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ces papiers on a trouvé un paquet du prince de Cellamare qu'il envoyoit en Espagne ; c'est ce paquet que ce^ ambassadeur redepiandoit. M. le Blanc lui a répondu que le paquet avoit été vu, qu'il y avoit des choses importantes dans ses lettres, et que, loin de lui rendre le paquet, il avoit ordre, M. Tabbé Dubois et lui, de le remener à son hôtel. Il monta dans le carrosse de M. le Blanc, et quand ils furent arrivés, un détachement des mousquetaires qui avoit été commandé pour cela s'empara des portes. M. l'abbé Dubois et M. le Blanc furent longtemps avecTambassadeur; on mit le scellé sur tous les papiers qui se trouvèrent dans la maison, et on y fit mettre le sceau du roi et le cachet de l'ambassadeur. On a laissé M. du Liboy, gentilhomme ordinaire du roi, avec lui et les mousquetaires qui y étoient entrés. M. le régent fit assembler le conseil de régence à cinq heures ; à ce conseil, on lut deux lettres de cet ambassadeur (1) au cardinal Albéroni que tous les gens de ce conseil trouvèrent fort iujurieuses à M . le duc d'Orléans et dangereuses pour TÉtat. On ne lut point les noms de ceux qui sont accusés d'être entrés dans cette affaire ; on dit qu'il y en a soixante et deux nommés dans le mémoire de l'ambassadeur, et M. le duc d'Orléans dit qu'il ne vouloit point faire lire leurs noms pour leur donner loisir de se repentir. — Madame la Duchesse la jeune, qui ne se porte pas bien depuis quelques jours , fut tout à fait en danger l'après-dlnée; mais le soir, après deux saignées, elle se trouva fort soulagée, mais non pas entièrement hors d'affaire.
SamediiO. — M. dePompadour futarrèté à huit heures du matin ; madame de Pompadour et madame de Courcillon allèrent une heure après au Palais-Royal pour parler à M. le duc d'Orléans et savoir les causes de sa détention. M. le duc d'Orléans, sachant qu'elles étoient venues pour lui parler, leur fit dire, par le maréchal de Villeroy qui
(1) Le Mercure de décembre, page» 129 à 184, reprodnit ces deux lettres.
DÉCEMBRE ITin,
étoit avec lui , qu'il avt>it cru être obligé de faire ce qu'il avoil fait, qu'il avoit toujours aimé et estimé H, de Poni>padour, et qu'il souhaitoit fort qu'il se trouvât innocent. On sut le soir que M. de Saint-Geniez avoit été arrêté et que l'abbé Brigaut étoit en fuite. On parle de beaucoup d'autres gens qu'on dit qui sont en fuite. M. de Porapadour n'a point songé h s'enfuir et a paru, quand on Fa arrêté, d'une tranquillité parfaite* — Madame laDucbesse la jeune se porte mieux, et on commence à en bien espérer. On compte madame la duchesse d*Orléans tout à fait guérie; elle eut pourtant encore un grand accès de migraine et quelques vapeurs qui lui donnèrent quelque petite émotion de fièvre. *— On va faire partir le prince de Gellamare pour le renvoyer en Espagne, et M, du Liboy le conduira jusqu'à la frontière* — Les députés du parlement vinrent raprès-dlnée au Palais-Royal pour demander encore la liberté du président de Blamont* M* le duc d'Orléans leur dit qu'il avoit fait arrêter l'ambassadeur d'Espagne pour Une conspiration; qu*il vouloit être éclairci de ceuK qui y seroient entrés, et qu'il ne pouvoit leur répondre présentement sur ce qu'ils lui demandoient; qu'il reavoyoit Fambassadeur à Madrid, et qu'il prioit le roi d'Espagne de lui en faire justice. — On va faire imprimer les deux lettres qui furent hier lues au conseil de régence.
