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fart désarmer trente; on en donne cinq au chevalier de Nesmond pour aller croiser. On ne dit point encore à quoi les neuf autres sont destinés et qui les oommandera. — Le comte d'Estrées a ordre de partir de Brest et de s'en aller en poste à Toulon. ■— Leô colonies angloises incommodent fort les François qui sont en Canada ^ et il est à craindre que nous ne puissions pas conserver Québec.
Mercredi 30^ à Marly, — Le roi vint ici en chassant et se promena fort après y être arrivé. Monseigneur vint avec madame la princesse de Conty. Il y a de gens nou* veaux à ce voyage ici , le comte de Fiesque , Lassay et Lanjamet y qui ont été tous trois aides de camp du roi cette campagne, et M. de Villette ^ lieutenant général de la ma* rine. — M. de Luxembourg mande au roi qu'il a vu des revues fort exactes de Tarmée de M. le prince d'Orange ; elle n'a jamais été si forte qu'on l'avoit dit ^ ni quand il vint sur la Méhaigne^ ni présentement^ et le roi est persuadé à cette heure que le prince d'Orange , loin de songer à entreprendre quelque chose de considérable^ n'a fait courir tous ces bruits^là que pour empêcher que nous entreprissions.
Jmdi 31, à Marly. — Le roi se promena tout le matin dans ses jardins; il fait mettre de grands cerceaux audessus de ses arbres^ afin que les allées soient en bwceau ; l'après-dlnée il alla tirer et revint de bonne heure se promener. A la promenade il parla fort de la marine et de M. le comte de Toulouse qui souhaite passionnément d'aller sur mer la campagne qui vient, et il ajouta qu'il pourroit bien lui donner cette joie-là, mais pourtant qu'il n'avoit pas enoore lAché le mot. Le roi joua pour la première fois au portique de marbre qu'il a fait mettre dans le jardin.
Vendredi i" août, à Marly. — Le roi se promena tout le matin et tout le soir dans ses jardins. L'après-dlnée il courut le cerf en calèche ; il n'y avoit dç^nsla calèche que madame du Maine et madame de Maintenon ; Monseigneur
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et madame la princesse de Conty étoient à cheval. Le roi trouva la forêt de Marly charmante. — M. le prince d'Orange a marché et campa hier à Braine-la-Leude; M. de Luxembourg, qui lui veut toujours gagner les devants , est allé camper k Enghien, et fait revenir les bataillons qu'on avoit envoyés camper sur les hauteurs devant le château de Namur.
Samedi 2, à Versailles. — Le roi revint de Marly en tirant. Monseigneur demeura à jouer à Marly l'après-dlnée, et revint ici avec madame la princesse de Conty. — Mademoiselle de BezzoUa (1) mourut à Paris j elle avoit été favorite de madame la Dauphine jusqu'à sa mort, et avoit toujours été fort retirée et fort malade depuis; elle étoit venue en France , et n'avoit jamais eu d'autre qualité que celle de femme de chambre. — M. l'électeur de Brandebourg, qui s' étoit abouché avec le prince d'Orange à Malines , s'en est retourné dans ses États, après avoir tiré quelque argent de la ville de Liège.
Dimanche 3, à Versailles. — Le roi se promena à pied dans ses jardins jusqu'à la nuit. Monseigneur alla à Saint-Cloud voir Monsieur et Madame, et revint trouver le roi à la promenade. — M. l'archevêque de Paris .a refusé les dispenses nécessaires pour le mariage de Blansac avec madame de Nangis , et cela donne encore de nou*
(1) « L'estime et l'amitié que madame la Dauphine avoit pour mademoiselle de Bessola, ont fait que vous en avez souvent entendu parler. Cette princesse, qui Favoit choisie préférablement à toutes les filles de la plus grande qualité de Bavière pour ramener en France lorsqu'elle y vint en 1680, rhonoroit de toute sa confiance, et il n'y a personne qui ignore les obligeantes marques qu'elle en recevoit. Mademoiselle de Bessola, pénétrée entièrement de douleur par la perte de cette grande princesse, avoit fait depuis ce temps-là une si grande habitude avec le chagrin qu'Q a été en partie cause de sa mort , arrivée au commencement de ce mois. Elle étoit fille de Jacques , baron de Bessola, de Vérone, et de Catherine, marquise de Mafey , de Trente, dont les familles sont distinguées dans les lieux d'où elles tirent leur origine. Le roi lui a donné des marques de sa protection, même jusqu'après sa mort, si je pois parler ainsi. » ( Mercure d'aoftt, page 175-77. )
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veaux embarras à la famille de madame la maiéchale de Rochefort. — On a eu nouvelle que M. de Savoie marchoit en Dauphiné vers Embrun ; il a attaqué et pris un petit lieu qui s' appelle Guillestre, où il y avoit un bataillon de milice et deux cents Irlandois qui se sont défendus; ils lui ont tué quatre ou cinq cents hommes ; ils n'ont point voulu capituler.
Lundi k, à Versailles. — Albergotti est arrivé sur les dix heures du soir; il a apporté au roi la nouvelle que M. le prince d'Orange étoit venu hier avec toute son infanterie attaquer l'infanterie de M. de Luxembourg dans soncamp^ que le combat avoit été long pendant qu'on n'avoit fait que tirer de part et d'autre, mais que M. de Luxembourg ayant commandé qu'on mit le mousquet sur l'épaule et qu'on allât aux ennemis l'épée à la main , ils n'avoient pas tenu un moment^ et que leur infanterie étoit entièrement défaite. Comme Albergotti est parti dans le moment que le combat finissoit , on ne sait point encore toutes les particularités de l'action. H. le duc de Chartres est légèrement blessé. Le marquis de Bellefonds* a été tué, et M de Turenne blessé à mort. M. de Luxembourg a eu deux chevaux tués sous lui. M. le prince de Conty et M. le Duc se sont fort signalés à cette affaire. Le roi , dans l'instant qu'il a eu la nouvelle, a envoyé un gentilhomme à Monseigneur, qui étoit allé coucher à Villeleneuve-SainlrGeorges, et à Monsieur, qui est à Saint- Cloud, pour leur en donner part. Demain on en saura davantage de particularités,
* Bellefonds étoit fils unique du maréchal, et gendre du duc Mazarin.
Mardi 5 , à Versailles. — Le roi alla à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre. Monseigneur alla, de Villeneuve-Saint-Georges, déjeuner à Brunoy chez ja, Brunet y puis courut le loup dans la forêt de Sénart, et revint ici de bonne heure, dans l'impatience qu'il avoit
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dé savoir les partictdarités du combat. — Il n'arriva point de courrier de M. de Luxembourg, mais M. de la Bertière, sous-gouverneur de M. de Chartres, vint de sa part à Saint-Cloud, et on apprit par lui beaucoup de particularités. Le chevalier d'Estrades, colonel du régiment de Chartres, est blessé à mort. Porlier, colonel suisse et homme de grande réputation, a été tué. Le marquis d'Alègre, Tilladfet, Fimarcon, le chevalier de Mursé, Saint-Florentin, le marquis de Vins, Blainville, M. de Thianges et Vigny, qui commandoit rartillerie , ont été blessés. On compte que les ennemis ont perdu six ou sept mille hommes; les régiments des gardes du prince d-Orange ont été taillés en pièces et les Anglois ont été entièrement défaits. Les ennemis nous avoient d^abord pris quelques pièces de canon que nous reprîmes bientôt après, et nous avons pris une partie du leur. On les a repoussés jusqu'à une lieue du camp. Boufflers arriva avec une partie de ses troupes sur la fin de l'action, et fit faire à ses dragons et à son infanterie une diligence incroyable. Le régiment des gardes s'est fort distingué ; Beauregard, qui en commandoit un bataillon, a été tué , et il y a eu plusieurs capitaines et officiers de ce régiment blessés ; mais ils ont perdu fort peu de soldais. — Le marquis de Villars le père demanda au roi la capitainerie de Vincennes pour le fils du marquis de Bellefonds; le roi la lui donna sur le champ, mais il ne voulut pas lui donner le régiment qu'avoit son père, parce qu'il est trop jeune. Le marquis de Villars demanda aussi la pension de 2,000 écus, et le roi répondit là-dessus qu'il verroit. Après avoir demandé pour le fils du mort , il demanda au roi pour le marquis de Villars, son fils, le justaucorps à brevet vacant par cette mort-là, et le roi le lui accorda. — Albergotti s'étoit trouvé mal hier en arrivant de lassitude, et a conté beaucoup de particularités au roi qu'il n'avoit pu lui conter hier. Le duc de Villeroy y a très-bien fait , et
le toi en a ti*è(»-)îiien petrlé. M. de Ltixembourg mande en général qtiHl ne peut pés nommer tôilB èeux qui se sont distingués, et qu'il n'y a pas jusqu'au moindre soldat qui n'ait fait son devoir.
Htêreredi 6, à VérêaUks. — Le roi a pris médecine et a travaillé toute la journée avec ses ministres. — Il est airlvé ce soir un courrier de M. de Luxembourg par lequel on apprend encore des particularité;» considéra* blés. Nous avons douze cents prisonniers qui sont presque tous blessés de coups d'épées; nous avons pris neuf pièces de canon et quelques drapeaux. Il y a trois officiers généraux des ennemis tués. M. de Luxembourg se promena le lundi, qui étoit le lendemain du combat^ sur le cbamp de bataille, où il trouva beaucoup de chariots de munitions que les ennemis n'avoient pu emmener^ et beaucoup de marques de la confusion et du désordre dans lequel ils s'étoient retirés. Si la nuit ne fût pas venue , la perte des ennemis auroit encore été beaucoup plus grande* Vertillae mande de Mons au roi quHl y est venu beaucoup de déserteur» depuis le combat, qui assurent que les régiments des gardes anglois et danois étoient entièrement défaits.
Jeudi 7, à Versailles. — Le roi alla se promener sur le soir. Monseigneur alla à Saint-Gloud voir Monsieur et Madame. — M. de Turenne mourut le lendemain du combat de la blessure qu'il avoit reçue ; il avoit la survivance de la charge de grand chambellan de France. C'est le duc d'Albret qui est abbé qui devient Talné de la maison. Fimarcon est mort aussi de la blessure qu'il avoit reçue au même combat; il commandoit les dragons qu'amena M. de Boufflera. Le roi a donné son régiment à son frère, qui y étOit officier, et qui a été aussi fort blessé à cette affaire*là. -^ M. le nonce Cavallerini est arrivé à Paris. -^ Les ennemis, le lendemain du combat, envoyèrent demander permission à M. de Luxembourg de f^re emporter leurs morts ; M. de Luxembourg le leur
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permit. Parmi les valets qu'ils envoyèrent pour cela; Taste^ aide-major des gardes du corps ^ soupçonna un de ces prétendus valets d'être venu potir reconnoltre le camp. Son soupçon se trouva si bien fondé que le prétendu valet ^ étant pris ^ avoua qu'il étoit colonel. M. de Valdeck a écrit à M. de Luxembourg pour le repeter et tâcher à le justifier ; on ne sait encore si on le traitera comme espion ou comme prisonnier de guerre.
Vendredi 8, à Versailles. — Le roi a donné le régiment d'infanterie qu'avoit M. le marquis de BeUefonds à M. de Vergetot, son beau-frère, qui étoit capitaine de cavalerie, et le roi lui a permis de vendre sa compagnie. Le roi a fait cela en considération du maréchal de Bellefonds, dont il avoit épousé la troisième fille. — Depuis le combat, M. Rosen, avec un parti de cinq cents chevaux, en trouvaun de deux mille des ennemis; il les attaqua, renversa leurs premières troupes, et le reste prit la fuite sans combattre. Il leur a tué trente ou quarante hommes, et a fait quelques prisonniers. — On mandede Bruxelles, etonapprend par les rendus et les prisonniers , que la consternation est grande dans tout le pays et dans leur armée. M. l'électeur de Bavière n'étoit point à cette action-là ; le prince d'Orange s'y est assez montré. ,M. de Vaudemont y a été blessé légèrement, Hackay, un de leurs lieutenants généraux, y a été tué; Lanier, aussi lieutenant général, blessé à mort. Ils ont vingt généraux , majors ou colonels tués ou blessés.
Samedi 9, à Versailles. — On a eu nouvelles de Dau<^ phiné que M. de Savoie, depuis qu'il a pris Guillestre, a passé la Durance pour assiéger Embrun, à ce qu'on croit. Il a laissé M. de Schomberg sur les passages des montagnes dans ses derrières, pour assurer son retour avec quatre mille religionnaires oubarbets; ils'est saisi de quelques postes entre Briançon et Embrun. M. de Catinat est campé sur le mont Genèvre, avec treize bataillons, et y fait venir les seize qu'il avoit laissés sur les hauteurs
de Saint^Brigitte, n^y ayant plus rien à craindre pour le siège dePignerol. M. de Bachevilliers le joindra quand il le jugera à propos avec quatre mille chevaux ^ et M. de Vins se met en marche aussi. — M, le marquis de Vins, le fils, qui étoit capitaine de cavalerie, est mort de la blessure qu'il a reçue au combat d'Enghien *. M. de Saint- Florentin, colonel du régiment-colonel-général des dragons, a eu la cuisse coupée; on croit qu^il en mourra. Le chevalier de Mursé , colonel des dragons , a été trépané , et on n'en espère rien non plus. M. le comte de Luxe arriva ici; il apporta au roi une relation fort ample de M. de Luxembourg de tout ce qui s'est passé au combat. Le roi nous a dit qu'il n'avoit jamais vu une si belle relation et qu'il nous laferoit lire (1).
(1) Nous devons à Tobligeance de M. Tarpid, employé au Dépôt de la guerre, la communication de cette relation , qui se trouve dans le volume n^ 1 142 des manuscrits du Dépôt de la guerre :
AU camp de Houes , le 4 aoust 1692.
Jen'avois point voulu jusqu'à cette heure, Sire, m'engager dans un combat dln^ fanterie,|Mirce quefeusseesté Hen ayseque lacavallerieeustpeuagir (*), Cependant il me ftit impossible hyer d'en euiter un , dans lequel, quoyqn'il y ayt eu beaucoup éPo/ficiers (**) tués ou blessés , j'espère que Vostre Majesté ne laissera pas d'en estre consolée par la grande perte que les ennemis y ont faite, par la honte qui leur reste d'y avoir esté battus, la manière dont ils ont fait leur retraite, et la gloire que l'inftuiteriede Vostre Majesté s'y est acquise.
La proximité qu'il y a de ce camp à celluy des ennemis me rendoit attentif à estre informé des marches qu'ils pourroient fiûre, sans m'attendre toutesfois qu'ils s'auissassent de venir à nous. Je pensois , au contraire , qu'en décampant du lieu où ils sont, ils raarcheroient vers Ninove, et, pour en estre anertî, je tenois beaucoup de partis sur eux. Le sieur de Trassy, qui en commandoit un sur la hauteur de Tubize, en deçà de la riuière, m'escrivit à la pointe du jour que les ennemis , sans avoir sonné bonteselle, ny battu la générale, commençoient à se inettre en marche : quelque temps après, il me manda qu'il voyoit une colomne s'auanoer vers Samte-Renelle , ce qui ne me déterminoit pas tant à croire que ce fût pour venir icy, que pour reprendre sur la droite et suiure le chenun de Ninove. Un capitaine de carabiniers , qui estdt au moulin de Hante-Croix, m'auertit qu'il voyoit encore une colomne de cauallerie; mais
(*) Corrections de la main do maréchal. (**) Idem.
* On ne sait pourquoi les Mémoires appellent ce combat U'Engbién puis qu*il est inconnu sous tout autre nom gue celui de Steinkerque.
qa!\\ eroyoit que ce n^Mtoit qn*ime escorte de fourrâgears , parce qu'il en anoit où boit ou dix s'éobapper et fraochir aupiés de ees trompes qui se meitMent en bataille; ce qui (*) fit prendre le parti k M. le prince de Conty, MM« de Vandosme^ M. le comte d*Auuergne, M. le duc de Yilleroy, M. le duc d*£]beaf , M. le M. de filladei {**), M. le cheualier de Gassion, et à moy de nous waneer entre Rebay «t SCaoïkerke, où M. le Duc, qui estoit de jour, quoyqn*un peu malade, arrÎTa aussytost que nous. J*y receus un troisiesme bill^ de Trassy, par lequd il m'apprenoit qull voyojt marcher beaucoup de canalleiie et d'infanterie qui; laissant Sainte-Kenelle à droite, replioit sur le ruisseau de Steoikcrke, qu'il eroyoit que c'estoittoole l'année, qu'il y ToyoHdo canon, et qu'il alloit la côtoyer pour m'en rendre un meilleur conte, fin lisant ce dernier billet d'un endroit où nous estions auancés, nous Ttmes beaucoup de troupes des ennemis dont j'ennoyay donner auis à M. de Boufflers , qui ne perdit pas un moment pour nous Tenir joiiidrea et fit pour cela une grande dUigeBoe.
Cependant les ennemis faisoient halte dans une espèce de plaine, si petite qu'elle ne pouToit contenir que peu de troupes sur plusieurs lignes. Nous apperçeumes qu'à la gauche de ce corps qui faisoît halte , beaucoup dlnfanterie s'anançoH dans les bois, ce qui m'obligea d'enuoyer ordre à toute l'armée de prendre les armes, sans pouuoir juger par où ils nous attaqueroient, croyant comme il y auoit des bois sur leur droite, qu'ils pouuoient y ayancer de l'infanterie, comme fls le faisoient sur leur gauche, et on pensoit même qu'ils pourroient esseyer de se rendre maistres de la ville d'Enghien, ce qui m'obligea à y envoyer une brigade et à prier M. le eorate d'Auuergne de retourner à Talsle gauche qu'il commande ; mais ils ne nous laissèrent pas longtemps dans Vincertitude , et nou9 ¥ismes qne laissant le ruisseau de Stenkerke sur leur ganehe, toute leur Infanterie s'en approchoit et commençoit à entrer dans les bols, ee qui me fit juger, et aux meilleurs connoisseurs que moy avec qui j'estois, que ee seroit par là quelle feroient leur véritable attaque , croyant tous tant que nous estions , pénétrer dans leur raisonnement, qui eatoit de penser qu'estant eouuerts du ruisseau de Stenkerke, qui est bon , ils ne seroient pas inoommedés sur leur flâne par vostre cavallerie , et que la leor demeurant derrière les bois , elle ne seroit pas exposée à combattre. Ils jettèrent donc toute leur inûuiterie de ce costé*là, où la voyant embarquée, nous y limes venir la plus grande partie de celle de Vostre Bfjgesté, n'ozant toutefois déposter celle de la gauche, ne pouuant pas juger par la situalioa du pays , ce qu'ils faisoient à leur droite.
hà brigade de Bourbonnois, qui estoit campée devant la maison de Yoehre Majesté à la teste dn hameau de Beuf , aussy bien que les dragons de la droite , occupa le terrain qui estoit devant elle , et M. de Vandoeroe posta les dragone à pied à la droite de cette brigade. Celle de Champagne, qui estoit ki plus proche, où je renvoyai M. le duc d'S;Uieuf , et à la teste de laquelle estait M. du Montai, arriva la première dont les trois bataillons de ee corps furent postés à
(*) Correction du maréchal. Il y avait ce qui me fit (**) Nom ajouté par le secrétaire du maréchal.
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Dimanche 10^ à Marly. -^ Le roi entendit le salut à YersalUos; et puis vint ici; Monsieur et MacUona dévoient
la gauche de Bourbonnois, et le reste qui estoient les Italiens, Royal-Contms, et Prouence derrière les dragons.
La brigade de Stoppa fat mise en seconde ligne derrière cette première. EIH fut conduite par M, Polastrùn qui servit fort dignement dam tout ce qu'elle eut à faire f aussy bien que la première , allant partout oit le beeofn le requérait (*). Celle de Pollier derrière celle de Stoppa. Vostre Majesté jugera bien qu'on plaçoit les brigades à mesure qu'elles arrivolent, et comme Itnfanterîe dont je Tiens de parler estoit de la droite de la première et seconde ligne» la brigade des gardes qui estoit la plus éloignée et que M. d*Artagnan aToit mesme Ait avancer vers Enghien, ne peut arriver qu'après celles dont j'ay parlé cy-dessuSy et fut postée par conséquent derrière celle de Pollier , estant soutenne en sixiesme ligne par la brigade de Zuriauben.
Nous ne hésitâmes point à placer ce gros corps d'mfanterfe de cette manière, les ennemis ne nous donnant pas d'inquiétude sur leur droite, où il n'y av^t que de la ea^erie fort reculée sur une hauteur : mais comme tonte leur in'> fanterie estoit dans le bois , et que nous jugions que la première l^ne qui lefat seroit opposée , après avoir soutenu nn grand feu , ne ponrroit pent-eslre pas toigoursy résister, on jugea qnilfalloit pour éuiter laconAision, tenir ces corps séparés les uns des autres pour les faire combattre à propos, et les envoyer où il conviendroit pour le service de Vostre Mi^sté.
La brigade du roy, parce qu'elle estoit plus éloignée , n'arriva qu'après ceUe^ cy, et comme on s'apperçeut que snr la droite du bois dans lequel estoioit les ennemis, Us avançoient encore de l'infanterie derrière des bayes, on y opposa cette brigade, aussy bien que celle du Dauphin (**), k la réserve du régiment de Toulouze, qui fût posté sur la gauche de Provence, et M. le Duc, qin estoit de jour, posta avec beaucoup de soin toutes les troupes dans la manière expliquée cy-des8U8.
Vostre maison, Sire , à la teste de laquelle estoit M, le duc de Ghoiseuil, son* tenoit toute cette infanterie, et la gendarmerie estoit sur sa gauche dans une petite plaine, n'ayant pourtant point d'ennemis devant elle, et comme le terrain ne nous permettoit pas de nous estendre danantage, les brigades de Phelippeanx et de Daloux doublèrent derrière vostre maison en seconde ligne, et la seconde ligne de l'aisle droite de cavallerie avança sur une petite hauteur à portée de ces deux premières lignes.
Vostre Majesté remarquera , s'il luy plaît , que quand je dis une plaine, c'est parce que ce n'estoient point des bois; car c'est un pays tout entrecoupé de bayes à droite et à gauche, où l'on ordonna de fiiire des passages pour se communiquer par lès flancs , ne pouvant pas faire la mesme chose en avant par les difficultés qui s'y rencontroient.
Nostre disposition estant feite de cette sorte, et ne croyant pas qne les ennemfii fussent en estât de nous attaquer sitost, nous allâmes dans le cimetière deSteen^
(*) Addition faite de la main du secrétaire du maréchal* (**) Idem.
être de ce voyage , mais Monsieur a eu un accès de fièvre , et a pris le parti de demeurer à SainlrCloud. Le roi a
kerke, où M. le duc deChoiseuil avoitenvoyé les grenadiers de vostre maison pour en garder le pont , voulant découTrir de là ai les enn^nis n*en passeroient pas le ruisseau, pour mettre du canon sur une hauteur qui estoit au delà , d'où ils nous auroient pu battre par le flanc et incommoder beaucoup nostre infanterie. Nous reconnûmes qu'ils avoient eu la bonté de n'y point penser, et pour voir s'ils ne f^roient point des ponts sur le ruisseau, nous euToyâmes Ladoumae avec vingt grenadiers à cheval, qui vit qu'on ne travailloit pas; et comme nous retournions vers l'infanterie, nous entendîmes un commencement d'escarmouche qui fut bientost suifi du cx>mbat.
Il y avoH desjà longtemps que les ennemis nous canonoient avant que Toction (*) commençât sans que le canon de Vostre Majesté peut répondre, parce qu'il n'étoit pas encore arrivé. H vint bientost après. Nous en séparâmes des brigades. Vigny eicécuta la première tout aussy bien qu'il se pouvoit auprès de Bourbonnois. Il y eut des officiers tués, et il y fut blessé d'un cou^ de mousquet au bras gauche depuis le poignet jusqu'au coude, sans que cela l'empeschât d'agir durant tout le reste de la journée.
Roussel, commissaire provindal, avoit une brigade à la gauche, qui fut servie par merveilles , jusqu'à ce que les ennemis se retirassent, et on auoit enuoyé une demie brigade pour opposer à du canon qui tiroit sur les dragons, et le reste de la brigade de Champagne qui les soutenoit estant dans cette situation, les ennemis attaquerait tout de bon : les dragons qui estoient à la droite dans le penchant firent à leur ordinaire des merveilles : ils estoient commandés par le comte de Mailly et le marquis d'Allègre. Le dernier est blessé au coude, et fit à son ordinaire tout autant bien qu'il se pouvoit. M. de Mailly a esté plus lieureux s'estant tiré d'affaires sans avoir été blessé, il estoit fort estimé dans l'armée : mais il l'est encore particulièrement dans les dragons depuis la journée d'hyer, où il fit tout autant bien qu'on pouvoit faire de valeur et de teste pendant tout Je temps de Taction.
Le régiment d'Orléans estoit à lagauehe des dragons, qui soutint comm'eux tottsjours son poste sans en estre jamais chassé. Chartres estoit à la gauche tout à découvert aussy bien que le second bataillon de Bourbonnois. Ils firent tout ce qui se pouvoit, et le premier bataillon de Bourbonnois où estoit le marquis de Rochefort soutint encore son poste sans y estre ébranlé, et c'est un témoignage que je dois à la vérité de dire que le colonnel est un fort joly et fort brave garçon* M. de Lavaisse, brigadier de cette brigade, y eut un cheval tué et donna tous aes ordres fort à propos avec beaucoup de courage et de capacité.
Quoyque la plus grande partie de cette première ligne n'eut pas perdu son terrain , et que Chartres seulement se fût rejoint à Orléans, et le second bataillon de Bourbonnois à l'autre, parce que ces deux bataillons estoient à découvert sous un grand feu des ennemis postés dans le bois , M. le prince de Conti crut qu'il la devoit faire soutenir par la brigade de Stoppa dont le3 batail-
(*) Correction de la main du maréchal.
voidu mener peu de monde ce voyage-ci ; il y a trois pavillons et beaucoup de logements vides. Il y a ici des
Ions estoioit on pea séparés, et où la blessure cpie reçeat le brigadier qui luy fracassa le poignet le mettant hors d'estat de pouvoir donner ses ordres, parce <|n'i] fut contraint de se retirer, fit que les bataillons ne marchèrent pas tout à fait aux endroits où il le falloit. M. le Duc, qui estoit de jour, et M. le prince de Conti, Youlurmt forUflier les bataillons de cette nation par la brigade de Potier, qui marcha de fort bonne grâce : mais les ennemis estant ayancés sur les postes que nous occupions encore, et le régiment de Pollier ayant devant soy cette ouverture que Chartres et Bourbonnois avoient laissée en se resserrant à droite et à gauche , il essuya un si grand feu des ennemis que nous trouvAmes tous que c'estoit tousjours beaucx)up à ce régiment de le soutenir en plakie , quoyqu'il n'avançât pas autant que nous l'aurions désiré. Le pauvre oolond agit à son ordinaire pour mener son régiment comme il le vouloit, et tout le monde en fut fort content : mais malheureusement il fut tué, et, malgré sa perte, Salseguaibré, son lieutenant-colonel , tint si bien le régiment en cette place , qu'on ne s*apperçeut ix)int de la perte qu'il avoit faite.
Les choses en cet estât, les ennemis estant sortis des bois, et estant venus fort près de nous poser les chevaux de frise, derrière lesquels ils falsoient un feu considérable, tout le monde, d'une commune voix , proposa démettre nos melUeures pièces en o^ivre, et de faire avancer la brigade des gardes. L'ordre ne luy en fut pas sitost donné , qu'elle marcha avec une fierté qui n'estoit interrompue que par la guayeté des officiers et des soldats. £ux-mesmes aussy bien que tous les généraux furent d'auis de n'aller que l'épée à la main, et c'est «omme cela qu'ils marchèrent. Les gardes suisses, imitateurs des françois, marchèrent avec la mesroe guayeté et la mesme hardiesse. Renoix vint proposer de n'aller que l'épée à la main, et Vaguenair dit que c'estoit la meilleure manière. Tout aussytost il vola au centre de son bataillon, et le mena à la mesme hauteur des gardes droit aux ennemis, qui ne purent tenir contre la contenance aussy hardie qu'avoit cette brigade , on peut se servir du terme de contenance , parce qu'elle ne tira pas un seul coup : mais la vigueur avec laquelle elle alla aux ennemis 1^ surprit assez pour qu'ils ne fissent qu'autant de résistance qu'il en faloit pour en estre johits, et en mesme temps tués de coups d'épée et de picque, tous les gardes estant entrés dans les bataillons ennemis. Davejan mena cette brigade avec toute la capacité et toute la valeur qu'on devoît attendre de iny. Il n'y eut pas un commandant de bataillon qui ne suivit son exemple ^ et qui ne doiue estre loué aussy bien que tous les capitaines, et généralement tous les autres officiers , et on peut dire que si ce régiment avoit esté conune un autre de l'armée, il auroit mérité de devenir le régiment des gardes de Vostre . Mi^^sté, puisque, hors celuy des gardes angloises , cette brigade abattu tous les antres régiments des gardes d'Angleterre.
Les gardes n^avoient besoin que de leur seule valeur pour les engager à bien faire ; mais la compagnie qui se trouva à leur teste n'anroit pas peu contribué à les animer, s'ils avoient eu besoin d'exemple, puisqu'ils y avoient M. le prince de Conty, M. de Vandosme, M. le duc de Vilteroy, M. le marquis de Tilladet
gens qyi ^'f étaient jamais venus ^ M. le oomte de Luxe et M. de^Saint-Germain^Beaupré. Monseigneur le Dauphin
se puisse p rççuftt en ce lieu-lii une grande UeMure.
J'avais supUé M. le duc de Cbartres de se tenir à ea réeerra <pii aeloit 4m* lière fiugtwea , l«y doQDaiit ma parole que je troayarpii un tempe pour le faim agir el eati^&ire à reitrême enuie qu'il avoit de donner dee marquée de seii ccwrage. B Tintme trouTer pour cela dès tecommenoement, lonquenouenb* eerriofig les eoDemis : maie pour ne point trop Teapoeer, je le eoiynmy des'en retourner» ce qu'il fit avec »a douceur ordin^^y m'env^yaot pourtant des isene de sa maison pour me dire qu'il seroit bieo aysede yeir leeommeneemntdo Gomtmt : comme je ne me laissay point vaincre k leurs inetanoes» M. d'Any ne vint dire de sa part qu'il estoit si touché de s'en aller, et avait tant d'enuiede voir quelque cbose qu'il vauloit que je le laissasse un moment Je ne pena lésister à ses empresaements, non plus qu'aux prières de M. d'Arey, c'esl ee qui fit qu'il demeura » et que dans le oommencement du combat, il récent nn coup dans son juste an corps qui traversa d'une épaule à l'autre. La frayeur qae j'eus du bavard qu'il avoiteouru, m'obligea deluy dire qu'il s'en retournât à sa brisade, ce qu'il me promit.
Après que les gardes eurent bettu les ennemis , repris le canon que nem avions perdu , et quatre de leurs pièces , M* le prince deOonty, dout la oapacMé égale le ooumge , et fait qu'il a l'œil à tout ce qui se passe , se Jelta è son poste naturel, qui estait sur la droite, après avoir eii un cheval tué aone Iny au commencement de l'affaire , et un autre à la teste du betaillon de ailler. 11 trouva, en y arrivant , que le cbevaller de Oaâskm, qui avoit remarqué que quelque cavallerie des ennemis s'étoit aproebée de nostre droite par leur senche, s'y en estoit allé avec le chevalier d'Angpolesme et avec le riment dee dragons Dauphin et avait chaeeé un bataillon , qui estoit posté devant eux derrîèpc les bayes, et comme U marchait des troupes pour chasser les dregons Dauphin, il les fit soutenir par le régiment de Provence , qui chassa les enneesiB an delà des liayes jusqu'à la plaine avec une vigueur dont te cfaevatier de Gasekm pa^ roist fort content. Le régiment Royal-Italien, aussy bien qneRoyal-Oontoisi o<k le marquis de ^PeUefonds avoit de^à esté blessé à mort, firent tons deux ee qu'on doit attendre de deux braves régiments. La cavallerie des ennemis fitquel ques efforts pour soustenir et faire ravencer leur infisnterie : mais le grand feu dételle de Yostre Majesté les esloigna tousjoui's des bayes où elle estoit postée.
M. le Duc , qui veut tousjours estre partout, joignit M. le prince de Contf, qu'il trouva avec MM. de Yandosme dans le temps que les ennemis tenoient encore un petit bois sur la gauche de Provence, mais la brigade de Zurlanben , composée des bataillons de Crussol , de deux de Tiange et de deux deZurlanben, qui avoit poussé jusque-là tout ce qui s'estoit opposé devant elle arrivant il propos, M. le prince de Conty leur Ht mettre l'épée à la mam, et après un 4jombat assez disputé, il acheva de chasser les ennemis de tout le bois, et les fit poster dans les hayes jusqu'au bord de la plame.
Le régiment d'Orléans et les dragons qui s'estoient raliés ensemble prirent
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alla Taprès^lûée àSaini-Germain voir le n>i et la reine d'Mgleterre, qui lui dirent que mil(»*d Mon^oy a été tué
Ift ffiMiiftéecÉtto bripdA» et par c« moyen toiikto ligne Alt conmiai^^ eelkKtoftflftrte.
U WYaliaris Mûemie «itoit dans la plaiiie «o iwtaiUa sur d6»K< UflPM, an préÊÊDce da rinlliiitaria de Yoatre Mi^aaté , ayant on batailliHi à leur dniite, miantnaè leurgancha etmdana la centre. Us Airwt deuiL bauraa dans cette situation, disant mine quelque fois d'attaquer : mais le fan qui aorloit deaoa hayaa Im arreata totuyonra.
La cavaUerie de M. de Soufflera ectaat arrivée , on erût qu'il en pourrait faire paaaer quelque eacadron à la droite de noatre iafimterie. Il y maroha a?ec son vé^mmA et caUuy du conuniaaaire gMral ; mais lea ennamia s'eatoient retirés avant qu'il peut y arriver.
Durant que las choses se passoient ainsy à la droite, le régiment de Cbam« pafne eut affiiires aujL gurdas Msglpises qui s'en Sfwit tràs-mal trouvés.
M. Ou Montai s'estent eatiBié à poursuivre las annamia qui se retiraient devant loy, las pressa avec une vivacité eitréme, et gagna beaucpup de terrain sur eux.
. M. laducd'£lbeufastoitàGapoate,d'oa ilnalKNigeadaiNiialaooinmaneeinaBt jusquas à la fin, et 11 fit tout'ce qu'on doit attendre d'un bomma de sa nalioance et da son courage.
M. d'Altanotty y fit parfaitement bien son devoir ; et M. de BlainviUe, en le fîMiantauaey à merveUles, y fut fort blessé. Le bataillon da Mica aa trouva avec auK, qui fit parfaitemant bien, puisqu'il seconda Champagne, ce qui est une
Laa clioses en cet estât dans les endroits dont on a parlé ey-dessus^ raffaire n'eatoit pas finie à la brigade du Roy non plus qu'à celle du I>iiuphitt. Tous les ennamia estaient battus et chassés au lieu que l'on vient de dire , depuis le raisseau de Steenkerke jusqu'à la droite du bois : mais à la sortie de ce bois , e'estoit un pays fourré et ooupé d'une Infinité de bayes dont ces deux brigades ne cbaasoient point les bataillons qui leur estoient opposés aux premières, sans en retrouver de frais qui venoient pour soustenir les leurs, et d'autres qui occupoient les postes que ceux-là ne faisoient que quitter, et c'est ce qui fit qu'il y eut encore un combat fort chaud en ce lieu-là durant que nos autres troupes, par des postes qu'elles avoient pris , estoient paisibles. Le feu y estoit fort grand : M. de Boofflers y aUa quelque temps après qu'il fût arrivé, qui y donna des ordres très à propos, et trouva M. de Montai qui faisoit la mesme chose sur la droite.
