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ils devoiedt passer la Dyle Ters sa source. On attend un cotirrier du maréchal de Villeroy par qui on apprendra les mouvements de ce (jU'ils auront fait le 16. -^ Madame la princesse des Ursins est arrivée à Madrid ; le roi et la reine d'Espagne ont été asse» Idln 6lu-devant d'elle. — Le roi de Portugal est à^ la dernière esttrémité. — On apprit qtie là flotte eiinéiilie étoit le 3 dans la rAde dé Gibraltar ; elle a été jointe par les vail^seaut qui étoient à Lisbonne^ et Ton ne doute pas que rarchiduc ne soit sur ces vaisseaux par tous les éoups de canon qu'on a entendu tirer, qui sont les salves. Milord GaUowày et le prince de Darmstàdt doivent élre embarqués avec lui.
Mercredi 19, d Mûrly. — Le roi travailla Faprèsdinëe avec M. de Chamlllart jusqu'à sbc heures et puis vint icis Monseigneur et hionsëigneur le duc de Berry al^ lèrent de SAini^Maur coucher à Villeneuve-Saitit^lëorges. Madame la duchesse de Bourgogne partit à trois heures de Versailles et alla à Saint-Germain voir LL. MMs BB. ; elle fût longtemps enfermée aVec la reine^ qui Se porte mieux et qUi espère pouvoir faire le voyage de Fontainebleau. -^ Il arriva le soir un courrier du maréchal de Villeroy, parti le 17 au soir; les ennemis avoient marché le 15 et avoient campé ce jour-4à à Corbay, le 16 entre Genap et Nivelles, et le 17 au matin & Hulpen \ ils ont avec eiix un grand nombre de chariots de paysans, qui leur portent pour dix jours de pain ou de biscuit, et ils publient qu'ils vont faire uflë entreprise considérable, et nous sommes persuadés qu'ils ne sauroient réussir à rien de ce qu'ils entreprendront. Notre armêfe est campée la droite au bois deSoignies> lagauche àNeer^Ische, lequartier de l'électeur et celui du maréchal de Villeroy à Owet-Ische; nous avons des postes d'infkhterie sur \k I^ane. Nous avons envoyé une brigade d'infanterie aux Sept-Fontaines et deux autres brigades avec quelque cavalerie et des dragons vers Bruxelles dans la route dé Waterlo ; tous ces détachements nous peuvent rejoindre en
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moins de deux heures. M. de Harsin étoit arrivé le 15.
Jeudi 20^ à Marly. — Le roi se promena le matia avec madame de Maintenon, la maréchale de Noaillesetla comtesse de Gramont; Taprès-Hllnée il courut le cerf, madame la» duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa petite calèche. Monseigneur le duc de Bourgogne alla à SaintrGermain voir LL. MM. BB. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry arrivèrent sur les huit heures ; ils avoient couru le loup le matin dans la forêt de Sénart et étoient revenus dîner à Villeneuve-Sain(»Georges. — Toutes les lettres qu'on reçmt de notre armée de Flandre parlent de la démarche qu'a faite Harlboroogh comme d'ime démarche extravagante qui ne peut le po^ ter à rien. Uavoit voulu faire avancer quelques troupes dans la route qui va de Waterlo à Bruxelles ; Pasteur, brigadier de dragons des troupes d'Espagne, les avoit repoussées, et ils se retirèrent sans s'opiniàtrer à forcer œ passage. — M. de la Vrillière vint trouver hier le roi, au retour de sa promenade, pour lui dire qu'on avoit ea nouvelle àBayonne que le roi de Portugal étoit mort ; cette nouvelle est confirmée aujourd'hui, et l'on ajoute même qu'on a caché cette mort durant cinq jours en Portugal.
Vendredi 21 , à Marly. — Le roi se promena tout le matin et toute Taprès-dlnée dans ses jardins ; madame la duchesse de Bourgogne se promena avec lui le soir. Monseigneur se promena de son c6té avec les dames; messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tirer dans la plaine de Roquencourt. — Il arriva un courrier de M. le comte de Toulouse, parti de Toulon le 16. Il mande qu'il avoit eu avis que la flotte ennemie étoit le 7 à la hauteur de Carthagène ; elle est de cent dix-sept voiles , dont il y a plus de soixante vaisseaux de guerre, et le 11 de ce mois deux frégates parurent devant Barcelone, dont une* avoit pavillon anglois. Les esprits des Catalans ne sont pas bien disposés pour le roi d'Espagne, et il y en a déjà cinq ou six mille qui sont
SOUS les armes dans la plaine de Vich et qui se «ont déclarés pour Tàrcbiduc ; cependant il n'y a pas beaucoup à craindre pour ce pay&*là^ pourvu que Barcelone demeure fidèle. Il y a cinq mille hommes dans la place^ et Ton est fort persuadé de la fidélité du vice-roi. — Madame la comtesse de Grignan* et M. le chevalier d^Harcourt, frère du maréchal, sont morts de la petite vérole à Marseille . — Il arriva le soir un courrier du maréchal de Villeroy y parti du 20 à quatre heures au matin. Il mande que les ennemis se sont retirés, ont repassé la Dyle et sont venus camper entre Florival et Limale ; on compte que depuis quMls ont forcé les lignes ils ont perdu plus de cinq mille hommes de désertion , cependant ils sont encore très-forts; la maladie des chevaux est violente dans leur armée. Le détachement de huit bataillons et de huit escadrons qui nous vient de Tarmée du maréchal de Villars ne nous doit joindre que le 28 ; c'est le marquis de ConflanS; maréchal de camp, qui le commande. — Mademoiselle de Cbarlus, sœur du marquis de Lévis, est morte à Paris; elle étoit fort bien faite et fort estimée.
* La beauté et plus encore Fagrément et Tespritavoient donné de la réputation à madame de Grignan , en quoi toutefois elle étoit infiniment surpassée par madame, de Sévigné, sa mère , dont le naturel et une sorte de simplicité brillante d'esprit et de grâces, comme à la dérobée d'elle, rendoient son commerce délicieux; elle n*avoit ni le pincé ni le précieux de sa fille, et toutes les deux beaucoup d'amis et une infinité de gens avec qui elles étoient continuellement en commerce ; elles vivoient ensemble dans une grande union , et la mère dans une adoration continuelle de sa fille. Celle-ci vécut de même avec la sienne, qui épousa le marquis de Simiane, qui hérita des charmes maternels, mais qui , devenue veuve , incommodée dans ses affaires et dévote , se confina à la fin en Provence, sans eufants. Il ne faut pas oublier un mot de la précieuse madame de Grignan, qui avoit fort mésallié son fils pour raccommoder leurs affaires délabrées. « Il faut bien quelquefois fumer ses terres , * disoit-elle. Jamais la famille de sa belle-fille ne lui pardonna (1).
(1) « Mailame la comteftfte de Ori^ian , si renommée par «on t«prif*i*t par sa
m JOURMAL DE DANGEAU
Samdi 98, à Ilfmrly. ^-^ Le roi se pwoMi» tout le matin et alla courre le eerf Taprès-dlnée. Monseigiieiir alla dinar à lleudon et revint ici pour le souper du roi. Messeigneurs les dues de Bourgogne et de Berry all^ rent tirer dans la plaine de SaintrDenis. -^ U arriva ud pourrier du maréchal de Villars, qui ne pouvant plus subsister au delà du Rhin manque de fourrage, remarcboit à kebl. Dans sa 'marche un parti qu^il avoit envoyé i la guerre lui amena des prisonniers qui Tassurèreut que le prince de Ba^e marchoit àlui. Sur cette nouvelle il suspendit sa marche, se mit en bataijle et demenn tou|i le reçte du jour en cet état ; les ennemis n'ayaat point paru, il vint le lendemain camper à Kebl pour repasser en deçà du Rhin . •— Nous iaisons sauter to fortifications de la ville de Nice, et les troupes qui f étoient en garnison vont joindre M. le comte 4e Toulouse. T- L'éleateui* de Bavière a envoyé ici un couiri^-
Dimanche 33, é Morly — Le roi tipt conseil à sou (»"
beauté et si honorée (Nir toutes les plus rares qualités de son sexe et de stsaiftsance, ipourutle 13 de ce mois à une lieue de Marseille. Son nom étoilFrançoiK* Marguerite de Montmoron de Sévigné. Elle étoit fille de feu roessire Heniy àt Montmoron, marquis de Sévigné, maréchal des camps et armées du roi et gov- Terneur de la ville et chAteau de Fougères en Bretagne , où cett* naiioa etf reooomie pour grande et andenne, et de feue dame Blarie de Babelu»s oonnue et si estimée à cause de son esprit et de tant d'autres avaoUf». }iM marquis de Sévigné, si distingua dans le monde et qui a servi avec Uatd'if' probation dans la gendarmerie, dont \\ a commandé une comp^gp^e, n'avat point de frèfe et n*a?oit de sœur qpe celle qui vient de mourir. £Ue époaai en 1669, messire François A.dbémar de Monteil de Casteliane, comte de Gngnan, chevalier des ordres du roi , seul lieutenant de roi en Provence, qu tir^
son origine de maison souveraine Elle a passé pour une des plus betttf «t
des plus parfaites personnes de son temps. Elle aimoii la vertu et le néfil»; elle avoit un goût acquis et naturel pour les arts et pour les scâences, etdk tenoit lieu d'un Mécène à tous les gens de lettres et à tous les gens de mérite qui avoient besoin de sa protection. Elle avoit toiqoiirseii de grswisi ments de religion; et on écrit de Provence que par un pressentimeot d'oie mort prochaine, ses sentiments pour Dieu se redoubloient tous les jours ettf fortifioient davantage. Elle ne laisse qu'une fille, qui n'est pas indigne d'dlf ; c'est madame U marquise de fiimiaiie. » iUttcwre d'août, pagiea 3» à m)
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dinaire et travailla Taprès-dlnée aveo M. de ChamiUart. H. de Senneterre *, maréchal de camp^ arriva le matin; il apporta au roi la nouvelle d'un grand combat ep Lombardie, où nopâ avops eu tout l'avantage : Taffaire se pa^sa la 16 auprès deCaasano, et la gloire^ de cette action est due à la vigilance et au courage de M. de Vendôme. H. le prince Eugène Tattaqua fort vigoureusement et même eut quel(]ue avantage dans le compiencement ; mais |a fin le\xv a été fqji funeste. Les ennemis ont perdu toute la tète de leur infanterie ; ils opt laissé plus de six mille morts sur le champ de bataille. Le comte de Linange^ qui commandoit sous le prince Eugène , et le prince d'Anbalty qui commandoit les troupes de Brandebourg, ont été tués. Les prisonniers et les rendus disent que le prince Eugène est blessé à la gorge. Nous avous beaucoup de prisonniers, quelques drapeaux et quelques canons. La cavalerie n'a point combattu, mais le combat d'infanterie a été très-vif et a duré quatre grosses heures. Nous y avpns eu trois colonels tués, Guerchpis, colonel de la marine^ Chaumont, colonel de Soissonnois, et Mirabeau. MM. de Praslin et Vaudrey, lieutenants généraux, sont blessés à mort. Mauriac, mestre de can^p de cavalerie, a été tué. M. dé Vendôme a chargé M. de Senneterre de louer au roi quatre hommes qui se sont fort distingués dans Tafbire du combat en Lombardie, qui sont r'MM. du Bourg, Irlandois ,' maréchal de camp; Caroll , Irlandois, lieutenant-colonel du régiment de Berwick ; le marquis de Grancey, brigadier d'infanterie, et. ... , qui faisoit la charge d'aide-major de l'infanterie. Le prince Eugène s'est retiré àTreviglio, après nous avoir abandonné le champ de bataille, et M* de Vendôme est retour ué camper à Cassano, où il a son pont sur TAdda. M. de Senneterre partit le 17, le lendemain de l'action , et M. de Vendôme doit faire partir incessamment un courrier par qui on saura tous les détails. On n'a point trouvé le chevalier de Forbin après le combat. Il y a beaucoup d'officiers généraux des
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ennemis blessés dont on ne sait point encore les noms.
