‹ Journal du marquis de Dangeau (volume 2)Chapitre 1 sur 12 · DU DUC DE SAINT-SIMON · texte numérisé non relu

DU DUC DE SAINT-SIMON

ANNÉE n^7.

Vendredi 1" janvier y à Paris. — M. le duc d'Orléans vint à la messe du roi, et au sortir de la messe il y eut assemblée des chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit, dans la salle où se tient le conseil de régence. Le roi y étoit dans un fauteuil, au bout delà table, M. le duc d'Orléans debout comme tous les autres chevaliers. L'abbé de Pomponne, chancelier de l'Ordre, proposa plusieurs choses, et rapporta fort bien ce qui avoit été résolu sur les pensions des chevaliers, qui ne pourroient être saisies pour quelque raison que ce fût. On choisit trois commissaires pour veiller aux intérêts de l'Ordre : un d'église, qui est l'archevêque de Cambray, et deux d'épée, qui sont le maréchal de Villeroy et le marquis d'Effiat. On agita et décida ce qu'il falloit faire pour recevoir le prince des Asturies dans les formes *. -— Madame de Langeais mourut le matin, au Luxembourg, où elle avoit un fort beau logement ; elle étoit sœur du feu maréchal de Noailles, et avoit quatre-vingt-neuf ans.

* Le régent ne voulut pas tenir un premier chapitre sans le roi , quoiqu'il ne fût pas chevalier, bien que régulièrement il eût pu le faire,

puisqu'il ne s'agis$p]); gne 4e bagatelles de inattention et de rien de nouveau à décider ni à statuer, et de Fadmission du prince des Asturies, qui ne se pouvoit remettre par sa qualité. Il fut tenu debout^ découvert , sans ordre , et le régent comme les autres chevaliers , à la manière du feu roi ; et si le roi seul y fut assis, ce fut par rapport à son àf , et 11 deniewa décrut ert ; no|i q«e le n;i iip soit le ni^tri et fsips pfopoFtloii avec sesfiojéls, mais jamais, depuis fine^'tyitoQ ée l'Ofdre, nul roi tenant chapitre n'y a laissé les chevaliers debout et découverts quand lui-même y d été d$si$ et couver];. Ce prepiier chapitre passé , ile roi n'assista point au suivant, if étant pas chevalier ni par conséquent grand maître de l'Ordre, parce qu'il ne s'y agissoit que de l'exécution de celuf-ei pour le piunce ^ Ajtiuies, aI 4f faire doouer le coVier du Saint-Esprit au duc dePopolî , admis par le feu roi dans TOrdre , et qui dès lors le portoit, et par le roi d'Espagne, chevalier de l'Ordre, en même temps qu'un prince des Asituries. Ce fut ainsi que par commission d'Henri IV , non encore catholique ni sacré, le maréchal de Biron reçut son fils, que le même Henri IV venoit d'y nommer.

Samedi 2. — Conseil de régence Taprès-cllnée. Il y a eu deux cent deux bomnaes taxés. Montargis, qui étoit iaxé par les oommissarres à deux millions, a obtenu une dirnipution de 100,009 éeus. La taxe monte à plus de trente-un millions, et il y avoit déjà pour cent vingtsix millions de taxe; on n'a pas encore la liste de la taxe d'aujourd^sui^-^ Madame de Langeais, qui mourut hier, avoit pbtenu du feu roi, quand elle revint de Hollande et qu'elle se fit oaiholique, une pension de 2,000 écus, dont madame d'Elbeuf demanda que Ton mit 2,000 francs sur la tète de mademoiselle de Langeais, sa fille, qui a cinquante ans passés: ainsi ce n'est que 4.,000 francs de pension éteinte , et que les fils de madame de Langeais, qui sont tous dans Le service, demandent et méritent bien. — Mademoiselle de Beuvron, sœur du maréchal d'Harcourt, vieille fille retirée dans un couvent en Normandie, est morte; ce maréchal isn hérite de 7,000 livres de rente.

Dimanche 3. — Conseil de régence le matin. L'aprèsdlnée M. le duc d'Orléans tint une longue conférence chez lui, avec le cardinal de Noailles , les évoques d'Arras,

de Châlons, de Bayonne, de Boulogne et de Mirepoix , le maréchal d'Huxelles, le duc de Noailles, le marquis d*Effiat, M. Amelotetle procureur. général; il n'y eut rien de résolu, et on §ç rassemblera jeudi pour la môme affaire; on croit même que ce ne sera pas la dernière assemblée . — La princesse d'Auvergne étoit venue ici de Montpellier, du consentement et de concert même avec ses beaux-frères, l'abbé d'Auvergne et le prince Frédéric; elle ne couchoit point à Paris et cpucboit à Saint-Mandé. Elle repartit avant-hier pour retourner à Montpellier, sans en rien dire ^ personne de sa famille ni à pas un de ses amis; on prétend qu'elle est mariée avec un M. de Mési et qu'on auroit bien voulu qu'elle songeât à faire casser ce mariage *.

* On a vu en son ordre, en ces Mémoires, la désertion de notre armée aux ennemis du second fils du comte d'Auvergne , qu'il avoit fait son aîné , et sa punition juridique en effigie en place de Grève , son mariage avec une fille de la duchesse d* Aremberg, à Bruxelles, et sa mort. Sa veuve fut tutrice de leur fille unique, qui avoit tous les biens de la comtesse d'Auvergne, sa grand'mère, parce que les enfants du comté et delà comtesse d'Auvergne étoient tous morts prêtres ou religieuses. Elle devoit encore avoir ^ux de sa mère, qui étoient considérables, quoiqu'elle eût un frère, qui étoit le duc d'Aremberg. Le cardinal de Bouillon étant passé d' Arrâs en Tannée des ennemis, et, dans rembarras de sa personne et l'incertitude de sa marcbe, ayant séjourné longtemps aux Pays-Bas avant de gagner Rome, trouva sa nièce en sourde galanterie avec Mési, gentilhomme, écuyer dans la maison ; son orgudl en fut moiçs blessé que son intàsét flatté. U espéra trouver moyen de dépouiller sa nièce de ja tutelle et de toute aul;orité sur sa fille, d'éèarter la duchesse d'Aremberg e^l de devenir le maître des biens, de l'usufruit desquels il avoit grand besoin dans un temps où tous ses bi^s et ses bénéfices étoient confisqués pour le reste de sa vie, de plus de disposer de la personne de sa petite-nièce pour la marier à son poîQt et à ^n gcé : ces r^ons l'emportèrent donc sur toufte autre considération dçu)S son esprit. 11 s'insinua dans la coi^fî^nce çle la princesse d'Auvergne, plaignit son amour, en devint le confident puis le protecteur, encouragea Méçi à ce qu'il n'osoit imaginer, profita de la foiblesse de sa nièce, et finalement maria lui-même les deux amants en secret. Il ne Tavoit pas fait pour que ce secret subsistât toujayrs; H éclata donc quand il lui convint qu'il fût su. Les parties

n'en convinrent pas , mais il y en eut assez pour que la duchesse d'Aremberg chassât sa fille de chez elle et se brouillât si bien avec le cardinal, que l'odieux de sa conduite fit passer à cette grand'mère la tutelle et la garde de sa petite-fille. Le cardinal, trompé cette fois comme en tant d'autres en ses projets, ne recueillit de celui-ci que toute Tignominie qu'il avoit causée pour son intérêt, et la duchesse d'Aremberg demeura la maîtresse. Elle maria sa petite-fille, dès qu'elle fiit nubile, au prince palatin de Saltzbach , héritier présomptif de l'électeur palatin. Tous deux moururent bientôt après , et ne laissèrent qu'un fils enfant, dont la duchesse d'Aremberg fut encore tutrice, et qu'elle a élevé auprès d'elle jusqu'à ce qu'en 1734 l'électeur palatin l'a fait venir auprès de lui, où il est demeuré comme son héritier et de sa dignité électorale. La princesse d'Auvergne, errante, pauvre, rejetée de partout et méprisée, la fut bientôt de son mari, qui^ las de cette vie vagabonde , au bout de quelques années la planta là pour s'en aller vivre dans sa province , et y arrondit son bien de ce qu'il avoit pu attraper d'un si étrange mariage, duquel il a plusieurs enfants. A la fin sa femme, battue de toutes parts et sans ressource d'aucune, se jeta dans la dévotion, pendant laquelle une grande maladie lui persuada d'avouer ce que personne n'ignoroit, son mari et ses enfants. Elle prit donc à Paris, où elle étoit pour lors , le nom de madame de Mési, qui acheva de l'atterrer et de l'enterrer, sans que son mari s'en souciât davantage. Dévote de plus en plus, elle s'embarqua dans les affaires de la Constitution jusqu'au fanatisme, qui la forcèrent pour la dernière fois à quitter Paris et à retourner auîj^ Pays-Bas , cachée comme elle l'avoit été longtemps en France. Elle se retira enfin à Utrecht, où peu après elle mourut, dans les premiers mois de 1736, et ne fit jamais si bien en sa vie.

Lundi 4. — Conseil de régence le matin. — Toutes les lettres de Hollande portent que le traité de ligue se doit signer aujourd'hui. — La petite vérole, qui avoit discontinué durant quelques jours à Paris, a recommencé avec beaucoup de force; madame de Thuisy *, sœur de Caumartin, et le président de Romanet en sont fort mal. — L'intendance d'Auvergne, qui vaque parcequel'on envoie M. de Nointel à celle de Soissons, est donnée à M. Boucher, président de la cour des aides; MH. les maîtres des requêtes ont prié M. le chancelier de représenter à M. le duc d'Orléans combien cela faisoit tortàleurs chargesqu'on envoyât, surtout dans le dedans du royaume, des intendants

qui ne fussent pas de leur corps. On en a envoyé quelquefois dans les intendances sur la frontière» et depuis peu on a envoyé encore d'Andrezel en Roussillon. **

* Madame de Tuisy étoit une bourgeoise fort;iriche , vieille et sans enfants, qui avoit bien de Tesprit et de la politesse, qui a voit été aimable, et qui avoit toute sa vie méprisé son état et trouvé moyen de percer dans les meilleures compagnies de la cour et de la ville, de les recevoir ensuite chez elle et de se faire des amis considérables des deux sexes. Elle étoit intime du cardinal d'Estrées ; elle la devint de la maréchale de INoailles, et on a vu en son lieu que ces deux maisons eurent tout son bien, et que ce fut elle qui fournit la dot de la dernière maréchale d'Estrées-Noailles.

[ C'est madame de Thoysy, et non madame de Thuisy, qui a fait ce don aux Noailles , laquelle n'étoit point sœur des Gaumartin, qui est celle dont il s'agit icy.] (1).