Dimanche 11. — *► Le roi entendit le sermon du P, Portail dans sa chapelle, —Conseil de régence Taprès-dlnée. — Madame la duchesse d'Orléans n'a plus ni fièvre ni vapeurs. — Le comte d'Aydie, qui logeoit au Luxembourg, est en fuite; il est de la maison d'Aydie-Ribérac et beiufrère de M. de Rioms. On a rattrapé Fabbé Brigaut en deçà de Nemours, et on le mena droit à la Bastille. M. de Magny^ introducteur des amlrnssadeurs^ est en fuite. On parle de beaucoup de gens quon doit arrêter dans les provinces et que 1 on a envoyé des courriers pour oo!m , mais iouH ces bruits sont fort ineert in n*!, — On n'ti [joint encore
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nouvelle que M. de Saint-A^gDan soit parti de Madrid , et il se répand même un bruit que le roi d'Espagne est assez malade^ ce qui pourroitbien retarder le départ de cet ambassadeur.
Lundi 12. — 11 n'y eut point de conseil de régence. M. le duc d'Orléans eut un frisson assez léger qui l'obligea îi se recoucher à une heure après midi; la fièvre qui suivit ce frisson ne dura que jusqu'à cinq heures; il alla faire un tour à la comédie italienne^ qui jouoit sur le théâtre de l'Opéra. — On porta au parlement Tédit de la banque royale qui a été résolu au conseil de régence pour y être enregistré ; on croit qu'il y aura quelques oppositions. — On a déjà fait prendre du quinquina à M. le duc d'Orléans. — Madame la grande duchesse eut ces jours passés^ une petite attaque qui fait craindre qu'elle ne soit menacée d'apoplexie ; car dans c^ attaques-là qu'elle a déjà eues plus d'une fois , sa langue s'épaissit fort.
Mardi 13. — Des ministres étrangers allèrent à leur ordinaire chez le roi et chez M. le duc d'Orléans, et on leur donna à tous les deux lettres que l'ambassadeur d'Espagne a écrites au cardinal Albéroni et qu'on a déjà fait imprimer. — Le prince de Cellamare partit de Paris sur les quatre heures, dans son carrossci avec M. du Liboy, un capitaine de cavalerie et un capitaine de dragons, qui ont ordre de l'accompagner ; il demeurera à Blois jusqu'à ce qu'on ait nouvelle que M. de Saini-Aignan soit rentré en France. — Madame la Duchesse la jeune est tout à fait hors d'affaire, à ce que disent les médecins.
Mercredi ik. — M. le duc d'Orléans n'a eu qu'un léger ressentiment de fièvre ; il prend du quinquina. U entendit l'après-dlnée la tragédie d'Œdipe, que Tautenr a fort bien corrigée, à ce qu'on dit. — La banque royale fat portée au parlement lundi dernier ; on nomma des commissaires pour l'examiner. Le premier président a travaillé l'après-dinée avec les commissaires, et vendredi il verra M. le dnc d'Orléans pour lui rendre compte de ce
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qui s*y est passé. — M. Foucault, conseiller d'État, et chef du conseil de Madame , a obtenu la permission de vendre la charge d'introducteur des ambassadeurs qu'a M. de Magny, son fils, qui est en fuite.
Jeudi 15. — Madame la Duchesse , la jeune , n*est pas si bien que ces jours passés, et les médecins prétendent que c'est qu'elle ne se conserve pas assez. — L'évêché de Rieux a été donné à l'abbé de Saumery, fils du sous-gouverneur du roi; l'évêque qui vient de mourir avoit eu cette place à la recommandation de M. de Saumery, qui étoit son parent. On a donné à Tabbé de Saumery , fils du premier maître d'hôtel de madame de Berry, et cousin germain du nouvel évèque, la charge d'aumônier du roi qui vaquoit par la démission de l'abbé de Rochebonne , nommé coadjuteur de Carcassonne. — On a mis à la Bastille Sandraski, brigadier de cavalerie, et Seret qui avoit commission de colonel de hussards, et quelques autres officiers encore.
