‹ Journal du marquis de Dageneau (volume 2)Chapitre 25 sur 25 · S£PT£MME · texte numérisé non relu

S£PT£MME

moment de nos vaiwwux contiuae à Toulon. — I^ roi donne au eomte de Horn , lieutenant général qui fut pri& an Flandre à Feutrée de nos lignes, 1,000 francs par mois pendant qu'il sera prisonnier ; il a outre cela une ancienne pension de 2>000 écus. ^

* Ce prÛMsede Dmrmstadt est le même que la eour impériale envoya à Madrid 9ur la fln du règne de Chariea II, avec ordre de le mettre asaez bien avec la reine pour qu^elle eût un enfant II fut admis à tout. Le roi d^pagne le fît grand d'Espagne à vie, pour s'en pouvoir servir dans les premiers emplois. On prétend qu'il les eut aussi auprès de la reine, qui étoit palatine et gouvernée par les intérêts de Tempereur Léopold, son beau«frère, et que ee ne ftit la faute de personne si Gharles II mourut sans héritîen. Il fut fiût grand, parce que nul prinee étranger n'y a le moindre rang ; ainsi , pour leur en donner quand on s'en veut servir et les garder , on les fait grands à vie.

Samedi SO, à Fontainebleau. — Le roi travailla après la masse avec M. de Pontchartrain , et alla courre le cerf raprèfr<linée avec les chiens de M. le comte de Toulouse; ipadame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche. Il partit d'ici à une heure et demie et n'arriva qu'à sept heures. Monseigneur courut le loup dès le matin dans Champagne, revint de bonne heure de la chasse, soupa chez madame la princesse de Conty et alla à la comédie. Le roi quitta hier le deuil en violet qu'il portoit pour la mort de Fempereur, et le prit en noir pour la mort {du prince Joseph de Lorraine. ^-* On croyoit Tafiaire de M. dç Surville avec H. de la Barre finie ; mais M. de la Barre s' étant plaint d^avoir été touché, on a cru qu'il falloît une plus grande punition à M. de SurviUe, et on Ta envoyé à Arras , lui donnant la ville pour prison jusqu'à la fin de la campagne, après laquelle le roi veut bien se donner la peine de prendre lui-même connoissance de ce procédé, en faire faire justice à Toffensé et empêcher que cette affaire puisse jamais avoir aucune suite. Il n^y a guère d'exemple de roi qui ait voulu se donner la peine de faire de pareils accommodements.

Dimanche 27, à Fontainebleau, — Le roi sortit à midi

482 JOURNAL DE DANGKAIJ.

du conseil^ dtna bientôt après et puis alla tirer. Monseigneur se promena en carrosse dans la forât. Madame la duchesse de Bourgogne dîna chez madame la duchesse du Lude, alla se promener sur les terrasses du Tibre à cinq heures^ et puis entendit le salut avec monseigneor le duc de Bourgogne. Le roi^ après sa chasse , travailla chez madame de Maintenon avec M. de Chainillart, comme il fait tous les dimanches. — Un courrier de M. le comte de Toulouse^ parti de Marseille du 22^ assure que ce prince devoit partir deux jours après pour venir ici ; il y a un postscript dans une lettre du maréchal de Ck>euvres de même date qui marque quMl vient d^arriver dans le port deux barques venant des côtes de Catalogne , doni les patrons assurent que les troupes qui avoient débarqué devant Barcelone se rembarquoient^etles lettres de Perpignan du 18 portent que Tarchiduc avoit fait arrêter le général anglois qui vouloit faire rembarquer les troupes , sur le peu d'espérance qu'il y avoit de réussir au siège. Il n'y a nulle certitude de tous ces avi&-là. — Le prince de Bade^ qui est fort supérieur à M. de Villars, attaque Drusenheim ; celui qui y commande^ qui est un officier d'infanterie, se défend très-bien et leur a tué assez de monde.

Lundi 28, à Fontainebleau. — Le roi travailla le matin avec M. Pelletier, et courut le cerf Taprès-dlnée ; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa calèche ; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. Le soir il y eut comédie; madame la duchesse de Bourgogne n'y alla points parce qu'elle fit un retour de chasse chez madame de Maintenon avec monseigneur le duc de Berry; ils parurent seulement dans la tribune sur la fin de la pièce. Le roi travailla le soir avec M. de Chamillart. — Il arriva l'après-dlnée un courrier de M. de Villars, qui mande que Drusenheim se rendit le 2b ; celui qui y comniandoit^ qui est un capitaine de grenadiers du régiment Dauphin^ nommé , a tenu sept

SEPTEMBRE i7M. 4S8

jours avec deux cents hommes ^ et on ne croyoit pas qu'il pût se défendre deux jours. Il est encore arrivé quatre mille hommes de troupes de Saxe au prince de Bade. — Il arriva le soir un courrier du maréchal de Tessé^ qui est à Gacerès avec douze bataillons françois. L'infanterie espagnole est mal recrutée ; mais il y a cinquante beaux escadrons. Les ennemis sont sous Elvas et n'entreprennent rien ; il paroit qu'ils ne sont pas bien d'accord entre eux.

Mardi 29, à Fontainebleau. — Le roi ^ après le conseil de finance^ travailla encore avec M. de Ghamillart; il alla tirer l'aprè^-dlnée , et au retour de la chassé donna une assez longue audience à M., de Vauban dans son cabinet; ce maréchal s'étoit offert^ dès le jour que le roi arriva ici et qu'il fut question du siège de Turin y de s'y en aller^ et^ après avoir donné sesconseils^ de se retirer à deux lieues de l'armée, ne demandant point à commander au siège en cas qu'on le fit, et croyant y pouvoir être utile pour le service. — Les mécontents de Hongrie sont venus jusqu'au pont devienne, et l'empereur, qui de voit aller à la chasse ce jour-là, n'osa sortir de la ville ; leurs troupes grossissent tous les jours. — M. de Senneterre prit congé du roi pour retourner à l'armée de M. de Vendôme ; c'est lui qui avoit apporté la nouvelle du combat de Cassano; le roi lui a fait donner 8,000 francs pour son voyage. — Par la mort de M. de Boumon ville * , il y a une sous-lieutenance vacante dans les gendarmes du roi ; le prince Maximilien (1), qui étoit premier enseigne, monte à cette sous-lieutenance; Arbouville, qui étoit premier guidon^ montera à la dernière enseigne ; il y aura un guidon vacant, qu'on croit que le roi donnera à vendre aux enfants de M. de Bournonville , mais il n'y a rien encore de déclaré là-dessus.

(t) De Rohan.

4i4 JOURMAL DE DANOEAU.

* Ce priiMM de Bournonville étoit fils et petît-fllft de gans «luî avMit figuré p^r la maison d'Autriche ; lui et la maréchale de NoaillesétoieDt enfants des deux frères et fort en liaison ; ses biens de Flandre ravoient attaché à la France , y ayant son oncle et ayant perdu son père fort jeane. Il avoit épousé une soeur, du second IH, du duc de Ghevreose. H avojt de Tesprit^de Thonneur et de la valeur, mais tout cela étsii tourné en petit et à gauebe ; ausei ne fit-il aucune fortune. Il n'avoit aucuQ rang ni honneurs, et n'étoit point grand d'Espagne. Il laisu un fils et deux filles, et leur mère étoit déjà morte. La fille atoéetiit nourrie par la maréchale de Noailles , qui la maria au duc de Duras; la seconde , fort différente de sa sœur en figure , en monde et en bioii, épousa Tatné de la maison de Mailly, homme fort obscur, et le tti la seconde fille du duc de Guicbe, depuis maréchal de GramonU fi étoit déjà attaqué d'une maladie bizarre de nerfs , qui lui fit longtemps courir toutes les eaux du royaume , qui le rendit paralytique et qui le tua à la fin sans avoir jamais été le mari de sa femme, qui, aussitôt après sa mort , se remaria au duc de Ruff^, fils aîné du duo de Saint-Simoo,

Mercredi 30 , à Fontainebleau* — Le roi courut le cerf l'aprèsHllaée avec les chiens de M. le duc du Maine; Monseigpeur et messeigneurs ses eofants étoient à la chasse; madaoïe la duchesse de Bourgogne étoit avec le roi dans sa calèche. Madame suit toujours le roi dans une calèche séparée , et le capitaine des gardes en qua^ tier suit, dans sa calèche , la calèche de Madame. Les capitaines des gardes du corps, n'ayant pas tous une trop bonne santé , ont pris Thabitude de n^aller à ces chasseslà qu'en calèche , et ils croient même (ju*ils dévoient suivre immédiatement la calèche du roi; mais le roi a réglé; il y a déjà quelque temps, que la calèche de Madame seroit entre la sienne et la leur. Sur le midi , avant que le roi sortit du conseil, M. le comte de Toulouse arriva. Le roi le fit entrer, fit finir le conseil et fut quelque temps enfermé dans son cabinet avec lui. On a appris par loi que d'Usson * étoit mort à Marseille ; il étoit lieutenant général ; il commandoit da^s le comté de Nice et à VUleîranche; il avoit 18,000 francs pour cet emploi. Il avoit le cordon rouge et une pension du roi ; il étoit frère cadet de Bonrepaux.

*€« dTJuDn avoil une figure de S«iicUo Paoça , banucoup d'MpHtet de Taleur, ^yoit de bonnes parties de guerre » que ses ganteries gfttoiei^t quelquefois; mais, atout prendre, il avoit souvent très-utilemeii^ seryi , el ce flit une perte.

Jeudi 1" ort0br$, à FantainébUau^ «-^ ,Le roi dloa de bonne heure et alla couppe le cerf; madame la ducheeae de Bourgogne étoit avec lai dans sa calèche. Il revint fort tard de la ehaaseï parce qu'il courut deux cerfs. Le roi d^ Angleterre arriva ici en chaise de poste sur les six heures; il a laissé la reine sa mère en meilleure santé. La prinoessCi pour Tamour de qui elle venoit ici^ Ta tant priée dé n'y point venir dans la crainte que le voyage n'augmentât 9on mal , qu'elle s'est rendue à ses prières ; la princesse d'Angleterre a fait cela le plus joliment du monde , car elle a préféré la santé de la reine à touia l'envie qu'elle avpit de venir ici. — * Les ennemis en Flandre étoient campés le 29 à Herentals ; leurs déser* . teurs disent qu'ils doivent aller camper le lendemain à Tornhout et 1& se séparer pour se mettre en quartier. Marlborougb se plaint de trois généraux hoilandois, Sa^» lis , Tilly et Flangembourg , et eux se plaignent fort de lui aussi. *^ Toutes les lettres que les particuliers reçoisvent de Roussillon et de Catalogne nous donnent de l'in* quiétude «ur Barcelone « et l'on commence 1 dire que les ennemis ont pris le Mont^Jouy. — M. d'Odyk, que nous avons vu ici ambassadeur de HoUandCi est mort ; il étoft frère de M, d'Owerkerke et avoit eu grand crédit dans son pays du temps du roi Guillaume.

Ymdre4i 9> à FontmMbhau, ^«* Le mi alla tirer Taprèft-dlnée et mena avec lui le roi d'Angleterre. Monsei«gneur alla courre le loup dès le matin; monseigneur le duc de Berry étoit à la chasse avec lui* Le roi d'Angle^ terre soupera tous les soirs avec le roi et la famille royale ; il dînera avec madame la duchesse de Bour-» gogne^ ainsi il n'y aura point de changement pour le dîner du roi. Il mangera à son petit couvert comme A

4Se JOURNAL DE DAK6EAU.

Tordinaire ; mais comme le roi d^Ângleterre mange de la viande les jours maigres^ il a dîné aujourd'hui dans son appartement. Le soir il y eut comédie; il y avoit six fauteuils sur la même ligne, remplis par le roi d'Angleterre y Monseigneur, monseigneur le duc de Bourgogne ^ madame la duchesse de Bourgogne , moDseigneur le duc de Berry et Madame. — M. de Ghamillart vint au lever du roi ; il fut quelque temps avec lui dans son cabinet, et le roi nous dit, en revenant de la messe, quek garnison qui étoit dans MonIrJouy , manquant de toutes choses depuis que les ennemis avoient pris les ouvra^ qui étoient entre ]a ville et ce château, étoit sortie Tépée à la main et s'étoit ouvert un passage pour rentrer dans Barcelone ; ils n'ont perdu à cela que dix à douze hommes; mais les ennemis sont maîtres du Moni-louy, d'où ils in- . commoderont fort la ville. — H. deChamillart vintle soir chez madame de Maintenon, et M. de Torcy y vint deux fois.

Samedi 3, à FarUàind^leau. — Le roi entend la messe à son ordinaire après son lever, et le roi d'Angleterre y va avec lui. Les autres voyages, où la reine d'Angleterre étoit ici, le roi n'entendoit la messe qu'après le conseil pour y aller aveceUe. L'après-dlnée les deux rois allèrent courre le cerf avec les chiens de M. le Duc. Le roi d'Angleterre revint après le premier cerf pris, parce qu'on ne veut pas qu'il coure si longtemps jusqu'à ce que sa santé soit tout à fait raffermie. Le roi courut un second cerf; madame la duchesse de Bourgogne étoit en calèche avec lui. U roi d'Angleterre va le soir chez madame de Maintenon, où il demeure à jouer avec madame la duchesse de Bourgogne jusqu'au souper. — Virîville, qui avoit été longtemps capitaine-lieutenant dans la gendarmerie el qui avoit quitté le service par sa mauvaise santé , est mort; il avoit le petit gouvernement de Montélimart, que le n» adonné à son fils, qui est fort jeune. Viriville étoit beaufrère du maréchal de Tallard. — M. le marquis d'Al^

à qui le roi donna le régiment des Cravates à vendre après la mork de son fils ^ en a traité avec le marquis de Curtbn , mestre de camp du régiment d'Anjou ; il lui donne 10^000 écus et lui laisse le régiment d'Anjou à vendre.

Difnanehe k^ à Fontainebleau. — Le roi alla tirer Taprès^née et travailla le soir avec M. de Chamillart à son ordinaire. Le roi d'Angleterre dîna chez madame la duchesse de Bourgogne avec monseigneur le duc de Bourgogne et quelques-unes des dames du palais ; il y avoit trois fauteuils et celui du roi d'Angleterre au milieu. L'après-dlnée ils allèrent à vêpres et puis allèrent se promener autour du canal dans le carrosse de madame la duchesse de Bourgogne et revinrent au salut ; madame la duchesse de Bourgogne descende avec le roi d'Angleterre à la chapelle. — On continue le siège de Turin; il est arrivé un courrier de M. de la Feuillade, qui croit qu'en l'attaquant par la citadelle il ne sera point nécessaire de faire la circonvallation de l'autre côté du Pô; il croit même que nos batteries verront les bastions au-dessous du cordon^ ce qu'on n'avoit pas cru d'abord. Il arriva des troupes à H. de la Feuillade ; la maladie qui étoit dans son infanterie est fort diminuée; il lui revient beaucoup de soldats convalescents. — On eut des nouvelles de Madrid par l'ordinaire ; l'affaire des grands sur la place que le roi d'Espagne donne à son capitaine des gardes du corps parolt en train de s'accommoder. — Le roi a donné b^OOO francs de pension au chevalier de Croissy, qui n'est point échangé et qui s'en retourne en Angleterre.

Lundi &y à Fontainebleau, — Le roi dina de bonne heure et alla courre le cerf. Madame la duchesse de Bourgogne étoit en calèche avec lui; le roi d'Angleterre^ Monseigneur et messeigneurs ses enfants étôient à la chasse. Le roi quitta le deuîl qu'il avoit pris il y a quelque jours pour la mort du prince Joseph de Lorraine. — ^ Il arrivaun courrier de

4» JOURNAL DK DAIIG£AU.

Mi de Vendôme. Ce pnnce écrit très^-fortement an roi pour lui représenter de quelle importance il cet de (am le ûége de Turin présentement ; il assure qu'il n'y a rien A craindre du côté de M. le prince Eugène^ qu'il y a même moins de difficultés au siège de Turin qu'on ne le crat; qiie^ si l'on lie fait point ce siége^ preëque toutee les eonquêtes qu'on a taites sur M. de Savoie deviennent inutilei. La lettre de H. de Vendôme a iait plaisir ici, parce que le roi est bien aise de le pouvoir faire. — On mande de 1 armée d'Alsace que le prince de Bade fait le siège de Hi* guenau^ quoique la maladie soit grande dans son infaaterie ; la mortalité continue parmi notre cavalerie en oe pay^lài elle sera bientôt en aussi mauvais état que Taih née passée.

Mardi 6^ à Fontainebiiou. — Le roi alla tirer l'aprè^dlDéi et travailla le soir avec H. le comte de Toulouse et H. de Pontcbartratn» Le roi d'Angleterre alla dès le matin à U chasse du loup avec messeigneurs les ducs de Bourgogne et deBerryi Madame la duchesse de Bourgogne dlnacbei madame de Maillyj et après dîner elle alla chez la maréchal de Bochefort jouer au lansquenet avec madanie la duchesse d'Orléans j on y fit entrer la comtesse Gentils, femme de l'envoyé de Gènes, quoiqu'elle n'ait pas encore fait la révérence au roi. -^ Mi de Marignane , maréchal des logis de M. de la Feuillade, arriva ; il fut longtemps chea M. de Chamillart,qui garde la chambre depuis deux jours qu'il a un torticolis qui l'a obligé à se faire saigner et purger. Marignane n'a point vu le roi et repartira demain« M. de la FçuiUadel'avoit envoyé à M. de Vendôme devant que de l'envoyer ici; on ne doute pas que N. de YendOma ne persiste dans son avis et que ce ne soit celui de M» de la Feuillade. On sait même que M. de Vendôme offre d'envoyer de ses troupes, si on n'en a pas asseï pour faire le siège de Turin. *^ Le roi a donné le cordon rouge de la marine qu'avoit de Relingue à M. de Coêtlogon, lieutenant général. La huitième partie des grands-

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croix, des oommandaries et àeû pensions de Tordre de Saint-Louis sont afféotées aux officiers dd la mâtine^ et elles ne passent jamais d^un officier de mer à un officier de terre, ni d'un officier de terre à un de mer. Le roi a fait lieutenant général de la marine Harteloire, et il y avoit deux chefs d'escadre plus anciens que lui. La place de lieutenant général n'avoit pas été remplie depuis la mort de M. de Relingue. Le roi a fait trois chefs d'escadrci qui sont MM« d'Aligre, du Quesne (1) et le comte de ViUars, frère du maréchal. S. M. a aussi donné à des officiers de marine deux pensions de 500 écus et quatre pensions de 1 jOOO francs, et [Drouard] a été fait capitaine [de vaisseau] . Mercredi 7, à Fontainebleau, — Le roi prit médecine et tint conseil Faprès-dinée. M. deCbamillartn étoit point au conseil) parce qu'il est encore incommodé. Le roi d'Angleterre dîna chess madame la duchesse de Bourgogne et alla le soir à la comédie. Madame la duchesse de Bour^ gogne alla jouer l'après-dinée chea madame la duchesse

(t) « M. du Ovesne-OoiliHi a aoagi été nommé ehal d'eioftdre. Il étoit lieutenant de vaisseau dès 1669, et ne fut fait capitaine qu'après la mort de M. du Qtiesne, lieutenant général , son oncle, arrivée en 1688. La confiance qu'il avoit en son neveu, qu'il obtenoit toujours i)Our lieutenant sur éba bord danatoolM les campagnes, rempèohoit de travaillera son avanoement. Le roi lui donna, en iaS9y le commandement d'une escadre de six vaisseaux de 54 à 72 canons pour aller aux Indes orientales. Il s'acquit beaucoup de gloire dans cette expédition, ftnrtoot devant Pondichéry, sur là eOte de Goromandei , où il 4»mi)tttK ua« «tndre dé cHx ou douie vaîsaeèux de guerre boUaodois. U leur prit au cap de Comorin une flûte qui alloit à Batavia, richement chargée, et ramena à Brest, Tannée suivante , son escadre en très-bon état, avec les vaisseaux de la t^mpagnie. Peu son père , frère du lientenant général^ étoH capitaine de taiascwi du roi, et avoit épousé la fiUe de M. Guiton, qui eut l'Iionneur, comme maire de la Rochelle , d'en présenter les clefs au feu roi Louis Xlll lorsque Sa Msgesté la soumit à son obéissance. Ainsi c'est par le cOté de sa mère , et pour le distinguer de ceux de son nom, qu'on le surnomme dn Oiceâiie-GKi^on , eoinme oi surnomme du Quesne-Mosniêrt k cause de sa mère, son oousin germain , que le roi vient de gratifier de l'augmentation -de ses appointements jusqu'à 200 livres par mois etqui est fils d'un capitaine de vaisseau, cadet des trois frères qu'avoît féu M. du Qnesne, lieutenant gértéml $ qui tooa trois onl «M cipifalaeséB «■feueto. » (ifercuré d'oetobre» passa 247 à 161. )

440 JOl]RMAL DE DANGEAU.

d'Orléans^ où il y a un jeu de lansquenet établi. Monseigneur le duc de Berry courut le cerf avec les chiens de M, le comte de Toulouse. — Toutes les nouvelles d'Allemagne portent que le comte de Rabutin a été obligé d'abandonner la Transylvanie avec deux ou trois mille hommes qui lui restoient, que le prince Ragotski est entièrement maître de tout le pays^ et qu'un autre corps de mécontents a coupé le général Herbeville et lui ôte tont commerce avec Vienne. L'empereur, pressé, a envoyé nn courrier au prince de Bade pour lui ordonner de faire on gros détachement de son armée et d'envoyer incessamment vingt mille hommes en Hongrie. — L'ordinedre de Madrid arriva, et on apprit qu'il y avoit quelques grands qui avoient assisté à la chapelle et que le roi d'Espape a donné au connétable de Castille la charge de majordome major, vacante par la mort du marquis de Villa-Franca. Le roi avoit fait des recommandations assez fortes au roi d'Espagne pour qu'il donnât cet emploi au duc d'Âlbe, dont on est fort content ici.