** Boucher étoit fils d'un secrétaire du chancelier Boucherat,qui y avoit bien fait ses affeires ; celui dont il s'agit avoit épousé une sœur de la femme de M. le Blanc, depuis secrétaire d'État , et si connu par sa disgrâce et son triomphant retour ; et ce fut cette protection dès lors qui fit Boucher intendant , qui le fut ensuite de Guyenne , où il l'est encore. Rien de plus plaisant que le scandale que les maîtres des requêtes en osèrent prendre jusqu'aux plaintes qu'on voit ici. On ne sait écrit nulle part ce droit exclusif aux intendances , et quoique depuis longtemps l'usage les leur donne presque toutes, ce n'a jamais été que par convenance et par faveur des sujets nommés, ni sans interruption d'en donner à d'autres qu'eux , même des plus considérables : mais tout fait droit à qui n*en a point et à qui a l'audace de s'en faire.

Mardi 5. — La même conférence qu'il y eut dimanche chez M. le duc d'Orléans s'y tiendra encore jeudi ; mais il

(1) Saint-Simon, qui, comme on Ta va à la fin de l'addition précédente, écrit ces additions postérieurement à l'année 1736, avait confondu ici madame de Toisy, morte au mois de mars 1703 avec madame de Thuisy, morte en janvier 1717. Il a ensuite reconnu son erreur, biffé l'addition que nous reproduisons à titre de renseignement et ajouté de sa main ce qui est entre [ ]. Nous insistons sur ce fait pour montrer que la mémoire de Saint-Simon a pu le tromper lorsqu'il écrivait à une aussi grande distance des événements, et qu'il n'a peut-être pas pu toujours corriger ses erreurs. Ce fait est d'autant plus à remarquer que le ton des Mémoires de Saint-Simon, rédigés de 1740 à 1750, est beaucoup plus acerbe que celui de ses additions.

Voir tome iX, page 151, l'addition et la note sur madame de Toisy.

chebourg, à qui 8. M. G. a donné le régiment des gardés wallonnes, conservera la vice-royauté de Galice; led peuples de ce p&ys-là le redemandent avec tatit dlîistances, qu'ils s'ottreût â fait<e toute 1& dépense du vice -toi à leurd dépens.

VenâmliS. ■--=- Il arriva un courrier de l'abbé Dubois, un de ndà ambassadeurs plénipotentiaires à la Haye, qui apporta k sigTte.ture du traité de ligue défensive ; ce traité ne sera ratifié que quand le roi d'Angleterre, qui est à Avignon, aum passé ein Italie, et on croit qu'il choisira Bologne pour y faire sék demeure. 11 n'y à rien dans le traité qui reg^irde là teiWi sa mère pour l'éloigner de ces paysci. -*-M. le duc d'Orléans va fort peu au bal cette année; il se contente, quand ils sont au Palais-Royâl, de tei^ voir de sa loge sans se manquer. — M. d'Agénois, qui a étélong^ tempd mestrede camp du régiment de M. le comte de ToukHiSe, avoit quitté le service; il a fort souhaité présentemefit d'Y rentrer, et queéqu*il y ait plus d'un ftn quMl ait quitté, M. le duc d^Orléans a bien voulu lui rendre son rangdfe colonel. — Le président de Romanet est mort depuis deux jours, de la petite vérole.

Sarmdi ^. — Conseil de régence l'après-dlnée; on y porta à l'oifdittaire les taxes, qui &e font les vendredis. Il y eut cinq cetttcitiqttante personnes taxée», et toute la taxe ne monte pas â sept millions. — Uparoit plusieurs écrits fort Kbi»es de différents ecMésiâistiqaes g?ur ^affaire de k Constitution, qu^i ^nt tous contre ta cour romaine, et pour exhorter le cardinal de Noailles à demeurer ferme dans son parti. -^ Il y a eu quelque paroles Assez aigres entre deux princes du sang ; on espère que la grand' mère raccommodera totft cela, qui ne sont proprement que des bagatelles et des enfances, mais qu'il faut empêcher d'aller plus loin. — On a des nouvelles de Québec , qu'au mois d'oetobre Louvigny, major de la place, mareha avec quelques François et quelques sauvages alliés; il alla jusqu'à quatre cents lieues à l'ouest contre des sauvages qui

s JOURNAL DE DAJNGEAU.

s'étoient déclarés nos ennemis et qui avoient fort troublé notre commerce.

Dimanche 10. — Il y eut conseil de régence, et on y lut l6 traité de ligue défensive qui vient d'être signé avec l'Angleterre et la Hollande ; il ne sera rendu public que quand les ratifications seront venues. — On donne le committimm du grand sceau à tous les conseillers des différents conseils établis depuis la mort du feu roi. — L'abbé de Saillant^ qu'on avoit envoyé aux eaux il y a quelques mois, après une attaque d'apoplexie ^ s'est toujours trouvé de plus mal en plus mal depuis son retour, et il est à la dernière extrémité présentement. Il a une assez jolie abbaye à Senlis^ que feu M. de Luxembourg, son ami intime^ avoit obtenue du feu roi pour lui et qu'on croyoit qui valoit 10,000 livres de rente, mais qui n'en vaut que 6,000 au plus; elle est fort noble. lia trois ou quatre autres petits bénéfices, dont le meilleur ne vaut pas 500 écus. — Il yeutbalàrOpérajM. leducd'Orléans y entra, mais il n'y fut qu'un moment.

Lundi 11. — Conseil de régence le matin; avant que d'y venir M. le duc d'Orléans avoit donné une longue audience au cardinal de Noailles, et l'après-dlnée il y eut encore chez lui une grande conférence pour les affaires delà Constitution, qui est la suite des deux conférences de la semaine passée; il y en aura encore une mercredi. M. le duc d'Orléans se donne tout entier à cette affaire-là, qui lui tient fort au cœur, comme de raison, et qui Tinquiète beaucoup; il est fort au fait de toute l'affaire et la veut finir. On croit qu'il sera mal aisé de la finir que par un concile national. M. le cardinal de Noailles, à ce que disent tous ceux qui assistent à ces conférences, est le plus modéré desévêquesde son parti. — Le roi d'Espagne a fait chevalier de la Toison le marquis de Caylus, -lieutenant général de ses armées; on lui a donné la place qu'avoit le comte de Beuvron, dont il avoit reporté la Toison.

Mardi 12. — Cent cinquante docteurs allèrent le matin

chez M. le cardinal de Noailles, qui prétend n'avoir rien su de leur députation et avoir été surpris de les voir arriver dans sa cour. Après avoir harangué S. E. et l'avoir exhortée à demeurer ferme dans son parti ^ ils lui laissèrent un petit écrit par lequel ils l'assurent qu'ils lui demeureront inviolablement attachés, quamdiu non deerit veritati religioni etpatriœ. Cette démarche de la Sorbonne fait un grand bruit. M. le duc d'Orléans l'a trouvée trèsmauvaise, eta ordonné à M. le premier président d'en faire des réprimandes à la Sorbonne et de leur défendre toutes assemblées, hormis celles dn prima mensis. M. le cardinal de Rohan travailla l'après-dlnée longtemps avec M. le duc d'Orléans, qui lui donna une audience fort favorable; il exhorte M. le duc d'Orléans à presser M. le cardinal de Noailles de donner son projet d'acceptation de la bulle; il le fait toujours espérer, mais il ne vient point encore.

Mercredi 13. — L'assemblée des prélats pour la Constitution s'est tenue encore aujourd'hui chez M. le duc ^ d'Orléans; il ne parolt pas que les choses avancent beaucoup. — On adonné à madame de Lorges, rehgieuse à Contlans, sœur de mesdames de Saint-Simon etde Lauzun, l'abbaye d'Andezy, diocèse de Chàlons en Champagne , vacante par la mort de madame Croiset. — Le cardinal del Giudice quitte enfin l'Espagne ; le pape lui a permis de renoncer à la charge de grand inquisiteur d'Espagne et de pouvoir s'en aller à son archevêché de Montréal en Sicile, qui vaut près de 200,000 livres de rente*. Le roi d'Espagne a donné la charge de grand inquisiteur à Molinez, qui étoit son auditeur de rote à Rome. Le pape avoit eu quelque peine à y consentir, mais Molinez a enfin obtenu son consen tement . MoUnez a plus de quatre-vingts ans .

* Alberoni ne s'étoit pas défait de madame des Ursins pour n'être pas le maître. Il le devenoit peu à peu , et il écartoit tout ce qui lui faisoit ombrage. Ses forces accrues, il ne put compter plus longtemps avec le cardinal del Giudice , dont la dignité et la grande figure qu'à

deux reprises il avoit faite ea Espagùe lui étoit un obstacle au grand vol qu'il y oui oit prendre, et il s'en défit; dont le cardinal outré ne tarda pas, après sa retraite à Rome , de faire éclater son ressentiment aveô tlrop ped de toesUre et de montrer toute sa rage et son ingratitude en se dévouant pûbliqueikient à l'empereur.

Jeudi 1^. ^^ Le comte d'Estrades fut atrèté en soi^tant du Palais-Royal; son fils étoit avec lui: il iWvoya d'abord trouver M. le duo d'Orléans pour lui dire ce qui lui arrivoii^ dont il ne comprenoit pas la raison. M. le duo d'Orléans n'avoit donné bul ordre sur cela; on jugea bien que o'étoit pour quelques affaires particulières, M. le duc d'Orléans fit expédier par M. de la Vrillière une lettre de cachet pour que Ton le fit sortir de prison ; il y a eu quel^ ques magistrats qui n'ont pas trouvé cela trop bon ; cependant, on espère que l'affaire se va accommoder. Il s'agit d'une dette assez médiocre, et on lui accorde un sauf-conduit de trois mois. — Le pauvre abbé de Saillant * mourut après une longue agonie ; il a demandé d^étre enterré dans la même chapelle où est enterré Cavoie, qui étoit son intime ami. L'abbaye qu'il avoit à Senlis est l'abbaye de Saint-Vincent.

* Cet abbé de Saillant, frère de Saillant, lieutenant général, lieutenantcolonel du régiment des gardes et commandant à Metz et dans les évéchés, où il éstmort, eût été un honnête homme s'il avoit eu des mœurs. La débauche, la sâreté du commerce et de l'agrément dans l'esprit ^ lui avoient donné des amis considérables ; dans seÈ dernières années il s'étoit converti et s'étoit lié avec beaucoup de gens de bien.

Vendredi 15. — M. le cardinal de Noailles dévoit aller chez M. le duc d'Orléans, parce qu'il y travaille tous les vendredis, mais la petite vérole est à l'archevêché, ce qui lui a fait prendre le parti d'aller à Conflans pour quelques jours. C'est l'abbé de Gontaut qui a la petite vérole. Comme M. le cardinal de Noailles ne peut pas demeurer longtemps à la campagne, dans le mouvement où sont les affaires de la Constitution , il reviendra dans quelques jours; il logera chez madame de Richelieu, sa belle-sœur.

Il y eut Taprès-dlnée une assemblée de trente^ciaq évèques chez M. k darditiàl de Hohan , qui ^nt tous de cebx qbi ont reçu la Constitution ; les cardinaux de Rohan et de Bissy 6t tous ùe& prélats assmhblés ated eux sont plus Unis de sentim^lift et plus fermes qu'ils n'ont jamais été , et cherchent toutes les voies de douceur pour faire revenir les prélarts opposés à la Goniititution.

