VOYAGE DU ROI A GOMPIÈGNE
Lundi 3, à Chantilly. — Le roi partit de Versailles à neuf heures; il dlnaà Écouen, où M. le Duc vint le recevoir. M. le Prince avoit fait meubler le bas du château, où le roi mangea. S. M. arriva ici sur les six heures, et trouva la maison considérablement embellie ; il a résolu d'y séjourner un jour en revenant de Compiègne. — Monseigneur courut le cerf le matin avec les chiens du roi. Le roi devoit tirer et voler en chemin ; mais le vilain temps l'en empêcha ; il manda à Monseigneur, qui se preparoit à aller voler avec lui à laMorlaye, de ne point venir: — Madame la duchesse de Chartres et madame la princesse de Conty se sont trouvées un peu incommodées en chemin. Monsieur et Madame, qui ne sont point du voyage, sont allés à Paris. Madame la Duchesse , qui est grosse, est demeurée à Versailles.
Mardi 4, à Compiègne. — Le roi vint dîner à Verberie , et arriva ici sur les six heures. Toutes les dames qui sont du voyage mangent avec lui; le soir, après souper, le roi s'amusa à voir jouer au lansquenet , et joua même quelques réjouissances. — M. le prince d'Auvergne * se fait chevalier de Malte, et le marquis de Berghes, troisième lils du comte d'Auvergne , deviendra l'ainé , car l'abbé
est dans les ordres. Le roi a fait écrire au pape pour avoir dispense des caravannes (1) pour le prince d'Auvergne ; M. son père lui assure une pension de 20,000 livres.
* Ce prince d'Auvergne étoit un très-mauvais sujet de toutes les façons. Il eut une aventure honteuse avec Caylus, qui de sa part fut bonne; mais ils en quittèrent le royaume, et Caylus, réduit ,à sortir de France par Tévénement, en fit sa fortune en Espagne après, où il eut la Toison , le commandement de Galice et un bon mariage. 11 étoit cadet de celui qui épousa la nièce de madame de Maintenon, fille de Villette. Ce chevalier d'Auvergne revint après en France ; il y fut peu, et fort méprisé. Il ne le fut pas moins en Hollande, où il se retira , et où il mourut enfin comme il avoit vécu. Le comte d'Auvergne ne fut pas heureux en enfants, il s'en fallut beaucoup.
Mercredi 5, à Compiêgne. — Le roi alla à la croix Saint-Oyen, où il fit la revue de ses quatre compagnies des gardes du corps et de la compagnie des grenadiers à cheval. Chaque compagnie des gardes faisoit trois escadrons, et on croit qu'on les fera servir ainsi à l'armée; les brigades sont de soixante-quinze maîtres; ainsi le corps des gardes est de dix-huit cents hommes. — Après la revue. Monseigneur alla courre le loup. — Le soir il y eut appartement chez le roi avant et après souper , et le roi y demeura après souper jusqu'à son coucher.
Jeudi 6 , à Compiêgne. — Le roi alla à la croix Saint- Oyen, où il fit la revue des seize compagnies de la gendarmerie. Chaque compagnie est de soixante -quinze hommes; on en joint deux pour faire un escadron. — Le roi d'Angleterre arriva ici sur les six heures du soir, et
(1) « On appelle aussi Caravanne les campagnes de mer que les chevaliers de Malte sont obligés de faire contre les pirates et les ennemis de la religion, afin de parvenir aux commanderies et aux dignités de Tordre. Aller en Ca* ravanne, c'est croiser sur les Turcs. Ce mot, Caravanne, a ce sens en |)arlant des courses des chevaliers de Malte sur les Turcs et sur les corsaires de Barbarie, pai-ce que les chevaliers ont souvent enlevé la Caravanne qui va tous les ans d'Alexandrie à Constantinople. » ( Dict. de Trévoua:. )
s'en retournera samedi. — Il y eut le soir, avant et après souper, appartement comme hier. Les deux rois soucièrent avec Monseigneur, M. de Chartres et les dames. — M. le marquis de Maillé-Benehart a acheté le guidon des gendarmes flamands.
Vendredi*! , à Compiègne, — Le roi mena le roi àWngleterre à la croix Saint-Oyen, où il lui fit voir ses gardes et la gendarmerie ; madame la princesse de Conty y étoit à cheval, et madame de Chartres y vint en carrosse avec toutes les dames. — Après la revue , Monseigneur alla courre le cerf avec les chiens de M. du Maine. — Le soir il y eut appartement comme les autres jours.
Samedi 8, à Compiègne. — Le roi d'Angleterre s'en retourna à Saint-Germain. — Le roi alla tirer et voler dans la plaine de FEscafaut. Monseigneur courut le loup. — Le roi a entretenu plusieurs inspecteurs de cavalerieet d'infanterie qu'il avoit fait venir de Flandre; il avoit fait venir aussi Guiscard , qui commande dans Dinant. Il lui a donné plusieurs audiences; Guiscard lui a demandé une confiscation de 2,000 écus de rente, que le roi lui a accordée.
Dimanche 9 , à Compiègne. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. Monseigneur courut le cerf avec les chiens de M. du Maine. Le soir il y eut appartement avant et après souper, comme les autres jours. — On a eu nouvelles que la princesse de Danemark a quitté Londres et s'est retirée à la campagne, mécontente du prince d'Orange. — M. de Chartres servira de volontaire dans l'armée de Flandre, comme l'année passée.
Lundi 10 , à Chantilly. — Le roi, en partant de Compiègne, vint diner à Verberie. Il a dans son carrosse : Monseigneur, Monsieur et madame de Chartres , la princesse de Conty, la princesse d'Harcourt et la maréchale de Rochefort. En passant au Plessis, il monta à cheval, et vint à Chantilly en voyant voler des oiseaux. M. le Prince étoit venu recevoir le roi au commencement de
la plaine. -— Le mariage de M. du Maine se f^a le mercredi de la semaine qui vient. — On a eu nouvelle que Chamlay, qui étoit à Pignerol pour quelque négociation avec M. de Savoie , en repartoit sans avoir rien conclu; il doit être de retour le 20 de ce mois.
Mardi il , à Chantilly. — Le roi séjournaici, et alla se promener et tirer^ malgré le vilain temps. Monseigneur courut le cerf avec les chiens du roi, et ensuite il mena madame de Chartres et madame la princesse de Conty à Silvie et à. la Ménagerie (1). Le soir, après souper, le roi s^amusa à voir jouer, comme à Compiègne. — ^ Le roi or* donna le matin à M. le Prince de faire tenir ses équipages prêts au 20 d'avril ; il les veut pareils à ceux qu'il eut l'année passée au siège de Mons; ainsi on ne doute plus que le roi ne marche au commencement du mois de mai.
Mercredi 12, à Versailles. — Le roi partit de Chantilly à neuf heures et arriva de bonne heure ici. Monsieur et Madame revinrent de Paris. — M. le baron de Bressey, Franc-Comtois , salua le roi; c'est lui qui fut pris l'année passée, se voulant jeter dans Mons. Il étoit général de bataille dans les troupes d'Espagùe , et on l'a pris cette année près de Namur. La Gazette de Hollande dit qu'il s'est fait prendre exprès. Le roi veut qu'étant son sujet, puisqu'il est Franc-Comtois, il demeure à servir en France, et il parolt qu'U est résolu à prendre ce parti-là; on
(1) <« yétaog de Silvie conduit à la fontaine de ce nom , entourée de iMlnstrades de pierre ; son eau est des plus limpides. La maison et le parc de Sil\ie sont attenants : c'est un pettt bâtiment d*un seul étage à rez-de-chaussée, avec un parterre de gazon entouré d'orangers et d'un grand berceau circulaire , à l'entrée duquel on a placé le buste en marbre de Silvie. Il y a un bosquet au fond fermé de murs. Ce lieu a, dit-un, reçu ce nom de l'ode que Théophile y fit, intitulée la Maison de Silvie , et dans laquelle il célébra sous ce nom la duchesse de Montmorency (Marie Félice des Ursins) en reconnoissance de la I etraite que ce poëte avoit trouvée chez le duc de Montmorency, a|)rès Yarrèi rendu contre lui le 19 août 1623. La Ménagerie, placée de l'autre c6té du grand canal , est à l'extrémité opposée du parc. ^> (Voyage pittoresque des environs de Paris, par M. D*** [d'Argenville] , 1779 , p. 433-434. )
44 30URIUL DE DANGEAU.
croit que le roi le fera maréchal de camp et lui donnera des pensions.
Jeudi 13 , à Versailles. — Le roi a donné au comte de Provana , député de Nice depuis que cette place a été prise, la charge de second président du parlement de Chambéry, la confiscation de tous les biens de sa famille et 1,000 écus pour son voyage. — Les nouvelles d'Angleterre portent que, quand la princesse de Danemark a quitté la cour, le prince son mari l'a suivie, et que le prince d'Orange leur a ôté leurs gardes, et a défendu qu'on leur rendit aucuns des honneurs qu'on avoit accoutumé de leur rendre. Le duc de Richemond est arrivé à Londres, et s'est fait de la religion anglicane. — Le prince d'Orange doit passer en Hollande le 24 de ce mois. — Le roi a donné à M. de ViUars, chevalier d'honneur de madame de Chartres, un appartement dans l'aile vieille; il étoit logé auparavant au grand commun (1).