Vendredi 16. — Le P. Massillon a reçu ses bulles et prêtera son serment pour Févêché de Clermont mercredi dans la chapelle des Tuileries, où le roi doit être. Il y avoit eu quelques difficultés sur cela qui ont été levées; la plus grande étoit que les évèques ne s'y vouloient pas trouver si les cardinaux vouloient être en bas, où il auroit fallu leur donner des carreaux; mais il n'y aura que le cardinal de' Rohan , qui, comme grand aumônier, se tiendra avec le roi dans la tribune *. — M. le premier président alla le matin chez M. le duc d'Orléans; il étoit chargé par le parlement de dire à S. A. R. qu'ils le supplioient très-humblement de révoquer l'édit de la banque royale; qu'ils ne le pouvoient pas enregistrer**. Quoique M. le duc d'Orléans fût fâché de ce qu'ils s'opposoient à l'enregistrement, il ne laissa pas de répondre à M. le premier président, avec sa bonté et sa douceur ordinaire, qu'il songeroit à ce qu'il venoit de lui représen ter, et qu'aux premiers jours il luiferoit savoir sa volonté.
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* Le caidinal de JNoailles n'étoit ni eu leisir ni en situation de se trouver h la chapelle du roi, à un sacre où le grand aumônier lui auroit disputé sa croix. Le cardinal de Polignac yétoit encore moins, puisque, à quatre jours de là, il fut emmené par un ordre du roi à son abbaye d'Anchin, où il demeura longtemps exilé et observé de fort près. Restoieot uBiquenieot le^ «ardinawi^ de JloJban et de Bissy e|i état d'assister ^ cette cérémome. )l9cpurtis(¥eijQ.t et ménageaient alors lesévêques avec (pcand soip, dans le feu des appels et dans la fougue qu'ils excitoient à Rome, et les évéques qui le sentirent se hasardèrent à leur disputer les carreaux. Quelque nouvelle que fut cette prétention, les deux cardinaux crurent devoir acheter la confirmation de leur crédit sur les évéques par une complaisance qui san$ toueher à leur posse^on , devenoit même imperceptible. Le cardinal de Bissy consentit à ne se trouver point à ce sacre, et les évéques, contents de ne voir point de carreaux dans la chapelle, consentirent que le cardinal de Rohan eût le sien, qui sous prétexte de sa charge de grand auménier ne se trouva point en bas avec les évéques, et demeura en haut dans la tribune, auprès du roi à qui on avoit voulu faire voir ce fofixe. On ne parle point du cardinal de Gesvres qui ^ pour sa çanté, ne se trouvoit déjà plus à rien en public.
** Quelqu'abattu que fût le parlement par le dernier lit de justice, il étoit encore plus irrité. Tout le fracas des emprisonnements et de l'arrêt de l'ambassadeur d'Espagne renoounigea encore de résister sur Fenregistrement de la banque royale, qui étojtfovt ma| reçue du public, et qui étoit toutefois la ressource des finauds dans l'état où on les avoit mises, et le régent, qui ne vouloit pas embrasser tant de choses à la fois , se contenta de passer par à côté de ^ce refus , et de venhr à bout d'établiretde faire publier enfin cette banque royale à peu de jours delà.
Samedi 17, — » M. le garde des sceaux alla à la Bastille, il y dina même ; on dit qu^il a parlé à plusieurs prisonniers, mais cela ne se sait* pas encore sûrement. — Le chevalier de. Mesnil tut arrêté Taprès-dinée et mené à la Bastille; il étoit ami de V^bhé Brigaut, et on croit que o'e^t là la cause de sa détention» — Le prince d^ Cellamare , ^yant que de partk^ ^voit écji:it ^wl a;UUr^ ambassadeurs , pour 1^ intéres^r eux et leurs pi^tpes dans sa détention, et voici 1^ copie de sa lettre q^ui ast fort publique (1).
(1) Cette lettre niaM|iie dus le nyyuMcril oiî^mL
J>imanche 18. — Le roi entendit le sermon du P. Portail. — Conseil de régence Taprès-dlnée. — Capy, maréchal de camp^ servira en cette qualité sous Mézières^ qui est chargé de poursuivre les faux-sauniers. Pertqs va commander à Bellegarde à la place de du Breuil, dont on n'est pas content; Pertus, qui est colonel d'infanterie réformé, aura 500 livres par mois. Bombelles, colonel d'infanterie réformé , va commander à Oléron; Barrère, qui étoit dans les lies, va à Navar reins , et de Congés, mestre de camp réformé de dragons, dans le pays de Cominges et de Conserans. On envoie d'Adoncourt commander dans la citadelle de Bayonne sous Colins, qui en est lieutenant de roi , mais qui est trop incommodé et trop vieux pour pouvoir agir. — Le duc de la Force fut élu hier à r Académie des sciences, à la place de T abbé de Louvois, qui étoit un des douze honoraires.
