ANNÉE
Dimanche V janvier, à Paris. — Le roi alla à la grande messe aux Feuillants ^ et l'après-midi S. M. alla aux Jésuites de la rue Saint-Antoine entendre le salut. M. le duc d'Orléans alla dès les neuf heures du matin chez madame la duchesse de Berry, à qui il avoit quelque chose à dire; il n'y fut qu'un moment et puis alla chez le roi, et ensuite retourna au Palais-Royal recevoir les ambassadeurs et les courtisans. Il n'y eut jamais tant de foule ni chez le roi ni chez M. le duc d'Orléans. — L'envoyé du czar, qui est chargé ici des affaires du roi de Prusse, eut des lettres de S. M. Prussienne, qui lui apprennent une grande conspiration contre le roi et toute sa famille; il a fait arrêter un de ses conseillers d'État, un secrétaire et une des principales dames de sa cour et favorite de la reine, sa femme, et enverra ici tout le détail de cette entreprise pour en informer M. le duc d'Orléans. Il a écrit au roi de Pologne pour lui demander justice de quelques Polonois qu'il accuse d'avoir été les promoteurs de cette conspiration.
Lundi 2, à Paris. — Conseil de régence Taprès-dlnée. — Madame la Princesse a obtenu de M. le régent la permission que demandoit madame de Chambonas d'aller trouver madame du Maine ; on loue fort le procédé de cette dame, qui ne s'est mêlée en rien et qui ne songe qu'à s'aller enfermer avec sa maltresse. — On a mis dans le donjon de Vincennes trois hommes qu'on a amenés par la diligence de Lyon. — M. le comte de Charolois est arrivé à
Munich, et compte d'être encore un an dans ses voyages. — Le bruit se répand que le prince de Cellamare est tombé fort malade en chemin. — On assure que Colincry, chef des faux-sauniers, est à Paris; qu'il a fait son accommodement avec la cour, et que les favuc-sauniers sont dispersés. — On envoie M. le prince de Dombes et M. le comte d'Eu à la ville d'Eu, où ils auront beaucoup de domestiques, d'attelages et de chevaux de selle pour aller à la chasse ; on mettra un gentilhomme ordinaire du roi auprès d'eux.
Mardi 3, à Paris. — Le roi entendit la messe dans sa chapelle^ et M. l'évèque de Clermont prêta serment entre les mains de S. M.^ en présence de M. le duc d'Orléans. — II y eut Taprès-dinée un conseil de régence extraordinaire^ où on lut \\n manifeste qu'on va faire imprimer, pour faire connoitre les raisons qui portent à déclai*er la guerre au roi d'Espagne*. On imprime aussi le traité de laquadi'uple alliance, et M. de MorviUe, notre ambas* sadeur en Hollande, mande qu'il croit qu'avant huit jours les États Généraux signeront. — M. delà Pailleterie, frère du chef d'escadre, a été arrêté; on le vouloit mener àla Bastille; mais comme il est malade, on Ta laissé chez lui et on a mis deux hommes pour le garder.
* Il est étonnant que Panecdote qu'on va donner ait été sue, mais les tête-à-téte avec M. le duc d'Orléans n'étoient guère secrets. On en verra un exemple encore plus singulier que celui-ci entre beaucoup d'autres, quoiqu'en matière moins importante. Ce fut encore dans la petite loge de M. le duc d'Orléans à l'Opéra, où ce prince mena le duc de Saint-Simon pour lui parler tête à tête des premiers engagements qu'il étoit sollicité de prendre contre l'Espagne. II ne s'agissoit alors que de subsides secrets à l'empereur et à l'Angleterre. Saint-Simon combattit les raisons du régent par celles de TËtat et par les siennes particulières ; de l'État, pour le danger d'élever l'empereur, à l'abaissement duquel la France avoit un si grand intérêt et avoit si continuellement travaillé, par celui du commerce d'Angleterre qui ne pouvoit s'augmenter que du débris du nôtre, et par le contre-poids de celui d'Hollande déjà trop afifoibli et qui ne nous seroit jamais contraire, au point où il étoit réduit, comme le seroit toujours celui des Anglois, tous anciens et éternels ennemis.
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qoi le vouloient engloutir tout entier, et qui s'en UQDuvoient fort proches par le détriment qu'en souffriroit l'Espagne, qui n'étoit pas moins le nôtre, et que l'artifice de nous brouiller avec elle après nous être épuisés pour elle, étoit trop grossier pour y donner^ après tous les effets de la jalousie de toute l'Europe de notre union, qui avoit tout tenté pour la rompre, et qui y ayant échoué par les armes, en viendroit maintenant à bout par la ruse, au moment que nous étions en état de recueillir les fruits de, cette union si chèrement, si longuement et si dangereu« sèment achetée; par les raisons persouneiles du régent en lui remon^ traut son pressant intérêt, après tout ce qui s'étoit passé à son égard sur l'Ëspagae du temps du feu roi , de ne pas y renouveler les haines amorties, que les brouillons ne cherchoient que trop à ranimer et à s'en avantager pour, à l'abri de la puissance et de la naissance du roi d'Espagne, lui faire payer bien cher sa cooaiplaisaQce pour i'abbi Du ' bois, qui n'osant encore aller directement où il aspire, ne songe qu'à servir si utilement nos ennemis naturels contre des amis que tout nous doit faire considérer comme des frères, pour obtenir la pourpre parle crédit de l'empereur, qui peut tout à Rome, et sur lequel le roi d*An« gleterrepeut infiniment. Alors le régent qui jusque-là avoit tout écouté tranquillement, s'écria que voilà comme étoit Saint-Simon, qui suivoil ses idées aussi loin qu'elles pouvoient aller; que Dubois étoit un plaisant petit drôle pour imaginer de se faire cardinal ; qu'il n'étoit pas assee fou pour que cette chimère lui montât à la tête, ni lui, si elle y entroit, pour le souffrir ; que pour son intérêt personnel il ne risqueroit rien , parce qu'il ne s'agissoit que de subsides secrets qui seroient toujours ignorés de l'Espagne, et qu'à l'égard^de celui de l'Etat, il se garderoit bien de lâcher aux Anglois ni à l'empereur les courroies assez longues pour que la puissance del'empereur en pût augmenter, ni le commerce des Anglois s'accroître. Samt-Simon ne se paya point de ces raisons; il assura le régent, qu'en de telles liaisons on étoit toi^ours mené plus lom qu'on ne vouloit et qu'on ne pensoit; et que pour le secret de ses subsides, l'intérêt de .ces deux puissances |étoit si grand de le brouiller avec l'Espagne» qu'elles se garderoient bien de ne le pas publier comme le moy&a. le plus court et le plus certain d'arriver à leur but principal, et de le forcer à la rupture ouverte, et à une liaison avec elles de nécessité et de dépendance. Tout cela agité et approfondi fort au long entre eux deux, laissa l'un et l'autre dans sa persuasion « le prince, qu'il demeureroit très-sûrement maître de son secret et de son aiguière , et s'assureroit d'autant plus par cette complaisance d'être le modérateur de l'Europe; le duc, que Tun et l'autre lui échapperoit et bientôt, et qu'il se trouveroit en des embarquements dont il auroit tout lieu et tout le temps de se repentir. En effet, de là à la rupture, il ne s'écoula que peu de mois. Il arriva comme il avoit été prévu, que
FEspagne fut promptement informée de rengagement que nous avions pris avec les deux puissances, et qu^elle se tourna tout aussitôt à donner au régent tant d'affaires domestiques, qu'il ne fut plus à craindre pour celles du dehors. Telle fut la source d*oii coula, incontinent après, tout ce que Ton vit éclore de la part de Cellamare à Paris, Tarrét de sa personne et tout ce qui suivit cette affaire au dedans, qui mieux commencée et plus sagement organisée, auroit jeté TÉtat dans une grande confusion et le régent dans de grandes extrémités; de là encore, Fentraînement à la rupture et à la guerre, au lieu de subsides secrets. .Lorsqu'il en fut question, M. de Saint-Simon allant une après-dtnée travailler avec M. le duc d'Orléans tête à tête comme il avoit accoutumé un jour de la semaine, et mettant ce qu'il avoit porté sur la table, M. le duc d'Orléans lui dit qu'avant de commencer, il avoit chose bien plus importante à lui dire, sur laquelle il vouloit raisonner à fond avec lui, et tout de suite lui expliqua la situation où il se trouvoît avec l'empereur, l'Angleterre et l'Espagne, et combien il étoit pressé de se déclarer ouvertement et par les armes contre cette dernière. Le duc le fit souvenir alors de ce qu'il lui avoit prédit à l'Opéra, et lui représenta tout ce qu'il lui avoit dit alors contre la rupture aveci'Espagne, dont il étoit lui-même demeuré pleinement convaincu et si bien, qu*il n'avoit persisté contre l'avis du duc à donner les subsides, que dans la prétendue certitude de secret et de nul danger ni d'engagement plus fort, ni que les choses pussent aller trop loin de la part de ces puissances contre l'Espagne. Cet intérêt d'État fortement discuté, et le régent n'y trouvant pas de réplique valable , mais empêché de l'empereur et enchanté par l'Angleterre, le duc tout à coup le supplia de ne se pas effaroucher d'une supposition impossible, et de vouloir bien suivre son raisonnement. « S'il vous étoit, continua-t-il , aussi évident qu'il y a quelque part et à portée de vous, un devin ou un prophète qui sût clairement l'avenir et qui fût en pouvoir et en volonté de répondre à vos consultations, comme il est évident que cela ne peut être, n'es^il pas vrai qu'il y auroit de la folie d'entreprendre une guerre, sans avoir su de lui auparavant quel en seroit le succès. Si ce prophète ne vous annonçoit que places et batailles perdues, n'est-il pas vrai encore que vous n'entreprendriez point cette guerre , et que rien ne vous y pourrolt entraîner ? et moi , j'ajoute que sur celle dont il s'agit, votre résolution devroit être la même et aussi ferme, si cet homme merveilleux ne vous promettoit que victoires et que succès, et voici mes raisons dans l'un et l'autre cas. Vous affoiblissez l'État ; vous en agrandissez d'autant ses ennemis naturels pour qui vous vous laissez entraîner à la guerre; vous tentez toute une nation accoutumée à l'aînesse dans la maison de ses rois; vous hasardez un pouvoir précaire et vous donnez lieu aux curieux et aux mécontents de publier que vous ne l'employez que pour votre intérêt per-