Jeudi 8/ à Fontainebleau. — Le roi passa asses mal la nuit; la médecine qu'il avoit prise hier le tourmenta jusqu'à huit heures du matin. Il entendit la messe dans son lit et s'endormit ensuite jusqu'à midi. Il se leva pour diner et passa ensuite chez madame de Maintenons et y travailla avec M. de Chamillart, qui se porte mieux. Le roi d'Angleterre, monseigneur et messeigneurs ses enfants allèrent courre le cerf, et le soir le roi d'Angleterre, messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent souper chez M. de la Rochefoucauld. — Le prince d'Hanovre, qu'on appelle le prince électoral, a épousé la princesse d'Anspach, sœur des deux princes que nous avons vus ici et dont l'ainé fut tué dans le haut Palatinat il y a deux ans. — Le roi a donné commission de mestre de camp réformé à M. de Bonnac, son envoyé en Suède; il en aura les appointements comme s'il servoit à l'armée, et on lui donne le rang d'ancienneté, du jour qu'il fut fût

colonel dans les troupes de Wolfenbuttel^ dans le temps que M. d'IIssonétoit en ce pays-là. -^--Les grands d'Espagne qui se sont trouvés à là chapelle sont le marquis de Castel-Rodrigo , le duc d^Ossone^ le comte d'Aguilar père^ qu'on nomme le marquis de Frigillana, le duc d^Havré 'le duc de SainIrPierre et le marquis de Castromonte. Le connétable de CastiUe^ en acceptant la charge de majordomo major, consent que tous les soirs les clefs des portes du palais seroient portées au capitaine des gardes du corps, au lieu qu'auparavant on les portoit au majordomo major.

Vendredi 9, à Fontainebleau. — Le roi passa fort bien la nuit; il a repris son train dévie ordinaire et a été cette après-dinée tirer. Le roi d'Angleterre, Monseigneur et messeigneurs ses enfants ont couru le loup ce matin el ont été le soir à la comédie. Madame la. duchesse de BourgoguBj depuis quelques jours, fait entrer la duchesse d'Albe les soirs chez madame de Maintenon pour jouer avec eUe. — On a eu la confirmation, par plusieurs endroits, que le comte de Rabutin avoit abandonné la Transylvanie ; on ajoute même qu'il s'est retiré en Pologne avec le peu de troupes qui lui restoient. On mande aussi que l'empereur craint fort que les mécontents n'aillent à Lintz, ce qui les approcheroit fort de la Bavière, où les esprits sont fort aigris à cause des violences que Tempereur y exerce. — M. de Villars a détaché M. de Streiff , maréchal de camp , avec environ quinze cents chevaux, pour aller du côté de Fribourg ; il a passé le Rhin à Kehl; on croit qu'il étabUra quelques contributions au delà du Rhin. Le siège de Haguenau continue; Péry^ maréchal de camp qui commande dans la place, se défend trèsbien; mais comme la place n'est pas bonne, on ne croit pas qu'elle puisse. durer longtemps. Le prince de Bade a détaché quatre régiments de cavalerie qu'il envoie en Hongrie ; l'empereur le presse pour lui envoyer un plus grand renfort.

442 JOURNAL DE DilNGEAU.

Samedi 10» à Fbnfain^Uau. — - Le roi courut le oerf Tapràs-dinée avec les chiens de M. le duc du Haine; ce fut madame la duchesse du Maine qui ordonna la chasse, sans que H. du Haine s'enmèlÀt. La chasse fut fort belle, et on prit trois cerfs bout à bout ; madame la dudiese de Bourgogne étoit avec le roi dans sa calèche. Le roi d^ Angleterre avoit couru le sanglier le matin avec monseigneur le duc de Berry^ et ils allèrent rejoindre le roi i la chasse du cerf; Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne y étoient avec le roi. Le soir il y eut comédie. — Le roi fit ces jours passés une réprimande un peu forte à M. de Courtenvaux* dans son cabinet^ où étoieot Monseigneur^ toute la maison royale et les dames de madame la duchesse de Bourgogne; mais cela est raccomfhodé présentement. — Le roi a eu des nouvelles par le Roussillon que la tranchée n'étoit pas ouverte devantBa^ celone la nuit du -29 au 30^ et que quinze cents chevaux des troupes d'Espagne y étoient arrivés sous H. de Salasar, qui est un officier de réputation^ mais fort vieux. U a laissé trois cents chevaux dans le royaume de Valence pour aider lanoblessedu pays à réduire le chÀteau de Denia> dont les rebelles s^ étoient emparés^ et la noblesse de ce royaume-là a promis qu'après cette réduction ils marcheroient tous pour dégager la Catalogne.

* CourtenvauXt fils aîné de Louvois , qui lui avoit fait donner, pus ôter la survivance de sa charge de secrétaire d'État, comme très-incapable, en avoit été consolé par la charge de capitaine des Cent-Siiisses, et avoit épousé la fille aînée du maréchal d'Estrées , sœur du marëdial de Coeuvres. Cétoit un petit homme de mauvaise mine, que personne ne fréquentoiti avec une voix ridicule, et un des sots personnages du monde; colère pourtant, et têtu quand il se capriçoit. Le roi, pliis curieux de rapports et de savoir tout ce qui se passoit qu'on ne le pouvoit croire , quoiqu'on le crût beaucoup , avoit autorisé Bontemps, puis Blouin, comme gouverneurs de Versailles , d^avoir quantité de Suisses , qui , avec la livrée du roi , ne dépendoient que d'eux, oatre eeux des portes du dedans et du dehors, où Us en aToient pu mettre; et ces Suisses étoient instruits à rôder, surtout les soin, lœ matini ^

OCTOBRE IfOëi 448

les nuits, dans les degrés , les galeries et les corridors , les privés et les passages 9 à se tenir dans ceux qui étoient obscurs et peu passants, à s'y cacher, et même dans les cours et dans les jardins quand le temps le pouvoit perknettre. Ils ne disoient mot à personne , mais ils tâchoient d'écouter, ite suivre et d'attendre les gens pour voir combien ils demeu* f oient où ils étoient enttés; les nouveaux étoient dressés parles anciens à connottre leurs lieux et leur monde, et tous les matins ils rendoient compte de leurs rencontres et de leurs découvertes. Ce manège, dont d'autres subalternes ou valets se méloient aussi, 6e faisoit à Versailles , à Mariy, à Fontainebleau , et partout où la cour alloit. Ces Suisses déplâisoient fort à Courtenvaux, perce qu'ils ne le i^oonnoi»soient en rien et qu'ils enlevoient à ses Cent-Suisses des postes, et des récompenses qu'il leur auroitbien vendues, tellement qu'il les tracassoit souvent. Entre la grande pièce des Suisses et la salle des gardes du roi, à Fontainebleau , il y a un passage étroit entre le degré et le logement occupé lors paf madame de Maintenoti , puis une pMoe carrée, où est la porte de ce logement, et qui, en la traversant droit, donne dans li salle des gardes; ce passage, qui a une porte sur le balcon qui envi- . ronne la cour en ovale « et qui communique aux degrés et en beaucoup d'endroits, est un passage public et indispensable de communication de tout te château à qui ne va point par les cours, et par conséquent fort propre a observer les allants et venants s il y oouehoit quelques garda du corps et quelques-uns des Cent-Suisses. Le roi aima mieux cette anné»-ià y faire ooocber de ses Suisses de Blouio \ ^ t Courtenvaux, qui prit cela pour une nouvelle entreprise de leur part, se mit tellement en colère qu'il n'y eut pouille qu'il ne leur dit, avec forces menaces. Les bons Suisses laissèrent aboyer le petit Coutteu- ▼Bux et en firent avertir le roi, qui entra dans une colère si extraordinaire pour lui , fflaië si terrible» qu'elle fit trembler toutes les princesses et leurs dames d'honneur, et tout ce qui se trouva le soir dans le cabinet où il le fit venir. Il fut au moment de perdre sa charge , et sans madame la duchesse de Bourgogne, qui aimoit fort la duchesse de Villeroy , sa sœur, et la maréchale de Coeuvres, sa belle-soeur, et lesNoallles, on ne sait ce qui en seroit arrivé.

Pimanche 11, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer Taprès-dlnée. Le roi d'Angleterre fit ses dévotions le matin, comme il a accoutumé de faire tons les dimanches ; il retourna & la messe à midi et demi avec Monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne, où Ton chanta un fort beau motet du maître delà musique de Saint-Germain de TAuxerrois. Après diner S. M, B. alla & vêpres et au

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salut avec madame la duchesse de Bourgogne. — 11 a^ rivale matin un courrier de M. de la Feuillade; ses lettres sont du 5. M. de Dreux lui ayant porté Tordre pour ne pas faire le siège de Turin, il avoit envoyé un contreordre aux troupes qui le venoient joindre; cependant il étoit toujours persuadé qu'on pouvoît prendre Turin en l'attaquant par la citadelle^ et il étoit forti&é dans son avis parce que c'étoit celui de M. de Vendôme. — Le nonce dupape, qui étoit demeuré auprès de Vienne^ s'en retourne à Rome; le pape parolt fort mécontent de Fempereur et Tempereur fort mécontent du pape. — M. le duc de Mantoue a été considérablement malade; mais par la dernière nouvelle qu'on en a eue il est beaucoup mieux.

• Lundi 12, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf après diner; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche. Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. Le roi d'Angleterre n'y alla point, parce qu'il se reposa tout le jour pour partir demain à la pointe du jour et aller dîner à SaintrGermain. Le soir il y eut comédie. — Il arriva un courrier de M. de la Feuillade, et le bruit se répandit qu'on ne songeoit plus présentement à faire le siège de Turin. — Il arriva un courrier de M. de Villars, qui mande que Péry, après s'être défendu huit jours dans Haguenau , qui est une très-mauvaise place , il avoit fait battre la chamade, et que le comte de Thungen, qui commandoit à ce siège, n'ayant voulu lui donner d'autre capitulation que de le faire prisonnier de guerre avec sa garnison, on avoit fait tirer de part et d'autre, et qu'à l'entrée de la nnit Péry étoit sorti avec la plus grande partie de sa garnison • par la porte de Saverne, et avoit laissé Harlin, colonel d'infanterie, avec cinq cents hommes, pour continuer de tirer, avec'ordre, quand il auroit amusé les assiégeants encore quelques heures, de le venir rejoindre avec ses troupes dans un endroit qu'il lui avoit marqué ; ce que

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Harlin a exécuté si bien et si heureusement qu'après avoir rejoint Péry ils sont arrivés à Saveme avec quinze cents hommes^ dont étoit composée la garnison.

Mardi 13, à Fa^taitubleau, — Le roi se promena Ta* prè&<linée à l'entour du canal ; madame la duchesse de Bourgogne, qui avoit été à la chasse du loup avec Monseigneur, revint d'assez bonne heure pour se promener avec le roi. Le roi d^^ngieterre partit d'ici à six heures du matin pour retourner à Saint-Germain en chaise de poste, comme il étoit venu. — ^Parles nouvelles qu'on a de Catalogne, on apprend que les révoltés se sont saisis de Lérida et de tortose, où il n'y avoit quasi point de garnison. Les peuples d'Aragon, qui sont demeurés fort fidèles au roi d'Espagne, lèvent des troupes àleurs dépens ; la seule ville de Saragosse lève deux régiments, et en un seul jour quatre cents hommes se sont venus enrôler. Les peuples de Navarre ne sont pas moins fidèles et lèvent des troupes aussi à leurs dépens. On mande de Madrid qu'olQ en a fait partir le prince de Tzerclaes pour aller rassembler toutes ces milices-là ; on lui donne encore trois bataillons de troupes réglées, avec quoi on espère qu'il apportera de grands changements aux affaires de Catalogne. — Quelques vaisseaux marchands qui revenoient richement chargés de la mer du Sud et qui étoient escortés par des vaisseaux du roi, dont l'un étoit commandé par Palière, ont encore pris dans leur route des vaisseaux marchands ennemis^ dont la charge est estimée deux millions, et un vaisseau de guerre qu'a pris Palière, qui est de soixante canons , et tout cela est arrivé à Redondello, qui est un petit port auprès de Vigo en Galice.

Mercredi ih, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer Taprès-dlnée. Le soir il y eut comédie. Le roi travailla chez madame de Mainlenon avec M. de Chamillart, dont la fluxion n'est pas encore finie; mais cela ne Tempèche pas de travailler tout le jour. — Les ennemis en Flandre sont toujoui*s campés entre Herentals et Grobendonck; ils

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ont nmaisé des fbuimijfeB pour quinse jours. Il« disent ton» jours qu'avant la fin de la campagne ils feront un déti» ment pour ftiire le siège de Santyliet^ et il paraît qae

M. deVilleroy veut s*y opposer Il arriva un courrier

du roaréehal de Tessé, qui mande que les Portugais ont assiégé Badajoz ; le siège en étoit formé le 8 ; il y a une asseE bonne garnison dans la plaoe^ et ce maréchal a mandé au gouverneur que^ s'il pouvoit tenir jusqu'au 18 ou au 80 de ce mdis^ il le secoùrroit sûrement ; il songe à assembler des troupes pour cela. — Le président Rossignol mourut ces jours passés à Paris ; c'étoit le plus habile déchiffreur de l'Europe; il avoit de grosses pensions du roi pour cela» et le roi en laisse 6,000 francs & sa fa* mille (1). — Le maréchal de Coeuvres, qui étoit en chemin pour venir ici, recut^ il y a quelques jours, un oontre*o^ dre pour retournera Toulon, oùil va fiiire armer quelqaes vaisseaux dont six escorteront les galions qu'on vent faire partir de Cadix à la fin de Tannée.

Jeudi 15, â Fontmfiêblêau. — Le roi courut le cerf IV près-dlnée et ne revint de la chasse qu'à sept heures; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa

(1) «MessireCharlefi-Boaaveatare Rossignol, chevaHêr, seignear haat justidtr de Javity, conseiller da roi en ses conseils et honoraire saparienient » préJiieit en \a cluuiibre des GompU» , mourut le 2 du mois demiert é^ft de ctoquentosix ans. Il étoit fils de messlre Aqtoiae Rossignol, maître des comptes et ounsdller d'État, qui mourut au mois de décembre IC82, et qui e'étoit rendu li veeommandable par son mérite et par tes tervioee, et par le aocreC li tÊlSmi qu'iUvoit trouvé pour déchiffrer toutes sortes de lettres et pour en écrire aiec de certains chiffres dont lui seul pouvoit donner la clef, sous le ministère do cardinal de Richelieu, dont il avoit acquis l'estime et la confiance, n les mêmes services sous le règne préeent juaqa'à sa mort, et le nri l«i toujours des marques d'une distinction singulière. L'on doit mettre eo ce rang le glorieux avantage qu*il eut de recevoir, dans sa belle maison de Juvizy, Sa Majesté, qnl vouhit bien Taller voir. M. Perrault Ta mis au nombre des bomm« illustres dont il a donné an public les éloges et les portraîli. M. le pmitat Rossignol qui vient de mourir avoit s^océdé au mérite de son père, et Tea ne sauroiten dire rien de trop avantageux après que le roi même a témoigné être fâché de sa mort , ce qui seul peut suffira pour son éloge. • ( Jfèresrf d'oetobra,paeBa tai à S36. )

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calèohe ; Monsai^eur et messeigneurs ses enfants étment à la chasse. — On eut nouvelle par des patrons de baiv ques arrivés en Provence et qui ont été jusqu^au dé» troit que y selon ce qu'ils avoient appris sur les côtes de Catalogne j la tranchée n'étoit pas encore ouverte le 6 devant Barcelone ; que la mer étoit fort grosse sur cette côte -là par un vent de sud qui régnoit. Ils disent une autre nouvelle où on ne veut pas ajouter foi, qui est que les Irlandois et Écossois qui étoient dans Gibraltar s'étoient soulevés contre les Anglois, qu'ils s'étoient rendus maîtres de la plaoe et qu'ils Favoient ensuite livrée aux Espagnols. -^ Le roi a donné à Narbonne, lieutenant général qui sert en Italie, le cordon rouge qu'avoit M. d'Usson^ et à Montplaisir, lieutenant de ses gardes, la pension de 500 écus que Narbonne avoit sur Tordre de Saint-Louis. — M. Begon, premier commis de H. de Pontcbartrain, a ordre de se retirer ; on donne soo bureau à M. Argon, qui étoit commissaire ordonnateur à Bayonne.

Vendredi 16, à Fontainebleau. — Le roi dîna à midi et alla courre le loup avec les ohiens de Monseigneur ; on les appelle comme cela quoique ce soit une meute du roi et qu'il la paye. Madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche ; il en rev*nt de si bonne heure qu'au lieu de rentrer au château ils allèrent se promener autour du canal. Le soir il y eut comédie. — Le chevalier de Nogent mourut d'apopleide> dont il avoit eu déjà plusieurs attaques; il avoit été aide de camp du roi durant toutes les campagnes et avoit été aupara* vant mestre de camp de cavalerie. Le roi avoit toujours eu de la bonté pour lui ; il avoit des pensions et étoit gouverneur de Sommières en Languedoc ; ce gouvernement vaut 8 ou 10|000 livres de rente et est payé par la province. — M. de la Touche, commis de M. de Pont* chartrain et qui avoit un des premiers bureaux, se retire par dévotion et se met dans les PP. de l'Oratoire ; il y

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ayoit déjA longtemps qu41 demandoit la permission de quitter cet emploi ; on le charge d'un autre emploi qui regarde le commerce et qui ne l'empêchera pas de vivre dans la retraite.

Samedi il, à Fontain^leau. — Le roi courut le cerf Taprès-dlnée ; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa calèche avec lui ; ils en revinrent fort mouilla, parce qu'il plut à verse durant toute la chasse. Monseigneur et messeignéurs ses enfants y étoient. — Le rai donna le matin le gouvernement de Sommières à Longuerue , lieutenant de ses gardes^ qui avoit résolu de le lui demander Taprès-dinée en lui offrant de lui rendre un petit gouvernement qu'il a en Bretagne. Le rai le prévint sur Sommières et ne lui fit point rendre Tantre gouvernement. — M. d'Ârmenonville vend à M. leœmte de Toulouse la terre de Rambouillet et tous les meubles qui y sont 500^000 francs^ et il achète de M. de CatdaDle château de la Meute et la capitainerie du bois de Boulogne^ dont on fait une gruerie. Catelan logera dans le château de Madrid et se réserve le pouvoir de cfiasser dans le bois de Boulogne^ et H. d'Armenonville aura le pouvoir aussi^ lui et son fils, de chasser dans toute la capitainerie de la plaine qui demeurera à Catelan. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme^ parti le 13 du camp de Tornio près de Lodi. Le prince Eugène marcha le 10 et vint camper à la Piroinga sur le chemin de Crème; le 11 il longea le Serio et vint camper à San-Michele; le 12 il vint camper sa gauche à Montodine et sa droite i Ombriano, qu'ils occupent; ils travaillent à rétablir un pont que nous avons rompu sur le Serio. Notre armée marcha le 11 au matin et vint camper à Valane et le IS à TorniO; où est le quartier général. Nous avons devant nous un naviglie qui sort du Tornio, et derrière nous les marais de TAdda. SurPavis que M. de Vendôme eut le soir que les ennemis vouloient faire passer le Serio près de son embouchure à un gros détachement pour

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tâcher à faire un pont sur T Adda ^ il a détaché le chevalier de Luxembourg avec la brigade de cavalerie du colonel général et celle d'infanterie d'Auvergne et de Bretagne, pour passera Lodi et s'opposer de l'autre côté de TAdda à ce que les ennemis pourroient entreprendre.