Vendredi 14-, à Versailles. —Le roi alla à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre. — M. de Saint- Germain-Beaupré , sgicien brigadier de cavalerie, se trouvant incommodé, a demandé au roi la permission de vendre son régiment; et, le soir, le roi a choisi pour l'acheter le marquis de Gournay, qui étoit capitaine dans Villeroy; il est fils de Gournay, lieutenant général, qui fut tué à la bataille de Fleuras. — Madame de Traisnel a été jugée et bannie à perpétuité du ressort du parlement de Paris; elle demandera pardpn dans la chambre à madame de Liancourt, et, outre cela, elle est condamnée à donner 10,000 écus. Deux de ses domestiques sont con-
(1) Le grand commun, bâtiment élevé en 1682, à proximité du château de Versailles, pour contenir les cuisines, les offices et les gens de service, était éclairé par 500 fenêtres ; il renfermait près de 1 ,000 chambres et plus de 2,000 individus. Ce bâtiment devint, en 1793, une manufacture d'armes, puis, sous la Restauration , une école primaire interne destinée aux enfants de la classe ouvrière, et placée sous la protection du duc de Bordeaux. 11 sert aujourd'hui d'1u>pital militaire.
damnés aux galères^ son mari est pleinement justifié. -*- Le soir il y eut appartement où le roi ne vint point.
Samedi 15, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdinée. — On a dressé aujourd'hui le contrat de mariage de M. le duc du Maine avec mademoiselle de Charolois. M. le Prince donne à sa fille 800,000 francs, comme il les avoit donnés à madame la princesse de Conty; savoir : 500,000 francs qui seront employés à acheter une terre, et dont M. le Prince, en attendant, payera l'intérêt au denier vingt ; 50,000 écus après la mort de M. le Prince, et 50,000 écus après la mort de madame la Princesse. — Le roi a chargé M. de Montchevreuil du soin de gouverner la maison de M. le duc du Maine. Il ne lui donne aucun titre, et n'aura à répondre qu'au roi. Il n'aura point d'appointements de M; du Maine; mais le roi lui donne 2,000 écus de pension d'augmentation; il commandera à tous les officiers de la maison. M. du Maine désiroit, il y a longtemps, que M. de Montchevreuil eût cet emploi-là .
Dimanche 16, à Versailles. — Le roi, après le sermon, alla tirer dans son parc. M. le Dauphin alla à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre, M. le Dauphin a dit au roi d'Angleterre que le roi comptoit avoir cette année en campagne, en Flandre, cent cinquante-six mille hommes , savoir : cent mille hommes de pied en cent soixante bataillons , et cinquante-six mille chevaux en trois cent vingt escadrons. — Le roi a fort entretenu le baron de Bressey ; il veut qu'il serve dans ses troupes. Il le fait maréchal de camp, et lui donne 2,000 écus de pension. — Le roi donne à mademoiselle de Charolois 100,000 francs, comme on les donne à toutes les princesses du sang qui se marient, et il donne un million à M. le duc du Maine. On ne donne d'ordinaire que 50,000 écus aux princes du sang.
Lundi 17 , à Versailles. — Le roi alla tirer, et puis revint trouver Madame et les princesses, à qui il avoit donnérendez-vousauboutdu canal, et alla voler avec
elles. Monseigneur courut le loup. — Le roi a envoyé, ce soir^ à mademoiselle de Gharolois deux parures : Fune de diamants ; et Tautre de pierres de toutes couleurs; on estime ces parures 200,000 francs. — Le roi a rendu publiques les offres qu'il avoit faites à M. de Savoie pour la paix et le repos de toute Tltalie. Il offroit de lui rendre , après la paix générale : VUlefranoIie^ Nice, Suse et MontmeUlan, et généralement tout ce qu'on lui a pris^ et y en attendant^ que Suse et Montmeillan seroient gardés par des troupes du pape ou des Vénitiens, et Ville^ franche et Nice par des troupes des Suisses^ et que le roi payeroit toutes ces garnisons. Il offroit de plusd'ôter les François de Casai et d'y mettre garnison des troupes du pape et des Vénitiens jusqu'après la paix.
Mardi 18, à Versailles. — Sur les cinq heures se firent dans le salon où le roi s'habille les fiançailles de M. le duc du Maine avec mademoiselle de Gharolois (1). Made-
(1) « Le 18, les princes et les princesses de la maison royale qui ayoient été invités par M. le marquis de Blainville, grand maître des cérémonies , et par M. Ues Granges, maître des cérémonies, se rendirent dans le grand salon de Tappartement du roi, à Versailles, où M. le duc du Maine et mademoiselle de Charoloia parurent dans un ajustement des plus magnifiques et des plu<i brillants. La princesse avoit un habit de brocart d'or et une jupe d'un gros do Tours couleur de feu , brodée d'or, avec une garniture de diamants. Les rubans de sa coiffure étoient couleur de feu et or, et la queue de sa mante, qui étoit de gaze d'or, étoit portée par mademoiselle d'Anguien , sa sœur. Toute la cour étoit magnifique. H y avoit peu d'habits qui ne fussent brodés d'or et couverts de pierreries, et les moindres étoîent de brocart d'or et d'argent. M. de Pontchartrain, ministre et secrétaire d'État de la maison du roi, accompagné de M. le marquis de Torcy , secrétaire d'État , fit la lecture du contrat de mariage, qui fut signé par le roi, par monseigneur le Dauphin, monseigneur le duc de Bourgogne, monseigneur le duc d'Anjou , monseigneur le duc de Berry, Monsieur, Madame, M. le duc de Chartres, madame la duchesse de Chartres, et par tous les princes et princesses. M. l'évéque d'Orléans, premier aumdnier du roi, fit la cérémonie des fiançailles, en l'absence de M. le cardinal de Bouillon, que quelques affah-es avoient obligé d'aller visiter une de ses abbayes. Cette cérémonie, étant achevée, toute la cour alla à Trianon , où elle prit le divertissement d'une loterie qui fut tirée sans l'embarras accoutumé. On mit cinquante-neuf billets noirs parmi les blancs , et on ne se servit ni de bottes , ni de numéros ; mais, à mesure que chacun apporta de
moiselle d'Enghien^ sa sœiir cadette^ portoit sa mante. MademoiseUe de Condé^ sa sœur aînée ^ n'étoit pas à la cérémonie; elle étoit demeurée à Paris. La grande Mademoiselle* n'a pas signé le contrat de mariage; elle n'a pas signé aussi au contrat de mariage de M. de Chartres. Après les fiançailles^ le roi et toutes les princesses allèrent à Trianon, où il y eut une Manque et puis un grand souper. Il y avoitcinq tables : une tenue par le roi, une par Monseigneur, une par Monsieur, une par Madame et une par madame de Chartres ; et outre quatre-vingtdix dames qui étoient à table , il y en avoit encore quarante qui n'y étoient pas. — Le roi tint le portique devant et après souper.
*La grande Mademoiselle, ou mademoiselle de Montpensier, ne signa point au contrat de mariage de M. de Chartres, ni à celui de M. du Maine , à cause de ses prétentions contre Monsieur et contre M. le Prince sur la succession de mademoiselle de Guise ; et en ce dernier, parce qu'ayant déjà donné beaucoup à M. du Maine, on avoit voulu lu faire faire de nouvelles donations à Toccasion de ce mariage. Made* moiselle de Condé ne vint point à celui-ci, parce qu'elle étoit si affligée que, pour deux pouces de taille de plus qu'elle qu'avoit sa cadette, elle lui eût été préférée pour un mariage qui la tiroit d'une vie fort triste et fort esclave, pour la mettre dans tous les plaisirs de la cour, qu'elle ne s'en consola point et en nu)urut à la fin.
Mercredi 19, à Versailles. — M. le duc du Maine épousa mademoiselle de Charolois à la messe du roi (1). Sur les
l'argent, on lui compta ses billets, et on délivra les lots à ceux qui eurent le bonheur d'en avoir de noirs ; ainsi on goûta le plaisir que donnent les loteries, et on évita les embarras et les longueurs. Il y eut cinq tables à Trianon pour les dames, de seize couverts chacune, et une d'environ trente pour les princes et seigneurs de la cour. On les servit à plusieurs services, avec la propreté, rabondance et le bon goût qu'il est aisé de s'imaginer, et le fruit de toutes ces tables fut abandonné au pillage. » (Mercure galant, mars 169îî, p. 302 à 307.)
(1) u Le lendemain , les princes et les princesses s'étant assemblés dans la galerie, et tonte la cour s'y étant trouvée, le roi sortit dn conseil pour se rendre à la chapelle avec les fiancés. S. M. avoit un habit de brocart d'or, brodé d'argent, fait exprès pour cette cérémonie. Monseigneur le Dauphin en avoit
six heures, on entra dans Tappartement dès que le roi d'Angleterre fut arrivé ; le roi tint le portique, et ensuite alla à la musique. Le roi dina dans Tappartement de
aussi un fort magnifique , mais leur bonne mine se faisoit tellement remarquer, qu'on ne s'attachoit à considérer ni la richesse de ces habits , ni la beaaté des pierreries qui éclatoient en plusieurs endroits. M. le duc du Maine avoit un habit de gros de Tours noir, savoir le pourpoint, le manteau et les chausses, le tout brodé d'or, sur un dessin d'entrelacs, d'ornements d'arabesques et de mosaïques, qui paroissoit nouveau et fort ingénieusement imaginé. M. le Prince mit trois habits, qui parurent très-bien entendus , savoir, un le jour des fiançailles, et les deux autres le jour du mariage et le lendemain. Il en avoit un couleur de canelle, et l'autre couleur de café. Ces habits étoient brodés à plein , l'un d'argent et l'autre d'or, d'un dessin de très-bon goût et qui se démèloit agréablement. Toutes les extrémités où sont les boutonnières étoient d'un dessin différent, plus riche et plus rempli. Monsieur le Doc mit aussi deux habits différents , un le jour des fiançailles et l'autre le lendemain. L'un étoit couleur de cannelle brodé tout argent, avec un bord magnifique', et un plein de mosaïques, et l'autre de drap d'écarlate brodé tout or, sur un dessin tt'aral>esques , c'est-à-dire sans fleurons, et par conséquent nouveau.