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soDoel, et pour acheter aux dépens de FÉtat, de soo intérêt , de tout le fruit du sang et des trésors répandus depuis la mort du feu roi d'Espagne, un appui étranger contre les droits de Philippe V, dont par là vous avouez toute la force et toute votre crainte ; et au cas d'heureux succès, que ces mêmes puissances vous pourront forcer de pousser plus loin que vous ne le voudrez, où en seriez-vous si le roi d'Espagne , à bout de moyens et de dépit, vous laissoit faire , entroit en France désarmé, publioit qu'il se livre à ces mêmes François qui l'ont mis sur le trône, qui l'y ont maintenu, qui sont les sujets de ses pères et de son propre neveu, et qu'il ne vient que pour en prendre la régence due a sa naissance, sitôt que son absence ne l'en exclut plus, et l'arracher, sa nation et son héritage, à un gouvernement tel qu'il lui conviendroit de le représenter? Je ne sais, ajouta le duc, ({uelle en pourroit être la révolution; mais je vous confesse à vous tout seul , que pour moi qui n'ai jamais été connu du roi d'Espagne, que pour avoir joué aux barres avec lui et h d'autres pareils jeux de cet âge , qui n'en ai pas ouï parler, ni lui beaucoup moins de moi, depuis qu'il est en Espagne, et qui n'y connois qui que ce soit ; moi qui suis à vous dès l'enfance, et qui savez à quel poinf j'y suis , qui ai tout à attendre de vous, et quoi que ce soit de nul autre , je vous confesse , dis-je y que si je voyois les choses à ce point , je prendrois congé de vous avec larmes; j'irois trouver le roi d'Espagne et je le tiendrois pour le vrai régent et comme le dépositaire légitime de l'autorité du roi mineur. Que si moi, tel que je suis, pense et sens de la sorte, qu'espéreriez- vous de tous les autres vrais François? » La sincérité, la vérité et la force de ce discours accabla le régent et le tint assez longtemps en silence : puis il avoua que le duc avoit raison et lui rendoit un grand service de lui parler de la sorte. Là-dessus, M. le Duc entra. M. le duc d'Orléans l'emmena dans la galerie eè laissa Saint-Simon dans le grand salon où, le bureau entre eux deux, cette conversation s'étoit faite. M. le Duc ne fut pas longtemps, et M. le duc d'Orléans vint se remettre à son bureau. Le duc de Saint- Simon s'y rassit aussi, et voulut déployer ce qu'il avoit apporté. M. le duc d'Orléans ne le lui permit pas, et lui dit qu'il falloit continuer leur raisonnement qui rouloit sur chose bien plus importante, se leva et le mena se promenant parle salon et la galerie. Saint-Simon lui dit qu'il n'avoit plus de raisonnement à lui faire, qu'il avoit tout dit, que ce no seroit que rebattre et répéter ; mais qu'il croyoit aussi en avoir assez dit pour avoir dû le persuader et Tempêcher de tomber dans les pièges de l'ambition de l'abbé Dubois, qui de Tun à l'autre l'engageoit où il ne devoit jamais se laisser entraîner. Le régent protesta qu'il le mettroit dans un cachot s'il osoit faire un pas vers la pourpre, et convint de ne point rompre avec l'Espagne. Saint-Shnon tâcha de l'y affermir de plus en plus, puis lui dit: « Vous voilà donc bien persuadé et
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bien convaincu; mais je ne serai pas sorti d'ici, que Fabbé Dubois vous reprendra, vous retournera, verra que c'est depuis que je vous ai entretenu que vous ne voulez plus vous déclarer, et fera si bien, qu'il vous changera et qu'il vous tiendra de si près, qu'il viendra à bout de ce qu'il s'est mis dans la tête et vous fera rompre.» Le prince l'assura bien que sa résolution de n'en rien faire étoit si bien prise que rien ne la lui feroit changer, et toutefois, au bout de huit jours, la guerre à l'Espagne fut déclarée sans que dans l'intervalle il eût été possible au duc de Saint-Simon de parler au régent, qui pourtant le manda pour en examiner la déclaration qu'il avoit fait dresser, parce qu'alors les paroles en étoient données aux ministres des deux puissances et qu'il n'y avoit plus a s'en pouvoir dédire.
Mercredi 4, à Paris. — Le roi alla au Palais-Royal, où il vit Madame, M. le duc d'Orléans et madame la duchesse d'Orléans. — Madame la Princesse vint encore chez M. le duc d'Orléans pour lui parler et lui demander des adoucissements pour le voyage et la prison de madame du Maine, sa fille, qui s'est trouvée fort incommodée en chemin. On avoit parlé de lui envoyer un chirurgien et un tapissier pour lui faire porter un lit et accommoder les chambres dans Ifes lieux où elle devoit passer ; mais cela est changé. — Milord Stairs vint chez M. le duc d'Orléans porter la nouvelle qu'on avoit publié àLondres, mercredi passé, la déclaration de guerre contre l'Espagne.
Jeudi 5, à Paris. — M. le duc d'Orléans dit le matin qu'il avoit nouvelle de plusieurs endroits d'Allemagne que le roi de Suède avoit été tué à l'attaque d'une demilune à Fréderickshall,en Norwége; qu'il avoit d'abord été blessé, et qu'il n'avoit point voulu s'en retirer quoiqu'on l'en pressât; qu'il avoit été tué d'un coup de canon; qu'ensuite son armée avoit voulu proclamer roi le prince héréditaire de Ilosse, son bcuu-fràre. Cela pourra faire des embarras dans ce payg-là, car le prince de Hol8tein<- Goltorp, qui a dix-huit ans passés, est fils de la sœur aînée delà princesse de Hesse.
Yetidredi 6, à Paris* — La mort du roi de Suède est oonfirmée'', et le prince de Hesse, son beau^firère, apràs
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avoir fait une trêve avec les Danois^ est parti de Norwége pour aller à Stockholm se fairedéclarer roi. L'armée avoit déjà voulu le proclamer. On dit qu'il a fait arrêter à l'armée deux ou trois Suédois qui étoient attachés aux intérêts du prince de Holstein et entre autres le baron de Gortz, qui revient des conférences de Tile d'Ahland, où il n'y a que lui qui sache ce qui s'y est passé. — Le comte de Konigsegg vint l'après-dlnée nous voir^pour nous apprendre la triste nouvelle delà mort du prince de Lœwestein, frère aîné de madame de Dangeau. Depuis notre mariage, elle a perdu huit frères ou sœurs et ils sont encore six en vie. Le prince de Lœwenstein étoit gouverneur du Milanois et homme de mérite ; c'est une grande perte pour toute la famille. Il n'a qu'un fils et deux filles qui sont tous trois bien mariés, et le fils a déjà trois garçons de a princesse de Hesse-Rheinfeld, sa femme et sa cousine germaine.
* La mort du roi de Suède enleva à l'Europe un héros, combla la grandeur naissante de la Russie, et délivra son pays d'un fléau. Son père en avoit été un obscur qui avoit désolé son royaume, abattu le sénat, ruiné les lois, anéanti l'ancienne noblesse avec un artifice et un acharnemeiÉ des tyrans les plus détestés, accablé tout le reste; aussi mourut-il jeune et empoisonné, dans de longues et cruelles douleurs. La fin de celui-ci parut aux Suédois une délivrance dont ils surent profiter pour se relever de leur ruine domestique, en attendant que les aimées et la suite des temps et d'un gouvernement plus sage pût réparer celles du dehors, qui pour le présent étoient sans ressource. Us se remirent donc en possession du droit d'élire leurs rois, qu'ils avoient perdn d'effet, il y avoit près d'un siècle, et depuis, par une renonciation forcée bous le père du roi qui venoit d'être tué, sans égard à la proclamation de l'armée et en garde contre les droits de succession du duc d'Holstein, fils de la défunte sœur atnée de leur roi, ils élurent celle qui restoit pour leur reine , épouse du prince de Uesse vainement proclamé par l'armée, et limitèrent tellemait son pouvoir, qu'ils ne lui en laissèrent que l'ombre, et en transmirent tout l'exercice au sénat et aux étati généraux de la nation, plus soigneusement et plus entièrementqu'autrefoi«. 11 est vrai que quelque temps après ils accordèrent aux prières de la reine de lui associer son époux, mais avec les mêmes précautions contre son autorité et contre sa succession, et ils se sont depuis si bien sou-
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teutis dans cette sage jalousie , qu'il n'est doge ni roi de Pologne plus entravé qu'il Test demeuré.
Samedi 7, à Parts. — M. le prince de Conty et M. le comte de Toulouse sont raccommodés et se sont rendus visite d'amitié. — La Billarderie^ lieutenant des gardes du corps, qui a conduit M. le duc du Maine à Doullens^ est revenu; il loue fort la tranquillité et le sang-froid de M. du Maine. Le logement de la citadelle où on Tamis est fort en désordre; mais on y va travailler pour le raccommoder. L'exempt des gardes qui est demeuré auprès de lui commandera dans la citadelle pendant qu'il y sera^ et le lieutenant de roi qui y commandoit se tiendra dans la ville. Le jeune de la Billarderie, qui conduit madame du Maine à Dijon, mande qu'elle s'est trouvée fort mal à Auxerre. — Le manifeste contre l'Espagne est public, et le traité entre Tempereur, la France et l'Angleterre parolt aussi.
Dimanche S,àParis. — Conseil de régence Taprès-dlnée. — On eut hier nouvelle d'un grand incendie à Lunéville^ dont on asu i)lusde détails aujourd'hui : lé palaisque M. de Lorraine y avoit fait bâtir est entièrement brûlé; tous les meubles qui étoient tendus et tous ceux qui étoient dans le garde-meuble ont été brûlés ; il a péri plusieurs personnes dans l'embrasement, et on a eu peine à sauver les princes. Madame^ à qui on amande toutes les particularités, compte que cette perte mont^àplusieurs millions. — Il paroit une lettre du roi d'Espagne, imprimée, qui est à ce qu'on dit très-offensante pour M. le régent; il y a bien des gens qui prétendent que cette lettre n'a pas été faite en Espagne, et qu'elle a été faite ici. M. le duc d'Orléans n'est pas nommé dans la lettre, mais il est désigné.
Lundi9, à Paris. — Conseil de régence l'après-dlnée. — On publia à son de trompe la guerre contre l'Espagne; mais on croit toujours qu'elle ne se fera point, et que le roi d'Espagne sera obligé de signer le traité. — On dit qu^il arriva un courrier de M. de Morville, notre ambassadeur
en Hollande^ qui mande que les États Généraux vont signer la quadruple alliance. — On a envoyé à madame du Maine mademoiselle Desforges et une femme de chambre encore pour la servir. Mademoiselle Desforges est parente de Malezieu ; elle a beaucoup d'esprit. Ce sera une consolation pour cette princesse, qui souffre de grandes incommodités dans son voyage; on a été contraint de la laisser reposer à Auxerre.