Durant qu'on y oombattoit, las ennemis estandirent des bataillons aux bayes qui estoient sur leur droite, et s'estendirent considérablement vers le bois de Triou, at preaoient quelque avantage sur le bataillon de nostre gauche, qui aatolt envelopé par la teste et par le flanc, ce qui fit que M. de Bosca prit un escadron de Lorge commandé par Balivlère pour pousser sur le batafilon qui a'avançoit , ce qui le fit reeul«> bien vista.
Les régiraenta dedragans deFiroarcon et d'Àsphelt du çorpa de M. de Bouf<-
au combat d'Enghien; c^est lui qui étoit à la Bastille^ et qui fut échangé^ il y a quelques mois^ contre Hamilton» —
flera rsàxmd pM à terre, et forent postés bien à propos par hiy le long des hayes. Cela ralentit Tardeur des ennemis par leur grand feu, et Fimaroon, y faisant fort bien, y reçeut une fort grande blessure. Ce fttt là que MM» de Yandosme me Tinrent dire le bon estât de notre droite; leur bonne yolonté et leur grande envie de bien faire , les attirant partout où ils p^soient se devoir porter pour cela.
Quoyque Ton combattit sur la. droite , je ne sçavols point si on n'en Ansoit pas de mesme sur la gauche , les bois de Triou et du petit Enghien m'empeschant de voir si les ennemis se portoient de ce costé là. Cela m*avoit obligé d« prier M. du Mayne, M. le comte d* Auvergne et M. Rozen, en cas qu'ils ne fussent point attaqués , d'esseyer de s'approcher do petit Enghien , pour donner tout au moins de l'inquiétude aux ennemis ou pour nous ayder à les battre dans leur retraite en cas qu'il y eut de l'apparence. M. du Mayne m'envoya dire par Vatteoille que c'estoit un pays tellement fourré qu'on n'y pouvoit mettre un escadron en bateille; qu'ils s'avançoient pourtant qu'il leur estoit possible» bien fasché de n'avoir rien de meilleur à faire.
Il restoit trois brigades d'infanterie à la gauche, où n'estant plus nécessaire, les ennemis ne s'estant point estendus sur leur droite , on avoit crû les deroir faire revenir. M. de Soubize amena celle du Royal , qui occupa deux baye» l'une sur l'autre à la gauche du grand chemin , où estoient les dragons du corps de M. de Boufflers. Cela imposa beaucoup aux ennemis, dont le feu devint fort médiocre. Tous ces postes estant bienestablis par l'infanterie, et n'ayant plus lieu de prévoir que les ennemis fissent de nouveUes attaques , M. le duc de Villeroy jugea qu'il seroit fort à propos de faire passer les brigiides de Phelippeaux et de Dalou à la gauche de celle du Royal , et de les poster en avant en un endroit un peu plus ouvert , où il paroissoit qu'on pouvoit les mettre en bataille pour se trouver à portée de suivre les ennemis dans leur retraite.
L'arrivée des premiers escadrons de cette cavalerie en cet endroit fit prendre le parti aux ennemis d^esloigner la leur de leur infanterie , quoyque celle de M. le duc de Yilleroy av<nt postée eut devant elle des forêts impraticables et des bayes an travers desquelles il aoroit fallu nécessairement deffiier, ce que je ne jugeay pas à propos de faire, jusqu'à ce que la brigade de Lyonnois et celle de Navarre qui arrivoient fussent postées à la pointe du bois de Triou à nostre gauche, comme une partie de l'infanterie l'estoit à la pointe du bols du Bosquet où elle avoit combattu , voulant que la droite et la gauche de la cavallerie que l'on auroit pu faire passer fussent couvertes par l'infonterie.
Le régiment de Senecterre que M. le duc de Villeroy avoit pris en passant auprès de la réserve fut placé par son ordre à la gauche de la cavaHerie, et il le fit avancer à des bayes qui communiquolent an bois de Triou jusques où il marcha avec la brigade de Lyonnois, et la teste de Navarre arrivant, M, le doc de la Rocheguyon occupa une baye auprès de la cavallerie.
Les ennemis nous voyant dans cette situation sur les sept heures da soir ne songèrent plus qu'à la ivtraite. Les bataillons le plus avancés se ratiri^rent
On a chanté aujourd'hui à Versailles le Te Deum^ et on le chantera mardi à Notre-Dame à Paris.
à oeax qui estoient derrière et insensibleaieDt se trouvèrent dans le chenÛB qn'ild «voient fait le matin pour venir noué attaquer, qui passe entre Rebay et Sainte-Rendle^ nous le suivîmes une bonne demie lieue sans trouver de jointure pour le charger. Dès que leur cavallerie commença à démarcher de la hauteur où elleestoit, elle disparut si vite que quand nous y arrivâmes, nous ne vîmes plus d'escadrons.
Pour rinfiinterie qui avoit un pays fouri'éet plus favorable , elle se retira en bon ordre, et la nvulct estant venue, je crus qu'il valoit mieux faire rentrer rarmée de Yostre Amesté dans son camp que de nous attacher à une poursuite inutile.
M. le duc de Barwick se trouva dès le commencement lorsque nous allicms leeonnoistre les ennemis , et agit durant tout le combat aussy bravement que j'ay rendu conte à Yostre Majesté qu'il avoit fait la campagne passée.
Le comte de Lucan estoit avec luy , en qui nous avons bien remarqué de la valeur et de l'intrépidité dont il avoit donné des marques en Irlande; je puis assurer Yostre Majesté qu'il est très-bon officier et très-capable.
M. de Guldenleu s'est aussy trouvé depuis le commencement du combat jusqu'à la fin avec le comte de Bielke et le colonel Trembe ayant marqué l)eaucoup de valeur aussy bien que ces Messieurs qui l'accompagnoient.
C'est avec bien de la douleur que je feray ici l'éloge de M. de Turenne : nous le trouvâmes aux gardes , il estoit de jour : mais sa bonne v.olonté le portoit autant que son devoir partout où il y avoit quelque chose à faire, ayant trouvé qu'il n'avoit fait que trop, je le renvoyay à sa brigade api'ès la charge des gardes; mais malheureusement il la quitta et vintdadsle poste qu'occupa Fimarcon où il reçeut la blessure qui fait perdre à Yostre Miyesté un homme qui l'auroit très-bien servie.
Je n'ay point voulu parler du major général, parce que sa fonction l'engageant à estre partout, on ne pourroit le placer en un Keu û\e : mais je puis répondre à Yostre Majesté qu'il a rempli tous ses devoirs et au delà, se trouvant dans tous les endroits nécessaires et y faisant partout ce que Yostre Majesté luy a vu faire.
Je ne m'estendrai pas davantage à louer tous ceux qui méritent de l'eshre. 11 faudroit commencer par tous les officiers généraux, et finir par le dernier soldat, tout le monde ayant fait son devoir au-delà de tout ce que je pourrais vous en dire.
Le miiord Lucan parla hyer au gouverneur d'un jeune seigneur d'Ecosse qui venoit de Bruxelles chercher son corps sur le champ de bataille, ce gouverneur luy dit tout basa l'oreille et en confidence que des Anglois et des Êcossois il estoit resté trois mille hommes sur le champ de bataille, et que de ces deux nations Us àvoient encore plus de trois mille blessés.
Les Danois sont presque entièrement déijiits, et en contant l'échec qu'on souffert les «ntres nations, la perte des ennemis est assurément très-considérable. Un sommeillier françois qui est à M r d'OVerkerqne a dit a un de mes
Lundi 11 1 à Marly. — Le roi ise promena tout le mattn dans ses îardins , et Taprè^^née il alla courre le cerf en calèche dans la forêt de Marly. Madame vint dé Saint- Cloud pour la chasse. — Le roi nous dit que M. de Luxembourg lui mandoit qu'il quittoit le camp d'Enghieïi, où il commençoit à manquer de [fourrages, pour aller à Lessinnes. Laoier, lieutenant général de Tarmée de M. le prince d'Orange, est mort de ses blessures. M. le prince d'Orange faisoit courre le bruit dans son armée qu'il reviendroit attaquer M. de Luxembourg pour prendre sa revanche, mais il n'y a pas grande apparence, ayant été obligé de renvoyer en garnison vingt de ses bataillons qui ont été entièrement défaits au combat. -^ Le chevalier de Mursé est mort de ses blessures ; il étoit colonel d^un régiment de dragons. M. de Saint-Florentin, frère de M. de Chàteauneuf, est mort de ses blessures; c*est Tarchevêque de Bourges qui sera son héritier, et M. de Tessé, colonel général des dragons, aura le régiment à vendire.
Mardi 12, à Marly. — Le roi et lancine d'Angleterre vinrent ici sur les sept heures, fure^t quelque temps enfermés avec le roi, puis ils allèrent à la promenade et jouer au portique de marbre, et puis le roi, en les promenant, les ramena jusqu'à leur carrosse. — On a eu nouvelles que M. de Savoie avoit mai'^hé pour assiégé* Embrun , mais que ses troupes en chemin avoîent eu un
gj^des qu'ils tenoient parmi eux qu'ils sivoieni perdu {dus de dix mille hommes, et je pense qu'on peut conter tout au moins sur cela.
Nous croyons avoir huit ou neuf drapeaux. Il y en avoit un dans k réghnent de Champagne que les soldats déchirèrent, et deux dans le régiment du Koy dont on n'en a retrouvé qu'un. On n'en porte que cinq à Yostre Majesté.
Il y a eu dix pièces de canon prises que j'ai envoyées à Mons.
M. de Bagnols a les estais des prisonniers qui se montent à treize cents et tant dont la plus part sont extrêmement blessés» sans conter les offîciers dont on envoyera incessamiiieot la liste à Vostrc Majesté.
oontre-cMPdre et étment retournées à Saint^lément stir la Duranoe, ayant du avis que M. de Larrey a'ëtoit jeté danslaplace^ et qu'il y avoit six bataillons dedans. M. de Gatinat est toujours eampé sur le mont Genèvre^ et mande au roi qu'il ira secourir Ckerasco en cas qu'il soit attaqué^ comme ce ohâteau en est menacé par M. le duc de Schomberg, qui Ta déjà fait sonmier. Leduc deSchombe(rg est à la tète de quatre mille religionnaires ou Vau^ dois, et c'est oe qu'ils appellent^ en ce pays-l& , l'armée du roi d'Angleterre , parce qu'elle est payée de l'argent du prince d'Orange. -^ On a ohanté le Té Deum à Paris pour le gain du combat de Steinkerque (1).
Mm-credi 18, à Versailles. — Le comte de Luxe repartit de Marly pour aller trouver M. de Luxembourg son père. Le roi lui a donné 1,000 pistoles pour son voyage ; le roi l'a fait brigadier d'infanterie, et on croit qu'il épousera la fille du duc de Gramont et qu'on le fera duc. — Le roi demeura à Marly jusqu'à sept heures du soir. — On mande au roi, de Dauphiné , du 7 de ce mois, qu'on entend tirer beaucoup de canon du cô té d'Em* brun; le roi ne doute pas que M. de Savoie ne soit revenu assiéger la place: cependant la nouvelle n'est pas encore bien assurée. •«- Le roi donne à vendre à M. de Villette le régiment des dragons de la rrine qu'avoit M» le chevalier de Mursé, son fils.
Jeudi ik^ à Versailles. «-*' Ou a eu nouvelles que les troupes angloises que le {^inde d'Orange a deslinéeepôUf flaire une descente sur les o6tes de Franoe étolent endsor^ quées. C'est Ruvigny qui les commande ; on ne sait encore si le prince d'Orange le fera fam^v en Flandre pour for-
(1) Dangeau dit maînftenani le combat de Steinkerque, et non le combat d'En* llfik», eoMme SAfttb-Simott le fUî à repi'oché d^ils son addition au d août, 0!iibfittic|«enaniiaaéeiitipii^»éledMéRMirtk nifti& Oti JtoiVAly et «fH^à in date du 9 août, le nom de la bataille n'était paar eicore fixé. Ce sont ces ittipresfiions du moment, si rares chez Saint-SimoA et si fréquentes chez Dangeâu, qui MHI le |«fM 4tt lMini«l dé oé dèrUM-.
iô2 JOURNAL DE DANGËAU.
tifier son armée^ ou sHl suit son premier dessein , ce qui n^est pas fort à craindre^ car toutes nos côtes sont fort bien gardées^ et la saison est déjà bien avancée pour tenir des vaisseaux dans la Manche. — M. de Luxemboui^ est campé àBassilly^ près de Lessinnes^ mais le manquement d'eau et de fourrages Tobligeront bientôt à dépamper. Le prince d'Orange est toujours dans son camp auprès de Hal. — Le chevalier d'Estrades;^ est mort des blessures qu'il avoit reçues au combat de Steinkerque; il étoitcolonel du régiment de M. le duc de Chartres. — M. le duc d'Albret, qui , paiia mort de M. de Turenne **, devient aîné de la maison de Bouillon^ quitte ses bénéfices^mais il ne quittera point son nom; il ira servir dan¥ peu de îours dans Tannée de M. de Gatinat.
* Le chevalier d'Estrades étoit un cadet du feu maréchal et homme de grand mérite en tout genre.
* * M. de Turenne mourut écrivant à sa maîtresse. Ce qui n'empécba pas le cardinal de Bouillon d'exiger du P. Gaillard une oraison funèbre, qui eut la complaisance de la faire. Il fut fort regretté de sa famille, dont il avoit tout Tesprit.
Vendredi 16, à Versailles. — Le roi et Monseigneur firent le matin leurs dévotions , et allèrent Taprès-dlnée à vêpres. Après vêpres. Monseigneur alla coucher à Villeneuve-Saint-Georges , et le roi travailla avec le P. de la Chaise. — Le roi a donné Tévêché d'Angers à M. Fabbé Pelletier, fils du ministre, l'abbaye duMoutier, qu'avoit l'abbé de Beuvron à M. l'abbé de Soubise, et l'abbaye qu'avoit feu M. d'Angers dans Angers à Fabbé de Ro» q^épine. La charge d'aumônier du roi qu'avoit feu M. l'abbé de Beuvron n'est pas encore donnée. — On ne sait encore rien d'assuré du siège d'Embrun, on croit que les ennemis ont peu de canon. -— On mande de Mons que la blessure de M. de Tilladet va fort mal, et on ne croit pas qu'il en puisse réchapper.
Samedi 16, à Versailles. — Le roi alla tirer dans se»
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parc^ malgré la pluie qui dura jusqu'à la nuit» Mousen gneiur courut le loup dansSénart^ et revint ici de bonne heure. Monsieur et Madame revinrent de Saint-Cloud. -— > On a eu des nouvelles sûres du siège d'Embrun. La tranchée fut ouverte la nuit du 6 au 7 de ce mois. La place est très-mauvaise ; ainsi il y a apparence que M. de Larrey n'y pourra pas tenir longtemps. M. de Savoie ^ H. de Caprara^ et M. deLeganès^ gouverneur du Milanois^ sont au siège; M. de (]ommei*cy et le prince Eugène de Savoie y sont aussi. Il ne sera pas possible à M. de Catinat de secourir la place.
Dimanche 11, à Versaitifis. — Le roi^ après le salut^ alla se promener. — On a eu nouvelles que le comte de Schomberg s'étoit retiré de devant le château de Cherasco, qu'il avoit assiégé avec un corps de quatre mille hommes ; les paysans qui se sont attroupés sur les montagnes ont tué cinq ou six cents des ennemis, et les ont chassés d'un poste qu'ils avoient occupés. Ils avoient aussi voulu se saisir du poste de Belveder près de Sainte-Brigitte avec environ mille hommes^ mais ils en ont été rechassés. — Le sieur GavaUerini^ nonce du pape^ eut sa première audience particulière du roi. — On a eu avis que le prince d'Orange avoit été obligé d'envoyer quelques troupes à Ter Goes en Zélande, et que les magistrats avoient fermé leurs portes et n'avoient pas voulu recevoir ces troupes.
Lundi 18» à Versailles. — Le roi alla tirer; Monsei-* gneur alla coucher à Brémont chez le chevalier de Lorraine, après avoir tiré toute Faprès-dinée dans la forêt de Sénart. — Les nouvelles d'Embrun portenlt que M. de Larrey a fait une sortie la nuit du 13 au iky qu'il y a. eu assez des ennemis tués, que le prince de G ommercyà été blessé au visage. Les ennemis manquent de beaucoup de choses ; cependant la place est si mauvaise que, ne pouvant être secourue , on doit croire qu'elle sera bientôt prise* «— La comtesse de Roye a envoyé son consentement
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pmir lé mariage A& Blanzac avec madame de Nangis; il fût fait la nuit de samedi dernier^ et elle acôôticha le dimanche matin. H y avoit déjà plus d'un an qu^lb étoient mariés^ et ceci n'a été qu'une eonfiirmation ponr 6ter tout sujet de procès à Tavenir. -^ Madame la Ihichesse accoucha^ le matin à six heures^ d^n prince qui portera le nom de duc d'Enghien; Monseigneur arriva eheï elle avant qu'elle fût accouchée;, et le roi un instant après.
Mardi i9, à fersailhB. — Le roi travailla longtemps l'après-dlnée, et ne sortit qu'à six heures pour aller ti^er. Monseigneur voulut courre le^oup, et, n'en trouvant points il prit le parti de demeurer à Frémont pour reoourre le lendemain. Il envoya Dnmont au roi pou^ s'excuser de n'être point au conseil du mercredi , et le prier de trouver bon qu'il demeurât ee joup4à & Frémont ; Monsieur et Madame dévoient être de oepetit voyage» là, mais ils n'en ont point été. «^ On a eu avis par dést lettres d'Angleterre du là que les vaisseaujE de transport et une piy?tie de la flotte avoient été obligés par les viénts contraires de ralAcher à la rade de Sainte-Hélène. QMlque infanterie a déjà débarqué en Angleterre j^ et Ton ercât que le prince d'Orange fera pass^ en Flandre lé reste de ces troupea^là pour fortifier son armée très* affaiblie par le eombal de Steinkerque , où ila aVOMiii qu'ils ont fait une très-grande perte. Voilà tous les {»f^^étll pour des descentes en France avortée.
Menredi 20^ à VenaiUéi. ^-^ Monseigneur révint de Frémoiit^ après avoir couru le loup dans Sénart. -^ Le comte d'Estrées va commander quinte vaisseaux qui paiw tent de Brest; il a pour chef d'escadre sous lui le mfti^ quis de la Porte. ^-^ On croit que cet armement est de»« tiné pour la Méditerranée. ^^Lesieur Du1k»s> procurenr général de la cour des aides ^ fut élu samedi passé prévôt des marehan(](s à la place du président de Fôuroy , gendre Au dhancdier, et hi^ il prêta son serment entre Wmaim
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du fc [i). *-* On à m que le dei^m Am Anglo» étoit d'aller à Brest, à Roohefort on à Payoûne, que ramiral Htissell et le éomte de Nehombet*g' avoient des in^ttuction^ qu^ils ne dévoient ouvrir qu'en mer, et qu^aprds les avoir ouvertes ils avoient assemblé un conseil de guerre , et que tous les officiers avoient opiné que ces entreprises étoient impraticables et qu'ils avoient pris le parti de re* venir. C'étoit Ruvigny et la Melonière qui dévoient commander les troupes de la descente; on a intercepté quelques lettres de Huvigny à des religionnaires.
Jeudi 21 , à Vêf^llêS. -^ Le roi eut nouvelles le soir que M. de Larrey avoit capitulé dans Embrun ; la gar^ nison a obtenu la capitulation qu'elle demandoit; et a été renvoyée à Grenoble. M. de Savoie a fort bien traité Far^ chevèque d'Embrun et Larrey , et leur adonné à diner. La place a tenu depuis le 6 jusqu'au 17; les ennemis y ont perdu asse£ de monde. Il y a eu des gens considé*râbles parmi eux : le marquis de Pitrère blessé à mort , le prinœ de Gommeroy blessé au visage^ le prince Eugène a eu deux doigts caseés, et le frère du marquis de Leganés aaseat blessé. Nous y avons perdu le marquis d'AmauBé, colonel d'infanterie. On ne compte pae que les ennemis puissent garder oeite place; ils y ont trouvé beaucoup de £winefi dont ila avoient grand besoin. «*^ Le prinee d'0<^ range est venu camper à Ninove sur la Dender, où toutes les troupe§ qu'ils avoient destinées à la descente en France
(1) (t Le noBveAu prérdt des marchand* et le» noutéaux écbevias oot élë à V«ngaiUes prMer senMiit entie ke main» de Sa Ms^té. M. le Gamas , iMltftdfa reqeélia, fls de M. la pmnier présidant de la cour des Aides, |fféaeata le seratie , el fil ua diaeoiira aur «e soiet que toute la eoor afifiUiadit Idrt. Le roi kn fit nioimeur de hU dire qu'il aroit patlé m tionune de qualité. M. de Foercy sufiiitta le lOi de kii ^rdoneer les faetes qu'il powreit aToêr folles pendant qu'A éloit préYdt des marchands; et ce prince lui répondit qtill .étoit tellement satisfoit de sa condmte qu'il le prapoeoit pour exemple à M. du Boia qui entrait danaoe même emploi. Le roi dit ensnte à M. le Nonce, ^ui étoit présent , qu'il venoit de kû voir foire une dea fonctions de la rojfaoté ; mais qu'elle n'étoit pas des plus grandes. » (Mercure dVioM, page 301.)
viandroat le joindre. Il y eu a déjà une partie qui a dé* barque à Ostende , et quelques régiments de cavalerie en Hollande. M. de Luxembourg est dans son même camp, sa droite à Lessines et a le ruisseau d'Augy devant luL Il a dans son camp un terrain à remuer sa cavalerie ai* sèment; ainsi il est difficile qu'on Ty vienne attaquer; cependant on dit toujours dans Tarmée du prince d'Orange qu'il veut prendre sa revanche du combat de ^teinkerque.
Vendredi 2%, à VersailUi. — Depuis que le nonce est arrivé, il reçoit tous les jours profession de foi des nouveaux évéques à qui le pape a donné des bulles^ et il y en a déjà plusieurs de sacrés. Le roi a donné le régiment 4ju'avoit le marquis d'Amanzé à [Chamilly], neveu de Tévéque de Troyes. — M. le duc d'Albret a rendu au roi l'abbaye de Redon en Bretagne ^ et S. M. Ta donnée à l'abbé d'Auvergne, fils de M. le comte d'Auvergne, qui est chanoine à Strasbourg. Les autres bénéfices qu'avoit le duc d'Albret lui avoient été donnés par M. le cardinal de Bouillon, son oncle, qui redonne aussi à l'abbé d'Auvergne ce qu'il y avoit de plus considérable. — Le comte de Charny^ est mort en Espagne, où il servoit depuis trente ans; on Tavoit toujours cru fils de feuMonsieur (1), mais Monsieur ne le voulut point reconnoltre en mou-
(1) Le comte de Chamy est porté dans le P. Anselme à Tarticle : Enfants naturels de Gaston, duc d'Orléans, « Louis, bAfard d'Orléans, comte de Cbamy , gouverneur d*0ran, naquit à Tours de Louise Roger de la Marbelière en 1638. Il ne fut point légitimé, et, après la mort de son père, il alla s'établir en Espagne, s'y signala dans la guerre contre le Portugal, foi fait général des années de la o6te de Grenade sur la in de Tan 1684, puis goovemeur d'Oran, et après divers «mplois, mourut en 1692, laissant un fiU naturel, Louis, comte de Chamy, qui s'est signalé tout jeune dans les campagnes en Catalogne avant la paix de Rtswick. Jl a servi utilement le roi d'£spagne PhUippe V, surtout à la bataille, d'Almansa, et fut fait maréd»! de eamp en 1710, ayant eu la clef de gentilhomme de le chambre en août 1707, et a eu le gouvernement de Jaca en mars 1719. » {Hist&ire généalogique et chronologique de la maison Royale de France, etc., par le P» Anselme, '^^ édit. 1726. Tome I, page 148.)
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pant, et, n'ayant pu avoir aucun rang en France, il s'étoit jeté dans le service d'Espagne. Sa mère est dans les filles Sainte-Marie de Tours, où elle mène une vie trèsexemplaire depuis longtemps. — Le roi alla se promener Faprès-dlnée à Marly, où il s'amusa à faire planter ses arbres*
* Du temps que ce Chamy alla en Espagne, il ne s'agissoit pas de rang pour lui, mais d'emploi dans le service. Quoique M. Gaston ne t'eût pas reconnu dans les formes, il le reconnoissoit en effet, et Mademoiselle après lui, que l'un et l'autre lui ont toujours donné assez gros. Ce furent les liaisons de Gaston et de Mademoiselle, sa fille, avec M. le Prince, et celles de M. le Prince avec les Espagnols, qui mirmt Cbamy au service d'Espagne, où il n'eut et ne prétendit jamais aucune autre distinction que celles de son grade militaire.
Samedi 23, à Versailles — Le roi. Monseigneur, Monsieur, Madame^ les princesses et toutes les dames allèrent à Saint-Germain, où se fit la cérémonie du baptême de la petite princesse d'Angleterre , que le roi et Madame tinrent sur les fonts; elle fut nommée Louise-Marie. — Tillàdetest mortàMons de sa blessure (1). Il étoit lieutenant général, capitaine des CenfrSuisses de la garde, gouverneur d'Arras, et lieutenant de roi d'Artois. Il avoit les grandes entrées chez le roi; il avoit \m justaucorps à brevet et étoit chevalier de l'ordre. M. de Courtenvaux a la survivance de la charge de capitaine des Cent- Suisses, charge qui vaut près de 50,000 livres de rentes; il vaque par cette mort une treizième place dans les chevaliers de l'Ordre. — M. de Savoie a mis dans Embrun deux bataillons de religionnaires; il espéroit que les nouveaux convertis malintentionnés le viendroient joindre.
(1) « n a vécu jusqu'au 22 de ce mois, et, lorsqu'il s'est vu près de mourir, il a marqué un si grand désir que ses créanciers fussent payés, qu'il a ordonné aux exécuteurs de son testament de ne point faire prier Dieu pour lui , avant qu'on eut satisfait à toutes ses dettes. Bel exemple pour ceux qui ne pensent à leurs créanciers que pour chercher les moyens de les frustrer de ce qu'ils doivent! » (Mercure d'août, page 289. )
m JOURNAL PE DANGEAII.
mois pas un n'a branlé. Au <»ontraîre^ ils sont ton» vdaus dcmwr des nouvelles a^wupwoes de fidélité^ et œu^ qui sont dans les troupes des ennemis désertent fort et re* vienuentehe» euic (1).
Dimanch$ ik, à VerMilUi. ^ Le roi, après le salut, «dla chasser et se promener. Monseigneur se promena sur le canal avec madame la princesse de Conty, et puis revint dans les jardins où il fit aller les fontaines des bosquets.
— Le roi a donné au comte de Mailly, mestre de camp général des dragons, le justaucorps à brevet qu'avoit Tilladet. — Mademoiselle de la Trémoille^ sœur du duc de la Trémoille , est morte à Paris dans un couvent ; elle ne paroissoit quasi jamais à la cour ni dans le monde.
— Le premier président de Grenoble est mort ; il s'appeloit M. de Saint-André, et avoit été ambassadeur à Venise ; il étoit mari de madame de Virieu» -— Le roi a donné à l'abbé de Brancas l'abbaye de Notre-Dame des Alleuds^
(1} ft Le zèle qa*a fait paroltre maddinoiselle Philis de la Charsse, nouvelle convertie ea Danphiné, pour le service du roi, ne doit pas être oublié. £lle a ampécbé la désertion des peuples depuis l9s environs de Gap jusqu'aux Baronnies. Elles s'est mise à leur tête, a fait couper les ponts, fjarder les pj^sages, empêché les ennemis de pénétrer au delà de Gap. Cette amazone, ayant informé les généraux de tout ce qu'elle avoit fiEût ^ en fut approuvée et complimeoiëe, et| de leur sveu, «Hé fit armer tout ce qu'aHe put de monde pour le service du roi et la sûreté de la province. Madame la marquise de la Charsse. sa mère, exhortoit les peuples de la plaine à se tenir dans le devoir pendant que sa fille résistoit aux ennemis dans la montagne. Madame d*Urtis , son aînée, fit, d'un autre côté, couper toutes les cordes des bateaux qui traver-
soient la Durance, afin que les ennemis ne s^en pussent emparer M. le
marquis de la Charsse fit lui-même, il y a quelques années, ruiner la terre dont il porte le nom, à eause que les religionnaires y avoient fait des assemblées contre led ordres du roi. Et puisque nous en sommes sur les actions glorieuses de cette famille, on ne doit pas passer so us silence le courage et l'intrépidité avec laquelle mademoiselle Dalerac de la Charsse, cadette de cette maison, soutint le parti des catholiques contre les mutins qui s'étoient assemblés en Dauphiné proche de Bordeaux^ et qui avoient baptisé leur assemblée du nom de Camp de r Éternel. Cette demoiselle est présentement à Paris, où elle fait briller son esprit, sa piété et ses autres vertus, et l'on dit qu'elle voudroit être en Daupliiné pour partager avec sa famille la gloire qu'elle s'est acquise dans cetttf dernière rencontre. » ( Mercure àe septembre, pages 3îî8-3t.)
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vitrante par la démission du président Amolot^ qui a <{Oiité 099 bénéfices pour m avarier.
Zniwli 2(i^ à Veriaille$. — lia roi aUatirer «t seppomenar* ' Honaeigoaur aU^ aoualter à Villenauva-fiainIrGaorgfg. •*- M. le prinoa d^Oraoga a quitté 1^ camp da Minove^ et ast all4 àGavre; il assemble force pionniers» et a envoyé tous ses gros bagages à Gand. Le bruit de son arméa est qu'il veut assiéger Ihinkerque ou Ypres; ij n'y a pas grande apparence ni à l'un ni à l'autre* M. de Luxembourg a quitté le camp de Lessineg et est venu à Pottes; il alloit devancer M. la prince d'Orange an cas qu'il veuille aller du côté de la mer. On a détcushé six régi*-» ments de dragons de l'armée de Flandre pour aUer servir dans l'armée de M« de Gatinat. •**- La commMideur de Flacourti ebef d'escadre^ est mort à Brest de maladie. «-*« On a publié un édit portant création de maire perpétuel dans toutes les villes du royaume.
Mardi 26 1 à VermUe$. ^ Monseigneur denieura à Villeneuve-Saint^eorges pour courre le loup le lende^ main, n'en ayant point trouvé ce jour-là; il envoya au roi pour lui demander permission. Il alla, l'après^dlnée, en bateau àChoisy, voir la grande Mademoiselle, et revint, en tirant dans la plaine , de Créteil à Villeneuve^-Saint* Georges. — Le roi a donné le gouvernement de Guérande en Bretagne à Lanjamet; ce gouvernement vaut 4 ou 5,000 livres de rente, et étoit vacant par la mort de M.de laChapelle-Coquerie. — On ne sait point encore quel parti M. de Savoie a pris depuis la prise d'Embrun , mais on ne croit point qu'il fasse rien de considérable.
Mercredi 27, à Marly» — Le roi vint ici en chassant. Monseigneur revint de Villeneuve-SaintrGeorges à Versailles, çù il prit madame la princesse de Conty, et vint ici avec elle; Monsieur et Madame sont du voyage* — On a eu nouvelles que trois de nos vaisseaxuc de guerre en ont trouvé quatre Espagnols qui convoyoient des vaisseaux marchands auprès du cap de Finistère ; ils les
leo JOURNAL DE DANGEAU.
ont attaqués. Le chevalier de Lévy s'est attaché à un vaisseau de soixante pièces de canon ; FEspagnol s^est défendu longtemps^ mais^ comme son vaisseau étoit près de couler à fond, il a demandé quartier. Le chevalier de Lévy a fait entrer des officiers dedans^ qui ont donné des ordres si à propos qu'on a sauvé le vaisseau, que nous avons ramené.
Jeudi 28 y à Marly. — M. de Luxembourg écrit au roi d'hier au matin que M. le prince d'Orange marchoit, et qu'on disoit dans son armée que toutes, lesiroupes angloises qui étoient sur la flotte étoient débarquées à Ostende et arrivées à Bruges , que M. l'électeur de Bavière marchoit devant M. le prince d'Orange avec un corps séparé, qu'ils ont un grand nombre de pionniers qui ont eu ordre de prendre du pain pour huit jours. Ils font toujours courre le bruit qu'ils veident assiéger Dunkerque ou Ypres, et l'on croit toujours ici que cela n'est pas faisable. M. de Luxembourg va camper à Haerlebeke, et aura toujours deux jours devant eux. — M. d'Orty, gouverneur de Bapaume, est mort. Le roi a donné dès ce soir le gouvernement, mais il n'a pas voulu dire encore à qui; ce gouvernement ne vaut guère plus de 10,000 livres de rente.
Vendredi 29 , à Marly. — Le roi courut hier le cerf, après dîner, en calèche. Il a tiré aujourd'hui une heure ou deux, et a passé le reste de la journée dans ses jardins, où il fait toujours faire quelque chose de nouveau. — M, de Luxembourg a mandé au roi que le prince d'Orange étoit venu camper à Deinse, et qu'il commence à croire qu'il veut faire le siège d'Ypres. Nous avons dans la place une très-bonne garnison; on y a même envoyé un bataillon d'augmentation, et nous avens deux mille cinq cents chevaux campés sous la place. M. de Luxembourg est à Haerlebeke, et par conséquent plus proche d'Ypres de quatre lieues que le prince d'Orange^ ainsi on ne saurôit croire ici qu*il puisse songer à ce
siége4à. — Le premier président de Bourgogne, qui s'fl^peloit Brulart, est mort. — Monsieur a donné à l'abbé de Pibrac Tabbaye de Saint-Mesmin qui est dans son apanage.
Samedi 30 , à Versailles. — Le roi demeura à Marly jusqu'à la nuit à se promener dans ses jardins. Monseigneur joua l'après-dlnée , et revint ici avec madame la princesse de Conty. — M. d'Henrichemont, fils du duc de Sully, qui est en garnison à Namur, ayant été commandé avec quatre cents hommes pour aller au-devant d'un petit convoi qui nous venoit par la rivière , ayant été attaqué par un parti des ennemis de cavalerie et d'infanterie trois fois plus fort que le sien , a été pris. Il n'est revenu que cent soixante-dix hommes des nôtres ; le reste a été tué ou pris. Nous avons perdu à cette petite affaire deux colonels qui y étoient allés volontaires, qui sont M. le marquis d'Hocquincourt, gouverneur de Péronne, et le marquis d'Escots, lieutenant de roi de Brie. L'abbé d'Hocquincourt est venu ce soir demander le gouvernement de Péronne, et va quitter l'église pour se mettre dans les mousquetaires ; il ne reste plus que lui de garçon des enfants de M. le marquis d'Hocquincourt; les trois autres ont été tués depuis dix-huit mois, et le roi leur avoit donné à tous trois le gouvernement et le régiment.
