‹ Journal du marquis de Dangeau (volume 3)Chapitre 23 sur 27 · RELATION DU COMBAT DE NEBWINDE, 29 JUILLET · texte numérisé non relu

RELATION DU COMBAT DE NEBWINDE, 29 JUILLET

M. le prince d*Orange estoit campé entre les ruisseaux de Landen et la Jause, sa droite à Tiange (2), où estoit le quartier de M. de Bavière , et sa gauche vers Leaw ; le quartier du prince d'Orange estoit à Neer-Espen.

M. de Luxembourg ayant remarqué que le flanc droit de l'ennemy estoit découvert en passant le Jar, les ruisseaux de Cortil et celui de Landen à leur source, et sachant qu'outre les détachements que l'ennemy avoit faits pour la Flandres , il avoit encore envoyé la veille dix bataillons à Liège, se résolut de marcher à luy après avoir reconnu le 26 lui-même les lignes de Liège, qui furent trouvées par luy et par tous les officiers généraux aussi bonnes par leur situation que par les forts qu'ils y ont faits , 27 bataillons et 2000 chevaux qui estoient dedans. Il se résolut donc, ne pouvant faire cela, démarcher à l'ennemy, et pour le tromper mieux il fît commander le 26, à l'oMre, 600 fantassins par bataillon, et 300 par escadron , afiûn de persuader à l'ennemy par le bruit qu'il y auroit, que c'estoit pour attaquer les lignes de Liège. Il se délibéra de partir de son camp à l'entrée de la nuit du 27, à la sourdine, pour s'approcher de l'ennemy ; mais il fit tant de pluie par orage , que la difficulté de mener son canon , joint à la peine d'une marche d'une armée par un si vilain temps , lui fit différer la marche jusques au 28 au matin. Il décampa à trois heures à l'ordinaire , se mit en marche sur six colonnes marchant sans bruit , fit passer les ruisseaux à leur source, à la réserve du Jar ; partie de l'armée passa à Greville, au grand et petit Ha, à Tiarence et a la Source. La teste de l'armée et la personne de M. de Luxembourg arrivèrent à trois heures après midy à la vue du camp de Fennemy distant d'une demi-lieue , sans que le

(1) En marge est écrit ; •< Première relation que j'ay eu, qu'on dit avoir esté faicte par M. Dartagnan. » (Cette note peut être de la main de Barbezieux ).

Une partie des noms dé lieux de cette relation a été corrigée d'après la copie insérée dans le Mémoire rédigé par M. le général de Yault, copie faite d'après une autre copie ancienne de la relation de d'Artagnan.

La pièce originale se trouve dans le vol. n" 1206, pièce 215, conservé au Dépôt de la Guerre.

(2) C'est Nerwinde et non pas Tiange.

prince d'Orange aist eu nul advis de sa marche , et, à mesure que les troupes arrivoient, le général, assisté de monseigneur le Prince, leur faisoit prendre des postes dans le village de Landen pour occuper les endroits les plus voisins des ennemis. Toutes les troupes couchèrent devant Tennemy conmie elles arrivoient, c'est-à-dire celles qui arrivèrent la nuit, car les dernières ne furent arrivées qu'à minuit. Il n'y avoit que les gardes du camp et ceux qui estoient arrivés de bonne heure qui estoient en bataille.

M. le prince d'Orange, voyant que cela estoit sérieux, profita de l'obscurité pour faire fah*e quantité de ponts sur la Jause, assez près de Leaw, où il fit passer ses bagages toutte la nuit et tout attirail embarrassant. Il fit en même temps poster un gros d'infanterie dans les haies pour en faciliter sa retraitte en cas de besoin. Il fit aussy entourer touttes les haies du village de Tiange (1) d'un bon parapet qui estoit flanqué en deux endroits, et fit tirer un retranchement du village de Tiange (2) par le reste de son camp aux endroits par où la cavalerie pouvoit l'aborder, jusques à une ravine qui prenoit de la teste de son camp, vers le centre, et qui descendoit jusques près d'un petit bois qui tenoit sa ruisseau de Landen. Ainsy tout son camp estoit impraticable à la cavalerie. Gomme il y avoit apparence qu'il se retireroit la nuit, toute nostre armée en estoit persuadée ; cependant le jour du 29 se développa et nous le montra fort bien en bataille derrière un retranchement qui estoit une petite hauteur dominante sur nostre plaine.