MardiiOy à Paris. — Le parlement a rendu un arrêt qui confirme ce qu'avoit fait la chambre des vacations sur la dernière bulle du pape. — On a nommé beaucoup d'çfficiers généraux pour servir dans l'armée qui doit passer en Espagne ce printemps, et beaucoup de colonels d'infanterie et de cavalerie qui y marchent avec leurs régiments. Les ducs de Richelieu^ de Luynes, de Melun^ de la Rocheguyon, d'Olonne, deMontbazon; les marquis deVillequier^ de Gesvres^ de la Mothe et de Charlus sont de ce nombre. — Le marquis de Pluveau qui avoit été gentilhomme de la chambre de feu Monsieur et maître de la garde-robe de M. le duc d'Orléans, mais qui avoit vendu cette dernière charge depuis quelque temps, est mwt subitement.
Mercredi 11, à Paris. — Les États Généraux demandent qu'on accorde encore trois mois au roi d'Espagne pour pouvoir entrer dans le traité ; les deux provinces qui n'ont point encore signé promettent de le signer. — Balenne, écuyer ordinaire de Madame, est mort ; Madame a donné sa charge à Vintes, qui est attaché àelle depuis longtemps. Il y a 2,500 livres d'appointements à cette charge et un logement dans le Palais-Royal; il y avoit un brevet de retenue de 16,000 livres que Madame est chargée de payer pour Vintes. Balenne avoit deux commanderies de l'ordre de Saint-Lazare dont il étoit le sous-doyen. J'en ai donné une à celui qui le suivoit dans l'ordre, et l'autre au procureur général de la cour des aides, qui est chancelier de cet ordre.
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Jeudi 13. — Le comte de laMarck avoitmandéàM. le duc d'Orléans la mort du roi de Suède, par un courrier que le prince de Hesse envoyoit au landgrave, son père, et qui avoit débarqué en Hollande, d'où il a envoyé cette lettre i M. lerégent. Le comte delaHarck, dans cette lettre, mande qu'il croit devoir partir de Suède pour venir rendre compte ici de Tétat où il laisse les affaires de ce royaumelà ; mais M. le duc d'Orléans a jugé à propos qu'il y demeurât, et lui a renvoyé un courrier qui lui porte Tordre d'y demeurer, et s'il le ti-ouve en chemin d'y retourner sur-le-champ. — M. le marquis deSenneterre se prépare À partir pour T Angleterre.
f^endredi 13. — On dit que M. d'Alègre, nommé depuis longtemps à l'ambassade d'Angleterre, aura un em* ploi considérable dans le royaume. — M. de Baoffremont"^, colonel de dragons, étoit de ceux qui dévoient marcher en Espagne avec leurs régiments. Il a dit & M. le duc d'Orléans qu'il étoit prêt à y marcher si on le vouloit absolument ; mais qu'étant chevalier de la Toison, il croyoit qu'il seroit de meilleure grâce qu'on y eu envoyât un autre. M. le duo d'Orléans lui répondit qu'il avoit déjà fait cette réflexion, et que dès hier il avoit nommé un autre régiment pour marcher à la place du sien. — M. de Broglie le père, gouverneur d'Avesnes, a demandé à H, le duc d'Orléans permission de vendre ce gouvernement; ses deux fils aînés en ont déjà ohacunun, et il vouloit donner le sien au troisième. U dit en même temps à M. le duc d'Orléans qu'en cas qu'on Ût des mar réchaux de France, il prioitS* A. R. de se souvenir qu'il étoit le plus ancien lieutenant général; M. le due d'Orléans lui a répondu simplement : k M. de Lauxun Tast avant vous ** » .
^ BaiitTmiKiut fut loué à bon marché de sa dâicatesse, qui regarda OMmis 1 Ks{iagiM H s« Toîmo que les gens d1d avec qui il étoit lié. Asfekll, si loiii^teaips depuis maréchal de Franoe, €& moalit «m tl plus hardie et plus pure. Il aroit eu la Toison pour U ndnclioii iê Ma-
jorque, après avoir servi toute la guerre de 1701 en Espagoe, et presque toij^ours m chef^ avec graude disUoctiont II s'y étoit foit oonnoître du duc de Befwick, qui y avoit glorieusement commaudé les années, duquel il étoit devenu ami intime , et Tétoit toujours demeuré. Choisi pour servir sous lui de premier lieutenant général contre l'Espagne^ il témoigna frandiement au régent sa répugnance, en offrant toutefois de la lui sacrifier, et il s'en expliqua si eagemi^t que M. le duc d'Orléans ne lui en sut aucun mauvais gré, et trouva bon qu'il demeurât à Bordeaux pour commander an Guyenne, et avoir le soin de Xmk^ l'armée fournie de ses besoins. Pour le duc de Berwick, il fut à plaindre ; c'étoit le seul maréchal de France qui pût être chargé de cette guerre, La bataille d'Almanza gagnée par lui la veille que M. le duc d'OiNiéens joignit son armée , étoit restée tout entière sur le cœur de ce prince, quoique le général eût été forcé à ne le pouvoir attendre, mais ce qui étoit véritable par la considération des suites, se montroit autrement, puisqu'il avoit attaqué et marché à l'ennemi. Il n'avoit point de fonds de bien que la terre de son duché, qu'il devoit presque entière , et la loort de son fils unique sans enfants achevoitde le ruiner et sa nombreuse famille. Nulle ressource dans le régent qu'il achevoit de s'aliéner san$ retour par un refus qui le jetoit dans tout l'embarras de cbercbei:guu général et qui pouvoit servir d'un dangereux exemple, et dont le contraire lui acquéroit l'amitié et la reconnoissance de ce prince en acceptant. Il crut que celle de sa Toison, de sa grandesse , du riche établissement de son fils atné en Espagne pouvoient céder à des consir dérations si fortes, et qu'elles le dévoient même h ses senqents prêtés en France pour les premières dignités de ce royaume. Le monde malin et cuirieux n'en jugea pas de même, et l'Espagne ne lui a jamais par^ donné, ni même à son fils aîné qu'en apparence, quelque innocent qu'il en ait été.
** Une plaisanterie de M. de Lauzun donna lieu à cette représentation sérieuse de Broglio , qui fut alors trèspjustement et très-unanime^ ment sifflée, et qui dans les suites eut son effet malgré tout son ridieule. Les bruits de guerre donnèrent lieu à des bruits d'une pronu)tion de maréchaux de Frauce parce que dès lors Berwick étoit le seul en état de servir. Le monde en nomma à son gré de toutes sortes et la plupart assez étranges. Cela donna lieu à M. di; Lauzun, toiyours prêt aux mar lices, de les désarçonner pour la plupart par un sarcasme, en ces oc<casions*là bieu.plvis dangereux que les plus mauvais offices. U/ut40Qç trouver le régent , et de ce ton doux et modeste qu'il avoit si bien uni sien , lui représenta qu'au cas qu'il y eût une promotion de maréchaux, comme le vouloit lo publks, et qu'il en fit d'inutiles, lui étoit depuis longues années le premier des lieutenants généraux. M. le duc d'Orléans, qui étoit l'homme du monde qui sentoit le mieux le sel et la malignité,
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se mit à éclater de rire , et lui promit qu'aux cas qu'il exposoit il ne seroit pas oublié ; puis en fit le conte à tout le monde , dont les prétendus candidats se trouvèrent bien fâchés. C'est ce qui produisit la de* mande de Broglio et la cruelle réponse qu*il reçut, qui, en paroissant toute simple, Taffubloit de tout le ridicule que M. de Lauzun avoit prétendu donner. Mais le rare est, que ce qui lui attira alors la dérision publique, le fit maréchal de France cinq ans après, à la vérité avec une dérision pareille, mais il le fut. C'étoit un homme sans aucun mérite ni de guerre ni de paix, sans talent que pour s'enrichir et encore sans agrément d'aucune sorte. Il étoit maréchal de camp à la défaite du maréchal de Créquy à Consarbruck, en 1675, et soit qu'on n'eût pas été content de lui ou autrement, jamais depuis il n*a revu la frontière. Longtemps après , Basville, frère de sa femme, sentant ses forces dans son intendance de Languedoc, et trouvant jour à y être pleinement le maître, le demanda pour y commander, et par cet emploi où il n'avoit rien à faire qu'à souffrir paisiblement d*étre nul, il fut fait lieutenant général quelques années ensuite. Le mépris qu'on avoit pour lui, les sottises qu'il fit au passage du prince royal de Danemark par le Languedoc , l'embarras que faire de Roquelaure après sa triste déconfiture des lignes de Flandre, et les ressorts de madame de Roquelaure, firent rappeler Broglio pour lui donner ce successeur, sans que Basville, de longue main importuné de son beau-firère, s*en embarrassât, parce qu'au point de crédit et d'autorité où il étoit monté, il sentoit bien qu'il ne faisoit que changer de fwtôme. Broglio, de retour à Paris* y languit dans l'obscurité et y arriva à une longue et saine vieillesse, lorsque son second fils, qui fut depuis maréchal de France en 1 734, se trouva assez à portée de M. le Duc et de ce qui Fenvironnoit, pour faire valoir la primauté de lieutenant général de son père et leur faire accroire que c'étoit obliger tous les officiers généraux , que de le faire maréchal de France. Par cette qualité, il vouloit comme que ce fut illustrer sa famille dans l'avenir, tandis que le fils aîné déploroit, disoit-il, cette sottise , et que son pauvre père se seroit bi^ passé de ce ridicule. En effet , il étoit complet en tous points, et pour qu'il n'y en manquât aucira, il fut remarqué que la Feuillade, qui n'avoit pas servi depuis Turin et bien peu auparavant, et le duc de Gramont, qui furent maréchaux de France de cette même promotion, n'étqient entrés dans le service qu'au siège de Philipsbourg par Monseigneur en 1688, c^eslà-dire treize ans complets depuis que Broglio Feut quitté et simple maréchal de camp.
Samedi 14, à Paris. — On a publié un nouvel arrêt sur la capitation, qui jusquMci n'a pas été payée bien régulièrement dans Paris. On a publié aussi deux or-
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donnances; Tune qui enjoint aux François qui sont en Espagne d'en revenir^ mais qui leur laisse le temps de six mois pour y terminer leurs affaires^ et une autre, pour les Espagnols qui sont en France, et qui leur laisse six mois aussi pour achever d'y régler tout ce qui regarde leurs intérêts. — Madame la duchesse de Berry alla à la comédie Françoise , où elle mena à son ordinaire beaucoup de dames ; elle avoit retenu plusieurs loges. — M. le duc de CSiartres^ qui entre déjà depuis quelque temps au conseil de régence, y aura demain voix délibérative.