Dimanche 3i, à Versailles. — Le roi, après le salut, alla se promener. * — Le roi a donné la lieutenance de roi de Brie au frère du marquis d'Escots, et il n'a pas voulu lui donner le régiment parce qu'il est trop jeune; il n'a commencé à servir que de cette année et est garde-marine. — M. de Luxembourg a passé la Lys, et M. de Boufflers est campé sous Ypres et a détaché de son armée dix bataillons pour aller à Bergues ou à Dunkerque en cas que les ennemis tournassent de ce côté-là. — Le chevalier de Gramont, colonel de dragons, a été tué en duel par un capitaine de son régiment. Tous les officiers T. IV. n
ont écrit à M. de Bârbezieux pour le prier de demander au roi le régiment pour le lieutenant-colonel qui est ancien officier et Franc^Oomtois comme eux. Il s'appelle. . . . Le roi le lui a accordé. — C'est à Congis, capitaine aux gardes^ que le roi a donné le gouvernement de Bapanme ; il vendra sa compagnie. Le roi le dispense d'aller à son gouvernement^ et lui promet de le faire servir dans see armées dont il est maréchal de camp.
Lundi 1*' septembre, à Venailles. **^ Monseigneur alla coucher à Villeneuve-Saini-Georges , où M. de Fraacine lui donna un opéra nouveau et fait pour lui. Monseigneur n'avoit avec lui que ses courtisans ; il n'avoit aucune dame de la cour^ mais il en vint beaucoup de Paris. — Le roi a donné au fils aîné de M. de^ Pomponne le régiment d'Artois^ qu'avoit le marquis d'Escots; M. de Pomponne avoit un nouveau régiment d'infanterie qui vaque par-là. — M. Foran, chef d'escadre^ estmort demaladie à Brest; voilà deux places vacantes dans les chefs d'escadre. — M. de Savoie marche vers Gap ; M. de Catinat, avec seize bataillons, a jointla cavalerie que commandoit BacheviUiers, qui avoit été joint aussi par quelques troupes qu'a amenées le marquis de Vins. Il se va poster au bourg d'Oisans pour couvrir Grenoble, où les ennemis disent qu'ils veulent marcher ; il n'y a point de garnison dans Gap. — La reine d'Angleterre vint de Saint-Germain i Versailles voir le roi, et Monseigneur ne partit pour Villeneuve-Saint-Georges qu'après que la reine d'Angleterre fut retournée à Saint-Germain.
Mardi % à Versailles. — Le roi et le roi d'Angleterre allèrent tirer dans le parc pour voir qui tueroit plus de gibier des' deux; le roi se fit même un peu de mal à l'épaule en tirant. Monseigneur revint de Villeneuve- Saint-Georges après avoir couru le loup dans la forêt de Sénart. Monsieur et Madame allèrent à Saint-Cloud pour quelque temps. — Le commandeur de Hautefeuille, ambassadeur de Malte , achète pour son neveu Malioorne,
qui est capitaine de cavalerie y le régiment des dragons de la reine ; il en donne 100^000 francs. Le roi fera vendre la cornette des chevau-légers de la garde 20^000 francs, et ces deux sommes payeroïit les 40,000 écus que le roi a fait donner à ]tl. le marquis de Villette, père de M« de Mursé qui avoit ces deux charges-là. — Les éleo< teurs consentent à l'élection d'un nouvel électorat en faveur de la maison d'Hanovre ; mais il y a plusieurs pi>mces de l'empire qui s'y opposent encore; cependant il y a de l'appareace que l'empereur, qui a cette affaire4à forti cmur, en viendra à bout.
M^rcr^i 3; à Ver$ailUs. — ^ Le roi se promena avec les dames dans ses jardins. -^ Mademoiselle de Montpen* sier a donné le gouvernement de Honfleur, qui dépend d'elle et qui vaut 5,000^ livres de rente, à des Alleurs, capitaine aux gardes, qui est de ce pays-là. Ce gouverne^ ment vaquoit par la mort du comte d'Escars, qui avoit toujours été fort attaché à Mademoiselle. — Six de nos vaisseaux qui étoient k Saint-Malo sont sortis du port ; il y en a un qui a touché en sortant, et on croit que ce ne sera rien. -^ M. de Saini*Pierre et le chevalier des Adrets^ qui furent mis en prison l'année passée pour avoir voulu faire une remontrance au roi^^ ont été cassés; ils étoient capitaines de vaisseaux , et sont même en réputation d'éti'è bons officiers. — Le roi a donné la compagnie aux gardes vacante par la mort de Baauregard à Saint^imon, qui étoit aide-major ; il est de même maison que le duc de Saini^imon.
* Le petit Renaud, basque de lieu obscur et courant fort jeune le imys, entra chez Colbert du Terron, intendant de marine, porta la queue à sa femme avec un petit habit bizarre répondant à sa taille , et y montra tant d'esprit et d'ouverture que du Terron crut devoir essayer d'en faire quelque chose, et y réussit si bien qu'on n'a point eu de son temps un plus fort homme dans les connoissances les plus importantes à la navigation; joignit à ces talents beaucoup de valeur, de probité et de modestie, qo*it a décorées par des actions éclatantes en
tous ces genres, qui lui ont acquis des amis et beaucoup de réputatiaii. On s'en voulut servir pour une école de mariné qu'on établit, et qui en révolta beaucoup d'officiers. Ces deux-d se mirent à la tête de cette petite révolte et la payèrent chèrement. Saint-Pierre se raccrocha mal depuis, par sa femme, chez madame la duchesse d*0rléan8,^t passa sa vie dans les extérieurs de la cour à faire l'homme important et de qualité, sans que personne l'en ait jamais voulu croire. Il étoit d'après madame d'O , et «a femme d'après madame d'O en beaucoup de choses ; et cela étoit assez plaisant.
Jeudi 4 , à Versailles. — Le roi et Monseigneur allèrent se promener à Marly, où ils demeurèrent jusqu'à la nuit. — Le roi a donné au chevalier de Montchevreuil, colonel de son régiment d^nfanterie , le gouvernement d'Arras et la lieutenance de roi d'Artois qu'avoit Tilladet; cela ne sera encore public de quelques jours. Le roi disposera de son régiment, mais il. ne s'est pas encore déterminé là-dessus pour choisir le colonel. — M. de Savoie est entré dans Gap^ où il n'y avoit point de garnison ; on ne sait point encore s'il tournera du côté de Grenoble ou s'il descendra vers Die et Valence. Le roi envoie vingt bataillons en ce pays-là , huit de Bretagne, deux de Mont- Royal, quatre de l'armée de Roussillon, et six de l'armée d'Allemagne. Le comte de Tessé y va servir de lieutenant général, Vignau et Vaubecourt de maréchaux de camp. La plus grande partie de ces troupes arriveront à la fin de ce mois, et le reste au commencement de l'autre , après quoi M. de Catinat sera beaucoup plus fort que les ennemis.
Vendredi 5, à Versailles. — ^ Le roi s'alla promener avec les dames à Trianon; Monseigneur l'y vint joindre et puis alla trouver madame la princesse de Conty à la Ménagerie. — Le roi a donné la charge d'aumônier qu'avoit Tabbé de Beuvron à l'abbé de Tonnerre, neveu de M. de Noyon. — M. de Luxembourg est toujours campé entre Courtray et Menin ; M. le prince d'Orange est toujours à Deinse. On croit que tous ces pionniers qu'il avoit assemblés n'étoient que pour faire travailler à Furnes et à Dixmude qu'il
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veut gafder^ pour prendre des quartiers d'hiver de ce côtélà. M. de Boufflers marche avec soixante ou quatre-vingts escadrons vers le pays de Liège ; si M. de Tzerclaes le vouloit atte;idre en ce pays-là, il s'y passeroit peuWtre quelque action. Les ennemis ne disent plus qu'ils veulent assiéger Namur ; ils se réduisent présentement à dire qu'ils attaqueront Dunkerque. Toutes les troupes qu'ils avoient sur leur flotte sont débarquées à Ostende.
Samedi 6, à Versailles. — Le petit mal que le roi avoit à Tépaule est passé ; il a été à la chasse après son dîner. Monseigneur a couru le cerf avec les chiens du roi. — Le roi rend la paulette à toutes les compagnies souveraines, et il aliène un million pour augmentation de gages au denier dix-huit; cette affaire-là lui donnera dix-huit millions, celle des maires perpétuels neuf millions, et cinq millions qu'il tirera des francs fiefs. — Le prince d'Épinoy, colonel du régiment de Picardie, qui sert dans l'armée d'Allemagne, a fait une si cruelle chute en courant un lièvre qu'on croit qu'il en mourra. Sa sœm^ aînée est à Paris à l'extrémité, et il ne demeureroit plus que mademoiselle de Melun de toute la maison. La jeune princesse d'Épinoy est grosse.
Dimanche 7, à Versailles. — Le roi ne sortit point et travailla avec ses ministres après le salut. — Le soir il arriva un courier du maréchal de Lorges qui mande au roi qu'il y a eu un assez grand combat entre son armée et celle des ennemis qui avoient passé le Rhin vers Santhofen ; le maréchal de Lorges avoit marché de Philipsbourg pour passer le Rhin au fort Louis ; Feuquières, qu'il avoit laissé avec cinq bataillons vers Santhofen , lui mande que les ennemis passoient avec toute leur armée de ce côté-ci, et que ne pouvant leur résister, il se retiroit vers «Spire. En même temps que le maréchal eut cet avis, il fit remarcher toutes ses troupes , et ordonna au marquis d'Huxelles, qui descendoit le Rhin avec les douze bataillons irlandpis, de le suivre. On trouva les ennemis dans la
petite lie que forme le Spierbaoh; ils nous attai{uèreiit fort vigotlreusatueût^ et furent itopoussés avee beaucoup de perte de leur o6té et fort peu du nôtre. Les Irlandois arrivèrent à temps et firent très-bien ; ils avoient la gauche de tout. M. le maréchal de Lorges mande au roi que, dans le moment qu'il éoi^it ^ il croit que les ennemis repassent le Rhin.
Lundi S, à Verêaillês, — Le roi entendit vêpres di^s la chapelle. Monseigneur^ après vêpres y alla à Villeneuve- Saint-Georges^ oomme il a fait tous les lundis , depuisqn'il estrevenu de Namur. -^On aeu nouvelles que H. deSavoie avoit la petite vérole ; il s'est fait transporter en litière de Gap à Embrun. On croit même que> comme il ne seroit pas là trop en sûreté ^ il se fera transporter jusqu'à Turin. Il a fait brûler le château de Tallard et plusieurs villages de ce paye-là , ce qui pourra bien nous obliger cet hiver à en faire autant en Piémont. -^ Toutes les troupes d'Allemagne qui avoient passé le Rhin l'ont repassé fort précipitamment, et> oomme ils avoient peur d'être suivis dans leur retraite, ils avoient envoyé toute leur cavalerie à Worms pour aller repasser le Hhin à Mayence. Mais comme ils n'ont point été suivis, et que toute l'infanterie et leur canon avoient passé le pont de Santhofen , leur cavalerie est revenue et a repassé après l'mfanterie.
Mardi 9, à Versailles. -^ Monseigneur n'a pu chasser aujourd'hui à Villeneuve -Sednt-Georges, à cause du vilain temps; il a envoyé dire au roi qu'il ne reviendrcMt que demain , et en même temps a envoyé prier madame la princesse de Conty de le venir trouver à l'opéra. J'y suis allé tète à tête avec lui dans son carrosse, et nous sommes revenus de même coucher à Villeneuve-Saint-Georges. — On a eu nouvelles que trois de nos vaisseaux qui étoient î4ortis de Saint-Malo il y a quelques jours, avoient attaqué, vers le cap Lézard, deux vaisseaux de guerre hoUandois qui convoyoient une flotte marchande. Ils ont pris les deux vaisseaux de guerre, dont l'un est de cinquante-cinq
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pAces de canon et Tautre de quaraotensinq. Us ont pris aussi quelquefihuns des vaisseaux marchands. Le chevalier de Forbin est un de ces trois capitainefhlà; je ne sais pas le nom des autres (1).
Mercredi 10, à Uarly, -^ Le roi vint ici en chassant. Monseigneur courut le loup dans la forêt de Sénart, et trouva^ 6n arrivant à Versailles, que madame la princesse de Conty étoit d^à partie pour venir ici. Il y a à ce voyageci des gens nouveaux, M. Tévéque de Laon et Sainir Pouanges; M. de Montchevreuil, qui y venoit toujours et qui n'y couchoit jamais, y a eu un logement. Il y a trèspeu de monde^ et il y a quatre pavillons de vides. Quoiqu'il n'y ait pas encore un mois que madame la Duchesse soit accouchée, elle y est venue, et le roi lui a donné un défi quatre appartements du bas du château^ afin qu'elle n'eût point la peine de monter. Monsieur et Madame sont à Saint-dloud* — H. le maréchal de Lorges marche au fort Louis pour passer le Rhin et alla camper à Stolhofen.
Jmudi 11, à Marly. — Le roi se promena tout le matin danfi ses jardins, et l'après-dlnée il courut le cerf en calèche ; le roi d'Angleterre étoit à la chasse. Madame vint aussi de Saint-CIoud; madame la princesse de Conty étoit à cheval avec elle. — Le roi donne à tous les gouverneurs de places une compagnie de cent hommes où il y aura doubles offiders; ces compagnies se lèveront dans leiijrs gouvernements j sur la frontière , et cela ne nuira point aux reeruesqui se feront dans lededans du royaume. Cette nouveUe levée4à ira peut^tre à six mille hommes. -^ M. de Luxembourg est toujours campé auprès de Courtmy et M. le prince d'Orange à Deinse, qui ne songe apparamment qu'à Uixe fortifier Furnes et Dixmude. Cependant le bruit court toiiyours dans son armée qu'il veut faire le siège de Dunkerque ^ et M. de Luxembourg envoie
(1) IM aiAros étâksttt le olMtaltor ém kv^gan et M. 4'fitry.
quinze cents chevaux de ce côté-là. Il y a déjà beaucoup de troupes dans Dunkerque et dans Bergues, et cette^ entreprise-là seroit folle.
Vendredi 12 ^ à Marly. — Le roi se promena tout le matin dans ses jardins, et alla l'après-dlnée tirer. Monseigneur courut le sanglier avec les chiens du petit Bontemps. — Madame la marquise de Goislin mourut à Paris après une longue maladie; elle avoiteu 500^000 francs en mariage^ qui reviendront au marquis d' Alègre, son frère, car elle n'a point eu d'enfants. — M. de Savoie ne s'est point fait porter à Turin comme on avoit dit. Madame sa mère et madame sa femme le sont venues trouver à Embrun. — On a eu nouvelles que milord Harbord, ambassadeur du prince d'Orange à la Porte, est mort; cela retardera un peu les négociations de paix. Le prince d'Orange est reconnu roi d'Angleterre en ce pays-là.
Samedi 13, à Versailles. — Le roi revint de Marly ici en chassant. Monseigneur courut le cerf le matin à Marly, et l'après-dlnée alla à Saint^iermain voir le roi et la reine d'Angleterre. — Le roi apprit le matin, parle lieutenant-colonel du régiment d'Asfeldt, étranger que le marquis d'Harcourt lui envoya, qu'il y avoit eu un combat de cavalerie et de dragons assez considérable entre les troupes ennemies qui étoient dans le pays de Luxembourg et les troupes que commande le marquis d'Harcourt en ce pays-là. L'action s'est passée» à Ourteville et Houffalize; les ennemis avoient trente-huit troupes et nous n'en avions que vingt-deux. Ils venoient pour nous attaquer et avoient poussé nos gardes; le marquis d'Harcourt fit monter ses troupes à cheval, marcha à eux , passa l'Ourth, monta une hauteur assez rude sur laquelle ils étoient. Les ennemis ne tinrent pas un moment ; on leur a tué ou pris plus de cinq cents hommes ; le général major Wheten et le comte de Mérode , qui les commandoient, sont prisonniers. On les a poussés jusqu'à la nuit; l'action a été fort jolie , et le roi a fort loué le marquis d'Harcourt.
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Dimanche 14, à Versailles. — Le roi, malgré le vilain temps y chassa toute Taprès-dlnée. — M. de Polignac est mort au Puy, dont il étoit gouverneur et où il étoit retiré il y a longtemps ; il laisse une quatorzième place vacante dans les chevaliers de l'ordre. — M. le prince d'Orange est toujours à Deinse, et Ton dit toujours dans son armée qu'il veut assiéger ou bombarder Dunkerque; M. de Luxembourg est toujours près de Courtray, — M. le duc de Savoie a brûlé beaucoup de villages et la petite ville de Gap; ses troupes remarchent vers Embrun. On dit qu'il veut se faire porter à Coni, ne se trouvant pas assez assuré à Embrun qu'apparemment il abandonnera bientôt et se retirera dans son pays avant que nos troupes qui marchent de tous côtés soient arrivées en Dauphiné.
Lundi 15, à Versailles. — Monseigneur alla à Saint- Cloud voir Monsieur et Madame. — Il y a présentement quarante-un bataillons et quarante-sept escadrons aux ordres deM. deMaulevrier qui commande dans Dunkerque, et on fait travailler à un retranchement qui ira jusqu'à Lestrant et qui reculeroit fort les batteries des ennemis s'ils vouloient bombarder Dunkerque comme ils le disent. — M. le landgrave de Hesse n'a point repassé le Rhin connue on l'avoit dit, et M. le maréchal de Lorges ne l'a point passé non plus et est campé à Belheim; les ennemis sont dans un pays fort ruiné, et il est impossible qu'ils ne p&tissent beaucoup. — M. Pelletier de Souzy est parti en poste pour aller donner ordre aux fortifications de Namur ; Vauban en est parti pour s'en aller en Dauphiné. — Le maréchal de BeUefonds et le maréchal d'Estrées ont eu leurs congés et reviennent à la cour.
Mardi 16, à Versailles. — Monseigneur alla tirer dans la plaine Saint-Denis. — Les nouvelles de Hongrie portent que le prince Louis de Bade avoit trouvé l'armée de l'empereur beaucoup plus faible que l'année passée, et qu'il mandoit à Vienne qu'il ne seroit pas en état, cette annéC) de rien entreprendre. — Les trente escadrons
de dragons que le roi envoie eu Dauphiné y arriveront au premier jour^ et nos vingt bataillons bientôt apràs ; le6fax)apes de H. de Savoie sont revenues à Embrun» etoa eroit qu il va incessamment remaroher dans son pays. — La campagne est finie en RoussiUon, et les armées se séparent. -^ Nos vaisseaux ^ui étoient restés à Saint^4lalo en d<Mvent sortir aujourd'hui si le vent est hoa* Bonrepaus^ qui revient de là^ a assuré le roi qu'ils y avoient totgours été en sûreté et qu'il étoit impossible que les ennemis vinssent les y attaquer.
Mercredi 17 ^ à Marly. — Le roi vint ici en diâasant; Monseigneur y vint avec madame la princesse de Conty. Monsieur et Madame sont à Saint-Gloud» U n'y eut jamais si peu de monde à Mariy qu'à ce voyageai ; il y a quatre pavillons du côté des hommes» et deux du côté des dames qui ne sont pas remplis. «^ Il oourt un bruit que le roi de Pologne fsât sa paix avec le Turc» sans participation de l'empereur; mais cette nouvelle a besoin de confirma** tion. — Le marquis d'Harcourt avec ses troupes a joint M. de Bouffiers. -^ Oii continue de dire dans l'armée du prince d'Orange qu'il va bombarder Dunkerque« M. de Luxembourg fait fortifier Courtray» et les ennemis fortifier Furnes ; on croit qu'ils fortifieront aussi Dixmude» et ë^paretnment le reste de la campagne se passera â c$la.
Jgudi 18; à Marly. — Le roi se promena tout le mar tin dans son jardin ; il fait faire une petite cascade au bout de sa grande aUée à droite. Monseigneur alla IV |»ràs-dinée au sangher avec les chiens du petit Bontemps. Monsieur vint dîner de Saint-Cloud avec le roi, et la grande Mademoiselle y vint aussi diner pour dire adieu au roi ; elle s*en va à Eu. Gomme le roi étoit prêt de sortir de table, on s'aperçut d^un tremblement de teire» et Mademoiselle même se leva de taUe fort effrayée» et vouloit faire lever le roi qui ne s'aperçut pas du trem- Uenfieni Après-diner le roi prtmiena Monsieur et Ma*
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dèitloifsell^ dans ses jardins^ et qUniid ils forent partis il alla à la chasNse. -*^ M. de Luxembourg^ qui ecrt toujours près de Clourtray, mande au roi que M. leprinoe d'Orange avec toutes ses troupes marche verB la Kenoqiœ.
Vmdt9di 10> à Marly^ «^ Le roi passa toute la journée à faire travailler dans ses jardins. Monseigneur retourna eiitore au sanglier^ •*- M» de Luxembourg mande au roi qu6 Ml. le prinoed'Oratige ^ aveo toute son armée» a mar* dbé à Dixmude^ et que Ton croit qu'il doit incessamment repas(ker en Angleterre. Voilà tous les projets sUr Dunkei^ que évanouis. M. de Maulevrier a renvoyé toutes les troupes qu'il avoit> et M» de Luxembourg en laisse une partie au duc de Choiseul^ qui est campé entre Yprea et Bergues. -^ Il est arrivé aussi un ûouiritr d'Allemagne. Les ennemis n'ont point repassé le Rhin ; ils sont toujours dans leur même camp et nous dans le nôtre. Le prince d'Épinoy étoit À la dernière agonie quand le courrier est parti. Le comte du Bourgs mettre de camp du régiment Royal ; est aussi à l'extrémité.
Samedi Wy à Vermilies. — Le roi revint ici en chassant. Monseigneur joua raprè»*dinée& Marly> et alla avec les princesses à la roulette avant de partir. — Le comte d'Estrades^ fils du marquis d'Estrades^ acheta, ces jours passés, le régiment de dragons de Barbesières; il en donne 80^000 francs ; c'est ce régiment-là dont le marquis de Jarzé étoit venu demanda l'agrément au roi, pen«* dant qu'il étdit à.Namur, et le rcH ne lui voulut pas permettre de rentrer dans le service après l'avoir quitté. -^ Le maréchal de Lorg^ mande au roi que les enne^ mis sont venus camper à Vintzingen sûr le Spierbaeh^ près de NeiistlMlt; il est campé isur la QuMch, près de Eandau , et il croit que les ennemte ont marché là À à»»sein de le venir attaquer. Cependant ils le feroient aveo beaucoup de désavantage , car ils ont deux rivièi'es à
Dimanche Si, à VerêaUUi. — Monsei^eur alla à l'o-
173 jourkàl de DAUGEAU.
péra> à Paris, avec madame la princesse de Conty. — *M. le marquis de Pluveau le fils a été choisi pour colonel du régiment de M. de Chartres; le roi a agréé le dioix qu^a fait Monsieur. M. le duc de Chartres avoit eu envie de le donner au comte de Ch&teauvilain^ fils de M. de Morstein, grand trésorier de Pologne. — J'ai appris que le marquis de Sache étoit mort il y a quelque temps à P&ris ; il étoit gendre du marquis de la Rongère^ et avoit la survivance de la charge de chevalier d'honneur de Madame. — M. le prince d'Orange fait fortifier Dixmude; on dit toujours qu'il doit repasser au premier jour en Angleterre. M. de Luxembourg est à Courtray, qu'il fait fortifier^ et sa santé se rétablit un peu.
Lundi 22^ à Versailles. — Le roi supprime la charge qu'avoit M. de Bonrepaus d^ntendant général de la marine; il lui a donné 12^000 francs de gratification pour le voyage qu'il vient de faire sur les côtes. M. Âmoul fera une partie de cette charge^ et aura la qualité d'ins* pecteur général de la marine. — Nos vaisseaux qui étoient restés à Saint-Malo en sont sortis tous seize; huit vont à Brest , deux au port Louis y et les six autres à Rochefort. — Les ennemis en Dauphiné ont brûlé beaucoup de villages dans le Gapençois. Us se sont retirés à Embrun^ et commencent déjà à faire filer leurs troupes pour repasser dans leur pays. Nos trente escadrons de dragons sont arrivés dans ce pays-là^ et notre infanterie y arrivera bientôt aussi; c'est sur ces avis*là que les ennemis ont pris le parti de se retirer. On dit que M. de Savoie est guéri de sa petite vérole.
Mardi 33^ à Versailles. — Le roi a donnée M. de Chamlay 10,000 écus de gratification^ en attendant qu'il fasse des choses plus considérables pour lui. — M. de Boufflersy qui étoit avec cent escadrons dans le pays de Juliers, dont il a tiré de grandes contributions 'y a repassé dans Namur^ où il a pris huit bataillons de la garnison y et marcheà M. deFlemming^ qui est avec un corps detroupes
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dans la Hasbain. — Le prince d^Orange doit partir le 25 pour aller à Loo^ et de là repasser en Angleterre. •— * H. le maréchal de Lorges mande au roi que les enne» mis qui avoient passé le Spierbach Tout repassé , et que^ ne pouvant plus subsister dans le pays où ils sont, ils se préparoient à repasser le Rhin. Dès qu'ils le repasseront^ M. le maréchal de Lorges le repassera aussi à Philipsbourg ou au fort Louis.
Mercredi 24, à Versailles, — Monseigneur vint coucher à Frémont, où Monsieur, Madame et Mademoiselle vinrent aussi. Monseigneur le duc de Bourgogne et monseigneur le duc d'Anjou, qui sont du voyage, vinrent coucher au Plessis. — Le roi et la reine d'Angleterre viendront à Fontainebleau d'aujourd'hui en huit jours. On a pris le logement qu'avoit M. de laFeuillade, celui de M. le chevalier de Lorraine et celui de madame de Ventadour, pour M. et madame de Chartres ; celui de madame de Montespan sera pour madame la duchesse du Maine. — On a eu nouvelle que M. de Savoie avoit abandonné Embrun et Guillestre, après en avoir fait sauter quelques tours et quelques murailles; mais ils ne l'ont point brûlé. M. de Caprara s'excuse même de ce qu'on a brûlé Gap, par dire que, s'il y eût eu des habitants, on n'y auroit fait aucun désordre. Toutes leurs troupes repassent dans leur pays , et ils ont eu la mortification de voir que, pendant qu'ils ont été en Dauphiné, pas un religionnaire n'a branlé.
Jeudi 25 , à FontainMeau. — Le roi vint diner à Frémont, où Monsieur, Madame et Mademoiselle l'attendoient; ils arrivèrent ici sur les sept heures du soir. Moniâeigneur étoit parti de Frémont à la pointe du jour, et étoit venu courre le loup dans la forêt ; il vint recevoir le roi sur le degré de la chapelle. — En arrivant ici , le roi eut des nouvelles de M. de Luxembourg par Tracy, exempt des gardes du corps, qui partit hier de Courtray ; on dit toujours dans l'armée des ennemis que
iU JOURNAL DE BÀNGBAU.
le prince d'Orange en davoit partir le 35 pour aUer à Loo. r^ Le roi avoit dans son carrosse Moiisidury Mar dama^ madwie de Chartms, Mademoiselle^ madame la Puohcsse^ madame la princesse de Oonty sa fille et madame du Maine. -«^ L^abbé Lenet est mort y il étoit abbé de la Victoire ^auprès de Chantilly; cette al^ye vaut plus de iO^OOO livres de rente, et a toujours été re* gardée comme une des jolies abbayes de France par ses b&timenta et par safitaation.
* Cet abbé de la Victoire étoit attaché à M. le Priooef cooiiae on te voit par les Mémoires de son frère, et fut son agent en l^spagne jusqu'à la paix des Pyrénées. C*étoit un fort bon et honnête homme, d'une grosseur monstrueuse, plein d'esprit et d'agrément, d'excellente eoiiipii9nie,qui avoit passé sa vit avtcla mailleure «n tout pays oà il avpit été, d'une mémoire dianpnante, ^ qui connoispolt. biao son monde et ses gens, admirable ^ur le ministère de France et d'Espafoe, et qui tourmenta bien aux Pyrénées M. de Lyonne et le cardinal Maxarin. l\ vécut et mourut dans l'hôtel de Condé.
Vendredi 26, à Fontaimbleau. -^ Lq roi entendit la messe de bonne heure, et puis alla oourre le cerf en C9r lèche ; Monseigneur et les dames étoient avec lui. Lie soir Monseigneur et Madame allèrent à la comédie, où l'on vit jouer Passerade, comédien nouveau, qu^on a pris à la place de Baron. — On a en nouvelles que M. le maréchal de iQVgf^s avoit paasé le Rhin. — Le prince d'i^pinoy se porte considérablement mieui: % et on espère qu'il n'en mourra pas. — Madame de la Baume , mère du comte de Tallard , est morte ; il y a déj4 longtemps qu'elle étoit hors de la cour. Elle étoit fille de madame de Gourcellea, sœur du maréchal de Villeroy> et avoit fait beaucoup de bruit dans sçt jeunesse.
Samedi 27, à Fontainebleau, ^ Le roi, s^près son dîner, alla Hver. Monseigneur courut le cerf avec les chiens de M. le chevalier de Lorraine. — Il y aura ici un jour appartement^ l'autre jour comédici et le troisième qu'il n'y aura nul spectacle avant souper, on aura portique après
swper dans le cabinet qui est entre Vappartement du roi et celui de Monseigneur. <— M. le prince d'Orange a quitté son armée, et n'a pa» môme entrepm le siège de laKenoque, comme on lecroyoit; ainsi saeampagne finit à peu près oomme elle a commencé; son armée se sépare. •^ M« de Savoie y qui a repassé les montagnes avec toutes ses troupes, est encore fort languissant, et on ne If croit point guéri.
Dimanche 28, à FonUiinehleau. — Monseigneur vit jouer les bons joueurs à la paume. Le roi alla à la chasse, mais il ne fut pas longtemps dehors. — M. de Martangis, ambassadeur du roi en Danemark > se trouvant mal en ce pays^là, a demandé son congé ; le roi y enverra bientôt un autre ambassadeur en sa place. --^ On a appris d'Espagne que le marquis de Valenzuela est nmrt en revenant de son exil. Il avoit fait beaucoup de bruit k la cour d'Espagne par le crédit qu'il avoit sur l'esprit de la reine-mère *. — Nos armateurs de Saint-Malo ont pris depuis un mois près de cent vaisseaux des ennemis ; il y en a vingt-quatre y dont le moindre vaut plus de iO,000 écus.
* Après que ia reine-mère d'Espagne eut ^té obligée par don Juan d'éloigner le P. Nitard, son confesseur, que, tout jésuite qu'il étoit, elle fit son ambassadeur «xtraordinaire à Rome et bientôt après eardinal , Valenzuela, bonune d'esprit et de qualité, devint son bonune de confiance. 11 fut &it grand d'Espagne et rallia un parti à la reine; mais celui de don Juan, s'étant reconnu et senti ses forces, subjugua la reine une autre fois, fit chasser Valenzuela aux Philippines, confisquer ses biens, exiler et disperser sa famille , et ce qui se peut, mais qui n'a point presque d'exemple en Espagne, lui fit dter la grandesse, qui n'est pas depuis rentrée dans sa famille. Cétoit néanmoins un fort bon* néte homme, point intéressé, habile, nullement insolent dans sa pros* périté, à ce qu'on en dit encore en Espagne; mais la reine-mère y étoit détestée, et par conséquent les siens, et don Juan adoré.
Lundi 39, à FwUainMeau. — On a eu nouvelles que les Allemands qui n'ont point repassé le Rhin marchent du c6té de Kim et de Ebersbourg, et on croit môme
176 JOURINAL DE DANGEAU.
qu^ils ont commencé d'ouvrir la tranchée devant cette dernière placer M. le maréchal de Lorgesest au delà du Rhin avec toute Varmée du roi, et on croit qu'il fera un détachement pour aller au secours de Ëbershourg. — Les Vénitiens qui ont assiégé la Canée avancent fort leur siège ; mais on craint que la diversion que font les Turcs qui sont entrés dans la Morée ne les oblige bientôt de lever le siège pour comr au plus
Je partis ce jour-là pour aller trouver M. le cardinal de Furstemberg à Sully, et de là à Dangeau.
Mardi 30, à Fontainebleau. — Les nouvelles de Hongrie portent que l'armée des Turcs est de plus de cent mille hommes; le grand vizir la commande et se prépare à passer la Save. — Le tremblement de terre que le roi sentit étant à Marly, et qui n'a pas été violent en ces paysci , a fait beaucoup de désordre à Liège ; il a été trèsviolent en Angleterre, où on ne se souvenoit pas qu'il y en eût jamais eu. — Le roi sépare l'évèché de Chartres en deux ; l'autre évéque fera sa résidence à Blois, et aura les archidiaconèsdu Blaisois, duDunois et du Vendômois. On joindra à cet èvêché l'abbaye de Saint-Lomer qui est dans Blois, et le revenu de l'évéque de Chartres ne sera point diminué. On attend le consentement du pape pour achever cette affaire; M. l'abbé Bertier est celui qu'on destine à avoir ce nouvel évèché.
Mercredi V^ octobre, à Fontainebleau. — Blanzac arriva ici ; le maréchal de Lorges l'a envoyé au roi pour lui porter la nouvelle qu'il avoit battu cinq mille chevaux de l'armée des ennemis auprès de Heidesheim. On en a tué neuf cents et pris plusieurs, entre autres le duc Frédéric-Charles, administrateur du Wurtemberg, qui les commandoit, et le baron de Soyer, et un colonel de houssards. Nos troupes ont fait un très-grand butin ; tout le bagage des ennemis et la vaisselle d'argent du duc administrateur ont été pris. C'a été plutôt une déroute
OCrOBRK i6»5l. 177
qu'un combat, car les' ennemis prirent la Mte après avoir tiré quelque volée de canon. — Le roi et la reine d'Angleterre dévoient arriver ici aujourd'hui; mais ils ne viendront que la semaine qui vient. — Le maréchal de Lorges, quelques jours avant le combat^ avoit {Mis Pforssheim et y avoit fait cinq cents ^scmniers de guerre.
Jmdi 3 , à Fontainebleau* — Les nouvelles dé Flandre sont que les ennemis ont séparé leurs troupes; l'électeur de Bavière est à Gavre sur l'Escaut et toute leur cavalerie est entré Oudenarde et Gand. Us commencèrent à décamper de Deinse le 27, et le 28 leur infanterie marcha par brigade vers le canal de Bruges. Le prince d'Orange arriva à Gand le 27, et s'en va à Loo par Anvers. — Depuis la défaite du duc de Wurtemberg, six cents' hommes qui étoient dans Ketlingen l'ont abandonné, et nous y avons pris six pièces de canon que les ennemis y avoient laissées. Nous en avons trouvé trois aussi à Neubruch que les soldats de l'armée ont trouvé abandonnées. Le marquis de Brandebourg-Bayreuth s'est retiré derrière le Necker ; l'épouvante est grande en tout ce pays-là, et le dégât qu'on y a fait en trois jours est de plus de trois millions.
Vendredi 3 , à Fontainebleau. — On apprend de Pignerol que M. de Savoie arriva le mois passé à Saluées, où il a une grosse fièvre ; les troupes qui étoient entrées dans le Dauphiné marchent toutes du côté de Coni. Ils font courir le bruit qu'ils en veulent à Pignerol; apparemment cela aboutira à faire le dégât aux environs. — Le roi a fait distribuer gratuitement des grains et des farines aux peuples du Dauphiné qui ont le plus souffert pendant que les ennemis étoient dans leur pays, et il y a des commissaires qui examinent les pertes qu'ils ont faites pour y remédier. — Le duc de Villeroy partit hier du camp de Courtray avec une partie de la cavalerie de l'armée pour aller camper à Pottes , et M. Rosen marche
in JOURIVAL DE DAn&SAV,
avec vin^ esoadit>nset dix^hutt hataillonsdii oôiéd'Yprài.
