‹ Journal du marquis de Dangeau (volume 3)Chapitre 22 sur 27 · T. TV · texte numérisé non relu

T. TV

S&4 JOURHAL DE DAHGEAU.

ducs de Bourgogne et de Berry n'ont plus de fièvre. — L'abbé de Brissac * est mort ; il étoit oncle du duc de Brissac et de la duchesse de Villeroy, et n'avoit qu'un fort petit bénéfice.

* Cet abbé de Brissac, qui étoit homme de beaucoup d'esprit et de mérite , d'excellente compagnie , avoit été jésuite quelques années. Ils ne lui avoient jaiftais pardomié d'en être sorti, et Tavoient exclu de tout, mourant de faim et fort incommodé. Il passa les dernières années de sa Tîe à Ghelles, où il mourut, dont une de ses sœurs étott abbesse.

Mardi 8. à Versailles, — Le roi fit ses dévotions en bas dans la chapelle ; mais il ne toucha point les malades. ■— Le roi donna Tévêché de Saint-Flour à l'abbé d'Estaing , comte de Lyon ; l'évêché de Périgueux à Tabbé de Francheville ; l'évêché de Pamiers à Tabbé de Vertamont ; l'abbaye d'Ainay à l'abbé de Vaubecourt, qui rend l'abbaye qu'il avoit; l'abbaye de l'Ile-Barbe à l'abbé de Valonge, qui rend l'abbaye qu'il avoit qu'on donne à l'abbé du Troncq, neveu de Bonteiups; l'abbaye de Saint-Just à l'abbé Dubois *, qui est auprès de M. de Chartres (1) ; un prieuré auprès de Nevers qu'avoit l'archevêque de Lyon à l'abbé Boileau. Le roi n'a point donné l'archevêché de Lyon ni l'abbaye de Foigny. — Le prince de Lixin** est mort; il jouissoitde cette principauté de Hombourg et de Saint- A vaux pour sa vie seulement. Il avoit eu cela pour avoir épousé la princesse de Phalsbourg, sœur de M. de Lorraine. Il étoit Génois^ delà maison de Grimaldi. Le roi réunit ses terres à son domaine.

* T/abbé Dubois, mort cardinal et premier ministre.

** Voici ce que c'étoit que ce prince de Phaltzbourg, ou phitdt sa f >mme. Le duc Hemri de Lorraine , comiu longtemps sous fe nom de duc de Bar, étoit fils du duc Charles, à qui Catherine de Médicis avoît

(1) C'est le cardinal Dubois que l'on a dit qui avoit négocié le mariage de M. de Cbartres, dont il avoit été le précepteur^ et qui eut cette abbaye pour récompense. (Note du duc de Lupnes, )

donné une de ses filles en mariage , et qu'elle voulut^ avec de si grands et continuels efforts, porter sur le trône de France, à Texclusion de Henri IV et de tous les princes du sang.

Henri avoit épousé une sœur de Henri IV, fort malgré lui, et encore pins malgré elle, et fut à Rome pour en obtenir dispense après l'avoir fait; mais en effet pour faire casser son mariage. Il ânit bientdt après par la mort de sa femme sans enfants, et il épousa une fille du due Vincent de Mantoue, et d'Éléonore, tante paternelle de la reine Marie de Médicis. Il fut possédé si entièrement par un bâtard du cardinal de GuîsetuéàBlois,^îuis'appeloitle baron d'Ancerville, qu'il voulut à toute force le faire son successeur en lui faisant épouser Taînée de ses deux filles , et le combla de biens. Cda mit une telle division entre le duc Henri, qui n'avoit que deux filles, et le comte de Vaudémont, son frère, qui les vouloit pour ses deux fils, qu'il fallût qu'il consentît à donner sa fille aînée a ce bâtard, que Tempereur créa prince de Lixin, et à qui le duc Henri donna de grandes terres. Moyennant quoi il donna Nicole , sa fille aînée, à Charles, fils aîné du comte de Vaudémont, qui fut ce Charles IV célèbre pour ses ruses, ses exploits, ses perfidies , ses divers dépouillements^ sa prison en Espagne , plus célèbre par son neveu le fameux Charles , beau-frère de Tempereur Léopold et généralissime des armées de l'Empire, qui est le grand-père du duc de Lorraine d'aujourd'hui. Ce célèbre neveu étoit fils du frère de Charles tV à qui il céda plus d'une fois son duché en fraude, qui avoit quitté le chapeau de cardinal pour épouser l'autre fille du duc Henri son onde, ' voyant le duc Charles IV, son frère, sans enfants de l'aînée, la duchesse Nicole.

Ces deux frères, Charles IV et François, en mourant ducs de Lorraine, étoient donc frères delà princesse de Phaltzbourg, laquelle ne fiit pas moins une héroïne du roman que Charles IV, son frère. Ce fut elle qui séduisit Gast<m, frère ée Louis XIH, retiré en Lorraine, et qui encouragea ses frères à lui faire épouser leur autre soeur sans aucune forme elen grand secret , le 13 janvier 1631, dans le couvent du Saint- Sacrement de Nancy, par un moine en présence d'un autre, qui s'évadèrent, dePuylaurens, de M.d'Elbeuf et de madame de Remiremont, tante des ducs Charles IV et François. C'est ce mariage qui fit après tant de vacarme , et qui eut tant de pône et de temps à être reconnu de Louis XIII.

Les aventures sans nombre de cette princesse de Phaltzbourg composeroient un juste volume. Elle se brouilla avec son mari et le força à chercher une retraite à Munich, en 1631, après dix ans de mariage. Elle épousa ensuite Christophe Moura , puis Charles Guasco , après un M. de Chantelou , et enfin un Grimsddi de Gènes, tous par amour, tous brouillés avec elle, tous dits] princes de Lixin. Elle mourut enfin

le 16 novembre 1660 à cinquante-cinq ans , et fut avec tous ces beaux mariages fort crainte et considérée dans sa famille. Tous ces maris étoient des aventuriers et tous sans nom , hors le Grimaldi.

Mercredi 9, à Versailles. — Le roi a donné l'abbaye de Foigny à M. Tévèque de Condom^ qui quitte son évèché, et le roi le donne à Tabbéd'Hervault, qui étoit son auditeur de rote à Rome. — Madame Pelletier, femme du président à mortier, est morte. Étant fille , elle s'appeloit mademoiselle de Rosambo ; on la croyoit riche de 500,000 écus. — On ne doute plus en Flandre que nous ne fassions le siège de Gharleroy , et, sur le bruit qui en court, le prince d'Orange, qui devoit retourner en Hollande, est demeuré à son armée. On croit que la place sera investie aujourd'hui. — Le roi alla à Saint-Cloud, et quand il sut par d'Avilliers, qu'il avoit envoyé au-devant de Monseigneur, que Monseigneur étoit arrivé à Claye, il remonta en carrosse avec Monsieur, Madame et Mademoiselle et les princesses qu'U avoit amenées , et alla sur le chemin de Paris au-devant de Monseigneur. Il le rencontra auprès des murailles du bois de Boulogne, et le fit monter dans son carrosse. Us repassèrent par Saint-Cloud, où ils laissèrent Madame et Mademoiselle et vinrent ici, où Monsieur resta jusqu'à huit heures du soir et retourna à Saint-Cloud.

Jet^i 10, à Versailles. — M. le duc du Maine est revenu de l'armée d'Allemagne avec Monseigneur ; ils ont passé à Strasbourg. Monseigneur coucha lundi à Nancy; il y prit la poste, vint mardi à Saint-Dizier, où Tintendantde Champagne lui donna à dîner, et coucha à Châlons chez M. l'évéque. Hier ildina à Château-Thierry, où M. de Meaux lui avoit fait préparer à dîner, et il arriva ici de bonne heure. — M. le maréchal de Boufflers a repassé le Rhin pour retourner en Flandre. Il ramène avec lui trentequatre escadrons et quatorze bataillons de ceux que Monseigneur avoit menés en Allemagne; iKramène aussi tous les officiers généraux qui avoient suivi Monseigneur, honnis Tallard, qui reste avec M. le maréchal de Ix^rges.

SEFfEMBRE 1695, 357

— M. Tabbé de Noirmoutiers est arrivé de Rome. On ne doute point qu'il n'apporte la nouvelle de raccommodement des affaires que nous avons avec cette cour-lâ. Cependantcela ne se déclarera que quand le nonce le viendra dire au roi de la part de Sa Sainteté. .

Vendredi H, à Versailles. — Le roi a déclaré le siège de Charleroy; la place fut investie le 9. M. de Luxembourg sera dans les lignes avec toute son armée; il aura quatre-vingtdeux bataillons. Les troupes qui étoient en Normandie l'ont joint; on compte qu'il y a quatre à cinq mille hommes dans la place; c'est Kmentel qui en est gouverneur.

— Monseigneur a été dîner à Choisy avec madame la princesse de Conty, et y a disposé tous les logements pour le roi, qui doit y aller coucherjeudi. — Le roi donna avanthier le logement qu'avoit feue Mademoiselle à M. le cardinal de Bouillon , et Ton donne aux principaux officiers de M. le duc de Berry le logement qu'avoit le cardinal de Bouillon. — On a nouvelle que le roi de Danemark bombarde actuellement Ratzebourg; maison ne croit pas qu'il en forme le siège. — Mademoiselle de Portes* es* morte à Paris; elle a fait une donation considérable à M. le prince de Conty.

* Lemarquis de Portes-Budos, vice-amiral et chevalier de Tordre, tué au siège de Privas, allant être maréchal de France, et surintendant des finances, étoit frère de la connétable de Montmorency, mère de madame la princesse de Condé et de M. de Montmorency, décapité à Toulouse, 1632. 11 avoit épousé une sœur du duc d'Uzès, dont il ne laissa que deux filles , et sa veuve se remaria au marquis de Saint-Simon , chevalier de Tordre , frère aîné du duc de Sain^Simon , qui épousa la seconde fille de sa belle-sœur. Sa beauté et sa douceur la lui firent préférer à Tatnée, qui, laide et méchante, ne lui pardonna jamais , et luf fit toute sa vie du pis qu'elle put. Sa sœur ne laissa qu'une fille, qui fiit la première femme du duc de Brissac , frère de la dernière maréchale de Villeroy , parfaitement belle. La mère mourante en [1670] allant être dame d'hoimeur de la reine, et la fille sans enfants en 1683 (1),

(1) Il serait diUicile de se douter, en lisant cette addition» que Saint-Simon

Mademoiselle de Portes étoit donc sans eontrainte pour son héritage , et fort caressée de M. le prince de Conty , du père duquel elle étoit cousine germaine. Elle lui donna donc ses terres qui étoient belles et grandes en Languedoc, avec stipulation que le sceau de M. le prince |

de Conty dont on s'y serviroit seroît mi-parti de Bourbon et de Budos. '

» Il est aisé de croire que cette condition fut mal tenue; sa mère vivoit |

encore.

Samedi 12, à Versailles. — M. le nonce vint ici apporter au roi un bref du pape, et dire qu'il avoit ordre de S. S. de rendre compte au roi qu'on étoit demeuré d'accord de la letti^e que dévoient écrire les évoques de rassemblée de 82, moyennant laquelle ils auront leurs bulles; ainsi voilà une affaire finie. — Nos vaisseaux qui sont à Toulon en doivent partir incessamment pour retourner à Brest; la flotte angloise qui s' étoit remise à la mer pour aller, disoient-ils , chercher notre flotte dans la Méditer* ranée n'a été que cinquante lieues par-delà Ouessant, et puis est rentrée dans leur port. — Vauban conduira les travaux de Charleroy comme il a accoutumé de faire aux sièges où est le roi. — On ne doute pas présentement que l'archevêque de Tours ne soit nommé à Farchevêché de Lyon ; ce qui avoit retardé cette nomination , c'est qu'il étoit de l'assemblée de 82, et on attendoit que les affaires de Rome fussent accommodées.

Dimanche 13, à Versailles. — Le roi alla à Saint-Cyr tout seul, et en revint avec les dames. Monseigneur alla à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre , et puis à Saint-Cloud voir Monsieur et Madame. — Monsieur, comme légataire universel de Mademoiselle , étoit créancier de la maison de Chimay ; il avoit demandé au roi

parle de la première femme de son père, dont il laisse la date de mort en blanc et de sa sœur consanguine , Gabrielle-Louise de Saint-Simon, duchesse de Brissac, qui, n'ayant point^d'enrants , « fit, dit le P. Anselme, son testament le 11 juillet 1683, par lequel elle institua héritier universel son frère consanguin, et mourut âgée de trente-huit ans , le 28 février 1684. » Saint-Simon H pris ta date du te»tain«nt de «a ttoNir pour celle de sa mort.

d'être payé des arrérages de cette dette sur la confiscation que le roi a faite des terres de cette maison ; le roi n'a pas voulu le faire pour la conséquence que cela auroit faite aux autres créanciers pour tous les biens confisqués; mais le roi a mieux fait encore pour lui, car il a donné à M. le duc de Chartres la confiscation des terres d'Avesnes, de Ghimay et de Beaumont qui étoient réunies à ce domaine, et qui valent près de 40,000 livres de rente. — Le roi a accepté la médiation de la république de Venise pour la paix.

Lundi 14, à Versailles. — Le roi a nommé l'arche vèque de Tours à l'archevêché de Lyon ; il avoit été nommé évéque de Clermont avant d'être archevêque, et n'avoit point été sacré n'ayant point eu de bulles ; il est comte de Lyon. — Le roi compte que la tranchée sera ouverte ce soir ou demain au plus tard à Charleroy . — Le prince d'Orange est toujours dans son camp de Gamarache. — M. le maréchal de Lorges va camper dans la plaine de Wihl ; il ne songe plus qu'à faire subsister son armée sur le pays ennemi, le reste de la campagne. — M. de Savoie est encore à la Pérouse; il fait toujours fortifier le fort Sainte-Brigitte, et jusqu'ici il n'entreprend rien sur Pignerol.

Mardi 15 , à Versmlles. — Le roi alla à Saint^îermain voir le roi et la reine d'Angleterre. — • Monseigneur alla dîner à Paris chez Monsieur avec madame la princesse de Conty ; ensuite il joua, et puis entendit l'opéra de Bidon ; la musique en est du petit Marais, et c'est une femme qui a fait les paroles (1) . -*- Madame de Thi&nges * mourut à Paris; elle avoit une grosse pension du roi, et avoit les entrées le soir après souper dans le cabinet du roi avec les princesses ; elle s'étoit conservée cette privance-là, et

(1) « C'est une tragédie en cinq actes de madame Saintonge, mise en musique par Desmarets ; elle fut représentée pour la première fois le 5 juin 1693. » ( Dictionnaire des Théâtres^ par M. de Léris. )

43n avoit joui encore depuis huit jours malgré ses incommodités. — L'ambassadeur de Venise vint le matin remercier le roi d'avoir accepté la médiation de la république.

* Madame de Thianges étoit sœur de M. de Vivonne , de madame de Montespan et de l'abbesse de Fontevrault , mère du marquis de Thianges, et mort depuis sans enfants , de la duchesse de Nevers et de la duchesse Sforce, qui n'a point eu d*enfants. Si madame de Thianges étoit la moins belle de toutes, c'étoit celle qui, avec beaucoup d*esprit, avoit le plus de conduite et qui gouvemoit fort sa sœur et le roi , et ne perdit jamais faveur, crédit et phvance dansTéloignementde sa sœur, et dans un état de chassie et de baverie à faire mal au cœur. Elle avoit comme relégué son mari en province, et en avoit quitté les armes et les livrées ; amie intime de M. de la Rochefoucauld, excellente amie, cruelle ennemie , et la plus glorieuse femme du monde. Le roi, qui se plaisoit à Timpatienter quelquefois pour en tirer des traits ravissants qu'elle décochoit sans cesse quand elle étoit excitée , la tourmentant un jour plus que de coutume sur sa maison où Ton ne voyoit pas ce grand nombre d'officiers de la couronne que fournit celle de Montmorency^ elle lui répondit en colère : « Voulez-vous que je vous dise pourquoi ? c'est que ces messieurs-là , dans leur petite terre près de Paris, n'avoient rien de meilleur à Mre que ces fortunes, tandis que nous autres avions en petit de tout cela à nous , qui étions fort loin de vouloir être à vous autres. » Gela fit taire le roi, qui ne lui en a] plus parlé depuis.

Mercredi 16, à Versailles. — Monseigneur alla coucher à Choisy, où il ne mena que M. du Maine, monsieur le Premier, et moi. — On a eu des nouvelles de M. le maréchal de Bouftlers; il n'arrivera sur la Moselle que le 21 ou le 22 , et il la passera auprès de Mont-Royal. — Le roi fait accommoder l'appartement qu'avoit madame de Thianges pour le joindre à celui de Monseigneur, et outre cela on prend deux pièces de Tâppartement qu'avoit feu Mademoiselle; le reste sera pour M. le cardinal de Bouillon, à qui le roi l'auroit laissé tout entier sans que cela accommodoit Monseigneur. Tout cela sera entièrement accommodé au retour de Fontainebleau, et on y travaillera dès demain.

Jeudi 17, à Choisy. — Le roi partit à dix heures de Versailles, et monta à cheval auprès de Berny, et de là vint ici en chassant ; il y arriva à quatre heures. Monsieur, Madame et Mademoiselle, qui venoient de Saint-Cloud, étoient déjà arrivés; les princesses Tétoient aussi. Le roi se promena longtemps à pied dans les jardins, et puis en fit le tour en carrosse, et trouva la maison de Choisy fort embellie. Il parolt que ce lieu lui plaît fort. Le soir, il alla chez madame de Maintenon, à son ordinaire. Elle étoit logée au bout de la galerie ; Monsieur, Madame et Mademoiselle étoient logés dans Tappartement bas à la droite; madame de Chartres, madame la Duchesse et madame la princesse de Conty dans Tappartement bas à la gauche. Après souper,^ le roi se promena dans la galerie avec les courtisans, et puis entra dans le cabinet près de la chapelle avec Monseigneur, Monsieur, Madame et les princesses , et même il y fit venir Monsieur le Prince pour être de la conversation. Il y eut grand coucher, et le roi recommencera à se lever et à se coucher en pmblic, comme il faisoit avant sa fièvre.

Vendredi 18 , à Fontainebleau. — Le roi dina à Choisy avant que de partir ; il vint dans son carrosse avec Monseigneur, Monsieur, Madame, Mademoiselle et madame la princesse de Conty. Madame de Chartres et madame la Duchesse partirent de Choisy à dix heures en bateau. Il arriva avant le lever du roi un courrier de Charleroy ; la tranchée fut ouverte la nuit du mardi au mercredi ; il y a deux attaques qui se joindront, celle des gardes" et celle de Navarre, Le travail fut poussé assez loin. Nous y avons perdu un lieutenant aux gardes nommé Marigny ; nous y avons eu de blessés Daquin , capitaine aux gardes , et Vigny qui y commande l'artillerie ; mais sa blessure est légère, et dans peu de jours il sera en état d'agir.