Dimanche iS, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer Faprès-dlnée. Monseigneur se promena. — Il arriva un courrier de M. de la Feuillade^ qui a envoyé un gros détachement à M. de Vendôme, qui doit l'avoir joint présentement. — On mande de Flandre que milord Marlborough est allé à la Haye, et que l'empereur le presse d'aller faire un tour à Vienne avant que de retourner en Angleterre. — On parle du mariage de Tarchiduc avec une princesse de Wolfenbuttel, qui se fera catholique pour cela, à ce qu'on croit. — Madame de Lamoignon , veuve depuis longtemps de M. le premier président de ce nom, est morte âgée de quatre-vingt-trois ans; elle laisse^ ou 500,000 écus de bien, qui sera partagé, s'il n'y a point de testament, entre H. le premier président de Lamoignon, M. de Basville, intendant en Languedoc, madame la comtesse de Broglio et M. de Harlay, le conseiUer d'État, dont la mère étoit sœur des trois personnes que je viens de nommer. — M. le chevalier de Nogent n'est pas mort, et le roi a dit à Longuerue qu'il souhaitoit qu*il pût revenir de cette maladie, mais qu'il ne s'inquiétât point et qu'il n'y perdroit rien.

Lundi 19, à FonlaiMbleau. — Le roi ne courut point, parce qu'il est fête dans le diocèse, elle roi ne veut point courir les jours de fêtes de crainte que quelqu'un de l'équipage ne perdit la messe. Le roi travailla le soir avec M. Pelletier. Le soir il y eut comédie; il y a déjà plusieurs années que le roi n'y va plus, et monseigneur le duc de Bourgogne y va très-rarement» — On a des nouvelles du Roussillon du 9. Il est sûr que la tranchée n'est point ouverte à Barcelone; mais les batteries des ennemis continuent, et il y a une petite brèche au corps de la

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place. La vice-roi a été blessé d^un éolat de bombe, mak la blessure est irès^légère. -^ Mademoiselle de l^ndm* est morte à Paris ; quoiqu'elle fàt fort vieille^ elle ftvoit conservé tant d'esprit et de raison que les meilleures conh pa^niesde Paris s'assembloieut tous les jours cbes elle (1). — On a des des nouvelles de Hongrie par où il parolt que les mécontents sont fort éloignés de s'acoonmiodv avec Tempereur; ils se sont assemblés pour élire uq homme qui doive commander toute la nation ; ils oat tous déféré cet bonneur-là au prince RagoUki , mais ils ne sont pas encore convenus du titre qu^ils lui donoe* roient.

* GeUe fameuse courtisane, si connue sous le nom de Ninon, et depuis que l'âge lui eut fait quitter le métier sous celui de Lendos, est un exemple étonnant du triomphe du vice spirituellement conduit et réparé de quelque vertu. Le bruit qu'elle fit , et plus encore le désordre qu'ell0 (s^uss d^ns la plus haute ^t la plus brillante jetinew, oblige^ la rein^ mère, toi^t indulgente qu'elle étoit aïK personnes ^

(1) Mademoiselle Lendos se piqaoit d*aToir toutes les vertus, hors la durite. Elle étoit ooanue pour ttUe , et malgré cela elle oonaerva toute sa vie uv si grande réputation que tout le monde se faisait presque un davoîr d'allar tkii elle. Elle avoit beaucoup d'amis ; qo lui menoit même de jeunes femmes, mai» elle convenoit être trop mauvaise compagnie pour elles et exigeoit qu'on ar les raraenAt plus phei elle. Elle s*appelolt Ninon. L'histoire tragique de sonfik est mémorable. U étoit ^levé chez elle sans consoltre nj son père ni sa mère* il connoissoit tous les cliarmes de mademoiselle Lenclos, et en étoit defcno fort amoureux. Voyant la vie qu'elle menoit, il ne dootoit pas que sa passion ne fût heureuse. Il la déclara à mademoiselle Lenelos avec de preasanlesaollictt»» tions. Elle ne paroissoit point avoir de bonnes raisons à donner ; eUe fut oUsée de lui déclarer qu'elle étoit sa mère. Le jeune homme se tua de désespoir. Oo lui confioit des dépôts très-considérables. On prétend même que M. de Duh geau avait oublié cent mille écus entre sea mains. 11 y eut à aa mort mut bis' toire d'un grand homme habillé de noir qui avoit, dit-on , paru devant dis grand nombre d'années auparavant, et lui avoit promis de l'aTertir du momcat de sa mort. On dit que ce même homme la vint demander trois jours avant qu'elle mourût, et que dès qu'elle le vit elle jugea qu'elle alloil mourir. Elis fit sortir tout le monde, et fut longtemps enfermée avec cet lionune. Elle rloit fort vieille alors , mais point malade, à ce que l'on dit. U falloit twen faire une histoire smgolière de la mort d'une personne qui svoit été aussi aiagolièfe qaa Nion Lencloa. ( Noie du dnc de L%§nê$* )

bmtes , et plus que galantes , de lui envoyer une lettre de Ga<4iet pour se retirer dans un couvent. Un exempt la lui porta , et comme elle la • lut, elle remarqua quMl n*y avoit point de couvent désigné : « Monsieur, dit-elle à Texempt sans se déconcerter, puisque la reine a tant de bonté que de me laisser le choix du couvent où elle veut que Je me retire, je vous supplie de lui dire que je choisis celui des Grands-Cordeliers de Paris, » et rendit la lettre de cachet avec une belle révérence. L'exempt, stupéfait de cette effronterie sans pareille , n'eut pas un mot à répliquer, et la reine la trouva si plaisante qu'elle la laissa en repos. Elle n*avoit jamais qu'un tenant à la fois , mais des adorateurs en ' foule ; et quand elle se lassoit du tenant , elle lui disoit franchement , et ' en prenoit un autre. Celui qu'elle quittoit avoit beau gémir et parler, c'étott un arrêt , et cette créature avoit usurpé une telle autorité que le délaissé n'osoit se prendre à celui qui le supplantoit, trop heureux encore d'être admis sur le pied d'ami de la maison. Elle en eut d'illustres et de toutes conditions de la sorte, et elle eut tant d'esprit qu'elle se les conserva tous et les maintint unis , ou pour le moins sans le

moindre bruit ; tout se passoit chez elle avec un respect et une décence extérieure que les plus hautes princesses soutiennent rarement avec des foiblesses , et eut de la sorte pour amis tout ce qu'il y avoit de plus trayé [sic] et de plus élevé à la cour, en sorte qu'il devint à la mode d'être reçuches elle , et qu'on avoit raison de le désirer par les liaisons qui s'y formoient. Jamais ni jeu, ni ris , ni disputes, ni propos de religion ou de gouvernement ; beaucoup d'esprit et fort orné , des nouvelles anciennes et modernes, des nouvelles de galanteries, et toutefois sans ouvrir la porte aux médisances , formoient les entretiens qu'elle sut soutenir par l'esprit, la considération, le nombre et la marque des amis et des connoissanees, quand les charmes cessèrent de lui attirer du mondeet quand la bienséance à la mode lui défendit de mêler le corps avec resprit.EUesavoit toutes les intrigues deTancienne et de l'actuelle cour^ et sa conversation étoit charmante, désintéressée, fidèle, secrète et sûre au dernier point, et, à la foiblesse près, vertueuse et pleine de la plus fine probité. Elle a gardé des dépôts d'argent et d'autres de secrets considérables, et elle est entrée en des ohoses importantes pour ses amis, et tout cela lui acquit de la réputati(m et une considération singulière, fille avoit été amie intime de madame de Maintenon tant qu'elle avoit été a Paris , qui n'aimoit pas qu'on lui pariât d'elle , mais qui n'osoit la désavouer. Elle lui a écrit quelquefois jusqu'à sa mort, avec amitié. L'autre y étoit moins résenée avec ses amis intimes, et, quand il lui est arrivé de s'intéresser fortement pour quelqu'un ou pour quelque chose , ce qu'elle savoit bien ménager et rendre rare , elle en écrivoit à ni;id«!nft de Maintenon, qui la servoit efficacement et avec promptitude; mais elles ne se sont vues que deux ou trois fois bien en secret depuis

la fortune. Elle avoit des reparties admirables , et il y en a deui cotre autres au dernier maréchal de Ghoîseul qu*(m ne peut oublier, rone est une correction admirable , Tautre un tableau vif diaprés nature. Le maréchal, qui avoit été galant et bien fait , étoit de ses anciens amii. - Mal avec M. de Louvois, il dq)loroit sa fortune lorsque, malgré le ministre, le roi le mit de la promotion de 1688. Il ne s'y atteodoit en façon du monde , quoique de la première naissance et des plus anciens et des meilleurs lieutenants généraux. Il fut donc ravi de joie et se regardoit avec volupté avec son cordon bleu. Lenclos Ty surprit chez elle deux ou trois fois ; à la fin , impatientée : < Monsieur le comte, lui dit-elle^ si je vous y prends encore je vous nommerai vos camarades. » Il y en avoit en effet plusieurs à foire pleurer, mais queb et combien en comparaison de ceux de 1724! L'autre mot iutd*enDiii: le bon maréchal étoit toutes les vertus mêmes , mais peu réjouissutes, avec peu d'esprit. Après une longue visite , Lenclos bâille, le regvde et s'écrie : « Que de vertus vous me faites bair ! » On peut juger de b risée et du scandale : cela pourtant ne les brouilla point. Lendos vécut saine de corps et d'esprit, fort au ddà de quatre-vingts ans, Umjours considérée et visitée ; elle donna ses dernières années à Dieu, et sa mort fit une nouvelle (1).

Hardi 20^ à Fontainebleau. — Leroi^ dorant le conseil, eut un peu de colique^ qui Tempécha d'aller courre le cerf raprès-dinée ; Monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne le coururent en calèche avec trois dames, et puis leur donnèrent un retour de chasse chez madame de Maintenon. — Par les dernières nouvelles qu'on a de Catalogne, on apprend qu'il y a déjà une grande brèche à Barcelone et que le vice-roi a fait faire des retranche-

(1) ft On donne à niademoiflèUe de Lenclos quatre-vingt-huit ans. CeAwÊr dame de Vaubecourt , madame deNancrée, et madame Olier qui l'ont aarirtér. Sa maladie n'a duré que trois Jours, mais elle a reçn lïotre-Seipiear ; il n'éloil plus temps poar le dernier sacrement. Par pressentiment ou effet de la niBéricorde, elle alla àSaint-Paai, deux jours devant qu'elle tombât malade, ùin nne confession à un ecclésiastique de sa connoissanoe. Par un testament qi s'est trouvé elle Tait le neven de feu M. de Gourville, qui porte le même mam, son légataire universel et exécuteur de ses dernières volontés. » {Lettre de la marquise fVBuxelles , du 20 octobre. }

II est à remarquer que le Mercttre galant ne fait amtone mention àe li mort de Ninon.

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ments en dedans de la ville ; mais comme ces retranchements seront commandés par le rempart^ on craint que ce ne soit qu'une foible ressource et que les premières nouveUes que nous en apprendrons ne soient la prise de la place. — On mande de Flandre que l'électeur de Bavière a fait faire force ouvertures dans son camp et plusieurs ponts sur la grande Nethe^ pour pouvoir marcher aux ennemis facilement^ ce que Ton fera sûrement s'ils font un détachement pour le siège de Santvliet; peui^tre même, quand ils n'en feroient point, les attaquera-lron quand ils décamperont d'Herentals et de Grobendonck, où ils sont encore présentement.

Mercredi 31^ à Fontain^leau. — Le roi se promena Taprès-dlnée à l'entour du canal avec madame la duchesse de Bourgogne dans une petite calèche découverte, qui est celle où il va à la chasse quand il Ty mené. Le soir il y eut comédie. — Le roi a fait M. de Péry lieutenant général et Harlin brigadier, pour les récompenser de Faction qu'ils ont faite en se retirant de Haguenau. M. le maréchal de Villars en avoit écrit au roi en leur donnant de grandes louanges. — L'ordinaire d'Espagne apporta des nouvelles de Madrid du 9. U parolt que les Portugais n'ont pas encore ouvert la tranchée devant Badajoz, mais on mande qu'ils ont vingt-cinq mille hommes devant cette place, qui est assez mauvaise, quoique ce soit la meilleure que les Espagnols aient en ce pays-là. — On mande de Pologne que le couronnement du roi Stanislas est encore remis; c'est l'archevêque de Léopol qui en doit faire la cérémonie, le primat ne voulant pas venir à. Varsovie de peur d'irriter encore contre lui la cour de Rome, qui est fort dans le parti du roi Auguste. Ce prince est encore en Saxe, et quelques-unes de ses troupes qui avoient passé l'Oder pour entrer en Pologne l'ont repassé fort vite.

Jeudi 22, à FonUnnebleau, — Le rod courut le cerf l'après-dinée; madame la duchesse de Bourgogne étoit en

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calèche avec lui. Monseigneur et messeigpieiiro ses eniants éioient à la chasse. Le roi ne revint qu'à la nuit, et, au retour^ madame la duchesse de Bourgogne alla faire on l'etour de chasse chez la marquise de la Vallière. — M. de Marlboroughaécrii au marquis de la Vallière qu'il n'éioit pas néçesseûre que ni lui ni les autres officiers françois prisonniers se rendissent en Hollande à la fin du aïois^ qui ëtoit le terme où leurs congés expiroient, qu'il suffiroit qu'ilss'y rendissentle 15de novembre.Oa dit qpiecemilofd s^en va à Vienne pour concerter avec l'empereur ce qa'ils auront à faire Tannée qui vient et pour tâcher à le potier à un accommodement avec les mécontents de Hongrie, à quelques conditions que ce soit. ^^ Par les dernières nouvelles qu'on a de Madrid on apprend que les Portagais ont ouvert la tranchée devant Badajoz. Le maréchal de Tessé rassemble des troupes pour tÀcher de 'se mettre en état de secourir cette place.

Vendredi 23, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer IV près-dinée. Monseigneur et messeigneui*s ses enfants allèrent pour courre le loup ; mais ils n'en trouvèrent point. Le soir il y eut comédie. Madame la duohessede Bourgogne, qui eut une grande migraine toute la journée, entendit la comédie dans la tribune; elle ne soupa point avec le roi, ni n'alla dans son cabinet. L'aprèssouper elle mangea un morceau chez eUe et puis se coucha. — On eut des lettres de M. de Quinson, qui esti Perpignan. 11 écrit du !&• qu'il avoit eu nouvelle que Barcelone s'éloit rendue le k, que la garnison étoit prisonnière de guerre , hormis le vice-roi et une trentaine d'officiers. Il arriva un courrier de Madrid qui apporte des lettres du roi d'Espagne du i^, qui ne parlent point du tout de la prise de Barcelone ; il seroit étonnant que cette place eût été prise le k^ et qu'on ne le sût pas le 14 à Madrid. Le président d'Albaret, intendant de Rou»sillon, écrit de Perpignan le même jour que H. deQuinson, et mande que, par les nouvelles qu'il a de Barce-

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lone duki la place se défendoit tati Men; ainsi on ne sait encore qu'en croire. *

Samedi 2^, à FontomefrUati. — Le roi ^ après le con^ seil de finances ^ travailla encore avec H. de ChamiUart^ L'après-dinée le roi coilrut le cerf et né quitta la chasse qu'à la nuit fermée; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec loi dans sa ocdèohe et ed revint fort fatiguéej Monseigneur et messeigneurs ses enfants coururent le loup. Le rol| au retour de la chasse ^ travailla cbes madame de Haintenon avec M. Pelletier. ^^ On doute fort de la prise de Barcelone, parce qu'il y a plusieurs lettres qui se contredisent, et nlème M. deBasville écrit de Mont^ pellier, du 16, que les nouvelles qu'on aVoit eues que Barcelone s'étoit rendue le k étoient fausses. — On mande de Flandre du 20 au soir que les ennemis avoient quitté leur camp d'Herentals et marchoientducùtéd'Hoogstrate. L^ électeur de Bavière les a fait suivre par quarante escadrons; il y étoit lui-même avec le maréchal de Villeroy; ils ont été jusqu'à Herentals^ où orï a pris une oinquan^ taine de chariots ou de charettes et quelques traîneaux^ Nos hussards y ont fait un asses gros butin | mais quand nous sommes arrivés à Herentals , les ennemis avoient déjà passé la petite Nethe ; ainsi on n'a pas pu entamer leur arrière-garde.

Dimanche 25^ à FontaiMbleaiu. — Le roi se promena Taprès-dinée à l'entour du canal avec madame la duchesse de Bourgogne; Monseigneur ei messeigneurs ses enfants étoient à la promenade. — M. de Pontchartaraûn a reçu des lettres; le prince de Tzerclaës étoit rentré dans Lérida , où les révoltés avoient laissé fort peu de monde; mais on doute de cette nouvelle, parce que beaucoup d'autres avis qu'on a de Catalogne portent que les affaires y vont très-mal; cependant le public veut encore douter de la prise de Barcelone, quoique le roi n'en doute plus. — Le maréchal de Coeuvres arriva de Toulony où l'on a armé quelques vaisseaux. — On a appris que le

roi Stanislas avoit été couronné à Varsovie et que le cardinal Radiieiowiski y primat de Pologne , étoit mort; il y a présentement dix-neof chapeaux vacants dans le ssr cré collège, et il y va avoir deux primats en Pologne, car le roi Auguste et le roi Stanislas en nommeront im chacun , et la cour de Rome, qui est fort dans les intérêts du roi Auguste, donnera des bulles & celui qu'il aura nommé.

Lundi 26, à Villeray. — Le roi dîna à dix heures et demie & Fontainebleau et en partit à onze heures et demie pour venir ici, où il arriva un peu après deux heures et se promena^ en arrivant, dans les jardins avec madame la duchesse de Bourgogne en calèche. Il a trouvé Villeroy fort embelli par tout ce qu'y a fieût le maréchal. S. M., le soir, chez madame de Maintenon, se fit montrer les plans de tout ce qu'il y a encore & y faire, donna ses conseils, et entra dans tous les détails avec une attention qui marque bien Tamitié qu'il a pour le maréchal. Monseigneur partit à la pointe du jour de Fontainebleau, ayant dans son carrosse messeîgneurs les ducs de Boorgogne et de Berry et madame la princesse de Conty^ et allèrent diner à Meudon. — L'abbé de Saint-Bertin est mort à Paris; cette abbaye vaut 80|000 livres de rente; elle est régulière. Celui qui vient de mourir étoit moine; on croit que le roi la va donner à un cardinal, comme il a donné les abbayes de Saint-Amand, de Saint-Wast, deVigone et de Harchiennes, qui sont toutes en Flandre.

Mardi 27, à Sceaux. — Le roi dîna & onze heures i Villeroy, en partit à midi, arriva ici à trois heures, alla se promener dans les jardins seul dans un petit chariot; madame la duchesse de Bourgogne et madame du Maine suivoient dans un autre chariot. — Le roi, avant que de se lever, apprit par un homme que lui envoya M. de Chamillart, qui est à Paris , que le maréchal de Tessé étoit arrivé devant Badajoz le 15. Les ennemis, le voyant venir avec toutes les troupes, n'ont plus songé

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qu^à lever le siège ; ils retiroient déjà le canon qui étoit en batterie y et M. de Tessé espéroit que dans leur retraite il pourroit attaquer leur arrière-garde. Ruvigny , qu'on appelle présentement milord Galloway et qui commandoit les Anglois à ce siège ^ a eu le bras emporté d\m coup de canon et a envoyé demander au maréchal un passe*port pour se faire porter à Elvas. Une heure après Tarrivée du courrier de M. de Chamillart y on vit de la chambre du roi entrer dans la cour un courrier qui croy oit trouver ce ministre à Villeroy. Le roi envoya savoir ce que c'étoit que ce courrier, et, sachant que c^étoit un aide de camp de M. de Vendôme , il commanda qu'on le Ût monter dans sa chambre ; le roi y étoit encore au lit. Il apprit à S. M. que M. de Vendôme, sachant que le prince Eugène s'étoit saisi de Montodine, qui est sur leSerio et aux Vénitiens, Tavoit fait attaquer, qu'il s'en étoit rendu maître, leur avoit tué deux ou trois cents hommes et pris cent prisonniers; nous n'avons eu que vingt-cinq hommes de blessés à cette affaire. Les ennemis faisoient défiler leurs bagages et leur grosse artillerie du côté de Crème ; on assure même que toute leur armée est en marche et remonte le Serio diligemment. H. de Vendôme les va côtoyer pour les resserrer le plus qu'il se pourra vers la montagne. Les troupes que M. de la Feuillade envoie à M. de Vendôme, qui sont composées de huit bataillons et douze escadrons , n'avoient pas encore joint. L'action de Montodine s'est passée le 16; l'aide de camp qui en a apporté la nouvelle et qui est neveu de Boisseuil n'a pas pu faire plus de diligence , parce qu'il a été cinq jours à passer le mont Simplon , tous les ruisseaux étant devenus des torrents.

