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Vendredi 22, à Raye, — En partant de Conipiègne, le roi vint dîner à Cuvilly; il passa par le parc et devant le château de Mouchy;, où le maréchal d'Humières prit congé de lui; il s'en retourne demain à Paris pour suivre Monsieur en Bretagne. — On a eu nouvelle que M. le maréchal de Lorges passa le Rhin sur le pont de Phibpsbourg le 17 de ce mois; il va camper dans la plaine au delà des Capucins de Philipsbourg. — Le prince d'Orange est parti le 12 de Loo pour revenir à la Haye, et repartit de la Haye, le 15, pour aller à Bréda et de là en Flandre. — M. Rosen assemble l'armée du maréchal de Luxembourg à Givry, près de Mons, où elle s'assembla l'année passée. M. de Luxembourg partit de Chantilly en même temps que le roi, et il est depuis quelques jours à Valenciennes. Le roi ira de Cambray au Quesnoy ; il n'y a que ce changement-là dans la route.
Samedi 23, à Péronne. — De Roye le roi vint dîner à. . . . et arriva ici de bonne heure; en arrivant il alla au salut. — M. de Vauvray, qui étoit intendant de la marine, va servir d'intendant sur la flotte ; le roi lui en donna Tordre avant de partir de Versailles. — On a eu nouvelle que M. le prince d'Orange étoit ajrrivé à Vilvorde. — Le clergé de Flandre fait un présent au roi considérable ; ils avoient accoutumé d'en faire comme cela au roi d'Espagne dans les grandes guerres. Ce sont des taxes volontaires; l'évêque de Tournay et son chapitre donnent une année de leur revenu; l'abbé de Saint-Amand donne 10,000 écus. — Le roi, en arrivant à Péronne, alla au salut, et puis s'enferma pour travailler.
Dimanche 24, à Cambray. — En partant de Péronne, le roi vint dîner à Fins , et arriva ici de bonne heure ; en arrivant il alla au salut. — On a eu des nouvelles d'An^ gleterre par lesquelles il parolt que la flotte ennemie n'est pas encore prête ; il leur manque beaucoup de matelots; la flotte hoUandoise n'est pas même à Torbay, comme on Tavoit dit. Le bruit de la descente qu'ils vouloient faire
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en France , commence à se ralentir en oe pays-là. — M. Dufay, gouverneur de Fribourg, est mort dans son î^ouvernement; il étoit fort vieux; ilétoit homme de réputation et de mérite ; c'est lui qui avoit défendu Phi- Upsbourg et qui ne le rendit que par ordre du roi. — L'affaire de M. de Chàtillon pour la vente de la charge de premier gentilhomme de la chambre de Monsieur est terminée avec M. de Sassenage ; mais, comme M. de Sassenage n'a pas pu vendre la charge de lieutenant des gendarmes de Monsieur, il y a eu quelque chose de changé au premier marché qu'ils avoientfait ; M. de Chàtillon a un peu diminué du prix.
Lundi 25, au Quemoy. — MM. les maréchaux de Luxembourg et de Villeroy vinrent ici de Valenciennes recevoir les ordres du roi; le maréchal de Boufflers, qui est de* meure à Tournay, où il assemble l'armée, envoya ici M, d'Antin. — Le roi demeurera ici quelques jours; il retient ici avec lui M. de Luxembourg, et il fera partir demain M. le maréchal de Villeroy pour aller à l'armée, qui est campée à Givry. — On ne doute pas que H. le maréchal de Lorges n'assiège Heidelberg, et que M. le duc de Noailles n'assiège Roses.^ On attend des courriers à tout moment qui en apportent la nouvelle. — Madame la duchesse de Choiseul n'ira ni à la campagne ni dans un couvent; elle s'est raccommodée avec M. son mari. — Le roi. Monseigneur et toute la cour allèrent au salut.
Mardi 26, au Quesnoy. — Le roi, depuis quelques jours, a été un peu incommodé d'une fluxion au col, qui ne l'empêche pourtant pas d'agir comme à son ordinaire. 11 tint conseil de guerroie matin avec Monseigneur, Monsieur le Prince , MM. les maréchaux de Luxembourg et de Villeroy ; ensuite il fit partir le maréchal de Villeroy. — Tous les vaisseaux que nous avions à Brest sc^t sortis du port ; ceux de Dunkerque et de Rochefort les avoient joints; il y a soixante et douze vaisseaux de ligne , outre le» vingt qu'a le cotote d'Estréeà dans la Méditerranée; quand il
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aur^ joiftt M. de Tourville, ils seront aussi forts quQ les Anylois €it les HoUandois ensemble, — On mande de Paris que madame de la Fayette , la mère j, fil. eu une rude apopleode;, qu'elle a perdu la parole et ensuite la connoissance ; et on ne doute pas qu'elle n'en meure. — Le roi ^ Monsei^eur et toute la cour furent au salut comme on fait durfimt toute roctave.