Samedi 16. -^ Conseil de régence^ où oh lut la taxe faite hier des gens d'affaires^ qui sont en grand nombre^ mais le total ne monte qu'environ à sept millions. — U y aura lundi une assemblée chez H. le duc d'Orléans , du cardihal deNoailles et de quatre évèques de son parti , qui sont le& évèques d'Arrais , de Mirepoix, d'Angoulême et de Tréguier; d'un autre côté^ MM. les cardinaux de Rohan et de Bissy, les archevêques de Bordeaux et de Bourges et l'évoque d'Uzès, le plus ancien des évèques de ce pai*ti-là; et M. le duc d'Orléans y fait venir cinq laïques > qui sont le duc de Noailles, le maréchal d'Huxelles, le marquis d'Effiat, M. Amelot et M. le procureur général. Dans rassemblée tenue chez M. le cardinal de Rohan des trentecinq évèques, il fut résolu que leurs cinq députés presseroient fort M . le cardinal de JN^oaiUes de donner son proj et d'acceptation.

Dimanche 17. — Conseil de régence le matin. — Sanguin,capitaine des gardes de M. le Duc, etqui étoit extraorditLairement vieuii^, est mort depuis quelques jours ; M. le Duc a donnés» charge au comité de Tavunnes. MM. deTavannesont toujoursétéfortattachésd^amitié àla maison de Coudé ; M. le Duc a augmenté les appointements d^ celui qui étoit lieutenant de ses gardes, et ils sont aussi forts que ceux de capitaine. — On mande de Vienne que l'empëreui* a été incommodé, qu'il a été saigné deux fois ; depuis ces saignées, la fièvre l'a quitté, et il se porte bien. M. le comte du Luc^ notre ambassadeur en cette cour, se porte mieux; mais quoiqu'il ait obtenu son congé et qu'il ait grande envie de revenir en France , sa santé n'est pas

encore assez bonne pour qu'il se mette en chemin ; il attendra le printemps. — La duchesse de Gesvres, qui avoit beaucoup perdu à la réduction des rentes de la ville , du temps de M. Desmaretz^ a obtenu quelques petits soulagements, qui lui redonneront 4 ou 5,000 livres de rente de plus qu'elle n'avoit présentement.

Du 18 au 31. — Je tombai malade le 18, et le samedi d'après je fus à l'extrémité et reçus tous mes sacrements. Voici ce qui s'est passé et ce que j'ai appris durant ma maladie :

L'assemblée des évèques que nous avons nommés il y deux jours se tint chez M. le duc d'Orléans le lundi 18, et elle se tint encore le mercredi 20. — La czarine, qui venoit voir son mari qui est à Amsterdam^ accoucha le 13^ à Wesell, d'un prince, qui mourut le même jour. — Les affaires de Pologne, que l'on avoit dit terminées ne le sont point encore. — M. le duc d'Orléans, qui est fort content de M. d'Argenson, lui a voulu donner une gratification de 8,000 livres, qui apparemment se tournera en pension ; ce magistrat a été bien aise de recevoir une marque publique des bontés de M. le duc d'Orléans, mais il n'a voulu la gratification que de 4.,000 francs. — Marcognet, commandant àla Rochelle , et qui avoit le titre de gouverneur, est mort. Le maréchal de Matignon prétend que ce gouvernement-là étoit joint au gouvernement du pays d'Aunis; que M. de Lou vois l'en avoit fait séparer en faveur de Marcognet, et qu'il y doit être rejoint. M. le duc d'Orléans a jugé qu'il étoit juste que le gouvernement de la Rochelle demeurât uni à celui de la province d'Aunis, qu'a le maréchal de Matignon; mais Marcognet avoit 12,000 francs d'appointements du roi et 4,000 francs de la ville de la Rochelle : de ces 12,000 francs d'appointements du roi, on en donne 6,000 au maréchal de Matignon et on garde les 6,000 autres, avec les 4,000 que donne la ville, pour celui qu'on y enverra commander, le maréchal de Matignon ni son fils, qui en a la survi-

vance , n'y allant point. — Le président Pelletier a épousé mademoiselle d'Ecquevilly. La noce s'est faite chez M. de Marillac^ oncle de la mariée et doyen du conseil; il a quatre-vingts ans passés, et est revenu de la campagne en beaucoup meilleure santé que Ton ne disoit. — M. le duc de la Feuillade a ordre de se tenir prêt à partir pour son ambassade de Rome, et le chevalier de Rouannez, qui doit commander les quatre galères qui doivent le porter en Italie, a pris congé de M. le duc d'Orléans pour aller à Marseille faire tenir ces galères prêtes. — M. Tabbé deCastries, premier aumônier de madame la duchesse deBerry, a été nommé à l'archevêché de Tours, qui est un poste très-considérable dans TÉglise; mais le revenu n'est que de 14,000 livres de rente. — Les pensions furent réglées au conseil de régence le samedi 30 du mois; on va faire imprimer le règlement. — On avoit offert à Seignier, ancien maréchal de camp, le commandement de la ville de la Rochelle, qui vaudra 10,000 livres de rente; mais il en a 6,000 assurés sans être employé, et il aime mieux cela que de s'en aller dans une ville où il seroit obligé de faire beaucoup de dépense, outre qu'il est fort incommodé de ses blessures. Le maréchal de Matignon, qui en est présentement gouverneur particulier, outre le gouvernement qu'il a de la province, auroit souhaité que l'on ne mit point de commandant dans la ville et qu'on en eût laissé l'autorité à d'Aubarède, qui en est lieutenant de roi. — Le 18, M. de Bonneval parut au parlement sur la sellette comme criminel , pour avoir déserté du service du roi, et le parlement ordonna que les lettres d'abolition et de rémission qui lui avoient été accordées au mois de septembre 1716, signées: LOUIS c^ de notre règne le secondy et sur le repli : par le roi, le duc d'Orléans régent, présent : signé : PHÉLYPEAUX, avec grille et paraphe, et à côté sur ledit repli est écrit visa , signé : VOISIN, la cour ordonne quelesdites lettres de pardon, rémission et abolition seront registrées au greffe de la

cour pour jouir par ledit Claude- Alexandre de Bonneval de l'effet et contenu en icelles et êl^e exécutées selon leur fornie et teneur. Fait m parlçuijçpt Je 18 janvier.

Lundi 1" février. — Il y eut chapitre des chevalier» de l'ordre du Saint-Esprit chez le roi pour radDai3sion du prince des Asturies dans l'Ordre. Le roi 30u père, comme chevalier de l'Ordre, le recevra quand il aura fait da première communion, et recevra en même temps le duc de Popoli, qui a fait «es preuves il y a longtemps, qui a permission de porter l'Ordre , mais qui n'a pas eucore été reçu. Après le chapitre, où le roi n'est point papfse qu'il n'est p^ encore chevalier, il y eut copseil de régence, et il n'y aura plus de conseils jusqu'au premier samedi de carême. — On eut nouvelle que M. des Alleups, qui étoit notre am^saadeur à la Porte, étoit arrivé à Toulon. — M. le chancelier, en soupant le soir chez lui, dans sa famille, tomba en apoplexie.

Mardis, -r- L'apoplexie de M. le chancelier Voisin fut si violente qu'il mourut une heure aprèa minuit sans que la conno^ssance lui fût revenue un seul moment, A huit heures du matin, M. 4e la Rochepot, son gendre , MM. de Vaubourg et Trudaine ses beaux-frères, rapportèrent les sceauxà M. le duc d'Orléans, qui envoya quérir dans le momej^t M . Paguesseau, procureur général^, à qui il donna la charge de chancelier et les sceaux. Quand M. le procureur général arriva, il ne savoit pa§ la mort de M. le chancelier *. La charge de procureur général eM donnée à M . Joly de Fleury, le plusapc^en des trois avocats généraux, et on laisse la charge qu'il quitte sans la remplir présentement; on la garde pour son neveu, qui n'a que seize ans , et en attei^dant qu'il soit en âge de l'exercer il n'y aura que deux avocats généraux, qui sont MM. de Blancmesnil et Chauvel.in..- — Le rp.i .entendit le sermon du P. Terrasson, qui prêCihera tous les dimanches du carême devant lui.

* DaDgeau, toujours flatteur, aime à rendre les dioses plus touchantes. Nous étions à table en bonne compagnie, lorsque tout à la (in du

repas, chez l^ouville, on vint appeler Saint-Contest, eouseiUer d'état ; il sortit, revint Tair obscurci et occupé, ce qui nous hâta de sortir de table. On lui avoit mandé l'apoplexie du chancelier Voisin , et qu'il n'en avoit pas pour deux heures : la femme de Saint-Contest étoit sœur de la défunte mère de d*Ormesson et de la femme de Daguesseau, procureur général, sur lequel Saint-Gontest fut aussitôt en éveil , et Talla tirer le lendeim^in matin de 3on lit, où il étpit d^à alors, pour lui apprendre cette subite e|: grande vacance, sur laquelle il est vr^i qi|e le procureur général ne fit aucun mouvement, et s'en alla à sa grandmesse de paroisse. C'étoit le Jour de la Chandeleur. Le duc de Noailles, fort son ami, et qui, comme il n'arriva que trop pour tous les deux, comptoît bien de le gouverner en plein, averti dès le soir, puis dans ia nuit , s'en alla de bonne heure au PalaiA-Koyal, trouva M. le duc d'Orléans sur sa chaise percée^ qui sortoit de son lit, et dont la digestion n'étoit pas encore parfaite. Il en profita et tira sj bien sur le temp^, que sur cette chaise percée , le procureur général fut bombardé chanc^ier, mandé, trouvé à sa paroisse, et reçut les sceaux à l'instant que la famille de Voisin venoit de les rapporter. Et voilà les jeux de ta fortune, qui d'un ijnagfstrat qui avok primé an parquet et qui auroit été un premier président sublime, ei| fit un chancelier au-dessous des Aligre et des Boucherat.

A ce propos je pense que Dangeau se seroit trouvé bien empêché de dire dans quel répertoire il a trouvé (1 ) que le dernier prince du sang mène le deuil du channelier. La robe , toujours grave, toujours orgueilleuse, toujours organisée , et la seule dans l'État qui le soit, $'est surpassée à illustrer les obsèques .des chanceliers et des premiers présidents, quelquefois même des présidents à mortier, dans des temps plus reculés et où les cérémonies étoient plus à la mode. Les obsèques des officiers de la couronne étoient pompeuses, jusque-là qu'on y portoit leur effigie, ce qui n'étoit permis en nulles autres et qui ne s'est pas vu depuis le règpe des Bourbons. Alors les princes du sang étoient dits seigneurs du jsang, et qui ne préoédoient aucun officier de la couronne s'ils ne l'étoient eux-mêmes ou pairs de France encore mieux, et alors seulement dans l'ancienneté de leur dignité ou ofQce se pourroient mettre à tous les jours par amitié ; mais par droit qu'un deuil fût mené par le dernier seigneur du sang ni depuis qu^ils furent dits princes du saug, depuis la juste et sage déclaration d'Henri III, pour leur préséance comme pairs nés, c'est ce que toute la robe ni tous les Paageau du monde ne montreront jamais, ni de fait par hasard d'amitié depuis des siècles.