M. de Luxembourg ayant reconnu la scituation, fut bien fâché du grand travail que l'ennemy avoit fait en une nuit contre toutes sortes d'apparence et d'usage ; vit pourtant que les choses estoient trop avancées pour s'en pouvoir dédire et qu'il seroit honteux aux armées du Roy.de se retirer sans rien faire. M. de Luxembourg disposa 24 bataillons à sa gauche pour attaquer le village de Nervtrinde, parce qu'il vit bien qu'il n'y avoit que cette attaque-là qui pût découvrir le flanc de l'ennemy et faciliter les passages du retranchement pour nostre cavalerie. Il mit quatre brigades d'infanterie à la teste du petit bois qui estoit à nostre droite et qui avoisinoit la ravine des ennemis qui aboutissoit près de là, revenant du centre de la ligne des ennemis. Il mit ime ligne de cavalleriede la maison du Roy en face de l'ennemy. Entre nos deux postes de droite et de gauche d'infanterie derrière cette ligne, il en mit une d'infanterie de la briguade des gardes, puis une seconde de la maison du Roy, afin qu'en avançant il pust'trouver de l'infanterie et de la cavalerie, selon qu'il en auroit besoin. Le reste des trouppes estoit en

<1) C'est Nerwinde et non pas Tiange.

(2) Jd.

bataille derrière, parce que le fonds estoit fort estioit. 11 fit estendbre 23 bataillons en deux ligues sur la gauche de tout pour attaquer le village de Nerwinde. Il comptoit que, dès que, cette attaque commenceroit, le centre de la droite agiroit;mai8M. le prince de GontyetM. lemareschal de Villeroy, ayant très-prudeoinieut remarqué que, dès que la cavalerie s'avanceroit au delà du petit bois qui estoit sur le flanc, toute l'armée des ennemis pourroit leur tomber sur le flanc, envoyèrent représenter à M. de Luxembourg etluy dire qu'ils attendoient de nouveaux ordres de luy pour agir. Cependant notre village fut attaqué , pris , et les ennemis chassés , qui une demi-heure après revinrent attaquer les nostres et les en chassèrent. M. de Luxembourg et le prince d'Orange, voyant que ce village estoit important pour Tun et pour Fautre, mirent tous leurs efforts à Fattaquer et à le défendre. M. de Luxembourg le fit rattaquer par 26 bataillons, et M. le Duc à la teste qui en chassèrent les ennemis et se rendirent maistres du village ; mais une demi heure-après, ils en furent chassés.

M. de Luxembourg fît advenir la brigade des gardes et celle de Vermandois, commandées par M. de Charrost, et fit tout de nouveau rattaquer par les brigades, qui remportèrent de vigueur et s'y maintinrent malgré les attaques formidables que leur firent les ennemis. Il est vrai que, dès qu'ils se furent postés à la teste des bayes, ils furent joints et soutenus par les débris des troupes qui en avoient été chassées. Après quoi, M. le prince de Conty, voyant toute l'infanterie engagée et qu'il falloit faire passer la cavalerie, en alla chercher et marcha à la teste de cinq ou six escadrons qui ensuite furent suivis par d'autres ; la maison du Roy tentoit et entra d'un autre costé avec encore d'autres brigades de cavalerie. Dès qu'ils furent entrés dans les retranchements ennemis, on chargea avec peu d'escadrons toute leur ligne de cavalerie, et comme elle estoit beaucoup plus longue , elle débordoit et prit quelques-uns de nos escadrons en flanc, ce qui fit faire une manœuvre chancellante à quelques-uns de nos escadrons. M. le duc de Chartres^ qui étoit à leur teste , fut obligé de suivre le torrent et faillit à estre pris, ayant esté saisi par son just'au corps; mais il fut bientôst secouru par les gens près de sa personne. M. le prmce d'Orange, voyant ses retranchemens forcés, songea à sa retraite , ce qui lui estoit aizé ea retirant ses troupes sur sa gauche , parce qu'on ne les poussoit que par leur droite ; celles qui estoient poussées, alloient à toutes jambes , passèrent les ponts, et M. le prince d'Orange maintenoit un gros d'infanterie et de cavalerie près des ponts à la faveur de l'infanterie qui estoit passée de l'autre costé, si bien que M. de Luxembourg le suivoit de bien près; et s'estantapperçu que les ponts estoient fort gardés, ne jugea pas à propos de faire approcher ses troupes et )es hasarder, à cause que cela n'auroit servy qu'à faire tuer bien des gens dont le profit auroit esté

médiocre. M. le prince d'Orange a abandonné tout son canon et le champ de bataille.

Il y a eu bien des gens restés de part et d'autre , et beaucoup plus de la part des ennemis que de la nostre.

yendredi 9 octobre 1693.

