ANNEE
Vendredi 1" janvier, à Versailles. — Le roi, à onze heures, tint chapitre des chevaliers de l'Ordre pour des droits nouvellement attribués aux officiers du marc d'or, qui ont financé de leur bon gré; ensuite le roi alla en procession à la chapelle, où Tabbé d'Estrées officia. L'après-dlnée le roi entendit vêpres dans la tribune avec toute la maison royale et puis alla se promener à Trianon. — M. de Tourouvre, colonel du régiment de Vermandois et brigadier, est mort à Paris; son frère, qui est capitaine depuis longtemps dans le même régiment, vint ici le soir demander au roi le régiment pour lui. — On avoit dit ici , comme une chose sûre , que les soulevés de Bavière avoient pris Straubing sur le Danube; mais cela ne se trouve pas vrai. — Le prévôt des marchands et les échevins de Paris vinrent saluer le roi, comme ils ont accoutumé de faire tous les ans à pareil jour, et le prévôt des marchands, qui est M. d'Orsay, remercia le roi de la grâce qu'il lui a faite de le continuer encore prévôt des marchands pour deux ans; il y en a déjà si\ qu'il l'est, et cela leur vaut beaucoup. C'est le
duc de Tresmes, gouverneur de Paris, qui a demandé cela au roi pour M. d'Orsay.
Samedi 2, à Versailles. — Le roi dina de bonne heure et alla se promener à Marly, d'où il ne revint qu'àla nuit; il trouva que le vent avoit abattu beaucoup d'arbres. Mon^ei^evii? %lla dip^r à Mei;(ion, ^'o\\ il rQvipf ici pour la comédie; madame la duchesse du Haine joua aussi une comédie à Clagny, divertissement qu'elle se donne souvent et où il va toujours beaucoup de monde. — Le roi a donné q.u frère (Jp M. de Tpiirouvre le régiment de Vermandois, qu'il lui avoit demandé hier au soir. — La noce de mademoiselle de Mailly avec M. de Listenois se fera ici de lundi en huit jeuFS, et elle sera fiancée dans le cabinet de madame la duchesse de Bourgogne comme fille de la dame d'atoprp. — Le jfoi p. nommé les douze dames qui danseront à Marly, qui sont : madame la duchesse de Bourgogne ; ma4epiQiselle de Cb^plpis et pia- 4emoiseUe de Sens, filles deljl. le Duc; mademoiselle de Gonty^ qui n'avoit J9.îflais été à Marly j mademoiselle d'Armagnqxî*; les duchcisseg de Saipt-Siipion , de Villeroy et de Lauzuii; joifesdames 4® Souvré^ de la Vrillière, de Rupelnaonde , et mademoiselle d^ Mailly, qu'on va marier et qui n'ayoit j^fla^is été à Hiarly.
Ditnanche 3, g, V^r saille^, — J^e rpi ialla l'après-dlnée se promener à Trjanpn; il a un petit rhumatisme sur le bras, depuis quelques jours , qui Tempèche 4'aller tirer. Il trav^^illa le ^oir phe? |iX9.damp de JJ^intenpn avec M. de Chamillapt, cpmmjB il fait tpus Ips dimanches. Mpnseigne^f* le 4uc de Bpurgognp, ipadame la duchesse de Bourgogne et mpuseigneur le duc 4e Berry allèrent à vêpres, et après vêpres i^adame la duchesse de Bourgogpe all^ voir Sfadq.|ne, qui garde la chambre depuis quelques jours; elle a un pied si enflé qu'elle ne sauroit être du voyage de Marly. Le roi; au retour de Trianon, alla voir Madame , qui fut charmée de toutes les honnêtetés qu'il lui dit. — On a des nouvelles de Nice du 26,
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qiii fQpt tovgoups espérer ijup la place sera rendue ayant le iO du n^PÎS. Op dit que M. de Savoie e§t venu déguisé en paysan jusqi^^à Saorgio pour voir tous les dér ^és du col dp Tende J il voudroH ppuypir te^iter quelque chose pour secourir Nice j le duc de Berwick a faut faire 4es re4outes dans les endroits 0]i \U so^it le plus difficiles, -r- L'affaire 4^ l^- de SuryUle ^yep 1|. de la Barre fut jugée par Je? paaréphau^ 4c France; les infornaatipus n'étoiept pas cl^i?*e^, p^pc g^c las 4épositions varioient. Ifis R^^yécl^aux de France ont condamné M. de Surville 4 m m 4e Bfispp à çoippter du jpijf qu'il a été envqyé à ^?*r^^, ^\ cpmmp il y a quatre poiois, il n'a^ plus que huit n^pis 4e p^SQu ^ essuyef . Le maréchal de Bpufflers vint ipi après le j^gpment pn rendre cpmptp au roi.
|<{4n(|f ^ à JUçifly' -r. Le roi dîna à onze heures à yersftilljBs e). pui§ yint courre le cerf dans le parc de Marly ; Hlopgeigpeur ej; nipnseigneur le duc de Berry étoient avec lui ^ 1^ phasi^e. Agîmes la chasse le roi revint ici au pjiàtpfiu se désl^^bmpr pt ensuite se promena dans les jardins jusqu'à iq. puit. Madame la auchesse de Bourgogne paptjt de yprsailles après son diner, alla à Saintfieruiaii^ vpir la reipe 4' Angleterre, avec qui elle fut .enfeyn^ée |.ongten^ps , et puis elle vint ici , où la cour demeurpr^, jusqu'4 saipedi. Le soir il y eut musique; il y en a de deux jours l'un quand les voyages sont un peu lopgs; ma|g[ quand on n'y demeure que trois jours, il y en ^ \f^\\s les so|fs. -7- Le roi fit venir ici du Barail, lieutepantrcplppel 4u yégjment an rpi^ et lui dit qu'il l'en ffiisoj); cplpnel; 4^ BaraiJ se ipit à pleprer, plaignant le malheur de M. de Survjlie, spn polohel, à qui il étoit fort ^ttaché d'amitié. Le roi lui dit de n'avoir aucun scrupule dans cette occasion-ci, parce que, s'il ne l'acceptoit pas, il le donneroit à un autre. Le roi a trouvé le jugement que les maréchaux de France rendirent hier trop doux.
Mardi 5, à Marly, — Le roi se promena le matin et l'après-dlnée dans ses jardins et s'amusa à faire pécher
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la grande pièce d'eau. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry coururent le loup. Madame la duchesse de Bourgogne partit d'ici quand le roi s'alla coucher et s'en alla avec monseigneur le duc de Berry à Versailles. Us descendirent à la chapelle pour assister au mariage du duc de Duras avec mademoiselle de Bournon ville; ils virent ensuite coucher les mariés dans l'appartement du maréchal de Noailles et revinrent ici à trois heures du matin, — Le roi travailla le soir chez madame de Maintenon avec M, de Pontchartrain, comme il fait tous les mardis; il y avoit une place de capitaine de vaisseau vacante qu'il donna à M. d'Arquien. Le roi a résolu qu'à mesure que les charges vaqueroient dans la marine^ de les remplir et de ne point faire de promotions. — On eut des lettres deSaragosse du 25. Le maréchal de Tessé^ qui y étoit arrivé depuis quelques jours, mande que le royaume de Valence et la ville capitale se sont révoltés ; on y a envoyé le comte de las Torres avec toutes les troupes espagnoles qui étoient en Aragon, qui ne sont composées que de quinze escadrons et trois bataillons. Le maréchal de Tessé doit être parti le 27 pour aller joindre la tète de nos troupes qui viennent de l'Estramadure pour essayer de reprendre les quartiers abandonnés par la précipitation avec laquelle les troupes qui étoient en Aragon les ont quittés pour aller au secours de Valence.
Mercredi 6, à Marly. — Le roi dîna plus tard qu'à l'ordinaire, parce que le conseil dura fort longtemps; il travailla sur les cinq heures l'après-dlnée avec M. de Chamillart; son travail fut interrompu à six heures et demie par l'arrivée de LL. MM. BB. Le roi alla au-devant d'elles comme à son ordinaire ; ils entrèrent ensuite chez madame de Maintenon , et puis à sept heures le bal commença. Le roi y demeura une demi-heure et puis retourna travailler avec M. de Chamillart. Le roi d'Angleterre dansa le premier menuet avec la princesse sa sœur. J'ai marqué les dames nommées pour danser; voici les
danseurs : monseigneur le duc de Berry, M. le duc d'Orléans^ M. le comte de Toulouse, le comte de Brionne, le prince Charles, les ducs de Montbazon et de Saint- Simon^ MM. de Seignelay, de Nangis, de Livry, de Rupelmonde et de Sesanne^ qui n'étoit jamais venu ici. Le roi fit venir de Versailles, pour danser au bal, M. le duc d'Enghien. La reine d'Angleterre, qui demeura chez madame de Maintenon jusqu'après son souper, vint à neuf heures voir le bal. Monseigneur, qui avoit toujours été sur un tabouret pendant que le roi étoit au bal , se mit dans un fauteuil auprès de la reine d'Angleterre. Le roi à neuf heures et demie rentra au bal pour en voir la fin, et Monseigneur se remit sur un siège pliant; on soupa à dix hernies, et puis LL. MM. BB. retournèrent à Saint- Germain. — On eut, il y a deux jours, des lettres de M. des Alleurs du 15 et du 25 de novembre; il mande que les mécontents ont été battus à l'entrée de la Transylvanie par le général Herbeville. Les mécontents avoient commencé un retranchement dans des gorges de montagnes où leiu» droite et leur gauche ne pouvoient se communiquer. Ragotzki avoit donné le commandement de la droite à des Alleurs; Forgatsch commandoit la gauche ; le prince Ragotzki étoit demeuré derrière avec la cavalerie pour les soutenir, et le comte Caroli, qui étoit demeuré derrière les Impériaux, devoit les attaquer pendant qu'ils marcheroient aux retranchements. Des Alleurs repoussa trois fois les ennemis, mais Forgatsch fut forcé dès le commencement, et la cavalerie de l'empereur étant entrée , des Alleurs étoit enveloppé et fut contraint de se retirer dans les montagnes. Les mécontents ont perdu vingt-quatre pièces de canon et environ trois mille hommes ; depuis l'action toutes les troupes des mécontents se sont rejointes. Les Impériaux ont perdu quinze cents hommes; mais voilà la Transylvanie secourue, et ils avoient déjà secouru le grand Waradin avant que de forcer le passage de Transylvanie.
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Jeudi 11 y à Éarhj, — Le roi, après la messe, alla courre le cerf; Monseiprneup et taonsei^neur le duc de Bemr étoieht h la chasse. — Le roi fil venir ici S. de Lesall, qui arrive de Madri^l; c'est lui que le roi à choisi pour conlthaniler les Irobpes qu'oii envoie en Rbu^^sillon. — Le roi travailla hier avec M. de Chamillart â distribuer dans les troupes les fonds qiiî reviennent du quatrième denier qu^on prend sur l'extraordinaire de la guerre , et cela a monté k près de V00,000 francs Tannée passée ; on en donne 32,000 frahcs dans les gardes diî roi, 12,000 francs dans le régiment des gàrdies; ces g^dtiiîcations-là se donnent aux officiers qui n'ont point de pension, et qdand Ils quittel-ont le service ils n'auront plus ces gratificalions-M, qui dertteuifetont attachées au corps. — Par Iwj dernières nouvelles d'Espagne , on ftpprend que le prlrice de Tzerclafts est rappelé à Madrid; c'est le comte rlé las torres* qui commandera les troupes qui sont en APÉigon . — M. de Vaudemont a fait awêter le comte Boselli ; il n'étnit plus dans lie service; il «Voit fait plusieiu*s ctnines; soh J>n5tès étoit aisé k faire et on lui à coupé le cou h Milan.
* l<(e (^fnte de las Torres prétendoit être Ossorio y Moscoso,dont les eomUii dMItoniire, anciens grands d'Espagne, ne convenoient pas trop. Ckini un grand homme, fort bien fait, très- galant, encore plus TWï\imm\\w^ et qui s'acheva dô iroiner longtemps après par un opéra dlî Hrt fïijon, dont il fit toUtie là dépi»nse; très-brâve homme, iliédlDcri^ f^fipitaini;, qui écumoit toujours en parlant du cardinal Albéroiii f vX (fui t loiigt(imps délaissé , se chargea à quatre-vingts ans de r«ntn^)riHe de (Gibraltar, dont il répondit. Il réussit pour lui, parce qu'il »e t\ payer pendant le cours du siège et faire grand d'Espagne , mais r«inlrel>rt»ift échoua après une grande dépense. H ûvoit iln fils foM: poltron, fort iMvant, fort RpiHtuet ^ fort méchant, qui, lors du mariage de Portup^l, t^attoeha fort au grince des Asturieâ. Ou l'y craignit ^ on le «hiiMia. 11 étoit fort pauvre , et il en mourut après de déplaisir avant «on père.
Vendredi 8, à JUarly. — Le roi se promena tout le matin et toute Taprès-dlnée dans ses jardins. Le roi
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d'Anglfetert^ et la princesse sa sœUf vinrent sur les neuf heures, stju^êteht kvec lé roi, et àùsfeît6t après le souper le bal commença 5 le rbi lèfe Vit dàilséi' jusqu'à minuit et demi,, et le bal ne finit qu'à deux heures , après quoi le rôi li'Ahgletërrë et la princesse sa sbeur s'en retôtithèrent â Saint-Germain. — On s'attend à rëfcevoir incessamment la nouvelle de la prise de Nice sut ce qUe M. de BerxVick â toàhdé dans ses dernières lettres, et Toh ne craint point que M. de Savoie songe à le secourir, quoiqu'il éh ftlSse courre le bruit. — L'abbé de Foùrille est mol't à Paris; il avoit quatre-vingts ans. Il laisse trois bons bénéfices vacants : l'abbaye d'Hautvilliers, faméUsé par ses bonsi vins; elle vaut bien près de 20,000 livres de rente, il eu tiroit beaucoiip davantage par son savoir-faire. Le feu roi lui avoit donné l'abbàye deChambon , qui vaut bien 8,000 livrés de rente , et c*est quasi le seul bénéfice eh France qhe lé l»ôi n'eût point encore donné. Outre cela il avoit un prieuré qui vaut 2,000 êcus et qui dépend de TabbâVe du MoUastier de Castries , mais il y a uh induit dessus pour un conseiller dil parlement.
ScEffiddi &, A Versailleis. — Le roi , aprè^ avoir entendil là messe à Marly, alla courbe le cerf; il retôurnià dîner à Marly et en partit â cinq héiires pour revenir ici , où l'on demeurera jusqu'au 25. — ^ 11 arriva uU courrier du maréchal de Tessë, parti de Saragosse le â7 à minuit. Il y eut le 26 une étnehte considérable dans la ville , paj?ee que le régiment de Sillery, qui y passoit, emmenoit t*ôis paysans du village où ils avoient couché, qui avoieïit a^ sassiné un soldat. Le peuple s'assembla, et M. de Tessé fit i^emettre les paysans entre les mains de la justice; maïs on les a fait sauver. Le 27 le troisième bataillon du même régiment arriva dans la ville; la popnlttce a pillé le bagage , est ventie au bataillon par trois rues différentes, a tué Ou blessé quarante Soldats et les trois officiers de la compagnie de grenadiers. Nos généraux se sont retirés chez le vice-roi , ont fait revenir quelques
ft JOURJNAL DK DAI^GEAU.
trou[>es qui s'avançoient vers la frontière de Catalogne^ et travaillent à pacifier ces troubles^ car cette ville est absolument nécessaire tant pour son pont que pour nos convois.
Dimanche 10, à Ver$aille9. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Trianon et, sur les cinq heures, il entra chez madame la duchesse de Bourgogne^ où se firent les fiançailles de mademoiselle de Mailly avec le marquis de Listenois. — > Les huit vaisseaux que nous avions envoyés devant Barcelone ont été battus de la tempête . qui fut très-violente les derniers jours du mois passé , et ont été obligés de revenir aux lies d'Hyères, — Un capitaine de vaisseau danois est arrivé au Havre du 5 ; il assure qu'il a vu aux côtes d'Angleterre , où il avoit été obligé de rel&cher, un furieux débris de vaisseaux. La tempête l' avoit jeté aux Dunes , où il fut obligé de demeurer quelques jours; les Anglois lui ont dit qu'ils avoient perdu un grand nombre de vaisseaux marchands et dix gros vaisseaux de guerre. Les termes de la lettre qu'il a écrite sont que ces dix vaisseaux ont été naufragés et perdus. — Les gratifications que le roi vient de répandre dans les troupes sur le quatrième denier de l'extraordinaire des guerres montent encore plus loin qu'on ne Tavoit dit ; elles montent à 500,000 livres.
Lundi 11, à Versailles. — Le roi donna le matin une petite audience au comte de Marsilly^ qui commandoit pour l'empereur dans Brisach quand monseigneur le duc de Bourgogne le prit. 11 vient s'attacher à la France ; on ne sait point encore si on fera quelque chose pour lui. Madame la duchesse de Bourgogne alla de meilleure heure qu'à l'ordinaire à la messe et vit, de la tribune, le mariage de mademoiselle de Mailly, qui se fit par le curé. Le soir il y eut comédie. — Les inondations sont encore si grandes en Italie qu'aucun courrier ne peut passer et qu'on, ne sait aucune nouvelle de M. de Vendôme, — On mande de Gènes qu'on radoube dans le port trois
vaisseaux anglois sur lesquels ils assurent que le prince Eugène doit s'embarquer pour passer à Barcelone , où il doit mener beaucoup d'officiers avec lui , et qu'il attend pour cela que le comte de Staremberg soit revenu de Vienne, pour lui laisser le commandement de l'armée de Lombardie.
Mardi 12 y à Versailles, — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée et travailla le soir chez madame de Maintenon avec M. de Pontchartrain , comme il fait tous les mardis. — Le matin M. de Chamillart vint chez le roi lui apporter la nouvelle que Nice capituloit. C^est M. d'Hérouville , colonel et brigadier d'infanterie, que M. de Berwick a envoyé. Il partit de Nice le k- au soir; les otages étoient déjà donnés et la capitulation signée de part et d'autre. La garnison sera conduite à Saorgio ; on donne au gouverneur, qui est le marquis de Carail , six pièces de canon et deux mortiers. Les brèches étoient si grandes qu'on les auroit emportées au premier assaut s'ils avoient voulu l'attendre. Le roi est content au dernier point du duc de Berwick et de Vauvré, qui étoit intendant de cette armée, à qui rien n'a manqué durant le siège, quoiqu'il n'y ait rien du tout dans le pays. Nous n'avions que quinze bataillons à ce siège et un régiment de dragons , et il y a fait toujours un temps effroyable. — Un armateur d'Ostende a pris un bâtiment anglois chargé de cinquante-quatre pièces de canon de quarante-huit livres de balles y qui étoient destinées pour le Portugal.
Mercredi 13, d Versailles. — Le roi alla se promener dans les jardins, où il a trouvé beaucoup de changements qu'il avoit ordonnés et dont il est très-content. Au retour de la promenade M. de Chamillart alla trouver le roi chez madame de Maintenon pour lui rendre compte de quelques détails de la prise de Nice. La capitulation fut signée le 4 au soir ; le 5, au matin , le comte de Maure , à la tète du premier bataillon du Dauphin, entra dans le château, et on le rendit maître de la porte du secours.
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Le 6, au matin, la gàt^nison en sortit; elle doit être conduite à Sàoi?giô ; elle ëtoit éomposée de Éit ou sept cent§ ht)mmés, dont il y fen a beàUfcoup dfe blieôsës et de maladèà. Oli âbcôrde Tàmnlstië aux ï^ràtiçôl^ ijùi ^ élbient, pourvu qui) s viennent i*fesëtvir dAà% les triétofes l^ë^iliients dont ils avoient déserté. Le duc de Berwick s'en i^etournë à Moht^elliei*. Le tbi dit Lier au dUc d^Albe qu'il alloit ëhvDyfei* éti ftdussillon tihe ^rtîe dès troiipës (Jtii étôieilt â ce siège ; les Di»di*e^ sont déjà partis d'itii pbur fait* e t^Èbt Id citadelle , le chàteaii et métilfe Ifes murailles de Ik ville. On à trouvé dans là ^larie ceht seize pièces dé càhoh, dont 11 y en a cincjuante toutes neuves, que M. de Saivoie ètvbit fait fondre à Gèilës avant qu'il ëhtiAl en guerre avec la Frahee. C'est M. de Bâuôlay, beau-frèrë du dUb de Bét*wibk, qui a apporté touâ ces dëtails-là.
J&ddî a, à Versailles , ■— Le roi, ajitèéla tnésse, entt*a bhèîÈ madaitie de Mainteiion, qui avbit etl la lièvre toute la ttùitj il dîna en sortatit dé cbëz elle, et partit à une hfeûrë potit^ s'allei* protûener â Marly, d'où il tie revint qti^à la nuit. Moïiseignétir alla àlner à MeudôU, où il demeurera jusqu'à tnaMi. MadâUie la pîlneesse de Conty et plusieurs damés lâorit de ce voyagé , entre autres ria^àâttie la vidame, qui n'y aVoit jamais été. Madatne la duchesse de Bourgogne et monseigheui^ le duc de Betry, avec grand nombre de dames, allèrent dîner â MeUdon avec Monseigneur, où le i?oi d'Aflgleteti?e vint de Saint- Germain , et après diner MoUselgtieUt les mena tous à l'bpëra; le roi d'Ahgletérre U'y avbit jamais été. Jatnais il n'y eut tant de monde à l'opéra, car tout Paris étolt curieux de voir le roi d'Angleterre ; il y eut même des gens dans le parterre qu'on fut obligé d'emporter parce qu*ils y étouffoient. — Le matin, à la mesièe du roi, on chanta le ÎVDcum pour la prise de Nice, et on le chantera demain à Paris. — On eut par le Roussillon des nouvelles que M. de las Torres avoit battu et entièrement défait un parti aséez considérable des ennemis ; l'action s'eist
JArttîEfe itoé. il
l^asséè au pAsSage d'Uiiô riViêre ; niais on h'à eu auctiiië lettré de M. de Tëssé lâ-dessUs.
V}mâHâi ii, à Vérsû(Ué$. — Lie î*oi alla tiret» Taprèîs^ dihéë, ël il dbntta lé lâbir Uhë loti^é audience au hià^ i«chal dé Villèl^ôy th^i ttiadàmé de Màintenoh. — Otl à appris d'Hôll^lldé que milord fiaHbbrotig:h s'étôit ëiiibarqué le 7 pour retourner en Angleterre. Les àffàitës de l'ëtêtché dé Lùbébk lés émbfti^sSéht foH dej^ttiè l^U'ils ont à^^ris que lé frèî^ du h)i dé Dàhelnark àvdit prlfe pàt force ie château d'Eutin, où 11 y à^oit des trbujiëis dUprihceadministrateui^deHôlstein, dont le rot dé Suêdè et lu khàiiébii dé Lùtiëbbutg fîôutiéilhéht les ihtërélsj il manche déjà des ti*bu^és de ceS ^ïiiicéS-lâ jpoùr lés Èècov^itj et iji la guërt* fe'àlluiïië eh feë pày^-là, tîomme il ^ a ^ànde àppàrèhce, lé i*bi dé Dànénlai^k, pour foui^Htt dés trbiipes âù j^Htice àbti fbèté , sei^ bbligé dé rappélet une partie dés tfbuj)es qu'il a èû Hôlliathdfe. ^^ L'électëùt de Bavière atoit à son sëtvicë eilvirott trois cents hbil*i^t^ qui n'étôiëUt point értrégiméntés et qui lui cbùtoient beaucoup à ënlrôtenii' ; il à ^topoâê âii roi dé ïéS ^tendi^é à soti service, fet lé i*oi à âticépté k prbpbsitlbii. Oh eu fait titt téglméht , et le Wi ïi ôholSi jpour lëUi^ ttb- Ibhél M. de Sâlnt^Géiiieï , qui ëtoit aidé de bam^ dû mâ^ r^chal dé Villéroy et ^ùi est fort pï^bpi^ à cet értiplbl-là,
SnmM 16, d Versaiths. — Le toi alla l'àp^îï^dibéé Sfe proihéttér â Mkriy, d^Û il ne î^vint tju'à là huit. -^ Rochebbhne > ejceïnpt des ^i'dés du éoi*ps , à eu Utte coniihisî^ion de hiestré de caihp ; bû Tinéo^pore dans le ^ëglnléUt dé Vîlleroy, et, conihié il n'y A ^binl de niésti*e de feamp à ce régiment, il le cbmmàhdérà ; il sert éh Italie. Le marquis dé Rochebonne, Son ]pèi^, commande dèiis Lyon et est fort des amis du maréchal de Villé!Soy, qUi a obtehu celte gtàcé^là pour son filiè. — Là jéutte princesse d'ïéénghîen, qui ëtoit aw^ivëe depuis quatre jours à Pari^, y mourut le soir de la petite vérole ; elle û'a point laissé d^enfàhts. La prihcé$l^ dé FUrsteinberg, sa mère, M
f2 JOURJIAL DE DAWGKAU.
avoit donné en mariage 100,000 écus, qui lui reviendront présentement. 11 reste deux filles à la princesse de Furstemberg , qui sont madame de Lannoy et mademoiselle de Furstemberg, qui devient par là un assez bon parti. — Le chevalier de Rothelin a acheté le guidon des gendarmes écossois 43,000 francs ; il y a un an qu'il étoit à vendre.
Dinumehe il y à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour ; le vilain temps l'empêcha d'aller tirer. Il envoya quérir, en sortant de table, madame de Main tenon , qui étoit à Saint-Cyr dès le matin, quoiqu'elle soit fort enrhumée et qu'elle ait la fièvre depuis trois jours. Le soir le roi travailla chez elle avec M. de Chamillart depuis six heures jusqu'à dix. Madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry allèrent Taprès-dlnée à Meudon voir Monseigneur, où il y eut un très-gros jeu, et revinrent ici pour le souper du roi. — Le matin, au conseil, M. de Torcy porta au roi les nouvelles qu'il avoit eues de Madrid, qui parlent d'une petite sédition arrivée à Barcelone; il y a eu quelques gens tués dans l'antichambre de Farchiduc, où il étoit luimême. Les troupes angloises et hollandoises qui étoient au siège sont réduites à cinq mille huit cent cinquante hommes par la dernière revue qu'on en a faite , et elles sont dispersées en plusieurs places; mais on ne manque de rien dans Barcelone , les vivres y sont en abondance. M. de las Torres, avec les troupes d'Espagne, marche à Valence, qu'on espère reprendre, où l'on prétend que les principaux habitants sont dans les intérêts de leur véritable maître. 11 compte de partir de Madrid le 20 de ce mois, et le roi l'exhorte fort d'aller se mettre à la tête de son armée.
Lundi 18, à Versailles. — Le roi prit médecine et tint conseil après dîner. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tirer. Madame la duchesse de Bourgogne passa toute l'après-dlnée cbez elle ou chez
madame de Maintenon , qui a toujours là fièvre avec un gros rhume; madame la duchesse de Bourgogne ne laissa pas de souper dans son cabinet avec plusieurs dames qu'elle avoit menées^ qui portèrent chacune leur plat. — Des quinze bataillons qui ont servi au siège de Nice , il y en a huit qu'on laisse en ce pays-là ; on envoie les deux bataillons de Charolois dans le haut Languedoc pour passer en Roussillon, et les trois bataillons du Dauphin et les deux de Bourbon marchent en Savoie. Les trentedeux compagnies de grenadiers qu'on avoit fait venir de l'armée d'Allemagne et qui n'étoient pas arrivées quand Nice s'est rendue retournent à leurs régiments. — Dumesnil et le baron de Lo^ exempts des gardes du corps, se retirent; le roi leur donne à chacun cinq cents écus de pension ; Dumesnil n'étoit plus en état' de servir par sa vieillesse et ses blessures.
Mardi 19, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée à Trianon et travailla le soir chez madame de Maintenon avec H. de Pontchartrain , qui a eu la confirmation que plusieurs vaisseaux de guerre anglois ont fait naufrage les derniers jours du mois passé. Monseigneur revint de Meudon avant la comédie, et madame la duchesse de Bourgogne y fut attaquée d'un violent mal de dents qui l'empêcha de souper avec le roi. — Le roi a donné une commission de colonel à. . . , major de son régiment ; le plus ancien capitaine en a été fait lieutenant-colonel, et les trois autres commandants de bataillons ont eu commission de lieutenant-colonel. — Le roi, ayant approfondi l'affaire qu'on avoit voulu faire à M. de Metz, a ordonné que le chevau-léger qui étoit venu ici porter les plaintes contre lui iroit avec toute sa famille lui demander pardon et qu'on rayeroit sur les registres du chapiti^e de Metz tout ce qu'on y avoit mis dont l'évêque pût être blessé. — M. de Ghamarande, lieutenant général, va servir avec M. delaFeuillade, etleréginientdelaReine, dont son fils est colonel, est en marche pour aller en Savoie ;
m crpit ipj qu'pq va bientôt faiye le siège 4e Tprin.
Jjffercredi 2Q, 4 F^r5<ïi??«^ — I^ roi ^a Taprès-dlnée se promener à Trianon ; ]l|onseigneur y alla aussi et y arriva un peu ^vant le roi. Le matin, après la messe, avant que 4' entrer au conseil ^ le roi entrî^ chez madame 4e Maintenou, qui se porte beaucoup mieux; le soir le roi travailla pbez elle avec B^. de Chamillart^ comme il fait ^us Ips mercredis, • — Le roi ^ doqné au petit I)estouches, lieutenant d'artillerie , le régiment des boiubardiers qu'aypit yigny^ qui n'est plus en état de servir et qui a déjà ^1) plusieiœs atteintes d'p^poplexie; ce régin^ent vaut 16 ou 18,p00 livres d§ rente, et Destpuches n'javoit osé le demander. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, ses lettres sont de Mantoue du 10. Il mande qu'il avoit détaché Guerchois ^vec quelque infanterie pour se saisir d'une lie que fait TAdige, qui incommpderoît fort les enpeinis ^'ils faisoient p^,sser beaucoup de troupes au delà du lac de Garde; ils y ont déjà le général Pâté avec quinze cents chevaux, et on croit qu'ils y eu veulent envoyer encore davantage. Le prince Eugène a abandonné Lonato, mais jl conservé encore Montechiaro et Çalcinato. M, dp Vendôpae espère pouvoir faire ici un voyage de qujnze jours sans que son absence nuise aux affaires.
Jeudi 21, à Versailles. — Le roi sortit du conseil de meilleure heure qu'à Fordinaire; il dina à midi et alla à Marly se promener, d'où il ne revint qu'à la nuit. Mes- ^eigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent glisser sur la glace, et madame la duchesse de Bourgognp alla en chaise à porteurs, avec plusieurs dames, les voir glisser. Madame la duchesse de Bourgogne eut la nouvelle de la mort du duc de Chablais, son troisième frère, qui étpit né depuis un mois; on ne sait pas encore si elle en portera le deuil ; on ne croit pas même qu'on le porte à Turin. Cette mort empêcha madame la duchesse de Bom:»gogne de suivre Monseigneur à la comédie; elle a même
fait dîpe ^ madame d'Armagpac, qu\ lui devait donner mi grand bal dimanche , de le remettre après le premier voyage de Marly. — Le vieux Bellegarde est mort; il avoit quatre-vingt-dix ans. Il avoit le cordon rouge de Tprdre 4e ^a^int-^ouis, que le roi ^ 4pnné à JI. 4^ Monroux, maréchal dp c^p^p, et la pension de 1,500 Uvy^s que Itfojiroux ^YPitsuyrordrp de Saint-Louis §, été donnera. . . ^ çjilf (sonduigoit Ips tp^-vaux de Nice.
Ypndr^i ?2, à Yf^rmlles. — J^fi rpi travailla le ipaii^ avec le p. de la Chaise, poiiamp il fait tpus les ven- 4]re4iS| ^tpu|sildonq§.unelongu§ audience fHi|. Efuc^se; Jl, de Ppptchartpaiu étoit à cette ^vidieijice. Madaipe la 4i;cbesj3p 4'Orléans vint hier an soif au coucher 4e n^f^- 4afpe la duphesse de Bourgogne et lui dppna la chemise, pe qu'elle n'aypit eppQ|?e point fait; mais lalle lui avoit souvent dpftné les hofineiirç. Quand elle les donne , la
4^me 4'honneuf les lui présente, et lui a présenté aussi la chemise*. — M. de fto^ecque arriva de Casai; M. de la FeuiliadeTa chargé 4e ses dépêches. Il mande qu'il a ét^ fort incomuiodé à Casai, que c'est ce qui Ta empêché de voir M. 4p Ven4ôme, mais que M. de Vendôme lui doit donuer UP rendez-vous avant que de venir en France. Nous avons appris par M. de Robecque que M. de Langallerie, Ueutenaql général qui seryoitsousM. de Vendôpie, étoit rappelé. — M. de Langeron, lieutenant général de m^ipe, Vill^rs» chef d'escadre, ^t plusieurs capitaines de vaisseau sont partis en poste pour Toulon , où Ton fait un grand armement.
* Puisque la duchesse d'Orléans domioit souvent )es hpnneurs le matin , ce n'étoit que paresse si elle ne les donnoit pas les soirs , et qqi donne les honneurs donne aussi la chemise. Jusqu'aux petits-fils et petites-filles de France inclusivement , la chemise et les honneurs sont présentés par le grand chambellan, en son absence par le premier gentilhomme de la chambre et par la dame d'honneur ; aux princes et princesses du sang par le premier valet de chambre et par la première femme de chambre seulement. Outre la chemise et la serviette à la?er, on appelle les honneurs les mouchoirs, gants, coiffes, éven-
tails, boîtes à mettre dans la poche, qui se présentent à b fin de la toilette sur une soueoupe ganiie et recouTerte d'an grand taffetas, qui s'appelle une saire ; paraUemcnt le verre et la serriette, s'il en est question hors les repas.
Samedi 23, à Versailles, — Le roi dina de bonne heore et alla se promener h Marly, d^où il ne revint qn'à la nuit. Le soir Monseigneur alla à la comédie , mais madame la duchesse de Bourgogne n' y alla pas. Le roi donna encore une longue audience le soir chez madame de Main tenon au maréchal de ViUeroj-. — Il arriva hier un courrier de H. Amelot; il mande que, par les dernières nouvelles qu^on a eues à Madrid^ onavoit appris que cent gardes du roi d^Espagne avoient trouvé, sur les frontières du royaume de Valence, trois cents chevaux des ennemis, qu^ils avoient battus, et que deux mille des révoltés qui soutenoient ces trois cents chevaux, les voyant fuir, s'étoient mis en fuite aussi ; on n'a pas laissé d'en tuer beaucoup et de prendre quelques prisonniers. — M. le cardinal de Janson , qui faisoit les affaires du roi à Rome , avoit demandé plusieurs fois son congé, parce que sa santé est très-mauvaise; mais comme son mal a encore augmenté, il a fait depuis des instances , et le roi lui a enfin permis de revenir.
Dimanche 24, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dinée tirer et puis se promener à Trianon. Madame la duchesse du Maine joua à Clagny la comédie de Joseph (1);
(1) « Vous savez que M. le duc et madame la duchesse du Maine donnent tous les ans, pendant le carnaTal,des divertissements où la magnificence, quelque grande qu'elle soit, brille souvent moins que Tesprit, la galanterie et le bon goût. lisont ouvert celle année ces divertissements par une pièce de théâtre de la composition de M. l'abbé Genest, de l'Académie françoise , et qui a donné au public la tragédie intitulée Pénélope, dont le grand succès a répondu à la beauté de ce poëme. Celui qui a été représenté à Clagny sous le nom de /osephn^à pas moins tiré de larmes qu'il s'est attiré d'applaudissements des aiiditeurs, et quoiqu'il ait été représenté trois fois, la foule v a toujours été grande, les «ip|)laudiss(*nicntstonj<Nirs égaux, et les larmes qu'il a fait répandre
il y avoit beaucoup de dames et de courtisans. — L'évêque de Limoges, qui est de la maison de Canisy, avoit plusieurs fois proposé de donner sa démission, parce qu'il est infirme ; on l'a enfin acceptée, parce qu'il n'est plus en état de faire les fonctions de Tépiscopat. — Un de nos armateurs a pris un paquebot allant de Lisbonne en Angleterre. Tous les gens qu'on a pris sur ce petit bâtiment assurent que la reine douairière d'Angleterre est mprte à Lisbonne ; elle étoit sœur du roi de Portugal et étoit née sur la fin de l'année 1638. — On a eu des nouvelles , par
ont toujours causé beaucoup de plaisir, puisqu'il n'en est point qui touche davantage et auquel on soit plus sensible qu'à celui qui est causé par les larmes de joie. M. l'abbé Genest a conservé dans cet ouvrage la fidélité deTÉcriture et la simpticité rasyestueuse de l'écrit sacré qu'il a imité, dont l'expression parott aussi dans la conduite du sujet. Madame la duchesse du Maine représentoit Azanesh, femmede Joseph, et quoique M. l'abbé Genest n'en ait trouvé que le nom dans le lieu où il a puisé son sujet , le caractère qu'U lui a donné a paru tout à fait convenable. Madame la duchesse du Maine joua ce rôle avec une noblesse délicate et un agrément qui l'a fait admirer. Mademoiselle de Mems représenta Thermasis, dame égyptienne, confidente d'Azanesh, et M. Baron le père, qui représentoit Joseph, joua ce rôle d'une manière qui ne peut être mieux imitée, et toute l'assemblée trouva qu'il n'avoit jamais mieux joué. M. de Malezieu fit le personnage de Juda, et la force de son jeu lui attira de grandes louanges. U fut imité par son fils aîné dans le rôle de Ruben. Un de ses plus jeunes représenta Beiû^iiûn , et son air d'innocence et sa beauté touchèrent extrêmement. M. de Yernonselles, gentilhomme de M. le duc du Maine, représentoit Siméon, et ce gentilhomme ayant été obligé de partir pour s'embarquer avec M. le comte de Toulouse, M. le marquis de Roquelaure joua son rôle dans la troisième représentation , quoiqu'il n'eût eu que très-peu d« temps pour l'apprendre; ce marquis, qui est lieutenant de gendarmerie , n'est pas moins distingué par sa valeur que par son esprit. Le jeu de M. le marquis de Gondrin fut admiré dans le rôle de Pharaon; ce marquis a très-bonne mine ; il est admiré de toute la cour, et sa présence ne peut manquer de lui attirer des applaudissements. M. d'Erlac , capitaine aux gardes suisses , s'acquitta très-bien du rôle de l'intendant ou majordome de Joseph , et il entra parfaitement dans le rôle qu'il représentoit. M. de Rozeli fit celui d'un vieit Hébreu que Joseph venoit de tirer d'esclavage , et qu'il arrètoit auprès de lui dans la maison de Jacob. Tous ces messieurs, animés du désir déplaire à M. le doc et à madame la duchesse du Maine, et par l'exemple d'une si grande princesse, ne nég^gèrent rien pour l'exécution de leur rôle, et l'on peut dire qu'il seroit difficile de trouver ailleurs des spectacles de cette nature mieux e.\jic\\tés. 1» ( Mercure de février, pages 265 à 271 . }
plusieurs endroits, que les mécontents de Hongne ont battu et entièrement défait sept mille hommes des troupes de Fempereur; mais ces nouvelles-là sont toujours incertaines; ce que Ton sait d'assuré^ c'est qu'après avoir bombardé OBdenbourg^ dont ils avoient tn^ûlé les faubourgs^ il^ y sont revenus et Tassiégent présentement dans les formes. OËdenbourg est à la droite du Danube et n'est qu'à dopze lieues de Vieppe.
Lundi 25, à Yer$aille$. — Le ^oi ^e jtint point conseil le mati|i et 4QDua upe assez longy^ç ^udiepee aa maréchal de Villeroy. Monseigneur alla le soir à la comédie, mais madame la duchesse de Bourgogne n'y alla point. — Il arriva ui^ courrier de H. de Vendôme; ses lettres sont de Mantoue, du 13. Il mande que le prince Eugène s'en va à Vienne et que le 14 il étoit déjà arrivé à Roveredo; il a laissé au prince d'Anbalt le commandement des troupes qui sont auprès du lac de Garde et à M. de Rewentlau, Danois^ le commandement des troupes qu'il laisse dans le Bressaij. i/i. de Vendôme compte d'arriver ici vers le milieu du mois qui vient. M. de Vaudemont devoit aller commander l'armée en son absence, mais il a mandé au roi que, Hédavy étant le p}us ancien lieutenant général des troupes de France, le commandement tomboit si naturellement en bonne main qu'il croiroit ne pas bien servir les deux rois de lui aller ôter ce commaqdement-là.
Mardi 26, à Marly. — Le roi entretint longtemps pendant son dîner Lappara, qui revient de l'armée de M. de Vendôme. On croit qu'on le fera bientôt partir pour la Catalogne ; c'est lui qui conduisoit les travaux à Barcelone quand M. de Vendôme l'a pris. Le roi partit de Versailles aussitôt après sondiner pour venir ici, où il a amené un peu moins de dames qu'à l'ordinaire. Monseigneur arriva ici bientôt après lui. Madame la duchesse de Bourgogne partit de Versailles à deux heures et demie et alla à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre, et n'arriva ici qu'à six heures. Il n'y a ici de gens qui n'eussent pas
accoutumé d'y venir que le comte de Chamillart^ frère du ministre. — Il arriva le soir à l'jËtang, où étoit H. de ChamiUarty un courrier du maréchal de Tessé, qui écrit du 20. Il étoit dans Caspé sur TÈbre^ un peu au-dessus de Fen^ droit où la Sègre s'y jette. Il mande que dans deux jours il campera en front de bandière y mais que beaucoup de choses lui manquent en ce pays-là.
Mercredi 27, à Marly.. — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire. L'après-dlnée il vit glisser sur la glace messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry, Madame la duchesse de Bourgogne y vint et alla sur la glace dans un traîneau ; Monseigneur et toutes les princesses s'y amusèrent longtemps. A six heures le roi comn^ença à travailler avec M. de Chamillart chez madame de Maintenon. Le roi d'Angleterre et la princesse sa sœur arrivèrent une heure après; dès qu'ils furent arrivés le bal commença. Le roi vit commencer le bal et puis retourna travailler avec M. de Chamillart ; on soupaàdix heures, après quoi le roi d'Angleterre et la princesse sa sœur s'en retournèrent à Saint-Germain . — Ximenès, un de nos plus anciens lieutenants généraux et gouverneur de Maubeuge, est mort; il avoit été lieutenant-colonel du régiment Royal- Roussillon^ qui vaut beaucoup, et le roi avoit trouvé bon, depuis quelque temps, qu'il le dopnàt à son fils. — On a confirmation, par plusieurs lettres d'Angleterre, de la grande perte que la tempête a. causée en ce pays-là; ils ont perdu plusieurs vaisseaux de guerre et une infinité de vaisseaux marchands.
Jeudi 28, à Marly. — Le roi se promena tout le matin et toute l'après-dlnée dans ses jardins ; il n'a pas pu chasser ce voyage, parce qu'il a toujours gelé. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tirer dans la plaine de Saint-Denis, et monseigneur le duc de Berry tua soixante pièces de gibier, ce qui parolt incroyable, même aux meilleurs tireurs, en cette saisonci. — Le roi a donné le gouvernement de Maubeuge, qui
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vaut bien 16^000 livres de rente, à Saint-Frémont, ancien lieutenant général qui sert en Italie, où il continuera à servir, quoiqu'il devienne assez infirme. — Le vieux marquis de Nogent, qu'on appeloit le chevalier avant son mariage, a obtenu du roi 2,000 francs de pension pour sa femme, dont elle ne jouira qu'après sa mort. — M. le duc de Berwick s'en retourne en Languedoc, et c'est M. Paratte, maréchal de camp, qui commandera dans le comté de Nice, où nous avons trois compagnies de mineurs qui travaillent à la démolition du château de Nice. Lappara y a passé en venant ici ; le duc de Berwick avoit prié M. de Vendôme de le lui envoyer, croyant que le siège dureroit quelques jours de plus.
Vendredi 29, à Marly. — Le roi se promena tout le jourdans ses jardins. Le soir, chez madame deMaintenon, il fit une petite loterie gratis, comme il a accoutumé de les faire. Après souper il y eut bal en masque; les dames qui dansèrent soupèrent avec le roi en habits de masque. Le roi d'Angleterre et la princesse sa sœur, qui dévoient venir, ne vinrent point. Le bal dura jusqu'à deux heures du matin, mais le roi alla se coucher à minuit. — Le départ de M. le comte de Toulouse est déclaré ; ses équipages partiront demain, et sa personne partira le 10 du mois prochain. On compte que les vaisseaux qu'on arme à Toulon seront en état de mettre à la mer avant le 20 du mois de février. Le maréchal de Coeuvres partira quelques jours avant M. le comte , et montera un vaisseau particulier. On arme plus de vaisseaux qu'on n'avoit dit d'abord. — La pauvre comtesse de la Marck mourut hier, à Paris, de la petite vérole ; c'étoit une femme de mérite et qui est fort regrettée ici ; elle étoit fille du duc de Rohan. — M. deBauclay, beau-frère du ducde Berwick, qui apporta ici la nouvelle de l'entrée de nos troupes dans le château de Nice, a obtenu une commission de colonel à la suite du régiment de Berwick.
Samedi 30, à Versailles. — Le roi, après s'être promené
tout le jour dans ses jardins de Marly, en revint le soir à six heures. On y retournera le jeudi gras, qui est le 11 du mois qui vient. Monseigneur alla de Marly dlnei* à Meadon et revint ici le soir pour la comédie. Madame la duchesse de Bourgogne joua Taprès-dinée à Marly jusqu'à quatre heures et puis revint ici ; elle accompagna Monseigneur à la comédie. Il y de voit avoir grand bal demain chez madame d'Ârmagnac; mais comme M. le Grand est malade, on l'a remis jusqu'à l'autre dimanche. — On parle fort du mariage du prince Charles de Lorraine, un des enfants cadets de M. le Grand, avec mademoiselle de Guiscard, fille unique, qui, outre les biens de son père, qui sont considérables, aura encore plus d'un million de Langlée, frère de sa mère. — Le comte deSchack, Danois, qui fut fait brigadier Tannée passée, a eu une pension de 1,000 écus. — M. de Mézières, lieutenant de gendarmerie, a eu permission du roi de vendre sa charge; il est maréchal de camp de l'année passée.
Dimanche 31, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dinée se promener à Trianon ; Monseigneur y alla et en revint un peu avant le roi. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent à vêpres et au salut. — Le comte de Roucy, capitaine-lieutenant des gendarmes écossois, a eu permission du roi de vendre sa charge. Cette compagnie, quoiqu'elle ne soit pas de la maison du roi, aie pas devant les mousquetaires qui en sont. — Le baron Sparre, Suédois, maréchal de camp, a eu 1,000 écus de pension d'augmentation; il en avoit déjà une de 1,000. — On a de méchantes nouvelles des Bavarois ; on a repris sur eux les places qu'ils avoient prises sur l'Inn, et ils sont réduits à demander grâce à l'empereur. On a appris en même temps que les mécontents de Hongrie, qui avoient été contraints d'abandonner une seconde fois le siège d'OEdenbourg faute de poudre, y étoient revenus pour la troisième fois et avec plus de troupes, et que le général Berzini les a joints. — C'est
le chevalier de Janson qui achète la charge de capitainelieutenant de gendarmerie qu^avoit Mézières; le marché est fait à 14^1,000 livres.
Lundi I*' février y àVersùilles. — Le roi fait lever vingtcinq bataillons nouveaux ; M. le Duc en lève deux pour M. le duc d'Enghien; M. du Maine enlève deux pour augmenter son régiment ; M. ïe comte de Toulouse en lève deux aussi pourjoîndre à son régimetft; le maréchal de Boufflers en lève deux pour son fils, qui est encore fort enfant; le maréchal de NoaiDes et le duc son fils en lèveront aussi ; M. le grand prévôt en a demandé un pour le chevalier de Sourches, son fils, qm est enseigne aufx gardes; le roi le lui a accordé. — Le rf)i alla tirer l'après-dlnée. Monseigneur mena madame la Duchesse et beaucoup de dames dîner à Meudon, où il y eut gros jeu. Madame la duchesse du Maine joua à Clagny la tragédie de Joseph: la pièce et les acteurs furent fort loués; le vieux Baron y joue. — Douze de nos vaisseaux par^ tir^t de Toulon il y a quinare jours ; ils avoient vent arrière , et comme il ne leur faut que deux feis vingtquatre heures pour arriver à Barcelone , on ne doute pas qu ils n'y soient arrivés il y a déjà quelques jours.
Mardi ^, jour de la Ckandeiêur, è Versailles. — Le roi et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée; la processiionnese put faire le matin dans la cour, parée qu'il pleuvoit ; on se contenta de ta faire d'une porte de la chapelle à Vautre. Le P. de la Rue, confesseur de madame la duchesse de Bourgogne, prêcha l'après-dînée. — Le roi a donné 4,000 francs de pemsion d'augffïentation à M. de Palavicin, Piéiâaontois, maréchal de camp dans nos troupes; il en avoit déjà 6,000. — Le roi a donné des bataillons à lever aux maréchaux de Villeroy et de ChamîUy, à M. de Grig»a«, lieutenant de roi de Provence, à M. de Ségur, gouverneur du pays de Foix, et à M. d'Houdetot, capitaine au régiment du roi. M. de Vergetot, colonel du régiment R6yal-Comtois, qui fut fait
marëchâl de càtap Yattnée passée, iènâ son fégimehi 70,00© litige» à M. d* Auxy , éétjffitaine aux gardes , et M. d'Aoxy vend sa côtnpâgnie à M. de Chevi>ly, lieuti^nani dans ce eorps^ fik dtt liettteiiant de roi d'Ypres ; le prix des eonvpagnies aux gardes est fixé à 80,000 livres.
Uirerêdi ^y à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à Trianon et travailla le soir chez madame deHaintenon à son ordinaire. Monseigneur ne sortit poini et alla le soir à la comédie. — Lépine-Daniean, famcnax négociant de Saint-Malo, avoit armé qaelques vaisseaux, qui, au bout de deux ans, sont arrivés au Port-Loui». Ils sont eimrgés de {âastres et de lingots; on a mandé au roi qu'ils en apportent pour vingt millions, mais le9 lettres que M. le comte de Touloi^e a reçues de quetcpies officiers qui sont sur ces vaisseaux portent qu'il n'y en a que pour dix -huit millions. La conversion de cet argent à la Moimoie [Munira encore une somme eon^érabte au roi. — On faot plus de i»o«nreaux bataillons qtie \ 'oii n'avoit dit d^abord ; le roi en veut faire lever trente-neuf; le roi doime 900 francs par compagnie pour la levée, et on leinr donne les atmes^ outve c^. Il se présente beaucoup de gens pour en lever,, iiais le roi a répondu à ceux qui lui en ont demandé qœ teufl étoik rempli.
Jeudi ky à Versailles. — Le roi dina avant midi; il n'y 6«t point de conseil , et il alla d'abord après son diner se promener à Marly, eii il fut toujours dans ses jardins malgré la neige et le vilain temps. Monseigneur alla dès le matin à Meadon ; monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne y allèrent ensemble diner avec lui, et Monseigneur partit de Meudon avec ec^x sur les six heures et les ramena ici. — Le mariage du marquis de Bellefonds avec mademoiselle d'Ecquevilly fut signé; on donne à la demoiselle 100,000 écus comptant. Elle n'a que deux frères, dont l'un est prêtre; l'autre est daus le service, et s'il venoit à mourir, elle auroit plus de &00»000 écus de bien« — M. le cardinal de Coislin
reçut tous ses sacrements à neuf heures du soir, et M. Fagon dit au roi à son coucher qu'il étoit à Fagonie et qu'il ne passeroit pas la nuit. — Il arriva des nouvelles de Madrid du 20 du mois passé. On mande que les équipages du roi d'Espagne étoient prêts et qu'U partiroit au commencement de ce mois. Les affaires de Valence prennent un bon chemin. Toutes les troupes que nous envoyons en Roussillon y arriveront au plus tard le 20 de ce mois/ après quoi on ne doute pas que les révoltés ne rentrent bientôt dans leur devoir.
Vendredi 5, à Versailles. — Le roi, à son lever, a fait de grands éloges du cardinal de Goislin, qu'il regrette extrêmement; c'étoit un homme aimé et estimé généralementde tout le monde. Il étoit grand aumônier de France, évêque d'Orléans, abbé de Saint-Victor dans Paris, qui est une des belles abbayes du royaume. Il avoit deux autres abbayes , l'une à Amiens et l'autre en Bretagne; il avoit le prieuré d'Argenteuil, qui dépend du roi. 11 avoit outre cela trois prieurés à la nomination du cardinal de Bouillon comme abbé de Cluny. Le roi, après la mort du duc de Coislin, son frère, lui donna le gouvernement de Crécy, qui est dans leurs terres et qui vaut 2,000 écus de rente. Il est mort cette nuit voulant signer son testament, qu'il venoit de dicter*. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Trianon. Monseigneur ne sortit point et alla le soir à la comédie. On va faire une nouvelle salle de «omédie dans l'appartement qu'avoit le cardinal de Coislin, et on donnera au grand aumônier l'appartement qu'avoit monseigneur le duc de Berry avant que le roi d'Espagne partit d'ici. — M. de Garmain, sous-lieutenant de gendarmerie, est mort. — M. de Briord achète 45,000 francs la sous-lieutenance qu'avoit le chevalier de Janson.
* Le cardinal de Goislin n'étoit à la cour que le moins qu'il pouvoit , et toujours en dispute avec le roi là-dessus, qui en étoit même piqué quelquefois; tout le reste du temps en son diocèse, qu'il administroit
avec une grande vigilance et par des gens bien choisis. 11 y donnoit tout le revenu de Tévêché , et faisoit d'ailleurs de grandes aumônes , quoiqu'il vécût partout fort honorablement. On sut , depuis sa mort , qu'il étoitdanâ de grandes pratiques de pénitience depuis bien des années, et qu'il se relevoit seul toutes les nuits, à la dérobée de ses gens, pour prier, et c'est à quoi sa dernière maladie fut attribuée. Les missionnaires de la paroisse de Versailles s'emparèrent de lui à son extrémité et, avec une barbarie étrange, n'en voulurent plus laisser approcher son confesseur; telle est la domination de ces gens. Le roi voulut que le curé de Versailles accompagnât le corps à Orléans , qui est un honneur qui n*avoit encore été rendu à personne , et dont sa vertu fut jugée digne. Tout le diocèse fut aux hauts cris, mais ces regrets ne furent que le conunencement de ses douleur».
Samedi 6, à Versailles. — Le roi ordonna le matin à M. de Torcy d'envoyer un courrier à Rome pour porter la nouvelle au cardinal de Janson que S. M. Tavoit choisi pour son grand aumônier. — Le roi alla Taprès-dinée se promener à Trianon. Monseigneur alla dîner à Meudon et n'en reviendra que pour le voyage de Marly, où l'on ira jeudi. — Le roi a donné la sous-lieutenance de gendarmerie vacante par la mort de M. de Carmain à M. de la Serre, qui étoit enseigne dans ce corps-là, et il a donné l'enseigne à M. de Bauffremont, avec commission de colonel. — La Devaise commandoit l'été passé dans plusieurs postes qu'on avoit établis sur la Sanibre et sur la Meuse pour empêcher les ennemis de passer ces rivières, et d'établir des contributions dans notre pays; on a réglé avec eux ces contributions à 20,000 écus; ainsi nous n'avons plus besoin de tous ces postes-là , et on envoie présentement la Devaise pour garder d'autres postes que nous avons sur la Semoise, qui couvre un autre canton de pays ; c'étoit Descrochets, lieutenant de roi de Verdun, qui étoit chargé de cet emploi , et il vient de mourir. — Lé roi avoit donné au maréchal de Villeroy, il y a six ans, 100^000 écus à prendre sur les octrois de la ville de Lyon, payables à 50,000 livres par an ; ces six ans sont expirés au mois d'octobre , et le roi renouvelle au mare-
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chai de Villeroy la même gràxie, et la ville de Lyon continuera à lui payer 50,000 livres par an.
1/imanche 7, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprèsdlnée. Monseigneur le duc de Bourgogne, madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le due de Berry. allèrent à vêpres et au salut. — Le roi donna au grand prévôt un brevet de retenue de 100,000 écus sur sa charge pour M. deHontsoreau, son fils aine, qui épouse une demoiselle de Picardie qu'on appelle mademoiselle du Hamel, qui est, à ce qu'on dit, très -bien faite et très-riche. — On envoie trois maréchaux de camp en RonssiHoo, qui sont Cilly des dragons, Seignier et Fimarcon; le duc de Noailles y est déjà, et on croit qu'on en enverra encore un cinquième. — Le roi a donné 10,000 écus sur la maison de ville à une petite demoiselle de Bretagne que madame de Maintenon a prise par charité ; elle n'a que huit ans, a beaucoup d'esprit et divertit fort le roi. Le roi a donné aussi 20,000 livres sur la maison de ville à une femme de chambre de madame de Maintenon , doni elle est très-contente. — Le roi a donné 1,000 francs d*augmentation de pension à M. de Villemur, qui commande les grenadiers à cheval.
Lundi 8, à Versailles. ' — Le roi donna le matin une longue audience au maréchal de Coeuvres, qui prît congé de lui pour s'en aller à Toulon, où il veut arriver quelques jours avant M. le comte de Toulouse. Il n'y eut point dé conseil, et le roi partit à midi et demie pour aller à Marly, où il se promena jusqu'à la nuit. Monseigneur le duc de Bourgogne, madame la duchesse de Bourgogne ei monseigneur le duc de Berry virent commencer à tirer la loterie de Versailles ; on se sert pour cela d'une machine fort bien imaginée, où sont tous les numéros, et d'une autre petite où il n'y a que les billets noirs, et cela se fait avec beaucoup d'ordre (t). Après la loterie mon-
(1) Voir la description de la twtte qui a servi pour tirer la loterie de Ver-
FÉVRIER tt0^. 2t
seigneur lé dnc de Bourgogne, madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry allèrent â Clagny voir la tragédie de Joseph jouée par madame la duchesse du Maine. — Le roi a donné une augmentation de pension de 1,000 écus à M. de Mimeur; il en avoit déjà 1,000. — Le roi a fait mai'échal de camp M. de Massemback, ancien officier dfe cavalerie allemand; il étoit brigadier et avoit un régiment dont le roi donne Tagrément à M. de Valgrand, qui en étoit lieutenantcolonel.
Mardi 9, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à Trianon. Madame ïa diiéhesse de Bourgogne alla sur lès cinq hem^s voir Motfséigneur et i^è^int pourle soupet du roi. — 11 arrivai un courrier de Madrid parti du 1*' de ce mois. Les équipages du rOi d'Espagne sont prêts ; il croit partir entre le 10 et le 15, et n'attenrf pour cela que d^avoîr des nouvelles dû iWaréchal dé Tessé. Les affaires prennent un assez bon train dans le royaume de Valence. M de las Torres a pris , Fépée à la main, la petite ville de Moncada, qui n*est qu'à une lieue de la capitale; il à fait fuer fous lès soldats de la garnison et tous les habitants en étâ* de porter les armes , et quelques jours après il a défait deux mille des révoltés! qui le poursuivoient, parce qu'ils étoieni beaucoup plus forts que lui: mais quand il eut gagné ufte petite plaine, oè sa cavalerie pouvoit agir, il les attaqua et né fit quartier à pas un de ceux qui fuïent pris. 11 a eu ttne contestation avec le duc d'Arcos, nouveau vîeeH?oî de Valence , poifr lafpielle il est retotirné à Madrid , et on l'a renvoyé aussitôt en lui accordant ce qu'il dem^f ndoil, et on a fait revenir le duc d'Areos , qu'on h fait conseiller d'État et qui demeurera vice-roi , mais sans avoir permission d'y aller cette campagûe*.
sailles dans le Mercure d'avril 1706, pages 272 à 277. Cette machine était de ItnveMieii ^ méutieSeù Mèltre^.
' I.'iRuor.im;e des seigneurs espagnols sur la gurrre étoit élooiiauto. Il \ a>oit des siècles qu'ils tenoient au-dessous d'eux de la faire et même d'en ouTr parler, excepté sept ou huit au plus dnns un si long espne? Maintenant tous s'en vouloient mêler, et n'y ponvoient rien ramprendre. C'est ce (jut arriva à ce duc d'Areos, homme d'espnt,et même desavoird'ailleurs. Conseiller d'Élat est, en Espagne, ce qu'on appelle ici minisire, qui est là, plus encore s'il se peut qu'ici, le dernier degré delà fortune; eux seuls et les cariUnaux peuvent aller en chaise à porteurs , comme les dames, par la ville et dans le palais , et ont l'Excellence , s'il ne l'ont pas déjà par d'autres titres ; mais celui-ci étoit déjà devenu un vain nom en Espagne, qui n''avoit plus aucune fonction, et n'en a pas recouvré depuis.
Mercredi 10, à Versailles. — Le roi ne décida point encore dans le conseil sur l'ambassade de Rome; ou croit que cela sera décidé dimanche à Marly. Le roi cdlal'aprèsdtnée se promener à Trianon , et travailla le soir avec M. de Chamillart, comme il fait tous les mercredis. — II arriva au nonce un courrier de Rome sur les affaires de Naples; le pape vouloit excommunier le vice-roi pour avoir violé les immunités ecclésiastiques en prenant des criminels qui s'étoient réfugiés dans les églises et parce qu'il avoit chassé du royaume un archevêque ; mais l'affaire s'adoucit, et le pape même souhaite que le roi en prenne connoissance pour l'accommoder, — On a des lettres de Dantzick du 23 janvier, qui parlent de deux avantages que le roi de Suède a remportés sur les Moscovites sur la rivière du Boug, et qui conlirme la révolte du fils du czar contre son père, qui l'a olïligé de retourner en diligence à Moscou. — On parle fort d'un soulèvement de paysans du Mondovi contre quelques troupes de M. de Savoie que ce prince est obligé de laisser en ce pays-là pour se conserver une communication avec Gènes.
Jeudi 11, à Marly. — Le roi dîna à onze heures et partit de Versailles après son dîner pour venir ici courre le cerf dans le parc ; après la chasse il se promena dans les jardins jusqu'à la nuit. 11 demeurera ici dix jours. Monseigneur revint de Meudon ici tout droit. Madame la
duchesse de Bourgogne alla à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre et n'arriva ici qu'à sept heures. — On a eu nouvelle que nos douze vaisseaux qui étoient devant Barcelone avoient été obligés par le grand vent de relâcher en Provence; mais comme ils ne sont point en mauvais état, ils vont incessamment remettre à la voile pour y retourner. On compte que nous aurons pour le siège de Barcelone vingt-six vaisseaux de ligne, quelques frégates et deux ou trois cents petits bâtiments de charge pour porter toutes les munitions de guerre et de bouche nécessaires pour l'armée de terre. — J'appris que M. de la Massaye , lieutenant général du Bas-Poitou , étoit mort il y a déjà quelque temps. — M. du Charmel, qui est retiré depuis longtemps à l'Institut (1), eut une lettre de cachet pour s'en aller dans ses terres; on n'en dit point encore le sujet*.
* IL.'exil du Charmel est un exemple si singulier de la foiblesse des rois,
^t même des plus gens de bien , qu'il sera curieux de s'y étendre. On a
Pdrlé ailleurs (2) de ce gentilhomme assez pour qu'on se souvienne ici
^uel il étoit dans le monde , et comment, touché tout à coup , il se re-
^ï'a sans regarder derrière soi. Sa vie fut constante, toute de prières,
^e tH)nnes œuvres et d'une pénitence souvent terrible, et d'autant plus
Qu'elle étoit de tous les moments sans pouvoir être aperçue , sinon
P^ï* les jeûnes et la frugalité en tout temps. C'étoit un homme à cilice,
^ pointes de fer et à toutes sortes d'inventions pareilles , qui étoit
^^^'^^d mangeur, plus grand jeûneur, et dont la prière étoit telle ,
^^'.on l'a vu à genoux sans appui , sans livre et en même posture , un
y^dredi saint, depuis quatre heures du matin jusqu'à près de dix
"^^fes, à plate terre, dans une chapelle derrière le chœur de la Trappe,
^^ il passoit d*ordinaîre les carêmes au réfectoire matin et soir, et le
PJ'enaiçp et le dernier au chœur à tous les offices du jour et de la nuit .
" ^ Voit un grand zèle , beaucoup d'usage du monde ,. qu'une longue
^ ^^ixxte retraite avoit rouillé , et fort peu d'esprit, une grande dureté
î^*" lui-même en tout, et une fidélité à tout ce qu'il se proposoit,
lue inflexible pour ne pas dire qu'elle l'étoit , et tout cela avec une
' * > Des pèrwt de l'Oratoire.
^^) Tome 11, paj^e 62.
grande gaieté et litierté d'esprit. 11 étoit devemi, depuis sa retraite, wm intime de M. Nicole et de toutes personnes suspectes de jansénisme , sur lequel il ne se contenoit pas assez. Il étoit ami intime d'un M. Boil««iu, qui avoit élevé le comte d'Albert et le chevalier de Luynes, qui ne retinrent pas longtemps ses instructions , et qui logeoit alors depuis longtemps à ^^rchevécl^é avec toute la confiance du cardinal de Noailles. Le fameux cas de conscience qui brouilla ce cardinal avec les jansénistes tomba fort sur ce M. Boileau , qui fut si fortement accusé d'y avoir eu part que le cardinal , outré contre lui , s'en défit sans bruit par un canonicat de Saint-Honoré qui vaqua tout à propos , et que Boileau fiit trop heureux de pr^idre, et dans lequel il a passé le resl^ d'une très-longue vie, fort retir<édaps son cloître Saint-Honoré. Le Charmel , qui étoit fort bien avec le cardinal de Noailles , s'avisa d'éclater contre lui et de cesser de le voir sans que le charitable prélat pût doucement le ramener. A son tour, il fut piqué ; les plus saints ne 8(mt pas impeccables , et l'on va voir qu'il se vengea. On a vu en d'autres endroits de ces additions (1) la délicatesse du roi pour être vu de ceux dont il se soucioit le moips , et surtout de ceux qui avoient rompu avec le monde. Peu après cette brouillerie, Cavoie, qui avoit été fort des amis du Charmel et qui de temps en temps le voyoit encore . lui manda que le roi , se promenant à M^rly, avoit fort parlé des gens retirés , et dit que ceux qui l'étoient au loin et à la campagne, comme Saint-Louis à la Trappe , et ne se méloient que de prier Dieu, il admiroit leur vertu et ne trouvoit point mauvais qu'ils ne le vinssent point voir; mais qu'il y en avoit de retirés dans Paris et aux environs , qui se méloient de tout , qui , sous prétexte de piété et de bonnes œuvres, entroient en plus de choses et voyoient plus de gens qu'ils n'avoient jamais fait dans le monde , et que (Jaus la vérité toute leur dévotion ne cpnsistoit que dans up seul point, qui étoit de ne le pomt voir et d'en faire profession; que M. de Fieubet, M. Pelletier, le chevalier de Gesvres et d'autres qu'il cita les valoient bien pour le moins en tout ; qu'ils avoient rompu avec tout, eti^e prétendoientà ri^ qu'à leur salut, et que toutefois leur retraite, quoiqu'entière , ne les empéchoit pas de le venir voir une fois au moins l'année ; et qu'après tous ces propos tenus avec quelque chaleur il s'étoit tourné à Gavoie , et lui avoit demandé que faisoit le Charme}, et s'il en avoit encore quelquefois des nouvelles. Quinze jours ou trois semaines après, le roi, au même lieu, se remit sur le même chapitre , mais avec plus d'aigreur contre ces solitahres qui ne le vouloient point voir, parmi lesquels il nomma le
(1) Tome rv, page 413.
Cliannel à Gavioie, qjui lui dit qu'il avoit eu de ses nouvelles , et qu'il 'étoit iném0 fort informé à lui de la santé de Sa Majesté, à quoi le roi 06 r^oDdit rien. Çavoie le manda au Charmel et Texhorta fort à ne pas tarder devoir le roi, ou du moins, puisqu'il u'étoit point exilé, de le émarger de lui &e qu'il iroit se présenter devant lui s'il l'osoit après tant d'aojQées ; qu'il ayoit craint de s'exposer à le voir et quelques moments de l'air de la cour, depuis qu'i) l'avoit quittée. Le Charmel en parla à un ami distingué de la cour (1), qui, quoique jeune et qui y a figuré depuis , qui appuya de toutes ses forces l'avis de Cavoie , persuadé même que le roi n'avoit parlé que pour lui ; il ajouta que sa réputation et quelquefois ses volontaires imprudences de jansénisme avoîent besoin de cette complaisance pour prévenir des orages qu'on ne caln^pil: pas dtsément quand ils avpient éclaté ; qu^ c'étoit un respect qi^ dans un $ujet devenoit un devoir, quand il étoit désiré encore plus, ainsi qu'une précaution sage et nécessaire quand le roi se montroit piqué, et qu'il en coûtoitsi peu pour changer cette pique en bonne volonté; mais le Charmel fut inflexible, sans en avoir jamais pu donner déraison. Il le paya tôt et cher. Le P. Quesnel étoit alors pourchassé en Flandre. Il alla et vipt des gens de sa part à Paris. Le cardinal de lïoailles, piqué comme on Ta vu contre lé Charmel, fut averti qu'il étoit en commerce avec ces allants et venants, qu'il croyoit occupés à travailler contre lui par le décrier et par des ouvrages. Il fut encore excité contre le Charmel par gens qui s'aperçurent que cela étoit facile et qui 60 espérèrent du mal pour l'un et de l'obscurcissement pour la réputation de l'autre. Ils le persuadèrent que le Charmel cachoit et receloit des lettres et de ces messagers. On mit en campagne des espions qui le certifièrent ; on échauffa de plus en plus le cardinal , qui , à la fin, se plaignit au roi de la conduite du Charmel, qui le troubloit dans Paris. Il n'en fallut pas tant au roi sur im homme contre qui il étoit de plus en plus animé depuis qu'il avoit daigné parler à Cavoie, et qu'il avoit parlé en vain, à quoi il étoit si peu accoutumé La lettre de cachet fut donc expédiée à l'instant , et ne laissa pas vingt-quatre heures au Charmel pour partir. Elle Texiloit à la vérité en sa maison du Charmel près Château-Thierry, qu'il avoit fort raccommodée, mais elle l'y tintclouéavec tant de sévérité qu'il ne lui fut jamais permis d'en découcher. Il y passa le reste de sa vie, qui fut encore de plusieurs années (2), mais dans une solitude bien plus profonde qu'à Paris , et dans la pri-
(1) Cet ami, c'est Saint-Simon lui-même. Voir ses Mémoires, tome III, page 245 (le Tédition in-12 donnée par M. Chéruel.
(2) Du Charmel mourut en février 1714. Voir le Journal de Dangeau des 11 et 26 février 1714.
Jâ JOURNAL DE DANGEAU.
vation de tout ce qui y soutient. La pénitence sans relâche, la prière et les bonnes œuvres l'y occupèrent tout entier. Plus que jamais les infirmités Ty éprouvèrent sans le pouvoir faire relâcher sur rien. La pierre se déclara , mais la rancune du roi fut plus dure qu'elle. Il fît demander permission de se venir faire tailler à Paris , et il exposa tout Fabandon d'une campagne dans une opération aussi dangereuse ; et il en fut opiniâtrement refusé. 11 le fut donc au Charrael , et il en mourut presque aussitôt après.
Vendredi 12, à Marly. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry coururent le loup. M. de Vendôme arriva ici sur les sept heures. Dès qu'on sut qu'il arrivoit , tous les domestiques et les porteurs de chaises allèrent l'attendre sur son chemin , et dès qu'il fut entré dans sa chambre tous les courtisans, à commencer par les princes du sang, allèrent le voir; il ne resta que les dames dans le salon. Après qu'il fut habillé, il vint au salon. Monseigneur fit cesser la musique quelque temps pour Tembrasser; ensuite le roi , qui travailloit avec M. Chamillart chez madame de Maintenon , l'envoya quérir, le vint recevoir dans le cabinet, et lui dit : « Je viens vous embrasser dans le même lieu où je vous dis adieu il y a quatre ans. » Ensuite il demeura quelque temps avec le roi et M. de Chamillart; et jamais personne n'a été si bien reçu à la cour. Il y avoit quatre ans et trois jours qu'il étoit parti d'ici , car on a compté jusques aux jours. Le roi lui a dit qu'il l'entretiendroit demain à loisir durant le bal*. — Il arriva un courrier du maréchal de Tessé; c'est ce qui fit venir M. Chamillart de l'Étang, où il étoit. Les lettres de ce maréchal sont du camp de Gandessa du 4 de ce mois ; on lui prépare à Saragosse tout ce qui est nécessaire pour faire un pont sur l'Èbre. M. d'Asfeld , maréchal de camp, qui commandoit un petit corps auprès de Balbastro sur la Cinca , composé de six bataillons et de six escadrons, a défait trois compagnies de grenadiers anglois de la garnison de Lérida; il n'y a eu que dix
hommes qui s'en soient sauvés. M. de Coningen (1), lieutenant général anglois^ et un colonel y ont été dangereusement blessés. Nous y avons perdu environ cinquante hommes et un capitaine de grenadiers du régiment de la Couronne. Dès que les troupes que nous envoyons en Roussillon seront arrivées, cela obligera les ennemis à envoyer des troupes de ce côté-là. Le maréchal de Tessé croit pouvoir reprendre aisément Tortose et Lérida*, ce qui est nécessaire pour pouvoir faire le siège de Barcelone en sûreté.
* Jamais triomphe n'approcha de tous ceux de M. de Vendôme en ce voyage; chaque pas qu'il faisoit , et ie plus indifférent , lui en procuroit un nouveau , et ce n'est point trop dire que tout disparut devant lui. Princes du sang, grands , ministres, on ne parut que pour le faire éclater bien loin au-dessus d'eux, et que le roi ne sembla demeurer que pour la seule fonction de relever davantage. Le peuple s'y joignit , et M. de Guise y plus puissant après les barricades de Paris , ne pouvoit pas paroître alors plus superbement que fit M. de Vendôme en ce voyage.