(1) Voir au 4 février.

Mercredi 3. — M. le duc d'Orléans avoit mené dès hier le nouveau chancelier au roi; il lui a mené encore, ce matin, et le roi lui a fait prêter son serment. — L'assemblée des prélats qui devoit se tenir aujourd'hui chez M. le duc d'Orléans a été remise à vendredi. — On mande de Rome que le cardinal del Verme est mort; il y a présentement deux chapeaux vacants. — On fit voir le roi nu, il y a deux jours, , devant plusieurs médecins et chirurgiens; on en dressa un procès-verbal. C'est une cérémonie que l'on a accoutumé de faire quand on est prêt de remettre les rois et les dauphins entre les mains des hommes pour faire voir que la gouvernante les a remis en bon état. — Le roi Georges doit être arrivé présentement en Angleterre, parce qu'on a nouvelle, il y a déjà quelques jours, qu'il s'étoit embarqué à Belle voetsluys.

Jeudi 4. — M. le duc d'Orléans travailla longtemps avec le nouveau chancelier. — Le chancelier Voisin fut enterré à Saint-Gervais, sa paroisse, sans aucune cérémonie ; il l'avoit ordonné ainsi par son testament, fait il y a environ trois mois. Par ce même testament, il donne à madame de la Rochepot, sa fille aînée, 40,000 écus plus qu'à ses autres filles, pour la dédommager de la perte qu'a faite son mari en achetant, par son conseil, la charge de chancelier de feu M. le duc de Berry, et en cas qu'ils n'aient point d'enfants, comme ils n'en ont point jusqu'à cette heure, et que la femme meure avant le mari , il laisse la jouissance de ces 40,000 écus à M. de la Rochepot durant sa vie. Il y avoit autrefois de grandes cérémonies à la mort des chanceliers; on prétendoit même que le dernier prince du sang devoit mener le deuil , mais cela ne s'est point fait aux cinq ou six derniers chanceliers. — La comtesse d'Arco mourut à Paris, après une fort longue maladie ; son héritier est le chevalier de Bavière, son fils, qu'elle avoit eu de l'électeur de Bavière étant fille; elle s'appeloit mademoiselle Popuel*.

* Le goût, l'exemple , la faveur du roi et la misère des François ,

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avoit fait de Paris Tégout des voluptés de toute l'Europe , et le continua longtemps après lui. Ainsi entre les maîA*esses des rois et leurs nombreux bâtards, ceux de M* le duc d'Orléans, à qui la régence fit une fortune immense, les Longueville, les deux sortes de bâtards de Bourbon de Busset et de Malause, et jusqu'aux Rothelin, bâtards de bâtards, c'est-à-dire de Longueville, qui en ces derniers temps ont osé se croire quelque chose et l'ont presque persuadé avec une couronne de prince du sang, depuis qu'elles ont toutes été au plus surprenant pillage ; Paris a ramassé les maîtresses en nombre , et les bâtards d'Angleterre , de Bavière, de Saxe, de Sardaigne, qui s'y sont établis, et qui tous y ont fait de grandes, de.riches, de rapides fortunes, et y ont entassé des ordres, des grades plus que prématurés , et quelques-uns des rangs les plus distingués avec beaucoup de grâces, enfin jusqu'à ceux des monstrueux incestes d'un petit duc de Montbéliard qui y ont tranché de princes. Us ont raison ; quel autre pays de l'Europe les ont seulement soufferts ? .

Vendredi 5. — M. le duc d'Orléans travailla longtemps le matin avec les cardinaux de Rohan et de Noailles et le chancelier, et il dit à M. le cardinal de Rohan, en sortant, qu'il donnoit au prince deSoubise, son neveu, la survivance de capitaine-lieutenant des gendarmes de la garde du roi et à M. le prince de Rohan un brevet de retenue de 400,000 francs sur son gouvernement de Champagne *. L'après-dlnée M. le duc d'Orléans travailla avec le cardinal de Noailles, les quatre évêques de son parti, MM. les cardinaux de Rohan et de Bissy et les trois évoques de leur parti et les cinq laïques qui ont toujours été de ces conférences. — L'abbé de Castries **, nommé à l'archevêché de Tours, entrera dans le conseil des affaires ecclésiastiques, avec la pension de 10,000 francs, comme tous ces conseillers Tont. Il a la place d'un prélat qui n'avoit jamais été remplie, etM. Joly de Fleury, nouveau procureur général, aura dans ce conseil la place qu'avoit le nouveau chancelier.— M. des Marets***, gTand fauconnier, a obtenu la survivance de sa charge pour son fils qui n'a pas encore sept ans.

* Cette grâce fut en tout le second tome de celles de la Feuillade, mais en cela bien plus étrange que MM. de Rohan hors de portée

IS

JOURNAL DE DAJNr.EAU,

comme tui de les espérer, comme lui ou moitis ne se rabaissèrent [loirit à les demander par l'eatremise de personne, et que surpris au dernier point d'une prodigalité si fort inattendue, ils en célébrèrent moins la magui licence que le déplacement et l'euiièrf^ gratuité dont ils la te* noient, peu digne de leur gratitude jusque par sa profusion [sit:].

" L'abb€ de Castrics étoit l'homme qu'il falloit au régent pour remplir une place de prélat au conseil ecclésiastique, qui ne l'avoit pas en* core été à force d'avoir été destinée ; c'étoit un homme d'honneur, très-bien avec le cardinal de Noailles, dont la douceur et la poiilique rassuroieut sur ia couleur qull n'a voit [>as encore prise, et tout en brassière par son union étroite et intime avec son frère et sa belle-sœur, chevalier d'houneur et dame d'atours de madame la duchesse d'Orléans. On le verra bientôt passer à Alby, et dix-huit ans après il fut commandeur de TOrdre,

^** Il en fut en son genre de mime de celle de grand fauconnier, qui ouvrit la porte à tous les enfanta de prétendre, T-a mère de ce des ■Marets-ct, qui est diffèrent du ci-devant coutrdkur général et dont le nom est Dauvet, qui vient de la robe, sa mère, dis -je, étoit fille diiu défunt frère de Tabbé Robert , conseil 1er- cl ère de la grande chambre et un des plus estimés. Le régent, dont les mœurs douces a voient en (lié [sic\ par la servitude au parlement, comptant par là en avoir meilleur marché, crut par cette grâce avoir fait un tour rafliné de politique qui lui dévoueroil Tabbè Robert et tout le parlement avec lui, à qui il le fit bien valoir et dont Canillac et son valet le due de ISoailtes s'applaudirent bien pour leur particulier. On ue tardera pas h voir dans ces i^Iémoires comme on se trouve de jeter les marguerites devant les pourceaux.

Scimedi 6. ^ — Il n^y eut point de conseil de régence ; ils ne commenceroat que dans huit jours» — Dans la conférence des prélats qui se tint hier chez M* le diicd'Orléans^ on est convenu de tout sur la doctrine ; mais on n a point donné de projet d'acceptation de la bulle; on se rassemblera encore vendredi prochain. — C'est présentement M. le duc de Noailles tjui se mêlera des affaires de Sainî- Cjr^ dont se mèloit feu M. le chancelier *. — La déclaration pour les pensions est imprimée et publiée ; on ne retranche rien sur les pensions qui ne passent pas 600 francs^ ni sur les pensions stu" les Invalides^ ni sur celles qui sont attachées aux régiments. Ce qui passe G 00 francs jusqu'à 1,000 écusest retranché d'an cinquième^ depuis IjOOO

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écus jusqu'à 6^000 francs on retranche un quart; depuis- 2,000 écus jusqu'à 10,000 francs on retranche un tiers, et de celles de 10,000 francs et au-dessus on en retranche deux cinquièmes. — Le roi vit hier, chez madame du Maine, la comédie jouée par les pages de la petite écurie.

* Le duc de Noailles, qui vouloit tout, qui étoit tnari de la nièce et de rhéritièrè de madame de Maintenons laquelle ne pouvant plus régner en France régnoit au moins en plein dans son Seint-Q^r, où elle s'étoit sagement aiit^rrée, n'avoit garde de manquer cette administration.

Dimanche 7. — M. de Mazarin gagna hier un grand procès contre la succession de Molac; il compte qu'il lui en reviendra 800,000 francs. — Madame la duchesse d'Orléans est assez incommodée depuis quelques jours ; elle a des fluxions et une fièvre lente; elle garde presque toujours le lit. — M. le prince de Conty s'étoit plaint à M. le duc d'Orléans de quelques discours que le chevalier de Rohan lui avoit tenus à l'Opéra; Fordre a été expédié de le mettre à la Bastille; maison ne Ta point trouvé ce soir, ainsi on ne l'y mettra que demain. — On a nouvelle que le roi Georges étoit arrivé à Londres. — On a donné le commandement de la ville de la Rochelle à Saint- Maurice, ancien brigadier d'infanterie, qui a été lieutenant-colonel du régiment Royal; il aura d'appointements 6,000 francs du roi et ii.,000 fraoïcs de la ville. — M. le duc de Noailles a prié M. d'Ormesson , andien maître des requêtes et qui est du conseil de finances , de vouloir bien se charger du détail de la maison de Saint-Cyr, dont il lui rendra compte.

Lundi 8. — Le mémoire des princes du sang contre les princes légitimés commence à paroltre ; il est imprimé. Il y a quelques traits dedans dont M. du Maine personnellement croit avoir sujet de se plaindre. — Le chevalier de Rohan fut mis à la Bastille. M. le prince de Ck)nty a prié M. le duc d'Orléans qu*il n'y couchât qu'une nuit et qu'on l'en fit sortir demain. — fl n'y eut point de

bal à l'Opéra et n'y eu aura pas demain encore , parce qu'il y alloit si peu de monde qu'ils ne retiroient pas leurs frais. — On parle d'acheter Fhôtel de Colbert , où demeure présentement le prince Cellamare, ambassadeur d'Espagne , et les deux maisons de Prondre, qui y touchent, pour y établir le chancelier et la chancellerie; jusque ici il n'y avoit point eu de maisons pour les chanceliers dans Paris ; mais ils en avoient à Fontainebleau et à Versailles. — La fille de la maréchale de Boufflers , dont le mariage est arrêté avec le fils du duc de Popoli , sera en arrivant à Madrid dame du palais en la place de la duchesse d'Havre-; cette place n'étoit point remplie.

Mardi 9. — M. le prince de Conty avoit hier prié M. le duc d'Orléans de faire sortir le chevalier de Rohan de la Bastille, et lien est sorti ce matin; mais ce chevalier, au bal ce soir dans la salle de la Comédie, est entré dans la loge où étoit madame la princesse de Conty, qu'il n'a peut-être point reconnue, parce qu'elle étoit masquée; elleTen a fait sortir en se démasquant. Elle prétend avoir un nouveau sujet de s'en plaindre ; et ainsi cette affaire-là n'est point terminée , d'autant plus que le chevalier de Rohan ne veut point aller chez M. le prince de Conty lui demander pardon de ce qui s'étoit passé à l'Opéra ces jours passés. — M. le duc d'Orléans alla au Luxembourg souper avec madame la duchesse de Berry, et puis allèrent au bal de la Comédie. — M. l'abbé Dubois est revenu de son ambassade en Hollande; on avoit dit qu'on lui avoit donné l'abbaye de Saint-Riquier pour récompense de sa négociation , mais cela n'est pas vrai encore.