Samedi 19, à Fontainebleau. — M. de Savoie a quitté le camp delà Pérouse, et s'est remis dans la plaine. M. de Catinat attend le reste des troupes qui le doivent joindre.

362 JOURNAL D£ DAJNGEAU.

et compte de marcher le 27 ou le 28 de ce mois. -^ On Avoit dit que la gendarmerie avoit eu un contre-ordre de demeiu^er auprès de Lyon ; mais cela ne s'est pas trouvé vrai. — M. le prince d'Orange est toujours dans son camp de Gamarache; il ne songe pointa secourir Charleroy. M. l'électeur de Bavière est détaché avec un assez grand corps^ et a passé la Dender. M. de Luxembourg a détaché le marquis d'Harcourt avec vingtndeux escadrons pour aller joindi*e le marquis de la Valette, qui est sous Ypres avec seize escadrons; ils observeront les mouvements de M. de Bavière.

Dimanche 20, à Fontainebleau. — On a eu nouvelle de Charleroy que les assiégés firent, le 17 après midi, une assez grande sortie sur la tranchée, et renversèrent les postes les plus avancés, où ils prirent Belcombe (1), un de nos ingénieurs. Le marquis de Créquy, qui étoit maréchal de camp de jour, marcha avec les bataillons de Piémont qui étoient de garde et rechassa les ennemis* Le marquis de Broglie , capitaine de cavalerie, qui étoit venu voir le marquis de Créquy à la tranchée, y fut tué d'un coup de canon. — Les marchands anglois et hollandois se plaignent autant de la perte qu'ils ont faite à la péche.de la baleine, où nous leur avons pris ou ooulé à fond plus de deux cents petits bâtiments, qu'ils s'étoient plaints des pertes qu'ils ont faites à la défaite de la flotte de Smyrne. — Le capitaine Jean Bart est reparti de Toulon , a repassé le détroit et est rentré dans l'Océan.

Lundi 21, à Fontainebleau, — Le roi se promena autour du canal avec les dames. Le soir il y eut ici comédie pour la première fois. Raisin ^, fameux comédien, mourut ces jours passés à Paris (2). On n'a pas amené, ce voyage-

(t) ie Mercure et la Gazette nomment cet ingéniear Grandcombe.

(2) Avant de parler de la mort de Raisin, le Mercure insère une pièce de vers faite par IVt de Vin « contre les sifflets , dont le mauvais usage s*est hitrodnit depuis quelque temps à la comédie avec une telle forf^ur, que les «c*

ci, les comédiens italiens. — Par les nouvelles qu'on a reçues de Charleroy il parolt que le siège se continue heureusement; les travaux avancent fort, et nous y perdons peu de monde, M. le prinoe de Conty est sorti de la tranchée avec la fièvre assez violente ; il se va faire porter à Mons. Les assiégés n'ont quasi plus de canon qui tire ; nous en avons trente pièces en batterie et douze mortiers. M. l'électeur de Bavière est campé à Gavre avec son détachement, et le marquis d'Haroourt est avec les sien à Tournay . On croit que M. le prince d'Orange pourroit bien suivre ici M. de Bavière , auquel cas M. de Luxembourg marchera et laissera là le maréchal de Villeroy au siège.

teurs sont souvent interrompus et même contraints quelquefois de quitter uni; pièce nouvelle dès le troisième acte , pour en représenter une des anciennes , selon qu'il platt au\ siffleurs de la demander. Cette licence est d'autant plus dangereuse que , rebutant les auteurs , elle étouffe en quelque façon les génies les plus heureux par le dégpAt qu'elle leur inspire pour le théâtre , outre qu'il ne faut qu'une cabale contraire pour faire tomber, au moyen de ces sifflets, une pièce qui, sans cela, pourroit mériter l'approbation des connoisseurs. » L*^ttre de M. de Vin qui a pour titre Thalie au Bût , constate que les spectateurs interrompaient la représentation des pièces nouvelles pour demander qu'on jouât celles de Corneille, de Racine et de Molière :

Accoutumé qu'il est lie public] à son cliarmant 4vQre,

Et semblable au voluptueux Qui sur on met« eonniuii Jette mu «Il ilé44fgneqx, ' Son dégoût fantasque et barbare

Ne peut se résoudre à souffrir Tout ce qui de moins bon à ses yfux vient s'offrir. AlDsl, pour peu qu'un tour, un vers, on mot le.blessc,

Aussitôt sa délicatesse, Toute fausse qu'elle, est rebutant les auteurs, Ao ^ruit 4e çc9t sifflets demande toi|c «ntre pMoe, Et sans aucun respect de Grandeur et d'Altesse, Bmaque et môme à leurs yeux bi.% taire las acteurs....

« On ne se contente pas dé sifller les pièces , on va quelquefois jusqu'à siffler les acteurs , quand ils n'ont paa le brâiheur de plaire. Iiea coroédiepis françois viennent d'en perdre un qui n'avoit rien k appréhender de ce c4té-lè > puisqu'il étoit le charme de tout Paris dans le comique. C'est vous faire entendre assez que je parle de M. Raisin , mort dans une grande jeunesse , et d'autant plus regretté de ceux qui aiment la comédie , que c'est une perte difficile à réparer. » {Mercure de septembre, pages 42 à ô7. )

* La femme de Raisin étoit parfaitement belle et excellente actrice. Monseigneur en fut amoureux. Dumont, son écuyer principal et son favori, la lui mena un soir avec une autre qui Taccompagnoit : celle-ci se trouva la première à la porte que Monseigneur ouvrit et la tira dedans, et ne tardant pas à se satisfaire sans dire un mot. Dumont frappa à la porte et cria qu'il se méprenoit. Il n'étoit plus temps : Monseigneur la remit dehors et dit que ce seroit pour une autre fois, et s'en retourna à tâtons. Plus le conte est étrange , plus il mérite de n'être pas oublié, parce qu'il est vrai. La revanche fut prise , et cette inclination dura assez pour qu'il y eût des enfants et mériter les soins des courtisans éveillés et même ceux du maréchal de Noailles, qui, avec sa grande dévotion, lui en rendoit beaucoup (1).

Mardi 22, à Fontainebleau. — Les appartements n'ont point encore commencé ici; on attendra pour cela que la reine d'Angleterre soit arrivée. — M. de Catinat étoit encore, le 14 de ce mois, campé à Fenestrelles ; mais il n'attendoit que l'arrivée de la gendarmerie pour marcher; M. de Savoie fait toujours fortifier le fort Sainte-Brigitte, mais en même temps il le fait miner pour le faire sauter, apparemment quand nous approcherons. — Le siège de Charleroy avance toujours assez heureusement; nous n'avons encore que cent dix hommes à l'hôpital. Le marquis de Rochefort a une contusion assez considérable, mais on espère que ce ne sera rien. — Toute la cavalerie qui étoit au camp de Sablon a joint le maréchal de Catinat.

Mercredi 23, à Fontainebleau. — Le roi. Monseigneur, Monsieur, Madame et Mademoiselle allèrent au-devant du roi et de la reine d'Angleterre. Le roi les rencontra à deux lieues d'ici, et les mit dans son carrosse ; ils n'arrivèrent qu'à huit heures du soir. — Le roi a eu nouvelle que M. le prince d'Orange étoit allé camper à Ninove sur la Dender. M. de Luxembourg a marché à Mons avec la brigade de la maison du roi et la brigade du mestre de camp ; il a fait avancer dix-sept bataillons aux Ëssinnes; il a laissé le maréchal de Villeroy pour continuer le siège

(1) L'aventure est racontée autrement par Saint-Simon, et, avec plu5 de détails, dans ses Mémoires, tome XVU, page 15.

de Charleroy avec quarante^eux bataillons et quarantecinq escadrons ; et le reste de son armée est demeuré au camp du Piéton ; il le fera marcher suivant les mouvements des ennemis. — Le roi mange en public avec le roi, la reine d'Angleterre , "Monseigneur, Monsieur, Madame, Mademoiselle et toutes les princesses du sang; la reine d'Angleterre est entre les deux rois, et le roi d'Angleterre a la droite. Monseigneur est au retour de la table à droite et Monsieur à gauche. Le roi, après souper, a reconduit la reine d'Angleterre jusque dans son appartement, et lui a promis de ne la plus conduire. Le roi et la reine d'Angleterre occupent Tappartement de la reine-mère, comme les autres voyages. — M. de Luxembourg a laissé au siège de Charleroy trois lieutenants généraux et trois maréchaux de camp.

LIBUTBNANTS GÉNéftAUX : MAHÉGHAUX DB CAMP :

Rubantel , le baron de Bressay ^

Guiscard , Pracomtal,

Ximenès. le comte de Solre.

Jeudi âb, à Fontainebleau. *^ Le roi alla à midi prendre la reine d'Angleterre dans son appartement pour la mener à la messe; ensuite ils allèrent dîner, etpuis montèrent en carrosse pour aller voir courre le cerf. Madame , contre son ordinaire, ne monta point à cheval. — Le soir il y eut appartement; le roi mena la reine d'Angleterre à la musique, et puis alla chez madame de Maintenon à son ordinaire. La reine demeura à l'appartement à jouer avec Monseigneur et Monsieur. — Le maréchal de Villeroy envoya un courrier rendre compte du siège de Charleroy où nous perdons fort peu de monde. On espéroit, le lendemain du départ du com^rier, être maître de la redoute qui est dans l'étang, où il y a un capitaine espagnol avec cinquante hommes qui témoigne beaucoup de fermeté. — M. 'Moreau, premier médecin de feu madame la

Dauphine y est mort ici en vingt-quatre heures. — Les nouvelles d^ Allemagne portent que les Turcs étoient encore maîtres du Danube, et que le grand vizir venoit au secours de Belgrade avec trente mille Turcs et quaraate mille Taiiiares. -«- Le roi et la reine d^Ângleterre^ en venant ici, ont pris le deuil de la reine de Suède ; mais ce n'est que parce que le roi le porte^ et ils ne Tauroient pas pris s'ils fussent demeurés àSaint^ermain , parce qu'on ne leur avoit pas donné part de la mort^ et en partant d'ici ils le quitteront.

Vendredi 26, à Fontainebleau. — Le roi eut nouvelle le matin que l'électeur de Bavière avoit remarché de Gavre à Alost ; il avoit jeté des ponts sur l'Escaut à gauche; il y avoit même de ses partis qui s' étoient avancés sur la Lys à Deinse, ce qui avoit fait croire qu'ils songeoient à entreprendre quelque chose; mais cette contre -marche fait voir l'incertitude de ce qu'ils ont à faire. Le prince d'Orange est toujours à Ninove. — Cette après-dlnée, le roi a eu par un courrier de M. de Luxembourg la confirmation de la contre-marche qu'a faite l'électeur de Bavière. — M. de Larray a ordre d'entrer dans la vallée de Piémont et de se saisir du poste de Saint-Ambroise! — Le soir il y eut comédie; les rois ni la reine d'Angleterre n'y vont point. Les rois allèrent tirer ensemble l'aprèsdinée; le roi va tous les matins prendre la. reine d'Angleterre chez elle pour la mener à la messe, et ensuite il la ramène dîner chez lui.

Samedi 26 , à Fontainebleau. — Le roi a eu des nouvelles de Charleroy ; le siège s'avance fort , nous avons pris une redoute qui hâtera la réduction de la place; .nos batteries font tout l'effet qu'on en pouvoit espérer. — M. de Luxembourg, voyant que M. le prince d'Orange et M. de Bavière demeuroient dans leur camp entre Alost et Ninove, est reparti de Mons et est revenu au camp de Vanderbec près Charleroy, où il avoit laissé ses troupes; il n'a point ramené les deux brigades de cavalerie qu'il

avoit menées avec lui^ ni les dix-sept bataillons qui campoient aux Essinnes ; il veut toujours avoir quelques troupes avancées en cas que M. le prince d'Orange fasse des mouvements qui Tobligentà marcher. — llazel^ brigadier de cavalerie et ancien officier de distinction ^ est mort de maladie. — Le prince de Parme est mort; il avait épousé une fille de rélecteur palatin^ sœur de Timpératrice. On mande que le duc de Parme son père est fort malade aussi.

Dimanche 27, à Fontainebleau. — M. de Vauban mande au roi qu'il a trouvé des facilités au siège de Charleroy, à quoi il ne s'attendoit pas , et il ajoute dans sa lettre qu'il espère faire bientôt un grand plaisir au gouverneur en lui donnant une occasion honnête de se rendre. Notre canon a ruiné les deux flancs des bastions qu'on attaque, et la courtine est presque entièrement renversée, et Vauban croit qu'on prendra la place par la courtine. — * M. de Pile a fait un traité avec le roi, par lequel il s'oblige de fournir tous les jours à Paris 100,000 rations de pain i\ deux sols la livre pour les pauvres. On fait les fours dans le Louvre, et cette distribution-là commencera cette semaine ; on la fera suivant les mémoires que donneront les curés, des pauvres de leurs paroisses. (1) — Tous les

(1) » Il n'y a point d'États qui ne soient sujets à la disette des choses que la nature donne quelquefois avec profusion et dont quelquefois elle est avare. Aujourd'hui elle donne peu <)e bled à la France; une aati'e année, d'autres États souffriront la même indigence. Cependant nos ennemis imputent aux effets de la guerre ce qui n'est qu'un effet de la nature, et, cherchant à s'abuser eux-mêmes pour prolonger leurs malheurs en continuant la guerre , ils s'imaginent que la famine qu'ils supposent qu'elle produit fera succomber la Fraoee, et qu'ainsi ils doivent encore différer à conclure la paix dont ils ont un si grand besoin , comme si le bled étoit chez eux à beaucoup meilleur marché. Voilà les nouveaux prétextes que le prince d'Orange prend pour engager les alliés à ne point vonloir songer à la paix; mais il ne prévoyoit pas jusqu'où cette espèce de disette porteroit la gloire et la bonté* du roi , en lui donnant occasion de paroitre véritablement le père de ses sujets. Il lui a déjà fait distribuer des bleds dans une pareille occasion à beaucoup meilleur marché qu'ils ne se yendoient alors. Il fait pins aujourd'hui, et, entrant dans les

368 J013RNAL DE DAKGEAU.

officiers généraux que M. de Luxembourg a ramenés avec lui à Charleroy remontent k tranchée à leur tour, comme ils faisoient au commencement du siège. — Le soir, il y eut appartement, et le roi fut à la musique; la reine d'Angleterre demeura jusqu'à la fin, et joua après que le roifut parti.

Lundi 28 , à Fontainebleau. — Le roi a eu nouvelle que M. le prince d'Orange avoit laissé son armée entre Ninove et Alost, et étoit parti le 24 de ce mois pour Bréda, et devoit être le 25 à la Haye ; on croit qu'à la fin du mois il repassera en Angleterre. — M. de Catinat écrit au roi, du 24, que M. de Savoie n' avoit pas commencé à bombarder Pignerol ; M. de Catinat mande aussi qu'il espère marcher le 27, et arriver àSuse le 28 pour entrer le lendemain dans la vallée de Suse et de là dans la plaine de Piémont. M. de Larray, qui prend les devants, occupera le poste de Saini-Ambroise. M. de Catinat et lui auront cinquante bataillons; il en a laissé douze dans la vallée de Pragelas, et quinze dans la vallée de Barcelonnette ; il aura quatre-vingts escadrons ; la gendarmerie doit rejoindre à Suse aujourd'hui.

Mardi 29, à Fontainebleau. — Le roi a eu nouvelle ce matin par Bruxelles que les Allemands avoient levé le siège de Belgrade ; cette nouvelle a besoin de confirmation. — On mande au roi de Charleroy que, la nuit du 26 au 27, nous nous sommes rendus maîtres de la grosse redoute la plus proche du corps de la place ; on y

besoins de son peuple , il va faire distribuer du pain à un inonde entier, sii m'est permis de parler ainsi , dont les voix s'élèveront jusqu'au ciel pour demander à Dieu qu'il continue de verser à pleines mains sur ce monarque les prospérités qui le mettent autant au-dessus des rois, que les rois sont au-dessus du reste des hommes. On achève environ trente fours au Louvre , beaucoup plus grands qu'à l'ordinaire, qui seront employés à cuire du pain jour et nuit , et ce pain, étant donné à un pri\ beaucoup plus bas qu'il ne vaut présentement, attirera mille bénédictions sur la personne du roi, qui fait naître l'abondance en faveur de .ses sujets où la disette régnoit peu auparavant. » {Mercure de septembre , pages 3îî3 à 3îî7.)

OCTOBRE ItBOS: 369

a tué deux cents hommes des ennemis, et on y en a pris quatre-vingts; nous n'y avons perdu presque personne. Les lettres qui sont du âî au soir portent qu'on croit que la place ne durera plus que cinq ou six jours. — La monnoie ne diminuera point de prix; les louis vaudront toujours onze livres dix sols, et les écus trois livres deux sols; mais, en les portant à la Monnoie, on en aura onze livres quinze sols et trois livres trois sols; on y met une marque nouvelle; après quoi les louis vaudront 13 francs^ et les écus trois livres huit sols. Parla supputation que l'on fait de l'argent qui est dans le royaume, cette affaire vaudra au roi trente à quarante millions.

Mercredi 30^ à Fontainebleau. — Le roi a eu ce matin la confirmation de la nouvelle de la levée du siège de Belgrade avec des particularités qu'on n'avoit point dites hier. M. le duc de Croy, apprenant que le grand vizir marchoit à lui, a voulu donner un assaut général à la contrescarpe ; il a été repoussé deux fois avec perte considérable, après quoi il a pris le parti de se retirer, et a repassé la Save. avec des troupes fort en désordre. L'avis d'aujourd'hui est venu par Francfort et par d'autres endroits d'Allemagne. — Il est arrivé ce matin un courrier du duc de Villeroy qui marque que nous nous sommes établis dans la redoute qu'on a prise , et qu'on a avancé le logement assez près de la contrescarpe pour croire qu'on pourroit l'attaquer la nuit du 29 au 30. — Il y eut le soir appartement, et le roi fut à la musique, et puis laissa la reine d'Angleterre, qui y demeura jusqu'à la fin.