* La retenue des Mémoires va jusqu'à supprimer des faits. Le grand prieur, peu d'accord avec son frère pour des valets et des affaires domestiques après la plus étroite et la plus constante amitié et union, lui avoit causé beaucoup de peine pendant toute cette campagne. La valeur de l'aîné étoit des plus nettes, celle du cadet plus que douteuse. Ce combat de Cassan , qui ne basta pas bien d'abord, et que la valeur et le coup d'œil de Prasiin rétablit, à qui il en coûta depuis la vie , déplut tellement au grand prieur que , le comptant perdu dès le commencement , il en alla attendre l'événement dans une cassine fort éloignée avec quelques troupes pour se garder. Ce trait , qui. fut vu et su de toute l'armée , acheva de le déshonorer. M. de Yoidôme ne pot ni le voiler ni le dissimuler, et le grand prieur, n'osant paroltre, repassa les monts et eut ordre de s'arrêter à Lyon , qu'il fit adoucir par son frère par la liberté de venir à Paris. La faveur de sa naissance et l'expérience de tout ce qui lui avoit été pardonné à tant de reprises lui fit espérer quelque chose de ce qu'il venoit de voir en madame des Ursins; mais pour le coup 0 fut trompé, et il n'a revu le roi de a vie (1).
(1) Nous devons à ToMigeance de M. Turpin la commanîcation d'one kttre inédite du prince de Vandemont à Chamillart sur la conduite do grand prinir k jour du oombat de Cassano. Cette pièce se trou?e aux Arcliives du DépAC de la guerre , vol. 1867, pièce 1 17 ; elle n'est pas autographe , mais elle est si^iée du prince et presque entièrement ponctuée de sa main. Noos la reproduÎMa» textuellement.
A Milan , le 18 ao6t 170.
Monsieur,
Vous aurez sceu par M. deSenneterre ce qui s'est passé depais le malin di 14 de ce mois, jusqu'à la nuit du 16. Il seroit inutikf de vous en rien repdff, il n'y a qu'à souhaiter que vous ordonniez bien sérieusement à M. de Senneterre de vous dire naturellement la vérité sur toutes choses, si vous Hntér»gez il n'y manquera pas , mais je vous dis Monsieur qu*jl vent estre intéroigé, et que vous lui disiez de ne vous rien cacher, n est important que vots soyez informé de tout pour remédier à tout. La scène scandaleuse qui s'eit passée entre M. de Vendosme et M. son frère, et que j'appris hier dans soa camp ou je fus le voir, est telle qu'on l'avoit publiée jcy , et que javoîs peine i croire. C'est sur que M. de Vendosme avoit mandé le 13 a M. le grand prieur d'estendi-e l'armée par la droite jusqu'à Rivolta , et de la tirer de la confusion, et de la mauvaise situation ou jl l'avoit engouffrée, sur quatre ou cinq lipwsdf hauteur, entre la teste du pont de Cassan , et le Navilio Ritorto , snr ce qae dis-Je le 16 au matin qui estoit le jour que les ennemis mardioient pour veir attaquer nostre armée, M. de Vendosme qui venoit la joindre la croyant dans b situation ouji l'avoit ordonné, mais tout au contraire, la trouvant enroredaa^ ^
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Lundi 24, à Marly, — Le roi alla tirer de bonne heure après dîner, et travailla le soir chez madame de Mainte-
goafredu boat du poQt,qai ressembloit plustost à une armée battiie, dans le flesordre et la oonrusion ou elle estoit, pesie mesle avec ses tuigages, qu'à une «rniéeqoi alloît cmmbattre ; IVf . de Vcndosme bien estonné, et desol(^ de voir du ineme coup d'œii son armée ou jl ne lacroyoit plus depuis deux jours, et en même tems celle des ennemis qui venoit Tattaquer ; et ce qui le surprit plus que tout, c'est qu'on luy dit dans le quartier de Cassan qui est en de va du ()ont que M. son frère y estoit dans une maison couché , et qui dornioit encore quoy qu'on l'eut averty plusieurs fois pendant la nuit, et depuis le jour que les ennemis estoient en pleine marche pour venir fondre sur luy dont jl n'avoit fait aucun cas. M. de Vendosme allaa cette maison, le lit appeler a la p»rte, et luy demanda d'où venoit qu'il avoit si mal exécuté ses ordres en vertu desquels jl croy oit trouver l'armée hors de l'estat ou jl lavoyoit, etestenduejusqu'àRivolta ;legrand prieur d'un air des plus impertinens luy vomit milleordures, et lui dit qu'jl ne vouloitplusny obéir, ny commander, qu'jl en estoit las, etque quand jl voudroit se mesler de commander une armée qu'jl la commandproit mieux qu'un autre, assaisonnant cela de mort, et de teste , et d'un estât si emporté , et si troublé, que Saint- Fremont fut obligé de se jetter entre les deux frères, et arcstant le grand prieur par le bras , luy dit, que quoy que ce qu'jl faisoit n' estoit pas de son ressort, jl ne devoit pas trouver étrange que dans une conjoncture pareille jl enuftoit ainsy,y «goûtant que ce procédé là ne convenoit nulement au service du roy, sur quoy le pauvre M. de Vcndosme sage, et prudent, tournant son cheval dit a Saint-Freroont, c'est un fol, allons nous-en a raiïaire jm|)ortante, et alla au pont, et dit de loin a son frère d'aller a la droite a laquelle il avoit ordonné de s'estendre a Rivolta, jl y alla, mais scavez-vous Monsieur ce qu'jl y lit, pendant toute l'action jl mit pied a terre, et se fit jetter un porte manteau au pied d'un arbre, et s'y coucha au grand scandale de tous, en disant de tems en tems d'un air moqueur, entendant le grand feu , qu'jl luy sembloit que M. son frère avoit là de la besogne. Enfin Monsieur l'on admire là souffrance et lexces de bonté de M. de Vendosme, Ton est scandalisé de l'indigne conduiteetdetout le mauvais de M. son frère. Jugez après cela si M. de Vendosme desireardemment qu'on le debarasse de ce frère qu 'jl a sur ses épaules, et qui le fait souffrir, mort et passion, et par dessus cela, réfléchissez sur l'extrémité et Testât horrible ou cet homme a mis les affaires du roy. J'oubliois de vous dire que M. de Vendosme en le quittant pour aller au pont luy dit vous m'avez mis là , les affaires dans un estrange estât. Dieu sçait ce qui va nous arriver. Considérez Monsieur que toutes les affaires delà monarchie ont esté exposées pendant un tems sur la pointe d'une eguille. Considérez l'armée du roi battue, les ennemis maistrc du Milanois et du Ptcdmont d'uu même coup. Des hier jls eussent estes a Milan. Le reste du débris do nostre armée de l'autre costé de l'Adda , que seroit devenue celle de Piedmont. M. de Vendosme me demanda hier bonnement si je n'a vois pas esté dans ime grande inquiétude, et qu'il n'avoit jamais veu une représentation pareille a sa veue durant deux heures , et cela Monsieur pour avoir laissé les affaires deux jours entre les mains de son frère T. X. 20
non avec M. Pelletier. -^ On a des nouvelles de 1» flotte ennemie ; on l'a vue le 10 dans le golfe de Valenœ; die
qui est je vous assure un abominable homme. Le pauvre M. de Yendosn* en m'embrasf antteiidrement les larmes aux yeux, me fit comprendre ce qu'jl aV soit me dire. Seneterre tous contera tout cela si vous luy ordonnez de parier, enfin Monsieur perderons nous tout , |)our les beaux yeox d'un pareil bomne, et comptez que cela arrivera si vous ne Tostez jncessament d'jcy. Je sob trop pressé par mon zèle et par la vérité pour ne vous pas parler aussi dalremeat que je fais, on ne peut trop tost y remédier, car jl ne faut qu'un moment pov tout perdre.
Ce n'est point parce qne le baron (1) est de nos amis, maïs je dois toqs dire que c'est a luy a qui l'on doit la journée car ce fut luy qui raccommoda tout et qui doAia lieu a M. de Vendosme de faire tout ce qu'jl fit pendant qv^i battoit les ennemis et les jetloit dans le Ritorto , tout le monde hier a ramée me disoit que ce bon Normand paroissolt an cadet de vingt-cinq ans pendtat l'action tant il estoit brillant et gay. Ne croyez pas Monsieur que je iny vnSk donner une louange mal fondée, au contraire je m'abstiejis de vous diretod ce que j'en scay.
Quoy que je n'aye pas encore receu l'ordre d'Espagne pour la livrai$oo de$ graius, et malgré la situation des affaires de ce pays-cy , que je vous ay repr^ sentées par mes lettres et par le marquis de Monteleon , je ne laisse pas d'«n faire fournir le 25 de ce mois dix mil sacs , et vingt mil autres dans la lio de septembre, qui n'est pas une petite affaire, et dont Monsieur je croy qo? vous serez content. M. Ducliy que je vis hier l'est beaucoup. Enfin par pkcti, et pa^morceaux, je feray rjm[K).ssible pour ne laisser manquer de rien.
J'ay commencé a acheter des chevaux pour M. le duc de la Feufllade, jl m'i mandé qu'jl n'en vouloit que 300 : je les prends partout ou je puis dans le Milanols pour avoir plus tost fait. Enfin Monsieur j'espère de voos faire avowr qu'jl n'y a [>as de meilleur intendant que moy, du moins, M. de Vendosme k trouve ainsy. Je ne sçaurois finir sans me donner une petite louanf^ qui efst que M. de Vendosme ne cesse de dire a tout le monde qu'jl voit tous lesjoen plus la justesse de mes prédictions en toutes choses, jl a regret de n'y avoir pas fait plus d'attention du passé , enfin je scay par ses jntimes qu'jl me niid justice présentement, qu'jl m'aime de bonne foy, je m'en apperçois aussi. Dieu veuille que cela dure mais encore un coup deffaite nous du grand prieor. Vous jugerez Monsieur par le contenu de ma lettre de la confiance que j'ay qœ vous ne desagreerez pas tout ce que je vous dis , souvenez vous que vous me l'avez ordonné , j'y obéis sans peine , comptant absolument sur Tlionneor de vostre amitié, comptez aussy qu'homme an monde n'a plus d'attachemeat pour vous que moy et n'est plus que je suis , Monsieur,
Vostre très humble et très obéissant aerviteiir,
Ch. Henry de Lorraihc
(I) Cest M. de Saint Fremond. - iWote ajoutée an manuscrit, lana dovie |Mr le général de ^Vanlt.