Mercredi 10. — M. le duc d'Orléans travailla l'après-dinée avec M. le maréchal d'Huxelles et l'abbé Dubois ; il se coucha de fort bonne heure , parce qu'il veut demain réparer la journée d'hier, qu'il donna à son plaisir. Les mardis sont les jours où il a le plus à travailler. — M. deMortagne, chevalier d'honneur de Ma-

dame^ a épousé mademoiselle de Guémené, fille du prince de Guémené, qui ne consentoit point à ce mariage. La fille a fait à M. son père et à madame sa mère toutes les sommations respectueuses; elle a trente-six ans passés, et M. de Mortagne, qui songeoit à l'épouser, il y a déjà quinze mois , leur avoit donné un an de temps pour songer à l'établir et leur avoit déclaré qu'au bout de ce temps-là, s'ils ne la marioient point , il l'épouseroit. — Le roi Jacques, qui étoit à Avignon, en est parti pour passer en Italie; il y va par terre, et Ton croit qu'il s'établira à Urbin; on le regrette fort à Avignon, où il s' étoit fait fort aimer par ses manières polies et obligeantes.

Jeudi 11. — M. le duc d'Orléans travailla depuis six heures du matin jusqu'à six heures du soir, et puis, pour se délasser un peu de ce travail , il alla souper au Luxembourg avec madame la duchesse de Berry. Madame la duchesse d'Orléans a toujours une fièvre lente et des fluxions qui l'incommodent beaucoup. — La conférence des prélats qui devpit se tenir demain chez H. le duc d'Orléans est remise à lundi ; les gens qui prétendent bien savoir ce qui se passe dans cette affaire assurent que M. le chancelier travaille fort auprès des évèques du parti de M. le cardinal de Noailles pour les porter à la. réunion et à la paix. — M. le Duc et M. le prince de Conty avoient reparlé à M. le duc d'Orléans pour lui faire de nouvelles plaintes du procédé du chevaUer de Rohan ; mais M. le duc d'Orléans a dit qu'il ne vouloit plus entendre parler de cette affaire.

Vendredi 12. — r- Le roi descendit à quatre heures chez madame la duchesse du Maine, où il entendit la comédie italienne, où il parut ne se pas ennuyer quoiqu'il n'en entende pas un mot. — M. le chancelier tiendra le conseil demain pour la première fois; il ne change rien aux jours qu^avoit pris le chancelier Voisin , qui est le samedi. — M. Joly de Fleury, nouveau procureur général, a payé les 100, 000 écus de brevet de retenue que

M. le chancelier avoit sur cette charge. — On mande de Vienne un comhat particulier assez extraordinaire du comte de Windischgratz , président du conseil aulique^ et du comte de Schomborn , vice-chancelier de l'Empire et coadjuteur de Bamberg; ils se sont battus en duel, quoiqu'ils ne fussent pas dans des emplois ni de profession à en venir à de pareils procédés.

Samedi 18. — On a 6té la lisière (1) au roi^ et M. le maréchal de Villeroy commença à le servir à son dîner* Madame de Yentadour s'absenta exprès pour lui laisser cette fonction-là, afin qu'il y soit moins embarrassé le jour qu'il enti*era véritablement en fonction, qui sera lundi. — Il y eut conseil de régence Taprès-dlnée. €omme il y avoit beaucoup d'affaires, on n'y parla point de la taxe qui avoit été résolue hier au conseil de finances ; cela est remis à un conseil extraordinaire que Ton tiendra mercredi matin. — Il se passe quelque chose d'assez bizarre à Ivry, proche Paris : le marquis de Bonneval, frère aîné de celui qui vient d'avoir son abolition au parlement, a une maison dans ce village-là qui est attaquée toutes les nuits ; elle est percée de coups de fusil. On a jeté môme dans les chambres des feux pour brûler la maison, et il y a eu des lambris et des meubles brûlés entièrement. On dit qu'ils sont quinze ou seize hommes armés; on a tiré de la maison quelques coups sur eux. Ils ont fait dire aux habitants du village qu'ils n'avoient rien à craindre et qu'ils n'en vouloient qu'au seul marquis de Bonneval, qui est en Limousin dans ses terres .

Dimanche 14. — Le roi entendit dans sa chapelle «en bas le sermon du P. Terrasson, prêtre de l'Oratoire. — M. de la TrémoiHe a obtenu pour son fils, qui

(1) « Le 14 le roi étant habillé, les officiers de la garde-robe demandèrent s'il souhaitoit qu'on lui remit ses lisières. Le roi répondit : Non, non. Madame la duchesse de Ventadour répliqua : Le roi se tient trop droit et marche si sûrement que je n'ai pas dessein qu'on les lui remette. » ( Le Nouveau Mercure, toi. de février, page 15ô.|)

n'a que neuf ans, la survivance de la charge de premier gentilhomme de la chambre et ti'00^000 francs de brevet de retenue. — Le petit désordre qu'il y avoit eu au Havre est fini ; la garnison en est sortie sans mutinerie. On l'a menée à Amiens, où Ton fera justice des plus séditieux. — lia conférence des prélats qui se devoit tenir chez M. le duc d'Orléans a été remise à mercredi, et on croit même qu'elle le sera jusqu'à vendredi. On recommence à dire que H. le duc d'Orléans jugera l'affaire des princes , et M. le Duc prétend qu'il lui a promis. — Qn mande de Londres que le roi d'Angleterre a fait arrêter M. de Guillemberg , envoyé du roi de Suède, et a fait enfoncer tous les coffres et toutes les cassettes et s'est saisi de tous les papiers. On prétend que ce ministre vouloit exciter de nouveaux troubles dans ce. pays-là en faveur du petit roi Jacques.

Lundi 15. — Le roi fut assez gai le matin en se levant; mais quand M. le duc d'Orléanjs fut arrivé chez lui et que madame de Yentadour lui dit qu'elle remettoit le précieux dépôt qui lui avoit été confié et baisa la main au roi en prenant congé de lui, il se jeta à son col et l'embrassa tendrement en fondant en larmes. Madame de Ventadour lui dît : « Mais Sire, il faut écouter la raison. — Ah, maman! lui dit-il, je ne reconnois plus de raison quand il faut m' éloigner et me séparer de vous. » M. le duc d'Orléans donna de grandes louanges à madame de Yentadour, la remercia de tous les soins qu'elle avoit pris du roi , et puis il remit le roi entre les mains de M. le maréchal de Villeroy, son gouverneur. Le roi ne voulut point dîner et fut fort triste toute la journée. On a fait à madame de Ventadour un présent magnifique de pierreries que le roi avoit eues de la succession de monseigneur le Dauphin, son grand-père, et on estime ce présent 60,000 écus*(l) — On a publié une déclaration

(1) <c Le 1& est une époque trop mémorable paf le nouveau changemeqt de

du roi qui diminue un cinquième sur les entrées de Paris et sur les gabelles; ce sera un grand soulagement pour

scène arrivé à la cour, pour n'en pas donner un détail aussi fidèle qu'il dépendra de moi.

« Ce jour-là même auquel le roi entroit dans sa huitième année , monseigneur le duc-régent se rendit au palais des Tuileries sur les neuf heures et demie du matin.

« Madame la duchesse de Ventadour ayant, selon Tusage, fait examiner le roi quelques jours auparavant par les médecins et les chirurgiens qui le trouvèrent très- bien constitué, le remit entre les mains de monseigneur le ducrégent, et lui dit : Monseigneur, voilà le dépôt que le feu roi m'a confia et que vous m'avez continué ; j'en ai pris tous les soins possibles, et je le rends en parfaite santé. Monseigneur le duc-régent lui témoigna que le rai et tout i'État lui avoient une obligation infinie de l'attention qu'elle avoit apportée à préserver des jours si précieux de tout accident; il ajouta qu'il inviteroit luimême le roi -à conserver la mémoire de ses services si importants ; qu'à son égard il n'oublieroit rien pour lui donner des marques sensibles de sa reconnoissance. Dans ce moment S. A. R. présenta au roi M. le maréchal de Villeroy pour son gouverneur, et M. Fleury, ancien évèque de Fréjus, pour son précepteur ; adressant ensuite la parole à M. le duc du Maine et à M. le maréchal de Villeroy, il leur dit : Messieurs, ce sacré dépôt vous regarde particulièrement. Nous espérons que vous répondrez parfaitement à l'attente que toute la France a conçue de vous pour l'éducation du roi ; c'est à vous à présent d'en avoir tout le soin que nous nous promettons de votre zèle et de votre inclination pour S. M. et pour l'État. Alors madame la duchesse de Ventadour dit à S. A. R. : Monseigneur, voilà mon ministère fini ; vous me permettrez de baiser la main du roi et de me retirer. Dans l'instant elle prit la main du roi et la baisa, mais ce fut avec tant de tendresse qu'il ne lui fut pas possible de retenir ses larmes. Le roi, attendri, l'embrassa étroitement et mit son chapeau devant ses yeux pour cacher ses pleurs. Madame la duchesse de Ventadour s'étant retirée , le roi en parut si touché qu'il ne cessa de pleurer. On lui fit entendre la messe dans son oratoire ; mais, tournant la tête et ne voyant plus madame de Ventadour, les larmes recommencèrent. Après la messe on tâcha de le consoler dans la petite chambre du billard , pendant qu'on démeubloit son appartement , dont les meubles appartenoient pour lors de droit à madame de Ventadour. Le roi demeura mconsolable jusqu'à trois heures et demie; on lui donna de temps en temps à boire pour le rafraîchir. 11 renvoya chercher madame de Ventadour, qui de son côté n'a voit cessé de pleurer ; elle revint néanmoins avec un visage serein pour faire reproche au roi de ce qu'à l'âge de huit ans il manquoit de résolution ; qu'il devoit au contraire être très-content de se trouver sous la conduite des hommes. 11 repartit sur-le-champ à madame de Ventadour : C'est'parce que j'ai de la raison, ma chère mère, que j'ai regret de me voir séparé de vous. Elle lui dit : Mais, Sire, vous n'avez pas mangé. 11 lui répliqua : Non ; à présent que vous êtes auprès de moi, que l'on m'en apporte. Il dtna assez bien. Pendant qu'on étoit

le peuple, et les fermiers n'y perdront presque rien, parce que la consommation en sera beaucoup plus grande. — Il y eut conseil de régence.