Dimanche 15, à Paris. — Conseil de régence l'après-dlnée ; M. le duc de Chartres y a voix délibérative présentement. — On dit que le maréchal de Berwick renvoie en Espagne Tordre de la Toison qu'il avoit, et Fou dit aussi que le duc de Liria, son fils, qui est grand d'Espagne et qui est en ce pays-là, et marié à la fille du duc de Veraguas, a ordre de revenir en France ; mais cen'est qu'un bruit fort incertain. — Au conseil de régence, on lut un décret de l'inquisition qui est fort contre tous ceux qui n'ont pas accepté la constitution Unigmitus ; cette affaire-là s'aigrit tous les jours de plus en plus. I^ parlement fit lacérer et brûler par la main du bourreau un libelle qui a pour titre : Instruction familière sur la S(nh mission due à la constitution Unigenitus, et en même temps, le parlement ordonne la suppression de trois autres libelles dont les uns sont pour et les auti*escontrelaConstitution.
Lundi 16. — Conseil de régence Taprès-dlnée. — Madame la Duchesse la jeune^ qui étoit un peu moins mal depuis quelques jours, et chez qui on jouoit tous les soirs, esl retombée; et on la croit en plus grand danger que jamais. — Le parlement a donné un arrêt qui ordonne la suppression d'un imprimé qui porte pour titre : Déclaration faite par le roi catholique, le 25 décembre 1718. Les gens du roi représentèrent que cet écrit, qui porte un
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nom si respeotable étant rempli non*-seul6ment de traits et d'ei^pressions les plus injurieuses, mais encore de maximes les plus opposées aux principes du gouvernement) on étoit bien éloigné de penser que ce fût Fouvrage d'un prince instruit des droits des souverains et élevé dans le royaumie ; que les auteuro sembloient avoir en vue dHns^ pirer la division et la révolte^ ayant porté leur témérité jusque sur les lois les plus Bactées de l'État y et jusqu'à méconnoltre l'autorité légitime qui nous gouverne. La cour de parlement a ordonné que cet écrit; seroit sup primé comme séditieux, tendant à la révolte et contraire à Tautorité royale, enjoignant à tous ceux qui en ont des exemplaires de les apporter au greffe, et faisant défenses à toutes personnes de l'imprimer, vendre et débiter, ou autrement distribuer, sous peine d'être poursuivis comme perturbateurs du repos public et criminels de lèse-majesté .
Mardi 17, à Paris, -^ Madame la Duchesse la jeune est si mal qu'on la croit hors de toute ei^érance;-les os lui percent la peau; cependant elle a encore du courage et ne se croit point si mal. Le curé de Saint-Sulpice, à qui elle se confesse, y passa toute la soirée. — Les brigadiers de cavalerie , qui avoient été mestres de camps ou lieu'^ tenants colonels et qui avoient conservé des compagnies dans les régiments où ils étoient incorporés, ont ordre de vendre ces compagnies, et on leur donne à chacun 2,000 francs de pension* — On donne une pension de 4,000 livres au comte de Middelbourg, frère du prince d'Isenghien, et 1,000 écus au chevalier de Sourches^ frère du grand prévôt. • — H. de Pompadour a eu permission de donner une procuration à madame sa femme, qu'il a signée en présence de M. le Blanc, et il est de la forme en pareille occasion que le gouverneur de la Bastille la signe aussi, ce qui a été fait.
Mercredi 18. — > Quoique l'ambassadeur de l'empereur eût été hier à l'audience de M. le duc d'Orléans comme
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tous les ambassadeurs y voht les mardis^ il en eut encore une le matin de M. le duc d'Orléans^ et on prétend qu'il a porté à ce prince des propositions que le roi d'Espagne fait à l'empereur touchant la paix^ et qui sont assez raisonnables. -^ M. le prince de Conty demande à ôtrç fait lieutenant général et à commander la cavalerie qui servira dans Tarmée destinée contre l'Espagne; M. le Blanc lui a dit qu'il dn parleroit à H. le duc d'Orléans et que demain iliroit lui rendre la réponse de M. le régent.
— Madame la duchesse du Maine arriva samedi à Dijon ; les deux femmes qu'on lui envoyoit en poste Font jointe vendredi; il y a une de ces femmes-là qui a beaucoup d'esprit et de vertu, et qu'on appelle mademoiselle Desforges.
— On parlé d'envoyer un petit corps en Sicile, et que peut-être on ne fera point la guerre en Espagne ; ce corps seroit commandé par Médavy; mais jusqu'ici ce n'est qu'un bruit fort incertain.
Jmdi 19. — M. le duc d'Orléans a accordé à M. le prince de Conty les deux grâces qu'il lui demandoit ; mais il lui a dit de ne pas faire travailler encore à ses équipages de quelques jours; et cela, joint à l'audience que l'ambassadeur de l'empereur eut hier de S, A. R., fait qu'on parle beaucoup [de paix aujourd'hui. — Le duc d'Harcourt fut reçu au parlement. M. le duo de Chartres, M. le Duc et M. le prince de Conty étoient à sa réception; la plupart des pairs s'y trouvèrent, mais il y en eut deux ou trois qui y avoient été invités qui n'y voulurent pas venir à cause que le premier président ne leur rend pas ce qu'ils prétendent. — On mit hier en prison Orteau, des postes ; je n'en sais point encore la raison, mais cela n'a point de rapport aux affaires d'Espagne.
VendrediiO. — Le duc de Saint- Aignan est arrivé ici depuis deux jours; ilvit hier M. le duc d'Orléans et il prendra sa place dimanche au conseil de régence. — On parle d'une entreprise dont Cilly, lieutenant général, est chrgé; il est déjà parti pour cola. Il s'agit de brûler defs
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vaisseaux espagnols qui sont sur le chantier dans le port du Passage, qui est le port d'Espagne le plus proche de la France. — Le prince de Deux-Ponts s'est mis en possession de cette principauté ; mais on ne sait pas si il demeurera paisible possesseur. Le roi Stanislas^, à qui le feu roi de Suède avoit donné cette retraite, et qui lui abandonnoitles revenus de cette principauté, a demandé permission au roi de se retirer à Landau, ce qui lui a été accordé. Le prince de Deux-Ponts n'avoit pour subsister que 4,000 écus de pension qu'on lui donnoit d'ici ; on croit que Télecteur palatin lui disputera la principauté de Deux-Ponts.
* Le roi Stanislas, échappera ses ennemis avec sa femme et sa fille, à grande peine et à grands périls , s'étoit réfugié à Deux-Ponts chez le roi de Suède, et y subsistoitaux dépens de ce prince sur les revenus de ce duché. La mort de ce conquérant fit changer ce petit pays de maître, et ôta au roi Stanislas subsistance et sûreté. Sa tête étoit à prix par un décret de la diète de Pologne, et y a été sans discontinuation jusqu'à la paix de 1736 qui a suivi sa seconde élection et sa seconde abdication. Il représenta son triste sort h M. le duc d'Orléans, qui lui donna secrètement quelque peu pour vivoter, et lui permit de se retirer sourdement dans quelque village de la montagne auprès de Landau, où il tut ignoré. Au bout de quelque temps assez court, Tappas du gain en portant en Pologne sa personne ou sa tête, le fit découvrir et dresser une entreprise pour Tenlever. Il en fut averti , implora le secours du commandant de Landau pour se garantir, et en même temps la permission du régent de se retirer dans la place pour sa sûreté, et il l'obtint. Dans les suites, on le mita Weissembourg, dans une ancienne maison de commanderie ruinée par les guerres, et c'est de là qu'il n'est sorti que pour venir accorder la reine dans Strasbourg à l'ambassade extraordinaire et magnifique du duc d'Antin chargé de lui en faire la demande solennelle.
Samedi 21. — Le prince de Portugal, qui étoit à Paris depuis quelques mois et logé chez Tambassadeur, avoit reçu de l'argent pour retourner auprès du roi son frère, mais il a pris le parti d'aller encore une fois à Vienne. Il a fait deux campagnes en ce pays-là avec beaucoup de réputation. — Le parlement d'Aix a saisi le temporel de
Févêque de Marseille qui avoit condamné comme hérétique une thèse des pères de FOratoire de son diocèse. — M. le duc d'Orléans a donné ordre à Farges, qui est chargé des vivres pour Tarmée qu'on doit envoyer en Espagne, de ne se pas trop presser et les espérances de la paix augmentent. — Le maréchal de Matignon marie sa fille, à qui il donne 80,000 livres, au marquis de Graves, dont le grand-père étoit maître de la garde-robe de feu Monsieur.
Dimanche 22. — Conseil de régence Faprès-dinée, où M. le duc de Saint-Aignan prit sa place. — Madame, qui a accoutumé de venir tous les dimanches Faprès-dlnée aux Carmélites, n'y vint point, parce qu'elle est fort enrhumée. — Les bals continuent sur le théâtre de FOpéra trois fois la semaine ; mais il y va beaucoup moins de monde que Fannée passée. — Madame de Nointel, femme du garde du trésor royal, mourut ici, et madame d'Angervilliers, sa sœur, femme de Fintendant d'Alsace, qui est à Strasbourg, y est dangereusement malade aussi. — M. du Chalas, cornette des chevau-légers , a vendu sa charge 100, 000 livres, qui est la somme à quoi ces chargeslà sont taxées ; c'est M. Colbert, fils de celui qui servoit dans la marine, qui Fa achetée. Il y a encore une autre charge de cornette dans cette compagnie î\ vendre , et M. d'Imécourt, qui en est sous-lieutenant, veut vendre aussi, à ce qu'on dit.
Lundi 23. — Il n'y eut point de conseil de régence. — Madame la Duchesse la jeune, qui avoitété moins maldurant quelques jours, est retombée, et on la croit en plus grand dariger que jamais. — Il y eut comédie chez le roi avec des entr'actes de danseurs et de chanteurs de FOpéra, et il y en aura deux fois la semaine durant ce carnaval. — On a permis à M. de Pompadour de se promener dans la Bastille, sans que sa famille eût demandé cette grâce, qui leur a fait plaisir pourtant. — Par les dernières lettres qu'on a reçues du petit Renaut,on commence à croire T XVII. 30
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que ladlme royale sera bientôt établie dans toute la gétiéralité dé la Rochelle.
Mardi^k. — Madame la Duchesse la jeuûe est plus mal quejamais; M. le prince de Conty, Sotl frère, souhàitoitdela voir, mais coilime il ûe voit point M* le Duc ni nlftdàmé la Duchesse la mère, ils h'oiit Jiaô voulu jusqu'ici qu'il vit madame sa sœur. — On achève d'îtnprimér tin écrit du cardinal de Rohan qui a pôut* titre : Ati$ du cardiriùl de Rohan et de etc, sur le projet de mandement de M. te cardinal de Noailles pour r acceptation de lu huile Unigenitus communiquée par Jf . le maréchal d'Huxelles le 8 du mois d'août de l'année 1718. — Mademoiselle de la Fare , belle-sœur de madame de la Fare, qui est sœul* dti capitaine des gardes de M. le duc d'Orléans, se marie à M. de Genetines.