Samedi 13, à Marly. — Le roi, après la messe, alla courre le cerf; il ne partit qu'à onze heures; il prit deux cerfs et revint dîner ici ; il se promena toute l'après-dlnée. A six heures et demie la reine d'Angleterre , le roi son fils et la princesse sa fille arrivèrent. Le roi les mena chez madame de Maintenon , où ils furent une demiheure , et ensuite le roi les mena dans le salon, où le bal commença; le roi les vit danser jusqu'à huit heures, et puis alla travailler avec M. de Vendôme. La reine d'Angleterre sortit du bal en même temps que lui et alla chez madame de Maintenon jusqu'au souper, et après souper la cour d'Angleterre retourna à Saint-Germain. Mademoiselle de Conty et mademoiselle d'Armagnac n'ont point été de ces* bals-ci. La duchesse de Duras a dansé , parce qu'on lui a ordonné; elle en faisoit difficulté à cause
(1) Cunningham.
qu'elle est en deuil de la mort de son père*. Le dUc de Villeroy, M. de Monaco et M. de Vassé ont dansé. — M. le comte de Toulouse partit à six heures du matin poUt aller à Toulon ; il emmène avec lui le chevalier de Commlnges.
* Perte de parents, ni d'amis, ni aucunes bienséances ne dispenâoient de quoi que ce fût à la cour, et le roi prenoit ces choses de façon que la mort dans le cœur et au scandale public , il falloit être nonseulement des fêtes et des bals , mais aller mémeauji^ comédien.
Dimanche 14, à 31arly. — Le roi tint conseil le matin comme à l'ordinaire , et il n'y a encore rien de réglé sur l'ambassade de Rome ; on croit même que cela ne le sera pas sitôt *. Le roi se promena toute l'après-dlnée et travailla le soii* avec M. de Chamillart. — On reçut des nouvelles de Madrid ; le roi d'Espagne n'en doit partir que le 20. M. de Legall est venu ici prendre congé du roi et s'en va commander les troupes qui vont en Roussillon. — Au commencement du mois qui vient on remettra les billets de monnoie en plus grand crédit; le roi donnera cinq ou six millions d'argent comptant pour payer les plus pressés^ et on fera beaucoup de bUlets de 500 livres payables à jour nommé , mais ces billets-là ne produiront point d'intérêts* — Le roi donna il y a^quelques jours au duc d'Aumont un bataillon à lever, et le roi veut bien qu'il le mette sous le nom du marquis de Villequier, son fils, qui est dans sa quinzième année.
* On a déjà remarqué que sur les faits mêmes les Mémoires ne disoient pas tout. On avoit persuadé au roi la nécessité d'avoir un ambassadeur à Rome, et de plus qu'il n'y avoit plus moyen de s'en passer maintenant que le départ du cardinal de Janson laissoit les affaires sans aucun ministre. La difûculté du choix, que la dépense excessive rendoit encore plus embarrassant, avoit retenu; deux hommes s'y présentoient, de grand cœur : Dangeau, qui de longue main entretenoit commerce à Rome dans cette vue , et s'étoit lié au cardinal Ottobon , et d'Antin , porté par une grande brigue, et tous deux dans l'espérance de se faire faire ducs. Le roi qui ne les vouloit poiut faire* que madame de Maintenon éloignoit du Ois de madame de Moutespan , et l'un et l'autre remplis des ridicules de Dangeau, ne vouloit ni de l'un ni de l'autre;
FÉVRtKtl ITOe. 82»
nlàte, entre lë^ âmx, \& ilâisâance et les talents de d'Aniin rauroient tmpoHé , et ihéme b&làtlëèretit d'abotd le ehdit. Mais eela même détermina le roi à un duc, et entre cëUx ^ui l'étoient à celui de tous ^ s'en doutoit le moin^ par son âge et t^ar Sa Situation avec le roi et qui étoit le plus éloigné de le désii'é)'. Ce fut le diic de Saint Simon^ 401 n'avoit que trente et un ans et qui ne fUt proposé par personne. Il y avoit six semaines que le toi, raisonnant de cette ambassade au conseil, Fy nomma et défendit d'en parler. Torcy, qui avoit alors de Téloignement pour lui sans le connoltre, voulut voir ce qu'en diroit le nonce Gualierio, qui en fut si transporté de joie qu'il accourut à llnstant dans ia chambre du duc clé Salnt-SiUidn , en ferma les portes , et lé lui at»prtt. i\ àtoit lié Une amitié étf bite aVee l'archevêque d'AHés, depuis Cardinal de Mailly, étant vice-légat d'Avignon; et à son occasion le nonce et le duc> fort ami et parent de l'archevêque, avoient eu à traiter ensemble et étoient devenus amis particuliers. M. de Saiat-Simon, ami intime du duc de Beauviliiers, du chancelier et de Chamillart , eut toutes tes peines du mondé à crôiire le nonce , parce qu'aucun d'eUt ne Itii en à voit riëii dit. Il lès fUt ti*duvei* et le lui avouèrent , mais que le sectet leur en avoit été imposé: Il voulut Vefuser, tous trois l'en empêchèrent, et monseigneur le duc de Bourgogne avec eux, qui tous lui dirent qu'il se perdroit d'autant plus que le choix n'avoit été suggéré par personne. Ce choix à la fin transpira et devint public , en sorte que, quand lui ou la duchesse sa fettime daUsoient aux bals de Marly, on se disoit : C'est diouslëur l'ambassadeur ou madame l'ambassadrice. Ce qui retint de nommer, fut l'effort qui se faisoit à Rome pour surmonter le dégoût du pape et de sa cour intime en faveur de l'abbé de la Trémoillepour un chapeau par la France et l'Espagne unies. Ses mœurs, sa vie de saltimbanque, toute sa conduite, surtout le souvenir de son voyage de l^aples pour se soustraire à l'inquisition étoient des obstacles qui furent longtemps invincibles. Sa promotion, qui réussit enfin, délivra M. de Saint-Simon d'une ambassade si ruineuse ; on continua de se contenter d'un cardinal chargé des affaires , sans envoyer un ambassadeur ; et comme il n'y avoit que le cardinal de la Trémoille , il en fut chargé dès qu'il fut promu , et l'on déclara qu'il n'y auroit point d'ambaSsadeUt. Mais le rdrè de la cour d'alchrs fut que le duc de Saint-Simon de trouva perdu pour une ambassade dont il ne se douta jamais ^ pour laquelle personne ne parla pour lui , dont il ne vouloit point , et qui finit par ne point être. D'Antin , outré de la préférence , elles envieux, dont personne ne manqua jamais, craignirent les suites de ce choix, et y pourvurent d'une façoU également sûre et nouvelle ; ils firent vantëi" au roi le discernement de son choix, l'esprit, la lecture ^ l'application du duc de Saint-Simon, dont ils firent un portrait admirable. Le roi ne craignoit rien tant que l'esprit et l'application , et
3« JOURJNALDEDANGEAU.
ne haïssoit rien plus que ceux en qui il en croyoit beaucoup. Il les regardoit comme des censeurs secrets et les prenoit en aversion. Ces bons amis de cour le persuadèrent donc si bien de tous ces talents du duc de Saint-Simon que son affaire fut bientôt faite avec lui, et tellement faite qu'après s'en être fort tard aperçu il eut toutes les peines du monde à en revenir encore , et après une disgrâce assez marquée. Cette anecdote, qui a caractérisé si fort la cour d'alors, a paru mériter de n'être pas oubliée.
Lundi 15, à Marly. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins. Le roi d'Angleterre et la princesse sa sœur arrivèrent ici à six heures et demie , et entrèrent chez madame de Maintenon, où le roi travailloit avec M. Pelletier. Quand la reine d'Angleterre ne vient point, le roi ne va pas au-devant d'eux. A sept heures le bal commença; le roi n'y demeura qu'un moment et retourna travailler avec M. Pelletier. Les danseurs et les danseuses étoient masqués; le roi d'Angleterre et la princesse sa sœur souhaitèrent que Ton fit danser mademoiselle de Middleton , fille de la gouvernante de la princesse ; elle dansa très-bien et elle soupa avec le roi , et après souper toute la cour d'Angleterre retourna à Saint- Germain. — M. d'Amanzé, un des cinq lieutenants généraux de Bourgogne et qui a la lieulenance de roi de Dijon , est mort à Paris ; il avoit outre cela un petit gouvernement en Bourgogne, qui est Bourbon-Lancy; ces deux charges valent 7 ou 8,000 livres de rente. — M Dufort, lieutenant aux gardes, a acheté le régiment du chevalier de Maulevrier 55,000 livres, et Chasseron a acheté le régiment de Beauvoisis 63,000 mille livres de M. de Muret; les deux vendeurs sont maréchaux de camp. — Le duc d'Albe vint ici le matin et eut audience du roi ; il r avoit fait demander hier à S. M. par M. de Torcy. Il demande, de la part du roi son maître, quelques troupes pour aller en Galice et le duc de Berwick pour les commander ; on craint que les ennemis n'aient quelque dessein sur la Corona.
Mardi 1 6, à Marly, — Le roi, au sortir de la messe, alla
courre le cerf; Monseigneur et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasse. Le roi se promena toute l'aprèsdlnée dans ses jardins et travailla le soir chez madame de liaintenon avec M. de Pontchartrain , comme il fait tous les mardis. On soupa de meilleure heure qu'à Fordinaire^ parce que le roi voulut laisser le temps aux dames d'aller se masquer avant le bal, qui commença à onze heures et demie ; personne n'y enti*a que masqué, et le roi lui-môme mit une robe de gaze par-dessus son habit; il ne demeura qu'une heure au bal, mais Monseigneur y demeura jusqu'à la fin, qui ne fut qu'à cinq heures du matin. — Le roi a donné à M. de Villette, lieutenant général de la marine , la lieutenance générale du Bas- Poitou, vacante parla mort de M. de la Massaye; elle vaut 7 ou 8,000 livres de rente. — Champigny, qui avoit été capitaine aux gardes et gouverneur de Béthune, est mort. Il avoit conservé 8,000 francs de pension sur ce gouvernement en le vendant à M. de Marillac, et après la mort de M. de Marillac le roi donna ce gouvernement à Dupuy-Vauban, en l'engageant de payer toujours les 8,000 francs par an à Champigny.
Mercredi 17, à Marly. — Le roi prit des cendres le matin et tint son conseil à l'ordinaire jusqu'à son dîner. — Le roi a déclaré qu'il avoit fait le duc de Berwick maréchal de France; le courrier qui lui en porte la nouvelle partit hier, et il lui donne ordre en même temps d'aller en Espagne, comme S. M. C. l'a désiré, pour y commander les troupes qui sont en Galice ; et en même temps le roi a nommé le duc de Roquelaure pour aller commander en Languedoc en la place du duc de Berwick. Cet emploi vaut <i'0,000 écus de rente. — Le roi ne nommera pas sitôt d'ambassadeur pour Rome , et en attendant l'abbé de la Trémoille, qui y est auditeur de rote, y sera chargé des affaires de France. — M. de Chàteaugay, exempt des gardes depuis deux ans, a obtenu du roi la lieutenance de roi de Bourgogne et le petit gouvernement qu'avoit. M. d'A-
â8 JOURNAL PE flANGEAU.
manïé, et il épousera s^ fiUe, qui a, dit-on, 20,000 livras de rei^t^. La veuv^ de M. d'Amçinzé ayoit écrit au roi et h\\ avoit demandé cette gràoMà pour M. de Chàteaugay, 4 qui (3U§ d^stinoit ^a. ^lle.
J^udi 18, 4 Marly. — Le rqi, apyès i^ ffiesse, alla courrp Ip perf et reviut dîner ici à sow ordinaire. Iftonseigneur et monseigneur Ip duc de Berry ppuriirent le loup, -rr II arriva up courrier du duc de Noailles, qui a forcé des passages de montagne^ gardés par des. miquel^ts, s'est epsuite rendu maltpe de Figuières, qui a été abandppné par les Anglois et poUandois qui y étoient eu garnison. Il a ensuite dissipé tputes les groupes qui étoieut au blocus de Roses, où il a mis; quelques troupes uouveljes. Il est maître présentement de touHe l^ampour-. dftn; il s'est avancé jusqu'à la petite rivière de Fluvia et s^ pris Mascara , où il y a un pqn^ sur cette rivière ; les troupes de rs^rchiduc qui y étoieut se sont retirées à Giroue. — Ou a duuné part au roi de la mort de la reine doufiirièr^ d'Angleterre, veuve de Charles II, qui est morte eu Portugal ; le rpi en prendra le deuil m^^rdi et le portera jusqu'à Pâques. — M. de Vendôme ft obtenu une peusiPU de 5^,000 fr^^nçs ppur Chemerault; il en aypit déjà une de 2,0Q0-
Vendrçdi 19, à Marly. — r I^e roi se promena^ tout le jour dans les j^vrdins. M- de Y^i^dôme prit cpugé de lui le spir ppur s'eu nller à Apet, et le roi lui dit : ce ^puvene?- VQUS que vpus m'^ve?i prpmis de revenir ici le 5 de mars et d'eu partir le 1&. » M. de Vendôme l'assura qu'iî n'y manquprpit p^i^ d'uu instant.. — : l^e roi a trouvé bpu que le mç^f écbP;! de Tessé demî^udàt m roi d'Espeigue la permi^^iou 4p W^tti"^ Ifii gre^ndesse mv \^ tête de km lils^ et le roi d'Espague l'^pcordera st^^rem^i^t a 4^ la manière que le marécb$^^ en écrit*, l^e mariage du comte de Tessé É^vec mademoiselle Boucl^u se va conclure ; le m^récb^^l a signé les articles qu'où lui avoit envoyés tout dressés. — B^lesbftt mourut ces jjours passés à Paris ; sa mère , qui
FÉVÏUKR 1706. 39
a quatre-^viugi-huit ans, eu héritera s'il lui reste du bien ; mais on prétend qu'il an avQit*bea,ucoup mangé, et après la mort de la mère , qui est fort riche , tout le bien reviendra à Mi de CaniUac^ filii de sa fille.
* Les rois sont dupes autant que les autres hommes , et d'ordinaire beaucoup plus. Le roi, qui ne lut jamais , et qui n'entretint jamais perspnnç , sinon de ses affaires, et par nécessité étroite , ne savoit rien et ne s*en caçhoit pas. Il ne douta point que les grandesses ue se cf* dassent en Espagne comme il voyoit céder tous les jour^ les duchés en France, et ignoroit que cela étoit jusqu'alors sans exemple en Espagne , où les fils atnés des grands en sont dédommagés par une sorte de rang et des honneurs plus étendus en leurs femmes , et qui les approchât fort du rang et des honneurs des femmes de^ grands. Tassé fit ainsi son affaire» et Gt en France grand son fils , qui de sou vivant n^ Teât jamais été en Espagne , du moins sans que grandesse nouvelle accordée à ce fils. Ceux des ducs de Berwick et de Saint-Simon le furent dans la suite , de la grandesse même de leur père. On verra ces premlem et uniques exemples en leurs temps ; on verra incontinent aussi GOQunent la tromperie ffiite au roi servit à Teissé poor oonsotider son affaire çn Espague, en achevant de tromper les deux rois l'un par l'autre.
Samedi 20^ à Vermilleè. -*** La roi^ au sortir de la masaei à Marly, alla courire le cerf et y revint dîner ; il n'en partit qu'à oinq heures pour reveniir ici. Alonâieigneur alla de Marly dlner*à Meudon et revint ici pour le souper du roi. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duohessf^ de Bourgogne partirent aussitôt après dîner pour venir ici, et qp^adame la ducbesse de Bourgogne^ qui ne se porte pas trop bien , se coucha en arrivant. — Tous les bataillons que le roi vouloit lever sont donnés^ et plusâeiu^ gens ijui en demandent ont été refusés, ^-p Saint-Abdon, qui avoit été capitaine aux gardes et qui avoit été obligé d^ vendre sa charge par des pertes qu'il avoit faites au jeu et servoit de colonel de dragons réformé dans les troupes d'flspagne en Flandre^ est mort à Bruxelles; on l'a trouvé mort dans son lit; on croit qu'il avoit trop pris d'opium. — M. de Cronstrom, envoyé de Suède , a reçu des lettres de Kœnigsberg qui portent que le roi son
maître avoit battu le roi Auguste et entièrement défait les Hoscoviles ; douze bataillons de cette nation sont arrivés en Prusse.
Dimanche 21, à Vertailles. — Le roi et toute la maison royale entendirent le sermon en bas, hormis madame la duchesse de Bourgogne, qui est un peu incommodée, qui l'entendit dans la tribune. Après le sermon le roi alla à Trianon et puis se promena ici dans les jardins et vit de nouvelles statues qu'il a fait mettre au bosquet qu'on appelle la Galerie des Antiques (1). — M. le comte de Maure, frère cadet du duc de Mortemart, épouse mademoiselle de Blainvilie, qui est une des grandes héritières du royaume; elle est lille de M. de Blainvilie qui fut tué à la bataille d'Hochstett, et M. de Blainvilie étoit frère de la duchesse de Mortemart, inére du comte de Maure. — Il y eut ces jours passés, dans un bal au Palais-Boyal , une querelle entre M. le chevaUer de Bouillon et M, d'Entragues au sujet de madame de Barbezieux, qu'ils vouloient épouser l'un et l'autre. M. le duc d'Orléans accommoda la querelle, et madame de Barbezieux s'est mise dans un couvent auprès de Paris. — Lappara, qui commandoit les ingénieurs au siège de Barcelone quand M. de Vendôme le prit, a ordre du roi de partir pour aller servir au siège qu'on va faire.
Lundi 22, à Versailles. — Le i-oi prit médecine et travailla après dîner avec M. Pelletier; il n'y eut point de conseil. Monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne allèrent le soir à la comédie. — Il arriva un courrier de Madrid au duc d'Albe, qui vint ici de Paris apporter les nouvelles qu'il avoit reçues. Le roi d'Espagne étoit prêt à partir pour aller assiéger Valence , et avoit envoyé ordre au maréchal de Tessé de marcher avec toutes ses troupes de ce côté-là, ce qui pourroit faire un contre-
lemçs, ç»î^^ que ce maréchal aura reçu ordre du roi deç\ûs ce ^tï\ps j^ ^g marcher droit à Barcelone , ce qui parolt beaucoup plus important ici que d'aller reprendre Valence. On mande de Madrid que M. de Peterborough, avec la plus grande partie des troupes angloises et hollandoises qui étoient avec l'archiduc, s'étoit mis dans Valence et qu'il n'étoit resté dans Barcelone que mille ou douze cents hommes. — Le chevalier de Mommeins, colonel de dragons, vend son régiment 70,000 livres et achète la heutenance des chevau- légers d'Orléans, que M. de Valsemé lui vend 110,000 livres, et M. le duc d'Orléans donne au chevalier de Mommeins un brevet de retenue de 40,000 livres.
Mardi 23, à Versailles, — Le roi donna le matin audience aux députés des états d'Artois; c'étoit l'évéque d'Arras qui portoit la parole. Ensuite il y eut conseil de finances, comme il y a tous les mardis; Taprès-dlnée le roi alla se promener à Trianon. Monseigneur, après la messe du roi, alla à Meudon, où il demeurera jusqu'à samedi. — M. le chevalier de Saint-Aignan, qui étoit à Halte, en est revenu. M. et madame de Beauvilliers veulent qu'il ait la terre et le duché de Saint-Aignan et y joignent même beaucoup de terres qu'ils ont acquises aux environs, et ils le rendront par là grand seigneur*. — M. le duc de la Feuillade, qui devoit venir faire un tour ici avant que M. de Vendôme en partit pour conférer devant le roi sur les projets de la campagne en Italie , ne viendra point. — M. de Bauffremont, à qui le roi vient de donner une enseigne dans la gendarmerie, achète la sous-lieutenance qu'avoit le chevalier de la Vallière dans ce corps -là et donne 40,000 livres et son enseigne à vendre.
* On a vu en sou temps Fénorme mariage du vieux duc de Saint- Aignan ; mais au moins cette Sunamite humble , vertueuse et retirée mérita par sa conduite les égards du duc de Beauvilliers , qui éleva les deux frères qu'il en eut comme ses propres enfants , et pourvut avec
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toutes sortes de soins à la snbsistanca de leur mère. Ces tristes frères devinrent sa ressource après la perte de ses enfants , et la duchesse sa femme y concourut du sien avec toute la tendresse et la générosité possibles. L*atné avoit choisi l'état ecclésiastique, et ne le voulut point quitter, auquel il r^ondit bien douloureusement dans la suite. Le cadet, dont il est questiqn ici, devint duo de SaiQ^Aiguiin et grand seigneur, répara les malheurs de 3a famille , fut la consplatipu du duc et de la duchesse de Beauvilliers. Il se montra depuis capable dans les ambassades d'Espagne et de Rome, et dans le conseil de régence au retour de la première.
l^ercredi g^-ji à Yçrmilles, -»- Le roi enteftdit le sermoft Tç^près-dlqée ; i^adame U duchesse de Rourgogue , qui s'étoit trouvée un peu iuoopimodée , rentendU dans U tribune ; mais elle se trouva mal , eUe fut pWigée d'eu soiçiiT. — M. de Te^aé ^ pris le çhàte^u d^ Mirayet au delà de TÈhre et a- fait pepdre le gouverneur et ciaq ou sijc des principaux qui étoient ded^in^ j la gouverneur qui y avQit été mis par Chartes II avoit cédé le compaçindement de s^ place à uu notaire, qui étojt le plus acharné contre les intérêts de Philippe V et qui $t été peudu le premier. On ^ su en inôme temps que Mç^honi^ colonel des drçigQUS du roi d'Espagne, avQÎt été attaqué dans Morviedro par cinq ou six mille miquelets et quelques troupes de
r^cWduc, qu'il ayoit été obligé de «e rendre, mais avec une bonne capitulation ; Morviedro ^st l'ancien Sagonte» — r M. le comte de, Clermont-Gallerande doit épouser mçidemoiselle d'O , et, eu faveur du me^fiage , madame d'O a obtenu du roi un brevet de colauel de dragons ré^ formé pour le comte de Clermont, qui est ca^pitaine dans le régiment du roi, où il s'est fort distingué, et à qui le roi avoit enyie de faille plaisir d'ailleurs, L'absenee du marquis d'O, père de la demoiselle, retardera la CQUclusion de cette affaire de quelques jours.
Jeudi 25, à Versailles. — Le roi ne tint point de conseil, dîna de bonne heure et alla se promener à Marly, d'où il ne revint qu'à la nuit. Monseigneur le duc de Bourgogne , après avoir entendu le sçilut, alla à Meudon voiç
MoD^ignevii* } in€^4ame la duchesse de Bourgogne et mcmseigneiir le duc de Rwry y étoie^t allés devant lui et en revinrent tous trois ensemble pour 1q souper du voi} Moqseigneur y demeurera ju^qu^à samedi. — ^ Qn a eu nouvelles par plusieurs endroits que le général Re^^ cbild ^voit gagné une grande bataille contre les Saxons et les Moscovites î il y ^ des lettres où il y a de grands détails de cette action y inais elle a encore besoin â^ Ponfirniatipn. — M- le duc de PJoailles, ayant appi^is que le gouverneur de (lirone avoit rassemblé beaucoup de miquelets et de commettants! qui sont d^us le parti de Tais cbiduc et y avoit joint J^s troupes qui sont dans la place, M. de Nof^illes rassembla aussi le peu de troupes qu^il avoit , et ayant appns que les eunemis vouloient prendra 3ascara, oi\ nous avions deujç bataillons, y marcha h eu«, les attaqua* Us se défendirent asse?; bien dans les commencements; mais nos troupes ^^ v^^lgré Tinégalité du nombre , car nqus n'avions que quin?;^ cents hommes , les mireut eu déroute; on en tua^^ cents, on fit quelques prisonniers, et le reste se dissipa.
V^re4i 26, à Vermilles, rrr: J^e roi alla tirer l'ap;:èsr dinée. Monseigneur le duc de Çourgogue entendit le ser^ mon en bf^ , et madame la duchesse de Bourgogne Ten^ tendit eu haut. ^- On a su plus de détails de ce qui s'est
passé à Bascara, où les ennemis ont encore plus perdu qu'oi^ ne l'avoit dit d'abord, et depuis leur défaite beau-: coup de petites villes et de bourgs au del4 du Ter se sont remis sous Tobéissaupe du roi d'^lspagne , promettant de ne plus porter les armes si le duc de NoaiUes peut obtenir leur pardon. Toutes ^os troupes qui viennent de France joindront ce dv^c aux premiers jours de mws; elles sont déjà arriyées eu RoussiUpn. — Le roi donn^ à M. le premier un brevet de retenue de ^00,000 livres sur sa cbarge ; il y a déjà quelque temps que le roi ne donne plus de survivance des grandes charges. — M. de Pçr
lafîti^on j ^neien lieutenant général, est mort; il étoit gou-^
verneur du Mont-Dauphin, et ce gouvernement vaut ik ou 15,000 livres de rente ; il avoit outre cela le petit gouvernement de Castillon et Castillonnet, en son pays, qui vaut 2,000 écus; il étoit grand'croix de Tordre de Saint- Louis , et les dernières campagnes le roi le faisoit commander dans Saint-Malo. — Le roi a donné une pension de 1,000 écus au prince de Robecque, maréchal de camp.
Samedi 27, à Versailles. — Le roi eut nouvelles que M. le comte de Toulouse étoit arrivé le 20 à Toulon, et qu'il étoit embarqué quand le courrier en est parti. — Il arriva un courrier du maréchal de Tessé, ses lettres sont d'Alcanitz du 21. Il mande qu'il avoit reçu ordre du roi d'Espagne de marcher à Valence; qu'heureusement il n'avoit fait qu'une marche quand il reçut l'ordre du roi de marcher à Barcelone, et qu'en même temps il avoit envoyé un courrier au roi d'Espagne pour lui en donner avis; qu'il attendroit S. M. C. à Alcanitz, qui est sur la petite rivière de Guadalope, pour le suivre et marcher avec lui à Barcelone. On ne sait si l'archiduc est demeuré dans cette place, qui sera bientôt investie par terre et par mer ; et ainsi il auroit peine à s'en retirer s'il attend que nos troupes et nos vaisseaux y. arrivent. — Le roi a donné le gouvernement du Mont-Dauphin à Lappara, celui de Castillon au fils de feu Polastron, qui vient de mourir, une pension de 2,000 francs à la veuve, et les 2,000 écus qu'ont les grand'croix reviendront à Caraman, qui en avoit les honneurs et qui n'en avoit pas le revenu. — Monseigneur revint de Meudon.
Dimanche 28, à Versailles, — Le roi et toute la maison royale entendirent le sermon et puis S. M. alla se promener à Trianon. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne après le sermon montèrent dans la tribune et entendirent vêpres et puis retournèrent au salut; madame la duchesse de Bourgogne avoit fait ses dévotions le matin aux Récollets. Monseigneur, madame la duchesse de Bourgogne et mon-
seigneur le duc de Berry partirent à six heures et allèrent à Clagny, où ils virent jouer par madame du Maine la tragédie de Joseph. — Le marquis du Bourg, lieutenant général, eut Tannée passée une gratification de 2,000 écus que le roi veut bien continuer et la convertir en pension. — Le comte de Briord, qui a acheté la souslieutenance de gendarmerie qu'a voit le chevalier de Janson , a obtenu le brevet de mestre de camp. — On a eu la confirmation et le détail de la victoire que les Suédois ont remportée le 12 de ce mois sur l'armée saxonne; le général Renschild n'avoit pas douze mille hommes; il a combattu contre plus de vingt-deux mille, que commandoit Schulembourg, le général Flemming n'y étant pas. Dès la première décharge la cavalerie saxonne, composée de six mille hommes, lâcha pied et abandonna vingt-deux pièces de canon qui étoient sorties depuis peu de Tarsenal de Dresde. M. de Schulembourg, nonobstant ce malheur, se mit à la tète de l'infanterie , qui étoit de quinze mille hommes, et se défendit si bien qu'il n'en est pas resté mille et qui sont encore épars. Le général s'est sauvé seul et fort blessé ; de trois ou quatre mille Moscovites qui y étoient il n'en est pas resté un seul. Les Suédois ont fait six mille prisonniers, parmi lesquels il y a cent cinquante officiers; on leur a pris cent drapeaux ou étendards. Les Suédois ont fort peu perdu de monde par rapport à une victoire si complète , car leur perte ne va pas à huit cents hommes, entre lesquels il y a sept ou huit officiers, qui sont fort regrettés. Les Suédois n'avoient point de canon et se sont servis de celui qu'ils avoient pris. On ne sait encore où est le roi Auguste : les uns disent qu'il étoit en chemin de Varsovie pour joindre l'armée, d'autres disent qu'il n'en est pas sorti; s'il retourne vers Grodno, il ne sera pas plus en sûreté; on dit déjà que les Russes sont à Smolensko. — M. de Montgon, père du lieutenant général , est mort.
Lundi 1" wars, à Versailles. — Le roi sortit tard et alla
m JOUR^îAL DE DABTGEAU.
9é promènes â Trianoil. Monseigtieiir et mdihiile la dtl^ dieste de Botirgogiie allèrent â la comédie. — ^ Toat est tiglé pour les généraax qui doivent servir cette année et poor les officiers généraux qoi serviront sons eux. Le mal^hal de Yilleroy va en Flandre y le inarâdial de Villars en Alsace et le malféchal de Marsili sur la Moselle. On envoie Hessy et la Badie, lieutenants généraux, servir sous le maréchal de Bemick en Estramadure on en Galice. Gassion ^ le comte de Manderscheid , le duc de Charost et du Rozel Talné vont servir sous le maréchal de llarsib. Il y aura seize lieutenants généraux en Alsace^ qui sont : Lannion^ du Bourgs Magnac^ Cheyladet^ Yaillac^ Sainte-Hermine^ Hautefort^ Lée, Dorington^ le chevalier du Rozel, du Chàtelet, Vivans, Péry , Druy, Imécourt et Sailly . Mowiay, qui servoit dans cette armée^là, servira en Flandre cette année. 11 y aura plus de trente lieutenants généraux en comptant ceux d'Espagne et des électeurs ; voici ceux dont je me souviens : Gacé, la Motte , Guiscard , Artâgùan, le duc de Villeroy, d'Aùtin, Li&ncouH, la Châtre, Solisternon, Biron, Saillant , G biche, priuce de Rohan , prince de Birkenfeld , le comte de Rodcy, Mornay. Des troupes d'Espagne : le comte d'Egmont, le comte de Ëorn, le prince deChimay, le marquis de Lède, Grimaldi. Des électeurs t Monasterol et Saint4laurice. Voici les maréchaux dé camp de l'armée de Flandre dont je me souviens : Palavicin, Lévis, Puiguyon, Mauroux, d'Achy, Gonfla ns, le priUce de Talmoùd, milord Clare^ le baron Sparre. Des troupes d'Espagne :.... (1).
Mardi 2, à Versailles. — Le roi dina à onze heures et en sortant de table il alla se promener à Marly, d'où il lie revint qu'à sept heures. — M. le chevalier de Momineins a vendu le régiment de dragons qu'il avoit 23,000 écus au fils du feu marquis de Courtebonne , lieutenant gé-
(1) La saUe mancpie dnisle mannsciit original.
néral. — M. le duc d'Uïès épouse mftdemoisfelle de Bullion, qui est toès-bien faite et à qui on donne 500^000 francs pfésentement; M. d'Uzès avoit épousé en premières nooes la fille de M. de Mouaco d'aujourd'hui, dont il n'a point de gai*çoti. — M. de Garaman tie servira poitit cette année de lieutenant général , le roi veut qu'il serve à la tète du régiment des gardes dont il est lieutenant-colonel ; et le marquis de Vibraye, lieutenant général, qui servoit les dernières campagnes en Flandre, ira servir en Italie BOUS M. de Vendôme. — Le maréchal de Berwick est parti de Montpellier; on le regrette fort en Languedoc. Il ne compte d'arriver à Madrid que le 20 de ce mois. Rien ne le presse, parce qu'on n'a point de nouvelles encore que les troupes de Portugal soient en campagne.
Mercredi 9. à Ver milles, -^ Le roi et toute la maison royale eniendireqt le sermon , et ensuite le roi alla se promener à Trianon ; madame la duchesse de Bourgogne y alla aussi avec beaucoup de dames et se promena longtemps avec le roi. — Il arriva un courrier de M. de Médavy qui n'apporte rien que de bon [ de] la disposition des quartiers d'hiver où sont nos troupes ; mais on a trouvé que les nouvelles qu'il mandoit n'étoient pas assez pressées ni assez de conséquence pour envoyer un courrier. ^-J'appris que M. de laFare, qui a commandé au blocus de Montmélian, avoit été fait brigadier, et que le roi lui a donné les démolitions de Montmélian dont il ne laissera pas de tirer quelque argent. — M. le grand prieur est à Anet avec M. de Vendôme , qui lui offre de le présenter au roi et de lui faire donner 10,000 écus de pension ; mais le grand prieur n'est point content de cela et veut que M. de Vendôme le fasse reservir; mais M. de Vendôme, qui sait les intentions dn roi sur cela, lui a déclaré qu'il ne falloit pas qu'il y songeât.
Jeiuii 4, à Versailles. — Le roi dîna à onze heures et alla à Marly, d'où il ne revint qu'à la nuit. Monseigneur le Dauphin et madame la duchesse de Bourgogne allèrent
à la comédie. — On a des nouvelles de M. le duc de Noailles, qui s'est avancé jusqu'au Ter et s'est rendu maître de tous les postes qui sont entre Girone et la mer. — M. le comte du Bourg , lieutenant général et directeur de cavalerie, en se retirant chez lui le soir, après le souper du roi, fut attaqué par un capitaine du régiment de Bourgogne-cavalerie , qu'il avoit fait casser ; il fut blessé de deux ou trois coups dont heureusement il n'y en a point dedangereux. M. de Saint-Sernin, qui seretiroit chez lui, les sépara; ce capitaine, qui avoit été cassé, laissa son épée, sa perruque et son chapeau et se sauva. Le roi a donné des ordres qu'on fit toutes les diligences possibles pour le rattraper, voulant faire punir sévèrement une action qui seroit de dangereuse conséquence.
Vendredi 5 , à Versailles. — Le roi et toute la maison royale entendirent le sermon, et puis le roi alla se promener à Trianon. Madame la duchesse de Bourgogne alla l'y joindre et se promena longtemps avec lui ; au retour de la promenade , elle alla voir madame la duchesse du Maine. — On a des lettres de Toulon du 25 qui portent que des vingt-six vaisseaux qui doivent composer la flotte de M. le comte de Toulouse il y en a dix du côté de Barcelone sous le commandement de Bellefontaine, deux que les corsaires doivent ramener et qui ne sont pas encore arrivés, un dans le port, que Ton carène, et treize dans la rade de Toulon, à qui il ne manque que des matelots, qui arriveront le 1" de ce mois; après quoi M. le comte partira pour aller joindre Bellefontaine dès que le vent le lui permettra. — Le roi donna ces jours passés à Villaine , lieutenant des gardes du corps , le gouvernement de Niort, qui vaut 4,000 livres de rente; c'étoit Lappara qui Tavoit et qui l'a rendu quand on lui a donné le Mont-Dauphin.
Samedi 6, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée à la volerie pour la première fois de l'année ; madame la duchesse de Bourgogne y alla en calèche. Le soir elle
alla à la comédie avec Monseigneur. — Outre la pension que le roi a donnée à Chemerault , M. de Vendôme a si bien représenté au roi le mauvais état de ses affaires qu'il a obtenu pour lui (•OjOOO livres, qui seront imposés sur le Modénois. Le roi jouit des revenus de cet État et y a laissé pour gouverner le pays le comte Rangoni, le père, qui étoit déjà dans ce poste-là avant que M. de Modène en fût dépossédé , et Saint-Frémont ne commande que les troupes en ce pays-là et ne se mêle point des autres affaires. — M. de Main ville a acheté la sous-lieutenance des chevau-légers d'Orléans 60,000 livres, et le roi lui donne un brevet de mestre de camp. — L'abbé de Joyeuse , qui avoit insulté, il y a quelque temps, le marquis de Vervins, action qui approchoit fort de l'assassinat et pour laquelle il étoit sorti de France , avoit pris parti dans les troupes du roi Auguste, et on a eu nouvelle qu'il avoit été tué dans la bataille que le général Renschilda gagnée contrôles Saxons et les Moscovites.
Dimanche 7, à Versailles, — Le roi et toute la maison royale allèrent au sermon, et ensuite le roi alla se promener à Trianon. Monseigneur le duc de Bourgogne entendit vêpres, et madame la duchesse de Bourgogne alla se promener à pied dans les jardins. — Il arriva un courrier du roi d'Espagne qui partit de Madrid le 23 du mois passé. Il avoit déjà fait une journée ,. marchant vers Valence, quand il reçut un courrier du maréchal de Tessé qui lui apprit Tordre qu'il avoit reçu du roi de marcher avec toutes ses troupes droit à Barcelone; sur cela le roi d'Esj)agne changea sa marche et va joindre ce maréchal qui attendra S. M. G. sur l'Èbre. — Il arriva un courrier de M. le comte de Toulouse, qui est à la grande rade de Toulon avec treize vaisseaux de guerre; le vent étoit assez fort ; cependant il avoit fait déferler les voiles et tirer le coup de partance. Il écrit du 2 au soir, et on compte qu'il est présentement devant Barcelone, où il trouvera les dix vaisseaux que commande Bellefontaine. — Madame
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eut un courrier de H. de Lorraine, qui lui mande que madame de Lorraine est accouchée d'une fille; elle en a présentement trois et un garçon. — Monseigneur, après avoir entendu la messe à la chapelle, se fit saigner par pure précaution et ne demeura que deux heures au lit.
Lundi 8, à Versailles, •— • Le roi dîna de fort bonne heure, alla tirer, puis revint à Marly, où il se promena jusqu'à la nuit. Monseigneur alla dîner àMeudon, où il demeurera jusqu'à jeudi. M, de Vendôme eut une longue audience du roi le matin ; il s'en va à Meudon avec Monseigneur et reviendra tous les jours ici faire sa cour au roi, et jeudi il prendra congé de S, M. et partira lundi de Paris, comme il a toujours dit qu'il feroit. Il a obtenu une pension de 500 écus pour le marquis de Clère, son ancien ami et son voisin à Anet , qui est homme de trèsbonne maison et qui avoit besoin des secours du roi. — Le roi a fait plusieurs brigadiers dont je ne sais pas encore les noms. — Boile, qui est l'officier qui avoit attaqué ces jours passés M. du Bourg, a été arrêté à Dammarie, dont le roi a été fort aise pour pouvoir faire un exemple. -^ La gassatte de Hollande avoit dit qu'on avoit nouvelle de Hambourg que le roi de Suède avoit été tué dans un combat auprès de Grodno , mais on a nouvelle depuis que la chose n'est pas vraie. *«*- Madame la duchesse de Bourgogne alla le soir àClagny (1), où elle avoit
(i) « Cette princesse s'y rendit sur les sept heures du soi)*, accompagnée de S. A. R. Madame et suivie de tout ce qu'il y a de plus distingué à la cour. Madame la duchesse du Maine lui donna une comédie-ballet , intitulée : la Tarentoley de la composition de M. de Malezieu. 11 m'est impossible de vous faire ici le détail de tous les agréments de ce spectacle ; ce que je puis vous dire , c'est qu'il n'y a pas deux, avis sur le mérite de cette pièce. Toute la cour s*est récriée sur la conduite, sur l'invention et sur la nouveauté du sujet, qui amène naturellement la danse et U musique t l'esprit y brille partout. Les règles de l'art y sont observées dans la dernière rigueur, et au lieu que dans la plupart des comédies-ballets on voit des gens qui dansent et qui chantent sans qu'on sache pourquoi , dans cette pièce le chant et les danses naissent tailement de l'intrigne qu'elle ne pourroit subaister sans ces accompagnements.
prié madame la duchesse du Maine de jouer la comédie de Fine mouche.
Mardi 9^ à Versailles. — Le roi tint ie conseil de finances à son ordinaire ; après dîner il alla tirer et puis alla se promener à Marly. — M. de Roquelaure eut une assez longue audience du roi et prit congé de lui pour s'en aller commander en Languedoc. — ïl arriva uu courrier du maréchal de Tessé ;M. de ChamiUart m^uida ai^ roi qu'on déchiffroit les lettres, ainsi on ne sait point encore les nouvelles qu'il apporte, — Le roi a donné un logemeot à. madame la duchesse de Duras dans Taile iiauve, et M. de Yendâme prête le sien, en son absence , à la duchesse d^ Hontbazon ; le roi Ta trouvé bon. -^ Les brigadiers que le roi a faits sont :
M. Matho, ordinaire de la musique du roi , a fait voir en cette occasion de quoi il est oa^ble. Pour répondre à l'intentioB de Tauteur, il falloit des airs de différenti mouTen^pts i ii en falloit daos le goût italien, enOn il en falloit de t^s les caractères^ et c'est ce qu'il a merveilleusement exécuté. M. Balon ne s'est pas moins distingué par la beauté des ballets dont il a entremêlé ce spectade et oti il i*est tak admirer enoore par l'exécution avec MM. Dumoulin. Madanie la ^ucl^esse du Maine joua le rdle d'une sulrante, qui a grande part à toute rintrigue; cette princesse fit voir qu'elle n^étoit pas moins excellente actrice dans le comique que dans le sérieux. Mademoiselle de Morase , qui représentoit la maîtresse et qui, pour tromper son père, contrefaisoit la muette et paroiflsoil avoir das mouToments convulsifs, fit des merveilles dans son rôle, qqi est d'uoe exécution fort difficile. M. Baron le père, sous le nom de M. de Pincemaille, jopoit le rôle du père de la malade^ c'est un vieillard fort timidf » ^ fort avare et bègue. Il est impossible de rien dire d'assez fort pour donjnfg UMi idée parfaite de Texcelleoce de son Jeu , et peut-être n'a-t-on jamais rien VH de comparable h la m^ière dont M joua. M. de Maleueu^ qai traitoit la malade en qualité de médecin empyrique, s'en acquitta dans la dernière perfection. MM. ses fils, M. de Caramont et M. de Dampierre, gentils- * ilominM de M. le duo du Maine, qui aboient des rôles de caractères fort différents et qui avoient grande part à l'intrigue, reçurent aussi de grands applaudissements , et l'on rit autant à la Tarentole qu'on avoit pleuré à /p- 9eph; et les vieux courtisans s*écrièrent plus d'une fois qu^on n'a voit rien vu de partil depuis Molière, et que madame la duobesse du Maine , sans sortir de sa maison , avoit trouvé le moyen de rappeler la mémoire de cea divertisaoments oti Ton voyoit toiûours régner le bon goût, l'esprit et la magnificence. » ( Jlercfif e de mars , pages 260 à 265 ).
Armée de Frandre. — De Roux, colonel de dragons réformé; Villiei'sle Morbier, lieutenant-colonel des dragons de la Reine.
Armée de la Moselle. — Bellefonds , colonel de dragons réformé.
Armée du Rhin. — Le chevalier de Pourières , major de du Héron; Bouteville, lieutenant-colonel des dragons de la Vrillière.
Armée de Lombardie. — Coulanges, mestre de camp; Courtade , lieutenant-colonel de Helun ; du Rose , lieutenant-colonel du Troncq;6imiane, mestre de camp; du Héron, colonel de dragons ; le chevalier de Rouvray, des carabiniers ; la Loge d'Imécourt.
Le roi a donné des commissions de colonels à Rolivaux , maréchal des logis de l'armée de Lombardie; d'Argenson; Saint-André^ maréchal des logis de la cavalerie de l'armée de Lombardie; Castan, lieutenant-colonel d\i régiment d'Uzès; Coussant, lieutenant-colonel de Bellabre; Paon, lieutenant-colonel du régiment de Roussillon.
Monseigneur prit médecine à Meudon par précaution ; messeigneurs ses enfants et madame la duchesse de Bourgogne allèrent passer l'après-dlnée avec lui.
Mercredi 10, à Versailles. — Le roi et toute la maison royale entendirent le sermon, et puis S. M. alla se promener à Trianon. — Le roi a fait trois brigadiers d'infanterie dans Tarmée de Piémont,, qui sont : Tricaut, lieutenantcolonel de Lyonnois; Duvivier, lieutenant-colonel de
Tessé; et , lieutenantrcolonel de Flandre. Le roi
a donné commission de colonel de dragons à Louville, qui a servi longtemps dans le régiment du Roi et qui revient présentement d'Espagne avec de grandes recom-
mandations de S. M. C* — On parle fort d'une* grande bataille gagnée par le roi de Suède en personne contre les Moscovites à Grodno. — L'accommodement des mécontents de Hongrie avec l'empereur est plus éloigné que jamais. — On a appris par le courrier du maréchal de Tessé qui arriva hier qu'il étoit encore le 2 campé à Alcanitz; le roi d'Espagne doit le joindre sur l'Èbre le 10. S. M. C. écrit du 27 qu'il étoit à Alcala, qu'il en devoit partir le lendemain pour marcher vers Saragosse ; il ne croit pas arriver avec son armée à Barcelone avant le 23.
* Madame des Ursins n'avoit garde de souffrir Louville auprès du roi d'Espagne, auprès duquel elle vouloit demeurer seule ou n'en laisser approcher que qui et comme il lui convenoit. Il avoit eu longtemps toute la confiance et toute la privance de ce prince ; il avoit tout ce qu'il falloit pour la conserver et la rendre dangereuse pour elle ; il avoit celle du duc de Beauvilliers, de Torcy, de plusieurs gens considérables de notre cour, et ami intime de MM. d'Ëstrées. Il Tétoit des principaux seigneurs qui avoient approché du roi les premiers en Espagne^ intimement avec le cardinal Porto-Carrero , avec Arias, avec Ubilla, avec ceux qui avoient eu toute la part au testament de Charles II et qui avoient gouverné d'abord. Elle le fit donc et rappeler d'ici et renvoyer de là ; il en rapporta une centaine de mille francs que le roi d'Espagne lui donna , le gouvernement de Courtray, que la guerre lui en* leva bientôt après, et des pensions qui ne furent pas longtemps payées. 11 étoit trop âgé et avoit tâté de trop de grandes choses pour se remettre à servir de colonel ; il ne songea qu'à mener une vie privée entre Courtray, Paris et sa maison de Louville^ qu'il rebâtit et accommoda fort à sept ou huit lieues d'Etampes et de Chartres^ vécut avec ses amis, dxmt beaucoup de considérables , et se maria quelque temps après à une femme d'un vrai mérite , fille de Nointel , conseiller d'Etat et beau-firère du duc de Brissac et de Desmaretz, contrôleur général des finances , puis ministre.
Jeudi 11 , à Versailles. — Le roi donna le matin une longue audience à M. de Vendôme^ qui prit congé de lui ; il n'y a rien eu de changé à l'état de M. le grand prieur, et l'on dit que , n'ayant pu obtenir du roi d'être employé dans ses armées , il alloit prendre le parti d'aller se retirer à Rome. — Le roi dîna de bonne heure, alla tirer
et puis se rabattit à Marly^ où il se promena jusqu'à la nuit* Monseigneur le duc de Bourgogne alla tirer et puis re^ vint au salut. Madame la duchesse de Bourgogne et mon-^ seigneur le duc de Berry allèrent dîner avec Monseigneur à Meudon^ et après diner ils allèrent ensemble à Paris à Topera. Monseigneur retourna coucher à Heudon, d'où il ne reviendra que samedi; madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry revinrent ici souper avec le roi. — M. de la Badie^ qui s'en va servir de lieutenant général sous M. de Berwick, avoit uneinspec*tion d'infanterie, qu'on a donnée à M. le marquis de Beuil. M. de Gassion , qui étoit nommé pour servir celte année sur la Moselle, servira en Flandl»e , et M. le comte d'Évreux, maréchal de camp, qui servoit sur le Rhin, servira aussi en Flandre.
Vendredi 12 y à Versailles* — Le roi n'alla point au sermon ; il sortit de bonne heure , il alla tirer et puis vint se promener à Trianon. Monseigneut* le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent au sermon. — Il arriva ces jours passés une assex mauvaise affaire à deux compagnies de gendarmerie à Yitry en Champagne ; quelques gendarmes enlevèrent des filles repenties qui étoietit dans un couvent ; ces gendarmes furent îpris et mis en prison ; leurs camarades forcèrent les prisons et les en tirèrent. On en a repris depuis quelquesuns de ces mutins, que le roi veut qu'ils soient punis trèsrigoureusementi — On eut par l'ordinaire des nouvelles du duc de Noaîlles ; M. de Legall le joignit le % avec toutes les troupes qui venoient de France. M. de Legall commande tout et marche à Barcelone avec vingt bataillons, quinze escadrons et quelques milices. Le i^oi dans ses ordres appelle les milices de RoussiUon les fusilier^ des montagnes; les Espagnols les appellent des miquelets à cause que leurs première assemblées se faisoient à une chapelle de Saint-Michel.
Samedi 13 > à Versailles. — Le roi alla à la Voleri«»
Hesseigneure les duci de Bourgogne et de Berry y étoient avec lui ; madame la duchesse de Bourgogne y vint en calèehe* Monseignei^)? |;^vint le soir de Meudon. — Il arriva un courrier de U* de P(Hitchartrain qui apporte des lettres d^ 11. le comte de Toulouse^ qui étoit avec ses vais* seaux atu Ues d'Hyères; il y mita la voile le 8 au matin avec un vent, très^vorable ; il va droit à Roses avant que d'aller à Barcelone. -^ Le roi a donné 2,000 francs d'augmentatioa de pension à du Rozel Tainé^ qui va servir de lieutenant général dans Tarmée du maréchal de Har^ sin. Druy servira aussi dans cette armée-là. Le roi a donné à M* de Gonflans^ maréchal de camp^ 1^000 francs de pension ) et une de 1^000 francs aussi à Capy^ briga^ dier de cavalerie dansTarméede M. de Vendôme^ qui en a dit beaucoup de bien au roi. — M. le duc d'Ueès épousa à Paris hier n^ademoiselle de Bullion.
Dimanche li^i à VersailUs. -r- Le roi, après avoir entendu le sermon^ alla se promener à Trianon; Monsei^ gneur et toute la maison royale entendirent le sermon avec le roi. r— M. le Duo a choisi pour colonel du régiment de M* le duc d'E^nghien^ son fils, M. de Sainte-Aulaire, qui étoit déjà colonel d'infanterie, et M. de Sainte*Aulaire donna son régiment à son frère. — Le roi a donné 1,000 écus de pension au marquis de Rafetot, ancien brigadier d'infanterie. — Toutes les troupes destinées au siège de Barcelone y arriveront le 23 ; le maréchal de Tessé a marché au-devant du roi d'Espagne avec quelque cavalerie. — Le roi a donné une gratification à M. de Vauvré, qui a servi d'intendant au siège de Nice, dont on est trèscontènt., — M. de Canisy a acheté le guidon des gendarmes de Bourgogne 20,000 écus; il avoit un régiment de cavalerie dont le roi a donné l'agrément au chevalier de Coêtenfao, frère de celui qui est sous-lieutenant deschevau-lëgers du roi. — Le prince Emmanuel de Lorraine, frère du duc d^Elbeuf, qui étoit allé à Milan trouver M. de Vaudemont, après avoir fait différents personnages en
U JOUBRAL DE DAHGEAU.
France, a poussé sa légèreté jusqu'à se mettre dans l'armée de l'empereur.
Lundi 15j à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure, alla courre le cerf et puis se promena à Marly ; le soir, chez madame de Maintenon, il travailla avec M. Pelletier. Monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne allèrent à la comédie. — M. de Vendôme partit de Paris; pendant les deux jours qu'il y a été, il a vu la comédie et l'opéra, et on lui a fait des honneurs extraordinaires; ilyareçu des acclamations étonnantes. Il va s'embarquer à Antibes sur deux galères du roi, qui leporteront à Gênes, et il compte d'être les premiers jours dn mois qui vient & la tète de l'armée de Lombardie, Le roi lui a donné une patente si honorable qu'il n'y en a point d'exemple et gui lui donne le commandement sur tous les maréchaux de France". — Mademoiselle d'Uzès mourut à Paris; elle éioit liUe unique du duc d'Uzès et de mademoiselle de Monaco, qui avoit eu 450,000 livres en mariage. Il faut que le duc d'Uzès les rende présentement A M. de Monaco, [frère] de la feue duchesse d'Uzès. — Des deux bataillons que M. le comte de Toulouse lève, il en incorpore un dans son régiment, et il donne l'autre, dont il fait un régiment, à M. de Kergroadec, qui est capitaine dans son régiment de cavalerie.
'Aprèsce qa'oQaTuqueleroiaToitditàTesséstirM. de Vendônm par rapport aux maréchaux de France, et ce que le maréclial de Villeroy lui rompit après qu'il fut parvenu plus loin et presque obtenu de commander les maréchaux de France arrivés au bâton depuis qu'il étoit lui-même général d'armée , on a lieu de s'étonner beaucoup d'une patente si extraordinaire pour les commander tous. Avec du temps, rien n^étoit impossible h madame de Maintenon et en chose qui élevoit les bâtards, et rien encore d'impossible à M. du Maiue là-dessus, particulièrement auprès d'elle, qui l'avoit élevé , qu'elle avoit loujours teudremeot aimé , qui le regardoit comme son ouvrage, et son élévation comme sa création. On en verra bien d'autres effets dans les suites. Les maréchaux de France furent outrés, et comme les ducs, ■dire une parole.
Mardi 16, à Versailles, — Le roi alla tirer de bonne heure et puis revint se promener à Marly. Hier, à la fin delà chasse, le cerf étant aux abois vint droit àja calèche du roi, qui lui donna un coup de fouet; le cerf sauta entre les deux chevaux de derrière et la calèche, et emporta les rênes que le roi tenoit à la main. — Mademoiselle d^Aumont mourut à Paris ; le duc d' Aumont n'avoit qu'elle de fille et n'a qu'un fils, qui entre dans les mousquetaires. — M. du Bourg, qui se jeta aux pieds du roi ces jours passés pour demander la grâce de l'officier qui l'avoit attaqué, n'a rien pu obtenir, et l'officier a été conduit ici dans les prisons et on lui doit faire son procès. — Pignan, le plus ancien exempt des gardes dans la compagnie de Boufflers, se retire, et le roi lui donne 500 écus de pension, comme il fait à tous les exempts qui quittent de son consentement. — La nouvelle qui avoit couru que le roi de Suède avoit gagné une bataille contre les Moscovites à Grodno ne se confirme point.
Mercredi 17, à Versailles. — Le roi tint conseil, mais M. de Torcy étoit si malade qu'il ne put y porter les dépêches. L'après-dlnée S. M. entendit le sermon et puis alla se promener à Trianon. Monseigneur, après son dîner, alla seul se promener à Meudon. Madame la duchesse de Bourgogne, après le sermon, alla à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre. — M. le grand prieur partit de Paris pour aller à Rome, où il se retire ; il compte de joindre M. de Vendôme à Antibes et de passer avec lui jusqu'à Gènes. — On mande de Hollande que les Anglois ont voulu que M. d'Aligre, qui est leur prisonnier, passât en. Angleterre; quelques-uns d'entre eux s'étoient imaginé qu'il négocioit quelque chose en Hollande. — [M. Auger ], gouverneur des habitations que nous avons dans l'Ile de Saint-Domingue, est mort en ce pays-là.
Jeudi 18, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprès-dlnée et puis se promena à Trianon. Monseigneur et madame laduchesse de Bourgogne allèrent à la comédie, — L'en-
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voyé d'Holstein en Hollande a déclaré que le roi de Suéde étoit résolu de maintenir le prince administrateur de Holsteinen possession de révéché d6 Lubeck. Les troupes de Holsteiu'-Gottorp qui sont au service des États Géné^ raux ont ordre de retourner en leur pays> et l'envoyé de Danemark a déclaré aux États Généraux que> s'ils lais^ soient retourner les troupes de Holstein > le roi son maître seroit obligé de rappeler les siennes; Les troupes de Hanovre qui sôrvoient en Hollande sont déjà parties de leurs quartiers pour retourner en leur pays. Tous ces mouvements se font pour Taffaire de Lubeck, que les Ànglois et les Hollandois ont en vain tenté d'accom-* moder.
Vendredi 19, à Versailles, — Le roi et toute la maison royale allèrent au sermon, et ensuite le roi alla à Trianon. *-^M. d'Andrezel^ qui sert d^intendant dansTarmée de Lombardie , a Tagrément du roi pour acheter la charge de secrétaire du cabinet que M. de Chàteaurenard veut vendre*. —M. l'abbé delaBourlie a été jugé à Toulouse et condamné à être roué tout vif; il a deu^ abbayes^ dont il y en a uûe qui vaut plus de 20^000 livres de rente. — On arme huit galères à Marseille» qui seront prêtes au commencement du mois qui vient; elles sont destinées à aller à Barcelone^ où elles pourront être trèsutiles durant le siège. Le marquis de Roye se prépare à partir d'ici pour aller les commander. — Les états d^ Bretagne^ qui ont duré plus longtemps qu'à Vordinaire^ sont enfin finis; le duc de la Trémoille, qui y présidoit^ en est revenu. On a créé plusieurs charges pour rem* bourser les anciens trésoriers de la province^ qui étoient en de grandes avances; on tirera plus de 400,000 écus de la vente de ces charges, qui sont déjà toutes remplies.
*Châteaurenard étoit un président en la chambre des comptes dont tout le tnérite eonsistoit à être Ois de Daquin, et qui, depuis que ce premier médecin fut chassé, eijt défense de paroître pendant longtemps, pais fut souffert dans les galeries de Versailles, et qui prit enfin sod parti
de V6iufife une charge qui Hé lui poiivoit servir à rien qu*à essuyer deë mépris. Un autre auroit eu de quoi «e consoler aveo son bien oon^me jl le fit, mais beaucoup plus par une très-belle femme qu'il avoit, et encore plus vertueuse, pieuse, estimée et de beaucoup d^esprit et de sent. Il adKsva une longue vie dans une parfaite obscuiritê. D'Andrezel éloit fils de Picou, commis de M. Golbert. Cétoit un garçon d'esprit ^oméy ^ qui vâloit mieux que ce qu'il étoit. Cm Pioou avolent au<^ trefois fait leur fortune dans la maison du garde des sceaui^ de Ghâ* teauneuf, à qui ils avoient été.
Samedi 20 ^ à Ttrsailhs. «^ Le roi dîna d6 bonne hetit^e et alla faire la revue de ses régiments des gurdel fran-^ çoises et suisses dans la ^ande avenue de Paris. Les gardée ft^nçoises foùt huit bataillons^ dont il y en atira six qui serviront à l'armée ; les deux autres serviront au*près du roi. Ce régiment est oomposé de trente^leux Gomjpagnies^ qui sont de cent quarantè-*quatre hommes ; le roi a trouvé l'augmentation de vingt hommes par corn** pagnie qu'cm y a mis si belle qu'on n'en peut distin* guer les nouveaux soldats d'avec les aneiens. Les Suisses ne font que quatre bataillons^ dont trois marchent à Tam mée et un reste auprès du roi. Ces deux régiments par'^ liront pour Flandre le 25^ le 26 et le 27 de ce mois ; ils vont à lille^ Valenciennes et Tournay en attendant le oom«' mencement de la campagne. M» de Givry> colonel du régiment de Limousin^ a permission de le vendre; il quitte le service par sa mauvaise santé. Le mi^uis de Leuville^ son frère aiB6> et le chevalier de Givry) son cadet^ aoot tous deux colonels d'infanterie.
DifKunehe 21^ é Versailles • -«^ Le roi et toute la maison royale entendirent le sermoli^ et ensuite le roi alla tirer. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent au salut. Monseigneur ne sortit point; il alla hier à la comédie^ et il n'y en aura point qu'à Fontainebleau. — * On a des lettres de Madrid du 12; le maréchal de Berwick y est arrivé et se préparoit à en partir pour aller se mettre à la tète du peu de troupes qui sont démesurées dans TEstrainadure. Les Portugais
font quelques mouvements et disent toujours qu'ils vont faire le siège de Badajoz, mais il n'y a encore rien de conmiencé. On croit à Madrid que le roi d'Espagne est présentement à Caspé, où il aura trouvé l'armée du maréchal de Tessé. Ce maréchal, qui est venu au-devant de S. M. C. avec quelque cavalerie, devoit le joindre le 6, et a mandé à sa famille qu'il espéroit obtenir que la grandesse passât sur la tête de son fils ; il y a quelques exemples en Espagne de pères qui ont cédé la grandesse à leurs fils, mais il n'y en a point qu'un père en ait gardé les honneurs en la cédant à son fils.
Lundi 22, à Versailles. — Le roi devoit aller à la volerie après dîner ; mais le vilain temps l'en empêcha, outre que d'ailleurs il n'aime pas fort cette chasse. — Le roi donne l'évèché d'Orléans à M. l'évèque d'Angers, fils de M. le Pelletier le ministre, qui est retiré depuis longtemps et à qui le roi, qui conserve beaucoup d'amitié pour lui, a fait savoir ses intentions sur cela; ilavoit écrit une lettre au roi très-forte et très-bien écrite pour tâcher d'empêcher S. M. de faire cette translation, à laquelle l'évèque d'Angers étoit fort opposé aussi; mais le roi a eu de bonnes raisons pour ne point déférer à leurs avis, et a mandé à l'évèque d'Angers que cela convenoit à son service et au bien de l'Église, et qu'il vint incessamment ici afin que cette affaire fût conclue. — U y a trente-deux vaisseaux anglois qui sont demeurés à Lisbonne et qui ont fort souffert dans la fin de l'année passée; les ennemis font ce qu'ils peuvent pour les mettre en état de se remettre à la mer. — M. l'évèque de Metz arriva ici de son évèchè et fut très-bien reçu du roi, auprès de qui il parolt bien justifié descalomnies qu'on avoit voulu lui faire.
Mardi 23, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée se promener à Trianon. Monseigneur alla dîner à Meudon, d'où il ne reviendra que samedi. — U y a des lettres de l'armée de M. de Legall qui disent qu'on a vu paroltre le 11 les vaisseaux de M. le comte de Toulouse à la hau-
teur de Roses et qu'un grand Vent les en avoit ensuite éloignés. — La reine d'Angleterre se porte considérablement mieux ; sa grosseur au sein est fort diminuée et n'est plus douloureuse. Elle auroitfort souhaité que le roi son fils allât cette année à la guerre et qu'il servit volontaire dans l'armée du maréchal de Yilleroy en prenant un nom particulier et quittant le titre de roi à l'armée pour éviter le cérémonial et la dépense ; le roi d'Angleterre le souhaitoit autant que la reine sa mère^ mais le roi ne l'a pas jugé à propos. 11 y avoit toujours beaucoup d'inconvénients à cela qu'on ne pouvoit pas éviter quelque précaution qu'on prit. — On va à Marly jeudi après le sermon^ mais le roi ne veut pas qu'aucune dame se présente ni qu'aucun courtisan lui demande ; il n'y mènera que le service et en reviendra samedi.
Mercredi 24, à Versailles. — Le roi, avant que d'entrer au conseil, signa le contrat de mariage de H. le comte de Qermont avec mademoiselle d'O; l'après-dlnée il alla tirer et puis revint se promener à Trianon. — M. le chevalier de Mommeins , qui vient d'acheter la lieutenance des gendarmes d'Orléans , arriva ici le matin ; il partit de Caspé le 15 au soir. Le roi d'Espagne y étoit arrivé le 14-; il y séjourna le 15 , et en devoit partir le 16 pour marcher à Barcelone; on compte qu'il sera devant cette place le 26. 11 a trouvé l'armée en très-bon état et presque complète, les soldats témpignant beaucoup de joie de voir le roi d'Espagne à leur tète et de marcher sous lui à Barcelone. S. M. C. a fait le duc de Popoli grand d'Espagne et a envoyé le marquis de Richebourg commander dans Badajoz, dont les Portugais menacent toujours de faire le siège. Il a fait Hahoni lieutenant général et l'envoie commander les troupes qui ont été levées par les évéques de Murcie et d'Orihuela. Tout est fort tranquille dans Madrid ; la reine y tient conseil tous les jours, et l'on y est charmé de l'esprit de cette princesse. L'ambassadeur de France et Orry sont demeurés auprèsd'elle.
Jmt^ 95; à Marly. -^ Le rpi n^aUa à la messe qu'à once heures et demie^ et après Tavoir entendue il enteu^ dit vêpres. Après diner il alla au sermon; Monseigneur y vint deMeudon. En sortant du sermon le roi mon^ ehez lui un moment et puis partit pour venir iei. Monseigneur retourna à Meudon, où madame la princesse de Conty et plusieurs dames vont demeurer avec lui jusqu'à samedi. Monseigneur le duo de Bourgogne, madame la duobesse de Bourgogne et monseigneur le duo de Berry vinrent ici après le salut. Madame et madame la duchesse d'Orléans sont demeurées à Versailles, Madame la duchesse est à Saint-Maur et madame la duchesse du Maine à Sceaux» Il n'y a ici que le service et les capitaines des gardes du corps; on a amené toutes les dames du palais et quatre autrt's dames, qui sont les duchesses de Guiohe et de Vi^^ leroy, les marquises de la YriUiàre et de Dreux* Les maris dos dames qui sont venues ne sont point de ce voyage, À moins qu'ils ne soient nommés en particulier sur la liste. — Un mande de Venise que Langallerie a pris parti dans l'armée des ennemis, où on lui donne le grade qui a le plus de rapport à celai de lieutenant général, qu'il avoii en (Yanoe; il a voulu débaucher quelques ot&oiers français pour leur faire prendre le même parti *«
* Uimpilkm éloil tài d\m ihcmb KwiIihiuiI giiiéni«fllkné, laé à la kiHiik 4c» Fkninis ; luMiiénie éteîl Imhi oOktar el teav^^ «I élsil pur- ^'«iiu Jisse4 \ile. U avoit méow pini un homme «sb» safe e^rè^pié, de fiulpoii d'^nl pouiiaia( ^ in^ùsne promettant rien «ioîiis^*iiDe leUe folie. L'AinbitkMi lui tournai b tfte elle perdit dm Tenipeieor, quH fut eoav«iiieii d'atoir voulu trahir, ic^tûè p»r les Turs^ K Êl une fin imicique il)«
TtHdrHii â6« è JKtr/y. — Le roi, ^rès la miesse, alla l^rt^ la revuo do ses ^rardes du corps dans IVnilrait où il fiùt lot\j|our$ U>$ rt>vue$ quand il e$l ici : on voulait ap- |>e.U>r c^> lieu^U lo Cham)> de Mar^ « mats le loi ae Fa
vU lliaMi«ft«ipitettàVlMMlft«»JiÉi tTiT.
MARS 1706. es
pas voulu. MesseigneuFs les duos de Bourgogne et de Berry étoient à oheval av^o le roi; madame la duchés^ de Bourgogne y étoit en calèche; le roi d'Angleterre y vint de Saint-Germain , Tous les officiers des gardes sont cuirassés y et les gardes ont des plastrons à Tépreuve d« la oarabine. Le soir^ & six heures^ la reine d'Angleterre^ le roi son fils et la princesse sa fille vinrent ici avec beau* coup de dames angloises ; le roi leur donna beaucoup de jolis lots d'argenterie h jouer ; il n'y eut quasi point de ces dames qui ne remportât quelque lot. Us retournèrent à Saint^ermain après la loterie et ne soupèrent point ici. -^ Le maréchal de Villars vint de Paris à la revue, le roi le lui avoit permis ; il devoit partir dans deux jours^ niais sou départ est différé jusqu'après la Quasimodo ; il dit qu^il a demandé au roi ce délii-'là de quinze jours. •^ Le décret du roi d'Espagne e^t arrivé qui permet au maréchal de Tessé de céder la grandesse au comte de Xsssé^ son fils 5 et le roi d'Espagne a mis dans le décret que cela ne pourra point tirer à conséquence pour les ^ands qui sont ses siyets *.
* Tessé, après avoir surpris le roi , acheva son affaire en surprenant te roi d'Espagne, qui comprit que le roi son grand-père s*étoit engagé et à qui madame des Urslns , que ce maréclial avoit cultivée et servie dans sa dîs^âce et avec qui il s'étoit achevé de lier à Toulouse, où il obtint permission de la voir allant en Espagne, arracha du roi d'Espagne, contre toutes les règles et les usages , qui jusqu'alors n'avoient Jamais été enfreintes sur ces démissions [sic].
Samedi 27, à Versailles. — Le roi , au sortir de la meese à Marly^ alla encore faire la revue de ses gardes ; il voulut voir à part tous les gardes nouveaux et tous les chevaux neufs, dont ilfuttrès^ontent; il retourna dinerà Marly comme le jour d'auparavant. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry et madame la duchesse de Bourgogne étoient encore à la revue. Le roi se promena toute l'après-dinée, et à six heures il partit pour venir ici. Monseigneur revint de Meudon pour le souper du roi.
— Les articles du mariage du prince de Tarente avec mademoiselle de la Fayette furent signés; la demoiselle a en mariage le bien qu'elle a eu de son père, qui sera de plus de 30,000 livres de rente quand le douaire de madame de la Fayette, qui est de 6,000 livres, et la pension de l'abbé de la Fayette, qui estde 4,000 livres, seront éteints. H. de Marillac a fait voir plus de 500,000 écus de bien de lui ou de sa femme, mais il n'a voulu s'engager à rien. — Le duc de Gramont fit voir au roi le soir plusieurs lettres des négociants de Bayonne qui disent toutes que l'archiduc est sorti de Barcelone sur une frégate qui le doit porter à Gibraltar ; le roi ne croit pas cela.
Dimanche 28, à Versailles. — Le roi et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée; le roi, le soir, travailla chez madame de Maintenon avec M. de Chamillart à son ordinaire. — Il arriva le matin un courrier de M. le comte de Toulouse, parti de la rade de Roses le 22. Ce prince y étoit arrivé dès le 20 avec dix vaisseaux des treize qu'il avoit en partant des lies d'Hyères . Ils ont essuyé de fort grands coups de vent, et il a fallu renvoyer à Toulon le vaisseau du chevalier de Sebbeville ; on lui a donné un autre vaisseau pour l'escorter. Il est arrivé à Roses trente de nos tartanes chargées de vivres etde munitions pour le siège de Barcelone, et M. de Legall, qui étoit encore en différents quartiers sur le Ter, devoit marcher le 24 pour investir Barcelone de son côté, et le roi d'Espagne y doit arriver en même temps. — Le roi a donné au fils de M. de Montesson un régiment nouveau qu'avoit M. de la Grize, dont il paye 12,000 francs, qui est la somme à quoi le roi a taxé ces régiments-là; mais ces 12,000 francs ne retourneront pas à M. de la Grize, ils seront employés à payer les dettes du régiment et n'y suffiront pas encore.
Lundi 29, à Versailles. — Le roi prit médecine par précaution, comme il la prend tous les mois, et tint conseil l'après-dlnée. Monseigneur courut le loup le matin
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et revint de la chasse pour être au conseil. — On a nouvelle qu'il est arrivé au Passage un vaisseau venant de Buenos- Aypes chargé de trois millions de piastres qui sont presque toutes pour le roi d'Espagne, -i— Le bruit se répand que les mécontents de Hongrie ont consenti à une trêve avec l'empereur pour deux mois et que les troupes impériales ont enfin pris en Transylvanie la forteresse de Deva, qui se défendoit depuis longtemps. Les nouvelles qui viennent de ce pays-là par la Hollande, comme celle-là est venue, se trouvent si souvent fausses que Ton n'y sauroit prendre aucune confiance. — Flavacourt , capitaine aux gardes , est tombé dans une maladie qui Ta réduit dans un si cruel état que , ne pouvant plus servir, on lui à permis de vendre sa compagnie. — Les vaisseaux anglois et hoUandois qui doivent escorter un grand convoi qu'ils ont destiné pour le Portugal étoient encore le 15 de ce mois à la rade de Spithead:
Mardi 30 , à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Trianon. Monseigneur alla dîner à Meudon et en revint le soir. — On a eu nouvelle que les galions sont partis de Cadix ; il y avoit longtemps qu'ils étoient à la rade et on leur avoit envoyé ordre de Madrid de rentrer dans le Pontal, sur l'avis qu'on avoit que les vaisseaux ennemis qui sont à Lisbonne alloient mettre à la mer pour les venir attaquer; mais heureusement celui qui portoît les ordres du roi d'Espagne a trouvé les galions partis, et les vaisseaux ennemis sont encore dans la rivière de Lisbonne, si bien qu'il n'y a rien à craindre pour eux. — J'appris que depuis quelques mois le roi avoit établi à Lyon une cour des monnoies ; les charges en ont été bien vendues, et il en est revenu dans les coffres du roi 5 ou 600,000 écus. — Madame la princesse de Soubise, qui est malade depuis fort longtemps et qu'on croyoit en chemin de guérison , est retombée plus mal qu'elle n'avoit encore été ; on ne croit pas qu'elle en puisse réchapper.
a6 JOURNAL DE DANGKAU-
Mercredi 31, à Versailles. — Le roi, après avoir entendu ténèbres, alla se promener à Trianon. Monseigneur et toute la maison royale entendirent ténèbres avec le roi, comme ils font toujours. — ^ Le capitaine qui a voit attaqué le comte du Bourg a été jugé ; il y avoit plusieurs voix à la mort, mais Favis de le condamner à un bannissement perpétuel l'a emporté , et le roi a commué la peine du bannissement perpétuel en une prison de dix ans. -^ L'éyéque de Limoges, qui demande depuis longtemps permission de quitter son évèché , Ta obtenue depuis quelmois mois; «dnsi le roi va nommer à cet évèché et à celui de Gap. — On mande de Madrid que M. de Berwick en devoit partir le 18 pour aller se mettre à la tète de l'armée d'Estramadure, qui doit être composée de vingt-cinq escadrons et de vingt-deux bataillons; la cavalerie est belle et bonne , mais on ne croit pas que Tinfanterie soit complète ni qu'elle la devienne sitôt. Il ne parolt pas que les Anglois et HoUandois songent fort à secourir la Catalogne; mais ils font courre le bruit qu^ils en veulent à Cadix, où ils prétendent avoir de Tintelligence.
Jeudi 1" avrils à Versailles. — Le roi lava les pieds des pauvres, comme il fait toujours à pareil jour. L'abbé Duchesne , fils du premier médecin de Monseigneur, prêcha Tabsoute. Monseigneur fit ses dévotions dès le matin à la paroisse et puis vint servir le roi à la Cène. L'aprèsdlnée toute la maison royale entendit ténèbres, et puis le roi alla se promener à Trianon. — On ne doute plus que l'affaire de Lubeck ne soit accommodée et que le roi de Danemark ne traite aux conditions que le roi de Suède a désirées pour l'administrateur de Holstein. — Les vaisseaux anglois qui doivent mener ce grand convoi en Portugal n'étoient pas encore partis des ports d'Angleterre le 22. — L'abbé de Tallard, fils unique du maréchal de Tallard , remet ses bénéfices au roi et quitte la profession ecclésiastique, dont M. son père est fort aise; il
AVRIL iTOft. iftt
va entrer dans les mousquetaires, et le roi lui donne Ta- ^n^ment pour acheter un régiment.