(( Madame la Duchesse avoit un habit de satin vert, brodé or avec un peu d'argent. Il y avoit autour de sa robe deux grands bords d'environ un tiers de haut, séparés par deux agréments de cinq ou six doigts de large , qui faisoient une richesse extraordinaire. Ce qui restoitde vide dans la robe étoit rempli de mosaïques de différente composition. La jupe étoit de satin couleur de rose, brodée d'argent en plein. Il y avoit trois grands bords , séparés par deux agréments , le tout différent de la robe.
(( Madame la princesse de Conty avoit une robe de satin amarante toute brodée d'argent , et ornée autour de deux grands bords d'environ untiers de haut, et des agréments tout différents de ceux de Thabit de madame la Duchesse. Il y avoit dans ces grands bords des manières d'attaches qui se formoient par' entrelacs, et qui étoient remplies d'une mosaïque délicate et nouvelle, et on voyoit une rabesque extraordinaire dans ce qui se trouvoitde vide. La jupe étoit de satin couleur de jonquille , brodée toute d'argent , et cette broderie étoit composée de trois grands bords , et de deux agréments dans lesquels on avoit placé un peu d'amarante, enfermée par des rabesques, pour faire sortir et faire valoir l'ouvrage, qui étoit très-beau et tout différent des autres.
K M. le comte de Toulouse avoit un habit de drap gris blanc, enrichi d'un bord de broderie, d'ornements d'or, et de petites anémones aussi d or, dont les graines étoient d'ai^ent et couleur de feu , et les feuilles remplios de filets verts ; ce qui imitoit parfaitement la nature.
« M. l'évèque d'Orléans fit la cérémonie du mariage et célébra la messe. A l'offertoire, M. le marquis de Blainville donna le cierge à M. le duc du Maine, et M. Des Granges le donna à madame la duchesse du Maine. MM. les abbés de Fleury et de Beuvron tinrent le poêle. Après la messe, le curé de la paroisse présenta le registre, sur lequel le roi signa avec madame la Princesse,
feue madame la Dauphine avec toutes les princesses du sang, et au souper il y avoit, outre les princesses, le roi d'Angleterre et tous les princes du sang. Le roi d'Angleterre donna la chemise au marié ; la reine d'Angleterre n'est point venue à toutes ces cérémonies de mariage, parce que sa grossesse l'en a empêché; elle ne sort pas même de sa chambre. — M. de Chamlay est revenu de Pignerol et a été enfermé longtemps avec le roi.
Jeudi StO^ à Versailles. — Le roi a choisi madame de Saint-Valery * pour dame d'honneur de madame du Maine ; elle a toujours vécu dans une forte grande retraite, et elle n'avoit presque jamais paru à la cour. — On
M. le Duc et madame ta duchesse du Maine, monseigneur le Dauphin , Monsieur, Madame, M. le duc et madame la duchesse de Chartres. La cérémonie étant finie , on alla dansFappartement de la reine, où le ooayert étoit dressé , et le roi se mit à table avec monseigneur le Dauphin, Monsieur, Madame, M. le duc de Chartres, madame la duchesse de Chartres, Mademoiselle, madame la grande-duchesse de Toscane, madame de Guise, madame la Princesse^ madame la Duchesse, madame la princesse deConty douairière, madame laprin • cesse de Conty, madame la duchesse dii Maine, mademoiselle d'Anguien, madame la duchesse de Vemeuil. Le soir, outre ces mêmes personnes, le roi d^Angleterro, M. le Prince, M. le Duc, M. le prince de Conty , M. le duc du Maine et M, le comte de Toulouse soupèrent avec le roi. La bénédiction du lit fut laite par M. l'évêque d'Orléans, en présence de S. M. Le roi d'Angleten*e donna la chemist', h M. le duc du Maine, et Madame la donna à madame la duchesse du Maino. « La toilette de cette princesse, dont madame la Princesi^e lui a fait présent , ayant été admirée, je crois vous en devoir faire la description. Elle est égale en nombre de pièces à celle de madame la duchesse de Chartres..., mais non-seulement tous les ornements en sont différents, mais on a aussi changé les formes des pièces qui Font pu soufTrir. H y a quelques bas-reliefs parmi les ornements, qui représentent, les uns des Amours attachés à forger des dards, et d'autres et à en aiguiser et à affiler les pointes. Junon est représentée dans un autre bas-relief, passant dans les airs et commandant aux vents qu'elle y rencontre de se retirer, afin de ne pas troubler la fôte des jeunes princes dont elle fait porter les armes. Des coquilles en relief servent de bordure à quelquesunes des pièces qui composent la toilette. Ces coquilles et les vents qui se rencontrent dans les autres pièces , conviennent assez à un général des galères. Cette toilette a été faite par M. de Launay. La toilette d'étoffe étoil de velours cramoisi, brodée à plein. Trois dessins différents, qui se mêloient les uns dans les autres, formoient cette broderie, et ce qui en iàisoit la beauté, c'est que, malgré mille tours qui les entrelaçoient, on ne laissoit pas de les distinguer parfaitement. » (Mercure galant, mars 169?, p. 307 à 319. >
50 JOURJNAL DE DANGEAU.
a eu nouvelles de Hollande que le prinoe d^Oruige arriva le 16 de ce mois à la Haye. Il a prorogé le parlement d'Angleterre avant que de partir de Londres. — Hilord Dumbarton est mort à Saint-Germain ; il étoit premier gentilhomme de la chambre du roi d'Angleterre. Il avoit été général de ses troupes. Il avoit été lieutenant général en France, où il avoit servi longtemps sous le nom de milord Douglas. Il étoit frère du duc d'Hamilton et étoit chevalier de Saint-André^ qui est l'ordre d'Ecosse , et qui porte le cordon bleu ** comme les chevavaliers de la Jarretière>
* Madame de Saint- Valéry étoit fort belle , et encore plus vertueuse et pieuse, avec un grand air, de Tesprit et beaucoup de modestie. Elle étoit fille de Montlouet, écuyer du roi, et d'une femme fort considérée et dans toutes les bomies compagnies de son temps. Saint-Valery étoit mort sans enfants, il étoit filsaUié de Gamaehes^ qui étoit mort il n'y avoit pas longtemps, et avoit été chevalier de Tordre en 1662. Madame de Saint-Valery ne put pas rester longtemps dans cette place, où elle se fit considérer et regretter de tout le monde, quand elle la quitta. Elle a depuis vécu dans une grande retraite et dans une grande piété.
** Ce cordon bleu d'Ecosse étoit alors delà même couleur et passé de droite à gauche comme celui du Saint-Esprit ; mais il ne se portoit jamais que par-dessous , au lieu que celui de la Jarretière ne se porte jamais que par-dessus. Ce cordon fut peu après changé en tout. Il est vert et se porto toujours dessus et de gauche à droite.
Vendredi 2i , à Versailles, — Monseigneur partit après la messe du roi pour aller à Anet; il n'en reviendra que mercredi, que le roi doit aller à Marly . — M. le Premier, le père*, est à l'extrémité ; il meurt sans être presque malade. Il a quatre-vingt-neuf-ans passés , et meurt avec beaucoup de fermeté et de religion; il a conservé toute sa raison. Il y a déjà longtemps qu'il s'étoit retiré de la cour, et demeuroit à Paris où il menoit une vie trèsexemplaire. Le roi avoit conservé toujours beaucoup de bonté pour lui.
* On a parlé de M. le Premier, le père, p. 101 du i^ volume.
MARS t69SI. 5f
Il étott veuf depuis longtemps d*une femme de grand mérite, sœur du marquis d'Huxelles , père du maréchal. Il avoit perdu h la conquête de la Franche-Comté un fils , son survivaneier, de grand mérite et de valeur à jfaire un grand chemin à la guerre , et qui n'étoit point marié. Il eut la tête emportée ; son crâne cassa celui de M. de Saint^Géran , fait chevalier de Tordre à la promotion de 1688, qui en a porté une calotte toute sa vie.
Samedi 22 ^ à Versailles. — Le roi alla tirer et voler dans son parc. — Monseigneur courut le loup à Anet et joua tout le reste du jour. — Le prince d'Elbeuf a d^ mandé au roi de lui servir d'aide de camp pendant qu'il seroit à Tarmée^ aimant encore mieux cet emploi-là que celui de maréchal de camp , dont il servira le reste de la campagne. Le roi lui a promis. Le roi ne fait point d'officiers généraux cette campagne; mais il en fera servir beaucoup qui ne servirent point l'année passée.
Dimanche ^S y à Versailles, — Le roi, après le sermon, alla tirer. — Monseigneur, à Anet, alla faire des battues et joua le reste du jour. M. le Duc et M. le prince de Conty vinrent à Anet trouver Monseigneur. — Le roi aura une armée de 20,000 hommes en Normandie , dont M. le maréchal de Bellefonds aura le commandement; il lui donne 10,000 écus pour son équipage , et il aura les appointements des autres généraux d'armée. M. le comte de Choiseul servira de lieutenant général sous lui, et M. de Seppeville de maréchal de camp. Il y aura quatre mille Irlandois dans cette armée-là.
