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Vendredi 22, à Versailles. — Le roi envoie à Metz les Irlandoisdes deux compagnies des gardes du roi d'Angleterre et de ses deux régiments de cavalerie; on y a déjà acheté leurs chevaux. Le roi d'Angleterre a choisi le duc de Berwick, son fils, et Sarsfield, qu'il a fait milord Lucan, pour commander ses deux compagnies des gardes ; et il a donné ses deux régiments de cavalerie , qui seront de trois cents chevaux chacun, à milord Galmoy, Irlandois, et l'autre à Shelton. — Il n'y aura point de comédie durant tout le carême. — Madame de Chartres a haisé tous les officiers de la couronne qui sont venus lui faire leur cour, et en use avec les dames comme Mademoiselle et les petites-filles de France ont toujours fait*
Samedi 23, à Versailles. — Le roi alla à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre; Monsieur y mena madame la duchesse de Chartres. Monseigneur prit médecine, et joua le soir chez lui. — Les dames qui iront au voyage de Compiègne sont nommées. Il y aura dans le carrosse du roi : madame de Chartres, madame la princesse de Conty, la princesse d'Harcourt et la maréchale de Rochefort ; dans le carrosse de madame de Chartres : madame la comtesse de Gramont, mesdames d'Heudicourt, de Montgon et de Dangeau ; dans le carrosse de madame la princesse de Conty : mesdames d'Épinoy la jeune et de Choiseul. Madame de Maintenon ira dans une calèche du roi avec madame de Mailly.
Dimanche 24, à Versailles, — Le roi alla au sermon du P. de la Roche, qui prêchera tout le carême, les mercredis, les vendredis et les dimanches. — Le soir il y eut appartement où le roi ne vint point. — Le roi apprit le matin que M. de Houdetot, brigadier de cavalerie et mestre de camp du régiment de Bourgogne , étoit mort; et, en sortant du conseil, le roi donna ce régiment au chevalier de Pomponne, qui étoit colonel d'un des régiments de dragons du cardinal de Furstemberg. Le soir, le
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roi donna le régiment de dragons à Ponboisar , lieutenanioolonel du régiment de dragons du roi, qui avoit commission de mestre de camp.
Lundi 25 , à Versailles. — L'évèque de Dol est mort ; i) s'appeloit Thoreau. Cet évèché-là a un privilège : c'est que les évèques font porter la croix dans leur diocèse comme les archevêques *. — Le roi alla tirer. Monseigneur et Madame allèrent courre le loup. — M. de Roncherolles a gagné un procès au conseil^ par lequel Ton confirme pour l'alné de sa maison , qui est le marquis de Pont-Saint-Kerre, le titre de premier baron de Normandie et la séance de conseiller d'honneur au parlement de Rouen.
* Dol en a encore un autre, qui est de [ne] roukar point avec les autres suffragants de Tours et d'avoir sa place fixe à Fautre bout de la table, vis-à-vis de Tarchevêque, aux assemblées provinciales, qui en son absence demeure vide. Ces distinctions sont venues d'une longue usurpation de métropole sur toute la Bretagne, qui, souvent en guerre avec la France, quoique feudataire,nevouloit point reconnoitre de métropolitain étranger. A la fin , les plaintes juridiques des archevêques de Tours se firent écouter à Rome , par la protection de nos rois, et devant les conciles, et ce jeu de mots doleat DolemiSy gaudeat Turonensis^ devint la décision qui a été observée depuis, mais avec ces deux distinctions en faveur de la longue possession, ou plutôt usurpation des évéques de Dol , qui ayant aussi obtenu par là une longue suite de pallium, cet honneur leur fut conservé; en sorte qu'il y a deux sièges en France dont les évéques Tout toujours conrnie les archevêques : celui de Dol et celui du Puy , ce dernier comme relevant immédiatement du pape et n'étant d'aucune métropole; mais il n'y a point la croix comme Dol. Les papes en gratifient quelquefois personnellement quelques évéques; mais cela est extrêmement rare. C'est de cette dernière manière qu'il a été donné depuis peu à M. de Belsunce , évêque de Marseille.