Mercredi 28, à Versailles. — Le roi, après la messe , se promena longtemps & pied et puis en chariot dans les jardins de Sceaux ; madame la duchesse de Bourgogne fut toujours avec lui. 11 en partit aussitôt après son dîner pour venir ici, et en arrivant il alla dans ses jardins voir

4M JOUHUAL de DAIfGEAU.

Ie0 embellissemeûts qu'on a fait» aux bains d'Apollon (i), que l'on acôuTertsavec une magnificence extraordinaire. Messeigneur» les ducs de Bourgogne éi de Berry revinrent de Meudon. -^ Le roi ^ à sdn dîner à l^oeailjt , apprit par un gentilhomme de la chambre de l'électetif de Bavière, que S. A. E. fit partir le 26 au soir, qu'il aroit fait attaquer Diest ce jour^^là même ; les ennemis y avoient laissé trob bataillons et le régiment de dragons de li¥alef ; c'est A^ tagnan qui oommandoit à ce siège. Nos tronpes y ont marché avec une diligence extraordinaire, et en arrivant on a emporté brusquement un ouvrage qui est à la porte du côté de Louvain, d'où l'on voyoit à revers la muraille de la ville. La garnison a demandé à capituler et s'est rendue prisonnière de guerre. Cette action He nous coûte que la mort d'un ingénieur et la blessure de deux lieutenants d'infanterie. -^ Marlborough assiège 8antvliet avec un préparatif extraordinaire que cette plaoe ne mérite pas ; il y a trois jours qu'il la canonne. La prise de Diesi dans cette conjoncture est très^^nsidérab^e , parce que cela éloignera fort le quartier des ennemis^ et le mare* chai de Villeroy a pris son temps à merveille pour eette expédition.' Jeudi 29y à VerMilles. — Le roi dina de bonne heure

et alla l'après-dinée se promener à liarly. Madame la duchesse de Bourgogne alla à Meudon voir Monseigneur. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tirer. — 11 arriva un courrier de H^ de Yendôme, parti de devant Soncino le 21. Ce prince attaque cette place, qui est sur l'Oglio et qu'il compte d'emporter tort aisément; c'est là où les ennemis ont leurs principaux magasins; on ne croit pourtant pas qu'ils y aient

(1) Les groupes des bains il' Apollon étaient, comme nous TaTonsdit, tomcl*^, page 173, de Girardon , Marsy et Guérin. Lors de leur transport du bosqoel des Dômes dans l'ancien bosquet du Marais, ils Tarent placés sons des baida- ^ttitts de plomb duré «xëettléa par Bfanièrey benoiiM «I FrteÉi«

OCTOBRE iTOai. 49»

beaucoup de troUpes. Le prince Eugène est campé à Fontar nella^ et n'oseroit tenter le secours de cette place, c|ttel^ que utile qu'elle lui soit. M. le marquis de Praslin* est mort à Milan des blessures qu'il avoit reçues au combat de Cassano; il ne laisse qu'une fiUe^ qui sera une asseK grande héritière ; ses atnis ont demandé pour elle au roi la lieutenance de roi de Champagne et le gimveth^ ment deTroyes^ qu^avoit son pèrc^ pour les vendre ou poUr les porter en mariage à son mari ^ ce qui la reudroit encore un meilleur parti. *-^ On ne doute pas de la prise de Barcelone ; on assure même que les Irévoltés se sont rendus maîtres de Oirone.

* On a vu sur l'affaire de Crémone et le combat de Cassan ce qili a été dit du marquis de Praslin. C*étoit utt homme d'cliie grande ambition , d'inCnimënt d'esprit, de beaucoup et de toutes sortes dé léetures, et singulièrement plein d'honneur et de valeur, et d'une haute naissance , et très-capable d'amitié; avec cela haut à la maiOf n'esliiuant qu*avec poids et connoissance , paresseux et particulier quand il n'avoit que faire, et d'ailleurs le premier à tout et de tout, civil et accueillant Votficier, avec les plus grandes parties de guerre. 11 étoit magnifique et voluptueux et oomptoit pour peu ce qui étoit su ddd de ce mdndé. Ëtant blessé à mort de façon à durer, loais avec peu d'espérance « il rentra eaa lui-même et pria Tabbé de Châteauneuf « qui avoil été envoyé en Pologne redresser les torts de Tabbé , depuis cardinal de Polignac, de le venir trouver; et cet abbé, homme de beaucoup dW prit et de Savoir et ami intime de Praslin , partit à ^instant de Paris pour Taller trouver. On crut qu'il voulut s^éclaircif dvee lui sur la religion; ce qui est de certain, c'est qu'il se tourna si entièrement et si parfaitement à la piété , au détachement , à la pénitence qu'il fut un exemple mémorable pendant ce qui lui resta à vivre et dans les plus cruelles douleurs dont il ne pouvoit se rassasier. Il étoit le dernier de la branche de Choiseul-Hostel , et on lui avoit fait épouser la dernière de la branche de Choiseul-Praslin. 8S seule Blls se tnaria quelques années après^ de son choiXf à M. de Aennepont. Praslin n'avoit que quarante-six ans.

Vendredi SO, à Vereailles. — * Le roi dina à onze heures et alla se promener à Trianon et à Harly* Monseigneur revint le soir de Meudon. Ma<hime la duchesse de Boui^ gogne alla voir la i^ine d'Angleterre à Saini-Germain. «^

460 JOURNAL DE DANGKAU.

Il arriva un officier des gardes de M. de Vendôme, qui apporta la nouvelle de la prise de Soncino ; il y avoit quatre cents hommes dedans^ qui sont prisonniers de guerre; on a trouvé beaucoup de munitions de bouche. Le prince Eugène n'a fait aucun mouvement pour tAcher d'empêcher ce siège. — L'électeur de Bavière est revenu du 27 à Bruxelles ; on compte la campagne finie en ces pays-là, et qu'on renverra les troupes en quartier d'hiver dès que le siège de Santvliet sera fini, et il le sera bient6t, car la place ne vaut rien, llilord Marlborough a quitté ^a^ mée de son côté ; il s'en va & Vienne et laisse faire le siège de Santvhet au comte de Noyelles. Le duc deVilleroy commandera cet hiver dans Bruxelles^ le comte de la Motte à Gand et à Bruges , Artagnan & Louvain, Gacé dans Anvers et Saillant à Nàmur; ils auront des maréchaux de camp sous eux.

Samedi 31 , veille de la Toussaint, à Versailles. — Le roi entendit vêpres l'après-dlnée en bas dans la chapelle, et puis s'alla promener dans ses jardins ; toute la maison royale étoit avec lui à vêpres et le suivit à la promenade. Madame la duchesse de Bourgogne avoit fait ses dévotions dans la chapelle des Récollets en haut. — Il arriva un courrier d'Espagne, parti de Madrid le 23. LL. MM. CC. mandent qu'ils ont eu des lettres de Barcelone du 12, que la place se défendoit encore ; mais que les assiégeants avoient pris une demi -lune qui pressoit fort la reddition de la ville ; cependant, malgré cette nouvelle, qui semble détruire celles qu'on avoit eues, on est toujoui*s persuadé ici que Barcelone est pris^ et l'on a eu des avis même que Tarragone s'étoit rendue aux révoltés. — M. de Berwick est arrivé à Toulon du 25 et va faire le siège du château de Nice; il faudra même qu'il attaque la ville^ que les ennemis ont un peu racommodèe depuis que M. d'Usson en retira les troupes. Nous avons trois vaisseaux de guerre à Toulon pour porter le csuion et les munitions nécessaires. — Le comte de Tonnerre* mou-

NOVEMBRE t70». 461

rat hier à Paris ; il avoit été premier gentilhomme de la chambre de feu Monsieur ; il laisse deux garçons^ et sa veuve est prodigieusement riche.

* Ce coiùte de Tonuerre , frère de Tévéque de Laogres et nereu de Tévéque comte de Noyon , étoit si déshonoré sur le courage qu*on l*auroit été d'avoir affaire à lui , quoi qu'il dît. Il proposa un jour des coups de bâton au jeu à Barbançon-Nantouîllet , premier mattre d'hôtel de Monsieur, si connu par son esprit et ses {chansons. Nantouillet, sans s'émouvoir, ne fit que lui répondre qu'il abusoit par trop du mé* pris qu'on avoit pour lui. La compagnie n'en fit que rire , et il n'en fut autre chose. Il en remboursoit souvent de semblables, et étoit menteur et tracassier, mais avec cela beaucoup d'esprit et souvent des mots excellents. Il en dit im sur la cour où il étoit qui ne mourra jamais : « Je ne sais pas , dit-il , ce que je fais dans cette boutique, car Moniteur es( la plus sotte femme de France , et Madame le plus sot homme que j'aie jamais vu. » Ils le surent et pensèrent le chasser. Une autre fois qu'il s'agissoit de quelque aîîmre de finance au Palais-Royal , dont Boisfranc, qui les avoit administrées, avoit grsmd'peine à se tirer: « Le voilà bien empêché , dit Tonnerre; il n'a qu'à donner cinquante mille éeus au marquis d'Effiat , cent mille écus au chevalier de Lorraine et cent écus à Monsieur, et son affaire sera faite. Il aura encore un bon million qui lui en restera pour boire. » La vérité étoit que les afiEÎEÛress'y tenninoient à peu près sur ce taux.

Dimanche V^ novembrey jour de la TauMaint, à Versailles. — Le roi fit ses dévotions de meilleure heure qu'à son ordinaire ; il V)ucha beaucoup de malades , vint se rhabiller ensuite^ se fit faire la barbe devant tous ceux qui ont les entrées. Il y a près de six mois qu'on ne le voit plus quand il se fait la barbe ; le grand chambellan et les premiers gentilshommes de la chambre n'y entrent pas. A onze heures et demie le roi retourna à la grande messe y et après diner il entendit le sermon , les deux vêpres et le salut. Monseigneur et messeigneurs ses en* fants communièrent et suivirent le roi à toutes les dévotions de la journée. Entre vêpres et le salut le roi s'enferma avec le P. de la Chaise et fit la distribution des bénéfices ; il laisse l'abbaye de Saint-Bertin aux moines^ parce qu'il a su qu'ils faisoient de fort grandes charités

en ce pays-U ; il met 1 0^000 francs de pension dmm, dont il y en a6,000pour runiversitédeDouayen Flaodue. Le roi adonné une abbaye à Bézieps (1), qui vaut 1,000 écus de rente y à un fds de Barcos, intendant du maréchal de Villeroy, et S. M. a eu la bonté de le mander lui-même par avance au maréchal, sachant que cela lui feroft plaisir, parce quUI est fort content de Barcos. Le roi a donné Tabbaye de la Joie en Bretagne, qui vaut 13,000 livres de rente, à madame de Blanchefort, sœur de celui qui a épousé la fille du marquis de Puysieux.

Lundi 2, à Marly. — Le roi partit de Versailles après son diner et vint ici, où il se promena jusqu^à la nuit; il y demeurera jusqu^à la finde la semaine qui vient. Modseigneur alla dàs le matin courre le loup dans la forêt de SainlrGermain ; monseigneur le duc de Berry étoit avec lui. Monseigneur le duc de Bourgogne alla à Saint- G^rinain voir le roi et la reine d'Angleterre. Madame la duohesse de Bourgogne partit à cinq heures pour venir ici. Il n'y a jamais eu à Marly tant de dames qu'il y en a oe voyage-ci; il y en a près de cinquante ; il n'y en apourtant aucune de nouvelle. — Il arriva hier au soir un courrier du maréchal de Tessé, qui mande la retraite des ennemis de devant Badajoz ; ils se sont retirés en si bon ordre qu^on n'a pu attaquer leur* arrière-garde conune on Tavoit espéré. -^ Il y a quelque temps que M. de la Feuillade ayant donné ordre à un secrétaire de mandeau gouverneur d^Acqui de le venir joindre avec sa gai^ nison , le secrétaire se méprit et envoya Tordre au goaverneur d'Ast, qui y obéit sur«h>€hamp. M. de Savoie en fpt aussitôt averti et y envoya des troupes qui s'en sai* sirent et qui ont depuis tiré beaucoup de contributions duMoiltferrat. M. delà Feuillade a marché depuis quelques jours pour le reprendre ^ et il a attaqué en chemin

(1) L'abbaye de Saint-Jacqaea.

NOVEMBRE 170IS. 4»t

uo p«tit Iku que Ton appelle Annone, où il y avoitdeiuc cents hommes de troupes réglées et quatre cents paysans bien armés. Ils avoient fait deux enceintes à des palis* sadeSy et entre ces deux enceintes il y avoit un assez bon fossé. Nos soldats emportèrent la première enceinte fort aisément ; mais ils en furent rechassés par le grand feu de la, seconde enceinte. M. deThouy, lieutenant général^ qui commandoit Un os troupes, y fut blessé d'un coup de fuâl à la jambe , et Fimarcon, maréchal de camp, d'un coup de pierre à la tète. M. de la Feuillade y fit venir du eanon la lendemain, et dès qu'il fut tiré les ennemis se rendirent prisonniers de guerre, M. de la Feuillade marcha ensuite à Ast, dont on espère apprendre bientôt la réduction. M* le chevalier de Luxembourg, maréchal de camp dans Tarmée de M. de Vendôme et qui s'est fort distingué dans toutes les occasions, fut blessé il y a quel*^ ques jours en attaquant des troupes du prince Eugène qui s'étoient retirées sur la contrescarpe de Crème, d'où il les chassa très*vigoureusement; il y fut blessé à Vé^ paule; sa blessure s'est trouvée plus considérable qu'il ne pensoit, et il a été obligé de se faire porter à Milan* Cette action de Crème , dont je n'avois point parlé, se passa quelques jours avant la prise de Soncino.

Mardi 3, à Marly» — Le roi , au sortir de la messe, monta seul dans une petite calèche ; madame la duchesse de Bourgogpe le suivit dans une calèche à quatre où il n'y avoit que madame de Mailly avec elle, prit dans le parc la princesse d'Angleterre et sa gouvernante; elle étoit venue de Saint-Germain avec le roi son frère pour faire la Saint-Hubert, et après la chasse ils retournèrent à Saint-Germain. La chasse fut fort longue, et il étoit trois heures quand le roi se mit à table pour diner. Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse ; Madame est toujours à toutes les chasses, dans une calèche à part. — Il arriva un courrier du maréchal de Villars, qui mande que le prince de Bade se retire ; il a repassé

la Motern et est campé à Paffenhoven ; la mortalité des chevaux est cessée dans notre armée; le maréchal de Tillars a pris deux mille chevaux, des vivres , et les officiers généraux de son armée en ont donné de leurs équipages, avec quoi on a remonté une partie de notre cavalerie; rinfanterie est en très-bon état^ et on n'est pas sans espérance de pouvoir reprendre Haguenau , surtout ^i les troupes de Brandebourg se retirent comme on le dit.

Mercredi 4, à Marly. — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire; il a un peu de goutte^ qui ne l'empêcha pas pourtant de se promener toute Paprès-dinée dans ses jardins^ où il fait planter beaucoup de grands arbres pour remplacer ceux qui sont morts cette année par la trop grande sécheresse. Madame la duchesse de Boon gogne fut assez incommodée la nuit d'une migraine, à quoi elle est assez sujette; mais elle s'est bien portée toute la journée. — On a eu nouvelle que le comte de Noyelles, qui faisoit le siège de Santvliet avec quarante^ deux pièces de vingt-quatre et force mortiers, s'en étoil enfin rendu maître; nous avions dans cette mauvaise place lerégiment de Maillé^ qui est un régiment nouveau très-foible^ et six cents hommes détachés de notre armée commandés par le chevalier d^Entragues , nouveau colonel. Le comte de Noyelles leur a fait beaucoup d'honnêtetés au comte de Maillé et à lui ; il leur avoit d'abord proposé une capitulation honorable ; mais quand il eut appris que nous avions pris beaucoup de leurs troupes dans Diest , il les a voulu] avoir prisonniers de guerre. On a été surpris qu'Usaient pu se défendre si longtemps; le comte de Noyelles fait raser la place, qui leur est fort inutile et qui nous l'étoit fort aussi. — Le maréchal de Montrevel a levé en Guyenne un régiment de dragons qui "portera son nom ; le chevalier de Maugiron, qui aélé exempt des gardes, en est lieutenant-colonel avec commission de colonel.

Jeudi 5, à Marly. — Le roi apprit le matin à son le-

NOVEMBRE t7M. 4^

vér que Saint-Pol avoit pris trois vaisseaux de guerre anglois et onze vaisseaux marchands venant de la mer Baltique ; la prise est considérable , mais comme Saint- Pol a été tué & la fin de cette affaire et qu'il étoit fort es^ timé y le roi s'en est affligé au lieu de s'en réjouir. Voici le détail de l'affaire qu'a apporté le comte dlUiers : le sieur de Saint-Pol ordonna au sieur Bart de se rendre ' maître des bâtiments marchands^ ce qu'il fit avec le secours de cinq armateurs qui l'avoient joint. Saint-Pol attaqua le vaisseau sur lequel étoit le commandant anglois, le sieur de Roquefeuille avec le Proies s attacha au Pescoaly et le sieur Hennequin avec le Jersey s'attacha an troisième appelé les Sorlingues. Après un combat de trois heures fort opiniâtre, les trois convois furent abordés et enlevés, quoique, dans le miliea de l'action, le sieur de Saint-Pol, dont on ne peut trop louer la bravoure, fût tué d'un coup de mousquet. Le comte d'illiers prit le commandement et acheva le combat avec beaucoup de valeur. Le Triton, qui n'avoit pu joindre, arriva sur la fin, et le chevalier des Goyeux, qui le commandoit, eut le bras emporté d'un coup de canon; tous les of aciers se sont extrêmement distingués dans cette action. Toutes ces prises et les trois convois anglois sont arrivés à Dunkerque avec huit bâtiments de la même nation qu'on avoit pris la veille, Cette affaire se passa le 31 octobre au matin.

Vendredi 6, à Marly. — Le roi, après la messe, alla courre le cerf; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche.. Monseigneur étoit à la chasse. Messeigneurs ses enfants allèrent faire des battues dans le parc. — On eut nouvelle qu'un bataillon des troupes de la marine que nous envoyions au Port-Mahon y étoit heureusement arrivé. On craignoit fort que les ennemis, après la prise de Barcelone , ne songeassent à faire cette conquête ; ce bataillon est commandé par la Jonquière , officier de réputation, et il mande que la moitié de ce ba •

taillon étoit arrivée le 17 et l'autre moitié le M. On les avoit mis sur deux bàtioients qui avoient été séparés par un coup de vent. — On a appris par Gonstantino|^6 que Tékéli^ qui a tant fait parler de lui^ étoit mort; il étoit fort jeune^ mais si mangé de la goutte qu'il ne poavoit plus aller à la guerre. — Ce sera H. le oomte de Cal vis» son qui présidera cette année aux étatft de Languedoc, M. de Berwick étant employé ailleurs.

Samedi 1, à Marly. — Le roi se promena toute IV près-dlnée; pendant sa promenade M. de la VrilUère lui apporta une lettre de Roses du iH, par laquelle on lui mandoit que Barcelone se défendoit fort bien ; le roi ré^ndit froidement à cela : « Je le souhaiterois , mab je sais qu'il y a longtemps qu'il est pris, et j'ai la oapitn» lation (1). » — Beaucoup d'officiers généraux de nandre sont arrivés ; H. de Roquelaure , le prince de Rohan et H. d'Antin sont ici ; le roi leur a donné des logemenb. -^Ghaxel, aide de camp du maréchal de Tessé, qui apporta ici la nouvelle de la levée du siège de Badajoz, a eo one commission de lieutenant-oolonel de dragons; il y a longtemps qu'il étoit capitaine. ^ On mande de Polo^ que le roi Stanislas a donné l'arohevèché de Gnesne à l'archevêque de Léopol , qui l'a sacré et qui devient par là primat du royaume. On mande aussi que le général Maieppa, qui commande les Cosaques, s'est retiré; oo ne doute pas qu'il ne se soit accommodé avec le roi àt Suède.