Lundi 24, à Versailles, — M. de Barbezieux envoya un courrier à M. le Duc et à M. le prince de Conty qui étoient à Anet, pour leur dire que le roi les avoit nommés pour servir en Flandre dans l'armée que commandera M. de Luxembourg. Il y aura neuf lieutenants généraux, qui sont :
MM. de Maulevrier, de Montai, le duc de Choiseul, le comte d'Auvergne, le duc de Villeroy , le marquis de Tilladet, de Soubise, de Vendôme et Rosen.
Maréchaux de camp :
M.KDuc^M. le prince de Conty, M. le duc du Maine, le grand Prieur, le prince d'Elbeuf, Montchevreuil, Villars, Polastron , le marquis de Créquy^, le comte de Montrevel, Vatte ville, Artagnan, Busca et le comte de Tessé.
De ces quatorze maréchaux de camp qui doivent servir dans l'armée du roi , il n'y en aura que trois qui ne feront que prendre leur jour, savoir : Busca, qui commandera les gardes du corps; le prince d'Elbeuf , qui servira d'aide de camp du roi , et Artagnan , qui fera la charge de major-général de l'infanterie.
Mardi 25, à Versailles. — M* le maréchal de Lorges commandera l'armée d'Allemagne comme les années passées, et aura sous lui pour lieutenants généraux : le marquis de Joyeuse; Chamilly, gouverneur de Strasbourg; la Feuillée; le marquis d'Huxelles. Le marquis de Joyeuse étoit destiné pour l'armée de Flandre ; mais le roi a mieux aimé qu'il allât en Allemagne , afin qu'il y commandât comme le plus ancien lieutenant général, en cas que M. le maréchal de Lorges se trouvât incommodé. Les maréchaux de camp qui serviront dans cette armée sont :MM. de Tallard, de Mélac, de Bertillac, de Feuquières, de Goigny, de la Bretèche. Il y avoit plusieurs de ces officiers-là qui ne servoient point Tannée passée.
M. de Boufflers commandera l'armée de la Moselle, et aura pour lieutenant général sous lui M. de Rubantel. Les maréchaux de camp de cette armée seront : MM. le duc de Roquelaure, le marquis d'Harcourt, le marquis de la Valette, le comte de Gacé, et Ximenes.
M. de Gatinat commandera l'armée d'Italie , et aura pour lieutenant général sous lui Langalerie; et pour maréchaux de camp : MM. de Saint-Silvestre, le chevalier de Tessé, d'Usson, Larray en Dauphiné, de Vins en Provence, et laHoguette en Savoie.
M. le duc de Noailles commandera en Roussillon^ comme les années passées , et aura sous lui pour lieutenants généraux : MM. le marquis de Revel et milord Montcassel; et pour maréchaux de camp : MM. Quinçon et Longue val.
Mercredi 26. Voyage de Marly. — Le roi vint ici en chassant. Monseigneur revint d'Anet , et trouva en arrivant à Versailles madame la princesse de Conty assez malade ; elle fut saignée trois fois, et on croyoit que c'étoit une fausse pleurésie; mais sur le soir son mal s'adoucit fort. — Madame la duchesse du Maine est à ce voyageici . M . [le duc] et madame la duchesse de Chartres logent en bas dans Tappartement de Madame. Monsieur et Madame sont à Paris. Il y avoit près de trois mois que le roi n'étoit venu à Marly. — La reine douairière d'Angleterre débarqua samedi à Dieppe, avec une suite de cent ou six vingts personnes; ses dames et ses grands officiers ne l'ont point suivie ; cependant eUe continuera à les faire payer en Angleterre de leurs appointements. Il n'est pas décidé encore si elle ira en Portugal ou à Avignon ; elle est présentement à Rouen, où elle passera la semaine sainte.
Jeudi 27, à Marly. — Le roi après son dîner alla tirer. — Monseigneur alla à Versailles voir madame la princesse de Conty. — Le roi a donné des logements ici à tous ceux qpii avoient suivi Monseigneur à Anet. Le duc de Montfort, fils de M. de Chevreuse, a eu un logement pour la première fois. — Il arriva hier un courrier de Rome par où on apprend qu'il y a eu encore quatre évêchés préconisés, savoir : Tarbes, Amiens , Grasse et Séez. — Les nouvelles d'Angleterre portent que le prince d'Orange doit retourner incessamment à Londres, et il repassera en Flandre , au mois de mai , pour commander l'armée des alliés.
Vendredi 28, à Marly, — Le roi s'amusa le matin à faire tailler ses arbres, et alla tirer l'après-dlnée. — Monseigneur courut le loup dans la forêt de Saint-Germain, et
puis alla voir madame la princesse de Conty à Versailles. Le soir, après souper, le roi et Monseigneur jouèrent au portique comme on a accoutumé de faire à Marly. — Le marquis de Charost épousa ces jours passés mademoiselle de Baule , fille du marquis de Baule , gouverneur de Dourlens; on compte qu'elle aura 7 ou 800,000 francs de bien. — Le marquis de Lomont, de la maison du Chastelet, qui commande au Havre, a épousé mademoiselle de Pierrefitte^ qui est aussi de la maison du Chastelet; oîi dit qu'elle a 40,000 livres de rente en fonds de terre. — Il est venu des nouvelles par Turin qui portent que l'Empereur ne peut plus envoyer de troupes à M. de Savoie, et qu'au contraire il rappelle les siennes, parce que les Turcs ont eu un grand avantage sur les troupes impériales et ont fait lever le blocus du grand Varadin ; cette nouvelle mérite confirmation.
Samedi^dy à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dlnée, et puis alla à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre , et revint ici sur les sept heures. — Monseigneur courut encore le loup à Saint-Germain, et revint ici de bonne heure. — Croly, lieutenant des gendarmes anglois, a demandé permission de vendre sa charge; il est devenu fort infirme, et le roi lui a dit de chercher un marchand qui lui convint. Il prétend tirer f50,000 écus de cette charge. — M. de la Meilleraye avoit demandé l'agrément de celle des gendarmes écossois qu'a le marquis de Mouy ; mais le roi l'a encore refusé. — On travaille à l'équipage du roi d'Angleterre, qui viendra en Flandre. 11 compte arriver deux jours après le roi. — Le prince de Turenne servira d'aide de camp du roi.
Dimanche 30, à Versailles, — ^ Le roi entendit le sermon et puis alla tirer. — L'abbé d' Argouges a été sacré évèque de Vannes; la cérémonie s'est faite à l'église de Sorbonne , à Paris. L'abbé de Sillery a été sacré huit jours auparavant dans l'église des Jésuites ; il y a eu dans leurs bulles une clause qu'on ne met pas ordinairement , qui les oblige
à faire leur profession de* foi entre les mains du nonce ; et comme celui qui étoit en France est mort depuis quelques jours, on regardoit cela comme un embarras. L'évèque de Marseille doit aussi s'être fait sacrer en Provence. — M. le Premier mourut à Paris. Il étoit âgé de quatre-vingt-neuf ans. Outre la charge de premier écuyer, il avoit les menus plaisirs du roi et le gouvernement de Marseille; son fils avoit la survivance de toutes ses charges. 11 vaque par cette mort une dixième place dans les chevaliers de Tordre. Le fonds des menus plaisirs est de 50)000 écus par an , dont ils disposent suivant les intentions du roi, et n'en rendent compte qu'à lui.
Lundis, à Versailles. —Levoi y ksonlever, ditaubaron deBressey qu'il le feroit servir de maréchal de camp dans son armée; outre les 2,000 écus de pension qu'il vient d'avoir , le roi lui fait donner 15,000 francs pour son équipage; outre cela, il lui donne à lever un régiment d'infanterie qui sera sur le pied étranger. — On a nouvelles que M. l'électeur de Bavière est arrivé le 26 de ce mois à Bruxelles; il a fait arrêter M. de Castanaga, qui a pourtant permission de s'en aller en Espagne sur sa parole. — Monseigneur alla à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre; et madame la Princesse se servit de cette occasion-là pour présenter madame la duchesse du Maine à la reine d'Angleterre. Les petites-fiUes de France ni les princesses du sang n'y vont jamais que Monseigneur, Monsieur ou Madame n'y soient ^ parce que la reine ne leur fait donner que des tabourets, et qu'ils prétendroient des chaises si Monseigneur, Monsieur ou Madame n'y étoient pas.
Mardi 1" a/vril, à Versailles. -— Le roi alla tirer. Monseigneur courut le cerf. — M. deNoailles a vendu la lieutenance générale de Guyenne , que le roi lui avoit donnée à vendre, àM. de Pompadour, gendre de madame de Navailles; il l'achète 255,000 francs, 230,000 d'argent c<»aptant, et 25,000 payables dans deux ans sur les ap-
pointements. Cette charge vaut de revenus ^kykOO livres. — M. l'abbé de Fontanges mourut ces jours passés; il étoit frère de la duchesse de Fontanges^ et avoit Tabbaye de Valoire en Picardie ; elle vaut 8 à 9,000 livres de rente.