Vendredi-Saint 2, à VersaiUês. — Le roi et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée, et après les ténèbres le roi s'enferma avec le p. de la Chaise. Le roi, allant à ténèbres, apprit par M. de Chevreuse que M« de Haulevrier, qui étoit malade depuis longtemps et qui étoit gardé à vue dans sa maison parce, qu'il avoit des accès de frénésie , causés par une longue insomnie-, s'éloit jeté par la fenêtre de la garde-robe do sa femme ^ et s'étoit tué tout roide^. — - Il arriva un courrier de M. le comte de Toulouse , ses lettres sont du 27. 11 mande qu'il appareilloit pour aller devant Barcelone ; qu'il étoit arrivé quantité de barques chargées de biscuits et de farines pour Tarmée de terre; que M. de Legall, avec le corps qu'il commande, s'étoit avancé déjà à Palamos. On ne doute pas que le roi d'Espagne ne se soit avancé de son côté et qu'ainsi la place ne soit investie par terre et par mer; on croit encore que l'archidilc y est demeuré, et que même il n'y a qu'une très-foible garnison.
* Maulevrier eu avoit usé eu Espagne comme en France , et son beau-père, qui lui avoit procuré toutes sortes d'accès auprès du roi et de la reine d* Espagne, fut si effrayé de ses nouvelles amours qu'il n'eut point de repo&qu'ii ne l'eût renvoyé en France. Ses insolences si dangereuses n'y avoient pas servi le trop haut renom qu'il y avoit laissé et qui avoit obligé Tessé de Femmener en Espagne , et il trouva à son retour une. frayeur et des fuites qu'il ne méritoit que trop et qui , avec le désespoir de ses vastes espérances d'Espagne perdues, lui fit voir celles de France en même état, et achevèrent sa cervelle. De frénésie, il n'en eut point d'autre que celle de son i^mbition et de la pousser par de telles routes. Ce fut une grande délivrance pour qui avoit tant lieu de redouter ses furieuses et folles passions , et pour Nangis encore, qu*il vouloit atta^ quer partout, et dont la valeur, quoique bien décidée , ne Tauroit pas mis à l'abri de l'éclat le plus terrible et peut-être le plus funeste a sa fortune si Maulevrier l'eût rencontré. Il laissa une veuve fort consolée, qui avoit de la beauté et quelque esprit, et assez pour troubler toutes I99 femmes de la cour pour sa méchanceté et ses tracasseries et
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qui Ty perdirent à la fin. Elle a mené depuis une longue vie, obscure et honteuse.
Samedi-Saint 3, à Versailles. — Le roi lit son bon jour à la paroisse et toucha ensuite beaucoup de malades. L'après-dlnée il s'enferma avec le P. de la Chaise et fit la distribution des bénéfices, et à six heures il alla à compiles. Madame la duchesse de Bourgogne fit son bon jour. — Le roi donna le régiment de Navarre à Pionsac, qui en étoit lieutenant-colonel; il est brigadier, il a une grande réputation et est de la maison de Chabannes.
Liste des bénéfices donnés : — L'évéché d'Angers à Tabbé Poncet; l'évèché de Limoges à l'abbé de Genetines; l'évèché de Gap à l'abbé Malissol; l'abbaye de Saint-Jean d'Amiens à Tévèque d'Orléans; l'abbaye d'Haut-Villiers à M. l'évèque de Chàlons-sur-Marne, qui rend la domerie d'Aubrac; l'abbaye de Champbon à l'abbé de Belsunce; Tabbaye de Saint-Gildas à l'abbé de Brancas; Tabbaye de Saint-Jacut à Tabbé de Laubanie ; le prieuré d' Argenteuil à l'abbé de Fleury, qui rend l'abbaye de Loc-Dieu ; le prieuré du Plessis , que vient de rendre le fils du maréchal de Tallard, à l'abbé de Gacé; la domerie d'Aubrac à l'évèque de Gap , qui vient de donner la démission de son évéché*; l'abbaye de Loc-Dieu à l'évèque de Limoges, qui vient de donner la démission de son évèché. Le roi n'a point disposé de l'abbaye de Saint-Victor.
* Cet évéque de Gap , las d'être exilé , se démit d'un évéché de 15 ou 16,000 livres pour un bénéfice de 25,000, avec la liberté d'aller et de résider même à Paris, avec assurance de ri* être pas recherché. Il y vécut dans la plus scandaleuse licence, qu'il porta jusqu'à la cour, où le mépris qu'on avoit pour lui ne Fempêcha pas d'attaquer et de dire gentillesses aux dames. On a dit aussi qu'à la fin il se convertit, et qu'il mourut fort pénitent.
Dimanche 4, jotir de Pâques, à Versailles. — Le roi et la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée. Après le salut le roi travailla chez madame de Maintenon avec M. de Chamillart. — D'Achy, maréchal
de camp , n'étant plus en état de servir, parce qu'il est vieux et incommodé, se retire ; le roi lui donnera quelque chose pour vivre. Maigremont, lieutenant aux gardes , a l'agrément pour acheter la compagnie que Flavacourt a la permission de vendre. — Le prince de Bade a écrit des lethres fort pressantes en Angleterre et en Hollande pour demander qu'on lui envoie des troupes ; on en a beaucoup retiré de son armée, et il mande que, si on ne les remplace pas, il ne sera pas en état de tenir la campagne cette année. — I^e roi fera de demain en huit jours, à Marly, la revue de ses deux compagnies de mousquetaires, et le mercredi d'après il y fera la revue de ses gendarmes et de ses chevau-légers.
Lundi 5, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprés-dlnée. Monseigneur alla faire collation à Chaville avec madame la princesse de Conty. Madame la duchesse de Bourgogne alla se promener en carrosse avec beaucoup de dames. — Le chevalier de Plancy, capitaine lieutenant dans la gendarmerie, est mort à Paris, où il étoit toujours demeuré depuis qu'il étoit sorti d'Ulm , où les ennemis Tavoient retenu fort longtemps sur de mauvais prétextes. Il étoit maréchal de camp de la dernière promotion et avoit permission de vendre sa compagnie, dont m^iue on lui avoit offert 110,000 francs depuis deux jours. 11 n'avoit jamais été marié ; ainsi, comme il n'y a point d'enfants, on croit que le roi donnera la charge gratis. — M. de Cronstrom, envoyé de Suède, a reçu une lettre de M. de Palmquist, ambassadeur de son maître en HoUande , qui lui mande par un postscript que le roi de Suède avoit attaqué et forcé les retranchements de Grodno; mais il n'en mande aucunes particularités. — Monseigneur va après-demain à Meudon, où il demeurera jusqu'à lundi, que le roi doit aller à Marly pour treize jours.
Mardi 6, à Versailles. — Le roi alla à la volerie : Monseigneur et messeigneurs ses enfants y étoient; madame la duchesse de Bourgogne y vint en calèche avec beau-
coup de dames. Après la volerie^ le roi alla se promener ^ Triajion. — Le roi dit à so» diner que le roi d'Espagne de voit être arrivé devant Barcelone du 2 ou du â de ce mois, que M. de Legall y arriveroit en même temps de son G6té ; il y trouvera la fiotte de M. le comte de Toulouse et beaucoup de nos tartanes qui portent des munitions de guerre et de bouche en abondance. Par les avis qu'on a de ces pays-là, Varchiduc est encore dans la place. — L'abbé Testu-Mauroy est mcwi;; il étoit de l'Académie françoise ; il avoit deux abbayes à la nomination de M. le duc d'Orléans, et le prieuré de Dammartin à la nomination des jésuites, parce qu'il dépend d'une abbaye qui est unie à leur collège.
Mercredi 1, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprèsdlnée et travailla le soir avec M. de Pontchartrain, comme il a accoutumé de faire tous les mercredis. Monseigneur alla dès le matin à Meudon^ d'où il ne viendra que pour le voyage de Mari y; madame la Duchesse y alla diner avec lui et revint ici le soir. — Le roi a donné à M. le comte d'Évreux 20,000 francs par an pendant que la guerre durera ; il devoit servir en Flandre , mais comme cela pouvoit faire quelques difficultés avec le comte d'Egmont y général de la cavalerie espagnole , le roi a jugé a propos de l'envoyer servir sur le Rhin. — Un dé nos armateurs a pris un petit bâtiment venant de Lisbonne , daos lequel ou a trouvé beaucoup de lettres des officiers de La tlotte de Tamiral Leak^ qui commande k flotte angloise dans la rivière de Lisbonne; toutes ces lettres por^ tent que cette tlotte ne sera en état de mettre à la. mer qu'à la lin de mai au plus tùt ^ parce qu'ils manquent de matelots, d'agrès, ^t de vivres.
Jeudi 8, à Versailles. — Le roi dîna à onze beuxes et demie et puis alla se promener à Marly, où U demeura j,usqu'à la nuit. Madame la duchesse de Bourgogne alla avec beaucoup de dames à Puteaux faire collation chez la duchesse de Guiche. — H. le maréchal de Bouffies est
ooii^idérableineiit malade ; les médecins trouvent son mal trè»-claiigef eux, -^ Le duc de Berwiek est arrivé en Estaramadurd^ où il a àous ses ordres Tingt-six bataillons et qnaranteHDiiM] escadrons^ qn'il a trouvés plus complets et en m^iUeiir état qu*il ne Fespéroit. — Le roi de Danemark olfre^ pour le prince son frère, de laisser Tusofruit d'Eutin à T administrateur de Holstein ; mais le roi de Suède n^est pas content de cela et veut qu'il lui en cède la propriété^ dont il demande Tinvastiture à Fempereur. Les Anglois^ qui veulenttàcher d'accommoder cette affaire^ dont ils connoissent Timportance pour eux et pour leurs alliés y souhaitent que le prince Georges de Ikinemark^ mari de leur reine, cède son apanage au po^ince son neveu pour le dédommager des prétentions qu'il avoit sur Eutin.
Veikdr^di ^y à Versailles. — Le red dîna à onze heures et demie et puis alla se promener à Harlj . — On a eu DOuveUes que M. de Vendôme est arrivé en Italie; il sera bientôt à l'armé^ et il compte en arrivant pouvoir entreprendre quelque chose sur les ennemis ; il a Jait faire tous les préparatife pour cela. Le prince Eugène n'est point encore parti de Vienne ^ mais il y a déjà quelques troupes de l'empereur arrivées pour fortifier son armée. — Alesâeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent dluer à Uteudon avec Uonseâgneur, et madame la duchesse de Bourgogne y alla après dîner. — Les égli*ies nationales de France et d'Espagne à Rame ont toujours été ouvertes et on y a toujours fait le service, quoiqu'on eût des dilïicultés avec le pape sur ce sujet; l'affaire est présentement accommodée; mais les églises nationales d'Allemagne et de Portugal ont été fermées, dès qu'on a su que le pape vouloit prendre la connoissance de l'administration des revenus; le service divin ne s'y est point fait, et FaKaire paroit s'embrouiller et les esprits s'aigrir de jour en jour.
Samedi 10, à Versailles. — Le roi, après son diner; passa
chez madame de Maintenon et en sortit à quatre heures pour aller se promener à Trîanon. — Le roi a donné la compagnie des chevau -légers de Bourgogne qu'avoit Plancy à M. de Beauvau^ qui étoit sous-lieutenant dans le corps, et la sous-lieutenance qu'avoitBeauvau à Trudaine, qui étoit enseigne, et l'enseigne à M. de Jussac, qui étoit guidon, et sur le guidon qu'on vendra il donne 20,000 francs au marquis de Roquelaure et l'agrément pour acheter les gendarmes de la reine, qu'a le chevalier de Sebbeville. M. de Roquelaure étoit plus ancien souslieutenant que H. de Beauvau; mais M. de Beauvau, qui est plus ancien officier que lui dans la gendarmerie, avoit eu le brevet de colonel avant lui et est plus ancien brigadier; le roi a trouvé le moyen de les contenter tous deux. — M. le duc de Gramont prit congé du roi pour s'en aller à son gouvernement de Béarn et de Bayonne. Dimanche 11, à Versailles. — Le roi , après son dîner, donna de longues audiences aux maréchaux de Villeroy et de Marsin séparément, et sur les cinq heures il alla se promener à Trianon. Monseigneur vint ici de Meudon pour le conseil et s'y en retourna dîner. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry et madame la duchesse de Bourgogne allèrent faire collation à la Ménagerie. — Le roi, avant que d'entrer au conseil, signa le contrat de mariage du prince de Tarente avec mademoiselle de la Fayette; il y a déjà quelques jours qu'il avoit signé celui du comte de Tessé avec mademoiselle Bouchu; les deux noces se feront demain à Paris. — Le chevaUer de Bonneval , qui avoit un régiment d'infanterie dans notre armée de Lombardie , avoit pris quelque argent des contributions qu'on avoit ordonné qu'il rendit au trésorier de l'armée; cet argent étoit dissipé. Il est allé à Venise; les officiers de l'armée de l'empereur lui ont fait des propositions, et il s'est laissé persuader, et à l'exemple de Langallerie il s'est engagé dans les troupes de l'empe-
reur *,
* Bonneval étoit un cadet de qualité, gueux, brave , de beaucoup d'esprit et orné de lecture, avec beaucoup de talents pour la guerre et pour beaucoup de choses, outrément débauché et grandement pillard. Il s'étoit engraissé aux dépens de ces petits princes d'Italie que nous ménagions assez mal à propos, comme il n'y a que trop paru depuis ; on lui vouloit feire rendre gorge et lui retenir beaucoup sur ce qu'il avoit pris du plat pays. Piqué et ruiné , il fit son marché avec Fempereur, et le servit contre nous avec un succès qui le conduisit à une fortune où nous le laisserons en attendant que nous le retrouvions en son temps , où ce sera celui d'en achever l'horrible catastrophe. Ce fut en peu de temps le troisième déserteur de marque, à l'exemple de MM. de Savoie et de Lorraine, que des François de naissance ou de grade n'avoient pas encore suivis, excepté le prince d'Auvergne, qui en avoit mené le branle en ces derniers temps.
Lundi 13; à Marly. — Le Foi partit de Versailles à une heure pour venir ici, et en arrivant il lit la revue de ses deux compagnies de mousquetaires. Monseigneur revint ici de Heudon. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne partirent de Versailles à cinq heures pour venir ici. — Il arriva le matin à Versailles un courrier du maréchal de Berwick ; ses lettres sont datées du camp de la Nava le 2 avril. Il mande que les ennemis commencèrent à marcher le 25 de mars et vinrent camper entre Elvas et Campo-Mayor à une lieue et demie de Badajoz^ dont ils publioient qu'ils vouloient faire le- siège avec quarante-cinq bataillons et cinquantetrois escadrops. Nous avons dans cette place douze bataillons espagnols bien complets, bien armés et bien payés; le marquis de Risbourg y commande et a sous lui MM. Damezaga et de Possobueno, maréchaux de camp. M. de Berwick ètoit campé en ce temps-là à Talaveyra, et n'avoit là que vingt-sept escadrons ; il en attendoit encore dix de Castille et sept escadrons. Le 31 de mars les ennemis campèrent entre Campo-Mayor et Albuquerque ; il paroit qu*ils ne songent plus au siège de Badajoz ; ils s^approchent du Tage vers Alcantara, et le 1*' de ce mois ils avoient déjà passé Albuquerque. Le duc de Berwick passa la Guadiana la nuit du 31 au 1*% et mar-
choit encore pour s'approcher du Tage quand son courrier est parti.
Mardi 13, à Marly. — Le roi, au sortir delà messe, alla courre le cerf. Monseigneur alla dès le matin courre le loup ; monseigneur le duc de Berry étoit avec lui. — M. le marquis de Nérestang a le guidon de gendarmerie qui vaqnoit par la dernière promotion ; il est neveu du duc d^Aumont, qui a demandé cette charge-là au roi pour lui. Il étoit capitaine de cavalerie dans notre armée dltalie et est en très-bonne réputation ; il donnera à M. de Roquelaure les 20,000 francs que le roi lai a donnés à prendre sur cette charge. — Par les lettres que nous avons de Languedoc y on apprend que presque tontes nos tartanes tu étoient parties chargées de canon et des munitions de guerre et de bouche pour le siège de Barcelone. — M. le duc de Bouillon avoit pris congé du roi pour s-'en aller à Dijon plaider contre le duc d^Albret^ son iils^; mais le duc d'Albret envoya dimanche à minuit son blanc-signé, et M. de Bouillon est ici , et le roi a même donné un logement à mademoiselle de Bouillon, quoique la liste fût faite.
* Le duc d'Albret,*fils aîné de M. de Bouillon, n'avoit jamais servi que quelques campagnes volontaires , parce qu'A avoît porté le petit collet jusqu'en 1692, qu'il devînt l'aîné par la mort âa prince de Turenne, saaas enfants , tné à Steinkerke. U avoit épousé ensuite b fiâe du èo& de la Trémoille ; il avoit fait un voyage à lurenne, où il avoit trouvé une substitution portée par un testament de son grand-père , qui lioit entièrement les mains à M. de Bouillon, le mettoit, lui, en état de n'en point payer les dettes , et réduisoit ses cadets fort à l'étroit. Cette découverte produisit une demande en justice qui fit un prodigieux éclat. M. de Bouillon mit aisément le roi de aon côté, qui étoit volontiers pour les pères contre les enfants , qui aimoit M. de Bouillon, et. qui n'avoit jamais guère été content de la conduite de pas un de ses enfants; de sorte que cette affaire perdit le duc d'Albret si entièrement avec le roi que son père même , après leur raccommodement , ne put pas redresser ce qu'il avoit gâté. L'éclat fait et les procédures introduites en justice, le duc d'Albret ne se soucia pa& d'aller plus lom. Elles aftichoient l'état de son père et le mirent hors d'état d'emprunter
et de disposer : c'étoit là tout ce qu'il en vouloit, et dès qu'il l'eut solidement obtenu par la chose même , il ne songea plus qu'à apaiser le bruit età*se raccommoder avec M. de Bouillon.
Mercredi 1&>, à Marly. — Le roi tint conseil le matin, et après son dîner il alla faire la revue de ses gendarmes et de ses chevau- légers^ qui sont cuirassés comme les gardes du corps; les mousquetaires le sont aussi; mais^ comme il y a beaucoup de gens foibles dans les deux compagnies des mousquetaires^ le roi permet que dans les marches les valets portent les cuirasses ^ qui ne sont que des plastrons. — Chazel, aide de camp du maréchal de Tessé| arriva le matin ; il partit le 5 de devant Barcelone; il alla coucher sur les vaisseaux, et le 6 il en partit pour venir ici. Le roi d'Espagne arriva le 3 au matin devant Barcelone; Legall y étoit arrivé le 2 au soir; il leur reatoit fort peu de vivres, et le vent avoit été si contraire jusques-là qu'aucunes de nos barques ne pouvoient approcher de la terre ; mais le 4 au soir le vent changea^ et tout se débarquoit le 5 au matin sans peine et sans embarras, parce que le roi d'Espagne en arrivant a fait attaquer une petite redoute qui est à Ventrée du Uobregat^ où il y avoit trente Anglois qui se rendirent à discrétion. On se saisit ensuite des Capucins et de toutes les hauteurs qui commandoient le Mont-Jouy et qui voient les brèches que les ennemis avoient faites à la place et qui ne sont pas encore réparées. On a perdu à l'attaque des Capucins cinquante ou soixante hommes, et nous y avons établi trois bataillons. Toutes nos tartanes arrivent^ et quand il seroit possible que les ennemis eussent une flotte à la mer, ils ne pourroient l'empêcher d'être pris. La tranchée devoit être ouverte la nuit du 5 au 6. Il n'y a que quinze cents hommes de troupes réglées dans la place ; les déserteurs assurent que l'archiduc y est encore, mais on ne le croit pas, parce que le comte de Cifuentès entra le mercredi dans la place et en ressortit le vendredi saint avec les mêmes troupes , et toutes les
apparences sont que Varchiduc en sortit avec lui ; cependant les déserteurs venus du samedi^ du dimanche et du lundi assurent qu'il y est encore.
Jétuii 15, à Marly. — Le roi vit jouer au mail le matin dans le petit mail^ et après dîner il monta en haut pour voir jouer dans le. grand; Monseigneur et monseigneur le duc de Berry étoient avec lui. — Il arriva un courrier du maréchal de Tessé, parti du 8 au soir de devant Barcelone et du 9 au matin de notre flotte. Le maréchal de Tessé mande que la tranchée fut ouverte le 6 ; on s'établit sur le plateau qui est au-dessus des Capucins ; on fit à la droite et à la gauche un travail très-considérable ; le marquis d'Ayetonne , lieutenant général , et Seignier, maréchal de camp, ouvrirent la tranchée. Les ennemis voulurent attaquer la tète du travail, et le feu fut fort grand de part et d'autre ; le capitaine de grenadiers du second bataillon de Mailly se jeta hors la tranchée pour couper la sortie , repoussa les ennemis, qui perdirent beaucoup de monde , mais il y fut dangereusement blessé. M. de Legall, lieutenant général, et Fontbeausard, maréchal de camp, relevèrent la tranchée le 7 au soir ; on Ta poussée fort loin et on a placé quatre mortiers qui ont tiré le 8 de fort bonne heure. Nous avons perdu peu de monde ces deux jours-là. Un garde de l'archiduc, qui a déserté, assure que l'archiduc est dans la place, qu'il se montre beaucoup dans la ville et qu'il va tous les jours au Mont-Jouy. Il est entré dans Barcelone des barques qui y ont porté la garnison qui étoit dans Girone. On. compte qu'outre les troupes réglées et les miquelets qui sont en grand nombre dans la place il y a plus de dix mille habitants qui ont pris les armes.
Vendredi 16, à Marly. — Le roi, après la messe, alla au petit mail voir jouer les bons joueurs , et l'aprèsdlnée il alla courre le cerf ; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse avec lui. — Le roi a donné commission de mestre de camp à cinq exempts de ses
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gardes, qui sont : MM. Longeais, Griliet, Mondeval, Cumont et Fauvel l'alné. — Les mécontents de Hongrie font descourses jusqu'aux portes de Vienne; ils ont pillé Luxembourg, maison de l'empereur, qui n'en est qu'à quatre lieues. — Le jour que le roi partit de Versailles, il donna une pension au marquis de Vibraye, lieutenant général qui va servir dans l'armée de M. de la Feuillade. — On mande de Flandre que les quatre régiments de Saxe- Gotha, qui étoient la campagne dernière dans l'armée des Hollandois , vont en Italie pour servir dans l'armée du prince Eugène, et le 4 du mois ils passèrent à Bolduc. L'électeur de Brandebourg avoit retiré beaucoup de troupes.de l'armée des alliés en Flandre, mais il en ren-t voie présentement autant qu'il en avoit retiré.
Samedi 17, à Marly. — Le roi vit jouer le matin au petit mail etl'après-dlnée au grand. Monseigneur courut le loup. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre. — Le maréchal de Villeroy eut une longue audience du roi chez madame de Maintenon et prit congé de S. M. pour s'en aller en Flandre.
Dimanche 18, à Marly. — Le roi tint conseil le matin et alla l'après-dlnée voir jour au grand mail; à son retour de la promenade il travailla longtemps chez .madame de Maintenon avec M. de Chamillart. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry allèrent à Saint-Germain voir LL. MM. BB. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui écrit de Mantoue du 12; il mande que les herbes ne sont pas 'plus avancées en ce pays-là qu'elles étoient les années passées au mois de janvier ; ainsi les ennemis ni nous ne saurions nous mettre en campagne avant le 15 de mai. — Il arriva un courrier de M. de Berwick; voici la copie sa lettre : ((Les ennemis ayant continué leur marche vers Alcantara, je continuai la mienne et m'avançai le 5 àBrocas, qui n'est qu'à trois lieues d' Alcantara, où je fis entrer les six bataillons que j'avois avec
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nkoi. La ^mison est présentement de neuf bataillons^ dont elle avoit besoin ; car les fortifications sont très-mativaise«. Les ennemis vinrent le 6 ôamper en décade Membrioy à deux lieues et demie de Brocas; le lendemain 1 toute leur armée marcha à nous en bataille, et nous ne jugeâmes pas à propos avec nos quarante escadrons de les attendre; nous nous retirâmes . Les ennemis joignirent notre arrière-garde, laquelle se retira toujours sans que les ennemis pussent l*entamer, et dans toutes les charges nos gens firent toujours plier les ennemis, lesquels, après nous avoir suivis environ trois quarts de lieue, s'en retournèrent camper à Brocas et nous à quatre lieues td'eux. Dans cette petite affaire nous avons eu environ trente hommes tués ou blessés ; la perte des ennemis doit être plus considérable, parce quUls ont toujours été battus dans les charges que Ton a faites; on leur a pris quelques prisonniers et une vingtaine de chevaux. Les ennemis^ à ce qu'on dit, doivent marcher à Alcantara, dont ils vont &ire le siège, et nous, avec nos quarante escadrons, nous ne pouvons faire autre chose que de tâcher à les incommoder dans leurs fourrages et convois. Le comte de San- Vicente, un des généraux portugais, a été tué dans notre petite affaire.» — M. de Harsin partit d'ici jeudi, et comme il n'y est point revenu, on ne doute pas qu'il ne soit parti, mais son départ a été secret ; on ne sait point encore où il va, et l'on croit qu e le maréchal de Villars partira bientôt aussi. Toutes les apparences sont qu'on veut entreprendre quelque chose de considérable. — Dans la lettre que M. de Vendôme écrit au' roi , il lui mande qu'il espère pouvoir attaquer le 18 les quartiers des ennemis qui sont sur la Chiesa ; les nôtres sont fort proches des leurs, ainsi il ne faudra point faire de grandes marches pour cela. M. de Vendôme en partant d'ici avoit assuré le roi qu'il les attaqueroit avant le 20 du mois.
Lundi 19, d Marly. — Le roi courut le cerf l'aprè»dlnée ; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui ;
Madame suivoit dans une autre calèche ; il y avoil une calèche pour madame la Duchesse, une pour madame du Haine et une pour la dame de madame la duchesse de Bourgogne. Monseigneur et monseigneur le ducdeBerry allèrent courre le loup dès le matin. — M. le cardinal de Médicis, qui quitte le chapeau pour se marier, avoit écrit au roi pour être marié de sa main, et le roi avoit jeté les yeux sur mademoiselle d'Armagnac, et dans cette vue il en parla à M. le Grand, qui le pria de trouver bon, avant qu'il lui répondit positivement, qu'il en parlât à sa fille. Mademoiselle d'Armagnac répondit à M. son père que si le roi jugeoit que cela fût bon pour ses affaires, qu'elle étoit toute prête à se sacrifier ; mais que, si on lui en laissoit le choix, elle aimoit beaucoup mieux demeurer comme elle étoit. M. le Grand rendit compte au roi de la réponse de sa fille , que le roi a fort louée *. — On mande de Vienne que le prince Eugène en est parti pour l'Italie; il emmène avec lui Langallerie et le chevalier de Bonneval, qui étoit colonel du régiment de Labourt; le roi n'a pas encore disposé de ce régiment.
* Le grand-duc n*avoit que deux fils et un frère, qui étoit depuis longues années cardinal sans s'être engagé dans les ordres. Son fils aine, qui avoit été d'une grande espérance, étoit sans enfants de la sœur de madame la Dauphine et de Télecteur de Bavière , et sans espérance d'en avoir par Tétat déplorable où la débauche et les remèdes l*avoimt réduit Le puîné, Gaston, aujourd'hui grand-duc, n'avoit point d'en£mts non plus d'une Saxe-Lawembourg , sœur de la prin- ®6S8e de Bade^ mère de la feue duchesse d'Orléans ; elle étoit chez elle ®o Allemagne et lui à Florence, brouillés ensemble à ne se jamais revoir. Nul autre Médicis au monde qu'une branche infiniment éloignée, ^^ , qui ne sortoit ni des souverains ni des premiers Médicis , do- '''■i^itteurs de Florence, qui étoient restés depuis des siècles à Naples, <iont Talné étoit grand d'Espagne sous le nom de prince d'Ottaïano, et desquels les Médicis de Florence n'avoient jamais voulu ouïr parler. '^ cette situation de famille, qui s'en alloit étemte, le grand-duc ^'ùgea de son frère de quitter le chapeau pour se marier. Un vieux cardinal italien., hors d'espérance, par son âge , de succéder à son neveu A de devenir souverain , ne tenta pas mademoiselle d'Armagnac de
quitter les agréments et la liberté de la cour de France pour s'aller confiner avec lui. Il épousa une Guastalle, d'une branche cadette de Gonzague, dont il n'eut point de postérité.
'Mardi 20, à Marly. — Le roi tint le matin conseil de finances^ travailla avec M. de Pontchartrain après dîner, alla ensuite voir jouer au mail, et à six heures le roi, la reine et la princesse d'Angleterre vinrent ici ; ils y soupèrentets'en retournèrent ensuite à Saint-Germain. L« roi d'Angleterre joua dans le salon avec Monseigneur^ madame la duchesse de Bourgogne et les dames, et le roi, après avoir été quelque temps avec la reine d'Angleterre, travailla encore avec M. de Pontchartrain. — Tous les officiers généraux, les brigadiers et les colonels des armées du Rhin et de la Moselle ont reçu ordre de partir et de ne point parler de l'ordre qu'ils avoient reçu, ce qui fait qu'on ne doute pas que le maréchal de Villars qui est ici ne parte demain ; il fait pourtant encore finesse de son départ. Toutes les troupes qui étoient en Franche-Comté et dans les Trois-Évèchés sont en marche. — Outre les dix régiments de cavalerie que le roi a donné à lever au commencement de cette année et que nous avons marqués, et qui sont présentement prêts à marcher, le roi en a donné encore un à lever au marquis de Rochecourt, de Lorraine.
Mercredi 21, à Marly, — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire et travailla l'après-dlnée avec M. deChamillart jusqu'à cinq heures, et puis alla se promener dans ses jardins. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne étoient au conseil. — Le maréchal de Villars partit le matin sans dire adieu à personne ; il s'en va en diligence à Strasbourg et ne couchera pas à Paris. — M. de Beauvilliers prit congé du roi; il s'en va à Bourbon avec madame safemme. — Il arriva le soir un courrier de M. de Lappara^ parti de devant Barcelone le 15 au matin. Notre tranchée va aupieddelahauteurduMont-Jouy, qui est le glacis naturel de la place ; les assiégés font toujours quelques sor-
lies, mais avec peu de succès. Nous perdons peu de monde, et nous n^avons encore personne de considérable tué ni blessé. Nous avons dix-sept pièces de canon en batterie; on adéjà débarqué cinquante-cinq pièces de canon et six cent cinquante milliers de poudre ; c'est plus qu'il ne faut pour ce siège* Nous y avons tout ce qui est nécessaire en abondance. Les déserteurs assurent tous que l'archiduc avoit voulu sortir de Barcelone dans une des deux frégates qui sont dans le port , mais que les bourgeois s'y étoient opposés, l'en avoient empêché et même avoient mis une garde devant sa maison, ne voulant pas qu'il les abandonne. On compte qu'il y a dans la place neuf bataillons, dont le plus fort n'est pas de trois cents hommes. Lappara mande que le 22 on sera maître du Mont-Jouy; notre canon n'a commencé à tirer que du 12, encore ce jourlà n'avions-nous que quatre pièces en batterie. — Le duc de Noailles a la petite vérole, et le roi d'Espagne a voulu qu'on lui marquât la maison qui étoit marquée pour S. M. — Trois heures après le courrier de M. Lappara, il en revint un de M. de Pontchartrain, qui étoit parti quinze heures après celui de Lappara. M. le comte mande par ce courrier qu'il a été joint par les vaisseaux qu'on lui a envoyés de Marseille , dont il y en a deux de cent pièces de canon; on ne parle point encore de nos galères,, je ne sais même si elles sont parties de Marseille. Jmdi 22, à Marly. — Le roi, après son lever, entretint longtemps M. de Chamillart , qui s'en alla ensuite à l'Étang. S. M. courut le cerf l'après-dlnée ; madame la dadiesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry étoient à la chasse. — Joyeux*, premier valet de chambre de Monseigneur et gouverneur de Meudon, mourut la nuit dans nne extrême vieillesse. Monseigneur a donné ce gouvernement à Dumont, son écuyer, qui l'en est venu remercier ce matin; et quand il a fait son remerclment au roi il lui a dit qu'il approuvoit le choix qu'avoit fait Monsei-
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gneur et qu'il ne pouvoit lui donner un meilleur conseil que de faire à Meudon comme Blouin fait à Versailles. Blouin^ qui étoit présent à la conversation, a dit au roi : « Sire, je me trouve mieux récompensé que M. Dumont. » Le roi donne 2,000 écug depenrion d'appointements pour le gouvernement de Meudon ; je ne sais point ce que Monseigneur donne, ni ce que cela peut valoir d'ailleurs ; mais on a toujours compté que cela valoit beaucoup à Joyeux, quoiqu'il ne fût pas intéressé.
* Ce Joyeux é^oit une espèce tout à fait singulière , un habit brun fort ample, graude perruque et grand rabati le dos plat par le haut, rompu par eu bas, et marchant presque plié en deux^ et au demeurant très-propre. Il avoit une bonne abbaye et d'autre bien qu'il avoit assuré aux enfants du bonhomme Bontemps , dont il étoit camarade et ami intime. Il avoit été à la reine mère , puis au roi dans les intrigues serviles de ses amours , et avoit dansé mieux qu'homme de France avant d'être devenu comme il étoit, et avoit été des ballets du roi avec les meilleurs danseurs. Le roi Ta voit mis auprès de Monseigneur comme un homme de confiance; il avoit beaucoup d'esprit, de l'emportement et de la malignité, souvent parfois aussi serviable et bon homme ; mais il ne lui falloit pas marcher sur le pied. Monseigneur le traitoitfort bieu et s'en cousola encore mieuK. Pour Pumont, c'étoit tout autre chose : son père étoit un geutilhomme de bon lieu , à qui M. de Saint-Simon, étant premier gentilhomme de' la chambre et premier écuyer de Louis XIII, fit la petite fortune , et qui lui-même l'acheva, étant devenu soug*gouveroeur de Louis XIV. C'étoit un fort homme d'honneur et propre à cet emploi, dans lequel il mourut , et à qui la Bourlie succéda, Le roi prit soin de son 61a, qui étoit tout en faut , et en chargea Beringhen père , premier écuyer, et dans la suite il l'attacha à Monseigneur, duquel il devint particulièrement et principalement l'écuyer en chef, sous le premier écuyer. C'étoit un homme de fort peu d'esprit, mais né et élevé à la cour et qui en savoit la routine et le manège , qui le conservèrent bien auprès du roi , quoiqu'il eût seul la dernière confiance de Monseigneur, dont il gouvernoit la bourse particulière et quelquefois les plaisirs. )1 ne iaissoit pas d'être fort honnête homme, et quoique sa faveur l'enflât un peu quelquefois, il ne s'est jamais oublié avec les ducs de Saint-Simon père et fils en rien , et toujours se présentant à tout à leur égard. Sa faveur fut toujours la même jusqu'à la mort de Monseigneur, avec qui il perdit tout ce qu'on peut perdre , et toutefois conserva de la considération par estime et fut
AYRll. 1706. SB
toiyours bimi traité du roi. M ne fut pas he^r^ux eu femme ni en neveux, et mourut longtefnps après le roi, san$ epfsiDts.
Vendredi 23, àMarly. — Le roi fut longtemps enfermé le matin avec le P. de la Chaise; il demeura Taprès-dinée chez madame de Maintenon jusqu'à, quatre heures et puis se promena dajis les jardina jusqu'à la nuit. — Tous les officiers de Tarmée de AI* da Marsin, qu'on fait partir^ ont ordre de se rendre le 28 à Phâlsbourg; le maréchal de llarsin y doit arriver ce jour-là. Toutes ses troupes camperont dans le voisinage, et ils vont marcher droit aux lignes de la Monter, quUls attaqueront avec quarantedeux bataillons et quarante-cinq escadrons en même temps que M. de ViUars les attaquera aussi par un autre endroit et avec une armée encore plus forte que celle du maréchal de Marsin, et Von ne doute point du succès de cette entreprise pa^ce que le prince de Bade a fort peu de' troupes présenten^ent ; les palatines ayant marché en Italie, celles de Brandebourg n'étant pas encore arrivées et celles des Cerclei^ étant encore dans leurs quartiers daps leurs pays, on est persuadé que le prince de Bade ne songera pas même à défendre les lignes.
S(medi 24, à Versailles. — Le roi courut le cerf Taprôsdlnée 4 Marly; madame la duchesse de Bourgogne étoit dans sa calèche avec lui. Après la chasse le roi s'en retourna à Marly, où il se promena jusqu'à la nuit et puis revint ici; madame la duchesse de Bourgogne en revint un peu avant lui. Monseigneur partit le matin de Marly, alla dîner à Meudon et revint ici pour le souper du roi. — Le roi donne une augmentation de pension à Cour- Uudon, qui fi^voit déjà 1,000 éous; il est maréchal de ean^p, mais il est obligé de quitter le service parce qu'il est incommodé. — Le roi a donné à M. Tévèque de LangPesVabbaye qu'avoit Tabbé de la Bourlie, qui s'appelle [Bonneeombe] et qui vaut plus de 20,000 livres de ïente. On mande d'Allemagne que cet abbé se fait appeler le marquis de Guiscard et que l'empereur l'a fait gé-
néral major. — Le roi a fait deux brigadiers d'infanterie, qui sont Suisses, May, colonel en pied, et Buisson, colonel réformé. — On mande de Venise que la république est fort alarmée du grand armement que les Turcs font par mer et par terre; on croit qu'ils en veulent à la Morée , d^autant plus que l'on sait que le nouveau grand vizir a persuadé au sultan de conclure la paix avec les Moscovites.
Dimanche 25, à Versailles, — Le roi, après son dîner, travailla avec M. de Chamillart jusqu'à cinq heures et puis s'alla promener à Trianon. — M. le chevalier de Maulevrier,maréchal de camp dans l'armée de Lombardie, arriva ici le matin, portant la nouvelle d'un grand combat gagné par M. de Vendôme contre les troupes de l'empereur commandées par M. de Reventlau, le prince 'Eugène n'étant pas encore arrivé. L'action s'est passée à Calcinato ; nous y avons perdu très-peu de monde et pas un officier considérable. (1) Voici tout le détail que nous en savons : M. de Vendôme , en .arrivant à son armée, trouva que les ordres qu'il avoit laissés à M. de Médavy et ceux qu'il lui avoit envoyés d'ici avoient été parfaitement bien exécutés et que tout étoit dans le meilleur état qu'il le pouvoit souhaiter. Cependant, pour couvrir son dessein aux ennemis, il fit courre le bruit qu'il avoit trouvé son armée en si mauvais état qu'il ne pouvoit rien entreprendre; mais quelques jours après avoir fait courir ce bruit il rassembla cinquante-huit bataillons et six mille
(1) M. de Vendôme, en quittant le roi, lui avoit dit qu'il attaquerait les ennemis ce même jour-là, et qu'il les battroit. S. M. y comptoit si fort qu'elle ne craignit point de le déclarer avant d'avoir reçu aucune nouvelle.
La reine d'Angleterre , alarmée d'un début de campagne si brillant et craignant que M. de Savoie, trop pressé, ne fit son accommodement, chargea M. de Marlborough de lui écrire. Ce milord lui marqua dans sa lettre que les conjectures que l'on tirait du commencement de cette campagne étoient trèsfansses et qu'il étoit persuadé qu'avant qu'elle finît on verroit à l'égard de l'Italie ce qu'on avoit vu en Allemagne en 1704. {Note du duc de Luynes, )
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chevaux àCastiglione délie Stiviere^ où étoit son quartier général^ et le 19 au matin il marcha à Montechiaro^ poste où les ennemis s'étoient fortifiés tout Thiver; ilsFabandonnèrent à son approche et se retirèrent à Calcinato^ où tous leurs quartiers s'étoient rassemblés. Il les suivit de fort près, les trouva en bataille sur la hauteur, les attaqua vivement et les défit en fort peu de temps. On leur a tué trois mille hommes, pris vingt drapeaux, dix pièees de canon et huit cents prisonniers, parmi lesquels est un colonel. Voilà en quel état étoit Faffaire quand M. de Vendôme fit partir le chevalier de Maulevrier, qui étoit le 19 à deux heures après midi. On poursuivoit encore le reste de ces troupes, qui étoit en grand désordre; le chevalier de Maulevrier croit qu'ils pouvoient bien avoir là dix ou douze mille hommes. M. de Vendôme/ qui n'écrit qu'un billet de huit lignes au roi, mande que la victoire est complète et qu'il enverra incessamment un courrier pour en mander la suite. — Il arriva un courrier de M. Amelot qui apporta une mauvaise nouvelle dont nous ne savons pas encore le détail ; ce que nous savons en gros, c'est que le milord Galloway, qui commande les troupes de Portugal, a pris Alcantara, où nous a vionsneuf ou dix bataillons espagnols, qui se sont rendus prisonniers de guerre après une très-foible et très-courte défense.
Lundi 26, à Versailles. — Le roi tint conseil de dépèches le matin ; il ne le tient que tous les quinze jours, et les autres lundis il tient le conseil d'État, comme le dimanche, le mercredi et le jeudi. Il travailla Taprès-dlnée avec M. Pelletier jusqu'à cinq heures et puis alla tirer. Avant que d'entrer au conseil le matin il donna une longue audience au duc d'Albe, ambassadeur d'Espagne. Monseigneur alla à Heudon, où il coucha; il en reviendra demain après avoir été à Topera, à Paris, où il doit mener le roi d'Angleterre et la princesse sa sœur. — M. Langlois, maître d'hôtel du roi, est mort ; il avoit 50,000 francs
de brevet de retenue sur sa charge, que le roi a donnée à Ml Maréchal^ son premier chirurgien, pour la vendre; il la vendra plus de lOOjOOO frttncs; ainsi il aura plus de 50,000 francs. Il a conseillé à Maréchal de ne point donner cette chargiB à se« enfants^ lui disant de life point soùger aies pourvoir, parce qu'il auroitsoitt lui-même de leur fortune. -^ Ou a reçu des lettres de M. des AUeurs d*assez fraîches dates ; il mande que les mécotltentls de ftongrie sont fort éloignés de faire d'accommodement et qu'ils sont plus forts que jamais.
Mardi 27^ à Versailles. -^ Le roi travailla l'aprèî^-dlnée avec M. de Poûtchartrain jusqu'à cinïj heures et puis alla se promener à Trianon. Madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc deBerry allèrent dîner à Meudort avec Monseigneur; le roi d'Ahgleterre et la princesse sa sœur y vinrent dîner aussi; Monseigneur les mena tous à l'opéra^ à Paris. Après l'Opéra le roi d'Ahgleterre et la princesse sa sœur s'en retournèrent â Saint- Germain; Monseigneur, madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry revinrent ici. — Le neveu de Lappara arriva ici le soir de devant Barcelone ; il n'apporte des lettres que du 17. Il est vetiU pour ses affaires particulières; son oncle fut tué le 15 au soir en allant reoonnoltre des ouvrages qu'il vouloit faire attaquer. Nous avons un logement établi sur un angle de la contrescarpe de Mont-Jouy, Où l'ofi a déjà quatre pièces de canon en batterie. — Madame la comtesse de Tessé prit le tabouret au souper du roi comme femme de grand d'Espagne ; la princesse de Tarente prit aussi hier le tabouret *. — Par le neveu de Lapparti oh apprend que le duo de Noailles est hors de danger; il a même écrit de sa maiu à sa famille.
* Lors du désordre des tabourets donnés, puis ôtés, après rendus lors de la régence de la reine mère de Louis XI V, et depuis peu à peu étendus, M. de la Trémoille, beau-frère de M. de Bouillon et désireux ^ deVeiiif prince comme lui, en obtint dès le commencement. Il eut
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ie taiM)ut^ pour 6d belle-filie sens s'être démis de son duché. Elle étoit Hesse^ snur de Tél^tlrice palatine , mère de Madame et fille de cette belliqueuse landgrave qui servit si constamment et si utilement la France. C'est ce qui valut et ce tabouret et celui d'une vieille mademoiselle de la Tréniollle, ââ l)elle-s(£ur ; depuis cela il est demeuré à la fille àtbée et à la femme du fila atné des ducs dé la Trémoille privativernit aux cadets et âUx cadettes. On verra en son temps ce qu'a obtenu le prince de Tahnond^ frère de M. de la Trémoille. Ce duc, son grand-père, obtint en même temps \epour^ qui est une distinction des princes qui voyagent avec la cour, sur le logis desquels les fourriers écrivent avec leuï cràté pour Monsieur uu tel, et sur tous les autres logis seulement Monsieuî m tel , et c'est ce qui s'appelle marquei^ marquer. Cette distinction du pour est tout à fait idéale et n'emporte aucune sorte de préférence de logis. Les ambassadeurs en firent tant de bruit au voyage du sacre du roi [Louis XV] que M. le duc d'Orléans à la fin le leur accorda.
Mercredi 28 , à Versailles, — Le roi travailla l'aprèsdltiée aVee Ht de Ghamillart et puis alla se promener dans lesjardinS) où Monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne raccompagnèrent. — Le roi donna à M. de Magnao^ lieutenant général ^ le gouvernement de Mont* Dauphin ) vacant par la mort de Lappara. — ^ M. le comte de Foiitaine*Martel , premier écuyer de madame la duchesse d'Orléans, mourut à Paris. Il avoit fiO,000 écus de brevet de retenue sur sa charge ; il ne laisse qu'une fille^ qui sera utie assez grande héritière. — Sainte-Marthe, courrier du cabinet^ arriva à la pointe du jour; il étoit parti de devant Barcelone le 20. Depuis la mo rt de Lappara^ on s'est rendu maître d'un ouvrage avancé qui étoit à la droite de notre attaque. On n'a point eu de peine à le prendre ; mais on a eu beaucoup de peine à s*y établir, et on y aperdu quelques grenadiers et quelques officierB> mais personne de considération. Il n'y a point de terre dans cet ouvrage , tout est roc ; on travaille à y porter de la terre pour y établir une batterie, et on croit qu'on y pçurra mener du canon le 21 . Toutes les communications sont faites avec le logement que nous avons sur un angle de la cdtitreScarpe ; on croit qu'on pourra
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donner Tassant lé 23, si les ennemis veulent se défendre, comme ils le peuvent faire sans grand danger, ayant encore leur communication libre avec Barcelone. Nos galiotes à bombes commencent à tirer sur la ville, et nous avons en d3ondance des munitions de guerre et de bouche. — Il arriva le soir un aide de camp de M. de Vendôme, qui s'appeUe de' Couches et qui est capitaine de dragons dans Lautrec; il a apporté vingt-quatre drapeaux et douze étendards; il y en a eu outre cela quatre que les ennemis ont jetés dans la rivière. Les lettres de M. de Vendôme sont du 20. Dans sa dépèche au roi, qui est fort longue et fort bien écrite, il rend compte de tout ce qui se passa le 19. Nous avions appris par le chevalier de Maulêvrier ce qui s'étoit passé cette journée-là jusqu'à midi, qui fu| rheure où M. de Vendôme le fit partir. Il se passa l'aprèsmidi une autre action qui a encore coûté fort cher aux ennemis, car de deux mille cinq cents hommes qui se retiroient poiu* tâcher à gagner Gavardo ou Salo il ne s'en est pas sauvé un seul. On en a tué onze cents., et le reste a été pris. Il y a parmi les prisonniers faits dans le reste de cette journée un de leurs officiers généraux, qui s'appeUe le comte de Falkenstein, et trois cplonels, plusieurs officiers subalternes; le nombre des prisonniers passe deux mille cinq cents hommes, et il est venu cinq cents déserteurs. On a trouvé dans Calcinato douze cents habits neufs, que nos soldats ont pris pour s'en habiller; on n'y a trouvé ni munitions de guerre ni munitions de bouche. Les ennemis ont jeté plus de six mille fusils, et M. de Vendôme fait donner un écu par chaque fusil qu'on lui rapporte. Nous n'avons eu que deux officiers considérables blessés dans toutes les deux affaires : le chevalier du Héron, brigadier et colonel de dragons, qui l'est fort dangereusement, et le fils aîné de M. de Saint-Germain-Beaupré, qui est mestre de camp de cavalerie, et il mande à son père que les chirurgiens ne croient pas sa blessure dangereuse. M. de Vendôme, dans sa relation,
donne beaucoup de louange aux officiers généraux, mais surtout à Médavy, à Albergotti et à Murçay, lieutenants généraux, au chevalier de Broglio, maréchal de camp, et à Capy, brigadier de cavalerie. Il y a quelques officiers généraux qui n'ont pas pu se trouver à l'action et dont il paroit que le roi n'est pas content. M. de Vendôme met dans sa lettre qu'il espère pouvoir marcher le lendemain 21 pour aller se mettre entre Gavardo et Salo, dans l'espérance de pouvoir attaquer ces quartiers, que les ennemis occupent encore et où ils ont de grands retranchements et tous leurs magasins. On chantera ici le Te Deum vendredi et le jeudi ensuite à Paris.
Jeudi 29, à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure et alla se promener à Marly, d'où il ne revint qu'à la nuit. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent diner à Meudon et revin* rent ici pour le souper du roi. — M. le duc d'Orléans a donné l'abbaye qu'avoit l'abbé Testu-Mauroy à Dammartin, qui est de son apanage, à l'abbé de Fortecuyère, qui est attaché à lui depuis fort longtemps. — Le jeune Vandeuil, fils de celui qui est mort lieutenant des gardes du corps, a acheté le régiment de cavalerie Dauphin 82,000 livres de M. de Cotentin, que sa mauvaise santé a obligé de quitter le service. — MM. les maréchaux de Villars et de Marsin se sont abouchés et doivent attaquer les lignes de la Monter samedi V^ mai à huit heures du matin ; ils croient que le prince de Bade voudra les défendre, nous ne croyons pas ici qu'il soit en état de cela; ils voient celadeplus près que nous,ainsi ils en peuvent mieux juger. — Monseigneur partit d'ici le matin pour Meudon, où il demeurera jusqu'au premier voyage de Marly. Le roi ira mercredi à Meudon ; il en repartira le samedi ensuite pour aller droit à Marly, où l'on demeurera quinze jours. — On a nouvelles que milord Marlborough est arrivé en Hollande.
VendrediSO, à Versailles. — Le roi entretint longtemps
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le P. de la Chaise le matin > dîna de fort bonne- heure et puis alla se promener à Màtly, d'où il ne t*evint qu'à la nuit. — Il arriva à midi un aide de camp de M. le maiféohal de Tessé^ parti de devant Barcelone la nuit du 22 aU 23. Ce maréchal mande au roi que le 21, à dix heures du soir, on attaqua les deux bastions du Mont*JôUy> dont les brèches étoient asses grandes; nos gl^enadiers S'en rendirent maîtres aisément. Nous y primes cinq cents soldats^ presque tous du régiment de la reine Anne; le coloiiél, qui s'appelle Russel, y fut pris aussi et quarante offtciers; Donnegal, Anglois, officier général quiy commandoit, y fut tué. Le lendemain 22 presque toute la garnison de Barcelone et les habitants en armes, avec beaucoup de moines armés aussi > sortirent de la ville faisant porter au milieu d'euxle grand étendard de SalUte^Eulalie) qu'on ne déploie que dans les grandes extrémité!!) ils vinrent pour attaquer notre tranchée et reprendre les bastions que nous avions pris, et les miquelets vini*ent sur la montagne la plus proche du camp. On repoussa les uns et les autres ; la garnison et les bourgeois furenl rechasses jusque dans les portes de la ville ; on en tua plusieurs ; les miquelets furent dispersés. Pendant cela trois cents chevaux des ennemis tentèrent d'enii'ér dans la ville et furent repoussés aussi ; nous n'avons pas eu trois cents soldats tués ou blessés à toutes ces affaires. M. de Ville^ neuve, colonel du régiment d'Orléans, qui soutenoit les grenadiers à l'attaque des bastions^ fut blessé de deux coups, et M. de Sandricourt, mestre de camp du régiment de Berry et brigadier de cavalerie , qui repoussa les en«nemis à leur grande sortie de la ville , fut dangereuse^ ment blessé. Les assiégés, qui se sont retirés dans le don* jon, qui est très-petit et très-mauvais, ont mis douze pièces de canon en batterie. Nous en avons déjà huit établies dans les deux bastions que nous avons pris, et on y en Va mettre beaucoup davantage; on ne croit pas que cela puisse durer plus de deux ou ii^is jours. M. de Tessé se
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loue fort de riûgéûieUr et de totis les officiels qui ont été à ces àctiotils-là. îl ttlàndè au roi qUe sûrement rarchidùc est eutsore datlë la place; il est verni beaucoup de déserteurs, qui assurent qu'on a tué plus detfois cents hommes le jour qu^ l'oii prit leis bastions. On y prit trois drapeaux du régiment de là reittfe Anne. On n a nulle nouvelle de la flotte ettnefnie; le letiips continue à être beau ; on met à terre aisément tout ce qui étoit dans nos tartanes ; on a déjà déchat^gé huit Cent Cinquante milliers de poudt^, qui sont dans lé patc d'artillerie, et l'on a des vivres en abondance dans le Câmp, sans tii*e^|àucun secours du pays.
Samedi Vmcd, à Versuitles. -^Lei*oi, après son dlner^ alla tirer et puis alla se promènera Trianon. — Coteron, colonel du régiment du Perche, qni n'a pas encore dixhuit ans et qui s'est fort distingué ail combat de Calcinato , arriva ici le matin ; il a laissé M. de Vendôme dans SaIo> d'où il le fit partir dimanche dernief, 23 de l'autre mois. Voici le détail de ce qui s'est passé depuis le 22 : Mi de Vendôme marcha le 22 de Càlcinato, sul* deux colonnes; l'infatttericj qui formoit celle de là gauche, conduite par M. de Médavy, tenoit les crêtes des montagnes qui aboutissent à Moscolin et à Gavardo , et celle de la droite, bompofiée de toute la cavalerie, M. de Murçay à la tête, marchoit dans la pente assez près du lac de Garde ; la tète de ces deux colonnes arriva sur les dix heures du matin à une portée de canon des hauteurs de Moscolin , que nous vîmes occupées par les gardes des ennemis. M. de Vendôme , après avoir reconnu le terrain , ordonna que l'on campât la droite à Manerbe et la gauche à iPolponasse, qui fut le quartier général dont il fit occuper les hauteurs par la meilleure partie de son infanterie et dans un tert^in presque inaccessible. Il se saisit aussi de plusieurs postes qui avoisinoient Salo, dans le dessein d'y marchei* sitôt qu'il auroit reconnu le pays par où il poU'tôit diriger sa manche ; mais les ennemis, qui n'étdient
pas en état de soutenir une seconde action^ prirent le parti de décamper à la sourdine une heure avant la nuit; leur cavalerie passa par la vallée de la Rocca d'Anfo et leur infanterie par Salo. M. de Vendôme^ qui ne pouvoit pas avoir de partis sur eux , leur camp et leur marche étant couverts des montagnes qu'ils occupoient, ne fut averti de leurs mouvements que sur les neuf à dix heures, n fit aussitôt commander mille chevaux et tous les grenadiers de l'armée, avec lesquels il marcha à Salo, qu'il trouva abandonné et où il apprit que M. le prince Eugène avoit passé sur les sept heures du matin , et que trois cents hommes et cent chevaux n'en étoient partis que quand ils nous avoient vus arriver. M. de Vendôme ordonna à MM. d'Albergotti et Dillon de marcher avec les grenadiers pour, après s'être rendus maîtres de Salo, s'ar vancer sur Maderne et tâcher de joindre ces trois cents hommes et ces cent chevaux d'arrière-garde. Nos gens firent peu de chemin sans tomber sur eux, mais dans un terrain si avantageux pour les ennemis qu'il ne fut pas possible de les enfoncer. 11 s'y tira quelques coups de fusils, et la nuit étant arrivée, on se retira avec perte d'un très-petit nombre de grenadiers. Comme les ennemis vont apparemment passer l'Adige et s^étendre de l'autre côté, voici la disposition que M, de Vendôme donne à son armée : il laisse H. de Médavy avec douze bataillons pour garder Salo, la Rocca d'Anfo et le val Sabio; Albergotti va avec dix-sept bataillons à la Ferrara , Saint- Frémont avec une partie de la cavalerie au bas de l'Adige ; on croit qu'il fera quelque séjour entre le Mincio et le côté de Vérone. Le reste de l'armée, avec M. de Vendôme, se rendra dans le centre entre'le Mincio et l'Adige, pour se porter où sa présence sera nécessaire. On envoie les régiments de Bellabre et de Vérac joindre M. de Guerchois dans Tile de Rovigo, où le régiment de la Marine le joindra; on envoie encore à Albergotti douze bataillons et un régiment de dragons. Quand le courrier
est parti y on travailloit à pécher dans le lac de Garde deux pièces de canon que les ennemis y avoient jetées, ne les pouvant emmener. — Madame la duchesse d'Orléans a souhaité si vivement que M. de Saint-Pierre* eût la charge de son premier écuyer que le roi et M. le duc d'Orléans y ont consenti ; mais M. le duc d'Orléans, à qui le choix ne plaisoit point, déclara à madame la duchesse d'Orléans que, si Saint-Pierre acceptoit la charge , il lui retrancheroit 13,000 francs de pension qu'il lui donnoit à lui ou à sa femme, et lui ôteroit le logement qu'il avoit à Paris au Palais-Royal.
* Saint-Pierre étoit un gentilhomme de Basse-Mormandie, qui n'a pas été heureux sur sa naissance, qui lui a attiré bien des dégoûts à la cour que des gens qui ne valoient guère mieux n'y ont pas éprouvés. Il étoit capitaine de vaisseau et assez estimé. Lorsque le roi voulut que le petit Renaud tînt une école de marine, et y soumettre les offficiers jusqu'aux capitaines , celui-ci, avec quelques autres , y résista si ferme qu'ils en furent cassés. Sa femme, jeune, jolie, étourdie et qui, dans un goût tout opposé , ne manquoit pas plus que lui d'esprit et d'intrigue et qui étoit de Brest, vint s'introduire chez madame la duchesse d'Orléans , dont elle fut bientôt favorite , et son mari un favori de M. d'O. Il tenta d'avoir la charge de capitaine de la porte, qu'eut Nancré, et se trouva si offensé de cette préférence qu'il se licencia en propos plus qu'audacieux, dont M. le duc d'Orléans, contre son ordinaire, se sentit piqué à l'excès et le témoigna. Fontaine-Martel, qui étoit frère de M. d'Arcy, chevalier de l'Ordre et mort auprès de M. le duc d'Orléans, dont il avoit été le dernier et le plus digne gouverneur, étant mort et laissant vacante la charge de premier écuyer de madame la duchesse d'Orléans, elle y voulut avoir M. de Saint* Pierre , et prétendit que pour une charge chez elle on ne le lui pouvoit pas refuser. Cela fit une forte brouillerie entre elle et M. le duc d'Orléans, qui de sa vie n'a pu souffrir les Saint-Pierre.
Dimanche 2, à Versailles. — Le roi travailla Taprèsdinée avec M. de Chamillart et puis alla tirer sur les cinq heures. Monseigneur vint ici le matin pour le conseil ; il entendit la messe avec le roi et on y chanta le Te Deum pour le gain de la bataille de Calcinato. — Voici quelques augmentations ou quelques changements qu'il
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y a eu^ depi^is quelque tamps^ dans quelques pégii^ents d'infanterie, et j'en ai peut-être déjà. otarquéiiQQ partie : Philippes, qui a-voit un des petits régiments nouveaux^ a eu le régiment de Limousin , et celui qu'il avoit a été donné à Vassan ; celui de FrancUeville, qui étoit un nouveau régiment^ ^ été donné pour 12,000 francs au chevalier de Rochefort, frère de M. de Soye, un des premiers commis de M. de ChamiU^t ; le régiment de Savigny a été donné pour 12,000 francs aussi 4 Basset, capitaine de grenadiers; le chevalier de CoëtenfatO, ayant acheté un guidon de gendarmerie , a vendu son régiment 20,000 livres au comte du Roure. On a créé un cinquième bataillon p our le régiment Royal-Artillerie et un second bataillon pour les bombardiers ; on lève un régiment bavarois de deux bataillons de six compagnies de cent hommes; chacuUj et le roi en donne le commandement au phevalier de Wercy . On a augmenté de deux cents hommes la compagnie franche de Lacroix, et on lui a donné sous ses ordres quatre compagnies franches de dragons, qui sont levées.
Lundi 3, à Versailk^, — Le roi prit médecine et Taprès-dinée il tint conseil de dépêches, parce que lundi dernier il n'avoit pas pu finir toutes les affaires de ce conseil. Pendant qu'il y étoit il arriva un courrier de M. de Villars, parti du 1*' de ce mois. Les ennemis ont abandonné les lignes de la Monter ; M. de Villars a passé à ISischweiler, où ils av oient d'assez grands magasins ; on n'a vu de leurs troupes que sept ou huit cents chevaux , que le marquis du Bourg le fils attaqua et poussa vigoureusement; ils firent très- peu de résistance et prirent la fuite fort vite. On leur tua une centaine de cavaliers, et nous n'avons perdu à cette action que trois houssords; on leur a pris cent chevaux. Le gros de leurs troupes a re-r passé le Rhin en assez grand désordre; ils ont jeté quelque infanterie dans Haguenau, que nous allons attaquer ; ils ont laissé peu de monde dans Drusenheim, que nous
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prendrons fort vite et que nous i^e noua flattions pas seulement, il y a quelques jours, de pouvoir attaquer. M. de Villars marche à leur pont de Statmatt^ qui est entre Drusenbeim et le Fori-I^ouis» que voilà secouru sûrement.
Mardi /i-, à YersaUhf- -^ l^e roi travailla Taprès-dlnée avec M. de Pontchartrain jusqu'à cinq heures et puis s'alla promener à Tri^non. Madanie la duchesse de Bourgogne se pron^ena autour du canal ^ trouva madame de Maintenon qui revenoit de baint-Cyr, monta dans son carrosse et la mena à Trianon^ où elle se promena quelque temps avec le roi^ et madame de Maintenons qui ne se porte pas trop bien, ne descendit point .de c«^rrosse et revint ici. -^ Il arriva un courrier de M, de Marsin, qui laisse une partie de son arm^e à K. de Yillars et remarcbe sur la Moselle avec dix-huit bataillons et vingt escadrons; il y en trouvera encore vingt autres qu'on y avoit laissés ^ voyant bien qu'on n^en auroit pas besoin pour l'expédition que nous allions faire^ et voulant donner jalousie aux ennemis sur Traôrbacb, qu'ils crurent effectivement que nous voulions attaquer, et quand ils en ont été désabusés , il n'étoit plus temps d'envoyer au prince de Bade les troupes qu'ils avoient dans le Qonsruh. M. Péry, lieutenant général, qui commandoit l'année passée dansHaguenau, en fera le siège. Il arriva un courrier de M. de Villars une heure après celui de M. Marsin. M. de Villars mande qu'il est maître de la tète du pont de Statmatt, que les eu*nemis ont plié de l'autre côté du Rhin après l'avoir passé fort en désordre. Il fait faire le siège de Drusenheim , où il y a fort peu de monde , par le marquis de Vieuxpont, niaréchal de camp ; il va faire relever la garnison du Fort-L«ouiS; qui ne manquoit encore de rien de ce qui est nécessaire à la ville. — M. le chevalier de Tessé , fils du maréchal, arriva de devant Barcelone; les ennemis abandonnèrent, le 35, le Mont-Jouy et la communication qui va à Barcelone, dont nous nous emparâmes aussitôt, et dès le soir même on ouvrit la tranchée à la ville. Cette
nuit-là le marquis de Cifuentès tenta de jeter un secours par mer dans la ville ; il avoit plusieurs barques, dont les nôtres en prirent vingt ; mais quelques autres en petit nombre , et celle entre autres sur laquelle étoit Cifuentès , entrèrent dans la ville. Le chevalier de Tessé partit le 26, au matin.
Mercredi 5, à Meudon. — Le roi, après dîner, travailla jusqu'à cinq heures avec M. de Chamillart et puis vint ici, où il demeurera jusqu'à samedi. Monseigneur le duc de Bourgogne , madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry y arrivèrent avant le roi. — Le marquis de SaintrPierre , proche parent de M. le maréchal de Villars, arriva à Versailles le matin. M. de Villars mande au roi qu'il a changé la garnison du Fort-Louis, et que pendant qu'il fait faire les sièges de Haguenau et de Drusenheim il alloit marcher avec le reste de l'armée sur la Lauter, et qu'il verroit si l'on pourroit entreprendre quelque chose sur Lauterbourg , où il croit que les ennemis n'auront pas eu le temps de jeter beaucoup de troupes ; le poste est considérable. — Le roi a ordonné qu'on fit le procès au prince Emmanuel de Lorraine , à Langallerie et au chevalier de Bonneval, qui avoient pris parti dans les troupes de l'empereur. — Parmi les lettres qu'on reçut hier de Barcelone il y en a une de M. de Beauharnois , intendant de la marine , qui mande par un postscript que , la nuit du 25 au 26, le même bâtiment qui avoit porté M. de Cifuentès dans Barcelone en étoit ressorti deux heures après, et qu'on soupçonnoit que l'archiduc pourroit être sauvé sur ce bàtiment-là.
Jeudi 6, à Meudon. — Le roi se promena beaucoup le matin et le soir dans les jardins, et Monseigneur fut toujours à cheval à côté de sa calèche. — 11 arriva après dîner un courrier de M. de Berwick ; ses lettres sont du 27 au soir, d'auprès de Placentia; en voici la copie (1) :
(1) Cette copie manque dans le manuscrit original.
— L'àbbéde Louvoisfut élu pour remplir la place vacante dans rAcadémie françoise, et le roi approuva le choix de rAcadémiey dont l'abbé de Polignac vint lui rendre compte.
Vendredi 7, à Meudon. — Le roi se promena le matin et Taprès-dlnée. — Il arriva un courrier du maréchal de Yillars^ qui apporta la nouvelle que les ennemis avoient abandonné Lauterbourg^ où nous avons mis des troupes; ainsi nous voilà maîtres delà Lauter comme de la Monter. La retraite des ennemis fut si précipitée quand ils passèrent le pont de Statmatt , qu'ils ont perdu beaucoup de leurs bagages. On a pris celui du comte de Frise , où étoit toute sa vaisselle d'argent.; il étoit à Bischweiler avec sa femme et s'en alla diligemment à Landau^ dont il est gouverneur. C'étoit lui qui commandoit les lignes de la Mouter, car le prince de Bade est malade à Rastadt. Le canon commence à tirer devant Haguenau^ où les ennemis ont treize cents hommes ; nous voudrions bien qu'il y en eût davantage, car c'est autant de prisonniers de guerre. Nous en useronsde même pour Drusenheim^ où ils en ont six cents. — Madame d'Hanovre mande à Madame que madame l'électrice palatine , veuve de l'électeur frère de Madame^ est morte en Saxe; elle étoit tante du roi de Danemark d'aujourd'hui.
Samedi S, à Marly, — Le roi partit de Meudon après son dîner pour venir ici , où nous demeurerons quinze jours. — Tous les officiers de l'armée de Flandre ont pria congé de S. M. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme , ses lettres sont du 2. Il avoit détaché M. d'Albergotti pour prendre le poste de la Ferrara; mais, quelque diligence qu'il ait pu faille, M. le prince Eugène, qui connoissoit conune nous l'importance de ce poste , Fa occupé avant que nous pussions y arriver, et M. d'Albergotti avoit rejoint M. de Vendôme à Rivoli, après avoir été vingt-quatre heures en présence du prince Eugène.
. de Vendôme s'est posté depuis le lac de Garde jusqu'à
TAdige, ayant Garde à notre gauche et notre droite allant sur l'Adige vis-à-vis de Pontone. M. de Vendôme fait retrancher son camp, comme le prince Eugène a fait retrancher le sien , et l'on croit que le prince Eugène ne pourra pas subsister longtemps où il est^ et qu'ainsi il sera obligé de passer l'Adige. — Nous avons lieu d'espérer quia madame la duchesse de Bourgogne est grosse. Dimanche 9, à Marly. -^ Le roi tint conseil le matin à son ordinaire et travailla Taprès^-dlnée jusqu'à cinq heures avec M. de Chamillart; ensuite il alla à son grand mail voir jouer les bons joueurs ; Monseigneur, messdgneurs ses enfants et madame la duchesse de Bourgogne y étoient. Il y avoit huit calèches de dames , et au bout du grand mail elles trouvèrent une collation magnifique qu'on portoit à chaque calèche. — U arriva Taprès-dlnée un courrier de M. Orry, parti de Madrid le 2. Ce courrier, qui est un valet espagnol , a dit que la reine en devoit partir le lendemain pour aller joindre l'armée du duc de Berwick à Talaveyra de la Reyna; il le dit à tant de gens que le bruit s'en répandit ici ; cependant il n'y en a pas un mot dans les lettres de M. Orry, et M. Amelot, notre ambassadeur, n'écrit point ; ainsi il n'y a aucune apparence que cela soit vrai. U arriva aussi un courrier de devant Barcelone; les lettres de M. le maréchal de Tessé ne sont que du 29; celles de M. le comte sont du V\ L'archiduc est encore dans la place; on ajoute même que les habitants ont redoublé la garde devant sa maison et lui ont déclaré qu'il falloit qu'il partageât leur destinée. M. de Péterborough est venu avec deux mille hommes à demi-lieue du camp et vouloit faire entrer ce secours dans la ville . mais un de ses aides de camp déserta et vint avertir le roi d'Espagne. On redoubla la garde de ce côté-là; le roi d'Espagne y marcha lui-même, et Péterborough, voyant son entreprise découverte, n'osa venip. Les déserteurs de la ville disent que les moines sont tous rentrés dans leurs couvents, que beaucoup de
miquelets se retireiit dans leurs maisons* Nous avons présentement trente pièces de canon en batterie qui battent 6D brèche, et le lendemain on y en devoit encore mettre viogt. Il n'y a eu personne de considérable ni tué ni blessé depuis le siège de la ville. — Le roi a donné une gratification de 2^000 écus àM. de Biron, qui espère qu'elle sera tournée en pension. — Le roi a donné le régiment deLabourt, qu'avoit le chevalier de Bonne val, à Rémond, officier de mérite^ qui en étoit lieutenant-colonel et qui s'est offert de lui-même à payer à quelques officiers de ce régiment 10 ou 12,000 francs que le chevalier de Bonneval leur avoit retenus. Le roi a donné à la veuve de Lappara une pension de 2,000 francs.
lundi 10, à Marly^ — Le roi travailla l'après-dlnée avec M. Pelletier et puis alla se promener au petit mail avec madame la duchesse de Bourgogne et beaucoup de dames, qui trouvèrent une grande collation à leur promenade. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry coururent le loup. — La nouvelle qu'avoit débitée hier le courrier de M, Orry, que la reine d^Espagne devoit sortir de Madrid, est entièrement fausse. — On eut nouvelle qu'il y a trente-un vaisseaux des ennemis dans la Méditerranée, savoir dix-huit de ceux que l'amiral Leak avoit dans la rivière de Lisbonne et deux escadres venues d'Angleterre, l'une de six vaisseaux et l'autre de sept; sur cette dernière escadre il y a trois bataillons. M. le conit^ de Toulouse est bien informé, et s'il n'arrive point d'autres vaisseaux aux ennemis, il les attendra ; mais on mande qu'on a vu passer au cap de Finistère l'escadre du chevalier Bingh, qui est de treize gros vaisseaux; si elle joignoit les trente et un, H. le comte ne seroit pas assez fort pour les attendre, car il n'a que vingt-neuf vaisseaux. Mardi 11, à Marly. — Le roi tint conseil de finances le matin, comme il fait tous les mardis, et l'après-dlnée a travailla avec M. de Pontchartain jusqu'à cinq heures; après quoi il aUa voir jouer les bons joueurs à son grand
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mail. Monseigneur, messeigneurs ses enfants y étoient et madame la duchesse de Bourgogne; il y eut une grande collation pour les dames. — On reçut des lettres de M. de Villars par l'ordinaire. Il mande que les ennemis s' étoient retirés la nuit de Drusenheim, où nos troupes sont entrées , mais que le siège de Haguenau dureroit plus qu'on n'avoitcru, parce que les ennemis y ont laissé deux mille cinq cents hommes, soixante pièces de canon et six cents milliers de poudre; cette artillerie et cette poudre étoient destinées par eux pour faire le siège de Phalsbourg ; voilà leurs projets bien dérangés. M. de Villars a été un jour au siège de Haguenau, et puis il est allé à Bischweiler, d'où sa lettre est datée. — M. de Valsemé, qui est prisonnier en Angleterre, arriva samedi à Meudon; on lui a permis de venir en France pour six mois. M. de Marivaux et sept ou huit officiers en sont revenus avec lui avec la même permission, et il Fa apportée aussi à M. de Montpeiroux et au marquis de la Vallière ; mais ils ne l'ont point voulu donner au marquis d'Alègre.
Mer crevai 12, à Marly. — Le roi, après son lever, s'amusa quelque temps à regarder Téclipse, qui fut trèsgrande, [avecj Monseigneur, madame la duchesse de Bourgogne, tous les princes et toutes les dames. Monseigneur le duc de Bourgogne avoit fait venir de l'observatoire de Paris le jeune Cassini et le jeune la Hire avec tous les insti'uments propres à l'observer; mais dès que le roi fut entré au conseil, il l'y suivit et laissa les astronomes achever leurs supputations (1). Le roi travailla Taprès-dlnée avec
(1) «Sur les huit heures du matin, après qu'on eut disposé à Marly, deTant la façade méridionale du château, c'est à-dire devant le salon qui regarde les belles eaux artificielles qu'on appelle la /?i{;iér6,les instruments nécessaires pourl'obseryation de l'éclipsé, savoir de grandes lunettes de longue vue, montées l'une sur une genouillière, accompagnée d'un quartde nouante, etdeux autres sur des manières d'échelles, avec des tablettes marquées <les douze doigts écliptiques, exposées à l'un de** bouts , pour recevoir l'image du soleil : après , dis-je , que toutes ces choîips furent préparée? , nionscignour le duc de Bouriiogiie , à l'exemple
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M. de Chamillart jusqu'à cinq heures et puis se promena dans les bosquets^ où il y eut une grande collation pour les dames. — On a nouvelle que la flotte du chevalier de Bingh est entrée dans la Méditerranée; ainsi les ennemis y ont du moins quarante-cinq vaisseaux. — M. de la Feuillade devoit assembler son armée le 7 et le 8 à Montanara et marcher ensuite devant Turin, où il compte qu'il arrivera le 15; il espère que M. de Vendôme pourra lui envoyer quelque renfort.