2" LETTRE DE M. LE MAaÉCHÀL DE GâTINAT ÂU BOI,

Du 7 oetobre 1693 , au camp de la Marsaille (1).

L'armée de Vostre Majesté a marché le 2 de Veillane, et vint camper à Riualta , où Ton ne put avoir nul aduis certain de la scituation des ennemis , sinon qu'un fort gros camp de cauallerie reployoit deuant elle à mesure qu'elle sauançoit, de tous les aduis que l'on auoit receus, celui qu'on croyoit le plus vray semblable estoit que ce gros camp de cauallerie debuoit marcher du costé de Piscine , et de la Marsaille ; ou toute l'infanterie se debuoit joindre.

Le 3, l'armée de V. M. marcha du camp de Riualte, suivant que le terrain le pût permettre sur deux colonnes , et en battaille et les esquipages sur la droite delà seconde ligne ; cette marche se faisoit entre le grand chemin de Turin à Pignerol , et les montagnes ; quand la teste eut marché enuiron trois ou quatre heures , l'on aprit que l'infanterie allemande , de Sauoye, et les Religionnaires auoit aussy marché le 2 pour joindre la cauallerie, et que l'infanterie d'Espagne auoit suiuy sa marche.

L'on aprit par les partis poussez en auant , que l'on voyoit leur armée , et de l'infanterie du costé de la Marsaille et de la Chizolle.

Sur cet aduis l'on commença a se choisir un terrain pour se mettre en bataille , et quand les ordres en furent donnez, nous poussâmes aucc cinquante cheuaux sur une montagne auprès de Piosascq pour connoistre la scituation de l'armée des ennemis, qui nous parut auoir passé la Chizolle, ets'estendantducosté de nostre gauche à une demye lieiie ou trois quarts de lieue du front de bandière que l'on s'estoit proposé , et l'on donna les ordres pour se mettre en battaille tout le plus ♦ promptement qu'il fut possible ; les deux armées paroissoient occupées du mesme som de se mettre en estât de combattre.

Parla scituation ou paroissoit c'elle des ennemis, l'on jugea qu'ils pouuoient penser à se saisir de la hauteur qui estoit sur nostre droite

(1) Relation de la bataille de la Marsaille , donnée le 4 octobre 1693. Copie extraite du 9® volume du recueil des lettres écrites au Hoy par M. le maréchal de Gatinat. — Collection dite : Des transcrits, conservée au Dépôt de la Guerre. (Vol. n"* 1224, pièce 6^)

et d'où nous voyons leurs mouuements^ce qui fit donner les ordres d'y faire auancer diligemment les régiments de dragons de Peysac et de Font-Boisart , et M. de Peysac se saisit de la hauteur jusques au château de Piosascq.

Comme l'on reconnut que les ennemis auoient beaucoup d'infanterie voisine de ce poste, et que l'on vit marcher plusieurs battaillons en auant, nous fismes aussy de nostre part auancer de ce costé là trois brigades d'infanterie, sçavoir celles du Perche y de Grancey et de Yendosme. Nous avons sçeu depuis qu'effectivement les ennemis auoient eu la pensée de se saisir de la hauteur, mais que nostre disposition leur en auoitfait perdre la résolution.

Les deux armées parurent occupées pendant le reste du jour du soin de se mettre en battaille , et quoy qu'elles fussent fort proches, elles ne se crûrent point en estât n'y l'une n'y Tautre de donner commencement a une grande action, le pays estant couuertde vignes, et de bois , et demandant la précaution de connoistre le terrain deuant soy, et les moyens de marcher en auant , de manière que les deux partis , occupez de l'esprit d'une action generalle , ne firent rien entamer de part n'y d'autre , et il n'y a eu pour ainsy dire dans tout ce jour aucune action qui mérite que V. M. en soit mformée.

Comme l'onestoit fort proche, a deux heures de nuit nous eusmes plusieurs aduis par nos petits postes aduancez et par plusieurs petits partis poussez en auant, que l'armée des ennemis estoit en mouuement; les vns qu'ils se retiroient, les autres qu'ils voyoient des troupes aller et venir comme si elles changeoient de postes ; cet aduis paraissant le plus croyable, n'y ayant nulle aparence que les ennemis s'estant aprochez si près de nous, ils pussent prendre vne telle resolution , ce fut sur luy que nous conclûmes que les ennemis reparoient dans la nuit les deÉauts qu'ils pouuoient auoir connu dans la manière dont ils s'estoient mis en bataille , ou qu'ils avoient changé de resolution, de ne rien entreprendre sur nostre droite, par les précautions qu'ils nous y avoient veu prendre, et que leur attention seroit de faire leurs efforts sur nostre gauche ; et a cet effet Ton fit marcher a minuit la gendarmerie pour passer sur nostre aisle gauche, que l'on remplacea à la droite par les régiments de cauallerie de la Reyne et de Saint-Maurice.