Mercredi 2, à Versailles. — Le roi et Monseigneur entendirent les ténèbres à la chapelle, ensuite le roi travailla avec ses ministres; il n'y a point de journée présentement où le roi ne travaille huit ou neuf heiu^es. — M. de Froulay , enseigne des gendarmes du roi , est obligé par sa mauvaise santé de se défaire de sa charge ; le chevalier de Rohan, fils de M. de Soubise, l'achète et lui donne 25,000 francs et son guidon à vendre. — Le roi a choisi pour acheter ce guidon le marquis de Champvallon^ dont le père fut tué enseigne de cette compagnie, et le roi a taxé ce guidon à 20,000 écus. Ces charges-là d'ordinaire se vendent plus cher; Champvallon ne sera reçu qu'après Clermont, qui a l'agrément d'un guidon depuis le commencement de l'hiver, et qui n'a pas pu encore achever de le payer.
Jeudi 3, à Versailles, — Le roi fit le matin la Cène, l'après-dlnée entendit ténèbres et puis fit ses stations, et alla à pied aux Récollets et à la paroisse. — Monseigneur fit son bon jour et ses stations à pied. — Il est réglé que les dames viendront au voyage que le roi va faire en Flandre. Madame de Chartres et madame la princesse de Conty marcheront; Madame demeurera à Paris et àSaint-Cloud, madame la Duchesse demeurera ici. Il y aura un second carrosse du roi, et un carrosse de madame de Chartres , et huit dames dans chacun de ces carrosses. — M. l'électeur de Saxe épouse la princesse de Saxe-Eisenach , veuve du marquis de Bayreuth ; c'est une des belles princesses du monde. — Messeigneurs les ducs de Bourgogne, d'Anjou et de Berry ont servi le roi à la Cène.
Vendredi 4, à Versailles. — Le roi commanda le matin au maréchal d'Humières de se tenir prêt pour le suivre
en Flandre ; S. M. veut qu'il serve auprès d'elle. — Le roi a passé toute la journée en dévotion, et s'est confessé ce soir pour faire demain son bonjour. — M. Balan^ envoyé de M. le duc de Hanovre , a eu ordre de son maître de ne plus voir M. de Gourville.
Samedi 5, à Versailles. — Le roi fit son bon jour et toucha les malades^ à son ordinaire. — Le roi a donné l'évèché de Dol à l'abbé Chamillart, frère de M. Chanûllart, intendant des finances^ et l'évèché de Lectoure à l'abbé Polastron , neveu de Polastron , lieutenant-colonel du régiment du roi. Il a donné aussi l'abbaye de Valoire, en Picardie, qu'avoit l'abbé de Fontanges, à l'abbé de Broglio, et l'abbé de Broglio rend un canonicat de la Sainte-Chapelle qu'on donne à son neveu, fils du comte de Broglio, qui commande les troupes en Languedoc. L'abbaye de Ponteau, qu'avoit le feu évèque de Lectoure, a été donnée à l'abbé Bayard, frère de Bayard qui est auprès de monseigneur le duc de Bourgogne, et Tabbé de Malézieux, fils de Halézieux qui est auprès de M. du Haine, a eu l'abbaye de Moreilles; l'abbé d'Imécourt a eu celle de la Chalade, et Fabbé Gineste celle de Sainte- Aphrodise. — Monseigneur courut le loup.
Dimanche 6, jour de Pâques, à Versailles. — Le roi assista à la grande messe célébrée par le cardinal de Bouillon y et l'après-dlnée au sermon et à vêpres. — Le sieur Mallet, qui commandoit les Barbets , les a quittés et s'est mis dans le service du roi, qui lui a donné une compagnie suisse et rangd^ lieutenant-colonel; il assure que plusieurs Barbets ne souhaitent rien tant que de rentrer dans le service du roi . — Le comte d'Estrées avoit mis à la voile en Provence avec dix-huit gros vaisseaux de guerre, mais le vent l'a repoussé deux fois aux lies d'Hières; on croit qu'il en est reparti présentement. Il revient dans rOcéan, et joindra la flotte que commande le comte de "Tourville à qui il obéira.
Lundi 7, à Versailles, — Le roi alla tirer, passa à
Marly, où il se promena assez longtemps^ et alla ensuite à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre^ qui est assez incommodée ; on craint qu'elle ne soit blessée pour avoir trop longtemps été à genoux. — La reine douairière d'Angleterre, qu'on avoitdit arrivée à Dieppe, n'est pas encore partie de Londres. — Les nouvelles de Vienne portent " qu'on craint fort qu'ils ne soient obligés de lever le blocus du grand Varadin. — Le roi d'Angleterre partira la semaine qui vient pour aller en Normandie voir les onze mille Irlandois qui doivent servir dans Tannée du maréchal de Bellefonds; ce départ-là fait faire beaucoup de raisonnements. On dit qu'on a fait porter beaucoup d'instruments à Rouen propres à remuer la terre.
Mardi 8, à Versailles. — Le roi travaille souvent avec M. deLuxembourg, M. de Barbezieux, Vauban etChamlay^ et on y fait entrer quelquefois le baron de Bressey. — Monseigneur alla tirer dans la plaine Saint-Denis , où M. le duc de Chartres le vint joindre. — M. le duc de Beauvilliers et M. de Pomponne suivront le roi au voyage qu'il va faire en Flandre; M. de Croissy suit toujours; MM. de Pontchartrain et le Pelletier demeureront à Paris. — La flotte du roi a ordre de se mettre à la voile le 20 de ce mois, et on compte que les vaisseaux qu'on arme à Rochefort auront joint en cetemp»-là ceux qu'on arme à Brest.
Mercredi 9 , à Versailles. — Le roi signa le contrat de mariage de M. le comte de Cessé avec mademoiselle Be« chameil; M. le duc de Brissac s'étoit opposé à ce mariage, mais les oppositions sont levées. Madame la duchesse de la Meilleraye, pour pouvoir donner son bien à M. de Cessé, lui vend la terre de Montreuil-Bellay, 'qui est la seule qui lui reste. M. de Bèchameil donne à sa fille 100,000 écus et quelques années de nourriture. — M. le marquis de Villars, qui étoit destiné à servir en Flandre de maréchal de camp, va en Allemagne, où il comman-' dera la cavalerie dont il est commissaire général. — M. le
maréchal de Bellefonds a pris congé du roi ; il s'en va en Normandie, où s^assemble Farmée qn'il doit commander. •
Jeudi 10, à Versailles. — Le roi tint conseil de guerre le matin avec M. de Luxembourg, M. de Barbezieux, Chamlay et Vauban. On fait partir Vauban incessamment, et on ne doute pas que le roi ne partit bientôt, si la saison étoit moins retardée. Il ne parolt pas encore d'herbçs à la campagne. — M. le comte d'Estrées a remis à la mer le â de ce mois. — Le roi d'Espagne a fait le comte de Bagnos grand d'Espagne; c'est une manière de favori. La reine-mère veut que le roi son fils aille commander son armée en Catalogne ; mais on croit qu'il aura de la peine à se résoudre de quitter Madrid.
Vendredi 11 , o Versailles, — M. le prince d'Orange est oujours à Loo, où il chasse ; on avoit fait courir le bruit qu'j en étoit parti pour aller en Allemagne s*aboucher avec les princes de la maison de Brunswick ; mais cela ne s'est pas trouvé vrai. — Il y a deux petits gouvernements vacants en Bretagne , celui de Guérande et celui de Fougères. — Monseigneur commence à jouer les soirs au brelan chez madame la princesse de Conty. — Le roi tint le matin conseil de guerre avec le maréchal de Lorges, M. de Barbezieux et Chamlay sur les projets de la campagne d'Allemagne ; il avoit auparavant tenu le conseil de conscience avec le P. de la Chaise , comme il a accoutumé de faire tous les vendredis.
Samedi 12, à Versailles. — Le comte de Tessé , quia quitté Pignerol, où ilcommandoit, pour venir servir en Flandre, est arrivé ici ; on a envoyé d'Usson commander en sa place à Pignerol, et Larray ira commander à Suse en la place de d'Usson. — Le roi donna à M. le prince d'Elbeuf mille pistoles de sa cassette pour aider à faire son équipage ; et quand le prince d'Elbeuf le remercia , il lui dit qu'il lui en feroit encore donner autant durant la campagne, s'il en avoit besoin. — M. de Bernières acheta, ces jours passés, la compagnie aux gardes qu'avoit
Senneterre, et le fils du premier médecin (1) avoit acheté un mois auparavant la compagnie de Vaudreuil, et il fut reçu capitaine le jour que M. de Boufflers fut reçu colonel.
Dimanche 13, à Versailles. — Le roi d^Angleterre vint ici sur les cinq heures ; il fut enfermé avec le roi dans son cabinet jusqu'à l'heure du salut , où les deux rois allèrent ensemble ; et puis après le salut le roi d'Angleterre s'en retourna à Saint-Germain. — |Monseigneur joua le soir au brelan chez madame la princesse de Conty . — M. le comte de Tessé , qui devoit servir en Flan dre, a été nommé aujourd'hui pour servir dans Tarmée de M. le maréchal de Bellefonds qui sera plus occupé qu'on ne l'avoit cru d'abord. — Une escadre de quatre de nos gros vaisseaux , commandée par le chevalier de Nesmond, est rentrée à Brest après avoir été battue d'une violente tempête ; tous les quatre vaisseaux ont été démâtés; mais à la fin du mois ils seront en état d'être remis à la mer.
Lundi 14 , à Versailles. — M. de Cossé épousa hier au soir^ à Paris, mademoiselle de Béchameil. — Il a déjà passéàlaMonnoie quatre cent vingt-cinq millions , et on y en porte encore tous les jours. — Monseigneur alla à Saint-Germain dire adieu au roi d^Angleterre, qui part au plus tard dans huit jours.