Mercredi 27, au Qùesnoy. — Le roi a eu nouvelle que le maréchal de Lorges étoit arrivé devant Heidelberg ; le 19 de ce mois, il s'est posté avec cent escadrons et trente bataillons sur le ruisseau de Sinstheim, qui tombe dans le Necker à Necker-Gemund, et M. de Chamilly, premier lieutenant général de son armée , est campé avec le reste de ses troupes au bas du Necker, où il fait faire des ponts pour passer du c6té du Bergstrass, s'il est nécessaire. On compte qu'il y a dans la place deux mille hommes de pied et un régiment de cavalerie; le gouverneur s'appelle Heidersdorf . — Les chemins sont encore si mauvais que les armées ne sauroient encore marcher avec toute l'artillerie et tout l'attirail qu'on mène; il y a six mille chariots de paysans commandés. — Le roi a été encore enfermé avec M. de Luxembourg cette après-dlnée Le maréchal de Boufflers envoie tous les jours ici quelqu'un du camp sous Tournay pour lui porter les ordres du roi. M' du Maine partira vendredi pour aller le joindre. — r^La fluxion du roi continue, et cela ne l'empêche pas de sortir pour aller à la messe et au salut.
J^di 28, av, Quesnoy. -^ Il arriva ici à sept heures du matin un officier des gardes de M. le maréchal de Lorges, qui apporte au roi la nouvelle de la prise de Heidelberg ; la tranchée fut ouverte la nuit du 21 au 22 ; M. de Chamilly, lieutenant général de jour avec le régin4ent de Picardie , attaquoit du côté du bas Necker et Mélac attaquoit le petit faubourg du haut Necker avec le régiment da Blansac. M. le maréchal d^ Lorges avoit fait une batterie de l'autre côté du bas Necker, qui voyoit à revers
les ouvrages des ennemis et qui les obligea de les abandonner. Bruslard^ capitaine des grenadiers de Picardie, se doutant que les ennemis abandonneroient ces ouvrages parce qu'il vit le feu cesser, y monta avec ses grenadiers et entra avec les ennemis qui se retiroient dans le faubourg. Ils vouloient revenir se remettre dans les ouvrages, mais Bruslard les repoussa jusque dans la ville , où il entra avec eux; il s'engagea même si avant, qu'il ne put être suivi que de dix ou douze de ses grenadiers; le major de Picardie cria aux soldats qu'il falloit dégager Bruslard, et les soldats à coups de hache rompirent la porte de la ville , que les ennemis avoient eu le loisir de refermer, et prirent quatre ou cinq cents prisonniers, qui n'avoient pas encore eu le loisir de se retirer dans le château. Une heure après, le gouverneur capitula et subit les conditions que lui imposa le maréchal de Lorges. Les prisonniers qu'on avoit faits en entrant dans la ville, et qu'on avoit enfermés dans la grande église, y mirent le feu durantla capitidation du château; de l'église , le feu se répandit dans la ville, qui a presque été toute brûlée. U est sorti de la place quinze cents hommes en comptant les prisonniers faits dans la ville , que nous avons rendus par la capitulation faite avec le château. On envoie cette garnison-là à Heilbronn. Nous n'avons perdu à cette occasion que dix ou douze soldats ; un capitaine de Picardie, et le lieutenant de Bruslard y ont été blessés. — Comme la fluxion du roi continuoit, il s'est fait saigner ce matin à neuf heures; il a vu les courtisans à sa messe, à son dîner, à son coucher, et a travaillé toute l'aprèsdlnée avec Vauban, qui n'est arrivé que d'aujourd'hui, et ensuite avec M. de Luxembourg.
Vendredi 29, au Quemoy. — Le roi a bien passé la nuit ; sa fluxion est diminuée; il a appris par des lettres de Bruxelles que les ennemis y avoient reçu, dès avant hier, la nouvelle de la prise de Heidelberg, dont le prince d'Orange avoit paru fort surpris et fort affligé. — M. Je ma
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réchal de Lorges va marcher droit au prince Louis de Bade, qui apparamment abandonnera Heilbronn; il y avoit de grands magasins dans Heidelberg dont nous n'avons pu sauver que trois cents sacs de farine. En même temps que Bruslard entroit dans la ville, Mélac, à son attaque, avoit forcé son faubourg et s'y établissoit avec le régiment deBlansac. — On mande de Paris que madame de la Fayette * est morte ; c'étoit une femme de beaucoup d'esprit et de réputation. — M. le duc du Maine est parti ce matin pour s'en aller à l'armée du roi, qui marchera dimanche. — Le roi est sorti ce soir de chez lui ; il est allé chez madame de Maintenon , à son ordinaire. Sa fluxion est presque entièrement passée.
