit acheté. Lé roi dôûhe atix fenfants de Courtebôrihë, qui tient de nlodrir, 25,000 éctis, qui leur seront payés ^ar celui que le roi choisira pour être gouVertieur de Hesdin. La place de ditectfeur de la cavalerie be feërà pas rein J)Ue : en voilà déjà plusieurs qtie le roi a siipptimées; il n'eii
ittentiFâut boutée et aux nianièrés gradenses ^e monseigiletir le Daaphin, il ne pouToit s'empêcher de foire réflexion sur le bonheur de la France, qui étoit gouvernée , de Tayeu de toutes les nations amies et ennemies , par le plus grand prince du monde et qui âvoii uîi (ils qui IMtaitoit parfaitement.
•t Monseigbeiir îieconndt madame la duichesse d'Albe, et ce prince etit une •ttentioa tonte parficalière pour faire placer cette duchesse. Elle étoit habillée de la manière dont les dames du palais de Madrid se présentent à la reine d'Espagpe, et , excepté le masque , ^h habit ne diflKroit en rien de celui qu*elie «AtAt eu si elle avoit été ft Madrid , ^ qu'elle eût été ftitre sa cdur. Cet habilleoient est bien différent de ceux qui ont souvent paru ici dans des entrées de ballets, bals et mascarades, et l'on pourroit dire que les habits à l'espagnole que Ton nous a fait voir ici Jusqu'à présent, dans ces sortes d'occasions , resfl^Ment peo à la manière dont madame la dubhesse d'Albe étoit vêtue an bai de Monseigneur, les autres habits ayant plus de rapport à ceux des paysannes d'Espagne qu'à ceux des dames de la cour. » (Mercure de février, pages 278 à 288.)
260 JOURNAL DE DANGEAIT.
reste plus que deux pour la cavalerie, qui sont Du Bowg pour l'Alsace , Montgon pour Tltalle^ et une d'infanterie, qui est celle d'Artagnan pour la Flandre. — On apprit que Tévèque du Mans étoit mort dans son diocèse ; il s'appeloit l'abbé deTressan avant que d'avoir un évèché, et avoit été premier aumônier de Monsieur. Il étoit abbé de Bonneval en Beauce; cette abbaye est à la nomination de M. le duc d'Orléans.
Mercredi 18, àMarly. — Outre le conseil que le roi tint le matin^ à son ordinaire, il travailla avec M. de Chamillart après son diner jusqu'à cinq heures^ et puis partit de Versailles pour venir ici, où il demeurera jusqu'à la fin de la semaine qui vient. Monseigneur alla avee madame la princesse de Conty de Versailles à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry vinrent ici avec madame la duchesse de Bourgogne. — il arriva le matin un courrier de M. de Vendôme, parti du 9. Il mande au roi que Lappara est arrivé, et qu'après avoir visité tous les travaux il est de Ta vis de M. de Vendôme, qui est de continuera battre la place avec toute rartillerie qui nous est arrivée et de monter à l'assaut dans huit jours aux deux attaques, les brèches étant fort grandes; si bien que l'on croit que Faction se sera passée aujourd'hui, ce qu'on regarde comme une occasion très-dangereuse. Les déserteurs asr surent qu'il n'y a rien à craindre pour les mines; les neiges fondues ont rempli d'eau tous les rameaux, et no« mines à nous ne peuvent faire aucun effet par cette même raison-là. C'est le chevalier de Broglio que M. de Vendôme enverra apporter la nouvelle de cette action.