Jeudi 1" octobre f à Fontainebleau. — Le roi a couru le cerf cette après-dlnée avec le roi et la reine d'Angleterre ; le roi demeura en calèche avec la reine d'Angleterre et Mademoiselle ; le roi d'Angleterre; Monseigneur, Madame, madame la princesse de Conty, madame de Valentinois^ madame d'Armagnac, madame de la Feuillade et madame de Florensac étoient à cheval. — Tous les mi-

S70 JOUlUKAb BE DAI^EAU.

oistres étrangers qui sont ici ont en la confirmation de la levée du siéga de Bel^ad^; et même par l#s lettres dç Vienne, le duc de Croy, qui oonunandoit an siège, ayant été reçusse deux foi^ à Tattaque de la contresearpe^ fit assembler les générauijqui tous furent d'avis de lever le siège y sur Tavis que le grand vizip marcboit à eux. -r- Gb&teau^Renaud partit de Toulon, le 19 de ce mois, avec vingtrquatre vaisseaux de guerre; et le maréchal de Tourvilie partit des ll^s d'Hières, le 21, avec vingt^inq vaisseaux de guerre; et depuis une barque les a rencontrés à la hauteur de Palamos; ils reviennent désarmer à Brest,

Vmdredi 2, à Fontaineblmu* — Cette après<llnée, le roi a mené le roi et la reine d'Angleterre au jeu de paume pour voir jouer les bons joueurs; et ensuite ils ont été prendre des sangliers dans les toiles* Après la cha3se> Monseigneur et Madame ont été à la ccanédie. — En revenant de la chasse, le rpi nou^ a montré un plan des attaques de Chap^ leroy, et nous a dit que Artagnan mandoit à M. de Barbezieux que les assiégés pouvoient présentement capituler sans honte. M» le marquis de Charost reçi;^ njœ contusion à la tète la nuit du 25 au 26, qu^on prit la redoute. — Le roi, à son souper, reçut des lettres de M. de Catinat du 38; il mande qu'il a passé Suse, qu'il s'avance à YeiUane, que les ennemisont abandonné^ et qu'il marche droit à M. de Savoie, qui a commencé à bombarder Pignerol du 25 ; s'il ne se retire, dans peu de jours on aura nouvelle d'un grand combai;.

Samedi 3, à Fontainebleau. — Il y a eu ce soir appartement; le roi est sorti après la musique; 1© roi et la reine d'Angleterre sont demeurés jusqu'à la fin, à leur ordinaire, — Il est arrivé aparès^ilner un courrier de M. de Luxembourg, qui partit de devant Ch«u»leroy avant-hier; on mande qu'on croit que la place ne peut plus tenir que trois jours. —On a eu nouvelle de Rc^ne que le cardinal Ghigi était uv>rt; voilà présentement neuf cha-

peaux vacants^ qui sont : le pape^ Bichi, Spinola^ Capisucehi^ Colonna^ Ginetti, Visconti, Âlemcastro, Cliigi. — Le prince d'Orange est à Loo, où il chasse; il doit de là aller à la Haye et puis repasser en Angleterre.

Dimanehe k, à Fontainebleau. — La reine d'Angleterre a appris avec beaucoup de douleur la mort de la comtesse d'Arrol, qui étoit gouvernante du prince de Galles ; cette charge est difficile à remplir ici. -^ Le prince Philippe^ de Savoie , frère de M. le comte de Soissons, est mort ce matin à Paris de la petite vérole; il avoit trois abbayes considérables que le cardinal de Mazarin lui avoit laissées en mourant, qui sont celles de Corbie, Saint- Médard de Soissons, et N. D. du Ja, près d'Amiens. — On n'a point eu de nouvelles de Charleroy . — Le roi l'aprèsdinée aUa tirer ; le roi et la reine d'Angleterre ne sortirent point de tout le jour, et firent leurs dévotions. — On a eu nouvelle que le comte d'Ëgmont étoit mort en Flandre; il étoit général de la cavalerie des Espagnols et le plus grand seigneur de ce pays-là.

* Ce prince Philippe, grand escroc et grand débauché , mourut fort promptement. On moralisoit là-dessus en présence de la maréchale de la Meilleraye avec grand doute de son salut. « Je vous assure, répondit la maréchale fort sérieusement, qu'à des gens de cette qualitélà , Dieu y regarde bien à deux fois pour les damner. » On peut jug^r par-là quelles idées la vanité avoit données à cette femme, qui d'ailleurs avoit beaucoup d'esprit. Elle se retrouvera encore dans la suite. Elle étoit sœur de Tabbé de Brissac, dont on a vu la mort , page 354, et du duc de Brissac, père de la dernière maréchale de Villeroy.

Lundi 5, à Fontainehleau. — Le roi a donné à H. le cardinal de Janson l'abbaye de Corbie, qu'avoit le prince Philippe; elle vaut plus de 40,000 livres de rente; c'est une des douze plus belles abbayes du royaume. — Le roi a eu ce soir des nouvelles de Charleroy. Le marquis de Pluveau, colonel du régiment de M. le duc de Chartres, a eu un coup de mousquet à l'épaule. Le maréchal de Villeroy, qui étoit allé à la tranchée à cheval, y a eu son

cheval tué d'un coup de mousquet. M. de Vauban ne presse pas le siége^ parce qu'il est bien aise de ménager le monde. — M. de Gatinat devoit camper le 30 à Rivoli. On mande du 29 qu'on entendoit de son camp tirer le canon et les bombes des ennemis devant Pignerol ; ainsi il y a apparence que M. de Savoie attend^ ne sachant point la force de nos troupes. — Le roi courut le cerf avec le roi et la reine d'Angleterre, à son ordinaire.

Mardi 6, à Fontainebleau. — Le roi courut le loup aujourd'hui avec les chiens de Monseigneur; le roi et la reine d'Angleterre étoient à la chasse. — On a appris ce matin la mort du miarquisde Château-Renaud, colonel d'infanterie ; il est mort de maladie à Casai ^ où il étoit en garnison. — Le roi a choisi pour son envoyé à Gènes M. de Luciennes^ un de ses gentilshommes ordinaires qui est présentement son envoyé auprès de M. de Hantoue; et il envoie à Mantoue en sa place M. Dupré, qui a été autrefois son envoyé à Genève. — M. l'abbé de Noirmoutiers a été nommé auditeur de rote en la place de l'abbé d'Hervault, qui vient d'être nommé évèque de Condom. — 11 est venu ce soir un courrier du duc de Villeroy, qui mande qu' avant-hier, en plein jour, nous avons attaqué et pris l'ouvrage à corne qui est à notre attaque de la droite. Nous n'y avons quasi perdu personne.

Mercredi 7, à Fontainebleau. — Le roi et la reine d'Angleterre sont partis ce matin pour retourner à Saint-Germain ; le roi les a conduits jusqu'à la croix de Vitry ; ensuite le roi est allé courre le cerf. — Pendant que le roi étoit à la chasse, comme il achevoit de prendre son second cerf, M. de Barbezieux est venu trouver le roi et lui a amené Maisoncelles , qui commandoit l'infanterie dans Pignerol; il en est pai*ti de samedi matin ^ après avoir vu les ennemis qui se sont retirés de devant la place. Ils n'ont pas jugé à propos d'attendre M. de Catinat^ qui marchoit à eux. Ils ont bien jeté quatre mille bombes dans Pignerol; mais il n'y a eu que dix ou douze maisons

brûlées et fort peu d^abattues. La garnison étoit de quatre mille hommes^ dont il y en avoit la moitié de malades. Il y est venu pendant le siège sept cents déserteurs, à qui le roi fait grâce. On n'a point encore de nouvelles par M. de Catinat ; le roi nous a dit qu'il lui avoit envoyé ordre de brûler en Piémont surtout la Vénerie, qui est la maison favorite de M. de Savoie, en représaille de ce que M. de Savoie fit l'année passée en France et de ce qu'il vient de faire présentement dans le Pragelas, où il a brûlé jusqu'aux églises.

Jeudi 8, à Fontainebleau. — M. de Savoie, avant que de quitter Pignerol, a fait sauter les bastions du fort Sainte- Brigitte; mais les courtines sont demeurées dans leur entier ; et on compte qu'il ne faudra que 20,000 écus pour raccommoder le fort. M. de Savoie est allé camper à Orbasan, qui est le chemin de Pignerol à Turin; ainsi il n'est pas impossible qu'il n'y ait un combat en ce pays-là, car Orbasan est à peu près sur la route que M. de Catinat devoit prendre. — On a eu des nouvelles de Charleroy ; le siège va lentement; Yauban ne se presse point de le finir parce qu'il ne craint point le secours et il veut ménager le monde. — H. l'électeiu* de Bavière assemble ses quartiers siu» la Dender, et on croit qu'il veut marcher du côté de la mer. — M. le Duc est à Bossu avec la maison du roi , la brigade des gardes et quelques autres troupes, et ob« serve les mouvements des ennemis, et M. de Luxembourg le joindra dès qu'il sera à propos.

Vendredi 9, à Fontainebleau. ^^ Clérembault est arrivé ce soir de Piémont, et a apporté au roi la nouvelle d'une bataille gagnée par M. le maréchal de Catinat contre M. de Savoie (1). Labataillese donna dimanche passé, h de ce mois ; elle commença à neuf heures du matin et finit à quatre heures après midi. La victoire est complète ;

(I) Le lendemain de son entrevue avec Clérembault, le foi écrivit an ma-

nous avons pris trente-six pièces de canon, qui est tout ce qu^ils en avoient; nous avons du moins quinze cents prisonniers , et plus de cinquante étendards ou drapeaux ; il y a eu six ou sept mille hommes des ennemis

réch»! de Gatiiiat une longue lettre dont nous extrayons les passages suivants; elle est curieuse à compare^avec les lettres écrites à M. de Luxembourg, citées précédemment.

(( Fontainebleau , le 10 octobre f<$d5.

« Mon cousin, le marquis de Clairembault m'a rendu, hier au soir à 10 heures et un quart, la lettre que vous m'avez écrite, par laquelle vous me donnez port du gain de la bataille de la Marsattle en Piémont. Je ne m'arrêterai poSat id à vous marquer la satisfaction singulière que j'ai de ce que vous venez de faire, me remettant à le faire une autre fois. Je vous dirai seulement qu'elle est proportionnée au service important que tous venez de me rendre , et dont je connois parfaitement toute l'étendue. Il s'agit d'examiner présentemeit le fruit que nous pourrons tirer de cette victoire complète par rapport à l'avancement de la paix ou à la continuation de la guerre avec plus de supériorité et d'avantage qne nous n'avons fait jusques à présent dans ce pays-là, non point par votre Êsnte , tnaift par la disposition des affaires et du payir, qui ont foaroi de tous côtés des difGcultés presqu'invincibles.

" Vous savez mieux que personne que le prix et le méi'ite de toutes les \ictoires en général consistent autant dans les succès et dans les avantages qu'dies procvreut dans la wite qne dans l'action même. Ainsi je n'aurai pas de peine à vous persuader qu'il est non-seulement nécessaire de faire quelque chose après le gain des batailles données en toutes sortes de pays, mais encore qu'il «si plus knpoilMt d'en user ainsi dans celui où vous êtes , puisque de là Aé- 4Mnd le rétablissement de la paix d'Italie et peut^ire même de celle de tovie l'Europe.... »

Le roi expose à M. de Catinat divers projets dans le détail desquels on entre longuement; enfin il s'arrête à l'Idée d'assiéger Cotri et de prendre les quartier» d'hiver en Piémont. Easuite il contimie ainsi :

" Comme je suis persuadé que le duc de Savoie , en suite d'un avantage aussi considérable qu'est celui que vous venez de remporter, ne manquera pas, activant sa coutume , de vous faire pressentir sur la paix ^ je vous ferai an phis tât savoir mes intentions. Je vous dirai cependant par avance que je ne crais pas que je veuille la lui accorder aux conditions auxquelles je la lui avois cidevant offerte, et que, suivant toute sorte d'apparence , je me relâcherai moins et prendrai avec ce prince, aussi léger qa'aHifleiêux , de plus grandes précautions que je n'avois résolu auparavant de prendre....

« Témoignez à tous les ofiiciers généraux la satisfaction que j'ai de ce qu'ils ont fait à la bataille de la Marsaille et à tous les particuliers aussi. Si je le pottvois faire à toute l'armée, je le ierois encore.... »

OGTOBRB ié9Jk 375

tués suf ia plao«% Le duc de Schdfliberg, qui s'âppeloit ici le comte Charles, a été pris combattait à la tète d^ wligiontmireu et est fort blessé ; on a pOUMuivi M. de Savoie jmsqae dans Turin. N4us n'avons pas eu à cette affoii^ plus de deux mille hommes iués ou blessés. La gendaiv merie y a fait des mervilles; M. de Catinat loue fort HM. de Vendôme dans la lettre qu'il écrit au rôi , et lui mande que personne ne lui sauroit rendre meilleur compte de la bataille que Clérembault. G'estàMarsaglia (1) qn'on a combattu, et M. de Savoie cherchoit à combattre comme nous. Il n'étoit pas venu jusqu'à OrbaMti comme on Farcit dit. Toutes les troupes ont combattu. M. de Catiûat avoit fait passer lA gendarmerie sur notre gauche pom- Fopposer à la droite des ennemis, où étoient leurs meilleures troupes ; il avoit mis la brigade d'infanterie , que commande le comte Ferdinand de Furstemberg, à la droite àt tout, et la brigade d'infanterie que commande Clérembault à la gauche de la gendarmerie. La droite de» ennemis s'est mieux défendue que leur gauche, qui fut enfoncée d'abord. On a fait peu de quartier aux Allemands qui avoient menacé de n'en point faire aux François. Nous avons eu de gens considérables blessés ou tués en cette action : M. le grand prieur, blessé à la cuisse légèrement; la Hoguette, lieutenant général, blessé à mort; Varennes, maréchal de camp, fort blessé; Médavy, maréchal de camp, l'épaule cassée; Béthomas, lieutenant d'une compagnie de gendarmerie, tué ; Druys, major de la gendarmerie, blessé à mort; Lancia, aide major de la gendarmerie , tué ; Robin, mestre de camp , tué ; le petit GhauUeu, de la gendarmerie, tué ou pris; Simiane de la gendarmerie, tué ou pris; le comte de Flamanville, souslieutenant, tué; Monbas, mestre de camp, tué; Maxwiel, brigadier des Irlandois^ tué;.Wacop, brigadier des Ir-

(1) Manama, bouig des États Sardes; Cette victoire est connue sous le nom de bataille de la Marsaille.

376 JOURlf AL DE DANGEAU.

landois^ tué; Carol, colonel des dragons de la reine d'Angleterre, tué (1).

Samedi 10, à Fontainebleau. — Le roi a eu nouvelle ce soir que la contrescarpe de Charleroy fut prise, jeudi 8 de ce mois, en plein jour. Les ennemis ont fort tiré du rempart et se sont montrés en braves gens. Nous y avons perdu environ deux cents soldats et fort peu d'officiers. -* Le roi a couru le cerf Taprès-dlnée dans sa calèche, à son ordinaire, et s'est fait conter par Clérembault beaucoup de particularités de la bataille de la Marsaglia ; les cuirassiers de l'empereur n*ont pas bien soutenu leur réputation; les gardes de M. de Savoie sont venus à la charge de bonne grâce, mais ils n'ont pu soutenir la gendarmerie. Les bataillons des religionnaires ont combattu en désespérés et se sont presque tous fait tuer. Les prisonniers disent que M. de Commercy est blessé. H. de Caprara et Louvigny ne vouloient point que M. de Savoie donnât cette bataille , et il l'a donnée en fureur d'avoh* vu de loin brûler sa belle maison de la Vénerie qui fut brûlée par Bachevilliers deux jours avant la bataille. Les deux armées étoient à peu près égales; les ennemis avoient quarante-cinq bataillons et quatre-vingts escadrons, et nous avions quarante-huit bataillons et soixantequinze escadrons.

Dimanche 11, à Fontainebleau. — Dès que le roi eut appris le gain de la bataille de la Marsaglia, il résolut de faire partir Chamlay , pour aller en ce pays-là voir avec M. le maréchal de Catinat pour ce que Ton y pourroit entreprendre. Chamlay partira demain; et le roi le fait grand-croix de Saint-Louis. Cette place étoit vacante par la mort de Montchevreuil , tué à Nerwinde. — On attend incessamment Caraman, qui est celui que M. de

(1) La relation de la bataOle de la Marsaille par le maréchal de Catinat est conservée au népO( de |^ Guerre. On la trouyera à la fin de cette année, dans PAppendice*

OCTOfiR£ 1695. 377

Luxembourg doit envoyer pour la prise de Charleroy^ qu'on croit rendu présentement. — Le marquis de Molâc le père est mort; il étoit lieutenant général du pays Nantois et gouvernem* de Nantes; son fils avoit la survivance de ses charges; on la lui donna en faveur de son mariage avec une sœur de la duchesse de Fontanges. — Blet, courrier du cabinet, est arrivé après le coucher du roi, de Tarmée du maréchal de Catinat ; on saura au lever du roi de nouvelles particularités de la bataille.

Lundi 12, à Fontainebleau. — Le roi a dit à son lever que la perte des ennemis à la bataille de la Marsaglia avoit encore été bien plus grande que Clérembault ne Tavoit dit; ils ont eu dix mille hommes tués sur la place ; nous avons plus de deux mille prisonniers et cent quarante étendards ou drapeaux que le capitaine des gardes de I. de Catinat apporte. Les ennemis cojiviennent qu'ils ont perdu plus de douze miUe hommes. Ce qui étoit resté d^s troupes espagnoles, s'est retiré dans le duché de Milan. iA duc de Schomberg , que M. de Catinat avoit renvoyé sir sa parole , est mort de ses blessures en entrant dans Turin. M. de Catinat va passer le Pô à Villefranche. Le cafitaine des gardes de M. de Catinat est arrivé ce soir; il a apporté quatre-vingt-dix-neuf drapeaux et quatre étendanls. M. de Catinat mande au roi que nous n'avons pas periu dix-huit cents hommes à la bataille. Sa lettre est du 1, et il n'y avoit pas encore huit cents blessés à l'hôpital. La Hoguette est mort de sa blessure. Le petit Chauheu et Simiane sont retrouvés et blessés légèrement. Harii, mestre de camp, a été tué. Ségur et Mézières de la gendirmerie sont fort blessés. — Charleroy capitule.

Mardi 13, à Fontainebleau. — Caraman est arrivé à midi; il apporte au roi la nouvelle de la prise de Charleroy jui se rendit dimanche matin. Le roi, qui sut dès hier an soir que la place capituloit, en a donné le gouvernement à Boisseleau, et Ta fait partir ce matin pour en aller piendre possession. — Le roi a fait Clérembault

maréclial de camp, et lui a donné 1,000 pistoleiï de gratification pour la bonne nouvelle qu'il apporta vendFedi passé. — Les Irlandois ont parfaitement bien fait à hn bataille de la Marsaglia, et le roi est fort content dé tùtrt oe qu'on lui en a dit et mandé. — Un armateur de Saint- Malo, de trente pièces de canon, a pris un vaisseau dfe guerre anglois, de cinquante pièces de canon, qui convoyoit cinq vaisseaux marchands, et ensuite il a pris trms de ces vaisseaux marchands richement chargés et est t^venu heureusement avec ses prises. L'action de cet armateur est fort jolie, et le roi l'a fort loué.