Mercredi 26 . — Madame laduchesse de Berry alla dîner à laMeutte, où elle demeurera quelques jours p&rce queseis appartements au Luxembourg sont infectés de puanteur de beaucoup de tuyaux qui ont crevé dans ce palais. — Madame, qui a été enrhumée depuis quelques jours, se porte mieux, et elle entendit la comédie italienne de sa loge. — Madame la Duchesse reçut tous ses sacrements. Madame la Princesse fit faire une entrevue de M. le Duc et de M. le prince de Conty dans l'antichambre de madame la Duchesse, sa petite-fille, et M. le prince de Conty verra demain matin madame sa sœur. Il ne l'a pas vue dès ce soir parce qu'on veut préparer cette princesse (qui aime beaucoup M. son frère) à le voir. Elle àuroit peutêtre été surprise en le voyant sans l'attendre^ et on craignoit que cela n' augmentât le redoublement.' — M. de Saint-Germain-Beaupré est mort dans ses terres; il céda le gouvernement de la Marche à son fils quand il le maria avec mademoiselle de Persan.
Jeudi 26. — M. le duc d'Orléans alla dîner à la Meutte avec madame la duchesse, de Berry. — M. le prince de Conty vit madame la Duchesse, sa sœur, le matin ; madame
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la Prinoesse les slVoit fait parler hier ensemble, M. ië Duc et lui y mus la oôtiversation aroitété froide^ — ^ M. le cardinal de Rohan a rendu l'écrit, dont on a parlé, public , et il est allé passer quelques jours à Trianon. — Le parlement rendit un arrêt qui ordonne la suppression d'un décret derinquisition dd 19 décembre 1718, affiché et publié à Rothe le 22 décembre, et qui fait défenses A tous religieux, dé quelque ordre, société ou Congrégation que ce soit, de sortir du royaume sans permission du roi, même bous prétexte d'aller aut chapitres généi^ux ou pro¥inciauM de leur ordre. -^ Où lère trentet-nenf bataillions de milice qui sont de six cents homdies ; ils seront commandés par ded lieutenants-colonels téîoftmés. Us ne sertiront point en campagpne } mais quand il y aura une armée assemblée on les mettra dans des places où on laissera autant de iifotipes réglées qu'on y aura mis dû milices. On les mettra dans les places len plus proches de leur pays qu'on pourra > et après Ik campagne, quand ]es troupes seront revenues, on renverra ces milices dans leurs villages. Ce s^ont les gouverneurs de provinces^ ou en lear absenœ les lieutenants généraux qui y commandent, qui seront chargés de la levée de ces mi** lioes.
Vendredis. — Il y eut comédie italienne chez le roi, et il parut qu'il s'y divertissoit fort^ car il y rit beaucoup; M. le duc de Chartres et M. le Duc y étoient avec S. M. — On apprit la mort du prince d'Harôourt^ qui n'a été malade que vingt-quatre heures ) il étoit à Montjetl, une terre de sa belle-fille> où il lui avcât donné rendez- vous, et elle y étoit quand il est morte C'est une bonne succession pour M. le comte de Guise^ son fils, qui lui donnoit au moins 10,000 francs par quartier ; outre les <hO,000 francs que M. de Guise gagne à sa mort, on prétend qu'il trouvera beaucoup d'argent comptant. — Le président de Blamont^ à permission de venir à une de ses terres. M. le premier président obtint cette gràx>e-là pour lui, il y a
quelques jours^ et la présidente de Blamont est venue aujourd'hui remercier M. le duc d'Orléans.
* Ce Blamont^ qui s'étoit tant distingué parmi les zélés du parlement et qui en étoit devenu le coryphée, est un exemple que les voyages fout les gens. Il devint à son retour un pigeon privé du régent. Le parlement le découvrit avec une indignation pareille à la surprise, et il y a passé le reste de sa vie^ qui n'a pas été fort longue, parmi des confrères qui l'eurent toujours en horreur. 11 vouloit surtout de l'argent quoique riche, et il en eut.
Samedi 28. — La petite réconciliation que madame la Princesse prétendoit avoir faite entre M. le Duc et M. le prince de Conty n'a pas duré^ et ils sont plus brouillés que jamais. Madame la Duchesse fut si mal la nuit, qu'on crut qu'elle alloit expirer; mais elle se trouva tant soit peu mieux dans la journée ; cependant on n'en espère plus rien. — H y a des lettres d'Allemagne venues à des particuliers, qui portent que le roi de Pologne a été assassiné ; mais M. le régent^ ni nos ministres^ ni même aucun des ministres étrangers qui sont ici n'ont eu cette nouvelle ; ainsi on la croit fausse. — Le grand prévôt a obtenu la survivance de sa charge pour son fils qui n'a que six ans.
Dimanche 29, — Madame la duchesse de Berry vit les ambassadeurs et les courtisans à sa toilette ; elle étoit revenue hier au soir ici, mais comme les mauvaises odeurs que les tuyaux rompus ont laissées au Luxembourg durent encore, elle est retournée couchera la Meutte. — Conseil de régence Taprès-dlnée, qui fut fort court. — Le roi de Prusse, qui avoit fait arrêter plusieurs gens dans sa cour accusés d'avoir conspiré contre sa personne et contre toute sa famille, vient de faire arrêter présentement celui qui lui avoit donné tous ces avis; c'est un homme en mauvaise réputation, et on dit qu*il le veut faire pendre et que les gens qu'il a fait arrêter seront justifiés par là. — On ne doute quasi plus qu'il n'y ait une grande diminution sur les monnoies an commencement du mois, et
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beaucoup de gens, depuis trois jours, ont porté de l'argent à la banque pour ne pas perdre à la diminution ; mais la banque n'a pas voulu en recevoir en or, ce qui fait croire que ce sera sur For principalement que se fera la diminution.
Lundi 30. — Il y eut comédie franc^oise chez le roi. — Il n'y eut point de conseil de régence. — L'écrit de M. le c^i^rdinal de Bissy sur ce qui s'est passé devant M. le régent entre MH. les cardinaux de Rohan et de Bissy d'une part, et M. le cardinal de Noailles de l'autre, est imprimé. — Madame la comtesse de Charlus^, mère du marquis de Lévis, est morte. La communauté avec son mari, qui est encore en vie, a été bonne ; ainsi cela accommodera fort présentement les affaires de M. de Lévis. — Le ro i de Danemark demande à entrer dans la quadruplealliance. — • Te maréchal de Tessé a reçu une lettre du prince Ragotzki du 5 novembre; il parolt par sa lettre qu'il est très-tranquille et qu'il a sujet de se louer des bons traitements qu'on lui a faits dans ce pays-là. Il a vu l'entrée du sultan dans Constantinople, qui a été fort magnifique, et tout est fort paisible dans cette cour-là.
* 11 faut quelquefois un coûte pour délasser. Madame de Charlus s'appeloit Béthisy, d'une famille anoblie. Sa mère et le père de M. de Charlus s'étoient épousés en secondes noces, et c'est ce qui avoit fait le mariage de leurs enfants, qui sans être brouillés, vivoient presque toute Tannée chacun de son côté. Madame de Charlus avec le visage, la taille, le port, la saleté et le maintien de ces grosses vilaines vendeuses de morue qu'on voit bouffies et jurantes dans leur tonoeau aux marchés, étoit d'une avarice que rien n'égaloit, et faite et vêtue à se faire donner Taumône, et avec cela, joueuse démesurée, à y passer sa vie jour et nuit ; au demeurant glorieuse et grossière, etbrutaleà Ta venant. Elle jouoitun soir, déjà vieille , chauve et blanche, chez madame la princesse de Conty, fille de M. le Prince, à une grosse partie de lansquenet, et y soupa pour jouer après toute la nuit. Les femmes avoient alors ces coiffures si ridiculement hautes dont le feu roi ne put jamais les défaire, et les vieilles en portoient des bonnets tout coiffés qui n'étoient point attachés, et qu'elles mettoient comme les hemmes font leurs perruques. C'étoit de plus uo jour maigre, et personne alors ne donnoit publiquement de gras.
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Madame de Charlus se trouva à table auprès de l'arcbevéque de Reims, le Tellier^ et en ne prenaut pas garde à ce qu'elle £usoit, mit le feu à sa coiffure; l'archevêque qui la vit embrasée , lui jeta son bonnet par terre. Madame de Cbârlus, qui ne «"étoit point aperçue du fieo qu^elle y avoit mis et à qui Ton n'avoit pas eu le temps de le dire, se tourne en furie à Tarchevéque, et lui jette dans le visage m œof ^u'il tenoit dans sa main en lui chantant pouflle. On peut juger quel spectacle ce fiit que cette vieflle chenue, décoiffée et furibonde, et ce large visage de M. de Reims tout barbouillé d'oeuf qui décoilloit partout sur sa poitrine. L'éclat de rire fîit universel, et ce qui piqua le phis madame de Oharius, fut de voir Farcbevéque mourant de rire comme les autres. Elle croyoit toujours avoir été insultée, et Ênsoit contenance de se porter aux soufflets, que Farcbevéque paroit du coude riant de plus en plus. Quand les éclats permirent de parler, madame la princesse de Conty et la compagnie eurent toutes les peines du monde à lui faire entendre le bon office au lieu d'insultes, et Ton ne put parvenir à Fempécher de rognonner tout le soir. Elle étoit sœur de Blézières, mort lieutenant général et gouverneur d'Amiens, qui, avec un visage 4^ grenouille pourrie, se croyoit un petit Luxembourg parce qu'il étoit horriblement bossu par devant et par derrière. Le rare est qu'il se croyoit couru des dames , et qu'il ne passoit jamais devant un miroir qu'il ne se rajustât, ou au moins, qu'il ne se regardât avec complaisance. Il étoit très-bon officier, et son mérite en ce genre avoit pen« malgré sa figure. Cétoit d'ailleurs un homme très-avantageux U des propos duquel il y avoit fort à ftibaltre, et avec de l'esprit, grand valet de faveur, et très-impudent d'fiilleurs. L'amour d'une part et la pauvreté de l'autre avoient fait son mariage avec mademoiselle Ogletorp, fille d'un gentilhomme angtois de bon lieu et de la blanchisseuse de la reine d'Angleterre, qu'il avoit épousée; l'une et l'antre d'infiniment d'esprit, et encore plus d'ambition, d'artifice et d'intrigue. Cette dose de plus avoit fait croire à Mézièrcs qu'il étoit propre b tout et susceptible de toutes choses. Sa veuve a su montrer depuis, en bien des sortes, de quoi elle étoit capable ; mais ses fils ont moins pris de son esprit que ses filles^ qui sont la parfaite image^e celui de leur dangereuse mère, et qu'elle a su, de gré ou de force, marier hautement: madame de Montauban malgré tous lesRohan que madame de Lévis fit après dame du palais^ et madame de Ligne dont la façon de la marier et les suites ont indigné toute la France. On peut conclure par dire que la vie de madame de Mézières est un étrange roman, dont elle n'a pas ^core commencé le dernier tome.