Lundi 19. — Conseil de régence Taprès-dlnée; il n'y ,en avoit point eu le dernier lundi. — Le bruit court quUl y a des commissaires nommés pour examiner les prisonniers de la Bastille; on les nomme môme dans le public ; mais je crois le bruit faux et qu'il n'y a encore rien de réglé là-dessus. — Dillon, lieutenant général, va servir en cette qualité en Dauphiné, souç l^lédavy, qui y commande. — La paix du czar avec la Suède n'est point encore faite ; le czar veut toujours garder Re vel et Vibourg pour couvrir Pétersbourg. On propose des expédients pour Vibourg, qui seroient de bâtir une forteresse entre cette place et Pétersbourg, qui demeureroit au czar ; elle seroit bâtie à ses dépens , mais pour Revel cela parolt difficile à accommoder; cependant les conférences recommencent dans rile d'Alham.
Mardi 20. — Le parlement ïut assemblé hier pour enregistrer des lettres de dispense que le roi avoit données au fils de H. le garde des sceaux, qui n'avoit pas l'âge pour pouvoir être maître des requêtes. — M. le premier président redit au parlement la réponse que lui
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avoit faite vendredi M. le duc d'Orléans, qui est très-douce et très-honnéte ; mais il n'y a encore rien de réglé sur les représentations que fit le premier président à l'occasion de la banque royale, et on croit que la banque royale subsislera. — On ne sait rien de certain de ce qui se passe à la Bastille, où M. le garde des sceaux va souvent. — M. de Machault travailla l'après-dlnée avec M. le duc d'Orléans, qui lui dit qu'il n'y avoit point encore de commissaires nommés. — On recommence à jouer chez madame la duchesse d'Orléans , comme avant sa maladie.
Mercredi 21. — Le P. Massillon fut sacré évêque de Clermontdans la chapelle du roi. S. M. étoit dans sa tribune, où le cardinal de Rohan, grand aumônier, étoit avec lui; il n'y avoit point d'autres cardinaux à cette cérémonie. 11 y eut douze ou quinzejévêques. M. de Fréjus le sacra, assisté des évèques de Nantes et de Vannes. Il n'y a, je crois, point d'exemple qu'aucun évêque ait été sacré dans la chapelle du roi; le feu roi avoit été à un sacre d'un évêque, mais c' étoit par curiosité et dans une église ordinaire. — On mande d'Italie que le roi Jacques, qui est à Rome présentement, voyant l'impossibilité qu'il y a d'épouser la princesse Sobieski, que l'empereur a fait arrêter à Inspruck, s'est résolu, par le conseil du pape, d'épouser l'héritière de la maison de Caprara, qui est à Bologne. Il est important pour le petit parti qu'il a encore en Angleterre de lui voir des enfants.
Jeudi 22. — Le comte de Solre * mourut ici ce matin ; il étoit chevalier de l'Ordre, ancien lieutenant général etgouverneurdePéronne. Ce gouvernementa été donnéàd'Avarey, ancien lieutenant général aussi et notre ambassadeur en Suisse. — Le bruit se répandit que M. le duc de Saint- Aignan , notre ambassadeur à Madrid , y avoit été arrêté le 1 3 de ce mois et reconduit hors de la ville par les gardes du roi d'Espagne. — Le nouvel évêque de Clermont fut éluà l'Académie à la place de M. l'abbé de Louvois, comme M. de la Force fut élu samedi à l'Académie des sciences à
la place de ce même abbé. — Les vieux bâtiments de Chantilly sont déjà abattus, et la chapelle, qui étoit dans la COUP. Danslesfondements de cette chapelle, on a trouvé un cercueil où on prétend qu'est le corps de Tamiral Go- %"y^ que le connétable de Montmorency, son oncle^ y fit porter après le massacre de la Saint-Barthélémy (1).