Jeudi 19, à Marly. — Le roi, après la messe, alla courre le cerf dans son parc; Monseigneur et monseig-neur le duc de Berry étoient à la chasse; ils revinrent dîner ici à l'ordinaire. L'après-dinée le roi se promet* dans les jardins jusqu'à la nuit, et à sept heures il entra dans h salon, où lo bal roraiiionca. Le roi v de-
ineura une heure. Madame de Maintenon y vint voir danser, et fit mettre auprès d'elle la princesse des Ursins, (jue le roi a amenée ce voyage. Il y avoit de danseuses nouvelles madame de Rupelmonde; son mari dansa aussi, et le prince de Morbecque, fils delà princesse d'Harcourt, qui n'étoit point venu ici. — Le roi a mis le maréchal de Villeroy sur la liste de Marly et compte qu'il arrivera demain. — Au dernier conseil de finance le roi acheva de régler les affaires de la succession de M. de Guénégaud, trésorier de l'épargne, qui fut taxé, en i661, à cinq millions de livres. Le roi , par la suite des temps, en a touché près de quatre millions y et les fonds ayant manqué pour le reste , on a donné une décharge à sa veuve; et comme il ne lui reste plus rien pour vivre, le roi lui a donné une pension de 2,000 écus. — Verceil, nouvel enseigne des gardes du corps, a vendu son régiment de dragons 70,000 francs à un fils du marquis du Roure, qui est capitaine de chevau [-légers].
Vendredi 20y à Marly. — Le roi, après la messe, alla courre le daim avec les chiens de M. le comte de Toulouse; Monseigneur et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasse et puis revinrent diner ici. M. le maréchal de Villeroy arriva ici de Flandre et vit le roi chez madame de Maintenon. Après le souper du roi le bal commença dans le salon, où tous les danseurs et danseuses étoient en masque ; les danseuses même avoient soupe avec le roi dans leurs habits de masque. Le roi demeura au bal jusqu'à minuit et demi, et le bal dura jusqu'à trois heures. Monseigneur y parut au commencement, masqué en femmes et y dansa ; il y fut même quelque temps sans être reconnu , et sa mascarade réjouit fort le roi. — Le roi fera venir ici le duc et la "^uchesse d'Albe pour leur donner le divertissement du bal ; le roi avoit un peu hésité sur cela quand on lui proposa , craignant que cela ne put tirer à conséquence pour les autres ambassadeurs ; mais S. M. s'y détermina en faisant réflexion que c'étoit
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l'ambassadeur de son petit-fils ; cjup cela lAarqaeroit ejicore aux JEspaçnols unq distinction d'amitié, et fut même bien aise de faire plaisir au duc et à la duchesse d'AIbe, dont il est très-content. La duchesse d'Albe souperaavec le roi.
Samedi 21, à Marly. — Le roi, en sortant de la messe, alla courre le cerf daps son parc; Monseigne^r et monseigneur le duc de Berry étoipnt 4 la chasse avec lui. Le soir il y eut musique. — Il arpva un valet de chambre du roi d'Espagne, parti le 11 £|u soir de Madrid ; les nouvelles qu'on avoit de Gibraltar étoient qu'on n'avoit point ^ncore attaqué l'ouvrage qu'on appelle Je pâté, qui est sur la hauteur qui commande dans la place. Le marécjial de Tessé n'étôit point encore arrivé au siège. M. de Villad^rias espère |p|ijours s'en rendre bientôt maître; M. de Maulevrier sert de brigadier. Ce courrier apporta la nouvelle qu'il est arrjyé ^ fadix uu vaisseau chargé d'un million de piastres que le vice- roi de Mexique envoie au roi d'Espagne ; c'est presq^ie quatre milUons de notre monnoie. 11 est arrivé encore un autre vaisseau chargé de riches marchandises et de quelque argent pour les particuliers , sur quoi le roi d'Espagne aura encore des droits. La reine d Espagne mande au roi que ce vaisseau est arrivé très à propos , et qu'on sp servira de cet argent pour envoyer à l'armée qui est devs^nt Gibraltar et pour recruter l'infanterie.