DiîMncke 8, d Murly. -^ Le roi tint le matin conseil d'État À son ordinaire et se promena toute raprès^Unée. — Le roi fait lever vingt-cinq mille cinq cents hommes de milices» dotlt on en enverra vingt-deux mille en Italie et le reste en Espagne. Le roi donne un congé absolu an

(t) n Barcelone est rétonnement de nos jours. Il a la fièvre tierce, unjinr prlsj'aatrê non. On prétendoit encore hier qu'il se défendoit le 17 octnbie. • ( Lettre de la marqMê d*liutseUê$f du 6 ■ofembre.)

bout de tk*ois ans à tous ceux qui enirerout dans cette milice.— ^ Les. Anglois et les HoUandois ont résolu d'avoir trente mille hommes d'augmentation Tannée qui vient, qu'ils achèteront de différents princes d'Allemagne ; ils veulent porter V empereur aussi à augmenter les siennes de dix mille hommes ; c'est là un des principaux motifs du voyage de llarlborough à Vienne. Ce milord a vu en passant le prince de Bade à Rastadt , et Ton assure qu'ils sont entièrement raccommodés. Les Étais-Généraux ont souhaité que Harlborough Ût cette démarche, prétendant que les divisions étoient fort nuisibles aux affaires de la ligue. — M. de Chiverny a eu un legs dont il aura plus de 200,000 francs ; c'est l'abbé de Villemareuil, chanoine de Notre-Dame , qui avoit été son préôepteur et qui l'a fait son légataire universel. — M. de Tzerclaôs n'a point repris Lérida, comme on Tavoit dit ; cette nouvelle s'est trouvée fausse.

Lundi 9 y à Marly. -^ Le roi^ au sortir de la messe, alla courre le cerf dans son parc; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. «^ L'or^ dinaire d'Espagne a apporté des lettres de Madrid du 38 ; on y est si mai informé qu'ils ne savoient pas encore la prise de Barcelone , et il y a toujours des gens à Paris et ici même qui en veulent douter. — M. de Pontchar^ train apporta le soir au roi des lettre de Minorque. La Jonquière , qui commande le bataillon de la marine qui est à Port-Hahon , mande qu'il y étoit arrivé une barque qui avoit passé devant Barcelone le 23 et avoit entendu beaucoup tirer. Il y a d'autres lettres de Toulon qui portent qu'il y étoit arrivé un petit bâtiment qui avoit passé le 28 devant Barcelone , que la place se défendoit toujours et qu'on tiroit beaucoup de canon et de bombes. M. le Prince parla au roi à son coucher sur ces nouvelleslà^ qui pouvoient faire douter de la prise de Barcelone; mais le roi, qui ne cherche point à se flatter, lui répondit

qa'îl savoit ti*op de détails de cette af&ire-là pour ajouter foi à tous les avis qu'on lui venoit de donner^ et que c'étoit une marque que le roi d'Espagne étoit mal averti.

Mardi 10^ à Marly. — Le roi eut à son lever la confirmation des cruelles nouvelles qu'il avoit eues il y a quelques temps de Barcelone; c'est Alvarès que le roi d'Espagne a envoyé ici et qui partit de Madrid le 2 de ce mois; on assure qu'ils ont fait embarquer sur les vaisseaux le vice-roi , le duc de Popoli et sa femme, avec' tous les officiers et soldats qui n'ont point voulu prendre parti dans les troupes de l'archiduc , qu'on a fort maltraité les gentilshommes et les habitants de la ville qui étoient dans les intérêts du roi d'Espagne , qu'on en a massacré plusieurs elt pillé leurs maisons. Le roi savoit déjà ici tous ces détails-là, qui font horreur à conter. — Au retour de la promenade le roi travailla avec M. de Pontchartrain ; il a choisi le chevalier de Forbin pour commander les vaisseaux que commandoit Saint-Pol à Uunkerque; il a fait trois capitaines de vaisseaux, qui sont : Gencien , le chevalier d'Illiers et Hennequin : il a donné 1,000 francs de pension et la croix de Saint-Louis à Roquefeuille , qui commandoit un des vaisseaux qui étoient avec Saint-Pol et qui en prit deux des ennemis à l'abordage , et a donné des pensions à trois neveux quV voit Saint-Pol, qui sont encore fort jeunes.

Mercredi 11, à Marly. — Le roi, au sortir du conseil, signa le contrat de mariage de la fille du petit Bontemps, qui se marie à M. d'Argini, qui sera, dit-on, fort riche; il est officier dans le régiment du roi, et, en faveur du mariage, le roi lui donne l'agrément d'acheter un des petits régiments nouveaux d'infanterie. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui est toigours campé près de Soucino; il devoit, quelques jours après le départ de son cou^ rier, passer l'Oglio et s'approcher de Brescia. Le prince Eugène est encore à Fontanella. Ce courrier a fait fwt [)eu de diligence, car il est parti du 1*' de ce mois. Le dé-

NOVEMBRE ITOtt. 469

tachement de rarmée de M. de la Feuillade n'a point joint M. de Vendôme; on croit même que M. de la Feuillade mène les troupes qui le dévoient composer au siège d'Ast.

— Le roi se promena toute Faprès-dinée, et travailla le soir avec M. de Chamillart chez madame de Main tenon.

— Le roi a donné à M. le duc de Beauvilliers un régiment de cavalerie à lever pour le comte de Saint-Aignan , son fils aîné , qui est encore ^ans les mousquetaires; le régiment sera de huit compagnies^ et le roi donne 250 francs pour la levée de chaque cavalier.

Jeudi 12^ à Marly. — Le roi, au sortir de la messe ^ monta en calèche et alla courre le cerf; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui ; il faisoit un froid très-violent. Monseigneur et messeigneurs ses enfants al* lèrent cx)urre le loup. — M. Rouillé, notre envoyé auprès de M. rélecteur de Bavière, vint hier ici ; il entretint le roi quelque temps. 11 est reparti ce matin de Paris pour retourner à Lille, où il a laissé cet électeur, qui est avec rélecteur de Cologne ; le voyage de M. Rouillé fait faire des raisonnements. — Ce ne sera point Artagnan qui commandera cet hiver à Louvain ; il est allé à Arras tenir les états d'Artois, le duc d^Elbeuf n'ayant pu y aller. Caraman est actuellement dans Louvain, mais il demande à n'y pas demeurer cet hiver; Souternon commandera 4 Malines. M. le maréchal de Villeroy, qui a la goutte assez fort y est allé à Louvain en carrosse; il ira ensuite visiter Namur et puis reviendra à Bruxelles. Le maréchal de Marsin est avec lui ; mais on croit que pour lui il reviendra ici.

Vendredi 13, à Marly, — Le roi se promena tout le matin et toute l'après-dlnée dans ses jardins; au retour de la promenade , il entra chez madame la duchesse de Bourgogne, à qui la fièvre avoit pris à trois heures par un grand frisson qui duroit encore quand le roi y entra. Il revint le soir la voir avant souper ; elle étoit dans le chaud de la fièvre, et quand on sortit de sa chambre, & onze

heures, elle Tavoit enoore assez forte, quoiqu'elle eût eu d'asse^i grandes sueurs. — Le duc de Berwick est devant Nioe du l""' de ce mois; le Var a été si débordé par les grande^ pluies que toutes les troupes qui doivent senir à ce siège ne Vavoient pas encore joint lo 6, et, durant ce temps-là , il n'avoit pu avoir aucun commerce avec la Provence; Içs vaisseaux qui lui doivent porter son canon et ses munitions avoient été obligés, par le vent contraire, de relâcher aux lies dHyères, — M. le maréchal de Yilleroy avoit eu quelque espérance qu'on pourroit surprendre Leauw , où il y a une très^fodble garni wn ; la place est en trè&-mauYais état> mais les ennemis ont fait marcher des troupes de ce côté-U ; ainsi on oo songe plus à faire cette entreprise.

Samedi 14, à Yersailles. — . Le roi partit de Marly d'assez bonne heure et arriva ici avant la nuit. Madame la duchesse de Bourgogne avoit encore un peu de fièvre en sç levant ; elle avoit commandé se^ carrosses à neuf heures et passa chez le roi avant que de partir; elle se mit au lit en arrivant et eut la fièvre encore tout le jour, mais fort légèrement. Le roi, en arrivant ici, passa chez madame la duchesse de Bourgogne , où Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient. Le roi entra ensuite chez madame de Maintenon , où il travailla avec M. de Ghamillart. — L' évoque de Bieux est mort ; il s'appeloit Bertier et étoit oncle à la mode de Bretagne de Tévèque de Blois. — On a envoyé un courrier à M, de ViUars, qui lui porte les quartiers d'hiver pour son armée, — Ou croit qu'à l'exemple de M. de Beauvilliers plusieurs grands seigneurs demanderont à IçvQr des régin^ents de cavalerie pour leurs enfants qui sont près d'entrer dans le service. — U court depuis peu un manifçtçte de la cou* duite du cardinal de Bouillon, qui attira la di^r^bce du roi pendant qu'il étoit à Rome ; ce cardinal désavoue le manifeste.

Dimanche ib,à Versailles. — Madame la duchesse de

Bourgogne avoiteu encore un peu de fièvre la nuit, mais elle en étoit entièrement quitte à son réveil ; elle se porta bien tout le jour et pâa$a Taprèfr-dlnée chez madame de Haintenon; elle entendit la messe ^ le matin, dans sa chambre. «-* Violaine , gouverneur de Philippeville , est mort; il avoit été pris dans la citadelle de liège et étoit encore prisonnier ; mais les ennemis lui avoient permis de venir dans sa famille à PhUippevilld, où il ne faisoit plus aucune fonction. Le roi a donné ce gouvernement à Dorepaire^ qui a été gouverneur du fort de Scarpe j et ensuite à Bitche^ dont le roi lui conservoit les appointements ; il est frère de Durepaire^ gouverneur du Château Trompette. — Le roi fait une augmentation dans son infanterie de cinq hommes par compagnie ; elles n'étoient qu^à quarante-cinq y elles sont à cinquante et de vingt hommes par compagnie. Dans le régiment des gardes^ les compagnies étoient déjà à cent vingt-*quatre ; cette augmentation ici fera qu^ils auront deux bataillons de plus en campagne, et il en restera quelque peu moins auprès du roi.

Lundi 10, à Versailles. -^ Le roi prit médecine; Monseigneur alla à Meudon , où il demeurera jusqu'à samedi. Madame la duchesse de Bourgogne n'a eu nul ressentiment de lièvre. Le roi travailla après son dîner avec M. Pelletier, *-» Le roi donne ji M* de la Rochefoucauld un régiment de cavalerie à lever pour le prince-deMarsillac, son petit-fils, qui est dans les mousquetaires, et un au comte de Roucy è lever de même pour le comte de ftoye, son fils, qui va entrer dans les mousquetaires. — ^ L'abbé de la Roche- Jacquelin est mort subitement à Paris ; il étoit aum6nier de madame la duchesse de Bourgogne , et Tavoit été de madame la Dauphine ; il avoit deux petites abbayes et deux autres petits bénéfices. --^ Les plénipotentiaiiM^' de Temperour pour son accommodement avec les mécontents sont partis de Vienne pour Tirnau, •où esl le lieu d'assemblée pour les coafécenfcea; les mi-

472 JOUHINAL DE DAINGKAU.

nistres d'Angleterre et de Hollande y sont déjà arrivés, et milord Marlborough^ qu^on attend à Vienne, va presser Tempereur d'accorder aux mécontents tout ce qulls demandent.

Mardi 17, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dinée et le soir chez madame de Haintenon ; il travailla aux a£Eures de la marine avec M. le comte de Toulouse , le maréchal de Coeuvres et H. de Pontchartrain. Madame la duchesse de Bourgogne n'a aucun ressentiment de sa fièvre. — II arriva un courrier de M. de Vendôme qui a été assez longtemps à cause du débordement des rivières; le pont que' nous avions sur TOglio , au-dessus de Soncino, a été emporté par la crue des eaux. M. le prince Eugène a pris oe temps-là pour repasser TOglio, afin que M. de Vendôme ne le pût pas attaquer dans sa marche; les Allemands voat apparemment prendre les quartiers qu'ils avoient à Salo et à Gavardo. — Le roi augmente la gendarmerie de cinq hommes par brigade ^ cela fera vingt hommes de plus dans chaque escadron, qui est composé de deux compagnies. — Avant que d'entrer en quartier d'hiver, dos troupes en Flandre ont rasé Diest. et les ennemis nesauroient plus laisser de troupes cet hiver dans les places da Demer.

Mercredi 18, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprèsdlnée. Monseigneur vint ici pour le conseil et après le conseil s'en retourna à Meudon ; madame la princesse de Conty alla dîner avec lui et elle revint ici le soir. — Il arriva le matin un courrier du prince de Tzerclaës, parti le 7 du royaume d'Aragon. Ce général assiège Honçon, ville moins connue par ses fortifications que par le traité * qui y fut fait en 1625 entre la France et l'Espagne pour lés affaires de la Valteline. Les révoltés de Catalogne se sont aaisift de cette: place-là^ que M. de Tzerclaês veot^^ *prencbre pour les^hasser entièrement de TAragon. L'a^ chidno est demeuré à Barcelone ; il a envoyé à Lérida k prineé de Dar nlstadt > frère i cadfet • -de- «elui • qui ^ été la«

NOVëMBRF: 170». 473

devant Barcelone ; il a envoyé niilord Peterborough à Girone, et presque tous les vaisseaux sont retournés à Lisbonne^ et les 'plus gros retourneront en Angleterre. — 11 arriva un courrier du maréchal de Château-Renaud, qui apporte au roi la nouvelle que les états de Bretagiie ont accordé tout d'une voix, et dès la première séance, trois millions pour le don gratuit et deux millions pour la capitation, et cela pour les deux ans qu'il y a d'une tenue d'états à Vautre.

Jeudi 19, à Versailles. — Le roi dina à onze heures; il n'y eut point de conseil ; il n'y en a plus guères les jeu* dis. Il partit à midi pour aller se promener à Marly, d'où il ne revint qu'à la nuit. Monseigneur le duc de Bourgogne , madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry allèrent ensemble diner à Meudon avec Monseigneur et y menèrent beaucoup de dames; monseigneur le duc de Bourgogne en partit à quatre heures pour revenir ici. Monseigneur, madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry allèrent à Paris à l'opéra de Philomèle (1) ; après l'opéra Monseigneur retourna à Meudon , madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry revinrent de Paris ici. — On a des lettres du maréchal de Villars du 13; il a détaché dix bataillons et quinze escadrons sous les ordres du chevalier du Rozel, qui a pour maréchal de camp sous lui Cilly des dragons; ces troupes vont sur la Sarre et tâcheront d'empêcher le siège de Hombourg, que les ennemis menacent toujours d'attaquer. — On a des lettres de M. de Berwick du 11; tous les vaisseaux qui portent Tartillerie et les munitions sont arrivés à Villefranche; nous avons déjà des batteries de canon contre la ville de Nice et des batteries de mortiers contre le château. Les assiégés n'ont commencé à tirer que le 11 au

(i) Pérétes de Roy, musique de Lacoste. •

474 JOUaNAL DE DANGEAU.

matin. Les trois bataillons du régiment Dauphin elle ^temier de Bourbon^ qui avoient été arrêtés par le débc^ement des eaux^ ont joint M. de Berwick.

Vendredi 20 , à Venailles. — Le m alla Vaprès-dioée se promener à Trianon, el au retour il alla chex madame de Maintenop, où M. de Cbamillart lui porta des lettres de U. de la Feuillade. Monseigneur courut le loup àMeudon. Madame la duchesse de Bourgogne se promena en carrosse . — Le roi nous dit à son coucher les nouvelles qu il avoit eues de M. de la Feuillade; sçs lettres soqt du 9. Q s'étoit pa£sé une grande action le 8 auprès d'Ast. M. de Savoie et M. de Staremberg ont toutes leurs troupes de^ rière cette place; ils avoient fait passer dans la ville beaucoup dUnfanterie et de cavalerie qui tomba sur des carabiniers et des grenadiers que nous avions & la tète de notre armée, qui étoii en marche. Le commencement du combat nous fut désavantageux , et nos gens furent obligés de plier à Tinégalité du nombre « mais cela fut bienbM réparé ; M, de la Feuillade mit pied à terre à la tète des grenadiers , qu'il rallia; il fut joint par quelques escar drons. On repoussa les ennemis jusque dans la contrescarpe; on en tua beaucoup; on leur prit deux étendards; on n a que deux prisonniers^ parce que Ton n'eut pas le temps de faire quartier «MontecacuUi , qui commaiidoit le régiment de Visconti^ et plusieurs officiers considéra* hlesdes ennemis, dont on ne ciait pas encore les noms^ ont été tués. Nous avons perdu Imécourt des carabiniers, que le roi regrette fort ; Goas et Ruf fec, maréchaux de camp. y ont été blessés, et Goas Test dangereusement; Peys«c, le comte de Tessé et le chevalier de Bonnelle sont blessés légèrement. M, de la Feuillade se loue fort des officiers et de quelques régiments d^nfanterie, surtout d'an bataillon de Tartillerie, qui empêcha les ennemis d'en clouer quelques pièces de canon qu'on avoit fait avancer pour battre le faubourg. Nous avons bien eu quatre cents hommes tués ou blessés à cette affaire, parmi lesquels il

NOVEMBRE I70tf. 476

y a plus de quarante officiers, M. de la Feuill«de va com* mencer le siége^ qui avoit été uu peu reculé par Finoudation des rivières qui avoit retardé notre marche. ^^ U arriva un courrier de Mi de Vendôme partidu 12. Ce prince s'est saisi du faubourg de Palaz^uolo en deçà de TOglio^ et dans un posteript de sa lettre il mande qu'il vientd'avqir nouvelle que le prince Eugène avoit abandonné Palazzuolo y PontogUo ^ Vrago et tous les post^ qu'il avoit en haut de TOglio, et qu'il étoit en marche pour se retirer apparemment vers le lac de Garde. Sur ces avis, M, de Vendôme allait se mettre en marche aussi et comptoit de passer TQglio ^ Soncino le ik pour resserrer le prince Eugène dans les montagnes.

Samedi 31 y à VermlUs. -^ Ut roi alla Taprès-dlnée se promener à Marly, Monseigneur revint le soir de Veudon. Madame la duchesse de Bougogne prit médecine. Mesaeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent faire des battues dans le parc de Chaville. — Il arriva un courrier de M. de Berwick; il écrit du 15 et mande que, le H| la batterie que l'on avoit faite contre la ville étant achevée , on la fit sommer de se rendre^ et après plusieurs allées et venues le marquis de Carail tomba d'accord de retirer ses troupes de la ville ^ ensuite de quoi celles du roi y entrèrent. Le marquis de Carail a voulu nous empêcher d'attaquer le château par la ville^ mais Ton s'est conservé la liberté d'en agir comme Ton voudroit. — Le roi a donné des régiments de cavalerie à lever au maréchal d'Harcourt^ au comte du Luc^ à M. du Ch&« telet et à M. de Montgon^ pour leurs enfants ; le £ils de H, d'Iiarcourt et celui de M. de Montgon vont entrer dans les mousquetaires , celui du comte du Luc et aussi celu^ de M. du Gh&lelet sont déjà capitaines de cavalerie. Plu* sieurs autres gens de condition ont demandé des régiments; mais le roi a déclaré qu'il n'en donneroit pas davantage pour à présent. Le roi a donné aussi un riment de dragons & lever au marquis d'Épinay , gendre de

476 JOURNAL DE DANGtAU,

M. d'O^ et M. de Chamillart leur a dit que le roi n'en leveroit plus d'autres. Le roi donne aussi au comte de la Motte un régiment de cavalerie pour celui de ses enfants qu'il voudroit ; il le donne àTalné, qui avoit un petit régiment d'infanterie^ et il donne celui d'infanterie au cadet.

Dimanche 22, à Versailles, — Le roi alla l'aprèsrdlnéc se promener à Trianon et au retour il vit, dans son cabinet, le comte d'Aguilar, un des quatre capitaines des gardes du roi d'Espagne que son maître envoie ici. Le dac d'Albe le présenta au roi, le marquis de la Jamaïque y étoit, et il n'y avoit de François que M. de Torcy ; la conversation fut courte, et le roi le remit au lendemain pour l'en ti*etenir à loisir sur les affaires d'Espagne. — Madame la duchesse de Bourgogne alla l'après-dinée à Saint-Cyr, où madame de Maintenon étoit dès le matin, et au retour elle alla voir Monseigneur chez madame la princesse de Gonty. — M. de Chamillart travailla le soir chez madame de Maintenon, et lui porta des lettres de M. de la Feuillade, qui a été obligé, par les pluies continuelles et le débordement des rivières, d'abandonner Tentreprise d'Ast et de se retirer avec toutes ses troupes à Casai. — M. de Nicolal, premier président de la chambre, des comptes, épouse mademoiselle de Lamoignon, fille du président à mortier, à qui l'on donne 200,000 francs comptant, et on lui assure 100,000 francs après la mort de madame Voisin, sa grand'mère. — On publia hier au matin un arrêt qui met les monnoies anciennes sur le pied des nouvelles, les écus à trois livres dix-sept sols et les louis à qnatorxe livres cinq sols.