Mardi 26, à Versatiles. — Le roi, après son dinei% monta en carrosse. Madame à côté de lui dans le fond, Monseigneur et madame de Guise dans les portières. Madame de Chartres, mademoiselle et madame la princesse
m JOURNAL DE DANGJhLAU.
de Conty dans le devant. Il alla au Palais-Royal (1) à Paris ^ où Monsieur et M. de Chartres Fattendoient; Monsieur lui fit voir l'appartement qu'il donnoit à madame de Chartres. Le roi revint ici de fort bonne heure , et laissa toutes les dames qu^il avoit menées^ à Paris ^ où Monsieur avoit prié beaucoup de dames d'être, et le soir il y eut une grande collation^ un grandjeu et une grande fête. -^ Le roi a donné à Bonrepaux un brevet de retenue de 20^000 écus sur sa charge de lecteur, qu'il avoit achetée 100,000 francs de Tabbé de Dangeau.
(1) n Le roi partit de Versailles dans son carrosse, ayant Madame à côté de lui, et vis à vis madame la duchesse de Chartres , Mademoiseile et madame la princesse de Conty, douairière. Monseigneur le Dauphin étoit à la portière du côté du roi. Sa Migesté, étant arrivée au Palais-Royal sur les trois heures et demie, et ayant été reçue par Monsieur et M. le duc de Chartres, alla à Fappartement *de ce jeune prince, et se rendit ensuite à celui de madame la duchesse de Chartres, qui est à la droite en montant le grand escalier, et qui a pour première pièce une fort grande salle des Gardes , qui étoit destinée pour le souper. On trouve ensuite une fort belle antichambre et la cliambre de M. le duc de Chartres. Elle étoit magnifiquement meublée, et la tapisserie à personnages étoit diaprés Jules Romain; elle représentoit l'histoire de Scipion et étoit r^aussée d'or. L'ameublement étoit de velours couleur de feu, et la broderie qui le faisolt briller, or et argent, et par bandes. Les miroirs et les lustres de eeUe chambre éloient d'une très-grande beauté. Le roi passa ensuite dans un grand cabinet qui est tout de menuiserie avec des figures sculptées et dorées d'or bruni. Il y a dans ce cabinet plusieurs tableaux encastrés dans la menuiserie. Comme on avoit destiné ce lieu pour le bal , il étoit rempli de lustres. Le roi et toute la cour passèrent après cela dans une petite antichambre, et se rendirent delà dans la chambre de madame la duchesse de Chartres, dont la tapisserie par bandes d/e velours cramoisi plein étoit enrichie d'une broderie or et arg^t. Le lit, les fauteuils et les pliants étoient de broderie d'or plein sans fond. Il y avoit un très-beau lustre dans cette chambre, et des miroirs de distance en distance. Le roi, étant ensuite entré dans un petit cabinet, passa dans une grande galerie magnifiquement meublée. La tenture de tapisserie étoit d'après le Ponsshi et représentoit plusieurs de ses tableaux, comme le veau d'or, le frappement du rocher, etc. Les fauteuils, les pliants et le grand tapis d'une table de quinze pieds de long, étoient de bandes or, argent et vert. 11 y avoit quatre beaux lustres, et au bout de la galerie, vis à vis de la dieminée , un miroir de soixante et douze pouces de glace, sans y comprendre la bordure, avec laquelle ce miroir a dix pieds de large. Cette galerie étoit destinée pour le jeu. Le roi y laissa madame la duchesse de Chartres , et die tint cercle pendant que ce prince alla visiter les nouveaux appartements auxquels Son Altesse Royale Ihit travailler dans l'endroit on étoient les Acadé-
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Mercredi 27, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dinéc au sermon, et ensuite alla tirer dans son parc. — Monseigneur n'est revenu de Paris qu'à trois heures du matin avec madame la princesse de Conty ; il y eut bal au Palais-Royal. — Il y a eu ce soir appartement, et Monseigneur a entendu la musique, parce qu'il ne s'est point trouvé de joueurs. — Mademoiselle de Montpensier et M. le Prince a voient pris des arbitres pour régler ce qui leur devoit revenir aux uns et aux autres de la succession de mademoiselle de Guise. Ces arbitres ont adjugé à