Dimanche 22 , à Marly. — Le roi tint conseil à son o^ dinaire et travailla le soir, au retour de la promenade, avec M. de Chamillart ; il vint dans le salon à sept heures, lit commencer le bal, qui étoit en masque, et retourna à huit heures travailler avec M. de Chanâillart. — On mande d'Allemagne que les mécontents de HongTie sont plus forts et plus animés que jamais. Us ont pris Zathmar et sont rentrés en Moravie, où ils ont brûlé plusieurs viDages. L'empereur est obligé de renvoyer un nouveau renfort de troupes 8tu général Heister, qui n'ose plus tenir la campag^ne
devant eux. — LiscoÇiet pst mprt à, Paris^ il é^i cftEitaii}e des Cent-Sujssesde M. le duc d'Or^é^ns, et cette cl^arge vai^t 15,000 livres de rente : il avait outre cela une pension de 4,000 francs de ce prince, et il avoit vendu le'ffouvemement de phartres a M. d'Aripenonville , qui lui payoit pour cela une rente viagère (^e 5,000 frapcs. M. le duc d'Orléans donne la charge de capitaine de ses Cent-Sujsses à M. de Nançré^ qui est attaché à lui depuis longtemps.
Lundi 23 y à Harly. — te roi, après la messe, alla courre le cerf;. Madame étoit dang[ une petite calèche qui suivoit celle du roi. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry coururent le long. Le ro^ d'Angleterre, la reine sa m^i^e et la princesse sa sœur arrivèrent ici à si^ heures et demie; le roi les mena d'abord chez madame de Haintenpn, où il laissa la reine et Revint a^ salon à sept heures Ç^ire commenper le bal. Le roi d'Angleterre et la princesse sa sœur 43insèrent le premier menuet. Voici la séance du bal : les rois dans des fauteuils et le roi d*Angleterre ayant la droite. Le roi se tenoit toujours debout (pand le roi d'Angleterre dansoit^ honneur qu'il auroit peine à faire à des rois heureux. Monseigneur étoit sur un pliant à la droite du roi d'Angleterre et avoit au-dessous de lui monseigneur le duc de Bourgogne , monseigneur le duc 4? Berry, M. le duc d'Orléans et madame la princesse de Conty. A la gauche du fauteuil du roi ^toient la princesse d'Angleterre, madame la duchesse de Bourgogne, Madame, madame la duchesse d'Orléans, madame la Duchessp, mademoiselle de Charolois ci mademoiselle de Sens. Le roi, après avoir vu danser une ^pmi-heure, alla quérir la reine d'Angleterre, pour qui l'on apporta un fauteuil entre les deux rois, et après qu'elle eut vu danser quelques contredanses on apporta la collation; mais M. le FriiAe et M. Iç Duc ne marchèrept poiAt à la tète pour la présenter à LL. MM. , ce qu'ils font toujours quand le roi y est, comme grands maîtres de la maison, Tun en titre et Vautre en survivance. Le duc et la du-
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chesse d' Albe arrivèrent ici à quatre heures (1 ) ; ik descendirent à Tappartement de la princesse des Drsins*, qui avoit obtenu de madame de Maintenon la permission de les mener dans sa chambre ; ils ne l'avoient pas vue encore depuis qu'ils sont en France, parce qu'elle ne voit jamais les ambassadeurs. On plaça, au bal , la duchesse d'Albe et madame des Ursins au-dessous de madame la princesse de Conty, afin qu'étant au premier rang elles vissent mieux danser. Le bal finit à neuf heures un quart; le roi mena LL. HH. BB. dans son appartement, et un quart d'heure après on se mit à table. Voici la séance du souper : la reine, les deux rois dans des fauteuils et dans le même ordre qu'au bal; à la droite du roi d'Angleterre la princesse sa sœur, et au-dessous d'elle madame la Duchesse; à la gauche du roi madame la duchesse de Bourgogne, monseigneur le duc de Bourgogne et Madame. Monseigneur, monseigneur le duc de Berry, M. le duc d'Orléans et madame la