Lundi 23, à Versailles. — Le roi, au sortir delà messe, donna audience dans son cabinet au comte d*Agoilar; le duc d'Albe et M. de Torcy étoient à cette audience. A onze heures le roi dina et puis alla àMarly, où il se promena jusqu'à la nuit ; il travailla à son retour avec M. Pelletier. Le comte d'Aguilar ^ eut audience de Monseigneur et de toute la famille royale. Nolis apprenons par lui que

le roi d'Espagne compte de s^aller mettre à la tête de son armée au mois de décembre^ résolu de tout hasarder pour chasser Tarchiduc de Catalogne. Le comte d'Aguilar assure qu'il y a douze bataillons espagnols bien complets^ bien vêtus et bien armés ^ qu'il y en a douze autres à qui il ne manque que les armes et les habits qui sont en chemin , qu'il a outre cela quatre bataillons de ses gardes et trois bataillons qui viennent de la Navarre en très-bon état , qu'ainsi il aura trente un bataillons , et qu'il y a sept ou huit mille chevaux de très-bonne cavalerie. — J'appris que le roi avoit^ depuis un mois, fait brigadier le marquis de Lambert^ qui sert en Italie ^ et il est présentement ici, parce que son régiment est en garnison à Suze, et il n'a appris qu'ici la grâce que le roi lui a faite.

* Le comte d'Agiiilar fut dépêché pour persuader au roi de reprendre fiarcelone, et y réussit au malheur de TËtat et du roi d'Espagoe, dont la couromie en fut à deux doigts de sa perte. Cétoit un grand qui étoit Manriquezy Lara, jeune, plein d^ambition, de fausseté , de noirceur et de ruse , et le premier homme d'Espagne en esprit et en capacité , et le plus dangereux dans une cour. Les plus grands emplois lui passèrent par les mains, dont aucun ne lui demeura. Il étoit grand poltron et grand pillard, et ne put s'enrichir; il fut successivement capitaine des gardes, colonel des gardes, chef des finances et phis longtemps de la guerre , capitaine général et commandant en chef, gentilhomme de la chambre et favori , conseiller d'État , c'esk-à-dnre ministre , et tout cda avec rapidité , jamais content de rien , craint et haï de tous , et a passé les vingt dernières années de sa vie, qui n'a pas été longue, toujours en disgrâce et presque toujours exilé en une commanderie de Saint- Jacques, de 30,000 livres de rente, pour laquelle il quitta la Toison, dont le duc de Frias, connétable de GastlUe, fut si indigné qu'il demanda le collier qu'il quittoit et remit, pour l'avoir, une commanderie qu'il a voit de 20,000 livres de rente. Alors la Toison et le Saint-Esprit étoient incompatibles avec les autres ordres d'Espagne , dont l'appât des riches et nombreuses coramanderies faisoit mépriser la Toison aux Espagnols, qu'ils laissoient aux Italiens et aux Flamands, qui en étoient avides ; mais depuis une vingtaine d'années ils ont trouvé moyen de s'aecom* rooder avec Rome, qui les a rendus compatibles moyennant une annate de tous les cinq ans , dont ils o])tiennent encore de fortes remises , et depuis ce temps-là les plus grands seigneurs d'Espagne sont doveiuis

478 JOURI^AL DE OAI^GËAIJ.

(bn empressés pour la Toison et peut-être eiiôore plus polif le SiÉit- Bsprit. Le comte de Frigillaiia , son père, disoit de ioi-inéaie, qull serait le plus méchant homme d'Espagne s'il n'avoit pas son fils, tl y auroit bien à en dire sur ce rare et vieui seigneur.

Hardi 31^ à Termites, -^ Le roi^ après le conseil, signa le contrat de mariage du président de Nicolat avec madetnoiselle de Lamoignon. L'après-dinée S. H. alk se prometier à Trianon ; Monseigneur y vint avec madame la princesse de Conty et plusieurs dames. — On apprend par les lettres de Madrid du 11 que Ronquillo a été fait président de Gastille^ que Von envoie le comte de San- Istevan vice-roi d'Aragon en la place de Farchevèque de Saragosse, qui l'étoit par intérim; on a donné au duc d'Arcos, fifère de la duchesse d'Albe , la vice^royauté de Valence en la place du marquis de Villa-Garcia^ qui est fort vieux. Tout se dispose à Madrid pour le départ du roi au mois de décembre, et les Castillans paroissent fort fidèles et fort zélés. — • H. d'Escora?lles^ brigadier de dragons et dont le régiment fut réformé à la paix » a eu la permission d'en lever un nouveau. -^ M. de Chamillarta eu des avis par le RoussiUon que le prince de Tzercla^ avoit attaqué et défait un assez gros corps de révoltés catalans; il Y a même quelques lettres qui portent qu'il a repris Lérida, mais on ne croit point ce dernier article et le premier est même incertain. -^ H. le maréchal de Martin est arrivé depuis quelques jours et a été très-bien reçu du roi.

Mercredi 26^ a Feriaf//es. — Le roi se promena Fapxèsdlnée dans ses jardins et nous dit qu'il ne les avoit jamais trouvés si beaux ; Monseigneur étoit à sa promenade. Au retour le roi travailla chez madame de Maintenon avec M. de Chamillart. Le soir il y eut comédie. — Le prince de Bade a séparé son armée , mais il a laissé de grosses garnisons dans Haguenau, dans Drusenheim et dans Bischweiler; les Brandebourgs vont en Bavière. D y a pourtant des lettres qui disent que Télecteur, leur

NOVEMBRE 1708. 4n

mcAtre^ léUr a envoyé ordre de marcher diligemment en Poméranie. — Le marquis de Beauvilliers, second fib du duc de Beauvilliers^ mourut ici de la petite vérole. Il ne lui reste plus de fils que Je comte de Saint^Aignan^ à qui la petite vérole commence à paroitre. M. de Beau« villiers a huit filles^ doni 11 y en a sept religieuses à Montargis dans le même couvent; la huitième est la duchesse de Mortemart, qui n^a point d^enfants. — Le roi Auguste est parti de Saxe sans qu'on sût quelle route il vooloit prendre; il estallé d'abord à Dantftick^ et ensuite il a joint à Tycokzin le czar, qui l'avoit menacé de se retirer en Moscovie avec toutes ses troupes s'il ne le venoit joindre promptement. On commence à dire que les Cosaques ne sont pas retournés dans leur pays et qu'ils se joindront aux Moscovites.

Jeudi 26, à Verêailles. — Le roi, après la messe, donna une assez longue audience dans son cabinet au R. P. François-Marie, général des carmes', qui s'en va â Rome. Le roi dîna à onze heures et partit à midi pour s'aller promener àMarly, d'où il ne revînt qu'à la nuit. Monseigneur alla dîner à Meudon et revint ici le soir. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne dînèrent chez la duchesse de Noailles. — M. de Chamillart, qui étoit allé le matin à l'Étang et qui ne devoit point travailler avec le roi, y reçut un courrier de M. de fessé, et revint à six heures chez madame de Maintenon, où il apporta les lettres de ce maréchal ; elles sont écrites de Madrid du 19. 11 mande qu'il a eu ordre du roi d'Espagne de laisser la frontière de Portugal à la défense de ce qu'il y a de troupes espagnoles en ce pays-là, et de marcher avec toutes les troupes de France qu'il a en Aragon pour essayer de pénétrer en Catalogne. Ce maréchal est venu à Madrid avec l'intendant de l'armée pour faire préparer ce qui lui sera nécessaire en arrivant en Aragon , et son armée est déjà en marche par différentes routes pour subsister plus aisément ; elle a cent soixante

480 J0UR:NAL de DAI4GEAU.

lieues de chemin à faire. H. de Tessé croit qu'il laisse la frontière de PorWgal trop dégarnie. '

* Ce P. François-Marie étoit fils d*une mademoiselle Boisloger, de Compiègoe , qui , de chez la duchesse d'Aumont , fille de la maréchale de la Mothe , passa aux enfants de France. Le mérite de oe religieox le porta rapidement aux supériorités et à une grande direction , et de là à la première place de son ordre avant Tâge requis, dont il le fallut dispenser de plusieurs années. Ce fut une grande joie pour les dames delà cour qu'il dirigeoit; il s'acquitta de sa charge de général avec tant de succès quMl continua le reste de sa vie à occuper les principaux emplois avec une grande considération au dedans et au dehors de sod ordre. Ses infirmités lui firent quitter tout ce qu'il put, quelques années avant sa mort, qui est arrivée à soixante-sept ans, cette année 1734 (1), dans le couvent de Paris, avec une grande réputation.

Vendredi 27, à Versailles. — Le roi, au sortir de la messe, travailla avec le P. de la Chaise : il dîna à onze heures, et à midi il alla à Marly, d^où il ne revint qu*à la nuit. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry coururent le loup. Monseigneur le duc de Bourgogne dina avec madame la duchesse de Bourgogne et alla faire des battues dans le parc de Chaville. — On eut des lettres de M. de Berwick du 19^ et le roi^ àson coucher^ nous montra . un plan du château de Nice et de^ attaques. Nous avons une batterie de quarante pièces de canon et une autre de vingt, plusieurs batteries de mortiers; tout cela servi par les canonniers et bombardiers xie la marine; une bombe a déjà fait sauter le magasin de sel. 11 vient beaucoup de déserteurs de la place ; ils assurent qu'il en viendra beaucoup d^autres, parce qu'ils y souffrent beaucoup. Nous

(I) Saint-Simon donne ici la date précise à laquelle il écrit ses additions, sa lettre à Tabbé deRancé,du 29 mars 1699, il lui dit : « Jetra\ailloi8 à deses^ pèces de mémoires de ma vie, quicomprenoient tout ce qui a un rapport particulier à moi , et aussi un peu en général et superficiellement une espèce tl^ relation des événements de ces temps, principalement des choses de la coor. « En 1734 SainUSimon complète ses sou\enirs en annotant le Journal de DangeaUf et en juillet 1743 il écrit Tintroduction de ses Mémoires ^ dont la rédaction délinitive ne «late que de cette épocpie.

n'avons encore qu'un officier blessé et on ne croit pas que ce siège soit fort meurtrier. — M. le duc d'Orléans a fait de fortes instances auprès du roi pour qu'il plût à S. H. l'envoyer en Espagne et lui donner le conunandément des troupes françoises en ce pays-là.' Le comte d'Aguilar dit que le roi l'a assuré qu'il enverroit douze miUe homnies d'augmentation. Les troupes françoises qui viennent de la frontière de Portugal pour aller en Aragon étoient le 15 de ce mois campées à Almaraz sur la droite du Tage^ plus proche d'Alcantara que de Tolède. Samedi 28^ à Versailles. — Le roi^ outre le conseil de finances qu'il avoit tenu le matin à son ordinaire , tint conseil encore l'après-dlnée pour juger un grand procès que les jésuites a voient contre les habitants de Brest; les jésuites gagneront les principaux articles, mais toutes les parties paroissent contentes.. — Madame la duchesse de Bourgogne alla k SaintrGermain voir la reine d'Angleterre et fut deux heures enfermée avec elle, comme elle a accoutumé de faire à ces petits voyages-là. A son retour elle alla à la comédie avec Monseigneur. — M. de Chamillart vint trouver le roi chez madame de Maintenon et lui porta des lettres de M. de Vendôme du 20. Il mande au roi que le prince Eugène a fait passer la Chiesa à une partie de son armée, qui campe à Calcinato; l'autre partie; qui est en deçà de la Chiesa, est campée à Carpenedole. M. de Médavy, que M. de Vendôme avoit détaché avep un petit corps de troupes^ a pris la petite ville et le château de Calapio, que les ennemis avoient encore gardés au haut de rOglio, fort proche du lac d'Iseo. M. de Vendôme doit passer incessamment la Chiesa et rechasser les ennemis encore plus loin dans les montagnes et les éloigner de Desenzano , dont ils sont fort proches à Calcinato ; les Vénitiens ont une assez grosse garnison dans Desenzano» mais peui-ètre ne le défendroient-ils point.

Dimanche 29, à Versailles. — Le roi et toute la maison royale entendirent le sermon, ensuite le roi alla à Trianon

48B JOURNAL DE DANGKAU.

se promener. Monseigneur le duc d« ik>iirgoglie, ma* dame la duchesse de Bourgogne et monseig-neur le duc de Berry allèrent au salut. -^ Le roi donna ub prieoré qu'avoit le feu évèque de Rieux à Tévéque de Comminges; ce prieuré vaut 1^000 écus derente^ et il a donné sa secrétaire de M. le nonce une abbaye quVvoit Fabbé de la Aoohe-Jacquelin , qui vient de mourir; cette abbaye Tant plus de 2,000 francs. Le roi a sccoutnmé de ne donner les bénéfices que les jours qu'il fait 6ee dévotions; mais il a donné ces deux-ci contre sa coutume ordidaire. — J'appris que la province de Roussilloki levoit à sea dépens ao régiment de dragons, qui sera commandé par M. Qainson 4 Le roi a permis aussi au marquis de Rannes d'eo lever un ; celui qu'il avoit fut réformé à la paix. — M. l'électeur de Brandebourg ayant rappelé ees troupes qui étoient dans l'armée du prince de Bade, les ennemis n'ont pu faire le siège de Homboui^ et ont séparé fontes leurs troupes ; le maréchal de Yillars n'a pas encore separé les siennes. ^^ Toutes les lettres d'Allemagne porteot que le roi de Suède et l'électeur de Brandebourg ont fait un traité d'alliance qui doit ôtre confirmé par le mariage du prince électoral avec la sœur cadette du roi de Suède: il y a même de ces lettres qui assurent qu'il y aura un double mariage et que l'électeur épousera la sœur ainée, qui est veuve du duc de Holstein et qui sera héritière do royaume de Suède si le roi de Suède n'a point d'enfiuits. Lundi ao, à Tersailhs. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Trianon et travailla le soir avec M. Pelle* tier. On joua ici une comédie nouvelle qui s'appelle Polfders (i)» <-*-^ M. de fierwick mande du 23 qu'on a &it on retranchement pour barrer la communication du château À la ville ; que les assiégés sortirent le 23 de leur chemin couvert pour troubler ce travail, qui n'est pas encore dans

(I) O'ett Ift première Irm^édie de rabbtf Pelh«rio

DACBMBRK 170». 4^S

sft yerte^oh. La pt^mière compagnie des grenadiers de Hainaut sortit brusquement sur edx^ leur tua quelques soldats sur la place et obligea hé reste à se retirer arec précipitation; ils demandèrent ensuite une suspension pour retirer leurs morts, ce qu'on leur accorda. Ils firent le même jour une sortie du côté de la mer, qui ne leur réussit pas mieux. On travaille fort aux batteries où notre canon n^est pas encore. -^ Les officiers de Tarmée de M. de Villars commencent à revenir, il y en a déjà d'arrivés.

Mardi l** décembre, é VersailteH, — Le roi alla tirer Taprès-dlnée et travailla le soir avec M. de Poutchaplrain, on croit qu'on expédiera le comte d' Aguilar cette semaine. M. le duc d^Orléans continue à demander très-instamment d'être envoyé en Espagne ; on ne lui a point fait de réponse positive là-dessus. — Il arriva un courrier de M. de Tessé^ parti de Madrid du 23. Les embarras sont grands pour la subsistance de nos troupes et dans leur marche et quand ils seront arrivés en Aragon ; cependant elles continuent toujours leur marche, et le roi d'Espagne doit partir de Madrid à la fin du mois pour aller se mettre k leur tète. Il n'aura d'infanterie espagnole avec lui que son régiment des gardes, qui est de quatre bataillons, et trois bataillons que lui donne la Navarre; mais il aura beaucoup de belle cavalerie. Jeoffreville , lieutenant général, et le comte de Fiennes, maitéchal de camp, demeureront, sur la frontière de Portugal , et on leur laisse deux régiments de cavalerie françoise et beaucoup d'infanterie espagnole.

Mercredi il, à Verêùilles, — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Trianon et travailla le soir avec M. de Chamillart. Le soir il y eut comédie. •*• Le comte de Saint-Aignan mourut ici la nuit passée ; il ne reste plus de garçons à M. de Beauvilliers. Il n'a qu'une fille mariée, qui est la duchesse de Morteraart; il a sept autres filles, qui sont religieuses. Il a deux frèras du second mariage

484 JOURNAL DE DANGEAli.

du duc de Saint-Aignan, son père; Tun d'eux est eodésia»iique et dans les ordres, l'autre est chevalier de lialie,({ai n'a point fait ses vœux; mais il est à Halte, d'où on loi avoit mandé de revenir il y a trois mois, et on n'a point eu de ses nouvelles depuis (1). — Le comte de Tessé, fils aine du maréchal, épouse mademoiselle Bouchu, qu'on croit qui aura près de trois millions dé bien ; mais elle a eocore son père et sa mère, et on ne lui donne que 400,000 francs présentement. Le maréchal donne à son fils la terre de Lavardin, qu'il vient d'acheter 530,000 francs, et laliealenance de roi du pays du Maine. La terre de Lavaidio vaut près de 25,000 livres de rente.

Jeudi 3, à Versailles. — Le roi dîna à onze heures et alla se promener dans le parc de Marly, d'où il fait ôter beaucoup de daims et de cerfs, parce qu^il y en a trop. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry aUèroit avec madame la duchesse de Bourgogne^à la Ménagerie pour y fÀire la cuisine eux-mêmes ; ils mangèrent sur les sept heures et n'avoient point mangé ici avant que de partir. — Le détachement de l'armée de M. de la Feoit lade, qui doit joindre M. de Vendôme, est parti de Casai du SO; on mande que les débordements du P6 ont fait de furieux désordres en ce pays-là. — Le czar a laissé le commandement de son armée au roi Auguste et s'en retourne à Moscou, où il y a de nouvelles brouilleries. Le roi Auguste a donné Tarchevèché de Gnesne à Tévèque de Cujavie, le roi Stanislas Ta donné à l'archevêque de Léopol; ainsi il y aiu*a deux primats en Pologne comme il y a deux rois. — Le roi a donné 1,000 francs de pension àParifontaine, un des plus anciens exempts de ses gardes. — L'abbé de Chamilly, frère du maréchal, est mort; il avoit deux abbayes en Franche-€k>mté.

(1) Ce fait n'est point vrai , car M. le chevalier de Saint- Aignan , depuis àat de Saint-Aignan , <^toit revenu de Malte a\ant la mort de ses nevftix. (.V«^< du manuscrii de la Bibliothèqnt de V Arsenal)

Vendredi ky à Versailles. — Le roi allaraprès-dinée se promener à Trianon ; les bâtiments qu'il y fait faire s'avancent fort. — Les dernières nouvelles qu'on a de Nice sont du 28 ; on a poussé un boyau qui va depuis la gauche de nos batteries, qui sont au-dessous de Montalban, jusques àlaplage; nos batteries ne sont pas encore prêtes. — Le roi a donné une pension de 500 écus àHarsillac, colonel de cavalerie, qui a été estropié en Italie cette campagne. — M. de la Feuillade a envoyé ici M. de Hauroy, qui est officier général dans son armée et inspecteur de la cavalerie, qui vient représenter ici le besoin que les capitaines de cavalerie ont que le roi leur donne quelque gratification pour rétablir leurscompagnies; ils ont perdu beaucoup de chevaux dans les dernières marches. Le détachement de cette armée qui doit aller joindre M. de Vendôme a été longtemps arrêté en chemin par le débordement des rivières. M. de Vendôme a passé la Chiesa à Azola. Le prince Eugène rentre dans ses montagnes; il avoit dans son armée trois régiments de Télecteur de Brandebourg, qui sont rappelés par leur maître, dont le traité d'alliance est conclu et ratifié avec le roi de Suède.