Mardi Si. — M. le duc d'Orléans dit à son lever qu'il n'y auroit point encore demain de changement sur le prix
desmonnoies, comme on Tavoit dit; ce changement ne se doit faire que Ç4P For et noa sur l'argent^ parce qu'on prétend parla proportion, qup l'or est encore plus haut quePar» gent , et on a refusé à la banque ces derniers jour^-ci tout ce qu'on y aporté en or. — r (^'empereur a dquné ]e gouvernement du Milanois ^u comte Cq^p^Q^p, an^i particulier du comte d'Altheiqa, pour qui l'empereur témoigne une considération singulière ; on le regarde à Vienne comme un favori, mais qui n'a jamais voulu être d'aucun conseil. Le comte Colpredo a un emploi dans les pays héréditaireS; que le frère du co^ltp d'^theim spuhaite fprt d'avoir.
Mercredi 1" février- — Le maréchal de Tallard vient de vendre sa charge de lieutenant généra} de Daupbiné à H. de Sassenage^ dont le fils a épousé depuis peu la petitefillede ce maréchal ; la charge est vendue 220^000 francs. M. de Sassenage a été premier gentilhomme de la chambrp de feu Monsieur et est gendre de niadame la duchesse de Chevreuse. — Le biribi est défendu généralement partout. M. le duc d'Orléans a déclaré qu'on n'y joueroit plus chez madame la duchesse deBerry, ni au Palais-Roy^, et qu'il espéroit que les autres princesses en useraient de même chez elles. Les gens qui tenoient ces jeux y ont fait des gains prodigieux et qui ont incommodé beaucoup de gens, surtout les dames. — Ori parje de transférer Malezieu à la Conciergerie pour le f^ire juger par le parleipept} mai3 ce bruit est fort incertain.
Jeudi % — Le roi assista à la bénédiction des cierges et à la procession, ensuite il entendit la grande messe chantée par la musique. L'après-dlnée, S. M. entendit le sermon du P. Surian, prêtre de l'Oratoire, et ensuite vêpres. — Le roi a accordé au comte de Monsorreau, grand prévôt, la survivance de su charge pour son fils, qui n'a que six ans. — On a envoyé à madame du Haine son médecin, et elle a redonné à la Billarderie, pour les rendre à sa famille, toutes les pierreries qu'elle avoit emportées
JOLIimAL 1)1^ DAWGKAU.
;elie. La Billardt
l'dre de les lui rede
avec elle. La BiUarUeiie avoit <
mander, et on les estime environ iin million.
Vendredi 3, — !1 paroit un imprimé qui contient quatre articles différents et qui est signé du roi d'Espagne. On dit que cet écrit est venu en France par un courrier arrivé de Barcelone; ceust qui ont reçu ici ces paquets-làj les ont portés à M* le duc d'Orléans; maïs on en a envoyé d*Espagne plusieurs exemplaires dans les provinces. Le parlement de Bordeaux a déjà fait son devoir là-dCvSsus en condamnant cet écrit dans fouies ses parties. Le parlement doit s'assembler demain , et apparemment il en usera de même. On soupçonne quelques gens de France d'avoir eu part à ces écrit, qui sont très-offensants conh'e la personne de M, le duc d'Orléans; cependant il est si modéré qu'il n'en parott pas plus irrité. — La noinelle reine de Suède a fait six ou sept sénateurs nouveaux, parmi lesquels est le baron de Sparre^ le dernier ambassadeur de cette couronne que nous avons vu ici et qui a longtemps été lieutenant général dans nos armées.
Samedi 4. — Madame la duchesse de Berry revint de la Meutteau Luxembourg. M. le duc d'Orléans et tout le Palais-Royal ont pris le deuil pour la mort du prince d'Harcourt ; mais le roi n e Fa point pris. — Le parlement donna un arrêt qui ordonne la suppression d'un imprimé contenant quatre pièces; la première intitulée: Copie d'une leHredu rvicalholique, écrite de sa main, et que le prince deCeilamureySonambassadeur, avoti ordre deprésenier au roi très-chrétien^ datée du 3 septembre 1718 ; ladeuxième intitulée : Copie d^une lettre cireulaire du roi d'Espagne que le prince de CeUàmarej son ambassadeur avoit ordre d'envoyer à tous les parlements de France^ datée du k septembre 1718; la troisième inVdnlée : Manifeste du roi catholique adressé aux trois Etats de la France^ daté du 6 septembre 1718; la quatrième intitulée : Requête présentée au roi catholique au nom des trois États de la France, Cet arrêt fait défense a tons imprimeurs, libraires^ colpor-
desmonnoies^ comme on Favoit dit; ce changement ne se doit faire que sui? l'or et noi^ sur l'argent^ pçirce qu'on préten d par la proportion , qup l'or est encore plus haut que l'ar • gent , et on a refusé à la banque ces derniers jours-ci to^t ce qu'ony aporté en or. — r J^'emppreu^adflpné Jegouvernement duMilanois ^u comte Cq|prQ(}p^ an^i particulier du comte d'Altheipa^ pour qui l'empereur témoigne une considération singulière ; on le regarde à Vienne comme un favori, mais qui n'a jamais voulu être d'aucun conseil. Le comte Colpredo a un emploi (dans les pays héréditaires, que le frère du co^te d'^theim spuhaite fprt d'avoir.
Mercredi V^ février. — l<e maréchal de Tallard vient de vendre sa charge de lieutenant général de Daupbipé à % de Sassenage, dont le fils a épousé depuis peu la petitefillede ce maréchal ; la charge est vendue 220,000 francs. M. de Sassena-ge a été premier gentilhomme de la chambre de feu Monsieur et est gendre de madame la duch^ssse de Chevreuse. ' — Le biribi est défendu généralement partout. M. le duc çj' Orléans a déclaré qu'on n'y joueroit plus chez madame la duchesse de Berry , ni au Palais-Roy^, et qu'il espéroit que les autres princesses en useraient de même chez elles. Les gens qui tenoiept ces jpux y ont fait des gains prodigieux et qui ont incommodé beaucoup de gens, surtout les dames. — Oii par}e de transférer Malezieu à la Conciergerie pour le f^re juger par le parlement} m^i3 ce bruit est fort inçeytajn.
Jeudi 2. — Le roi assista à la bénédiction des cierges et à la procession, ensuite il entendit la jgrande messe chantée par la musique. L'après-dlnée, S. M. entendit le sermon du P. Surian, prêtre de l'Oratoire, et ensuite vêpres. — Le roi a accordé au comte de Monsorreau, grand prévôt, la survivance de sa charge pour son fils, qui n'a que six ans. — On a envoyé à madame du Haine son médecin, et elle a redonné àla Billarderie, pour les rendre î\ sa famille, toutes les pierreries qu'elle avoit emportées
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Mardi 7. — Madame la duchesse de Berry alla diqer s^ux Carmélites; elle avoit accoutumé d'y aller les dimanches; elle a changé le jour, et n'y va plus que les mardis. — Madame la duchesse d'Orléans alla jilner à ^a petite liaison deBagnolet, où Af. le 4^c d'OrJéans lui a perfnis d'aypir un petit biribi qui se^^a tppu p^p des gens de sa maison, ippiis on p'y jouera pas au Palai^rRoyal. Mademoiselle dp Y^oi^, qui a été incojpii^odée ces jours passés, et qui se po^ te mi^ux présentement^ y éj^pit avec elle et elles revinrent ici le soir. Cette princesse compte d'y aller deux fois la semaine, le m^rdi et le yppdredi, qui i^ont les jpiirs où Updama ne ya point aux speptaçles, parc^ que les jours 4p spectacles mq.46Daoiselle ^e Valois y va avec Madame. — Lp cardinal de NoaiUes a envoyé à beaucoup de gens un fessez longimppiiné qui ^ ppur titre : Première instruction pimoralede S, ^, M. Ificardiml, dç ^oailles , archevêque de Paris , au clergé séculier et régulier 4c son diocèse $9ff la constiftition Unigetiitus. — On crôyoit; qu'on ferpit aujourd'hui la nomini^tion de^ n^aréchaux de camp et des brigadiers, mais cela est ençQf,e yemis.
Mercredi 8. — ^, le 4uc d'Orléans alla dîner à» Meudon et y mena 1)1. de Biron pouf y travailler avpc lui ; on croit que c'est à la promotion 4ps maf'écbaux 4^ camp et 4es brigadiers d'infanterie. — JjC Palais-floyal a quifté le deuil du prince 4'Harcourt. — Il y eut ces jours passés une conversation assez vive entre un ministre nouveau et un ministre du feu roi, en présence de IJI.ledup d'Orléans. — Maréchal, premier chirurgien du roi, avoit obtenu depuis plusieurs années la suryivanpede sapbarge pour son fils, et ce fils vient de ^'accommoder de cette survivance avec la Peyronie, chirurgien en grande réputation, qui donne à M. Maréchal père, 40,000 francs, et à Maréc)ial fils , i ,000 écus de pension ; on donne un brevet de retenue à la Peyronie de 20,000 écus. — Bourvalais, le plus habile et un des plus riches financiers qu'il y eût, et qui vient ^e vendre
sa terre de Champs à madame la princesse de Conty^ est mort.
Jeudi 9 . — Madame la Duchesse est toujours entre la vie et la mort, et il y a des moments où on espère quelque chose; mais ce3 moments-là sont bien courts. Elle a encore fort mal passé la nuit. — On dit qu'on fait des propositions secrètes à Albéroni pour la paix avec TEs^ pagne, et que ce cardinal a écrit à Nancré et lui fait des propositions différentes et qu'on ne trouva pa^ raisonnables. — Madame la duchesse de Roquelaure a enfiR vu M. le duc d'Orléans ce matin ; elle en parolt très-contente ; mais on est plus persuadé que jamais que M. de Roquelaure reviendra après la tenue des États, qui finiront le 15 de ce mois. — Romanet, qui avoit été taxé à la chambre de justice à près de quatre millions, qui étoit demeuré dans les affaires et qu'on croyoit fort riche encore, est mort.