Conmie nostre droite nous parut auoir une (marche par un terrain couuert de vignes, l'on distribua la brigade de Feuquieres dans la droite de la première ligne de cauallerie, sçauoir les deux battaillons de Feuquieres entre la Reyne et Vilpion , Sourches et Famechon , entre Vilpion et Saint-Maurice, le premier battaillon de Furstemberg entre Saint-Maurice et Catinat , voila la disposition ou l'armée estoit a une demye heure de jour.

Nostre gauche/ auoit esté resserée par son terrain de manière que

Ton nauoit pu y placer toute la cauallerie de la première ligne; pour surmonter cette difficulté , l'on fit marcher la brigade Vaubecourt , commandée par M. de Oerambault sur la gauche de la gendarmerie pour percer en avant le pays de vignes et de brossailles , et les dragons de Senecterre et de Bretagne sur la gauche de la brigade de Vaubecourt, les carabiniers et le régiment de Robin doublèrent sur la ligne, d'abord que le terrain le put permettre.

Nostre canon fut placé a droite a gauche , et dans le centre de l'infanterie , voila, Sire, l'ordre auec lequel l'armée de V. M. s'est esbranlée pour marcher aux ennemis sur les huit ou neuf heures du matin du 4 de ce mois.

Apres auoir marché en auant enuiron trois quarts d'heure, nostre canon, et celui des ennemis commença a tirer. M. le marquis de Varennes me fit aduertir que dans la marche nostre cauallerie de la gauche, s'estoit extrêmement esloignée de l'infanterie , par la difficulté de s'entreuoir; je baissay la main pour aller promptement reconnoistre ce deffaût avec M. le duc de Vendôme, je trouuay la gauche de nostre infanterie toute decouuerte et dans une plaine raze, je fis promptement aduancer huit escadrons du corps de reserue et de la seconde ligne pour couurir ce flanc, et priay M. le duc de Vendosme de faire rejoindre incessamment la gendarmerie , et lo reste de nostre gauche ; ce que l'on eut le temps de faire quoyque soubs le canon des ennemis , et de si près qu'il tuoit beaucoup de chenaux et de monde.

Lorsque nostre gauche fut mise en cet estât, craignant le même deffaut sur la droite que je sçauois qui marchoit par un pays difficile et couuert , je m'y en allay a toute jambe , après auoir dit à M. de Vendosme que je la ferois charger d'abord que j'y serois ; elle auoit esté dans le mesme deffaut de se trouuer séparée de l'infanterie , mais MM. de Vins, et de Bachiuilliers auoient desja reparé ce manquement , et je trouuay nostre droite bien ordonnée , hors que trois battaillons de la brigade de Feuquieres , scauoir : Sourches , Famelon, et premier de Furstembei^, n'auoient pas encores joint, mais on les voy oit venir. Je plaçay incessamment toute la brigade de Feuquieres dans le centre de la première ligne de la droite de la cauallerie, ayant auparauant enuoyé dire à M. de la Hoguette qui commandoit l'infanterie, et à M. le duc de Vendosme par deux enuoys différents scauoir M. de Làpara et un gendarme , que j'allois faire marcher, et charger auec MM. de Vins , de Larray et de Bacheuilliers.

Je plaçay la brigade de Feuquieres comme il est marqué ci dessus, par ce que j'allois attaquer vn centre ou il y auoit une fort grosse et longue baye , auec un fossé deuant elle, ou les ennemis auoient placé beaucoup d'infanterie ; M. de Louuignies estoit de costé la, et M. de Schomberg auec les Religionnaires.

D'abord que nous fiismes dans Tordre que je viens de marquer, nous marchasmes droit devant nous, pour charger tout ce que nous trouuerions. Du moment quenostre attaque fut indiquée par nostre marche et le feu des décharges, toute la ligne s'esbranla comme en mesme temps, et marcha dans le plus bel ordre que Ton sçauroit dire à V. M. et auec vne telle furie, qu'elle enfonça tout. Les ennemis auoient meslé des escadrons de distance en distance sur tout leur front de bandiere ; ceux qui se trouuerent dans l'infanterie furent chargez sans tirer, la bayonnette au bout du fuzil, etrenuersez.