Samedi 5, à Versailles. — Pendant que le roi étoit au conseil de finance, le major du régiment de laFare, dont le colonel commande au blocus de Montmélian , arriva ici et porta ses lettres à M. de Chamillart. Le gouverneur de Montmélian, qui est le comte Tanne, frère de Santenas, qui mourutàla Trappe, a demandé à capituler. Il y après de deux ans que la place est bloquée, et la garnison est réduite par la famine aux dernières extrémités; cependant ils demandent par la capitulation à ne sortir de la place que le 1*' de janvier, et cela même n'est qu'en cas qu'ils ne soient point secourus jusqu'à ce temps-là. Le roi a renvoyé ce major suivle-champ avec ordre à M. delà Fare de faire dire à la garnison qu'il n'y avoit point de capitulation à espérer s'ils ne se rendoient en deux fois vingt-quatre heures. Les sept bataillons et le régiment de

dragons qui 8ont au blocus de cette place sont destinés à marcher en Koussillou, et Fou croit que l'on fera sauter MontméliaQ, — Le roi dîna de bonne heure et alla se promener dans la forêt de Narly, où il y a des toiles tendues pour prendre beaucoup de diûms et de oerfs^ paroe qu'il y en a trop dans ce parc> et on les envoie dans le parc de Boulogne.

Dimanche 6, à Venailles. — Le roi, au sortir du conseil, entretint quelque temps M. le duc d'Orléans^ et ce prince, en sortant d'avec le roi, parla à M. de Chamillart assez longtemps ; on commence à assurer que ce prince n'ira point en Espagne. Le roi alla tirer Taprès-dlnée; il n'y eut point de sermon ; il est remis àla?iotre-Dame, qui sera mardi. — Les ennemis en Flandre font beaucoup travailler àTongres et à Leauw, dont ils prétendent faire une bonne place en faisant un ouvrage à corne sur la hauteur du côté de Tongres. — On mande de plusieurs endroits d'Allemagne que Tempereur a perdu toute espérance d'accommodement avec les Hongrois, et que les ministres de Hollande et d'Angleterre sont de retour de Tirnau, et ont eu de grandes conférences à Vienne avec milord Marlborough, qui y est encore. On mande aussi que les peuples de Bavière, qui ont pris les armes contre l'empereur, qui les accabloit d'impositions extraordi* naires, se renforcent tous les jours; on assure même qu'ils se sont rendus maîtres de 8traubing sur le Danube et de Braunau sur l'Inn.

Lundi 7, à Versailles, — Le roi dîna à onze heures; il n'y eut point de conseil ; il alla après son dîner se promener dans la forêt de Marly. Hopseigneur ^lla dîner à Meudon avec madame la Duchesse et revint ici pour la comédie, qui fut si longue que quand B{ouseigaei)r et madame la duchesse de Soui^ogne remontèrent ils trouvèrent le roi à table avec monseigneur le duo de Bourgogne. — 1^ détachement de Tarmée de M. de la FeuUlade a joint M. de Médavy^ qui, avec les troupes que lui avoit

laisâSas SI. de YendôinQ^m* le haut de TOgliOi aum seize ou dix-sept batoiUons ^\ autant d'eaosd»)»» ; il joindra M f de Yenddme sup )a Chlesai si q^ prinee «Poit eu avoir besoi»! ou, avec ce corps i^paréj il pourra inciommoder les euQçmis sur les derrières et troubler l^ur communia pation avec Brescia. *— Sfadaïue la pripoesse d'Épiuoy a acheté le comté de Saiut-Paul an Artpis ; elle Ta au denier vingt } c'est une des plus nobles terras du royaumcj et la principale terre de la maison d'Épinoy an relève ; le roi lui a donné les lods et ventes, «r-r )!. 1q prince de Canty, qui a acheté la terra de Beaumont sur Oise de madame la maréchale de la Mothe, en est allé prendre possession | cette terre est du domaine > ipais elle touche Àriler^dam Qt par là cQDvenoit à M. le prince de Conty.

Mardi 8^ à Yer$aiHe$. — Le roi et toute la maison royale entendirent raprôs^née la sermon et vêpres. Madame la duchesse de Bourgof ne, qui étoit un peu incommodée» l'entendit de la tribune; après vêpres le roi alla sa prpr mener àTrianon. Monseigneur le due de Bourgogne et madame la duchess# de Bourgogne revinrent au sajut. ^^ M. de Surville est ^ la Bastille depuis quelques jours î il y a ét4 conduit par un exempt de la eonnétahlie^ qui l'étoit aUé prendre 4 Arras. l^rQÎ n'a point voulu juger l'affiiipe,

comme ou espéroit qu'il feroit; il Ta laissée au jugement des maréfihauic de Franpei qui en sont trèshaffligés, p^rae qu'il faudra qu'ils jugent selon la sévérité des ordour napi^, -r-r Le chevalier de Villeneuve» enseigne des gai^ des du cprps de la compagnie de Boufflers» ne pouvant plus servir à cause de ses incommodités» se .retire ; le poi lui donne fc,900franes de pension. Vernassali aidarmsjor de la compagnie» aura renseigne» et l'aider^madarité ait donnée 4 la Billarderie» ancian exempt de la eompagnid» #t le b^tpn d^exempt est donné au obevalier d'Oppdde , capitaine de cavalerie dans la colonelle générale»

Mertredi 9, à. V$rsmlhs* -^ h^ vo\ prit médecine et travailla le soir avec M. da Cbamillai4. Monseigneur alla

88 JOURNAL D£ DAJNGIsAl}.

dîner à Meudon après avoir couru le loup ; il ne reviendra que lundis étira droit à Marly. — Trente compagnies de grenadiers de l'armée que commandoit M. de l^Uars sont en marche pour aller à Auxonne^ où elles s'embarqaeront sur la Saône et le Rhône ; leur ordre est d^aller à Antibes. — L'abbé de Chamilly^ qu'on avoit dit mort, ne Test pas. — Il y a un grand différend dans la basse Allemagne pour Tévèché de Lubeck : pendant la vie du dernier évèquë , une partie des chanoines avoient élu pour coadjuteur le prince administrateur de Holstein-Gottorp; Vautre partie avoit élu le prince Charles, frère du roi de Danemark ; à la mort de Tévèque , l'administrateur se saisit d'Eutin, capitale de Tévèché; les troupes que le roi de Danemark a données à son frère se sont saisies de la ville d'Eutin. et Fadministrateur est maître du château. On croit que le roi de Suède fait marcher les troupes qu'il a dans le duché de Brème et de Poméranie pour soutenir les intérêts de l'administrateur^ et que le roi de Danemark, pour soutenir ceux de son frère, sera obligé de rappeler les troupes qu'il a au service des Hollandois. Jmài 10, à Versmlles. — Le roi tint le matin conseil qu'il n'avoitpas tenu hier; Monseigneur y vint de Meudon, où il s'en retourna dîner. — Il arriva le matin un courrier de M. de Vendôme, ses lettres sont du !•' de ce mois. Il date du camp auprès de Lonato. Le prince Eugène esi campé entré Calcinato et la ville de Lonato ; il a même mis son infanterie dans les fossés de cette place et sa gauche s'étend quasi jusqu'au lac de Garde. M. de Vendôme occupe toutes les hauteurs au-dessus de Lonato el a fait entrer des dragons dans le faubourg de Desenzano, dont les ennemis se vouloient saisir; mais nous les avons prévenus par notre diligence. Les armées se canonnent,et comme nous avons la hauteur sur les ennemis, notre canon fait plus d'effet que le leur; leurs déserteurs, qni viennent en grand nombre , assurent qu'en un jour on leur a tué plus de deux cents hommes; M. de Vendôme

espère de les faire sortir bientôt d'où ils sont. On compte dans Tarmée des ennemis que le prince Eugène ira faire un tour à Vienne et que le comte de Staremberg commandera en sa place. Ce colonel a eu ordre de Fempereur de se séparer de M. de Savoie pour aller commander ailleurs, et on croit qu'il ira en Hongrie quand le prince Eugène sera de retour de Vienne. — Le roi donna le matin audience à M. de Roquelaure* dans son cabinet, dont ce duc sortit fort content, étant pleinement justifié des accusations qu'on avoit faites contre lui, la campagne passée, quand Harlborough entra dans nos lignes.

* Roquelaure avoit besoin de toute la puissance de Torviétan (1) pour se tirer de Tétat ou sa fuite des ligue^ et le désordre qui s'en étoit suivi Tavoit précipité. Il y trempa longtemps , et y trempe encore aux yeux du monde, et n'a pas servi depuis ; mais le roi, anciennement épris des charmes de mademoiselle de Laval , qui entra fille d'honneur de madame la dauphine de Bavière sans avoir de chausses, la maria à Biron , fils de Roquelaure, duc à brevet , et lui donna un brevet de duc en mariage. On n'oubliera guère le mot qu'il dit en pleine et nombreuse compagnie , à la couche de sa femme , qui ne se fit rien moms qu'attendre et dont est venue la princesse de Léon : « Soyez la bienvenue, mademoiselle , lui dit Roquelaure , je ne vous attendois pas sitôt. » C'étoit un plaisant de profession, et, comme Ton voh ici , jusque sur soimême, qui, à travers de beaucoup de bas comique , en disoit quelquefois d'assez bonnes. Le roi eut toujours de la considération et de la distinction pour madame de Roquelaure , née aussi plus que personne pour cheminer dans une cour, et ne put enfin résister à ses peines sur la situation de son mari. Mous le verrons bientôt récompensé du commandement de Langue4loc , pour le tirer moins honteusement du service, et il y demeura bien au delà de la vie du roi. Il est immense , les biens que le crédit et l'art de cette femme sut acquérir, qui fit de sa maison une des plus riches de France , elle qui n'y avoit rien apporté et qui Tavoit trouvée fort obérée ; mais la beauté

(1) Voyez dans le second acte del'Ammir médecin la chanson du charlatan qui se tennine par ce refrain :

O grande puissance De l'orviéun !

' Ces mots étaient probablement passés en proverbe.

490 JOURNAL m DAMOEAU.

heureuse étoit, sous le feo roî, la dot des dots, dont madame de Soubise est bien up autre exemple ; celle-ci pourtant fit si bien avee son Languedoc et son industrie que longtemps après la mort-duroi, et en 1794, elle fit encore son maH maréchal de France, dans cette rare promotion qu'ai fit M. le Duc, alon premier ministra.

Vendredi 11 , à Versailles, — Le roi dîna à oxkze heures et alla se promener dans le pfirc de Harly pour voir Iqp cerfs^ les biches et les daims que M. d^Ecquevilliers a fait enfermer dans les toiles, -r- l,e duc de NoaiUes fxA enfermé avec le roi dans son cabinet au sortir de U masse, et nous sûmes après Taudiencç que 1q roi Penvoyoit daiis son gouvernement de Roussillon, où il souhaitoit fort d'allar depuis que ia ianté eti rétablie ; quand le« tronpes que nous envoyons de ce eôté-là seront jointes à l'armée du roi d'Espagne, il servira de maréchal de camp sous le roi d'Espagne, — Noblet, qui faisoit la charge de ^(srétaiPQ des commandements de monseign^Of le duc de Bourgogne, est mort depuis quelques jours; Is m fera (aire cette fonction-lft par H. de Charmont, secrétaire du cabinet^ et c*est au secrétaire du cabinet que cette fonction doit appartenir naturellement. On ne lui donne aucune augmentation d'appointementp pour cda, — Vu troisième fils de M* de Saint^Qepmain-'Beaupré, qui avait servi en Espagne et qui avoit une commission de colonel, est mort à Paris de la petite vérole, qui est fort dangereuse cette année (1),

Samedi 13, à Vêrtaillei, -^ La roi, après la consaiidk finances, entretint encore M. de CbamiUart asses loagtemps , et après dîner il retourna encore dans le parc de Marly, où il vit prendre cent trente cerf?» biches ou daims; on les prit dans des panneaux, on les mena sur

( 1) « Le poarpre et la petite yérole soat telleiant à VerMiHaa ipm dm II grand commun il y meurt tous toi jpim ïém des gens , et on a fait (liR aux maîtres d*hôtel et officiers du roi dt laiogar dans la ville ani mmnm les plus saines.» (Letfre 4§ to marquiH (i>'iiU9rtlf»t du |1 iéoaa^)

DÉ<]CJdBRK 170». 4ièi

l'heure dan» le bolide Boulogne^ et il n'y en a eu que cinq qui se soient tués. Madame U duebesae de Bourgogne voulut les aller voir prendre» quoiqu'il fit un asse» vilain temps; elle se promena môme longtemps à pied et en fut un peu inoommodée le soir. •— On eut des lettres de Nar drid du kl le roi d*£spague a foit h revue de quelques régiments frangois qui ont passé U aiipvès, veniint d'Es«tramadure» et continuent i mareh^r en Aragou, Ul flotte ennemie qui étoit devf^nt Bai>celcme a débarqué à Âlioante le marquis d' Ayetoune, que le roi d'Espagne a fait colonel de ses gardes ; on dit aussi qu'ils ont débarqué i Nalaga M. de Yelasiso et les prisonniers qu'ils avoient &it6 & Bareelone. ~ N* Dueesse, qui revenoit de Madfi4 pour reeevpir iei les ordres du roi sur le départ des ga^ lions, est tombé en cbemin « et a été QJ>Ugé de restar ^

Amboise* JHmamhe a, à V^rsaUUê. ^ Le roi , après avoir en*-

tandu le sermon avec toute la maisou royale , vouloit aller sa promeuer 4 la M énageHe ; mais le vilaiu tepdps l'en empécba; IL entra de fort boune heure ebax madame de Haintenon et travailla longtemps avec JK« de CbamiUart. H Je duc de Bourgogne, après le se? mou, entendit vêpres, et retourna eneore au salut» Madame 1/| dui^hease de ]9lourgogne et monseigneur le doc de Berry ellèreat au sdut. Monseigneur entendit 4 Maudon un musieien de M. Vé^ lecteur de Bavière, qu'on trouva qui ebantoit trè(§-bîen; c'étoit dans h cbambâ^ de madame la princesse de Cooty, qui étpit.pertie d'ici après la messe pour eUer dtner è Meudon avee Monseigneur* -r- Pendant que le roi étoit au oonseil le mi^tin , il emv^ un ponrriep de Montmélian , et le roi nous dit & son dîner que le gouverneur de (çett^ place s'étoit ravisé , et qu'il étoit en^n ponvenn de noos

livrer la porte de Montmélian le 12, et que la garnison en sortiroit le 17. On fait partir des mineurs en poste pour faire sauter cette place de ntanière qu'on ne puisse la raccommoder A ravanir.

492 JOURNAL DE DAJVGEAU.

Lundi iky à Marly, — Le roi dîna à onze heures à Versailles et puis vint courre le cerf ici ; après la chasse il se promena dans ses jardins jusqu'à la nuit, et travailla ensuite chez madame de Maintenon avec H. Pelletier. Monseigneur revint ici le soir de Meudon. Madame la duchesse de Bourgogne fut incommodée toute la journée; elle n'alla point à la messe ; elle garda le lit à Versailles jusqu'à six heures et puis elle monta en carrosse pour venir ici, où elle se coucha en arrivant. Madame n'est point de ce voyage, elle s est donné une entorse qui Ta obligée de demeurer à Versailles; il n'y a pas beaucoup de dames à ce voyage. Le roi a amené beaucoup d'officiers généraux de ses armées; il y en a même quelques-uns qui n'étoient jamais venus ici (1). — L'électeur de Bavière et le maréchal de Villeroy ont reçu des lettres de Hollande des gens qui ont accoutumé de leur mander des nouvelles sûres ; ces lettres portent que l'augmentation des troupes proposée pour la campagne qui vient ne se fera point. Les Anglois voul oient obliger lesHollandois à n'avoir aucun commerce avec la France, pas même par lettres , et les Hollandois ne l'ont pas jugé à propos, cela leur étant trop préjudiciable et à leurs États.

Mardi 15, à Marly. — Le roi se promena tout le matin et toute l'après-^lnée dans ses jardins. Madame la duchesse de Bourgogne ne souffre plus de sa migraine.

— On reçut des lettres du siège de Nice du 7. Notre canon devoit tirer le 8 au matin , et nous avons plus de soixantedix pièces de gros canon en batterie. M. de Laval, colonel du régiment de Bourbon, a été dangereusement blessé.

— On a eu nouvelle que M. de Staremberg est arrivé àFarmée du prince Eugène, qu'il commandera en l'absence de ce prince, qui va faire un tour à Vienne. — On mande

(1) « Sa Majesté va demain à Mariy. La bougie, les écritoires, le chooobl, thé et café y sont retranchés , et les dames n'y mèneront que femme. » {Leêtre de la marquise d^HuxeUes^ du 13 déoenilire. )

DËCEMSRë tTOtf. 49$

de Catalogne que les peuples de ce pays-là commencent £ être fort dégoûtés de l'archiduc ; il fait de grosses im* positions sur la campagne et sur les villes^ particulièrement dans Barcelone ; il a pris deux églises de la ville pour les donner aux Anglois et aux Hollandois, qui y prêcheront présentement; il a ôté l'inquisition, et tout cela déplaît fort aux habitants, même à ceux qui lui sont le plus affectionnés.

Mercredi 16, à Marly. — Le roi tint conseil le matin comme à son ordinaire et se promena Taprès-dlnée dans ses jardins. Madame la duchesse de Bourgogne allt^ à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre, qui a la fièvre depuis quelques jours ; elle est même fort abattue. — La brigade des carabiniers vacante par la mort d'Imécourt a été donnée à Rouvray , mestre de camp de cavalerie, et on lui donne permission de vendre son régiment; c'est M. du Haine qui Ta proposé au roi. — On mande de plusdeuTs endroits d'Allemagne que les Bavarois, las des oppressions des troupes de l'empereur, se sont assemblés au nombre de vingt mille , que leur nombre augmente tous les jours, qu'ils ont plusieurs officiers à leur tète, et que depuis peu de jours ils ont encore pris Scharding et Wasserbourg, qui sont sur Flnn; on savoit déjà qu'ils avoientpris Braunau sur la même rivière etStraubing, qui est sur le Danube.

Jeudi 17, à Versailles, — Le roi, après la messe, alla courre le cerf; Monseigneur et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasse. — Il arriva un courrier de M. Amelot, notre anû)assadeur à Madrid ; l'armée de M. de Tessé marche toujours en Aragon; mais on craint de ne pas trouver en ce pays-là tout ce qui seroit nécessaire pour la subsistance des troupes. Les lettres venues par ce courrier sont du 10, et Ton disoit toujours que le roi d'Espagne partiroit à la fin du mois. — On mande de Hollande €{ue, le 7 de ce mois, le vaisseau hollandois que montoit le sieur Vander-Dussen, revenant de Catalogne, avoit

4§4 JOURNAL Dk/dANGEAU.

péf i à Ténti^é de la Mêitide, ftupi'èâ de GdMe; oe vtfiMati étoit de quatre-vingtslix pièces de tsAhùû et la plus grande partie canon de bronze. -^ Le duc de Noailies vint ici prendre congé du roi.

Vendredi 18^ d Marly. -^ Le roi alla raprès-dldée à Saint^rmain voir le roi et la reine d'Angleterre, qui se portent mieux. — ^ On eut des lettres du siège de Nice du 9 ; voici une copie de la lettre du duc de fierwick : Hier^ notre artillerie commença àtirer et s'occupa tontle jour â ruiner les parapets et démonter les canons des ennemis^ lesquels firent aussi de. leur c6té untfèS'grsnd feu. Les déserteurs arrivés cette nuit assurent qu'ils ont es quatre pièces de démontées et plus de cinquante hommei tués; nous en avons perdu une vingtaine tant tués que blessés, parmi lesquek se trouve malheureusement M. Fil* ley, chef de nos ingénieurs, qui a été tué d'un mèmeooiip avec M. de Charment, brigadier dMngénieurs ; c'est nae perte pour le roi que le premier, car il étoit homme tressage et très-capable. Aujourd'hui partie de notre bat en brèche , et partie continue à ruiner les défenses e( les parapets.

Samedi 1&, à VefsailUê. — Le roi, après la messe, alla courre le cerf et, malgré le vilain temps, il fit lapins belle chasse du monde; Monseigneur et monseigneur le duc de Berry y étoient. Après le dîner le roi se promena dans ses jardins jusqu'à quatre heures et puis partit pour revenir ici. Madame la duchesse de Bourgogne en partit un peu avant lui, et en arrivant ici elle allachec Madame. Le roi travaillale soir chez madame de Maintenon aveoM. de Chamillart. — Le maréchal de Yillars arriva après afw visité les places de la Sarre. — On parle fort du mariage de mademoiselle de Mailly avec M. le marquis de UsteiMHS et de celui du comte d'Uzès avec madame Hamelin. -* Madame la duchesse de Savoie est accouchée d'un troisième prince^ qu'on appellera le duc de Chablais; M. de Savoie a donné part au roi de sa naissance. — Le roi, de-

puis quelques jours, a fkit brigadier le marquis de Sillery , qui sert en Bspàgtie ; il est colonel d'un régiment qui porte son nom et qu'il avoit acheté du maréchal de Gattnat.