* Le comte de Soire étoit de la maison de Croy , avoit toujours servi en France, où sa femme et la maréchale de ï^ailles étoient enfants des deux frères. Il avoit soixante-dix-sept ans et avoit'reçu Tordre du Saint-Esprit le cinquante-neuvième, à la promotion de 1688, sans difficulté parmi les gentilshommes, et n'en fit jamais de se}trouver en ce rang à toutes les fêtes de l'Ordre tant qu'il a vécu. Sa femme étoit assez souvent à la cour, debout parmi les dames de qualité, et elle est morte longtemps depuis à Madrid sans aucune prétention de rang, où , du vivant de son mari , elle alla mener leur fille épouser le prince de Robecque» et elles n'en sont jamais revenues. Leur fils aîné devenu riche par son mariage en Flandre et par son industrie, se mit à prétendre un rang que sa maison n'avoit jamais imaginé, et a laissé sa veuve et son fils avec les mêmes idées dans lesquelles ils vivent à Paris, et qui n'ont pas encore réussi .
Vendredi 23. — M. le duc d'Orléans alla le matin au conseil de finances^ où on lut les comptes du garde dutré-
(I) « An mois de décembre dernier, en démolissant la cliapelle du château de Chantilly, on a trouvé un cercueil de plomb, placé dans le milieu de la chapelle , vis-à-vis Tautel , à quatre pieds de profondeur dans la terre , sans aucune inscription, dans lequel on a trouvé un corps dans tout son entier, soit par la vertu des aromates avec lesquels il avoit été embaumé ou autrement Il avoit une barbe au menton, de deux doigts de long, qui est restée entre les mains de ceux qui l'ont voulu toucher, ayant les deux bras liés par les poignets d'un cordon de soie, et ce corps étoit revêtu d'une chemise de toile blanche assez fine et que l'on a déchirée avec peine. Ce corps étoit enveloppé d'une toile grise cirée et la toile ficelée d'une corde aussi cirée.
« Par l'examen que l'on a fait des seigneurs qui ont possédé Chantilly depuis le jour que la permission a été accordée de bâtir nne chapelle dans le château de cette seigneurie , on peut poser pour constant que le cercueil qui y a été trouvé est celui de Guillaume le Bouteiller-Senlis, troisième du nom, seigneur de Chantilly, Montméliant etMoucy*le«Neuf, parce que ce fut lui qui obtint cette permission le l*** mai 1333 et qui la fit bâtir, ce qui fait présumer que certainement il y est enterré , étant le dernier seigneur de cette maison qui fut réputé être mort à Chantilly. Ce cercueil a été mis dans la paroisse de Chantilly comme il a été trouvé. » (Mercure de janvier 1719, page 140.)
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sop royal et ceux des parties casuellesde Tannée 1704.. — La nouvelle de M. de Saint-Aignan se confirme. — On mande de Venise, du 10, que la nuit du 24> novembre, la foudre étoit tombée sur la vieille forteresse de Corfou; qu'elle avoit mis le feu à quatre cents barils de poudre qui avoient fait sauter en Fair une partie de ]a forteresse, endommagé plusieurs bâtiments, renversé des maisons voisines et entre autres le palais du général Pisani, dont le corps s'est trouvé dans son lit sous les ruines, et plus de quinze cents personnes ont péri. Ce général est extrêmement regretté pour les grands sei^vices qu'il a rendus à sa patrie.
Samedi 2&. — Madame la duchesse de Berry alla aux Cai'mélites, où elle passera la fête. H. le Duo vouloit aller À Chantilly, mais M. le duc d'Orléans Ta pirié de n'y point aller de quelques jours. 11 reste encore assez de bâtiments neufs à Chantilly qu' avoit fait faire le dernier prince de Condé, pour que M. le Duc y puisse meuer dix ou douzQ personnes, outre tous les gens de sa maison. — On va faire accommoder dans Téglisedes Grands-Augustins, où se font les cérémonies de Tordre du Saint-Esprit, trois grandes si\lles où on mettra les portraits de tous les chevaliers qui ont été reçus dans cet ordre depuis la création, qui étoit en 1578 (1). Il y a déjà quelques fonds dans l'Ordre qui sei'out employés à cela, et M. de Cotte en a déjà fait des dessins qui sont fort beaux , à ce qu'on dit.