Smnêdi k, à Fonktinèhiêmê. -^Les seize vûsseatux de guerre du roi qui étoient à Saintr^MaLo «rrivèroirt le 26 du moi» demîef à Brest. -^ Le ehàteftu d'Eberskourg que le IttodgMve de Hesse aEttaque d^uis dowie jours se défend arec lâgueur^ et^ sur }a ncuveUe qu'a eu le landgrave de Hesse de la défaite du duc de Wurtemberg, et qm le maréefaal de Lorges se dispose à repasser le BlLiu p<^ur seceiorir la place, om ft^ doute pie qae* les ennemis n'en lèvent le siège. Lemaripûs deBayreuth, qui s'étoit rutiré derrière Heilbronn avec dis bataillons, remarche du eôité dé Mayenee. --^ Les.' princes de l'Empire s^opposent plus que jasnais à Férectien que l'empereur veut faire d'rat nuatvtl électcHrat en faveur du diic^'HaAatre.
Dimanehe &, à FontaimblêeM. — Le rdi a donn^ lé régiment de Lorraine à Montgaillard, qui étoit €a|tttai]ie dans le régiment du t<à, et le régiment de Ifainaui au comte de Ch&teaiuvilain,. qui^étoit aide de camp de Monseigneur. -^ Le roi compose ckmze nouveaux régiments des bataillons qui étaient dans W place», et ces domte régiments serviront en eampagne. Les colonels sont : le comte d'Évreu;^ , fils die^ M. le due de Bouillon, le cbe* valier de Croissy, fils de M. de Croissy, et IIH. de Poiîh denx, de Gnerohies^ d^ llldie, le comté de liu^t^ le chevalier du Bouirdet , Ghoilseul-fièaupré , Yauciemi , le chevalier de Hautefort, le marquis de la Chaise et le maripplis de Tourouv)?^. Ces régiments s'app^elleront BlaiscNs^ Gàiûiois , Thiérache ^ Barrois ^ Albigeois ^ Laonois, Auxeprois, Agenois, Gharolois, Labourd, Bugey et Santerre^ et je ne sais point précisément quels CQlonelB auront ces régiments , car je les m^ saus ordre.
Lundi &, à FoniainéblMu^ -^ Le roi a ordonné qne le dw^ d'Elbeuf jouirait des l(>,006lr francs^ qu'il avoit des Étals d'Artois comme susvivajlcier.; ainsi il aura cela de j^ius que n'avoit M. don<père. 11 tirera près de 80,000 livresder^atede sesgQuvevnements. — On cpnpmenceÀne
OCTOBRE t6M. 170
plus gaèfe porter d'argent àlaMonBoie; il y apaasé<fttaihre oent tr^dteHDipq millions, cela ira tout an moina à quatre cent einquante sans compter les pièieei^de qiiatre sols et la petite monnoie. ***- Los arlnaleurs en Bretagne ont tant fait de piises depuis la fléelaitetioii de la gtierre qu'on croit que M« de Ghaulnes a eu pour sa part huit ou neuf oènts mille francs. Qa le dixième, ayant les droite d'amirauté qui sont attachés au gouvernement de la pro* Yince. Quelques antnatcturs'de âaini*Malo ont pris des commissions du roi d' Angletep^e et portant sa bannière. Par là ce sera le roi d'Angleterre qui profitera de ce qui seroit revenu à M. de Ghaulnes des prises qu'ilsferonty et le roi a permis aux armateurs d'en user ainsi.
Maard(i 7, à Fontainebleau. — l^ roi et lareiiM d^Angle-^ terre partirent de Saint-Germain eiarrivèrent ici; ils ont amené plus de dames et une plus grosse oooi* que l'aimée passée. Us logent dans le gra^d appartement, et on lair lait tous les mêmes traitements que les autres voyages. Lé roi mange toujours en public avec eux , et toutes les prin-^ cesses y mangent aussi ; la reine est placée au mUièu des deux rois ; le roi d'Angleterre a la droite partout. On jouera au lansquenet le jour d'appartement, parce que la reine aîme ce jeu-là. — Les nouvelles. de l'année de M. de Luxembourg sont qu'il a séparé toutes ses troupes pcyot avoir les fourrages plus à commodité; il les distribite en différents quartiers depuis Tournay îusques à Mons. -^ Le roi a envoyé l'ordre pour les quartiers d'hiver à toutes les troupes qui sont sous le commandement de M. de Catinat. — M. Rosen, avec le détachement qu'il a de l'armée de M. de Luxembourg, commandera depuis Spire jusqu'à Manheim.
Mercredi 8, à Fontainebleau. — H. de Bonrepaus a été i^ommé à Tambassade de Danemark en la place de lî* de Martangis, qui demandoit son congé ; le roi hû 4onne 12,000 écus d'appointements > 10,000 écus pour son équipage ; il lui continuo, outre cela, 12,000 francs
qu'il avoit d'appointements à la charge d'intendant général de la marine que le roi a supprimée , et il a encore une pension de 1^000 écus y et sa charge de lecteur du roi. — Les nouvelles de Hongrie sont que le prince Louis de Bade se retranche à Peterwaradin, et que le grand vizir avoit passé la Save avec une nombreuse armée. — Le roi a envoyé ses ordres pour les quartiers d'hiver aux troupes qui sont sous le commandement du duc de Noailles. — Le maréchal de Bellefonds est revenu de Normandie; il y a déjà quelque temps qu'il avoit son congé. Nous n'avons plus aucunes troupes en ce pays-là.
Jmdi 9^ à FùniaiwbUau. — Le roi a reçu la nouvelle de la levée du siège d'Ebersbourg^ après treize jours de tranchée ouverte; le landgrave de Hesse-Cassel, qui commandoit à ce siège ^ n'a pas jugé à propos d'attendre le maréchal de Lorges qui avoit repassé le Rhin et marchoit à lui à grandes journées ; il étoit déjà arrivé à Flonheim. Le gouverneur d'Ebersbourg s'appelle Dubois^ ancien officier d'infanterie, qui a très-bien fait son devoir; le roi en est fort content. Il auroit tenu assez pour donner le loisir au maréchal de Lorges d'arriver. Les ennemis avoient un pont sur la Nahe, par où ils se sont retirés, et mardient à Mayenee, où ils repasseront le Rhin pour retourner en leur pays. Voilà la campagne aussi finie de ce c6té-là, et on va incessamment envoyer les ordres pour les quartiers d'hiver.. — Notre armée s'est fort enrichie dans le peu de temps qu'elle a été dans le pays de Wurtemberg, qui a été bien pillé.
Vendredi 10 , à Fontainebleau. — Le roi a donné 2,000 écus de gratification et 2,000 francs de pension à H. Dubois, qui est celui qui a défendu Ében^ourg. La place avoit été attaquée assez vigoureusement; on croit que les ennemis y ont perdu sept ou huit cents hommes. Ils y ontlaissé une pièce de vingt-quatre, qu'ils n'ont pas pu emmener. — La flotte d'Espagne composée de seize vaisseaux, dont il y en a six de fort gros , et de dix-netif galères des
OCTOBRE ib'M. ISi
escadres de Naples, du duc de Tupsi et de Sicile^ est entrée dans le port de Gènes; les Génois s'excusent de les avoir laissé entrer dans leui* port , en disant que les Espagnols leur avoient demandé permission de radouber deojc de leurs vaisseaux ^ qui avoient été rudement battus de la tempête, et qu'ils avoient fait suivre ces deux vaisseaux par tout le reste de leur flotte. — On n'a aucune nouvelle du comte d'Estrées qui va dans la Méditerranée avec seize gros vaisseaux du roi; par les supputations qu'on ftdt, il doit avoir passé le détroit.
Samedi H, à Fontainebleau. — Les plaisirs continuent ici ; le roi mène tous les jours le roi d'Angleterre à la chasse ; les princesses et les dames font leur cour fort assiduement à la reine d'Angleterre. — Madame la duchesse du Maine a eu la rougeole y mais elle se porte bien et est entièrement hors d'affaires. — Le roi met sur pied un régiment de hussards de cinq cents chevaux en dix compagnies. Il leur fait un fort bon traitement ; il donne 230 livres pour la levée de chaque hussard , et leur paye sera encore meilleure que celle des troupes étrangères. Il a choisi pour colonel de ce régiment le baron de Corneberg, Allemand, qui a servi longtemps de lieutenantcolonel dans les troupes de l'empereur, et qui vint trouver le roi au siège de Namur. Ce régiment ne fera ni guet ni garde , et marchera toujours à la tète de l'armée. Le colonel promet au roi qu'il sera complet au mois de mars, et compte que les hussards de l'empereur déserteront pour le venir joindre. Nous en avons déjà quatre-vingts dans les armées de Flandre et d'Allemagne.
Dimanehe 12, à Fontainebleau. — Le prince d'Orange fait repasser en Angleterre toutes les troupes qu'il avoit fait débarquer le mois passé. On dit qu'on murmure fort en Hollande contre lui, et le roi a conté au roi d'Angleterre qu'un bateleur, à Amsterdam, avoit dit sur le théâtre qu'il vouloit changer de condition et se faire une destinée à souhait; que, pour cela, il ne vouloit pas être empereur
i$% JOURflAIi m DAffftEAU.
d«» TurcS) parce qu'il avoit trop de femniâs ; qu^il ne vech» )oit pas être empereur cIbs chrétiens, p^ree qu'il avoit à répoQidm & trop de princes et qu'il sereit trop eutéoré 4e jésuites; qu'il ne vouloit pas être pape, parce qu'il laUxHt ^tre trop vieux pour reioplir cette placch^là^ et qu'il falleit tenir ^op de cousistoires; qu'il ne voUleit pas ëfans roi d'Efipagne, parcjs qu'il étoit trop ^eux ; qu'il ue vou» loit pos être roi de France , parce qu'il avoit trop d^en? nemi^ ; mais qu'il vouloit être le roi <kullauaie« parce qu':U prenoit de l'argent de tou3 côtés et qu'il ne t^iuAi rien; Qe& pa3quinedes-là n'empêchent pas le prince d'Orange d'en m^v en fueitre dans toute la PoUai^ley et il a cassé h^ boiu*gSQU9s1r^ que les villes de Rotterdam et de Leyde avoient npmmés.
Lundi tSy è Foniaimblem- — Le roi a donné à mert d^if^ la maréchale de Bellefonds une pension de 19,000 feaacs. {46 ma£é(^el de fiell^ioads, à qui le roi l'a aceordée, 1% uÀdw aimée pour sa feInfn^ que pour lui, parce qof s'il £û4 mprt avant elle, il ne lui seroit rien demeuré* — r M. de Boufflers a tiré un gros argeut de la Hasbain et du Gpudros , et il a ordre présentement d'aller à Chart leroy . Il a deux mille cinq cents bombes pour bombarder la fdaoe , et il attaquera la basse ville, qu'il démolira en^ fièrement après l'avoir prise. La basse viUe de Charleroy fifst en deçà^ de la Sambre, et il n'aura point de besoin de faire passer de troupes de l'autre côté. M. de Luxem-r Jptourg est campé à Pervez, et marcheroit aux ennemis s'ila youloient s'opposer à l'entrepris de M- de Bouliers» -rrr- Les nouvelles qu'on a dç M. de Se^voie sont toujours qu'il ^t encore fort malade à Salaces , qu'il n'est point en état di9 se faire Iransporter à Turin; meidfujE^es les dinçhei^seâ ^ Savoie sont auprès de lui à Saluce^.
Mardi i^ 9 à F(mUUnd)leau. —r On a eu nouvelles que l^s Vénitiens avoient levé le siégje de la Ganée; sachant que les Turcs étoient entrés dans la Morée, ils ont voulu secourir ce pays^là et conserver les nouvelles conquêtes
OCTOBRE iflW: i$$
qM^tis y oat faites. *« Le m donxa ém compagnies de greaadiers et fies fd^ves aux ddMueiumT^aiix fégim^iite qu'il 4 iaits; ils seryfanNit tous en aampa^ae Tété qm vieat. r- M. d'EvvieuX) ismitM d'hMei Mdinaire du roi^ n eu pemûssiondese défaire deeta (diaige; ilTavoit achetée 460y(M0 frajftet de feu Sanguin, et on ne lui en o£ù[^ que 100^000 éeua.
Mercredi 16 ^ à FimimnMeou. ^^ h^ deux poîb alli^ im^t ensemble en eaLèehe & k dbaéee; il aJJièpent ei reh vHiDent de même après avoir tiré (bacim de leur q6|4^ -<- M . de Boofflers partit avao^faier d(^ Tabbaye dii Mouli4 et arriva hier au soir devant la basse ville de Charle^r^y» ^^ On a nouvelle que M. de Sevi^ie ee porte ma peu mieux H, qu^il se fait porter à Turin* «-^ M* le maràeliel d'P^ jb^es revint à la oonr ; il y aviMt dia-buil moi^ qu'il était absent ék toujours oc^apé à différents emplois,
JeuéH 16 ^ à FontaimebUau. r^ 1'^ trouvé en revenant ici que le major des gardes av<Ht le bâton , M. de Purae étant malade, et les tvois autres capitaines éti^ à la tMe des années du roi. Le nugop a eet bonneujp comme étant le plus ancien Ueutenant du corps; les Uout tenanis de NoaiUes lui vouloient disputer , parce qu'il$ prétendoicnt que ce sont les officiers de cette compagnie-? là q^ doivent toujours ccHnmander; mais le roi a décidé^ il y a d^À longtemps^ que le major doit avoir les même» privilèges que les offîoiers de cette eompagnie-U^ parce qu'il est eensé suivre toujours la compagnie écossoiiie. ^^ Le roi fait venir de Provence une cbiourme pour deuJi galères de celles qui étoient 4^D^^wéai| à Rouen» On ve^^t les envoyer à Brest pour essayer si Ton ne pourra point. se servir de ces galères^là sur la Seine ; on n'est pas goU'^ tent de l'épreuve qu'on en fit il y a deux ans*
Vendredi 17, à Fontain^Um. — hà comte de Tessé demeurera cet hiv^ dans Pignerol, et am^ 3pus lui le chevalier de Tessé, son frère. Langel^ie commandera e^^ ProveQce, et aura sous lui d'Uesoh. La Hoguette demeu-
1«« JOURNAL DE BAIVeSAU.
riera en Savoie^ Bachevilliers en Dauphiné^ Lairey à Suse ; tout cela sous les ordres de M. de Gatinat. — Les vaisseaux et les galères d'Espace sont sortis du port de Gènes ; les vaisseaux vont à Messine , et les galères à Naples. Si H. le comte d^Estrées eût pu arriver plus t6t^ cette flotte d^Espagne auroit couru grand risque. — On a la confirmation de la levée du siège de la Canée y mais on n'en sait encore aucun détail. — Le roi de Pologne fait courir le bruit qu'il va assiéger Kaminiec^ et toutes les troupes de Pologne et de Liihuanie marchent de ce côtè-là; mais la saison parolt bien avancée pour une si grande entreprise.
Samedi 18, à Fontainebleau. — Le roi et la reine d'Angleterre partirent d'ici pour retourner à Saint-Germain ; le roi les alla reconduire jusqu'au bout de la forêt , près de Chailly; ensuite le roi dln^ dans une des routes de la forêt. Il vouloit courre le loup avec Monseigneur^ mais il ne s'en trouva point; il alla tirer. — On a nouvelles de Charleroy qu'ils ont làx^hé les écluses et qu'il y a eu une grande inondation devant la ville basse, qu'iLs ont faite des eaux d'une petite rivière qui s'appelle la Louvoise. S'il est aisé de saignei^ l'inondation, on atta* quera la ville basse; sinon, on se contentera de bombarder la forteresse. Les ennemis rassemblent leurs quartiers, et l'on dit même dans leur armée que le prince d'Orange y reviendra, et que les Iroupes qu'il avoit embarquées pour passer en Angleterre retourneront à l'armée. M. de Luxembourg est toujours à Pervez, et rassemble aussi ses quartiers pour s'opposer aux ennemis en cas qu'ils voulussent tenter quelque chose pour empêcher la bombarderie de Charleroy.
Dimanche 19 , à Fontainebleau. — Le roi a donné à M. l'abbé d'Aubigny * l'abbaye de la Victoire, auprès de Chantilly ; elle étoit vacante depuis trois semaines par la mort de l'abbé Lenet. M. l'abbé d'Aubigny est de la même maison que madosne de Maintenons mais partit
OCÎOBWË i6M. Mi
fortélmgné. -^ On a eu nouvelles que la maladie de M. de Savoie augmente considérablement. — On n^atlaquOTa point la basse ville de Charleroy^ l'inondation en empécbe. L'on commence à bombarder la forteresse, après quoi M. de Boufflers ramènera l'armée à Philippeville, et là il distribuera les quartiers d'hiver. Pour lui il demeurera à commander en Flandre^ comme l'année passée. Quand l'affaire de Charleroy sera finie, toutes les troupes de M. de Luxembourg entreront aussi en quartier d'hiver. On metdestroupes dans toutes les généralités duroyaume, mais il n'y en aura point dans les villages; elles seront toutes dans des lieux fermés.
* L'abbé d'Aubigny, qui fut depuis évéque de Noyon, et eofin archevêque de Rouen avec un brevet de conservalîon d'honneurs, étoit frère de M. de Tigny, père de M. d'AulHgny, maréchal de camp, inspecteur dinfanterie et gouverneur de Saumur. C'étoient des gens de condition bonne et ancienne, avec très-peu de biens. Entre Aubigny et Aubigné Il n'y a pas de différence sensible. Madame de Maintenon , qui avec raison en trouvoit fort pour la naissance , s'enta sur eux et les récompensa largement de leur complaisanee.
Lundi %0, à Fontainebleau. — Monsieur alla à Paris; il en reviendra mercredi. Il est allé voir le grand appartement neuf qu'il a fait faire au Palais-Royal. — M. le marquis de Yillarsle fils demeurera cet hiver dans Tournay^ et aura sous lui le comte de Hailly et Vandeuil. Le . comte de Gacé demeurera à Sedan^ et aura le chevalier de Gassion sous lui. Le marquis d'Harcourt demeurera à Luxembourg et aura Barbezières sous lui. Le comte de la Hotte commandera vers Menin^ et le marquis de la Valette à Ypres, et depuis Ypres jusqu'à la mev. Ximenès commandera à Mons y Maubeuge , Landrecies et Avesiîes. Le comte de Guiscard commandera à Namur^ Dinant et PhilippeviUe y et tous ces officiers généraux4à seront sous les ordres de M. de Boufflers. — Le marquis dHuxeUes commandera en Alsace, et aura sous lui le
tac J0URM9U BE flAHOEÂU.
eèmlê de (k»gny et N^lao. L«eoiii4e.deTaUàn|'iAeiBaM* nra à KayseraUutern cooame Faimée paasée.
Jfani{îâ4,à J^onlmneblaou. -^ Le roi TitjoHiOP les bo&$ joueurs i la paum^ ; pendant qu'il £u.t dans le je» de {Miume, il eiat des lettres de Mv de Ciati&at pei* an iieutç* Bant colenel qu^il a fait partiir d» PigneEfd. ^-*-^ M. de Catinat mande au rm que les erniAmis ee sont-^out à fait retirés du voisinage de Pi^^enol et pemardient vers Tur rm; toasiles reiidus de ceÉte BS^mée disent que la cous* t^nation est fort giviade paraû ks Piéoiontois^ et que M* le due de Savoie est à Vaiitémiàiè. tr*- Le roi eut aiisri des nouvelles de M. de Luxembourg^ qai mande epie té prince d'Orange revient à Bruxelles et que les ennemis assemblent leurs troupes; qu<e l'an {lit dkns leur année qu'ils tenteront de secourir Charleroy si on Fassiége, mais qu'ils ne marcheront point si on ne fait que lé bombarder.
]^ercre4i %% à Fontain^lecm, — Le roi m\f hier aft spiri ide$ ^o4veUes 4e M. de B<^i#b^$^ qud jui saaiideqiie les bombes ont déjà fait un terrible désorAre dans Chain leroy ; les rendus assurent que les magasins , la maison du g;ouvenieitP et celle du lieutenant de roi sont en- Uèmtfydnt renversées. -^^ Le reAy h la, seortiediii conseil, a donAé congé À toue ses ministres; ils soi^t tous aliésà leurs maieofis de campagne. Monsieur revint de faak m. ^ Le roi a eu k soir des inouvelleside M. de Bouf» flers^ qui lui mande qu'il a Aussâ bofidoardé labaase viUe^ etqu^eUôfist en fèu depuis viàgttquatre heures. H. de Bouffiers commence à faiire retirer les mortiei^s et le ca^ ne»^ etrèm^^rcfaeira demain vevsPhilippeville avec toutes lesteoupes. t-* Le roi courut le eerf dans une calèche ^ quatre chevaux qu'il mitaie lulrmème. Messeâgneurs les dues de Boui^dgne et d- Anjou étoient À la chasse à ehor val^ et toutes les princesses aussi à eheyoly d; ils furent toup à la mort du cerf .
. Jeudis, àFipimifMêm. r^ Le prim» d'Orange dHii
y#Hu A fipWQUa» tàt s^ao rï^touTM M flbUailâe , é'xA il îwpa^aincpî^mfliiôat pwr l'An^etwi». -^ On a eu l^livfU^ qm U. le due cb ^yoie étoit eansidéffahlDnieBt xnîiey^; wi le oi<o«t hors «te drâgev. t-- W oins . m'avoi» peffduà.|abombanâem da OJw^lepoy qtl'un liwteiiaiii M .<^q $qldate. Les rend«9idela plaee diseiit que tous les giaga^^ins de ia^villô baute et d^ la FÎUe ba^se soot leut |i^&ip^t brùliis. M. da Boufflara a r^iuwûbé à Philippe? yiU^av^G touies lestopup^; Içs quMiers d'faiyart^ont liiEirtîs pour to)iteaceUe(s q<ii Mit sj^m en Flandre, —r I49 pape donne dea buUes aw <éirâques de Moailiaubaii^ de £bp ^ . de Sarlat e| de Lavaui? ; il leur ^n avait refusé ju&^ i]fl^i4 fijayy^ qu^ik Vétoiept trwyés ea 68 chez M. l'avt chfi^^V^ de Ptftfiâ^ ^tque V&a préieDdeitàfimne qu'ils /i^Toient ^àb/i^ré i T^appel eu f tévr eeuoile ; il ne reete pfaifi, pour finij* toyiteë l^s affaires, que de donner dies bulles aux (évf^quiËis qui ont été de rassemblée de 1682.
Ymdr^i^s àFont^ii^ekkm. rt lie i^i courut le œfff dans sa calèche ; au retour de la chasse^ il donna à dîner dans soi^ ^and cabiniet ^jix princesses et ausç daqies qui âvoiept été à la chasse. Après midi^ il nii^pa toutes le^ éwàm qui avaient diné avec luti au jeu de paume , où il 9it jouer tous les bons joueurs. — M. de Gvignan a evi-* voyéun courrier à M. de Pontchartrain pour lui mander que les vaisseaux que commande M. le çpmte d'Estrées étoipnii; arrivés aux lies d'Hi^ères; 4>n n^ sait enpof e aucune, pairticttlsunté de leur iiayigpatiû>n*. H en tiendra appavem** ment ces jouî«-ci par un oottrrier du comte d^Estrées; ce courrier est parti le 19 de ce mois. — M. de Varangeville *, gendre de M. Courtin, mourut ces jours passés à Paris. Il avoit été autrefois secrétaijfis de^ commandements de Monsieur. > ^
. * Û3 VarangeyillB s'appelok Hocq. C'éto^ un hoiuttie de n^, fortnohe, de Nonnâiidie^ qui fut anèas$adeiir à Venise qù ses deux filles iif«(qir^t, qui depuis sa mort épeusèreut I0 fféM^nt de Maisons et (e.^ d0 YMarSv 4IU depiiis lafit niiiiM^
188 JOURNAL DE DSÀNGEAU.
Samedi â5, à Versailles. — Le roi dîna au Pleseis, à la maison de Prudhomme ^ et M. le duc de Chartres, qui revient de Tarmée de Flandre, y vint saluer le roi et dîna avec lui. Le roi arriva ici de bonne heure ; Monsieur, Madame, M. de Chartres, madame de Chartres et Mademoir selle sont allés à Paris. — Par le courrier qui arriva hier de Provence, on a appris le détail de la levée du siège de la Canée. Deux mille Allemands qui étoient dans les troupes des Vénitiens, et huit cents déserteurs françois que l'empereur y avoit envoyés, n'étant point payés, se sont jetés dans la ville, et ont fait une sortie vigoureuse sur la tranchée ; les Vénitiens se sont retirés fort à la hâte, et ont été poursuivis par les Turcs jusqu'à leur embarquement. Les chevaliers de Malte ont fait Tarrièregarde de tout et ont perdu beaucoup de monde. — Le roi eut nouvelles que le marquis de Béthune *, son amr bassadeur à Stockholm, yétoitmort; ij vaque par sa mort une quinzième place dans les chevaliers de l'ordre.
* Ce M. de Béthune étoit fils de la soeur du duc de Saint- Aignan , dame d'atours de la Reine. Son père et son grand-père étoient gens fort considérables, qui s'étoient acquittés avec capacité de grandes ambassades , d^uis lesquelles ils avoient toujours figuré à la cour, en charges et en grande considération, tous deux chevaliers du Saint- Esprit; le premier frère cadet du premier duc de Sully , l'autre chevalier d'honneur de la Reine , et qui a enrichi la bibliothèque du Roi de plus de 2,500 volumes, la plupart originaux précieux, recueillis par son père et par lui , et si connus sous le nom de M. de Béthune. Celui-ci, qui figura seul de beaucoup de frères et de soeurs qu'il eut, épousa la fille du marquis d'Arquien-la-Grange, capitaine des Gent- Suisses de Monsieur, qu'on n'avoit pas cru devoir faire son élévation. Elle avoit une sœur que la princesse Marie de Gonzague aimoit fort, qu'elle emmena avec elle lorsqu'elle alla en Pologne épouser en moins de quatre ans les deux derniers frères Jajellons, rois de Pologne. Elle l'y maria à Jacques Radzi wil, prince de Zamoski, palatin de Sandomir, après la mort duquel elle ^usa le fameux J. Sobieski, en 1665, déjà grand maréchal , et ensuite grand général de Pologne qui fut élu roi , 20 mai 1674, et qui mourut à soixante-douze ans , en 1696. Cette reine maria son antre soeur quatre ans après au comte Wfelopolski ,
grand chanoeUer de Palogne , qui fut Japrès ambassadeur en Ftaioe, et attifa auprès d'elle madame de Béthune et son maiî, qui y passa presque tout le reste de sa vie, y fut ambassadeur extraordinaire et chevalier du Saint-Esprit, qu'il donna au nom du roi au roi de Pologne. 11 fut toujours fort bien avec tous les deux, etsut se concâier en màne temps les.seigneurs et la naticm. Sa femme jalouse de lui, hautaine et qui lui vouloit faire sentir que ce n'étoit que pour elle qu'il figuroit dé la sorte, se it ha!r et m^riser jusque de sa sœur, qui engagea le roi à la fiiire revenir et qui l'exila en arrivant, d'où eUe ne revint à la cour qu'au départ du chancelier, son beau-frère, qui le demanda et l'obtint, etquislque temps après ële retourna en Pologne.
Sa soeur, qui vint faire un tour en France, n'étant encore que grande maréchale , désira passionnément de s'y revenir montrer reine, et se fit ordonner les eaux de Bourbon, quoiqu'on fort bonne santé ; mais, quand il fut question du voyage, elle le rompit elle-même, parce qu'ayant fait sonder Louis XIY , elle désespéra d'obtenir la main chez la reine. Comme pas un roi, de Pologne ne l'a jamais eue d'aucun roi de France, le dépit qu'elle en conçut fut si vif qu'elle se servit de tout son crédit sur le roi , son mari , pour le lier à tous les ennemis de la France et à l'empereur (1) , mal^ le traitement indigne qu'il en reçut après lui avoir sauvé l'empire en fsusant si glorieusement lever le siège de Yiemie aux Turcs. Elle eut donc la plus grande part à la ligue d'Augsbourg, eut Thonneur que son fils aîné, né avant que le père fût roi, eut l'honneur d'épouser une sœur de l'impératrice et de tant de reines, et, quoique son extrême avarice eût privé ses enfants de la couronne et l'eût rendue odieuse et méprisée , elle ne laissa pas d'obtenir l'ordre pour ses deux cadets, qui ont toujours vécu jusqu'à la mort dans les intérêts et presque toujours dans les États de l'empâreiir ; et obligée elle-même de quitter Rome en 1714, après un séjour de quinze ans, et où elle s'étoit retirée après la mort du roi son mari , elle né laissa pas d'être reçue et bien traitée en France, où elle mourut en 1716, à soixante-dix-sept ans, à Biois, qu'elle avoit choisi pour sa demeure. Ces deux chevaliers du Saint-Esprit sont morts sans postérité. Leur aîné n'a eu que deux filles, mariées au roi Jacques III d'Angleterre, à Rome, et l'autre, à force d'adresse et d'argent, au duc de Bouillon, après l'avoir été huit jours à sonfirère aîné, et lafîUe de cette reine de Pologne fiit mère des électeurs de Cologne, de Bavière, etc. Elle a eu un frère marié en Pologne , et n'ayant pu venir à bout d'obtenir que son père (3), qu'elle
(1) Léopold.
(ft) D'Àrqoieo.
(IM JOURMAIi I» AiliîlGKAI].
twoit Mt y&àt «n PolosDe, fiât felt duc, eHe lut ptoéttm ht tKMft» nation de Pologne et Tordre du Sailit-flq^t, et il edt mort à Rômé, en 1707, à quatre-vingt-dix-sept ans, dans là douzième année de «on eardmaiat, logé avèe la rdne sa fille.
Pour ie?«mr à M. et à màdaïkie de Bélhuiie, le inffi^ étoît un 1^^ d'esprit, aiitiaiile.el airiiéde loi}t le inondeydout, faisftiuAat, gflâàitti cpii dépçnsoiltvoiff ou quatre M^ eë q«'â avoit , et qtd atoit ^IqHé capacité , beaneoop d'amis e^eetifà ei oonstdéraMes i et des cni^ld^itéi sans aucune affectatioiÉ ; par exemple celle de n'éorire et de ne dkfkH jamais pas une lettre qn'entre deux draps, et de retemr froidttiieM s'j^ mettre toutes les fois .^il avoil à éonre ou à travailller, et se retevdit aussitôtîaprès. il a¥oit aoquiB du cvédlt dans tout œ Net d ^ et sa mort fut regjBffdée oomme une pe»te. 11 eut deux filles mariées ea Pologne, Tune auprmee RadziwiK-Kleski, grand maréehal de Utboanie , neveu du roi de Pologne, pois à un Sapefae, petit marécM de lillKUBde; Taotre, en 1698, au contté JdrfonoWski , nnan après palatisr de VeOii^ nie, puis ds Russie, onde matesneldèlsi rane,^me de Louis XY. Les deux fils de madame de Bédnnis ne purent jamais are peisnadés, flaelques jeunes qu'ils lussent, d'aèe^pter la nomination de Poldgiie, tellement qiïe ee ne fut qa'ati refus obstiné de tous les deux que leur graml-père matemd fut eardinal. L'alnéfuttné à la bataille d'Hoc6stett sans avoir été marié, an désespofr delà duretédesa nière, et de nV Vioir jaonaia en ra pai» ni diansws. Lé seeond a étNyosé une SOBut* do maréchal duc d'Haieourk, dont il a un» fille mariée àtiellèsAt,^ pem Sécuté par M. le Duc pendant son premier iniuistère , et si £gn<snent échappé de ses mains ; puis une fille du duc de Tresmes, dont il a dèl enfants et de laquelle il est séparé. C'est un homme dont là fortune et l'état sont fort différents de ses pères. San^e à vécu à Vms où eHé se retira à la mort de son mari, taoïtdt pimpante, tantôt gneusante, avec beaijfoottp d'esprit^ d'hunleur, de bizarrerie et mi CMrps de ht^ qui est parvenu è quatre-vmgt-douze ou treize ans.
Dimanche 26, à Versailles, — Le roi et la reine d^Anglcrterre vinrent ici sur les ciûq[ heures; le roi les reçut à son ordinaire .dans son aaidchamibrey et les mena dans sûn sailoH, oùîlsdemêurèrentjusqu'àrheuredusalut, oùilsallèreût tous ensemble. — Le marquis de Coetlogon est mort en Bretagne; il étoit gouverneur de Rennes et lieutenantdu roi de la haute Bretagne; il étoit frère jumeau de madame de Cavoie. — Le roi a eu un courrier du comte d'Estrées, qui lui rend compte de sa navigation; il avoit passé k dé-
OCTOBRE iCM. Itf
tpoitrle as dH' BBiebs peuBsé^ et a eu èm venfe si MBÉndi^es depuis^ qu'il n'a pu arnivar que le 18 de eé mois aux Iles d'Hière^. — M. le duo du Maine est reventit ce soit* de Flandre.
£iifi4t aiy à Versailkê. -*- Lepei ne scntitpcliftibiei^ de tout le jouf* — M. le Due , M. le prince de» CkAvly el M. de Yendôme retinrent de Tarmée. — Lé rèi a donné des^ pensioi£»«ux deux fib de H. de Béthune^ lyOOO écns à Talné qui etst dans W mousquetaires y et S^^OOO &ànesr au cadet qui egt dans la marine» M. le mmqnxs de Bé^ thune n'avoii qiie 4^000 francs de pension du i^oi et les 1,000 écus de chevalier de Tordre. Il avoit le pcftit gomvernemept de Romorantin auprès de ses terres qui dépend de Monsienry et Monsieur Fa donné au fils aîné. — On a ev> nouvelles que les Vénitiens avoient* été battu» en Oalmatie et dans- la Moirée ^ cela et la levée du siège de la Ganée relève fort le cœur des Turcs. Ils parlent pré* sentement d'assiéger ks plaices de Iforée qu'ils ont perdues les campagnespassées. -^Hanseigneteir eotirut le loup ; le roi d'Angleterre vint à la chasse.
Mardi 28 , à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour. Monseigneur courut le cerf avec les chiens de H. le duc du Maine. — M. le duc de Bavière a jeté un grand convoi dans Charleroy ; il y a deux cents cha^ riots de planches pour rétablir les maisons de la haute et de la basse ville, -r- M. de Lux^nbourg a laissé fiéisseleau pour commande dans la Kenoque , d'Âvejean à
Poperingen> et Caraman à .; tous trois sotos» les
ordres de M. de la Valette. — M. le maréchal d^Komières est parti pour s'en? aller tenir les États à Lille; il reviendra dès que cela sera fait. — On a des nouveUes de Pié^ mont, qui portent que M. de Savoie est retombé et éfu'il est fort mal*
Mercredi 29, à Ver$mlks. — M. de NoaâHes salua le rei en revenant de commander Faarmée de Ronssillon. — ' M. de la Vauguyon qui avoit demandé instamment au
roiramba^MidedeSuède^ ne pouvant l'obtenii*^ é'st entré dans un tel désespoir que sa raison s'en est troublée. Il a pris un cheval de M. le Prince qui revenoit de l'abreuvoir y et s'en est allé par des chemins écartés se mettre à la Bastille , croyant toujours que le roi le vouloit faire arrêter. M. de Baisemeaux^ qui n'avoit point ordre de le recevoir^ tâcha de lui remettre Fesprit, et le retint dans sa chambre jusqu'à ce qu'il eût reçu les ordres du roi.
— Don Pedro Corbet^ qui commandoit les vaisseaux d'Espagne qui étoient dans le port de Gènes ^ avant que d'en sortir^ a demandé aux Génois 1^200^000 francs de quartiers d'hiver pour vingt mille hommes et de déclarer la guerre à la France. Les Génois ont refusé toutes ces trois propositions , et les vaisseaux se sont retirés.