Le pays fouré et couuertnous'deroboit a la vëuela véritable scituation des ennemis ; je croy que nous auous eu le mesme aduantage sur eux , car ce qui fit cette prospérité si prompte de la charge de la droite dont on vient de parler, c'est qu'elle les débordoit , et que Ton tomba sur le flanc de leur gauche. Dans l'entretemps de cette ch«^rge generalle , il y eut des charges sur la gauche pénibles , et difficiles a soutenir, mais que MM. de Yendosme, de Yarennes, et la bonté des troupes soutint parfaitement bien , et les difficultez de cette gauche nous ont bien fait connoistre que c'auoit esté vn capital que d'y auoir fait passer la gendarmerie y qui y fit tout ce que l'on peut attendre de troupes inuincibles. M. le duc de Yendosme donne beaucoup de louanges a tovtes les troupes qu'il commandoit , aussy auoit on eu beaucoup d'aplication a fortiffier, et a mettre cette gauche , en estât d'enfoncer et de bien soutenir.

M. le grand prieur y fut blessé d'un coup qui luy trauerse la cuisse a une de ces charges, ce qui ne la point empesché de continuer d'agir, et ne s'est retiré qu'après que toute l'affaire a esté consommée. H me vint trouuer, il me parut abatu par la perte du sang et la fatigue ; je le supliay de se retirer absolument , la battaiile estant entièrement gagnée.

M. de Lapara est aussi bon porteur d'ordre qu'ingénieur de tranchée, et s'est attiré bien des louanges delà gendarmerie qui ne le connoissoit point, et qui m'a demandé qui estoit cet officier qui auoit ime grande mousche en croissant soubs l'œil.

Nostre canon y a esté seruy en perfection par M. de Cray, luy faisant toujours suiure les troupes , et nous en auons connu le grand effet sur le champ de battaiile des ennemis.

Je puis asseurer Y. M. qu'il s'est fait dans cette occasion, vne infinité d'actions hardies, et audacieuses , mais de tomber dans ce détail , et de mettre dans une relation toutes les louanges que les particuliers méritent, Ton ne finiroit point.

M. de Clerambault qui a eu l'honneur de porter cette bonne nouuelle à Y. M. aura esté en estât de luy rendre un fort bon compte de tout ce qui s'est passé sur la gauche.

J'ay l'honneur d'enuoyer à Y. M. vn estât des officiers généraux

blessez , et officiers particuliers : M. de Bacheuilliers a receu sur l'espaule vn coup de sabre qui ne luy a coupé que son juste au corps , a vne charge ou estoit M. de Schomberg ; son ayde de camp tua celuy qui avoit donné le coup de sabre, et un cauallier qui estoit auprès de luy blessa M. de Schomberg qui est extrêmement blessé, et je ne croy pas qu'il enreschape , il fut pris peu de temps après au bord d'vne baye.

J'enuoye aussi a V. M. vn estât des officiers prisonniers des ennemis, et du nombre des soldats.

Je puis asseurer V. M. que c'est une affaire toute des plus complettes , et mesme au delà de ce que luy a pu dire M. de Clerambault, parce que nous enauons eu plus de connoissance depuis qu'O est party : nous croyons qu'il y a eu au moins 7 ou 8000 hommes tuez sur la place , cela esté suiuy si viuement qu'ils y ont perdu quantité d'officiers, et je croy toute l'infanterie ennemye dans vn très pitoyable estât. Les régiments religionnaires ont extrêmement perdu et ont presque esté détruits.

J'ay fait passer hyer 30 pièces de leur canon a Pignerol , nous espérons en trouuer encores aujourd'huy quatre ou cinq que Ton m'a indiquées, mais peut estre auront elles desjaesté enleuées, et sont comprises dans le nombre des 30 ; un officier prisonnier m'a dit qu'ils n'en ' auoient que trente deux ou trente quatre.

M. de Cray a fait des hyer ramasser toutes les armes espanchées sur le champ de battaille y et en fera passer vne grande voiture à Pignerol.

M. de Montfort, vn de mes aydes de camp, aura l'honneur de présenter a V. M. 99 drapeaux (on trouua encore deux autres drapeaux le 12), des ennemis, et 4 estendars. Suiuant ce que V. M. a trouué bon que l'on pratiquast , je feray donner 4 pistolles par drapeau , et estendar, a ceux qui les ont pris.

Jen'ay point encores vn mémoire juste des prisonniers ; je croy Sire, que cela aproche de 2000. Je ne croy pas. Sire, que nous ayons eu plus de i500 a 2000 hommes tuez ou blessez : j'en juge ainsy parce que hyer il n'auoit esté encores conduit que 6 a 700 blessez a l'hospital. Je la suplie très humblement d'agrer que je l'assure de mes très humbles respects.

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