Dimanche 25, jour de .Voê7. — M. le duc d'Orléans alla entendit Toflice à sa paroisse, et sur les quatre heures api^tVs dîner il tint chez lui un conseil où étoient M. le Duc, MH. les ducs de Saint-Simon et d'Antin, M. le garde
U] te couvtHit lies Graiid^Au$;ustin« fat détruit eo 1793, et les portraits i)<)& cliev«ttef$ du S«uit-Eâ|Hrît ftireat dispersés. Le musée de YersaîBeft en reftfenue une certaine quantité; ces portraits, tous en buste, de grandenr mtturelle, ^ïont rei-ooKiissables à leur dimessioii uniloniie, aux aniioirie& pekilB datt&le bautdu tahkMu, au\ ûiscriptiiMS en lettres Uanches placées daas k bas et à le«r exécutîiMi plus qjM nédiocre.
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dessceauï, M. de Torcy et l'abbé Dubois; et quand ce Conseil fut fini, il retint chez lui M, le Duc et M. le duc de Saint-Simon. Ce conseil fait fort discourir; mais ceux qui sont mieux informés croient qu'il ne s'y est agi que d'une déclaration qu'on veut faire. — M. le prince de Conty alla à Tlle Adam pour y passer la semaine. — On fait imprimer un mémoire qui instruira de tout ce qui s'est passé de plus important depuis la constitution Unigmitus. — Il y a eu un homme arrêté en Franche-Comté j on prér tend qu'il avoit un cordon bleu, et sur cela, on débita que c'est M. de Chàtillon, chevalier de l'Ordre.
Lundi 26. — Madame la du(îhesse de Berry a couché deux nuits aux Carmélites, où elle a fait ses dévotions; elle retourna le sioir ^u Luxembourg, où M. le duc d'Orléans alla souper avec elle. M. le Duc avoit voulu aller à Chantilly, mais M. le duc d'Orléans Fa retenu . — 11 n'est pas vrai que H. de Ch&tillon ait été arrêté en Franche-Comté ; on s'est mépris sur ce qu'on y a arrêté un homme qui avoit un ruban bleu qu'on prétend qui est un chevalier de SaintrAndré, qui est l'ordre du czar. — Par les lettres qu'on reçoit d'Italie, on apprend que le siège de Melazzo n'avance pas beaucoup, et les troupes de l'empereur augmentent fort en ce pays-là, ce qui rendra la prise de cette place fort difficile.
Mardi 27. — Les mousquetaires ont ordre de se tenir prêts et découcher toujours à leur hôtel, et cela fortifie les bruits qui courent depuis quelques jours qu'on veut arrêter des gens fort considérables. — Le maréchal de Berwick a fait arrêter un courrier d'Espagne et a envoyé les paquets à la cour. — Le roi d'Espagne a eu de violents accès de fièvre ; il est un peu moins mal; il n'est pas en core hors d'affaire et il a toujours un peu de fièvre.
Mercredi 28. — M. le duc d'Orléans tînt un petit conseil l'après-dlnée avec M. le Duc, M. de Saint-Simon, l'abbé Dubois et M. le Blanc; ensuite S. A. R. parut un moment à la comédie, où étoit Madame ; et au sortir de la
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comédie^ Madame rentra dans son appartement, et M. le duc d'Orléans y vint et fut assez longtemps enfermé avec elle. — M. le duc du Maine vint l'après-dlnée chez madame la duchesse d'Orléans, et puis s'en retourna à Sceaux. Il court de mauvais bruits pour ce prince qui parolt pourtant fort tranquille. — M. le prince de Conty revint de Tlle Adam, et se plaignit à M. le duc d'Orléans de n'avoir point été du conseil de dimanche. — Il arriva un courrier de M. de Roquelaure, qui mande au roi que les États de Languedoc ont accordé tout ce que S. M. avoit demandé. — On eut nouvelle que M. de Saint-Aignan étoit arrivé à Saint-Jean- Pied-de-Port, et qu'il avoit évité de passer à Pampeluue, où on prétend qu'il y avoit ordre de l'arrêter, parce que depuis son départ de Madrid le roi d'Espagne avoit appris que le prince de Cellamare avoit été arrêté ici *.