Mardi 15 , à Versailles. — Le roi alla au bout du pont du Pecq faire la revue de ses gendarmes et de" ses chevau-légers ; ces compagnies n'avoîent accoutumé de faire que chacune un escadron , et le roi veut qu'elles en fassent deux cette année en Flandre. Il y a dans chacune cinquante hommes plus que le roi n'en paye ; il y eut quatre officiers de gendarmes qui furent reçus, savoir : M. de Bournonville et le chevalier de Rohan, en-
(i) Daquin deJoo\.
AVRIL 1692. Cf
seignes; Clermont-Tonnerre et Champvallon , guidons. — Le roi donna ces jours passés une pension de 1,000 écus au marquis de Puisieux, gouverneur deHuningue.
Mercredi 16 , à Versailles. — Le roi prit médecine. — On ne doute plus présentement que le roi d'Angleterre ne s'embarque, et que le dessein ne soit de faire une descente en Angleterre ; cependant le prince d'Orange demeure tranquillement à Loo à chasser. Le roi d'Angleterre aura deux lieutenants généraux et trois maréchaux de camp dans ses troupes; les lieutenants généraux sont Richard *Hamilton, qui doit incessamment revenir d'Angleterre, où il étoit prisonnier, et milord Lucan, celui qui a amené les quatre mille Irlandois en ce pays ici. Les trois maréchaux de camp sont milord Galmoy, Shelton et Wacop.
Jeudi il y à Versailles. — Notre flotte qui est à Brest a ordre de mettre à la voile à la fin du mois; les vaisseaux qu'on arme à Rochefort l'auront jointe en ce temps-là. Vignau et le chevalier de Gassion, lieutenants des gardes du corps et brigadiers de cavalerie, vont servir en cette qualité dans l'armée du maréchal de Bellefonds, et ont eu ordre de partir pour s'y rendre le 22 de ce mois. — M. Feydeau, intendant en Béarn, est mort, et on envoie en sa place M. Samson, maître des requêtes, qui a épousé une cousine de madame de Pontchartrain.
Vendredi 18, à Versailles. — Le roi a pris 1,200,000 francs de rente sur la maison de ville au denier dixhuit, et l'on y porte de l'argent de tous côtés. On a rendu un arrêt pour la diminution des monnoies à commencer au premier jour de mai. Les louis d'or ne vaudront plus que douze francs et les écus trois livres quatre sols. *— Monseigneur alla courre le loup dans la forêt de Sénart et alla coucher à Frémont. — On a encore préconisé à Rome quatre évêchés , qui sont Tournay, Avranches. Viviers et Dax. Il ne reste plus à préconiser que les évêchés où ont été nommés les gens de l'assem-
blée de 82^ ou ceux qui vaquoieut par leurs translations.
Scmedi 19, à Versailles. — Le roi a commandé à M. de Montchevreuil de demeurer durant le voyage qu^on va faire auprès de la reine d'Angleterre , qui sera bien seule quand le roi son mari sera parti ; la plupart des Anglois le suivent. Madame de Montchevreuil demeurera avec son mari. Le roi est bien aise^ durant son absence, d'avoir des gens de confiance auprès de la reine d'Angleterre. Sa grossesse va toujours bien ; elle n'a point été blessée^ conmie on l'avoit craint. — Monseigneur revint de Frémont chez M. le chevalier de Lorraine où il avoit couché ; il avoit couru le cerf^ le matin^ dans la forêt de Sénart^ avec les chiens de H. le duc du Maine.
Dimanche 20, à Versailles. — Le roi alla à Saint-Germain dire adieu au roi d'Angleterre. — Monseigneur alla à Paris avec madame la princesse de Conty voir l'opéra d'ilrmide. — Le roi d'Angleterre a fait trois chevaliers de la Jarretière : le prince de Galles , le duc de Powis , et milord Melford, qui étoit déjà chevalier de l'ordre de Saint-André d'Ecosse ; le prince d'Orange, de son côté, fait des chevaliers, et a donné "^ l'ordre à l'électeur de Bavière. Le marquis de Rhodes, qui ne vient plus à la cour et qui est retiré à Paris depuis qu'il a vendu la charge de grand maître des cérémonies, a épousé la veuve du marquis de Montcha; elle est fille de feu M. de Gordes.
Lundi 21, à Versailles. — Le roi d'Angleterre est parti de Saint-Germain pour s'en aller en Normandie voir les Irlandois qui sont dans l'armée du maréchal de Bellefonds ; il couchera aujourd'hui à Anet et demain à la Trappe. — Le roi alla tirer l'après-dlnée. Monseigneur et Monsieur dînèrent chez madame la princesse de Conty à sa maison de la ville, et y demeurèrent jusqu'à sept heures du soir ; il y eut grand jeu. — M. le comte d'Albert, frère de M. le duc de Chevreuse , a l'agrément du roi pour acheter le régiment Dauphin de dragons; le marché n'est pas en-
core fait ^ et on croit que cela ira bien à 100>000 francs — M. de Castanaga est parti incognito de Bruxelles pour s^en retourner en Espagne; on a fait beaucoup de procé* dures contre lui > et on a fait vendre tous ses meubles.
Mardi 23^ à Venailles. — Le roi alla Taprés^née à la volerie avec Madame. Monseigneur courut le cerf le matin^ et puis alla rejoindre le roi àla chasse. — Madamela ducbesse de Portsmouth, qui avoit une pension de 12,000 francs, avoit prié le roi, pendant que le duc de Richemond étoit en France, de mettre cette pension-là sous le nom de son fils, et le roi Tavoit même augmentée jusqu'à 20,000 francs; présentement que M. le duc de Richemond est retourné en Angleterre, le roi vient de rendre la pension de 12,000 francs à madame de Portsmouth.
'Mercredi 23, à Marly. — Le roi vint ici en chassant. Monsieur et Madame cdlèrent à Paris pour y demeurer jusqu'au voyage de Flandre. M. et madame de Chartres sont ici, et logent en bas dans l'appartement de Madame. Madame du Maine y est logée en haut, et M. du Maine dans son pavillon ordinaire. Madame de Saint-Valery, qui est entrée en charge de dame d'honneur de madame du Maine, est ici pour la première fois. — Le régiment des gardes partira le V% le 2, le 3 et le 4 du mois qui vient. Les gardes du corps marcheront le 4 et le 7, et le roi a déclaré qu'il partiroit le 8 ou le 10 au plus tard. Il ira le premier jour coucher à Chantilly, où il séjournera, puis il couchera à Compiègne, à Noyon, à Saint-Quentin, où il séjoiu'nera, au Cateau-Cambrésis, après quoi on ne dit point encore de quel côté il tournera.
Jetidî 24, à Marly. — Monseigneur courut le loup. Le roi alla voir le commencement de la chasse et revint diner ici. L'aprèsrdlnée il vouloit aller tirer, mais la pluie l'en empêcha; il fut longtemps enfermé avec M. de Luxembourg. Au retour de la chasse Monseigneur joua au brelan ; il a tout à fait abandonné le lansquenet. Après souper^ le roi et Monseigneur jouèrent au portique comme
on fait toujours à Marly . — M. le Prince est demeuré malade à Versailles. — Le duc d'Elbeuf est tombé considérablement malade^ et l'on ne croit pas qu'il en réchappe. Il y a longtemps qu'on ne le voit presque plus à la cour. — Les Anglois qui étoient demeurés à Saint-Germain après le roi d'Angleterre sont venus ici prendre congé du roi et se préparent tous à aller s'embarquer avec le roi leur maître.
Vendredi 25, à Marly, — Le roi se promena le matin dans ses jardins, et l'aprèa-dinée alla voler. Monseigneur alla voir une course de chevaux qu'on fit au bout du pont du Pecq. Après la volerie , le roi se promena avec les dames à pied dans ses jardins, et profita da premier beau temps qu'il ait fait de l'année. — On n'a point encore de nouvelles que le prince d'Orange s'ébranle ; il est toujours à Loo à chasser; cependant nos troupes vont commencer à s'embarquer sur plus de quatre cents bâtiments que nous avons sur les côtes de Normandie. -— L'envoyé de Danemark faisoit courre le bruit que l'empereur et les princes d'Allemagne avoient accordé au duc de Zell le rang d'électeur ; mais ce bruit-là ne se trouve pas véritable. — M. de Tessé avoit demandé permission de se défaire de la lieutenance générale du Maine pour payer le chevalier de Tessé, son frère, qui lui a prêté 50,000 francs pour achever de payer sa charge de colonel général des dragons; le roi lui a dit de garder la lieutenance de roi, et, pour assurer la dette de son frère, il a augmenté le brevet de retenue de 50,000 francs.
Samedi 26, à Versailles. — Le roi vit le matin, à Marly, les deux cents grenadiers qu'on a choisis dans le régiment des gardes suisses; il y en aura vingt dans chaque compagnie. Ils n'auront point de plus haute paye que les autres soldats; ils seront commandés, quand on
les détachera, par , qui est lieutenant de la
Colonelle. M. du Maine les fit voir au roi devant la grille du côté de Versailles. — M. le comte de Tessé, qui prit
AVRIL 1698. es
congé da roi^ il y a deux joars^ pour s^en aller dans Tarmée du maréchal de Bellefonds^ sera lieutenant général , et on a fait trois brigadiers de cette armée-là maréchaux de camp y savoir : Vignauet le chevalier de Gassion^ qui étoit brigadier de cavalerie, et Vaubecourt qui étoit brigadier d^infanterie. — Monseigneur alla de Marly à Saint-Cloud voir Monsieur et Madame > et revint ici de bonne heure.