Jmdi 13, jour de V Ascension, à Marly. — Le roi se promenale matin et Taprès-dinée dans ses jardins, où il fait planter beaucoup de grands arbres. Madame la duchesse de Bourgogne se trouva mal en dînant avec le roi. Elle fttt obhgée de sortir de table, et, en traversant le salon poop rentrer chez elle, elle trouva un tabouret qui la fit tomber sur les genoux; comme elle alloit fort vite, la chute fut fort rude. On la mit d'abord au lit, où M. Fagon est d'avis qu'elle demeure quelques jours. On ne doute point qu'elle ne soit grosse, et elle n'en doute pas elle-
«lephuieDre grands rois, qui ont joint, comme ce prince, la gloire des armes à celle des lettres, et particulièrement à la connoissance des pieux, observa Mft-exactenient, à la Yue de tout ce que la cour a de plus distingué , la grandes et la dorée de ce phénomène ; et les dames youhirent bien retrancher de leur sommeil pourvoir ce qui se passeroit en cette occasion. Monseigneur le Hoc de Bourgogne , après avoir observé Téclipseet sa durée, rapporta tout ce <|n*0 a? oit TU , et n'oublia aucune particularité de ce qui regardoitla cause de l'édipge;et ce prince, marquant les différentes sortes dont elle pouvoit être vw dans les différents endroits du monde, toucha doctement plusieurs beaux pointe de physique , et l'histoire des principaux événements qui se sont passés <lin8 les deux sur ce sujet : ce qu'il fit avec une netteté et un fond d'érudition 4^ mprit quelques philosophes que la bonté de ce prince avoit bien voulu ^ûofirir auprès de lui. Ils trouvèrent qu'on ne pouvoit rien ajouter au >*^et k la pénétration de ce prince, ainsi qu'à la facilité avec laquelle il s'éMuee et à sa grande exactitude, qui parut en ce qu'il découvrit deux er- 'nm dans les calculs que les plus fameux astronomes ont fait imprimer sur tttteécKpse; l'une de quatre minutes dans sa durée, et l'autre d'environ un tien de doigt dans sa grandeur, le soleil n'ayant paru couvert de la lune que de dix doigts et un peu moins de cinq sixièmes de doigt. » ( Mercure de mai, mes 140 à 144.)
même. Le roi alla la voir avant sa promenade, au retour de sa promenade et après son souper. Monseigneur et messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry y furent toute l'après-dlnée; on espère qu'il ne lui en arrivera aucun mal , car elle n'en sent aucune douleur. — Le comte de las Torres a pris plusieurs petites villes dans le royaumejde Valence, dont la principale est Àlcira, qui ôte aux ennemis la communication de Valence à Dénia ; ce comte envoie quelques bataillons au comte de Berwick, qui en a déjà neuf et qui en fait venir outre cela huit de Badajoz; la reine d*Espagne lui envoie aussi quelques milices de Madrid. On n'a point de lettres de ce maréchal ni de la marche des troupes portugaises depuis le 2*7.
Vendredi 14 , à Marly, — Le roi travailla après la messe avec le P. de la Chaise et puis alla voir madame la duchesse de Bourgogne, qui ne se sent point de sa chute. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry allèrent courre le loup. L'après-dlnée le roi entra chez madame la duchesse de Bourgogne; il y revint encore après la promenade et après son souper; elle se porte bien, est fort gaie et joua toute Taprès-dlnée. — M. de Chamillart le fils vint de l'Étang au lever du roi et lui apporta des lettres du maréchal de Villars, qui mande que deux mille hommes qui étoient dans Haguenau se sont rendus prisonniers de guerre; il y avoit un officier général qui les commandoit, qui s'appelle Foissin , plusieurs officiers , soixante pièces de canon, dont il y en a plus de vingt de trente Uvres de balles et douze de vingt-quatre; on y a trouvé cinq cents milliers de poudre, grande quantité de sacs de farine et d'avoine. Ils avoient fait ce grand dépôt dans cette mauvaise place dans l'espérance défaire une grande entreprise; nous croyons que c'étoit pour Phalsbourg, et quelques-uns de leurs officiers qu'on a pris assurent que milord Marlborough devoit venir avec une grosse armée , et que le prince de Bade et lui de-
voient assiéger Strasbourg, ce que nous ne croyons pas faisable. Péry, qui a fait le siège de Haguenau, envoie au roi son neren, ^i apportera les drapeaux pris dans la ville et par qui on saura encore beaucoup de particularités; nous n'avons pas eu deux cents hommes tués ou blessés à ce siège. — M. de Ppntchartrain vint dire au roi, le soir, qu'il avoit eu des lettres de Marseille du 7 an matin, par lesquelles on lui mandoit qu'il y étoit arrivé le 6 au soir un patron de barque qui assuroit être parti de devant Barcelone le jour de devant, qu'il avoit entendu tirer beaucoup de canon sur la ville et qu'on disoit qu'iljy avoit déjà une grande brèche et que Tarchiduc étoit encore dans la place. Le patron a signé sa déposition, ce qu'on leur fait faire toujours à cette heure, afin qu'ils ne débitent pas tant de fausses nouvelles qu'ils avoient accoutumé de faire ; et on les punit quand ils ont dit des faussetés.
Samedi 15, à Marly. — Le roi, après sa messe, après son dîner, après sa promenade et après son souper, vint diei madame la duchesse de Bourgogne, à qui il n'est Mrivé aucun accident de sa chute. Monseigneur alla dès le matin à Meudon, d'où il ne revint que pour être à la musique, qui commence toujours avant neuf heures. Monseigneur le duc de Berry se trouva un peu mal hier au **?, fut saigné et passa toute l'après-dlnée chez madame Ift duchesse de Bourgogne, d'où monseigneur le duc de Bourgogne ne sort guère que pour se renfermer à travailler dans son cabinet. — Le neveu de M. Péry arriva, Çù apporta les drapeaux pris dans Haguenau; tout ce 9P'on avoit dit qu'on avoit pris dans cette ville est vrai, hoimis Fofficier général, car le plus considérable officier VA Mt dans la place étoit un lieutenant-colonel. M. de ^Uars est campé à Lankandel; il a envoyé des partis qui ^ sont saisis de Gemersheim et qui sont dans la petite «Wlande; il en a envoyé d'autres à Neustadt et jusques ^près de Mayence, et fait contribuer jusque dans le
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bailliage d'Alsey . — Il arriva le soir un courrier de M. le comte de Toulouse, qui est revenu le 11 avec tous ses vaisseaux à la grande rade de Toulon; il fit voile le 8 au soir de devant Barcelone , ses fipégates, qu'il avoit envoyées pour avoir des nouvelles de la flotte ennemie. Tayaut assuré qu'elle approchoit, forte au moins de quarante-cinq vaisseaux de guerre. Avant que M. le comte partit de de^ vaut Barcelone, il avoit eu une grande conférence avec le maréchal de Tessé et une avec Puységur, qui Tavoient assuré tous deux que son éloignement n'empécheroit pas que Barcelone ne fût pris et fort promptement, parce qu'il y avoit, dès le 7, une brèche de plus de cinquante toises, et on espère qu'on aura pu monter à l'assaut le 9 au matin. On croit même que les ennemis n'auront pu débarquer les quatre mille hommes qu'ils ont sur leur flotte, attendu qu'ils ne pou voient être dans la rade de Barcelone que le 9. Le roi d'Espagne a des vivres dans son armée pour deux mois.
Dimanche 16, à Marly. — Le roi, après le conseil, qui dura moins qu'à l'ordinaire , travailla avec M. de Chamillart, et l'après-dlnée il y travailla encore jusqu'à cinq heures, après quoi S. H. entra chez madame la duchesse de Bourgogne et puis alla se promener dans ses jardins. Madame la duchesse de Bourgogne entendit la messe dans son lit et ne retournera à Versailles que samedi, quoique le roi y doive retourner vendredi; elle veut demeurer dans son lit ou sur un lit de repos jusqu'à ce que les neuf jours de sa chute soient entièrement passés. — Le chevalier de Nangis arriva ici sur les six heures du soir; il apporta la nouvelle que Chavagnac, capitaine de vaisseau et qui en avoit quatre avec le sien, avoit fait une descente dans Tile de Saint-Christophe, dont les Anglois étoient entièrement maîtres, qu'il en avoit ruiné toutes les habitations et y avoit pris huit cents nègres qu'il avoit embarqués sur ses vaisseaux, et qu'ensuite , ayant été joint par d'Iberville, plus ancien capitaine de
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vaisseau que lui et qui s'étoient donné rendez-vous dans ces mers-là^ ils avoient attaqué et pris l'Ile de Nièves, tout entière aux Ânglois et où ils avoient des établissements plus considérables qu'à Tile de Saint-Christophe^ qu'ils en avoient ruiné tous les forts, toutes les habitations et les sucreries^ qu'ils avoient fait un dégât dans cette lie dont le tour n'est que de neuf lieues, que tous les habitants s'étoient rendus prisonniers de guerre et que^ n'ayant pas assez de vaisseaux pour les emmener^ ils avoient donné les plus considérables habitants de TUe en otage; on a pris trente vaisseaux marchands, dont il y en a qui sont percés pour trente-six canons, qu'on y avoit fait un gros butin et qu'on en avoit emmené sept mille nègres qu'on compte de vendre au moins 400 livres chacun. Le gouverneur et le major de l'Ile ont été tués, et Faction ne nous coûte que quelques soldats et un enseigne de vaisseau. Nous avions pour cette expédition douze cents soldats et treize cents flibustiers (1).
Lundi 17, àMarly. — Le roi travailla l'après-dlnée avec H. Pelletier et puis, après avoir été chez madame la duchesse de Bourgogne, il alla se promener dans les jardins. Il ne partira d'ici que samedi et demeurera ce jour-là par amitié pour madame la duchesse de Bourgogne, et il ne communie que le jour de la Pentecôte, quoiqu'il communiât toujours la veille. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry passent presque toute la journée chez madame la duchesse de Bourgogne, qui ne se lève que pour se mettre sur un lit de repos et qui a tous les accidents d'une bonne grossesse. — L'empereur a mis, de son autorité, les électeurs de Bavière et de Cologne au ban de l'empire ; cela s'est fait à Vienne avec beaucoup de solennité et contre toutes les règles; ce
(1) Voir les Relation» des expéditions faites par M, le comte de Chavagnaeet M.d'Jberville ftux iles de Saint- Christophe et de Nièves ^ dans le Mereure de mai » pages 239 à 319.
procédé est violent, et les droits des électeurs sont fort blessés. — M. de Vendôme envoie dix-huit escadrons à M. de la Feuillade, qui doit arriver devant Turin quelques jours plus tôt qu'on ne Tavoit dit. — Le roi a donné à M. de Lenoncourt, capitaine de cavalerie depuis cinq ans, l'agrément pour acheter le régiment du jeune Bartillat, qui sert en Italie; le mestre de camp est obligé de se retirer par sa mauvaise santé.
Mardi 18, à Marly, — Le roi, après le conseil de finances , demeura encore quelque temps à travailler avec M. de Chamillart, et après son dîner il travailla avec M. de Pontchartrain. Madame la duchesse de Bourgogne continue à garder le lit ; le roi la va voir trois ou quatre fois par jour, Monseigneur y va à tout moment et messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry sont presque toujours dans sa chambre; elle continue à se bien porter et joue toutes les après-dlnées et fort souvent même après son souper. — Il arriva cinq courriers , un du maréchal de Villeroy, un du maréchal de Villars, un du maréchal de Marsin; ces trois-là n'apportent rien de considérable, ce sont des réponses aujt ordres que le roi leur avoit envoyés. Les deux autres courriers sont de M. Amelot et de M. de la Feuillade. M. Amelot écrit du 9 de Madrid ; il mande qu'il avoit reçu des lettres du duc de Berwick du 8 au matin . L'armée des ennemis étoit ce jour-là à Almaraz,'Sur leTage, et leurs généraux nes'ac* cordoient point sur les entreprises qu'ils pouvoient faire et avoient envoyé à Lisbonne pour recevoir les ordres du roi de Portugal. Milord Galloway vouloit marcher à Madrid; les deux généraux portugais vouloient marcher en arrière et ne s'accordoient point non plus entre eux sur l'entreprise. Le marquis das Minas vouloit repasser le Tage et rémarcher à Badajoz; le marquis de la Frontera vouloit qu'on allât à Ciudad-Rodrigo ; cette incertitude «st très-favorable aux Espagnols et calme les inquiétudes qu'on avoit à Madrid. M. de la Feuillade mande qu'il
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étoit arrivé devant Turin le 18; il tiendra son armée cinq ou six jours entre le bas Pô et la Dore-Suzine; il travaille à des lignes, et jusqu'à, ce qu'elles soient en bon état il ne passera point la Dore, Il fait faire, en attendant, des ponts sur cette rivière par M. de Gévaudan, qu'il a envoyé à Pianezza; quand il aura passé la Dore, il fera faire des lignes qui ifont jusques au haut Pô, et ne songera point à ouvrir la tranchée que tous ses quartiers ne soient bien établis.
Mercredi 19, à Marly. — Le roi, après le conseil, travailla quelque temps avec M. de Chamillart et l'aprèsdlnée retravailla encore avec lui jusqu'à cinq heures. La cour d'Angleterre arriva à six heures; le roi se promena quelque temps avec LL. MM. BB., et puis ils entrèrent chez madame la duchesse de Bourgogne ; la reine alla ensuite chez madame de Main tenon avec le roi. La musique commença de bonne heure; le roi d'Angleterre et la princesse sa sœur y allèrent avec Monseigneur. On soupa à neuf heures et demie, et après le souper le roi remena encore LL. MM. BB. chez madame la duchesse de Bourgogne, et puis ils retournèrent à Saint-Germain. Le roi, après les avoir reconduits, à son ordinaire, jusqu'au bout du salon, revint encore chez madame la duchesse de Bourgogne avant que de se coucher. — Les troupes du maréchal de Marsin, composées de dix-huit bataillons et de vingt escadrons, qui étoient campées auprès de Metz, ont commencé du 16 de ce mois à marcher en Flandre. -^ Gourlandon , maréchal de camp, à qui le roi venoit de donner une pension parce qu'il étoit obligé de quitter le service à cause de ses incommodités, est mort à Paris. -*- Après le coucher du roi, nous vîmes arriver un courrier du duc de Berwick. M. de Chamillart ne jugea pas à propos de faire éveillei* le roi; ainsi on ne sait point le détail des nouvelles qu'il porte ; on sait seulement qu'il n'y a rien que de bon.
Jeudi 30, à Marly. — Le roi se promena le matin et
Faprès-dlnée dans ses jardins^ et vint plusieurs fois dans la journée chez madame la duchesse de Bourgogne, qui continue à se bien porter. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry coururent le loup. — Le courrier du duc de Berwick qui arriva hier après le coucher du roi apporta des lettres du 5 et du 1 1 ^ dont voici la copie : « Le 28 les ennemis marchèrent à Placencia, d'où le 1" de ce mois ils vinrent avec toute leur armée sur la Tieta ; ils se mirent en bataille sur le bord de Tautre côté et mirent quelques pièces de canon, dont ils tirèrent pendant deux heures; toutefois ils n'osèrent passer que nous ne nous en fussions éloignés. M. de Jeoffreville, qui commandoit l'arrière-garde , composée de douze troupes de carabiniers, se retira en si bon ordre que les ennemis, quoiqu'ils le suivissent une demi-lieue toujours tiraillant , n'osèrent le charger; toute notre cavalerie étoit en bataille pour le recevoir, de manière que, dès que les ennemis nous aperçurent hors du bois, ils s'en retournèrent camper sur la rivière, et nous vînmes à Casate-Cada à quatre lieues des ennemis. Nous n'avons eu que sept ou huit hommes de tués et autant de chevaux. »
Le 11, au même camp de Peralera. — «Les ennemis marchent aujourd'hui et vont retourner sur la Tieta ; ainsi voilà leur dessein déclaré sur Ciudad-Rodrigo ; je vais dans l'instant les suivre et je tâcherai même de les devancer. Pour peu que nous eussions d'armée , les ennemis ne feroient plus rien cette campagne. »
Vendredi 21 , à Marly. — Le roi travailla le matin avec Mansard, qui lui montra les plans de bâtiments que S. M. veut faire à Meudon à l'endroit où est la grotte, et l'après-dinée le roi se promena beaucoup dans ses jardins, où il fait toujours planter. — Le chevalier de Courcelles*, lieutenant général, est mort à Luxembourg, où il commandoit sous le comte d'Autel; il y avoit fort longtemps qu'il étoit malade. Il avoit une des plus belles commanderies de l'ordre de Malte, qui est Vaillant-Pont en
Flandre. — M. de Roquelaure a fait prendre en Languedoc quelques chefs de fanatiques qui étoient fort cachés , et il les a fait pendre. — L'ordinaire de Roussillon arriva; on espéroit qu'il y auroit quelques lettres qui parleroient de Barcelone; mais toutes celles qui en sont venues n'en disent rien. On mande seulement que les soulevés qui s'étoient remis à l'obéissance du roi d'Espagne avoient repris les armes dès qu'ils ont appris l'arrivée de la flotte ennemie.
* Ce chevalier de Courcelles étoit petit-fils de cette madame deCourcelies, fameuse par ses plus que galanteries, sœur du maréchal de Villeroy le père.
Samedi 22, à Versailles. — Le roi, Monseigneur, monseigneur le duc de Bourgogne, madame la duchesse de Boitirgogne , monseigneur le duc de Berry et Madame , après avoir dîné à Marly, en partirent tous séparément pour venir ici , et en arrivant ils allèrent tous à la chapelle entendre vêpres , hormis madame la duchesse de Bourgogne, qui se mit au lit; les neuf jours depuis sa chute sont passés, et elle se porte bien. — M. le maréchal de Villeroy a assemblé son armée le 18 entre la Velpe et laGhette près de Tirlemont; celle des ennemis s'assemble auprès de Maastricht, et on croit que nous pourrions bien faire le siège de Loo. — On a des lettres du maréchal de Villars du 17; il s'étoit avancé jusqu'à Spire, et faisoit retrancher les bords de la Lauter depuis Weissembourg jusqu'à Lauterbourg. Les troupes de Lunèbourg et de Hesse qui étoient dans le Honsruch ont eu ordre de leur maître d'aller joindre le prince de Bade, et on apprend qu'elles sont déjà proches de Mayence. — M. de Meyercroon , envoyé de Danemark, se dispose à retourner en son pays ; il n'aura point d'audience de congé, parce qu'il n'apportera point de lettres de recréance de son maître, qui prétend que le roi le doit traiter de Majesté, ce qui Tie s'est point encore fait et que le roi ne veut point faire.
ilO JOURNAL DE DANGEAU.
Dimanche 23, four de la Pentecôte ^ à Vermilles. — Le roi, MopseigneuF et messeigneurs sesenfents firent leurs dévotions, après quoi leroi toucha une grande quantité de malades, et puis il pila avec les chevaliers de l'Ordre eptendre la grand'messe, à. laquelle M. Tarchevêque d'Aix officia, L'aprèS'dlAée 8. M, et toute la maison royale enteudireat le sermon de Tabbéde la Petitière et vêpres ejQjsuite. Madame la duchesse de Bourgogne ne descendit point en bas. A la sortie de vêpres le roi s'enferma avec le P. de la Chaise et fit la distribution des bénéfices; il n'y en avoit aucun qi^i passât 1,000 francs; le roi alla ensuite au salut avec toute la maison royale. — M. de Marsin , qui s'étoit arrêté quelques jours avec sa petite année à l'Espérange près Luxembourg, marche en Flandre avec dix-huit bataillons et quelques escadrons; il en a envoyé à M. le maréchal de Villars neuf, trois de dragon» <çt six de cavalerie. — On n'a point de nouvelles sûres de Barcelone ; les bruits les plus apparents qui viennent de ces côtés-là sont qu'il s'est trouvé beaucoup plus de difficultés à ce siége-là depuis le départ de M. liç comte de Toulouse et l'arrivée de la flotte ennemie, qui a doijné beaucoup de courage aux assiégés et aux miquelets; et on cceLint bien que le roi d'Espagne ne soit obligé d'abandonner cette entreprise.
Lundi 24-, à Versailles. — Le roi, après le conseil, travailla encore avec M. de Chamillart, et Taprès-dlnée il travailla avec M. Pelletier jusqu'à cinq heures et puis alla se promener à Trianon, Madame la duchesse de Bourgogne continue à se porter bien de sa grossesse; elle alla se promener en carrosse jusqu'au canal, où elle s'amusa à pécher. — M. le maréchal de Villeroy est campé entre les Ghettes, et il a envie que les ennemis s'avancent de leur côté et que toutes leurs troupes soient assemblées; ainsi dans peu de jours il pourroit bien y avoir une affaire considérable en ce pays-là; M. de Marsin ne sauroit joindre M. de Villeroy que dans quelques jours. — On
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mande au roi que les Portugais ont remarcbé eu leur pays sans avoir attaqué Ciudad-Rodrigo; mais ces nouvelles-là ne vianneot point de M. de Berwick; ainsi on en doute enoore, -»*- On attend à tout moment un courrier de Rome^ parce qu'on m doute pas que la promotion des cardi-* naox ne se soit faite lundi dernier. Le roi a consenti que Casoni le £i]lt, et moyennant ce consentement, qui a fait plwôr au ps^pe, Iw nonces en France qui seront faits car<dinauz w feront plus certaines difficultés qu'ils faisoient id sur le cérémonial avec M. le duc du Maine et M. le comte de Toulouse»
Mardi 25^ à V^saillei, -^ Le roi demeura au conseil de finances jusqu'à une heure ; il travailla raprès*dlnée avec M. de Pontchartrain, et sur les cinq heures il alla tirer. — Les nouvelles de Barcelone sont toujours trèsincertaines, et le bruit court fort que le roi d'Espagne a été obligé de revenir sur le Ter. — Il arriva le soir un courrier de M. de la Feuillade, qui^ après avoir achevé ses tignes depuis le bas Pô jusqu'à la Doire-Suzine^ apassé cette dernière rivière et s'établit jusqu'au haut Pô ; il compte d'ouvrir bientôt la tranchée. M. de Savoie a retiré les bataillons qu'il avoit dans Asti ; il a laissé une cen<^ taine d'hommes dans le château et quelques milices dans la ville. M. de Thouy^ un de nos lieutenants généraux, qui devoit servir au siège de Turin, n'étant point guéri de la blessure qu'il reçut l'année pastée à Asti^ a été contraint de demeurer chez lui. On envoie de nouvelles brigades d'ingénieurs à M. de la FeuiUade, et l'ingénieur qui conduira les travaux de ce siège est un brigadier qui s'appelle Tardif et qui n'a été en chef qu'aux sièges que nous avons faits en Bavière, mais il est fort estimé. — Le roi a donné à M. de Chamarande le fils, colonel du régiment de la Reine, une pension de 1,000 écus.
ifercredi 26, à Versailles. — Le roi appi^it à son réveil la triste nouvelle d'une bataille que nous avons perdue en Flandre; on n'en sait point encore les détails. L'action
112 JOURJNAL DE DANGEAU.
s'est passée près Tabbaye de Boneffe sur la Méhaigne^ le jour delà Pentecôte, qui étoit le 23. Le maréchal de VUleroy est revenu le 24 derrière le canal de Wilvotde. Il y a beaucoup de gens tués et blessés de part et d'autre ; voici tous ceux que noussavons de notre côté jusques ici : le prince Maximilien^ sous-lieutenant des gendarmes^ tué, etleprincedeRohan, son frère aîné et lieutenant général^ blessé à la cuisse. Bemières, major général de Tarmée , tué. Le comte de Nill, brigadier de la brigade où étoit le régiment de mon fils et lieutenant-colonel de son régiment, dangereusement blessé. Mon fils, blessé d'un coup de sabre à la tête; je suis fort rassuré sur sa blessure par la lettre que le maréchal de Villeroy a eu la charité de m'écrire, dont voici copie :
«Monsieur votre fils, Monsieur, a été blessé légèrement à la tète; il a fait des merveilles à la tête de son régiment. Je m'en réjouis avec vous, et je suis persuadé que vous vous affligez avec moi du malheur que nous venons d'avoir (1). »
Les troupes de la maison du roi ont fort souffert; il y a eu beaucoup d'officiers pris, et M. de Marlborough en a , renvoyé quatre des gardes du roi qui sont : Montplaisir, Mornay, Imécourt et Savinnes. Il a renvoyé aussi Palavicin, qui est maréchal de camp et qui est blessé. On ne trouve point Mézières, maréchal de camp ; on ne sait s'il est pris ou mort. Le duc de Guiche, lieutenant général, qui a combattu à la tête du régiment des gardes dont il
(1) « Jene puism'empécherde parler ici de M. le marquis de Courcillon, ils de M. le marquis de Dangeau. Ce colonel est si peu avancé en âge que j'ai vu plusieurs lettres qui disent, en parlant de lui , que Von voyait partout ce petit garçon Ce jeune marquis a chargé trois fois les ennemis à latâtedeson régiment ; il a eu un cheval tué sous lui , et il a reçu un coup de sabre à la tête, dont il est blessé légèrement , mais il a eu le bonheur de tuer celui qui Ca blessé, et par ce moyen d'éviter les coups qu'il étoit prêt de lui porter de nouveau. Il a sauvé ses étendards et ses timbales. » ( Mercure de mai , pages 417 et 418.)
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est colonel, s'est fort distingué et le régiment aussi, dont il y a eu beaucoup d'officiers tués ; mais on n'a pas encore de liste. M. de Bavière étoit arrivé fort peu de temps avant la bataille. Le fils du maréchal de Tallard , qui vient de quitter le petit collet et qui étoit mousquetaire, a été pris et on le croit blessé. — Monseigneur alla l'après-dinée à Meudon, d'où il ne reviendra que la semaine qui vient. M. le comte de Toulouse arriva ici le soir et Ait longtemps avec le roi chez madame de Haintenon ; le maréchal de Coeuvres est demeuré à Toulon, où il y a encore quelques vaisseaux armés. — Le roi donna ces jours passés 4,000 francs de pension à M. des AUeurs , qui est, de la part du roi, auprès du prince Ragotzki en Hongrie.
Jeudi 27, à Versailles. — Le roi tint un conseil pour des 'affaires extraordinaires dont M. de la Vrillière, secrétaire d'État, étoit chargé , et avant que d'aller à la messe il avoit donné la calotte rouge à H. le nonce Gualtieri. — La promotion des cardinaux se fit lundi 17; il y avoit vingt chapeaux vacants ; le pape en a fait un in petto, et voici la liste des dix-neuf qu'il a déclarés : MM. Martelli , patriarche de Jérusalem ; Badotier, patriarche de Venise ; Gasoni, archevêque de Césarée, assesseur du Saint- Office; Corsini, archevêque de Nicomédie, trésorier du Saint-Père ; Fiesque, archevêque de Gènes; Gualtieri, archevêque d'Imola et nonce ici; Spada, archevêque de Lucques; Aquaviva, archevêque de Larisse; Ruffo; le duc de Saxe-Zeits, évêque de Raab ; Colonne, majordome du Saint-Père ; Gaprara, auditeur de rote ; l'abbé de la Trémoille, auditeur de rote; Priuli, neveu du cardinal Ottobon; Palavicin, gouverneur de Rome; Grimaldi, secrétaire des évêques et des réguliers ; Philippucci ; Fabroni) secrétaire de Propaganda fide ; Paracciani. Philippucci a refusé l'honneur que le pape lui vouloit faire en le nommant cardinal, disant qu'il s'en sentoit trop indigne ; mais le Saint-Père n'apoint voulu recevoir son refus
et lui a laissé du temps pour se raviser^ et Ton croit que sa famille le déterminera à accepter le chapeau. Les difficultés qu'il fait là-Klessus ne sont que par modestie , cai* c'est un très-homme de bien ; il est grand jurisconsulte. Depuis la promotion le courrier assure que le cardinal Durazzo est mort. Le roi a donné à l'abbé de Polignac* la place d'auditeur de rote de France qu'avoit le cardinal de la Trémoille. Le pape en sera bien aise^ car il aime et estime fort Tabbé de Polignac, qu'il a connu en Pologne. — Outre les blessés qu'on avoit nommés hier, de la bataille que nous avons perdue en Flandre, on a appris que M. de Canillac, qui y commandoit les mous* quetaires noirs, étoit dangereusement blessé ; M. de Gondrin , colonel d'infanterie, fils du marquis d'Antin, lieutenant général , avoit eu la cuisse percée, mais que la blessure n'étoit pas dangereuse. Nous avons eu quatre capitaines aux gardes tués et dix^huit autres officiers de ce régiment blessés. M. d'Aubigny, colonel de dragons , a été tué ; il étoit de même maison que madame de Main^^ tenon.
* L'abbé de Polignac fut , à Tinstant de la promotion du cardinal de la Trémoille, nommé auditeur de rote en sa place par les mêmes raisons qui avoient fait aller Maulevrier en Espagne. Il étoit ami intime de Torcy et revenu dans la fleur de la cour, qui Favoit trop parfumé, et qui le pensa perdre plus profondément qu*il ne Tavoit été encore.
Vendredi 28, à Versailles. — Le roi alla se promener à Marly et en revint avant sept heures. Le roi nous dit à son lever qu'il avoit appris une triste nouvelle, mais à laquelle il s'attendoit depuis quelques jours, qui étoit la levée du siège de Barcelone ; que le roi d'Espagne marchoit du côté de Perpignan, qu'il avoit passé le Ter et étoit campé à Toreil de Mongrie , et que le marquis de Brancas avoit été choisi pour lui apporter le détail de tout ce qui s'étoit passé au siège de Barcelone et recevoir ses ordres sur ce que deviendroient les troupes de France
qui y étoient employées. M. le marquis de Brancas arriva sur les six heures pendant que le roi étoit à Marly, et dès que S. M. fut revenue et qu'elle eut passé chez madame de Maintenon, elle manda à M. de Chamillart de le lui amener; le roi l'entretint fort longtemps. On ne sait point encore quels ordres il a reçus. — Il arriva un courrier de M. Amelot; tout est tranquille à Madrid, où la reine savoit déjà la levée du siège de Barcelone, elle avoitreçu des lettres du duc de Berwick du 19. Il lui mande gue l'armée portugaise continue à remarcher en arrière, mais qu'apparemment, avant que de rentrer en leur pays, ils feront le siège de Ciudad-Rodrigo ; il les suit toujours avec sa petite armée , mais il n'est pas en état de tenir la campagne devant eux. — 11 arriva un courrier de M. de la Feuillade, ses lettres sont du 23 ; il passa la Doire-Suzinc le 21 sur deux ponts qu'il avoit fait jeter auprès de Pianezze. Il faisoit travailler à des lignes de contrevallation depuis la Doire jusque quasi au haut Pô, et dans le petit intervalle qui restera jusqu'à cette rivière il fera élever des redoutes. Quelques petites troupes de cavalerie étoient sorties de la place, que nos houssards ont battues; nous avons eu un lieutenant-colonel tué par les houssards qui son t dans la place .
Samedi 29, à Versailles, — Le roi, après le conseil de finances, travailla encore avec M. de Chamillart, et après dîner S. M. alla àTrianon, où elle fait toujours travailler. — Le roi a fait le duc de Noailles lieutenant général ; il le laisse dans son gouvernement de Roussillon et, outre les garnisons qui y sont, il lui donne neuf bataillons et huit escadrons des troupes qui étoient au siège de Barce-* lone. — Le maréchal de Tessé a permission de revenir; il passera à Balaruc, où il prendra les eaux quelques jours. — Le roi donne au roi d'Espagne trente bataillons et vingt escadrons qui ont servi au siège de Barcelone, avec tous les officiers généraux qui étoient à ce siège, excepté le duc de N cailles, qui demeure en Roussillon. Le roi
d'Espagne attendra à Pau les ordres du roi , que le marquis deBrancas est venu lui demander, et de Pau S. M. C. ira à Pampelune , et sera escortée par les régiments de dragons de Bou ville et de Courtebonne. Le roi d'Espagne a envoyé le duc d'Havre à Madrid en même temps qu'il a envoyé le marquis de Brancas au roi. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme; voici la copie de sa lettre ;
Au camp lie Rivoli, ce 22 mai.
Notre camp retranché est presque achevé, et à la fin du mois il sera palissade; il y aura partout des escarpements de douze pieds. Nous sommes postés sur l'Adige, depuis son embouchure jusques ici, de sorte que si les ennemis veulent faire des mouvements en avant ils trouveront quelques difficultés. L'armée ennemie est répandue depuis Vérone jusqu'au Castelbado, à la réserve de neuf bataillons qui sont retranchés à la Ferrare. Le quartier du prince Eugène est à Saint-Martin; on dit que les troupes palatines et de Brandebourg sont en marche pour le joindre. Nos travaux depuis la Roque d'Anfo jusqu'à Salo seront bientôt finis; les ennemis n'ont de ce côté-là que six cents hommes de troupes réglées et quelques paysans armés du Trentin.
Dimanche 30, à Versailles, — Le roi travailla l'aprèsdlnée avec M. de Chamillart jusqu'à cinq heures. Monseigneur vint ici le matin de Meudon pour le conseil et après le conseil il s'y en retourna. Le roi , après avoir travaillé avec M. Chamillart après dîner, alla sur les cinq heures se promener à Trianon; ce ministre, en sortant de chez le roi , monta en chaise de poste pour aller, disoii-il, à l'Étang, et nous sûmes le soir qu'il étoit parti pour aller en Flandre; on compte qu'il sera de retour ici samedi. — Les ennemis ^entrèrent dans Louvain le 25, dans Bruxelles le 26 ; ils ont envoyé des troupes à Malines et à Lières, qui ont ouvert leurs portes à l'exemple de Louvain et de Bruxelles; ces villes-là ont reconnu
rarchiduc et ont prêté serinent d'obéissance. L'électeur de Bavière et le maréchal de Villeroy allèrent, le 26, auprès de Dendermonde, et le 27 à Saint-Denis auprès de Gand. M. de BergheycketM. deBagnols, notre intendant en Flandre, étoient sortis de Bruxelles avant que les ennemis y arrivassent et en avoient fait sortir le trésor et tous les blessés qu'on a pu transporter. 11 y a beaucoup de gens considérables aussi qui en sont sortis , mais il y en a encore davantage qui y sont demeurés, et Ton craint bien qu'une partie des troupes wallonnes ne désertent et n'abandonnent le parti du roi d'Espagne. Le prince de Chimay, lieutenant général des troupes d'Espagne, a été tué dans le combat, et le comte d'Egmont, qui commandoitla cavalerie d'Espagne, est blessé de plusieurs coups. Milord Clare, maréchal de camp dans nos troupes et beaufrère du duc de Beewick, est mort à Bruxelles de ses blessures. Saillant, lieutenant général qui commande dans Namur, envoya, le lendemain du combat, sur le champ de bataille beaucoup de chariots qui ont ramené dans Namur quantité de nos blessés et une grande partie du canon que nous avions été obligés d'abandonner. — Le roi a donné au petit Lesparre , fils du duc de Guiche , le régiment de dragons vacant parla mort de d'Aubigny. — Il revient tous les jours dans notre armée beaucoup d'officiers et de soldats qu'on croyoit morts ou prisonniers. — M. le Duc prit congé du roi pour s'en aller à Dijon, où il va tenir les états de Bourgogne.
Lundi 31, à Versailles. — Le roi se fit saigner par pure précaution et tint ensuite conseil de dépèches jusqu'à onze heures, et puis il se leva et alla à la messe. Il travailla l'après-dlnée avec M. Pelletier. — M. de Chamillart devoit arriver aujourd'hui à Lille ; il n'ira pas beaucoup plus loin apparemment, car notre armée vase rapprocher de la Lys. Les ennemis ont marché de Bruxelles à Alost sur la Dendre. Le maréchal de Villeroy a jeté des troupes dans Dendermonde, et M. de Cacé est demeuré dans
118 JOURiSAL DE DANGKAU.
Anvers avec quatorze bataillons. M. le maréchal deMarsin est sous Mons avec les troupes qu'il a ramenées d'Alsace. Le jeune LatourneUe, meatre de camp du régiment Royalétranger, a été tué dans la bataille*. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui vient recevoir des ordres. — Brusac, aide-major des gardes du corps, dont le roi étoit en peine , n'est ni mort ni prisonnier. Le marquis de. Bar, brigadier et mestre de camp de cavalerie , a été tué; M. de Gouffier, premier enseigne des gendarmes, a été tué aussi.
* M. le duc d'Orléans dit à qui le voulut entendre que le maréchal de Villeroy seroit battu s'il tentoit ou souffroit une action dans ce poste de Ramillies. Il y avoit été avec le feu maréchal de Luxembourg , qui n'en avoit pas voulu courir le hasard et qui sur le lieu en avoit montré les raisons à M. le duc d'Orléans, qui les avoit bien retenues. Il en arriva comme il l'avoit annoncé et pis encore , parce que la tête y tourna , et qu'avec une très-médiocre perte cette défaite se tourna en fuite qui nous fit perdre une très-grande partie de la Flandre. La consternation de la frontière et de la cour fut telle que le roi envoya Chamillart sur les lieux pour y avoir un homme d'autorité et de confiance qui pût se bien faire rendre compte de tout par diverses personnes, et l'informer après comment tout s'étoit passé, et voir et lui dire au juste à quoi en étoient les affaires. On verra en son lieu les suites de ce voyage par la cour, que les Mémoires feront voir par les événements de la guerre.
Mardi V^ juin^ à Versailles. — Le roi travailla l'aprèsdlnée avec M. de Pontchartrain et puis s'alla promçner à Trianon. Madame la duchesse de Bourgogne, qui fut saignée hier pour sa grossesse, garde le lit, et le roi la vient voir deux ou trois fois par jour. Monseigneur est revenu ce soir de Meudon après avoir couru le loup. — Le roi a reçu des lettres de M. de Chamillart, qui arriva hier à six heures à Lille. Il revient à notre armée beaucoup d'officiers et de soldats qu'on avoit crus tués ou pris; elle est encore campée à Sainl^Denis près de Gand. M. de Monasterol, qui étoit parti d'ici en même temps que M. de Chamillart pour aller joindre l'électeur son maître , a reçu
ordre en chemin de revenir ici, et il a vu ce matin le roi. — Il arriva hier un courrier du duc de Noailles, qui mande que le roi d'Espagne étoit à Narbonne le 25 ; il le suivra jusqu'à Pau et puis retournera dans son gouvernement de Roussillon, où il aura deux maréchaux de camp sous Ixàj qui sont MM. de Seignier et de Massemback. — M. de Mézières, maréchal de camp^ qu'on avoit cru tué dans le combat^ se porte bien ; il a été pris. Il mande qu'il arrivera incessamment; on lui a permis de revenir pour trois mois. — Voici une copie de la lettre du duc de Berwick :
Du camp de Val de Faentes, le 19 mai.
Depuis que les ennemis ont décampé d'Âlmaras^ ils ont marché à grandes journées jusqu'à Coria. Nous les avons suivis jusqu'à Plazencia, où nous avons resté afin d'être à portée de passer en Castille si les ennemis prenoient cette route-là. En effets ils décampèrent de Coria le 15 et marchèrent devers la Sierra de Gata^ où ils ont commencé d'entrer le 17 par les Puerto de Perales Gâta et Robbledilloi sur quoi nous commençâmes aussi^ le 16^ à défiler pour passer à la Gunille. M. de Jeoffreville^ qui mènerayant-garde^ arriva ai\jourd'hui à Endrinal; notre queue passe aujourd'hui la Sierra; le reste est ici ou aux environs. Nous allons continuer notre marche par Tamarner à la rencontre des ennemis^ lesquels^ selon toutes apparences^ nous trouverons assez près de Ciudad-Rodrigo, car ils avoient moins de chemin à faire que nous^ et nous n'osions nous mettre en marche qu'ils ne se fussent déterminés , crainte qu'ils nous devançassent à Badajoz. Les ennemis tireront d'Almeida leur artillerie pour le siège de Ciudad-Rodrigo , qui ne peut durer que fort peu de jours , étant la plus mauvaise place qu'il y ait en * Europe, si place on la peut nommer.
Il a paru une escadre de vaisseaux anglois devant la Rochelle, qui y ont fort peu demeuré; on croit que c'est la tempête qui les y avoit jetés, et qui ont été encore plus
aises d'en pouvoir partir que les Rochelois ne Font été de les voir mettre à la voile.
Mercredi 2, à Versailles, — Le roi tint le conseil d'État comme à l'ordinaire; Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne y sont toujours. L'après-dlnée le roi alla à Marly se promener et en revint à sept heures. — M. le marquis de Montchevreuil mourut à SainlrGermain^ dont il avoit la capitainerie ; il avoit quatre-vingt-quatre ans et étoit chevalier de l'Ordre de la dernière grande promotion. M. de Mornay, son fils ^ qui est lieutenant général, a la survivance de la capitainerie, mais il ne Ta pas de la maîtrise des eaux et forêts de Saint-Germain , que le roi avoit donnée depuis quelques années à M. de Montchevreuil. — Le roi reçut une lettre du duc de Guiche à laquelle il fit réponse dans l'instant, et nous sûmes le soir que S. M. donnoit la charge de major du régiment des gardes à Gontades, qui, par cette promotion, laisse une compagnie vacante ; il y en a deux autres encore qui vaquoient par la mort de Dorgemont et de Maigremont. Le roi donne ces trois compagnies à Saint-Paul , à Clisson et à Séraucourt, les trois plus anciens lieutenants du régiment. Depuis on a appris qu'il y avoit encore deux compagnies vacantes par la mort de la Garde et du chevalier de Bouzoles. — M. le maréchal de Villeroy a quitté le camp de Saint-Denis auprès de Gand et s'est retiré par delà la Lys.
Jeudi 3, jour de la fête de Dieu , à Versailles. — Le roi, sur les dix heures et demie , alla à la paroisse et accompagna la procession du saint sacrement, qui ne se fit qu'autour de l'église à cause de la pluie ; toute la maison royale y étoit avec le roi. Madame la duchesse de Bourgogne * s'étoit fait porter en chaise à la paroisse; ils y entendirent la grande messe et revinrent ici avant une heure. — Le roi dit à Monseigneur, à la paroisse, que nous avions abandonné Gand; que le maréchal de Villeroy revenoit sous Menin; que Ton séparoit notre infanterie
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dans les places où l'on mettoit aussi une partie de la cavalerie, et que le reste seroit distribué dans des villages de la chàtellenie de Lille et des environs. On ne sait pas bien encore tout le détail de cela ni de la marche des ennemis. — Le roi a fort entretenu depuis hier au soir, en public et en particulier, M. de Mézières, qui est prisonnier et que les ennemis ont renvoyé pour trois mois sur sa parole. — Le comte de Horn, lieutenant général des troupes d'Espagne et qui avoit été gouverneur du pays deGueldres, est mort à Bruxelles de ses blessures.
Ymdredi 4, à Versailles. — Le roi, après le salut, vouloit aller se promener dans ses jardins , mais la pluie l'en empêcha. Il travailla avec Pinsonneau, et sur les huit heures M. de Chamillart arriva de Flandre ; il alla travailler avec le roi chez madame de Maintenon et y demeura plus tard qu'à l'ordinaire. Monseigneur alla dîner à Meadon, où il demeurera deux jours; il n'a mené pas un homme avec lui , pas même les princes du sang. Madame la Duchesse y alla et n'en revint qu'à minuit. — 11 arriva un courrier du maréchal de Villars ; il mande du !•' de ce mois qu'il a fait repasser le Rhin sur le pont de Mayence aux troupes de Hesse et qu'ainsi il n'y a pas an ennemi en deçà du Rhin depuis Coblentz, et les bords de ce fleuve sont très-bien gardés jusqu'à Mayence pour les empêcher d'y jeter un pont. — Il arriva un courrier de M. de la Feuillade; ses lettres sont du 30, en voici la copie : « Les lignes de contre vallation sont entièrement achevées, ayant un fossé de douze pieds de large sur sept ou huit de profondeur ; la droite de ces lignes est appuyée à deux cent cinquante toises près du Pô, à hauteur du moulin de Harinette , et la gauche à la droite , à cent cinquante toises au-dessous du château de Lucinto. Les lignes de circonvallation ne peuvent être achevées que le 2 ou le 3 du mois prochain ; elles se joindront par la droite à celles de contrevallation sur le chemin de MoDcallier, avec une grosse redoute palissadée qui est déjà
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faite ; cette disposition empêche les ennemis de pouvoir communiquer à Moncallier en deçà du P6. La nuit du 26 au 27 nous avons tiré une ligne de communication de la maison appelée la Porporate à une grande cassine qui en est à cent soixante*dix toises sur la droite et plus avancée de cent toises vers la citadelle; de cette cassine avancée, nous avons poussé une parallèle par la droite et par la gauche , savoir quatre cents toises par la droite et deux cents par la gauche , qui borde le grand chemin de Turin à Rivoli. La nuit du 27 au 28 nous avons fait deux épaulements à la place des murs du jardin de la Porporate^ que les ennemis ont abattus^ et une communication de l'épaulement le plus avancé de la gauche de la susdite parallèle. Nous avons aussi fait une autre ligne de communication qui part des lignes de contrevallation pour aller communiquer à deux grosses cassines qui sont entre le chemin de Rivoli et celui de Golegne, dont la plus avancée vers la citadelle est à deux cent cinquante toises des susdites lignes de contrevallation. La nuit du 28 au 29 nous avons continué d'élargir et élever nos travaux , et nous avons fait deux communications de la droite de la parallèle , au moyen desquelles on y vient à couvert des lignes de contrevallation^ ainsi que de plusieurs chemins creux qui vont à Turin. De la manière dont ce com^ mencement d'attaque est disposé , on y pourra arriver par sept endroits différents à couvert. Cette nuit nous pousserons la parallèle par sa gauche de deux cents soixante-dix toises, allant à une grande cassine où nous avions déjà fait une communication. La nuit d'ensuite nous tirerons de cette cassine une communication de trois cents toises allant à la cassine du Major de Turin^ qui est située près la grande Bialière Suzine et du rideau escarpé de la droite^ et, de cet endroit, nous espérons tirer après-demain la nuit une grande parallèle de cinq cents toises pour nous fermer, qui ira se joindre à la première, au grand chemin de Rivoli près la Porporate. -^ J'ap-
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pris que M. de Bourlemont^ beau-père de M. de Chamarande^ étoit mort à Paris; il avoit quatre-vingt-sept ans. 11 avoit été gouverneur de Stenay, et le roi lui en continuoitles appointements.
Samedi 5, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à Marly après avoir travaillé avec M. de Chamillart jusqu'à quatre heures. Madame la Duchesse alla encore diner à Meudon avec Monseigneur. — Le roi d'Espagne est parti de Pau sans y attendre les deux régiments de dragons qui dévoient l'escorter ; il va à Pampelune en poste à cheval^ et continuera de là son voyage à Madrid de la même façon. Il n'a que sept ou huit personnes avec lui : le connétable^ le duc de Medina-^Sidonia, qui a soixante ans passés , le duc d'Ossone et peu de valets; il a voulu que le duc de Noailles le suivit aussi. On ne laisse pas de craindre ici qu'il n'y ait quelque petit péril à son voyage; quais il l'a voulu absolument ^ et s'il peut arrivera Madrid sans qu'il lui arrive d'inconvénient^ le peuple sera ravi de le voir. — On a séparé notre armée de Flandre en différentes garnisons avec de bons officiers généraux pour y commander; le duc de Villeroy est dans Tournay, le duc de Guiche à Lille , le comte de Gacé à Ypres , le comte de la Motte à Ostende^ Caraman dansMenin. On a envoyé Puynormand dans Oudènarde avec frois bataillons fort foibles, et les bourgeois, qui sont plus forts que lui et qui veulent se rendre, l'ont menacé, s'il ne se retiroit de bon gré, de le faire retirer de force , la place n'étant point en état de se défendre parce qu'il n'y a ni canon ni poudre.
Dimanche 6, à Versailles. — Le roi travailla l'aprèsdlnée avec M. de Chamillart, et après le salut il alla se promener à Trianon. Monseigneur vint ici de Meudôn le matin pour le conseil; il y retourna dîner et alla coucher à Livry, d'où il ne reviendra que mercredi. Monseigneur Je duc de Bourgogne partit de Versailles après le salut pour aller joindre Monseigneur à Livry ; monseigneur le
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duc de Berry est aussi de ce voyage. — Le roi a donné à M. de Mézières, maréchal de camp, le gouvernement d'Amiens, vacant par la mort du marquis de Bar. Le roi a donné le régiment Royal-étranger à M. de Saint-Chamans, qui a été longtemps capitaine dans ce régiment et qui avoit acheté le régiment de M. de Quintin, qui sert sous le maréchal de Villars. — Le roi fait venir de l'armée de M. de Villars trois cent quarante carabiniers pour remplacer ce qu'il y a eu de gens tués dans ses gardes du corps, et on prei>dra un cavalier par compagnie de l'armée d'Alsace pour remplacer les carabiniers. Le roi envoie d'ici des gendarmes , des cheiiau-légers et des mousquetaires, qui étoient restés ici, pour remplacer ceux qui ont été tués en Flandre.
Lundi 7, à Versailles, — Le roi prit médecine et travailla l'aprèç-dlnée avec M. Pelletier. — Il arriva un courrier du duc de Noailles, qui écrit dePampelune du 2 au matin. Le roi d'Espagne y étoit arrivé le jour de devant et y avoit été reçu avec de grandes acclamations de joie; il en repartit le 2 au matin pour aller à Madrid avec la même diligence. Le duc de Noailles, qui étoit resté après lui pour faire le courrier, devoit rejoindre S. M. C. àladinée, et on compte qu'elle arrivera le 6, au plus tard, à Madrid . — Sur les charges vacantes dans les gendarmes, le roi donne à M. de Soubise 50,000 écus, et 50,000 livres aux enfants de M. de Gouffier ; cet argent sera apparemment payé par ceux qui achèteront les guidons de cette compagnie. Le roi donne 32,000 francs pour les gendarmes qui auront le plus souffert par la perte de leurs chevaux ou de leurs équipages. — Les habitants d'Oudenarde ont obligé la garnison d'en sortir, et les ennemis sont présentement maîtres de la place. — On a des nouvelles du duc de Berwick du 24. Il étoit à quatre lieues de Ciudad-Rodrigo; les ennemis étoient devant la place et faisoient venir du canon d'Almeida pour en commencer le siège.
Mardi 8, à Versailles. — Le roi travailla l'après-dlnée avec M. de Pontchartrain^ alla au salut et puis à Trianon^ et à neuf heures il travailla avec H. de Chamillart jusqu'à son souper. — Par les dernières nouvelles qu'on a des ennemis en Flandre^ ils avoient passé la Lys et étoient campés à Thielt; on croit qu'ils veulent assiéger Ostende ou Ypres ; le comte de la Motte est sous Ostende, et Chevilly, lieutenant de roi d' Ypres et ancien lieutenant général; est dans Ypres avec un gros corps d'infanterie; on en retire quelques régiments de cavalerie qu'on y avoit mis. L'électeur est allé à Mons^ voulant demeurer dans une place qui soit au roi d'Espagne. Le maréchal de Villeroy est à Saint -Âmand avec ce qui reste des troupes qui n'ont point été mises dans les places. Le comte de Gacé commande, dans Tournay. Il n'est demeuré dans Anvers qu'onze bataillons françois commandés par des PontiS; capitaine au régiment des gardes. — L'arrivée du duc d'Havre à Madrid a fait cesser beaucoup de mauvais bruits qu'on y faisoit courre. On y parloit, avant son arrivée, de rappeler une partie des troupes du duc deBerwick pour escorter la reine jusqu'à Pampelune ; tout y est assez tranquille présentement.
Mercredi 9, à Versailles. — Le roi travailla Taprèsdinée jusqu'à cinq heures avec M. de Chamillart, et après avoir été au salut il alla se promener îà Trianon. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry revinrent de liivry à cinq heures ; monseigneur le duc de Bourgogne en étoit revenu dès le matin pour être au conseil. — 11 arriva un courrier du duc de Berwick; il mande que les Portugais , après avoir pris Ciudad-Rodrigo , étoient rentrés dans leur pays et se mettoient en quartier d'été dansles provinces de Traosmontes et entre Douro et Hinho ; le duc de Berwick étoit vers Salamanque. — M . des Pontis , capitaine aux gardes , qui commandoit les bataillons que nous avions laissés dans Anvers , n'a pu obliger M. de Tavazène, gouverneur de la citadelle, de demeurer
fidèle à àon maître et de recevoir de nos troupes dans sa place ^ et les bourgeois de la ville n'ont point voulu se mettre au hasard d'être assiégés. Il a fàUu que M. des Pontis acceptât la capitulation qu'on lui a offerte de se retirer avec les onze bataillons au Quesnoy. Marlborough étoit encore campé hier au m^itin à Thielt^ faisant faire des chemins à droite et à gauche, ainsi on ne sait pas encore de quel côté il tournera.
Jeudi 10, jour de la petite fête de Dieu, à Marly. -^ Le roi et toute la maison royale allèrent à dix heures à la paroisse et suivirent le saint sacrement jusqu'au réposoir, derrière l'hôtel de Conty. Le roi ne voulut pas que madame la duchesse de Bourgogne allât à la procession ; elle l'attendit au retour, dans l'église , où ils entendirent la grande messe. L'après-dlnée le roi travailla avec M. le comte [de Toulouse ] et avec M. de Pontchartrain et remplit ce qu'il y avoit de charges vacantes dans la marine. A six heures le roi et toute la maison royale allèrent au salut, et puis ils montèrent en carrosse tous séparément pour venir ici. — Il arriva un courrier de M. de la Feuillade; voici la copie de sa lettre, qui est du k de ce mois : « La nuit du 1" au 2 nous avons fait une communication au rideau de notre gauche sur la Bialière Suzine passant à trente toises derrière la cassine du Major, et à la droite nous avons tiré une petite parallèle à hauteur d'une chapelle qui est à la rencontre des deux chemins, commençant à vingt toises au-dessus de la cassine qui est la plus avancée, à laquelle petite parallèle nous avons fait une communication à notre première ; cette même nuit nous avons perfectionné tous les ouvrages qui ne l'étoient pas. La nuit du 2 au 3 nous avons ouvert la tranchée dans toutes les formes, elle fut montée par MM. de Chamarande, lieutenant général, deKercado, maréchal de camp, et du Montet, brigadier, avec dix bataillons, savoir trois de Normandie, deux de Louvigny espagnol, deux du régiment Comtois, deux de la Feuillade et un de Pi-
sancon^ quinze compagnies de grenadiers, en comptant celles des bataillons de tranchée^ le tout soutenu par huit cents chevaux. Nous avons entrepris avec trois cents travailleurs une parallèle au front de notre attaque^ dont la droite est appuyée à une grosse cassine^ distante de la première d'environ cent toises, et la gauche sur la susdite Bialière, laissant la cassine du Major cinq cents toises derrière. Cette parallèle est un des plus forts ouvrages de tranchée qui se soient jamais faits en une nuit; il con^ tient près de mille toises de la droite à la gauche, et n'est distant au plus que de trois cents toises du corps de la citadelle. Ce travail s'est fait fort tranquillement, les ennemis n'ayant donné aucun signe de vie jusqu'au 3 au point du jour, qu'ils ont commencé à faire un grand feu de canon, mais sans aucun effet. La nuit du 3 au k la tranchée a été relevée par HM. les comtes d'Estaing, lieutenant général, le chevalier de Kercado, maréchal de camp, et de Mézières, brigadier, avec les trois bataillons du riment de monseigneur le Dauphin , deux de Tessé, denx de Yaudreuil , un de Gassion , un de Damas et un de Froulay ; on a travaillé à perfectionner la parallèle et à y faire plusieurs communications de notre première. —- Le roi a donné au commandeur du Palais, ancien capitaine de vaisseau, la charge de chef d'escadre vacante par la mort de Belle-Isle-Erard, qui est mort depuis deux mois. Il a fait capitaines de vaisseau M. de Vienne et le chevaher de Nangis, capitaine de frégate, et lui a donné 1^000 écus de gratification pour sa course de Brest ici. Vendredi H y à Marly. — Le roi alla à cinq heures se promener dans les hauts de Marly avec toute la maison royale ; il vit jouer les bons joueurs au grand mail. Il y eat une grande collation pour madame la duchesse de Bourgogne et pour les dames qui la suivoient. — Il arriva nn courrier du' maréchal de Villeroy, qui mande que Marlborough est parti le 9 au matin de Thielt, où Tarmée ennemie est campée , pour aller à la Haye avec deux dé-
pûtes de MM. les États^ pour régler apparemment les entreprises qu'ils veulent faire présentement, dont ils ne sont pas trop d'accord. Les Hollandois se plaignent que dans toutes les places qui se sont rendues il n'y a mis que des Anglois, et qu'ainsi il en est le maître. Ce milord ne doit être que sept jours à son voyage et arrivera le 15 à son armée. — Fimarcon, maréchal de camp qui a servi à Barcelone, revient servir en la même qualité en Languedoc, M. de Roquelaure, qui est son parent, l'ayant demandé. M. d'Avaray, quiétoit lieutenant général à ce siège, a demandé son congé à cause de sa mauvaise santéy qui ne peut pas soutenir les chaleurs d'Espagne.
Samedi 12, à Marly. — Le roi alla l'après-dlnée à Saint-Germain voir LL. MM. BB. et puis revint se promener au petit mail , où il y eut grande collation pour madame la duchesse de Bourgogne et pour les dames qui la sui voient. Monseigneur alla courre le cerf dans la forêt deSaint-Germain avec les chiens de M. du Maine. — Le roi donna le matin à M. Tévêque de Strasbourg la nomination au cardinalat. — Il arriva le soir un courrier d'Espagne par lequel on apprend que les Portugais ne sont point rentrés dans leur pays ; ils ont appris de bonne heure la levée du siège de Barcelone et ils marchoient du côté de Salamanque, où étoit le duc de Berwick, qui sera obligé de se retirer du côté de Valladolid si les ennemis continuent à s'avancer. Le courrier qui est arrivé partit de Madrid le 4, et on y attendoitle roi d'Espagne le 6 ou le 7 au plus tard. — Bourgneuf , à qui le roi venoit de donner le régiment de dragons de du Héron , mort des blessures qu'il reçut à Calcinato, Bourgneuf, dis-je, peu de jours après avoir eu sa commission , a été blessé d'un coup de canon en se promenant sur le bord de l'Adige avec M. de Vendôme, et en est mort.
Dimanche 13, à Marly, — Le roi, après le conseil, travailla avec M. de Chamillart, et il y travailla encore Taprès-dlnèe jusqu^à cinq heures. Le roi, à six heures.
alla se promener en haut au grand mail^ où madame la duchesse de Bourgogne étoit en calèche avec le roi; lés princesses et toutes les autres dames étoientdans d'autres calèches^. — 11 arriva le matin un courrier de M. Âmelot^ ' parti de Madrid le 6; il l'envoie pour recevoir des ordres. On n'apprend rien par ce courrier que ce qu'on savoit par celui d'hier. — Le roi a donné à M. de Vassé le régiment de Bourgneuf , qui est un des plus anciens et des meilleurs régiments de dragons de France; il sert en Italie ; et il donne le régiment de Vassé au chevalier de Pourière, qui étoit lieutenant-colonel du régiment de Bourgneuf et brigadier. — Il arriva le soir un courrier du maréchal de Villars, qui fait raser les lignes de la Lauter et qui lait travailler à celles de la Mouler, qu'il veut conserver. Quand le détachement qu'on lui demande pour l'armée de Flandre sera parti, il compte qu'il sera beaucoup plus foible que le prince de Bade, qui a présentement près de quarante mille hommes et à qui il vient tous les jours de nouvelles troupes, à ce que mande ce maréchal.
Lundi 14, à Marly. — Le roi travailla l'après-dlnée avec M. Pelletier et puis se promena dans ses jardins jusqu'à la nuit. — Il arriva le soir un courrier du duc de NoailleSy qui ne trouvant point M. de Chamillart ici alla lui porter les lettres à l'Étang ; on apprit seulement par lui que le roi d'Espagne étoit arrivé à Madrid, où il avoit été reçu avec de grandes acclamations de joie. — M. de Roquelaure a fait arrêter en Languedoc un nommé Moïse, qui tàchoit de ranimer les fanatiques; il parolt pourtant que tout est assez tranquille en ce pays-là, quoiqu'on y sache la levée du siège de Barcelone et tout ce qwi s'est passé en Flandre (1). — Madame l'abbesse de ^'^'"~*' ■ - - - - ■■ -■ ■ .. —
(1) «Jamais souverain n'a été pénétré d'un zèle plus ardent et pins saint <iae celui qu'a fiiit voir le roi pour la gloire, raccroissement et le maintien de la TéritaUe religion. Ce monarque a bien connu l'immensité des soins qu'il w^ oblige de se donner toute sa vie en supprimant l'édit de Nantes ; il a pf'^în le gouffre de travaux où il alloit se jeter, ce qu'il en C4>Ateroit àsDu ro- T. XI. ï)
lia JOURNAL DE DANGEAU.
Ronceray^ sœur du comte de Gramont, se démet de son abbaye, et le roi lui donne une pension de 4,000 francs, avec quoi elle se retirera dans un couvent de son ordre à Poitiers; elle a quatre-vingt-deux ans. — Mademoiselle de Foix est morte fort vieille dans une de ses terres; nous ne l'avjons point vue à la cour, f^lle laisse uqq grosse succession à M. le duc de Foix, son neveu.
pos et les pertes auxqyeUes il allpit s'exposer ; mais rien i|*a ^ capable d'él^ranler seulement une si ferme et si sainte résolution. Ce prince a voulu agir et souffrir seal pendant le reste de son règne, pour faire goûter à tous les rois qui lui succéderont un jour le bonheur et la tranquillité dont jouissent les États qui ne sont point agités par des troubles causés par la différence des religions; ce qui donne souvent occasion à des sujets ambitieux de prendre les armes et de se mettre à la tête des partis formés par les différentes sectes , afin découvrir letfrs révoltes et leur ambition» et de se fkire donner par la force des charges et des eipplois qu'une conduite réglée et un véritable* ipérite ne leur feroient jamais obtenir. Il y a plus encore, et les ennemis d'un fXaX où les jaloux de la gloire de son souverain ne sont pas assez puissants pour lui fiiire la guerre trouvent souvent moyen de mettre dans leur parti ceux qui ne professent pas la Religion du so^vefain, pt excitent par là des révoltes ju9- *" que dans le cœur de ses États : ce qui seroit sans doute arriv0 pendant 1 es dernières guerres et dans celle qui agite aujourd'hui la France en plusieurs de ses provinces si l'uniformité des religions n'y régnoit pas. On en a vu depuis peu un exeipple daqs les Çévennes , où les révoltés étoient animés et payés par la plus grande partie des souverains qui sont aujourd'hui ligués contre le roi; mais cette révolte se trouve amortie, tant par la prudence et la sagesse de Sa Majesté que par la diminution des forces de ces révoltés, qui est presque tous péri peudapt le cours de leur révolte. Ainsi la France 8^ peut dire présentement en repos de c^ côté-là, et jamais les ennemis de sa religion ne lui pourront faire de mal tant que son cœur (j'entends le milieu de la France) ne sera point infecté des erreurs dont le roi a purgé tous ses États. La dernière guerre en fait foi , et elle n'^yp|t été entreprise par le prince d'Qrange que dans la pensée que ja religion feroit révolter une partie de la France; mais il a vu le contraire, et que les conversions qui s'y sont faites depuis la révocatioi} de l'édit de Mantes sont plus sincères qnll ne se l'étoit imaginé. Ainsi j'ai eu raison de dire qu^ les successeurs du roi joqiront du repos que ce iqonarque a procuré à ses sujets pour tous les siècles à venir en faisant régner, pour la gloire de Dieu, pour rintéi*êt de son Église et pour le bien de ses États, la seule et véritable religion en France. Ce monarque l'a bien voulu acheter par tout ce que l'on sait que lui a coûté cette grande affaire et par les soins qu'il se donne encore tous les jours pour l'affermissement d'une chose k laquelle le ciel a permis qu'il ait si heureusement réussi. » ( Mercure de janvier 1706, pages 5 à il.)
JUIN tToe. m
Mardi 15, à lUarly. •— Le roi^ après le conseil de finances, demeura encore quelque temps avec M. de Chamillart et travailla l'après-dinée avec M. de Pontchartrain. Le soir, à neuf heures^ M. de Chamillart lui apporta des lettres qu'il avoit reçues de M. de la Feuillade par Fordinaire; ces lettres sont du 9 ; les dernières qu'on en avoit reçues étoient du k. Nous avons avancé notre tranchée de quatre-vingts toises et fait une troisième ligne parallèle. Les ennemis tirent beaucoup de canon et de mousqueterie et né nous ont pas fait beaucoup de mal jnsques ici; comme l'entreprise est grande^ on marche avec beaucoup de précaution. Nous avons déjà tiré quelques bombes , mais nous n'avons point encore de canon en batterie. — Par les lettres d'Espagne que M. de Chamillart porta le matin au roi avant le conseil on apprit que l'armée portugaise s'avançoit vers Salamanque, que M. de Berwick a retiré le peu de troupes qu'il y avoit, et il est venu camper à las Villorias , quatre lieues en deçà deSalamanque ; le roi d'Espagne compte d'aller se mettre bientôt à la tète de cette armée. — La cour d'Angleterre devoit venir ici le soir; mais le roi, qui se trouva un peu incommodé, leur manda de ne point venir; l'incomimodité éloit si légère que cela ne Fempêcha pas de se promener jusqu'à la nuit.
Mercredi 16, à Marly. — Le roi travailla l'après-dlnée &veo M. de Chamillart et puis alla se promener dans les jardins jusqu'à la nuit; sa petite incommodité d'hier i^'&eu aucune suite. Monseigneur assista le matin au conseil oonune à son ordinaire, et l'après-dlnée il alla à Meudon , où il n'a mené personne ; il y couchera et ira demain coucher à Villeneuve-Saint-Georges pour courre Je loup le lendemain dans la forêt de Sénart. — On eut des lettres de Namur qui apprennent que le chevalier de Balivière y étoit mort de ses blessures ; il étoit lieutenant des gardes du corps de la compagnie de Villeroy.
^ssac, qui en est le premier enseigne, montera à la lieu-
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tenance. — L'évoque d'Amiens est mort dans son diocèse^ fort regretté de tout le monde ; il avoit été aumônier du roi et s'appeloit en ce temps-là l'abbé de Brou. — M. de Sousternon arriva de Flandre; il s'arrêta à Versailles et envoya prier M. de ChamîUart de lui mander si le roi trouvcroit bon qu'il vint ici; il y viendra demain au matin et aura un logement. — Marlborough^ qui ne devoit revenir de Hollande c[ue le 15, arriva le 13 à son armée.
Jeudiil, àMarly. — Le roi donna une longue audience à M. de Sousternon, qui vient lui rendre compte de l'état où est la cavalerie de Flandre. Monseigneur le duc de Berry alla coucher à Villeneuve-Saint-Georges, où Monseigneur doit venir de Meudon. — Le roi envoie M. le maréchal de Vauban commander à Dunkerque, à Gra- * vélines, à Berghes et à Furnes. Les Anglois disent publiquement qu'ils veulent assiéger Dunkerque pour^ quand ils l'auront pris, en raser les fortifications et en ruiner le port ; mais nous ne croyons pas qu'ils puissent faire celte entreprise. — Le roi avoit fait offrir à M. de Savoie, par M de la Feuillade, toutes sortes de sûretés pour faire sortir toutes les princesses de Turin ; M. de Savoie a répondu qu'il n' avoit pas besoin de ses offres et qu'elles étoient fort bien où elles étoient. — On eut des nouvelles de Madrid et du duc de Berwick par le duc de Gramont. Les Portugais entrèrent le 6 dans Salamanque , dont les principaux bourgeois se sont retirés avec leurs meilleurs effets, témoignant une fort grande fidélité au roi leur maître ; rien n'a branlé dans la Castille ni même dans r Aragon . On ne sait où est l'archiduc ni Péterborough ; on croit qu'ils marchent du côté d'Alicante.
Vendredi 18, à Marly, — Le roi, après la messe, travailla avec le P. de la Chaise et se promena le reste du jour. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry revinrent de Villeneuve -Saint- Georges. — Il arriva un courrier de Flandre ; les ennemis ont fait un gros déta-
chement^ avec lequel ils disent qu'ils vont faire le siège d'Ostende et de Nieuport ; ils prétendent même les faire tous deux à la fois ; c'est M. Fagel qui commande ce détachement. Marlborough demeure avec le gros de l'armée du côté de Rousselaer^ et demande de grosses contributions^ pour le présent et pour le passé, aux châtellenies d'Ypres et de Lille. — On mande de Turin du 24 que notre batterie de bombes commence à tirer avec succès; nos tranchées s'avancent sans perdre beaucoup de monde, quoique les assiégés tirent beaucoup de canon et de mousqueterie. Nous n'avons pas eu cent hommes tués ou blessés depuis le siège. M. de Chamillart a des lettres de M. delà Feuillade du 14.; ildevoit marcher le lendemain avec cinquante-deux escadrons et dix-sept bataillons pour passer le Pô et attaquer la cavalerie ennemie qui est sur les hauteurs de Moncallier; il compte d'être quatre ou cinq jours à cette expédition, pendant lesquels M. de Chamarande commandera au siège.
Samedi 19, à Marly. — Le roi, après la messe, fit en trèr M. de Sousternon dans son cabinet et lui donna ses derniers ordres pour la Flandre, où il le renvoie. — Le roi donne d'assez grosses gratifications à six ou sept régiments de cavalerie qui ont le plus souffert à la bataille deRamillies, qui sont: le Royal-étranger, Toulouse, Desmaretz, de Bar, Courcillon ; moyennant cela ils ont ordre d'être en état de reservir au commencement d'août. — Le roi et la reine d'Angleterre vinrent ici sur les six heures; le roi leur avoitfait préparer une grande collation dans les jardins, mais ils ne purent faire qu'un tour de promenade autour du château; voyant venir l'orage, on leur servit à huit heures la collation dans le lieu où le Poi mange, après quoi ils s'en retournèrent à Saint- Germain. — On reçut des lettres du 16 du comte de la Motte, qui commande dans Ostende ; il mande qu'il croit que ce sera la dernière qu'il pourra écrire, parce que les ennemis approchent de la place et commencent à l'in-
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vestir; c'est un Espagnol, nommé Covarruvias, qui est gouverneur d'Ostende et qui laisse M. de la Motte disposer de tout. Les ennemis ont quinze ou seize vaisseaux dans la place.
Dimanche 20, à Marly. — Le roi, après le conseil^ travailla avec M. de Chamillart, et après son diner il y travailla encore jusqu'à six heures, après quoi il alla se promener dans ses jardins. Ce voyage-ci est allongé de huit jours ; il n'en partira que le samedi de la semaine qui vient. — Le détachement de l'armée de M. de Villarspour la Flandre est en marche depuis quelques jours ; c'est le chevalier du Rozel qui le commande. Il restera encore à M. de Villars cinquante bataillons et plus de cinquante escadrons; il est toujours campé auprès de Spire. L'armée que commandoit H. le prince de Bade n'est pas si forte depuis que les troupes de Hesse et de Lunebourg en sont parties pour aller joindre les ennemis en Flandre. — Les deux compagnies aux gardes vacantes par la mort du chevalier de Bouzoles et de la Garde ont été données à Coadelet et à Dumesnil , les deux plus anciens lieutenants du régiment. — Le chevalier d'Épine , petit neveu du cardinal de Janson , est revenu de Madrid, et à son retour on l'a mis à la Bastille.
Lundi a y à Marly, — Le roi travailla l'après-dlnée avec M. Pelletier et puis alla se promener au petit mail, où Monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne vinrent le joindre chacun de leur côté. Le soir, à onze heures, M. de Chamillart arriva de l'Étang, et le roi travailla avec lui jusqu'après minuit. — Il arriva le matin un courrier du maréchal de Villeroy, qui est venu à Berghes et à Furnes; il envoie au roi des lettres du 19 au soir du comte de la Motte et de la Connelaye, qui commande à Nieuport. Les ennemis n'ont pas encore ouvert la tranchée à Ostende, et le comte de la Motte croit même qu'ils feront le siège de Nieuport avant que d'attaquer Ostende. — • Il arriva un courrier de M. de la Feuillade^
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parti le 17 de Hontalto au delà du P6; il avoit pasâé cette rivière le 15 au-dessous de Tuhn sans nulle opposition^ et de Montalto il aroit envoyé un détachement à Quiers^ où les ennemis n'avoieiit point de ti*oupes; on a eu peine à empêcher le pillage de la ville. Mesdames les duchesses de Savoie avec les princes sont sorties la nuit de Turin avec une grosse escorte ; on croit qu'elles vont à Coni. M. de Ghamarande^ qui est resté pour commander ausiégcy mande que la cavalerie qui étoit à Honcallier s'étoit retirée avec assez de précipitation; on ne sait point où elle va. Moire canon n'a point encore commencé à tirer, mais nous avons deux batteries de mortiers qui tirent beaucoup de bombes et de pierres. Il arriva Taprès-dinée un courrier de H. de Vendôme, et le soir il en arriva encore im autre de lui à l'Étang; on croit que c'est ce dernier courrier qui a fait venir M. de Chamillart ce soit, car il ne devoit venir que demain matin. Les lettres de M. de Vendôme sont du 15 de Castanara; on ne sait pas ce qu^il mande au 1*01; mais les particuliers qui écrivent de son armée mandent tous que les Vénitiens font des propositions de neuti*àlité pour l'Italie, mais que M. de Vendôme doit s'aboucher avec l'abbé de Pomponne, notre ambassadeur à Venise.
Mardi 22, à Marly. — Le roi, après le conseil de finances, travailla avec H. de Chamillart. L'après-dinée le roi alla courre le cerf; Monseigneur et messeigneurs ses ehfaiits étoient à la chasse. Le soir, chez madame de Maintenon , le roi travailla avec M. de Pontch9.rtrain jusqu'à neuf heures, et puis il travailla avec M. de Chamillart jusqu'à son souper. — Il arriva l'après-dinée un courtier du maréchal de Villeroy; les ennemis ne paroissçnt pas encore déterminés au siège qu'ils veulent faire. Il envoie au roi une lettre de la Connelaye du 20, qui lui écrit que les ennemis veulent attaquer Nieuport présentement. — Le soir, après souper, quand Monseigneur et les princesses furent sortis du cabinet du roi , S. M.
rappela M. le duc d'Orléans, quisortoit, et lui dit qu'il avoit résolu de l'envoyer commander l'armée de Lombardie en la place de M. de Vendôme. M. le duc d'Orléans, qui pressoit fort pour être employé, fut transporté d^ joie ; on envoie avec lui le maréchal de Villars. Le maréchal de Harsin ira commander en Alsace, et M. de Vendôme viendra commander en Flandre. —Le roi nous dit à son coucher que le maréchal de Villeroy l'avoit prié instamment et à plusieurs reprises d'envoyer quelqu'un commander en sa place, n'étant pas juste que sa malheureuse étoile à la guerre pût nuire aux affaires de l'État*.