Mercredi 14, à Fontainebleau. — Le roi a donûé à Me le prince de Rohan la survivance du gouvernement de Champagne qu'a M. le prince de Soubise, son père ; ce gouvernement vaut près de 20,000 éCfOâ de rente. On m doute pas que M. le prince de Rohan, au retour de la can^ pagtie, n'épouse mademoiselle de Turenne. — Le Brouisin (i) est mort à Paris; il étoit frère aîné de du Durai* cher, et avoit été fort connu par le goût qu'il avoit pour la bonne chère. — M. de Luxembourg marche â Oourtriy et. àDixmude, qu'il va faire fortifier pour y laisser Jes troupes cet hiver. Le duc de ViDeroy demeure sous Char* leroy, jiisqu'à ce que la place soit raccommodée. M. de Castille> qui y oommandoit, fait demander au roi pjut retourner en Espagne et se plaint du manquemefif de pâr(d6 du prince d'Orange et de M. de Bavière qui lui avoient promis plusieurs fois de le secourir, et dit qu'il ne veut plus servir sous eux.

Jêv^di 15, à fbntainebleau. — Le roi envoie Caraman commander dans Huy, et lui a donné 2,000 écus dt gratification pour son voyage. M. de Boufflers est campé près de cette place avec le reste de son armée et incommode fort les Liégeois. — L'affaire de Ratzebourg est iccom-

(!) Gourmand célèbre , frère du Aancher^ gouverneur du Q«e$ncy, quil'étoit bien aussi. (Note de Saint-Simon.)

medée. M. de BrunâWiok fait démolir le^ foptiflcationis de la place, et une partie des troupes de Danemark demeure dans le voisinage , jusqu'à ce que les démolitions soient achevées. Il n'a point été question du neuvième électoral. — On a publié un arrêt ces jours passés, qui porte que les louis d'or vaudront onze livres quatorze sols et les louis d'argent trois livres troiis sols jusqu'à la fin de ce mois. Les nouveaux louis d'or qui commencent un peu à parottre vaudront quatorze francs, et lesécus blancs trois livres douze sols. — Ce soir-là j'arrivai à Dangeau.

Vendredi 16, 4 Foniaintbîeàu. —M. de Larray est arrivé ce soir de Piémont; il en partit le 12 au matin. On ne dit pas pourquoi M. de Catinat l'envoie , mais on ne doute point que ce ne soit pour recevoir les ordres du roi de ce qu'il y a à faire en Piémont. Il a été enfermé Ce soir avec le roi jusqu'à son coucher qui a été plus tard qu'à l'ordinaire. — Le roi a donné au fils de M. de Monb;'on , qui étoit capitaine dans le régiment du roi , le régiment d'infanterie qu'avoit Château-Renaud; le régiment est dans Casai. Il lui sera aisé de s'y rendre présentement; car les ennemis en ont levé le blocus depuis la perte de la bataille. M. de Savoie rassemble le plus de troupes qu'il peut , mais il ne sauroit mettre plus de six mille hommes ensemble.

Samedi 17, à Fonimi^éb^e(l!a. — Le roi a été enfermé le matin et l'après-dlnée avec M- de Larray. -^ Les Espagnols avoient assemblé quelques troupes et fait courre le bruit qu'ils vouloient attaqtier M. de Noailles qui n'a plus qu'un fort petit corps de troupes; mais ils sont rentrés dans leurs quartiers et M. de Noailles est présentement tranquille dans les siens. — Madame de Savoie a écrit à Monsieur et lui mande que les religionnaires et les Espagnols ont été tous défoits à la bataille , que dans rinfanterie italienne, il n'y a eu ni prisonniers ni blessés, parce qu'ils ont fui sans combattre, mais que leur cavalerie avoit fort peu souffert , et que leur perte éf oit bien

880 JOURNAL DE DABIGEAU.

moins grande quils ne Tavoient cru d'abord-Cependant, par toutes les lettres dltalie^ il parolt que la perte des ennemis est encore plus grande que nous ne Favions cru. Le duc de Schomberg n'est pas encore mort de ses blessures. H. de Ck)mmercy est assez considérablement blessé.

Dimanche 18, à Fontainebleau. — M. de Larray est reparti ce matin pour aller trouver M. de Catinat; il le trouvera qui aura passé le Pô vers ViUefranche. M. de Catinat a demeuré huit jours en deçà du Pô, où il ayoit des fourrages en assez grande quantité. On croit ici qu'il va entreprendre quelque chose pour tâcher de prendre des quartiers d'hiver en ce pays-là. Tous les princes d'Italie témoignent beaucoup de joie de la victoire que le roi a remportée. — M. le comte d'Egmont^ frère et héritier de celui qui est mort en Flandre depuis peu de jours , est venu ici faire la révérence au roi. Il a été nourri en France et s'y veut attacher ; mais^ comme il est grand d'Espagne^ et même grand de la première classe^ il demande au roi d'avoir ici les honneurs qui équivalent ceux qu'il quitte ; il n'y a encore rien de réglé làrdessus ; cependant il va demeurer ici comme un autre courtisan.

Lundi 19^ à Fontainebleau. — Le courrier de Rome arriva de vendredi dernier. On a préconisé les huit évéchés des évèquesquiavoient écrit au pape; ondevoit tenir consistoire pour la proposition; ils auront leurs bulles inces- . samment. — Les huit autres^ qui ne s'étoient pas trouvés ici quand on écrivit, auront leurs bulles dès qu'on aura reçu leurs lettres. Le pape a témoigné beaucoup de joie de voir cette affaire-là finie, — On a appris de Toulon que le marquis de la Porte ^ y étoit mort de la^ petite vérole; il étoit chef d'escadre et fort estimé ; il ne laisse point d'enfants. — Madame la Duchesse, qui est prête d'accoucher, est partie pour retourner à Versailles ; le roi craignoit qu'elle n'accouchât à Fontainebleau, si elle y de-

meuroit encore trois jours. — Le roi doit toujours partir jeudi pour aller coucher chez Monseigneur à Choisy.

* C'est de cette maison qu'étoît le marquis de la Porte à qui le car« dinal de Richelieu offrît l'ordre et bien d'autres choses, s'il vouloit recomiottre le maréchal de la Meilleraye pour être de sa maison , et qui avoit pris le nom et les armes; à quoi la Porte ne voulut jamais consentir, et dit qu'il aimoit mieux yieillir dans la retraite de sa province où il étoit, que de faire fortune par un mensonge; mais il laissa faire le maréchal sans essayer vainement à l'empêcher.

Mardi 20 y à Fontainebleau. — Madame la duchesse d'Hanovre partit ces jours passés de Paris pour retourner en Allemagne; elle emmène ses filles avec elle, et espère faire un mariage en ce pays-là considérable pour Falnée (1). — On a fait partir les quartiers d'hiver pour Tannée d'Allemagne qui a fini sa campagne dans la plaine de Wihl. On va faire partir aussi ceux de Tarmée de Flandre. M. le duc de Chartres sera de retour à Versailles samedi ou dimanche^au plus tard ; Monsieur a prié le roi de lui ordonner de revenir. — Le roi écrivit ces jours passés des lettres très-honnètes et très-obligeantes à M. de Vendôme et à M. le graud prieur sur ce qu'ils ont fait à la bataille de la Marsaglia; cela est d'autant plus agréable pour eux que le roi n'avoit point écrit à M. le Duc et à M. le prince de Conty après la bataille de Nerwinde, où ces deux princes , du consentement public , avoient fait dés merveilles.

Mercredi 21 , à Fontainebleau. — On commença ces jours passés à distribuer cent mille rations de pain à Paris pour les pauvres. On en donne au Louvre, devant les Tuileries, à la Bastille et au Luxembourg; et ceux qui l'achètent ne le payent que deux sols la livre. Les

(1) La duchesse de Hanovre, outrée de son affaire avec les Booillon, se retire enfin en Allemagne avec ses filles. {.Note de Saint-Simon,) — Voir Taddition du 6 janvier 1692, page 4.

3dt JOURNAL DE 0A1SGEAU.

intendants dans les provinces cherchent tous les moyens imagjnables pour faire doimer le pain à meilleur marché. On visite tous les greniers des particuliers, et M. de Pontchartrain travaille à faire venir du blé des pays étrangers. — Le roi fait marcher à l'armée de M. de Câlinât les troupes qui ont servi sur les vaisseaux et sur les galères qui étoient demeurés à Nice; on compte que ce sont dix bons bataillons d'augmentation , et on ne doute point qu'il n'entreprenne le siège de Goni. Clérembault repart demain pour aller rejoindre.

Jeudi 22, à Ckoisy. — Monseigneur partit dès le matin, et vint dîner ici pour y recevoir le roi. Le roi dina au Plessis, et arriva ici de bonne heure ; il avoit dans son carrosse Monsieur, Madame, madame de Chartres, Mademoiselle , madame la princesse de Conty et madame du Maine. En arrivant, il se promena dans les jardins, et s'amusa à faire tailler les arbres de Monseigneur; il soupa avec toutes les princesses et leurs dames d'honneur. 11 n'y a point d'autres dames ici. Madame de Maintenon, qui s'étoit trouvée mal ces jours passés, est beaucoup mieux aujourd'hui. Le roi , avant souper, alla chez elle à son ordinaire , et Monseigneur demeura à jouer avec les princesses. — Messeigneurs lesducs de Bourgogne, d'Anjou et de Berry sont venus coucher au Plessis chez Prudhomme ; ils seront demain à Versailles. — le rejoignis la cour ce jour-là, revenant de Dangeau.

Vendredi 23, à Choisy. — Le roi alla courre le loup dans la forêt de Sénart, qu'il trouva très-belle ; il a fort approuvé les routes que Monseigneur y a fait faire . Madame itt madame la princesse de Conty étoient à la chasse. Monsieur alla le matin à Paris voir une grande salle (ju'il fait accommoder au Palais-Royal, et revint ici le soir. Le roi, à son retour de la chasse, se promena dans les jardins de Monseigneur et donna beaucoup de petits ordres pour leur embellissement. Le soir, il alla chez madame de Maintenon, à son ordinaire, et Monseigneur

OCTOBRE 1093. tu

joua avec les princesses jusqu^au souper. -^ Messeigneurs les duos ée Bourgogne , d'Anjou et de Beny apfi^ërent i Versailles. — Il y a quelques jours que le Toi a appris que Tévéqu^ da Namur étoit mort à Namur ; il étoit fort viaux. Cet évéché n'est pas d'un grand retenu.

S^urnedi 34^ à Versailles. — Le roi partit de Chmsy sur les quatre heures. Monseigneur y demeura^ et joua le soir avec M. le due du Maine et moi. — Le roi d'Angie* * terre a donné au chevalier Scott le régiment d'infanterie de la reine sa femme^ que commandoit Wacop^ tué à la Narsaglia. Le chevalier Scott est un vieil officier qui a longtemps servi en France , et c'est lui qui, en Irlande, défendit Kinsale contre le prince d'Orange. — Le roi a donné le régiment de cavalerie qu'avoit du Robin à M. de Rennepont,lieutenant*colonei du régiment de cavalerie de Gatulan, qui s'est fort distingué à la bataille de la Mar* saglia. — On a eu nouvelle de Rome que le pape avoit tenu deux consistoires extraordinaires pour proposer lés évèques de France qui avoient été préconisés, et achever entièrement cette affaire. On est fort content ici de S. S., qui a témoigné beaucoup de joie de notre victoire de Piémont. — Monsieur et Madame sont allés à Paris , où ils demeureront jusqu'après la Saint-Martin.

Dimanche 25, à Versailles, — Le roi et la reine d'Angleterre vinrent ici sur les cinq heures voir le roi. Monseigneur courut le cerf à Choisy avec les chiens de M. le duc du Maine. — M. le maréchal de Boufflers demeu^ rera cet hiver à commander en Flandre, comme l'année passée. M. le maréchal d'Humières y est allé faire un tour; mais, dès qu'il aura tenu les états de Lille, il reviendra. Pendant qu'il y est, M. de Boufflers reçoit ses ordres. — M. le marquis de Montrevel commandera dans Tournay. M. le marquis d'Harcourt demeure dans Luxem^ bourg. M. de Gacé commandera à Sedan, et aura sous lui, pour maréchal de camp, M. le marquis d'Alègre. Tallard commandera sur la Sarre. — U y a quelques désordres

384 JOURNAL DE DANOËAU.

dans la distribution du pain que Ton donne à Paris aux pauvres par ordre du roi ; et on en va changer la manière de le distribuer (1).

Lundi 26, à Versailles. — Le roi a fait monter Artagnan à la .première sous-lieutenance des mousquetaires blancs, qu^avoit la Hoguette. Janson monte à la seconde sous-lieutenance. Le marquis de la Luzerne devient premier enseigne, et d'Aigrebers devient second enseigne; des Aubrières premier cornette; et le roi donne la seconde cornette à Saint-Georges, ancien maréchal des logis de la compagnie. — Le roi a reçu des lettres de H. de Gatinat; il étoit campé le 19 de ce mois à Polonghera; son armée est dans un pays très-abondant; elle sera jointe bientôt par les troupes qui étoient à Nice et par celles qu'on avoit laissées dans les vallées. On fait venir du gros canon et des mortiers de Pignerol. — Monseigneur a couru le loup dans la forêt de Sénart, et est revenu à Choisy dans sa barge.

Mardi 27, à Versailles. — M. de Niert, premier valet de chambre du roi, a obtenu pour son second fils, qui n'a que six ans , la survivance de la charge de capitaine du

(1) « Le roi y dit un mandement donné par TarcheT^que de Paris (François de Harlay) , le 31 octobre, ayant eu intention de soulager les pauvres de la Tille et des faubourgs de Paris, auroit ordonné une distribution de cent mille livres pesant de pain par chacun jour, à raison de deux sols la livre, voulant seul porter la perte du surplus , et Sa Majesté ayant été informée des abus et des désordres qui se commettent journellement dans cette distribution par plusieurs personnes accommodées qui, voulant profiter du boi marché en enlèvent quantité, non-seulement pour leur subsistance, mais encore pour le revendre et en faire trafic, ce qui fait que les véritables pauvres et ceux qui en ont plus de besoin n'en peuvent avoir, qu'ils perdent leur temps et leurs journées et sont frustrés, par Tempressement des riches, des secours qu'ils devroient retirer des aumônes qui leur sont destinées; A quoi Sa Majesté voulant pourvoir. Elle auroit, étant en son conseil, ordonné par son arrêt du 29 du présent mois, que la distribution de ce pain sera faite à l'avenir par les curés ou vicaires assistés d'autres personnes charitables à leur choix , dans l'étendue de chaque paroisse de la dite ville et de ses faubourgs , à raison de cent mille livres pesant de pain par chacun jour, sur le pîed de deux sols ta livre, à partager entre les paroisses. »

Louvre^ qu'a M. Seguni, âgé d'environ cinquante ans. M. de Niert a donné 6,000 écus pour le faire consentir à avoir un survivancier. Cette charge vaut 6,000 francs d'appointements et donne un beau logement dans le Louvre. — M. de la Valette commandera cet hiver à Dunkerque , à Bergues,* à Fumes et à Ypres, et aura sous lui pour maréchal de camp le comte de la Motte. — L'abbé de Saint- Âmand est mort : c'étoit un moine. On croit que le roi pourroitbien donner cette abbaye présentement à un cardinal; elle vaut 40,000 écus de rente. — Le roi et la reine d'Angleterre vinrent à Choisy voir Monseigneur, et ensuite allèrent à Paris voir Monsieur qui les mena dans sa loge voir l'opéra, où ils allèrent par complaisance. Monseigneur, après que le roi et la reine d'Angleterre furent partis de Choisy, alla à Paris à l'opéra, et ensuite revint coucher à Versailles.

Mercredi 28, à Versailles. — Le roi alla à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre — Monseigneur loge dans l'appartement de madame la Dauphine pendant qu'on travaille au sien. — Le roi prend les cent compagnies- de carabiniers qui sont dans les régiments françois, et en forme un régiment qui sera de trois mille chevaux, à trente maîtres par compagnie; il s'appellera le régiment des carabiniers du roi. M. le duc du Maine le commandera et aura sous lui cinq mestres de camp , cinq lieutenants-colonels, cinq majors, et cinq aides-majors. Les cinq colonels sont : Bellegarde , le chevalier du Rosel , le chevalier du Mesnil, Résigny, d'Achy. Les deux premiers avoient des régiments dont le roi disposera, et les trois autres n'avoient que des commissions de mestres de camp. Ce régiment-là sera sous le colonel général, comme tout le reste de la cavalerie. Le roi ne prend point les carabiniers des régiments étrangers ; il y en a sept en France ; car il n'y a en tout que cent sept régiments de cavalerie. Celui-ci fera le cent-huitième.

Jeiidi 29 , à Versailles. — Le roi, avant que de partir

de Fontainebleau^ eut nouvelle que le maréchal de Tourville étoit arrivé à Brest avec t?ente^sept vaisseaux après la plus heureuse navigation du monde , n'ayant été que trente et un jours dans son trajet de Toulon à Brest. Le comte de ChAteau-Renaud^quile suivoit avecprès de trente vaisseaux, n'est pas encore arrivé. — Tous les régiments de cavalerie qui avoient douze compagnies avoient cinquante maîtres dans chaque coippagnie ; et les cégiments de cavalerie qui n'avoient que huit compagnies n'avoient que quarante maitre» dans chaque compagnie. Le roi, pour rendre toint égal, réfornae dix maîtres des compagnies qui étoie^t à cinquante; cette réforme nvontera à plus de dix mille chevaux. — M. le duc de Gramjont avoit mandé de Bayonne au roi que toutes les lettres de Madrid portoi^nt que la r^ine d'Espagne étoit grosse de trois mois; on doutoit fort ici de oette nouvelle-là, et on avoit raison ; car on a appris par Madrid que cette nouvelle étoit fausse.

Vendredi 30, à Versaill^. — Lcrpi alla tirer dans son parcl'après-dlnée, à son ordinaire. — Monseigneur alla avec madame la princesse de Conty à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre. — Le prince d'Orange n'est pas encore repassé en Angleterre; il espère avant de partir de Hollande regagner les provinces de Groningue et de Frise, qui demandoient qu'il renonçât à la qualité de stathouder des Provinces-Unies. : — Comme le roi a ôté tous les inspecteurs de ses troupes, il laisse davantage de lieutenants-généraux, de maréchaux de camp et de brigadiers sur la frontière, qui lui rendront aussi bon compte des troupes que les inspecteurs auroient pu faire; et c'est une grande dépense épargnée. — Vaudreml, colonel du régiment d'inf^-nterie de M. le comte de Toulouse, demeurera cet hiver à commander daos Dixmude sous les ordres du marquis de la Valette.