* M. de Saint-Aignan, fort brouillé avec le cardinal Albéroni, et fort désagréablement à la cour d'Espagne , comme on le peut juger par la situation de cette cour et de la nôtre , partit fort subitement et fort à propos deux jours avant que la nouvelle de Tarrét fait de la personne du prince de Cellamare arrivât à Madrid. Le duc de Saint-Aignan, qui en étoit informé, força si bien sa marche, quoiqu'avec sa femme, qu'il parvint aux Pyrénées sans avoir pu être joint par ceux qui furent dépéchés après lui pour l'arrêter aussitôt après qu'on eut su à Madrid la nouvelle de Cellamarre. Au pied des montagnes, madame de Saint-Aignan prit une mule , une femme de chambre sur une autre, et son mari deux ou trois valets, se dérobèrent du grand chemin, et envoyèrent leurs équipages, par la route ordinaire, droit à Pampelune, avec un homme et une femme de leur suite intelligents, qui contrefirent l'ambassadeur et l'ambassadrice, et qui ne manquèrent pas d'être arrêtés comme ils s y attendoient bien et de crier bien haut. CeUe prétendue capture détourna des recherches que M. de Saint-Aignan craignoit pour sa fuite, et avant que la tromperie fut découverte , lui et sa femme eurent le temps d'arriver à Saint- Jean-Pied-de- Port, d'où ils envoyèrent chercher du secours et des voitures à Bayonne, où ils se rendirent très-diligemment, et d'où M. de Saint-Aignan envoya un courrier à Paris donner avis de son heureuse arrivée , et un messager à Pampehme pour détromper de sa prise et réclamer ses gens et son équipage.
Jmdi 29. — M. le duc du Maine fui arrêté le matin à
Sceaux par la Billarderie^ lieutenant des gardes du corps ; on le mènera dans la citadelle de DouUens. Madame la duchesse du Maine fut arrêtée ici par M. d'Ancenis, capitaine des gardes du corps ; il la conduira jusqu'à Essonne, d'où il reviendra demain; on la mènera ensuite dans le château de Dijon, où elle sera conduite par un lieutenant des gardes du corps. On l'a menée dans un carrosse de louage en sortant de sa maison. On Ta menée par le rempart pour éviter la plus grande partie des rues de Paris, et du rempart on Ta fait sortir par la porte Saint-Bernard en traversante rue Saint-Antoine etrÛe Notre-Dame. On a arrêté plusieurs domestiques considérables de leur maison et même quelques laquais qui avoient porté de ses lettres. Mademoiselle de Montauban, sa fille d'honneur, et mademoiselle de Launay, une de ses femmes de chambre, connue par son bel esprit, sont à la Bastille. Malezieux, père et fils, y sont aussi. M. le cardinal de Polignac s'en va à son abbaye d'Anchin en Flandre dans son équipage, accompagné d'un gentilhomme ordinaire du roi. — Davisart, avocat général du parlement de Toulouse, qui avoit travaillé à des mémoires pour M. du Maine, est à la Bastille; et deux fameux avocats de Paris qui avoient travaillé à la même affaire y sont aussi ; il y en a un qui s'appelle Bargeton; je ne sais pas le nom de Tautre. On envoie M. le prince de Dombes à Moulins, M. le comte d'Eu à Gien et mademoiselle du Maine à Maubuisson.