Jeudi 30, à Versailles. — Le roi a nommé M. d'Avaux pour son ambassadeur en Suède en la place de M. de Béthune; on n'a encore rien réglé pour ses appointements ni pour ce qu'on lui donne pour son équipage.
— Le roi a donné 12,000 francs de gratification à M. le comte de Grignan , lieutenant général en Provence , et qui a très^bien servi cette année. — M. le comte d'Estrées est reparti des îles d'Hières avant le retour du courrier qu'il avoit envoyé ici. Le chevalier de Noailles étoit allé recevoir de lui les ordres de ce que les galères ont à faire ; il y en a trente d'armées.
Vendredi 31, à Versailles. — H. de Luxembourg est revenu de Flandre et a salué le roi aujourd'hui. — J'ai appris que le colonel Stoppa le cadet, celui qu'on appeloit ordinairement le vieux Stoppa, étoit mort de sa blessure à Mons, il y a déjà quelque temps. On l'a enterré sur les remparts de la ville à cause qu'il étoit protestant. Le régiment suisse qu'il avoit a été donné à Sorbec , qui avoit un régiment allemand dont le roi n'a pas encore disposé. Le régiment suisse qu'avoit Porlier, tué à Steinkerque , a été donné à Reynold , lieutenant-colonel des gardes suisses. Le roi lui a conservé sa compagnie et
NOVlUlBilE IMt. * Vé^
son rang; son fib gouvernera sa ooaipagme» La lieate^ nance colonnelle qu'il avoit a été donnée A Vakener. — M* de la Vailguyon , àqui toute sa raison et son bon sens sont revenus^ est retourné dans sa maison à Paris ; le roi lui a fait dire de sa part tout ce qu^il y av<»t de plus {ffopre à lui remettre Tesprit, qui n^avoit été blessé que par la peur d'avoir déplu à S. M.
- Samedi 1*' mftmAre.jour de la fouiiatnl^ 4 YerMilhe. *^Le roi et Monseigneur firent leurs dévotions^ et passer rent toute la journée à la chapelle. -— Le roi a donné deux abbayes qui vaquoient en Franche4k>mté par la mort de l'abbé de Lède , qui les avoit eues du roi d'Espagne. La meilleure, qui vaut 2^000 écus de rente^ il l'a donnée au fils de la Fouillée y lieutenant général y et la petite^ qui ne vaut que 3,000 francs, à un parent du P. de la Chaise. -*- M. le maréchal de Lorges est revenu d'Al* lemagne , où il commandoit l'armée du roi ; il est présentement en quartier, mais il ne prendra le bâton qu'au retour du voyage de liarly, où l'on va lundi, parce qu'il ne se porte pas trop bien. •— Les nouvelles qu'on a de Pignerol portent que la maladie de M. le duc de Savoie augmente plutôt que de diminuer.
Dimanche â, à Versailles. — M. le marquis d'Amfreville est mort à Yincennes , après une longue et cruelle maladie; il étoit lieutenant général de la marine, et avoit épousé la seconde fille du maréchal de Bellefonds. On croit que le chevalier de Nesmond, chef d'escadre, aura sa place de lieutenant général. — Monseigneur alla à Paris avec madame la princesse de Gonty pour voir le grand appartement de Monsieur, et ensuite ils allèrent . diuis sa loge pour voir l'opéra. Le grand appartement de Ifonsieur est achevé et meublé magnifiquement; le roi lui a donné un parfaitement beau lit que madame de Montespan lui avoit fait faire. — Le toi ne sortit point de tout le jour, et alla au salut. — Le roi fait lever huit nouveaux régiments de milice , savoir trois en Flandre ,
194 JGUWàh DE DAMGEAU.
un dans le pays de Ltuembcurg , un en Lamàm^ on «i Francbe-Gomté et deux en Altoee.
Lundi 9, À Marly. *^ Le foi a fort travi^llèeeè jause-oi^ et a doiinéi f^ongé à ses ministres pour toute la sesiainê ^'U passera ^ Marly* Monsieur et Madame ne sont foini dvi voyege. M* die Ûainville a eu une chamlatfe iâ pour la première fois; M. le oomte de Soissoms y est aussi, i} y aYoit 4tux ims qu'il n'y «voit été. — Le duc a^ninistratem* de Wurtemberg est arrivé iParis; le roi n^a peint encore dit quel parti il prendroit sur son diapi<#e« Le }mon de Soyer, qui af oitété pris avec lui^ a eu permis* sion de retourner en Bavière. — Le prince d'Orange demande à }0I« les États une levéede vingt mille Sommes; il y a déjà quelques provinces qui y oui eonsenti. Il se prépaife àrepa^sere^ Angleterre, et emmènera avelybû beaucoup de troupes angloises, de oelles qu'il wdi fait débarquée 9Ur la &n de la campagne.
M(trdi k, àifar jy« *— Le roi œurut le eerf dans sa ealèobe, et revint dîner ioi ; leâ princesses étoiept à la chasse. Le roi d'Angktwre et Uonseigneur demefu^èrent pou courre un second cerf. Le roi se proniena tou^ Tiqpa^ dlnée dans ses jardins, r-^ On a au nouivellea qi^ele prtnse d'Oraj^ge s'embarqua le SiT du mois passé .pour repasser en Angleterre; ainsi on ne doute pas qu'il ne s<Ht poésen* tement arrivé à Londres. -^ Les nouirelles qu'on a eues de Pignerol du 30 du mois passé sont qu^ M. de Savoie est toujours bien malade ; mais, comme lemallva^e en longueur, on creit qu'il en pourra guénr.
Mercredi 5, ^Marly. — Le roi alla tirer le matin, et revint diner ici ; l'après-dlnée, U se promena da^s ses jajv dins. T- On mande de NfMinur qu'un de nos partiauis avec trente bommes a passé la Meuse au-dessous de liége, et a enlevé deux quartier des ennemis, où ils avoi^nt quatre compagnies de cavalerie; il a pris deux éten* dards, quarante cheyaux, un lieutenan,t-oolonel et quelques cavali^raiy a ramené son butin à Namur sans avoir
perdu un seiul homme. — Le comte de Vienne, mestre de eamp du régiment du roi ^ a demandé permission de y^Didre sou régiment; et Fa obtenue ; sa santé ne lui permet pas de demeurer dans le service.
. Jeudi 6, à Marly. -^ Le roi alla, le matin, faire la revue de deuk compagnies de ses gardes du corps, celle de Nomlles et ceUe de Lorges; il les avoit fait venir sxir la pelouse qui est auprès du parc Sainte-GeHnes. Û revint dliwr ici, et se promena toute Taprès-dinée dans ses jardins; Monseigueur étoit allé couire le loup dans la forêt de Saint-Germain , mais il n'en trouva point, et il revint dlnér ici. — On a eu nouvelles que madame l'électrice de Bavière était accouchée d'un fils; elle n^avoit point d'enfants. — L'empereur veut toujours que le neuvième électorat soit créé ; il s'y est engagé pour récom penser le duc d'Hanovre, mais beaucoup de princes de l'empire s'y opposent, et ne veulent plus reconnoltre l'électeur de Màyenee pour directeur, parce qu'il a déclaré l'érection du nouvel électorat, prétendant qu'il suffisoit de la pluralité des voix du collège électoral sans aucune participation des princes et des autres États.
Vendredi 7, àMarly. — Leroiallacourrelecerf etrevint dîner ici; l'après-dinée il se promena dans ses jardins, où il fait planter des palissades de spées toutes entières. — Le prince d'Orange est arrivé en Angleterre. 11 promit à MM. les États, en partant de la Haye, qu'il reviendroit au mois de février ; il ne leur a point proposé la nouvelle levée de vingt mille hommes comme on l'avoit dit ces jours passés. — L'armée de Pologne n'assiège point Kaminiec; la saison étoitsi avancée que les généraux se sont contentés de bloquer la place. Le roi de Pologne n'est point àl'armée. — La reine douairière d'Angleterre, qui étoit à Avignon, en est partie pour retourner en Portugal; elle pass^a par l'Espagne, et les Portugais que' Ton envoie au^evant d'elle viendront la recevoir à Irun. — Les dernières ettres qu'on a eues de Pignerol portent
que M. de Savoie étoit guéri ; il avoit été fort mal de sa
dernière rechute. L'empereur renvoie le ck»ntè Carraifa
en la place de Gaprara pour commander seis troupes en
Italie.
Samedi 8, à Versailles. —Le matin, à Marly , le vm fit la revue de deux compagnies de ses gardes , celle de Luxem*^ bourg et celle de Duras ; il avoit vu jeui les deux aû1i*es. — Le duc d'Aumout a salué lé roi, revenant de son gouvernement de Boulogne. Avant qu'il partit pour y aller, il avoit perdu un procès contre le roi , et étoit condamné à rendre la terre de Vaujours, qui vaut 8,000 livres de rente, et à payer 100,000 francs pour des jouissanbes. Dans son absence , le roi lui a remis les 100,000 francs et lui a redonné la terre. — On a de continuels avis des prises que font nos vaisseaux sur les ennemis ahglois et hollandois. Un vaisseau de Saint-Malo nonuné le Pontchartrain a fait une prise estimée plus de 200,000 écus , et un des vaii^aux du roi que commandoit un fils de mademoiseUe de la Roche en a fait encore une plus considérable, après un combat qui à été très-opiniàtre. Le vaisseau ennemi étoit de cinquante pièces de canon; le nôtre n'en avoit que quarante.
Difnanche9 y à Versailles. — Leroiallatirerraprès^lnée, et revintavantle salut. — On a eu nouvelles que le comte d'Estrées étoit revenu à Toulon. Il n'a point trouvé les vaisseaux espagnols qui apparemment se sont retiras sous Naples ou en Sicile. Le comte d'Estrées les a cherchés jusqu'à la hauteur de Livoume ; il va désarmer présentement qu'il n'y a plus rien à faire. — La connétable Colonne a repassé par la France revenant d'Italie pour retourner en Espagne. — On donne à M. d' Avaux, pour son ambassade en Suède, 1,000 écus par mois et 3,000 ëcus pour son équipage. — Le duc administrateur de Wurtemberg vint faire la révérence au roi, qui le reçut à la sortie du conseil dans son cabinets Le roi fut toujours debout et découvert, et traita son prisonnier fort gracieusement. On
le laisse à Paris sur sa parole ^ avec permission de venir ici faire sa cour au roi quand il voudra. Il a salué Monseigneur^ les enfants de France , Monsieur^ Madame , et toute la maison royale*.
* Il n'y a rien que de tout. ordinaire à celte réception du duc adorinistrateur de Wurtembeq;. C'est de la sorte que tous les sujets du roi le saluoient en allant, en arrivant de quelque part, et jamais le roi ne s*est couvert chez lui que pour des premières audiences d'ambassadeurs, rhommage de M. de Lorraine et choses semblables.
lAnmdi 10, à Yer$aillts. — Le roi alla tirer ; Monseigneur donna à diner à madame la princesse de Gonty . — M. le marquis de Nevet^ officier dans la gendarmerie et neveu de Matignon , a eu l'agrément du régiment des vaisseaux, qu'il aehète 50^000 francs du comte de Mailly. — Le roi nous dit à son coucher qu'il avoit eu^ ce jour-là^ des nouvelles des prises considérables qu'ont fait encore ses vaisseaux depuis peu^ et à Bayonne, et à Saint-Malo^ et à Dunkerque; il y en a une seule qui est estimée 400^000 écos. — Le duc de la Meilleraye avoit demandé l'agrément pour acheter le régiment royal d'in&nterie qu'a le marquis de Gréquy ^ mais il a été refusé. . Mardiiij à VenaUhê. — Monseigneur alla sur les dix heures du matin voir une course de chevaux qui se faisoit au Pecq ; le roi et la reine d'Angleterre y étoient. La course fut fort belle , et le cheval du grand prieur gagna de. deux longueurs de cheval. — Le roi alla, l'aprèsdlnée^ à SainirGermain^ voir le roi et la reine d'Angleterre. — M. de la Baume , père du comte de Tallard, est mort à Lyon ; Tallard a perdu, en un mois de temps^ son père y sa mère et son beau-père^ et a eu son château rasé par les ennemis.
Mercredi 12 , à Venailleê. — Le roi a réglé que les nouveaux lieutenantsde roi de Languedoc^ qui sont neuf^ auroient entrée dans les États; il y en aura trois par an. Le roi a réglé aussi la manière dont les nouveaux Ueute- '
nants de roi danis tout le royamne seroieat traités dant les provinces^ dans les présidiaux et par les corps de ville quand ils seront commandants. La {»*emière fok qu'ils iront dans une ville, ils feront avertir le présidial et le corps de ville qui les enverront complimenter par des députés. Qoandils ne commanderont point dans des provinces, ils demeureront comme ils étoient auparavant que d'avoir acheté leur charge. Cela a été réglé au sujet de M. de la Borde, nouveau lieutenant de roi d'Anjou, qui s'étoit plaint de la réception qu'il avoit reçue à la . Flèche.
Jfudî 1.3, à Versailles. — Monseigneur alla à Chantilly pour y demeurer quelques jours ; il y courut le cerf en arrivant;. Madame la Princesse, madame la Duchesse, et toute la maison de M. le Pmnee y aUàijeni dès hior pour y ifeceyw: Monseigneur. — Madame de Mornay se &it le- %ieu$e aux Clérets (1) ; elle a choisi cette maison-là parce qu'elle ne coanoit personne en ce pays-là , et que cette in^ison ed; fort régulière et fort austère. Il y a déjà quel ques mois qu'elle s'éprouve ; elle avoit été au Calvaire l^al>-Malo, où sa sœur s'est fait religieuse depuis peu, ainsi leur frère sera seul héritier. Elle avoit 4,000 francs 4e dûuaiire et d'autres prétentions sur la maison de feu ^n majiri, qui en seront dégagés par là.
Vendredi li, à Versailles. «*^ La reine douairière 4'Àngleterre a passé par Bayonne, s'en retournant en Portugal; le duo de Cramant l'a reçue avec de grandes magnificences, e^ l'a conduite jusque sur ks terres d'Esgagne. Elle lui a envoyé un diamant qui est estimé l^^QOO écus ; le duc de Cramont n'avoit pas voulu que les équipages de cette princesse payassent rien à la cou* tume de Bayonne, qu'il partage avec le roi. Le roi, pour l'en dédommager, lui a donné 1,000 pistoles. -«- Le roi
(1) Les Clérets , abbaye de religieuses en France dans le Perche , diocèse de Chartres , de l'ordre de Glltftia,
a ikinilé à l'abbé de Baillant l'abbair» de Saint-Yinoent de Seidis; elle étoit Vèu^afite par la liioFt d'un bomi^equi avoit été dans la maison de €hoifleul> et qu'où ne nom*' moit c^e du nom de son abbaye. Le roi l'a noimné pé:t une promotion extraordinaire^ sans attendre les temps or^ dinairës j U Ta fait à la ^ère de II< de Luxemboiii^^ qui M avoit demandé cette grtee avec beaucoup d'empressen ment.
Samedi 15 , à Versailleê. — desgrais alla ces jours passés^ par ordre du roi^ à SaintrMandé ; il prit ral>bessè et la mena à Mâlenoue. Le roi lui a détoné trois commissaires^ qui sont M. Tarohevèque dé Paris, M. d'Aguesseau et M. de Harlay. Elle est fille dm premier lit du maréchal do firancey ; elle a été autrefois «bbesse de Vignats en Normandie, ensuite prieure dé la Saussaye^sur le chemiti de Fontainebleau, et a transféré la communauté de la Sheiussaye dans la maison que M. Fouquet aToit fait bjtlir à Saint-Mandé. Elle avoit eu depuis de grands démêlés avec madame la Grandé«Ihi0lies6e qui est rë^ tirée dans son abbaye. — [ Il y aura désonnais à Sainte- Cyr des filles de la Visitation , au lieu des dames qui y étoient; celles qui y sont présentement feront de nefUvavBE vœux si elles veulent demeurer dans la maison. Ls ptpe aérigélamaiison de Saint-Gyr en monastère, de la Visitation > et le mméè en porta il y a quel^ que tempe les bulles à madaine de Maîntenon à Sainte
Cyr](t).
IHmaMh^ 16, à Vermltes. — BkmseignMr revint de GhantiUy ; il en partit Tap^èiHllnéë^ et passa par Paris, où madame la prineesse de Conty alla le trdUver à l'o^ péra. Pendant qu'il a été à Chantilly, il a couru tous les jours ou le loup avec ses chiens , ou le cerf avec ceux dé IL le duc du Maine. Outre ees chasses-là, il y en eut samedi une de saiIgMers dans les todles; on en avoit mis
(1) Ce passage est ra^é dans le mànnserit orignal.
909 JOURHAL M DANGEAU.
plus de cent. Les soirs , il y avoit muMqme et jeu ; M. le Prince a fait toute la dépense. Mons^gneur n'avoît point mené ses officiers. *— On apprend que les Tartares ont déposé leur Idban^ et ont mis i sa place celui qui rétoit auparavant^ et qui est fort ami des Turcs; ainsi on ne doute pas qu^ils ne se joignent bientôt aux troupes du grand vizir. — M. de Pontchartrain a fait venir pour la Provence des blés du bastion de France (1)^ qui est sur la c6te d'Afrique v^rs Alger.
Ltmdi'iTy à Versailles, — Il y eut, le soir^ appartement pour la première fois depuis qu'on est de retour de Foa« tainebleau;leroiyvintyetilyeatportique;maison croit qu'il n'y aura plus de portique, et que le roi n'y viendra plus. — M. le marquis de Bouligneux le père est mort; il laisse deux fils^ dont Falné est colonel d'infanterie. H avoit été lieutenant des gendarmes de la reine-mère, et le roi lui en avoit conservé les appointements; il étoit fort vieux, et ne paroissoit plus à la cour. — M. de Saini- Quentin, qui avoit été à M. d'Épernon, est mort depuis peu; il avoit un petit gouvernement auprès de Bordeaux, qui s'appelle Castillon et Gastillonet , qui vaut quatre ou cinq mille livres de rente.
Mardi 18, à Vermilleê. — Le roi alla à la chasse, à son ordinaire; les soirs, quand il n'y a ni appartement ni comédie, on joue chez Monseigneur dans son caveau. — M. le nonce Cavallerini eut sa première audience de ce-* rémonie. Il avoit fait son entrée à Paris le dimandie précédent; M. le comte de Brionne le menoit. — Madame la marquise d'Ambres (S) mourut à Paris. Elle avoit été fille d'honneur de la reine-mère , et se nom*
(1) Le bastion de France et la CaUe formaient tes Concessions, nom que Ton donnatt aux andens étaliliagementfl français sur la cMe d^Aigérie. Ces mloRÎes datent de 1560, et furent organisées par le cardinal de Richelieu^ en 1628.
(2) « Femme de beaucoup d'eq[>rit et de dangereuses intrigues, qui aToit eu de la beauté. » ( Note de Soinf -Simmi. )
NOVEiaUŒ IMl. an
moit mademoiflelle de Bonrneiiil; elle.avoit épomsé eà premières noces le marquis d' Arpajon^ fils du pirenmr lit du duc d'Arpajon , et cela lui avoit donné de grands procès avec madame la comtesse de Roucy, fille du ae« cond lit du duc d'Arpajon.
Mercredi 19 ^ à Vwêailks. ~- MademmseUe de Vertus mourut à Port^oyal des Champs; il y avoit vingtrdeux ans qu'elle y étoit retirée^ et depuis douze anaelle n'avoit pas sorti de son lit. Elle -étoit sœur de feu madame de Diontbazon. — Les ennemis avoient assemblé un corps de troupes pour essayer de forcer quelques-uns desquartiers ique nous avons autour de Charleroy^ et de jeter un convoi dans cette place-là; H. Ginkle^ qui s'appelle présent^nent milord d-Athlone^ les commandât. Us ont marché au GhAtelety ont feiit sommer YaUères, lieutenanlrcolonel d'infanterie , qui y commandoit ; VaUtoes a répondu qu'il se défendroit assez longtemps pour donner loisir au secours d'arriver. Ils n'ont pas jugé à p*opos de l'attaquer^ et se sont retirés après avoir jeté leur convoi dans Gharleroy.
Jeudi ao^ à VttêMlu. — Le roi et Monseigneur allèrent courre le cerf le matin^ et revinrent dîner i Harly avec les dames qui avoient été à la chasse. Il n'y en avoit point d'autres, pas même les dames d'honneur des princesses ; les courtbans qui l'avoient demandé eurent tous peiv misfflon d'y aller. Monseigneur avoit dit à l'ahbé de Nogaret d'y venir jouer l'aprësHlinée, mais il a pris le* ps^ de quitter le jeu et la cour pour se mettre en retraite à Paris; il s'est mis aux Pères de la Doctrine chrétienne , à Paris. — Guiscard a forcé un des faubourgs de Huy^ a obligé les ennemis qui y étoient de se retirer avec ' précipitation^ et a ramené quelques prisonniers.
Vendredi 31, à Yenailles. — Le vicomte de Lauzun est mort en Provence. Il étoit capitaine de galères ; il^t<»t frère du duc de Lauzun. —-Le capitaine Bart, armateur deDunkerque^ a pris vingt-trois vaisseaux marchands
Ml JOUHliAL Oft DANOBAU.
diargé» de blé qui venoraiit àê haniûek. On a eu oét iVia pu* un attire armateur qui est arrivé à Dankef^ue^ et qui avpit pris an vaifiseau chargé de mâts et d'agi^<r Oh ne sait point n Bait pouisra amener sa prifie, on s'il sera obligé de couler ces vaisseaux4i à fond. G'éfoii M. de Megret qui Sèrvoît de dârg^it dé bataille.
Sùini9di9St,àVersàill$$. ~ U. le comte de CSterniont de Lodève eibt mort) îl étoit frère aîné de M. de Seyssao , et il y avojft beauoèup de bien de substitué dans la maison. -^ Le marquis de Nesmond , chef d'eseadre^ qui est à \A mer avec quelques vaisseaux du roi ^ a fait einq oi» si^ prises conâdérables. — Le roi a augmenté de 9^0 francs les pensions qu^il doni^ au comte de llaîUy^ mestre de oamp général des dragons^ et il s'en retourne à Tournay^ où il servira cet hiver comihe brigadier d'infanterie. Le régiment des vaisseaux dont il est colonel n- est pas encore vendu, celui qui en a Fagrânent n'ayant pas encore trouvé Fargant.
DmfMMhe 93^ à Vermlk$. — Ue roi a donné une pen*sion de 1^000 écus au comte de la Motte^ soui^Ueutenant des ebevau-légers de la garde ; il eeA maréchal de camp^ et sert cet hiver en Flandre ^ où il est a^tueUement. ^-^ Le fils de H. Daquin , premier médecin, qui est capitaine aux gardés^ a épousé une fille de Titdn^ celui qui fournil dee armies à toutes les troupes, et le roi fait un présent 4 la. mariée p qui vaut 3,000 pistole0. -r Madicfiie de la llarxélière à été à Tabbaye des Clérets chercher madiimie doMornay, sa fille^ et a obtenu d'elle qu'elle reviesîdroit à Paris^ où elle estprés^itement; on ne croit pas qu'elle change le dessein qu'elle avoit de se laire religieuse,
lAmdi ^kf à VêrsaiUeê* -^ U y eut appartement le sok| le roi n'y vint point, et il pârolt qu'il n'y veut plus venir ; il y eut musique et jeu' de lansqueneit , et point de pertique. — On maiide de Piémont que M. le d«|p de SaviHA est entijtoement guéri ; cependant il n'a pas encore paru en public.
MOYRIIBIIE iW%, m
r/r'Jfai^dfSft, à Vbrsifilleii •— Le m alla se promènera piftrly; où H: Mt toujours luxMHnmoder quelque ohose I daàa hs jardins. Monseigneur allft dîner à Paris avee
lUfagbtir; eùsuite ik allirèat dans la ville à plusieurs Mûtiqties de enriéûx. Bn reatraut au Palais-Royal, ils treuvèrent les princesses sanAvé^ de Yersailles ; ils allé* inat tous ensemble à Topera dans les loges de Monsieur. Après l'opéra, il y eut grand jeu jusqu'au souper, et a^s^ souper il y eut bal. Les princesses étoieo^ fort parées; il n'y avoit que neuf danseuses : madame de Ciharires, Mademoiselle, madame la Ducbesse , madame la princesse de Conty, mademoiselle d'Armagnac, mademoiselle de la Trémouille, mademoiselle de Menetou, mademoiselle de Tourbes et mademoiselle de Moreuil , et on ne laissoit point entiter les masques. Après le bal. Monseigneur et les [O'ineesses revinrent coucher ici.
Mercredi 26, à Vereailleê. — Monsieur a donné une pension de iii.,000 francs à Yacogne, qui étoit autrefois exempt dans les gardes , et à présent attaché auprès de M. le duc de Chartres. «— Le marqqis de Gassion avoit traité du régiment du roi-cavalerie avec le comte de Vienne; il lui en donnoit 86,000 francs, mais le roi ne lui en a pas voulu donner l'agrément, parce qu'il est trop jeune. Cependant U y a déjà deux ou trois ans qu'il est capitaine de cavalerie; il est neveu des Gassion qui sont dans les gardes du corps.
Jeudi 97, à Versailles. ^-^ Le roi alla Taprèfr-dlnée se promener à Marly, où il fait planter. Monseigneur prit médecine. -^^ On a eu nouvelle que le capitaine Jean Bart étoit entrédans Dunkerque avee lesdix-sept vaisseaux qu'il a pris ; s'il eût euquelquesfrégates de plus, il auroit pris le reste de eette flotte qui étoit de quatre-vingts voiles. -^ Les noavellce de Ifongrie sont que Tarméede l'empereur est entrée en quartier d'hiver, et que le prince Louis de Bade, qui la œmmandoit, est retourné i Vienne,
Vendredi M, à VfrsaiHêe. -<- Le roi alla tirer à son
«M JOURHAL M DANOEAU.
ordinaire. Monseigneiir alla à Paris^ et entendit Fo^^ra dans la loge de Monsieur avec Madame et Mademoiselle; il y étoit venu de Versailles seul. — Le roi a donnera charge de premier président de Grenoble à M. Pucelle, conseiller à Parts ^ qui est neveu de M. de Gatinat, ^-^ Le roi a prolongé la valeur des espèces d'or et d'argent vieilles et nouvelles jusqu'à la fin de Tannée, après quoi on diminuera leur prix.
Samedi 29^ à Versailleê.'^ Le roi a donné 3^000 écus de pension à M. d'Avaux, qui s'en va ambassadeur en Suède; "il emmène avec lui M. de Bonrepaus. Ilsn^atten-* dent pour partir que les passe*>ports qu'ils ont envoyé demander pour aller par terre. — Le prince d'Orange a assisté à l'ouverture du parlement d'Angleterre, et, dans la harangue qu'il y a faite, il a fort exalté la puissance de la France. On a remai*qué que la chambre basse, qui>a toujours accoutumé d'aller remercier les rois le lendemain qu'ils ont paru dans le parlement, n'y a été que sept jours après.
Dimanche 30, à Ver$ailleê. -^ Le roi entendit le ser-> mon de l'abbé Bignon, et alla au salut. — Il y a eu quelques soulèvements dans le Mondovi, où H. de Savoie a été obligé d'envoyer des troupes; ce prince est présentement à Turin , et n'a plus du tout de fièvre. — Le roi a réglé que les officiers qui n'auroient point de congé de la cour, ou qui ne se rendroient point à leur garnison le jour que leur congé expireroit, ne seroient point payés du temps qu'ils auroient été absents; jusqu'ici on avoit eu plus de facilité à leur accorder des retiefe. Lundi 1*' décembre^ à Venaillei. — M. le marquis de Pianesse , par ordre de M. de Savoie , avoit fait des propositions de neutralité pour Casai; il offroit que si Ton. vouloit ne point demander de contributions aux pays de M. de Savme et laisser descendre les bateaux sur le P6, M. de Savoie s'obligeroit à ne point assiéger Casai et à laisser entrer et sortir toutes les tix>upes qu'on y voudroit
metire ou en tirer/ et d^y laisser passer tous les eouvois de vivres et dé munitions q[u'oii y voudrmt jeter. Cette négociation n'est pas finie parce que M. de Savoie est ioiqons malade et ne peut travailler à ses afEairea^ et qu^ils ne veut point que ses nnnîstres &ssent rien sans lui. Les Espagnols consentent à ces propositions /mais on ne croit pas qu'elles soient agréables à l'empereur. Le prince Eugène est retourné à Vienne.
Mardi % à Venailles. — Le roi a donné le gouverne^ ment de la citadelle de Dunkerqueà TÉcossois, lieutenant colonel de Normandie^ qui . se défendit Tété passé dans Téglise de Worms, et qui y fut pris après une très-vigoureuse défense; ce gouvernement vaut 11,000 livres de rente. — La duchesse de Guastalla est morte; elle étoit mère de la duchesse de Jf antoue ; elle est grande ,tante de la reine d'Angleterre. Le roi en prendra le deuil pour quelques jours, parce qu'elle étoit petite fille d'une fille d'Espagne — Les ennemis en Flandre avoient assemblé quelques troupes, mais ce n'a été que pour jeter des convois dans Dixmude et dans Fumes.
Mercredi 3, à Marly. — Le roi partit de Versailles après son diner/ et vint ici en chassant. Monseigneur alla à Saint-Germain avec la princesse de Conty voir le roi et la reine d'Angleterre, et puis vint ici. Monsieur et Madame sont du voyage ; toutes les princesses en sont; ainsi il yi a eu peu de places pour les dames. Beaucoup de courtisans considérables qui avoient demandé et qui y venoient toujours n'y ont point eu de chambres, et quelques-uns même des grandsofficiers.de la maison du roi qui y venoient sans demander n'ont point été nommés. Gela n'étoit point encore arrivé depuis que le roi vient à Marly.
Jeudi 4, a Marly. — Le roi passa la journée à se pro-r mener dans ses jardins. Monseigneur joua au lansquenet, com<ne à son ordinaire. Le soir, après souper, il y eut portique.— On a eu nouvelles que le prince de Val<*
S0S JOUUUtL B& PAMHAU.
deck 6tt mort «li Hidlioidi; il <f>il' fort vieiK, laoKil passoit enooro ]^oiir le niietUear général qtd {M âaiia toutes les troupeâ dfl0aiiii«niù|. ^ Le eiomte de Gtusiùoi*, fpà est malade à Paris dapoûs FoniainehLeaQ^i vog/à sa» .sacrements; il asoixaot^treizeana^ et on ne èioiftpas qa'il en puisse réchapper. ^
* Le comte de Gramcmt élipit frère du premier maréchal duc de Gra« mont, maïs d'un autre lit. La mère du maréchal étoit fille du maréchal de Koquelaure, et celle du comte de Giràmont étoit sœur de Boutetille , père de M. de Luxembourg. Quoique la mode du temps Feét fait aller fort à la guerre, il n'y avoit jamais tiriftté ni e^éré 4e sV vanoer. Il fiit quelque temps à M. le Priace, et se prostitua yolontters pour attrapper; grand escroc et grand faiseur de dupes au jeu; de l'esprit, desgasconnades, de l'impudence , de l'effronterie , de la bassesse et de toutes les misères à l'avenant , dont ses propres mémoires Êiîts et avoués par lui font une foi singulière. On y voit râstoire de son mariage et beaucoup d'autres aussi peu honorables; avec teoS cela £Qirt dans le graad monde et de la cour, où à la fin il attriiva les premières entrées chez leroi^ à qui fl se rwdit agréable par son assiduité^ ses bouffonneries et se montrer valet à tout faire.
Ce comte de Gramont fut également le mépris et la terreur de la cour par tout ce que son âge , sa faveur et sa malice lui donnoient droit de dire, et même en face, sans qu'il fût possible qu'il y en eât amme suite sans se rendre parfait^nent ridicule à force de mépris pour l'essentiel. Il avoit toujours vécu d'industrie, et'les ministres le ménageoient et lui facilitoient des grâces pécuniaires. Son visage étoit d'un vieux singe. Sa femme, qui avoit le port et l'air d'une reine, en avoit aussi toutes les manières. Rien de plussalé, de plus instruit , de plus digne, de plus trayé pour ses easapagaies, ni de plus recherché à la oaur. Son dédain naturel étoit tempéré par une piété haute et éclairée qui ea avoit fait une véritable pénitente. Le roi avoit pour elle un goût que la jalousie et l'art de madame de Maintenon , ni toutes les carres de jansénisme qu'elle ne redoutoit guère, ne purent jamais vaincre. Elle avoit tant d'esprit qu'elle en èmmoât aux autres, et qu'eHe allioit le devoir «t lerespeet de femm avec la parfaite coimoîsaance et le {d^ vrai mépris des déportements et des misères de son mari ; elle luiap^t dans cette maladie les premiers éléments de la religion, et comme elle lui récitoit le Pater : « Comtesse, lui dit son mari, répétez -moi encore cela : cette prière est belle. Qui Ta Éadte? » Telle étoit son ignorance, llsn'eurent que deux filles , laides, et plus dans les aventures et le graad monde qœ lesbelles , et toutes deux fillesde nuidams la Dauphine de
^itSè^i Ii*iMiip<HNfiiai Bovaql, qii'fn âppeMi mlanl SMMi;
qui passoit sa vie avec les nouvellistes des Tuileries, om îI ^$1^ IPlIgRt^ méprisé, qui se brouilla bientôt avec elle, et s'en allèrent séparément en Angleterre, où ils sont demeurés sans enfants ; l'autre mouru^ abbesse de Poussey, en Lorraine , après plusieurs années de pénitence. La comtesse de Çramont eut b/eaucoup de conâdération et d^amis,. et étoit partout fort comptée.
Yênidredi 6, à Jtarly. — Les Étate de Laiigued^ ^int âecoidé au roi trois millions pour le don gràtôit; e'est le comte de Peyre , lieutenant général en année^ qui le^ a tenus. -«- Le roi et la reine d'Angleterre vinrent à Marly sur les sept heures; la reine joua au lansquenet, et à neuf hiaures ils s'en Détournèrent à Saintr^^eMiain. lewoi ne sortit point de Marly; il se promena tout le matiH e4 raprèshdlnée dans ses jardins ^ où il a fait des fontaines nouvelles, et ordcmne une peftte cascade tout au bout des jaidins»
Sûurnii^y 4 f^lotUei. •-« L^ roi partit de Harly à I» niiit> après s'être promené tout le joi|r dans ses jardins ; il n'a point ohassé dç ee voyageai. Monseigneur de-* meura à jouer à Marly, et ne revint ici qu'après le rol^ ^— Le roi envc&e M« de Saint-Olon^ un de ses geiiiilshommes ordinabws, ^u roi de Maroc pour aœommoder tous les dËJffénendfl que noua avons avec oe prince; il sou« haite faire a paix avec la France, et S. M. veut bien la lui iiceorâer.
Diitumche T, à Y$r$aillei. -^ Le roi entendit le sermon de M* l'abbé Bigvom ^, et alla aii sahit. Le soir il y eut appartement où le roi n'alla point, et quand le roi n'y va point il n'y a point da portique. Monseigneur joua au lanequenet. -*- M. de Turmenies/ tréso< rier eactraordinaire de la ga«n*e, a l'agrément pour acheter la charge de garde du trésor royal qu'a ]f . de Frémont; le prix est fait à vik million, et M. de Pilla, qui a les vivres, a eu l'agrément pour la charge de tré» sorier extraordinaire des guerres; mais il n'a pas encore
«M JOUBëNALJWDAMM^U.
trouvé toat Taigent qui est nécessaire pour terminer cette «f&ire-Ià.