Samedi 31 , à Versailles. — Le roi et Monseigneur ont été à vêpres, et ensuite se sont confessés pour faire leurs

dévotions demain. On ne croit pas que le roi dispose demain de Tabbaye de Saint-Amand; mais il donnera les auh'es bénéfices comme il a accoutumé de faire quand il fait ses dévotions. — M. le Due et M. le prince deConty ont couché ce soir à Chantilly^ et seront demain ici. -^Le roi va lundi à Marly jusqu'à samedi; les tables du roi iront comme le dernier voyage. -^ Le roi , à la prière de M. du Maine, a permis à Bellegarde et au chevalier du Rosel de vendre les régiments qu'ils quittent pour entrer dans les carabiniers. — On a eu des nouvelles de M. de Catinat du 24; il étoit encore campé à Polonghera.

Dimanche V novembre ^ à Versailhê, —Le roi et Monseigneur ont fait leurs dévotions dans la chapelle; après diner ils ont entendu le sermon du P. Bourdaloue, vêpres et le salut. — Le roi a donné l'archevêché de Tours à l'abbé d'Hervault qui avoit été depuis peu nommé évêque de Condom. Il a donné Tévôché deCondom^à l'abbé Milon , un de ses aumôniers ; l'abbaye de Saint- Médard de Soissons à l'abbé de Pomponne qui rend l'abbaye de Saint-Maixent; l'abbaye deSaint-Maixentàl'abbé d'Hervault qui vient d'être nommé archevêque de Tours, pour le dédommager de ce qu'il perd en quittant Condom pour Tours; Tabbaye du Gard à Tévêque de Soissons; l'abbaye de Beaulieu en Touraine à l'abbé Boileau ; il avoit eu à l'autre distribution un bénéfice qui s'est trouvé ne valoir rien. — Le roi a donné le gouvernement de Péronne au comte de Solre ; le gouvernement de Fribourg au marquis de Villars le fils; le gouvernement de Mézières au chevalier de Gassion; le gouvernement de Philippe ville à Provenchère, vieil officier qui étoit lieutenant de roi de Schélestadt. Le roi a disposé aussi de toutes les charges de la gendarmerie. Il en a donné la majorité à Vertilly, qui faisoitla charge de maréchal des logis delà cavalerie en Allemagne; il est frère de d'Harlus. Il a donné à Mézières la compagnie de gendarmes anglois qu'avoit Béthomas; au chevalier de Plancy la compagnie

388 JOUANAL DE DANGEAU.

de chevau-légers qu'avoit Mézières; le chevalier de Plancy étoit le plus ancien sous-lieutenant de la gendarmerie..Le roi a donné le gouvernement de Niort à Lappara^ ingénieur; celui du Pont-de-l' Arche à d'Avignon; celui de Fécamp à la Motte, officier des gardes du corps.

Lundi 2, à Marly. — Le roi, ce matin^ a envoyé M. de Pontchartrain à M. Daquin *, son premier médecin, pour lui porter ordre de se retirer, le roi étant mal content de sa conduite, et défense à lui de se présenter devant le roi ni de lui écrire. Il ordonne aussi au petit Daquin, son frère, qui étoit médecin ordinaire, de se défaire de la charge qu'il avoit achetée. Le roi a dit à son lever à M. Fagon qu'il le faisoit son premier médecin (1). Cetévé-

(1) Nous avons bien souvent cité déjà le précieux Journal mantiscrit de la Santé du Roi; jusqu'ici c'était l*œuvre de Daquin ; au moment où Fagon devient premier médecin de Louis XTV, ce journal prend un nouvel intérêt; sa lecture nous permet de nous faire (non pas une opinion scientifique) mais une opinion de curieux sur la médecine de ce temps ; et la comparaison du journal de Fagon avec les comédies de Molière sur les médecins est décidément au désavantage de Molière. La réalité est bien autrement comique que la satire. Quelques citations sont nécessaires; comme étude des moeurs du temps, comme cérémonial , ce journal est trop important pour ne pas être bien indiqué au lecteur par quelques morceaux , et ceux qui trouvent que dans la vie de la cour et du roi , Dangeau insiste trop sur les médecines que prend Sa Majesté, devront alors trouver que notre chroniqueur ^est bien loin de Fagon.

« Premièrement, dit un des médecins de M. de Pourceaugnac, pour remédier à cette pléthore obturante, et à cette cacochymie luxuriante par tout le corps , je suis d'avis qu'il soit phlébotomisé libéralement; c'est-à-dire que les saignées soient fréquentes et plantureuses : en premier lieu , de la basilique , puis de la céphalique, et même si le mal est opiniâtre, de lui ouvrir la veine du front; et que l'ouverture soit large, afin que le gros sang puisse sortir; et en même temps , de le purger, désopiler et évacuer par purgatifs propres et convenables; c'est-à-dire, par cholagogues, mélanogogues , et caetera; et comme la véritable source de tout le mal est ou une humeur crasse et féculente, ou une vapeur noire et grossière, qui obscurcit, infecte et salit les esprits animaux , il est à propos ensuite qu'il prenne un bain d'eau pure et nette, avec force petit lait clahr, pour purifier, par l'eau, la féculence de l'humeur crasse , et éclaircir, par le lait dair, la noirceur de cette vapeur. »

Écoutons Fagon. « Le 19 mai 1694, le Roi ayant pris une médecine, en fut purgé dix-huit fois, et rendit avec beaucoup de sérosités huileuses et fort ar»

jNOVEMBRE 1605. 389

nement-là a fort surpris les courtisans, qui croyoient tous que M. Daquin étoitfort bien à la cour. Le roi lui a fait dire par M. de Pontchartrain qu'il lui donnoit 2,000 écus de pension. — Le roi est parti sur les trois heures pour venir ici, après avoir passé chez madame la Duchesse , qu'on croyoit qui se trouvoit mal pour accoucher. Le roi.

dentés, une prodigieuse quantité de petits pois verts qu'il avoit mangés pendant ces quatre jours maigres. Sa Majesté se trouva un peu abattue de cette grande évacuation ; mais son dîner rétablit promptement sa vigueur. »

Fagon purge sans relâche Louis XIV : il le purge pour maux de tête, étoardissements, vapeurs, goutte, insomnie, rhume, anthrax, indigestions. Ille purge c( par précaution sage et né<;essaire; » il le saigne dans les intervalles; mais il revient promptement au purgatif, et il dit gravement : « Croyant qu'il étoit nécessaire de secourir la nature surchargée du poids de ces humeurs, je purgeai le roi. «

En 1699, Fagon purgea Louis XIV le 5 janvier, le 9 février, le 9 mars, le 13 avril, le 24 mai, le 24 jum, le 3 août, le 7 septembre, le 14 octobre, le 2 décembre et le 30 de ce même mois. On voit que Fagon taillait de la besogne à Dangeau , qui enregistre scrupuleusement ce grand nombre de médecines prises par le roi. £n 1694, Fagon purge son royal malade six semaines de suite, tous les jours. « Du 3 juin au 20 juillet, le roi fut purgé de toutes sortes d'humeurs , cinq , six et sept fois par jour » , sans en être affaibli, ajoute triomphalement Fagon. Il fallait, en effet, que la constitutîoa de Louis XTV fut robuste pour résister à un tel système. Il est vrai que le roi mangeait énormément.

Fagon se complaît dans l'analyse détaillée , consciencieuse , du résultat de ses médecines. Les épithètes de brûlantes, ardentes, très-cuisantes, acres, épaisses , piquantes et bouillonnantes abondent sous sa plume lorsqu'il s'agit de qualifier les sérosités qu'il fait rendre au malade, avec quantité de bile recuite , d'excréments échauffés, de verts morts et vivants , et de débris de toutes sortes de manger, truffes et poissons , trouvés dans des « selles détrempées et indigestes. » Le 30 juillet 1698, pour varier ses expressions sans doute, il dit que le roi « fit une grande selle de matière en bouse de vache. » Mais Fagon se surpasse dans son récit de la purgation du 5 avril 1696. « Je repurgeai, dit-il. Sa Majesté, le lundi cinquième d'avtU, qui se plaignoit depuis trois ou quatre jours d'avoir le ventre fort gonflé comme cela devoit être, a\ant passé ce temps à Marly où elle avoit mangé beaucoup de légumes et de poisson avec toutes sortes de sauces propres à faire une grande fermentation dans le ventre, dont l'effet parut par les treize selles dans lesquelles elle rendit des pleins bassins d'excréments et de sérosités .écumantes. Cependant cette grande évacuation ne satisfit i»as encore au besoin qu'elle en avoit... etc. »

Plus tard, Fagon n'était satisfait que lorsque le roifaisoit la selle rouge , c'est-à-dire, lorsqu'il purgeait jusqu'au sang. Le 6 juillet 1705, la selle rouge tut obtenue après « treize selles prodigieuses. »

390 JOURJNAL DE DAJNGKAU.

en arrivant ici, se promena dans ses jardins jusqu'à la nuit, et après souper il a joué au brelan fort petit jeu avec Monseigneur, le comte d'Auvergne, Langlée et moi.

* Daquin étoit fort iguorant et fort iutéreâsé^ etdevoit sa fortune à madame de Montespan. Sa faveur avoit toujours paru I9 même ; mais le roi se lassoit de lui, et étoit poussé par madame de Maintenon pour FagoD, qui avoit eu soin des enfants du roi , pendant qu'elle étoit gouvernante , et qu'elle avoit depuis fait premier médecin des enfants de France. Daquin s'acheva de perdre en pressant trop le roi de donner à son fils^ agent du clergé , Tarchevêdié de Tours. On remai'qua qtie )a veille qu'il fut chassé, le roi lui parla pendant tout son souper et le traita à merveille. L'ordre étoit donné à Ponchartrain de l'aller congédier avant le lever. Cet abbé Daquin mourut évêque de Séez , et avoit beaucoup d'esprit, de savoir et d'application, très-bon évêque, mais voulant dominer. Fagon étoit le plus savant homme en tout genre de science de son métier qu'il y eût , et le plus grand médecin ; savoit beaucoup d'autres choses , avoit infiniment d'esprit et d'agrément dans l'esprit ; excellent courtisan y fort respectueux envers les sei^eurs et le demeura dans la grande considération où il parvint ; point intéressé , mais dominateur despotiquemeot des médecins et de la médecine; une figure hideuse, un accoutrement singulier, et singulier en tout saù vtvre, asthmatique, bossu et une grande connoissance des gens qui lui arrachoient quelquefois des apophthègmes (1).

Mardi 3 , à Marly, jour de Saint-Hubert, — Le roi courut le cerf en calèche dans la forêt de Marly . Madame vint de Paris pour la chatsse ; madame la princesse de Conty uionta à cheval et alla avec elle. Le roi revint dinar ici , et après dtner il se promena dans ses jardins pour ordonner ce à quoi il voidoit que Ton travaillât demain qui n'est pas fête. — Madame la maréchale de la Mothe e«t de ce voyage-ci ; elle n'y avoit pas pu venir plutôt parce qu'elle étoit gouvernante des enfants de France et qu'elle n'a pas pu quitter. Ce n'est plus Bontemps qui se

(1) Voy. mr Duqul» et Fagoo, Ye^Hf^Xeoi ftiéftfioir0 ê€ M. Le Rei, kitlttiié : Réat de Im grande opération faite an rok Louvs XIV «» 16S6, dtts le towe y des Mémoirm dç la Société des Sciences naturelles de Seine ei-

Oise,

mêle des tables; ce sont les officiers du roi, comme à Versailles, et comme le dernier voyage que le roi lit ici. — Florensacy est, qui n'y êtoitjamaîé venu. Le roi, après souper, joua au brelaïï comme le jour d'auparavant et avec les mêmes gens.

Mercredi k, à Marly. — M. de Luxemboiu'g airivale matin et alla trouver le roi dans ses jardins, où il s'amusoit à faire planter, et le duc de Villeroy arriva le soir comme le roi s'aUoit mettre à table.

Liste des officiers de la gendarmerie qui ont monté à la promotion que le roi fit dimanche :

Mézières. . . . Gendarmes anglois capitaine lieutenant

C*' de Plancy. Chevau-légers de Bourgogne (1) capitaine lieutenant

Du Rivau. ; . Gendarmes flamands sous-lieutenant.

La Rivière. . . Gendarmes anglois. ..... enseigne.

.C*''deRoye. . . Gendarmes de la reine. . . . guidon.

Toiras Chevau-iégers Dauphin. . . . sous-lieutenant.

Lordat Chevau-légers Dauphin. . . . cornette.

Illiers Chevau-légers de Berry. . . . sous-lieutenant.

4 C*' de Fresrioy. Gendarmes d'Anjou enseigne.

Tressan. » . -, Gendarmes de Boulogne (2 . enseigne. C^'^deJanson. . Gendarmes de Bourgogne (3). guidon. C*' de Carmain. Gendarmes d'Anjou. . . * . * guidon.

M. le maréchal de Bouf fiers a son congé pom^ venir passer quinze jours à la cour. — Le roi, après souper, vit jouer Monseigneur au lansquenet, et joua quelques réjouissances.

Jeudi 5, à JMarly. — Le roi se promena le matin et Taprès-dinée datis ses jardins, et s'amusa à faire tailler ses arbres. Monseigneur courut le loup, et puis revint trouver le roi à la promenade. — M. de Chanlay arriva le

(1) C'est chevau-légers de Bretagne; il n'y «rait pas de coni|Nigiiie des cbevau-légers de Boui^^ogne.

(2) C'est gendarmes de Bretagne.

(3) C'est gendarmes de Bretagne,

393 JOURNAÎ. DE DANGEAU.

soir et quitta M. de Catinat le 27 du mois passé y au camp de Polonghera. Le roi envoie en Piémont quatre officiers généraux pour servir dans l'armée de M. de Catinat; il a fait écrire «qu'il vouloit entreprendre quelque chose ; cependant on n'en dit rien ici. Ces quatres officiers généraux sont ;

LIEUTENANTS GÉNJ^RAUX. MABÉCHAUX DE CAMP.

Le marquis de Villars , Locmaria,

Saint'Silvesti'e. Barbezières.

L'empereur a choisi pour son ambassadeur à Rome, en la place du prince de Lichtenstein, le comte de Mansfeld, qui est présentement prince de Fondi, dans le royaume de Naples, et le roi d'Espagne y a attaché la grandesse. Le marquis de Rebenac a ordre de partir incessamment; il est envoyé du roi aux princes d'Italie.

Vendredi 6, à McMrly. — Le roi n'est point sorti de tout le jour ; il s'est amusé comme hier à se promener dans ses jardins. — Le roi a donné à M. le chevalier de Monbas le régiment de cavalerie qu'avoit squ frère , tué à la Marsaglia. — Le roi d'Espagne a accordé au général des Carmes le traitement de grand d'Espagne de la troisième classe; jusqu'ici on n'avoit accordé de pareils traitements qu'au général des Capucins, au général de l'ordre de Saint-François et à celui des Dominicains. Il a fait cette grâce au général des Carmes parce qu'il étoit Espagnol. Le roi, en France, les traite comme les envoyés des tètes couronnées. — M. de Schomberg, que M. de Catinat avoit renvoyé à Turin après la bataille, y est mort enfin de ses blessures. Nous avons renvoyé presque tous les autres prisonniers sur leur parole. — H y a toujours eu musigue ici les soirs; mais on ne joue plus au portique. — M. le duc de Noailles est. arrivé.

Samedi 7, à Versailles. — Le roi est revenu ici ce soir, îiprès s'être longtemps promené dans ses jardins. Belle-

IHOVËMBRË i6»5. 393

garde, qui avoit été nommé pour un des cinq colonels de carabiniers, et qui même auroit commandé le corps comme le plus ancien, a écrit à M. du Maine comme un homme que sa mauvaise santé oblige à quitter le service ; il demande permission de se défaire de son régiment et se retire. Le roi a nommé en sa place pour les carabiniers, le chevalier de Courcelles, qui faisoit la charge de maréchal des logis de l'armée de M. de Boufflers , et le roi lui donne permission de vendre son régiment, qui est un des meilleurs des troupes. — M. le prince d'Orange n'est point encore repassé en Angleterre ; mais il est reparti le 5 de la Haye et s'est embarqué à la Brille. — M. le maréchal de Lorges est arrivé.

Dimanche 8, à Versailles. — On a eu nouvelle que M. Stratman, premier ministre de l'empereur, étoitmort; c'étoit un homme de petite naissance que l'empereur avoit fait comte (1). — Monseigneur le Dauphin vint à l'Opéra à Paris dans la loge de Monsieur. — Le maréchal de Tourville est revenu à la cour. — On a eu nouvelle que le comte de Château-Renaud étoit heureusement arrivé à Brest avec les vaisseaux qu'il ramenoit de la Méditerranée. — Les HoUandois font construire vingt nouveaux vaisseaux. — M. le duc du Maine, ayant égard à la mauvaise santé de M. Dauné, son premier écuyer, lui a permis de se retirer et lui donne 2,000 écus de pension, et lui fait donner 4,000 francs de pension par le roi, avec promesse d'un petit gouvernement quand il en vaquera à sa bienséance. On croit aussi que madame de Saint-Valery, dame d'honneur de madame la duchesse du Maine, se retirera.

Lundi 9 , à Versailles, — Le roi a donné une pension

(1) « On a reçu des nouvelles d'one mort qui pourra faire changer la situation des affaires d'Allemagne. C'est celle du chancelier Stratman , premier miuistre de l'empereur, qui entretenoit ce prince dans un esprit de guerre, quoiqu'il soit naturellement bon et qu'il ait beaucoup de piété. » Mercure àe novembre page 142. )

de 1^000 écus à M. Doquiii, qui étoit son médecin ordinaire et frère de son premier médecin, parce qu'il sort fort pauvre de sa charge. — Le roi a donné au duc de Saint-Siroon l'agrément pour acheter un régiment de cavalerie ; il achète celui du chevalier du Rosel. — Le chevalier de Pomponne est mort à Mons; il étoit second fils de M. de Pomponne le ministre; il étoit mestrede camp du régiment de cavalerie de M. le duc de Bourgogne. — On envoie trois bataillons des troupes des vaisseaux à M. de Catinat; ils seront commandés par le comte de Seppeville, par de Sartous et la Jonquière. On en envoie aussi trois des galères qui seront commandés par Forville, par Maubousquet et Courtebonne. On en envoie trois autres des galères qui relèveront la garnison de Niée , et la garnison ira joindre M. de Catinat. Ces trois derniers sont commandés par le chevalier de Pennes, neveu du cardinal de Forbin, par Bourceville et Langeron, frère de l'aumônier de feu madame la Dauphine, et les officiers des galères obéiront à ceux des vaisseaux , sans avoir égard à l'ancienneté.