Difnanche 27, à Versailles. — Le roi a donné au comte de Roucy Tagrément de la lieutenance des gendarmes Ëcossois; il en offre 50,000 écus', et M. de Mouy en veut 66)000. — M. de Caderousse le fils (1) a eu Tiigrément des chevau-légers de la Reine, qu'avoit M. de Seppeville; il lui en donne 40,000 écus. — On a eu nouvelles que les Turcs ont secouru le grand Varadin ; il y est entré quatre mille hommes, et le grand vizir marche avec la plus nombreuse armée que les Turcs aient eu depuis longtemps. L'empereur a rappelé quatre de ses régiments de cavalerie qu'il avoit en Savoie, et les envoie à son armée de Hongrie.
Lundi 28, à Versailles. — Le roi a encore tenu conseil cette après-dlnée, ce qui lui arrive souvent à cette heure. Outre les conseils qu'il tient le matin , il travaille aussi tous les soirs depuis sept heures jusqu'à dix chez madame de Maintenon. — Monseigneur alla se promener et faire collation à la Ménagerie avec madame la princesse de Conty. — M. d'Estaing, lieutenant des gendarmes de Monseigneur, épousa à Paris mademoiselle de Vaubecourt, à qui on donne 250,000 francs; il y a apparence qu'elle en aura beaucoup davants^ ; il y a de grandes successions qui la regardent. — M. de Croly, ne pouvant plus servir à cause de ses incommodités, a vendu la lieutenance des gendarmes anglois à Bethomas, qui lui en donne 100,000
(1) On rappelle M. d'Aneesune. (Noté dé Danfjeau.)
ee JOURNAL DB DANGEAU.
francs d'argent, une pension de S^OOO francs pour lui et une de 1^000 francs pour sa femme.
Mardi 29, à Versailles. — Le roi tint encore conseil Taprès-dlnée jusqu'à six heures, et puis il alla se promener dans ses jardins. Après y avoir été une demiheure il entra chez madame de Maintenon, où il travailla jusqu'à son souper. — Le roi a donné commission de mestre de camp à trois officiers de ses gendarmes : M. de Bourhonville et le chevalier de Rohan, qui sont enseignes, et au chevalier de Clermont, qui n'est que le deuxième guidon. — M. de Bullion a acheté la lieutonance de roi de Paris 100,000 écus; il donne sa charge de prévôt de Paris en payement pour 50,000 écus; outre cela, il achète une des lieutenances de roi de Beauce pour son fils. Le roi a réglé que tous ces lieutenants de roi nouveau payeroient pour la prestation de leur serment 150 pistoles à ses premiers valets de chambre. — Monseigneur comnit le loup et le força.
Mercredi 30, à ifar/y. — Le roi alla à Saint-Germain avec la reine d'Angleterre, et arriva ici sur les six heures. Monseigneur vint avec madame la princesse de Conty. M. et madame de Chartres sont du voyage, et ont laissé Monsieur et Madame à SainirCloud, qui y demeureront jusqu'au départ. — Ce matin , avant que de partir de Versailles, le roifitprèter sermentàseptdes nouveaux lieutenants de roi. Le soir, à Marly, le roi fit trois maréchaux de camp, qui sont : le duc de la Ferté , qui étoit brigadier d'infanterie ; Bâche villiers, qui étoit brigadier de cavalerie , et Barbezières, qui étoit brigadier de dragons, -r- On a eu nouvelles de Brest que nos vaisseaux sont tous appareillés, et qu'on a tiré le coup de partance; les lettres sont du 25. Le vent n' étoit pas bon encore. M* àe Ville tte, qui doit amener les vaisseaux de Hochefort, n'étoit pas encore arrivé, — Les nouvelles de Hollande sont que le prince d'Orange arriva de Loo à la Haye le 23 y et qu'il a prié MM. des États de s'as-
sembler poxir des affaires de la dernière importance.
Jetuii !•' mai , àMarly. — Le vilain temps n'empêcha pas le roi d'aller tirer Taprès-dlnée et de se promener le matin dans ses jardins. Monseigneur ne sortit point de tout le jour ; il joua à l'anneau tournant et au brelan. — Le roi, en considération delà reine d'Angleterre qui l'en avoit fort prié, a fait M. de Lauzun duc; il ne sera pas pair, mais la duché sera passée au parlement comme les nouvelles duchés que le roi a érigées depuis quelque temps. — Le duc de Noaillesprit hier congé du roi pour aller commander l'armée de Catalogne . — Madame de Soubise fera le voyage de Flandre; elle sera dans le second carrosse du roi à la place qui étoit destinée à madame de Montchevreuil; ainsi eUesy seront toujours huit.
Vendredi 2, à Marly. — Le roi se promena le matin dans ses jardins, et l'aprè^-dlnée il alla tirer. — Monsei* gneur alla à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre, et au retour il mena madame de Chartres à la roulette. — Le soir, après souper, il y eut portique comme les autres voyages. — Le roi a eu des nouvelles d'Angleterre et nous dit que plusieurs milords étoient sortis de Londres^ et assuroient en partant qu'ils n'y reviendroient que quand le roi Jacques y seroit rétabli. — M. le duc d'Aubusson, qui, depuis la mort de son père, s'appelle le duc de la Feuillade , épouse mademoiselle de Chàteauneuf *, fille du secrétaire d'État , à qui on donne &00,000 francs , et le père, outre cela , s'engage à la nourrir quelques années.
* M. de la Feuillade, qui ne s'étoit pas marié pour bien vivre avec sa femme, quoique sage et jolie, et encore moins avec sa famille , disoit que son beau-père passoit son temps à éplucher de la salade avec ses commis. C'étoit en effet un secrétaire d'État fort peu occupé.
Samedi 3, à Versailles. — Le roi se promena le matin à Marly dans ses jardins, et en repartit l'après-dlnée pour revenir ici en chassant. — Monseigneur joua l'a-
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près-dlnée à Blarly et ne revint ici que sur le soir. — Le roi a fait deux nouveaux brigadiers de cavalerie^ qui sont le marquis de Noailles et M. de Catulan. — On a eu nouvelles du 28 que notre flotte n'étoit pas encore sortie de Brest ; les vents sont contraires. On a aussi nouvelles de Hollande que le prince d'Orange n'est pas repassé en Angleterre ; on ne sait même s'il y repassera. On y travaille Jour et nuit pour mettre la flotte en état. — M. de Villette, qui doit mener une escadre de Rochefort à Brest, y doit t^^tre aiTivé présentement; le comte d'Estrées y arrivera bientôt aussi^ car il a le vent bon, et il amène dixneuf gros vaisseaux.
Dimanche 4 , à Yerêailles. — Monseigneur alla à Paris à l'opéra avec madame la princesse de Conty. — Le duc d'Elbeuf * mourut le matin à Paris ; il avoit été marié trois fois, et laisse des enfants de ses trois mariages. Il étoit gouverneur de Picardie et d'Artois, et gouverneur particulier de Montreuil. Le prince d'Elbeuf, son fils de son second mariage, a la survivance de ces gouvernements-là. — IL est mort aussi un mestre de camp de cavalerie qui laisse un régiment vacant; il s'appeloit de Bré et étoit fort peu connu, parce qu'il avoit toujours servi dans les troupes d'Espagne, et n'étoit dans le service de France que de l'année dernière. — Le roi eut nouvelle que neuf de ses vaisseaux de guerre qui revenoient de l'Amérique, où ils avoient porté M. de Blénac, avoient trouvé en revenant douze vaisseaux anglois plus forts qu'eux; cependant ils les avoient attaqués, ils leur avoient donné la chasse et en avoient coulé un ou deux à fond; ces neuf vaisseaux sont arrivés à Brest en très-bon état.
* M. d'Elbeuf étoit un étrange homme en toutes sortes^ et fort débauché. Sa mère étoit sœur de César, duc de Vendôme, du même amour de Henri IV , et il étoit frère du prince d'Harcourt , grand-père du comte de Guise, du comte de Lislebonne, et de mademoiselle d'Elbeuf, dame du palais de la reine, morte à cinquante ans, en 1679, étranglée
d'un os qu'elle avala dans une cuillerée de potage. M. d'Elbeuf épousa en premières noces la fille unique du comte de Lannoy , chevalier de Tordre, gouverneur de Montreuil, que M. d'Elbeuf, son père, qui posséda longtemps M. Gaston et qui en fut traité après avec tant de mépris et d'injures jusqu'à lui faire sauter les degrés du Luxembourg d'un coup de pied, que ce M. d'Elbeuf voulut avoir pour son fils et qu'il obtint enfin par Gaston et par M. le Prince réunis alors. Cette Lannoy étoit veuve du comte de la Roche-Guyon , fils unique des célèbres M. et madame de Liancourt^ dont elle avoit une fille qu'épousa le prince de Marsillac, depuis grand maître delà garde-robe et grand veneur, et, après son père, duc de la Rochefoucauld. Madame d'Elbeuf ne fut mariée que six ans et mourut à vingt-huit, tellement maltraitée, que son mari l'ayant un jour empoignée pour la jeter par les fenêtres, quoique grosse , l'enfsuat dont elle accoucha naquit et vécut tremblant, incapable de toutes choses, tellement que son père le fit renoncer à duché, à biens, et en fit un chevalier de Malte, qui est mort ainsi trend)lant, au Mans, en 1690, où il avoit passé sa vie et avoit quarante ans. Il eut une sœur du même lit, qui épousa M. de Vaudemont, bâtard de Charlçs, duc de Lorraine , et qui, à force de change* ment, délivrée, n'a pas laissé de figuroter.