mie&de peintare , scidptui-e et architecture. Sa Majesté, ayant demeuré environ demi-heare dans ces appartanents, et près d'un heure et demie à Paris, monta seul en chaise, et repfissa au traders du même peuple qui rempiissoit les rues à son arrivée.... Monseigneur le Dauphin, Monsieur, Madame et toutes les dames allèrent à l'opéra, et toute cette brillante cour, après avoir pris ce divertissement, vint jouer dans la galerie de madame la duchesse de Chartres. Le jeu fut iprand , et la perte et le gain à proportion. On dressa pendant ce temps-là deux tables dans la grande salle des Gardeç. n y en avoit une de vingt-deux couverts , qui fut tenue par Monseigneur et servie par les officiers de Monsieur, qui tint Tautre table. Celle-là étoit de vingt et un couverts et fut sei-vie par les officiers de madame la duchesse de Chartres. Monseigneur, qui étoit à la première , avoit à sa gauche Madame , madame' la princesse de Conty douairière , madame la princesse d'Épinoy, et ensuite plusieurs duchesses et maréchales de France , et Monsieur le Duc. Il y avoit un vide de deux places à la droite de Monseigneur, et après cet intervalle étoient madame la princesse de Turenne , madame de Château -Thiers, madame la comtesse de Bury et M. le duc du Maine. La table étoit de forme ovale. Il y avoit au milieu une grande machine de vermeil doré, de nouvelle invention, appelée Surtout de table. Outre les lumières que ces machines portent, elles sont remplies de plusieurs vases et d'ustensiles , le tout fort utile à ceux qui sont à ces repas. Je ne vous parle point de la magnificence et de la délicatesse de ces tables; il n'y a personne qui ne se l'imagine. La table de Monsieur fut aussi très-magnifiquement servie. S. A. R. avoit à sa gauche M. le duc de Chartres , et plusieurs dames à une distance de ce prince , et M. le prince de Conty, et à sa droite Mademoiselle, madame la princesse de Conty, plusieurs dames, M. le comte de Toulouse, et le reste des dames nommées. Un surtout de table rempiissoit aussi le milieu de celle-là. Il étoit d'un très-beau travail et d'un très-bon goût , mais d'un plan différent de celui dont je viens de vous parler. Les violons de Monsieur jouèrent pendant tout le souper, après lequel il y eut bal dans le grand cabinet, où s'étoient rendues plusieurs dames , dont les habits, quoique superbes , ne laissèrent pas d'être ornés de pierreries. Ui bal dura jusques à deux heures après minuit, et Monseigneur s'Çff r^ouriis^ ^ Versailles. » ( Mercure galant, mars 169^ , pag. 9 à 20. )
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M. le Prince ou à ses cohéritiers le duché de Guise, l'hôtel de Guise et plus d« 100,000 livres de rente, en rentes d'ailleurs. Mademoiselle n'aura que la principauté de Joinville,et 35,000 livres de rente d'ailleurs. Il y a apparence que ce jugement-là tindra , parce qu'il y a 200,000 francs de dédit.
Jeudi 28, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dlnée. Monseigneur alla avec madame la princesse de Conty dire adieu au roi et à la reine d'Angleterre. — Le roi donne à M. le comte de Toulouse l'appartement des bains , où est présentement M. le duc du Maine , et à M. le cardinal de - Bouillon l'appartement de M. le comte de Toulouse. M. le cardinal de Bouillon, depuis son retour, n'avoit point eu de logement ; et le roi prête à la duchesse du Lude le logement du colonel des gardes en rat>sencede Boufflers. — Le capitaine (1) qui commande la frégate du duc de Gramont a attaqué un vaisseau ennemi beaucoup * plus gros que le sien; il a été trois fois À l'abordage. Les deux premières fois il a été repoussé; à la troisième fois il est entré dans le vaisseau ennemi, s'en est rendu le maître , et l'a emmené à Bayonne. Ce vaisseau étoit chargé d'agrès pour armer les galions d'Espagne, et la prise est estimée plus de 200,000 francs.