* Voici l'histoire de la disgrâce du maréchal de Villeroy qui fut profonde et longue. Le roi , [outré des mauvais succès de ses armes et qui avoit mis son homieur à n'écouter rien sur la paix, dont toutefois il commençoit à sentir tout le besoin, à moins qu'il n'eût la totalité de la moçarchie d'Espagne pour le roi son petit-fils, avoit fait les plus grands efforts pour avoir de belles et nombreuses armées et pour se procurer des victoires qui, malgré les suites de la bataille d'Hochstett, forçassent ses ennemis à terminer la guerre à son gré. Il avoit excité le maréchal de Villeroy, en partant, à donner une bataille. 11 l'avoit piqué par le succès que le maréchal de Villars avoit eu de bonne heure en Alsace. La levée du siège de Barcelone , et l'ébranlement qu'il causa à toute l'Espagne , alluma de plus en plus le dépit du roi et la passion d'avoir incessamment une puissante revanche , et il ne cessa de redoubler ses ordres là-dessus au maréchal de Villeroy, et par Chamillart, et par des billets même de sa main (1). Marsin lui menoit d'Alsace un puissant renfort de troupes ; Villeroy avoit ordre d'en attendre la jonction avant de rien entreprendre, mais aussitôt après de ne rien marchander. Ces mêmes ordres et d'attendre Marsin et de chercher aussitôt après à combattre lui avoient été réitérés plusieurs fois. Villeroy se sentit piqué d'être si souvent et si pressamment excité à donner une bataille ; il crut qu'il y alloit du sien de différer; il se flatta de vaincre et se promit tout d'une victoire si passionnément désirée du roi, s'il n'en partageoit la gloire avec personne. C'est ce qui le précipita à donner celle de Ramillies, de telle sorte que l'électeur de Bavière eut à peine \e temps d'arriver à l'armée le matin même, sur le point du combat. Plusieurs
(1) La nouvelle de la perte de la bataille de Ramillies était arriviHi Te 26 mai et celle de la levée du siège de Barcelone le 28 ; ce ne peut donc être cette dernière considération qui fit presser le maréchal de Ville^y de Uvrer bataille.
ofliciers principaux u'étoient arrivés que la veille, plusieurs autres u'avoient pas encore joint , et Marsin étoit encore à deux journées de lui, dont il avoit des nouvelles et dont la jonction étoit instante et sûre. En Tattendant suivant ses ordres, il auroit été de plus d'un quart phis fort , et comme il étoit sans lui supérieur aux ennemis et quMl les eût combattus sur un autre terrain que celui où il donna son combat et où M. de Luxembourg n'avoit pas cru qu'on le pût hasarder sans y être battu, la victoire auroit été sûre et complète et pouvoit, en ce conmfiencement de campagne, avoir les plus grandes et jles plus heureuses suites. Toute la gauche du maréchal ne put combattre, étant séparée des ennemis par un marais et par des rebords de ces marais qui ne se pouvoi^t passer devant eux. Ce même marais séparoit ses deux lignes dans leur centre ; la droite y fut repoussée par les ennemis, qui ^ de là, leur tirèrent toujours des troupes fraîches , et qui , après avoir défait notre droite y qui se perdit dans ce marais , retourna par derrière une ligne restée devant notre gauche, la prit en flanc et la| mit en fuite, déjà ébranlée par le triste succès de l'autre aile. Le maréchal de Villeroy perdît la tramontaife et plusieurs officiers généraux avec lui , Guiscard surtout, qui en fut perdu. Ainsi ^ ayant perdu très -peu de monde, mais beaucoup étant restés longtemps ou engagés dans le marais ou dispersés en le traversant , la fiiite fut grande , et ce qu'il y eut de plus honteux , c'est qu'on ne put jamais persuader le maréchal de tenir ferme sous ces places , et que son armée rassemblée et augmentée sans cesse par le retour des gens dispersés , il la fit marcher sans s'arrêter, toujours en arrière, malgré tout ce que l'électeur lui put dire et lui faire représenter par plusieurs officiers généraux, et malgré tout 08 qu'A pouvoit faire encore avec Marsin , qui toumoit et forçoit ses marches pour le joindre. Une conduite si étrange mit le roi au désespoir, et l'engagea àenvoyer Chamillart en Flandre , pour être bien informé par lui et par les gens à qui il parleroit de tous les états de l'armée, eorome tout s'y étoit passé, de la perte, du désordre et des remèdes qui s'y pourroi^t apporler. Quelque amitié et quelque habitude qui protégeât le maréchal auprès duroi^ il ne put ne pas voir clair à son Incapacité et à sa conduite , et ne put sentir à quoi il s'exposeroit s'il laissoit son armée et sa frontière entre les mains d'un homme à qui la tête avoit tourné si absolument et qui étoit encore fort loin d'être remise ; mais œCte même amitié fut assez forte pour se prêtera tous les moyens honorables de l'en tirer. 11 lui fit insinuer de demander son retour. Il lui fit dire qu'il étoit résolu, et que, ce parti étant indispensable^ il seroit sans comparaison plus honn^ pour lui.qu'il parût qu'il le demandoit , et en le faisant assurer qu'il le recevroit et le traiteroit de manière qu'il parottroit à tout le monde que c'étoit à regret qu'il lui auroit accordé son retour. Rien ne prit sur le maréchal , ni les lettres de la
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main du roi, qui l'assuroit qu'il seroit de moitié avec lui pour couvrir et tes fautes et le retour et lui marquer plus d'amitié que jamais , et les remontrances de ses amis , tout fut inutile. Plus le roi en faisoit, jusqu'à lui demander cette complaisance comme une marque de sa déférence et de son amitié pour son maître , plus le marédial s'obstina à répondre durement qu'il n'étoit point un fourbe, et que rien ne lui^ feroit demander ce qu'il ne désiroit pas et ce qu'il re§ardoit comme le plus grand affront quil pût recevoir. Use flattoit sans doute, à tant de ménagements pour tant de si grandes fautes, que l'amitié du roi et la protection demadame de Maintenonne se pourroient jamais résoudre à l'arracher de son armée, avec laquelle il se flattoit sans doute de réparer ses malheurs ; mais à la 6n le roi , outré de cette opiniâtreté invincible et des bontés si extrêmes et si peu méritées , se sentit plus outré contre Tinflexibilité du maréchal que contre ses fautes, et lui envoya ordre de revenir sur-le-champ, puis changea sa lettre et lui manda d'attendre M. de Vendôme , et qu'il vouloit bien encore , malgré lui, dire et laisser croire qu'il ne le rappeloit qu'à sa prière. Cela fut exécuté de la sorte , et le maréchal ne sut pas profiter de ce dernier effort de bonté.
Il y avoit longtemps que M. le duc d'Orléans et les princes du sang désiroient de se voir à la tête des armées. Le malheur d'Hocbstett le leur avoit fait espérer comme un moyen de ranimer tout par letir exemple ; mais le roi n'avoit pu s y résoudre , et avoit rebuté Chamjl* lart plus d'une fois là -dessus. 11 n'avoit jamais eu de vrai retour pour M. le prince de Conty, l'amour des troupes et de la cour; son mérite lui étoit odieux, et le secret dépit de ne pouvoir donner d'armée à M. du Éaine, qu'il avoit égalé aux princes du sang , les en éloignoit plus que tout. Forcé enfin par Chamillart en ce dernier malheur de Ramillies , il ne put toutefois gagner sur soi d'envoyer le prince de Conty sur-le-champ en Flandre , comme le ministre l'en pressa , et il se fé* solut à ce changement de généraux d'armée , pour mettre en Flandre celui dont il espéroit le plus d'entre eux , d'envoyer en sa place un prince qui , au-d^sus des princes du sang , piquoit moins son dépit par rapport à M. du Maine. C'étoit perdre bien du temps par Téloignement de l'Italie, mais il en fallut passer par là.
Mercredi 23, à Mdrly. — Le roi, avant que d'entrer au conseil , apprit par un courrier du maréchal de Villeroy que les ennemis s'étoient retirés de devant Nieuport ; ils se tournent du côté d'Ostende, où toute leur artillerie marche ; on ne croit pas qu'ils aient encore ouvert la tranchée. — On fit partir dès la pointe du jour des eoup-
riers pour M. dé Vendôme^ M. de Villars et H. de Harsin^ qui ne savent encore rien des changements que le roi fait dans le commandement de ses armées. M. de Yillars ne partira point d'Alsace que M. de Harsin ne Boit arrivé^ et dès qu'il sera arrivé, il partira pour la Lombardie et passera par le pays des Suisses. M. le duc d'Orléans compte d'y arriver presque aussitôt que lui, et a dit au roi ce soir qu'il avoit réglé toutes ses affaires à Paris et qu'il pouvoit partir avant la fin du mois ; le roi voudroit bien qu'il arrivât avant le 15. M. de Vendôme en partira dès que le maréchal de Villars y sera arrivé, et H. le duc d'Orléans compte de le trouver encore à son armée ou tout au moins & Hilan. M. de Vendôme passera ici et recevra les ordres et les instructions du roi avant que d'aller en Flandre, où le maréchal de Villeroy l'attendra. — Madame la duchesse d'Orléans a fort pressé M. le duc d'Orléans de prendre toutes ses pierreries , elle en a pour des sommes immenses, et H. le duc d'Orléans lui a répondu que, s'il ne trouvoit pas chez ses amis tout l'argent dont U a besoin, il ne feroit nulle difficulté de les accepter, sachant bien qu'elle lui offroit de bon cœur.
Jeudi Si-, à Marly. — Le roi se promena tout le matin dans les jardins; il n'est point sorti l'après-dlnée, parce qa'il y a QU un violent orage. Monseigneur le duc de Berry est parti l'après-dlnée pour aller à Villeneuve- Saint-Georges, où Monseigneur est allé coucher de Meudon. 11 partit hier d'ici l'après-dlnée et mena avec lui mademoiselle de Lislebonne et madame d'Épinoy, qui revinrent le soir au souper du roi. Monseigneur ne mena avec lui aucun courtisan. — Il arriva à midi un coutrier de M. de laFeuillade ; voici une copie de sa lettre :
AU caïup de Moncallier, le 19.
Les troupes du roi viennent d'entrer dans Moncallier ; nous n'y avons pas trouvé plus de résistance qu'à Quiers; les ennemis l'avoient abandonné. M. de Savoie est sorti
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de Turin avec tonte sa cour^ ses équipages et sa cavalerie^ an nombre de trois mille chevanx; il n'y a laissé que cinq cents chevaux et vingt houssards^ et a chargé le général Taun du soin de la défendre. La plupart de son infanterie est dans un très-mauvais état; il commence à en déserter une grande quantité^ et il y a lieu d'espérer que cela continuera. Nous fiaiisons actuellement un pont de communication à Honcallier; une troupe de quarante houssiBurds en a attaqué aujourd'hui dans notre marche une de cinquante maîtres des ennemis^ qu'ils ont entièrement défaits; il y en a eu trente-six de pris avec leurs chevaux ; une troupe qui a paru auprès de MoncaUier a été repoussée par notre avant-garde^ qui en a pris sept ou huit.
Il arriva un courrier de Naples qui va à Madrid; c'est le duc d'Escalone, vice-roi, qui l'envoie au roi d'Espagne. Il n'y a eu nul soulèvement en ce pays-là, quoique les ennemis en eussent fait courre le bruit. — L'électeur de Bavière, qui est à Mons , a jeté du secours dans Dendermonde; il y a fait entrer trois mille cinq cents hommes, qui y ont porté tout ce qui y étoit nécessaire : le gouverneur, qui s'appelle del Val , Espagnol, qui a quatre-vingts ans passés, marque beaucoup de fidélité pour le roi son maître.* Greder, maréchal de camp dans nos troupes, est dans la place; quoiqu'elle fût investie, le .secours n'a eu nulle peine à y entrer, et ce qu'on en a fait resortir de troupes n'a eu nulle peine à rejoindre l'électeur.
Vendredi 25, à Marly, — Le roi, après son dîner, a couru le cerf, et au retour de lâchasse il s'est promené dans ses jardins jusqu'à huit heures; madame la duchesse de Bourgogne l'a joint à sa promenade. Monseigneur, qui devoit venir de Villeneuve-Saint-Georges, lui a mandé qu'il n'en reviendroit que demain, parce qu'il vouloit courre le loup. — Madame la marquise de Villars, mère du maréchal, est morte à Paris; elle avoit quatre-vingtquatre ans*. — M. de Pontchartrain entra chez le roi au retour de la chasse; il venoit de recevoir une lettre de
Belle^Isle par laquelle on lui mande qu^un de nos armateurs a pris deux vaisseaux anglois chargés de munitions de guerre qui alloient à Lisbonne. La flotte hollandoise^ • n'ayant point trouvé l'angloise prête, a continué sa route, et on l'a vue passer à la hauteur d'Ouessant. — M. de Chamillart envoya au roi un paquet, et le roi dit à son souper que la tranchée n'étoit pas encore ouverte à Ostende. Le comte de la Hotte a ouvert une écluse par laquelle il a fait entrer dans la mer toute l'eau qui étoit dans le canal de Bruges à Ostende ; les ennemis avoient beaucoup de barques chargées de munitions de guerre et de bouche qui sont demeurées à sec; cela retardera le siège de quelques jours. Les ennemis travaillent à faire une digue pour empêcher l'eau de ce canal d'entrer dans la mer. — Le roi a donné à M. de Mommeins Talné, mestre de camp et brigadier de cavalerie, la brigade vacante dans la compagnie des gardes d'Harcourt, et à la Boulaye , mestre de camp de cavalerie, la brigade vacante dans la compagnie de Villeroy. — Trois officiers généraux des troupes d'Espagne qui servent en Flandre ont pris parti parmi les ennemis, qui sont MM. de Vinterfeldt, Wrangel et Pascal ; les deux premiers étoient dans Anvers quand la place s'est rendue. — Quand le roi donna le régiment Royalétranger à Saint-Chamans, il donna le régiment de Saint- Chamans au comte de Vaudrey, qui étoit lieutenant-colonel du Royal-étranger, et il donna le même jour le régimentde Bar à la Motte , qui en étoit lieutenant-colonel.
* Cette marquise de Villars étoit sœur du père du maréchal de Bellefonds; une petite bomie femme sèche, vive, méchante comme un serpent, de l'esprit comme un démon, qui étoit d'excellente compagnie, qui avoit passé sa vie jusqu'au dernier bout dans les meilleures et les plus choisies de la cour et du grand monde et qui conseilloit toujours à son fils de ne point donner de .scènes au monde sur sa femme, de se vanter au roi tant qu'il pourroit, mais de ne jamais parler de soi à personne.
Samedi 26, à Marly. — Le roi se promena tout le jour
dans ses jardins. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry revinrent de Villeneuve-Saint-Georges. — On fait un gros détachement de Tarmée d'Alsace pour la Flandre ; il sera de dix bataillons et de quinze escadrons; c'est H. de Hagnac^ lieutenant général, qui le commande. — M. Philippucci ayant refusé le chapeau de cardinal et ayant persisté dans son refus malgré le temps que le pape lui avoit donné pour se déterminer, S. S. a choisi pour cardinal en sa place M; Conti^ nonce à Lisbonne. — L'abbé Testu (1) mourut ces jours passés à Paris. Il avoit depuis longtemps une abbaye que le roi lui avoit donnée ; il avoit le prieuré de Saint-Denis de la Chartre, qui dépend du prieuré de Saint-Martin ; il avoit une pension de M. le duc du Haine. Il étoit un des quarante de T Académie françoise; il avoit quatre-vingts ans passés et avoit toujours été fort dans le monde*. — Le cardinal Barbarigo est mort presque subitement à Monte-Fiascone. — L'am* bassadeur de Venise a eu une grande audience de M. le duc d'Orléans à Paris.
* Cet abbé Testu étoit plein d'esprit et d'un esprit fort orné , un répertoire d'anecdotes delà cour et des meilleures et plus illustres compagnies du grand monde , où il avoit toujours été recherché , un très, honnête homme, et même bon homme, .d*une bonne famille du parleipent de Paris. 11 avoit passé sa jeunesse à la cour, et avoit fort connu madame de Maintenon chez le maréchal d'Albret et depuis chez madame de Montespan , et il conserva avec toutes les deux considération , amitié , liberté et commerce jusqu'à ta fin de sa vie , et à utilement servi des gens auprès d'elles. C'est peut-être \e premier homme connu qui se soit plaint de ce mal si malheureusement devenu commun depuis , ignoré de ceux qui l'ont et de ceux qui le traitent et qui, sous mille formes différentes, est appelé vapeurs.
(1) « Se» Stances chrétiennes, dont on a fait cinq ou six éditions, marquent assez le talent quil avoit pour la poésie. Il avoit un très-beau cabinet de tableaux, et comme il connoissoit parfaitement tout ce que la peinture a de plus beau , et que tous les tableaux qui composoient son cabinet étoient de son choix, il n'y a point à douter que les curieux ne les recherchent avec empressement. » {Mercure d^ juillet, pages 120 à 122.)
DmoiAehê 27, à Marly. — Le roi, après le conseiL demeura longtemps avec U. de Chamillart et il travailla encore aj^ès diner jusqu'à six heures. — Ou reçut des lettres de Madrid qui portent que Farmée portugaise avoit marché de Salamanque le 13 et étoit venue à Penaranda, qui n'est qu'à huit lie.uesd'Âvila; il parolt qu'ils marchent droit à Madrid, parce que c'est le droit chemin. M. de Berwitk 86 recale toujours, n'étant point en état de les combattre; les trente bataillons et les vingt escadrons qu'on lui envoie de l'armée qui étoit en Catalogne^ n'arriveront àBayonne qu'à la fin du mois. On écrit que la reine d'Espagne sera obligée de sortir de Madrid et qu'elle viendra à Aranda de Duero,. et le roi d'Espagne ira se mettre à la tète de l'armée de M. de Berwick. Ces nouvelles sont venues par un courrier d'Orry, et, à ce qu'on assure, à Tinsu de M; Amelot, notre ambassadeur; ni lui, ni le duc de Berwick, ni le roi d'Espagne n'en mandent rien; on ajoute même à cela qu'Orry est tout à fait brouillé avec M. Amelot.
Lundi 38, à Marly. — Le roi vouloit courre le cerf l'aprës-dlnée, mats l'orage l'en empêcha; il ne le courra pas encore demain, parce que c'est fête, et le roj^a l'attention de ne courre jamaisles fêtes, parce qu'il ^ peur que quelqu'un de l'équipage ne perde la messe. Il travailla jusqu'à six heures avec M, Pelletier. — Imécoupt , lieutenant des gardes de la compagnie de Noailles, est mort de ses blessures. — Par les nouvelles qu'on a de Flandre, on ne doute plus que les ennemis n'assiègent Ostende ; ils ont même fait des détachements de leur grosse armée, qui esta Rousselaer, pour grossir les troupes qui sont au siège; on croit qu'ils auront ouvert la tranchée du 26, maison n'en a point encore de nouvelles sûres. — L'ambassadeur de Venise vint ici le matin et fut longtemps avec H. de Torcy. Les Vénitiens se plaignent beaucoup de M. de Vendôme, qui n'est pas content d'eux; on ne croit pourtant pas que cela en vienne à une rupture. —
Il arriva un courrier de M. de Vaudemont, qui joindra quelques troupes à un petit corps que M. de la Feuillade a donné à H. le comte d'Estaing pour faire le siège d'Asti, où M. de Savoie n'a laissé que deux cents hommes dans la citadelle.
Mardi 29, à Marly. — Le roi, après le conseil de finance, travailla encore avec M. de Chamillart, etTaprèsdinée S. M. travailla avec M. de Pontchartrain, et il se promena dans ses jardins jusqu'à huit heures. — On eut le soir des nouvelles de M. de la Feuillade par Tordinaire, les lettres sont du 23. Ce général, après avoir fait prendre du pain aux troupes qu'il avoit à Honcallier, où il avoit été obligé de demeurer deux jours en attendant son canon , marchoitpour suivre M. de Savoie*, qui avoit pris la route de Carmagnole avec sa cavalerie ; mais on croit que ce prince va à Coni, auquel cas M. de la Feuillade reviendra devant Turin, dont le siège va lentement, mais bien. Notre canon n'étoit point encore en batterie, mais il devoit tirer le lendemain. Nous n'avons pas perdu beaucoup de monde jusques ici et nous n'avons eud'officiersconsidérablesblessésqueM. deMenou, brigadier, qui a eu la jamée emportée au commencement du siège. — M. le duc d'Orléans fait reconnoltre le fils qu'il a eu de mademoiselle de Sery et lui donne 500,000 livres, dont la mère aura la jouissance**.
* La Feuillade fut sur le point de prendre M . de Savoie, qui lui échappa, lui troisième, si à propos quMl sortoit d'un village par un bout comme la Feuillade y entroit par Tautre. Cétoit un très-petit lieu , et il en fiit averti à Finstant ; la malhabileté de ne pas débander après fut grande , ou la politique bien forte , à Tégard de madame la duchesse de Bourgogne à l'abri du crédit de M. Chamillart. Quoi qu'il en soit , il fut fort soupçonné de ne l'avoir pas voulu prendre , et cette chasse nuisit fort au siège de Turin.
* Mademoiselle de Seryétoit une jeune fille de condition sansbien, fort jolie, une brune (I) piquante, d'un air mutin et capricieux, >if et
(!) Il y a bonne i\Hm le mamisrrit.
plaisant , qui étoit parente de madame de Venladour et qui iîit mise par elle fille d'honneur de Madame. M. d'Orléans en devint amoureux et en eut oe fils, qu'il prit ce temps de faveur du roi^ pour reconnoitre et le £ûre légitimer. Mademoiselle de Sery n'avoit pu demeurer chez Madame avec eet éclat ; elle possédoit M. d'Orléans avec empire , et voulut abflolamentétre appelée madame du Gomment [du Commun?]. Il n'y en avoit point d'exemple, mais M. le duc d'Orléans força le roi, en partant pour l'Italie, d'en faire un, et il permit à mademoiselle de Sery de prendre le nom de comtesse d'Argenton, terre à M.le duc d'Orléans, qu'il lui donna. I9ou8 le verrons dans sa régence acheter pour ce fils le grand prieuré de France du chevalier de Vendôme bien étrangement ^ puis la charge de général des galères du maréchal de Tessé , lui donner l'abbaye d'AuviUiers, enfin profiter des conjonctures d'Espagne pour l'y envoyer à l'occasion du voyage de mademoiselle de Beaujolois, sa fille, qui alloît pour épouser don Carlos, et faire faire le chevalier d'Orléans grand d'Espagne à vie ; au moins a-t-il été heureux en lui.
Mercredi 30, à Marly. — Le roi, après le conseil d'État, qui ne fut pas si long qu'à Fordinaire, travailla avec M; de ChamUlart, et finit une partie des choses qu'il avoit à faire avec lui pour avoir son après-dlnée libre, qu'il employa à courroie cerf. Monseigneur et messeigneurs ses en&nts étoient à la chasse. A neuf heures H. de Cha- • millart vint chez madame de Maintenon pour finir avec le roi ce qu'il n'avoit pas pu achever le matin. Le roi, avant que d'aller à la messe, avoit été enfermé avec M. le duc d'Orléans, qui prit congé de S. M. Il partira demain de Paris et arrivera dimanche à Lyon ; il court à vingthuit chevaux et à cinq chaises, une pour lui, une pour Sassenage, son gentilhomme de la chambre en service , une pour le marquis d'Étampes, une pour la Fare, ses deux capitaines des gardes, et pourNancré, qui commande ses Suisses. — On eut des nouvelles de Madrid du 18 au soir; la reine en étoit sortie Taprès-dlnée pour aller coucher à Alcala et le lendemain à Guadalaxara; le roi d'Espagne y est demeuré pour quelques jours et tâchera d'obliger les conseils à suivi-e la reine, et lui ira joindre l'armée du duc de Berwick, qui se rapproche toujours de Madrid. Les ennemis marchent en avant, et étant déjà en deçà d'A-
T. Xî. 10
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14» JOURNA*. PE I>ANGEAU.
viia, HadrM est djtiKS* la d^nièFe dé«»ola4ion de vois ainsi partir la reine.
Jeudi V^ juillet, à Marly, — Le roi se promena) tout le jour dans ses jardins. Il a réglé son Voyage dte Fontainebleau^ où- il ira cette année plus tôt qu'à Tordînaire ; il partira pottr cela; le 30 d'août de Meudon ei i&vs^ le voyage tout en u^ jôtff . Madame la duohesse de Botogogae n'arrivera (jue le lendemain ; elle ira en Mtôàtf, s'effl*' barquera auprès de l'Arsenal et coucïiéM à Gôtbeil, — U ariiva Mer au soir un courrier de M. de Viïlars qu'ion a fait repartir 6e âiatin ; ce maréchal représente au roi les raisons qu'il y a potiT ne le pmnt envoyer eu Italie avec M. le duc d'Orléans. — Il est âîrivé ce iSôîr uff cemi*rier de M. de Chamarande, qui mande que âotte càûon e$t en batterie; il a fait taire le eanOn des assiégés durant viiïgt-qaatre heures , quoique les assiégés aient qualxevingtrdix pièces de cano» qui tirent sur notre tranchéie. M. de Savoie ei^t à Goni. M. de la Feuillade revient au siège; lei^etinemis^ depuis le23^ ont fait plusieurs sorties^ où ils ont été toujoui^s repoussés. Les déserteurs assurent qu'ils nous découvriront toutes les mines.
Vendredi 2 , à Marlp, — Le roi , après son dîner ^ alla courre le cerf; Monseigneur étoit à la chasse. Messeigneurs les dites de Bourgogne et de Berry étoient allés dès le matin tuer des sangliers d^ns la forêt de Sain1>- Germain. -— Lé roi a tpouvé les raisons que M. de Villars lui a représentées bonnes; U le laisse en Alsace et envoie M. de Marsin sous M. le duc d'Orléans en Lombardie*. — U arriva ttn courrier d'Espagne, les lettres sont du 24; la reine écrit de Berlinga. Le roi d'Espagne étoit sorti le 21 de Madrid et s'étoit allé mettre à la tête de l'armée du duc de Berwick à Torrejon ; notre ambassadeur l'a suivi; les conseils ont suivi la reine, qui doit aller à Arandade Duero et de là à Burgos. L'armée portugaise s'avance toujcîttrs ; efie n'est pas loin de l'Escurial et entrera quand elle voudra à Madrid. Le cardinal Porto-Carrero est allé à son
JDÎLÎjET ITCfe. f47
arahevèèhé dé TolMé ; Id plu|>art deâ gfMnds sont allés dans leurs terres; le désordre et la désolation sont grands à Ifedrid. — Le comte de Sainte-<3roix , qui côftiiriandoit deux galères d'Espagne à Carthagène y eât allé se rendre avec ses deux galères à un vaisséati anglois qui étoit àla Ade.
* Vfllars, dans une si grande fortune , n'eut garde de changer le eomraandement ^éh^t et sûr le ftUM centre rttàlie , et sôûsùn pétitfib de FmM$ei c|iiôiqfie tecitett^t obligé d'eti croire le niài^éèhal dé Franne qiù hli seroit donné. Il y craignit encore plus le gendre du ministre tout-puîssaiit alors, et ses eutreprises mal concertées, auxqueltes il faudroit tout sacrifier, ou se perdre soi-même; et il n'en jugéif qûë trdp iMi.
Èamedi 3, à Venailles. — Le roi travailla assez longtemps avec le P. de la Chaise à Harly avant que d^aller se promener^ et il n^arriva ki qu^à huit heures. Monsei- ^eur partit après dîner pour Meudon , où il demeurera jusqu'à vendredi^ il y & mené madame la duchesse et mademoiselle de Meluit^ qui revinrent ioi le soir. Honseig^eur le duc de Bourgogne revint ici dès qu'il eut dteé et fut longtemps avec le P. Martineau pour faire demaiti ses dévotions ; il les fait tous les quinze jours. Madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry jouèrent Taprès-dlnée à Marly et ne revinrent ici qu'à cinq heures. — Le rd eut le matiû, à Marly, des nouvelles d'Ostende ; le comte de la Hotte lui mande que la tranchée fuiouverte la nuit du 26 au 27, qu'il avoit fait une sortie qui avoit dérangé leur travail et qu'il les avoit obligés de l'ouvrir plus loin. Une bombe des galiotes avoit mis le feu à la maison de ville , qui avoit un peu épouvanté les habitants, mais cela étoit apaisé. — M* la marquis de Rhodes^ mourut ces jours passés à Paris; il avoit été grand maître des céi^émonies, charge qui étoit depuis longtemps dans sa maison. Il laisse une fille unique^ qui sera une grande héritière.
* On a parié de M. de Rhodes ailleurs ; il fut le dernier dé sa ntai-
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son. Cette iille uuique qu'il laissa épousa le prince d'Isenghien , déjà veuf, et mourut sans enfants.
Dimanche 4, à Versailles, — Le roi travailla Taprèsdinée avec M. de Chamillart et puis s'alla promener à TrianoD. Honseigneur vint ici le matin pour le conseil et puis s'en retourna dîner à Heudon. — Le roi mande à M. le chevalier de Bezons de venir ici; on l'envoie commander sur les côtes, depuis Calais jusqu'au Havre; il aura pour maréchal de camp sous lui H. de Lé vis, qu'on avoit mis dans Menin avec H. de Caraman. — 11 arriva un courrier d'Espagne, les lettres sont du 27. Les Portugais sont maîtres de Madrid , dont tous les conseils et tous les grands sont sortis. Le roi d'Espagne s'approche de Burgos avec le peu de troupes qu'a le duc de Berwick ; les trente bataillons et les vingt escadrons que nous envoyons dans ce pays-là le joindront à Bui^os, où la reine sa femme le va attendre. La désolation est grande, et l'on craint la désertion dans le peu de troupes espagnoles qui restent; on ne sait point si le comte de las Torres, qui étoit dans le royaume de Valence, pourra joindre. On attend, dit-on, l'archiduc à Madrid avec milord Péterborough ; le bruit qui avoit couru de la maladie de l'archiduc ne se confirme pas; cependant on n'en a aucunes nouvelles certaines, et il y a bien des gens qui le croient encore à Valence.
Lundi 5, à Versailles. — Le roi prit médecine; Monseigneur vint de Meudon le voir. S. M. travailla avec M. Pelletier. — On eut des lettres du comte de la Hotte du 30. Elles sont venues par des barques que l'on avoit fait entrer à Dunkerque et à Nieuport pour y jeter quelques munitions dont on manquoit dans ces places ; les vaisseaux ennemis n'ont pas pu empêcher ces barques d'entrer et de sortir. Le comte de la Motte mande que les assiégeants sont à portée d'attaquer le chemin couvert, mais qu'il craint encore plus le dedans que le dehors. — M. de Desimieux, lils de madame de Verne, qui étoit fort joli garçon et qui, quoique fort jeune, avoit déjà trouvé
le moyen de se distinguer, est mort de maladie à Tournay ; il ne reste plus d'enfants à madame de Verue qu'un fils, qui est demeuré. auprès de M. de Savoie et qui est l'alné de celui qui vient de mourir. — Un parti de Namur a pris le duc d'Albemarle, qui prétendoit avoir un bon passe-port, mais le temps marqué dans le passe-port étoit expiré. H. de Saillant^ qui commande dans Namur, Ta renvoyé sur sa parole, et les généraux ennemis sont convenus eux-mêmes qu'il étoit de bonne prise ; on parle de Téchanger contre le marquis d'Alègre; ils sont de grade égal dans l'armée; le duc d'Âlbemarle étoit le grand favori du feu roi Guillaume, et son nom est Kepel.
Mardi 6, à Versailles. — Le roi, après le conseil, travailla encore avec M. de Chamillart. Il donna une audience à l'ambassadeur de Venise, qui parut en sortir fort content; on croit que les petits démêlés que nous avons avec la république sont terminés et que la neutralité subsistera. — On a des lettres de M. de Vendôme, qui est toujours derrière l'Adige; le prince Eugène se fortifie fort, et on compte qu'il aura bientôt trente mille hommes dans son armée. — On a des lettres de Turin du 30, le siège va toujours lentement, mais toujours bien; nous perdons peu de monde, et il n'y a point encore de maladies dans l'armée. H. de la Feuillade étoit encore devant Quierasque, où H. de Savoie a laissé quelque infanterie ; M. d'Estaing est encore devant Asti ; ces deux détachements font que les troupes du siège ont peu de repos , car nous avons toujours dix bataillons de tranchée , et il n'y en reste que quarante. — On donne à H. de Bezons quinze escadrons et quelques bataillons , mais presque iontes troupes de nouvelles levées. — M. de Biron commande un petit corps près de Nieuport, qui campe sur les dunes.
Mercredi 7, à Versailles. — Le roi, après le conseil, travailla avec M. de Chamillart, y travailla encore l'aprèsdlnée jusqu'à cinq heures, et puis alla tirer. — Toutes les
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npuvplles d'Allemague portont que raccommodement 4^ (|](iLéçQHtont9 avec Tempepeur est rompu ; mais il vient si souvent de fausses nouvelles de ce pays-là qu'il en laijit attendre Içi confirmation, -rr Lia duot^esse Max de Bavière est mortie en Bavière ; 4^ étoH sasaa de M. de B(Oi|iUoQ. Elle avoit eu 500,000 livres en mariage^ dont il y en $^yoii 100,000 qui étoi^pt demeurées entre les mains 4e M. de Bouillon et dqnt il payoit la r^fite; elle a donné tout son bien au prince d'Auvergi^, qui est en Hollande. Is duQMax, son mari, étoit oncle de madame la Dauphine (^ ^ électeurs de Bavière et de Cologne. — Le roi ^ donné la brigade vacante dans ses gardes du corps à 'la Billarderie y mestre de camp de cavalerie ; les enseignes inontent toujours aus lieutenances, mais ils conservent leurs brigades; ain$i la Billardeiie amrai la brigade d'Iipécourt, ^ui est moift.
Jeu4i 8, à VûT^ailles. -rr- Le roi dina 4e bonne heure et pui$ %Ua courre le cerf dans le pajoc de Marly ; après la cli^s^e il alla se promener à tb^iy et revint ici à ^pt b^ures. -r Le maréchal de Tessé salns^ le roi le matin, qui lyi 4it que sauiedi il Tentretiendeoit à loisir, -r-^ Vaset y qui a uoa charge de confiance chez la rein^ d'Espagne , ^piva ici; il a laisi^é la reine un peu par delà Burgos, A^ elle vient tout droit. Le roi d^Espagne est à la tète de TiP^O^ée du dMC de Berwiûk et prend le chaipin defiurgos aussi , mais fort lentement. Les Portugais ne le suivent poipt, on les lait camper auprès de Madrid; leurs généraux ne veulent point que leurs troupes ealsent dans la ville. Va^t a apporté ici une cassette pleine de pierreries, ff^fmi lâ^queUes e^ la fameuse perle que les Espagnols appellent ia peregrinê ou la sala, parce ^'il n'y en a point d^ns TEurope dp cette gross^ui*7là ; les auires pierreries ne sont pas fort considérables.
Vmdredi 0, à V&rsailUê. -:- Le roi all^, tirer l'aprèsdinée, et le soir il travailla avec M. de Chamillart, qui arrivoit de Ifaris , où il avoit reçu 4eux courriers , un du ma-
JUILLET 470e. IM
réchai de Viller oy et run du maréehal de Marsin . -.— Par les nouvelles qu'on a de Dunkepque et de Fumes on doit juger que les ennemis seront; bietitèt maîtres d'Ostende, s'ils ne le sont déjà. Le maféchal de Marsin a reçu ses ordres pour aller. en Italie, et il se prépare à partir d'Alsace, où' il ne &isoit que d'arriver. — On mande de Bay<mne que le comte de San-lstevan, qui étoit vice-roi de Navarre, étoit mort subitement à Pampélune; c'est une mé^ocre perte pour le roi d'Espagne, et Bupont, qui commande les troupes de France dans la citadelle , n'avoît point voulu en sortir pour lui aller pai*ler, de crainte que ce vice-roi, qu'il croyoitmaflinleniionné, ne le fit arrêter pour se rendre ensuite maître de la citadelle.
— Monseigneur alla de Meudon coucher à Vîlleneuve- Saint^eorges. Monseigneur le ducde Berry alla d'ici tirer dans la forêt de Sénart et puis coucher à Villeneuve^aint- Gùorges.
Samedi W, à Versailles, — Le roi tint conseil de finances et travailla encore avec M. de Chamillart, et il alla après dîner à Trianon ; madame la duchesse de Bourgogne alla i^y promener aussi. Monseigneur et monseigneur îe duc de Berry revinrent de ViUeneuve-8aintfieerges après avoir couru îe loup dans la forêt de Sénart.
— 11 arriva «m aide de camp du comte de la Motte, qui a été obligé de rendre Ostende aux ennemis ; il commença à eapiiulep le 6 et sortit de la place le 8. Il s'est engagé p» sa capitulation à ne servir de six mois, ni lui ni sa gurnison, qui étoit fort mauvaise; il a voit six bataillons françois nouveaux et fort foibles et deux bataillons wallons, dont tous les soldats et beaucoup d'officiers ont pris parti parmi les ennemis. — Madame de Gacé mourut ees jours passés à Paris; elle avoit épousé son cousin germain et étoit fille de M. de Matignon, à qui il ne reste qa'nn fils. — D'Avaray et Puységur, tous deux lieutenants généraux au siège de Barcelone, sont arrivés; le roi envoie Puységur servir en Flandre, d'Avaray
n'est pas en assez bonne santé pour pouvoir servir.
Dimanche 11, à Versailles. — Le roi, après le conseil, travailla avec M. de Chamillart, et Taprès-dlnée il y travailla encore jusqu'à cinq heures et puis alla tirer. Monseigneur se promena le soir dans les jardins. Madame la duchesse de Bourgogne fit ses dévotions aux Récollets dans une chapelle en bas. — Les dernières nouvelles qu'on a de M. de Vendôme sont du 2 ; il conserve tous les postes qu'il a sur TAdige , et il paroit que le prince Eugène se prépare à Tattaquer. M. de Vendôme a fait revenir tout ce qu'il avoit de troupes dans le Modénois. M. d'Estaing a pris la viUe d'Asti , mais il attend du canon pour attaquer le château. — On a mis dans la citadelle de Valenciennes M. de Verbauni, qui étoit le principal ingénieur des troupes espagnoles en Flandre; il alloit se rendre aux ennemis ; il auroit pu aisément battre le quartier des troupes qui investissoient Dendermonde en deçà de l'Escaut, mais on n'a bien su cela que depuis sa prison. — La cour ne prendra point le deuil de la princesse Max de Bavière que l'électeur n'en ait donné part au roi.
Lundi 12, à Versailles. — Le roi tint le matin conseil de dépêches ; il y avoit plus d'un mois qu'il n en avoit tenu. Il y jugea l'affaire du cérémonial que M. le Prince et monseigneur le Duc avoient contre le parlement de Dijon, qui prétendoit que ses huissiers portassent la ba* guette haute quand ils venoient en corps ou par députés haranguer ces princes, qui sont gouverneurs de la province ; le roi a décidé l'affaire comme M. le Prince l'a dé* siré, et les huissiers baisseront leurs baguettes. — Il arriva un courrier de M. de la Feuillade, ses lettres sont du 7. Il étoit revenu au siège de Turin; M. de Savoie étoit dans Coni et sa cavalerie dans les montagnes, où elle souffîroit fort ; tout le pays de Mondovi s' étoit soumis au roi et de-* mandoit même des armes et de servir dans nos troupes ; on a pris dans Mondovi le prince de Carignan , sa femme et ses enfants. Il a donné sa parole, se reconnolt pri-
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sonnier de guerre; on le renvoie avec toute sa famille à Raconi^ qui est sa maison de plaisance, où il a prié M. de laFeuillade de lui donner une garde de quarante carabiniers. Mesdames de Savoie étoient à Oneglia; la république de Gènes leur a envoyé des galères, qui ont été obligées^ par le mauvais temps , de relâcher à Villefiranche. La république leur offroit de les mener à Gènes, mais elles prennent le parti de n'aller qu'à Savone. Le siège de Turin va lentement, mais toujours bien; ou avoit écrit à M. de la Feuillade de le presser, mais on ne peut aller plus vite, parce qu'il faut que les mineurs trairaillent à découvrir les mines des assiégés. Nous ne sommes plus qu'à deux toises des palissades de l'avant-chemin couyert, et tout est miné jusqu'à la place. Le courrier qui est arriyé a trouvé M. le duc d'Orléans le 8 au matin à Soze, qui n'est qu'à huit lieues de Turin ; ainsi S. A. R. y sera arrivée ce jour-là de bonne heure.
Mardi 13, à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure après le conseil de finance qui ne fut pas long , et puis alla courre le cerf dans le parc de Marly, et après la chasse il se promena à Mariy jusqu'à sept heures et revint ici ensuite. Le roi travailla le soir chez madame de Ifadntenon avec M. de Pontchartrain. — 11 y avoit depuis quelque temps des faux sauniers qui venoient en troupes vendre du sel du côté de Melun; le roi a fait un détachement de cent soldats des gardes avec six sergents qui se sont dispersés en petites troupes, et une de ces troupes en a attaqué une de ces malheureux auprès de Montereau. Us étoient vingt avec des charrettes de sel; on leur en a tué sept ou huit, on en a pris six ; le reste, qui étoit blessé^ s'est sauvé dans les bois, et on fait un trac dans les bois pour les prendre. Ils sont presque tous Lorrains; un de ceux qui a été pris a nommé les auteurs de ces désordres, et on a envoyé des gens pour les prendre en Champagne, où ils sont en plus grand nombre.
Mercredi 14, à Vm-sailles, — Le roi travailla l'après-
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dinée avec M. de Chamillart; il y avoit déjà travaillé le matin , après le conseil. A cinq heures le roi g^alla promener à Trianon; Monseigneur y alla aussi. Monseigneup le duc de Bourgogne et madame ia dudbesse de Bourgogne se promenèrent le soir dans les jardins. — L'armée de Marlbwough , qui étoit depuis quelqu<js jours à Harlebeck, s'est avancée sur l'Escaut auprès du pont de pierre; les troupes qui ont fait le siège d'Ostcmde le doivent rejoindre; on ne sait point encore quelles piaœs ils doivent attaquer. — M. le eardinal de ianson arriva hier de Rome ; il a été parfaitement bien reçu du roi , et il a prêté ce matin^ dans le casbinet du roi, le serment pour la charge de grand aum6nier de France. — l^ roi a permis à M. de Vaubonne, lieutenant général de rfitt»mée des ennemis, qui est prisonnier à Reims, d'aller pour tï'ois mois à Orange, qui est son pays. Le roi lest fort mécontent de la conduite et des discours de eetliommelà et ne lui accorde cette grâce que pour fai»e plaisir à Marlborougfa, à qui il i'a fait dire même. M. de Martbi>pough en use fort bien avec nos prisonniers , et il soUioitoit fort que le roi accordât cette •grâce à M. <Je 'Vaubo&»e. Jeudi 16, à Versailles. — Le roi donna une grande audience au sieur Orry, qui arriva hier d'Espagne. 8*ifl ne se flatte point dans ce^qu'il dit, il y auvoitgrandejapp»rence que le roi d'Espagne pourvoit bientôt rentrer dans Madrid. Il demande de l'supgent pour eommeneer à p«yer les troupes d'Espagne au mois d'août , et assure qu'elles sont payées jusqu'à la fin de juillet. La reine est à ÇoPgos, où quelques grands sont venus la joindre; quelques autres ont joint le roi d'Espagne, qui est campé à jLadffaque. Voici la copie de la lettre du duc de Berwiok de oe camp-là, du 2 juillet :
Du camp de Xadraque , le 2 juillet.
Depuis le 26 que toute l'armée des ennemis est campée auprès de Madrid, il ne s'est rien passé de nouveau;
JVÏILRT I7m. 155
rarohidiic devoit partir de Barcelone le 21 du mois passé pour se rendre à Valence, où il ne devoit être que le 11 de ce mois; les généraux ennemis lui ont écrit pour le faire venir qu toute ^ÂUg^nce à Madrid , mais il n'y a pas d'app^epce qu'il y puii^se o^rciver avant le 20. S. M. C. est oanpiie loi A sei^Ee lieues de Madrid avec trente-deux esoadrons et sept bataillons et prétend y rester jusqu'à l'arrivée des troupes de France, après quoi ilreqj^chepa en avant pour chasser les enAemis de Madrid. M. le coopte de Fiennes est avec u^ corps de douse à quinze ceats chevaux entre Ciecy et Alcala, pour avoir l'œil sur tout ce qui se passera à Madrid et contenir les ennemis. M. de Jeoffreville est marché avec quatorze esçad^ouç devers SompTSierra^ pour ejnpéqbar qvi'U ne paçse de la vieille Castil)^ auouus blés du oôté de Madrid, ce qui incommodera extrêmement les ennemis.
Vendredi 46 , à Versailles, — Le roi dîna de bonne heure et alla courre le cerf daus la forêt de Jttdjrly , et aprôs la ci^A^e il aUa se promener à yarly jusqu'à la nuit et ppiç jnavipt ioi. r-— Madame la prkioesse de Tingry^ mourut ici. Elle 4toit fort vieille et étoit en enfance depuis assez longtemps; elle'avoit été dame du palais de la reine^ elle en aîvoit encore la pension. EJlle étoit §œur aînée de fei]i jQQ^ame de Luxemho\irg, mère de M. de Luxembourg d'iMijourd'hui, et M. de Luxembourg lui payoit une assez groflse pension. Elle avoit un appartement ici, que le roi a donné à M. de Marsin, qui en souhaitoit un depuis longtempe. — U arriva un courrier de M. de Vendôme, ses lettres $ant du 10. Il mande que 1^ prince Eugène a fait passer le bas de TAdige à un corps de huit ou dix mille ban^o^^ qui fiont entrés dans la Polésine de Rovigo, qui e^ un p^ys assez impraticable ; il croit que les ennemis n'oiU fait cette démarche que pour tâcher de lui faire ûbang^ la disposition de ses quartiers, ce qu'il ne veut point laire. Le courrier a trouvé M. le duc d'Orléans à Milao, iÇt il Joindra M. de Vendôme le 13 ou le 1&.
* L'histoire de cette vieille Tingry, morte à Versailles à quatre-vingtcinq ou quatre-vingt-six ans , mérite d'être rapportée. Brantes, frère du connétable de Luynes , épousa par sa faveur Théritière de Piney- Luxembourg, qui le fit duc et pair, parce que ce duché, érigé pour son grand-père, étoit femelle. Il laissa un fils imbécile, qu'on fit diacre, qu'on fit interdire , qu'on enferma à Saint-Lazare toute sa vie et qui y mourut à la fin du dernier siècle. La fille , on la fit religieuse bénédictine à TAbbaye aux Bois à Paris , où elle a été une vmgtaine d'années professe et maîtresse des novices. La mère se remaria au comte de Glermont-Tonnerre, dont elle eut une fille unique. M. le Prince, amoureux de la duchesse de Châtillon , sœur de Bouteville , et demeuré leur ami d'autant que le frère l'avoit suivi en Flandre , en fit le mariage avec cette fille du second lit, et imagina de le faire duc de Piney-IiUxembourg par ce mariage. On leva pour vingt-quatre heures l'interdiction du diacre , qu'on interdit de nouveau et qu'on recoffra de nouveau dès qu'il eut parlé tant et comme on voulut au contrat de mariage , et' comme la religieuse , au défaut du diacre , pouvoit faire de l'embarras si elle venoit à se repentir de son état en le voyant passer à une sœur cadettç et d'un autre lit , M. le Prince fit si bien à la cour et à Rome qu'il la dévoila d'abord pour être chanoinesse de Poussay, sans toutefois y aller, puis tout à fait, et lui procura un tabouret de grâce pour ses prétendus droits au duché de Piney et une place de dame du palais de la reine. Elle passa sa vie à la cour, peu considérée , et non sans scrupules , qui ne furent pas les plus forts. M. de Luxembourg, son beaufrère, et ses enfants la ménageoient avec de grands égards , qui, de sa part à elle , étoient peu réciproques. Elle avoit peu d'esprit et on étoit assez sur le pied de la tourmenter pour se divertir à la mettre en colère, qui suppléoit à l'agrément de sa conversation. Rien n'a été plus singulier que la vie de cette défroquée. On a parlé ailleurs du procès que ce mariage du maréchal de Luxembourg , qui lui valut une érection nouvelle, fit contre les ducs ses anciens et lui, qui finit par lui fixer son rang d'ancienneté à ses lettres nouvelles de 1662.
Samedi 17, à Versailles. — Le roi alla se promener Taprès-dlnée à Trianon. Monseigneur partit dès le matin pour aller à Meudon, où il n'a mené personne; il y couchera deux nuits et ira lundi à Villeneuve-Saint-Georges. — 11 arriva un courrier de M. de la Feuillade, qui mande qu'un corps de cavalerie qu'il avoit laissé sous les ordres de M. d'Aubeterre, poursuivre M. de Savoie, avoit battu l'arrière-garde de ce prince qui se retiroit vers la vallée de Lucerne; on lui a tué ou pris plus de cent cavaliers,
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et parmi les prisonniers est un fils de feu M. le comte de SoissoDS^ un capitaine des gardes de M. de Savoie et plus de vingt autres officiers; le fils de M. le comte de Soissons est blessé. Le siège de Turin va son train^ mais toujours lentement. Par le courrier de M. de Vendôme qui arriva vendredi on apprit que le prince Eugène proposoit réchange d'un officier général allemand et de deux officiers généraux piémontois contre HM. de Blansac^ de la Vallière et le chevalier de Croissy. — Le roi fait repartir incessamment M. Orry et lui fait donner une somme d^argent assez considérable pour payer les troupes du roi d'Espagne. Les troupes de France qui doivent joindre S. M. C. étoient sur l'Èbre le 8 et le joindront au plus tard le 30, mais elles sont un peu foibles ; cependant, dès qu'elles l'auront joint, il compte de donner bataille aux Portugais, s'ils l'attendent à Madrid.
Dimanche 18, à Versailles. — Le roi ne sortit du conseil qu'à une heure et demie , et l'après-dinée il travailla 4^ avec M. de Chamillart jusqu'à cinq heures, après quoi il alla tirer. — MilordMarlborough est toujours campé sur l'Escaut au pont de pierre, et M. d'Owerkerke, depuis la prise d'Ostende, est venu camper sur la Lys au-dessous de Deinse; ils ont quelques troupes de Lunebourg sur la Dendre et font cx)urir le bruit qu'ils veulent attaquer Namur cependant M. de Saillant, qui commande dans cette place, ne croit point qu'ils songent à l'attaquer, et mande qu'ils' n'ont point d'artillerie embarquée sur la Meuse à Liège, comme le bruit en avoit couru. M. d'Owerkerke, avant que de partir d'Ostende, y a fait embarquer quatre bataiUons et trois régiments de dragons; ils auront outre cela douze mille hommes sur leur flotte. Toutes les apparences sont qu'ils veulent faire une descente sur nos côtes quand leur flotte sera toute prête; mais on mande d'Angleterre qu'elle ne sauroit l'être qu'à la fin du mois.
Lundi 19, à Marly. — Le roi, avant que de partir Je Versailles pour venir ici, donna une longue audience au
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o€frdlaal de Jameoti dt mm à Pavclnivèqiie de Rent^ E» ariivant ici le poi alla voi^ sa nouvelle easead^y qcd ert deppière le second papillon des hommes ; elle est entîè^ ment achevée, et on la tpouve plus l^lle que celle de la pivièpe. Messeigneups les ducs de Bourgogne et de Beinry allèpent tipep des fedsans dans la fopèt de Sénapt et pms ccmchep à VilleneUve^Saint-GeopgeSy où Honsei^eucétoit venu de Heudon. Madamie la duchesse de Bour^e^ne vint ici à sept heupes ; sa gpossesse va toujèups à sdidiaît; elle se ménage fopty et on e^èpé cpi'elle sepa en^ état de faire le voyage de FontaineMeau. * — On mande d'Angleterre que Tunion de ce poyaume avec VÉcosoe est entîèpemëùt péglée et qu'ils peprendpont le nom de la GPasdè^Bi^ta^^ ne faisant plus qu'un même État. — Depuis ratfivéc dé M. Oppy^ on a apppis ({ue Gartiiëgène s'étoit véVoUéë et a ppêté serment de fidélité à l'apchiduOi
Mardi âO^ à Marlifé -^ Le poi se promena toât le flàâtin dans les allées autour de sa cascade y ek Fappès-dtoéé il alla courre le cerf « Monseigneur et meift^igiiéurs léè dues de Bourgogne et de Berr;^ aprivèrent ici à ^uatpe héui^ appès avoip oeilpu le lol^ le matin dans la forM té Sénapt Madame la duchesse de Boui^gogne M fopt ifi^ commodée tout le jour d'une grande flution sur lei^ dén# qui l'empêcha de soi«tip ; elle vint le sotp^ un moment^ A la musique^ et elle soupa avec le roi qiioiqu'ellèsdufiSMt beaucoup. -^ On eut des nouveltes du siège de Turin ]^M Topdinaipe^ les letla*e6 sont ànik. Noiid avoM pris^ufiè lunette sur la gauche de notpe tpanchéey et lés assiégél^ ont tenté deux fois de nous en chaëser^ tti^is 6n les ft totnjoups pepoussés. Nous avo^s perdu cent hommes à eeft petits combats^ et les assiégés y en ont perdu beÀ'âFcotiifp davantage. M. de la Feuillade |rairtit de devant la ptaiSë le 11 au matin pour aller encore poursuivre M. de Stt* voie et reviendra au camp daâs quelques jours. M^ ât Ghamarande mande qu'il, ne doute point que nous ne prenions la place^ mai» que cela sera long.
JUILLET i70e. 169
ikreredi ^i, à Marly. — Le roi , après le conseil), alla faire un tour à sa nouvelle ca^cade^ et Taprès-dinée il iravailla lon^mps avee H. de Chamillart. Madame la duehesse de Boui^gogne fut fort inc(Hnmodée tout le jour de sa fluxion et ne put même aller à la messe. — On eut des nouvelles d'Espagne par Fordinaire; voici ce que miMado leduo de Berwick ;
Da camp de Xadraque le 12 jaiUet.
Lesennemis sont dans leur môme camp de Tautre c6té de la rivière de Xarama, à quatre lieues en deçà de Ma* dridv Us avancèrent il y a quatre jours un petit corps à Aleala; le lendemain qu'il y fut arrivé un de nos partis en poussa si vivement un des leurs que ce petit camp prit la fuite et se jeta dans Alcala^ laissant leurs tentes tendues et tous leurs bagages. Les paysans des environs en profitèrent^ et depuis ils n'ont osé sortir d'Âlcala^ aux portes duquel lieu nos partis leur enlèvent tous les jours des hommes et des bètes. La tète des troupes françoises arrive aujoiord'hui à Âlmazan^ à onze lieues d'ici^ et dès cpft'elles auront joint notre armée le roi d'Espagne est résolu de marcher droit aux ennemis pour les combattre et les chasser de laCastille.
Le roi dit à son souper qu'il avoit nouvelle que Tarehiduc étoit à Saragosse; il avoit envoyé un trompette sommer la petite ville deTerracona, qui est à l'extrémité de l'Âragon du côté de la Navarre; les habitants ont fait pendre le trompette.
Jeudi 22, à Marly. — Le roi, après la messe, mena madame de Haintenon se promener à la nouvelle cascade, et il y fait changer quelque chose dans le haut, parce qu'il la trouve trop courte. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui est présentement campé à Goïto sur le Mincio. Le prince Eugène a fait passer le Tartaro aux dix miUe hommes qu'il avoit fait entrer dans les Polésines de Rox^go, et on croit qu'il fera le siège d'Ostigliaquand
il aura fait passer TAdige et le Tartaro à toutes ses troupes. Il est déjà plus fort que M. de Vendôme, et il attend encore huit mille Hessiens, qui arriveront au commencement du mois prochain et qui sont commandés par le prince héréditaire de Hesse. M. le duc d'Orléans ne joindra M. de Vendôme que le 17 et le trouvera à Goïto. — Hilord Marlborough étoit encore le 20 au soir sur l'Escaut; le bruit de leur armée présentement est qu'ils veulent faire ]e siège de Henin; c'est Caraman qui commande dans la place et qui assuré qu'il n'y manque rien et qu'il espère faire une bonne défense.
Vendredi 23, à Marly. — Le roi fait déjà travailler à raccommoder sa cascade ; il s'y promena tout le matin et alla courre le cerf l'après-dlnée. — M. de Pontchartrain eut quatre avis différents de la flotte ennemie ; on lui mande de Boulogne qu'ils sont encore à l'Ile de Wight; on lui écrit de Dieppe qu'il n'y a plus pas un vaisseau ; Coldoré, qui commande à Saint-Malo, assure qu'ils paroissent devant la ville, et les dernières lettres, qui sont de Brest, portent que le 17 ils étoient au cap Lézard. Tous les gens qui donnent ces avis sont gens dignes de foi; on ne sait lesquels on doit croire. — Il arriva un courrier de M. delaFeuiUade ; ses lettres sont du 18 de devant Turin , et celles qu'il avoit écrites du camp de Brera du 15 sont arrivées par le même courrier. Voici la copie de ses lettres :
tt Le château d'Asti est pris et la garnison a miséricorde'^ ce sont les termes ; elle étoit composée de quatre cents soldats choisis au commencement du siège; il ne s'en est trouvé que cent cinquante, le reste ayant déserté ou pris parti dans les Bavarois ou dans la compagnie franche de Revel. M. le duc de Savoie est entièrement acculé dans la vallée de Lucerne; il a fait mettre pied à terre à toute sa cavalerie au nombre de seize cents cavaliers ou dragons, auxquels il a fait joindre douze cents Lucernois, et a dispersé toutes ses troupes dans phisieurs postes jsur les
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montagnes. Il a envoyé les chevaux dans les Alpes pour les faire subsister autant qu'il pourra [et un cavalier par cinq chevaux pour en avoir soin. Il compte se défendre dans ces vallées jusqu'à la dernière extrémité, dans Tespérance de secours de M. le prince Eugène, car pour des maritimes, quand il lui en viendroit, il ne pourroit plus les joindre. Je ne tenterai plus rien contre M. de Savoie; je chargerai simplement H. d'Ëstaing de bien garder les passages que je lui ai bouchés. Nous tenons le château de Bagnols, qui est le seul endroit par où il pourroit repasser du côté de Coni. J'envoie M. le chevalier de Givry joindre les miquelets avec les deux bataillons de Brie. Notre cavalerie est dans le meilleur état du monde et elle va vivre dans Tabondance. Je mets en Pignerol les bataillons de Beltramby, Natte et Presle. J'envoie à M. le duc d'Orléans douze escadrons, c'est tout ce que je puis faire. Sitôt que nous aurons le château de Ceve, dont j'attends à tout moment la nouvelle , je lui en enverrai encore quatre. »
Autre lettre de M, de la Feuillade du 18 devant Turin.
a La longueur des mines nous désespère ; cela ne met aucune incertitude dans la réussite, mais je connois combien le temps est précieux. La désertion continue à être très-forte parmi les ennemis, et ils ont perdu beaucoup de monde toutes les fois qu'ils ont osé faire des sorties. Il paroit beaucoup de mollesse dans la garnison ; mais la défense de Fart fait certainement voir que celui qui est dedans est fort intelligent et qu'il a des gens capables pour Taider. Je vais presser autant qu'il sera possible; j'envoie vingt escadrons à M. le duc d'Orléans. Le passage de l'Adige et du canal Blanc n'a fait que nous mettre dans une meilleure situation , M. de Vendôme s'étant mis en état de défendre le Hincio et le Pô au moyen du pont qu'il a fait construire à Ostiglia. )>
M. de Chamarande le fils a été tué à Turin; il étoit co-
t. XI. 11
162 JOURNAf. DE UANGEAU.
lonel du régiment de la Reine et avait une pension du roi de 1,000 écus. Le roi donne à M. de Chamarande le père le régiment pour le vendre ou le garder pour un fils qui lui reste encore et qui n'a que douze ans.
Samedi 24-,, à Marly, — Le roi travailla J'après-dluée avec le P. de U Chaise et puis s'alla promener dans ses jardins. Messeigpeurs les ducs de Bourgogne et de Perry allèrent tirer dans la plaine de Sèvres. — ^M. de Chamillart revint de bonne heure de l'Étang ; il entra chez madame de Maiptenon dès que le roi fut revenu de la promenade, et lui apprit que, mardi dernier, Iç maréchal de Villars avoit attaqué et pris une lie au delà du Foçt- Louis, qu'on appelle Tlle du Marquisat. Les enpemii^ ont eu cinq cents hommes tués à cette affaire^ nous y en avons perdu environ cent cinquante ; Streiff, maréchal de camp qui y commandoit nos troupes, y a été blessé à mort. Le maréchal de ViUaxs fait conserver ce poste; il a déjà fait faire le pont qui y communique du Fort-Louis, et cela incommodera fort les ennemis, qui seront obligés de garder toujours un gros corps derrière la rivière de Stolhoffen. On ne doute pas que Harlborough ne soit déterminé à faire le siège de Menin. — Il arriva le soir un courrier de M. le duc d'Orléans, qui a joint M. de Vendôme sur le Mincio. Ce courrier est parti du 18, et M. de Vendôme de voit partir incessamment pour venir ici. Le prince Eugène a fait passer le Pô à une partie de ses troupes à la Policella j on croit que ces trpupes tenteront de secourir Turin par le même chemin que prit le général Staremberg quand il alla joindre M. de Savoie. Nous avions douze bataillons au delà du Pô près de l'endroit où ils ont passé; on ne dit point quel parti ils ont pris et ce qu'ils sont devenus. M. le duc d'Orléans mande au roi que M. de Vendôme lui rendra compte de tout. Nous avions des bateaux sur le Pô qui ont aidé aux ennemis à le passer ; M. de Vaudemont travaille présentement à nous faire faire un pont à Crémone. — M. de Congis,
lieutenant général, est mort en Poitou, où il servoit sous le maréchal de Chamilly; il étoit gouverneur de Bapaume et capitaine des Tuileries.
Dimanche 25, à Marly. — Le roi ne sortit du conseil qu'à une heure etPaprès^née ; il travailla quatre grosses heures avec M. de ChamiUart, qui revint encore à neuf heures du soir chez madame de Maintenon. — Le roi, au sortir de la messe, donna la capitainerie des Tuileries à Catelan, capitaine des chasses de la Yarenne du Louvre ; cela s'appellera présentement la Varenne des Tuileries. Le fils de M. de Congis avoit une manière de survivance de la charge de son père; mais qomme.le roi n'est point content de luiy il lui fait donner un dédommagement par Catelan, et Mi de Pontchartrain réglera la somme qu'il lui doit donner. — - Il arriva un courrier de M. de Bagnols, notre intendant en Flandre; il écrit de Lille du 24, qui étoit hier, que Menin étoit investi du 23 et que les ennemis travailloient à leurs ponts au-dessus et au-dessous de la place. — Le roi donna l'après-dlnée le gouvernement de Bapaume au comte du Bourg, lieutenant général dans Farmée de M. de Villars. — M. de Laubanie mourut le matin à Paris; il étoit tout à fait aveugle, il avoit 24^,000 livres de pension qu'on lui payoit par mois. Il étoit grand'croix de Tordre de Saint-Louis, qui vaut encore 2,000 écu6, et il avoit un bailliage considérable en Alsace. — Caraman commande dans Menin ; le baron Sparre, maréchal de camp, y est sous lui, et a pour brigadier un capitaine suisse nommé Besenval; le gouverneur de la place y est;c^estle marquisde Bully, qui Tavoit acheté de la famille deM. de Pracomtal. Il y aun très-bon ingénieur, qui est celui même qui a fortifié la place. Nous y avons douze bataillons, savoir: deux de Ck)ndrin. deux de Saint-Sul- 1^, und'lsenghien, deuxdeSparre, troisdeHessy, Suisse, et deux nouveaux bataillons qui sont complets, et outre cela les régiments de dragons de Bretagne, dont on a renvoyé les chevaux ; on n'en garde que huit par compangie.
1G4 JOURNAL DE DANGËAU.
. Lundi 26, à Marly. — Le roi, après la messe, travailla avec M. Pelletier jusqu'à une heure et Taprès-dlnée ; il alla courre le cerf. — Il arriva un courrier de M. de la Feuillade, les lettres sont du 22. Nous avons pris l'avantchemin couvert et les trois redoutes qui y étoient ; les ennemis ne l'ont quasi point défendu ; celui qui les cornmandoit à cette action y a été tué ; nous n'y avons pas perdu cinquante hommes. M. de la Feuillade partoit ce jour-là pour aller à Mantoue s'aboucher avec M. le duc d'Orléans et voir quel parti il faudra prendre sur la marche des ennemis. Depuis qu'une partie de leurs troupes a passé le P6, M. le duc d'Orléans demande à M. de la Feuillade un gros détachement de cavalerie et d'infanterie qui nuira fort au siège de Turin. -^ On a pris plus de soixante faux sauniers auprès de Mouzon dans un bourg qu'on appelle Monfaucon ; on les a pris la nuit sans qu'ils aient pu se défendre ; il y a trois de leurs principaux chefs, et on les enverra tous aux lies de l'Amérique. On a pris encore plusieurs de ces malheureuxlà en différents endroits; ils sont presque tous Lorrains ou du pays de Luxembourg.
Mardi 27, à Marly. — Le roi, après le conseil de finance, travailla avec M. de Chamillart; l'après-dlnée il alla courre le cerf et puis travailla avec M. de Pontchartrain, et à neuf heures il travailla encore avec M. de Chamillart. — Les avis qu'on a de la flotte ennemie sont si différents qu'on ne sait pas encore si elle est à l'Ile de Wight ou si elle en est partie. — M. de Brac, petit-fils de Brissac, major des gardes du corps, a eu l'agrément du roi pour acheter le régiment de la Billarderie , qui vient d'être fait enseigne des gardes du corps. — -Le siège de Menin continue; les ennemis ont fait rapprocher de la place leur infanterie, qui en étoit trop éloignée et qui ne l'investissoitpas d'assezprès. — Le roi a donné à M. de Maupertuis, capitaine-lieutenant de la première compagnie des mousquetaires, la place de grand'croix de l'ordre
de Saint-Louis vacante par la mort de M. de Laubanie. M. de Maupertuis n'étoit que chevalier; il n'étoit point commandeur de l'ordre, et cela rend la grâce plus considérable. Il y a 2,000 écus de pension attachés aux grandscroix.
Mercredi 28, à Marly. — Le roi, après le conseil, qui fut court, travailla avec M. de Chamillart jusqu'à une heure, et Taprès-dinée il travailla encore jusqu'à cinq, et y revint encore chez madame de Maintenon à neuf heures porter des papiers au roi. — On eut des nouvelles d'Espagne par l'ordinaire. L'armée portugaise s'est avancée à Guadalaxara ; cela les approche du royaume d'Aragon, d'où l'on dit qu'ils attendent quelque renfort, et les approche aussi du roi d'Espagne, qui étoit à Xadraque et qui a marché à Atiença pour être plus près des troupes de France et qui n'étoient pas encore toutes arrivées, et dès qu'elles l'auront joint S. M. G. est toujours résolue de marcher aux Portugais pour les combattre. On ne sait poiDt où est l'archiduc, et cette incertitude autorise des bruits qu'on fait courre sur sa mauvaise santé. — On mande de plusieurs endroits d'Allemagne que l'accom- Diodement des mécontents de Hongrie avec l'empereur ^entièrement rompu; la cour de Vienne s' étoit flattée d ane heureuse conclusion de cette affaire-là, parce que 'a fpéve avoit été prolongée.
^^udi 29, à Marly. — Le roi, au sortir de la messe,
*^vailla une demi-heure avec M. de Chamillart, qui lui
P^rta des lettres de Flandre. Sur les six heures du soir
® ^i et la reine d'Angleterre arrivèrent, le roi les mena
^ promenade; ils soupèrent ici et s'en retournèrent
^P^^ souper à Saint-Germain. — Les ennemis en Flan-
r^^ sont attachés au siège de Menin, et travaillent aux
P^es de circonvallation , et demandent des pionniers
^^^ châtellenies de Lille et d'Ypres, faute de quoi ils me-
^^nt de brûler le plat pays malgré les contributions.
^^ le prince électoral de Brandebourg qui commande
à ce siège ; il n'a que dix-huit ans et n'avoit point encore été à la guerre; le général Salisch commandera sous lui. Marlborough et d'Owerkerke demeurent à l'armée d'observation. — M. de Sainte-Aulaire^ lieutenant général de Limousin, fut élu à l'Académie françoise en la place du grand abbé Testu. — On compte que M. de Vendôme arrivera samedi au plus tard ; Chemerault, qu'il fait revenir d'Italie, est déjà à Paris. — Le roi a donné à M. de Bullion, gouverneur du pays du Maine, âOO^OOO francs de brevet de retenue sur son gouvernement, qui ne lui avoit coûté que cela.
Vendredi 30, à Marly. — Le roi courut le cerf Taprèsdlnée; Monseigneur étoit à la chasse avec lui. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tirer dans la plaine de Saint-Denis, où l'on tua quinze cents perdreaux; monseigneur le duc de Berry en tua pour sa part près de trois c^nts, dont il en rapporta deux cent quarante, et pourtant il ne tira pas si bien qu'à son ordinaire, car il tira près de sept cents coups, chose sans exemple, et n'en fut point du tout incommodé. — La vieille princesse de Mon tbazon * mourut à Paris; elle ne venoit jamais à la cour; elle étoit fille du maréchal de Schomberg d'Hallwin et mère du prince de Guémené et de feu M. de Montauban; elle a fait M. delà Rochefoucauld son exécuteur testamentaire. — On a des lettres de Turin du 2* . Les assiégés avoient rattaqué et repris l'avant-chemin couvert et les trois redoutes, mais on les en k reohassés; ils se sont mieux défendus cette seconde fois que la première. Nous y avons perdu quatre capitaines de grenadiers, quelques subalternes et deux cents soldats, et on mande que les ennemis en ont perdu plus de cinq cents.
* Cette princesse de Moutbaion étoit fenupe de celui qui est mort fou et enfermé à Liège pendant si longtemps. G'étoit une femme d'une vie galante, obscure et fort extraordinaire, sœur de père de la célèbre duchesde de Liancourt, laquelle étoit grand'mère de la femme du âne de la RocbefouBauld.
Samedi 31, â Versailles. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins à Marly, et en partit à six heures pour venir ici. Monseigneur, après la messe du roi à Harly, s^en alla dîner et coucher à Meudon, où il n^amené personne. Madame la duchesse de Bourgogne revint ici de Marly un peu avant le roi. — M. de Vendôme (1) ar^ riva ici et salua le roi à la descente de son carrosse ; il suivit le poi chez madame de Maintenon, et S. M. lui donnaune très-longue audience, où étoitM. de Chamillart. n partit de Mantoue le 21 ; il est fort tranquille [sur l'état] où il a laissé les affaires en Lombardie , et ne croit point que M. le prince Eugène soit en état de secourir Turin. Les troupes à qui il a fait passer le Pô sont encore au delà du Panaro ; ils avoient voulu se saisir de Final et de Modène, qui est sur cette rivière, mais ils se retirèrent voyant que M. de Senne terre, avec un petit corps de nos troupes, marchoit à eux. M. le duc d'Orléans fait faire un pont sur le Pô à Corregiole , qui est entre Borgoforte et Tembouchure du Mincio. M. de la Feuillade lui envoie un gros détachement de la cavalerie qui est devant Turin. M. de Vendôme repartira d^ici dans un jour ou deux pour aller commander l'armée de Flandre. Il prenoit en Lombardie Tordre de M. le duc d^Orléans, et le donnoit à M. deMarsin, qui y étoit déjà arrivé. — On eut des lettres de notre armée d'Espagne du âO. Voici la copie de
.(l)I<* ife>v»r#d'aDât, pages 163 àl73,B0Uft apprend que rarrivée de M. de Veodôioe ayait fait mettre à la mode Tair : Charmante Gabrielle. On chantait sur son passage des paroles, composées sur cet air; nous n'en citerons qu'un ccNçlet :
Le fils de Gabrielle Arrive dans ces lieiix ; One gloire immortelle Le rend égal aux dieux.
Les cœurs sur son passage,
Vont aujourd'hui :
Que veut-il davantage?
Ils sont à lui.
la lettre de M. le duc de Berwick du camp d*Atiença : « Les ennemis ont fait marcher leur première ligne de cavalerie et d'infanterie à Guadalaxara; la seconde avec leur artillerie est restée à Alcala , sur quoi notre cavalerie a changé de camp et s'est mise à Sirvete, à trois quarts de lieue de Xadraque. S. M. G. a pris son quartier ici, où toute l'infanterie s'assemble ; il y a déjà vingt bataillons espagnols et douze de françois avec les dragons de BouviUe et de Courtebonne. »
Dimanche 1®' août, à Versailles. — Le roi travailla l'après-dlnée avec M. de Chamillart jusqu'à cinq heures; il avoit déjà travaillé avant diner avec lui après le conseil. Monseigneur partit le soir de Meudon pour aller coucher à Villeneuve-Saint-Georges; monseigneur le duc de Berry partit d'ici pour y aller trouver Monseigneur son père. Il y a eu hier et aujourd'hui de grandes fêtes à Chàtenay, auprès de Sceaux, pour madame la duchesse du Maine, où il y a eu beaucoup de dames. — M. de Vendôme alla le matin voir Monseigneur à Meudon et tra^vailla longtemps avec M. de Chamillart après que ce ministre fut sorti de chez le roi. Il partira demain au soir, ira droit à Valenciennes, où il a mandé à l'électeur de Bavière qu'il attendroit ses ordres pour l'aller trouver où il seroit. Le cérémonial est réglé entre eux; il traitera l'électeur d'Altesse Électorale, et l'électeur lui donnera un siège égal au sien*. — Par les lettres qu'on a de Flandre du 30, la tranchée n'étoit pas encore ouverte à Menin. — Lesavis sur le départ de la flotte varient toujours, mais le plus vraisemblable est qu'elle est encore sur les côtes d'Angleterre. — Parles nouvelles qu'on a eues hier d'Espagne on apprend que la ville de Tolède donne de grandes marques de fidélité pour le roi; ils ont même tué quelques Portugais qui y étoient entrés.