princesse de Conty mangent toujours' ici à la seconde table, toujours servie dans le même lieu et comme celle du roi. La duchesse d'Albe soup avec le roi ; on la fit m'ettre au-dessous de madame la Duchesse, et madame des Ursins auprès d'elle; toutes les autres dames aux deux tables, car celle du roi et celle de Monseigneur sont regardées comme égales. Quand la reine d'Angleterre fut arrivée au bal , elle obtint du roi qu'il ne se tint pas debout quand le roi d'Angleterre daiiseroit, ce que le roi vouloit continuer de faire. Après le souper LL. MM. BB. retournèrent à Saint-Germaijï. Madame la Uuchesse de Bourgogne joua au lansquenet el y fit jouer la duchesse d'Albe. Le roi avoit eu soin qu'où
(1) « Le roi a honoré M. le dac et madame la dudiebsM'Albe d'une ûi^Oartion qui n*est pas ordinaire. Sa Majesti^ fit dire à ces deux Exceileiioes qu'dlr seixiit fort aise de les voir à Marly, où ne vont, pendant le séjour qttV fitft Sa Majesté , que les personnes de la cour qui sont nommées par eUe4iiéfiie. Leurs Excellenees» fort sensibles à cet honneur, > allèi*ent lelumii gras. Sa Majesté leur fit un aoïueil qu'il seroit difficile de bien exprimer et que learx E\cd-
servit une tal>le au duc d'Albe^ dont le maréchal deBoûfilers étoit chargé de lui faire les honneurs et d^y mener plusieui*s courtisans avec lui; il y eut une autre table pour le duc de Perth et les Ânglois qui avoient suivi LL. MM. BB. Le duc d'Âlbe alla au coucher du roi, qui lui fit donner le bougeoir et qui lui fit un compliment sur la peine qu'il auroit de s'en retourner si tard.
* Rien de pareil à Tair de triomphe que prit madame des Ursiiis, à l'empressement servile de tout ce qu'il y avoit de plus considérable auprès d*elle , à l'attention du roi de la distinguer et de lui faire les honneurs de tout, comme à un diminutif de reine d'Angleterre, et dans sa primeur d'arrivée , et à la majestueuse façon dont le tout étoit reçu avec une proportion de grâce et de politesse dès lors effacée et qui fai' soit souvenir les plus anciens des temps de la reine mère. Le roi étoit
leoces n'auroient jamais pu ni prétendre ni espérer. Tonte la famille royale, à commencer par Monseigneur, en usa pour elles de même. Leurs Excellences y arrivèrent sur tes quatre heures. Après qu'elles eurent salué le roi et qu'elle eurent rendu visite à toutes les personnes de la famille royale, on leur servit une magnifique collation. M. le maréchal duc de Boufllers conduisoit M. le duc , et madame la princesse des Ursins madame la duchesse d'Albe. Sur les sept heures on commença le bal. Toutes les personnes de la cour qui avoient été nommées pour Marly y parurent avec tout Téclat et toute la magnificence que Too peut imaginer. Le roi d'Angleterre ouvrit le bal avec la princesse sa su^ur : toute la cour demeura debout pendant qu'ils dansèrent On admira leur bonne grftce à danser, comme on a coutume d'admirer tout ce qu'ils font l'un et Tautre. Ce bal fut l'un des plus beaux ; il dura jusqu'à dix heures. Le roi se mit à table, et madame la duchesse d'Albe eut Thonneur de manger avec Sa Majesté. Après le souper on se mit au jeu. Sur le minuit le roi alla se coucher; M. le duc d'Albe eut le bougeoir. Sa Majesté lui parla avec les manières nobles et gracieuses qui lui sont si particulières et si naturelles en même temps. Ce prince lui fit aussi rh«Hineur de lui parler quelquefois en espagnol dans toute la noblesse et la délicatesse de cette langue. Le jeu et les autres divertissements continuèrent après que le roi fut couclié. Leurs Majestés Britanniques et la princesse d'Angleten'e s'en retournèrent à Saint-Germain , et M. le duc et madame la duchesse