* Cest cet abbé Bigaon, parvenu depuis à être le modérateur de toutes les académies , doyen des conseillers d'État et bibliothécaire du roi. Sesdeux frères parvinrent aussi à être, l'un intendant des finances, l'autre de Picardie, puis de Paris, et tous deux à être conseillers d'État. Leur père l'étoit aussi ; et leur mère étoit sœur de M. de Pontcfaartrain, qui a été chancelier de France, et qui, ayant aimé tendrement cette soeur, fit leur fortune et les chérit comme ses en&nts. Il ne put parvenir à faire évêque cet abbé dont la vie répondoit peu aux sermcms, et dont l'esprit et le savoir en tout genre firent amèrement regretter les mœurs, et ce pis encore que l'âge ne corrige point. Il fut peu reeonnoissant pour son protecteur et sa famille, quoique si proche ; et quoique cela fUlt poussé fort lom, cet onde eut toujours un foiUe pour lui) dont il avouoit sa honte de bonne grâce.
Lundis, à Versailles. — L'abbé Morel partit^ ces jours passés^ de Paris ; on croit que le roi remploie à quelque affaire, mais on ne sait pas où ni pourquoi. — M. le maréchal de Gréquy vend le régiment royal d'infanterie dont il est colonel à M. de Galvo^ neveu de feu Calvo, M.OOO francs.
Mardi 9 y à Versailles. -^ Le roi a dîné tous ces jours-ci à son grand couvert; la gelée Tempèche de sortir. Monseigneur alla à Topera à Paris. — On a nouvelle d'Allemagne que raffaire du neuvième électorat en faveur du duc d'Hanovre ne s'avance point; trois électeurs et prèsque tous les princes de l'Empire s'y opposent. M« Groot, son ministre, est toujours dans le fai^urg de Vienne, qui attend l'investiture de l'empereur.
Mercredi 10, à Versailles. — M. de Gatinat arriva ici le matin ; il y avoit trois ans qu'il n'avoit été à la cour. Il fut enfermé avec le roi le matin, l'après-dlnée et le soir; il repartira incessanmient pour retourner à Pignerol. — Le roi prend demain le deuil pour la duchesse de Guastalla.
Jeudiil, à Versailles. -^ Le roi dina à son petit couvert
DÉCEMBRE I4I92. JtÙÇI
et alla se promener â Marly. — • Le roi a donné au chevalier de Nesmond la place de lieutenant général de la marine^ qu'avoit le marquis d' Amfreville ; il étoit le plus ancien chef d'escadre. Le roi a fait aussi quatre chefs d'escadre en la place des deux qui sont morts cette année , de Nesmond et du chevalier de Béthune^ qui quitta Tannée passée et que Ton compte hors du service. Lé roi a fait aussi trente capitaines de vaisseaiix, doiit il y en a cinq qui n'étoient point en rang de monter; savoir : le chevalier d'Armagnac , le chevalier de Bouillon , le chevalier de Luynes, le chevalier de Villaoerf et le marquis de la Ferté, frère du comte de Roucy. La promotion de lieutenant des enseignes et des gardes marines n'est pas encore faite.
Vendredi 12, à Versailles.^ — Les quatre chefs d'escadre choisis, sont : d'Infreville , Cogoliri , du Magnon , d'Amblimont. — M. de Morosini, doge de Venise, a été élu tout d'une voix capitaine général et a accepté; il y a deux cents ans que cela n'étoit arrivé. — Le roi avoît été quelques jours sans sortir, à cause delà gelée, et a recommencé à chasser aujourd'hui.
Samedi 13, à Versailles. — M. le prince Paul de Lislebonne achète le régiment de Chàtillon, et le roi lui a promis le premier régiment vacant qu'il vendra pour se rembourser; il étoit capitaine dans le régiment de Chàtillon. Le marquis de Châtillon quitte parce qu'il est fort ancien mestre de camp , qu'on ne l'a point fait brigadier ' et que beaucoup de ses cadets le sont. — Le roi alla laprè»-dlnée à Marly y faire planter.
Dimanche 14, à Versailles. — Madame Moreau, nourrice de Monseigneur et première femme de chambre de madame la Dàuphine, est morte en deux jours. — Madame Royale mande à Monsieur que la fièvre a repris à M. de Savoie. — Le roi entendit le sermon, le salut, et travailla le reste de l'aprés-dlnée.
Lundi 15, à Versailles. — M. de Tallard a insisté si for-
Ihe J0UR19AL BE DANGEAU.
tement pour faire le siège de Rhinfels*SainMio9r^ qpi est au landgrave de Hesse^Rhinfels, que le roi s^ est résolu, et M. de Tallard doit être arrivé aujourd'hui devant la place avec dix-huit bataillons^ quatre mille chevaux^ dix-huit pièces de batteries et tout ce qui est nécessaire. La place est petite, mais elle est sur le roc, et il y a beaucoup d'ouvrages revêtus.
Mardi 16^ à Versailles. — MM. de Hautefort, de la Châtre^ de Montgommery, de Sainte-Hermine, de Vivans, ont pris la poste pour aller à leurs régiments qui sont devant Rhinfels. — Le roi a tenu ce soir^ chez madame de Maintenon , un conseil où étoient le maréchal de Lorges, le marquis d'Huxelles et Chamlay. — Le marquis de Coîgny, maréchal de camp^ a passé le Rhin avec deux nuUe chevaux, et s'est posté du côté de Fribourg ; Barbeûères, d'un autre côté, marche vers le pays de Juliersavec deux mille chevaux, etSaint-Frémontest sur laNahe, vers Bingen, avec un corps de cavalerie.
Mercredi 17, à Versailles. — M. de Saint-Mars, fils de celui qui a longtemps commandé dans Pignerol, a ax^heté 110,000 francs le régiment colonel de dragons qu'avoit M. de Saint-Florentin, tué à Steinkerque , et que le roi avoit laissé à vendre au comte de Tessé. Q y avoit eu quelque difficulté pour savoir si le roi disposeroit du régiment ou s'il en laisseroit la disposition au co* lonel général des dragons , et le roi jugea que ce devoît être comme dans la cavalerie, que M. le comte d'Auvergne avoit vendu le régiment colonel quand il avoit été vacant, et qu'ainsi M. de Tessé vendroit celui-ci.
Jeudi 18 , à Versailles. — Par les nouvelles qu'on a d'Allemagne, on apprend que l'empereur veut donner au duc d'Hanovre l'investiture du neuvième électorat^ malgré l'opposition de trois électeurs et âe beaucoup de princes qui n'y veulent pas consentir. On apprend aussi que l'empereur veut envoyer le prince Louis de Bade^ la campagne prochaine, commander sur le Rhin , mais ce
DËCE1IJ»R£ 1608. tl(
j^mce Qie veut point accepter ce commandement si on ne lui promet de lui donner douze mille h(Mnmes des troupes derempereùr.
Vendredi 19, à Venailles. — On n^rend dô Rome que le pape s'est entièrement raccommodé avec les Espagnols; il refuse toujours des bulles à nos évéques qui étoient de l'assemblée de 82. Il persiste à vouloir une rétractation en forme de ce qui se fit dans cette assemblée , et c'est ce qu'on n'accordera jamais en France. — Il y a au une assez grande sédition à Bruxelles sur quelques nouveaux impôts; les bourgeois avoient tendu les chaînes dans les rues, et M, l'électeur de Bavière a été obligé de faire venir des troupes des environs pour ren-» forcer la garnison.
Samedi 20, à Versailles. — M. d'Avaux, qui s'en va ambassadeur en Suède , et M. de Bonrepaus , qui s'en vh ambassadeur en Danemark, ont pris ccmgé du roi. Ils vont s'embarquer à Dunkerque , et seront conduits par le capitaine Jean Bart, qui connolt ces mers4à mieux que personne. M. d'Avaux avoit eu un passe-port de MM, les États-Généraux pour aller jusqu'à Vezel, mais cela étoit inutile, car il lui en auroit fallu beaucoup d'a^itres pour aller jusqu'à Stockholm .
Dimanche 21 , à Versailles. — On eut nouvelles que M- de Tallard étoit arrivé avec toutes les troupes le 15 devant Rhinfels ; le c^non n'y saurait arriver que le 20. Tallard, en allant reconnoitre la ville, a été blessé d'un coup de mousquet à la mamelle droite; il mande au roi que sa blessure ne l'empêchera pas de donner les ordres et d'agir durant le siège. Cependant, comme on craint que sa blessure ne soit plus grande qu'il ne croit et qu'il n'y a que des brigadiei-s sous lui , le roi a envoyé ordre à M. de Cboisy, gouverneur de Sarrelouis, d'y aller; il est maréchal de camp , et il commandera sous Tallard. On croit même que le roi y enverra d'ici quelque autre officier général.
Lundi 2% à VerMilles. — L^abbesse de Saint-Handé^ qui fut emmenée il y a quelque temps par Desgrais à Maienoue^ y est morte ; elle y a toujours été malade. — . L'empereur .'avoit souhaité que M. de Savoie allât à Vienne, mais sa santé ne lui permet pas. Il est toujours malade auprès de Turin ; la fièvre le reprend de temps en temps.
Mardi 23, à Versailles. — Tous les officiers des troupes qui sont en Flandre prennent congé du roi. Il y a beau* coup de troupes qui marchent versNamur, et beaucoup du côté de la mer; on croit que c'est pour attaquer Huy ou Furnes , mais on ne sait lequel des deux ; il y a du canon embarqué sur la Meuse.
Mercredi 24 , veille de Noël, à Versailles. — Le roi se trouva un peu incommodé le soir à la chapelle ; il fut obligé d'en sortir, mais il revint une demi-heure après, et demeura jusqu'à la fin des trois messes. — Madame l'abbesse de Jouarre se démet de son abbaye en faveur de la fille de M. de Soubise ; elle se réserve une pension de 8,000 francs, et le roi y a consenti. — Le roi fit ses dévotions le matin.
Jeudi 25, jour de Noël, à Versailles. — On a eu nouvelles de Rhinfels qu'on avoit fait quelque travail pour l'attaque de la ville qui s'appelle Saint-<îoar, mais qu'on l'avoit jugé inutile, et qu'ainsi on Tavoit abandonné. Le canon du château de Catz, qui est de l'autre côté du Rhin, nous incommode un peu dans les camps et dans les attaques. Notre canon est arrivé, et sera bientôt en batterie; on assure toujoiu^s que la blessure de Tallard n'est point dangereuse.
Vendredi 26, à Versailles. — Le roi compose cinq régiments nouveaux des compagnies qui étoient en garnison. 11 a choisi pour colonels de ces régiments : Mailly, qui étoit capitaine dans le régiment du roi ; un autre Mailly-la-Houssaye , qui étoit capitaine des grenadiers du régiment de Coudé; Bayers, qui est de la maison de la
Rochefoucauld^ qui étoit capitaine dans Navarre; le fils de M- du Fresnoy, aussi capitaine dans Navarre, et le chevalier d'Imecourt, qui étoit aide-major du régiment de Picardie. Ces régiments s'appelleront Orléanois, les Landes [ Oléron , de Vauges , Cotentin ] .
Samedi 27, à Versailles. — Le roi a donné à Ligneris, lieutenant des gardes du corps , le gouvernement de Péronne avec la lieutenance de roi , de Roye et de Montdidier. D'abord le roi avoit voulu séparer du gouvernement de Péronne cette lieutenance de roi et même il Tavoit dit à Ligneris en lui donnant; mais ensuite il le rappela, et lui dit qu'il ne sépareroit point ces emploislà , et qu'il les lui donnoit tous comme M. d'Hocquincourt les avoit eus. Cela vaut 14,000 livres de rente, et Ligneris conservera sa charge dans les gardes.
Dimanche 28 , à Versailles, — On a eu des nouvelles de Rome dont on n'est pas content; il parolt que l'affaire pour les évêques de 82 ne s'avance pas. Le cardinal d'Estrées demande instamment son congé ; on croit même qu'on le lui enverra bientôt.^Le roi lui a fait donner une gratification de 18,000 francs. — Le roi a fait investir tout à la fois Furnes et Huy, mais il ne veut attaquer véritablement que l'une de ces deux places, et on saura demain quelle est la véritable entreprise. Il y a apparence que M. l'électeur de Bavière sera assez embarrassé à les démêler les premiers jours.
Lundi 29, à Versailles, — Le roi a eu nouvelles de Rhinfels que notre tranchée est fort avancée; Tallard mande à S. M. qu'il espéroit qu'on attaqueroit la contrescarpe le 27, et qu'il espéroit en peu de jours être maître de la place. U parolt que les ennemis assemblent quelques troupes, mais fort lentement ; on ne craint point qu'ils tentent le secours. — Le roi a déclaré qu'il faisoit attaquer Furnes ; nos troupes y doivent être arrivées avec M. de Boufflers, qui ferale siège. Il y aura devant la place plus de soixante bataillons et plus de cent cinquante es-
cadrons. Outre cela le marquis de Villars^ qui commande aux ligues , aura près de Haerlebeke vingt-quatre bataillons et beaucoup de cavalerie. Le roi nous dit à sou coucher qu^il croyoit que M. de Bavière tenteroit de secourir Furnes, mais qu'il y seroit bien embarrassé. Le roi nous dit aussi qu'il n'assiégeroit pas Huy présentement ; la place est investie par vingt-cinq bataillons et soixante escadrons que commande Guiscard.
Mardi 30^ à VersailUi, — M. de Catinat est reparti; Vauban est encore en Daupbiné. Il a envoyé des projets au roi pour fortifier des places en ce pays-là. On va travaiUer à Embrun; on fait fortifier un rocher sur la Durance , qui est à demi-lieue en deçà de Guillestre , qu'on appellera Mcmt-Dauphin. Outre cela, le rt>i fait i-aecom-. nioder le fort de la Pérouse, et on espère dans six mois mettre ces fortifications en état d'être hors d'insulte. — Monseigneur alla à l'opéra avec madame la princesse de Conty. — On n'a point de nouvelles de Fumes ni de Rhinfels.
Mifcrtdi 31 , à Versailles, — On a eu nouvelles de Flandre que les ennemis, croyant que nous voulions taire le siège de Huy, s'assembloient sur la Demer vers Uiest. M. de Guiscard ne séparera pas encore les troupes qu'il avoit assemblées afin d'occuper toujours les ennemis de ces côtés-là pendant que M. de Boufflers fera le siège de Furnes. — Le roi a. résolu de faire M. le comte de Toulouse chevalier de l'ordre à la Chandeleur; il le déclarera demain au chapitre ; il ne remplira point les autres places vacantes dans l'ordre.
ANNÉE i695.
Jiudi V^ janvier y à Versailles. — Le roi, avant que d'aller à la messe ^ fit assembler le chapitre des chevaliers de l'ordre pour leur déclarer qvCû avoit résolu de donner Tordre à M. le comte de Toulouse , à la Chandeleur. Il ne remplira pas les autres places vacantes. — On a eu des nouvelles de Rhinfels; nous attaquâmes la contrescarpe le â7 du mois passé ; nous nous y sommes logés. Nous avons eu à cette action près de trois cents hommes tués ou blessés , ti-ente officiers et trois ingénieurs. Comme nous ne sommes point maîtres de la ville ni du Rhin , les* ennemis rafraîchissent la garnison tant qu'ils veulent. -^ Le roi a donné 5,000 pistoles à Monseigneur, 3,000 à Monsieur, 2,000 à Madame et 1,000 à M. le duc du Maine, comme il a accoutumé de faire tous les ans aux étrennes.
Vendredi 2, à Versailles, — Le roi a donné 4,000 francs de pension à la famille de madame Moreau y nourrice de monseigneur le Dauphin, ensuite première femme de chambre de madame la Dauphine , et qui est morte ces jours passés. Le roi a aussi donné une pension de 3,500 livres à la famille de madame de Yizé , femme de chambre de la feue reine , Espagnole, pour qui la reine avoit toujours eu beaucoup d'amitié. — Les ennemis avoient cru en Flandre que nous en voulions à Huy, et M. l'électeur de Bavière étoit venu sur la Demer^ où il avoit assemblé beaucoup de troupes. Présentement qu'il voit que nous Be soûgeons qu'à Furnes, il a remarché à Bruxelles et pn l'ftttend h Gand» I/a inarche de nos troupes à Huy a
fait tout Teffet que nous en attendions; on ne les séparera pas encore <jue le siège de Furnes ne soit plus avancé.
Samedi 3, à Versailles, — Les nouvelles du siège de Rhinfels portent que nous avons six pièces de canon en batterie^ sur le chemin couvert; mais comme nous attaquons beaucoup d^ouvrages les uns sur les autres y on craint que ce siége-là n^aiUe pas vite. Les ennemis paroissent vouloir le venir secourir et assemblent des troupes du côté de Coblentz. — Nous avons fait un travail de douze cents toises de fascines à Furnes pour faire passer le canon , du lieu où on le débarque jusqu'où on doit le mettre en batterie , et on espère pouvoir ouvrir la tranchée ce soir. On mande que M. Tèlecteur de Bavière est arrivé à Gand , qu'il assemble des troupes. Il assure fort qu'il tentera de secoiuîr Furnes. On craignoit qu'il ne songeât à prendre Courtray ou à forcer notre ligne pour tirer de grandes contributions ; mais nous y avons laissé le marquis de Yillars avec beaucoup de troupes pour les défendre, et il joindra M. de Boufflers en cas que M. l'électeur de Bavière veuille entreprendi*e de faire lever le siège de Furnes.
Dimanche 4, à Versailles. — Le roi a augmenté la pension de la marquise de Béthune ; elle n'avoit que 4^000 francs; elle en a 9,000 présentement. — On apprend que M. l'électeur de Bavière est arrivé à Nieuport; il fait marcher toutes ses troupes sur Nieuport et sur Ostende. Ainsi on ne craint plus ni pour Courtray ni pour la ligne. Le marquis de Villars, qui étoit demeuré pour la garder, a ordre d'aller avec toutes ses troupes joindre M. de Boufflers. La tranchée n'a pas pu encore s'ouvrir à Furnes; on croit qu'elle ne pourra être ouverte que le 5 ou le 6. — Malgré l'opposition des princes et de quelques électeurs, l'empereur a donné au duc d'Hanovre l'investiture du neuvième éleotorat. M. Groot, son ambassadeur à Vienne, en a reçu toutes les marques qu'il porte à son
JAI^iViËR 1695. 317
maître y et Madame a reçu une lettre de madame la duchesse d^Hanovre, sa tante, qui signe rélectrice de Bruns* wick.
Lundi hy veille des Rois, à Versailles, — Le roi et la reine d'Angleterre vinrent ici sur les six heures. Le roi les mena à Tappartement , et d'abord ils allèrent à la musique; ensuite on joua au lansquenet. Le roi pendant ce temps-là alla faire un tour chez madame de Maintenons et travailla avec quelqu'un de ses ministres. Il revint à l'appartement à dix heures; ils y soupèrent; il y avoit cinq tables de dix-huit couverts chacune y sans compter une autre table de vingt couverts dans une autre chambre pour les seigneurs. La reine d'Angleterre avoit emmené avec elle dix dames aUgloises qui eurent toutes l'honneur de manger avec le roi. Les cinq tables étoient tenues^ la première par le roi , où étoient le roi et la reine d'Angleterre avec toutes les Angloises ; la seconde par Monseigneur ^ et les trois autres par Monsieiu*^ Madame et madame de Chartres. — Les nouvelles de Rhinfels sont que le siège va fort lentement^ et on n'en a point bonne opinion ; le marquis d'Harcourt y doit être arrivé de jeudi.
Mardi 6, à Versailles. — Le roi a eu nouvelle qu'on avoit levé le siège de Rhinfels , nouvelle à laquelle il s'attendoitfort. Les ennemis avoient passé à Coblentz^ etmarchoient en deçà du Rhin pour le secourir ; ^nous avons pris le parti de marcher à eux. M. de TaUard et M. de Choisy^ qui commandoient àce siège-là^ ont été de même avis làrdessus. Nous avons retiré tout le canon et les munitions ; on ne laisse que quelques boulets. Le marquis d'Harcourt, que le roi avoit envoyé d'ici pour aller commander au siège après la blessure de TaUard , trouva nos troupes déjà en marche pour aller aux ennemis ^ et il mande au roi qu'il les a joints et qu'ils ne sont séparés que par le défilé de Boukol. Cependant on ne croit pas qu'il y ait là aucune action ; apparemment les en* nemis , qui n'étoient venus que pour faire lever le siège ^
tu JOURNAL DE DANGËAU.
le voyant levé, se retireront, et ledéfilé, quiestfort grand, nous empêchera de les suivre.
Mercredi 7, à Versailles. — Toutes les nouvelles de Flandre portent que M. Télecteur de Bavière est à Nieuport, et qu'il veut tenter de secourir Fumes; il a paru même un gros d'officiers qui se sont approchés de nos lignes de ciroonvallation pour les reconnoltre. On croit que M. rélecteur étoit dans cette troupe-là. M. de Boulfiers a fait avancer presque toute son armée du côté de Nieuport pour combattre les ennemis s'ils entreprennent de passer le chenal. Le marquis de YiUacerf , qui se promenoit avec H. de Boufflers, a été tué d'un coup de canon tiré d'un petit f(»*t que les ennemis ont sur la digue. Le roi a mandé à VUlacerf le père , par M. l'archevêque de Reims, qu'il lui donnoit le régiment deB^irry pour lequel de ses enfants qu'U voudroit. U lui en reste deux ; l'un abbé, qui a beaucoup de bénéfices, et l'autre chevalier^ qui vient d'être fait capitaine de vaisseau.
Jeudi 8 , à Versailles. — Dans l'instant que le roi se mettoit à table pour souper, le marquis de Blanchefort apporta au roi la nouvelle de la prise de Furnes, à quoi on ne s'attendoit pas sitôt. On crut d'abord qu'il apportoit la nouvelle d'un combat, car on comptoit que M. l'électeur de Bavière entreprendroit quelque chose pour sauver la place. La tranchée ne fut ouverte que le 5 , et quinze heures après les assiégés ont battu la chamade. Boufflers envoya aussitôt le marquis de Blanchefort pour en porter la nouvelle au roi. Nous étions encore à plus de cent pas de la contrescarpe qui étoit très-bonne; tous les ouvrages étoient bien fraisés et bien palissades ; nous n'avons eu que deux ou trois soldats blessés à la tranchée. — Madame l'électrice de Bavière est morte; elle étoit fille de l'empereur et d'une sœur 4e la feue reine; elle ne laisse d'enfants qu'un fils dont elle est accouchée il y a quelque temps. .
Ven^dr^di 9^ à Vermllfs -^ Le roi n'a pas encore dé^
JANVIER IWS. 319
cidé s'il garderoit Filmes ou s'il le raseroit. Les avis sont partagés là-dessus, mais, si on le rase, ce ne sera qu'au commencement de la campagne, et cela dépendra fort de l'état où il. de Boufflers et M. de Mesgrigny auront trouvé la place. En attendant, le roi y laissera quinze bataillons qui seront commandés par H« d'Avéjan, capitaine aux gardes. —* Madame de la Sablière (1) mourut hier à Paris; c'étoït une femme qui .avoit une grande réputation pour son esprit, et qui depuis longtemps étoit retirée auxincu* râbles , où elle menoit une vie fort austère et fort exemplaire. — M. le comte de Morstein * mourut à Paris; il avoit été grand trésorier de Pologne et ambassadeur extraordinaire en France et plénipotentiaire à la paix des couronnes du Nord, conclue à Oliva. 11 s'étoit établi en France, et y avoit acheté de grosses terres.
"^ Ce M. de Morateiii, qui u'étoit pas un homme fort qualifié, mais adroit, insinuant, et de ces gens propres à faire fortune, avec un extérieur qui n'inspire point de défiance , avoit été fort accusé de malversations, et s'étoit jeté dans le parti contraire à la maison d'Autriche, qui, par le dépit de la reine de Pologne dont il a été parlé , page 1S9, étant devenu supérieur, entreprit ce grand trésorier, qui trouva plus court de sauver ses richesses et sa personne en France , que de lutter contre si forte partie. 11 étoit en effet extrêmement riche, et passa le reste de sa vie en France avec sa femme, fort peu considérés. Son fils, qui avoit beaucoup d'esprit , de savoir, de valeur et d'envie de faire , avec une piété à la mode en ce temps-là , s'étoit iiitimement attaché dans la suite à M. de Cambray, qui fit son mariage avec une fille du duc de Chevreu8e,dont on s'étonna beaucoup^ U n'avoit ni frères ni sœurs , et réunissoit le sujet avec les richesses. La fille unique du
(1) " £He étoit veuve de M. de la SabUère-Rambouillet. Son méiitÀi n'e^t ignoré de personne. £Ue s'étoit fait dena le monde une grande réputation d'esprit , et on ne croit pas qu'il retit^ encore dans Paris trois personnes de son sexe qui en aient une pareille. Aussi avoit-elle un cliarme particulier dans la conversation et un don de plaire qu'on ne saurott e\prkner. fille avoit peut iiinis les gens de la plus grande qualité et du goût le pins exquis. Quelques années avant sa mort, elle avoit entièrement rompu avec le monde, et elle s'étoit fait aux Incurables une espèce de retraite et de solitude où elle ne s*oocupoit qa% des flpuvfes de piété, >» {H^reureàe Jaovfer, pa00s 999*300. )
330 JOURNAL D£ DAI^GËAU.
premier lit de l'auteur de œs Mémoires épousa le fils aîné du mftne duc de Chevreuse. Tout cela se retrouvera dans les suites de ces Mémoires.
Samedi 10 , à Versailles. — Le roi alla se promener à Marly, où il fait changer quelque chose à Tappartement de Monseigneur. — M. de Boufflers n^a point encore entré dans Fumes, mais il mande au roi. que Mesgrigny avoit visité là place , et qu'il étoit persuadé qu'on pouvoit la rendre bonne avec très-peu de dépense. On a trouvé dedans quarante-cinq milliers de poudre et quatre pièces de canon ^ dont il y en a trois de fer. On assuroit pourtant que c'étoit-là que M. le prince d'Orange faisoit ses magasins pour le prétendu siège de Dunkerque. Nous avons fait une batterie flottante sur des ballandres, et, comme notre tranchée étoit le long de la digue , notre batterie avançoit à mesure qu'on poussoit la tranchée. C'est Mesgrigny qui conduisoit les travaux à ce siége-là.
Dimanche 11, à Versailles. — Le roi, après soulever, ht entrerM. le duc de Wurtemberg dans son cabinet, et, après lui avoir donné beaucoup de louanges et l'avoir traité fort gracieusement , il lui dit qu'il le mettoit en pleine liberté , qu'il pouvoit demeurer ici et à Paris tant qu'il lui plairoit, et que, quand il en voudroit partir, il lui feroit donner des passe-ports pour lui et tous ses gens et pour tout ce qu'il voudroit emporter de France. — Le roi fit la promotion des galères; il n'y avoit qu'une galère adonner, et le roi a choisi le chevalier de Maulevrier- Langeron, qui étoit premier lieutenant de la Reale. Il est frère de l'abbé de Langeron, qui étoit aumônier de madame la Dauphine. On a fait, outre cela, cinq capitaines en second. — Monseigneur alla à Paris à l'opéra avec madame la princesse de Conty. — Le roi a permis à Villacerf de vendre le régiment de cavalerie de Berry qu'avoit son fils. Les deux enfants qui lui restent n'ont point voulu changer de profession. .
JANVIER tms. 32t
Lundi 12, à Vermilles. — Le roi alla à Saint-Germain vmr le roi et la reine d'Angleterre^ et repassa à Marly, où il fait toujours accommoder quelque chose. — Monseigneur courut le cerf; le soir, il y eut comédie. — Le roi dit à son dîner que Boufflers lui mandoit qu'il avoit eu avis que les ennemis avoient abandonné Dixmude le 8 de ce mois, et le soir le roi en eutla confirmation. M. de BoufflerSy doutant de cette nouvelle, envoya, le 9, à Dixmude un homme qui trouva que les ennemis en étoient sortis et ont brûlé tous les fourrages qui y étoient. En même temps H. de Boufflers envoya ordre au marquis de Villars, qui est campé sous Ypres, d'envoyer des troupes se saisir de Dixmude. Ou ne comprend point d'où vient l'épouvante des ennemis, car on ne songeoit point à l'attaquer., Mardi 13, à Versailles. — H. de Boufflers a envoyé au roi M. de Caraman pour lui rendre compte de l'état des troupes. On a mis Boisseleau, capitaine aux gardes, dans Dixmude, où on laissera beaucoup de troupes cet hiver. Les ennemis s'en sont retirés avec tant de précipitation qu'ils n'ont pas arraché une palissade; la seule précaution qu'ils avoient prise étoit de fermer les portes et d'emporter les clefs de la ville, afin que pas un habitant ne pût sortir pour venir donner avis de leur retraite. M. de Boufflers, après avoir mis dans Furnes toutes les troupes, tout le canon et toutes les munitions nécessaires, a remarché pour renvoyer les troupes dans leur quartier d'hiver. Les ennemis avoient dans la place quatre mille bons hommes sous le commandement du comte de Hom, que le prince d'Orange y avoit mis pour gouverneur. Comme Fumes a été cédé à la France par un traité de paix, le prince d'Orange ne l'ayoit point rendu aux Espagnols; il faisoit cette conquête pour l'Angleterre, et même on prétend ici qu'il avoit dit en plein parlement que Furnes et Dixmude étoient au moins aussi importants que Mous et Namur, et qu'on devoit se consoler de la perte de ces deux places-là.
ni * JOURHAL DE DANGEAU
Mercredi U, d iforJy. — Monsieur, Madaàfô et toutes les princesses sont de ce voyage-ci; ain^ il y a fort peu de daines. Madame de Qiartres n'y a mené que mademoiselle de Bouillon , qui monte à cheval et sera des chasses ; elle n'y avoit jamais eu de logement. Madame la Duchesse n'y a mené que madame de Mongon; et madame la princesse de Conty la douairière n'y a mené que mesdames de Mortemart et de Dangeau. — Boisseleauy qui est dans Dixmude^ y a trouvé tantd« munitions de guerre et de bouche que les ennemis ont eu la bonté d'y laisser, qu'il mande'qu'il auroit de quoi y soutenir un assez long siège, M. l'électeur de Bavière est retourné à Bruxelles^ et a renvoyé toutes les troupes .qu'il avoit assemblées dans leurs quartiers.
Jeudi 15, à Marl^. -«- Le roi devoit courre le cerf et tirer l'après-dlnée, mais le grand vent l'en empêcha. 11 passa l'aprèsKlinée à se promener dans ses jardins et à travailler avec Chamlay, ce qui lui arrive très.-souvent à cette heure. — Monseigneur et Madame coururent le cerf le matin. Le soir^ avant souper, il y eut lansquenet et musique comme à l'ordinaire, et portique après souper. Le roi, de chez madame de Maintenon, entend la musique comme s'il étoit en bas dans la chambre. — Le roi a donné l'agrément de la lieutenance de roi de Nantes à M. de Guémadeuc, colonel du régiment-colonel; il lui donne aussi permission de vendre le régiment , qui servira à payer ime partie de la charge; ces agréments-là lui sont donnés en faveur du mariage qu'il va faire avec mademoiselle de Montchevreuil; l'affaire n'est pas enc<H*e entièrement consommée.
Vendredi 16, à Marly. — Le roi se promena l'aprèsdinée dans ses jardins. Le roi , et la reine d'Angleterre vinrent ici sur les six heures; le roi avec toutes les prior cesses et toutes les dames, les vinrent recevoir à la porte du salon ; ensuite il mena la reine jouer au lansquenet > et, sur les neuf heures, ils s'en retournèrent à SainlrGer^
.TilNVIER IMS. n$
main. -^ Le prince royale fils aîné du roi de Daâemârk^ est arrivé à Paris ; il y a déjà plusieurs mois quUl voyage en France; il est incognito^ et a pris le nom de comte de Scbauenbourg pour éviter tous les embarras des cérémonies. — M. d'Avaux et M. de Bonrepaus^ dont l'un ambassadeur en Suède et Tautre en Danemark^ sont encore à Dunkerque^ attendant le vent favorable pour s'embarquer.
Samedi 17^ à Versmlles. — Le roi se promena Taprès» dlnée dans ses jardins à Marly ^ et revint ici de bonne heure. Monseigneur revint à son ordinaire a^ec madame la princesse de Gonty. Chàlons^ mestre de camp de cavar lerie y a vendu son r^iment depuis quelques jours à M. de Gouffier qui étoit lieutenant-colonel du régiment de Roban. — Tous les colonels et officiers qui étoient partis d'ici pour le siège de Furnes sont revenus. -*- Im roi a donné 50^000 écus d'argent comptant à M. le duc de la Rochefoucauld pour lui aider à finir des affaires embarrassantes qu'il avoit avec sa famille , grâce trèsconsidérable en ce temps-ci, et que le roi a accompagnée de beaucoup de marques d'amitié.
Diinanche 18, à Versailles. — Monseigneur alla à l'opéra, à Paris, avec madame la duchesse de Chartres, ma* dame la Duchesse et madame la princesse de Conty. Le roi alla au salut, et ne sortit point de tout le jour, -r^ Le roi a réglé que le régiment des fusiliers s'appellera Royal«Artillerie ; il ne campera point en front de bandière et ne montera plus la tranchée ; il ne sera employé uniquement qu'à servir l'artillerie ; il y a déjà quelques jours que le roi a fait ce règlement-là. -^ L'abbé CoJh bert, frère de feu M. de Seignelay, qui avoit pour 4^0,000 livres de rente de bénéfices, en a donné sa déaism>n ces jours passés, et s'est mis dans Içs mousquetoires.. La plus grande partie de ses bénéfices étoient à la nomi** nation de l'archevêque de Rouen, son frère, et il n'y avoit qu'une abbaye à la nomination du roi«
Lmài 19, njermùei. — Le roi prit médecine par précaution ; il eut quelques mouvements de goutte le jour qu'on partit de Marly, mais cela n'a pas eu de suite. — Le roi a permis à H. le cardinal de Furstemberg de disposer des charges des deux régiments qui portent son nom. Le comte Ferdinand, son neveu, a choisi d'être colonel du régiment d'infanterie ; il l'a déjà eu avant Sorbek; il servira de brigadier d'infanterie, et reprendra son rang. M. le cardinal de Furstemberg donne le régiment de cavalerie au comte de la Marck, fils de la comtesse de Furstemberg, qui^ n'a encore servi que dans les troupes des Vénitiens. Ces régiments sont à peu près de même valeur pour le revenu, et valent chacun 10 ou 12,000 livres de rente.
Mardi 20, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée à Marly où il fait accommoder quelque chose à l'appartement de madame de Haintenon. — Monsieur et Madame allèrent hier à Paris, où ils demeureront quelques jours. — Le roi a réglé la manière dont il recevra. le prince royal de Danemark, qui viendra demain. Le roi le fera monter dans son cabinet par le degré de derrière. Quand ils y seront seuls, le roi lui dira : « Vous ne voulez être traité en public que comme comte de Schauenbourg , mais en particulier je ne puis m'empècher de vous traiter comme fils aîné du roi de Danemark; » ensuite le roi lui fera beaucoup d'honnêtetés et le fera couvrir. Après l'audience du roi, le prince descendra chez Monseigneur, qui le recevra à la porte de son cabinet, et, quand ils y seront seuls, Monseigneur lui donnera la main . De là il ira chez les enfants de France, et le soir même il ira à Paris voir Monsieur.
Mercredi 21, à Versailles. — Le roi entretint dans son cabinet le marquis d'Harcourt, qui lui rendit compte de ce qui s'est passé depuis la levée dusiége de Rhinfels, où le roi l'avoit envoyé pour commander. Le roi lui a fait donner 2,000 écus de gratification pour son voyaere.