* Le régent étoit prodigue et malheureux en présents. La dame d'honneur de sa mère, qui après s'être prostituée à cette place, avoit enfin fait fortune, étoit trop livrée aux Rohan et trop anciennement abandonnée au maréchal de Villeroy pour se démentir d'eux jamais, pas même en la moindre pensée. /

Mardi 16. — Le roi est encore fort affligé de la séparation de madame de Ventadour ; elle est allée aujourd'hui à Saint-Cyr avec M. le cardinal de Rohan voir madame de Maintenon. M. le maréchal de Villeroy couchera presque toujours dans la chambre du roi, où il y a deux forts beaux lits neufs et presque égaux (1). — L'affaire des

auprès de Sa Majesté M. le marquis de la Vrilliëre apporta un présent de diamants de cent cinquante-quatre mille livres qu'il mit sur la table du roi, pièce à pièce; c'étoient des bracelets avec les poilraits de monseigneur le Dauphin et de madame la Daupbine, père et mère du roi ; un collier de perles avec une croix de diamant magnifique; la bague du feu dernier monseigneur le Dauphin et quantité d'autres pierreries, entre lesquelles il y a une pierre en table de grand prix. Le roi demanda : Est-ce tout? On lui répondit : Oui, Sire. — C'est bien peu, ma bonne en mérite davantage par les bons soins qu'elle a pris de moi. Madame la ducbesse de Ventadour y resta jusqu'à neuf beures. Le roi se coucha assez tranquillement, lui ayant fait promettre qu'elle reviendroit le lendemain. » {Le ^'ouveau Mercure, volume de février, pages 156 à 161.)

(1) « Le 16, le roi à son réveil fut averti par M. le maréchal de Villeroy d'appeler M. le duc de Mortemart, premier gentilhomme de la chambre d'année. Le roi l'appela trois fois. On le fit entrer, et s'étant présenté au lit du roi , S. M. lui dit : Je veux me lever. Ce seigneur lui présenta la robe de chambre et ses mules, et lui dit : Votre Majesté ne souhaite-t-elle pas passer dans son cabinet pour s'habiller? Aussitôt on fit entrer les seigneurs qui ont des brevets d'entrée, comme sous le feu roi. S. M. parut fort étonnée de voir tant d'hommes autour de lui. M. le duc de Mortemart fit appeler la chambre et la garde-robe; alors un grand nombre d'officiers se présenta pour faire leur devoûr ; le roi fut encore plus surpris d'en voir le nombre augmenter. Il demanda cependant sa^chère mère madame la duchesse de Ventadour, qui vint quelque temps après en habit de voyageuse; elle y resta une heure. Mon prince, lui dit-elle, je suis obligée de vous quitter et d'aller à Saint-Cyr voir madame de Maintenon. Le roi en fut alarmé, et s'étant jeté à son col tendre-

26 JOUHNAL DE DANGEAU.

princes du sang contre les princes légitimés fait plus de bruit que jamais; les princes du sang disent que M. le duc d'Orléans leur a promis de juger bientôt cette affaire, — Le petit désordre qui étoit arrivé au Havre est fini ; la garnison est sortie sans faire aucune opposition ; elle est à Amiens présentement , où l'on punira de mort quelques soldats des plus coupaîbles. Il y avoit quelques compagnies d'invalides au Havre et qui avoient eu part à ce désordre; on en a cassé cinquante, dont on en amènera cinq ici pour en faire justice devant l'Hôtel des Invalides.

Mercredi 17. — On tint le matin conseil de régence pour régler la taxe qui avoit été faite vendredi au conseil des finances et qu'on n*eut pas le temps d'examiner au conseil de régence de samedi. Les Paris sont taxés* à 1,216,000 francs; ils sont quatre frères. C'est chacun 304,000 francs. La Croix est taxé à quatre cent quelques mille francs. La Neuville, qui revient de l'intendance de Roussillon, avoit été taxé par les commissaires à 4'00,000 francs ; le conseil de finances avoit diminué sa taxe de 100,000 francs et le conseil de régence Ta diminuée encore de 100,000 francs, si bien qu'il en sera quitte pour 200,000 francs. — Le roi n'est pas encore consolé de l'absence de madame de Ventadour; elle vient le voir souvent, et il parolt toujours lui être fort attaché (1). — L'assemblée des prélats qui devoit être raprès-mi4i chez M. le duc d'Orléans a été remise à vendredi. — Milord Stairs va faire un tour en Angleterre ; il compte d'en revenir bientôt avec le caractère d'ambassadeur.

Jeudi 18. — Le roi commence à s'accoutumer à être

ment, il donna de nouveau, eu4;ette occasion, des preuves sensibles de son bon cœur. » (Le Nouveau Mercure, vol. de février, pages 161 et 1^2.)

(1) (c Le 17 on porta chez madame la duchesse de Ventadour la vaisselle de vermeil de feu monseigneur le Dauphin et de madame la Dauphine. £Ue pèse 400 marcs. » {Mercure de février, page 163.)

servi par les hommes ; mais il témoigne toujours beaucoup d^amitié à madame de Yentadour, et son bon cœur qui parolt à cela fait plaisir à tout le monde. — H. le cardinal de Rohan travailla le matin avec H. le duc d'Orléans, qui marque en toutes occasions être fort content de ce cardinal. -^ Le maréchal de Montesquiou, qui n'est pas encore parti pour la Bretagne^ achète pour son fils le régiment du prince d'Isenghien^ dont il lui donne 55,000 francs; c'est un régiment d'infanterie. — Saint-Hicau, colonel du régiment de M. le comte de Charolois^ avoit été condamné par MM. les maréchaux de France à payer de l'argent qu'il devoit; il n'a point satisfait à cet ordre : on a fait marcher les maréchaussées de son voisinage pour le prendre dans son château et le mener prisonnier à Chiions; on l'a trouvé dans son lit fort malade, et on vient de nous dire qu'il étoit mort.

Vendredi 19. -^ M. le duc d'Orléans travailla le matin avec M. le cardinal de NoaiUes, qu'il avoit fait venir de meilleure heure qu'à l'ordinaire, et l'après-dinée chez S. A. R. il y eut conférence des cardinaux et des prélats des deux partis. La conféi?ence se passa fort poliment; il y eut pourtant un discours de l'archevêque de Bourges au cardinal de Noailles qu'on prétend qui fut assez fort. — Madame la ducbesse d'Orléans est entièrement guérie, et l'on croit madame de Chiverny hors de danger. — Il y a eu une petite conversation entre M. le Duc, comme grand maître de la maison du roi, et les premiers gentilshommes de la chambre ; M. le Dac prétend que la nef doit être mise dans l'antichambre du roi, et que par conséquent c'est aux maîtres d'hôtel et aux gentilshommes servants àservir le roi à table, et les gentilshommes de la chambre soutiennent que cela est contre la règle et l'usage, et que la nef ne doit être mise dans l'antichambre qu'aux grandes cérémonies (1).

(1) « Le 20, le roi après ses exercices a dîné à son grand couvert. M. le comte

Samedi 20. — Il y eut conseil de régence l'après-dlnée, où il y eut une taxe nouvelle, mais fort petite. Saint-Eugène, maître d'hôtel ordinaire du roi, fut taxé à 40,000 écus, comme ayant été il y a quelques années receveur général. — Milord Stairs partit le soir pour retourner en Angleterre, et dit qu'il en reviendra bientôt ici avec la qualité d'ambassadeur. — HM. les pairs s'assemblent souvent depuis quelques jours, et on croit que c'est pour demander au roi que les princes légitimés n'aient séance au parlement que selon Tancienneté de leurs pairies; d'un autre côté, les princes du sang paroissent plus animés que jamais contre les princes légitimés, et parlent tous les jours à M. le duc d'Orléans -pour le presser de juger l'affaire. Quand M. le Duc ne peut pas aller au Palais-Royal, madame la Duchesse, sa mère, y va pour l'en presser de même*.

* Les pairs, tout déplorables quils étoient par leur conduite, palpitoient encore assez dans le plus grand nombre pour se souvenir qu'ils s'étoieut bien promis de ne pas manquer les bâtards , si les princes du sang les rejetoient, et de signaler au moins leurs derniers soupirs contre le rang intermédiaire. Ils Tavoient promis et à eux et aux bâtards mêmes, dès le temps du feu roi ; le duc de Saint-Simon Tavoit dit et pis encore à M. du Maine lorsqu'il fit casser sur eux la corde du bonnet; il Tavoit dit au comte de Toulouse et à madame la duchesse d'Orléans elle-même. Ils trouvèrent leur temps et le saisirent, au mépris du petit nombre de leurs faux frères. Les ducs d'Estrées et Mazarin étoient des excréments

de Livry, survivancier dans la charge de premier maître d'hôtel, a porté le bâton. M. le maréchal (de Villeroy ) étoit auprès du roi pour le faire manger. M. le duc de Noailles comme capitaine des gardes occupoit le derrière du fauteuil avec M. le duc de Mortemart comme premier gentilhomme de la chambre. La nef étoit posée sur la table auprès de M. Tabbé de Maulevrier, aumônier, qui la découvrit pour présenter des serviettes quand le roi souhaitoit d'en changer. Aux deux côtés de la table étoient les deux gardes de la manche avec leurs pertuisanes ; le Wng de la salle six gardes du roi étoient rangés de chaque côté, la carabine sur Tépaule et le chapeau sous le bras. Les brigadiers des gardes tenoient la porte ; un huissier de service alloit et venoit pour le service, et les gentilshommes servants faisoient leur fonction ordinaire. Le roi parut fort attentif à ce nouveau cérémonial, et témoigna qu'il lui faisoit plaisir. » ( Mercure de février, page 164.)

à qui le reste des hommes ne daignoit pas parler. Le premier ne parut en aucun temps aux assemblées des pairs, etMazarin en fut mis dehors par les épaules chez Tévéque-duc de Laon, où elle se tenoit ce jour-là, et depuis cette ignominie sans exemple, n'osa jamais plus se présenter parmi eux. Roban, toujours discole [sic ], n'étoit jamais d'accord avec personne, pas même avec soi. D'Antin se irouvoit dans une situation unique, et qui mérita la considération qu'on ne voulût pas seulement lui en parler. Le prince de Rohan devoit trop aux amours de Louis XIV et avoit trop d'intérêt aux désordres, à l'usurpation, à l'interversion de tout ordre et de toute règle, pour se pouvoir mêler de faire rendre justice au droit et à la vertu. Dangeau n'en nomme point d'autres (1), et se jette dans de faciles généralités. Quant à M. d'Aumont, presque aucun d'eux ne lui parloit, pour s'être déshonoré parmi eux par ses perfidies, découvertes enfin et mises au net dans l'affaire du bonnet dès le temps du feu roi^ après qu'elle y fut manquée et même un peu auparavant.