* Ce vol de M. de Vendôme fut rapide à commander tous les maréchaux de France après ce qu'on avoit vu au contraire dans l'esprit et
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la volonté du roi, il y a si peu (t). Pour l'ordre, il le prenoit de l'électeur de Bavière , et vivoit avec lui moins également encore que les ducs, avant que cet électeur eût profité autant pour le rang qu'il perdit en tout le reste de son attachement dernier à la France [sic].
Lundi % à Versailles. — Le roi, après la messe, donna une petite audience à M. de Vendôme , qui emporte une lettre de la main de S. M. pour commander à tous les maréchaux de France ; il n'a point demandé de patentes pour cela. Le roi, après cette audience, travailla avec M. Pelletier. L'après-dlnée S. M. alla tirer, revint à six heures de la chasse , et dès qu'il fut rentré chez madame de Haintenon il travailla avec M. de Vendôme et M. de Chamillart jusqu'à neuf heures, après quoi M. de Vendôme prit congé de lui et alla coucher à Clichy. M. le maréchal de Villeroy sera parti de Valenciennes avant que M. de Vendôme y arrive; ainsi il ne le verra qu'en ca& qu'il le trouve en chemin. Monseigneur et monsei- ^eur le duc de Berry coururent le loup dans la forêt de Sénart et après la chasse allèrent à Saint-Maur, où ils demeureront jusqu'à vendredi. Monseigneur le duc de Bourgogne ira les y trouver mercredi. — Madame de Polignac la jeune est morte en Languedoc; elle n'a point laissé d'enfants et a fait l'abbé de Polignac, son beaufirère, son légataire universel. Son héritière naturelle étoit madame de Caderousse, son unique sœur ; elle étoit de la maison de Rambures et avoit été fille d'honneur de madame la Dauphine^.
* Bladame de Polignac avoit été chassée de la cour pour avoir été trop bien avec Monseigneur, et n'y reparut depuis que des moments ; elle ne s'en soucia guère et se consola à Paris à se divertir, sans ménagement pour son mari, qui en avoit de rare pour elle. Elle y joua longtemps et à la fin se ruina , de sorte qu'elle s'en alla aux (erres de son mari, où Tennui et la tristesse la tuèrent bientôt après. Le Bordage, qui en étoit passionné , quoiqu'on lui disputât d'avoir de quoi l'être, la fat trouver dès qu'il la sut bien malade , et fut témoin de sa triste
^m^mmm 1 i i -i — -■-! - -i— r ^"
(f ) Voir raddifion du 30 décembre 1703, tome IX, page 388.
t70 JOURNAL DE DANGEAU.
mort, qui l'outra de telle sorte qu'il ne la voulut pas survivre , et qu'il seroit mort sans ses valets qui le crevèrent de vinaigre et de choses spiritueuses et le réveillèrent ainsi , qu'il n'en étoît presque plus temps. Il en fut malade des temps infinis et plus encore à s'en consoler. Ce trait lui acquit grandement la faveur des dames.
Mardi S, à Versailles. — Le roi, après le conseil, travailla avec M. de Chamillart jusqu'à une heure et après diner il travailla avec M. de Pontchartrain jusqu'à cinq, et puis il alla se promener dans les jardins, et avant que de remonter chez lui il entra chez madame la princesse de Conty , qui a fait accommoder beaucoup de choses dans son appartement, qu'il n'avoit point vues et qu'il trouva fort bien. — 11 arriva le matin un courrier de M. de Vaudemont et un de M. de la Feuillade; le soir il en arriva un de M. le duc d'Orléans. Le courrier de M. de la Feuillade est parti de devant Turin du 29. Nos mineurs étoient sous les trois angles saillants du chemin couvert, ils dévoient bientôt faire sauter leurs mines, et dès qu'elles auront fait leur effet on attaquera le chemin couvert. On a trouvé quelques puits de mines des ennemis dans lesquels on espère pouvoir faire entrer de l'eau , qui les rendroit inutiles. Le second fils de M. -de Sainte- Aulaire, qui avoit un régiment à ce siège, est mort de la petite vérole. Par le courrier de M. de Vaudemont et par celui de M. le duc d'Orléans, qui arriva douze heures après, on apprend que le prince Eugène est encore derrière le Panare, et que M. le duc d'Orléans est derrière la Secchia, qui est retranchée. Il lui vient cinquante escadrons de l'armée de M. delà Feuillade, dont on n'a pas grand besoin à ce siège. On compte ici que les affaires d'Italie sont en très-bon état.
Mercredi 4, à Versailles. — Le roi tint conseil avant la messe, où il n'alla qu'à midi et demi, et il l'entendit dans la chapelle en bas. Avant que d'entrer au conseil il donna audience dans son cabinet à l'abbé Passionei, camérier d'honneur du pape, qui a apporté la barrette
pour le cardinal nonce. Cet abbé, à son audience, étoit habillé en noir; après la messe cet abbé apporta de la sacristie dans un bassin la barrette sur une table au côté droit de Vautel et étoit vêtu de rouge à cette fonction. Le cardinal nonce entra par la grande porte de la chapelle; il étoit vêtu de noir. Il se mit à gauche du prie- Dieu du roi; le camérier alla quérir la barrette sur la table où il Tavoit posée, la présenta au roi, qui la mit sur la tête du nonce , après quoi le roi sortît de la chapelle , et le nonce alla dans la sacristie prendre l'habit rouge et rejoignit dans la galerie le roi, qui marchoit fort doucement pour lui donner le temps d'arriver. Ensuite le roi le mena dans l'antichambre où il soupe tous les jours, et ils se mirent à table du même côté ; mais il y avoit trois places de distance entre le roi et le cardinal ; c'étoit une même table qui n'étoit pas plus basse du côté du Donce que du côté du roi , mais les plats servis devant le roi étoient assez loin des plats servis devant le nonce ; les deux dîners étoient pareils. Le roi , après avoir été quelque temps à table , demanda à boire ; il se leva, ôta son chapeau et dit au nonce. « Je bois la santé du pape, » et puis se rassit, remit son chapeau et but. Le nonce fut debout et découvert pendant que le roi buvoit. Un peu après le nonce demanda à boire et but la santé du roi debout et découvert. Le roi ne se leva point et ôta seulement sou chapeau pour le saluer après qu'il eut bu. livry, premier maître d'hôtel , servoit le roi , et Félix, contrôleur général de la maison, servoit le nonce. Le roi ne fait Thonneur de donner à dîner qu'aux nonces quand il leur donne la barrette, et point aux autres cardinauXj quoiqu'il leur donne la barrette aussi. Sur les quatre heures après midi le nonce vint chez madame la duchesse^de Bourgogne; elle lui fit donner un siège pliant vis-à-vis d'elle, au milieu du cercle, et le baisa avant qu'il s'assit^ quand il s'approcha de son fauteuil. La conversation fut courte ; elle se leva quand il s'en alla , mais
elle n'avança point dans la chambre. De chez madame la duchesse de Bourgogne, le nonce alla chez madame la duchesse d'Orléans, où il eut une chaise à dos* au milieu du cercle, et quand il en sortit la princesse marcha quatre pas en le suivant, et puis se remit dans son fauteuil. Madame étoit allée à Haubuisson , ainsi il ne la vit point. Monseigneur le duc de Bourgogne alla à Saint-Maur, d'où il reviendra le même jour que Monseigneur. — 11 arriva un courrier du duc de Berwick, ses lettres sont du 28. Il mande que toutes les troupes de France sont arrivées, et que le roi d'Espagne marchoit le lendemain pour aller attaquer l'armée ennemie, qui s'étoit avancée jusqu'à Hita, où il y a un château sur une hauteur. M. de Berwick avoit dessein de prendre |ce poste-là, mais les ennemis l'ont prévenu. On ne doute point ici que la bataille ne soit donnée présentement.
* Il faut que Dangeau ou plutôt le copiste se soit lourdement trompé ici. Jamais cardinal ni cardinal nonce n'eut de siège à dos devant les fils et filles de France, mais un siège ou ployant ou tabouret, tel que l'ont les duchesses et même les princesses du sang et les petites -filles de France; et ce n'est que devant ces dernières (1) que les cardinaux ont, comme les princes du sang, un siège à dos.
Jeudi 5, à Versailles. — Le roi se promena l'aprèsdlnée dans ses jardins et puis alla à Trianon ; il prit plaisir à faire voir tout cela au cardinal de Janson, à qui il avoit permis de le suivre. — On a envoyé quelques troupes de Roussillon à M. de Montrevel et deux maréchaux de camp qui étoient en ce pays-là, qui sont Seignier et Courten. — On n'a point encore de nouvelles sûres du départ de la flotte ennemie , mais elle doit être
(1) C'est précisément parce que la duchesse d'Orléans n'est que petite-fille de France et par conséquent de ces dernières que le cardinal a chez elle nn siège à dos, tandis qu'il n'a eu qu'un siège pliant chez la duchesse de Bourgogne. Ce n'est pas Dangeau ou le copiste qui se trompent lourdement ; r/est Saint-Simon, qui ne lit pas avec attention , à moins pourtant qu'une fois par hasard il n'admette comme fille de France une légitimée de France, ce qiii n'est guère dans ses habitudes.
à la mer présentement. — La tranchée n'étoit pas encore ouverte à Menin le 3 au matin ; ils dévoient l'ouvrir ce soir-là; les lignes sont achevées, et ils ont une prodigieuse artillerie. — M. de Monasterol vint ici mardi , de la part de l'électeur son maître, donner part au roi de la mort de la duchesse Max, et le roi en a pris le deuil pour quelques jours. Monseigneur le portera un peu plus longtemps , parce qu'elle étoit tante de madame la Dauphine. — On apprend par le courrier qui arriva hier d'Espagne que les peuples d'Espagne témoignent plus de fidélité que jamais. La reine étant sur son balcon à Burgos, le peuple cria : Vive Philippe V ! et la reine leur cria : Vive la fidélité des Castillans l le peuple se mit à genoux et recommença à crier : Vive le Roi et la Reine l
Vendredi 6, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise et alla tirer sur les quatre heures. Monseigneur partit de Saint-Maur après dîner avec madame la Duchesse; ils vinrent à Paris à l'opéra, et après l'opéra vinrent ici dans la berline de Monseigneur. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry vinrent de Saint-Maur tirer dans la plaine de Saint-Denis; ils ne commencèrent leur chasse qu'à midi, et il y eut seize cents pièces de gibier tuées; monseigneur le duc de Berry en tua pour sa part deux cent trente-huit. — Le maréchal de Villeroy arriva , et à neuf heures il vit le roi chez madame de Maintenon , dont il fut reçu avec beaucoup de marques de bonté. Il a prié S. M. de trouver bon , quoiqu'il soit en quartier, de ne prendre le bâton que dans quelques jours, parce que son équipage n'est point encore arrivé et qu'il a beaucoup d'affaires à Paris. — M. de Pontchartrain entra chez madame de Maintenon un peu avant le souper et dit au roi que la flotte ennemie étôit encore à l'Ile de Wight et que toutes les lettres d'Angleterre portoient qu'elle ne mettroit à la mer tout au plus tôt que le 10.
Samedi 7, à Versailles, — r Le roi, après le conseil de
finance, trav^Ua avec M. de Pontchartrain jusqu'à une heure, et après dîner il alla courre le cerf dans le parc de Harly, et se promena ensuite à Marly d'où il ne revint qu'à la nuit. — Le roi fait venir en Flandre douze bataillons et quinze escadrons de Tarmée du maréchal de ViUars, et l'empereur tire sept mille hommes de Tarmée du prince de Bade pour les envoyer en Hongrie. Le roi a envoyé de nouvelles lettres de service aux officiers de Tarmée de Flandre y cela est nécessaire quand il vient un nouveau général; mais M. de Guiscard n'a point eu de nouvelles lettres de service , ainsi il reviendra. Chemerault, qui servoit dans l'armée d'Italie, servira en Flandre, —L'abbé de Sauvebœuf est mort , il avoit une abbaye qui vaut 12^000 livres de rente; et le nouvel évoque d'Orléans est à l'extrémité. — Le cardinal nonce eut, comme cardinal, audience de Monseigneur, de messeigneurs ses enfants et de Madame.
Dimanche 8, à VerMilles. — Le roi, après le' conseil, travailla avec M, de Chamillart et il y travailla encore après dîner jusqu'à cinq heures , après quoi il alla se promener à Trianon. Le cardinal nonce eut son audience de congé, il doit partir à la fin du mois; M. [Cusanij, qui étoit nonce à Venise , est nonce ici en sa place. Mouseigneur alla coucher à Villeneuve-Saini^Georges, d'où il reviendra demain à Meudon pour y demeurer jusqu'à vendredi. — • On mande d'Ypres et de Lille que le lendemain de l'ouverture de la tranchée à Menin M. de Caraman avoit fait une grande sortie qui avoit un peu dérangé les travaux des ennemis ; qu'ils avoient demandé deux heures de trêve pour retirer leurs mort^ et leurs blessés ; qu'un de leurs offîciers généraux avoit été tué. Ce sont leurs déserteurs qui disent ces nouvelles ^ car ou ne sait rien par la place, et quelques déserteurs des nôtres qui étoient à Tactio n ont dit aux ennemis que le prince d'Isenghien, qui commandoit la sortie , avoit été dangereusement blessé.
Lundi dy à Versailles, — Le roi tint le matin conseil de dépêches, où il jugea que les baronnies de Languedoc étoient attachées aux terres et non aux personnes; c'étoit M. de Mérinville qui prétendoit garder le titre de baron , quoiqu'on fit vendre sa baronnie par décret. L'aprèsdinée S, M. travailla avec M. Pelletier jusqu'à cinq heures et puis alla tirer. Monseigneur^ après avoir couru le loup dans la forêt de Sénart , alla coucher à Meudon^ et monseigneur le duc de Berry, qui étoit avec lui , revint ici. — M. l'évéque d'Orléans mourut à Paris après une longue et cruelle maladie. Il étoit fils de M. Pelletier le ministre; il avoit passé de l'évêché d'Angers à celui d'ikléans après la mort du cardinal de Coislin. Outre son éYécbé^ U laisse deux belles abbayes, dont la moindre vaut plus de 15,000 livres de rente. — Par les lettres qu'on a eues de Flandre ce soir on apprend que M . de Ca- «tman, outre la sortie dont on parla hier, en avoit fait encore deux autres , et qu'à la seconde sortie les assiégémis avoient encore demandé deux heures de trêve pour retirer leurs morts.
Mardi 10, à Versailles. — Le roi , après le conseil de
finance, travailla avec M. de ChamiUart, et l'après-dlnée
u travailla avec H. de Pontchartrain jusqu'à cinq heures,
®t alla ensuite tirer dans son grand parc, qui est mieux
*®ïiu et où il y a plus de gibier que jamais, — Sainte-
*arthe, courrier du cabinet, que le roi avoit envoyé à
*• le duc d'Orléans, revint, et, au retour de la chasse, le
^ox vit entrer dans son cabinet M. de ChamiUart et lui
^^Ulonda s'il y avoit des nouvelles devant tout ce que
^^Us étions de courtisans. M. de ChamiUart lui dit que
'^ous étions maîtres du chemin couvert de Turin, où ce
^^i?rier a passé en revenant. Les assiégés Vont défendu
^^^aout deux heures avec a^sez de fermeté ; nous n'y
^^ïàs pourtant pas perdu beaucoup de monde ; nous n'y
^oixs eu que cent hommes tués et environ deux cents
*^ssés , mais nous y avons perdu trois ou quatre de nos
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ingénieurs, c'est ce qu'il y a de plus fâcheux. Les assiégés y ont perdu beaucoup plus de gens que nous. Les déserteurs, qui viennent toujours en grand nombre, disent que leurs mines ne peuvent plus nous faire beaucoup de mal, parce qu'on a trouvé le moyen d'y faire entrer les eaiix d'une Bialière que nous avons détournée , et effectivement aucun de leurs fourneaux n'a sauté ^ et nous étions bien logés et bien établis sur le chemin couvert quand le courrier en est parti , qui n'a été que le lendemain de l'action . M . le duc d'Orléans étoi t à Guastalle et le prince Eugène sur le Crostolo ; il n'y a que cette rivière entre les deux armées. La tète des cinquante escadrons que M. de la Feuillade a envoyés à M. le duc d'Orléans commençoit à arriver dans soû camp. — Les députés des états de Languedoc haranguèrent le roi après son lever; Févêque de Lodève porta la parole. M. le duc du Maine présente les députés au roi et à Monseigneur, mais il ne les présente point à monseigneur le duc de Bourgogne. M. le duc du Maine leur donna un dîner magnifique, comme il fait tous les ans en pareille occasion.
Mercredi 11, à Versailles. — Le roi tint le matin conseil d'État, comme il fait tous les dimanches et tous les mercredis. Monseigneur y vint de Meudon, et avant que d'entrer au conseil il donna audience dans sa chambre aux députés de Languedoc pour leur épargner la peine d'aller à Meudon. Il avoit trouvé bon même qu'ils fissent dès hier toutes les harangues qu'ils avoient à faire ici. — Le roi travailla Taprès-dinée avec M. de Chamillart jusqu'à cinq heures et puis alla se promener à pied dans ses jardins. Avant qu'il allât à la promenade il arriva un courrier du duc de Berwick ; voici la copie de sa lettre :
Du camp de Marche Malo, ce 3 août.
Les ennemis parurent le 29 du mois passé sur les hauteurs de Xadraque dans le temps que nous allions marcher â eux; cette journée et celle du lendemain se pas-
sèrent à se canonner de part et d'autre. Ils étoient postés de façon à ne pouvoir espérer de les attaquer; mais nous ayant soupçonnés d'une marche que nous devions effectivement faire cette nuit pour essayer de les joindre plus facilement par un autre endroit^ ils décampèrent et firent cette nuit-là et le jour suivant une marche outrée, ce qui nous obligea de les suivre , de manière qu'après avoir débouché les montagnes nous les avons pom*suivis si vivement qu'ils n'ont eu que le temps de se jeter avec beaucoup de précipitation derrière Guadalaxara, où ils sont dans un camp très-fort par sa situation ; mais comme nous sommes campés vis-à-vis de leur armée, hors de la portée du canon seulement et que, par notre droite, nous nous sommes étendus vers Alcala, dont nous sommes présentement maîtres, nous leur avons ôté toute comïûiinication avec Madrid et bouché le retour en Portugal. Cest leur affaire présentement de nous attaquer, car il leiiir sera très-difficile de subsister longtemps où ils sont. ^' de Legall, s'étant saisi d' Alcala, me mande que, les enràemis en ayant fait sortir un convoi pour leur armée *vatiit qu'il y fût arrivé , il s'étoit mis à la tète d'un détachement pour tâcher de couper ce convoi , qu'il l'avoit joiiit, qu'il avoit fait quatre cents prisonniers et pris
î'^^-rante chevaux.
!-•« lettre du roi d'Espagne au roi est du 4, et il y a
*^^^"ticoup de choses dans cette lettre qui ne sont point daxiàs celle du duc de Berwick, dont voici les principales : ^^^^Cîhiduc étoit parti de Saragosse pour venir joindre *^^^xnée portugaise; il s'étoit avancé jusqu'auprès de Siff'^^iiça; mais les peuples de Castille sont si fidèles au roi leui.:^* maître qu'il les a trouvés armés partout pour s- op- P^^^^r à son passage^ ce qui Ta obligé à remarcher en ar- ^*^^^^« ; et par les dernières nouvelles qu'on en avoit il ^*^ît déjà revenu jusqu'à Cuença. Les Portugais s'étoient '^^^rius maîtres de Ségovie et y avoient laissé cinq cents "^^^mes en garnison. Les milices castillanes, sans avoir
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de troupes réglées avec eux^ ont attaqué et repris la ville de Ségovie. La garnison portugaise s^étoit retirée dans le château; les bourgeois de la ville se lâont joints aux milicéSy ont repris le chÀteaU) qui s^estrenduà composition^ et la composition a été que les Portugais retourneroient dans la province de Traosmontes en passant pat? Vallar dolid et par Zamora > ^t qu'ils ne poiirroient fietvir de six mois contre le roi d'Espagne.
Dès que le roi fut maître d'Âlcala ^ il envoya à Madrid le marquis de Mejorada> qui y fut avec cinq cents chevaux, qui fut reçu dans la ville avec de grandes démonstrations de joie et de grands cris de Vive le roi Philippe V; les Portugais ne sauroient tirer aucuns vivres du pays où ils sont et seront contraints à combattre désavantageusement.
Jeudi 12, o Versailles. — Le roi alla tirer Taprès-dinée dans son grand parc. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne se promenèrent le soir dans les jardins. — M. de Vendôme, qui est à Lille, assemble des troupes sur la Deule > mais il ne songe point à secourir Menin. On espère que cette place occupera les ennemis assez longtemps pour les empêcher de rien entreprendre le reste de la campagne. M. de Vendôme, quand toutes ses troupes seront assemblées, aura cent quatre-vingt-trois escadrons» U est revenu beaucoup de déserteurs depuis que le roi leur a donné l'amnistie pour le passé. — Par les dernières nouvelles qu'on a de la flotte des ennemis, elle étoit encore le 9 à l'ile de Wight. — Madame l'électrice de Bavière, qui se trou voit désagréablement à Venise, a pressé l'électeur son mari de demander au roi qu'elle pût venir en France ; le roi a fait dire à l'électeur de choisir l'endroit où il souhaitoit qu'elle fût, et l'électeur à choisi Dijon, où cette princesse arrivera incessamment.
Vendredi 13, à Versailles. — Le roi, après sa messe, s'enferma avec le P. de la Chaise; il dîna à midi et puis
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alla se ptomener à Marly^ d'où il ne revint (|u'à sept heures» Monseigneur revint le soir de Meudon^ où madame la Duohesse avoit été dîner avec lui. — On a par Fordinaire des lettres du siège de Turin du *J\ Les ilësiégés n'ont flGÛt sauter aucunes mines ^ et nous sommes fort tranquilles dans les logements que nous avons sur le chemin couvert. On compte que la garnison est fort affoiblie par la désertion , les maladies et ce qu'on leur a tué dé gens depuis le siège. — Hi de Guiscard y qUi ne sert point en Flandre ^ est revenu à sa terhe de Magny en Pi* cardie ; il a jugé à propos de se tenir là , mais il n'a point d'ordre de la cour d'y aller ni d'y demeurer. — M. des Forts^ fils de M. Pelletier et intendant des 'finaU'ces^ épouse la fille de M. de Basville , conseiller d'État et intendant de Languedoc; on donne à la demoiselle 100^000 écus présentement et 100,000 francs après la mort du père et dé là mère.
Samedi ik , à VenailUs. — Le roi quitta le deuil qu'il avoit pris pour la princesse Max. L'après-dlnée il entendit vêpres dans la chapelle et puis il s'enferma aVec le P. de la Chaise jusqu'à six heures, et ensuite passa chez madame de Maintenon, où H. de Chamillart vint travailler avec lui. Le maréchal de Villeroy^ au sortir de la messe , prit le bâton ; il est en quartier. — Par les dernières nouvelles qu'on a de Flandre on apprend que le canon étoiten batterie devant Henin du 0 ; ils ont quatreving^t-dix pièces de gros canon et cinquante mortiers qui tirent continuellement. — La flotte ennemie étoit encore le 11 à rUe de Wight. — M^ Foucault, conseiller d'État et intendant à Alençon , a obtenu du roi de venir faire ici sa charge de conseiller d'État, et le roi a donné l'intendance qu'U quitte à son fils; c'est une grâce qu'ils soohaitoient l'un et l'autre depuis longtemps (1). — Le
(1) C'est ce fils qui, ayant été révoqué depuis de son intendance et ayant la charge d'introducteur des amliassadeurs, fut si piqué de n'avoir pu
roi a donné au second fils de M. Desmaretz, qui étoit capitaine d'infanterie , le régiment qu'avoit le second ^s de M. de Sain te-Aulaire , qui est mort au siège de Turin. Dimanche 15 y jour de la Notre-Dame, à Versailles. — Le roi. Monseigneur, monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne firent leurs dévotions ; madame la duchesse de Bourgogne les fit aux Récollets en bas. L'après-dlnée ils entendirent vêpres, et après vêpres suivirent la procession dans la cotu». Madame la duchesse de Bourgogne, qui ne pouvoit pas aller à la procession, entendit vêpres en haut. Après la procession le roi s'enferma avec le P. de la Chaise et fit la distribution des bénéfices. Il alla ensuite au salut, où toute la maison royale le suivit. Le soir il travailla chez madame de Maintenon avec M. de Chamillart.
Liste des bénéfices donnés,
L'évêché d'Orléans à M. l'évêque d'Aire, frère do M. d'Armenonville ; Tévêché d'Amiens à M. Fabbé Sabatier, grand vicaire d'Autun; Tévêché d'Aire à Fabbé de Matha; l'abbaye de Saint- Jean d'Amiens à Févêque qui vient d'être nommé à Orléans; l'abbaye de Jouy à Fabbé d'Argouges; l'abbaye de Belval à l'ancien évêque de Limoges (1); l'abbaye de Bèze à Févêque de Langres (2) ; l'abbaye de Bonnecombe au cardinal de la Trémoille ; Fabbaye de Saint-Amand à l'abbé de Longueval ; l'abbaye de Pré-Benoist à M. du Bosc ; Fabbaye de ThierS à Fabbé de la Chàtaigneraye; Fabbaye de Loc-Dieu à l'abbé de Pomerols; Fabbaye deRonceray à madame de Lauzun; Fabbaye de Honcé à madame de Chàteaumorant.
obtenir de manger avec les ambassadeurs dans une fête que madame la duchesse de fierry donna au Luxembourg, qu'il; s'embarqua dans la conjuration tramée par le marquis de Cellamare , et qu'il passa en Espagne, où il sert. ( Note du duc de Luynes. )
(1) De la maison de Carbonel de Canisy.
(2) De la maison de Clermont-Tonnerre.
Par les dernières lettres de Turin, qui sont du 7, on a appris que M. de Goësbriant, lieutenant général, avoit été blessé, mais que la blessure, qui étoit fort grande, ne se trouvoit pas fort dangereuse. M. de Guerchy, maréchal de camp, avoit été blessé 'd'un coup de pierre à la tète il y a déjà quelques jours , et on Tavoit cru en très-grand danger, mais il est mieux présentement.
Lundi 16, à Marly. — Le roi tint le matin le conseil d'État, qu'il n'avoit pas pu tenir hier à cause de ses dévotions. Après-dlner il travailla avec M. Pelletier jusqu'à cinq heures et puis partit de Versailles pour venir ici, où il demeurera jusqu'à lundi. — On a reçu des lettres de M. le duc d'Orléans du 7. Il mande que le prince Eugène n'avoit point marché en avant, qu'il étoit encore sur le Crostolo et qu'il avoit assiégé et pris Carpi, où nous avions trois cents hommes qui se sont défendus trois jours. On croit qu'ils veulent encore faire le siège de Reggio, qui est à la tète du Crostolo; ainsi ils ne songent point à secourir Turin. — Le roi fait transférer M. de Léganès, qui étoit prisonnier au Château-Trompette; il le fait venir à Vincennes, et a ordonné au lieutenant qui y commande, en Tabsence du marquis de Bellefonds, de lui rendre sa prison fort douce , de le laisser promener et chasser dans le parc, pourvu qu'il le suive à sa chasse et à sa promenade.
Mardi 17, à Marly. — Le roi courut le cerf l'aprèsdlnée dans son parc. Monseigneur étoit à la chasse , et ensuite alla souper à la Bretèche chez M. le comte de Toulouse. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tirer dans le grand parc de Versailles. Madame la duchesse de Bourgogne fut saignée, parce qu'elle est à mi-terme ; le roi la vint voir plusieurs fois dans la journée; elle ne gardera le lit que trois jours, et sa grossesse va à souhait. Dieu merci. — On a des lettres du siège de Turin par l'ordinaire, elles sont du 11. La descente du fossé est faite, les contre-gardes, qui ne sont que de terre.
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sont fort éboulées, et la demi-lune^ qui est revêtue^ sera bientôt en état d'être attaqijiée. Nous avons sur le chemin couvert deu:^ batteries de neuf pièces chacune qui Teny^jQppeot ; on veut attaquer ces trois ouvrages à la fois et PU compte que nous en serons maîtres le 2Q au plus taiH}. La garnison déserte plus que jamais; il est venu des compagnies entières se repdre avec leurs officiers et leurs armes.
, Mercredi 18, à Marly. -^ Le roi, après le conseil, alla se propiener à sa nouvelle cascade, où il a i^it quelque augmentation. L'après-dlnëe il travailla avec M. de Chamillart jusqu'à cinq heures; il alla enspite tirer dans son parc, et à son i^etour^ dès qu'il fut entré chez madame de Hainteaon , M. de ChamUlart vint encore travailler avec lui. Pendant que le roi travailloit, Taprès^dinée, avec M. de Chp.millapt , H. de Sainsant, major des carabiniers et gendre de du Rozel le cadet, qu'on appelle toujours le chevalieir quoiqu^il soit marié, Sainsant, !dis-je, arriva ûh<BZ M.^de Chamillart. Le roi Tenvoya quérir, et il rendit compte k S. H. d'une araire qui se passa lundi auprès de Toupnay. Milord Maplborough, voulant faire un grand fourrage auprès de cette place , avoit amené huit mille hommes de pied qpi boinloient le petit ruisseau de Chin qui se jette dans TEscaut, et avoit fait passer le ruisseau à douze cents chevaux pour soutenir les fourra^ geurs qui étoient dans la plaine. L^ chevalier du Rozel ^ qui étoit dans Tournay, an sortit avec les six escadrons de p^rabiniers qu'il commande , trois autres escadrons et environ quatre-vingts dragons du régiment du Roi, à la tôte dej^quels étoient M» de Crevilly, qui en est colonel, et M- 1^ mwqui^ (|^ Clermont, qui y est colonel incorporé. Ils pq^s^ent 4 la tâto du ruisseau^ où lUnfanteria ennemie m les pouvait incommoder; ils attaquèrent les douze cents ahevaux séparés en différentes troupes. On leur a tué plus de deux pent^ pavaliers; on leur en a pris deux c^% cinquante ^ et on a emmené quatre cent» chevaux
dan0 TouFnay. Partni les ppisonniers est Cadogan^ favori de Marlborough et brigadier de cavalerie^ qui fut pris à la tète de cinquante dragoi)^ à pied, k l'entrée du pont qu'il défendit quelque temps pour donner lieu àHarlborough, qui s'avançoit^usqu^à ce ppnt-là, de se retii*er. Nous n'avons perdu que dix ou douze carabiniers ou dragons à cette affaire. H. de 8aiusant^ en revenant ici, passa à Lille, porta cette nouvelle à M. de Vendôme, qui avoit donné ftvis à Tournay deux jours c^uparavant du fourrage que les ennemis vouloient faire, et ce prince a renvoyé à H^rlbo- Fough M. de Çadogan sur sa parole.
Jeudi' 19 f à Marly. — Le roi alla tirer sur les cinq heures, il entra plusieurs fois dans la journée chez madame la duchesse de Bourgogne, à qui on n'a fait garder le lit que trois jours; elle se lèvejra demain. -^ La roi a donné à Fabbé de Pontac la obarge d^aumônier de madame la duchesse de Bourgogne, qui vaquoit depuis j»9$ez longtemps par la mort de Fabbé de la Rocbejacq^^^n• — r Pap les nouvelles qu'on a du 16, la flotte ennemie étoit encore à l'Ile de Wigbt; miais toutes les troppes qui doivent servir sur cette flotte étoient embarquiéa^. -rr- L'éteotaur de Cologne , qui demeupoit à UUe depuis quelque tempe 9 prend le pairti d'aller à Hom^ pow y faire quiilque séjour. — On mande de Touriiay que les epnpmis ont pins perdu de monde que Ton] n^avoit dit d'abf rd axi (barrage dont H, d<^ Sipiiiisant apporta hier la nouvelle. MUord Rebé, que noq^ ftvœis vu ipi avec milord Portland^ y a été tué, et il y a en pln^î d'offiisieps pris que M. de Saiosant ne croyoit. — Le roi a changé quelque petite ohosB & la disposition de 9on voyage de Fontainebleau ; îl ne partira que le 3 i de Meudion; il nlra à Meu-don que l0 yi^dredi 97 et demeure ici jusqu'au mercredi 85.
Vendredi SO , à, Marly . — he roi gf'amusa tout le matin A ^oir tiravailler à sa oa^icade, et Taprès-dinée il pourut le oarf ; Koniu^ignienr et mes^eigneura ses enfant^ étoient à la ébum^. Madame la 4uQhei9Be d^ Bourgogne se leva , alla
dîner chez madame de Haintenon et puis se revint mettre au lit. — On eut par l'ordinaire des lettres de Turin du 14.. Les assiégés avoient fait jouer deux mines sous nos batteries qui avoient enterré deux pièces de canon; cela devoit être raccommodé le \endemain ; mais ces batteries n^ont point encore tiré, et on croit qu'elles ne pourront tirer que le 16 au plus tôt. — On croit la flotte des ennemis présentement à la voile. — La contrescarpe de Menin fut attaquée le 18. On prétend que les ennemis y ont perdu beaucoup de monde, mais qu'enfin ils sont logés sur deux angles saillants; on n'a point de nouvelles du dedans de la place ; on ne croit pas qu'elle puisse tenir jusqu'au 25. — L'échange de MM. deBlansac, de la Vallière et du chevalier de Croissy est fait.
Samedi 21 , à Marly. — Le roi signa le matin le contrat de mariage de M. des Forts avec mademoiselle de Basville, et après l'avoir signé il dit à M. de Lamoignon, oncle de la demoiselle : « Je vous donne la survivance de votre charge pour votre fils. » M. de Lamoignon est président à mortier, et il ne souhaitoit rien tant au monde que la grâce que le roi lui vient de faire. — Il arriva un courrier de M. de la Feuillade qui apporta des lettres de M. le duc d'Orléans du 15 au matin et des lettres de M. de la Feuillade du 16 au soir. M. le duc d'Orléans mande que le prince Eugène avoit pris Reggio, où il avoil passé le Crostolo , et que depuis il avoit encore passé la Lenza, si bien qu'il a laissé M. le duc d'Orléans derrière lui, qui étoit encore à Guastalle; mais M. le duc d'Orléans, qui a son pont sur le Pô, le veut passer pour le repasser après à Valence. Il compte d'avoir moins àé chemin à faire par là, de marcher plus légèrement et de se retrouver plus avancé que le prince Eugène dans peu de jours, et ainsi de l'empêcher de secourir Turin. M. de la Feuillade mande qu'il espère pouvoir attaquer le 22 les contre-gardes et la demi-lune, que nos batteries qu" battent ces ouvrages tireront le 17 et que les contre
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gardes sont déjà fort éboulées et fort en désordre. — On eat par Fordinfidre d'Espagne des lettres du 10; voici la copie de celle du duc de Berwick :
An camp de Marche Malo, le 10 août.
L'archiduc arriva au camp des ennemis le 6 avec trois régiments d'infanterie et deux de cavalerie ou de dragons. Milord Péterborough le joignit le lendemain avec environ sept cents chevaux. Avant-hier il leur arriva quelques bataillons, et Ton dit qu'ils en attendent encore , après quoi ils veulent nous attaquer. Nous les atteadons dans une belle plaine, où notre cavalerie aura Wujeu. M. de Bay nous joindra demain avec un régirent de cavalerie. Il fait une chaleur excessive, mais cela, est égal pour les deux armées. *"
On apprend par d'autres lettres des officiers de cette Mccàée qu'on a arrêté le comte et la comtesse de Lemos ^ le patriarche des Indes, qui sortoient de Madrid pour allox trouver l'archiduc; on a arrêté aussi celui à qui il ftvoît donné la charge de président de Castille, et on les ea\roie tous en France. Les Castillans témoignent tous les J0O.XS une fidélité et un zèle dont on est content au dernier point.
-IMtnanche 22, à Marly, — Le roi, après le conseil, ^^"vailla avec M. de Chamillart jusqu'à une heure; après ^Ucier il travailla encore avec lui jusqu'à cinq. Le roi ^' A.iigleterre , la reine sa mère et la princesse sa sœur durent ici sur les six heures. Le roi suivi de Monsei- P^^ur et de toute la cour les allèrent recevoir à l'en- ' ^ée du jardin vis-à-vis la perspective, et les mena voir sa ^^vivelle cascade, qui est dans sa perfection. Après la pro- '"^nade la reine entra chez madame de Maintenon ; ma- ^^Jaie la duchesse de Bourgogne fit jouer le roi d' Angleterre etla princesse sa sœur dans le salon pendant que le roi ^'^A^ailla encore chez lui avec M. de Chamillart. On soupa ^ Hetrf heures et demie , et la cour d'Angleterre s'en re-
tourna après souper à Saint-Germain. — Par les lettres qu^on reçut de Flandre, on juge que Henin ne saupoit plus tenir, mais on espère que la garnison aura une bonne capitulation. M. de Vendôme, qui avoit renvoyé Cadogan à Marlborough , a proposé son échange avec le baron Palavicin, et Marlborough Va accepté.
Lundi 23, àMarly. — Le roi travailla raprèft^lnée jusqu'à cinq heures avec M. Pelletier et puis alla voir jouer au mail d'en bas. — M. de Pontchartraiji entra ohez le roi au retour de sa promenade. Il avoit das lettres 4u 31 que tous les vaisseaux anglois et hoUandois qui étoient aux Dunes avoient joint la grande flotte à TUe de Wight. — Il arriva un cQvirrier de M. de Vendôme, dont l'armée sera achevée d'être assemblée le 24, qui sera demain. 11 mande qu on n'entend plus tire? à Henin, et qu'ainsi il ne doute pas que M. de Caramaji n'ait capitulé, ttt Monseigneur partit d'ici après dîner; il va à Meudon, où il s4r tendra le roi vendredi. — La rivière de Saine est si basse par la grande sécheresse qu'on coqamence è craindre que madame la duchesse de Bourgogne ne puisse pas aller par eau 4 Fontainebleau.
Mardi 1k y à Mafly, — Le roi, après le coQseil de finance , travailla encore longtemps avec M. da Cbamillart; après dîner il travailla aveo M. da Pontabartrain. Sur les cinq heures il alla se promener avec madame de Maintenon et deux ou trois dames, à qui il fit voir sa upuvelle cascade , et au retour de sa promepade il travailla avec M. de Chamillart. — On sait que Mauiu capitule^ mais apparemment M. de Caraman n'a pas voulu aoçapter la capitulation qu'on lui offre, par il n'y avoit rien aocore de sur quand le courrier partit hier de Lille, t^ Qp a nouvelle que la flotte annemie est à la mer; on orpit qu'elle prend le chemin de sortir de la Mauphe ^ ainsi an ne craint plus rien pour la JVopmandia. Les Anglois ppt fait lieutenant général l'abbé de la Bourlie, qui a pris le noo^ de marquis de Guiscard ; ils lui ont dpnné S^OOD é^W
pour son équipage et â,000 écus de pension. Cavalier est aussi sur cette flotte.
Mweredi 36 , à Yerêaill&s. — Le roi tint le matin conseil d'État à Harly^ et Monseigneur y vint de Meudon^ où il retourna dîner. L'après-midi le roi travailla avec M. de Chamillart jusqu^à quatre heures; il se promena ensuite dans ses jardins et en partit à six heures pour venir ici. Madame la duchesse de Bourgogne jqua Taprès^dlnée à Marly jusqu'à quatre heures et puis vint ici et se mit au Ut en arrivant. — On eut des nouvelles de H. le duc d'Orléans du 17. Il ne parolt pas que le prince Eugène fisse beaucoup de diligence pour s'approcher de Turin; M. le duc d'Orléans compte toujours d'y arriver plus tôt que lui, en cas qu'il y marche , oe qu'il ne croit pas. — Lagarnison de Menin doit sortir aujourd'hui ; on l'envoie ea trois jours à Douay ; il lui sera aisé de joindre l'armée de ï. de Vendôme, qui sera composée de cent cinquantetrois escadrons et de soixante-quatorze bataillons.
Jimdf 30, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprès-dUée ; le soir il fit ses eassettes pour le voyage de Fontainebleau, car il ne reviendra plus ici avant ce voyage.- — ilarriya un courrier de M. de la Feuillade, ses lettres sont dtt a au matin. Il avoit été un peu mécontent de $es I)atteries, mais il s'en loue fort présentement; elles font beaucoup d'effet depuis quelques joups, et il compte que Ifi 35 la demi-lune et les contregardes seront en état d'être attaquées et emportées. Il parolt qu'il ne craint point 4Qol|. le prince Eugène puisse secourir la place. M, de %oie est dans la plaine avec quelque (îavalerie; il avpit v^^olu faire entrer des munitions de guerre dans la pl*Wîe, mais son convoi a été battu et toutes ses munitions pîMues; il se tient presque toujours à Carmagnole ou à û*4epg. -T- Il arrivq. un courrier dp M, ^e Vendôii^e qui P^t hier au matin; son armée est tout] assemblée et ^tte des ennemis fait de petits mouvements, mais elle ne WW4t ç»wrfi déteFmiftée ^ rien.
Vendredi 27, à Meudon. — Le roi, après son diner à Versailles, alla se promener dans les jardins et puisa Trianon ; il arriva ici sur les six heures par le parc en haut. Madame la duchesse de Bourgogne partit de Versailles aussitôt après son dîner et se coucha ici en arrivant. — ' M. d!e Pontchartrain envoya au roi les nouvelles qu'on avoit eues de la flotte ennemie; il est sûr qu'elle est à la voile depuis quelques jours, mais on ne sait point de quel côté elle se porte, ni de combien de vaisseaux elle est composée, ni ce qu'il y a de troupes sur ces vaisseaux. — Par les dernières lettres qu'on a de Lombardie on apprend que M. le duc d'Orléans est à Crémone ; le prince Eugène continue sa marche vers Turin et étoit à Borgo-San-Domino entre Parme et Plaisance. Les Hessiens qui sont demeurés de l'autre côté du Pô avoient attaqué et pris Goïto sur le Mincio; le gouverneur s'en est trèsmal défendu, et on lui veut faire faire son procès à Mantoue, où il a été renvoyé avec sa garnison. M. le duc d'Orléans avoit détaché le maréchal de Marsin pour aller au secours , mais la place étoit rendue avant qu'il y pût arriver.
Samedi 28, à Meudon. — Le roi, après son lever, partit de Meudon dans son grand carrosse avec Monseigneur, Madame et quelques-unes des princesses ; il alla entendre la messe aux Invalides, où le cardinal de Noailles officia. Le roi trouva l'église magnifique, et tous ceux qui eurent l'honneur de le suivre furent surpris de la beauté, de la noblesse et de la simplicité de l'église et de tous les ornements. Le roi donna de grandes louanges à Mansard (1). Après la messe le roi retourna dîner à Meudon.
(1) « ÂTant que d'entrer dans le détail de ce que j'ai à vous dire de la superbe église des Invalides, qui peut passer pour une merveille du monde et dans laquelle on célébra la messe pour la première fois le 28 du mois dernier, n laquelle le roi voulut assister, je dois vous parler de M. Mansard, à qui la France doit ce bel ornement , pour ne pas dire le plus beau de tous ceux que Ton y admire aujourd'hui. La France lui doit aussi rOrangerie et les deux Écu<r
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Madame la duchesse de Bourgogne , qui se ménage fort^ n'yvoulut point venir pour s'épargner la peine d'aller et de venir. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry
ries de Yentailles. Rien de cette nature n'a fourni d'idée à M. Mansard lorsqu'il y a travaillé y et Ton peut dire qu'il n'a point renchéri sur les idées des autres, qn'il n'y a rien réformé et qu'il n'y a rien ajouté. Il n'a jamais cherché la gloire que l'on acquiert par là, quoique souyent elle soit considérable. U n'a jamais suivi d'autres idées que les siennes ; il est original dans tous ses ouvrages, et il est né pour être imité et pour n'imiter personne.
• Quoi qne puissent dire tous ceux qui vantent l'antiquité , il est impossible qn'eHe ait jamais atteint à la perfection qui se trouve aujourd'hui dans fous les ouvrages où les arts ont quelque part, puisque la plupart des arts qui serrent à perfectionner tout ce que nous voyons aujourd'hui de plus beau n'étoientpas alors inventés et que ceux qui Tout été depuis ce temps-là ont à peine atteint une entière perfection. Les merveilles du monde qui ont été vantées dans tous les siècles l'ont moins été par la délicatesse et par la beauté de leurs ouvrages que par l'immensité de leur grandeur, en quoi consistoit ce qu'elles avoient de plus rare. Il faut que les ouvrages d'aujourd'hui soient accompagnés d'un grand nombre de parties différentes ; c'est ce qui doit faire admirer l'égjBse des Invalides, que l'architecte a rendue susceptible de tous les ornements poêles beaux-arts peuvent prêter à ce grand édifice. Le savoir de l'architecte P>rott d'abord dans la beauté de tous les édifices en général , et on en admire tootesles parties. La beauté du portail surprend et celle du dôme étonne; et Ton est ensuite charmé de voir l'art merveilleux avec lequel l'architecte a disposé tous les endroits qui peuvent être embellis par la sculpture , par la pein- ^ et par la dorure. Ce qui fait connottre que tous les peintres et tous les ^ipleurs qui ont été choisis pour contribuer, par le moyen de leur art, à l'ori^^uientd'un si superbe édifice ont du être ravis de trouver un si beau champ pour exercer leur savoir et dans lequel il n'étoit pas possible de mal faire, M de beautés ensemble devant produire un coup d'oeil merveilleux et ca- P>Ne d'enchanter tous les spectateurs. C'est ce qui n'a pas manqué d'arriver, ^ c'est pourquoi dès que l'entrée de ce magnifique temple a été permise au PoWic il y a couru avec empressement sur le bruit qui s'étoit répandu ^ luerveilleux amas de toutes les beautés qui se trouvoient ensemble dans ^ ^ La foule n'a point discontinué depuis plus de cinq semaines , et l'on y *ourt encore aujourd'hui avec le môme empressement que l'on y alloit le pre- ""^jour; et il y a même lieu de croire qu'elle ne finira pas sitôt, la curiosité ^0 public n'étant pas encore satisfaite, les mêmes personnes y retournant plu- ^fi fois et invitant tous ceux qui viennent à Paris de faire la même chose. "• Mansard a fait travailler pendant trente ans à cet édifice ; il en a donné le ^'^^^comme premier architecte du roi et comme surintendant des bâtiments ^ordonnateur des aris et manufactures de Sa Majesté. Il a nommé tous les P*^*^ et tous les sculpteurs qui ont eu part à la gloire de cet ouvrage ira- ^'^'"'^t et comme il connott la force, les talents et le génie de tous ceux qui y ^ été employés, et qu'il leur a donné à chacun les ouvrages qui leur con-
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aroient suivi le roi dans un catto^ae séparé^ et a|Mi là messe monseigneur le duc de Berry aUa tîr^ dons la plainâ. -^ On eut deë nouvelles d'Espagne par Tordi*
venoient , il ne faut pas s'étonner s'il résulte de tant d'ouTragM diflérents m tout ensemble si merveilleux et si les a|»plaadissements soilt si grands » si unanimes et si universels
K La réputation de l'église des Invalides s'augmentant ehaque jour à meaafi que ce grand travail s'avançoit, et les étrangers qui n'en ont vu que de simples ébauches ayant publié à leur retour chez eux que cet ouvrage étoit digne de la curiosité de tous les peuples du monde, il y avoit longtemps que Ton espéroit de le voir dans un état digne de celle du roi , et que l'on comptoit que Sa Alajeslé viendroit bientôt voir un ouvrage qui répondoit à sa piété et à sa grandeur. On s'étoit même flatte pendant un assez long espace de temps que ce monarque y viendroit le jour de la fête de Saint-Louis. Mais ce prince^ ayant considéré qa« depuis un grand nombre d'années le peuple de Paris et des environs s'y readoit en foule le jour de la fête de ce saint , ne voulut pas, par une bonté qui lui est naturelle et dont il donne tous les jours une infinité de marques, priver ce peuple du plaisir qu'il avoit accoutumé de prendre tous les ans et dont il sembloit s'être fait une agréable loi , changea le dessein qu'il avoit pris d'aller voir ce superbe monument le jour de la fête de Saint-Louis , quoique la curiosité eût commencé à lui faire souhaiter de voir un ouvrage dont on lui disoit tous les jours tant de bien ; ce prince , dis -je , changea de résolution et prit le parti de ne se rendre aux Invalides que le samedi 28 du mois dernier. 11 partit ce jour-là de Meudon, où il avoit couché , et il arriva accompagné de monseigneur le duc de Bourgogne et d'une nombreuse cour.
«M. Mansard, voyant arriver Sa Majesté, s'avança pour lui présenter la clef de ce somptueux édifice , et lui parla en ces termes : « Sire , j'ai l'honneur de présenter aux pieds de Votre Msyesté la clef de ce temple sacré que votre piété a fait élever à la gloire de Dieu. Heureux si ce travail que vous avez confié à mes soins depuis trente années peut répondre à la haute idée que Votre Miyc^'^té m'en a donnée et à ses sages conseils! Ce superbe monument de votre religion marquera à la postérité la plus reculée la grandeur de votre règne. »
« Le roi, après avoir écouté ce compliment avec toute l'attention que sa bonté fait toujours prêter à tous ceux qui lui parlent , remit la même clef entre les mains de M. Mansard d'une manière qui lui fit connottre , [ainsi qu'à toute la cour qui étoit attentive à tout ce qui se passoit , combien Sa Majesté étoit contente de lui et de tous ses ouvrages. Ce prince, s'étant ensuite avancé dan» l'église, trouva M. le cardinal de Noailles, qui lui présenta l'eau bénite. La famille de M. Mansard étoit un peu plus avant dans l'église , et Sa Majesté, ayant démêlé madame Mansard au milieu de plusieurs personnes quil'environnoientf fit quelques pas pour s'avancer vers elle, et lui dit : « Madame, vous voyant ici je ne puis m'empêcher de vous faire compliment sur la part que vous devex prendre à la gloire que reçoit aujourd'hui M. votre mari. » Ce prince, ayant ensuite jeté les yeux sur tout ce qui se présenta à sa vue, fut trappe d'é-
naire ; le duc de Bertvick écrit du camp de Cien-Poçuelos du 17 août ; voici la copie de sa lettre : a Les ennemis dé- Qunj^rentdeGuadalaxarala nuit du 11 au 12 pour aller
tomMueQt, quoiquMteùi dû s'attendre à tout ce quHi voyoit,- les dessins lui a iQfiB^ été ttoontréfi âVant que Ton eût commuée à traTailler et ayant nlioe èwné des aTÎs très-judicieux qui marquent la parfaite connoissance qolla de tout ce qui regarde les arts. Il entendit la messe, qui fut célébrée pv H. le cardinal de Noaiiles y pendant laquelle les musiciens, qui étoient placés du» ({ttitre tribunes milgtiiflquès, chantèrent le Te Peum et VBxaudiat. Ceux <pi Mt pris part à la beauté de ce lieu s'étant presque tous présentés devant Sall]gefllé,elle leur paria d'une manière si gracieuse qu'ils furent charmés de n boitte. Ce prince dit à M. Mansard en examinant l'ouvrage de M. de la FoM ! « U finit lui faite peindre la chapelle de Versailles. » Il s'arrêta, après Miiirti de révise, à considérer le portail, et les beautés qu'il y remarqua l'at- ^cbèrent teUement qu'il demeura exposé à la pluie pendant près d'un quart ^^re. » (Mercure de septembre , pages 256 à 270. }
kLor^de le roi vhit iroir l'église des InvaUdes, ajoute le Mercure, ce piiioeétoit accompagné de monseigneur le Dauphin, demesseigneurs les ducs de Boiuipgne et de Berry, de S. Â. R. Madame, de madame la Duchesse , de BMdame la princesse de Oonty et de plusieurs autres dames et seigneurs <lelà tour. S. A. S. M. le Prince y étoit déjà arrivé, accompagné de M. le ^1 et ce prince y attendit Sa Majesté.
■ Od avoit mis six cents soldats de la maison des Invalides sous les armes , ^^ cents dans l'avenue qui est en face du portail de l'église et trois cents ^Bte k ooUr qui est entre le portail et l'avenue, avec des officiers à leur tète , Vil étoient commandés parle gouverneur, le lieutenant de roi et le msyor, qui '^ivotle roi au bruit des tambours et des trompettes.
* Sa Majesté descendit au pied du perron, sur le palier duquel M. Mansard, ^surintendant des bâtiments , qui a commencé et fini ce grand et superbe édi- ^» accompagné des officiers des bâtiments de Sa Majesté et des plus ill*'*^ architectes, peintres et sculpteurs des académies, présenta à Sa Majesté 1*^ def artistenient travaillée et dorée, en lui faisant un très-beau discours. ^Geot-Suiflses de la garde étoient rangés en haie aux deux côtés du perron etendedans de l'église jusqu'à l'entrée du dôme. Les gardes du corps avoiont P*^ poftsetsion des portes et étoient postés en différents endroits de l'église.
" Le roi fut reçu à l'entrée de l'église par M. l'archevêque en rochet, acc^Niipigné de ses aumôniers et du clergé de l'hôtel des Invalides, qui présenta ^ feao bénite à Sa Majesté. Ce prince s'arrêta à l'entrée pour considérer le Mip d'œil du dedans de l'église^ dont il fut agréablement surpris, il visita les deux chapelles du côté de l'Évangile et une moitié de l'église avant la messe, cl a panant au sanctuaire Sa Majesté trouva son prie-Dieu posé en face du Mitre autel , où elle entendit une messe basse célébrée par M. l'archevêque. Pendant la messe quatre chœurs de musique , de plus de cent cinquante perioaiie»^ placées dans les quatre tribunes portées par les avant-corps de colonnes dn dôme, chantèrent le Te Deum et un motet, composés par M. de
sur la Tajuna à Lorança ; nous marchâmes le 12 au matin et allâmes camper à Alcala.et le lendemain à Torrejon pour être à portée du Tage, si les ennemis y vouloient aller^ comme le bruit en couroit. Le 14 les ennemis passèrent la Tajuna et vinrent camper à un quart de lieue de Chinchon, sur quoi l'armée de S. M. C. vint à Saint- Martin de Laveja, et le lendemain 15 nous vînmes dans ce camp, la gauche à ce village, et la droite à Aranjuez, le Xarama devant nous; les ennemis se postèrent le même jour la droite à Chinchon et la gauche à Colmenar, à deux lieues de nous et à trois d'Aranjuez. Un de nos partis de cent cinquante cavaliers ou dragons a battu à Goëte un convoi qui venoitde Valence escorté par cent cinquante fantassins et vingt cavaliers; on en a tué près de quatrevingtssur la place eton a pris le reste avec vingt-quatre galères et deux pièces de canon qu'on nous a amenés à ce camp. » — Monseigneur le duc de Bourgogne alla dîner à l'archevêché chez le cardinal de Noailles ; il alla faire ses prières à Notre-Dame et puis à Sainte-Geneviève, ensuite àla Sorbonne, où il fut reçu par l'archevêque de Reims ^ proviseui* de cette maison, qui lui fit voir l'église et la bibliothèque; monseigneur le duc de Bourgogne alla ensuite au Jardin Royal des simples et puis revint ici (1).
la Lande , avec des symphonies mêlées de trompettes et de timbales. Après la messe Sa Majesté considéra le côté du maître autel vers Tancienne église, les deux chapelles du côté de TÉpître, et revint sous le dôme, dont elle considéra les peintures, et tout le reste de TégUse, dont elle parut fort satisfaite. Elle, remonta ensuite en carrosse en donnant à M. Mansard mille marques de sa bonté et de sa satisfaction, t» {Mercure de septembre, pages 351 à 365.)
(1) « Monseigneur le duc de Bourgogne vint, en sortant des Invalides, diner chez M. le cardinal de Noailles, qui lui donna un magnifique dtner. Ce prince entra ensuite dans Téglise de Notre-Dame , d'où il sortit après avoir fait ses prières pour se rendre au collège de Sorbonne. Ce prince étoit accompagné de M. Tarchevêque de Reims , proviseur de cette maison , et de M. Tabbé de Louvois. Il entra d'abord dans la salle où l'on soutient les actes , où pendant queiqtiB temps il entendit M. l'abbé de Cheverùe , du diocèse «l'Avranches et chanoine d(^ Mortain,qui sootenoit son acte de tentative et qui avoit pour président M. rabl>é(rAnbervillo-Suryèrps, docteur de Sorbonne, chanoine et grami
Dimanche 29, à Meudon. — Le roi changea toute la disposition du voyage de Fontainebleau sur ce que Clément dit que madame la duchesse de Bourgogne ne pouvoit
dintredeMortam. Dans le temps que ce prince entra, le P. Fremie,cordelier et
Melier de liceiice , prit la thèse et argumenta snr Taddition de la particule
Kio^ue au symbole de Constantinople. Monseigneur le duc de Bourgogne
éoonta arec beaucoup d'attention les arguments et les solutions ; il parla sou-
iwt rar ce sujet ayec M. Tabbé de Louvois , et parut fort content du bachelier
d do soutenant. Ce prince monta ensuite à la bibliothèque , où M. Berthe ,
tiUiothécaire de Sorbonne , lui montra plusieurs livres anciens de cette bi-
Wolhèqne, et entre autres un Yalère Maxime , écrit sur du vélin , du temps du
nii Chûles V. On lui fit voir aussi un Tite-Live, écrit sur du vélin , du temps
dn roi Jean; il examina avec attention plusieurs figures de ce livre, où Ton
vntt la manière dont on étoit habillé du temps du roi Jeau. II demanda en entrant
^ envoyant plusieurs portraits; celui du cardinal d'Ossat; et en voyant celui
d'Érasme il dit que ce célèbre auteur avoit d'abord signalé sa plume contre
K>iitlier. On lui fit voir le buste du cardinal de Richelieu , fait par le célèbre
^ttû. Ce prince étant descendu , il s'arrêta quelque temps dans la cour pour
c^^aniiner le portail de l'église du côté de la cour, qui est beaucoup plus beau
<|Beoehn qui est du côté de la place de Sorbonne , et il en trouva l'inscription
^^Uitant plus belle qu'elle est simple. M. Pirot lui dit alors que lorsque le che-
^>lier Bemîn avoit vu ce portail il avoit dit que cette pièce étoit adorable.
^ prince, après être entré dans l'église et avoir adoré le Saint Sacrement ,
^^Aiiaina longtemps et avec attention le tombeau de M. le cardinal de Riche-
^^* M. Girardon, qui a fait ce tombeau et qui étoit atuprès de ce prince, eut
^'^'oiiiienr de l'entretenir sur cet ouvrage , et monseigneur le duc de Bourgogne
^'^■Hiira que ce morceau étoit admirable. Il donna aussi de grands él(^es an
^'^tcifix qui est au-dessus du maître autel. Il vit ensuite la cliapelle de la
^^^^>1ge, et il en trouva l'Assomption fort belle. Ce prince, ayant considéré le
^'^■■ic, qu'il trouva un peu moins grand que celui des Invalides , sortit pour
voir les dasses de Sorbonne. Ce fut là où M. l'archevêque de Reims lui
M. Bourret, doyen des professeurs, à qui ce prince fit un très-bon
l.Ce prélat lui paria aussi de M. Quinaut, qui vient d'être nommé pro-
et qni commencera ses exercices à la Saint-Luc. La foule étant ang<
lorsque monseigneur le duc de Bourgogne entra dans cette salle et los
i^*^d« voulant la faire écarter d'une manière un peu vive, ce prince) leur ro-
*^*Kiinanda de ne point user de violence et fit, en sortant, distribuer de l'argent
^<|Oelqnes personnes qui témoignèrent en avoir besoin
« Monseigneur le duc de Bourgogne alla, en sortant de Sorbonne, faire ses P^^vesà Sainte-Geneviève, où il arriva sur les quatre heures. Le supérieur, à la ^ de toute la communauté, le reçut à la descente de son carrosse , et, après eompUment fort court , il lui présenta de l'eau bénite et la vraie croix à r. n conduisit ensuite c« prince au bruit des orgues et au son des cloche» "^f m prie-Dieu , qu'on lui avoit préparé au haut des marches du sanctuaire, ^ <Hn^ la porte de Téglise jusqu'à c^ prie-Dieu il paria à ce, supérieur avec T. XI. 13
194 JOURNAL DV: DAJNGEAU.
pas faire ce voyage sans commettre sa santé ^ et qu'en Tétat où elle est elle se blesseroit fort aisément. Le roi ira y faire un petit voyage dans trois semaines. On retotllS
beaucoup de bonté etd^estime , ce prince lui ayant dit quece JoaNlàtnéitle Wt Qélébroit une grande fêté dans son église» puisqu'ils étoient mû pas Pèrtt fSé Sainte-Geneviève, comme on les appelle dans le monde ; mais chanollieB de Saint- Augustin. On doit remat'quer qu'on céiébroft ce Joor-là la fête Oe os saint. Ce prince (it des réilexions très-cbrétfennes et tr^-jtidicfeus)?s sof tes trois tombeaux qui se présentent lorsqu'on entre dans le choeur { l'uii de Gk>vf8, que ce prince examina fort attentivement; Tantre de sainte GenevièTë, ëlefë au-dessus des autres , et celui de sainte Clotilde, qui se voit dans une chajpellé derrière la châsse. Je dois ajouter ici que ce prince fit sa prière pendaiit tm assez long espace de temps avec un recueillement qui charma tous Ips assistants. Le supérieur lui proposa y lorsqu'il sortit du chœury d'entrer datoB ta maison. Il y consentit, et monta d'abord à la bibliothèque^ où , hpré» en avdlr examiné toutes les parties et l'ordre des livres , dont il parla comme les oàitnoissant parfaitement , il considéra sa vaste étendue , et entra ensuite dans te cabinet des médailles. Ce prince en regarda avec attention tontes les pièceM; il se fit expliquer ce qui regarde les instruments des anciens sacrifices et toutes les autres curiosités qui se trouvent dans ce cabinet, et il! parla sar chacune avec une érudition et une facilité dont à peine les plus savants sont capables. Il considéra surtout un petit tombeau romain^ qui est peut-être te plus rare et le plus ancien morceau d'antiquité qui soit dans les cabinets des curieux, et il examina fort attentivement la structure. U dit en sortant qu'il avoit été satisfait de tout ce qu'il avoit vu , qu'il reviendroit une seconde fois pour voirie reste de la maison. Le supérieur lui répondit que c'étoit une purôle royale qu'il leur donnoit ) et qu'ainsi ils étoient persuadés qu'il la tiendroit. » {Mercure de septembre, pages 270 à 279.)
« Monseigneur le duc de BourgogUe, qui avoit résolu depuis longtemps d'aller au Jardin Royal, s'y rendit le samedi 28 de ce mois, sur les cinq heures après midi. Il fut reçu à la descente de son carrosse par M. Fagon ^ conseiller d'État ordinaire et premier médecin de Sa Majesté. Il conduisit d'abord ce prince dans le jardin où sont les plantes étrangères , élevées sur des couches et sous des vitrages ; il considéra avec plaisir l'effet surprenant d'une plante qu'on appelle sensitive qui se i^esserre avec une extrême promptitude lorsqu'on y touche. Ce prince raisonna physiquement et très-juste sur ce mouvement. Il demanda les noms de toutes les plantes qui se présentèrent à sa vue, et fit plusieurs questions à M. Fagon sur leurs vertus et sur le pays dont on les , a apportées. De ce jardin ce prince voulut aller à un autre appelé la Butte ; il monta jusqu'au haut, et ne voulut point être suivi par M. Fagon; il y trouva de quoi satisfaire sa curiosité. 11 descendit ensuite dans le jardin appelé dm Indes, où on lui fit voir une plante appelée cereus, qui est élevée sous un vitrage. La structure de cette plante le surprit, et il questionna longtemps M. Fagon sur cette plante, qui est très-particulière. Il fut très-content de tout ce qu'il vit dans le Jardin Royal , et comme il étoit sur le point de sortir de
Hèra demain à Versailles. Monseigneur et mottseigneut lo duc de Berry partiront toujours mardi pour y aller et mènent avec eux madame là princesise de Conty et plusieuifi dames; ils y atteildront le roi. — Par lies dernières lettres de M. le duc d'Orléans on apprend que le prince Eugène continue sa marche vers Tiiritt; on a intercepté des lettres de M. de Savoie> qUile prie de faire le plus de diligence qu'il pourra parce que le temps presse. M. le duc d'Orléans> de son côté, ne se presse pas mollis^ il fait tnarcher son armée par petits corps séparés. M. de Vaudemont fait fournir des chariots à Tinfanterle, et qUand Ifes soldats arriyent à leurs quartiers oh leur fait doilher dtt vlû et de Teau-de^vie , et les mesures sont si bien prises que M. le duc d'Orléans arrivera avant le prince Eugène. Lundi 30, d Versûilles. — Le roi revint ici de Meudon TOir les sept heures ; madame la duchesse de Bourgogiie arriva ici à trois heures et se coucha en arrivant. — Jeudi, pendant que le roi étoit ici, Mtlf . de la ville lui apporteront le scrutin ; le prévôt des marchands continuera encore deux ans ; il y en a déjà six qu'il Test. M. Bignoh wl nommé pour remplir sa place 5 M. Bignon est conseiller d'État et intendant en Picardie. — Oti a eu avis que les galions étoient heureusement arrivés à CarthagèUe en f Ainérique> où les ennemis vouloient exciter une révolution, ayantfait expédier pour ce pays-là plusieurs ordres
^ des IndeS) M. Fagon lui fit présehter la cotlation. Ce i^rftice prit on "'^ et an gobelet de glace, et dit à M. Fagon que la collation d'un pre- ™^ mëdebiadeVolt être Frugale. !be là il alla voir la salle des squelettes, oti *^^Ta M. Duvemey^qUi B?oit ftlt Mettre {riusteurs préKyàrations toutes ''^'^cbes , et entre autres d'un cerveau humain , très-proprement accommodé, '"'^iiel monseigneur le duc de Bourgogne lit de très-belles questions aussi "^ que tor d'àuti^es choses qui se présentèrent à ses yeux ; mais il témoigna ^ très-fiiatiftfaitde la circulation du sang qu'on lui fit voir, au traviers d*uh '^'^'wcope, dans la queue d'un lézard. 11 ne pou voit se lasser de la voir et d« '^^Dûrer. Il dit en parlant à M. Fagon , avec qui il s'étoit entretenu de toutes ^<Ii06es,que la grandeur du maître qui les avoit faites se reconnoissoitdans *** ces beaux ouvrages. » ( Mercure d*août, pages 428 à 431. )
au nom de l'archiduc, qui ont été trouvés à Madrid. On mande aussi d'Espagne que milord Péterborough est retourné dans le royaume de Valence, n'ayant pas voulu servir sous les ordres de milord Galloway. Le comte d'Oropesa, que le roi d'Espagne n'a jamais voulu voir et qui étoit banni quand ce prince entra en Espagne, soupçonné de crimes odieux, a pris le parti d'aller trouver l'archiduc avec toute sa famille. — Pendant que le roi a été à Meudon, M. de Guiscard a eu la permission d'y venir lui faire la révérence et puis il s'en est retourné chez lui à la campagne.
Mardi 31 , à Versailles. — Le roi alla se promener l'après-dlnée à Trianon ; Monseigneur et monseigneur le duc de Berry partirent de Meudon pour Fontainebleau. — On eut nouvelles, par plusieurs endroits, que la flotte ennemie avoit été battue d'une furieuse tempête qui l'avoit obligée de relâcher en différents ports d'Angleterre, qu'ils avoient même été obligés de mettre à terre la plupart de la cavalerie qu'ils avoient embarquée; mais comme le vent est cessé depuis quelques jours et qu'il leur est même favorable présentement pour sortir de leurs ports, on ne doute pas qu'ils n'aientremis à la voile. — M. de la FeuiUade fit attaquer le 26 la demi-lune et les contre-gardes dont on se rendit maîtres assez aisément; mais, dès le même soir, nous fûmes rechassés des deux contre-gardes. Les assiégés jusque-là n' avoient point témoigné aucune vigueur, mais ils en ont beaucoup témoigné à cette occasion-ci; il y a eu bien du monde tué de part et d'autre. Le 24 au soir M. le chevalier de Kercado, maréchal de camp, fut blessé d'un coup de pierre dans la tranchée , dont il mourut le lendemain.
Mercredi i" septembre , à Versailles. — Le roi travailla l'après-dinée avec M. de Chamillart; il y avoit travaillé encore le matin après le conseil. U alla tirer sur les cinq heures. Monseigneur le duc de Bourgogne alla tirer de son côté. — M. le duc d'Orléans arrivera sûrement de-
vant Turin le 28; le chevalier de Luxembourg, qu'il fait marcher devant lui avec un corps de sept ou huit mille hommes, y arrivera un jour devant. Le prince Eugène ne peut pas tant faire de diligence et a laissé plusieurs malades en chemin. — Le prince de Morbecque, fils de la princesse d'Harcourt, est mort de maladie à Guastalla ; il avoit un régiment de cavalerie depuis Tannée passée. Il est mort dans Parmée d'Italie trois colonels d'infanterie : Polastron, fils du lieutenant général qui mourut Tannée passée; leBoulay, fils de feu M. Talon, président à mortier ; et M. Roze, petit-fils de feu Roze, secrétaire du cabinet, dont madame Portail, sa sœur, femme de Tavocat général, héritera de plus d'un million.
Jeudi 2, à Versailles. — Le roi dîna à midi , alla faire un tour à Trianon et de là à Marly, où il se promena jusqu'à la nuit. — M. de Surville sortit de la Bastille, où il avoitété condamné par les maréchaux de France à un an de prison; Tannée est expirée, et le roi a trouvé bon qu'il fût remis en liberté. — Les ennemis en Flandre ont repassé la Lys et l'Escaut; ils ont fait un gros détachement de leurs troupes pour faire le siège de Dendermonde. La principale force de cette place est dans Tinondation, et le temps a été si sec cette année que cette inondation est fort diminuée et diminue encore tous les jours, — On a des lettres de plusieurs endroits d'Allemagne qui parlent de l'irruption des mécontents de Hongrie en Styrie et d'un autre corps en Moravie pendant que le prince Ragotzki fait le siège de Gran, On assure qu'il a présentement sous ses ordres trente mille hommes de troupes i-é^lées et cinquante mille hommes de milice et que l'ambassadeur de Hollande, qui s'étoit mêlé de négocier Taccommodement avec eux, avoit eu, à son retour de Presbourg, des paroles fort aigres avec le baron de Seiler, ministre de l'empereur, dont cet ambassadeur s'étoit plaint à ses maîtres, qui en demandent justice à Tempereur.
198 JOURNAL DE DANÇEAU.
Veas^v^di 3, à Versailles. — Le roi alla tirw dans le pg^pc Vaprèsi-dlnéç et travailla le soir chez madame de Maiutenon avec M- <ie CUîgaaillart. — On reçvt des lettrea de M. le; 4^0 d'Orléans du 29 au matin ; il arriva le 28 au soir devant Twip- Cto cpmptait que l'armées du priQce E\ig^e étoit à lahauteu? 4' Asti. ^-L^ yoi a ^onnéle régimemt de çavaleriç qu'avoit le pyiuce; de Mor];:^ecque à M. 4^ Conflançi; le régiment d'infapteriequ'avoitM. Rozq au chevalier de Sourches , fik du grapd prévôt, qui avoit un ?iutre, petit régiment ; et ce y^giipent-U, JI. de Monsorre^u, fils alnéd^gf^^d prévôt, Va,\9\\ vepdu à M. Roze 22,000 écus il n'y a pas lpngte^xps. l^e vçxi a wssi donné le régiment d'infante^^ie qu'avoit \e chevalier de Kercado au chevalier de Dam^^ qui avoit up petit régiment et qui étoit assez çtnci^n cqjpnel. — J'^ppi[*is qu'il y a quelques mois qu^ Iç ppi $it ^e çh^ya^li^i^* Duohw chef d'escadre des galères, — J'appris aussi que le papçî a donué au roi, déplais quelques WQi?, flft bref pour nommer à l'évêçhé d'Opauge et ^\x^ autres bénéfices cooisistorie^ux qui sont dans l'éteudu^ de cette principauté (1).
(i) L*évêché d'Orange est suffragant de Tarchevêché d'Arles en Provence» et quoique lei roi doive noipoiçr m\ archevêchés , aux évèchés et aux bénéfilces consistoriçl^^ daqs cçtte province^ en vertu du concof^tat, cependant, comme la principauté d'Orange n'a été réunie à la couronne que depuis le concordat et que c'&«it un usage que les évèchés nouvellement conquis n'y sont fSis compris, ilfaut au roi un induit pour pouvoir y nommer.
C^ n'est n^s qu'il n'y ait ^e g^au^es di^cu\t^, tai^t siv*l2\ preta(;ae que sur la Provence , par rapport à la ((uestion de savoir si ces deux provinces sont comprises 4ans le concordat (car elles n'y sont pas nommées), difficultés 4'aut9ntplus ^olid^ que l'usage poutraire a prévalu et que nos roi&oiU pris des induits pour nommer aux bénéfices consisto^i^ux qui vien^roient à vaquer en Bretagne et en Provence, sur le principe que ce sont deux pays d'obédience et que, la pragmatique n^y ayant jamais été reçue, le pape Léon K n'avoit gar^ede les coipp^endr^ flans )q çopcor^at, puisqik^l^ CQnoor<)iit n'é\o\% fait^ que pour abolir la pragmatique et puisque d'aille\irs le pape , depuis la^ pragmatique même', avoit toujours continué de nommer dans ces fonctions^ aux bénéfices consistoriaux.
Aiusi lorsque le pape a donné un induit pour l'évêché d'Orange , il 4 pré^ tendu le donner à cause que la Provence n'est point comprise dans le Qg||Q0iC^
Sq/ini^edi 4, çk Versailles, — Le roi dîna de lionne heure eX ^^ ^ V,^\y couyi^e le cerf, et ensuite se.prqiuena dans les jardins, de ^^\y jusqu'à la nuit. — On eut des lettres d'Espagne pa^r l'ordinaire; elles sont du 24-. Les armées sont ^niygurs da^ns le naême état, les ennemis à Ghinchon et ^ Colmeu:^ar, et notre armée s'étend jusqu'à Araiyuez. Npus avqqs tout en s^bondance dans notre camp , et les ennemis manquent de beaucoup de choses. U leur désçifte (ott^ les jqurs beaucoup de Portugais ; nos partis battent les leurs, et les paysans en assomment autant qu'ils en peuvent attraper. Péterborough, qui est retourné dans le royaume de Valence, doit rassembler quelques troupes pour leur renvoyer; ils ont pris la ville d' Alipante, et Mahpni s'est retiré dans le château, où il est canonné et bombardé p^r la flotte qui a secouru Barcelone. La reine douç^riè^*e d'Espagne, qui étoit à Tojède, avoit une conduite fp^t suspecte, et on ne pq^voit Conter qu'elle ne favorisât l'archiduc soi^ neveu. Le roi d'Espagne lui a envoyé ^e duc d'Os§qne, capitaine des gardes du corps, avec cinq cent^ chevaux, qui lui 9. dit fort ppliment qu'elle étoit trop proche des armées povir ^^meureç là tranquillement, que le roi soijihaitoit qu'elle vint à Burgos aupT^és de la reine. Elle a cherché (Je mauvaises excuses ; le duc d'Q3§pQft^Hi a ditqu'ii avpit ordre de l'y conduire. Elle a dena^dé dp temps, il £^ répondu q^e son ordre étoit 4p la condwire promptement ^ Burgos ; elle a enfin obéi, ce qu'il parplt qu'ellp ft fait à contre-cœur.