* Madame de la Fayette étoit mère du marquis de la Fayette qiii^ de la tille de Marillac , ne laissa qu'une fille unique, qui a été mère du duc delà Trémoille. Madame de la Fayette étoit la plus intime amie et confidente de M. de la Rochefoucauld, qui figura tant avec madame de Longueville pendant la minorité de Louis XIV , et qm, tant qu'il a vécu, âlloit tous les jours chez elle, où il y avoit les soirs un rendez-vous de ce qu'il y avoit de meilleur à Paris pour les lettres galantes, et outre cela fort bonne compagnie. C'étoit un tribunal pour les ouvrages d'esprit. Elle retira la Fontaine, si connu par ses Contes et ses Fables, qui seroît mort de faim sans elle, et qui vécut plusieurs années et mourut chez elle (1).
Samedi 30, au Quesnoy, — ^ Le roi se promena assez longtemps l'après-dlnée sur les remparts ; il donna l'ordre
(1) Le Merùure parle de madame de la Fayette à peu près dan» le& mêmes termes que Saint-Simon. « Elle étoit, dit-il, veuve de M. le comte de la Fayette, et tellement distinguée par son esprit et par son mérite , qu'elle s'étoit acquis restime et la considération de tout ce qu'il y avoit de plus grand en France. Lorsque sa santé ne lui a plus permis d'aller à la cour, on peut dire que toute la cour a été chez elle, de sorte que, sans sortir de sa chambre, elle avoit partout un grand crédit , dont elle ne faisoit usage que pour rendre service h tout le monde. » ( Mercure de juin , page 195. )
Ce n'est pas la Fontaine, mais Segrais, que madame de la Fayette retira cliez elle; La Fontaine lui survécut de deux ans; il mourut le 13 avril 1693, chez madame Hervart.
de Saint-Louis à Vauban, qu'il avoit nommé grand^K^roix dès Versailles* lie soir, après sa promenade , le roi s'enferma avec le P. de la Chaise et se confessa, — Ce que le clergé de ce pays-ci donne au roi monte à plu§ de 500^000 francs qui viendront droit dans lea coffres du roi. — M, le prince d'Orange esttoujoursi entre Bruxelles et MaUnes, et a fait avancer quelques troupes jusqu'à Anderlecht. — On a appris par les nouvelles de Gonsrtantinople que le grand vizir a été déposé et le caïmacaù mis en sa place ; il étoit beau-frère du grand vizir, et aobtenu du Grand-Seigneur qu'on ne le fit pas mourir ; on prétend que le grand viâr vouloit faire la paix avec l'empereur. — M. de Bagnol's est intendant de l'armée duroi» et Lamarie en sert dans l'armée de M. de Luxembourg; il en a déjà servi avec H. de Boufflers, qui s'en aceommodoit bien ; il n'est que commissaire.
Dimanche M, au Quesnoy. — M. de Boufflers campe aujourd'hui avec l'armée du roi à Leuze. — Le roi a fait aujourd'hui ses dévotions; il a donné l'évèché de Comminges à Tabbé de Dénonville, frère de Dénon ville , sous gouverneur de M. le duc de Bourgogne ; l'évèché de Cahors à l'abbé de la Luzerne, qui étoit aumônier ordinaire de madame la Dauphine; Tabbaye de Signy à l'abbé de Campe*, qui avoit été nommé évèque de Pamiers et qui renonce à la nomination ; un petit bénélice dans Lyon au Ir^re aîné de M. de Saillant, comte de l»yon et hodni^e fort retiré ; un canonicat de la Sainte-Chapelle à un frère de Despréaux ; un autre canonicat au fils de Basire de là chambre ; un petit bénéfice en Poitou à un frère de mademoiselle de Sansay, fille d'honneur de madame la princesse de Conty . — Le roi a déclaré qu'il partiroit mdjrdi et joindroit son armée, qui camperoit ce jour-là par delà Mons. Les princesses et les dames vont à Maubeuge, où elles attendront les ordres du roi ; elles partiront en même temps que nous. — Monseigneur a tiré le rang des aides de camp; les voici dans leur ordre :
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Aide$ de camp du roi : SeppeviUe^ LaDijaiaet, ftoncherolles^ Lassay ^ M. le comte de Toulouse , le comte de Fiesque , le duc d^Elbeuf .