Dimanche 2^. — Conseil -de régence le matin. On a donné à Tabbé Daguesseau^ frère de M* le chancelier, remploi qu'a voit M. de la Rochepot, gendre du feu chancelier, pour Texamen des livres qu'on veut faire imprimer. — Il y a quelques jours que des archers, en assez grand nombre, entrèrent dans l'hôtel de Sully, visitèrent la cuisine sur ce qu'on leur avoit dit que durant ce carême les gens de M. de Sully vendoient de la viande, ce qui n'est permis qu'à l'Hôtel-Dieu. M. de Sully, qui étoit dans la maison, empêcha ses gens de faire des insultes à ces archers, et envoya chercher le commissaire Labbé , qui est le commissaire du quartier, qui lui parla comme d'une chose qui s' étoit faite sans sa participation, et lui fit faire même des excuses par celui qui commandoit ces archers. M. de Sully crut l'affaire finie, et n'en alla point faire ses plaintes à M. le duc d'Orléans; mais ces archers firent un procès-verbal qu'ils portèrent à M. le procureur général. M. de Sully a été obligé d'en parler à M. le régent, qui a renvoyé l'affaire à M. d'Argenson pour lui en rendre compte. Le procureur général soutient les archers, et cette affaire n'est point finie.

(1) A la date du 23 février.

30 JOURNAL DE DANGEAT3.

Lundi 22. — Conseil de régence le matin. — MM. les pairs présentèrent au roi et à M. le duc d'Orléans une requête contre les princes légitimés. L'évèque de Laon» Tévèque de Chàlons et six pairs laïques portèrent au roi cette requête. L'évéquede Langres, les ducs de la Force, de Noailles et de Chaulnes la portèrent à M. le duc d'Orléans : voici les conclusions qu'ils ont prises dans leur requête :

« Â ces causes. Sire, plaise à V. H. en révoquant et annulant l'édit du mois de juillet 1714 , et la déclaration du 23 mai 1716, révoquer et annuler'Ia déclaration du 5 mai 1694- en tout son contenu, ensemble l'édit du mois de mai 1711, en ce qu'il attribue à MM. les ducs du Maine et comte de Toulouse et à leurs descendants mâles le droit de représenter les anciens pairs aux sacres des rois à l'exclusion des autres pairs de France, et qui leur permet de prêter le serment au parlement à l'âge de vingt ans. »

Mardi 23. — Il y a quelques pairs qui n'ont pas voulu signer la requête des autres pairs contre les princes légitimés, et voici ceux qu'on m'a nommés : les ducs de Mazarin , d'Estrées, de Rohan, d'Aumont, d'Antin, et le prince de Rohan. Je crois qu'il y en a encore quelques autres ; et parmi ceux qui ont signé la requête il y en a quelques-uns qui prétendent qu'ils n'avoient pas eu intention de demander tout ce qui est dans les conclusions. MM. les princes du sang ont résolu que si M. le duc d'Orléans ne veut pas juger leur affaire, ils attaqueront en justice réglée la légitimation des princes légitimés, pour les faire déclarer fils de M. deMontespan. — J'appris que Sauroy , qui avoit été taxé il y a quelques semaines, avoit obtenu 100,000 écus de diminution sur sa taxe. — Ce n'est plus l'hôtel de Colbert qu'on achète pour M. le chancelier; c'est la maison de Bourvalais et les deux d'à côté qui .sont dans la place de Louis-le-Grand.

Mercredi 24-. — MM. les ducs de Saint-Simon et

FÉVRIER i7ir. 3t

et d'Antin ont obtenu les grandes entrées chez le roi *. — Le bruit court que M. de BusrUte^ intendant en Languedoc, a permission de revenir; mais on ne dit pas encore qui sera son suecesseur. Les États de Languedoc ont fait un traité avec le roi par lequel ils sont déchargés de payer le dixième , et on leur diminue 900,000 francs sur le don gratuit, qui est de trois millions. — On a donné aussi les grandes entrées chez le roi à MM. leis marquis de Chiverny et de Gamaches. On dit aussi que H. le prince de Conty les a demandées ; c'étoit le seiil des princes du sang qui ne les avoit point, et qui les a obtenues. — On â donné beaucoup de justaucorps à brevet. Le feu l'oi n'en accordoit plus, quoiqu'il y en ait plusieurs de vacants ; il en voulut encore laisser diminuer le nombre. Ces brevets-là étoient fort souhaités autrefois; mais dans les dernières années de la vie du feu roi ils avoient été un peu négligés, parce qu'il n'y avoit plus aucuns privilèges attachés à ceux qui avoient permission d'en porter.

* Rientot après, ces grandes entrées, si rares, si utiles, si chères du temps du feu roi, furent aussi prodiguées que les justaucorps à brevet, faveur capone (1) dont on a parlé ian son lieu. L'abbé Dubois devenu cardinal et premier ministre ôta tontes ces grandes aitrées, dont il fit rapporter leâ brevets, et ne conserva qu'au duc de Berwick les grandes, qui ne les avoit eues que depuis, et à Belle-Isle les premières, qui ne les avoit eues aussi qqe depuis et qui les a encore, malgré toutes les étrange^ aventures dont il a si glorieusement échappé.

Jeudi 25. — M. le diic de Chaulnes a obtenu la survivance de sa charge de capitaine -lieutenant des chevau-légers de la garde pour son fils, qui n'a pas encore douze ans. M. de Chaulnes avoit sur celte charge un brevet de retenue de 220,000 livres; on l'augmente de 180,000 : ainsi, il est présentement de 400,000 francs. — La Salaine , receveur des tailles de Clamecy, avoit été

(1) Saint-Simon donne Texplication de ce terme dans l'addition du 18 janvier 1716, tome XVI, page 302.

82 JOURJVAL DE DANGEAU.

condamné au bannissement et à rendi*e 50,000 écus qu'il avoit exigés des peuples injustement; on Ta trouvé dans la prison qui venoit de se couper la gorge : il n'étoit pas encore mort ce matin, à ce qu'on dit. — Presque tous les évêques qui sont à Paris comptent d'en partir incessamment pour retourner dans leurs diocèses avant Pâques; ils n'espèrent plus rien des conférences qui se tiennent chez M. le duc d'Orléans. Il y en aura pourtant encore une demain, et peut-être ne sera-ce pas la dernière.

Vendredi 26. — M. le cardinal de Noailles se trouva fort incommodé; il a même été saigné. Il envoya le matin M. l'évèque de Chàlons, son frère, pour faire à M. le duc d'Orléans ses excuses de ce qu'il ne pouvoit pas être à l'assemblée , et on crut que ce cardinal n'y venant point, l'assemblée seroit remise ; mais M. le duc d'Orléans dit à M. de Chàlons qu'il vouloit que l'assemblée se tint, et que M. le cardinal de Noailles n'avoit qu'à envoyer ses papiers. L'assemblée se tint donc, et fut même fort longue ; on lut d'abord vingt-six articles de la buUe que M. le cardinal de Noailles prétend qui sont insoutenables, et que le pape n'a pu condamner en aucun sens ces vingt-six articles du livre du P. QuesneL M. le cardinal de Rohan en relut le premier, fit voir combien il étoit condamnable, et M. l'évèque d'Arras qui est du parti de M. le cardinal de Noailles , fut de l'avis de M. le cardinal de Rohan. M. l'évèque d'Angoulême soutint que M. cardinal de Noailles avoit eu raison; on donna ensuite le projet d'acceptation que M. le cardinal de Noailles avoit envoyé , et les quatre laïques qui étoient là convinrent, avec les évêques du parti du cardinal de Rohan, que cette acceptation n' étoit pas recevable; il y eut même des laïques qui se servirent de termes assez forts contre cette acceptation. Voilà toutes les conférences finies sans nul espoir d'accommodement.

Samedi 27. — Il y eut conseil de régence l'aprèsdlnée. Le marquis de Gesvres prêta le serment pour

FÉVRIER i7i7. 38

la survivance de la charge de premier gentilhomme delà chambre. M. de Soubise fut reçu à la tète des gendarmes comme survivancier de M. le prince de Rohan, son père ; M. le maréchal de Tallard lui fit prêter son serment. Cela se fit dans la cour des Tuileries^ et M* le duc d'Orléans y étoit à cheval. Le roi et madame ta duchesse de Berry tinrent sur les fonts la fille de madame de Mouchy, et ensuite S. M. et madame la duchesse du Maine tinrent sur les fonts le fils de madame d'Arcy . Madamed'Arcy est fille de madame de la Lande, sous-gouvernante du roi. S. M. donna des belles boucles d'oreilles à madame de Mouchy et envoya une belle bague à madame d'Arcy (1). — Il y a eu grand nombre de personnes taxées

(1) « Le 27, à trois heure?, monseigneur le duc-régent s'étant rendu chez le roi, s. M. reçut le serment de M. le marquis de Gesvres pour la survivance de la charge de premier gentilhomme de la chambre , en présence de M. le duc de Tresmes, son père, et de quantité de seigneurs.

« Cette cérémonie avoit été précédée de celle du serment prêté quelques moments auparavant par M. le prince de Soubise pour la charge de capitainelieutenant des gendarmes entre les mains de M. le maréchal de Tallard. Ce droit appartenoit * autrefois au connétable , mais depuis i*extinction de cette charge les grands officiers ont la liberté de choisir pour recevoir la prestation de leur serment celui des maréchaux de France qui leur agrée davantage.

« Après le serment prêté par M. le marquis de Gesvres, le roi accompagné de M. le duo-régent, de monseigneur le Duc, de messeigneurs les princes et de M. le maréchal de Villeroy, voulut voir du balcon delà salle des Cent-Suisses la compagnie des gendarmes de quartier. M. le prince de Rohan et M. le prince de Soubise à cheval firent faire divers mouvements. Après que la compagnie eut défilé, M. le prince de Rohan demanda Tordre au roi, qui répondit qi^on ponvoit s'en aller. S. M. parut prendre beaucoup de plaisir à cette revue.

« Ce fut dans ce temps-là que madame la duchesse de Berry arriva, dans un magnifique carrosse, escortée d'un détachement de ses gardes. Elle monta cbez le roi, d'où elle se rendit avec S. M. dans la chapelle pour y tenir sur les fonts de baptême une fille de M. le marquis de Moqchy, maître de la garde-robe de feu monseigneur le duc de Berry. Le roi y avoit été précédé par M. le cardinal de Rohan, grand aumônier de France, M. Tabbé de Maulevrier et M. Tabbé d'Argentré, aumônier du roi. S. M. étoit accompagnée de M. le maréchal de- Villeroy, de M. le prince Charles^, grand écuyer de France, de tous les officiers des gardes. Le roi portoit un habit de velours couleur de pourpre, enrichi de gros boutons de diamants. Madame la duchesse de Berry T. XVII. 3

34 JOURNAL DE DANGEAXJ.

au conseil de régence ; mabs les taxes sont si petites qu'elles ne méritent plus de curiosité, et on n'en demande pas même les listes; cependant^ il y a encore des gens considérablement riches qui ne sont pas taxés. Il y a eu & ce conseilla un nommé Papillon^ grand agioteur, qui a été taxé k un million ; mais on dit qu'il n'a pas de quoi payer le premier sol.