Vendredi 10. — Madame la duchesse de Pefry étoit à l'Opéra dans sa loge et M. le duc d'Orléans 4^ns sa pe^te loge. M. le duc de Chartres, à qui Madame avo^t pT*èté sa loge, y avoit avec lui MM. les maréchaux d'Esfrées et de Bezons, et M. de Biron. Tous les jours à midi et demi, pe prince reçoit ceux qui veulent lui aller faire leur cour. — Milord Stairs n'aura son audience de M. le duc d'Orléaps que la semaine qui vient. A son audience du roi, qui fut mardi, et où M. le prince de Lambesc 1 avoit conduit dan^ les carrosses du roi, les carrosses de l'ambassadeur qui suivoient vouloient entrer à huit chevaux \ mais les garae^ de la porte les en empêchèrent. Les ambassadeur^ n'entrent à Paris dans la cour de S. M. qu'à deux cheyaiix. }jd cocher de l'ambassadeur eut beau représenter ou^ le carrosse étoit trop pesant pour que deux chevaux poissent le traîner, il fallut suivre Tordre et ne laisser que fes deux chevaux, qui eurent effectivement peine à entrer.
Samedi 11. — On joua la comédie d'OBd[t/>« chez le foi. Madame la duchesse de Berry y étoit à côté de lui, en grand habit, et toutes les dames qui étoieçt 9om lç& yeux
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du roi étoient en grand habit aussi; mais sur les gradins derrière le roi et dans les tribunes^ elles étoient dans leurs habits ordinaires. La pièce fut fort applaudie. Les ambassadeurs de l'empereur, du roi de Portugal et du roi de Sardaigne, y étoient. Quoique le lieu soit assez petit, et qu'il y eût beaucoup de monde , Tordre y fut très-grand. Madame la duchesse de Berry s'y trouva incommodée un moment par la grande chaleur; on fit ouvrir une fenêtre; on lui donna quelques petites bouteilles d'eau d'odeur forte à sentir, qui dissipèrent cette petite vapeur-là, qui ne dura pas plus de deux minutes. — M. le Blanc, secrétaire d'État de la guerre, prit place au conseil comme conseiller d'État; il y prêta serment. Les secrétaires d'État n'avoient point accoutumé de prêter ce serment quand ils y venoient prendre leur place ; mais M. le Blanc a fait trèssagement, parce que, n'ayant que la commission de secrétaire d'État, il n'auroit pas pu prendre sa place sans cette formalité-là.
Dimanche i2. — Conseil de régence l'après-dlnée ; mais il se tint au Louvre, parce que M. le duc d'Orléans ne veut point aller aux Tuileries à cause que mademoiselle de Chartres, la cadette de ses filles, a la petite vérole. Elle est dans une cour du Palais-Royal que l'on a fait murailler, mais malgré cette précaution M. le duc d'Orléans croit devoir avoir encore celle de ne point aller chez le roi. — Madame vint l'après-dlnée aux Carmélites, et ensuite alla à rOpéra, où étoient madame de Berry et M. le duc d'Orléans. — M. le prince de Conty a ordre défaire travailler à ses équipages, et on dit qu'on lui donnera 50,000 écus pour le faire. — Saint-Silvestre est mort à quatre-vingtseize ans ; on Favoit dit mort déjà plusieurs fois, et même du temps du feu roi on le croyoit si bien mort qu'on donna son gouvernement àd'Avarey, notre ambassadeur en Suisse, qui a présentement le gouvernement de Péronne.
LundilS, — 11 n'y eut point de conseil de régence. — Il
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arriva le matin un courrier de M. de Morville, notre am» bassadeur en Hollande^ qui apporta lanouvelle que MM . des États Généraux avoient signé le traité de la quadruple alliance*.— Il n'y aura point encore de changement sur les monnoiesmercrediy comme le bruit en couroit, et l'or sera reçu à la banque comme l'argent. Ces bruits de diminution sur l'or, l'ont fait mettre dans un grand mouvement. — Le bailli de Mesmes, ambassadeur de Malte, avoit envoyé un courrier au grand maître pour lui demander unecommanderie qui est àla disposition du grand maître ; ce courrier n'est point revenu, mais par les lettres qu'on a eues du cardinal de la Trémoille, qui est à Rome, on a appris que le grand maître avoit accordé au bailli de Mesmes ce qu'il lui avoit demandé. La grâce est considérable ; car la commanderie est fort belle et vaut 20,000 livres de rente.
* La Hollande signa quand elle ne put plus rec6ler, et ses retarde* ments et ses offices témoignèrent bien à toute l'Europe qu'elle voyoit clair sur son intérêt, et qu'elle ne céda que forcée.
Mardi ik. — On a publié un arrêt du conseil d'État du roi, concernant la banque royale, par lequel les louis d'or seront reçus à la banque comme les écus. — Outre les 50,000 écus qu'on donne à M. le prince de Conty, on lui donne encore un argent assez considérable pour sa vaisselle *. — Les États Généraux souhaitoient, avant que. de signer le traité de la quadruple alliance, qu'on accordât encore trois mois de temps au roi d'Esi)agne pour y pouvoir entrer et on lui accorde ce terme; cependant tout se prépare pour la guerre. — On a donné à Cbeyladet, ancien lieutenant général et homme de beaucoup de mérite, le gouvernement de Briançon qu'avoit Saint-Silvestre; ce gouvernement n'oblige point à résidence et vaut 17,000 francs.
* Gouvernements et régiments achetés par le roi aux princes da sang, et les premiers augmentés en appointements du triple; pensions
47è JOURJrAt DE tiAtîGEAl].
et gratifit*aHoQfi âatis noftabre et sans âuèufe ; dei moÉtÀ d'or en Mftftiissipi ddtft le fond encore fourni par le roi ; enfin équipage de M. le prince de Gonty et fort au delà aux dépens du roi encore^ et ce que Dangeaii n*ose dire quoiqu'il ait fait Tentretien public, la dépense de la poste démandée avec tant d*opiniâtreté , que le départ de M. le prince dé Conty en ifùt retardé dé dix ou douze jours ; les prineesse^ du sang, femmei et filles ^ traitées pareillemetit, excepté les seuls enfants de M. le duc d'OrléanSf madame sa mère et madame sa femme^ laquelle à la fin pourtant en tira quelque parti pour elle seulement, et le chevalier de Vendôme à faute de mieux fut aussi prince du sang en cette partie.
Mercredi 16. — Le roi ehtra dans sa dixième aiitiëë et il y eut le soif, chete lui, comédie italienne, où il parut Se divertir fort. — M. le dilc d'Orléans fat iiicommodé Taprès-dlnée; mais cela fut si léger qu'il le cdinpte potir rien. — Jeoffrevillë, lieutenant général, nommé pour servir en Espagne, partit d'ici, il y a quelques jours, àsSesSiHcommode encore, après unelongueet dangereuse maladie; mais il ne servira point en campagne et demeurera à Bordeaux pendant que M. deBerwick ira commander Parmée. — Le maréchal de Montesquiou est assez malade à ftiennes . — 11 y a eu uUe petite affaire entre M. le duô de Chaulnes et M. de Simiaue, pretnier gentilhomme de là chatnbre de M . le duc d'Orléans ; mais ce dub côntinuei^ à aVoirsesentrées. — Lescotnmissairesnommêspouf l'àBaîre du mariage de M . d'Albret exatninerit cette affaire avec soin, et on dit qu'ils sont d'avis qu'il se fasse une autre tîélébration de mariage pour mieux assurer l'état de madame la duchesse d'Albret .
Jeudi 1 6 . — La petite incommodité de M . le duc d'Orléans n'a eu aucune suite. — Madame la duchesse d'Orléàhs alla se promener à sa petite maison de Bagnolet ; elle mena avec elle mademoiselle de Valois et M. le duc de Chartres et elles revinrent souper chez la duchesse Sforce. — Lé marquis de Lé vis avoii demandé, il y a quelques jours, à M, le duc d'Orléans, la coadjutorerie d'une cJ^baye pour une de ses sœurs, que M. le duc d'Orléans lui aocorda, el
FÉVRIER trt9. 41i
allant bhei Mt de là VHUiêtë pour ten faii* ëipêdlë^ le brevet, M. de la VriUière lui apprît qtlô l'abbesiie étbil mofte; ttinsi sa sœur devient abbës^é tbùtd'un coup. L'abbes^ qui vient de mdtlHr étoit âœut* aussi dû ttlàî^quifi de Lévis; -^ M. le Gendre, aneièh maître dés té^ûèteà qui a déjà eu plusieuiH^ intendances et dfixi et prétohtékiiént cëlledeTouraine, abblenuune^ratificatioii de 3,000 ëcus par an pendant quMl éxett^la éëttè ititeridailce.
Vendredi il, ^^ 11 y eut comédie iVançoisechezlerôi. — ^ Les États de Lariguedoci) quidevbietit finir le 15, né pourront finir que le 18 ou Ie20i !1 n'^ a rien encore dé déclaré sur ce qui regarde M. de tloquelaure. On parlé aussi de quelque changetnent sur le commandement en Bretagne parce que le maréchal de Montesquiou est malade. — Le marquis de Benac fut attaqué Taprè^dlttée, sortant de lafoire, et fut blessé dé deux coups d'épée danâ le ventre, qu'on croit mortels; il n'a point voulu dire qtll l'avoit blessé. Il étoit fort grand joueur, et on croit que c'est unequerellequ'ilaeueaujeu. — Valincourt, secrétaire du cabinet, vend sa charge 200,000 francs à M. Bosc, procureur général de la cour des aides et chancelier de Tordre de Saint-Laaare, à qui M. le duc d'Orléans donne un bl*e^ vet de retenue du prix de la charge.
Samedi 18. — Le roi entendit la messe et le De pràfundis chanté par la musique pour l'anniversaire de la mort du Dauphin son père. Il n'y eut point de éomédië. chez S. M. — ^A la fin du conseil des parties, dti publia le marché à l'enchère pour les vivres et pour les Voitures dé l'artillerie de l'armée d'Espagne. Les conseillers d'État d'épée qui ne vont point à la grande direction, quoique cela soit porté dans leurs lettres, demeurent au conseil quand on y fait ces adjudications-là, et les maîtres déà ré^ quêtes qui sont toujours debout durant le conseil s'as^ seyent, parce qu'ils sont assis aux grandes directions. On a remis l'adjudication à huitaine après avoir déjà reçu quelques enchères au rabais.