ZKfitOfiçAe 5, à Versailles. — Le roi, après le coi^seil, travailla avec M. de Cbamillart; il y travailla encore l'après-dlnéC;, et le soir che^ madame de M^in tenon. — Il airiya à M. de TPï'^y un courrier ^e M. Amelot, notre ambassadeur en El^pagne; il dpmaude les ordres d^ roi sur l'endroit où l'on mènera^ la reine douairière d'Espagne.
dat, et non pas à cause qae la principauté d'Orange est réunie à la couronne àei/m le coneordat. (Note du duc de Luynes. )
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On la conduisoit déjà à Vittoria; elle ne passera point à Burgos. Le roi a envoyé ordre qu'on la menât à Pau, où iJ y a un château magnifique et de beaux jardins. Par ces mêmes lettres de M. Amelot on s.va que la commotion étoit si grande en Espagne contre M. Orry qu'il étoit à propos, quoiqu'il eût bien servi, de ne le pas renvoyer en ce pays-là; le duc de Berwick a écrit en conformité de l'ambassadeur; ainsi Orry ne partira point. M. de Chamillart va travailler avec lui pour lui faire rendre compte des deux millions qu'on lui avoit donnés en dernier lieu pour porter en Espagne. On ne sait point encore si la princesse des Ursins a eu part aux résolutions qu'on a prises en Espagne de prier le roi de ne l'y pas renvoyer. — Il arriva un courrier de M. le duc d'Orléans, qui est devant Turin du 28 ; les contre-gardes et la demi-lune furent attaquées une seconde fois le 1*^' de ce mois, et nous n*avons pas pu nous en rendre maîtres. Nous y avons même perdu assez de monde, et ce sont les grenadiers qui périssent à ces occasions-là, et c'est la tête de notre infanterie. On parle de les rattaquer encore dans quelques jours, mais on ne sait pas le jour précisément. Le prince Eugène approche de Turin, et on ne doute pas qu'il n'y ait bientôt une grande action en ce pays-là.
Lundi 6, à Versailles, — Le roi alla se promener à Trianon et travailla avec M. Pelletier. S. M. compte toujours d'aller à Fontainebleau le 23, et on compte que durant son absence madame la duchesse de Bourgogne logera ici dans l'appartement de Monseigneur. — Le bruit court en Allemagne que le roi de Suède veut entrer en Silésie et en Saxe, et qu'il veut demander raison à l'empereur du traitement qu'il a fait aux électeurs de Bavière et de Cologne sans la participation des princes de l'empire. On mande aussi de ce pays-là que les mécontents de Hongrie ont pris la basse ville de Gran et qu'on ne doute pas que dans peu de jours ils ne soient maîtres de cette place. — Par les dernières lettres qu'on a eues
d'Espagne on apprend que l'armée portugaise pàtit fort dans leurs camps de Chinchon et de Colmenar; il leur déserte toujours beaucoup de monde, et nous avons déjà plus de quatre mille prisonniers, dont on est même déjà assez embarrassé.
Mardi 7, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dinée se promener à Marly et travailla le soir chez madame de Maintenon avec M. de Pontchartrain et ensuite avec M. de Chamillart; il avoit déjà travaillé le matin avec lui après le conseil de finances. — Le roi Stanislas est entré avec quelques troupes de Pologne et de Suède dans la Lusace après avoir demandé passage à l'empereur par la Silésie, mais ils n'ont point attendu sa réponse. — Le marquis de Pluveau, maître de la garde-robe de M. le duc d'Orléans, est mort de maladie en Italie. — Par les dernières nouvelles qu'on a eues de la flotte ennemie, elle étoit encore àTorbaye et dans d'autres ports d'Angleterre, où les grands vents les avoient jetés. On commence à dire à Londres qu'ils ne songent plus qu'à porter des troupes en Portugal.
Mercredi 8, jour de la Notre-Damey à Versailles. — Le roi, après le conseil d'État, travailla encore avec M. de Chamillart; l'après-dlnée il alla à vêpres, et puis il se promena à Trianon. Au retour il travailla chez madame de Maintenon avec M. de Chamillart. Monseigneur et monseigneur le duc de Berry chassent tous les jours à Fontainebleau en attendant que le roi y arrive. — Le roi a donné à un Choiseul, qui étoit capitaine d'infanterie, le petit régiment qu' avoit le chevalier de Sourches, à qui il vient d'en donner un plus considérable. — M. du Guast, maréchal de camp, qui sert au siège de Turin, fut blessé au commencement du siège d'un coup de pierre au poignet qui ne l'empêcha pas d'agir quelques jours après ; . mais, par la suite, la blessure s'est trouvée si considérable qu'on croit qu'il en mourra. — On a eu nouvelle que la garnison de Dendermonde s'est rendue prisonnière
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de guerre; rinondation étoit entièreoiant séchée, et c'est ce qui fait toute la force de cette place.
Jeudi 9 , à Versailles. — Le vx>i prit médecin^ ; il y avoit assez longtemps qu'il ne l'avait pri^^ quoiqu'il gq prenne ordinairement tous les mois; Vaprèsrdlm&c il tç^r vailla avec M. de Ponchartrain etpuisi wtra defortbppne heure chez madame de Main tenon. — M. d^ Rachecpur, mestre de camp de cavalerie , qui Siervpit dans T^^rm^fi d'Allemagne, y est mort de maladie ; le roi a donné ]^ régiment à son fils, qui y étoit capitaii^çi. — L'évéque d© Paderborn , de la maison de Metternich , a été élu évêqvie de Munster ; les Hollandois sollicitoient fprt pour lui, et l'empereur faisoit de grandes instances pour M. l'évêque d'Osnabruck, frère de M. de Lorrain^;. J^'emp^r^n» se plaint des Hollandois sur ce qu'ils ont fait dans cette occasion , et les Hollandois trouvent fort étrange qvie l'empereur, qui leur a tant d'obligation, les ait tapt tçaveysés» dans cette affaire, qui leur tenoit fort ^.u cœur. — Par les| nouvelles qu'on a de la flotte ennenaie du 7, elle étoit encore sur les côtes d'Angleterre.
Vendredi 10, à Versaill^, — Le roi dîna de fort bonne heure et alla courre le cerf daps le parc de M^ply, ^t après la chasse il alla se déshabiller au pl^àteao , se promena dans les jardins jusqu'à la nuit et puis revint ici, — Il arriva un courrier de M. de Vaudemont par lequej on apprit que le prince deHesse^ après la pri^ de Goïto^ s'avançoit vers Castiglione délie Stiviere pour eu faire le siège. Ce prince a envoyé un trompette faire upe liravade à M. de Médavy, lui mandant qu'il i^avoit que qo^ troupes étoient plus foibles en ce pays-là que lés sieupes; mais que, s'il vouloit combattre dans les plaines qui soi^t autour de cette place, il n'y amèneroit qu'un nombre de troupes égal aux nôtre?;. Ce prince, qui est fort bray^ et fort honnête homme à ce qu'on dit , lui auroit apparemment tenu parole; mais M. de Médavy s'est contenté de lui faire une réponse polie et l'attaquera peu^t^fi
malgré la supériorité du nombre ; car M. le duc d'Orléans lui a laissé le pouvoir d'attaquer les ennemis qufi^nd il la j^gerôit à propos.
Samedi 11, à Y^Tsailles, — Le roi^^ après le conseil ^e finances ;( travaillai avec M. 4^ Chamillart; après dîner S. M. alla tiçer dan^ son parc e\ ^'en revint qu'à la nuit.
— On est fort étonné à^e n'avoir point de nouvelles de Turin depuis le l®^ — Il arriva des lettres 4m 4nc de Berw^çk par l'ordinaire ; elles sont du de^'nier du mois. Il mande que les Portiigais sont encore dans le même poste entre Chincho^ et Coimenar, où ils souffrent beaucoup ; nos partis et les payss^ns ramènent tous les JQUf s 4es prisonniers; les Castil^ns ma;*qnent plus de fidél^^ et de zèle que jfiimais. — On dit que la re^pe d'Angleterre n'9. pa^s été contente de ce que Péte^borough n'avoit pas voulu obéir à. Galloway , i^e^is que, n'ayant pas voqlvi le rappeler pourtant, elle avoit pris le parti de lui ôter tout commandement dans ses trompes et lui avoit donné 1^ qua^lité de son ambassadeur auprès de Charles lU ; c'e^t ainsi qu'ils appellent l'archiduc.
Dimanche 12, à Yersaillest. — Le roi ç^Ua Taprès-dinée se promener à Trianon et puis travailla avec M. de ChçimiUë^fi), avec qui il avoit déjà travaillé après le conseil.
— Qll naande de Rome que lecardinsi-lOmodei, Milanois, est [mqrt ; il avoit été fait cardinal par AleJ^andre YllI en ^690. Voilà deux places vacantes dans le sacré collège. On malade aussi de Madrid que le cardins^l de Salazar est mort d«^ns son évôché d'Ov^edo ; cela feroit un troisième cl^apeau vacant. — Les eqnemis en Flandre marchent du pôté d'Ath, dont on ne 4pute plus qu'ils ne fuissent le siégç. — L'emperepr a ^onné un Régiment de cuirassiers au prince Emmapi^el de Lorraine, frère du duc d'Elbeuf, qui a quitté la Franpe sans qy'on sache ppurqupi et qui n'y s^voit d'autre considératiop que celle que s^ i^aissapce lui donnpit.
f^undi 13, a Ver^aille$ — Le roi partit d'ici à onze
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heures et demie et alla dîner à Marly avec madame de Maintenon , madame de Dangeau^ madame d'Heudicourt et madame d'O. 11 s'y promena l'après-dinée malgré le vilain temps, fit de petits présents d'argenterie aux' dames qu'il avoit menées et revint à sept heures. — M. l'électeur de Cologne arriva à Paris; il loge chez son envoyé. Il viendra ici dans quelques jours voir le roi dans le plus parfait incognito; il s'en va à Rome. — Par les dernières nouvelles qu'on a de la flotte ennemie, elle étoit encore à Torbaye; maiis il semble qu'elle se préparoit à remettre à la mer. — On mande de Strasbourg que le comte de Frizen, gouverneur de Landau et qui étoit le principal officier dans l'armée du prince de Bade, étoit mort de maladie à Rastadt ; il étoit frère de madame de Villefranche, qui est à Paris, et étoit fort estimé parmi les ennemis. Mardiiky à J^ersailles, — Le roi, à son lever, apprit la cruelle nouvelle que M. le duc d'Orléans avoit été forcé par le duc de Savoie et le prince Eugène dans le quartier qu'il défendoit entre la Doire et la Sture. Les lignes n'étoient pas bonnes de ce côté-là, et nous y avions fort peu d'infanterie; nous avions laissé quarante-six bataillons sur la hauteur des Capucins. L'affaire se passa le 7; M. le duc d'Orléans, qui y a fait des merveilles, y a été blessé de deux coups assez considérables , l'un à la hanche et l'autre à l'avant-bras. Saint-Léger, son premier valet de . chambre, qui a apporté cette nouvelle, dit que la blessure du bras est fort* douloureuse et sera fort longue à guérir. Lardy, son chirurgien , écrit à Madame , du 9 au matin , qu'il croit que le petit os est touché; mais il assure qu'il n'y a aucun danger pour la vie. M. le duc d'Orléans vouloit se retirer à Alexandrie pour tâcher à sauver le Milanois ; mais on lui a tant fait voir de difficultés sur cette marche pour la subsistance des troupes qu'il s'est rendu cl l'avis commun des officiers généraux, qui a été de revenir sous Pignerol. Saint-Frémont a fait l'arrière-garde , en a ramené l'artillerie de campagne, mais tout le gros canon
du siège est demeuré. Nous n'avons pas perdu beaucoup de soldats à cette action , mais beaucoup d'officiers principaux. Le maréchal de Harsin est blessé à mort. M. de Murçay, lieutenant général, est tombé d'un coup qu'il a reçu à la tète, et on le croit mort. Villiers et la Bretonnière, maréchaux de camp, ont été tués. Senneterre est blessé et pris. Un officier qui commandoit un escadron du régiment d'Anjou, à qui M. le duc d'Orléans commanda de faire marcher son escadron, refusa de marcher; M. le duc d'Orléans lui a balafré le visage et a donné ordre à Saint-Léger de le dire au roi. M. de Nancré devoit partir le 10, par qui on apprendra beaucoup de détails de cette malheureuse journée. Le jour d'auparavant un grand convoi de douze cents mulets, qui apportoit à notre camp des vivres et de la poudre , tomba dans l'armée ennemie et fut entièrement pris; le marquis de Bonnelles, mestre de camp de cavalerie et fils de M. de Bullion, fut tué à cette action. Nous avons cinq régiments de dragons qui combattoient à pied dont tous les chevaux ont été pris. Outre les blessures de M. le duc d'Orléans, il a eu six coups dans ses armes et beaucoup dans ses habits^.
* Le duc d'Orléans n'eut le commandement de l'armée d'Italie que sur la parole que le roi exigea de lui qu'il déféreroit en tout aux avis du maréchal de France qui commanderoit l'armée sous lui , même contre le sien. C'étoit la première fois que ce prince en avoit une à ses ordres; et à son âge et à son peu d'expérience il ne -crut 4)as qu'il y allât du sien pour cette fois. Il eut encore moins la présomption de croire qu'il y allât de l'État , et en cela il fut tromp*é. Peu de jours le lui prouvèrent après avoir joint l'armée. Il étoitsurleTanaro. Le prince Eugène étoit fort embarrassé de sa route pour exécuter les ordres pressants et réitérés de l'empereur, pour secourir Turin à quelque prix que ce fût. Lui-même y avoit un grand intérêt par le sang et un grand désir pour sa gloire; mais il y voyoit des difficultés telles qu'il écrivit à l'empereur pour les lui représenter. Comme ils en étoient là , M. le duc d*Orléans et le maréchal de Marsin tombèrent en contrariété d'avis sur un camp à prendre. Tout l'objet de l'un étoit de couper le chemin au prince Eugène , d'aller à Turin ; tout l'objet de l'autre d'aller se mettre dans les lignes de Turin. Par le premier , le secours
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étoit rendu inipDssible ; par le seicond, on trtgmendit à là FeUiilâde nn gros détachement, qu'il felloit garder et qui àffoiblissoit etaliongeoit le siège, qui en étoit venu renforcer l'armée de M. le duc d'Orléans, et avec ce détachement tout le reste de l'armée pour presser le siégé ^t déiendire les lignes , de Sôîrte que le premier s'en rendbit le succès àésuté , ei; quie lé siBCOtad te coihmtôttoit au hasdird de la ^brre. Màrfi^ , pressé par la Feuillade s qull n'osoit choquer^ tint fel'mfe , et coiûme il en étoit là avec le duc d'Orléans , un parti de leur armée prit un courrier du prince Eugène. Les lettres étoient en chiffre , ceux de M. le duc d'Orléans ne purent servir à les déchiffrer ; tout ce qu'il put obtenir de Matâin fût de dif fêter à marcher qu'on eût répoti^e de M. de Vaûdetnont sur ces chiffres , qui étoit à Milan. Il Dàaûda qu'il né lés avoit point, de sorte que Marsiû s'en fit croire et que M. le duc d'Orléans manda son aviis et son obéissance au roi par le courrier qui lui porta les paquets qu'on avoit pris pour les faire déchiffrer. Ghamillart en avoit le chiffre , qu'il avoit oublié de donner à emporter à M. le duc d'Orléans, quesoti courrier, en revenaût, trouva dans leS lignes de ïu- Hn. Les lettres du prince Eugène fàisoileht de point en poitA le raiëûiinement de M. le duc d'Orléans , et marquoient à l'empereur que^ si ce prince prenoit le poste qu'il avoit voulu , le secours de Turin devenoit si absolument impossible qu'il ne songeroit pas à le tenter. M. d'Orléans outré espéra du moins que le matéchal en deviendroit moins opiniâtre, mais il n'y gagné rien; il trouva lès lignes mauvaises et encore plus hial gardées. Il voulut du moiûs les renforcer de quarante-six bataillons , qui , sous Albergotti , étoient fort inutilement en cette occasion sur la hauteur des Capucins , et sortir des lignes pour combattre le prince Eugène. La Feuillade , qui ne pensoit qu'à son siège , ne voulut ni dégarnir les Capucins ni le combat hors des lignes. M arsin n'osa le contredire dans la crainte de Chamillart. Cela fit une telle altercation que M. d'Orléans déclara qu'il ne se comptoit plus désormais que volontaire, refusa de se mêler de quoi que ce soit et même de donner Tordre à l'armée. Cela dura deux jours entiers , et le troisième fut le jour de la bataille, dont il ne se mêla que sur le point instant de l'attaque des lignes pour faire combattre, et combattre encore mieux. Il envoya jusqu'à deux fois chercher ces quarante-six bataillons qui étoient horsde toute portée d'attaque et du côté opposé. Albergotti lesconunandoit, qui refusa de marcher ; et à lasecondefois la Feuillade leur manda de ne bouger et fut obéi. On perdit peu de monde^ quoique la déroute fût complète. M. le duc d'Orléans, enragé et soufrant extrêmement de ses blessures , vouloit remarcher de là en Italie , et tout en se retirant assembla ce qu'il put d'officiers principaux. La Feuillade s'y opposa et la plupart des autres, qui, pleins comme des œu&, vouloient se retirer en France. M. d'Orléans, trop foible pour beaucoup disputer, s'en-
ferma de dépit dans sa chaise , et leur dit que c'étoit contre soii avis. Au bout d'une heure il arrêta , et fit encore la même proposition. Comme il s'en débattoit, d'Arennes, lieutenant général et major général deTarmée , arriva, qui maintint que les seuls passages par où on pouvcit aller étoient occupés par les ennemis , et produisit des gens qui ptt^tendoient avoir été jusque-là. M. le duc d'Orléans voulut qu'on y marchât, quitte à retourner si on ne pouvoit ni passer ni forcer les passages ; et en effet on y envoya , et en attendant on y marcha. Mais comme la route étoit sûre du côté de nos Alpes , les officiers généraux en firent continuer la route à ce qu'on avoit de vivres et de fflukiîtiôns , tellement qu'après une demi-journée de marche et des rapports équivoques M. d'Orléans voulut toujours continuer; alors on lui dit quMl n'avoit ni vivres ni munitions, qui avoient continué la première route , et on lui rendit impossible celle qu'il vouloit suivre , outre qu'on lui ikiaintenoit qu'il trouveroit les ennemis postés devant lui. La rage et le désespoir, et tant et de si cruelles désobéissances, et dans l'état de foiblesse et de douleur où il étoit, le firent re- KHûber au fond de sa chaise , et dire qu'on allât donc où on voudroit et qu'on ne lui en pariât plus. Telle fiit l'histoire de la catastrophe d'Italie. On sut depuis qu*il n'y avoit ni ennemis ni obstacle quelconque au chemin du retour en Italie^ où on auroit été, à Turin près> tout aussi fort qu'auparavant, et bien plus encore, par l'avantage que Médavy remporta deux jours après à Castiglione délie Stiviere sur le roi de Suède d'aujourd'hui. Marsûi avoit été pris blessé à mort vers le milieu du combat; se voyant sans ressource plutôt peut-être qu'il ne l^étoit, le désespoir de tant d'irréprochables fautes le précipita au milieu des ennemis, qui le menèrent dans une cassine éloignée, où il mourut la nuit même presque sans aucun secours et dans l'abandon. Pour sa mémoire, il faut oublier ce déplorable bout de campagne et le nombre de dettes et de vœux qui se trouvèrent dans ses papiers. Il n'étoit point marié. Son père , plus capitaine que lui , s'étdit, de fort peu de chose, élevé par les armes. Il s'attacha à M. le Prince, puis s*y brouilla , et se sépara fort mal de ceux à qui il s'étoit de nouveau donné pour s'embarquer tout à fait avec l'Espagne. Ses actions, qui rélevèrent aux premiers emplois de la guerre, lui valurent enfin la Jarretière, au grand scandale des Anglois. Il ne faut pas finir ce triste article sans donner la farce après la tragédie. M. d'Orléans , arrivé à Oulx dans les Alpes, ne put passer outre par l'état de sa blessure, qui l'y mit en grand danger. Il étoit en sûreté en ce lieu, et ses troupes avoient des quartiers dans touts ces pays-là, en attendant les derniers ordres de la cour pour repasser en Italie. La plupart des ofQciers généraux allèrent à Oulx, les uns après les autres. Le hasard y fit trouver en même temps la Feuillade et Albergotti dans la chambre de M. le
duc d^Orléans. Il étoit alors fort mal de sa blessure et avec une grosse fièvre. En voyant ces deux hommes il ne put s'empêcher de leur reprocher le malheur des affaires et leur désobéissance sur ces quarante-six bataillons des Capucins qui auroient paré ia perte de la bataille. Us voulurent répondre ; mais le prince , fort ému et qui craignoit de s^échapper après n'avoir pu contenir sa plainte , les pria qu'il n'en ffH pas parlé davantage. Sassenage et le peu de ce qui étoient là les tirèrent aussitôt de la ruelle, grommelant l'un contre l'autre. A peine furent-ib à l'autre bout de la chambre qu'Albergotti dit assez vivement à la Feuillade que ce reproche ne le regardoit pas, lui qui n'avoit fiait qu'obéira ses ordres. L'autre lui dit que cela n'étoit pas vrai, et le poussa , puis mit la main à l'épée. Albergotti, rougissant décolère, marmotta et recula deux pas. Sifremont, Sassenage et quelques autres «icore se jetèrent entre deux et les sortirent de la chambre en leur demandant s'ils savoient en quel lieu ils étoient et si la tête leur avoit tourné. M d'Orléans ou n'entendit pas de son lit, ou n'en fît jamais semblant; chacun emmena son homme fort en peine de ce qui se passeroit entre eux à la fin, mais il ne se passa quoi que ce soft en aucun temps. AJbergotti , quoique fort brave homme, fut encore plus politique et ne se voulut pas charger d'une affaire contre le gendre de Qiamillart; et la Feuillade, qui n'avoit point à courre après ce qui s'étoit passé , fut ravi qu'Albergotti se montrât si bon homme. Le meilleur fut qu'il n'y parut jamais entre eux sans que personne même s'en entremit , ce qui peut-être eût tout gâté , et qu'ils restèrent comme auparavant Cela pourtant fit grand tort à l'un et à l'autre, à la Feuillade d'avoir osé démentir une vérité trop connue à toute l'armée , dont elle avoit été la perte dans le temps de la bataille; à l'autre de l'avoir avalée et digérée si doux. L'autre aventure ne fut que romanesque. La Sery ou, comme on l'appeloit alors, madame d'Argenton, apprenant le malheur et la blessure de M. le duc d'Orléans, alla trouver madame de Nancré, veuve du père de Nancré , et lui persuada de l'accompagner en poste pour aller trouver son amant. Cette équipée fut trouvée fort ridicule dans le monde et très-mauvaise à la cour. Elles arrivèrent à Grenoble comme M . le duc d'Orléans y alloit aussi arriver, . qui leur manda de s'en retourner sur-le-champ par le même chemin qu'elles étoient venues , et qu'il ne les verroit point ; mais elles firent tant qu'elles le virent, puis qu'elles soupèrent avec lui. Mais le séjour fut obscur et court, et elles furent renvoyées sur une lettre de M. Chamillart, qui le manda à M. le duc d'Oriéans de la part du roi. M. le duc d'Orléans, à son retour, se disculpa fort au roi et au monde de ce beau voyage.
Mercredi 15, à Versailles, — Le roi, après le conseil (lu matin, travailla plusieurs fois dans la journée avec
M. de Ghamillart ; il sortit l'après-dlnée pour aller tirer, mais il ne fut dehors que deux heures. — Madame la duchesse d'Orléans a envoyé mettre en gage ses pierreries, qui valent deux miUions, pour envoyer de l'argent à M. le duc d'Orléans; mais M. Terrât, son chancelier, espère en pouvoir trouver sans ce secours-là. — On a eu nouvelle que nos vaisseaux qui avoient fait l'expédition de l'Ile de Nièves au commencement de cette année étoient arrivés à Rochefort, où ils avoient apporté six millions en piastres ; d'Iberville, quilescommandoit, est mort en chemin etplusdes deux tiers des officiers qui étoient sur ces vaisseaux. — Saint-Léger dit hier que l'abbé de Grancey avoit été tué auprès de M. le duc d'Orléans; on loue fort laFare et Sassenage, qui ne l'ont point quitté, et le comte de Chàtillon et son fils, qui sont tous deux blessés ; il dit que le marquis de Bonneval, mestre de camp des cuirassiers, a été tué. — Le roi déclara qu'il n'iroit point à Fontainebleau et envoya un courrier le dire à Monseigneur, qui n'en reviendra qu'à la fin de la semaine qui vient.
Jeudi 16, à Versailles. — Le roi dina de bonne heure et alla courre le cerf dans le parc de Marly, et puis s'alla déshabiller dans le château et se promena dans les jardins jusqu'à la nuit, et puis revint ici. — Le comte de Grancey arriva ici le matin, qui apporta la nouvelle que le comte deMédavy, son frère, marcha le 9 pour secourir Castiglione deUe Stiviere, que le prince héréditaire de Hesse attaquoit avec douze mille hommes ; Médavy n'en avoit que neuf. Le prince de Hesse, qui avoit déjà pris la ville, où il avoit laissé huit cents hommes, leva ses quartiers de devant le château et marcha en bataille dans une belle plaine; Médavy marcha à lui de son côté. D'abord notre cavalerie , qui étoit débordée par celle des ennemis, fut un peu en désordre, etquatre régiments d'infanterie de Napolitains et de Milanois prirent la fuite. Ceberet, qui commandoit une brigade à la seconde ligne,
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sans attendre d'ordre^ marcha en avant et occupa les postes que les Italiens avoient abandonnés. Médavy fit mettre répée à la main à l'infanterie, qui essuya toute It décharge des ennemis et qui les défit entièrement après. La cavalerie ennemie prit la fuite voyant leur infanterie défaite. On leur a tué plus de deux mille hommes; on leur en a pris plus de quinze cents , tout leur canon , beaucoup d'étendards et encore plus de drapeaux. Médavy poursuivoit encore les ennemis quand Grancey est parti. Us seretiroient vers le Mincio; il ne doute pas qu'il ne leur fasse abandonner Goïto. Le comte de Grancey dit à ses amis qu'il croit la perte des ennemis encore plus considérable , mais qu'il a mieux aimé en dire moins que plus au roi , de peur qu'on ne crût qu'il voulût grossir la victoire de son frère. Il n'y avoit que deux maréchaux de camp avec M. de Médavy, qui sont MM. de Saint-Pater et Dillon. Nous avons eu quatre mestres de camp de tués, qui sont le chevalier de Vérac, Gramont, Rennepont et du Cheylar, mestrede camp du régiment de la Reine ; de Rouville , colonel d'infanterie, a été blessé à mort. Mé* davy devoit envoyer deux jours après au roiCeberet, qui lui rendra compte de la suite de l'affaire et qui lui apprendra plus de détails. — Il arriva un courrier du maréchal de Villars pendant que le roi étoit à Marly. Le roi l'expédia et le fit repartir sur l'heure. Ce maréchal mande au roi qu'il a des avis certains que le prince de Bade a assemblé une armée plus forte que la sienne et qu'il marche à lui pour attetquer ses lignes, et qu'il attend les ordres de S. M. sur ce qu'il doit faire.
Vendredi 17, à Verêailles. — Le roi se promena Faprès-dinée dans les jardins avec madame de Maintenon , mesdames d'Heudicourt, d'O et de Dangeau; il ira mercredi à Marly pour en revenir samedi , et madame la duchesse de Bourgogne demeurera ici; on ne veut plus qu'elle monte en carrosse. — M. de Nancré arriva ici; il avoit vu M. de Chamillart hier à dix heures du soir, à
Plapis; il est parti du 10 de Pignerol , où il a laissé M. le duc d'Orléans, qui va répandre ses troupes dans les vallées de Dauphiné, où on espère les l^ittettre bientôt en état de repasser dans le Milanois. Ce prinee montera à cheval pour passer Rochecoteil, malgré les douleurs que lui donne sa blessure au bras, qui est grande. — M. de Senneterre n'est point mort ; il est à Turin blessé légèrement. H. le duo d'Orléans y envoie un tfompette pour savoir au vi*aî ce qu'il y a de prisonniei^s ; le comte de Maure, qu'on appelle présentement le comte de Roche^ chotiai^, a été pHs aveô deux bataillons du régiment Dauphin, dont il est colonel, dans les redoutes où il a été entouré par l'armée ennemie. M. le duc d'Orléans a quatr<^vingtH]uiniSe bataillons avec lui ; ceux qui ont servi au siège de Turin sont très-foibles; ceux qui sont venus de Lombardie sont en assee bon état. Nous avons dix régiments de dragons à pied; il ne nous reste de cavalerie que qua^ A cinq mille chevaux. Le roi a fait rassembler en Languedoc, en Provence et en Dauphiné mille mulets, qu'on envoie à M. le duc d'Orléans ; on lui envoie aussi de l'argent, des chevaux, des armes, des munitions, huit mille tentes, et tout cela se fait avec une très-grande diligence et sera â l'armée de M. le duc d'Orléans avant la fin du mois qui vient. — L'abbé de Chamilly, frère du maréchal, est mort. Ilavoit l'abbaye de la Couture au Mans, qui est fort belle; il avoit encore quelques autres bénéfices.
Samedi 18, à Versailles. — Le roi, après le conseil de finance , travailla encore avec M . de Chamillort ; l'aprèsdtnée il alla tirer. — On a des nouvelles s^tres que le roi de Suède est entré dans la SaXe, où il a déjà pris quelques villes. Les magistrats de Dresde sont venus pour le saluer; U leur a fait dire qu'il iroit bientôt à Dresde recevoir leurs compliments. Il leur demande quatre dioses : la liberté des princes de Pologne; beaucoup d'argent pour les frais de la guerre ; qu'ils reconnoissent le prince
212 JOURNAL DE DÀNGEAU.
électoral pour leur maître, et qu'ils renoncent à toute alliance avec le roi de Pologne, son père. La reine de Pologne a quitté la Saxe et s'est réfugiée dans les États du marquis de Bareith, son père. Tous les gens un peu considérables de Saxe se retirent dans les pays voisins. — On eut des lettres du duc de Berwick du 6 ; les armées sont toujours dans leurs mêmes camps, celle des Portugais souffre beaucoup ; on leur prend tous les jours des prisonniers ; la maladie et la désertion augmentent dans leur armée.
Dimanche 19, à Versailles. — Le roi, après le conseil , travailla avec M. de Cbamillart et il y travailla encore Faprès-dinée, etpuis il s'alla promener à Trianon. — Les ennemis en Flandre font le siège d'Ath. M. de Vendôme est avec son armée à Saint-Amand, et il y prendra les eaux pour une colique néphrétique qui le tourmente fort depuis quinze jours. — Le comte d'Urce et le marquis de Vesterlo, que nous avons vus ici tous deux, qui paroissoient fort attachés au roi d'Espagne, ont pris le parti de Tarchiduc et on les a faits conseillers du conseil souverain établi à Bruxelles. — M. le duc d'Orléans a souhaité que le roi lui envoyât M. le chevalier de Bezons, qui est plus ancien lieutenant général que ceux qui sont avec lui, et le roi le fait revenir de dessus les côtes et le va faire partir incessamment pour Tarmée de M. le duc d'Orléans. — Kercado , mestre de camp du régiment Dauphin-étranger, qui avoit été blessé au combat devant Turin, est mort de sa blessure.
Lundi 20, à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure et s'alla promener à Marly; il travailla le soir chez madame de Maintenon avec M. Pelletier. — M. Ceberet arriva, et, par les nouvelles qu'il a apportées, le combat qu'a donné M. de Médavy a été encore plus avantageux que M. de Grancey ne Tavoit dit. Les ennemis y ont eu plus de trois mille hommes tués. Nous avons plus de trois mille prisonniers en comptant les huit cents hommes qu'ils
avoient laissés dans la ville de Castiglione^ qui se sont rendus sans se défendre. M. de Médavy a fait passer le Mincio au prince de Hesse et Ta poursuivi jusqu'à l'Adige, qu'il a repassé en grande confusion, et le reste de son armée est fort dispersé. Nous avons repris Goïto. M. de Ceberet dit que les troupes de Hesse étoient fort belles, bien armées, bien habillées, les officiers fort bien faits, et nous en avons beaucoup de prisonniers. Il arriva un courrier de M. de Vaudemont, qui rassemble ses troupes; il a mandé à M. de Médavy de le venir joindre avec tout ce qu'il pourra rassembler de troupes , et il espère avoir une armée de plus de vingt mille hommes pour défendre le Tesin. La ville de Milan prétend être en droit de se pouvoir rendre sans être accusée d'infidélité dès qu'une armée a passé le Tesin , et il y en a plusieurs exemples dans l'histoire; mais le château de Milan est très-bon. Si l'on ne peut pas défendre le Tesin , on mettra les troupes dans les places les plus considérables, en attendant que Farmée de M. le duc d'Orléans soit en état de rentrer en campagne. — Drolivaux, maréchal des logis de la cavalerie de l'armée de M. le duc d'Orléans, est arrivé; il a laissé ce prince à Fenestrelles, où il étoit venu à cheval de Pignerol; ses blessures vont bien; cependant on ne sait pas encore si le petit os du bras n'est pas touché. Toute l'armée va être mise dans les vallées du Dauphiné pour subsister plus commodément. Drolivaux est parti du ik.
Mardi 21, à Versailles. — Le roi, après le conseil de finance , travailla avec M. de Chamillart. — On fait beaucoup de diligence et d'efforts pour envoyer à l'armée de M. le duc d'Orléans tout ce dont elle a besoin pour se mettre en campagne. — Le roi alla tirer Vaprès-dlnée et travailla le soir chez madame de Haintenon avec M. de Pontchartrain. — Le roi, pour marquer à H. de Médavy combien il est content de la belle action qu'il vient de faire , Ta fait chevalier de l'Ordre , et le marquis de
Grancey, son frère , maréchal de camp. Il y a beaucoup d^autres officiers de cette armée récompensés; MM. de Dillon et de Saint-Pater^ maréchaux de camp^ ont été faitUeutenants généraux; Ceberet a été fait brigadier^ et on ne doute pas que Médavy n^ soit bientôt maréchal de France. — L'affaire de l'évêché de Munster s^échauffe fort; le nouvel évèque a pris possession; Tempereur a envoyé défendre aux magistrats et aux troupes de cet évêché de le reconnoitre. Il y a quinze chanoines qui ont donné leurs voix à Tévêque d^Osnabruck et qui persistent; mais comme l'évoque de Paderborn en a eu vingt et une et que la pluralité suffit^ il $i'est mis en possession. Mercredi 22, à Marly. — Le roi travailla à Versailles avec M. de Chamillart jusqu'à quatre hem*es et puis vint ici, où il demeurera jusqu'à samedi, Il y a fort peu de monde à ce voyage, il n'y a qu'une table. Monseigneur^ moQseigneur le duc de Berry et madame la princesse de Conty sont encore à Fontainebleau. Madame la duchesse de {k)urgogne est restée à Versailles, où on a laissé toutes les dames du palais et beaucoup d'autres dames avec elle. — U arriva un courrier de M, de Vaudemont, qui vouloit envoyer ioi M. de Colmenero, mais il s'est trouvé mal; ce courrier-ci est venu en sa place. U mande que M. de Médavy étoit arrivé à Milan , que son armée n'en étoit plus qu'à ^ix lieues , que le prince Eugène marohoit à la gauche du Pô, du côté de Novare, dont on avoit renforcé la garnison, et qu'on n'oubliera rien de ce qui pourvoit empêcher les ennemis d'avancer, -t-r Le roi a donné à M. le maréchal de Choiseul le gouvernement de Valenciennes; il a rendu le gouvernement de Saint-Omer, que la roi donne à M. le marquis d'Alègre. Valenciennes vaut 10,000 éous, et Saini-Omer vaut 1^,000 livres. Le roi a donné le régiweut Royal de Hou^sUlon au second fils de M. de Saunotery, qui avoit un régiment que Ton donne à Paon, qui étoit lieutenant-colonel de Royal-Roussillon. M. de Gacé, qui étoit mestre de camp du régiment
SEPTEMBRE 1706. 31 â
de Toulouse^ a le Dauphiu*-étranger. Le régiment de la Reine, qu'avoit Jl. du Cheylar, a été donnera son frère. Les régiments du chevalier de Vérac, de Gramont et de Rennepont ont été donnés aux lieutenants-colonels de ces régiments.
Jeudi 23, à Marly. — Le roi courut le cerf dans son parc. Monseigneur le duc de Bourgogne dîna avec le roi et puis alla à Versailles voir madame la duchesse de Bourgogne; il soupa avec elle et ne revint ici qu'après le coucher du roi. — On a des nouvelles de M. de Villars du 16 ; il étoit campé à Weissembourg. Il mande que le prince de Bade étoit aux eaux assez malade, que le comte de Tunghen, qui commande en son absence , avoit passé le Rhin à Philisbourg et marchoit pour attaquer nos lignes, et qu'un corps qu'ils avoient laissé à Stolhoffen assembloit des bateaux pour tenter un passage. M. de Villars donna douze bataillons et treize escadrons au marquis d'Hau^efort, qui a pour maréchaux de camp avec loi MM, de Vieuxpont et d'Ourche, pour s'opposer au passage des troupes qui sont à Stolhoffen , et le maréchal marcha à Lauterbourg. Le comte de Broglio, qui y commande, avoit envoyé à la guerre un parti qui en battit un de^ ennemis, et on apprit par leurs prisonniers que leur armée avoit campé près de Gumersheim. Ce maréchal, arrivant de Weissembourg, prit deux ce^ts chevaux et s'avança vers Candil, où l'on a vu arriver leur armée; on leur a pris quelques prisonniers, et ils publient toujours qu'ils veulent nous attaquer. Le lieutenant-colonel de noshoussards, qu'on avoit envoyé vers Tarmée ennemie, trouva un parti aussi fort que le sien et commandé par le lieutenantrcolonel de Colonitz; ils se chargèrent trèsvivement, le parti des ennemis fut entièrement défait, la plupart ont été tués ou pris; le lieutenant-colonel qui les commandoit est du nombre des prisonniers. — MM. l'abbé de Louvois et le marquis de Sainte-Aulaire furent reçus à l'Académie françoise en la place des deux
216 JOURNAL DE DAJVGEAU.
abbés Testu. — Le bonhomme Boisfranc mourut à Paris; il étoit beau-père de M. le duc de Tresmes, à qui il avoit fait de grandes donations durant sa vie; il avoit quatrevingt-neuf ans.
Vendredi 24., à Marly. — Le roi vouloit aller tirer Taprès-dinée, mais le vilain temps l'en empêcha. Monseigneur le duc de Bourgogne , après le dîner du roi , alla à Versailles voir madame la duchesse de Bourgogne et soupa avec elle , il revint ici avant le coucher du roi. — M. de Razilly, qui étoit avec monseigneur le duc de Berry à Fontainebleau , a eu depuis quelques jours une manière d'attaque d'apoplexie qui l'a obligé d'aller à Bourbon. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui est à Saint- Amand; il a séparé presque toutes les troupes, qu'il a mises dans les places; les ennemis ont ouvert la tranchée à Ath la nuit du 20 au 21, et leur canon a commencé à tirer le 23. — On mande d'Allemagne qu'on est fort alarmé à Vienne de Feutrée du roi de Suède en Saxe, et que le prince Jacques Sobieski, que le roi Auguste retenoit toujours prisonnier, étoit mort.
Samedi 25, à Versailles. — Le roi revint ici de Marly à cinq heures; Monseigneur, monseigneur le duc de Berry et madame la princesse de Conty étoient déjà arrivés de Fontainebleau. — Par l'ordinaire d'Espagne on eut des lettres du lip. Les Portugais décampèrent de Chinchon la nuit du 8 au 9; ils passèrent le Tage à ViUa- Manrique et à Fuentiduena, et marchèrent fort diligemment jusqu'à Velès, où ils arrivèrent le il, et ils en repartirent le 12 pour aller camper à deux lieues de là sur le grand chemin de Valence. On les suit le plus vite qu'on peut , mais le manque de pain retarde quelquefois notre marche ; on croit qu'ils passeront incessamment la Xucar, qui est la rivière qui passe à Cuença, et peut-être pourrat-on attaquer leur arrière-garde au passage de cette rivière. — L'abbé de Polignac, qui avoit des prétentions très-justes sur la ville de Dantzick pour des dédommage-
SKPTKMBRK 1706. 217
ments de son équipage, qui y avoit été pillé pendant qu'il étoit ambassadeur en Pologne, a obtenu une grâce du roi considérable. S. M. lui fait donner, par des gens d'affaires qui entrent dans un nouveau traité, 50,000 écus, dont une partie sera payée présentement, et le reste par égales portions dont le dernier terme échoira à la iin de l'année qui vient; moyennant quoi l'abbé de Polignac cède à ces gens-là toutes ses prétentions sur le dédommagement que lui doit la ville de Dantzick.
Dimanche 26, à Versailles. — Le roi , après le conseil, demeura encore à travailler avec M. de Chamillart jusqu'à une heure. L'après-dlnée l'électeur de Cologne vint dans le cabinet du roi par les derrières de son petit appartement. Il attendit l'heure de son audience chez M. le comte de Toulouse; il souhaita qu'il n'y eût point d'introducteur d'ambassadeurs. M. de Torcy, chez qui il avoit dîné , étoit avec lui ; il a pris le nom de marquis de Franchimont, voulant être tout à fait incognito. Il n'avoit que trois ou quatre des gens qui sont attachés à lui qui le suivissent et qui entrèrent dans le cabinet du roi avec lui. Monseigneur, messeigneursles ducs de Bourgogne et de Berry étoient avec le roi , et tous les courtisans qui ont les entrées étoient dans le cabinet. L'électeur parla d'abord au roi, qui fut toujours debout et découvert. Il dit à l'électeur qu'il étoit bien fâché de songer qu'il étoit hors de ses États et que son attachement pour lui en fût cause; l'électeur répondit que le plaisir d'avoir été attaché au plus grand roi du monde le consoloit de tous ses malheurs. La conversation fut fort tendre et fort gracieuse. Le roi dit à l'électeur, en lui nommant Monseigneur et messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry : « Vous ne devez pas, Monsieur, vous regarder ici comme un étranger, vous voilà au milieu de votre famille ; voilà votre beau-frère , voilà vos neveux, et moi, qui suis votre proche parent. » Le roi , ensuite , le mena chez madame la duchesse de Bourgogne ; Monseigneur
et messeigneurs ses enfants marchoient devant le roi. Madame la duchesse de Bourgogne le reçut debout; il ne la baisa point, parce que , quand le roi est présent^ personne ne la salue. Ce prince n^est ni beau pi bien fait, mais il a l'air fort noble , et on fut très-oontent de tout ce qu'il dit et chez le roi et chez madame la duchesse de Bourgogne. Il resortit de chez madame la duchesse de Bourgogne avec le roi, et puis alla chez Madame, qui s'avança dans sa chambre au-devant de lui et le baisa : ils s'entretinrent fort longtemps en allemand. U passa ensuite chez madame la duchesse d'Orléans, qui étoit dans son lit et qu'il baisa. Après ses visites il alla faire un petit tour dans le jardin , repassa chez M. de Torcy et remonta là en carrosse pour retourner à Paris, Après avoir donné l'audience à l'électeur, le roi alla se promener à Trianon, et au retour travailla avec M. deChamillartcbez madame de Main tenon. Mademoiselle d'ISnghien a été à Textrémité de la petite vérole, mais on la croit hors de danger. — M. de Montmorency, qui étoit capitaine dans les carabiniers , a eu le régiment de cavalerie qu'avoit le chevalier de Vérac, qui a été tué à la bataille qu'a gagnée Médavy.
Lundi 27, à Versailles. — Le roi travailla Faprès-dlnée avec M. Pelletier et puis alla tirer. Le roi , la reine et la princesse d'Angleterre vinrent ici; ils allèrent d'abord chez Madame et chez madame la duchesse d'Orléans, et puis chez madame de Maintenons où ils virent le roi, et pendant que la reine fut avec lui madame la duchés^ de Bourgogne fit jouer le roi d'Angleterre et la princesse sa sœur. Ils retournèrent à Saint-Germain sur les huit heures. — Par les nouvelles qu'on a de M. le duc d'Ojpiléans du 18, on a sujet d'être inquiet sur sa blessure; ell^ est plus grande qu^on ne le croyoit d'abord. L'os est touché, il a de la fièvre; son bras s' étoit fort enflé, les douleurs augmentoient, et son insomnie a obligé les mé* decins à lui donner de l'opium. — Le prince Eugène
s'est rendu maître de Chivas en très-peu de jours; nous avions dedans trois bataillons qui se sont rendus prisonmen de guerre^ et les troupes de M. de Savoie se sont saines de la ville de Casai par la trahison de Pauldiao^ qui Gonamandoit nw houssards. Marquessao s'est retiré dans le oh&tdau^ où il ne pourra pas faire une longue défense. Mtardi 28, à VermilUê. -^ Le roi , après le conseil de finsuice^ travailla encore avee H. de Chamillart, et Taprèsdlrà^ avec H. de Pontchartrain jusqu'à cinq heures. Il alla, ensuite chez madame de Maintenon , qui est un peu iaoommodée. Il avoit eu envie de se promener dans les jax^dins, mais la pluie Ten empêcha. — Les ennemis qui fon.-! le siège d'Ath, en Flandre^ avoient attaqué deux foi s la oontresoarpe , dont ils avoient été repoussés avec gr^CLQd^ pertOi qiais à la troisième fois ils Font emportée apz:»è9 ua assev long combat; ils s'y sont établis, et quand le^ifs bf^tteries y seront placées on ne compte pas que la pUaM» pvisfie durer longtemps. *— Les ennemis en Alsace distant toujours qu'ils veulent attaquer nos lignes , ils en •*^*^t à deux lieues^ campés le long du Rhin^ qu'ils ont à iô V1.P cul, avec un pont qu'ils ont fait, et tirent leurs four- '^^Ses de l'autre côté par leur pont. .— La fille du maré- ®t^«d de Tessé qui n'étoit point mariée et qui étoit l'ainée "^ madame de Haulevrier est morte à Paris.
-^ercredi 20, à Yenailles. — ^ Le roi , après le conseil
^ ^^2tat, qui fut fort court, travailla avec M. de Chamillart
J'^^squ'à une heure ; l'après-dlnée il alla tirer, et la pluie
*^ fit revenir de fort bonne heure. Le soir il travailla
*^^«c M. de Chamillart chez madame de Maintenon. —
"-•^^ eut des nouvelles de M. le duc d'Orléans du 2* : sa
*^^388ure va considérablement mieux ; on le croit hors de
'^^ger, mais il avoit été si mal quelques jours aupara-
^^^t qu'on lui auroit coupé le bras si on Favoit cru en
^^^l de soutenir l'opération; la gangrène étoit à sa plaie.
^ tpi]jours à Oulx ; Tair y est fort mauvais , mais on
le sauroit encore transporter de plus de huit jours. —
Monseigneur donna à dîner à l'électeur de Cologne à Heudon. Il y avoit deux tables , monseigneur le duc de Berry tenoit la seconde , monseigneur le duc de Bourgogne étoit à la table de Monseigneur, et il n'y avoit qu'un fauteuil pour Monseigneur. Madame la princesse de Conty et plusieurs dames étoient du dîner; l'électeur et le prince de Conty étoient assis| vis-à-vis de Monseigneur au milieu des dames. L'après-dlnée Monseigneur mena l'électeur dans les jardins (1). Au retour de la promenade il y eut musique ; tout cela se passa fort gaiement et d'une manière très-aisée. L'électeur avoit amené trois ou quatre de ses courtisans, qui eurent l'honneur de manger ou avec Monseigneur ou avec monseigneur le duc de Berry. L'électeur n'est ni embarrassé ni embarrassant, et on lui trouve beaucoup d'esprit. — La.Vaupalière, qui avoit un régiment en Italie, est mort à Rouen, où il étoit malade depuis longtemps. — M., le comte de Toulouse a donné son régiment de cavalerie au comte d'Agénois , fils du marquis de Richelieu ; il avoit une compagnie dans ce régiment et avoit été fort blessé à la bataille de Ramillies.
Jeudi 30, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dinée dans son grand parc et mena Monseigneur avec lui pour lui faire voir la quantité de gibier qu'il y a. — Il arriva un courrier du duc de Berwick; voici copie de sa lettre :
Du camp de Picazo da ao septembre.
Les ennemis décampèrent le 9 de Chinchon et passèrent le même jour le Tage ; notre armée décampa pareillement de Cien-Poçuelos, et nous avons, de part et d'autre, marché continuellement depuis ce temps-là sans qu'il
(1) « Monseigneur le fit entrer dans sa calèche pour voir les jardins , et il les trouva si beaux, aussi bien que les appartements, qu'il dit qu'un prince privé de ses États trouveroit une espèce de consolation à être simplement concierge d'une si charmante et si belle maison. » ( Mercure d'octobre , page 360. )
nous ait été possible de joindre les ennemis. Ils passèrent il y a trois jours la Xucar, etpontinuent leur marche vers Reguena par le grand chemin de Valence. Notre cavalerie s'est avancée ici deux lieues au-dessous d'Âlareon^ et rinfanterie suit; mais il nous faudra faire quelques jours de halte pour arranger notre subsistance.
Le roi d'Espagne est retourné à Madrid après avoir chassé les Portugais hors de la Castille, et il a mandé à la reine d'y revenir aussi.
Il arriva un courrier de M. de la Feuillade, qui a pris le parti de s'embarquer en ïh'ovence pour aller en Lombardie servir sôus les ordres de M. de Vaudemont et ceux de H. de Hédavy ; il en a obtenu la permission de M. le duc d'Orléans. Il a écrit au roi par ce courrier-ci, le suppliant d'approuver la résolution qu'il avoit prise ; il écrit à M. de Chamillart, son beau-père, qui n'avoit rien su de son dessein, dont l'exécution sera pénible et dangereuse. Il débarquera à Gènes ou auprès mais il aura bien de la peine ensuite à passer les montagnes pour gagner le Milanois. Je crois que le plus sûr chemin qu'il pût prendre seroit d'aller à Plaisance. Il arriva un courrier de M. de Vaudemont, qui parolt content de la fidélité et de l'affection des peuples du Milanois; il est allé joindre les troupes de M. de Médavy à Pizzighittone, et a mis dans le château de Milan M. de Saint-Pater avec trois bataillons françoisl II espère qu'il n'y aura point de révolution en ce pays-là si l'on a quelque espérance que Tarmée de M. le duc d'Orléans y puisse rentrer.
Vendredi 1" octobre, à Versailles. — Le roi travailla tout le matin avec le P. de la Chaise, comme il fait tous les vendredis ; il dîna de l)onne heure et alla courre le cerfdansle pai*c de Marly. — Saint-Léger, premier valet de chambre de M. le duc d'Orléans, arriva; il étoit parti du 27 d'Oulx, où ce prince étoit encore ; ses blessures vont parfaitement bien, et on espéroit le pouvoir transporter à Grenoble les premiers jours de ce mois. — J'ap-
333 JOURIf AL DR DANGfiAU.
pris qtte Desclos ^ mestre de camp et brigadier de oava* lerie^ avoit été tué à Taffai^e dt Turin. ^^ On prend le parti de faire demeurer à Bayonne la reine douarièré d'Espagne^ à qui on rend toutes sortes d'honneur ; le dnd de Gramont lui a cédé sa maison et est allé loger aiUeun^ ; il y a dans cette ville beaucoup de prisonniers d'État espagnols. -^ Par les dernières nouvelles qu'oA a d'Âth , la place se défend fort bien ; on ne croit pourtant pas qu'elle puisse durer longtemps. — La flotte ennemie a voulu deux fois se remettre à la mer^ mais les vents oonteaires Font fait rentrer dans leurs ports.
Samedi ^, à Versailles. «^ Le roi alla tirer dans son petit parc et est bien charmé du bon ordre que Blouin apporte et pour l'abondance du gibier et pour la pro* prêté et même pour ménager la dépense , car il en coûte moins au roi qu'il ne lui en coûtoit autrefois. -^ On mande d'Allemagne que la ville de Leipsiok s'est rendue au roi de Suède s^s se faire attaquer ; les magistrats lui ont demandé pour toute grâce que la foire s'y pût tenir comme àl'ordinaire, ce qu'il leur a accordé, et leur a promis sa protection et toutes sortes de sûretés pour les marchands qui y voudront venir. — On mande de Flandre que les ennemis n'ont point encore pris la contres-^ carpe d' Ath, comme on nous l'avoit mandé il y a quelques jours; ils en ont été repoussés la troisième fois comme les deux premières. — Nancré a pris congé du roi pour retourner auprès de M. le duc d'Orléans. S. M. continue à vouloir que ce prince rentre avec son armée dans le Milanois le plus tôt qu'il se pourra, et on fait venir quelques bataillons qui étoient dans le Languedoc pour la grossif».
Dimanche 3, à Versailles. — Le roi travaille presque toujours à cette heure avec M. de Chamillart à la sortie du conseil; cela n'empêche pas qu'il n'y travaille encoi^ l'après-dinéechez lui ou le soir chez madame de M^dute-** non. — Les Anglois et les Hollandois menacent présentement le roi de Suède d'envoyer dans la mt^ Baltique
ieur flotte, qui est' encore à Torhaye; ils ont renvoyé à
Loadres les régiments de religionnaires qu'ils y avoient
etnliarqués. -^ On mande d'Espagne que les ennemis ont
pris enfin le château d'Alicante; Malioni, qui y comman-
doity a eu une bonne capitulation. On mande en même
terEmps que les évèques de Murcie et d'Orihuela rassié-
gei^t la ville, et que les peuples de Valence ont témoigné
ôti^ebien mécontents de Tarchiduc^de ce qu'il retournoit
d&i:» leur pays. Les prisonniers d'État espagnols, qui
éioieût en grand nombre à Pampelune, ont été tous ju*-
gés j il n'y en a eu qu'un qu'on ait fait pendre, les autres
soKMi condamnés à des prisons perpétuelles ou à d'autres
psînes. Le comte de Lemos, grand d'Espagne , est con-
dGi-nné à une prison perpétuelle et ses biens confisqués .
JLmdikfà VermilleM. — Le roitint conseil de dépêches, et après le conseil il envoya quérir M. de Ghamillart, qui û^'ar avoit point été. L'après-dlnée le roi alla se promener *- Ik^arly, et à son retour il travailla avec M. Pelletier chez D*.«iiUime de Maintenon. Monseigneur le duc de Berry est "^^:*1 incommodé depuis quelques jours d'une grande fi*-^3rion àla joue> qui lui est venue pour avoir trop tiré. — ^*ifc- nommé Rodes, quia déjà été employé dans plusieurs ■SCÎBires, qui a beaucoup d'esprit à ce qu'on dit, prétend î^^^^il y a des mines auprès de Barèges dont on peut tirer argentlnfini. Il s'offre d'y faire travailler à ses dé- ; il a deux Indiens avec lui fort accoutumés à travi^-iller aux mines. Il a entretenu M. Desmare tz et M. de ^^^-gunillart et il va partir pour cela. — L'électeur de Go- ^^^fne vint ici à la messe du roi; ensuite S. M. lui donna . ^^■^^ audience particulière dans son cabinet avant le con- ^il, après quoi cet électeur alla faire un tour dans les î^-CK^dius. Il dîna chez M. de Torcy, et après le diner il ^^*^t chez madame la duchesse de Bourgogne, qui étoit *^*^ lit. Monseigneur le duc de Bourgogne étoit dans la ©«ambre; ils demeurèrent toujours debout, la conversa- ^^-on fut fort vive, fort gaie et la visite fort courte.
224 JOURNAL DE DANGKAU.
Mardi 5^ à Versailles. — Le roi, après le conseil de finance , ti*availla avec M. de Chamillart jusqu^à une heure et Faprès-dlnée avec M. de Pontchartrain jusqa'i cinq ; après quoi y S. H. entra chez madame de Maintenon . Il se troava un peu mal; il en sortit à neuf heures et se coucha sans souper. M. de Pontchartrain lui vint dire^ chez madame de Maintenon , qu'il avoit reçu plusieurs lettres de nos côtes qui portoient toutes que la tempête avoit fait périr beaucoup de vaisseaux ennemis; on en a vu beaucoup de débris aux côtes de Normandie. — Roquefeuille , un de nos capitaines de vaisseau, a amené à Dunkerque un vaisseau hollandois de soixante pièces de canon et si richement chargé qu'on estime cette prise plus de 500,000 écus. — M. le duc d'Orléans ne va plus à Grenoble, comme il l'avoit dit il y a quelques jours; il se fait porter à Ambrun, où il sera plus près des lieux où son armée doit passer pour retourner en Italie; sa blessure va toujours de mieux en mieux.
Mercredi 6, à Versailles. — Le roi passa fort bien la nuit et dormit comme à son ordinaire ; il entendit la messe dans son lit et prit ensuite médecine. Il tint conseil Taprès-dlnée, travailla le soir avec M. de Chamillart, soupa à son heure ordinaire, mais dans sa chambre, à son petit couvert, et se porta très-bien toute la journée. Monseigneur le duc de Berry est toujours fort incomiîiodé de sa fluxion et fut saigné. — On apprit que Ath s'étoit rendu le 3; il y avoit de grandes brèches à la place; cinq bataillons que nous y avions sont prisonniers de guerre. Le vilain temps qui a commencé en Flandre depuis quelques jours fait espérer que les ennemis ne pourront pas faire d'autre entreprise, et s'ils en font, on prétend que le roi a permis à M. de Vendôme de les attaquer; son armée est en très-bon état, et il se porte bien présentement. — On mande d'Allemagne qu'on a fait une nouvelle élection à Munster et que le parti de M. d'Osnabruck y a été le pins fort, et cpie ce prince a été élu.
Jeudi 7, à Vermilles. — Le roi , après sa messe^ donna audience à Télecteur de Cologne^ qui avoit entendu la messe du roi ; il se connolt fort en musique et admira celle de la chapelle. S. H. dina de bonne heure et puis alla se promener à Marly. L^ électeur de Cologne^ en sortant de chez le roi^ alla se promener dans les jardins^ vit le cabinet des médailles et alla diner chez H. de Beauvilliers. — M. le duc d^Orléans avoit envoyé un courrier à M. de la Feuillade en Provence pour l'empêcher de s'embarquer^ lui mandant qu'il avoit ordre de repasser incessamment en Italie y et qu'ainsi il valoit mieux qu'il passât avec lui que d'y aller seul^ comme il Tavoit résolu. Ce courrier a trouvé heureusement que M. de la Feuillade n'étoit point encore embarqué ; il revient à l'armée de M. le duc d'Orléans, et on a reçu de ses nouvelles de Briançon. — On a des lettres de M. de Villars du 1"; ce maréchal est toujours dans son camp, et les ennemis sont encore à Hagenbach; on dit dans leur armée que le prince de Bade se porte mieux et est hors de danger. — L'électeur de Cologne alla l'après-dlnèe en gondole à Trianon et à la Ménagerie.
Vendredi 8, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec le P. delà Chaise et alla tirer l'après-dinée. Monseigneur le duc de Berry est toujours fort incommodé, de sa fluxion au visage. — On parle en Hollande de négociations de paix ; on en parle aussi à Paris, mais on n'en dit pas un mot ici . — Le chevalier de Bezons n'a pas encore joint M. le duc d'Orléans, il est tombé malade à Grenoble. Saint-Frémont, qui est fort incommodé, est allé prendre les eaux de Dax, et Albergotti a permission de venir ici pour quelques jours ; ainsi Montgon se trouvera plus ancien lieutenant général de cette armée. — Le roi a fait un présent de son portrait enrichi de diamants à l'ambassadrice de Moscovie en Hollande, qui étoit ici avec son mari depuis quelques mois, sans caractère; elle est fort jolie, a beaucoup d'esprit, et son mari T. XI. ir>
326 JOIIRIIAL 1>K DANGEAU.
paroii un hooime très-43apable et tPès-bien iûfttniit.
Samedi 9 , à Verêailles. — Le roi, après le conseil de finance^ travailla avec M. àe Chamillart jusqu'à une heure; raprès-dinée il alla se promener dans les jardins et puis à Trianon. -««' On eut des lettres d'Espagne par Fordinaire. S. M. C. étoit epcore à Aranjuez ; elle attend pour retourner à Madrid que les changements qu^elle a ordonnés pour les conseils soient entièrement exéeutés ; on en 6te beaucoup de gens qui n^avoieni pas témoigné assez (ie fidélité. L'armée ennemie est rentrée dans le royaume de Valence ; le duc de Berwiok les suit toujoium' et il a détaché H. de Legall avec deux mille chevaux^ qui les suit encore de pluis près ; il leur a tué trois ou quatre cents hommes et leur a fQ.it beaucoup de prisonniers outre un grand nombre de déserteurs^ qu'il a envoyés au duo de Berwick. H se répand un bruit en Espagne que Vbé» chiduc est fort malade^ mais cela mérite confirmation. La reipe ne i^evi^ndra à Madrid que quand le roi y sera arrivé.
JHmanchs 10^ à Versailles. -^fjQ rm^ après le conseil^ travailla avec M. de Chamillart; Taprès-dlnée il alla tirer, et le soir, chez madame de Maintenon, il travailla encore avec M. de Chamillart. ->-<- Le mea^uis de Yibraye est entré av^c quelques bataillons dansle vald'Âoste; maiscomnifi c'est un pays où ses troupes ne pourroient subsister et qu'en entrant dans la cité d- Aoste il a appris que le chà/* teau de Bar s' étoit rendu faute d'eau et que ce chàl^li ferme toute la communication avec Ivrée-et qu'ainsi no$ troupes ne pouvoient rentrer par là dans le Milanois^ VIbraye sera, je crois, obligé de repasser le mont Saint- Bernard, tirera ce qu'il pourra de contributions du pay$ qu'il abandonne et reviendra en Savoie. Il arriva à onze heures et demie du soir un courrier de M. de Vandemont, qui dit que le bruit est répandu que M; le duc de Savoie est considérablement malade à Vigevano. Le prince Eur gène est entré le 25 dans la ville de Milan; il y a une
bonne garnison dans le château et ce quMl laut pour se Mcn défendre. — Monseigneur^ après le copseil , alla à Mttudon^ où il demeurera jusqu'à vendredi.
Lundi 11, à Venailles. — Le roi dîna avcgit midi et alla courre le cerf dans le parc de Marly. Monseigneur le duc de Berry souffre beaucoup de sa fluxion^ qui augmente considérablement ; il s'y forme un abcàs quHl faudra ouvrir; cela le défigure tellement qu'on ne yeut plus que madame la duchesse de Bourgogne le voie; elle alloit chez lui toutes les après-dinées depuis qu'il est malade. T-! Par le courrier 4^ M. de Vaudemont qui arriva hier au soir on a vécu une lettre de M. d'Andresel, in-^ tendafit de Tarmée de Lombardie , qu^ mande que M. le duc de Savoie est tombé malade à Vigevano d'une fièvre oontinvie et que l'on croit maligne. Les iDagages de l'armé^ de M. le duc d'Opléans qu^on a voit crus perdus après l'affaire de Turin sont arrivés à A^exandpie sans avoir trouvé personqe en leur chemin qui les inquiétât. De toutes les places du Milanois, les ennemis n'ont pris que Novare ; ils ont fait sommer le château de Milan , et le marquis de la Floride^ qui en ^st gouverneur^ a répondu qu'il avoit prêté serment à Philippe V et qu'il ne reoon- Qoltroit point d'autre roi. Il arriva un courrier de M. de Ibnaco, qui mande que le bruit court en ce pays-là que M. de Savoie est dangereusement malade à Yigevano. Le chevalier de Beionq s^ joint M. le duc d'Orléans. Saintr Frémont et Albergqtti , qui avoient peraiissiond e yenir^ demeurent dans Parmée , et on compte qu'au plus tard le 25 de ce mois elle se remettra dans la plaine de Piémont.
Mardi 12 , à Versailles. — Le roi, après le conseil de finance, travailla avec M. de Chamillart jusqu'à une heure; Paprès-dlnée il alla tirer, et au retouf il travailla avec M. de Pontchartrain chez madame de Maintenon. Maréchal, trouvant la joue de monseigneur le duc
de Berry en état d'être ouverte, lui fit une fort grande
ir,.
incision en dehors^ d'où il sortit beaucoup de matières^ et le soir ce prince se trouva fort soulagé. — M. de Colmenero, gouverneur d'Alexandrie, a mandé à M. le duc d'Orléans que M. de Savoie étoit malade; mais, par sa lettre, il ne parolt pas que sa maladie soit si dangereuse qu'on Tavoit mandé d'abord. — Les ennemis en Flandre séparent leur armée, et on travaille ici aux quartiers d'hiver pour la nôtre; on ne mettra point de troupes dans le plat pays. — Nos troupes en Espagne sont entrées dans le royaume de Valence poursuivant toujours les ennemis ; on a encore battu quelques troupes de leur arrière-garde auprès de Cuença; on leur a pris quatre cents hommes , et nous étions campés à Taracona, à la fin du mois passé, près du Xucar.
Mercredi 13, à Versailles. — Le roi ne s'est jamais mieux porté; la petite incommodité qu'il avoit eue il y a quelques jours n'a pas eu la moindre suite. Il donna audience à l'électeur de Cologne avant que d'entrer au conseil; il alla tirer l'après-dlnée, et le soir travailla avec M. de Chamillart chez madame de Maintenon. Monseigneur vint ici de Meudon pour le conseil et puis s'y en retourna dîner. Monseigneur le duc de Berry passa trèsbien la nuit; il ne souffre quasi plus. Maréchal lui a fait l'incision fort près de l'oreille, afin que la cicatrice n'en parût pas tant au visage. — Il arriva un officier de la garnison de Casai , que Marquessac, qui commande dans cette place, a envoyé au roi. Tout ce qu'on avoit dit de la prise de cette ville est entièrement faux; les ennemis avoient fait courre ce bruit, et l'on étoit si persuadé ici que cela étoit vrai que personne n'en doutoit. Marquessac ajoute dans sa lettre qu'il a une très-bonne garnison, et il a composé deux bons [bataillons d'officiers et de soldats qu'on y avoit envoyés malades ou blessés et qui sont guéris présentement. — L'électeur de Cologne dîna chez le maréchal de Boufflers ; il alla ensuite chez madame la duchesse de Bourgogne, où il eut une grande
conférence avec monseigneur le duc de Bourgogne; il alla ensuite voir monseigneur le duc de Berry.
Jeudi 14, à Versailles. — Le roidina de bonne heure et alla courre le cerl* dans le parc de Marly; après la chasse il s'alla déshabiller au château et puis se promena dans les jardins ; il ne revint ici qu'à la nuit. En montant en carrosse à Marly pour revenir, il dit qu'il n'iroit point y coucher qu'après la Toussaint. Il compte d'y faire la Saint-Hubert. — 11 arriva un courrier de M. le duc d'Orléans parti du dimanche 10 au matin; ce prince est beaucoup mieux de ses blessures. Il écrit comme un homme qui se croit entièrement guéri ; il mande qu'il est en état de monter à cheval. Par la revue qu'on a faite de son infanterie , on trouve qu'il y a encore vingt mille soldats, dont on fera quarante bataillons ; il leur revient beaucoup d'officiers. H. le duc d'Orléans est à Briançon. Us ont eu des nouvelles de la santé de M. de Savoie, qui n'a point été si malade qu'on l'avoit dit ; sa fièvre étoit intermittente, et le quinquina la lui a ôtée. M. le duc d'Orléans compte toujours de repasser avant la tin du mois en Piémont.
Vendredi 15, à Versailles, — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise, commeil fait tous les vendredis; il alla tirer l'après-dlnée. Monseigneur, qui devoit revenir de Meudon, a remis son retour à demain. Monseigneur le duc de Berry est considérablement mieux; madame la duchesse de Bourgogne va presque toutes les après-dlnées jouer chez lui pour l'amuser. — Mademoiselle de Sery , qui a été fille d'honneur de Madame et que M. le duc d'Orléans honore de ses bonnes grâces depuis longtemps, a feint un voyage en Normandie et est partie avec madame de Nancré ; on les a trouvées en deux chaises de poste sur le chemin de Lyon. On ne doute pas que leur dessein ne soit d'aller trouver M. le duc d'Orléans. On croit que ce prince ne sait rien de leur voyage. — Le prince Eugène s'est rendu maître de Pavie par intelli-
230 JOURMAL DB DAMOËAU.
^ence avec léB bourgeois; il avoit une très^foible garnison dans cette place^ qui est très-grande^ mal fortifiée et dont les fortifibatioUs même sont eH très-g^and désordre. Skmedi 16 ^ » Ver^nilles. -^ Le roi tiht conseil de finanoB à son ordinaire^ et trouva bon que M. de ChamiLlart n'y vint point; il étoit demeuré à l'Étang^ où il travailloit avec beaucoup de gens dWfaireB. Monseigneur r<Bviat de Meudon > où il avoit mené beaucoup de courtisatis ce Voyagiô-ci. — On apprit par ToÉ^dinaii-e d'Bspagne que le roi étoit rentré à Madrid > du k, avec de grandes acclamations du peuple ; Ce courrier en est parti le 6^ et dil a eu pat^ lui dès letti^ dU due de Bei^wick^ dont voici copie :
Au camp d'IniesUf ce 4 octobre.
M. de Hessy fut détaché le 30 de l'autre mois avec vingirciûkj compa^ies de greiladierd^ deilx régiments de dragons, deux oents chévtilux et deux pièces de canon pour aller assiéger Guença ; il doit être joint de plus par sept bâtàilloils fbatiçois et un régiment de cavalerie espagnol-. Il n'y avoit dans la place^f^au commencement, que mille hommes, mais les ennemis y ont encore fait entret trois bataillons ei un régiment de cavltlerie. Notre armée est eaxapée ici afin de ))i:irrer aux ennetnis le secours de Guenca.
Dimanche 17> à Versailltê, — Le roi donna Tappartement db duc de Gramonti four deux jours, à Félefeteur de Golo^ne> qui ne va plus à Rome; il retourne à Lille et coucherb, ici aujouihi'hui et demain. L'après^inée le roi alla tirer et le soir il travailla chez mi^danië de Maintenon avec M. de Ghamillart. — On a envoyé les quartiers d'hiver pour les troupes de FlaiMire , mais notre armée ne se séparera que quand celle des ennemis se sera séparée; toutes les lettres de ee pays-là disent que leur dernier caûp sera celui de Gambrofl ^ où Us étoient encore le 15. — Le roi a donné à M. d'Avaux Tappartemeni; qii'avoit ici le maréchal de Marsin et dont il n'a jamais
jouiî on prétend que M. d'Avaux s'est mêlé depuis deux mois de quelques négociations secrètes. — L'électeur de Colc^ne se promena Taprès-dinée à Trianon; il avoit dîné à Paris et soupa ici le soir chez M. de Torcy> et après le souper du roi ce ministre le mena par le petit degré dans le cabinet du roi , où étoit toute la famille royale , honneur dont il fut fort touché et que le roi n'avoit jar mais fait à personne. Le roi lui dit : « Je veux que vous me voyiez dans le particulier, dans ma famille, où vous n'êtes point étranger, et nous y sommes tous très-contents de vous y voir. » L'électeur avoit à son cou un ruban rouge où pendoit une croix de diamants magnifiques que M. de Torcy lui avoit donnée de la part du roi avant souper* L'après-dlnée, à cinq heures, se firent dans la chambre du Ut de madame la duchesse de Bourgogne les fiançailles de mademoiselle Quentin ; c'est un privilège de la première femme de chambre de fiancer leurs filles dans la chambre du lit de leurs maîtresses, et les autres femmes de chambre sont fiancées chez la dame d'honneur.
Lundi 18, à Versailles. — Le roi, après la messe, donna une audience particulière à M. l'électeur de Cologne. S. M. dîna de bonne heure et alla courre le cerf dans le parc de Marly. Le roi ordonna une calèche à quatre personnes pour l'électeur, lui voulant donner'le plaisir de la chasse ; M. de Torcy, M. le Premier et un des officiers de M. l'électeur étoient avec lui dans cette calèche. Après la chasse l'électeur suivit le roi à Marly et prit là congé de lui pour retourner en Flandre. L'électeur revint de Marly ici, alla prendre congé de Monseigneur chez madame la princesse de Conty, et puis de madame la duchesse de Bourgogne, qui le reçut au lit et où étoit monseigneur le duc de Bourgogne. 11 soupa chez le maréchal de Noailles et coucha ici. — Il arriva le matin un courrier du duc de Noailles, qui mande que Magorque s'étoit rmidue à l'archiduc ; le vice-roi et la noblesse n'ont pu
empêcher le peuple de se soulever. Les vaisseaux ennemis qui étoient devant File ont débarqué environ mille hommes^ à qui les bourgeois de Majorque ont livré leurs portes ; ils ont vu quelques bombes en Tair, qui même ont tombé dans la mer, et qui ont suffi pour les épouvanter.
Mardi 19, à Versailles. — Le roi, après le conseil de finance, travailla avec M. de Chamillart jusqu'à une heure; l'aprês-dlnée il ne sortit point et travailla avec M. de Pontcharti*ain jusqu'à six heures. — On mande de Flandre que l'électeur de Bavière et M. de Vendôme vont à Mons ; Tarmée ennemie doit avoir marché à Soignies et puis à Hall, où elle se séparera. — Le prince Eugène assiège Pizzighittone; M. de Savoie, qui est guéri de sa fièvre, doit venir à ce siège. Les troupes du prince de Hesse, qu'il a rassemblées sur l'Adige , ont passé le Pô pour se joindre à quelques troupes que le prince Eugène avoit laissées de ce côté-là quand il marcha à Turin, et on dit qu'ils vont faire le siège de Guastalla. — Le roi, depuis quelques jours, a fait brigadiers de cavalerie le comte de Melun et du Troncq, qui se sont distingués en Italie. — Le duc de Saint-Pierre, avant le dernier voyage qu'il a fait en Espagne , avoit fait quelques difficultés de donner de l'Altesse aux princes du sang, craignant que quelques grands d'Espagne ne le blâmassent; mais à son retour de Madrid , étant mieux instruit , la difficulté a cessé. La duchesse sa femme a vu les princesses du sang, chez qui elle n'alloit point auparavant ; elle leur a donné de l'Altesse, et les princesses lui ont donné de l'Excellence, comme elles en donnent aux femmes des grands, et l'ont traitée du reste comme elles traitent les duchesses, qui est de leur donner un fauteuil.