JAISVIER 1695. Si5
— Le prince royal de Danemark vint ici sur les trois heures et vitle roi, Monseigneur et les enfants de France, comme il avoit été réglé le jour auparavant; il retourna ensuite à Paris, où il vit Monsieur. — On a eu nouvelle que M. le duc de Savoie avoit été.trè»-mal le 9 de ce mois ; il eut une colique si. violente qu'on crut qu'il en mourroit; il se confessa, et il ne se portoit pas bien encore quand le courrier est parti de Pignerol.
Jeudi 22, à Versailles. — Le roi nous dit hier à son coucher qu'on lui mande que M. l'électeur de Bavière ne lui donnera point part de la mort de Télectrice , parce que l'empereur avoit trouvé mauvais qu'on eût donné part au roi de la naissance de son fils. Cependant jusqu'ici jamais les guerres n'avoient empêché qu'on ne se rendit ces sortes de devoirs-là. Le roi avoit été fort content de la lettre très-respectueuse que lui avoit écrite M. de Bavière sur la naissance de son fils. — Le roi a été se promener cette après-dlnée à Marly. Le soir il y a eu appartement. — On a eu nouvelles que la reine douairière d'Angleterre est morte en traversant l'Espagne pour aller en Portugal; cette nouvelle ne vient que par la Hollande et est assez incertaine (1).
Vendredi 23, à Versailles. — Vignau est mort; il étoit lieutenant des gardes du corps de la compagnie de Noailles et gouverneur de Mézières. Le roi a fait monter à la lieutenance La Mothe, frère de Yatteville; il étoit le plus ancien enseigne de la compagnie, et Lançon, le plus ancien exempt, à l'enseigne. — On a eu nouvelle de la mort du cardinal d'Alencastro *y grand inquisiteur de Portugal; il n'avoit jamais été à Rome prendre le ohapeau; il étoit de la maison de Portugal, et portoit ce nom d'Alencastro à cause d'un grand'mère de la maison de Lancastre qui étoit une branche de la
(1) Cette tioiivelle n^estpdd vraie. (SôtP. de pangenu,)
maison royale d'Angleterre; il vaque par sa mort une place dans le sacré collège.
* Ce cardinal d*Alencastro, fait cardinal par Innocent XI en 1686, et mort à Lisbonne, 12 décembre 1692, à quatre-vingt-deux ans, dont il étoit archerêqiie , étoit , de mâle en mâle , arriêre-petit-fils de Louis 111, fils de Georges, bâtard du roi Jean II de Portogal, et d'Anne de Mendozza , sa maîtresse , de qui sont sortis les ducs d'Aveiro , de Terres Novas d'Abrantès, etc., établis en Espagne. Ce Georges bâtard naquit en 1481, et comme les bâtards n'ont de nom que celui qu'on leur donne, on remonta à la femme du bisaïeul de son père pour lui en fabriquer un. C'étoit Philippe , sœur de Henri IV, roi d'Angleterre , desquels le père étoit Jean d'Angleterre , duc de Lancastre , femme de Jean l" roi de Portugal, dont on fît le nom d'Alencastro pour ce bâtard, et pour sa postérité après lui.
Samedi 24, à Vermilles. — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à Marly. — Monseigneur alla dîner à Paris, au Palais-Royal, chez Monsieur ; il mena avec lui madame de Chartres, madame la Duchesse et madame la princesse de Conty. Il joua l'après-dlnée , ensuite alla à l'opéra avec les princesses , revint jouer, y soupa; après le souper il y eut un bal magnifique , où le prince royal de Danemark étoit, quoiqu'il soit incognito (1). On lui fit
(1) » Le 34 de 06 mois, ce prince se troaira à ub bal donné par Monsienr. Il y HToit cent soixante dames priées , et la plupart y allèrent en habit de veloars noir couvert de pierreries. Il y avoit autant de seigneurs pour les mener. Ils étoient tous magnifiquement Têtus. Monseigneur le Dauphin et tonte la maison royale se trouva à ce bal. M. le prince royal de Datiemak y aUaiiicognito, avec un habit des plus superbes, accompagné de dix ou douze seigneurs danois , ayant aussi des habits fort magnifiques. Il y dansa quatre fois. Madame la duchesse de Gbartres et madame la princesse de Conty dansèrent avec ce prince. Il ne fut permis aux masques d'entrer dans ce bal que lorsque toutes les dames eurent dansé chacune une fois, de sorte qu'il étoit deux heures après minuit quand ils y entrèrent. La foule en fbt extraordinaire , et, quoique Fen- Iliade dn grand appartement de Blonsieur boit de hilit ou neuf pièces avec une grande galerie, toutes ces pièces se trouvèrent tellement rem^ies qu'il en demeura encore beaucoup dans la salle des Gardes , sur les degrés et dans les cours. Monseigneur le Dauphin y parut sous deux habits , et M. le prince royal de Danemark s'y trouva vêtu en Maure avec les seigneurs de sa suite. Cette fête fut digne de la magnificence de Monsieur et se passa avec autant d'ordre
beaucoup de civilités. Sur la fin du bal^ Monseigneur se masqua. — Le roi a donné le gouvernement de Hézières à la Hoguette ^ sous-lieutenant des mousquetaires ^ qui est pi^ésentement en Savoie. — Le roi a donné 2,000 francs de pension à la veuve de Yignau et autant aux enfants.
Dimanche 25, à Versailles, — On a eu des nouvelles de Turin que H. le duc de Savoie est plus mal que jamais. M. Garaffane part point de son antichambre, et lui a déjà proposé plusieurs fois de faire venir dans le Piémont les troupes de Fempereur, et prend pour prétexte le prompt retour de M. de Catinat dans ce pays-là. Il dit que cela marque Tenvie qu'ont les François d'entre- {»*endre quelque chose; mais on voit bien que son dessein seroit de se rendre maître des places en cas d^accident.
Lundi.^Qy à Versailles. — Le roi signa, le matin, le contrat de mariage du fils aine de M. Bontemps avec mademoisâle le Vasseur, sœur d'un président...;... On lui donne 330,000 livres; il a la survivance de la charge de premier valet de chambre qu'a son père. -^ On n'a point la confirmation de la mort de la reine d'Angleterre; on sait seulement qu'elle avoit été fort malade en Espagne, mais on la croit guérie.
Mardi 27, à Versailles. — Le prince de Danemark vint ici au lever du roi/ après que S. M. eut pris sa chemise (1). Le roi de Danemark, son père , étant incognito comme celui-ci en 1663, donna à Paris la chemise au roi ; celui-ci ne l'a pas fait. Il a vu entrer et sortir le roi de la messe, et, en entrant et en sortant, le roi s'est arrêté assez longtemps dans la galerie pour lui parler. M. de
quil est possible qnand la multitude est aussi grande. » (Mercure de janvier, pages 228-230. )
(1) Le prince royal de Danemak vient une autre fois en courtisan au lever du roi , mais après la chemise. r> ( Note de Saint-Simon, )
Croissy lui a donné un dîner, magnifique. — Le' roi a donné un arrêt du conseil par lequel il commet M. de Pontchartrain le fils pour être du conseil des prises^ qui se tient tous les jeudis chez M. Pussort; il est composé de sept conseillers d'État et de six maîtres des requêtes ; il sera le quatorzième des commissaires ; cela lui vaudra 2,000 livres par an. .
Mercredi 28, à Marly, — Le matin, à. Versailles, M. le duc de Wurtemberg prit congé du roi pour s'en retourner en Allemagne , fort content des bons traitements qu'il a reçus en France. — Le roi vint ici l'après-dlnée , ayant dans son carrosse madame du Maine etles dames. Monsieur, Madame , madame la Princesse et madame la princesse de Conty, sa fille, ne sont point du voyage. M. de Châmilly y est pour la première fois. Ce voyage-ci, et le dernier voyage qu'on y a fait , les dames que madame la princesse de Conty a accoutumé de mener n'en' ont point;été.
Jeudi 29, à Marly. -r- Le roi se promena dans ses jardins tout le soir et le matin, et s'amusa à faire tailler, ses arbres. — Madame de Vaillac (1) mourut à Paris; elle éloit sœur de mademoiselle du Cambout, fille d'honneur de Mademoiselle; elle l'avoit été aussi; — M. le premier président a demandé au roi la permission de marier M. de Harlay, avocat général , son fils unique , avec mademoiselle de Coetjanval, belle-fiUe du comte de Béthiine, autrefois chef d'escadre; on dit qu'elle a 25,000 livres de rente. — Le roi. a réglé qu'il y aura mardi un grand bal en masques à Versailles ; il y a peu de temps à s'y préparer pour que cela soit aussi magnifique que le roi le veut.
Vendredi 30, à Versailles. — Le matin, le roi se promena dans ses jardins, et l'après-dlnée il alla tirer Monseigneur courut le cerf dans la forêt de Saint-Germain avec les
(1) Belle-fille de Vaillac , cheTalier de Tordre en 1661, qui avoit été eapitaine des gardes et premier écuyer de Monsieur et chevalier d'honneur de Madame, mort à soixante et nnans en 1681. i^ Note de Saint-Simon.)
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chiens de M. le duc du Maine. Daunai^ premier écuyer de M. le .duc du Maine ^ fit une chute dont il est en grand danger. — On emporta à Versailles madame de Montchevreuil y qui s'étoit trouvée considérablement mal. — M. Tabbé de Saint-Port-Caumartin mourut hier à Paris; ilavoitrabbayedeSaint-Quentin-en-rUe, qui vaut 25^000 livres de rente.
Samedi 31^ à Venailles — Le roi revint ici en chassant. Monseigneur revint avec madame la princesse de Conty. — Le roi a donné à M. de Pontchartrain Tabbaye de Saint-Quentin pour M. Tabbé Bignon^ son neveu. M. de Pontchartrain avoit écrit au roi pour la demander^ et le roi lui répondit qu'il la lui accordoit^ 'quoique ce ne fût pas sa coutume de donner des bénéfices sans s'informer auparavant de leur valeur et de leur état, et de ceux qui les demandoient. — Le roi a donné à M. Bontemps le gouvernement de Rennes, qu'avoit M. de Goetlogon ; il le vendra. La lieutenance de roi qu'avoit M. de Coetlogon avec le gouvernement de Rennes n'est pas encore donnée.
Dimanche 1" février y à Versailles. — Le roi a donné au fils de M. Bontemps une croix et un coulant de diamant pour sa femme, dont la noce se fait aujourd'hui à Paris. — M. l'électeur de Bavière a donné part au roi de la mort de sa fenmie ; le roi prendra samedi le deuil en violet, parce qu'elle étoit fiUe d'empereur. Il ne prend d'ordinaire que le noir pour les électeurs. La lettre de M. de Bavière est très-respectueuse.
Lundi 2, à Versailles. — Le roi fit la cérémonie des chevaliers, comme il la fait toujours à la Chandeleur. Il reçut M. le comte de Toulouse ; à la procession , en allant à la chapelle et à celle qui se fit dans la cour, il marchoit en habit de novice, mais à la tète des princes du sang, et non à la tète des autres chevaliers, comme font tous les autres qu'on reçoit. C'est Monseigneur et Monsieur qui ont présenté M. le jcomte de Toulouse. Le prince de Da- Danemark vit la procession du balcon du petit apparte-
ment du roi, et à la fin de la messe on le mena dans 1» tribune y vishà-vîs du trône du roi , afin qu'il pût voir le reste de la cérémonie ; après cela, il vint dîner che» moi. — Le roi nous dit à son coucher qu'il avoit fait un changement dans les deux compagnies de mousquetaires ; il met dans chacune trois nouveaux offioiei^s; ainsi il y aura dans chacune deuxsous-Ueutenants, deux enseignes et deux cornettes. M. de Mirepoix, qui étoit enseigne des blancs, sera second sous-lieutenant des noirs; Rigauville en e^ premier sous-heutenant. D'Artagnan, qui étoit cornette des blancs, sera second sous-lieutenant des blancs. Le roi dit qu'il avait voulii conserver le nom d'Artagnan dans les mousquetaires blancs. 11 fera monter aux autres charges les deux plus anciens maréchaux des logis de chaque compagnie.
Mardi S, à Versaitte». — 11 y eut un grand bal en masques, qui dura jusqu'à si:( heures du matin (1). Le roi eà la reine d'Angleterre y étoient à visage découvert, aussi bien que le roi; ils avoient soupe avec le roi, qui mangea de meilleure heure qu'à son ordinaire afin que le bal commençât plus tôt. LL. MM. se retirèrent avant deux heures, et puis Monseigneur retourna au bal, et il changea plusieurs fois d'habits. Le prince de Danemark y étoit, et le roi lui fit donn^ l'appartement de la reine pour se masquer, et lui fit préparer un grand souper pour lui et pour tous les Danois qui l'accompagnoient, et or*
(1) « Le mardi 3 de ce même mois , dernier jour du camayal , il y eut une assemblée de masques dans le grand appartement du roi à Versailles. Le roi et la rêne d'Angleterre y Tinrent , et H ne se trouva dans eette assemblée que ce prince, eette princesse, le roi et Monsieur sans être d^uisés. L'invention, la galanterie et la magnificence se firent remarquer dans tous les habits dont le nombre alloit à l'infini, et il seroit malaisé de tov nrâ de plus brillant. Le roi se retira entre minuit et une hem^ , et ce ne fut qu'après que Sa Msjesté fut sortie qu'on permit d'entrer aux personnes masquées qui n'étoient pas de la cour. Le bal dura jusqu'à cinq heures du matin, que monseigneur le Dauphin se retira , après avoir changé plusieurs fois d'habit. Le prince royal de Panemark s'y trouva aussi déguisé, v (Mercurt de février, pa^es 297*299.)
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donna à quelques courtisatis, dont j^étois^ de souper avec lui y de lui faire les honneurs de la table et de l'appartement. — Les quatre maréchaux des logis des mousquetaires qui ont monté aux cornettes sont d'Aigrebers et des Aubrières y de la première compagnie y de Cœurli et Galibert^ de la seconde. Les enseignes ne sont pas remplies.
Mercredi fc, à Venailles. — On a eu nouvelle que la garnison de Pignerol a fait une course jusqu'à Rivoli , qui a causé une grande épouvante dans le pays. On en a tiré quelques contributions^ et on a fait entrer dans Pignerol mille charretées de vins et beaucoup de fourrage. C'est M. le comte de Tessé qui commandoit ce parti. — M. Fabbé de Lorraine mourut à Paris; il étoit du second mariage de M. le Duc [d'Elbeuf ] avec mademoiselle de Bouillon et étoit cadet du prince d'Elbeuf . Il avoit l'abbaye d'Orcamp; qui vaut 30^000 livres de rente.'
Jeudi 6, à Versailles. — * La ligue qui se forme entre les rois du Nord; le duc de Wolfenbuttel^ le landgrave de Hesse, Tévéque de Munster et quelques autres princes, commence à faire croire qu'il pourroit y avoir quelques mouvements en Allemagne y et le prince de Danemark, qui est ici et qui y dcvoit faire quelque séjour^ partira la semaine prochaine pour retourner en son pays^ et n'ira point en Angleterre comme on avoit cru. — M. de Mauroy avoit été condamné aux galères, et le roiaconunué la peine et l'envoie à l'abbaye deSept-Fonts, à condition que, s'il fait la moindre tentative pour se sauver, il sera mis aux galères à perpétuité. — M. Redau de Grammont a été arrêté et conduit à la Conciergerie ; il a fait rébellion et a tué un archer. On lui fait son procès , les chambres assemblées, parce qu'il est conseiller au parlement. Il y a un an qu'il avoit soutenu un sié^e dans sa maison, et avoit tué un sergent.
Vendredi 6, à Versailles. — On commence à pai'ler du mariage de M. le marquis de Coislin avec la fille du
duc de Gramont; le duc de Gramont même en a parlé au roi ; mais le duc de Coislin n'a pas encore entendu parler de Taffaire , et n'est pas content du procédé de son fils. — Madame de Turenne a déclaré à madame de Bouillon. (1) que son mariage n'avoit point été consommé avec M. de Turenne, et qu'ainsi elle pouvoit en conscience épouser M. le chevalier de Bouillon, et qu'elle prioit la famille de consentir à ce mariage-là; on ne sait point le parti que la famille prendra là-dessus. M. de Bouillon a envoyé M. le chevalier de Bouillon à Évreux. — Tous les colonels qui avoient leur semestre ont eu ordre de partir pour retourner à la garnison , et les autres colonels sont revenus à la cour. Le roi n'a excepté que M. de la Châtre, qui avoit été assez heureux pour se distinguer au siège de Rhinfels. Plusieurs autres ont demandé la même grâce et ont été refusés.
Samedi 7, à Versailles. — Le roi alla voler l'aprèsdlnée ; les princesses étoient à cheval. Monseigneur courut le loup, et n'est pas revenu assez à temps pour la chasse du roi. — M. Pélisson* est mort ici ce matin ; il avoit été premier commis de M. Fouquet; il étoit maître des requêtes; il avoit soin des économats, et étoit chargé de quelques pensions pour les nouveaux convertis; il avoit une abbaye et le prieuré de Saint-Orens d'Auch, à la nomination de Ûuny, qui vaut 6,000 livres de rente. Il étoit de r Académie françoise ; il travailloità l'histoire du roi, et avoit 2,000 écus pour cela. Il est mort debout, sans croire être malade, et n'a pas eu le temps de se confesser (2).
* Ce M. Pélisson étoit un des plus beaux esprits, et en même temps
(1) C'a été depuis madame la princesse de Rohan, femme de M. le duc de Rohan d'aujourd'hui ( 1736 ). (Note du dite de Luynes. )
(2) Mort de Pélisson fort prompte à Versailles, célèbre en laideur, en religion, en esprit, en ouvrages , en emplois, en amis, en bénéfices , en disgrâce, en hyeur.ljSote de Saint-Simon.)
des plus agréables qu'on pût oonnôître; noble, généreux, et d'une fidélité pour M. Fouquet qui fut ' inutilement mise aux plus longues et aux plus dures épreuves , qui lui acquit une grande réputation. La petite vérole en avoit fait le plus laid homme du monde, et c'étoit de lui qu'on disoit qu'il avoit abusé de la permission qu'ont les hommes d'être laids. 11 avoit quantité d'amis considérables à la cour et à la ville, et quantité d'illustres par leur savoir. Sa prisoû lui donna lieu d'écrire au roi des requêtes si judicieuses, si pleines d'esprit, et si agréablement éloquentes, qu'elles conmiencèrent, à faire connoître ses talents. Le loisir de sa prison le convertit par les lectures qu'il entreprit , et le mirent en état de travailler utilement à la conversion de plusieurs autres : car il avoit été jusqu'alors bon et savant huguenot. Il imprima un Missel latin et françois de sa traduction, fort commode, en sept petits volumes , qui fut très-bien reçu et mis entre les mains de tout le monde, et M. de Paris (Harlay ) et le P. de la Chaise^ qui étoient fort de ses amis , donnèrent cours à cet ouvrage. 11 fut employé en plusieurs affaires de confiance. Le roi le goûtoit, les ministres le considéroient, et il étoit compté partout.
Dimanche 8, à Versailles. — Le roi tint coiiseil après dîner avec ses ministres , quoiqu'il l'eût tenu le matin à son ordinaire, et le soir il travailla encore chez madame de Maintenon comme il fait tous les jours. — On a eu nouvelle que l'empereur avoit déclaré le duc de Wurtemberg majeur. C'est le neveu de l'administrateur qui étoit ici prisonnier, et qui par là perdra l'administration de cet État. Ce prince n'a que seize ans et demi, et il faut dix-huit ans accomplis pour être majeur. — Le chevalier de Sully a eu l'agrément pour acheter le régiment de car Valérie du marquis de Coislin, qui quitte le service.' — Le roi, avant que d'aller au conseil de l'après-dlner, alla entendre le sermon du P. de la Rue , qui prêchera ici ce carême. — M. de Rebenac est revenu d'Italie, où il a été envoyé du roi presque dans toutes les cours. .
Lundi 9, à Versailles. — Le prince de Danemark vint ici; on lui fit voir les eaux et Trianon: — M. de Boufflers a eu permission ou ordre de venir ici pour huit jours; il arrivera mercredi à Marly, où le roi sera. — M. le duc de Coislin a eu audience du roi , et a parlé fort
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sagement sur le mariage qu'on veut faire de son fils avec mademoiselle de Gramont. On croit, quoiqu'il ne soit pas content du procédé qu'on a eu avec lui, que le mariage se fera, d'autant plus que M. le Prince entre dans l'affaire. La grande difficulté est sur la duché qu'on demande qu'il cède à son fils.
Mardi 10, à Versailles. — Le prince de Danemark vint ici; il vit d'abord les écuries; le roi lui fit donner de ses carrosses pour aller à Marly, où je le menai , et ensuite à la Ménagerie; de là je le ramenai ici à six heures dans l'appartement de la reine, que le roi lui avoit fait préparer. Il eut audience du roi dans son cabinet , où il fut mené et reçu de la même façon qu'il l'avoit été la première fois. Il prit congé de S. M-, et ensuite de Monseigneur, de messeigneurs ses enfants^ de Monsieur et de Madame ; après quoi il vint à l'apparte^ ment où le roi étoit, qui lui en fit les honneurs. Il joua au portique; le roi le mena à la musique. M. de Beau-^ viUiers eut soin qu'il fût partout Men placé. Il s'en retourna à Paris après Tappartement. Le roi fait faire une épée enrichie de diamants magnifiques pour lui en faite un présent.
Mercredi 11 , à Marly. — Le roi entendit le sermcHi à Versailles, et puis vint ici , où il se promena jusqu'à ht nuit. Il y a ici de dames qui ,n'y étoient pas encore venues, madame de Gourtenvaux, et d'hommes qui n'y étoient jamais venus non plus , le marquis dUarcourt et le marquis d'Huxelles. On y attend M. le marquis de Boufflers. Monsieur et Madame sont de ce voyage<«i. -— Le cardinal Visconti j archevêque de Milan , est mort. Il y a présentement sept ou huit places vacantes dans le sacré coDége. — On a pubUé un arrêt du conseil qui réduit les louis d'or à onze livres dix sols ; les écus à trois livres deux sols; et cela à commencer au premier jour du mois de mars.
Jeudi 12 , à Versailles. — Le roi se promena tout le
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oiAtiii àfOks ses jardins, et l'afM^èS'dlBée alla tirer. Mon- Sttgneur courut le cerf dans la forêt de Marly; le roi d^Angleterre y vint à la chasse. «— On apprend de Bruxelles que M. de Vaudmont est obligé par sa mau^ vaise santé à quitter le service; il se retire à Rome; les Espagnols n'ont point encore rempli les charges qu'il avoit. —-Le duc de Richemond^ fils de la duchesse de Portsmouth^ s'est marié à Londres à la veuve de nûlord Bellasysse ; ce mariage-là n'a pas été approuvé du prince d'Orange^ et samère, qui est ici^ n'en est pas contente non plus. — Vissac^ gouverneur de Landau^ est mort dans son gouvernement; il avoit été longkemps lieute-* nant-colonel du régiment royal et avoit toujours servi en homme de réputation. Ce gouvernement vaut plus de 30,000 livres de rente.
Ymirêdi iS, à Marly. ^^ LeroiaUal'après-dlnée voler dans la plaine de Vésinet ; les princesses étoient à cheval; le roi et la reine d'Angleterre étoient & la volerie , et le prince de Danemark étoit allé à Saint-Germain prendre congé de LL. HM. BB. et s'y trouva aussi ; et le roi lui fit dcmner des chevaux pour avoir le plaisir de la chasse. Il ne partira qu'après la revue du régiment des gardes, qui se doit faire au commencement de la semaine qui vient. 11 doit revenir demain dans la forêt de Marly courre le cerf avec Monseigneur. — M. de Bouffiers arriva hier au matin de Flandre , et s'y en retournera incessamment.
Samedi ik^ à Versatile», — Le roi se promena tout le matin dans ses jardins^ et revint ici l'après-dlnée en chassant. Monseigneur courut le cerf dans la forêt de Marly avec le roi d'Angleterre ; le prince de Danemark arriva trop tard pour la chasse^ et n'en eut point le plaisir. — C'est lundi qu'on doit faire la revue du régiment des gardes dans la plaine d'Ouille. Le roi^ dès le soir même^ envoya faire des compliments au prince de Danemark sur les contre^temps qu'il y avoit eu à la
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chasse. -*-. On a eu nouyelle que M. lé duc de Savoie est encore plus mal qu'il n'avoit été jusqu'ici; tout se prépare à Turin à un .changement de gouvernement; le prince de Garignan fait porter ses meubles dans la citadelle; les généraux de Tempereur et d'Espagne ne partent point de Tantichambre de M. de, Savoie.
Dimanche 15, à Versailles. — Le roi se trouva -mcd le matin; il eut une colique assez violente^ qui Tempècha de se lever; il entendit la messe dans son lit. L'aprèsdinée ses douleurs passèrent y et il tint le conseil qu'il devoit tenir le matin. Le* soir il alla chez madame de Maintenon^ comme à son ordinaire. . — Le roi a donné à Chamarande le fils y colonel : d'infanterie , le gouvernement de Phalsbom'g qu'a son père, qui en conservera les appointements et y commandera. M. de Barbezieux lui. a même dit, de la part du.roi/ qu'il tourneroit cette.affaire de la façon qui lui seroit le plus agréable. La grâce est d'autant plus grande ,que personne.de la famille de Chamarande ne Tavoit demandée pour lui.
Lundi 16, à Versailles. — Le roi. a fort bien passé la nuit> il ne se sent plus du tout de sa colique ; il a tenu conseil ce matin et a été à ia chasse, comme à son ordinaire. — Calvo, qui avoit acheté le régiment royal du marquis'de Gréquy, n'a pas pu payer, les 50,000 francs dont ils étoient convenus pour le prix.du régiment, parce que l'honmie à qui il vendoit sa chai*ge dans la gei^darmerien'a pu lui donner les 35,000 francs dopt ils étoient convenus pour la charge. Il a. payé 1,000 écus au.maiy quis de Créquy pour le dédit, et.celui avec qui il avoit traité pour sa charge les lui a payés aussi pour le dédit ; ainsi il y a encore à vendre dans Tinfanterie le régiment royal et le régiment Dauphin , et dans la cavalerie le Colonel, le Roi, et Berry.
Mardi 17; à Versailles/ — Le roi prit médecine, et travailla tout le jour avec ses ministres. — Monseigneur alla à Paris avec madaipe la princesse de Gonty ; ils allé-
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rent à l'opéra et à la foire; le prince de Danemark y étoit; et Monseigneur lui fit beaucoup d^honnétetés sur les contre-temps qu'il yavoiteu àla chasse de samedi. — Le roi a donné le gouvernement de Landau^ qu'aroit Vissac à Mélac^ ancien maréchal de camp ; ce gouvernement vaut plus de 20,000 livres de rente.
Mercredi 18, à Versailles. — Le roi alla au sermon, et tint' conseil toute Faprès-dlnée avec ses ministres, quoiqu'il l'eût tenu trois heures le matin à son ordinaire. — M. l'abbé Mérille a donné au roi sa démission de l'abbaye de Saint-Lomer de Blois, qui est destinée à faire une partie du revenu de l'évêché que le roi veut mettre à Blois, pour partager celui de Chartres, qui est trop grand ; et S. M. donne 2,000 écus de pension à l'abbé de Mérille sur l'abbaye d'Orcamp , et 2,000 francs sur l'abbâye de Bonpopt. On donneria encore 'pour former le revenu du nouvel évèché l'abbaye de Bourgmoyen, qui est dans Blois; elle est possédée par l'abbé Phélypeàux, évoque de Lodève, que le roi récompense4»a d'ailleurs: . Jeudi 19 , à Versailles. — Le roi entendit la messe à neuf heures du matin, mangea* un morceau^ et ensuite alla dans la plaine d'Ouille; où il fit la revue d^ régiments des gardes françoises et suisses/ Madame et les princes^s étoient à cheval. Le roi et la reine d'Angleterre y vinrent ; la reine, en arrivant/monta'dans un des carrosses du roi, où elle fit monter avec elle Madeimoiselle, la grande Mademoiselle et madame du Maine. Le roi fût toujours à la portière du carrosse de la reine à lui faire les honneurs de la revue. Le roi fit faire beïHicaup de mouvements aux troupes et en fut très-content. Le prince de Danemark étoit à la revue, et le roi lui fit beaucoup d'honnêtetés, et avoit eu soin de lui faire mener des chevaux pour lui et pour toute sa suite. — Monseigneur partit le matin pour Anet , où il va passer quelques jours.
Vendredi ^0 y à Versailles. — Le roi a donné la première enseigne clen mousquetaires blancs au marquis de
Janson^ caj^taine de cavalerie dans le régiment royal ; il est neveu du cardinal de lanson. Le roi a été bien Biàé de remettre le nom de Forbin dans les mousquetaires blancs 9 comme il étoit bien aise d^ conserver celui d'Artagnan : S. M. a aussi donné la première enseigne des \ mousquetaires noirs, et a choisi pour oela GcJiillae'- Pontchàteau, capitaine au régiment des gardes ; ils donneront chacun 35,000 francs pour ces enseignes4à ; les secondes enseignes ne sont point encore remplies. -^ Le prince de Danemark vint ici courre le cerf avec Madame ; le roi, hier à la revue, lui avoit proposé de voir.u&e chasde avant que de partir; le roi d^ Angleterre étoit à la chasse. M. de la Rochefoucauld donna le -bâton (1) au roi d'Angleterre et au prince de Danemark , honneur dont ee prince fut fort touché, parce quHl sut que le grand veneur ne rendoit pas même ce respect-là aux princes du sang.
Samedi 21 , à Versailles. — Le roi alla tirer raprôs-dinée. Monseigneur est à Anet, où il court le loup , et n'en re^ viendra que mercredi pour Marly. M. le duc de Chartres, M. le Duc et M. le prince de Gonty sont avec lui. — M. de risle, lieutaiant aux gardes, a acheté la compagnie de Congis , et la Carte , aussi lieutenant aux gardes , a acheté la compagnie de Canillac; Us en donnent chacun 80,000 francs. Congis étoit le premier cajHtaine du régiment des gardes, et a eu depuis peu le gouvernement de Bapaume ; c'est à présent Séguiran qui est le premier capitaine. Le prince de Danemark est reparti pour s'en retourner en Danemark ; il pa sse par la Flandre et par la
(1) n Le roi étant à la chasse du cerf, quand il monte à cheval pour aller au laissei-^ourre, le grand veneur, on, en son absence, celui qui commande la vénerie, présente à Sa Ms^estéi, pour parer et écarter les branches, tin bâton de deux pieds, dont la poignée est pelée depuis la Madeleine y sur la fin du mois de juillet, jusqu'au mois de mars, à cause qu'en ces temps-là les cerfs touchent au bois , et le reste de Tannée ce bâton est couvert de son écorce. » (VBtat de la France [par N. Besongne], 1094, 1. 1, p. 451.)
Hollande et verra en son chemin la plus grande partie des places du roi.
Dimanche 22, à Verêailles. — Le roi alla Taprès-dlnée au sermon, et puis tint un conseil extraordinaire pour les affaires de SainirLasàre avec M. le chancelier^ M. de Beau* villiers, M. de Harlay et M. d'Aguesseau; ces offaices^là ne sont point entièrement réglées. — Le roi a donné à M. d'Aguesseau la direction des économats, qu'avoit M. Pélisson; il y a déjà quelques jours que cela est fait. — Le roi a envoyé ulie magnifique épée de diamants au prince de Danemark, et une belle boite de diamants avec son portrait au comte d'Alefeld, son gouverneur. L'écuyer de M. de Croissy qui les porte, trouvera ce prince au pont Sainte-Maxence, où il couche aiqourd^hui.
Lundi 33 , à Vers^lles. — Le roi alla voler l'aprèsdlnée ; Madame et les princesses étoient à cheval. — Il y a eu im grand tremblement de terre à Malte et en Sicile; les villes d'Agosta, de Catane et de Syracuse en ont été presque entièrement ruinées. — Par les dernières nouvelles de Pignerol, on apprend que M. de Savoie avoit eu quelque soulagement d'une manière de lèpre qui lui étoit venue, mais il est retovoi^é ; et on mande du 18, die Turin, que ses médecins n'en espèrent plus rien. Le prince de Carignan s^est retiré dans la citadelle. — Lavercantière, qui commandoit dans Abbeville, est mort; cet emploi lui valoit 7 à 8,000 francs; il avoit été autrefois à Lille et puis àDunkerque; mais, comme il ne pouVoit presque plus agir, on Tavoit mis dans Abbeville.
Mardi 24, à Versqilles. — Le roi a choisi pour la seconde enseigne des mousquetaires blancs le mai^uis de la Luzerne, gendre de M. de la Chaise; il étoit colonel d'un nouveau régiment d'infanterie. La seconde enseigne des mousquetaires noirs a été donnée au chevalier dé Hautefort, lieutenant de la compagnie des grenadiers de Saillant dans le régiment des gardes; il est frère de celui qui se battit contre le comte de Brionne. Ils don*-
nexd chacun 35^000 francs comme les deux autres enseignes, et les 140,000 livres sont employées savoir : 40,000, francs poiir les héritiers de Jonvelle, qui avoient un brevet de retenue de pareille somme; 50,000 francs pour Barrière, qui a été obligé de quitter la charge d'enseigne des^ mousquetaires noirs par sa mauvaise' santé; et les autres 50,000 francs, on les donne au marquis de Vins qui a un brevet de retenue de pareille somme , qui par là sera éteint. . ■ u
Mercredi 25, à Marly. — Le roi vouloit aller au sermon à Versailles avant que de venir ici; mais le prédicateur se trouva mal. Il y a fort peu de dames ce voyage-ci , parce que Monsieur, Madame et les princesses sont du voyage. ^^ M. de Villacerf a vendu le régiment de Berry 25,000 écus à M. Yolet, capitaine de cavalerie, à qui il en a fait avoir l'agrément du roi.
Jeudi 26, à Marly. — Le roi se promena le matin dans ses jardins, et alla tirer l'après-dinée. Monseigneur courut le cerf avec le roi d'Angleterre. On mène toujours ici la même vie : grand lansquenet l'après-dlnée, musique avant souper, et après souper, portique où le roi est toujours jusqu'à son coucher. — La garnison de Charleroy avoit fait quelque entreprise sur le Chasselet, qui ne leur a pas réussi; ils ont même été contraints de laisser une pièce de canon dans les boues. <
Vendredi 27, à Marly. — Le roi se promena le matin dans ses jardinsé, et alla voler l'après-dlnée dans la plaine de Vésinet. Madame et les princesses y étoient à cheval; le roi et la reine d'Angleterre vinrent à la chasse. — On a des nouvelles de Pignerol qui portent que M. de Savoie étoit un peu mieux ; on ne croit pourtant pas qu'il en puisse guérir. — On a prolongé le prix des espèces d'or et d'argent jusqu'au premier jour d'avril.
Samedi 28, à Versailles. — Le roi se promena le matin à Marly, et revint ici l'après-dlnée en chassant. Monseigneur revint ici avec madame la princesse de Conty, à
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son ordinadre. — : M ..de Boufflers prit eoDgé dti roi le matin pour retourner commander en Fkndre; il s'en va droit à Lille: — On a nouvelle que le prince Louis de Bade est parti pour s'approcher du Rhin^ où il doit commander les troupes de l'empereur oette campagne.^ <Le prince . d'Orange ' doit , repasser d'Angleterre > en > HôQande au mois de mars; et on croit que l'électeur de ^Bavière et le prince Louis iront à Maestricht s'abouclier avec lui.