M. d'Elbeuf épousa en secondes noces la sœur des duc et cardinal de Bouillon et du comte d'Auvergne , à qui il rendit en cette occasion ce qu'ils s'efforçoient de prêter en d'autres; car il ne voulut jamais souffrir que sa future ni pas un d'eux prissent avec lui la qualité de prince. 11 en eut le duc et le prince d'Elbeuf d'aujourd'hui, et des filles reli^ gieuses, et un abbé qui ne vécut pas vieux. M. d'Elbeuf, en 1680» se remaria quatre ans après à la fille aînée du maréchal duc de Noailles. Il étoit déjà fort apoplectique , et cette madame d'Elbeuf, qui avec uo esprit médiocre avoit des choses plaisantes et naïves, ravissoità entendre conter comment elle avoit la honte d'avoir eu des enfants moyennant des valets de chambre qui remuoient et soutenoient M. d'Elbeuf d'une façon qu'elle disoit tout franchement , ce qu'on n'oseroit pourtant rendre. Elle pénétra à la cour longtemps après, et se retrouvera dans ces Mémoires. Elle eut deux filles de la sorte, l'aînée qui ^ousa le dernier duc de Mantoue et qui se retrouvera aussi en ces Mémoires , et'une cadette que, faute de mieux, ob fit religieuse, puisabbesse de Saint- Saëns, en Normandie, où elle est folle au delà de toute extravagance.
Lundi 5, à Versailles. — Le roi, en sortant de son dîner, fit entrer M. le Prince dans son cabinet, et lui dit qu'il lui donnoit le commandement de son armée sous Monsieur, et lui dit en même temps qu'il faisoit trois Ueute-
nants généraux, à quoi ilVintéressoit, qui sont : M. le Duc, M. le duc du Maine et M. le prince de Conty. M. le comte de Toulouse a demandé au roi de lui servir d'aide de camp, et le roi lui a promis qu'il lui donneroit souvent des commissions. Les autres aides de camp seront ; M. le prince d'Elbeuf, M. le prince de Turenne, M. de Roncherolles, M. le comte de Fiesque, M. de Comminges, M. de Lassay, et M. de Lanjamet*. — Le roi a eu nouvelles qu'une escadre de ses vaisseaux, qu'on armoit àRochefort, commandée par M. de Villette, lieutenant général, étoit arrivée à Brest. Le marquis de la Porte est encore à Rochefort avec une autre escadre qui sera incessamment en état de partir.
* Ce Lanjamet étoit un de ces impudents de cour qui se fourrent partout, et qui avec de l'esprit et de la persévérance percent à force d'effronterie, de babil, et d^imposer aux sots. C'étoit un fort petit bomme , grand causeur, qui avoit un nez de perroquet , crochu et d'une élévation à surprendre. 11 avoit eu une lieutenance aux gardes , n'étoit point fripon et avoit de la valeur, mais décidant et impertinent à mer» veille , et ne laissoit pas d'avoir quelques amis, parce qu'il étoit sûr. 11 s'étoit introduit, je ne sais comment, chez M. de Seignelay, où pourtant la compagnie étoit fort trayée, et il passoit presque toute sa vie dans les maisons ouvertes de Versailles, d'où il ne sortoit point, et ce petit mérite lui fit attraper un petit gouvernement en Bretagne, où son effronterie ne lui réussit pas si bien qu'à la cour. 11 y étoit allé faire un tour, et alla aux États ime année que M. de la Trémoille les tenoit , et y entra comme les autres. Mais ce jour-là, quand ce vint à délibérer, la noblesse se mit à crier qu'elle n'opineroit point qu'on ne fît sortir ceux qui n'avoient pas droit d'y assister. M. de la Trémoille jeta les yeux partout, et représenta qu'il ne voyoit personne qui n'y pût être. Le cri redoubla , et à la fin il s'éleva des voix qui crièrent qu'il falloit faire sortir Lanjamet, qui se leva fort déconcerté , sortit sans dire une parole, et apprit ainsi à qui ne le savoit pas qu'il n'étoit pas gentilhomme , parce que tout gentilhomme breton a droit d'assister aux Etats. 11 disparut du lieu de leur tenue , où sa naissance fut mise au net , et, malgré tout bruit , cette aventure ne fut guère sue à la cour^où M. le Duc et M. le prince de Conty le souffroient, le premier par le comte de Fiesque, l'autre parce qu'il étoit fort accessible. On ne laissa pas d'être fort étonné de le voir aide de camp du roi. Il étoit fort chez M. le Grand, qui le protégeoit, et bien avec Gavoye,
eu reste du temps de M. de Seignelay. 11 se maria enfin à la fille d'un avocat, belle et intrigante à merveille, méchante et intéressée à Tavenant , qu'il fourra chez M. le Grand , tout dans les fins, et qui brouilla mademoiselle d'Armagnac avec le prince Charles à ne se plus voir. Elle se remaria depuis à Brillac, capitaine aux gardes, ami et compagnon de table du prince Charles, et fit des siennes tant et plus.
Mardi 6, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprès-dlnée. Monseigneur courut le loup. — M. le duc de Chartres commandera le corps de réservé de Tarmée du roi. — M. de Metz donne au duc de la Feuillade , son neveu, en faveur du mariage, 1,000 éeus de pension, et fait présent aussi d'une tapisserie de 20,000 francs à la mariée; la noce se fera demain à Paris chez M. de Chàteauneuf. — Le roi donna ces jours passés une pension de 2,000 écus à la marquise Facciati , femme du gouverneur de Casai pour M. de Mantoue, en faveur de ce qu'elle avoit découvert la conspiration qui fut faite il y a quelques mois sur cette place. — ^.M. de Pompadour, qui achète la lieutenance générale de Guyenne que le roi avoit donnée à M. de NoaUles, a vendu le régiment d'infanterie dont il étoit colonel au chevalier de la Citardie, qui en étoit major; ce régiment a le nom de [Beausse]. — Madame de Vizé * mourut ces jours passés à Paris ; elle étoit Espagnole, première femme de chambre de la reine, et avoit été sa favorite jusqu'à sa mort.
* Madame de Vizé étoit ime sœur bâtarde de la reine, connue pour telle et non reconnue, élevée avec elle et sa favorite, et la seule Espagnole qui demeurât avec elle : c'étoit la meilleure femme du monde. On la maria bien pour son état et mieux, et elle étoit considérée parce que tout le monde Faimoit et le roi aussi. Tous les jours, dès qu'après le dîner la reine s'étoit tenue un moment avec ce qui s'y étoit trouvé , elle entroitdans son cabinet, où madame Yfisé Tattendoit avec un lavBnent qu'elle prenoit aussitôt; elle ne faisoit pourtant que manger à crever après un déjeuner de viande suivi de chocolat. La collation y répondoit, et elle n'en soupoit que mieux. 11 y auroit de plaisants contes à Caire de cette bonne et vertueuse princesse, si c'en étoit le lieu. Le fils de madame de Vizé a été capitaine aux gardes, et le père avoit servi fort
Mercredi 7, à Venailles. — Le roi tint encore conseil l'a* près-dinée^ outre tous les conseils quUl tient tous les jours le matin et le soir. Monseigneur alla à Saint-Germain avec madame la princesse de Conty dire adieu à la reine d'An^ gleterre. — La duchesse de Valentinois est partie pour s'en aller à Monaco^ où elle suivraM. son beau-père; on lui faitespérerqu'elle reviendra l'hiver prochain. — Le chevalier de Bezons commandera la réserve sous M. de Chartres. M. de Luxembourg aura une armée séparée de celle du roi qui marchera aux ennemis pendant que le roi fera un siège; il y aura deux princes du sang avec lui. — On eut nouvelle que M. de Villette , qui étoit à la vue de Brest avec l'escadre qu'il amenoit de Rochefort, a été obligé par la tempête de relâcher à Belle-Isle. — Par les nouvelles de Hollande du 3 , il paroit que le prince d'Orange est à Loo , et ne songe point à retourner en Angleterre. — Le marché du comte d'Albert avec M. de Longueval pour le régiment de dragons-dauphins est terminé; il lui en donne 100,000 francs en rente sur la maison de viUe. — M. de la FeuiUade a épousé mademoiselle de Ch&teauneuf àParis; ils étoient venus le matin faire signer le contrat au roi.
Jeudi 8, à Versailles. — Le roi fit venir à Versailles le parlement, la chambre des comptes, la cour des aides et la ville, et leur dit qu'il les avoit mandés pour les exhorter à continuer dans le zèle et l'attachement qu'ils lui avoient toujours fait paroitre ; que les affaires de son royaume l'obligeoient de s'en aller à la tète de ses armées en Flandre, et qu'il se reposoit sur leur fidélité de tout ce qui étoit commis à leurs soins. Le premier président fit une fort belle harangue au roi; les autres corps ne haranguèrent point. Le roi , en pareilles occasions, avoit quelquefois fait venir ces compagnies; par exemple il le fit, en 1672, en allant en Hollande. — Richard Hamilton a salué le roi, qui l'a trèsbien reçu; il étoit prisonnier du prince d'Orange, et