d'Albe, entre deux et trois heures après minuit , allèrent coucher à Versailles, dans leur hôtel , comblés des honneurs qu'ils avoient rcçaaet pénétrés de cette reconnoissance vive et sincère que les {lersonnes de leur élévation et de leur délicatesse savent sentir avec plus d'étendue que d'aatrcs. Leui-s Excellences n'ont guère été moins enchantées de la situation du séjour, des pavillons, des jardins et des vues de Marly el de la manière ai8<'« et délicate dont lu cour s'y amuse' et s'y divertit en présence même du roi. » (Mercure de février, pages 377 a 381. )
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admirable à donner du pri\ à tout et à faire valoir ce qui de soi n'avoit de prix d'aucune sorte, comme il se voit ici sur le duc et la duchesse d'Albe pour un exemple entre un million le long de Tannée. Madame de Maiutenon et madame la duchessi» de Qauçgogiie n çtpi^nt <>ccupQss que de ma^ffme des Ur^ins, quj signala plus {ç pr(^djgie^:( vo| qu*el{ç prenoit par un petit chien sous son bras que par aucune autre faction publique. Personne ne revenoit d'étpnnement d'une familiarité que madame la duchesse de Bourgogne même n'eût osé se donner, tant les bagatelles frappent quand elles sont hors de lopt exenqple. Le roi sur la fin d'un de ces bals caressa le petit épagneul, et ce fut un autre degré d'admiration pour les spectateurs. Depuis cela on ne vit plus guères madame des TJrsins au château de Marly san^ ce petit chien sous le bras, qui devint la dernière marque de faveur et de dis;tinctioû pour elle.
Mardi 24, à Marly. — Le roi se promena tout le matin dans ses jardins ; Faprès-dlnée il ne put se promener que tard à cause de la pluie. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry coururent ]\Xi loup, gu'ils n^eoèrent jusqu'à Montfort, et revinrent fort fatigués de la chasse. Au souper les dames qui dévoient danser étoient en habit de masqqp ; le bal com^lença à ppzp heures, et le roi y demeura jusqu'à minuit et un quart. Le bal dura jusqu'à quatre heures , et Monseigneur y fut jusqu à la fin (1). — Le roi donne 100, OQO francs sur la maison de ville à mademoiselle d'Osmond, qui est chez madame de Maintenon et qui a été longtemps à Saint-Cyr; on la marie à M. d'Havrincourt/gentilhompie du pays d'Artois,
(1) n n y eiit ce jour-là un bal sérieux avant le souper, c'est-à-dire «ïlabils Iranç4)is. Personne n'ignore que les pierreries font beaucoup plus d'eflet &ar i'habît des dames, parce que les parures, qui sont faites exprès |)our Icnr serrir d*ômeinent, sont avantageusement placées. Ce bal étant fini et le roi a7*>t soupe , on en commenta un autre où toutes les personnes qui avoient élé nommés ()Our Marly parurent sous différents habits de masques. La Tariélé, la richesse et la bizarrerie dé plusieurs habits tirent beaucoup de plaisir, chacun ayant pris soin d'inventer des habits qui pussent empêcher qu'on les reconnût. Il y avoit même des personnes d'une même taille qui étoient covrenues de mettre des habits semblables, afin d'embarrasser ceux qui auraient po les reconnoitre à leur taille. Enfin ce divertissement fut des plus complets, et la joie fut parfaite. » (Mercure de février, pages 381 à 383.)
qu| fi 25;, 000 livres de rente ep fonds de terre et à qui il en viendra encore 10,000 après la mortdesamère^ qui est fort vieille. Il aété colonel ^e dragons; il a servi quelque temps en Italie en cette qufilité^ et sa mauvaise santé lui avoit fait quitter le service : il demande avec empressement i y rèi^tyer. Le roi, en faveur de ce mariage, lui flonne le gouvernement çle Hesdii), et il pfiyefa ^5,000 écus aux enfants de Courte|)pnQe^ qui avoit ce gouvernement.