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n'Moit pas encore le 13 devant Barcelone^ et il court môme un bruit en ce pays-là qu'elle ira du côté des lies dHières pour couvrir leur flotte marchande qui va à Smyrne. — Le régiment de Soissonnois qu^avoit M. de Chaumont a été donné à BarviUe^ ancien colonel réformé et que H. de Vendôme a recommandé au roi. — H. de la Vrillière, secrétaire d'État^ a vendu sa belle maison de Paris 150^000 francs à H. Houlier des postes. — M. le maréchal de Villars a acheté la terre de Vaux, où H. Fouquetavok tant fait de dépense; il en donne 550^000 francs, et mettra 13a duché dessus; cette terre est affermée 32,000 francs.
Mardi 25, à Marly, — Le roi, avant que d'entrer au conseil des finances, eut la nouvelle par un courrier de M. de Vendôme, parti du 20, que Faction qui se passa le 16 avoit été bien plus considérable encore que ne Ta* voit dit M. de Senneterre. H. de Vendôme a fait enterrer on jeter dans la rivière ou dans les naviglies plus de sept mille morts des ennemis ; on les reconnoit aisément à leurs habits, à leurs cravates et à leurs grandes moustaches, et surtout par Tendroit où on les a trouvés, qui est au delà des naviglies où nous n'avons point pénétré. Nous avons dix-^huit cents prisonniers. Le prince d'Anhalt et le comte de Unange ont été tués, comme on Tavoit dit ; le comte de Guldenstein a été tué aussi. Presque tous leurs officiers généraux sont blessés ; le prince Eugène Test de deux copps, Tun à la gorge etTautre à la jambe; le prince Joseph de Lorrc^ine, troisième frère du duc, est blessé à la bouche ; le prince de Wurtemberg a le bras cassé. 11. de Vendôme mande que ce combat coûte aux iBiunemis plus de treize mille hommes, et ils avouent, contre leur ordinaire , qu'ils ont été bien battus. Nous avions quelques pièces de canon dans le château de Csssan qui leur ont tué bien du monde. Nous avons perdu dans cette affaire près de deux mille cinq cents hommes tués ou blessés, au rapport des colonels et des
majors^ à qui H. de Vendôme en a demandé des mémoires. Guerchois et Mirabeau (1) ne sont point morts; ils sont blessés et furent pris au commencement de Taction. M. de Vendôme marchoit le 20 àRivolta; sa droite se rapproche un peu du camp des ennemis, qui sont encore à Treviglio et à Caravagfcio. Il veut, dit-il, offrir la revanche ao prince Eugène, que nous ne croyons pas en état de la prendre. — Il arriva le matin un courrrier de M. de la Feuillade, qui savoit déjà le gain du combat, dont il alloit faire faire la réjouissance à son armée pour apprendre la nouvelle à M. de Savoie; on croit pourtant qu'il la savoit déjà. Il arriva l'après-dlnée un autre courrier de M. de la Feuillade ; on ne dit point ce que ces coarriers apportent; cela fait faire des raisonnements aux courtisans. — On eut le soir des nouvelles de la flotte ennemie, qui a fait de Peau sur leS côtes de Valence; elle n'avoit pas encore paru devant Barcelone le 17; deux jours devîint nos galères avoient porté dans cette place le duc de Popoli avec la compagnie des gardes du roi d^Ëspagne et un régiment napolitain, et nos clercs étoient retournées àPort-Vendre, où ils dévoient prendrr encore un régiment napolitain pour le mener aussi à Ba^ celone. — Le roi a ordonné qu'on chantât samedi à Paris le Te Deum pour le gain du combat de Cassano.
Mercredi 26 , à Marly. — Le roi tint conseU à son ordinaire et travailla l'après-dlnée avec M. de Chamillart. Le roi, la reine et la princesse d'Angleterre vinrent ici à six heures et y soupèrent. — Le roi a donné à M. le chevalier de Maulevrier Tinspection qu'avoit M. de Vaudrey, et au marquis de Broglio celle que M. de Drens a et qu'il veut quitter; il a mandé à M. de Chamil-
(1) Voy. sur ce Mirabeau, Vona des %iires rnilitaircA les pluâ originilf»^ toute notre histoire, les détails que donne M. Lucas de Montigny dans Hotr»* duction (\\n piérôde les M«*moireR biogra|ilii<|ues , littéraires el iiolitiqir»* Miraliraii, 0\ol. in-.S^ (8'il.
lart qu'il ne croyoit point que cet emploi convint au gendre du ministre de la guerre. — Le chevalier deForbin avoitla charge de maréchal des logis de la cavalerie; on la donne à Saint-André^ qui la faisoit sous lui et qui estfrèredeVerceil, enseignedes gardes du corps. On laisse à la veuve de Mauriac le régiment qu'il avoit, à condition qu'elle le vendra au prince de Morbecque, fils du prince d'Harcourt, et Drolivaux aura la charge de maréchal des logis de l'armée, qu'avoit Mauriac. — On eut par l'ordinaire d'Espagne des lettres de Madrid du 14. qui ne parlent point de la mort du roi de Portugal; ainsi on compte que les nouvelles qu'on en avoit eues par Bayonne sont fausses. — Il arriva un courrier du maréchal de Villars, parti du 24 au soir. Il mande au roi que le prince de Bade lui avoit voulu dérober une marche en repassant en deçà du Rhin pour venir attaquer les lignes de la Monter avant que le maréchal y arrivât; mais il a fait une si gi*ande diligence par une marche forcée qu'il est arrivé assez à temps pour ne plus rien craindua. Cependant le prince de Bade lui a mandé qu'il le viendroit attaquer, et le maréchal de Villars mande au roi qu'il y a grande apparence que dans trois jours il y aura un combat.
Jeudi 27, à Marly. — Le roi courut le cerf l'après- (Vlnée; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse ;^ Madame suit toujours le roi dans une calèche séparée. — On mande de Flandre que les ennemis sont campés à Corbay; on dit qu'ils y amassent beaucoup de fourrages ; cependant milord Marlborough répand le bruit qu'il s'en va camper à Fleurus, que de là il marchera pour exécuter im grand dessein et que, si les Hollandoisle contredisent dans son entreprise, il se retirera avec toutes les troupes angloises et s'en retournera à Londres. — Après le souper du roi, il arriva un courrier revenant de Tarmée du maréchal de Villars, où il avoit porté quelques ordres; ce maréchal mande au roi que le
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priDce de Bade s^est avancé avec toute son armée à Salis, qui n'est qu'à deux beues de Haguenau , et qu'il parott qu'il vient en intention d'attaquer nos lignes ou de faire le siège du fort Louis, auquel cas il est sûr qu'il y aura un grand oombdt. 11 mande qu'il est venu des troupes aux ennemis dont il n'avoit jamais entendu parler; mais que, quoiqu'ils soient plus forts que lui, il espère les battre.
Vendredi 38, à Marly. — Le roi ti^vailla le matin avec le P. de la Chaise, et alla tirer Taprès-dlnée ; il pas§ale matin en revenant de la messe chez Honseigneur^qni avoit été saigné par pure précaution. Dès que le roi fat sorti de sa chambre. Monseigneur se leva, et il se promeBa toute l'après-dlnée dans les jardins. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tirer dans la plaine de Villepreux. — On a appris par une tartane arrivée le 21 à Cette qu'il y avoit déjà quelques vaisseaux de la flotte ennemie le 17 au soir devant Barcelone. Le prince de Darmstadt fait répandre le bruit en Catalogne que le roi Charles III arrive avec douze mille hommes de pied et deux mille chevaux. — On mande de FenestreDes que Givry, colonel du régiment de la Marche, ayant appris que le sieur des Portes avoit occupé la Pérouse pour M. de Savoie, l'avoit attaqué par trois endroits, avoit repris la Pérouse et le fort Saint-Louis, et avoit pris plusieurs officiers et soldats; M. de la Feuillade écrit de la Vénerie, du 11, qu'il a établi des contributions dans la montagne et assuré les communications avec Suze et Chivas.
Samedi 29, à Versailles. — Le roi courut le cerf IV près-dinée à Marly et, au retour de la chasse, se promena dans les jardins, et puis revint ici à six heures. Monseigneur alla diner à Meudon, où il demeurera jusqa'^ samedi ; le roi y doit aller mercredi, et ils en reviendroDt ensemble. Monseigneur le duc de Bourgogne revint ici d'abord qu'il eut diné. Madame la duchesse de BourgegiK
et monseigneur le duc de Berry partirent de Meu^ly un peu avant le roi^ — Le roi a fait brigadier Garoll^ Irian* dois^ lieutenant-colonel du régiment de Berwick^ qui s'est fort distingué toute cette campagne en Italie; il y a déjà quelques années qu'il avoit la commission de colonel, et M. de Vendôme Favoit fort loué dans toutes ses relations. — Le roi avoit donné à M. de Monmège l'agrément d'acheter ^ur lâ^OOO francs un régiment d'infanterie dont le colonel Saint-Géry avait demandé à se retirer. M. de Monmège est mort sans l'avoir payé, et le roi vient de nommer en sa place le chevalier de Brancas, frère du marquis, qui est maréchal de camp ; le chevalier de Brancas est en Espagne capitaine dans le régiment d'Orléans, que son frère n'a point encore vendu.
Dimanche 30, à Versailles. — Le roi travailla Taprèsdinée avec H. de Chamillart jusqu'à cinq heures et puis alla se promener à Trianon. Monseigneur le duc de Bour^ gogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent à vêpres. — Il arriva un courrier du duc de Berwick, parti de Montpellier le 2k; ce duc mande au roi que le viceroi de Catalogne lui avoit écrit du 22 au soir que la flotte ennemie avoit paru le 21 au matin devant ^Barcelone. — M. de Thouy va servir sous H. de la Feuillade. Toutes les munitions de guerre et tout le canon sont prêts pour le siège de Turin ; on n'attend pour le commencer que les troupes qui doivent joindreM. de la Feuillade. — L'armée ennemie en Flandre est campée la gauche à Gemblours et la droite à l'abbaye de la Ramée ; l'électeur de Bavière et le maréchal de Villeroy sont toujours dans leur camp de Duisbourgsur l'Ysche. M. de Bournon ville, se trouvant très-mal, se fit transporter de l'armée à Bruxelles, d'où l'on mande qu'il est à la dernière extrémité et qu'il a reçu l'extrème-onction. — M. d'Usson est demeuré à Villefranche avec quatre bataillons, et il a envoyé à M. le comte de Toulouse les cinq qui étoient dans Nice, après avoir fait sauter les fortifications de la ville. — Le roi
408 JODRNAL DE DANGEAU.
donna Taprès-dlnée une assez longue audience à M. le marquis d'Àlègre^ à qui M. de Marlboroug^h a donné un congé pour deux mois.