Vendredi 29, à Versailles, — Le roi alla tirer l'aprèsdînée, après avoir entendu le sermon. Monseigneur alla à Paris en chaise ; il y devoit mener madame la princesse de Conty, qui se trouva mal. Il descendit au Palais-Royal, et entendit l'opéra dans la loge de Monsieur, et ensuite alla avec lui à la foire; M. dé Chartres, madame de Chartres et Mademoiselle y étoient aussi. — On a eu des nouvelles de Rome du 5 de ce mois. On a encore préconisé quatre évèchés, qui sont: Angoulème, Clermont, Bayonne et Toul. Le pape a donné un gratis de 20,000 rancs à l'archevêque d'Auch et quelque chose aussi à
(1) te capitaine Coursic, coii(i|?iaiiclant U fi-égate la Légère^
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Tarohevéque de Sens. — M. de Hebenao est reparti de Rome et va & Venise. On n'a pas encore jugé à propos que H. le cardinal d'Estrées revint.
Samedi 1*' mars , à Versailles, — 11 y eut le soir appar* tement; mais le roi n'y fut point ; il n'y est venu depuis cette année qu'à l'occasion du mariage de M. de Chartres. On croit que Chamlay revient de Pignerol, et que l'accommodement qu'on se proposoit de faire avec M. de Savoie est rompu. — M. le comte d'Auvergne a ordre de ne point faire le voyage de Compiègne ; sa charge de colonel général de la cavalerie lui feroit commander toutes les troupes qui y seront, parce qu'avec les compagnies de gendarmes il y a les compagnies de chevau-légers de la Reine, Dauphin, etc., qui doivent prendre l'attache (1) de lui et qui sont sous sa charge *, — On a déjà vendu plusieurs lieutenances de roi de cette nouvelle création; le duc de Villeroy a acheté pour tson fils le chevalier, celle de Lyon, — r Monsieur et Madame sont revenus ce soir, et ont ramené madame la duchesse de Chartres.
* U y avoit longtemps que M. du Maiue vouloit la charge du comte d'Auvergue, qui, sorti des dégoûts sur cette charge dont M. de Louvois Tavoit toujours accablé, se le trouva encore plus par cette raison ; mais, quoique sa fermeté à ne se vouloir point défaire de la charge lui en attirât de toutes les sortes , il tint toujours bon , et la conservia enfin dans sa maisoii.
Dimanche 2, à Versailles. — Le roi entendit le sermon et le salut; Monseigneur partit après la messe du roi et
(1) « Lettres d'attache sont une permission on des lettres que donnent les officiers des lieux sur d'autres lettres de chancellerie , ou sur la sentence d'un antre juge, pour leur servir d'une espèce de vérification , et pour pouvoir être exécutées dans leur ressort.... U ne suffit pas d'avoir des provisions d'une telle charge de finance pour être payé de ses gages , il faut prendre Vattache des trésoriers de France. Il faut prendre l'attache du gouverneur pour exécuter un ordre dans sa place. (Dict. de Trévmx.) '
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alla coucher à Chantilly. — MM. de Froulay et de la Mothe-Tibergeau ont acheté les nouvelles lieutenances de roi du pays du Maine. D'Autichamp le fils et la Borde ont acheté celle d'Anjou. D'Andigné, lieutenant de Tartillerie, a acheté celle de Saumur; celle qu'on a créée pour le comté Nantois^ où il n'y en avoit point comme dans le reste de la Bretagne, sera vendue 60,000 écus; mais toutes les autres sont fixées à 45,000 francs. — Il y a quatre ordinaires qu'on n'a eu des nouvelles d'Angleterre; le bruit court que le prince d'Orange est malade de la dyssenterie.