Mercredi 25, à Mqrly. — Le roi, après la messe, tint ^nseil comme à soi^ ordinaire. Monseigneqr, madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le ^uc de Berry, qui avoient été au bfd jusqu'^ quatre heures du matin, ne se levèrent qu'à midi et allèrent ensemble prendre des cendre^ et entendre la messe. L'ftprès-dlnée le roi courut le cerf et puis se prom^ ni^ dans ses jardins. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry jouèrent aux barres dans le jardin avec tou3 les jeunes gens qui sont ici. Monseigneur courut le cerf avec le roi. — Il arriva un courrier que M. de Pontchartçain avoit envoyé en Espagne et qui partit de Madrid le 16; il a apporté des lettres du maréchal de Tessé du 11. Il écrit de devant (Gibraltar; il mande qu'on panque de plusieurs choses à ce siège; on y a très-peu de poudre; cependant il parolt être d'avis de le continuer. On avoit attaqué et pris le pâté qui est sur la hauteur, mais on n'a pas pu s'y établir. Ces nouvelles ici ne sont pas si bonnes que celles qu'on avoit reçues par le dernier courrier^ et l'on commence à être fort inquiet sur Tévénement de ce siège.
Jeudi 26, à Marly. — Le roi, après la messe, alla courre le cerf avec les chiens de M. du Maine et en revint avant la fin de la chasse; Monseigneur y demeura jusqu'à la fin. Le roi se promena toute Taprès-dlnée dans ses jardins , et le soir il donna une longue audience au maréchal de Villeroy che^ madame de Maintenon. — Le roi reviendra ic^ de mercredi en huit jours, qui sera le
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11 mars; il fera la revue de ses gardes du corps le 12 et le 13, et il les fera partir le li- pour marcher en Flandre ; ce que Ton avoit dit qu'ils dévoient aller dans Tarmée de la Moselle en partant de leurs quartiers ne s'est pas trouvé vrai ; le régiment des 'gardes ira aussi en Flandre.
— M. le duc d'Orléans a augmenté de 4,000 francs la pension de M. de Saint-Pierre; il lui donnoit déjà 6,000 francs, si bien qu'il en a 10,000 présentement, et sa femme, outre cela, en a 3,000 de madame la duchesse d'Orléans.
— M. de Montgon est reparti pour retourner trouver M. de Vendôme. — Madame la duchesse de Lorraine est accouchée d'une fille.
Vendredi 27, à Marly. — Le roi, après la messe, monta en calèche et alla courre le daim dans son parc avec les chiens de M. le comte de Toulouse; Monseigneur et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasse. Depuis le carême, il n'y a point eu de musique les soirs. — M. le duc de la Feuillade marche à Nice et à Villefranche avec dixhuit bataillons et quatre régiments de dragons, et a détaché H. deGévaudan avec huit autres bataillons pour aller s'emparer de Pignerol, qui est tout ouvert. — M. de Jouy, major du régiment d'Orléans de cavalerie, achète ce régiment de M. de Silly, maréchal de camp de la dernière promotion ; il en donne 50,000 francs, et M. le duc d'0^ léans Taide dans ce marché-là, car il en payequelqne chose pour lui. — Le chevalier de la Vallière, sous-lieutenant dans la gendarmerie, a permission de vendre, et comme il ne veut pas quitter le service, le roi trouve bon qu'il serve de mestre de camp réformé à la suite du régiment du commissaire général, qui est le régiment de son frère ; et madame la princesse de Confcy lui . donne quelque argent pour remettre sa brigade, afin qu'il la puisse mieux vendre.
Samedi 28 , à Versailles, — IjC roi courut le cerf le matin dans son parc à Marly ; Monseigneur et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasse. Le roi se pro-
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mena toute l'après-dluée dans ses jardins à Harly et revint ici à six heures. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme^ qui mande au roi que les pluies et le vilain temps ont retardé de quelques jours Texécution de son dessein. 11 espère quele28y qui est aujourd'hui, il pourra faire Tattaque qu'il avoit résolu de faire dès le 18 ; il a fait venir dans son camp toutes les compagnies de grenadiers qui étoient avec M. le grand prieur et celles qu'a voit M. de Vaubecourt^ qu'il avoit laissé commander dans Verceil. 11 y avoit encore quelques pièces de canon qui étoient demeurées à une lieue du camp. M. de Vendôme a eu des lettres de Brescia qui assurent que M. de Lautrec, fils de M. le marquis d'Ambres, est hors de danger. — M. le maréchal de Marsin a salué le roi à son retour de Harly ; il commandera Tarmée que nous aurons sur le Rhin, et sa santé est entièrement rétablie. — M. le duc d'Orléans a donné à H. le marquis de Sassenage, premier gentilhomme de sa chambre, 4i',000 francs de pension.