Vendredi 30. — La banque royale est établie ; elle estpubliée et imprimée, et on la vend dans les rues. — M. d'Ancenis revint d'Essonne, où il conduisit hier madame du Maine; elle va coucher aujourd'hui à Fontainebleau ; elle se plaint fort delà voiture, qui est fort rude pour eUe. M. d'Ancenis étoit à côté d'elle dans le carrosse, et au devîint étoit un lieutenant des gardes et un exempt; elle avoit deux femmes de chambre dans le second carrosse. M. le Duc prie. M. le duc d'Orléans de vouloir bien qu'elle
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ne demetirepointà Dijon (1). — Le J^arliBînent s*as^mbla et enregistra rechange de Belk-Isle*, le rétablissement des charges de HM. de la chambre aui deniers qui avoient été supprimés et n'avoiênt point Hê Irembout^és et le établissement aussi de quelques autres petites chatges qui étoient dans le même cas. — M. d'Heudicourl, le père , qui est àHeudicourt^ est à la dernière extrémité.
* Belle-Isle, de six lieues de long sur deux de large, appartenoit à Tabbaye de Sainte-Croix de Quimper , lorsque Charles IX la lui ôta, comme il est arrivé plusieurs pareils démembrements de bénéfices dans ces temps de troubles et de guerres civiles ^ de religion surtout , dans des lieux suspects et jaloux, comme l'est cette île par rapport à l'Angleterre, cl son éloignement de six lieues de la côte de Vannes. Le même GharlesIX la donna partie en don, partie en remboursement^ à Albert de Gondi , comte de Retz , depuis duc et pair et maréchal de France , et la lui érigea en marquisat. Cette même qualité de situation a souvent donné envie aux successeurs de Charles IX de l'acquérir, et il y en a eu des échanges projetés et fort avancés en divers temps. M. Fouquet , surintendant des finances, l'acheta de la maréchale de Retz. A sa disgrâce, Belle-Isle fut adjugée à sa femme pour ses reprises, dont Belle-Isle d'aujourd'hui, chevalier de l'Ordre en 1735, après de rudes épreuves de la fortune, est le petit-fils et l'héritier. M. le Duc fut un des plus grands promoteurs de cet échange, par amitié pour Belle -Islé qu'il a si atrocem^t persécuté depuis, et sans cause aucune, que le vouloir de madame de Prie. L'abbé Dubois favorisa fortBelle-Iste pour cet échange, et il passa. Lorsque dans les suites, M. le Duc eut juré sa perte , cet échange fut ressassé en toutes les façons^ mais BelIe-lsle et M. le Blanc étant sortis glorieusement d'affaires, même avant que M. le Duc fût déchargé du gouvernement de l'État, cet échange fut examiné avec des yeux d'autant plus favorables qu'on n'avoit pu y donner d'atteinte véritable lorsqu'on ne travailloit qu'à l'anéantir, et il a été depuis confirmé avec toutes les formes judiciaires qui le mettent pour toujours hors de toute aorte d'atteinte.
Samedi 31 . —M. de Nointel^ conseiller d^État ordinaire, mourut ici. M. de Bernage, intendant' en Languedoc^
(1) Saint-Simon a écrit ici, de sa main : « faux, de toute fausseté. » Il confirme pourtant cette démarche de M. le Doe, mais sans y attacher dimportance, dans son addition du 8 décenfi)re précédent, page 433.
avoitla première expectative; ainsi il est conseiller d'État présentement et M. de la Houssaye monte à sa place d'ordinaire. M. de Chàteauneuf^ qui revient de l'ambassade de Hollande, avoit la seconde expectative pour là place de conseiller d^État de semestre; ainsi il est le premier à monter. — L'abbé Mongault, précepteur de M. le duc de Chartres, prit sa place à TAcadémie; il y avoit longtemps qu'il étoit nommé ; mais il avoit toujours été malade depuis; il fit un très-beau discours. M. de Sacy y répondit, et se chargea avec plaisir de la commission d'y répondre, les officiers ne le pouvant pas faire. Il étoit ami intime de l'abbé Abeille, celui dont l'abbé Mongault remplit la place.
— Madame de Chambonas, dame d'honneur de madame la duchesse du Maine, demande qu'on lui permette d'aller joindre cette princesse à Dijon pour s'enfermer avec elle.
— 11 y a quelques changements pour l'endroit où on enverra MM. le prince de Dombes et comte d'Eu; mais cela n'est pas encore entièrement déterminé.