Dimanche 28. — Le roi , ce carême , a toigours entendu dans la chapelle, en bas, les sermons du P. Terrasson. — Il y eut conseil de régence le matin. -^ Il parolt Tm troisième mémoire des princes du sang, qui est plus fort et moins mesuré que les deux premiers. D'un autre côté^ les princes légitimés présentèrent au roi et à M. le duc d'Orléans ime requête dont voici les conclusions :

« A ces causes, Sire, plaise à V. M. renvoyer la demande des princes du sang, tant pour ce qui regarde l'édit du mois de juillet 1714 que pour ce qui concerne la déclaration duâ3 mai 1715, à sa majorité, et en cas qu'elle juge à propos de la décider pendant sa minorité, ne rien prononcer sur la qae$tion die la jsu^cesaioA à la couronne avant que les états généraux du royaume, juridiquement assemblés, aient délibéré sur Tintérêt que la nation peut avoir aux dispositionis de Véàit du feu roi ^noevnant ki succession à la couromie et s'il lui est utile et avantageux d'en demander la révocation. »

y-aToitété précédée p» M. Tabbé deCaitiieis, JMimné à l'arehevôché deToon^ son premier aumônier, M. l'abbé de Rouget et M. Fabbé de Parthenay, ms aumôBîerg. Efle étoit aecompagiiée 4e madame )a 4«Qbe8se de aainM^uioa, sa dame d%oiiiiear, de jnadame la «ian|vise de Poa», sa dame d'alpiir^,.dejK8 dames du palais, de lll^'te'naiiq^ de iCioëlaiifao, son ehesalier d'bonneur, êb M. le cheirâifier ^IfaateÀNt, «o» premier écuyer et du nsto ée «a maitun. Cette princesse porteit me robe d'une étoffe d'or, <oiile couTerte et pierreries ; sa ^ffure en éteft toute brillante. Madame la dneheMe -de Saint-Simon s*y Aistingoa nnssf par une grande 4faantité de^diamants sur sa robe et à sa coifTore. Le roiiâipareMement rbonneurà fl. le marquis d'Arsy, us. des quatre gentilsliommes de la manclie, détenir son Rtoa^tQ madame la daeheise du Maine. » ( Le Pfouvean Sferettre, i>olame de mars, pages 83 à 86. )

MARS i7iT. 35

Lundi 1*' mars. — Conseil de régence le matin. •— La ratification du traité de ligue défensive avec TAngleterre et la Hollande est arrivée^ et on va faire imprimer ce traité. *- M. le duc d'Orléans envoya ordre à la Sorbopne de déchireif sur leurs registres tout ce qu'ils y mirent le jour qu'ils firent la députation à M. le cardinal de Noailleset la copie de l'écrit qu'ils laissèrent sur sa table en sortant de sa chambre. -^ Il y doit encore avoir une assemblée d'évêques mercredi chez M. le duc d'Orléans, eton n'espère plus rien de ces assemblées^ cartons les évêques qui sont à Paris comptent d'en partir incessamment, voulant être dans leurs diocèses avant Pâques. — Il y a déjà quelque temps que les États de Languedoc ont fait une convention avec le roi, par laquelle ils le quittent de deux rentes qu'il leur payoit, lesquelles alloient à environ 250^000 francs en tout, moyennant quoi ils ne payeront plus le dixième.

Mardi 2. — Madame la duchesse de Berry, qui avoit été saignée du pied il y a deux jours, alla coucher à la Meutte, où elle den^ieurera quelques jours et où elle se fera purger; oq ne la saigne j'aillais que du pied, parce qu'elle est fort m^aisée à saigner du bras. -^ Quelques gens disent que la Sorbonne a obéi à Tordre que leur envoya hier M. le duc d'Orléans; beaucoup d'autres gens disent le contraire, et que la Sorbonne soutient qu'elle ne peut ni ne (Joit jamais rien arracher de seç registres. — L'ajçsemblée dçs évêques qui devoit se teûir depiain chez H. le duc d'Orléans est réalise à vendredi. — On parle fort d'envoyer incessammept un ambassadeur en Suède ; on aissure même que celui qu'on a choisi pour cet emploi est déjà nommé, mais çef^ n'e;st pj^s encore public; la commune opipion est gu^op y envoie le comte de la Marck .

Mercredi 3. — M. le cardinal de Noailles eut une longue audience de M. le duc d'Orléans, qui ensuite alladlner à la Meutte, avec madame la duchesse 4^Berry.

— Cette malheureuse femme qu'on appelle madame de la Fontaine, qui pour prolonger son jugement demandoit à être confrontée avec M. Desmaretz, a été convaincue, jugée et condamnée au pilori ; on dit pourtant qu'on n'y condamne point les femmes. M. Desmaretz est justifié pleinement sans avoir été obligé de comparollre "^ . — M. de Callières, secrétaire du cabinet, esta T extrémité; il avoit été plénipotentiaire à Ryswick, et il est un des quarante de l'Académie françoise. Il est fort riche, n'a point été marié, et n'a qu'une sœur et un neveu, dont il n'est pas content; tout son bien est bien d'acquêt : ainsi il en peut disposer en faveur de qui il lui plaira. Il a un brevet de retenue de 20,000 écus sur sa charge.

* Cette iemmc, produite et soutenue parle duc de Noailles, voulolt faire pendre Desmaretz, etpensaPêlre elle-même.

Jeudi 4. — M. le duc d'Orléans alla à la comédie italienne qu'on appelle Samson (1) , où il y a une belle machine nouvelle, qu'on ne peut pas transporter sur le théâtre de l'Opéra. — M. le cardinal de Rohan et M. le duc de pioailles travaillèrent ensemble le soir chez M. le chancelier. — Madame la duchesse d'Albret est à la dernière extrémité, après une longue et cruelle maladie; elle est sœur du duc de la Trémoille et est regrettée généralement de tout le monde par sa politesse et sa douceur. On dit qu'elle laissera beaucoup de dettes ; elle étoit fort noble et fort magnifique ; elle fit son testament il y a quelques jours, mais on dit qu'il n'est pas signé. — On mande de Madrid que la reine d'Espagne est entrée dans le neuvième mois de sa grossesse.

Vendredi 5. — MM. les évèques de Senez, de Montpellier, de Boulogne et de Mirepoix allèrent le matin à l'assemblée de la Sorbonne', où ils furent reçus avec

(1) Samson, tragédie italienne tirée deTespagnol, jouée à Paris en 1717, imprimée avec une traduction en prose par M. Fréret. ( Dictionnaire des Théâtres, par de Lérià. )

beaucoup d'honneur; M. de Mirepoix, comme le plus ancien des quatre, porta' la parole, et fit un très-beau discours en latin pour exhorter la Sorbonne d'adhérer à la résolution qu'ils avoient prise et signée d'appeler au futur concile général de tout ce que le pape avoit fait ou feroit par rapport à la constitution Unigenitm ; ils allèrent ensuite chez M. le procureur général, où ils portèrent leur appel. Ravechet, syndic de la Sorbonne, et plus de quatre-vingts docteurs adhèrent à leurs avis ; il y eut environ vingt docteurs qui sortirent de l'assemblée sans vouloir opiner, quinze ou seize qui furent d'avis de ne point appeler au futur concile et deux ou trois qui firent des oppositions en forme. Ces quatre évèques avoient mené deux notaires a\ec eux. M. le duc d'Orléans fut averti avant midi de ce qui s'étoit passé à la Sorbonne le matin , et dit publiquement qu'il n'avoit jamais été si en colère. M. le duc d'Orléans travailla l'après-dlnée avec les cardinaux de Rohan et de Bissy, M. le chancelier, le maréchal d'Huxelles et le marquis d'Effiat, et envoya chercher MM. de la Vrillière et d'Armenonville pour expédier des lettres de cachet. Les quatre évèques eurent ordre de sortir de Paris dès le jour même; le syndic de la Sorbonne est exilé à Collioure; un des notaires qu'ils avoient mené à la Sorbonne avec eux est envoyé à la Bastille. — Madame la duchesse d'Âlbret mourut à midi; les médecins croyoient qu'elle pouvoit vivre encore quelques jours. Elle a été confessée, mais elle n'a pu recevoir le viatique, et son testament n'est point signé. — M. de Callières * mourut le soir. Tout le monde donne déjà sa place d'académicien à M. l'évèque deFréjus, précepteur du roi, mais on ne fait l'élection qu'un mois après la mort.

* Callières s'étoit élevé par son esprit, par son excellent sens, par un art judicieux de négocier où il avoit toujours si parfaitement réussi, que des petits emplois au dehors il mérita toute la confiance du feu roi, avec qui il eut beaucoup de rapports directs, qui n'altérèrent jamais

sa modestie, non plus que ses négociations continuelles n'altérèrent son secret, sa probité, sa fidélité. Il fut longtemps caché en Hollande à traiter la paix de Ryswik, qu'il fit seul , dont en récompense il fut le troisième ambassadeur plénipotentiaire, et^queM. de Harlay, qui en fut le premier, gâta essentiellement malgré lui par ses imprudences et sa précipitation. Callières parut ensuite à la cour, qu'il ne quitta plus pour la fonction de sa charge, qui, pour le dire en passant, est d'être superlativement faussaire , puisqu'elle consiste à faire et à écrire les lettres de la main et pour cela à contrefaire si parfaitement l'écriture du roi, qu'on ne puisse pas la distinguer de son imitation; c'est dont cette place oblige à faire une véritable étude , d'autant plus nécessaire que le roi signe ces lettrés de sa main, à la différence de celles qui passent par les secrétaires d'État, ou la signature est mise par les commis et ne valent que par celle du secrétaire d'État qui l'y met luimême. On ne trouva pas que Callières eût dégénéré du vieux Rose, son prédécesseur, qui étoit l'homme du monde qui fafsoit parier le roi le plus dignement et avec le plus de justesse, suivant les choses et les personnes. L'habitude de presque toute la vie de Callières, passée en pay» étrangers, lui avoit donné un air et des manières étrangères, qui le rendoient désagréable; mais pour peu qu'il fût approfondi, où Taimoit, on Testimoit, on se plaisoit avec lui et on y apprenoit beaucoup, sans qu'il songeât même à instruire. Il eut des amis et de la considération ; sa vie i\it toujours unie et tof»re, réfléchie, cht^ennè, et la fin trèspieuse, et son testament fort sage. Ce fut une perte pour les ministres et pour ses amis. Il avoit eu un frère, mort gouverneur général de Canada^ qui étoit craint, aimé et estimé, et qui ne s'étoit point marié.

Samedi 6. — Conseil de régence Taprèsnilnée. - — On n'a point trouvé Ravechet, syndic de la Sorbonne : on ne sait où il est. Il a emporté avec lui les registres dont M. le duc d'Orléans voùloit faire arracher quel^ ques délibérations^ qui n^en n'ont point été ôtées. — Il y eut une grande assemblée d'éVèques chez H. le car* dinal de Rohan. -^ M. de Callières a fait un testament par lequel il donne presque tout son bien, qui est considérable, à THôtel-Dieu; on compte que les pauvres profiteront de plus de 500,000 francs. Il donne sa bibliothèque et quelques tableaux à Tabbé Renaudot, qu'il a fait son exécuteur testamentaire. Il laisse à une sœur qu'il a. 500 écus de pension et le brevet de retenue qu'il a sur

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