Mardi 10 , à Versailles. — Monseigneur alla dîner à Choisy avec madame la princesee de Conty, et revint coucher ici. — M. le maréchal d'Estrées est de retour. M. le cardinal d'Estrées son frère, qui revient de Rome, doit être présentement en France; on a eu des nouvelles qu'il avoit passé à Gènes. — Le roi a fait partir l'abbë Morel en secret, il y a déjà plus de quinze jours; on ne doute pas que ce ne soit pour quelque négociation ; mais on ne sait pas où il va. — On a eu des nouvelles de M. de Catinat ; il a quitté le camp de Polonghera et marche du côté de Coni; mais on ne sait pas encore si c'est pour en faire le siège. M. le grand prieur, qui étoit blessé à Pignerol et ne peut pas encore se soutenir sur sa cuisse , s'est fait porter à l'armée, croyant qu'on alloit entreprendre quelque chose. — Saint-Hilaire , lieutenant d'artillerie, qui étoit à Luxembourg, a eu ordre d'en partir en

poste avec quelques officiers d'artillerie potÉ^aller joindre M. de Catinat.

Mercredi 11, d Versailleê. — Le parlement doit s'assembler ces jours ici extraordinairement pour des règle^ ments de police, et aviser aux moyens qu'il y a de remettre l'abondande datis Paris ; on compte qu'il y va venir beaucoup de blé, et qu'ainsi le pain diminuera considérablement* — Montlec , colonel du régiment de Périgueux , est mort de maladie J le roi a donné le régiment à Tajac , qui en étoit lieutenant-colonel. — Le roi fait Sousternon, neveu du P. He la Chaise , mestre de camp du régiment de M. le comte de Toulouse, et a donné le régiment qu'avoit Sousternon à Pujol, qui étoit colonel incorporé dans le régiment de Toulouse. — Langalerie, ancien lieutenant général , est mort de maladie en Provence.

Jeudi 1 2, à Versailles» — Le roi et la reide d'Angleterre vinrent ici pour voir le roi. — Monseigneur alla dîner à Paris chez Monsieur ; ils allèrent ensuite chez des curieux et puis à l'opéra. Monseigneur ramena Monsieur, Madame et Mademoiselle ici, qui avoient toujours demeuré à Paris depuis Fontainebleau. — M. Dubois (1) fut reçu à Paris • dans l'Académie en la place de feu M. de Novion, premier président au parlement. — Sainte-Livière, brigadier de cavalerie , est mort des blessures qu'il avoit reçues à la bataille de la Marsaglia; il avoit un régiment de cavalerie. M. de Catinat étoit campé le 4 à Moret (1) ; il conti nuoit sa marche vers Coni.

Vendredi 13, à Versailles* — Le roi alla sur la pelouse de Sainte-Gemme faire la revue de ses quatre compagnies des gardes du corps et des grenadiers à cheval. Le roi les a trouvés en très-bon état; il ôte les dix hommes par brigade qu'il avoit fait mettre l'année passée ; il veut que

(1) Philippe Goibaud Dubois, auteur de traductions de Saint- Augustin et de Gkéron.

(2) Mo^eUa , tUle de» États Swdes.

ses gardes ne fassent que deux escadrons par compagnie. — Monseigneur courut le loup. — Le roi a donné à Puyguyon le régiment de cavalerie de M. le duc de Bourgogne qu'avoit le chevalier de Pomponne. Puyguyon avoit un régiment, maisj^qui avoit tellement pâti à la bataille de Nerwinde qu'ûn'avoit puque très-difficilement le rétablir, car il ne luirestoit pas cinquante maîtres; le roi n'en a pas encore disposé* — Le roi, après la revue, aUa se promener à Marly et ne revint ici que fort tard.

Samedi 14, à Versailles. — Le roi dîna à son petit cou* vert et alla tirer. Monseigneur courut le cerf avec les chiens du roi. — On a eu nouvelle de M. de Gatinat du 8 de ce mois ; il étoit campé à la Monta; tous les officiers de cette armée mandent qu'ils jnarchent pour assiéger Coni, comme il y a grande apparence; mais on ne le dit point encore ici. — Le roi a donné la charge d'enseigne de la compagnie des gardes du corps de NoaiUes à Bâche villiers le cadet, mestre de camp de cavalerie. Le roi lui permet de vendre sa compagnie ; mais il disposera de son régiment. — Madame de Guise arriva ici d'Alençon, où elle a accoutumé de passer toujours six mois de Tannée.

Dimanche 15, à Versailles, — Monseigneur donna à dîner chez lui à madame la princesse de Conty et à des dames. — Le roi a donné le régiment de cavalerie qu'avoit Sainte-Livière à Bains, qui étoit mestre de camp incorporé dans le régiment de Souvray; et à Saint-Lieu, ancien mestre de camp incorporé dans le régiment de Bourgogne, frère de Saint-Lieu, autrefois lieutenant général, le régiment de Puyguyon ; il a donné aussi le régiment d'Esseville, frère de BacheviUiers, à Cérisy, mestre de camp incorporé dans Condé, et a permis à Devienne, lieutenant-colonel, d'acheter le régiment du chevalier de Courcelles, et à j^Latié], lieutenant-colonel de Romainville, d'acheter le régiment de Bellegarde.

Lundi 16, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Marly. Monseigneur vouloit courre le loup

TÏOVEMBRE 1695. 897

avec le roi d'Angleterre dans le parc ; mais ils n'en trouvèrent point. — Mademoiselle de Montchevreuil épouse M. de Pracomtal, maréchal de camp, à Ijui M. de Saint- Romain^ son onde, donne 18 ou 20,000 livres de rente en avancement de succession. Mademoiselle de Montchevreuil a 20,000 écus que le roi lui donne sur la maison de ville. Les noces se feront ici mercredi. Après la noce Pracomtal s'en retourne à Mons^ où il sert de maréchal de camp sous M. de Ximénès. — Le roi ôte à M. de Corneberg le régiment des hussards , et le donne à M. de Mortain qui étoit lieutenant-colonel dans les troupes de M. de Wurtemberg, et qui s'est venu rendre cette année à Tarmée de Monseigneur, en Allemagne. Le roi a promis à M. de Corneberg de lui donner autre chose.

Mardi 17, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc l'après-dlnée. Monseigneur fut avec Madame courre le cerf avec les chiens du roi. Le soir il y eut comédie. — Le roi d'Angleterre a donné les deux régiments de dragons qui vaquoient dans ses troupes, le sien et celui de la reine , Tun à milord KUmaluc et Tautre à milord 0' Brien. Kilmaluc étoit lieutenant-colonel du régiment * de ses gardes, et 0' Brien étoit lieutenant d'une compagnie des gardes du corps. 0' Brien est devenu milord par la mort de son frère aîné , mort de maladie depuis quinze jours, qui étoit colonel d'un des trois anciens régiments irlandois dont le roi dispose sans que le roi d'Angleterre s'en mêle; et S. M. a donné ce régiment à un ancien lieutenant-colonel irlandois nommé Lée (1). — On a eu des nouvelles de M. de Catinat; il n'entreprendra point le siège de Coni, parce que le vilain temps est venu qui rendroit cette entreprise très-difficile.

Mercredi 18, à Versailles. — Le roi signa, le matin , le contrat de mariage de mademoiselle de Montchevreuil

(1) Dangeaii écni d'Obrien et Lie,

398 JOURMAI. Dfi DANGEAU.

avec M. de Pracomtal. Le mariage se fit ici à midi, à la paroisse ; les mariés allèrent ensuite dîner chez madame de Pontchartrain, et puis la noce s'en alla à Paris, où ils couchèrent cheai M. de Saint-Romain, oncle du marié. — Marin, lieutenaht des gardes de la compagnie de Luxembourg , étant estropié d'une blessure qu'il a reçue à la bataille de Nerwinde, a demandé au roi de se retirer; le roi lui a promis le premier gouvernement de place vacant, et, en attendant, il lui donne une pension de â,000 éeus. Villaine , premier enseigne de cette compagnie , monte à la lieutenance ; et, comme U y avoit déjà une autre enseigne vacante, le roi a choisi pour ces deux charges Brissac, neveu du major, premier exempt de cette compagnie, et Balivière, mestre de camp de cavalerie, frère de celui qui est déjà dans les gardes. — Monseigneur vint coucher à Choisy et ameipia aveie lui dans son carrosse M. le duc de Chartres, M. le comte de Brionne, MM. les ducs de Montmorency , de Gramont, de Roquelaure et moi.

Jeudi 19, à Versailles. — Le roi alla dîner à Choisy avec Monseigneur et fit manger les courtisans avec lui. Il se promena fort dans ses jardins, et y donna beaucoup de petits ordres, et témoigne avoir un grand goût pour cette maison-là. — Madame la princesse de Conty accoucha hier au soir ici, avant terme, d'un garçon qu'on ne croit pas qui puisse vivre trois jours; on la croyoit dans son septième mois; elle s'est blessée en venant de Paris à Versailles en carrosse. — On a eu nouvelle que le prince d'Orange est arrivé en Angleterre et que le parlement aUoit s'y ouvrir. — Le roi s'en retourna à Versailles sur les cinq heures, et Monseigneur demeura à Choisy avec les gens qu'il y avoit amenés hier. — Le voyage de M. de Rebenac, qui de voit aller de la part du roi verp les princes d'Itahe , est différé pour quelque temps. On rie dit point quand nos troupes de Piémont repasseront les montagnes ; mais on a envoyé les ordres pour le quartier d'hiver que M. de Catinat leur donnera quand il le jugera à propos.

NOVEMBRE i695. Zà9

Vendredi 20, à Versailles. — Madame de Saint-Valery, dame d^honneur de madame du Maine , qui vouloit se retirer depuis quelque temps par dévotion , en demanda hier la permission au roi; elle a quitté la coup ce matin pour aller vivre en repos avec sa famille à Paris. Madame de Langeron demeurera auprès de madame la duchesse du Maine ^ en attendant qu^onlui ait donné une autre dame d'honneur; et on est persuadé qu'il ne tiendra qu'à elle de Fètre, si sa santé lui permet. — Le roi envoie en Bourgogne 1(. de Ribère, conseiller d'État, pour Tinformer de beaucoup de choses qui se passent en ce payslà; on accuse fort l'intendant de la province, qui est M. d'Argouges, d'avoir abusé du pouvoir que lui donne l'intendance, et le roi veut être informé de tout exactement et savoir si les plaintes sont bien fondées. — Monseigneur revint coucher à Versailles. — Nous eûmes nouvelles que le comte Guillaume de Lœwenstein, frère de madame de Dangeau, est mort en Hongrie ; il avoit épousé, l'année passée, la comtesse de Walstein, héritière de toute cette maison-là.

Samedi 21, à Versailles. — Il y eut une grande assemblée dans la salle de Saint-Louis, au Palais, pour pourvoir au besoin des pauvres, et chercher les moyens de diminuer la cherté du pain et rétablir Tabondance dans la ville . Le prix du pain commence déjà à diminuer; on compte qti on tirera des taxes volontaires sur chaque particulier de Paris pour le moins quatre millions. On enfermera les pauvres qui ne peuvent travailler, et on fera travailler ceux qui en auront la force. — Hier, après que Monseigneur fut parti de Choisy, le feu prit à son orangerie; le haut en a été brûlé; mais on eut le temps de mettre tous les orangers dehors, et ils n'ont point pàti. — Le soir, le roi et Monseigneur allèrent chez madame la Duchesse , qui se sentoit en travail.

Dimanche 22, à Versailles. — L'enfant dont madame la princesse de Conty étoit accouchée il y a quelques jours

est mort; on doutoit si la cour en prendroit le deuil, et on a décidé qu'on ne le prendroit point. — Madame la Duehesse est accouchée d'une fille qu'on appellera mademoi^ selle de Charolois; l'aînée s'appelle mademoiselle de Bourbon. — M. Voisin est mort à Paris; il étoit sous-doyen du conseil ; c'étoit un des hommes de la robe le plus riche ; il n'a qu'une fille que M. deLamoignon, Tavocat général, a épousée, et dont on croit qu'il aura plus de 100,000 livres de rente. — M. Courtin est présentement sous-doyen du conseil. — Le roi a donné, ce soir, la place du conseil, vacante par la mort de M. Voisin, à M. Phélypeaux, intendant de la généralité de Paris et frère de M. de Pontchartrain; il gardera son intendance.

lundi 23, à Versailles. — Le chevalier de Nesle , qui avoit été choisi pour acheter le régiment de Gournay qu'on avoit donné à vendre à M. de Lislebonne, ne s'étant point trouvé en état de le payer, on en a donné l'agrément à Vandeuil, neveu de Vandeuil, lieutenant des gardes du corps. — On a donné au chevalier d'Auneuil, qui étoit dans la mestre de camp, le régiment du chevalier de Balivière, et le chevalier de Balivière vendra la compagnie qu'avoit le chevalier d'Auneuil. — Le roi a réglé que les capitaines de chevau-légers qui voudroient quitter ne vendroient leurs compagnies que 1,000 écus; mais ceux qui montent à d'autres emplois et qui ont permission de les vendre, les vendent tout ce qu'ils peuvent. — On a mis à la Bastille le chevalier de Montrevel, mestre de camp de cavalerie, pour n'avoir pas voulu faire recevoir dans son régiment un lieutenant qui apportoit un brevet signé de M. de Barbezieux.

Mardi 24-, à Versailles. — M. de Ximénès, lieutenant général, assemble quelques troupes en Flandre pour faire travailler à une ligne qu'on fait de Mons jusqu'à Marimont sur la Haisne, et depuis Marimont jusqu'au Piéton; on gardera cette ligne-là comme on garde celle que nous avons jusqu'à la mer. — M. et madame de Chàtillon

se séparent; M. de Chàtillon garde tout son bien ef celui de «a femme; elle ne jouira que de ce qu'elle touche de Monsieur et de Madame pour sa charge de dame d'atours. Ils ont partagé leur appartement ici , et même en ont fait murer la séparation. L'appartement du Palais-Royal à Paris demeure à M. de Chàtillon, et elle n'en aura qu'un d'emprunt. M. de Chàtillon veut présentement garder sa charge de premier gentilhomme de la chambre de Monsieur, dont il avoit traité l'année passée avec M. de Sassenage; mais le traité n'avoit pas été accompli. — Ce jour-là il n'y eut point de conseil, parce que le chancelier avoit affaire à Paris; ce devoit être conseil de finances comme tous les mardis.

Mercredi 25, à Versailles. — Il y a eu un fourrage en Piémont, où M. de Lignerac, colonel du régiment du Perche, qui est neveu de l'abbé de Lignerac, a été blessé d'un coup de inousquet à la cuisse; il y étoit colonel commandé. — On a choisi pour dame d'honneur de madame la duchesse du Maine la marquise de Manneville, fille de madame de Montchevreuil, et dont le mari est gouverneur de Dieppe; ce choix-là n'est pas encore déclaré. — Hier au soir, il y eut appartement; on a retranché depuis le retour du roi de Fontainebleau le chocolat et les liqueurs (1) que

(1) (t Le roi , dit le Mercure de décembre 1682, permet rentrée de son grand appartement de Ver8§ille8,le lundi, le mercredi et le jeudi de chaque semaine pour y jouer à toute» sortes de jeux depuis si\ heures du soir jusqu'à

dix, et ces jours*là sont nommés jours d'appartement Chacun se présente

à l'heure marquée pour être reçu dans ces superbes appartements. Aucun ne se présente qu'il n'ait su auparavant que rentrée loi est permise. Les uns choisissent un jeu et les autres s'arrêtent à uil autre. D'autres ne veulent que reregarder jouer, et d'autres que se promener pour admirer l'assemblée et la richesse de ces grands appartements. Quoiqu'Us soient remplis de monde, on n'y voit personne qui ne soit d'un rang distingué, tant hommes que femmes. La liberté de parler y est entière , et l'on s'entretient les uns les autres selon qu'on se platt à la conversation. Cependant le respect fait que, personne ne

haussant trop la voix, le bruit qu'on entend n'est point incommode Lorsque

l'on est las d'un jeu, on joue à un autre. On entend ensuite la symphonie ou T. IV. 2G

402 JOURNAL DE JDAI9GEAU.

Ton donnoit au public dans les appartements, qui ne laissoient pas d^étre d'une assez grande dépense, kur jourd'hui il y a eu comédie ^ et le roi ne va ni à Tun ni à Tautre.

Jeudi 26, à VenaillêB. — Le roi alla à SainlrGermam voir le roi et la reine d'Angleterre. — Madame Fabbesse de N.-D. de Soissons est morte ; c'est une des belles abbayes de France ; cette abbesse étoit tante de M. le duo de la Rocbefoucauld. — Le fils de M. de la Cbaise, oolonel d'infanterie, épouse la fille du président du Gué, de Paris, à qui l'on donne 200,000 francs présentement^ et l'on espère qu'elle en aura deux fois davantage à l'avenir. — Il n'y a eu ce soir ni comédie ni appartement; on laisse un jour de vide, comme l'année passée. — Le roi envoie oinq hommes pour visiter la cavalerie qui est dans le dedans du royaume. Ces cinq hommes sont M. de Lannion, maréchal de camp, et MM. de Montgommery, de Sibourg, de Rassan et le marquis de Gramont, tous quatre brigadiers. Ils feront ce que faisoient les inspecteurs , et s'appelleront les visiteurs de la cavalerie.