Dimanche 1" mars, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dlnée. — Il n'y aura point de sermon cette semaine, parce que le P. Gaillard, qui prêche, a vu mademoiselle de Bouillon durant sa maladie. Elle a été en grand danger et étoit couverte de petite vérole ; on la croit hors d'affaire présentement. Monseigneur, après le conseil, alla à Meudon, où il demeurera quelques jours. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent à vêpres et au salut — Le roi a fait milord Clare maréchal de camp : il s'étoit fort distingué à la bataille d'Hochstett; et a fait brigadier Saint-Pierre, lieutenant-colonel du régiment que le prince de Robecque a vendu cet hiver à H. de Saint-Vallier. — Seignier, maréchal de camp, qui est prisonnier et que les ennemis ont laissé venir sur sa parole, avoit une pension de 600 francs ; le roi l'a augmentée de 1 ,4-00 francs, si bien qu'il en a 2,000 présentement. — Tous les officiers généraux
8*0 JOURNAL DE DAlfIGEAU.
qui doivëHl; âetVir bette anhëë sont libiùliiés ; 11 y àiilfïi dix-netlf où vihgt lieutehànts géi^éraiik eh Flandre, douze dans Tarméë de la Moselle et hiiit sul* le RHin ; od ne parle point de ceuk d'Italie et d'Espagne^ parce qtt'iM y sont déjà.
Lundi % ft Versùille$. — Le rbi se proiUënà Taprèsdinée dahs ises jardins ; madame la dtichesse de Boti^ gogne le vint jbinoJ'e durant ^promenade. Monseigneur, qui est â Meudon , voiiloit courre des Idups qtii étoient entrés dans le jJarc de Boulogne, màié bii ne les y trou\^ plus. — M. le marquis de Bedmar salua le irol aii retour de sa prbtnenade ; le roi le fit entrer daiis son cabinet et Ife reçut fort gracieusement. Il revient de Flandre, et s'cii Va vice-roi feti Siôilë. Il y a déjà quelque temps qu'u portis le cordon bleu, ses preuves ayant été àdlnises, el le roi lui fera Thonneur de le recevoir dimanche à niie petite messe. Il y a des isxemple^ de cela; le inarquis de Bélhûnfe, qui fut reçu en 1675; le fUt de cette façbn-là. - L'abbé de [Magny, grand doyen de Saint-Martin à Toul^ et nommé à Tévéchë d'Oléron, est mort à tddbs; il avoii eu permission dil pape de garder durant cinq ans son doyenné quoiqu'il dethande résidence. ' — MM. d'Ussôn, de Varenties> les deutGramont, l'ainé DùRozel, Phélypeaux, le Komte dfe Mahdérscheid, le duc d'ttumiêres, le comte de Nogent , le marquis de Thianges, lé duc de Luxembourg et quelques auttes lieutenants généraux ne sont nommés pour aucune atméë ; Thianges eM ihalade , et le duc de Luxembourg avoit demandé à aller commander en Normandie, qui est son goilvernëtnënt.
Mardi 3, à Versailles. — Le roi alla §e promener l'après-dlnée àMarly, où il veut faire faire encore quelques nouveaux logements. Madame la duchesse de Bourgogne, monseigneur le diic de Berry et madame la prihcesse de tonty allèrent dliier ft Meudon avec Monseigneur, qui les mena à Paris à l'obéra. Monseigneur, après l'opéra, retourna à Meudon , et ils revinrent ici au souper du roi.