Lundi 31, à Versailles. — Le roi prit médecine^ comme il la prend tous les mois par précaution ; il ti*availla Faprès-dinée chez lui avec M. Pelletier, et le soir avec H. de Chamillart chez madame deHaintenon. Monseigneur, qui est à Meudon,prit médecine aussi. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent ensemble le voir et revinrent ici à six heures. — D a^ riva un courrier de M. le maréchal de Villars; il mande au roi que le prince de Bade étoit campé àPaffenhoven àla tète de nos lignes de la Montre; H. de Villars est toujours campé à Bischweiler, et il va faire un pont sur le Rhin pour donner inquiétude aux ennemis sur leurs lignes de Stolhoffen. — 11 y a eu un grand démêlé en Flandre entre M. de Surville ^ et M. de la Barre, maréchal de camp et qui commande la brigade des gardes. L'électeur de Bavière, qui étoit fort près de l'endroit où ils se sont querellés, a envoyé H. de Surville à Bruxelles et a fait mettre la Barre aux arrêts.
* Surville étoit cadet du marquis d'Uautefort, et tous deux lieutenants généraux, mais de réputation fort différente. On a vu conuDent ce Ccidet épousa la fille du maréchal d'Humières, veuve de Vassé;cétoit le génie du monde le plus court, et , soit vérité , soit jalousie , on n'étoit pas persuadé d'une valeur bien nette de sa part; on Tétoit davantage d'une étrange liberté de mœurs; et malgré tout cela le roî lui donna son régiment d'infanterie, qu'il régloit immédiatement par loimême et qui donnoit au colonel un rapport continuel à lui , en sorte que cet emploi étoit fort distingué. La Barre étoit le capitaine delà colonelle du régiment des gardes, homme d'esprit , de manège , fort mal voulu dans son corps , où il étoit accusé de rapporter au roi , dont il étoit fort bien traité, et par cette aversion on lui disputoit la valeur qu'il montra pourtant depuis n*étre pas équivoque. Surville un peu ivre le maltraita cruellement de paroles. La compagnie se mit entre deux, chose fort ordinaire et dont ordinairement aussi elle se repent après ; malgré cela ils s'approchèrent. La Barre crut avoir essuyé quelque main mise dans ces moments si peu mesurés et où tout est pèle-
SEPTEMBRE i70S. 409
mêle. Surville , ayant cuvé son vin , mit en usa^ tout ce quMI put honnêtement pour pallier Taffaire et satisfaire la Barre. Ils n avoient pu depuis être à portée de se battre , et comme c'étoient deux hommes pour qui le roi avoit de la bonté , il ne dédaigna pas de s'en mêler luimiéme par la gravité du cas et la difficulté même aux maréchaux de France de les saUstaire. Dans la suite de Taffaire^ qui tut longue , Surville et sa famille s'impatientèrent , et, fort supérieurs en tout a la Barre, tinrent des propos offensants qui gâtèrent tout et donnèrent encore meilleur jeu à la Barre et à ses souterrains près du roi. Cette affaire se retrouvera encore ; mais en attendant il ^ut dire ici que la Barre en sortit avec tout l'avantage , et que Surville y laissa du sien, en perdit le régiment du roi et sa fortune , que nous lui verrons perdre une autre fois après avoir été remis à flot parle gàiéreux crédit du maréchal de Boufflers.
Mardi 1" septembre^ à Versailles. — Le roi travailla raprès-dlnée jusqu'à cinq heures avec M. de Pontchartrain et puis s'alla promener à Trianon. — Il arriva le matin un courrier de M. de Villars, qui ne nous apprend presque que ce que nous savions par celui d'hier; les ennemis sont àPdffenhovenetà Ingweiler; on n'a point songé à leur disputer l'entrée de nos li^es de ce côté-là; M. de Villars ne songe qu'à conserver le fort Louis et Haguenau.
— Il arriva un courrier de M. le duc de Berwick, ses lettres sont de Montpellier du 28. Il mande que le 23 les ennemis, qui sont devant Barcelone, firent mettre pied à terre à neuf bataillons ; ils ont été joints par cinq ou six mille révoltés de Vich ; ils ont envoyé quinze vaisseaux devant Palamos; cette descente-là ne fera pas beaucoup de mal s'il n'y a pas de trahison dans Barcelone.
— On mande de Flandre qu'un armateur d'Ostende a fait une prise qu'on a estimée plus de «500,000 écus; il y a dessus beaucoup de soie , quelque argent et une petite cassette de diamants. — M. de Marlborough a écrit à MM. les États qu'il va faire le siège de Leauw; c'est une méchante place qui ne peut pas tenir plus de trois ou quatre jours. — Les états de Languedoc haranguèrent le roi ; c'étoit l'évéque de Mirepoix qui portoit la parole.
Mercredi 2, à' Meudon, — Le roi travailla l'après-
410 JOURNAL D£ DAINGËAU.
dinée avec H. de Ghamillart jusqu'à cinq heures , et pois ▼int ici^ où il se promena jusqu'à la nuit; il y demeurera trois jours, comme il a accoutumé de faire aux voyages de Meudon. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne partirent de Versailles à trois heures pour venir ici, et madame la duchesse de Bourgogne fut fort incommodée le soir d'un mal de dents, A quoi elle est três-sujette. — M. l'évéque de Nevers (1) mourut à Paris; le roi lui avoit nommé un coadjuteur ces jours passés ; ce pauvre èvèque étoit tombé en enfance. H a laissé deux abbayes, dont Tune, qui s'appelle Nogentsous-Coucy et qui vaut bien 2,000 écus de rentei est de Tapanage de M. le duc d'Orléans. — Les ennemis en Flandre ont fait des réjouissances sur la victoire remportée à Cassano ; mais M. de Harlborough a mandé qu'il le faisoit parce que le prince Eugène le souhaitoit fort et -lui en avoit écrit très-pressamment, et qu'il savoit par les officiers de l'armée de Lombardie, de qui il a eu des lettres, que le combat leur avoit été fort désavantageux. — Les monnoies sont diminuées depuis hier; les louis ne valent plus que quatorze Uvres cinq sols et les écus trois livres dix-sept sols.
Jeudi 3, à Meudon, — Le roi alla le matin voir jouer au mail et tira l'après-dlnée ; Monseigneur fut toujours avec lui et ne porte point de fusil quand il suit le roi. Madame la duchesse de Bourgogne fut un peu incommodée; elle avoit passé une mauvaise nuit; eUe dinaet soupa pourtant avec le roi et se trouva fort soulagée le soir de son mal de dents. — Marlborough a mandé à MM. les Etats-Généraux que, dès que son gros canon seroit arrivé àMaëstricht, ilferoit le siège de Leauw, et qu'en attendant il faisoit travailler à raser nos lignes. On croit qu'après le siège de Leauw il ira à Aix-la-Chapelle pour
(1) Edouard VaUot, ûls du premier médecin de Louis XIV.
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prendre les eaux. — L'électeur de Bavière et le maréchal de Villeroy paroissent être d'avis de faire de nouvelles lignes le long de la Dyle; mais cela n'est pas entièrement ' réglée et mèm equand cela le seroit^ on n'y travailleroit que cet hiver. — Madame de Vauvineux mourut à Paris; elle étoit mère de la princesse de Guémené (1).
Vendredi k, à Meudon. — Le roi vit jouer le matin au mail et se promena l'après-dinée , mais la pluie abrégea fort sa promenade. — Il arrii;a un courrier de M. de Vendôme^ parti du 31 de Rivolta, où notre armée est encore campée; celle du prince Eugène est toujours dans son camp de Treviglio et Caravaggio ; ce prince se porte mieux de sa blessure ; mais le prince Joseph de Lorraine et le prince dé Wurtemberg sont morts de celles qu'ils ont reçues ; et le général Bibrac est mort dans leur' camp de maladie; mais le prince d'Anhalt^ qu'on avoit dit tué dans le dernier combat^ se porte bien. — Il arriva un courrier de M. Orry^ qui est àMadrid ; les levées ne sefont pas si heureusement qu'il l'avoit fait espérer, et Ton ne dit point quand le maréchal de Tessé pourra entrer en campagne. On a donné à ce maréchal^ pour son fils le chevalier, un régiment nouveau d'infanterie qu'avoit du Guast; brigadier qui vient de mourir en ce pays-là. — On a érigé en duché la terre de Vaux pour le maréchal de Villars, qui vient de l'acheter, et on l'appellera le duché de Villars.
(i) Françoise- Angélique Aubery, veiive de Charles de Cochefilet, comte de VanTÎneuXy avoit eu poor fille unique Chariolte-Élisabelh de Cochefilet, mariée le 2 décembre 1679 à Charles de Rohaut prince de Guéméné. " Cette comtesse avoit beaucoup de mérite ; elle avoit une àme fort chrétienne , un esprit accommodant et une humeur des plus sociables. Elle faisoit l'agrément de toutes les sociétés où elh' se trouvoit ; elle n*âvoit que des amies choisies , et elle avoit le secret de n'en perdre aucune. Madame la comtesse de Vauvineux, pour faire de sa fille unique un parti qui convint à M. le prince de Guémené, se dépouilla, étant encore jeune, de la plus grande partie de ses biens en faveur de ce mariage. Elle a toujours Mt voir une Gondoilé désintéressée , et ce n'est pas sans si^t qu'elle étoit dans une estime générale. * ( Mercure de septembre, pages 221 et222i)
Samedi 5, à Versailles. — Le roi partit de Meudon aussitôt après son dîner, et alla se promener à Marly, d'où il ne revint ici qu'à la nuit. Monseigneur le duc de Bourgogne revint de fort bonne heure. Madame la duchesse de Bourgogne demeura avec Monseigneur à Meudon jusqu'à sept heures, et puis ils revinrent tous ici pour le souper du roi. — n arriva un courrier de M. le maréchal de Villars, parti du 31. M. le prince de Bade avoit marché pour attaquer M. de Villars dans son camp; ce maréchal marcha au-devant de lui et, avec la tète de sa cavalerie, fit attaquer les premières troupes des ennemis qui parurent; ils se renversèrent et mirent leur colonne en désordre. On leur tua quelques cavaliers; on fit des prisonniers, parmi lesquels il y a des officiers. M. de Bade ne jugea point à propos de combatb?e et fit camper son armée; il dit qu'il est demeuré là pour attendre un convoi. Le maréchal de Villars retourna dans son camp entre Bischweiler et Haguenau; il mande que le bruit court dans l'armée ennemie que les Hollandois redemandent au prince de Bade les troupes du palatin et de Brandebourg qui sont à leur solde.