Vendredi 27, à Versailles. — Le roi alla l'après^cUnée

Ton voit danser. On fitit oonveraation. On iMUse à la chamlnne de» liqneim oo h cefle de la collation. La mani^ dont on est servi a des agréments qu*on ne sauroit concevoir. On y voit ceux qui servent qui ont des juste-au-oorps Uem avec des galons or et argait. Ils sont derrière toutes les tables de joueurs, et ont soin de donner des cartes , des jetons et les autres choses dont on peut avoir besoin. Même selon les jeux où l'on Ton joue, ils épargnent aux joueurs la peine de compter, comme au Trou -Madame , où ils calculent les |K)ints qu'on en a faits et les écrivent... Dans le salon où sont dressés les buffets, des bas-reliefs représentant l'Abondance sont au-dessus de la porte de

marbre Plusieurs guéridons or et azur qui portent des girandoles éclairent

ce salon, aussi bien qu'un lustre d'argent qui pend au milieu. Trois grands buffets sont aux côtés du même salon. Celui du milieu, au-dessus duquel on voit une grande coquille d'argent , est pour les boissons chaudes , comme café, chocolat, etc. Les deux autres buffets sont pour les liqueurs , les sorbets et lei cau\ de plusieurs sortes de fruits. On donne de très-excellent vin à ceux qui en souhaitent, et chacun s*empresse à servir ceux qui entrent dans ce lieu , ot qui se fait avec beaucoup d'ordre et de propreté. »

se {HTomener à Marly. — Monseigneur partit d'ici de grand matîn^ et alla dîner à Choisy. U en revint le soir; il n'y avoit mené personne ; il y étoit allé pour donner ordre à raccommoder son orangerie. --^ On a eu nouvelle que M. Tévèque de la Rochelle est mort; il étoit de la maison d« Laval , oncle de la maréchale de Rochefort. -^ On a mis M. Duohesne , médecin, auprès de messeignèurs les enfants^ en la place qu'avoit M. Fagon. M. Bôurdelôt a acheté la charge d^ordinaire qu'avoit t)aquin^ et on donne 1^000 écus de pension au fils de M. Dodart pour être médecin suivant la cour, comme étoit M. Ceron. •** J'avois couché à Berny, et j'allai trouver Monseigneur à Choisy.

Samedi 28, à Veriaille$. — Le roi alla titier Taprès-dlnée à son ordinaire ; il alla au retour de la chasse chez madame la Duchesse, comme il y va tous les jours depuis qu^elle est accouchée , et ensuite passa chez madame la princesse de Gonty^ sa fille, qui n'étoit pas sortie depuis trois jours parce qu'elle est enrhumée. ^-^ On a appris que madame de Lavardin la jeune étoit morte en Bretagne; elle étoit sœur de M. le duc de Noailles. -^ Elle laisse quatre ou cinq enfants, et M. de Lavardin a, outre eela, une fille de son premier mariage avec la sœur de M* de Chevreuse* «^ Les Espagnols ont justifié M. de Castanaga; et, malgré les mauvais offices que M. le prince d'Orange lui avoit rendus à cette comvlà, ils l'ont fait vice^roi de Catalogne, avec de grands éloges sur la conduite qu'il a eue pendant son gouvernement de Flandre.

Dimanche 29 , à Versailles. — Le roi alla au sermon du P. Bourdaloue, puis chez madame la princesse de Conty, qui est en couches, et de là au salut. — Le matin, avant son lever, M. de Pontchartrain vint lui dire que les Anglois étoient devant Saint-Malo avec douze vaisseaux de guerre, douze frégates et deux galiotes à bombes , et que jeudi ils avoient commencé à bombar-

der la ville. Le soir il arriva un courrier de H. de Chaulues qui mande au roi qu'il va en diligence à Saint-Malo^ et qu'il avoit nouvelle que le vendredi on n'avoit pas encore jeté de bombes qui eussent fait grand mal dans la ville. — Comme le roi alloit au salut^ le baron de Beaur vais lui vint dire que M. de la Vauguyon s'étoit tué le matin dans sa maison à Paris de deux coups de pistolet qu'il s'est donné dans la gorge (1).

Lundi 30, à Versailles. — On n'a point eu aujourd'hui de nouveB^s de Saint-Malo ; le chevalier de Sainte-Maure^ capitaine de vaisseau^ qui revenoit à Paris^ s'est trouvé dans la place et y est demeuré. Le roi y envoya hier Pointis, capitaine de vaisseau^ et le chevalier de la Poletrie^ capitaine de galère^ qui étoient ici. Les officiers considérables de la marine avoient tous assuré au roi qu'il n'étoit pas possible aux ennemis de bombarder Saint-Malo 9 et ils soutiennent encore que cela est si difficile^ qu'on espère que l'on n'y fera pas grand mal. — Le roi nous dit à son coucher qu'on lui avoit tant représenté que les officiers qu'on tiroit des cadets ne demeuroient pas et servoient mal dans les régiments où on les envoyoit, qu'il avoit pris la résolution de casser les quatre mille cadets qu'il entretenoit^ et ce seront les colonels présentement qui mettront les officiers dans leurs régiments; mais ils seront obligés, avant de les recevoir, de les amener ici au bureau afin qu'on les voie.

Mardi 1" décembre y à Versailles. —Le roi alla l'aprèsdlnée à Marly, où il s'amuse à planter et faire tailler ses arbres. Monseigneur alla faire des battues, et Madame

(1) La Vauguyon, chevalier de l'ordre , conseiller d'État, plusieurs fois ambassadeur, se tue chez lui de deux coups de pistolet après diverses folies. 0 n'avoit ni bien ni enfants. ( Note de Saint'Simon ). — • Après diverses folies, se tue de deux coups de pistolets, chez lui, à Paris, dans son lit; il étoit chevalier de Tordre de 1688, conseiller d'État d'épée et avoit eu plusieurs ambassades ; fort gueux, bien de l'esprit et de la galanterie ; veuf et sans enfants ; très-petit et simple gentilhomme. (Autre note de Saint-Simon. )

étoit àla chasse avec lui. Il y eut hier appartement et aujourd'hui comédie. — M. de Pontchartrain alla trouver le roi au retour de Marly, pour lui dire qu'il étoit arrivé un courrier de Saint-Malo , qui est parti de dimanche. M. de Chaulnes y arriva samedi; M. le duc de Coislin, qui étoit allé tenir les états de Bretagne, y est aussi^ et le comte de CMteau-Renaudavec beaucoup d'officiers de la marine. Les ennemis, en quatre jours, n'avoient encore jeté que quatre-vingts bombes dont il n'y en a eu que vingt-cinq qui sont entrées dans la viUe, sans y avoir fait aucun désordre. Les ennemis veulent avancer leurs galiotes, et nous avons là quelques bâtiments qui pourront traverser la bombarderie.

Mercredi 2, à Versailles. — Le roi avoit nommé cinq visiteurs pour visiter la cavalerie qui est dans le dedans du royaume; il en a ajouté aujourd'hui un sbdème, qui est le comte de Druy, lieutenant des gardes du corps. — » Monseigneiœ est allé coucher à Choisy, d'où il ne reviendra que vendredi. Il y a avec lui M. le prince de Conty, le comte de Brionne , MM. de Roquelaure et de Montmorency et les courtisans qui sont attachés à lui. — On a augmenté les espèces d'or et d'argent; et les vieux louis d'or seront pris dans le commerce pour onze livides quinze sols, et on en donnera douze livres cinq sols à la Monnoie. — On mande d'Allemagne que l'empereur a donné le gouvernement de Constance au comte de Furstemberg, qui étoit prisonnier ici l'année passée; il commandera aussi dans toute la forêt Noire.

Jeudi 3, à Versailles. — M. Pelletier, l'intendant des finances, a monté à la place de conseiller d'État ordinaire, vacante par la mort de M. Voisin , et M. Phélypeaux à la place de conseiller d'État de semestre qu'avoitM. Pelletier. On a disposé des emplois qu'auront cet hiver nos officiers généraux de l'armée de Piémont : Larray commandera en Dauphiné, Saint-Silvestre en Bresse , Bachevilliecs en Savoie, à la place de la Hoguette, M. de Tessé à Pignerol,

406 JOURNAL DE DANOEAU.

et on mettra un maréchal de camp en Provence^ sous M. de Grignan^ sous-lieutenant général de la province. MM. de Vendôme reviendront à la cour dès que M. de Catinat aura repassé les montagnes* Il est encore au delà du Pô, où son armée trouve à subsister grassement. — Monseigneur s'amuse à Choisy à faire tailler ses arbres , et joue le soir quand il est revenu de la promenade.

Vendredi *, à Versailles, — Le chevalier de Sainte- Maure est arrivé de Saint-Halo ; il en partit mardi après qu'il eut vu l'armée des ennemis se retirer. Il ne paroissoit plus aucuns vaisseaux quand il est parti ; ils n'ont tiré qu'environ six-vingts bombes^ qui n'ont pas fait pour 100 pistoles de désordre dans la ville. Le soir, avant que de se retirer^ les ennemis avoient fait approcher des murailles de la place un bâtiment chargé de bombes, de carcasses ^ et de toutes sortes de feux d'artifice^ dont ils espéroient un grand succès. Ce bâtiment s'entrouvrit contre un rocher ; le feu prit à une pairtie du bâtiment et fit un bruit prodigieux^ qui cassa toutes les vitres de la ville, et le lendemain on trouva sur le bord de la mer le reste de ce bâtiment qui étoit encore chargé de beaucoup de bombes et quelques corps morts qui étoient appot^ remment ceux qui conduisoient le b&timent. Nous avions des machines à peu près semblables devant Gènos et devant Alger ; mais nous ne nous en servîmes point.

Samedi 5, à Versailles. — M. le maréchal de Bouffler& arriva hier à la cour ; il a son congé pour trois semaines. Les bruits qu'on avoit fait courir de quelques mouvements de sédition dans les places de Flandre, surtout à Charleroy, n'ont eu que de forts légers fondements qui n'ont eu aucune suite. -^ Le roi a signé ce matin le ^sontrat de mariage du fils de M. de la Chaise avec mademoiselle du Gué. Le roi , en faveur du maria^ , a augmenté* le brevet de retenue de 100,000 francs; il étoit d^à de 300,000 francs; ç^insi il est présentement de 100,ê00 écus. La charge de capitaine de la porte avoit oo^té à

DËGEMjBRË 1699. W

H.. de la Chaise iOO^OOO francs^ et le roi lui en avoit donné 100^000 francs d'argent comptant; il a présentement un brevet de retenue du reste de la somme. — Monseigneur revint hier de Choisy ; il y eut appartement, et aujourd'hui comédie.

Dimanche %, à Versailles. -^ Le roi ne sortit point ; il alla au salut. Le roi et la reine d'Angleterre vinrent ici. Le roi d'Angleterre a des nouvelles qui portent que le prince d'Orange, fait passer en Flandre vingt régiments qu'il avoit en Angleterre^ en Ecosse ou en Irlande. Nous avions cette nouvelle-là par d'autres endroits ; cependant on ne croit pas qu'il se dégarnisse de toutes ses troupes dans un temps où le parlement lui demande des choses fort dures pour la royauté, comme, par exemple, cfce rendre le parlement triennal. — Depuis qu'on a rehaussé les espèces d'or et d'argent, l'argent commence un peu à se remettre dan« le commerce; on en porte beaucoup à la Monnoie. — Bignon, capitaine aux gardes, commande cet hiver dans Trêves, Pertuis dans Courtray , et Cadrieu dans Dixmude.

Xtmdê?, à Versailles, — Le roi alla l'après-dlnée à la chasse à son ordinaire. Le soir il y eut appartement qui finit de meilleure heure qu'à Torilinaire. Le roi sut qu'il y avoit eu fort peu de dames, il n'en fut pas content, il souhaite qu'elles y soient. Monseigneur y étant, comme s'il y étoit lui-même. -^ Le comte de la Motte , soqs-lieutenant des ohevau-légers du roi, a traité de sa charge avec M. de CoëteniEao , premier cdM^nette de cette compagnie, qui lui donne 50,000 francs d'argent comptant et la cornette à vendre, dont il compte de tirer iOO,000 francs. Par ce changement-là, M. de Torcy devient premier sous-lieutenant, M. de Goët^ifao Le second; Baisemeaux premier cornette, le duc de Monfort le second cornette^ Imécôurt troisième cornette, et la quatrième cornette est à vendre.

Mardi 8, à Versailles. — Le roi avoit donné à Tajac le régiment de Périgueu^, dont il étoit lieutenanlrcolonel ;

il venoit pour en remercier le roi et est mort à Paris. Le roi a donné ce régiment à M. Marquessac^ qui étoit capitaine depuis onze ans dans le régiment d'Anjou; il est parent de MM. de Hautefort et de même maison qu'eux. — (te a des nouvelles de M. le maréchal de Catinat^ qui est toujours au delà du Pô ; il ne campe plus en front de bandière ; il a dispersé ses troupes dansFossan^ dans Savillan (1) et dans les lieux circonvoisins. Il écrit du 29 du mois passée et mande que toutes les troupes avoient pour quinze jours de fourrages; les ennemis sont toujours campés à Montcalier^ où ils pâtissent beaucoup. Bellenave^ brigadier d'infanterie, qui avoit été blessé à la Marsaglia^ est mort de ses blessures (2). — Le soir il y eut comédie.

Mercredi 9, à Versailles. — Depuis la mort de M. de LouvoiSy grand vicaire de l'ordre de Saint-Lazare^ le roi a ca^é toutes les nouveautés qui s'étoient faites dans cet ordre^ et l'a remis dans son ancien état. M. de Nérestang, qui en avoit été grand maître, et à qui le roi avoit donné 100,000 écus pour renoncer à sa grande maîtrise, en donna, il y a quelques mois, une nouvelle démission, et le roi m'a fait l'honneur aujourd'hui de me choisir pour remplir cette charge. Voici le titre que prend le grand maître des ordres de Notre-Dame du Mont-Carmel, et de Saint-Lazare de Jérusalem, Nazareth et Bethléem, tant deçà que delà les mers. L'ordre militaire de Saint-Lazare fut établi en France par Louis VII, qui donna aux chevaliers son château de Boigny près d'Orléans> qui est présentement la commanderie du grand maître^. Saint Louis confirma ensuite tout ce qu'avoit fait Louis VII; Henri IV institua Tordre de Notre-Dame du Mont-€armel , et le joignit à l'ordre de Saint-Lazare ; Paul V donna des bulles pour l'union de ces deux ordres*.

(1) Fossaao , Savigliano, villes des États Sardes.

(2> Beilénaye âvôlt ^té monjéeuy^. ( Note de Dançeav.)

* L'ordre de Saiat-Lazare fut établi par les chrétiens ocddeDtaux qui tenoient alors la terre sainte ; ce qui fait croire que Louis le Jeune Finstitua. C'est cette terre et château de Boigny quil donna en 1154, près d'Orléans, à ces chevaliers qui s'y établirent, après que les chrétiens eurent été chassés de la terre sainte.

Jeudi ±0, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlner se promener à Marly. Monseigneur alla & Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre. Le soir il y eut appartement où madame de Manneville prit possession de la charge de dame d'honneur de madame la duchesse du Maine. — Ou a eu nouveUe que les vaisseaux anglois qui étoient devant Saint-Malo , et qui depuis avoient paru sur nos cûtes^ étoient rentrés dans leurs ports d'Angleterre. — M. le duc du Maine arriva hier d'un voyage de quinze jours qu'il a fait pour visiter les carabiniers.

Vendredi 11 ^ à Venailles. — Le roi alla tirer Taprèsdlnée à son ordinaire. Monseigneur vint à Paris avec madame la princesse de Conty voir l'opéra nouveau de Médée (1); les vers en sont de Corneille^ et les airs de Charpentier. Après l'opéra^ madame la princesse de Conty s'en retourna à Versailles^ et Monseigneur alla coucher à Choisy, où il n'a mené que M. le prince de Conty, M. le comte de Brionne, M. le Premier, M. d'Antin et moi. "*-- On a eu des nouvelles de M. de Catinat; il mande au

(1) « C'est, dit le Dictionnaire des théâtres de M, deLéris,ane tragédie de Thomas ComeiOe, mise ea mnsiqne par Charpentier ; elle fiit représentée poar la première fois le 4 décembre 1693. » — « M. Charpentier, qui Ta (ait graver» ^'oute le Mercure, eut l'honneur de le préitenter au roi il y a quelques jours, et Sa Majesté lui dit qu'elle étoit persuadée qu'il étoit im habile homme et qn'eik saToit qu'il y avoit de très-belles choses dans son opéra. Quoique l'on n'ait encore donné qae neuf on dix représentations, Monseigneur le Daophnl y est déjà venu deux fois et Son Altesse Royale Monsieur l'a vu quatre fois; il a eu la destinée des beaux ouvrages, contre lesquels l'envie se déclare d'abord , mais ils en brillent après davantage. C'est ce qui est arrivé à plusieurs opéras de M. Lulli, qui ont été ensuite l'admiration de tout Paris. On ne voit jamais l'envie s'attacher aux ouvrages médiocres, et ils ont leur cours sans que Ton pense à en dire ni bien ni mal. Les décorations et les habits de l'opéra de Médée sont de M. Bendn. (Mercure de décembre, pages 334 «t 336. )

4i0 JOURNAL DE DANGEAU.

roi qu'il croit pouvoir feire subsister les troupes encore asse2 longtemps au delà du P6.

Samedi 12, à Versailles. — Monseigneur reviat de Choisy, et il y eut comédie ici le soir. — Le duc de Bournon ville*, père de la duchesse de Noailles, est mort; il étoit retiré depuis longtemps à une de ses maisons de campagne, et avoit été gouverneur de Paris et chevalier d'honneur de la reine. Il avoit donné tout son bien à sa fille en la mariant et ne s'étoit réservé qu'une légère pension. — Le père de madame de Gh&teau-Thiers est mort à Paris.

* Le père de ce M. de Bournouville avoit eu un brevet de duc dès 1608, et avoit fort servi les archiducs et avoit été de leur part à Vienne, et à Paris après la mort de Farchiduchesse Claire Eugénie , in&nte d'Espagne , veuve de l'archiduc Albert. Ses afibires bastèreot mal à BraxeHes. 11 s'établit à Lyon en 1634, et y mourut à soixante-dix ims, en 1666, 11 laissa deux fils. L'aîné s'attapha à la maison d'Autriche, qui lui donna le vain titre de prince et de grands emplois de guerre, et mourut à Pampelune , vice-roi de Navarre, le20 août 1690. C'est le père de M. de Boumonville, gendre du duc de Luynes, et grand-père de la duchesse de Duras et d'un fils unique, mort sans postérité, de madcsuû* selle de Gramont, remajnée au due de Ruffec. Le cadet s'attacha à la France, et eut, comme son grand-père , un brevet de duc e^ 1653, servit d'offîcier général , et faute de pairs au sacre de Louis XIV, représenta le comte de Champagne, le 7 juin 1654. En 1660 11 fut gouverneur de Paris et chevalier d'hoimeur de la reine; mais, l'année suhanle, la mort du cardinal Mazarin et la disgrâce de M. Fouquet, à qui il s'étoît fort attaché , lui firent perdre l'un et l'autre. De l'exil il passa à la retraite, et, ayant perdu sa femme en 1678, fille de la Vieuville, premier capitaine des gardes du corps et surintendant des finances, fameux par ^ disgrâce et par son retour, il se fit prêtre , et directeur deç bénëdictînes de sm bourg de la Mothe-Tilly, près Nogent-sur-Seine , où il 8*étoit retiré , et où il mourut , n'ayant eu que madame de NoaiUes. Un autre frère d«oe seooiid duc de Boumonville est pèreduducdeBoonumville, grand d'Espagne et chevalier de la toison de Philippe V, capitaine de ses gardes du corps flamands, gentilhomme de sa chambre, capitaine général , et son ambassadeur à Vienne, puis au congrès de Soiasons.