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Dimanche 19. — Le roi alla après son dîner à la porte Saint-Antoine pour voir passer les masques ; il y avoit une grande quantité de carrosses dont quelques-uns même furent renversés. Madame alla Taprès-dinée aux Carmélites et puis à l'Opéra. — 11 n'y eut point de conseil de régence; il n'y en aura que dans huit jours. — Madame la duchesse de Berry demeura au bal jusqu'à quatre heures du içiatin. M. l^duc d^ Orléans n'y alla point et y a été très-rarement cet hiver. — La comtesse de Seignelay mourut ici le malin en couches. Elle s'appeloit, étant fille, mademoiselle de Valsassine, et elle avoit épousé le dernier des enfants de M. de Seignelay, le ministre, qui avoit quitté la profession d'abbé pour l'épouser. C'étoit ua très-bon ménage; ils étoient riches, et ne laissent que deux filles. Elle est regrettée dans sa famille. M. de Seignelay a eu dans son partage la belle bibliothèque de M. Colbert, son grand-père .
Lundi 20. — M. le duc d'Orléans alla à TOpéra, fut quelque temps dans sa loge et puis dans celle de madame la duchesse de Berry; il fit môme quelques tours sur le théâtre. — L'archevêque deNarbonne et huit autres évèques de Languedoc ont écrit et signé une lettre à M. le duc d'Orléans, par laquelle ils le conjurent de travailler plus que jamais à finir l'affaire qu'il y a entre tous les prélats sur la constitution Unigenitus : ils lui proposent pour cela d'assembler quelques-uns des opposants, quelques-uns des acceptants et d'autres encore du tiers parti dont ils déclarent qu'ils sont tous [les] neuf. — Le maixjuis de Benac, qui fut si blessé il y a quelques jours, n'a point voulu dire contre qui il s'étoit battu, mais on croit savoir qui c'est, quoiqu'il eût pris une fausse barbe pour n'être point connu. On a transporté M. de Benac dans une maison inconnue, afin que la justice ne puisse pas l'aller inquiéter. — On mande de Rome que le cardinal Dadda est mort ; il vaque présentement un septième chapeau
Mardi gras'2i . — Madame la duchesse de Berry, Madame
Fl^LVRlKR 1710. 4S\
etM. leducd'OrléansallèrentàrOpéra. Il y a toujours opéra les trois derniers jours de carnaval. Madame la duchesse de Berry soupa chez M. le duc d'Orléans, et ils allèrent au bal après souper. — Le roi alla aux galeries du Louvre, où il vit les ouvrages du sieur Bidaut, valet de chambre de S. M. et ensuite le cabinet du sieur Armand (1 ) . — M . le duc de Chartres alla hier rendre la visite à milord Stairs, qui avoit été le voir samedi : voici comment se passa la visite de milord Stairs et celle que lui a rendue depuis M. le duc de Chartres : les princes du sang reçoivent les ambassadeurs au pied du degré ; ils leur donnent la main. M. le duc de Chartres reçut milord Stairs sur le haut du degré et après l'audience le reconduisit jusques-lîV et lui dit : « Je suis bien fâché que ce ne soit pas ici ma maison pour suivre Votre Excellence jusques au bas du degré. » Il lui donna toujours la main^ et dans le lieu où il lui donna audience il y avoit deux- fauteuils ; un pour l'ambassadeur et un pour lui, celui de l'ambassadeur, à la droite. Hier, quand M. le duc de Chartres rendit sa visite à Tambassadeur, l'ambassadeur vint le recevoir au bas du degré et après la visite, en le reconduisant, il fit même quelques pas dans la cour pour le voir monter en carrosse et puis il se mit sur la dernière marche du degré j usqu'à ce que ce prince fût sorti de la cour.
Mercredi des Cendres 22. — Le roi reçut des cendres par les mains du cardinal de Rohan ; ensuite S. M. entendit la messe et le Miserere chanté par la musique. — On donne à madame de Bourbon, qui est la fille aînée de madame laDuchesse et qui est religieu se à Fonte vrault, 1 0 , 000 francs de pension ; on ditaussi qu'on donne 40,000 francs de pension à mademoiselle deCharolois, sasœur; cela est plus in-
(1) <( Le mardi gras S. M. alla dans les galeries du Louvre visiter l'appartement et le cabinet du sieur Bidaut et celui du sieur Armand, qui sont remplis de curiosités de mécanique. S. M. visita aussi en passant Tlmprimerie royale. » {Mercure de février, page I3y. )
JOURiNAL DE DAÎîGEAU
certain. M, le comte de Chamlois, leur frère, est toujours à Munich^ où il a passé tout le carnaval et où on lui a donné beaucoup de fêtes. — On joua au Palais-Royal la tragédie d'Êlicire qui avoit été représentée il y a quelques aimées à Versaillêh; dans la maison de madame la princesse de Conty, fille du roi» Madame et M. le duc d'Orléans étaient à cette tragédie, et protègent fort Longepierre^ qui en est fauteur , On prétend qu'il y a de grandes cabales contre, et qui empêchèrent qu'elle n'eut tout le succès qu'elle avoit eu à Versailles. — Le maréchal de Tallard achète le duché de Lcsdiguières dont il donne 200,000 francs et c'est pour faire cette acquisition que ce maréchal a vendu la lieutenanc^ générale de Dauphin é. ^ — M. deGuerchy, un des lieutenants généraux commandés pom* l'Espagne, a obtenu 2,000 écus de gratilicafion annuelle.
Jewd* 23. — Ije fameux P. Massillon, évèquedeClermont, tut reçu à T Académie, et fit une harangue qui fut fort louée. — On parle de quelques négociations de paix et m^^meM. le due d'Orléans a dit à M. le prince de Conly que peut-être il ne seroit point obligé départir. — La comtesse de Fontaine et Ferrand ont travaillé à un petit opéra c|ui n'est qu^un centon de différents poëteslVancois qui ne sont plus en vie; le prologue et le premier acte sont déjà laits et Colin en a fait la musique. M. [le prince ] et madame la princesse de Conty allèrent raprès-dlnée chez madame de Fontaine, où on répéta ce divertissement^ qui réussit à merveille ; il y avoit beaucoup de gens. — Le vicomte de Beaune, ancien lieutenant général, qui avoit demandé le gouvernement de Briançon etpour quiM. le Duc avoit fait de grandes instances, a obtenu 10,000 francs de pension en attendant qu^on lui donne un gouvernement.
ycntiredi^k. — M. le ducd'Orléans travailla longtemps avec M. le cardinal de Noailles. — On mande d'Espagne que le roi catholique s^^vancera sur la frontière et viendra àPanipelune. —M, le vicomte de Beaune achète du comte de Nogeot la lieutetnance générale d'Auvergne dont il lui
donne 11 5^000 francs. — Les États de Languedoc sont finis et ils ont accordé tout ce que le roi leur avoit demandé. Les États de Bretagne ont remboursé le trésorier général et les deux syndics^ mais ils leur laissent exercer leurs charges par commission; les syndics pour toute leur vie, et le trésorier général tant qu'il plaira aux États. — Le cardinal de Rohan, voyant que les affaires de la Cons« titution n'avancent point, se prépare à partir pour retourner à Saverne.
Samedi 25. — M. le duc d'Orléans travailla avec les cardinaux de Rohan et de Bissy et le garde des sceaux. — Le conseil des parties se tint comme il fait tous les samedis, et aprèsce conseil, on adjugea les vivres destinés pourl'armée qui doit marcher en Espagne, et la ration de pain de munition fut adjugée à trente-cinq deniers. On adjugea aussi pour les charrois des vivres et de l'artillerie, et on donne un peu moins pour les mulets qui doivent servir au charroi de l'artillerie qu'à ceux qui serviront au charroi des vivres. — L'archevêque de Halines, qui avoit écrit pour la Constitution, a reçu une lettre du prince Eugène qui lui ordonne, de lapartde l'empereur, de ne plus écrire sur cette matière. — Le P. le Tellier, qui avoit ordre de demeurera Amiens, a reçu ordre présentement d'aller àla Flèche.
* On avoit conseillé à M. ie duc d'Orléans de reconnottre les services que le P. Tellier lui avoit rendus auprès du feu roi sur le mariage de madame la duchesse de Berry et en d'autres occasions encore, par une fort grosse pension, et par faire tenir la main par Fintendant, qu'il eut toute la considération possible dans sa maison à la Flèche , mais en même tempsde nel'en laisser jamais sortir, et de £aire veiller par le même intendant avec la dernière exactitude à ses lettres et à ses commerces. La pension fut modérée et la liberté ne le fut point, dont un boute-feu aussi furieux qu'il l'étolt fit tous les abus qu'il put, et qui , lorsqu'il n'en fut plus temps, le firent renvoyer ù la Flèche.
Dimanche 2^. — Conseil de régence l'après-dinée* «-- M. le prince de (>)nty alla chez milord StaJi»
484 JOURKAL DE DAJNGEAU.
venu voir le samedi en cérémonie ; mais milord Stairs ne vint point recevoir M. le prince de Conty au bas du degré comme ce prince le prétendoit et que cela s'est toujours pratiqué. M. le prince de Conty ne le voyant point paroUre, ressortit de la maison sans descendre, et alla d'abord au Palais-Royal en faire sa plainte à M. le régent. Cet ambassadeur avoit, avant ce temps-là, envoyé demander audience à mesdames les princesses de Conty, et M. le duc d'Orléans manda à ces princesses de ne point donner d'audience à cet ambassadeur qu'il ne se fût mis à son devoir avec M. le prince de Conty. L'ambassadeur, de son côté, soutient que dans son protocole, ce que M. le prince de Conty a prétendu de lui n'est pas porté*. — La promotion estfaite et M. le régent l'a fait voir àM. le Duc; mais elle n'est pas encore publique.
* L'audace de cet ambassadeur d'Angleterre et qu'il portoit peinte également dans sa personne, dans ses discours et dans ses actions, avoit révolté toute la France. Le régent, d'abord par Caniliac et par le duc de Noailles , puis par l'abbé Dubois, en fut subjugué , et Stairs se crut assez le maître du terrain pour hasarder seul de tous les ambassadeurs des létes couronnées une entreprise sur les princes du sang, dont la longue et paisible lutte fut honteuse à notre cour, et qui ne finit sans innovation et au gré des princes du sang que par leur seule persévérance sans que Stairs en fut plus mal aux deux cours.
Lundi 27. — Conseil de régence Taprès-dlnée et comme dans les conseils du lundi on parle des affaires de la guerre , on croyoit que M. le duc d'Orléans y déclareroit la promotion. — Il y a des lettres d'Italie qui portent que le roi Jacques est parti de Rome et q u'il va à Livourne s'embarquer pour passer en Espagne ; on ajoute à cela que le duc d'Ormond, qui est depuis quelques temps en Espagne, en étoit parti pour passer en Irlande, où il avoit même fait porter un assez bon nombre d'armes; ceslnouvelles ont besoin de confirmation. — Le pape refuse les bulles de l'archevêché de Tours et de l'évêché de Bayeux : celles de Tours, parce que le chapitre a appelé, et celles