Dimanche 6, à Versailles. — Le roi travailla Taprèsdinée avec M. de Chamillart et ne sortit point de tout le jour à cause du vilain temps, — Il arriva un courrier du duc deBerwick, ses lettres sont du 31 de Montpellier. Il mande que le vice-roi de Catalogne lui avoit écrit du 27 ; les ennemis n'avoient pas encore ouvert la tranchée devant Barcelone; qu'ils étoient campés leur droite vers Badalone et leur gauche vers Saint- André; les révoltés de Vich occupent les principales avenues de la place, dont il n'est pas facile par cette raison de faire sortir des courriers. Le gouverneur de Roses mande à M. de Berwick que les ennemis avoient débarqué en tout quinze bataillons et mille ou douze cents chevaux. — Les lettres de Flandre, du 3, portent que la tranchée n'étoit pas encore ouverte devant Leauw et que le gros
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canon que les ennemis attendent de Maëstricht pour ce siège n'est pas encore arrivé. — M. Rouillé^ envoyé du roi auprès de Télecleur de Bavière , est arrivé ici depuis quel<]aes jours; il a eu permission de venir pour ses affaires particulières et retournera incessamment en Flandre.
Lundi 7, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprès-dlnée et travailla le soir chez madame de Maintenon avec M. Pelletier. Monseigneur alla àMeudon avec madame la princesse de Conty pour y demeurer tout le mardi et aller mercredi à Fontainebleau; ainsi il y arrivera quinze jours avant le roi ; monseigneur le duc de Berry est avec lui. — M. le comte de Toulouse est allé visiter la côte vers Antibes y et fait travailler en diligence pour que la flotte soit en état de se mettre à la mer en cas que la flotte ennemie vint à se séparer; il a donné de bons ordres sur toutes les eûtes de Provence. — M. de la Feuillade est toujours À la Vénerie; la maladie a été furieuse dans son armée ; mais elle commence à diminuer, parce que les chaleurs ne sont plus si grandes depuis quelques jours.
— Il parolt que les ennemis en Flandre et en Allemagne soupçonnent M. de Savoie de vouloir entrer en accommodement avec le roi.
Mardi 8, à Versailles. — Le roi, après son diner, entendit vêpres, travailla ensuite avec H. de Pontchartrain et puis alla au salut ; monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne suivirent le roi à> vêpres et au salut. — On a mis une taxe sur les maisons que les bourgeois des grandes villes ont à la campagne ; on compte qu'il en reviendra trois ou quatre millions au roi. — On apprit il y a quelques jours qu'un armateur de Saint-Malo avoit fait une prise qu'on estime 800,000 francs; elle est presque toute de ballots de soie.
— L'affaire de M. de Surville avec M. de la Barre fut accommodée ces jours passés par le roi, qui a ordonné que M. de Surville seroit encore quelques jours en prison,
après qi|oi il iroit demander pardon à rélecteur et laire satisfaction & M. de la Barre en présence de S. A. E. — Toutes les nouvelles d'Italie portent qu^un secours de quatre ou cinq mille hommes que Temperear envoie au prince Eugène est déjà arrivé dans le Trentin, et que le roi de Pologne Auguste envoie^ pour son contingent de l'électorat de Saxe^ trois mille hommes en Bavière , qui remplaceront ceux qui en ont été tirés pour envoyer au prince Eugène.
Mercredi 9, à Marly. -— Le roi, avant que d'entrer au conseil; reçut dans la galerie un remerciement de MM. de la Faculté de théologie sur Tobtention de la nouvelle bulle du pape (1)^ pour renverser entièrement les opinions de JanséniuS; qu'on vouloit en quelque façon renouveler. L'après-dinée le roi reçut la harangue de MM. du clergé sur la clôture de leur assemblée ; l'archevêque d'Alby porta la parole parla fort éloquemment et à la fin de son discours demanda avec beaucoup de force le rétablissement des conciles provinciaux. Le roi répondit avec beaucoup de dignité à toute leur harangue^ hormis à ce dernier article sur lequel il ne répondit rien et ne leur répond jamais rien quoiqu'ils lui en parlent ( avec moins de force à la vérité ) à toutes les clôtures de leurs assemblées. ^* Monseigneur et monseigneur le duc de Berry avec madame la princesse de Conty et plusieurs dames partirent de Meudon pour Fontainebleau. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne partirent ensemble de Versailles à six heures pour venir ici. Le roi y après la harangue de rassemblée, travailla jusqu'à cinq heures avec M. de Chamillart et puis vint ici. — * Il arriva un courrier de M. le maréchal de Villeroy, qui mande que Leauw s'est rendue sans que le canon des ennemis fût en batterie ; il y avoit trois
(1) C'est l*afraire du fameax cas de coascieace, et il s'agissoit da fonmilaire et de la distînctioii du rail et d« droit. (Pfote du due de Lufnm,)
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cents hommes dans cette place^ qui ont été pris à discrétion ; le gouverneur, qui est des troupes d'Espagne et qui a toujours été en bonne réputation^ envoie un major à rélecteur de Bavière pour tâcher h se justifier; on dit que toute sa garnison étoit malade et qu'il n'y avoit pas un soldat qui put porter les armes. — M. Barentin, inten* dant d'Ypres et de Dunkerque , est mort fort regretté du roi j des peuples et des officiers; cette intendance vaut plus de bO^OÔO livres de rente ; le roi la donne à M. de Bernières , qui étoit intendant en Hainaut et qui est fort estimé aussi. — Dans la lettre du vice-roi de Catalogne , qui est lie Barcelone^ du 27^ il parolt quUl est fort content des habitants et de la noblesse qui s^ est jetée dans la ville. On lui amena ce jour-là un capitaine et quelques soldats' des révoltés de Vich qu'on venoit de prendre ; il les fit pendre sur-le-champ, dont le peuple témoigna beaucoup de joie. Il a chassé de la ville le gouverneur particulier, qui s'appeloit le marquis de Rose , et a fait arrêter le major, qui étoit soupçonné dUntelligence avec les ennemis; et il mande que la reine Anne d'Angleterre a donné ordre au commandant de sa flotte de ne pas demeurer dans ces mers-là passé le 27 septembre.
Jeudi 10, à Marly, — Le roi, après la messe, alla voir jouer à ^on mail nouveau qui est au haut de Harly; il est bien plus long et plus large que le mail d^en bas ; il le fait encore allonger. L'après-dlnée le roi alla courre le cerf, et la chasse fut si longue qu'il ne revint qu'à la nuit. Il y a fort peu de monde à ce voyage-ci, et il n'y a qu'une table pour les dames ; il n'y a de courtisans , outre le service, que le marquis d'Alègre. — Madame la duchesse de CoisUn mourut hier à une de ses terres à dix lieues de Paris; elle étoit de la maison de Halgoet, et àvoit apporté beaucoup de bien en mariage et ne s'étoit réservé que 12,000 livres de rente; elle laisse d'enfants le duc de Coislin, évèque de Metz, et la duchesse de Sully. — La connétable Colonne *, qui étoit depuis quelque temps en
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Provence , a la permission du roi de s'approcher de Paris pour voir sa famille, et elle est depuis huit jours àPass}'^ où le duc de Nevers^ son frère^ à une petite maison (1).
* C'est cette fameuse nièce du cardinal Mazarin que le roi voulut si sérieusement épouser, dont cette volonté fut cause de Féloignement des nièces et du mariage de celle-là en Italie, et qui dit si bien au roi : » Vous m'aimez, vous êtes roi , et je pars. » Elle partit toutefois et courut bien le monde depuis. ,Cétoit la plus folle et la meilleure de ces Mancines; pour la plus galante on auroit peineà le décider, excepté la duchesse de Mercœur, qui mourut dans la première jeunesse et dins l'innoicence des mœurs.
Vendredi il, à Marly. — Le roi se promena le matin, et l'après-dlnée il alla voir jouer les bons joueurs à son ^rand mail. — On eut des lettres de Barcelone du 27; les ennemis n'ont point encore ouvert la tranchée, mais ils ont fait un grand amas de farine, comme s'ils la vonloient ouvrir incessamment. Le vice-roi ne crœt pas que Tarchiduc soit débarqué; il compte qu'ils ont neuf mille hommes de troupes réglées et ont été joints par quatre ou cinq mille révoltés de la vigueriedeVich. — H. Roujault , intendant de Berry, passe à l'intendance de Hainaut, etMongeron, maître des requêtes, sera intendant de Berry. — Par les lettres de M. de Vendôme du 30 il étoit encore à son camp de Rivolta; les quatre ou cinq mille hommes de renfort qui viennent au prince Eugène sont près d'arriver.
Samedi 12, à Marly. — Le roi courut le cerf Taprés-
(1) « La connétable Colonne , fort détruite de sa personne, De songe qu'à sa santé, mangeant peu, faisant son pot dans sa chambre, marchant beaoooop et se moquant des écharpes et culs de Paris, dont elle trouve d^à le dimat froid, «^t prétend aller |)asscr son hiver à Gènes. Elle a deux femmes et dix ou dou7e Iiumme8, ne se souciant point d'argent. M. Je duc d'Hairourt lui a fait beaucoup d'honnêtetés de la part du roi. Tout son esprit > est et le même toa de voix.
« Ces culs de Paris sont la trousseure des dames de ce temps sur le dos qui leur font de si gros pdquots qu'on ne leur en voit plus la taille. » ( f.êtfre delà warquise d'Huxelles, du 14 septembre.)
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dlnée; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa petite calèche avec lui. — Il arriva un courriep de M. le maréchal deVillars, ses lettres sont du 8. Il mande qu'il avoit marché le 7 avec toute son armée pour attaquer M. le prince de Bade, mais qu'il Tavoit trouvé si bien ' posté et si bien retranché qu'après avoir reconnu ses retranchements de fort près il avoit jugé à propos de ne rien entreprendre et étoit revenu dans son camp. — Les dernières lettres de M. de la Feuillade sont du 3; il devoit marcher le 6 pour s'approcher de Turin et resserrer encore M. de Savoie. Le bruit qui avoit couru qu'il avoit attaqué et pris Veillane est entièrement faux. — M. de Lauzun^ partit de Paris pour Aix-la-Chapelle; on veut à Paris que son voyage soit mystérieux , mais on est fort persuadé ici qu'il ne Test point et qu'il n'y va que pour sa santé.
* M. de Lauzun est un nom sur lequel il faut enrayer tout court si on ne Veut faire un juste volume et même plus. Il suffira donc de dire ici , en passant, qu'ayant inutilement , depuis son retour, tenté toutes sortes de voies , pris toutes les diverses formes et frappé à toutes portes pour être de quelque chose, il feignit dans une santé parfaite, ce besoin des eaux d'Aix-la-Chapelle, pour y voir des étrangers considérables , lier commerce avec eux et essayer par ce moyen de se fourrer dans quelqtM chose , dans un temps où Ton désiroit beaucoup la paix et où Ton étoit encore délicat sur les premières démarches. Cette ressource lui manqua comme les autres, sans se lasser toujours d'en chercher.