Dimanchs Vmar$, à Versailles.— Le roi alla au sermon et puis au salut. Il doit partir jeudi pour Chantilly,* où il fera la revue de ses gariies du corps et de la gendarmerie. Les princesses et les dames seront du voyage; mesdames de Chevreuse, d'Harcourt et d'Heudicourt y viendront avec madame de Maintenon. La duchesse d'Humières et madame de C!ourten vaux seront avec les princesses pour monter à cheval avec elles aux revues et aux chasses. — Monseigneur alla à Paris à l'opéra avec madame la princesse de Conty. •
Limdi % à Versailles. — M. de Marsan gagne son procès contre les héritiers de madame de Marsan, sa femme ; il aura la terre de Pons, Mortagne et le mariqpiisat d'Ambleville. L'afiaire n'est pas encore jugée pour les terres qui sont en Béarn. — M. le comte d'Estrées est parti de Marseille avec les vaisseaux du roi; il va à quelque expédition dans la Méditerrannée avant que de repasser le détroit pour rejoindre le gros de notre flotte à Brest, mais on ne sait point encore quelle est l'entreprise. — On a eu nouvelle que MM. d'Avaux et de Bonrepaus, nos ambassadeurs en Suède et en Danemark, sont débarqués à Christiansand en Norwége.
Mardi 3, à Versailles. — M. le chevalier de Bouillon est revenu d'Évreux, où M. son père l'avoit envoyé pour quelque temps; il ne se cache point des desseins qu'il a de vouloir achever son mariage avec madame de Turenne. Madame de Ventadour et toute la famille s'y opposent fort; la maison de Bouillon ne s'explique pas lâ-
dessus. — Madame la duchesse de SaVoie mande A lioii-^ sieur que M. de SaVoie se porte considérablement mieux^ et qu^on espère en ce pays^lÀ qn'il sera bientôt gtiéri.
Mercredi k, à Vertailles. -^ Monseigneur alla coocher & Royaumont che2 M. le Grand ; c'est lui qui a fâdt accommoder cette abbaye^là^ qui est à l'abbé de Lorraine> son fils. Monseigneur n'y avoit point mené s^ officiers. M. le duc de Chartres, M. le prince de Gonty et plusieurs courtisans étoient avec Monseigneur ; madame d'Armagnac et ses filles firent les honneurs de la maison & Monseigneur. M. le Grand donna un magnifique sotiper pour Monseigneur et pour les courtisans qui Tar voient suivi»
Jeudi 6. Voyage à Chantilly. ~ Le roi vint dîner à Écouen ; il avoit les princesses dans son carrosse. — itemseigneur courut le cerf & Royaumont avec les chiens de M. le chevalier de Lorraine , et puis il vint ici^ où il arriva longtemps avant le roi. — Le roi, en chemin, fit recevoir le marquis de Vins capitaine4ieutenant des mousquetaires noirs; et ensuite M. de Vins fit recevoir les officiers nouveaux qu'on y a mis. *-^ Le roi trouva dans le grand chemin la chaîne des galériens de Flandre qui se jetèrent à genoux demandant leur grâce; ils espèrent que le roi la leur accordera parce que tout criminel condamné à mort a sa grâce quand le roi le voit; et ils comptent qu'il en sera de même de ceux qui sont condamnés aux galères. — Monsieur et Madame ne sont point du voyage; ils sont d6mei>M:*és à Paris.
Vendredi 6, à Chantilly. — ^ Le roi fit la revue des quatre compagnies de ses gardes du corps et de ses grenadiers à cheval ; il fit passer un à un devant lui tous les chevaux de recrues qu'on y a mi« cette année ; il fit faire l'exercice aux grenadiers à cheval. Après la revue, le roi alla tirer. Monseigneur alla courre le cetf avec les princesses qui étoient Achevai à la revue.. — Le $oir, avant souper, le roi vacfaez madame de Maintenon,
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conMâe à Versailles^ et après souper le roi vient dans la galerie ^ où il joue des réjouissances au lansquenet jus* qu'à son oouchçr» Il j)'y a point de ministres à Ce voyage** ei. Il ne travaille qu'avec M. de Barbezieux. Le roi/ au retour de la chasse^ alla rendre une visite à. madame la Princesse.
Saamdily à Chéfntilly. — Le roi fit encore la revue de ses gardes ; il ne les avoit vus hier qu'à cheval ; il les a voulu voir aujourd'hui à cheval et à ]pied. On croit que les gai?des^ à la campagne prochaine^ feront trois esca^ drons par compagnie; cela avoit déjà été proposé l'an*née passée. — Le roi a accordé la grâce aux cinquanteneuf galériens qu'il trouva en son chemin en , venant ici; ill'a fait d'autant plus volontiers^ que des cinquante*neuf il y en avoit cinquante-huit déserteurs^ qu'on renvoie chacun à leur compagnie à condition d'y servir dix ans. — On a eu nouvelle aujourd'hui que le vidame d'Esneval^ notre ambassadeur en Pologne^ y étoit mort subitement. La diète est rompue; on croit que c'est par l'intrigue des ministres de l'empereur qui voyoient que les esprits étoient portés à faire la paix avec le Turc.
Dimanche 8, à Chantilly. — Le roi ne sortit pas le matin. L'après-^^éè il alla voler dans la plaine du Lis et revint par le camp de César; les princesses étoient à cheval malgré la pluie; Monseigneur fut quelque temps à la volerie et puis alla faire des battues» — Les lettres de Pi*gnerol du 2 de ce mois portent que M. de Savoie a toujours la fièvre, qu'il a été deux jours un peu mieux, mais qu'ensuite il est retombé. -^ Hier, l'abbé de Fénelon, précepteur de monseigneur le duc de Bourgogne , fut élu à Paris à l'Académie, à la place de M. Pélisson. Le roi a approuvé le choix.
Lundi 9, à Chantilly. — Le roi fit la revue des seize compagnies de la gendarmerie, dansle même lieu où il avoit fait la revue de ses gardes du corps; il les vit par escadrons, par compagnies, par brigades et homme par
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homme; il en fut très-content. Après la revue qûi'finît à trois heures ^ il se mit dans sa petite calèche et courut le cerf avec les chiens de M. le duc du Maine. Les princesses étoient à cheval|à la revue et à la chasse , malgré la neige. Rozamel^ lieutenant des chevau4égérs'd^ Anjou, parut pour la dernière fois à la revue; il a vendu sa charge 110,000 francs à Ségur, sous^Ueutenant ' de la compagnie.
Mardi 10, à Chantilly, — Le roi mangea de bonne heure et alla tirer; il parolt content au dernier point de toutes les chasses qu^on fait à Chantilly, et par la beauté du pays et par l'abondance de toute sorte de gibier (1). Monseigneur courut le cerf, et puis aUa faire des battues. •— La princesse de Tarente, mère du duc de la Trémoillè *, est morte à Francfort, où elle étoit retirée depuis quelque temps; elle étoit de la maison de Hesse-Cassel, et tante de Madame. — On a eu nouvelle que le roi de Suède a reconnu le duc d'Hanovre électeur. — Garaffa, qui étoit feld-maréchal et commandant les troupes de l'Empereur en Italie, est mort. — Le prince Eugène de Savoie est présentement à Bruxelles.
* Claude de la Trémoillè, duc de Tfaouars, qui fut fiât pair de Franee, étoit fils de Louis qui fut fait duc , et d*uiie fille du comiétable Amie de Montmorency. Ce Claude de la Trémoillè se fit huguenot, étoit frèi^ de la célèbre princesse de Condé , grand*mère du prince de Condé le héros, et avoit épousé une fille du prince d'Orange, fondateur de la république des Prorinees-Unies. Son fils ;épousa une fille du mai^cbal de Bouillon la Tour, et elle et lui étoient enfants des deioc sœurs, il fit abjuration entre les mains du cardinal de Richelieu au siège de la Rochelle, et maria son fils à ime fille de Guillaume Y, landgrave de Hesse, sœur de la reine de Danemark et de Télectrice palatine,
(1) « Le mardi, Sa Majesté chassa depuis onze heures jusqu'à six h«ares da soir, et au retour, en rentrant dans le petit parc, M. le PriDoe donia 911 Boî et à Monseigneur le plaisir d'une hattne dans un petit bois, d'où il sortit plus de deux mille faisans et autant de perdrix. « (Mercure de mars, p. m.)
mère de Madame. Il eut la Jarretière , servit toujours les HoUandais, mourut avant son père, et laissa le duc de la Trémoille , gendre du duc de Créquy et premier gentilhomme de la chambre.
Mercredi 11^ à Chaniilly. -— Le roi^ Monseigneur et toutes les princesses allèrent à la volerie Tàprès-dlnée. Le n>i donna ordre le matin à M. le Prince de faire préparer ses gros équipages comme Tannée passée ^ et cela pour le preniier jour.du mois de mai; il ajouta quMl ne dîsoit point encore s'il marchera^ mais qu'il vouloit toujours avoir un équipage prêt. -*- Le roi demandoit aux ecclésiastiques unepistole par arpent de bois, qui n'avoient point été coupés selon les ordonnances^ et cette affaire auroit monté à une très-grande s(Hnme. M. l'ardievèque de Paris Ta accommodée pour le clergé, avec M. de Pontchartrain ; on donnera quatre millions au roi et Tarrêt donné n'aura plus de lieu. •
Jmdi i% à Chantilly. — Le roi ne sortit point le matin; il fit la revue Faprès.dlnée de ses deux compagnies des mousquetaires qui le gardent ici. Ensuite il alla aux toiles : on y tua vingt ou trente sangliers; et puis M. le Prince mena le roi a de petites toiles pour des lapins, où on en avoit enfermé une grande quantité . Toutes les princesses étoient à cheval; madaime d'Armagnac et ses filles y vinrent de Royaumont, et le roi les retint à souper. Monseigneur avoit couru le cerf avec les chiens de M. le chevalier de Lorraine avant de venir aux sangliers. -^ Le roi a dit aujourd'hui que M. de Tessé lui avoitenvoyé un courrier de Pignerol et qu'il lui mandoit du 6 de ce mois que M. de Savoie étoit entièrement hors d'espérance et que tous ses médecins assuroient qu'il ne pouvoit pas passer l'équinoxe.
Vendredi 13, à Chantilly. — Le roi alla entendre la messe à la paroisse; au retour, il fit mettre M. le Prince dans sa calèche, il lui dit qu'en y allant il l'avoit cherché pour l'y mener, et l'après-dinée le roi alla à la volerie, qui fut fort belle malgré la neige et le vilain temps , et
Uê JOURJNAL DE BANGËAU.
lès princeases y furent toujours à cheval. Au retour de la chasse, le roi voulut aller voir madame la Princesse dans sa chambre; elle vint recevoir la visite du roi dans la gakrie^ pour Fempècher de monter. Pendant ce voyage-ci^ le roi a travaillé avec M. de Barbessieux^ avec Chamlay^ et a quelquefois donné des audiences à M. de Luxembourg. M. de Torcy, en l'absence de M. son père, lui rendoit eopipte de ce qui venoit des pays étrangers.
Samedi ik, à Versaillei. — Le roi, en partant de Chantilly, vint dîner à Écouen ; il avoit d^ns son carrosse mar< dame de Chartres, madame la Duchesse, menâmes les princesses de Conty, et madame du Haine, comme en al-* laat àCSiantilly. Il passa par SainiClloud pourvoir Mon* sîeur et Madame^ qui y demeureront toute la semaine sainte. Les dames qui étoient demeurées à Versailles vinrent dans sa chambre lui faire leur cour; elles aVoîient aocoutuiaé de le recevoir sur le degré au retour de ses voyais. •-— Le roi donna, ces jours passés, 300 louis de gratification au major du régiment des gardes suisses, et lui eh a promis autant tous les ans ; ce sera une n^i/* nière de pension sur la cassette .
Dimatfbehe 15, à Vermillêê, *-^ Le roi entendit le ser* mon et alla au salut. Le roi permet qu'on reçoive en Friance les pistoles d'Espagne et les pièces cornues. Les pèstoles d'Espagne de poids vaudront douse francs comme nos louis, Bt les pièces cornues comme les éous blancs. -«^ M. le marquis de Courtenvaux, se trouvant par sa dnauvaise sailté hors d'état de servir à l'armée , a remis au roi le régiment d'infanterie de la reine. Le roi lui permettoit de le vendre, et il a cru qu'il étoit plus hon' nète d'en laisser la disposition au roi, étant assee malheureimpourn'y pouvoir plus servir. M. de Louvois^son père, avoit acheté ce régiment-là pour lui 45,090 franes de M. de Crenan. -^- Le roi d'Angleterre vint ici l'aprèsHU-^ née voir le roi,
iMndi 16, à Versailles. «^ On a eu nouvelle que le
HÀfts teas. S47
comt^ d'^^trées a^oit foit voik avïqc vingt vaissea^ix qq^il coiaro^aidie ; il était wx Uos d'Hyèrç» depuis le 5 du mois, ejt le veut nq lui ft perpais d'pn p»J?tir que le iâ. Il n'a qu'^^ chef d'escadre ^çm lui, qui est le marquis de la Porte, — Ig fiapitei^^ Jeau Bar*, qui a mtoé uos aBohaa» sadeurs de Suède et de (lapamark^ est irevenu à Aum kerquQ, sans qu'il lui mt awivé mma mauvais aceir dent, en allant ni en revenant d^ Nprwége. — Le chsi valier d'Orvilliers est mort de n^aladie ; il étoit exempt d^ g^de» du corps, et cm «?oit qw k roi lui avoit destiné la cornette vaca^nte d^^ns h^ icb^v^i^égei^ de k garde} il étoit neveu du grand maUtre de Malte, -rr JKonsei»". gneur le Dwphip ^lla à SaintrClpud vqir Mowiew dt Madame.
Mardi 17 , à Versailles. ^ te roi alla tirer l'aprèHlt-» née à son ordinaire, Monseigneur youloit courre le loup; n^ais il n'en trouva point daus^eniceinte oi^on oroyoit e«i avoir détourné, — Le roi donna w petit Çhan^arande, qui eçt inspecteur d'infanterie sous les ordres de Catinat, le régiment de la reine, dont M. de Courtenvaux vitent da donner ^ démission au roi. Chamarandç avoit un autre régiment d'infanterie dont le roi n'^ pas encore disposé , II. le duo de Charost ^t le marquas d'IUiers profiteront chacun de 5Q,0QQ écus pax 1a mort de H. du Quesnoy, maj.tre des roquâtes, qui les a ^t se^ légaiaire^ uniyer? sels; 1q rf^^te de son bien „ qui est a^is^^ considérable, sera pour «es béritier^ et pour plusieu^^p l^gs qu'il ^ faits.
Mercr^i tS, à Versailles. — J^ roi jaUa. à ténèbre, et puis tint cons^ a,veQ i^s ministrei», quoiqu'il l'eût tenu le matin à son ordinaire; il se lève depuis quelques jours avaat buit heures; et son conseil nç finit pas plus tôt; il y d^meûr^ toujours jusqu'il nxidi çt demi. — lia grande Mademoiselle est malade en son palais de Luxembourg (1)
(1) lie ipalais bâti par Marie de M4^c$5 ^ur remplacement de l'hôtel de Luxembourg, qu'elle avoit acheté du duc de Piney-Luxeml)ourgy s'eat appelé
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depuis quelques jours et les médecins ont mauvaise opinion de son mal. — M. Tabbé de Polignac a été nommé ambassadeur en Pologne en la place du vidame d'Esneval^ dont on apprit la mort à Chantilly. — M. le président de Maisons deihanda hier au roi son agrément pour le mariage de H. de Poissy^ son fils^ avec la fille de M. de Lamoignon , avocat général, à qui on donne en mariage 100^000 écus présentement, et on lui assure ipo,000 francs après la mort de son père.
Jeudi 19, à Versailles. — Le président de Nesmond, qui étoit le second président du parlement, mourut à Paris. M. de Lamoignon avoit la survivance de sa charge. En payant 360,000 francs à sa famille, M. Lamoignon aura à choisir ou de demeurer avocat général ou d'être président à mortier. — Le roi fut à ténèbres et à toutes les dévotions de la journée, et le matin il fit la Cène, comme il a accoutumé de faire. Monseigneur avoit fait son bon jour avant de venir servir le roi à la Cène.
Vendredi 20, à Versailles. — Le roi et Monseigneur furent à loutes les dévotions de la journée. — Le roi a donné le régiment de Périgord, qu' avoit Chamarande, à Chémerault, qui avoit le régiment de Forez. Chémerault ne ga;gne à cela que de pouvoir sortir de Casai,' où il y a longtemps qu'il est, et de pouvoir servir en campagne. Le régiment de Forez a été donné à M. de Montmbrency- Fosseux, qui est capitaine dans le régiment du roi. — On a nouvelle que M. de Savoie se porte cohsidériablement mieux, et même on ne croit pas qu'il ait jamais été si mal qu'on l' avoit mandé de Pignerol , pendant que le roi étoit à Chantilly.
Samedi 21, à Versailles, — Le roi fit son bon jour; il prend toujours le samedi saint pour le faire^ Monseigneur
d'abord palais de Luxembourg, puis le nom palais, du Luxembourg a pré?ala. Dans son testament mademoiselle de Montpensier le nomme palais de Luxembourg, dît d'Orléans.
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alla courre le loup. -— La maladie delà grande Mademoiselle continue toujours; elle a une suppression dWine, et on la croit en très-grand péril ; on prétend qu'elle a fait son testament (1) ; elle a encore plus de 200^000 livres de rente à donner; elle a consenti & voir madame la Grande-Duchesse^ qu'elle ne voyoit plus depuis assez longtemps. — Le roi a donné Tabbaye d'Qrcanp^ vacante par la mort de Tabbé de Lorraine^ à Tabbé de Luxembourg, qui rend Fabbaye de Moustier-Ramey, dont il n'avoit pas payé les bulles ^ et le roi Fa donnée à Fabbé de Noailles^ frère du duc de Noailles. S. M. a donné aussi Fabbaye de Bonport qu'avoit rendu Fabbé Colbert à Fabbéde Polignac/ qui vient d'être nommé ambassadeur en Pologne.
Dimanche 33/ jour de Pâqueê^ à Vermllee. — Le roi et Monseigneur assistèrent à toutes' les dévotions de la journée. — On attend un heureux succès de l'entreprise où marche le comte d'Estrées avec les vingt vaisseaux du roi. Le dessein est d'aller brûler les vaisseaux d'Espagne qui sont à Baies , dans le royaume de Naples; ils s'attendent si peu d'être attaqués^ qu'on a nouvelle que Papachin, qui les commande^ est allé en pèlerinage à Rome. Le comte d'Estrées partit des lies d'Hyères,' le 13 de ce moiS; et on le croit arrivé là présentement. — Le roi a donné Fabbaye de Gimont, qu'avoit Pélisson^ à Fabbé de Roquette , ; hevéu de M. Févôque d'Àutun, et qui est toujours auprès de. lui; et il a donné à M. de Chainlay^ pour une de sessœurs^ une abbaye de filles qui est dans son pays.
Lundi 33^ à Yenailles. — Le roi alla Faprès-dlnée à Luxembourg voir MademoiseUeV qui se porte considérament mieux; elle a été trè»-mal les deux derniers jours. Monseigneur alla aussi la voir avec madame la princesse
(1) Voir ce testament dans le Mercure d'aTiil^ p. 15M60.
m^ JOURNAL OË DAIfGEAU.
d^ £k)ifty^ Bu Liu;s(emb^urg U voi dla au PalaishAoyal voir Moomet^^ qui 1« pramaaa fort âms son grand apparte-^ ni^utnauvam; le r^ir^yint ici da bonne heure, -m Le roi P'. donné le gouvernement die Ham è Vaiteville , ancien Qj^ci^p de eayalerie et maréc]:ial de camp; il a donné le gouvernement At Brâançon à Saint^lvestre, miuréGhai de /oamp et ancien officier de cavalerie^ et le gouverne^ ujientidnlfionV-DaupJbinàLarray^ ancien officier d^infan-t iierie et marchai de camp. Briançon n'ert point iencore Sortà&éy^i on y vahravaillerj etMonJtrOa^phin n^egt enoore qu:un J^Qf^heVy auprès de Guille^e, On donne 10^000 francs d'appointemant à cbaeun de ces dau nouvoanjt gpuvernemwfe» et Ham ne vaut guère davantage.
Mardi ^k, à Versailles. — Le roi entendit la meaae à n^uf )ieure^ et d4na à^dix; il vouloit aller & la ckaeea le matin ^ mai^ le vilain temps Ten empdclia. Il avait donné cQUgé ^^s ministres pour le matin » et> ne ^rtant points il employa la matinée 4 .donner des audiences. Il en dpnna w\^ au duc de Y^^tadour, qui loi dit qu^il allmt tl*d.yailler à la récanciliation de sa famille avec la maison de Bquillon , puisque le cardinal de Bouillon avoit donné sa paiK)le à S. 91. qu'ils ne songei^ient point e» mariage du obeviali^r de BopiUon ayôc madame de Turenne. — Ui VQÎ 4 donn^ à Polastron , maréchal de o«unp et lieuter nant^oloi^el d^ régiment du roi, le gouvernement de ICas^iUon et C^sJiUonnois, qui vaut 4 ô.JJ,000 livres de rente; teigouv^rnement: de Dinan en Bretagjno à la Qre^ tQnpii^e>JiieuiiensmV<^elonbl de &eint^m^Hi^ et le petit gouvernement de Crest en Dauphiné au chevalier du Mesnil'^ lieutenanlrcolonel de cavalerie. * . Mercredi S&> à V^tmilUs. -*n Le roi alla tirer Faprà»dtné^. Mpnseigneur couru leœrf; le roi d'An^etetne étûit. ^i la chasse. La reine d'Angleieri»^ qui étoit asséc malade ces jours-ci, se porte considérablement mieux. — Le roi a donné son régiment à Surville, gendre du maréchal d'Humières. Cétoit le comte d» H(ontcb^yr#uil qui
ctt éMk^ oolonel; PolMrivoiii qui en étoii Ueiitenan(«6o* lenel, a eu le gouvep»ement de (k^tiUoa et Cartillonnoisy qui est dans son paye^ et le roi. en angmeate les appmiH tements; il lui vaudra fi^OM écus ; il a outre cela, d'aim cienne pension^ 2,000 écus, et une commanderie à Strasbourg qui vaut 10,000 francs. D'Augerie, qui éteit major de ce régiment, isera lieutenant de roi d*une de ces non-» velles places qu'on fait en Dauphiné, et aura 4,000 francs d'appointements. Linière sera lieutenanircolouel du véfptxkmt, et Poinsegur major, et Délaissera pas de faire tou^ joors la charge de maréchal des logis de l'armée.
Jeudi 26, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dlnée. Monseigneur alla à Saint^ermain voir le roi et la reine d'Angleterre. — Surville, qui eut hier le régiment du roi, étoit OQloael du régiment da M. le comte de Toulouse^ et Gadmeu, qui en étoit lieutenanlH^oloael, va monter à m place. M. le comte de Toulouse Favoit recommandé au roi. — Calvo, qui avoit fait marché avec le marquis de Créquy du régiment royal, et qui même avoit payé un dédii de 1,000 écus pour cela, est rentré en marché; il en dmme 60,000 francs et est déjà entré en payement; il vend sa charge dans la gendarmerie 31,000 francs au inarquis de Dampierre, gentilhomme de Beauce, qui étoit capitaine d'infanterie, -r- Ou a eu nouvelle de M. de Savoie qu'on croit entièrement hors d'affaire. :
Vendredi 27, à Versailles. — Le roi fit sept maréchaux dfk f>anee;,les voiei 3elaA leur raogf : le comité de £l)M>i^ul.y le duo> de VillQPoy ^ le marquiet de Joyeuse» let.Qomte de Tourvilla, le due de jNoaimes , le marquis de Bo^fflers, Catioat. JUs eioq pri^oiei^s soni ici ^ p»éjt0rQut sèment demain; et le roi a écrit aux dew autres qu'ils pouvoient toujours prendre la qualité de ittarâchal de France et jouir de tous les privilèges et bou- A^urs* U ajoute dans aa lettre ^ M. de Soufflera qu'il lui fera bientôt^ prêter son nevmmi ea Flaudre; ainsi on i^ doute plus que }e<«oi n'y jmarçbo au mois de
su JOURNAL DE BAHGEAU.
mu; on ne crbit pas cpie beaucoup de gens aient w connoisisanee de cette promotion* — Le roi alla l'apiésdlnée à Marly et . à Saint-Gérmain^ voir le roi et là reine d'Angleterre; la reine se porte beaucoup mieux.
* Le jour de cette promotion qui se fit le matin, le roi^ pi^éoB fréquentes absences de Barbesdeux, et ^i pas fâché de montrer qu'il avoit fait ces maréchaux de France sans lui, dit à son dîner qu'il appreudroit cette promotion par les chemins.
Le duc de Choiseul étoit en rang; mérite et service d'être compris dans la promotion des marédiaux de France. Le rare fot qu'il fan M donné à. choisir de l'être en se séparant de sa femme et la mutant dans un oouTent , et le {dus rare qu'ayant tous les lieux du monde de le fsiiie pour rien, 3 ne le voulut jamais. Et, quelque temps après, cela finit entre eux par se quitter, et par mourir de faim tous deux.
Quoique M. de Boufflers ait fait de suffisantes preuves qu'il avoit te mérite pour faire nne grande fortune, si faut*il dire ce qui l'y porta {dus que tout Madame deCayius étoit fille de ViUette, coosm géraiain de madame de Maint»ion,qui en aimoit la personne et laÊimille. Elle prit sa fille auprès [d'elle], qui étoit belle et avoit de l'esprit comme on ange. BoufQers, qui passoit les étés à la guerre et les hivers sur les frontières , ne savoit pas que la conduite de mademoiselle de Villette n*étoit pas irrépréhensible , et crut que ce mariage feroit sa fortune. Il la demanda donc à madame de Maintenon, qiû en. fut si touchée qu'elle lui manda que, sous le secret, elle lui avouoitque sa nièce ne méritoit pas un aussi honnête honune que lui , qu'elle ne le vouloit pas tromper, mais que d'elle à lui c'étoit pour elle comme s'il se fût fait, puisqu'il avoit bien voulu la désirer, et depuis ce temps-là die prit un soin particulier de sa fortune.
Samedi 2S, à Versailles. --* Les maréchaux de Choiseul^ de Villeroy; de Joyeuse^ de Tourville et de Noaillès prêtèrent le serment que M. de Torcy y secrétaire d^tàt en mois, lut, et après le serment le roi lui donnoit sa canne, qu'il mettoit entre les mains du maréchal de France^ qui prè<toit serment, et le maréchal de France la rendoit au roi. Autrefois, en paireille occasion, on leur donnoit un b&ton fleurdelisé : voilà pourquoi ils le portent encore à leurs armes. 11 y a présentement treize maréchaux de France; les maréchaux de France, comme les autres, ôtent leur
épée en jetant s^nonent; il n'y a que les ca^taines des gardes du corps qui prêtent serment Tépée au c6té. — M. de Gh&teauYilain-Morstein épouse mademoiselle de Chevreuse; la noce se doit faire jeudis à Dampierre. On ne donne pas un : gros mariage à mademoiselle de Chevreuse. M. le duc d'Âlbret^ fils aîné de M. le duc de Bouillon^ servira cette année d'aide de camp' de Monseigneur. — Le roi quitta le deuil de madame l'élèctrice de Bavière. Monseigneur le portera jusqu'à la campagne.
Dimanche 29 y à Vermilles. — La maladie de Mademoiselle continue; on crôyoit hier qu'elle ne passeroit pas la nuit. Monsieur et Madame partirent de Versailles en diligence pour l'aller voir; elle reçut le viatique ; elle a été un. peu mieux. aujourd'hui. Le roi récompense les deux premiers.capitaines du régiment des gardes, qui sont le chevalier de Séguiran et Greil; il leur donne à chacun 3,000 écus de pension sur sa cas^lette/ etils auront 80,000 francs de leur compagnie; Davéjàn- se trouvera premier capitaine. — Monseigneur, depuis quelques jours, s'est mis à jouer, chez lui et chez madame la princesse de Conty, au reversis ou à cul-bas. Les joueurs sont M. le prince de Conty, M. de Vendôme , M. le Premier, Livry ou moi. . M . '
Lundi 30 y à tenailles. — Le roi fit vingirhuit lieutenants généraux et vingt-six maréchaux de camp, qui sont :
LIBtlTBNAlfTS OiInI&BAUX. XABiCHAUX DB CAMP*
MM. Bartillat » MM. Lannion ,
Vatteville^ Marsin,
Montrevel , Servon ,
Tallard , Florensae ,
La Valette , Varennes ,
Ximenès, Locmaria,
Maupertuis , Bezons ,
De Vins , comte de la Molhe , ,
La Hoguette, Ligneris,
Vendeuil»
JOURNAL BE DAUGEAU.
Mtmtchêvreuil,
Hftrconrt,
Grenaât,
LaBrelèchè, Ariaaac,
Gacé»
Villwps, MélaCy
Saint-Sylvestre , Coigny, Qaiiia<m, Ouiacard, Bmeikiral, . Nûnaat, Gratid Pjriavr, duc de Bennck.
Le roi fit aussi vingt-àept trente-sept d'infanterie, qui
MM. Montrevel , Ba Pteasis ,
Sibourg,
marquis dé Gramont ,
Mazel ,
Blancliefort>
Imécourt ,
Mérinville ,
DeBissy,
Marivaut, .
Sainte-Uvièr»,
Du G»mbOut
Légal,
LaSaUe,, $
Médavy,
Geûllii,
Reitiaek ,
cheralier de la Fare ^
Prochae,
0Qoit« de Salra ,.
Gastries,
Pracontal,
Du Bourg y
B'Alègre,
Saînt-Frémond,
Mailly,
comte de Nassau ,
due de Moatmorency^
Davéjan,
milord Luekaii*
brigadiers de cavalerie , et îSont :
mHéADlfiKS I>'lirrAItTlKlB. '
MM. Surville, Blaluville, Wagner, Alinoourt, Thury, D'Antin, Pomponne, Ghamarande»
Bailleul , Graveson ^ Gharost , La Ghâtre , Thianges, Nicolay^ ,i -. \
Bouligneux,
MAIU
éAfiitt» M CÂYAtlAtÈ.
«MtftAOIËiS D^lnyANTBBIt.
Flamanvllle ,
Ohamilly,
Preste,
La Fayette»
Roucy,
Bellenave^
La Bessière ,
Hwy,
Laugalerie ,
Gabioii,
Caylus,
D'ABgny,
D'Aveme,
Baudumas^
SérigDaii,
NovicMi,
LaTaste,
Vreviûs ,
Romery,
Salis,
D'Estrades,
La Chassagne,
Sehelton.
Chartogne ,
Blanzae,
B'Areiihes,
SalHy,
Cadrteii)
DesaUenrs,
FoMlle,
y alliera,
Herbouvilte,
Wacop,
Vigny-
Mardi 31 ^ é Vettailtes. -** Les mairéchaiix de catti)[i nouveaim q[ui ont dés tégiinents ont ordre de lés venâf e^ et le roi choisira ^ paJ*ini le graiid nombre de gens qui ^ présentent pour les acheter, cexïK qti'il Voudra qui lés remplissent. ^^ M. de Médavy a permission de donner le sien à son frère / et- c'est un ré^ment d^infaht^ie €[ui porte son nom. — Le départ du roi pour la Flandre est fixé au ik du mois de mai* — M« Tabbéi de Fénekn fut reçu à l'Académie et fit une très4)elle haràn^uè^ où il justifie fort la mémoire de M. PéUason^ dont il remplit fe place, sur les faux bruits qu'on avoit voulu faire oouQir après samort^. Onjouaà Paris^ pour là première foto, l'opéra d'flérctile; les verB sont de Gaitipistron et la mu-
^ JOURNAL DE DAfVGËÂU.
sique du petit Lully, et de Marais. Monseigneur ^devoit y
aller, mais la maladie de Mademoiselle Ten empêcha.
* Pélisson étoit logé depuis grand nombre d'années dans un apparte* ment de l'hôtel abbatial de Saîn^Germain des Prés, y étôît assidu aux ofBces, les fêtes et dimanches, et y faîsoit souvent ses dévotions. La promptitude de sa mort fit courir le bruit qu'il auroit bien eu le temps de se confesser s'il avbit> voulu, mais que sa première' religion, ou n*avoit pas été changée' de bonne foi, ou avoit pris le dessus dans ces derniers moments. .Les protestants le publièrent tant qu'ils purent, mais le tissu de la longue vie de Pélisson depuis sa conversion , son savoir, son esprit et sa probité généralement reconnue avant et depuis son diangem^t de religion, répondirent suffisamment au scandale qu'on essaya de répandre sur sa fin.
Mercredi V^' avril, à Vermlles. — Le roi a choisi le prince de Talmond pour acheter le régiment de Florensac^ qui est un des plus heaux régiments de France. Yilliers^ qui en étoit lieutenant-colonel^ a été choisi pour a^cheter le régiment du comte de Nassau ; Opter, qui étoit capitaine de cavalerie, achètera le régiment de Pracomtal; Robin, qui étoit lieutenant-colonel du régiment de Monbas, achètera le régiment de Varennes ; le chevalier de Balivière , capitaine de cavalerie , frère de celui qui est enseigne des gardes du corps , achètera le régiment de Bezons ; . La Toumelle; celuideServon, et deLMe celuideLocmaria; Genlis, qui étoit colonel du i*égim^tdela Couronne, le vend 48,000 francs à Saint-André, gentilhomme du Dauphiné, fort riche, à qui le roi en a donné l'agrément. — Madame de Montespan arriva à Paris; elle vint d'abord chez Mademoiselle, qui a toujours fort souhaité de la voir depuis sa maladie; elle la trouva le matin sans connoissance , et le soir la connoissance lui revint.
Jeudi 2, à Versailles. — On a eu nouvelle que le prince d'Orange avoit prorogé le parlement d'Angleterre, et qu'il étoit parti de Londres pour passer en Hollande. — On a eu la confirmation de la nouvelle qui étoit venue ces jours passés que les Turcs avoient fait une grande course
jusqu^à Eszek^ qu'ils avoient ravagé tout ce pays-là, et emmené beaucoup d'esclaves ; et que l'empereur renvoyoit en diligence en Hongrie le prince Louis de Bade, qui devoit venir commander cette année sur le Rhin. — Les régiments de dragons qui ne. sont point royaux sont taxés à 12,000 écus. Celui de Saint-Frémont étoit' à vendre, parce qu'il est maréchal de camp; le roi le donne au chevalier de Silly ; et on vendra celui de Silly, qui est un régiment nouveau. — Le roi a permis au comte de Solre, qui est maréchal de camp , de garder son régiment qu'il a levé en Flandre; c'est im régiment d'infanterie qui a deux bataillons.
Vendredi 3, à Versailles. — Le roi d'Angleterre vint ici sur les six heures, comme le roi revenoit de lâchasse. Les deux rois furent quelque temps enfermés ensemble , et, le soir, le roi déclara la disposition qu'il a faite pour ses armées.
Armée de Flandre, commandée par M. le duc de Luxembourg.
Les maréchaux de Villeroy et de Joyeuse.
NEUF LIEUTENANTS GBNléB aux: HUIT MAB1&CHAUX DE CAMP :
MM. Bosen.
RubanteK M. )e Duc.
M. ]e prince âè;Conty.
Yattevilie.
La Valette.
Ximenès.
Feuquières.
Duc de Berwick.
MM. Duc de Roqueiaure.
Le chevalier de Gassion.
Comte de Marsin.
Ciomte de Soire.
Pracomtal.
Comte de Mailly.
Duc de Montmorency Milord Lucan.
Armée de la Moselle , commandée par le maréchal de Boufflers.