Dimanche 13, à Versailles, — Le roî ne sortit point de tout le jour; il alla au s^mon et au salut. — H. le car*

DÉCEMBRE IMS. 41 1

dina} d'Estrées arriva ici de Rome, où il étoit toujours demeuré depuis réleotion du pape. — L'assemblée du clergé a commencé; on y changera tout ce qui avoit été réglé pour les bois des ecolésiastiques, et la somme qvHon est demeuré d'accord de donner au roi sera répandue sur tout le clergé également^ comme toutes les autres sommes qu'on a accoutumé de lui donner. — Madame de Thé«d)on^ belle-sœur de la comtesse de Beuvron, est morte; elle étoit sœur de mademioiselle de la Force ^ que nous avons vue fille d'honneur de la reine.

Lundi 14, à Vermilles. — Le roi alla Taprès^lnée à Trîanon , où il s'amusa à faire tailler ses arbres. -^ M. ]e maréchal de Boufflers épousa la fille du duc de Gramont ; on lui donne en mariage la valeur de fcOOyOOO francs , savoir : 50,000 francs d'argent comptant présentement , 50^000 francs dans six mois, 20,000 francs par an , cinq ans durant, avec les intérêts pour le reste de ces 100,060 francfihlà , et les terres de Frasé et de Rabetan dans le Perche. Ces deux terres valent 10^000 livres de rente ; on les lui donne pour 200,000 francs. Outre cela^ il viendra em^ore du bien à mademoiselle de Gramont après la mort de son père. La duchesse, qui est à l'extrémité depuis longtemps^ souhaite de voir finir ce mariage avant sa mort. C'est le duc de Noailles qui a fait ce mariage4à.

Mardi 15, à Yersaillês. -r Le roi aUa se promener à Trianon malgré le vilain temps^ et s'amusa, comme hier, à faire tailler ses arbres. Monseigneur courut le loup dans la forêt de Saint^Germain. -«* On a eu nouvelle que les ennemis en Flandre s'assembloient sur le canal de Bruges^ où ilfii font travailler & un parapet le long du canal^ avec quelques redoutes pour empêcher que nous n'entrions dans le pays de Was pour en tirer des contributions. On craint même qu'ils ne veuillent entreprendrç quelque chose sur nos lignes du côté de la mer. Il est an^ivé i Ost^ide et à Nieuport dix ou douze mille honmies des troupes que le prince d'Orange avoit en Angleterre.

412 JOUJUIAL DE DANGEÀU.

Mercredi 16, à VersaUks. — Le roi alla tirer Taprèch dlnée. Monseigneur prit médecine. Le soir il y eut appartement. — Le roi et toute la maison royale signèrent, le matin , le contrat de mariage de M. le maréchal de Boufflers et de mademoiselle de Gramont. — Les grandes douleurs pour accoucher prirent le soir à madame la duchesse de Chartres, et le roi, après son souper, alla chez elle; mais, comme on l'assura que cela pouvoit aller jusqu'à midi, il s'alla coucher. — Lé roi devoit aller aujourd'hui à Marly, mais il a ternis son voyage jusqu'à demain , après qu*il aura vu les députés du clergé qui le harangueront.

Jeudi 17, à Marly. — Madame la duchesse de Chartres est accouchée cette nuit à deux heures ; on a éveillé le roi et toute la maison royale à une heure, et ont été à l'accouchement. Elle est accouchée d'une princesse qui s'appellera mademoiselle de Valois. — Le roi a été harangué après dîner par MM. du clergé assemblés à Paris; M. l'archevêque de Paris portoit la parole. — Après la harangue, le roi estparti de Versailles pour venir ici. Il a amené les dames dans son carrosse ; il n'y a de dames nouvelles à ce voyage-ci que madame de Manneville , qui y sera toujours comme dame d'honneur de madame du Maine. Monsieur et Madame sont du voyage, et Monseigneur a cédé son appartement à madame la Duchesse, qui n'a pas encore d'assez bonnes jambes pour monter enhaut ; Monseigneur s'y est mis dans sa chambre.

Vendredi 18, à Marly. — Le roi se promena tout le matin et toute l'après-dlnée dans ses jardins. Monseigneur courut le loup dans la forêt de Saint-Germain. Le soir, après souper, on joua au lansquenet, et le roi voit jouer et met des réjouissances. Il y a déjà quelques voyages qu'on ne parle plusdu portique. -— M. le comte de Tessé est arrivé comme le roi sortoit de table, après diner. U est parti de l'armée de Piémont le ■« de ce mois. Nos troupes doivent commencer le 11 à repasser les montagnes pourrevenirprendreleur quartier d'hiver en France;

on croit qu'elles seront toutes repassées le 14. Il y a des gens cpii raisonnent sur l'arrivée du comte de Tessé, qu'on ne savoit point qu'il dût venir, et qui s'imaginent qu'il a été à T^in voir M. de Savoie, et qu'il y a quelques propositions de paix avec lui*

Samedi 19» à Versailles. — Le roi se promena le matin et l'après-dlnée àMarly dans ses jardins, où il faittoujoiu*s accommoder quelque chose et puis revint ici. Monseigneur joua le matin et l'après-dlnée au lansquenet, et puis revint ici avec madame la princesse de Conty. — Le bonhomme la Bourlie est mort chez lui à la campagne ; il avoit quatre-vingtrsix ans passés. Il avoit été sous-gouverneur du roi et étoit gouverneur de Sedan. Le comte de Guiscard, son fils, qui commande dans Namur, avoit la survivance du gouvernement de Sedan, qui vaut 18 ou 20,000 livres de rente. M. de Fieubet * sortit ces jours passés de sa retraite pour venir voir le roi, qui le reçut fort bien , et le fit souvenir qu'il lui avoit promis que tous les ans il le viendroit voir une fois; il garde toujours sa place dans le conseil.

* Le roi étoit fort attaché à voir sa cour grosse, même des gens dont il se soucioit le moins, et qui par eux-mêmes n'y faisoieut que foule, et c'étoit un démérite sûr de n'y être que.peuet rarement, et que le roi le faisoit sentir en toute occasion qui se présentoit. II étoit vraiment piqué contre ceux qui étoient connus de lui qui se retîroient par dévotion , et quittoîent le monde et ne le voyoient plus, n »'en expliquoit toujours avec amertume, et cherchoit occasîoiide la leur faire sentir, tellement qu'il falloit au moins une fois Tannée s'aller présenter devant lui. C'étoit achètera coup sûr non-seulement repos, mais considération, qu'il prenoit plaisir à témoigner.

Dimanche 20, à Versailles. — Les rois du Nord ayant prié le roi de s'expliquer sur ce qu'il voudroit rendre aux Espagnols pour faire une bonne paix, S. M. leur a fait savoir par ses ambassadeurs, que, dans l'envie qu'il avoit de voir une bonne paix dans l'Europe, après avoir déclaré ce qu'il vouloit bien rendre à l'Allemagne , il vou-

414 JOURNAL DE DAKGEAU.

loit bien leur déclarer auâsi ce qu'il rendroità FEspague, et qu'ainsi il pouvôit aasui^er pour lui qu'il rendrait tout ce que nous avons pris en cette dernière guerre ici en Catalogne ^ savoir Roses et les autres petites placei^ âoàt M. de Noailles s'est rendu maître^ et qu'en Flandre le roi rendroit encore aux Espagnols Namur et Mens en l'état où ils sont présentement^ Charleroy rasé^ et que le rôi s'oblh geroity en cas que le roi d'Espagne vint à mourir sans enfants^ de renoncer et faire renoncer monseigneur le Dauphin pour lui et pour messeigneurs les princes ses enfants à tout ce qu'ils pourroient prétendre en Flandre^ par la succession de la feue reine qui seroit la légitime héritière^ et cette renonciation-là en faveur seulement de M. l'électeur de Bavière.

Lundi 21 ^ à Versailles. — Monseigneur alla coucher à Choisy y où il mena plus de monde qu'à son ordinaire. Monsieur et Madame allèrent à Paris ^ où ils demeureront jusqu'à la fin de Tannée; il n'y aura plu3 d'appartement ici jusqu'à ce qu'ils soient de retour. — Outre ce que le roi veut bien rendre aux Allemands et aux Espagnols pour la paix^ S. M. a fait déclarer aux rois du Nord, et a fait dire à M. le nonce^ à Tambassadeur de Venise et aux ministres étrangers qui sont ici, que, pour avoir une bonne paix générale dans toute l'Europe , il vouloit bien rendre à H. le duc de Savoie Nice y VilleCranche , Montmeillan, Sijse, et généralement tout ce qu'on lui a pris en Savoie et en Piémont. — Le chevalier de la Vallière a été pris par le guet dans Paris et mené au Chàtelet où il a couché deux jours pour avoir cassé quelques lanternes et fait fort peu de désordre. Le duc d'Uzès étoit avec lui, qui par chagrin de s'être trouvé en cette petite affaîre-là, s'en est allé à son régiment. Il se fit connoltre aux archers du guet, qui le laissèrent aller après l'avoir pris.

Mardi 22 , à Versailles. — Le roi alla tirer à son ordinaire, malgré le vilain temps. Monseigneur courut le loup dans la forêt de Sénart et revint coucher à Choisy. —

OËGEMBRË 1695. {416

M. le Prince a accommoda une affaire qa'U y ayoit entrt le chevalier de Bouillon et le comte de Guiche^ qui s'étoient querellés il y a quelques jours en soupant chez M, de la Faluère. -^M. d'Entremont^ lieutenantderoide Bresse, est mort à Paris; il laisse un fort gros bien dont hérite madame de Sainte-Mesme la jeune* Sa charge lui avoit coûté 50,000 écus, il Tavoit achetée du marquis de Montrevel; elle vaut 12,000 livres de rente. — J'appris que le roi avoit créé, il y a déjà quelque temps, une lieutenanoe de roi pour la province de Pignerol^ car Pignerol est regardé comme gouvernement de province; cette charge a été achetée fc5,000 francs par [d'Albaret].

Mercredi 23 , à Versailles. — Monseigneur revint de Choisy Faprès-dlnée. Madame la maréchale de Boufilers parut à la cour pour la première fois; elle vint saluer le roi chez madame de Maintenon , qui la présenta à S. M. — Le roi a donné à M. de Pontchartrain le fils la survivance de la charge de secrétaire d'État qu'a M. son père; il n*a pas encore vingt ans. 11 sera le septième secrétaire d'État de sa maison. Il étoit conseiller, et le roi veut présentement qu'il porte une épée. — Le roi s'est confessé ce soir pour faire ses dévotions demain. Monseigneur ne fera ses dévotions que le premier jour de l'an.

Jeudi 24, à Versailles. — Le roi a fait ses dévotions le matin; Faprès-dlnée il a entendu vêpres et le salut, et, le soir après son souper, il est allé à dix heures à la tribune, et a entendu les trois messes de minuit. — Le roi a donné Tévéché de la Rochelle à M. Tabbé de la Frézelière, grand vicaire de Strasbourg, fils du bonhomme la Frézelière, lieutenant général de Tartillerie; l'évèché de la Rochelle est un des beaux évéchés de France. Le roi a donné aussi l'abbaye de Flavigny en Bourgogne à l'abbé de Mailly *, frère du comte de Mailly, mestre de camp général des dragons; l'abbaye de la Case-Dieu en Bigorre à M. Cœurdechesne , qui avoit un bénéfice à Aigues-Mortes que l'on unit au nouvel évéché d'Alais dans

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les Céveanes; Tabbaye de Val-^chei* eu Normandie & Tabbé de Camilly ** qui a été conseiller à Rouen ; le prieuré de Gramont, auprès de Tours , à Fabbé de Busenval, fils de M. de Busenval ^ sous-lieutenant des gen* darmes du roi. Le roi charge Tévêché de la Rochelle d'une pension de 2^500 livres qu'on avoit mis sur l'abbaye de SainirMaixent pour M qui avoit donné sa

démission d'un bénéfice àBlaye ; on charge aussi l'évèché de la Rochelle de plusieurs pensions de 6 ou 700 francs chacune pour les aumôniers des gendarmes et des chevau-légers.

* L'abbé de Mailly , mort en 1721 archevêque de Reims et cardinal. ** L'abbé de Camilly, mort archevêque de Tours.

Vendredi 25, à Versailles. — Le roi entendit la grand'messe, le sermon du P, Bourdaloue et toutes les dévotions de la journée. — On a eu nouvelle de Rome que le cardinal Lauria^ est mort; il y a présentement dix chapeaux vacants dans le sacré collège. — Le prince Louis de Bade est présentement à Bruxelles, où il est venu pour conférer avec M. de Bavière sur les projets de la campagne prochaine, et il doit incessamment passer en Angleterre pour régler avec le prince d^Orange tout ce qu'ils auront à faire la campagne prochaine. — On mande de Flandre que , dans toutes les villes des ennemis, on parle fort de paix.

* Ce cardinal Lauria étoit un eordelier de bonnes mœurs , parvemi à la pourpre par sa vaste et profonde érudition, qui Ta rendu célèbre, ainsi que la rare bibliothèque qu'il avoit rassemblée.

Samedi 26 , à Versailles. — On mande d'Angleterre que le parlement accorde au prince d'Orange tout l'argent qu'il demande, mais que le peuple n'est pas content du parlement, et qu'ils sont persuadés qu'il y a beaucoup de membres de la chambre basse qui sont gagnés par le prince d'Orange. Ruvigny est parti de Londres du 12 de

ce mois, avec trente ou quarante des meilleurs officiers qu'il y ait dapsce pays-là, et s'en va à Turih trouver M. de Savoie par ordre du prince d'Orange. — La reine de Pologne a fait de si fortes instances auprès du roi pour obtenir de lui qu'il veuille bien donner l'ordre àM. le marquis d'Arquien, son père, qu'on ne doute pas que S. M. ne le lui envoie au premier jour.

Dimanche 27, à Versailles. — J'allai à Paris, par ordre du roi, faire ma profession de foi entre les mains du nonce ; M. le cardinalde Furstemberg m'y mena, et voulut bien me servir de témoin. — L'assemblée du clergé s'en va finir ; le clergé payera 2,800,000 livres qu'ils emprunteront, et les 1,200,000 francs qui restent pour achever les quatre millions qu'ils donnent au roi , seront pris sur les officiers du clergé. Ces charges-là ont été vendues à trèsbon marché. — MM. de Vendômerevinrent hier de l'armée d'Italie. — Monseigneur est allé dîner aujourd'hui au Palais-Royal à Paris, chez Monsieur, et a entendu l'opéra dans sa loge.

Lundi 28, à Versailles. — Le roi a rendu à M. le comte d'Egmont les biens qui lui avoient été confisqués dans les terres de l'obéissance de S. M., et lui donne les honneurs du Louvre ; il a tout à fait quitté le parti d'Espagne pour s'attacher à la France. — Il vient beaucoup de blés d'Afrique et d'Italie, et même du Nord , et le pain est assez considérablement amendé. — On ne doute pas que le roi ne donne incessamment à M. le cardinal de Furstemberg la place qui est vacante dans les chevaliers de l'ordre par M. l'archevêque de Lyon. — M. de Pontcbartrain le fils prêta serment entre les mains du roi pour la survivance de la charge de son père ; ensuite il entra au conseil, et il signe comme secrétaire d'État.

Mardi 29 , à Versailles. — Le vieux M. de Montignac, père de M. le marquis de Hautefort, est mort à Paris; il avoit été premier écuyer de la* feue reine. Il laisse un gros bien en fonds de terre à M. de Hautefort son fils.

Madame de Hontignac est encore en vie^ qui a beaucoup de biens aussi ; mais on croit qu'elle en disposera en faveur de M. de Surville, son second fils. — L'abbaye de Notre-Dame de Soissons n'a point été donnée à la distribution que le roi fit à Noël, et l'on croit que le roi en disposera en faveur d'une sœur (1) du comte de Fiesque, qui est à Jouarre. M. le duc du Maine sollicite fort cette affaire-là , pour faire plaisir à la comtesse de Fiesque, à qui il croit avoir obligation des services qu'elle lui avoit rendus et voulu rendre auprès de feu Mademoiselle.

Mercredi 30, à Versailles. — On a eu nouvelle que la flotte de la Nouvelle-Espagne étoit arrivée à Cadix , et la cour d^Espagne aenvoyéordre qu'on n'y arrête aucuns des effets des marchands étrangers, qui sont sur la flotte, pour éviter les inconvénients qui arrivèrent l'année dernière. — On mande de Bruxelles que Sgravemoere, lieutenant général des troupes du prince d'Orange, et un des meilleurs officiers des ennemis, y est mort de maladie, et on écrit de Gand que Ruvigny y avoit passé, allant trouver M. de Savoie avec plusieurs autres officiers que le prince d'Orange lui envoie. — Notre flotte de Canada est arrivée le 21 de ce mois à la rade de la Rochelle, plus richement chargée qu'elle n'avoit jamais été.

Jeudi 31 , à Versailles. — Le clergé vint ici haranguer le roi. L'archevêque d'Arles portoit la parole; il fit un discours très-beau et très-fort. L'assemblée se sépare. — Le roi nous dit, à son coucher, qu'il feroit assembler demain matin le chapitre des chevaliers de l'ordre, pour proposer d'y recevoir le marquis d'Arquien , père de la reine de Pologne , qui depuis longtemps demande cette gràce-là au roi. — Monsieur et Madame sont revenus de Paris. — Le comte de Tessé sera reçu demain chevalier;

(1) Cette sœur, qui a été abbesse de Soissons, n^est moile que cette année ( 1737 ). ( Note du duc de Luynes),

il avoit été nommé à la promotion que le roi fit, et il est le seul qui n'avoit point été reçu encore.

Durant tout le cours de cette année , le roi a tenu ses conseils tous les jours comme l'année passée, savoir : les dimanches, les lundis, les mercredis et les jeudis conseil royal, où il n'y a que le roi. Monseigneur et MM. les ministres, qui sont : M. de Beauvilliers, M. de Pomponne , M. de Croissy, M. Pelletier et M. de Pontchartrain ; les mardis et samedis, conseils de finances, où sont le roi. Monseigneur, M. le chancelier, M. de Beauvilliers, M. Pussort, M. Pelletier, M. d'Argouges et M. de Pontchartrain. Les vendredis, le roi travaille avec M. Tarchevôque de Paris et le P. de la Chaise ; outre cela, le roi travaille tous les lundis après diner avec M. Pelletier l'intendant pour les fortifications, et tous les soirs chez madame de Main tenon, où il travaille avec M. de Pontchartrain pour la marine, ou avec M. de Barbezieux, qui lui porte tout ce qui regarde les troupes et la guerre.

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