Dimanche i3, à Marly. — Le roi ^ au sortir du conseil » dit à M. le chancelier, qui retournoità Versailles, de faire venir M. de Pontchartrain , son fils , qui y étoit, et le roi, aussitôt après son dîner, travailla avec M. de Chamillart et fit entrer M. de Pontchartrain, qui demeura quelque temps avec eux. Après qu'il fut sorti, le roi continua de travailler avec M. de Chamillart jusqu'à cinq heures. 11 se promena ensuite et fit le tour de son jardin; madame la duchesse de Bourgogne, qui avoit été entendre vêpres à Saint-Cyr, le joignit à la fin de sa promenade. Monseigneur le duc de Bourgogne communia le matin à la cha-
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pelle, et alla entendre vêpres à la paroisse. Le roi, au retour de la promenade, travailla encore avec H. de Chamillart jusqu'à neuf heureslvUa peu avant que le roi rentrât de sa promenade, il reçut un billet de M. de Pontchartrain, qui étoit retourné à Versailles, où il lui mande qu'on a des lettres du 4 de (M. de Quinson, qui commande en Roussillon, qui mande que la tranchée fut ouverte devant Barcelone du !*'■'; cependant M, de Chamillart reçut liier une lettre de ce même M. de Quinson du 5, qui lui écrit que, par les avis qu il a de C»talogne, la tranchée n' étoit pas encore ouverte le 2. Cinq mille révoltés du royaume de Valence ont joint les ennemis ; la garnison qui est dans Barcelone est assez ooDh breuse, mais elle est composée de mauvaises troupes.
Lundi ik, à Marly, — Le roi courut le cerf Taprèsdlnée; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche ; elle s'amuse les soirs après souper i faire jouer au hère le peu de dames et de courtisans qoi sont ici. M. le duc d'Orléans s'en alla le matin à Paris avec une fièvre assez violente, mais on sut le soir qu'elle l'avoit quitté. — Il y a eu une grande tempête sur les côtes d'Angleterre ; il y a péri quelques vaisseaax de guerre et plusieurs bâtiments marchands, et la perte est si considérable que les Anglois avouent eux-inémes qu'elle est de plus de 300,000 livres sterling, quimoote à près de cinq millions de notre monnoie. — U nouse^ arrivé quelques vaisseaux de la mer du Sud très-richement chargés; on parle de plus de douze millions, mais cela n'est pas encore bien éclairci. — Le comte de lla^ cilly , qui commandoit pour l'empereur dans Brisach quand monseigneur le duc de Bourgogne le prit, est entré au service des Espagnols dans le Milanois.
Mardi 15, à Marly. -^ Le roi tint conseil de finances à son ordinaire et l'aprôs-dlnée il demeurajusqu'à quatre heures chez madame de Main tenon, et puis se promeoa dans ses jardins jusqu'à la nuit ; il les trouva en si boa
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état et si beaux qu'il dit qu'il n'y ^ plus riea à y faire. Monseigneur le duc de Bourgogne alla à 8aint-Gerniain voir LL. MM. BB.; la reine ne se porte pas bien; cepen* dant elle est toujours résolue à faire le voyage de Fontainebleau, et elle y viendra par eau. — M. de Bemières, à qui on vient de donner Tintendance de Dunkerque, demeurera encore intendant de Tarméede Flandre. — Les troupes des électeurs palatin et de Brandebourg, qui sont à la solde des HoUandois, avoient eu ordre de marcber en Flandre, et elles étoient déjà descendues jusqu'à Coblentz ; mais le prince de Bade a si bien remontré le besoin qu'ilenavoit que, MM * les États-Généraux ont consenti qu'elles retourneroient joindre ce prince, et elles doivent être arrivées dans son armée ; après quoi M. de Yillars lui sera fort inférieur en nombre de troupes.
Mercredi 16, à Marly. — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire et travailla le soir avec M. de Chamillart. — Il arriva le matin un courrier de M. de Berwick, qui mande que, par les lettres qu'il a de Catalogne , le canon n'étoit pas encore en batterie le 6 devant Barcelone et qu'il est même encore douteux si la tranchée éloit ouverte. Deux heures après que ce courrier fut arrivé il en arriva un du roi d'Espagne, qui mande au roi la suita d'une affaire arrivée au sujet du prince de Tzerclaôs, à qui S. M. C. a fait donner un siège derrière lui, ce qui ne s^étoit jamais pratiqué. Les grands prétendent que personne ne doit être assis entre le roi et eux, et ne veulent plus se trouver en lieu où le roi d'Espagne fem asseoir son capitaine des gardes. Cela a fait un grand bruit à Madrid ; on savoit cette affaire-là ici il y a quelques jours , et il a paru que le roi n'approuvoit pas cette nouveauté-là*. On a appris par ce même courrier que le vice-roi de Catalogne ne craignoit rien pour Bar* celone ; il se croit assuré de la fidélité des habitants, dont plusieurs des plus considérables lui ont apporté leur argent, le priant même de s'en servir pour aider à lever des
troupes dans la ville en cas qu'il en eût besoin. Tout y paroit tranquille^ les boutiques ouvertes comme ea pleine paiX; et il assure que rien ne manque dans la place. — [1 arriva le soir un courrier de M. de la Feuillade**, parti le 12; il est devant Turin du 6. Il y a quatre-vingts pièces de canon de batterie et vingt-six pièces pour tirer à ricochet^ quarante mortiers, près de onze cents milliers de poudre. Il y aura soixante bataillons et soixante-dix escadrons, mais tout n'est pas encore arrivé. Il fait travailler aux lignes de circonvallation depuis le baat du Pô jusqu'à la Douere, et depuis la Douere jusqu'aa bas du P6. Il a eu ordre du roi de faire offrir à M. de Savoie des passe-ports pour mesdames les duchesses de Savoie d pour les princes ses enfants; madame la duchesse de Savoie , sa femme , est grosse de six mois. — Madame la Duchesse accoucha le matin à Paris d'une tille ; elle a deux garçons; cette princesse ici est sa sixième fille et s'appellera mademoiselle de Gex.
*Gette querelle dans la cour d'Espagne mérite d*étre expliquée un pm au long. La garde des rois d'Espagoe jusqu'à Philippe V ne canostoit qu*en deux compagnies. Tune intérieure à pied, dehallebardier5,dontle service et les fonctions répondent entièrement à celles des Cent-Suisses de la garde du roi. C'est la plus ancienne garde des rois disparue, qui subsiste aujourd'hui telle qu'elle a été toujours. Le capitaine peut être grand d'Espagne^ et Test d'ordinaire ; quelquefois il ne l'est pas. U n'a aucune place marquée auprès du roi ni en marchant par le palais, encore moins dehors ni en chapelle, ou eu aucun autre lieu. Il est assidu au palais et à la suite de la cour, et c'est tout. Ce sont ces han^ bardiers qui portent les billets chez tous les grands , par ordre non dr leur capitaine , mais du miyordome de semaine, pour les chapeUcs A autres fonctions où ils ont droit de se trouver ou d'étie oooms, et qui sont très-fréquentes. L'autre garde a été entièrement supprimée pv Philippe V. C'étoit une cinquantaine de lanciers à cheval avec une espèce d'armure, dont une douzaine seulement, et mal montés, H fort déguenillés y suivoient le roi quand il sortoît en carrosse on à cheval. Us se tenoient au dehors du palais et sous le portique , tenW la main au\ gens qui entroient ou sortoient. Philippe V les cassa, <ti éttiblit sa garde peu ;i peu sur le modèle de celle du roi son grand-pfff et avec les mêmes grades et les mêmes uniformes précisément. U fut
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donc quatre compagnies des gardes du corps à chevalet deux régiments des gardes à pied , tous faisant le même service qu'en France , et avec le même bâton noir aux deux bouts d'ivoire qu'il introduisit eu même temps. Les compagnies des gardes furent deux espagnoles, une italienne et une wallone, c'est-à-dire flamande, et les deux régiments, un espagnol, Tautre wallon, avec les chefe, les officiers et autant qu'il s'est pu les gardes et les soldats de ces nations, avec chacun leur étatmajor comme en France et tout le même service. Les capitaines des gardes espagnols servoient les deux premiers quartiers, Titalien le troisième et le Wallonie dernier. On a depuis réformé une compagnie espagnole ^ les quartiers misa quatre mois. Cela expliqué, il faut venir à œ qui y a donné lieu , qui est la séance de la chapelle. Tenir chapelle c'est toutes les fois que le roi entend la grand'messe, qui est toujours en musique et presque toujours accompagnée d'un sermon espagnol après l'Évangile. Gela arrive presque toutes les fêtes et dimanches de l'année, et, le carême, trois fois la semaine, à cause du sermon qui ne va point sans la grand'messe. Il y a fort peu de chapelles les après-dînées, et quand il y en a les séances y sont comme le matin, et elle est telle : du côté de l'Évangile, hors du sanctuaire le plus intérieur, il y a un dais, et sous ce dais un grand tapis de pied, un prie- Dieu étroit pour une seule personne, couvert d'un drap de pied , avec un carreau pour se mettre à genoux , et un autre pour l'appui du prie- Dieu , avec un fauteuil derrière. Le fauteuil, les carreaux et le drap de pied sont d'une même éto^e d'or fort riche, dont il y a de plusieurs sortes pour en changer. Ce fauteuil et ce prie-Dieu sont tournés en biais vers le coin où se lit l'Épitre sur l'autel. Environ à deux toises de vide, plus bas que le prie- Dieu , mais sur même ligne et hors du tapis, est un siège ployant, de velours rouge frangé d'or, pour le majordomemajor du roi , et tout joignant ce ployant et sur la même ligue un long banc couvert d'un tapis de médiocre étoffe jijsqu'à terre, devant et derrière, mais qui ne tratne point , où se placent les grands d'Espagne indifféremment entre eux comme ils se trouvent ; mais nul autre que grand d'Espagne sans exception quelconque , pas même leurs fils aînés, ne se met sur ce banc , qui tient tout ce côté de la chapelle et qui contient beaucoup de places. S'il vient trop de grands pour le remplir tes derniers entrés, car tous accompagnent le roi , et rarement arrivet-on après, les derniers entrés s'en retournent et sortent de la chapelle; s'il n'y a pas assez de grands , le bas bout reste vide. Si le m^ordome • major arrive après qu'on est placé , il va également se mettre sur son ployant; s'il est ateent, quand ce seroit hors du royaume, le ployant est toujours en sa place, et demeure vide, personne ne pouvant s'y mettre que lui. Ce ployant et le banc des grands n'est point en biais comme le fauteuil et le prie-Dieu du roi , mais parallèle à la muraille,