Dbmm^ M, à VermUkê. ^ Le roi^ après avoir en* tendu le sermon, où toute la maison royale étoit aveclui^ alla se promener à Trianon. «^ U arriva le matin un cour^ rier de M. de Vendôme; ce prince mande ou roi qtiHl a séparé ses troupes en différents quartiers , où elles sont fort à leur aise, et qu'il s'est saisi de Desensano, où il a laissé six bataillons et quelques régiments de dragons.; le prince Eugène a séparé ses troupes aussi, etnos quartiers seront fort près de ceux des ennemis. — Le roi nous dit à son petit coucher (il n'y en a plus de grands depuis Pâques *) que la garnison étoit sortie de Montmélian le 17^ comme on en étoit convenu. On a trouvé dans la place beaucoup d'artillerie et trois cent quarante milliers de poudre, dont on emploiera une partie à faire sauter les fortifications; les mineurs y travaillent déjà. — Le roi a fait réponse au duc de Savoie sur la naissance du duc de Gbablais.

* La longue goutte que le roi svoit eue avoH accoutumé à n*avoir point de grand coucher, et cette habitude, qui lui fut commode^ ne lui permit pas de le rétablir.

Lundi 21 , à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à la Ménagerie par le jplus vilain temps du monde, car il ne fit que pleuvoir et neiger. Madame la duchesse du Maine joua une comédie & Clagny , où étoient M. le duc d'Orléans^ madame la princesse de Conty et beaucoup de gens de la cour *. — On avoit débité à Vienne la nouvelle que les mécontents de Hongrie avoient été entièrement défaits en Transylvanie , que le comte Forgatsch avoit été tué et que le prince Ragotzki avoit eu le bras emporté d'un coup de canon; mais la nouvelle s'est trouvée fausse. — l-iCS dernières lettres

49tf JOURNAL DE DAINGEAU.

d'Espagne nous apprennent que S. M. C. ne doit partir de Madrid que le 12 du mois qui vient; la reine demearera régente en son absence; tous les ministres demeureront auprès d'elle ; l'ambassadeur de France y demeurera aussi. — Le prince de la Hirandole, qui est dans le parti de la France^ a fait demander en mariage mademoiselle d'Elbeuf^ sœur de la duchesse de Hantoue ; c'est M. et madame de Yaudemont qui ont négocié cette affaire, qui se conclura ce printemps ; elle aura 400^000 francs, et on compte qu'il aura 100,000 écus de i*ente.

*,3Madame du Maine avoit depuis longtemps secoué le joug de la contrainte j et ne s*embarrassoit pas plus du roi ni de M. le Prince, son père , que de M. du Maine, qu'elle avoit subjugué. Elle s'étoit ta craindre à lui par beaucoup de hauteur, qui lui faisoit sentir rioégalité de son mariage , et par une humeur qui l*inquiéta sur sa tête, et qui le détermina, pour avoir plus tôt fait , de la laisser entièrement la maitresse ; et le roi, complaisant pour M. du Maine, ferma les yeux à toat; au moyen de quoi, M. le Prince n'eût pas été bien reçu à contrarier. Elle se lâcha donc à tout ce qui lui plut, en fêtes, en bals, en fein d'artiûces , et s'adonna tellement a jouer des comédies en public à Qagny, maison bâtie superbement, presque dans Versailles , pour madame de Montespan, et qui étoit venue d'elle à M. du Maine, que pendant bien des années elle ne fit presque plus autre chose.

Mardi 22, à Vermilles. — Le roi, pour raccommoder la cavalerie d^ Allemagne, qui a extrêmement souffert cette année , n'oblige les capitaines qu'à mettre huit chevaux nouveaux dans leurs compagnies, et le roi leur donnera 100 écus par chaque cheval qui'leur manquera de plus; toute la cavalerie de cette armée-là a presque autant perdu que Tannée passée. — On travaille en Flandre à on échange pour les prisonniers, et on compte que cela sera réglé avant la fin du mois. — H. le cardinal de Coislin est revenu ici de son évêché d'Orléans pour les fêtes de Nod; il a parlé au roi sur une affaire qu'un chevau-léger delà garde a voulu faire à M. l'évêque de Metz*, son neveu. Le roi avoit ordonné à M. de Chamillart, qui a Metz dans son département, d'écrire à l'intendant de la province

d'assoupir et de finir cette afiaire ; mais comme elle a fait beaucoup de bruit et que c'étoit une méchanceté atroce qu'on vouloit faire à M. Tévèque de Hetz^ le cardinal de Coislin a supplié le roi^ de sa part et de celle de son neveu, que Taffaire fût éclaircie et qu'on punisse ceux qui méritoient de l'être^ ajoutant que, si M. Tévèque de Metz avoit tort, il falloit lui ôter son évèché et sa charge, mais qu'il étoit juste aussi que, s'il étoit entièrement innocent, que la réparation de la calomnie fût publique et fût proportionnée à la méchanceté qu'on lui a voulu faire.

* Jamais aventure si éclatante, si ridicule, ni avec un si léger fondement : un enfant de chœur de la cathédrale de Metz, fils d'un chevauléger de la garde, sortit pleurant et s'enfuyant de Tappartement de M. de Metz, tandis que tout le domestique dinoit , et s'alla plaindre à sa mère que M. de Metz Tavoit cruellement fouetté. De ce fouet fort indiscret, s'il fut vrai , et fort peu du métier et de la dignité d'un évéque, des gens charitables voulurent faire entendre pis. La plainte du fouet seulement fut portée au roi , et le reste lui fut jeté en soupçon, tellement que cela fit un vacarme épouvantable, qui s'en alla tôt après en fîunée. Le rare est que M. de Metz s'étoit fait prêtre, de concert avec son oncle, malgré son père, qui le vouloit marier, voyant le marquis de Coislin impuissant plus que reconnu depuis son mariage ; que l'abbé de Coislin dit pour ses raisons qu'en quittant sa survivance de premier aumônier, son abbaye et ses espérances ecclésiastiques , il mourroit de faim , tant que son atné, qui nel'étoit de guère, vivroit, et on crut que, se sentant impuissant lui-même , il ne voulut pas s'exposer au mariage comme avoit fait son frère. La vérité est qu'il n'avoit ni peu ni point de barbe , et quoique sa vie n'eât jamais été ni dévote ni bien mesurée, on nVoit jamais pu attaquer ses mœurs. La suite de sa vie, qui a duré jusqu'en 173S et qui a été infiniment réglée , appliquée à son diocèse et toute éclatante des plus grandes et des meilleures œuvres en tout genre, a magnifiquement démenti ou l'imprudence, ou le guet-apens dont son oncle et lui pensèrent mourir de douleur, et dont la santé du cardinal, qui étoit la vertu , la pureté et l'honneur même , ne s'est jamais bien rétablie.

Mercredi 23, à Versailles. *- Le roi fut enfermé toute raprè^-dlnée avec le P, de la Chaise, comme il s'y enferme toujours la veille des jours qu'il doit faire ses dévotions. \je roi travailla le soir avec M. de Chamillart,

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et le bruit se répand fort qu'on songe plus que jamais à faire le siège de Turin au commencement du printemps. Quelques régiments de cavalerie, qui ont servi cette campagne dans Tarmée du maréchal de Villars^ sont arrivés en Savoie; on les a mis dans de bons quartiers. Les trentedeux compagnies de grenadiers de cette armée-là qu'on fait marcher â Nice et qu'on vouloit embarquer sur la Saône continuent leur marche par terre, parce que les rivières sont débordées ; elles ne pourront arriver à Nice que le 10 de janvier. — Il arriva un courrier de M. Amelot^ parti le 15 de Madrid. Cet ambassadeur mande au roi qu'un régiment de cavalerie espagnole, qui ëtoit au blocus du château de Dénia, dans le royaume de Valence^ que le roi d'Espagne vouloit reprendre, s'étoit révolté en 8e déclarant pour l'archiduc, qu'ils s'étoient encore emparés de deux petites villes en ce pays-là, et qu'ils avoient arrêté un officier général qui commandoit au blocus ; ce régiment-là étoit presque tout composé de Catalans.

Jeudi 24, à Versailles, — Le roi, Monseigneur, monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne firent leurs dévotions ; ils allèrent à vêpres et au salut. Entre vêpres et le salut le roi fit la distribu* tion des bénéfices. L'évèché de Rieux est donné à l'abbé de Ruthie, grand vicaire de Cominges; il étoit delà dernière assemblée du clergé. L^abbaye de Lezat, diocèse de Rieux et qui vaquoit par la mort du dernier évèque, est donnée à Tabbé d'Uzès, frère du duo ; il est chanoine de Strasbourg; cette abbaye vaut 5,000 francs. L'abbaye de la Capelle, diocèse de Toulouse, est donnée à l'abbé de Montlezun, frère de celui qui est exempt des gardes du corps. L'abbaye de Sain t-Poly carpe, diocèse de Narbonne, est donnée à l'abbé Maria. — Milord Harlborough est revenu à la Itaye , et doit repasser incessamment en Angleterre ; il a obtenu peu de choses de l'électeur de Brandebourg dans le voyage qu'il a fait à Berlin. — Le roi soupa à neui' heures, et en sortant de table il alla avec toute la

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famille royale dans la tribune, qù il enkpdit laattDe^ et les trois messes de minuit. Le qiaréchal de Yilleroy arriva pendant qu'on c)iantoit matines î le roi le vit de loin 9 il lui fit une mine très^gracieuse, et ce maréchal lui fit la révérence au sortir de la chapelle^ et le roi Tembrassa; on ne peut pas avoir été reçu plus agréablement.

Vendredi 2&, jour de Noël, à Ver$aille$. — Le roi et toute la famille royale entendireQt la grand^ messe, etl'apràsdlnée le sermon et vêpres. Le soir le roi donna une longue audience au maréchal de Yilleroy chez madame de Maintenon. — On eut des nouvelles de Nice par Tordi*naire^ et comme il y avoitdeux ordiqairesiju'il n'en étoit point venu, à cause du débordement des rivières^ les lettres sont du 12, du 1^ et du 16. La tranchée fut ouverte le 11. Nos batteries sont servies à merveille; nous avons un mineur attaché qui a trouvé une langue de terre et qui fait espérer qu'on verra bientôt un grand effet de sa mine. — M. de Bouzoles a vendu le régiment royal de Piémont 91,000 francs à. U. de Manicamp, fils du vieu^: Montataire et denai*frère de Lassay . U. de Brogiio a vendu le régiment du roi de cavalerie à M. de Saint-Privas 93,000 francs.— On aeudes lettres deSchaffouse de M. dePlancy, lieutenant de la gendarmerie , qui s'est sauvé d'Ulm, où il était retenu prisonnier fort injustement, sous prétexte que M. deBlainville devoitaux magistrats de la ville une somme d'argent assez considérable. Le pauvre d'Argelos^ colonel du régiment de Languedoc, y est encore retenu sous le même prétexte. — Pe roi donna le soir audience au maréchal de YiUars chez madame de Maintenon; il n'en avoit point eu depuis son retour.

Samedi 26, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée se promener à Trianon , où il y a beaucoup à travailler pour les bâtiments, parce qu'on a trouvé toutes les poutres pourries. Monseigneur alla dîner à Meudon, où il demeurera jusqu'à mercredi; il y a mené vingt-deux courtisans parmi lesquels il y a deux ou trois jeunes gens qui n'y

avoient jamais été. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent à vêpres. — Nous avons huit gros vaisseaux à Toulon prêts à mettre à la voile pour aller à Barcelone empêcher qu'il n'y entre par mer aucun convoi de vivres ni de munitions et tâcher de combattre les six vaisseaux que les ennemis y ont laissés. On a reçu des lettres de Saragosse du 13; Puységor et l'intendant de Parmée y étoient arrivés du 8. La tète de nos troupes y devoit arriver le 15, et tout sera assemblé dans la fin du mois. Le maréchal de Tessé doit être parti de Madrid du 15 pour s'y rendre ; cette armée sera coiaposée de dix-huit bataillons iErançois^ de deux bataillons du régiment des gardes espagnoles et de quelques milices de Navarre qui feront deux bataillons. Nous y aurons quinze escadrons françois et quinze espagnols. Ces troupes suffiroient, à ce qu'on mande, pour reprendre Lérida, To^ tose et Taragone ; mais^ par malheur^ on manque de tout en Aragon; il n'y a ni canon ni poudre; les troupes auront bien de la peine à y subsister.

Dimanche 2T, à Versailles. — Le roi vouloit aller tirer Faprès-dinée^ mais le vilain temps l'en empêcha; il entra de bonne heure chez madame de Maintenon et Tenvoya quérir à Saint -Gyr^ où elle étoit allée dès le matin, comme elle y va presque tous les jours. Monseigneur le Dauphin^. monseigneur le duc de Bourgogne, madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry allèrent à vêpres et au salut. — On eut par Fordinaïre des lettres du duc de Berwick du 1 9 . Il mande que ^nous perdons peu de monde au siège, que les batteries qui sont sous Montalban ont fait brèche à l'ouvrage à corne et à la face du bastion neuf qui couvre la tour qui regarde Montalban. On a logé deux mineurs dans le glacis pour aller chercher les galeries que les assiégés ont sous le cheinin couvert. La grande parallèle au pied de la rampe du château est entièrement achevée; elle prend depuis lii ville jusqu'à la mer, et une; autre parallèle qno Ton a tin^e le lou^ cl*»

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la Limpia. Les assiégés n'ont point fait de sorties; ils se contentent de rouler des bombes , des grenades et des pierres ; les déserteurs, qui viennent toujours en grand nombre, assurent qu'il y a déjà eu trois cents hommes tués dans la place. On mande de Madrid que le due de Medina-Sidonia , grand écuyer, avoit voulu remettre sa charge au roi, qui n'a pas voulu recevoir sa démission. Le roi d'Espagne dit toujours qu'il partira le 12 ; mais on commence à douter de son voyage.

Lundi 28, à Versailles. — Le roi alla tirer raprè&-dlnée. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent à vêpres, parce qu'il étoit encore fête tout le jour ici. Le roi travailla avec M. Pelletier chez madame de Maintenon. Monseigneur vint hier ici deMeudon pour le conseil et s'y en retourna diner. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, les lettres sont du 20.' 11 ne parle point de revenir ici ; cependant il avoit témoigné souhaiter d'y venir faire un tour pour quelques jours^ et le roi lui avoit mandé qu'il étoit le maître d'y venir en cas qu'il jugeât que son absence ne pût pas préjudicier aux affaires. Il est toujours dans les mêmes quartiers , et les ennemis dans les leurs. Le prince Eugène ne va point à Vienne; c'est M. de Staremberg qui y va, et on croit que l'empereur veut l'envoyer commander son armée de^Hongrie. La cavalerie ennemie souffre fort dans les quartiers où elle est, et on assure qu'on lui va faire repasser les montagnes pour l'envoyer sur l'Adige.

Mardi 29, à Vers(ùlles. — Le rôi alla l'après-dinée se promener à Harly. Monseigneur le duc de Bourgogne, madame la duchesse de Bourgogne, monseigneur le duc de Berry et madame la princesse de Conty allèrent diner à Meudon, et l'après-dinée monseigneur le duc de Bourgogne revint ici. Monseigneur mena madame la duchesse de Bourgogne, monseigneur le duc de Berry et madame la princesse de Conty à l'opéra. Après Topera Monseigneur retourna à Meudon, et madame la duchesse

de Bourgogne , monseigaeur le duc de Berry et madame la princesse de Conty arrivèrent ici. — Le mariage de H. de Duras est conclu avec mademoiselle de Bouroonville,. qui aura 100,000 écus de la succession de M. son père, et le roi lui donne à vendre un guidon des gen* darmes, dont on croit qu'elle tirer après de 100,000 francs; la noce se fera ici la veiUe des Rois chez madame de Noailles. — On a eu, par l'ordinaire , des lettres de Nice du 21. Le duc de Berwick mande que le siège continue; il vient toujours des déserteurs en nombre qui assurent qu'il n'y a plus que neuf cents hommes dans la place; il y en avoit près de seize cents au commencement du siège ; il en a déserté plus de trois cent cinquante , et ils en ont eu presque autant de blessés ou de tués.

Mercndi 30, à Ver$aillei. — Le roi alla Taprès-dinée i Tfiauon. Monseigneur le duc de Bourgogne se trouva ma} le SQÎr et se mit au lit à neuf heures. — On eut des lettres de Madrid du 18 ; le roi d'Espagne compte toujours de partir le 12, mais on en doute là comme ici. Le maréchal de Tesisé partit le 15 de Madrid et devoit arriver à Sarago^se deux jours après ; il y a eu deux ou trois petites affaires sur les frontières d'Aragon, et les soulevés ont toi\jours été battus. — Le mariage de mademoiselle de Mailly est signé avec M. de Listenois ; elle aura 50,000 écus en mariage, dont le roi en donne 20,000 sur la maison de ville ; la mère en promet 30,000 autres et en payera les intérêts ; en attendant, S. M. donne 2,000 écus de pension à M. de Listenois. — On mande d'Allemagne que le nombre des soulevés de Bavière augmente tous les jours; les ministres qui sont à la diète de Ratisbonne en font transporter leurs meilleurs effets et parlent de se retirer tout à fût si Tempereur n'envoie promptement des troupes pour les mettre en sûreté.

Jeudi 31, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dlnée. Monseigneur le duc de Bourgogne fut saigné le matin ; madame la duchesse de Bourgogne fit porter son dîner

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chez lui. Monseigneur le duc de Bourgogne se releva à une heure et passa le reste de la journée chez madame de Haintenon. Monseigneur revint de Meudon, où il avoit couru le loup le matin. — Monseigneur le duc de Berry, qui est dans sa vingtième année depuis quatre mois^ n'aura plus de gouverneur ni de sous-gouverneur; on avoit accoutumé même de les 6ter de meilleure heure aux autres princes. On leur conserve leurs appointements et leurs logements^ comme cela s'est toujours fait^ et au retour de Marly il n'y aura plus qu'un lit dans sa chambre; on ôtera celui du sous-gouverneur ; on ne parle pas encore de faire sa maison. — M. le marquis de Brancas^ maréchal de camp de l'hiver passé ^ n'avoit point encore vendu le régiment d'Orléans dont il est colonel. M. de ViUemenu , gentilhomme de Bretagne et lieutenant au régiment des gardes y Tacheté 55,000 francs et donne outre cela un pot dé vin à la marquise de Branoas. M. le duc d'Orléans l'a agréé et en demandera Tagrément au roi.

Pendant tout le cours de l'année le roi a tenu le conseil d'État les dimanches^ les mercredis et les jeudis , et de quinze jours en quinze jours le lundi. Ce conseil est composé du roi , de monseigneur le Dauphin y de monseigneur le duc de Bourgogne et des quatre ministres d'État^ qui sont : M. de Beauvilliers , M. le chancelier, M. de Torcy et H. de Chamillart. Les mardis et les samedis le roi tient le conseil de finance^ qu'on appelle le conseil royal, qui est composé du roi, du chancelier comme chancelier, de M. de Beauvilliers comme chef du conseil des finances, des deux conseillers du conseil royal qui sont MM. Pelletier et Daguesseau, de M. de Chamillart, qui est conseiller de ce conseil-là, comme contrôleur général^ des deux directeurs des finances qui sont créés

âai JOURNAL DE DANGRAU.

depuis peu et qui sont d'Armenonville et Desmaretz; outre cela^ on fait entrer quelquefois dans ce conseil quelques conseillers d'État et un maître des requêtes pour rapporter les affaires difficiles. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne n'assistent guères à ce conseil. Le lundis de quinze jours en quinze jours^ il y a conseil de dépèches pour les affaires particulières des provinces. A ce conseil assistent le roi^ Monseigneur, monseigneur le duc de Bourgogne , M. de BeauviUiers, le chancelier et les quatre secrétaires d'État , et à ce conseil M. de Torcy et H. de Chamillart y sont debout, quoiqu'ils soient assis à tous les autres conseils ; mais ils ne sont regardés à celui-ci que comme secrétaires d'État. A ce conseil chacun des secrétaires donne au roi un cahier qui contient la liste de toutes les expéditions' qu'ils ont signées au nom du roi et contresignées depuis le conseil précédent. Les vendredis y le roi travaille avec le P. de la Chaise le matin ; et les mercredis, avant le conseil d'État , il travaille avec le cardinal de Noailles comme archevêque de Paris. Les dimanches et les mercredis au soir le roi travaille chez madame de Maintenon avec M. de Chamillart ; les mardis avec M. de Pontchartrain pour les affaires de la marine ; les lundis avec M. Pelletier pour les fortifications et pour les ingénieurs. Outre cela , le roi travaille encore souvent à des affaires eitraordinaires^ surtout quand il arrive des courriers.

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