Àide$ de camp de Monseigneur : hà Chesnaye^ Sainte- Maure, Coigny , le duc d'Albret.
* L'abbé de Campe étoit originairement laquais de Serroni , premiei* archev^.que d'Alby; ce dominicain, compagnon et gouverneur du P. Mazarin, mort cardinal et archevêque d'Aix , frère du cai^inal Mazarin qui l'avoit mis auprès de lui et qui s'en servit depuis en quantité d'affaires. On prétend que ce laquais lui plut de plus d'une façon. 11 le fit valet de chambre , puis secrétaire. Il avoit beaucoup d'esprit et s'étoit fait du savoir. Ainsi il prit le petit collet pour se décrasser et puis pour faire fortune^ et son maître l'employoit en beaucoup de choses et le fit connoître. Après la mort de Serroni, il marcha seul, et, comme il s'étoit fort intrigué dans l'affaire de la régale, il en fut ré* compensé de l'évéché de Pamiers, dont le pape s'obstina tellement et si personnellement à refuser les bulles , qu'à la fin on sortit de cet embarras par l'abbaye de Signy. Il se poussa auprès du P. de la Chaise par les médailles et par lui auprès du roi, et a passé une très-longue vie dans quelque considération , beaucoup d'opulence et un grand amusement d'histoire et de musique. Il avoit porté son abbaye à plus de 40,000 livres de rente .
Lundi !•' juin, au Quesnoy, — Le poi a fait partir ce matin ses gros équipages pour aller à Bavay, et demain ils joindront l'armée. — Le roi a appris ce matin la mort de M. Farchevèque de Lyon*; il avoit quatre-vingt-six ans. Il avoit beaucoup de bénéfices ; il étoit lieutenant de roi de Lyonnois. Le marquis d'Alineourt , son petit neveu, en a la survivance ; il étoit chevalier de l'ordre. — Le roi a appris aussi la mort de M, de Maulevrier, frère de M. de Croissy. Il étoit gouverneur de Tournay, gouvernement qui vaut près de 10,000 écus de rente ; il étoit chevalier de l'ordre. On croit que le chagrin de n'avoir point été maréchal de France a fort contribué 4 sa mort. Il étoit pluB ancien lieutenant général que tous les sept maréchaux que le roi a faits. -*-* H y a eu des changements pour le voyage des dames; le roi avoit
réglé après midi qu'elles iroient demain coucher à Bavay et non à Maubeuge ; et ce soir S. M. ordonne qu'elles demeureront ici jusqu'à jeudi. — M. de Luxembourg, M. le «lue de Chartres , M. le Duc , et M. le prince de Conty r,ont partis pour aller à leur armée. — M. de Boufflers campe aujourd'hui avec l'armée du roi entre Lens et Cambon.
* L'archevêque de Lyon, frère et oucle des deux maréchaux de Villeroy , peut être considéré comme le dernier seigneur qui ait été en France. Il commandoit dans Lyon et dans tout le gouvernement avec une pleine autorité, sans inspection de personne, et rien ne s'y faisoit que par lui. 11 avoit un grand équipage de chasse, et, devenu aveugle à la fin de sa vie , il alloit encore à la chasse à cheval entre deux écuyers. Il vivoit magnifiquement; tout trembloit sous lui, la ville , les troupes jusqu'à l'intendant. Le roi , fatigué de ce qu'il s en plaignoit souvent et avec peu de raison , quoi qu'on la loi donnât toujours, envoya le duc de Villeroy, depuis maréchal, à Lyon avec une liste du conseil et le choix à Farchevêque d'y prendre tel intendant qu'il voudroit , et le duc de Villeroy s'acquitta de c«tte commission comme de la chose du monde la plus agréable pour sou oncle. « Vous êtes un sot , lui répondit l'oncle ; je ne le suis pas assez pour choisir et donner dans cette baie pour que l'intendant que j'aurai choisi fasse après des siennes , et qu'on me dise après : Mais c'est vousmême qui Tavez pris. Mon neveu , puisqu'il faut avoir des intendants, il faut aussi avoir la liberté de s'en plaindre et la ressource de les faire chasser ; c'est ce dont je ne me départirai pas. » Aussi ne fit-il , et nul intendant n'y subsista qu'à titre de son valet à l'aveugle. G'étoit im petit prestolet, à mine de curé de village, aussi haut que son frère étoit bas, qui le menoit à la baguette et son neveu au bâton, qui avoit plus d'es* prit et de sens encore que son frère , fut peu archevêque et moins commandant que roi de ces provinces, qu'il ne quittoit presque jamais. 11 avoit eu l'ordre en 1663.