entre laquelle et ce banc est un espace de vide , où les gras ck qualité qui ne sont pas grands et les officiers des gardes en quartier sont debout, sans aucun banc' Cette position entendue, on Toh qu^il D*j'a point de place pour le capitaine des gardes en quartier derrière le roi, comme partout ailleurs; pour y remédier, le roi fit mettre un petit banc ou tabouret allongé pour avoir Tail* d^uu banc en potence et reculé entre son fauteuil et le ployant du majordome-major pour le capitaine des gardes , et c'est ce qui fit tout le bruit. Les grands se plaignirent àé deux choses ! Tune , qu'on donnoit un banquiilo ou petit banc au capitaine des gardes en quartier comme tel , dans un lieo oo eux seuls avoient droit d'être assis; l'autre , que non-seolement on donnoit ce droit au capitaine des gardes , mais que, sous prétexte d'être auprès du roi , on le plaçoit au-dessus du banc des grands et do ployant du majordome-major. Cela fit un grand vacarme. Le roi crut les apaiser en faisant grand d'Espagne le prince de Tzerclaës , capitaine des gardes en quartier, revenu de l'armée , sur lequel le broit étoit arrivé , et lui donnant ainsi le droit d'être assis à la chapelle; m» les grands objectèrent que ce n'étoit pas comme grand qu'A étoit eo cette séance , mais comme capitaine des gardes , dont la charge demeuroit en possession et de s'asseoir et de l'être au-dessus d'eux, et on verra que deux capitaines des gardes, tous deux grands d'Espagne, remirent leurs charges. Enfin, après bien des mouvements , il fat convenu que jamais il n'y auroit de capitaine des gardes qui ne fût grand, et que le roi promit de ne donner pas tme>de ces charges à aucun qui ne le fât , et cela à cause du droit de s'asseoir ; et, quant à la séance, que le banquiilo du capitaine des gardes en quartier seroît reculé derrière , entre le ployant du majordome-major et la tête du banc des grands, tenant de l'un et de l'autre, un peu éloigné d'eut et persomie entre , non plus simplement en potence à demi , mais tout à fait eo face de l'autel , c'est-à-dire de la face où est l'autel , un bout du banquiilo vers les. grands , et l'autre bout à la muraille , moyennant quoi le capitaine des gardes , quoique le plus loin du roi qu^fl se peut en cette place, n'avoit rien entre deux, étoit moins proche et moins avancé que le ployant du majordome- major, ni presque que la tête du banr des grands et encore par la contrainte du lieu , et toutefois se trouvoit couvert et caché derrière eux de toute la chapelle , en sorte qifonne le pouvoit apercevoir que de vis-à-vis du majordome -major avec peine derrière, ou à découvert de plus haut vers l'adtel. Ainsi le roi conserva une place à son capitaine des gardes en quartier, et les grands , ne le pouvant empêcher, se contentèrent quVlle fût ajtistée de la sorte. 4 l'autre bout du tapis du roi, vers l'autel, est un aumdtiief en quartiert qui est toujours debout ou à genoux. Entre le coin de Fautel , du côté de J 'Évangile et la muraille, un banc nu pour lesévéques, quand II yen i,
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oe qui est fort rare qu'il s'en trouve à te cour. Ils sont assis le visage tourné à la chapelle, connue le prêtre au Dominw vobiscum^ et le dos appuyé au mur du cAté de TÉpttre. Tout près de Tautel est un banc pour les célébrants; au-dessus la erédenee pour le service de Tautel ; vls-à*vis du roi un fauteuil ancien , tout droit , garni au dos et au siège de velours rouge sans frange , cloué au bord de gros clous de cuivre et tout le bas du dos à jour, les bras droits de bois non garnis ni dorés, les pieds de même; devant un petit banc d'un pied et demi de haut, couvert comme celui des grands, mais de velours rouge , et au bas en dedans^ un carreau uni de velours rouge. C'est la place du patriarche des Indes, s'il est cardinal, et s'il y a plusieurs cardinaux, on ajoute des fauteuils et des carreaux et \p petit banc s'allonge. Derrière le fauteuil, son aumônier, qui ne le suit point quan^ il va dire VlntroU auprès du prie-Dîeu du roi , et le Credo , ni quand il va lui donner la paix, le livre de l'Évangile à baiser, l'eau bénite et l'encens. £n toutes œs fonctions il est accompagné de quatre majordomes du roi, et salue les grands allant et vendait après les amliassadeurs. Ces quatre majordomes sont , ou tous ou presque tous , gens de la première qualité , mais ni grands, ni fils aîn^ de grands , et montent de là à tout fort souvent. Ils sont debout sans banc derrière eux entre le fauteuil du cardinal et le banc des ambassadeurs de chapelle. Ces ambassadeurs sont eeux des têtes couronnées catholiques qui ont fait leur entrée ; leur banc est court , parce qu'ils sont peu , et pareil à celui des grands, couvert de même sans carreau comme eux; mais ils ont devant eux un petit banc bas pareil à celui du cardinal , mais couvert comme le banc où ils sont assis. Le nonce est au premier de ce banc des ambassadeurs, et sans nulle distinction d'eux. Ce banc est vis-à-vis l'espace vide au-dessus du majordome-major et vis-à-vis sa place ; il n'y a qu'un petit passage à passer un homme entre le bas bout du banc des ambassadeurs et la chaire du prédicateur, qui est collée à la muraille, et de la chaire en. bas de la chapelle un banc pour tous les prédicateurs, aumôniers et gens d'Église du palais ; il est nu, et ils s'y asseyent ; derrière eux le commun debout. Au fond delà chapelle est un vitrage de glace de toute sa largeur, et de plain-pied derrière une grande tribune ou pièce, où l'on entre de l'intérieur des cabinets, où la reine entend la grana'messe avec ses dames et les petits in&nts , et où le roi et elle entendent la messe basse et communient à un autel qui est dans cette pièce. Ainsi on n'entre dans la chapelle que par le côté joignant ce vitrage, qui a joignant une petite porte par où la reine sort pour les processions et rentre après. Le patriarche des Indes lui va porter l'encens et l'eau bénite après le roi. Le prince des Asturies a un fauteuil , un prie- IMeu , un drap de pied^ un carreau pour s'agenouiller au-dessous de celui du roi, joignant pr^que et tournés de même en biais, d'étoffe moins
434 JOURNAL DE DANGËAU.
précieuse et qui se change aussi ; point de carreau sur Tappui du prie* Dieu; et reçoit après le roi les mêmes honneurs du patriarche des Indes , à qui, bien que cardinal , il ne fait*pas pour les recevoir plus de cÎTilités que le roi, et cette civilité est presque imperceptible.
** Qui Tauroit cru après ce qui a été mis en addition (i) à côté do mariage de la Feuillade? Le roi^ qui en détourna Chamillart et qui lui déclara si nettement qu'il ne feroit jamais rien pour lui , se laiaa aller à y cx>nsentir, et presque en même temps à tous les rapides degrés par lesquels ce ministre, alors si accrédité, porta ce nouveau gendre, eo moins de deux ans , de Tétat de colonel réformé à celui de général m chef d'une petite armée. Non content de cette complaisance pour Chamillart, lui-même lui proposa ce que (e ministre ii*eût jamais osé; ce fut de faire faire le siège de Turin par la Feuillade. La modestie à Chamillart s*y opposa ; peut-être avoi^il conservé un reste de jugemest sur ce gendre si hien-aimé, qu'il craignit de le commettre à une expédition si importante \ mais le roi, qui lui vouloit faire sa cour, y persista a résolument qu'il fallut bien obéir, pour le malheur du roi et du royaume. Le roi dit qu'il setrouvoit si mal ou si médiocrement des généraux arrivés tard à ce comble qu'il vouloit essayer des jeunes gens; mais s'il jugea de tous par celui-ci, il lomba dams une erreur bien étrange. La Feuillade , enivré de soi-même , ne voulut croire persoone, se Ht haïr de son armée , quoiqu'il y fût le dispensateur des grâces et qu'il y abondât de tout , et se méprit de confiance et d^opiniâtreté de bout en bout. Yanban , qui l'avoit prévu et qui fut consulté , fit un acte de grande vertu : il sentit l'importance du succès et l'impossibilité de réduire la Feuillade à une autre manière d'attaque par dépêche que celle qu'il faisoit et qui entraînoit nécessairement le blâme et ne poih voit avancer l'affaire, proposa au roi d'y aller remédier et de laisser son bâton derrière la porte ; ce furent ses paroles qu'il n'étoit pas juste qu'il l'eût reçu pour qu'il le rendît inutile. Il en pressa viremait le roi , qu'il n'y put jamais résoudre ; jaloux à la fin de son choix qu'il vouloit soutenir et embarrassé de faire cette peine à son ministre, à qui il avoit voulu plaire par cet endroit si sensible, et encore plus de montrer sa foiblesse à toute l'Europe en acceptant Toffre de Vauban, de ne l'employer que d'ingénieur étant maréchal de France ; il faUoit que la Feuillade se trouvât bien à bout pour envoyer ici à la coiàultation ; et il falloit être bien enivré de lui pour ne l'en croire pas au mol» h ce trait, et continuer à se livrer à son ignorance et à sa présomptioo, qui perdirent l'Italie.
(t) Tome Vlli, fiage 237.
SEPTEMBRE t7aiS 495
Jeudi 17, àMarly, — Le roi alla courre le cerf Taprôsdinée; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa calèche. S. M. reçoit tous les jours des lettres de monseigneur le Dauphin, qui se plaît fort à Fontainebleau.
— U arriva le matin un courrier de M. de Vendôme, qui est toujours dans le camp de Rivolta ; le prince Eugène est toujours entre Treviglio et Garavaggio ; il ne lui est arrivé aucun secours, et il n'y a point même de troupes en marche ni dans le Trentin ni dans le Tyrol pour le venir joindre. Les Vénitiens ont écrit à Tempereur, au roi et au roi d'Espagne que leur pays souffroit trop de la guerre et qu'ils seroient obligés de se déclarer contre le prince dont les troupes voudroient demeurer dans leur pays. — Quelques vaisseaux de Fescadre de M. de Coëtlogon sont allés au-devant de ceux qui nous viennent de la mer du Sud et qui apportent des sommes considérables dWgent, et que nous savons, il y a déjà quelques jours , être arrivés à un port d'Espagne.
Vendredi 18, à Marly, — Le roi alla Taprès-dlnée voir jouer à son grand mail; il y mena madame la duchesse de Bourgogne et madame de Haintenon. Monseigneur le duc de Berry, courant à Fontainebleau le cerf avec les chiens de M . le Duc, fit une fort rude chute et se blessa à l'épaule et à la jambe ; mais il n'y a rien de rompu ni de démis. — U arriva un courrier de Perpignan par lequel on apprend que sûrement la tranchée n'étoit pas ouverte devant Barcelone le 5. Le vice-roi a fait faire une sortie sur un poste avancé où il y avoit des Hollandois et des Anglois, dont on en a tué cent cinquante. On est ensuite tombé sur un autre poste gardé par les révoltas ; on en a tué un assez grand nombre et pris environ cinquante, dont on en fera prompte justice.
— M. Desmaretz , directeur des finances , marie . une de ses filles, à qui il ne donne que 100,000 francs, au fils de M. de Bercy, maître des requêtes, prodigieusement riche.
Samedi 19, àMarly. — I^ roi tint le matin conseil de
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finances à son ordinaire et Taprès-dlnée il conrui le cerf; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa calèche avec lui. — Il arriva hier au soir deux courriers de Flandre , un de Télecteur de Bavière et Tautre du maréchal de Villeroy. Celui de Télecieur vient pour les affaires particulières de son maître. Le maréehal de Villeroy mande que les ennemis abandonnent Tirlemont ; ils en ont fait enlever toutes les palissades, qu'ils foDt porter àSaint^Tron et à Tongres^ qu'ils font fortifier. Par toutes les lettres qu'on a de ce pays^là et de Faveu même des ennemis ils ont perdu de maladie ou de désertion^ depuis qu'ils sont entrés dans les lignes, quinze mille hommes. H. le maréchal de Villars , se sentaot fort inférieur au prince de Bade, à qui il est arrivé beaucoup de troupes, a été obligé de quitter son camp de Bischweiler et de se rapprocher de Strasbourg, et noas craignons présentement que le prince de Bade n'attaque Haguenau et peut-être ensuite le fort Louis.
Dimanche 20, à Marly. — Le roi , au sortir du conseil, dit aux ministres qu'il tiendroit conseil jeudi matin à Fontainebleau ; ainsi ils n'auront pas loisir d'aller à leurs maisons de campagne. L'après-dlnée S. H. alla à Saint- Germain ; .quoique la reine d'Angleterre ne se porte pas bien , elle ne laissera pas de venir à Fontainebleau par complaisance pour le roi son fils et la princesse sa fille. -— Il arriva un courrier de M. de Vendôme parti du 14 du' camp de Rivolta. H. de Vendôme a la fièvre tierce; mais son dernier accès avoit retardé de beaucoup et avoit été fort foible. H. le grand prieur est parti du 13 pour revenir en France. Le prince Eugène fait toujours courir le bruit qu'il tentera le passage de l'Adda ; il veut tâcher à donner quelques espérances de secours à M. de Savoie , et il craint qu'il ne traite avec le roi. «-Le marché du duché de Montfort (1) estconduà 1,130,000 firancs.
(I) Cet artide n'est pu i&aet. M. le eomte de Toaloqie a'acMa ai Moet-
SEFTBimiE tTM. 497
M. le comte de Toulouse et M. de Ghevreuse étoient oon«veofis du denier vingi-cinq, et leti arbitres ont estimé la terre 45^000 livres de retite^ et il y a eu un petit article de 5 ou 6,000 livres une fois payé.
Lundi 21, à Marly. — Le roi alla tirer Taprès-dlnée et travailla le soir ches^ madame de Maintenon .avec M. Pelletier. Monseigneur le duc de Bourgogne alla à vêpres à la paroisse. Biadame la duchesse de Bourgogne dla à Saint^ïermain voir la reine d'Angleterre. -^ Il ar* riva le soir un courrier de M. le comte de Toulouse , les lettres sont de Toulon du 16* 11 étoit revenu de son voyage d'Antibes ^ où il a visité les bords du Var. Il reçut le 14 du mois des ordres de la cour pour achever in* cessamment l'armement des vaisseaux, afin d'être en état de profiter des occasions qui se pourroient présenter en cas que les ennemis séparassent leurs vaisseaux ; il retranche quatre vaisseaux de son armement pour rendre complets les équipages des autres, qui sans cela ne Tau* roient pu être. — Les régiments de dragons de Fimaroon et de Pezeu vont joindre M. de la Feuillade; celui de Pexeu étoit en Languedoc, et on y envoie en sa place celui de la Lande, que la Lande acheta il y a deux mois de Verceil, enseigne des gardes du corps, et dont il lui donna 61,000 francs argent comptant. La Lande est fils de la Lande, lieutenant général, qui sert en Languedoc.
Mardi ââ, à Sceaux. — Le roi partit à trois heures de Marly pour venir ici; il avoit dans son carrosse madame la duchesse de Bourgogne, Madame, madame la duchesse d'Orléans et la duchesse du Lude ; il n'y avoit personne à la portière de son côté. Il passa dans la cour de Yer- .^ailles sans s'y arrêter et arriva ici d'assez bonne heure pour se promener dans les jardins. Q y eut le soir deux
fort ni le duché. Il acheta la forêt, qui g*est depuis nommée la forêt de Saint- Léger, SbOfiOO livres. Montfort n'a jamais été que comté. H étoit depuis 169) réaai êmàmdbéàè Chen«we. (iTol« duaucdé Lmitnm,)
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tables de douze couverts, où le roi mangea avec les dames qui avoient suivi madame la duchesse de Boulogne et celles qui y étoient avec madame la duchesse du Maine. Il y eut avant souper un petit concert chez madame de Maintenons de Yizée, Descoteaux et Forcroy. Pendant la musique madame la duchesse de Bourgogne jonoit au lansquenet dans l'antichambre , et on avoit laissé la porte de la chambre de madame de Maintenon ouverte afin que les dames pussent entendre la musique. Madame de Maintenon soupoit dans la ruelle de son lit avec mesdames d'Heudicourtet de Dangeau, qui font le voyage avec elle. Monseigneur le duc de Bourgogne partit à la pointe du jour de Marly en chaise de poste pour aller droit à Fontainebleau et courre le loup avec Monseigneur.
— M. de Torcy arriva à Sceaux à la promenade du roi, et lui apporta des lettres du roi d'Espagne^ à qui le viceroi de Catalogne a écrit de Barcelone du 5. II lui mande qu'on ne doit point avoir d'inquiétude sur ce siège ^ qu'on a tort de craindre qu'il manque de vivres j qu'il en a pour six mois^ qu'il a de l'eau en al^ondance^ qu'on ne lui sauroit 6ter, que sa garnison est très-nombreuse, très-bonne s qu'il en est très-content. — Le soir, à son coucher, le roi reçut un paquet de H. de Pontcbartrain dont on ne nous parla point et qui n'est apparemment qu'un détail de l'armement de M. le comte de Toulouse.
— Le roi d'Espagne a résolu de ne se point relâcher sur la place qu'il a donnée à son capitaine des gardes da corps; mais les grands continuent aussi âne se vouloir point trouver à la chapelle. S. M. C. avoit 6té les chapes à deux de ses capitaines des gardes du corps qui n'avoient point voulu se trouver à la chapelle, quoiqu'il sembl&t que c'étoit leur intérêt ayant cette chaige-Ià; mais ils aimèrent mieux soutenir les prétendus droits des grands. Ces deux capitaines étoient le duc de Sessa et le comte de Lemos ; leurs charges furent données au duc d'Ossone et au comte d' Aguilar, qui n'ont pas mieux fait
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que les autres , procédé dont le roi d'Espagne est fort piqué, et il veut être obéi. 11 a écrit au roi pour le prier de ne lui pas conseiller de se relâcher là-dessus.
Mercredi 29 y à Fontainebleau. — Le roi, à son réveil à Sceaux , reçut un paquet de M. de Chami^art dont il ne parla point à son lever. A dix heures du matin il monta en carrosse ; il avoit passé auparavant chez madame de Main tenon, qui ne partit qu^un moment avant le roi. Il dina au Plessis et arriva ici à quatre heures après midi. Nous apprîmes en arrivant qu^on avoit trouvé hier sur le chemin M. de Dreux allant à Paris, qui n'avoitpoint voulu se nommer sur la route, et le soir, sur les huit heures, le roi étant chez madame de Maintenon , H. de Chamillart y entra suivi de" M. de Dreux, dont le voyage ici fait faire beaucoup de raisonnements. Les uns prétendent que ce sont des difficultés sur le «iége de Turin, auquel M. de la Peuillade prie le roi de remédier, et il attendi*a la ré* ponse et les ordres de'S. M. avant que de s'y embarquer; les spéculatifs prétendent que ce sont des propositions faites par M. de Savoie pour gagner les bonnes grâces du roi. — M. Rouillé, envoyé du roi auprès de H. de Bavière, repartit samedi de Paris pour retourner auprès de cet électeur; on avoit cru qu'il demeureroit quelques jours de plus en ce paysrci. — M. de Savoie avoit voulu faire sauter un des magasins à poudre de Chivas ; mais celui à qui il s'étoit adressé pour cela en est venu donner avis au commandant.
Jetêdi 2k, à Fontainebleau. — Le roi , avant que d'entrer au conseil, donna audience à Tenvoyé de I^orraine, qui donna part de la mort du prince Joseph. M. de Lorraine avoit eu sur cela une conduite dont le roi étoit content; car il avoit fait dire par son ministre à M. de Torcy que, quelque envie qu'il eût de faire part de tout ce qui le regarde au roi , il n'osoit lui parler d'un frère mort dans l'armée des ennemis. Le roi lui fit dire qu'il lut snvoit bon gré de son attention et qu'il pouvoit lui ve-
m JomuiAï. m paweau.
nir donner part dè9 qu'U sanpit arrivé 4 Fontaioebleaa, et oe matin ^ à la fin de Taudi^nce , le roi lui a dit qu'il en étoit fàcbé pour bien das raisons, et que M. de I^rraiBa Fentendoit. Le roi en prendra le deuil demain. -^ La roi courut le cerf raprès*dlnée ; madame la doctuease de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche, Le soir il y eut comédie. Le roi, à sept heures, travailla cbex madame de Mainte'non avec M. de Cbamillart , M. de Dreux et le maréchal de Vauban , qu'on avoit fait venir de Paris, Cela a fort changé les raisonnements que les courtisans faisoieni hier. — M. le grand prieur (1) est arrivé à Clichy auprès de Paris, où il a une petite maison ; il a écrit au roi qae» puisqu'il est assez malheureux pour lui avoir déplu, ii ne prendroit point la liberté de lui deûiaodar aucune gr&ce ni même de se présenter devant lui.
Vendredi 25, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer IV près-dlnée , et trouva beaucoup de gibier ici. Mtnmi" gneur se promena en carrosse et & pied. Messeigueurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tirer des sangliers. M. de Dreux prit congé du roi pour retourner i l'armée de M, de la Feuillade , et on croit que le si^ de Turin sera différé. M. de Vauban est persuadé qu'on ns le doit faire qu'en prenant les Capucins* — Il arriva des lettres de Barcelone, et le roi dit à son souper que les ennemis avoient attaqué le 16 des ouvrages nouveaux quV voit fait faire le vice-roi à la tète du mont Jouy ; qu'ils les avoient emportés après une longue résistance ; qu ils y avoient perdu huit cents hommes , et que le prince de Darmstadt^ sûrement y avoit été tué, ce qui déconcerteroit fort les affaires de l'archiduc en ce pays^là, — Le roi a envoyé le congé à M» le comte de Toulouse ; il arrivera ici la semaine qui vient ; cependant on assure que ^a^
(1) On n'avoit point été content de loi à Cassano, et on prétend quNui peo plu8 de ¥jgttaDce de sa put aurait assuré la déroute entière des Iropéitan. (Note du (hted* Luynef,)