Mercredi 20, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, comme il fait tous les mercredis, et il n'en sortit qu'à une heure ; Taprès-dlnée il alla tirer et le soir il travailla avec M. de Chamillart chez madame de Maintenon. — Les lettres du duc de Berwick du 10 sont que, l'armée
ennemie s'étant retirée vers la ville de Valence, nous passions le Xucar pour prendre la route de Villena et que M. de JeoJEfreville avoit pris les devants avec dix bataillons et dix-huit escadrons. Le corps de troupes ennemies qui avoit pris Àlicante s'avança le 2 de ce mois auprès de Murcieavecdu canon et des mortiers; mais M. de Medinilla, maréchal de camp espagnol ^ qui avoit été détaché par le duc de Berwick avec neuf escadrons et quatre bataillons, ayant marché à eux , ils se retirèrent la nuit avec grande précipitatioli pour marcher à Âhcante. — Nous eûmes nouvelle que Tabbesse et la princesse de Thorn , sœur de madame de Dangeau , étoit morte à Aix-la-Chapelle. — M. de Vendôme qui est à Mons, sitôt que l'armée ennemie sera séparée , ira faire un tour pour visiter les places de la mer et puis reviendra ici.
Jeiuii 21, à Versailles. — Le roi dina à onze heures et puis alla se promener à Marly, où il fait beaucoup planter. Monseigneur s'amuse tous les soirs, chez madame la princesse de Conty, à jouer au billard à la guerre avec monseigneur le duc de Bourgogne, beaucoup de courti- "sans et quelques dames qui sont du jeu. Madame la princesse de Conty est des joueuses. Monseigneur, depuis quelques mois, a renoncé presque à tous les autres jeux. — L'abbé de Polignae eut ces jours passés une audience du roi très-favorable, et le roi lui dit : a Oublions tout le passé; je suis très-aise que vous soyez content de moi et je suis persuadé qu'un homme de votre esprit et de votre méiîte me servira dignement. Je connois tous vos talents. » Cet abbé partira pour Bome la semaine qui vient. — La blessure de M. le duc d'Orléans va toujours fort bien ; il a recommencé à monter à cheval et doit assembler son armée le 4 à Suze. Mademoiselle de Sery a passé à Lyon ; on croit qu'elle a fait ce voyage-là sans la participation de M. le duc d'Orléans, qui ne la verra point, et on prétend même qu'il lui a envoyé ordre à Lyon de retourner à Paris.
234 JOURNAL DU DAUGEAU.
Vendredi 22, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec le P. dte la Chaise; il dîna à onze heures et alla faire
planter à Mari y. — Il arriva un courrier du duc de Betwick ; voici copite de sa lettre :
Du caiDpd'Almanzar, ce 12.
Nos grenadiers s'étaat saisis d'une hauteur auprès de Guença par laquelle nôn-seulement l'on ôtoitÀux ennemis la columunication avec T Aragon y mais par où on pou voit avec plus de faJbllité attaquer la plabe > la garnison demanda à capituler. M. de Hessy. ne leur voulut jamais accorder d'autre condition que celle de prisonniers de guerre. Comme le commandant et plUsieuri autres officiers étoient déserteurs des troupes du roi d'Espagne, ils craignirent que, s'ils ne se rendoient incontinent, oh ne les traitât comme ils le méritoiént; ainsi , après quelques allées et venues, ils tombèrent d'accord de se rendre prisonniers, à condition qu'on ne leur feroit aucun mal et que dans la suite on les échangeroit. La garnison étoit composée de trois régiments d'itafanteriC) d'un de cavalerie et de mille hommes détachés de toute l'armée; M. de Dumada, tnaréchal de camp esj|[tognol, y commandoltj et avoit sous lui M. de Palme, brigadier hoUandois; il y avoit aussi dans la place cinq pièces de cation de campagne . Cette conquête assure toute la partie de la CastiUe qui avoisine le Tage. La garnison sortit le 10 et sera dispersée dans les prisons de l'Andalousie. Partie de notre armée aux ordres de M. de Jeoffrevilte et de M. de Medinilla sont déjà entrés dan« le royaume de Valence , et dans un jour ou deux nous en ferons de nième avec le reste. (Et par apostille) : Je reçois dans l'instant avis que M. de Medinilla a emporté Orighuella l'épée à la main ; c'est une des plus grandes et des plus riches villes du royaume de Valence. Tout y a été pillé et saccagé; beaucoup de méchants moines y ont été tués.
Il arriva un courrier de M. de Vaudemont; les ennemis
OCTOBRE 1706. Hu
ont levé le siège dfe Pizzighittoiie ; on croit qu'ils veulent irlrpilgser le Pô et maroher à Alexandrie ou à Tortone.
SMiedi^Sy à VersaiUes. — Le roi, aptes le (conseil de finance ^ travailla aVec H. de Chàttiillart jusqu'à utiè heure; il sdla tirer Taprès-dinée. Monséigneui* alla faire platitëf à Méudoii et fit un tour à sels bâtiments nouveaux. — Il arriva UÊ coui?l*ier de M. le dttc d'Ofléans; ce priiice VA &ire Un toui- à 6l*eUoble «t à Ch&lmbëry p6\it visiter leB troU]^ qui sotit de cel^ côtés-là; il envoie ici M; de Betoûd poul" rendre compte au rbi dé l'état de son dtmée et recevoir ^ ordres, tl h doni^lé beaucoup d'argent ^nx offkieM; les i!^oldat6 8Uht arinés> vêtus et chaussés; on leur a foit fournir tout ce qu'il leur manqùoit ; il y e^t émfé beaUeuUp de ehèvdux pour la cavalerie. Toutes leis lettires qu'on â reçues paj? ee (^oUi^rier portent que H. de Savoie ft été blessé àU bras au sié^ de Pizzighit- «o&é 5 maië eu ne dit poiut si la blessure est ^aUde bu lëgèlfék -^ Le roi àppHt à soft tetfer que Saint-Pbuangës ëtott mort à Pariis ; il avoit lA bhttrge dfe trésorier de Tordre, qu'il âvoit achetée de M. de Torey 430,000 firatifcs, et il dVoit utl brevet de reteUUë de 200,000 francs. Le roi, avaUt que d'entrer au conseil , fit appeler M. de ChamillAtt etlUl dohna la charge. Saiht-Pbuanges avbit, outre eela> 12,000 franb* de pension et un logéilient ici.
ÎHfHîûhchè 2*j à Vermilles. — Le roi , après le conseil, tmVallld atecM. de GhamlllArt; l'après'-dirtée il alU se promener dans les jardins, tet le sbir il travailla îlVec M. de Chamillart chez madame de Maintenon jusqu'à son souper. — Le roi a donné à M. de Chabanois, fils de M. de Saint-Pouanges et mestre de camp de cavalerie, 5^000 livrée de pension. M. de Saint^Pouanges est mort fort Hche, il avoit reçu beaucoup de grâces du roi. Sa femme a eu beaucoup dé bien , et M. de Chabanois est fils unique. Le roi a donné le logement qu'avoit Saint- Pouanges à madame de Bouzoles; ce logement touche à cèlUi de M. de Torby, sbn frère. -^ Lft comtesse de iJlein
236 JOURNAL DE DAJNGEAU.
mourut ces jours passés à Paris; il y a longtemps qu'elle ne paraissoit plus à la cour; le roi lui avoit donné un beau logement dans le Luxembourg. — Coteron, fils du capitaine des gardes de M. de Vendôme et colonel du régiment du Perche , est mort des blessures qu'il avoit reçues à Turin ; le roi a donné son régiment à Ceberet avec une pension de 1 ,000 francs sur l'ordre de Saint-Louis ; il y a quelques jours que le roi avoit fait Ceberet brigadier. Lundi 25 , à Versailles, — Le roi dina de bonne heure et alla se promener à Marly ; au retour il travailla chez madame de Main tenon avec M. Pelletier. — Le roi adonné à Maréchal , son premier chirurgien , la survivance de sa charge pour son fils, qui travaille dans les hôpitaux de l'armée de Flandre*. — M. de Bezons arriva ici. M. de Chamillart le mena le soir au roi chez madame de Maintenon, où S. M. l'entretint jusqu'au souper. 11 a défense de parler à personne , pas même à Monseigneur, afin que qui ce soit ne soit en droit de se plaindre de son silence. On lui a permis seulement de voir Madame et madame la duchesse d'Orléans pour leur dire des nouvelles de la santé de M. le duc d'Orléans; il s'en ira demain chez lui à Bezons et reviendra mercredi pour recevoir les derniers ordres du roi. — On a nouvelle que la flotte ennemie, qui étpit à Torbaye depuis si longtemps, avoit mis à la voile le 12 par un vent très-favorable ; les lettres d'Angleterre disent que cette flotte va droit à Lisbonne pour y débarquer cinq ou six mille hommes.
* Le lils de Maréchal étoit fort jeune, et ne promettoit pas d'approcher de son père dans son métier ; aussi ne le fit-il pas longtemps. Le roi, qui le sentoit bien, ne. put s'empêcher de dire à ses valets, le même jour de cette survivance, que, si le fils ne se rendoit pas bien capable, cela ne Tempécheroit pas de prendre un autre premier chirurgien si le père venoit à manquer. Cette parole fît grand'peur aux survivanciers, à pas un desquels il n'est pourtant arrivé malheur, excepté a quelques secrétaires d'État.
Mardi 26, à Versailles. — Le roi tint le matin conseil
de finance, et on à réglé quelque chose pour les billets de monnoie dont nous ne savons pas encore bien le détail. L'après-dinée S. M. alla à Marly^ d'où elle ne revint qu'à lanuit. — M. le chancelier reçut une lettre de M. le Gendre, intendant à Montauban, par laquelle il mande que le bruit de la frontière d'Aragon est que la ville de Saragosse est remise à Tobéissance du roi d'Espagne après avoir massacré la garnison angloise et hollandoise; il ajoute même des particularités de cet événement. La noblesse d'Â?agon , fidèle à son légitime roi, pour exécuter son projet , avoit envoyé demander cinq cents chevaux à l'évèque de Murcie, qui les leur envoyoit; mais quand cette cavalerie est arrivée la chose étoit déjà exécutée. Cette nouvelle abesoin de confirmation ; mais M. le Gendre a pu en être plus tôt informé qu'un autre , parce que le pays de Foix, qui confine à l' Aragon, est de son intendance. — Le roi a, depuis peu, fait une promotion d'officiers de galères pour remplir les charges vacantes. On a £Bdt un capitaine en pied et deux capitaines en second et plusieurs officiers subalternes.
Mercredi 27, à Versailles. — Le roi, après le conseil , travailla avec M. de Chamillart jusqu'à une heure; l'après-dlnée le roi alla à Marly se promener. Monseigneur le duc de Berry est presque guéri ; il fut purgé pour la première fois de sa vie. — On registra au parlement , qui est en vacation , une déclaration du roi pour la conversion et le remboursement des billets de monnoie. — On fit repartir le dernier courrier que M. le duc d'Orléans avoit envoyé , et M. de Bezons, qui repartira incessamment, portera à ee prince les derniers ordres du roi; il a encore travaillé ce soir avec S. M. chez madame de Maintenon, où M. de Chamillart étoit. — On arrêta ces jours passés, à Saint-Germain, Fouquerolle, sous-lieutenant de la capitainerie des chasses; le grand prévôt, qui l'avoit fait arrêter, le fit conduire ici dans les prisons, et fut transféré le lendemain au Chàtelet à Pnris. On l'accu-
938 JOURWAl^ PK QA^PEAU.
sqit d'avQir £^t aâi<i$aiq6r Mpineau,' dont on tcpuva h cQpp§ 4^8 la pwèr^ il y a qudquen année»; le Umtdr Q^pt erimin^l l'a inierVQgé, et on fiommW60 i ; \fi CYOunsi innqpent. Il étpH apfiusé d9 ce m^urtr^ par iwe lettre anpnyme qu'aypit reçue M. à^ Cbamillart , où U y avoit b^acoup de QÎroQnstances qui avoienli Tair de yérité.
Jeudi 'SiA, ^ Y^rmlhi' -rr h» roi alla tv^v Taprès^dli^ée et £|.vpit dlpé de l)oiin6 heure pour chasser plus longn tempit -r II arriva uu cpuppier d«^ M. la duc d'OrléaHsi; ce princ^e étpit venu à Grenoble. Il n'y a cqudié qu'une nuit et est allé pi|8uit^ ^ Chamb^ry; il a voulu voir les troupps qui éloipnt dans pe^ quaptierMà. Dans le ^emin mn pbeval s'est abattu spus lui , mais cela ne Ta pas empèphé dp qputiuuer ^pp petit voyage ; du ïi«»te aa santé est fprthfpnne et $a plaie est qnm fermée, rrr- 1^ ehevalipr des Aug^ps , c^pitalni^ d^ vaisseau , a pris auprès du Cape Vert 4W¥ Y^^fi^ux euuep[|i§ fort ricUemeut Pbargés ; on estime cptte prisp Jroii^ iftUlions ; ij y a bpaupoup da poudrp d'or, -r- ^(. de Cpbprpt , 4 qui Ip roi y^put dp danr ner le régiment du Percjie , avoit le régiment de Pontl)ieu9 que le roi p, dpnné à vendrp à la ^le dp M. Gptcmn ; ce régiment fut c^ pp i6l^kj ^w^mt le i^iégp de Lnxarobpurg, pt a deu^ bataillons. Le f)erc]ie est l)eaucoup plus ancipu e\ a d^ux l)ataillous ^us§i* --7 Le fqI^ apr^ sa messe ^ donpa u^e assez Ipqgue audipnpe au duc d'Albe, qui ensuite s^ep alla èi. Paris.
Vendredi 29, à Versailles. — Le rpi travailla Ip matin avec le P. de la Chaise^ dina de bonne hpure et après son diner fit entrer le pripce de flol^an dans sou pabinet. U le questiouna beauçpup sur la bataille da Raoïillies; le prince de Robap s'étoit fort distingué à cette bataillp i il y avoit ^t^ fprt blessé^ et depuis sa blessure étpit allé au:^ eaux, d^où il arfivp présentement. -^Les ennemisf eu Flandre n'avoient pas encore séparé leur armée le VJ. Milord Marlborougb étoit allé à Bruxelles^ où le comte de Zinzendorf étoit arriva de la part de l'empereur; c'est
OCTOBRE 1706. 3Stt
le comte de Zinzendori* que nous avons vu ici envoyé . Il estvènu pourprier Marlborough^ de la part de son maître, d'eipployer son crédit auprès de la reine Aune pour qbtfsnii* d'elle qu'on fit encore la guerre 4 1^ France un^ année avant que de parler de paix. L'échapge des prison- ' niers a été réglé pour l'armée d'Allemagne ; le maréchal de Villarset le prince de Bade l'ont signé. — Madame de Barbezieux mourut à Paris après une longue maladie ; eU^ d lui^sé deux filles de son mariage avec H. de Barbepieiix^ qui en avoit une déjà du premier lit"^.
* Madame de Barbezieux vécut toujourstrès-malheureuse depuis son éclat avec son mari, dont la mort ne put la remettre dans le monde. Set ûUes ont depuis épousé le fils atné du maréehal duc d'Harcourt et lo4Mcd^)^ui)}Qn. CallO'>ci est morte et ^on (ils ionique apfès e|la, fell^ept oue toqt e^t revenu à (a 4uchesse d'Harcoupt et quelque chose au maréchal d'Alègre, leur grand-père.
Samedi 30| à Versailh^' — Le roi ^ après le conseil de QpaQce^ triav^illa. avec M. de C^p^millfirt. L'après-d^née S. )i- alla se proi^ener 4 Marly. -^ M- d'Aptii^ et le prince 4e falmont^ deux de i^os officiers généraux de Flandre, spi^t déjà arrivés ; notre ariftée 4^voit se séparer le len-^ 4epwn de leur départ. — Le mariage de rarcbi4uc ei^t arrêté avec la pripcesse de Wolfenbuttel, qui est luthér^epne et qu^on instruit présentement dans U religion catholique*. — Le parlement d'Ecosse est a^siemWé, et il paroit qu'il n'approuve pas l'unioi^ projetée de ce rpyaume avec l'Angleterre; ils prétepdent que si elle s'a^bevoit ce seroit leur ruine entière. — M. de (Ghamillart, avant que d'entrer au conseil^ prêta le servent de la charge de trésorier de l'Ordre. — Le bruit commenoe à se répaQdre que nos troupes ne repasseront point cet hiver en Italie, et on a reçu des lettres qui portent que le prince Eugèiie s'est rendu maître d'Alexandrie ,. mais cela n'est pas encore sûr.
* Les protestants croient que les catholiques se sauvent dans leur religion; ils Font avoué longtemps et ne Font m^ depuis que pour se
dérober à la force de l'argument qui s'en tire contre eux. La politique les a donc changés là-dessus à Textérieur, mais ils sont intérieurement persuadés de- la même vérité. Cest ce qui fait leur facilité à faire embrasser la religion catholique aux princes protestants quand ils y trouvent des avantages temporels soit pour eux ou pour leurs fils ou pour leurs filles, quand il s'agit de mariages qui ne se pourroient faire autrement, et la raison contraire fait qu'il n'y a point d'exemple de princesse catholique qui se soit faite protestante pour quelque mariage que ce soit.
Dimanche 31, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée à vêpres et au salut, et entre vêpres et le salut il fut toujours enfermé avec le P. de la Chaise. — On eut des lettres d'Espagne par Fordinaire. Notre armée est entrée dans le royaume de Valence; l'archiduc n'est point allé à Barcelone ; on ne parle point qu'il y ait eu aucun mouvement à Saragosse. — Monseigneur le duc de Berry sortit pour la première fois de sa maladie. — M. de Lorraine est parti de Nancy pour aller à Francfort voir Févèque d'Osnabruck , son frère ; il l'a fait mander au roi par M. d'Audiffret^ notre envoyé auprès de lui. — Par les dernières nouvelles qu'on a d'Italie, l'armée du prince Eugène étoit entre Tortone et Alexandrie, et M. de Savoie, qui est entièrement guéri, étoit auprès de Pizzighittone en deçà de l'Adda. — L'électeur de Cologne est arrivé à Lille, et avant que d'y aller il avoit vu l'électeur de Bavière, son frère, à Mons.
Lundi 1" novembre, jour de la Toussaint, à Versailles. — Le roi fit ses dévotions et toucha un grand nombre de malades; l'après-(^née il alla au sermon et à vêpres et ensuite fit la distribution des bénéfices, dont voici la liste : L'abbaye de Reseq a été donnée à l'évêque de Blois (1); l'abbaye de la Charité à l'abbé de Bromesnil; l'abbaye de Beaulieu à l'abbé d'Orçay; le prieuré d'Arbois à l'abbé de Gamaches ; l'abbaye de Preuilly à l'é-
(1) 1)0 la maison deBertier.
vèque de Dol (1) ; Pabbaye de Cantenac à l'abbé de Montileaud; Tabbaye de Paraclet à madame de Montpeiroux; l'abbaye d'Argensolles à madame de la Bretesche ; l'abbaye d'Userches à l'abbé de Labro. — Il arriva un courrier de M. le duc d'Orléans^ qui est à Grenoble^ où on lui a donné de grandes fêtes; ce prince y a vu mademoiselle de Sery, et on assure qu'elle est en chemin pour revenir. — Les armées; de Flandre ne sont point encore séparées. M. de Marlborough est encore à Bruxelles; mais on mande qu'il en doit partir incessamment .pour aller à la Haye. — Il est public présentement que nos troupes né repasseront point cet hiver en Italie; on espère que M. de Médavy pourra se soutenir dans Mantoue et dans le Seraglio.
Mardi 2, à Versailles. — Le roi ne tint point le conseil de finance qu'il tient toujours les mardis; mais il tint le conseil d'État^ qu'il auroit tenu comme il fait tous les mercredis, s^ns qu'il veut partir demain de bonne heure pour aller faire la Saint-Hubert à Marly. Monseigneur le duc de Berry sera de ce voyage; il recommence déjà de monter à cheval et a été tirer cette après-dlnée ; mais ce n'est qu'avec ses pistolets^ et il est si adroit qu'il a tué aujoiœd'hui beaucoup de faisans et même quelques-uns en volant. — Les ambassadeurs, qui ont accoutmné de venir tous les mardis , ne sont point venus, parce qu'ils croyoient que le roi partiroit aujourd'hui pour- Marly, comme cela avoit été résolu. Le roi est allé cette aprèsdlnée tirer dans son parc. — On commence à parler du retour de M. le duc d'Orléans; on a envoyé les quartiers d'hiver aux troupes de son armée , ainsi il n'aura plus rien à faire dans ce pays-là.
Mercredi 3, à Marly. — Le roi, après son lever, donna audience au cardinal de Noailles, comme il fait tous les
(1) Frère de M. d'Argenson, lieutenant général de police.
U^, J0U1UI9ÂL bt DANGEAU.
mercredis et après la messe il travailla avec M. de Ghamillart jusqu'à onze heures et dina ensuite, et partit à midi de Versailles pour venir ici, où il demeurera jusqii'à samedi. Il courut le cerf) et après la chasse se ^h>m^ift dans les jardins jusqu'à la nuit, et puis travailla long'* temps avec M. de Chamillartchez madame de Maintenoki. Madame la duchesse de Bourgogne, qui entre dans le huitième mois de sa grossesse , demeurera à Versailles pendant le voyage de Marly. — Par les dernières lettreg qu'on a eues d'Espagne , on espère que le duc de Berwiok lie sépareta pas sitôt son armée et qull pourra faire le siège d'Alicante ou celui de Carthagène. — M. de Saint-ÎPierre^ brigadier d'infanterie et qui commandoit à Ath sous le gouverneur espagnol, a été échangé avec ad général major qui commandoit l'année pa^ée dans Diest quand nous le primes. — U y a des gens ici qui n'y étoient jamais venas, madame de la Chaise et M. le chevalier de Croissy.
Je^di 4*, â Harly, — Le roi se promena le matin et l'après-dlnée dans ses jardins, oii il s'amuse à voir planter ; il faisoit un temps effroyable^ et le diapeau du roi étant percé, on envoya le porte-manteau en chercher un autre à la gardenrobe. Le portennanteau donna le chapeau au duc de Tresmes, qui sert pour le duc d'Aumonl , qui est en année. Le duc de Tresmes, le présenta au roi; M» de la Rochefoucauld prétendit que c'étoit à lui de le donner et que le duc de Tresmes empiétoit sur ses fonctions^ ce qui a fait une assez grande affaire entre eux quoiqu'ils fussent bons amis. — M. de Ëhambonas , qui étoit capitaine des gardes de M. du Ma<ne, a quitté cette charge pour être son premier gentilhomme delà chambre, qu<Hqu'il n'y ait que â,000 écus de gagies et que l'autre charge valût beaucoup mieux ; ces 2,000 écus sont payés par le roi. M. du Maine a choisi pour son capitaine des gardes le chevalier du Rozel , lieutenant général et officier fort distingué , qui est employé Thiver et Tété , ainsi
il fera peu de fonctions de sa charge durant la yuerrô. Il commande les carabiniers et a toujours été fort attaché à H. du Maine.
Vendredi 5, à Marly. — Le roi, après la messe, alla courre le cerf dans son parc ; il ne le court plus ailleurs, que quand il est à Fontainebleau. Le roi d'Angleterre y vint de Saint-Germain et s'y en retourna après la chftsse. Monseigneur étoit à la chasse. Monseigneur le duc de . Bourgogne alla de bonne heure à Versailles voir madame la duchesse de Bourgogne et n'en revint que pour le souper du roi. 11 y eut musique l'après-dlnée chefs madame la duchesse de Bourgogne, et pendant qu'elle dura monseigneur le duc de Bourgogne alla chez lui. Ce prince, dont la piété augmente tous les jours, a vendu ses pierreries et en a fait distribuer l'argent aux pauvres ; il en avoit pour une somme assez considérable , car il avoit eu une partie de celles de madame la Dauphiné. — Les armées de Flandre ne se séparent point encore, et l'on assure que milord Marlborough veut que Courtray, où il fait travailler, soit hors d'insulte avant que de mettre ses troupes en quartier d'hiver.
Samedi 6, à Versailles. — Le roi ne revint ici qu'à la nuit, et en arrivant il travailla avec M. de Chamillart chez madame de Maintenon. Monseigneur alla de Mariy dîner à Meudon, où il demeurera huit jours. — Il y aura cinq Ueutenants généraux qui demeureront ctet hiver en Flandre : M. de Gacé à Lille, qui, comme le plus ancien , commandera aux quatre antres ; Magnac à Béthnne ,- le chevalier du Rozel àTournay ou au Quesnoy; Sousternon à Mons et Saillant à Namur. — La ville d'Alexandrie s'est rendue au prince Eugène ; on ne sait point encore le détail de ce qui s'est passé au siège ni de la capitulation. — On mande d'Allemagne que les troupes de l'empereur en Hongrie ont repris Gran, où les mécontents avoient une belle et nombreuse artillerie; mais l'on mande en même temps qu'un corps de ces mécontents
s'est avancé fort près de Vienne et ont brûlé des villages qui n^en sont qu'à deux lieues.
Dimanchely à Versailles. — Le roi alla se promener l'après-dlnée à Trianon. Monseigneur vint le matin de Meudon pour être au conseil et s'y en retourna dîner. Le soir le roi travailla avec M. de Chamillart chez madame de Maintenon. — C'est au nom de l'empereur que tout se fait dans les villes du Milanois que les ennemis ont prises, et l'eimpereur a donné le gouvernement de ce duchéau prince Eugène. M. etmadamede Vaudemont sont à Mantoue. — La prise qu'a faite le chevalier des Angers est arrivée à Brest; on l'estime quatre millions, dont il y a environ 500,000 francs en argent. — Le traité pour l'échange des prisonniers en Flandre est fait et a été approuvé et signé ici , en Angleterre et en Hollande. — On a laissé M. de Gévaudan pour commander à Suze , et l'on croit que quand M. de la Feuillade sera de retour ici on fera venir M. de Gévaudan à Grenoble pour commander en Dauphiné. Vallière commandera à Chambéry et aux ' troupes qu'on laissera dans le voisinage. — Il arriva un courrier de M. de Vaudemont ; ses lettres sont de Mantoue du 29. M. de Savoie s'est rendu maître de Pizzighittone.
Lundi 8, à Versailles. — Le roi prit médecine et ne dina qu'à deux heures et demie. Sur la fin de son dîner M. le duc d'Orléans arriva; sa blessure n'est refermée que depuis trois jours; le roi l'a fort bien reçu. Il parolt fort affligé du malheureux succès de sa campagne. On a appris par lui que, si Alexandrie eût tenu quatre heures davantage, toute l'armée du prince Eugène auroit été noyée ; le Tanaro et la Bormida s'étoientdébordés et avoient fait une furieuse inondation dans le camp. Il a fallu que l'armée, pour se sauver, entrât toute dans la ville; cinq cents hommes qui n'ont pas pu y entrer assez à temps ont péri dans l'inondation. Ce sont les bourgeois qui ont obligé M. de Colmenero , qui en étoit gouverneur, à se rendre.
Dès que les ennemis commencèrent à tirer leur canon , ces bourgeois firent sonner le tocsin , prirent les armes et ëtoient plus forts que la garnison et alloient ouvrir leurs portes aux ennemis. Les troupes de France qui y étoient opt eu bonne composition ; on les envoie à Suze , et les troupes du roi d'Espagne sont prisonnières de guerre. M. de Colmenero a été arrêté contre la capitulation à ce qu^on prétend. — Les armées de Flandre se séparèrent le 6 ; presque tous les officiers généraux et beaucoup de colonels sont arrivés ici.
Mardi 9, à Versailles. — Le roi, après le conseil de finance, travailla encore avec M. de Chamillart jusqu'à une heure. L'après-dlnée il alla se promener à Marly et au retour il travailla avec M. de Pontchartrain chez madame de Maintenon. M. le duc d'Orléans alla Taprès-dlnée à M eudon voir Monseigneur et revint ici pour le souper du roi , — Il n'est point vrai qu'on ait donné aucunes fêtes à Dï ^demoiselle de Sery à Grenoble, comme on l'avoit dit; ®lle a toujours été fort renfermée durant le peu de séjour qu'elle y a fait, et il [le duc d'Orléans] la fit repartir dès ^[^'il sut par une lettre de M. de Chamillart que le roi le ^'^^uvoit à propos. Ce prince espère au printemps pouvoii» repasser en Italie avec son armée. Le prince Eugène *^oît pris Torto avant que de marcher à Alexandrie. — '^ l^étoit point vrai que M. de Nancré eût attendu à Nevet^ mademoiselle de Sery pour la conduire dans le ^^"y a^e qu'elle a fait ; au contraire , il avoit fait ce qu'il *^oît pu auprès d'elle pour la détourner de ce dessein-là, ^^olxant qu'elle le faisoit sans que M. le duc d'Orléans le sût. ^^ercredi 10, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après- "^^ée. Monseigneur vint le matin de Meudon pour être *^ eonseil et s'y en retourna dîner. Le soir le roi tra- ^^^ila chez madame de Maintenon avec M. de Chamillart; • ^e Torcy y vint porter à S. M. des lettres du roi d'Es- P^Sïie. On en reçut, par ce même courrier, du duc de Ber- ^^^Ic, et ^oici une copie de sa lettre :
246 ' JOURNAL DE DAINGEAU.
Du camp de Murcie, ce 27 octobre.
J'urrivai le 21 devant Elché, que M. de Jeoffreville teï\oH bloqué depuis dwx jours. Je le fis sommer de se reu4ye à disoréUon, ce qui fut wnçlu après quelques allées et veoueç. La garnison étoit composéf; de quatre cents hommes de pied anglois, d'un régiment de dragons bien montéj, de la môme nation, de deux cents Napolitains et d'un détachement de cent chevaux. Le commandant est un colonel anglois et il y avoit soixante-six officiers. Nous e^peirons de tirctp de cette ville 2QjiQ0Q pi^toles et cent mille sac^ d'orge,
M. de Lorraine, qui e$t à Francfort, a mandé à madame de Lorraine qu'on lui écrivqit de Vienne que les mécontent» étoient venus à deux lieues et que peu s'en étoit fallu qu'ils n'eussent pri$ l'empereur, qui étoit allé à la chassie.
Jeudi ii, à Versailles, — Le roi, après la messe, entretint longtemps M. le duc d'ûrléanç dans son cabinet, et ce prince en sqrtit 4 midi charmé et pénétré des bontés du roi , avec qui il traita tous les chapitres qui le regardent personnellement; ce fut même lui qui commença la conversation sur le voyage des dames qui l'étoient venues trouver à Grei)pble, ce qu elles avoient fait sans sa participation, U justifia anssi auprès dv^ roi Nancré de toutes lep acensations qu'on lui avoit faites sur cecl^apitre. L'aprègrdinée le roi alla se promener à Trianon. Au retour de sa promejaade le duo de Guicbelui fit la révérence et lui présenta la Barre, que le roi lui avoit commandé de ramener avec lui de l'armée; le roi fit entrer la Barre dans son cabinet et Iwi dit ; t^ La Barre, vous êtes un vieil officier dont la réputation est établie depuis longtemps ; vous avez eu un démêlé e^vec Surville on vous n'avez eu aucun tort. J'aïpuni Surville; je vous demande à cette heure, comme votre awi> qne vous me sacrifiiez votre ressentiment, et, s'il est nëiçe^aire, je vous le commai;)de
HOYEMBRK IÏ06. »47
comme votre maître et votre roi ; mais je crois que vous aimerez mieux vous en tenir à la première partie. » La Barre se prosterna et lui répondit que sa g'ioire et son honneur ëtoient de lui obéir, et le roi lui répliqpia : a Je souhaite encore que vous le fassiez de bonne grâce quand les maréchaux de France feront l'accommodement. »
Venâredi i% à Versailles. — Le roi dina de bonne heure et alla ensuite se promener à Marly ; au retour il travailla chez madame de Maintenon avec M. le comte de Toulouse et M. de Pontohartrain et fit le remplaoement des officiers de la marine , dont voioi la Uste (1) :
Capitaines dç vaisseau.
MM. Ile Boispineau , MM. Le ebevalier de la Toor-
L9 vteomte d'Uterbie, Landry,
Baj^uçl , Le chevalier de Glandèves.
Capitaine cPi^tmerie.
M. Besquet.
Capitaine» de frégates légères.
MM. Le comte de Darse, MM. Le comte de Vins,
Ylllebiain, Bart,
Chazao, Fondelin.
Lieutenants de vaisseau.
MM. m^eX, MM . Véyaiw ,
De Grasse, Celette,
^ouigttûl^ou ) Le comte i^ Pplignac.
Aid&^major.
M. Le chevalier de la Brosse.
Enseignes de vaisseau.
MM. RoqiHiforrière, MM.Michetip,
Putigoy, Belle-Ul^,
^»»^^^i^»^»^M"— »— ^— ^IT"*— — ■ ^— ^i»^» Il ■ I I I I I I » I —> »
(1) Comparer cette liste avee celle donnée par le Merture d'octobre, pages aêé à «67. /
24S JOtRNAL DE DANGEAIl.
MM. Héricoart, MM. Le chevalier d'Ouvrière, Vendôme y PinoDy
Ghàteauneuf , Le chevalier de Ghàttlnes,
Le chevalier de Vigne , Le comte de Damas ,
Damas, Cailles.
Le chevalier de Rémond,
Le roi a fait cinq chevaliers de Saint-Louis^ qui sont lieutenants de vaisseau et s'appellent : De Rambures, de Chambre^ Dallonne^ de Ravenel et de Lisle.
Samedi 13, à Versailles. — Le roi, après le conseil de finance, travailla encore avec M. de Chamillart; Vaprèsdlnée il alla se promener à Marly. Le roi et la reine d'Angleterre vinrent ici le soir pour voir madame la duchesse de Rourgogne, qui garde le lit depuis quelques jours. Monseigneur revint ici de Meudon; il alla jeudi à Paris, à l'opéra, avec monseigneur le duc de Rerry et madame la princesse de Conty, qui étoient venus diner à Meudon avec lui. Monseigneur fait ôter tous les cerfs et les biches dans le parc de ChaviUe , et quand cela sera fait y il fera abattre la muraille qui sépare les deux parcs, qui n'en feront plus qu'un. — La reine d'Espagne est arrivée à Madrid, où elle a été reçue avec de grandes acclamations ; en y arrivant elle a renvoyé toutes les dames du palais dans leurs familles; il n'y en a pas trente , mais avec toute leur suite cela faisoit trois cents femmes ou filles qui sont venues.
Dimanche 14, à Versailles, — Le roi ne sortit du conseil d'État qu'à une heure; il alla tirer l'après-dinée et travailla le soir avec M. de Chamillart. — On a nouvelle que la flotte ennemie avoit été battue d'une furieuse tempête depuis le 4 jusqu'au 6 de ce mois. Plusieurs de leurs vaisseaux ont péri; on croit le vaisseau de l'amiral perdu; le reste de la flotte a relâché à différents ports d'Irlande, où ils ont fait mettre leurs troupes à terre, et sont hors d'jétat de songer à remettre à la mer et à faire aucune entreprise. — Il y a plusieurs avis d'Allemagne que l'armée
du roi Auguste, quiétoit de trente mille hommes, PolonoiSy Saxons, Moscovites ou Cosaques, avoit entièrement défait le corps de troupes suédoises que commandoit le général Mardefeldt, que ce général avoit été blessé et pris, qu'il y avoit eu sept ou huit mille Suédois tués ou pris. Cette armée n'étoit que de douze ou quatorze mille honmies au plus.
Lundi 15, à Versailles. — Le roi tint conseil de dépèches, qui dura jusqu'à une heure et demie ; Taprès-dlnée il alla dans le parc de Chaville voir prendre les cerfs qu^on veut ôter de ce parc; au retour il travailla avec M. Pelletier chez madame de Haintenon. — M. le chevalier de Sully, quiétoit brigadier de cavalerie, se trouvant, par sa niauvaise santé , hors d'état de continuer le service, vend son régiment, et le roi a donné l'agrément à M. de Beauvilliers de Tacheter pour le comte de Saint- Aignan, son frère. — Le roi a donné des commissions de brigadiers à plusieurs anciens lieutenants de roi de ses places. — Madame la princesse de Conty demanda au roi une pension pour mesdemoiselles de Choiseul, à qui le duc leur père n'a laissé aucun bien ; elles ont l'honneur d'être nièces, à la mode de Bretagne, de cette princesse. Le roi leur a accordé 4,000 francs de pension.
Mardi 16, à Versailles. — Le roi travailla encore avec M. de Chamillart après le conseil de finance ; l'aprèsdlnée il alla se promener à Marly et au retour il travailla chez madame de Maintenon avec M. de Pontcharfrain jusqu^à neuf heures et puis avec M. de Chamillart. jusqu'à son souper. — Le roi, à son dîner, où il y avoit beaucoup de ministres étrangers, dit au duc d'Albe qu'on ne pouvoit trop louer la fidélité des Castillans, que les affaires alloient fort bien en ce pays-là, et que le roi d'Espagne lui mandoit qu'il alloit se retrancher sur toutes les dépenses superflues; qu'il vouloit employer tous ses revenus à bien entretenir ses troupes et à soutenir la guerre, et puis il ajouta : « Ce seroit àmoi, qui suis son
grand-père^ à lui donner des exemples , mais^ en oefait-l&^ je veui suivre les siens ^ et je veux retrancher toutes les dépenses dont je pourrai me passer^ afin d'être plus en état de continuer la guerre et t^her de ppvenir à une paix heureuse et gloxieuse. »
Mereredi 17, à Yersmlles. — r Le roi ne sortit du conseil qu^à une heure; il alla tirer l'après-dlnée, et le soir travailla longtemps avec M. de Chamillart chei; madame de Maintenon. Monseigneur ne dîna point et partit à une heure avec madame la Suches&e et plusieurs dames pour aller voir prendre les cerfs dans le parc de Ghaville , et puis ils revinrent faire un grand repas au château de Ghaville , d^où ils ne repartirent que pour venîp ici à la comédie. Le roi, à son lever, dit à M. de la Rochefoucauld qu'il vouloit faire des retranchements sur sa garde-robe et il manda à M. le Grand, qui est malade , qu'il songeât à tous les retranchements qu'on pourrait faire dama sa grande écurie. — L'évèque de Quimper est mort dans son diocèse ; il étoit de la maison de Goëtlogon et onole de madame de Cavoie ; il étoit fort vieux, et on ne Tavoit jamais guère vu en ce pays*oi.
Jeudi 18, à Versailles. — - Le roi dîna à onze heures et alla se promener à Marly, où il fait beaucoup planter, -^ On mande de Turin que M. de Murçay, qui y étoit prisonnier, y étoit mort de maladie ; il étoit lieutenant généroJ et inspecteur de cavalerie de l'armée de Lombardie e>t avoitune pension de 4,000 francs. — Les maréchau de France firent, à Paris, raccommodement de Surville avec la Barre; ce que le roi a eu la bonté de dire, il y aquel^ ques jours, à ce dernier a rendu cet accommodement fort facile. — On a eu nouvelles d'Allemagne que le prinoe Louis de Bade étoit mort dans son château de Kastadt; mais on l'a dit mort si souvent qu'on ne croit pas euoaçf cette nouvelle sûre.
Vendredi 19, à Ver Bailles, — Le roi dîna à onze heures et alla se promener à Marly> d'où il ne revint qu'à la »uit.
^Le comte de TbuBgen^ qui commande les troupes de
Temporeur qui étoieut campées à Hagembach^ leur a fait
repasser le Rhin ; le maréchal de Villars n'attendoit que
cela pour séparer son armée. — Le roi d'Espagne a ra-
pelé M. de Villadariais^ qui commandoit en Andalousie^ et
son g'endre> qui commandoit dans Cadix ^ et a donné le
commandement de TAndalousie au duc d'Ossone et celui
de Cadix, qui est subordonné à celui d'Andalousie, au duc
de . . . . , Napolitain, et qui est lieutenant général. — Je
présentai au roi mon fils, qui revient de Flandre, et S. M.
lui parla avec tant de bonté sur ce qu'il avoit fait cette
campagne que c'est la plus grande joie que lui et moi
pourrons avoir de notre vie. — L'électeur de Bavière a
cassé le régiment de dragons flamands que commandoit
Fla-vacourt et une des trois compagnies des gardes du roi
d'Espagne que commandoit don Valère. Il a fait une
Solide réforme des autres troupes wallonnes ; il ne con-
^^ve que vingt bataillons et trente escadrons.
Samedi 20, à Versailles. — Le roi dîna à dix heures et
dciîaie ; il û'y eut point de conseil de finance, comme il y
^ « tous les samedis, et dès qu'il eut dîné il alla se pro-
®^tier à Marly, comme il avoit fait les deux jours d'aupa-
'^'V'ant. Le soir il y eut comédie; à ces comédies il y a
î^^trç fauteuils pour Monseigneur, madame la duchesse
^® Bourgogne, monseigneur le duc de Berry et Madame ;
"^^liseigneur le duo de Bourgogne n'y va plus du tout.
le roi a donné l'inspection de cavalerie de l'armée de
*\ l^duc d'Orléans qu'avoit M. de Murçay * à M. de Bro-
^f*^, maréchal de camp qui sert dans l'armée de M. de
*^^lar8 et que ce maréchal avoit laissé pour commander
^^T^s Lauterbourg. — M. le ducde Lorraine est revenu à
^^^éville; il a passé quelques jours à Francfort avec
^'Véque d'Osnabruckj son frère.
"^ Ce Murçay étoit fils de Vîllette, lieutenant général de mer, cousin ^^^^^^iiain de madame de Mafntenon ; i) étoit frère de madame de Gay- Jteate Mn et sœur net fiirent si différents. Miur^y avoit une
figure ridicule, que son maintien larendoit encore plus [«te], et sa bêtise étoit singulière. Il y a cent contes de lui, de. son cheval Isabelle et de son valet Marcassin, qui se moquoit de lui et le gouvemoit, plus plaisants les uns que les autres ; avec cela brave et bon officier et honnête homme. Il prioit à Tannée les gens à dîner par grades, et s'il survenoît quelqu'un qui ne fût pas du grade invité, il le renvoyoit et en disoit la raison. Avec cela , il étoit familier par sottise et très-dangereux sans être méchant, parce qu'il n'y avoit guère de semaine qu'il n'émvîtà madame de Maintenon tout ce qui lui passoit par la tête des uns et des autres et de la conduite de l'armée, et que madame de Maintenon se fioit d'autant plus à ce qu'il mandoit qu'il étoit sot et incapable de rien ajouter. Elle l'aimoit véritablement sans savoir pourquoi^ et il a quelquefois montré de ses réponses qu'elle lui faisoit très-régulièrement , où il y avoit des traits d'amitié et de confiance surprenants. Il pensa véritablement mourir de douleur, l'année que madame la duchesse de Bourgogne vint en France (c'étoiten 1696), de trois malheurs qui lui arrivèrent coup sur coup, dont il fit ses plaintes à toute l'armée : son cheval Isabelle étoit mort. Marcassin le .voulut quitter et sa femme n'étoit pas femme d'honneur ; il vouloit dire dame du palais, mais il s'exprimoit de la sorte et ne put jamais dire autrement. Tout le monde l'alla voir sur ces malheurs pour s'en donner la comédie, et, pour la prolonger, on fit un traité entre Marcassin et lui, et on les raccommoda. Sa femme étoit une autre sotte , fille du lieutenant général de Chaumont en Bassigny, fort riche , qu'il fit venir un hiver à Strasbourg, où il étoit résident, employé en Alsace. Elle étoit fort dévote et ne vouloit ni bals ni autres amusements. Murçay s'en plaignoit à toui le monde , mais ce qui le désoloit , c'est qu'elle faisoit ses dévotions tous les dimanches et que les samedis elle lui faisoit faire lit à part. Il eut patience quelques semaines, mais à la fin ses plaintes en retentirent par toute la ville et jusqu'à table en sa présence, devant vingt personnes. Ce n'étoit pas qu'elle fût plus belle que lui , mais elle fut opiniâtre , et tout Strasbourg s'en divertit tant que l'hiver dura.
Dimanche 21, à Versailles. — Le roi ne sortit du conseil qu'à une heure et alla tirer Taprès-dlnée quoiqu'il fit un fort vilain temps. — La nouvelle de la défaite du général Mardefeldt par le roi Auguste se confirme par plusieurs lettres d'Allemagne qui viennent de différents endroits^ mais elle n'est pas si considérable qu'on l'avoit dit d'abord ; les Suédois n'y ont perdu que trois mille hommes, et le général Mardefeldt marche vers la Silésie avec ce qu'il a pu rassembler de ses troupes. — Par les lettres
NOVEAIBRË i706. 258
du 7 qu'on a de l'arinée de M. de Berwick^ il n'avoit pas pu encore £aire le siège de Carthagène^ parce que son gros canon n'étoit pas encore arrivé ; il lui en faudroit fort peu pour faire ce siége^ mais le peu qu^il lui en faut manque^ et les troupes d'Espagne ne sont point payées. — Le roi fait travailler à un grand armement à Brest; on parloit d'en donner le commandement à Ducasse^ nouvellement arrivé d'Espagne; mais il parolt qu'il ne souliaite pas cet emploi-là et qu'il croit même qu'il n'est pas à propos de le faire.
Lundi 22, à Versailles. — Le roi partit d'ici avant midi pour aller courre le cerf dans le parc de Harly ; il faisoit un temps effroyable, et la chasse fut fort vilaine, contre l'ordinaire. Le roi d'Angleterre y étoit arrivé avant le roi , et Monseigneur, qui avoit voulu courre le loup le matin et n'en avoit point trouvé, y vint aussi avec monseigneur le duc de Berry. Au retour de Marly le roi travailla avec M. Pelletier chez madame de Maintenon. — Mademoiselle est malade à Paris depuis quelques jours , et la petite vérole s'est déclarée. Madame la duchesse d^Orléans y est allée et y demeurera au moins les neuf premiers jours, et si la maladie devient dangereuse , elle est résolue de s'enfermer avec elle et de ne revenir de six semaines. — » M. de la Feuillade doit revenir ici. M. de Gévaudan, lieutenant général, commandera en Savoie et en Dauphiné; il a deux maréchaux de camp sous lui : Vallière , qui se tiendra à Chambéry , et Muret à Fenestrelles. L'infanterie qui est en ce pays-là se raccommode fort ; il revient beaucoup de soldats qu'on croyoit qui avoient déserté, et il leur arrive beaucoup de belles recrues.
Mardi 23, à Versailles. — Le roi, avant que d'entrer 'au conseil de finance, fit venir M. le duc d'Albedans son cabinet et lui dit qu'il avoit cru devoir proposer aux ennemis des conférences pour établir une bonne paix et rendre le repos à l'Europe , mais que les ennemis avoient '
1S4 JOUftKAL DE DAKOËAU.
refusé ces confëretices-là et qu'ainsi il He fallait pteis songer qu'à continuer la guerre et qu'H espérôit qU*eÛè seroit plus heureuse la campagne qtd vient if ue n'ayoit été la dernière. Le duc d'Albe sortit fort content de ton audience ; il voyoit bien que la paix^ en Tétat oA sont les affaires^ ne se pouvôit pas faire sans que la monarchie d'Espagne fût démembrée. — L'aprè^-dinée le rdi alla tirer et le soir il travaiPa chez madame de Haintenon avec M, de ChamiUart jusqu'à neuf heures. — Madame la comtesse de Ghàtillon, première dame d'atours de Madame^ étant fort incommodée et craignant qu'il ne faille encore lui faire la grande opération qu'on lui a déjà faite une fois , a prié Madame de trouver bon qu'elle se retirât.
Mercredi ^k^y û Versailles. — Le roi se promettia Paprèsdinée dans ses jardins et alla voir une parfaitement belle fontaine qui est à l'endroit où étoit la petite lie qu'où appeloit la Salle du Conseil (1). — Depuis que l'armée du Rhin est séparée, le maréchal de VUlars est allé visiter les places de la Sarre et reviendra ici les premiers jours de la semaine qui vient. 11 alaiissé pour commander sur la Sarre M. de Vivans^ lieutenant général; Cheyladet, lieutenant général, commandera dans la haute Alsace, et Lannion, Ueutenani; général , commandera dans la basse Alsace. Le comte de ChamiUart, maréchal de camp, (commandera dans Thionville. Druy, lieutenant général, demeure dans le Luxembourg avec le comte d'Autel, qui en est gouverneur pour le roi d'Espagne. — On mande de Lisbonne qu'une partie de la flotte an^loise , que commande Leak, y étoit arrivée adirés avoir essuyé deux fort grandes tempêtes .
Jeudi 25, à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure et alla se promener à Marly. M. de Torcy alla le soir chez madame de Maintenon porter au roi la nouvelle que
(1) C'est la fontaine connue depuis sous le nom de VObélisq ue.
NOVEMBRE trOtt. 255
le roi de Suède avoit fait la paix avec le roi Auguste; on n'en sait aucune papticulapité et on n'y voyoit aucune apparence. — Le soir, après le souper du roi. Madame lui parla toutbas dans sa chambre, où étoient toutes les dames q[uiayoient été au souper, et apparemment elle demanda une audience au roi, car S. M. la fit entrer dans son cabinet et Pentretint assez longtemps. On croit que c'est sur l'a^Bairè de madame de Ghâtillon et on ne doute pas que ]fa,dame ne lui accorde ce qu'elle lui a demandé, d'autant plus que Madame n'a jamais eu une grande amitié pour elle. Il s'agit présentement de savoir si Madame lui continuera les 2,000 écus d'appointements qu'elle avoit pour sfit charge, dont elle a grand besoin, étant brouillée avec son mari , qui ne lui donne rien .
Vendredi 26, à Versailles. — Le roi partit à midi pour aller se promener à Harly . H. le duc d'Orléans revint de Paris et a laissé Mademoiselle sans fièvre et la Petite vérole iM)rtant bien. — M. de Chamillart travailla ^ soir avec le roi cbez madame de Maintenon et lui Pï^ésenta le baron de Bergeyck*, qui a servi dignement le '^i d'Espagne, son maître, en Flandre, où il étoit à la tête ^® toutes les affaires. M. de Chamillart le loge ici chez ^*^i> et il s'en retourne incessamment en Flandre, où il est ^^t nécessaire. — La nouvelle de la paix du roi de Suède ®-^^c le roi de Pologne est confirmée, mais on n'en sait ®Ucore aucunes conditions. — M. le duc d'Orléans donne ^ charge de son premier aumônier à M. l'évêque du **^ï3i8 avec la survivance pour l'abbé de Tressan, son iiQ Veu ; M. du Mans avoit eu la même charge chez Mon- **^Ur et Tavoit vendue 25,000 écus à l'abbé d^ Grancey. *1 faudra qu'il donne 50,000 livres pour le brevet de ^^tenue. L'abbé de Pibrac, maître de la chapelle de ■*• le duc d'Orléans , avoit fort espéré à la charge de son PJ^enaier aumônier.
* Hergeyck étoit un homme de très-bomie famille de Flandre, ^î avoit travaillé dans les finances du pays , sous la fin de Charles II,
256 JOURIN AL DE D ANGËAU .
et que l'électeur de Bavière y continua quand il eut le gouvernement des Pays-Bas. A la révolution de la mort du roi d'Espagne il fût cou* tinué et même élevé, par la confiance qu'on prit en lui et à laquelle il répondit avec une capacité et une probité singulière. C'étoit un honniÉe d'esprit, très-appliqué, grand travailleur et possédant ses matières à fond; exact à tout, juste dans le raisonnement, doux et modestft^simple, qui n'a rien fait pour sa famille et qui est mort enfin hors 4^ place avec peu de bien ; un homme très-fidèle qui ne s'avançoit jainais, mais ferme à ne parler jamais contre sa pensée, et obéissant aprèsy quand il avoit dit son opinion et ses raisons. Il étoit estimé et fort aimé, et fut fort regretté. 11 a été longtemps en première place*^' mais sans titre , et a vécu plusieurs années retiré^ depuis l'avoir quittée. C'étoit un fort homme de bien et dont on auroit pu tirer de grands services si on l'avoit cru davantage sur les fins.
Samedi 27, à Versailles. — r Le roi, après le conseil de finance, travailla encore avec M. de Chamillart, et Far près-dlnée il alla se promener à Marly. Monseigneur alla dîner àMeudon, où il demeurera jusqu'à la fin delà semaine qui vient. — On a su plusieurs conditions de la paix qu'a faite le roi de Suède, qu'il a dictées. Le roi Stanislas demeure roi paisible de toute la Pologne et de tout le grand-duché de Lithuanie. Le roi Auguste ne pourra pas même prendre le titre de roi de Pologne ; on l'apeUera le roi électeur. Les troupes de Suède demeureront en Saxe jusqu'au mois de mai. Le prince Jacques et son frère seront remis en liberté. Le roi Auguste renonce à toute alliance avec le czar et livre même au roi de Suède ce qu'il y a de troupes moscovites en Saxe. Il remet Patkul au roi de Suède ; c'est lui qui avoit inspiré au roi Auguste le dessein de se rendre maître de Livonie et d'y faire entrer les Moscovites, qui y ont fait quelques conquêtes et de grands désordres. On croit qu'il y a quelques articles secrets.
Dimanche 28 , à Versailles. — Le roi entendit le sermon en bas ; madame la duchesse de Bourgogne l'entendit en haut dans la tribune. Après le sermon le roi alla se promener dans les jardins et voir la nouvelle fontaine, qui
est très-belle et dont il est trf>s-content. Monseigneur vint
i de Meudoa pour le conseil et s'y eu retourna dlnei-,
L Le roi donne à Livry 20,000 écus de brevet de retenue
l'augmentation sur sa charge de premier maître d'hôtel,
juplaquelle il en avoitdéjà un de iOO,000 francs. Il donne
|k la capitainerie de Livry, et le père en aura les
. Ce fils épouse mademoiselle
I Robert, qHI^B^HB^^^ bien acquis , et on croit I qu'elle aura encore 100,O0u^bis après la mort de ses oncles; elle n'a plus ni père ninaère, elle n'a qu'une sopur, qui est la comtesse des Uaiw, qui n'a point d'enfants. Livry donne à son fils ]2,A} livres de rente. — î Itaron de Bergeyck est repartHour la Flandre; le Ijl fort content de lui, et il est Harmé du roi.
t. 29, à Versailles. — Le ro^lna à onze heures et alla c^^^^e cerf dans le parc ' arly; après la chasse il se prom^^daus les jardins Marly et n'en revint qu'à la nuit^^^^affaire '^ adame de Ch&tUlon est réglée; Madam^^Bh '' iO écns des 2,000 qu'elle
avoit pour ses appora is; elle sera une des dames
attachées à Madame comme la maréchale de Clérembault. Madame de Château-Thiers a la place de première dame d'atours; on ne sait pas encore si Madame en prendra une seconde. On conserve à madabie de Châtiilon son logement ici et le logement qu'elle a au Palais-Royal à Paris, qui est fort beau. — Voici ce que l'on sait des conditions du traité du roi de Suède avec le roi Auguste : il y aura paix et amitié perpétuelle entre le roi de Suède, le roi Stanislas et le roiAuguste. Les dommages causés réciproquement seront compensés. Le roi Auguste renonce au royaume de Pologne en faveur du roi Stanislas, sur quoi il promet de donner une déclaration en forme , se réservant le titre et les honneurs de roi. Il renonce pareillement à toutes les alliances qu'il a faites contre le roi de Suède et contre le roi Stanislas et s'engage à ne point assister le czar. 11 promet de révoquer fous les décrets
258 JOURWAL DE DANGEAU.
des diètes^ contraires au préBent traité^ et il laisse la liberté au roi Stanislas de conserver ou d'ôter les charges à ceux à qui il les a conférées depuis Téleotion du dernier. Il restituera la couronne, le sceptre et les autres joyaux avec les archives de Pologne qui ont été transportés en Scae. Il mettra en liberté les princes Jacques et Constantin Sobied^i : tous les prisonniers suédois^ polonc^s^ Uthua-* nois et saxons seront aussi délivrés^ et le roi Auguste emploiera ses bons offices auprès du pape pour la liberté de Tévèque de Posnanie. Tous les déserteurs et rebelles seront livrés au roi de Suède ^ principalement Patkul et tous les Moscovites qui sont en Saxe. Tous les canons , étendards , timballes et drapeaux pris sur les Suédois seront restitués. Les troupes suédoises, polonoises et saxonnes resteront dans les lieux où elles sont jusqu^à Texécution du traité. Les villes et châteaux de Cracovie rt de Tykoczin seront évacués par le roi Auguste; pareille* ment ceux de Leipsick et de Wittemberg par le roi de Suède. Les hostiUtés cesseront en Saxe le jour de la signature du traité et en Pologne trois semaines après. Le roi de Suède et le roi Auguste, comme membres de Fempire, y maintiendront la religion ainsi qu'elle a été établie par la paix de WestphaUé. Si le roi Auguste est inquiété par ce traité , les rois de Suède et Stanislas Tassisteront et prendront ses intérêts, à la paix avec le czar. Le roi Au^ guste se charge d'obtenir la garantie de ce traité d0 l'empereur, de la reine d'Angleterre et des Provinces- Unies. Les ratifications seront échangées dans trois semaines.
Mardi 30 , à Versailles. -^ Le roi, après le eonseil de finance, travailla avec M. de Chamillart ; Taprès-dinée^ il alla se promener à Trianon, et au retour il travailla avec M. de Pontchartrain chez madame de Maintenon. Monseigneur aUa de Meudon à l'opéra à Paris et y mena monseigneur le duc de Berry et madame la prin^ cesse de Conty, qui étoient allés d'ici dîner avec lui et qui
DftCRMBRE iTOO. 259
revinrent ici au souper du roi. — Leduc de Berwick assiège Carthagène; voici la copie de sa lettre :
Du camp devant Carthagène, ie i6 novembre-
Nous arrivâmes le 11 de ce mois devant Carthaj^ène^ laquelle place étant fermée de murailles flanquées et g&rnies d'une grosse artillerie, il nous a fallu ouvrir une tranchée, ce qui s'exécuta la nuit du 13 au 1 4'. On continua la nuit du 14 au 15 à pousser des boyaux en avant. Hier au soir on travailla à une batterie de six grosses pièces, lesquelles seront demain en état de tirer; nous aurons aussi, sur une hauteur à gauche, une batterie de huit pièces de petit canon.
M. de Bohrepaux a acheté pour H. de Bonnac, son neveu, qui... (1)
Mercredi 1" décembre^ à Versailles. — Le roi tint conseil d'État à l'ordinaire, alla Taprès-dlnée se promener à Trianon, et le soir travailla longtemps cheis madame de Maintenon avec H. de Ghamillart. ' — Il arriva un aide de camp du duc de Berwick, qui est capitaine dans son régiment; il apporta la nouvelle de la prise de Carthagène. Voici la copie de la lettre du duc de Berwick :
Du camp devant Carthagène, le 19 novembre.
Notre gros canon ayant tiré le 17 au matin, la garnison ne jugea pas à propos d'attendre la dernière extrémité , non plus que les habitants de la ville, de manière que, la nuit même, ils battirent la chamade et se rendirent prisonniers; les bourgeois seulement eurent la vie sauve. Ily avoit dedans un maréchal de camp espagnol , un ré^ giment d'infanterie et un de cavalerie avec trois mille paysans des environs tous bien armés. Nous y avons trouvé soixante-quinze pièces de canon, dont trente-six de fonte, et trois mortiers. L'armée se va mettre en qu€u»tier.
(1) La fm de cette phrase est restée en blanc.
Jeudi 2y à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure et alla courre le cerf dans le parc de Marly ; ensuite il se promena dans les jardins de Marly et ne revint ici qu'à six heures. — M. de Vendôme arriva de Flandre. Depuis la séparation de Farmée^ il a fait un tour pour visiter les places de la mer; le roi Ta entretenu assez longtemps, mais M. de Vendôme est si enrhumé que le roi avoit peine à l'entendre, à ce qu41 nous a dit à son coucher. — On mande de Hollande que milord Marlborough s'est embarqué à la Brille pour repasser en Angleterre; avant que de partir de*la Haye il a fait de grandes instances auprès des États Généraux pour augmenter leurs troupes, leur promettant que la reine Anne augmenteroit aussi les siennes. — Le parlement d'Ecosse n'est pas en- , core d'accord sur T union de ce royaume avec l'Angleterre ; les bons Écossois s'y opposent; mais on croit que le parti de la cour l'emportera à la fin ^ auquel cas l'Ecosse deviendra quasi une province d'Angleterre.
Vendredi 3, à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure après avoir ti'availlé avec le P. de la Chaise et puis s'alla promener à Marly, où il veut faire changer quelque chose au bas de la cascade qu'on appelle la Rivière. Monseigneur revint le soir de Meudon, où il étoit depuis samedi; durant ce voyage il a fait abattre la muraille qui séparoit le parc de Meudon de celui de Chaville. — M. de Montgeorges, capitaine d'une des deux compagnies de grenadiers du régiment des gardes et maréchal de camp, a demandé à se retirer. On dit qu'il est mécontent de n'avoir pas eu la majorité de ce régiment. On donne sa compagnie de grenadiers à Brillac, qui a commandé toute la campagne les grenadiers de la compagnie de Saillant, et Montgeorges vendra la compagnie qu'avoit Brillac. — On a nouvelle que les mécontents de Hongrie ont battu le corps que commandoit Heister, ont tué quatre mille hommes et fait ])eaucoup de prisonniers* — M. de Beauvilliers a obtenu du roi la permis-
sion de céder le duché de Saint-Àignan au comte de Saint- Aignan, son frère du second lit.
Samedi k, à Versailles. — Le roi ne tint point le conseil de finance; il dîna à onze heures et alla encore à Marly. Monseigneur courut le loup ; messeigneurs ses enfants étoient à la chasse avec lui. Le soir il y eut comédie. — Le roi a donné à Dalzau^ capitaine de cavalerie et fort estimé dans les troupes, l'agrément du régiment de la Boulayç, que le roi a fait enseigne des gardes du corps depuis quelques mois» — L'avantage que les mécontents ont remporté en Hongrie est plus considérable qu'on ne l'avoit dit; Heister avoit été pris et est mort de ses blessures. — Il est arrivé depuis quelques jours au Port-Louis un vaisseau, venant de la mer du Sud, chargé de quatre millions en piastres, et les officiers de ce vaisseau assurent que nous avons des vaisseaux dans cette mer-là qui sont chargés pour le moins de trente millions. — Madame la Princesse prend pour fille d^honneur mademoiselle de Guitaut, dont le père étoit premier gentilhomme de la chambre de feu M. le Prince, qui le nomma pour remplir la place de chevalier de rOrdre que le roi donne aux premiers princes du sang dans les grandes promotions.
Dimanche 5, à Versailles. — Le roi ne sortit du conseil qu'à une heure; l'après-dlnée il alla tirer, et le soir il travailla longtemps avec M. de Chamillart chez madame de Maintenon. — Le roi a donné à Saint -Chamans, mestre de camp du Royal-étranger, une pension de 1,000 francs sur les Invalides qui étoit vacante depuis quelque temps. — Le parlement d'Ecosse paroissoit vouloir accepter l'union; on croyoit que plusieurs membres de ce corps étoient gagnés par la cour, mais les grandes villes ont envoyé des adresses pour s'opposer aux délibérations, et plus de cinquante seigneurs, à la tète desquels sont le duc d'Hamilton et le duc d'Athol, se sont joints aux villes , persuadés que cette union est
la ruine du royaume d'Ecosse. — M. de Roquelaure a fait prendre un fanatique qui a fait de grandes cruautés et qui vouloit exciter de nouveaux troubles en Languedoc ; on l'a fait rouer, mais il n'a voulu nommer aucuns de ses complices.
Lundi 6, à Vermilles. — Le roi dîna de bonne heure et alla se promener à Marly^ et au retour il travailla avec M. Pelletier chez madamede Maintenon. — M. de Beauvilliers donne à M. son frère, outre l'ancien duché de Saint- Aignan , la baronnie de la Salle, qu'il y avoit annexée depuis quelques années, et c'est cette baronnie qui lui fait partager avec le roi la nomination aux canonicats de Notre-Dame de Cléry. — Madame la duchesse de Bourgogne dîna chez madame de Dangeau avec madame de Maintenon. Elle a aujourd'hui vingt et un ans accomplis; elle n' avoit pas tout à fait onze ans quand nous l'amenâmes en France; elle est présentement dans le neuvième mois de sa grossesge. — Le duo de Quintin a pris le nom de duc de Lorges ; un homme d'affaires qui a acheté la terre de Lorges lui a fait prendre son nom et la terre de Quintin en Bretagne s' appellera Lorges présentement. — Le maréchal de Villars est arrivé depuis la séparation de son armée ; il a fait un tour sur la Sarre pour en visiter les places.
Mardi 7, à Versailles, — Le roi, après le conseil de finance, travailla encore avec M. de Chamillart; l'aprèsdiuée Ualia se promener à Marly, et le soir, chez madame de Maintenon^ il travailla avec M. de Pontchartrain. — On cherche des moyens pour supprimer les billets de monnoie, à la satisfaction du public, et M. de Chamillart espère qu'il n'y en aura plus à la fin de juin. — ■ Le roi de Suède, le roi Auguste, l'électeur de Brandebourg et la maison de Hanovre se doivent assen]l)]er avant la fin du mois, et cette assemblée fait faire beaucoup de raisonnements différents. — M. le prince Eugène vouloit assiéger Casai; mais le débordement des rivières l'a obligé
DÉCEMBRE ITM. 968
de différer rexécution de son {H^cgeti Lie château de Tortone se défend encore^ à ce qu'on mandd de ce pays-là. — H. le grand prieur a quitté Rome depuid quelque temps; il n'y voyoit point le pape ni les cardinaux à cause du cérémonial; il est présentement à Gènes.
Mercredi 8, jour de la Notr^-Dame , à Versailles* — Le roi ne sortit du conseil d'État qu'à une heure et alla Taprè&^lnée à vêpres et au sermon avec toute la maison royale^ hormis madame la duchesse de Bourgogne^ qui se trouva un peu incommodée. Le soi^ S. M. travailla avec Mé de Chamillart chez madsime de Maintenon. — Le roi d'Espagne a mis Mahoni dans Carthagène pour y commander;, et a choisi Âmezaga pour commander dans Malaga^ On mande de ce pays-là que don Miguel Pons^ qui avoit pris Daroca sur les rebelles d'Aragon^ y ayant été attaqué par le comte de Sastago^ un dels chefs des Arar gonois j s'y étoit défendu durant six jours^ quoiqu'il Teût pris en trois heures ^ et que le dernier jour, voyant qu'il ne pourroit pas se défendre plus longtemps, n'ayant dedans que six cents hommes et manquant de tout be qui est nécessaire pour la défense, il fit une sortie avec toute sa garnison, dans laquelle il leur tua plus de cinq cfflits hommes et leur prit quatre drapeaux^ et puis la même nuit il se retira ftvèc cinq cents mulets chargés du butin qu'il avoit fait dans Darôca. Le roi d'Espagne l'a fait maréchal de camp et lui a envoyé à Molina deux régiments pour le mettre en état défaire quelque entreprise plus considérable.
Jeudi 9, à Versailles, — Le roi âlna à onze heures et alla se promener à Marly, d'où il revint utl peu plus tôt qu'à l'ordinaire, parce que le roi et la reine d'Angleterj'e vinrent ici; la reine fut longtemps avec lui chez madame de Maintenon. Le roi d'Angleterre et la princesse sa sœur allèrent chez madame la duchesse de Bourgogne, et le roi d'Angleterre y joua à la guerre au billard avec mes^ seigneurs les duos de Bourgogne et de Berry et plusieurs
courtisans; les princesses et toutes leurs dames les voyoient jouer. La cour d'Angleterre retourna à Saint- Germain avant huit heures. — Le duc de Châtillon a demandé au roi la grande maîtrise de l'ordre du Saint- Esprit de Montpellier que S. M. avoit donnée, il y a quinze ou seize ans, à l'abbé de Luxembourg , son frère ; mais comme on avoit jugé que cet ordre étoit irrégulier, Tabbé de Luxembourg n'en avoit fait aucun usage, et depuis sa mort on avoit regardé cela comme une chimère. Le duc de Châtillon prétend avoir retrouvé des titres et faire casser les jugements rendus contre cet ordre, et le roi le lui donnera en cas qu'il ne soit pas régulier.
Vendredi 10 , à Versailles. — Le roi dîna au sortir de la messe et monta en carrosse à midi pour aller courre le cerf dans la forêt de Marly ; après la chasse, il alla à Marly, comme il a accoutumé de faire, se promena dans les jardins et ne partit qu'à la nuit pour revenir ici. — On a reçu des lettres de M. de Vaudemont et de M. de Médavy, qui sont àMantoue et mandent qu'ils se soutiendront jusqu'au printemps. Leurs troupes sont payées et même augmentées, car il leur est revenu beaucoup de soldats. On croit en ce pays-là que le prince Eugène s'est rendu maître de la ville de Casai ; le débordement des rivières ayant cessé, il seroit difficile que Marquessac, qui y commandoit , se pût défendre longtemps dans le château, qui est très-petit et très-mauvais ; celui de Tortone n'est pas encore pris.
Samedi i 1 , à Versailles. — Le l'oi partit à midi pour aller se promener à Marly; il n'y eut point de conseil de finance. — Il court des bruits en Allemagne que le roi Auguste ne veut pas tenir la paix qu'il a faite avec le roi de Suède, et que le prince de Saxe-Zeitz, qui est auprès de lui de la part de l'empereur, l'empêche autant qu'il peut de retourner en Saxe et tâche d'entretenir la paix en Pologne. — Le roi a donné à Marnay, lieutenant de ses gardes, le petit gouvernement de Fougères en Bre-
tagne^ qui ne vaut que 2,000 livres de rentes, en attendant qu'il lui en puisse donner un meilleur. Ce gouvernement étoit vacant par la mort de Longuerue , tué à Ramillies. — M. de Vendôme partit pour Anet , d'où il ne reviendra que pour la cérémonie des chevaliers de l'Ordre, du premier jour de l'an.
Dimanche 12, à Versailles. — Le roi, après le conseil d'État, travailla jusqu'à une heure avec M. de Chamillart. L'après-dlnée il entendit le sermon du P. Fallu, jésuite, qui prêche cet Avent, et le soir S. M. travailla longtemps chez madame de Maintenon avec M. de Chamillart. — Le roi a fait lieutenant général le marquis de Fiennes, maréchal de camp dans l'armée du duc de Berwick, en Espagne. — M. le duc de Noailles est revenu de son gouvernement de Roussillon. — Il y a eu, depuis quelques jours, une grande affaire à Cluny entre M. le cardinal de BouiDon et les moines, dans laquelle il parolt que les moines ont eu un procédé fort violent; on parlera de cette affaire au premier conseil de dépèches; M. de la Vrillière la rapportera.
Lundi 13 , à Versailles, — Le roi dîna en sortant de la messe et alla courre le cerf dans la forêt de Marly; au retour il travailla avec M. Pelletier chez madame de Maintenon. — Madame de Dangeau et moi, au nom du roi et de madame la duchesse de Bourgogne, nous tînmes sur les fonts, dans l'église de Saint-Germain l'Auxerrois, à Paris, M. Abensur, juif, qui a été longtemps résident de Pologne à Hambourg et qui a été converti à la foi parles soins de M. le cardinal de Noailles (1). —
(1) «M. Abensur, natif d*Hainbourgy juif de profession et Portugais d'extraction, ayant conçu , il y a plusieurs années , le dessein de se couTertir, fut premièrementjnstruit dans la foi de l'Église catholique, apostolique et romaine par M. le cardinal Radziejowski, primat de Pologne; et M. le cardinal de Noailles, archevêque de Paris , ayant donné ensuite ses soins pour son instruction et l'ayant confiée à M. le curé de Sain^Grennain i'Auxerrois, sur la paroisse du. quel il demeure , et la piété du roi ayant aussi contribué à sa conyersion, ce
M. de la Feuillade est de retour , et M. de Chamillart Ta présenté ce soir au roi chez madame de Maintenon *. — ^ Le soir il y eut comédie. Quand Monseigneur est ici^ il y en a Thiver trois fois la semaine^ mais il n'y en a jamais quand il n'est point ici.
*La Feuillade fut plusieurs jours à Paris sans oser venir à Versailles ; à la fin Chamillart obtint qu'il salueroit le roi chez madame de Maintenon. Il l'y mena. Le toi , voyant entret Chamillart avec son gendre en laisse, se leva, alla à la porte et dit à la Feuilltide : « Monsieur, nous sommes bien malheureux tous deux, » puis tourna le dos, et la Feuillade de dedans la porte sortit après sa révérence sans avoir osé dire un mot. Le roi ne lui parla jamais depuis ni ne le mena à Marly . Il fut longtemps après à permettre à Monseigneur de le mener à Meudon. Ce n'étoit pas le chemin de devenir maréchal dé France, cotnme il le fut en 1724, sans avoir servi dans Tentre-deux.
Mardiik , à Versailles. — Le roi, après le conseil de finance, travailla avec M. de Chamillart jusqu'à une heure ; Taprès-dlnée , il alla tirer, et le soir il travailla chez madame de Maintenon avec M. de Pontchartrain. — Le nouveau duc de Saint-Aignan épouse mademoiselle de Besmaux, qui a plus d'un million de bien échu, et madame de Beauvilliers la gardera auprès d'elle comme sa propre fille *. — Monseigneur alla diner à Meudon, où il demeurera huit jours.
* Le mariage du fils aîné de M. de Beauvilliers étoit fait quâttid M mourut , et son frère huit jours après lui , avec la fille unique à» ta Fayette, qui épousa depuis M. de la Trémoille, dont le duc de la Trémoille d'aujourd'hui est fils unique. M. de Beauvilliers, qui avoit vu l'étrange mariage de son père avec grande douleur, mais qUi en avoit usé au delà de bien avec sa belle-mère et les enfants qu'elle avoit eus ,
prince a bien voulu hii faire rhmmeur d'être son parrain et de M faire domcr 800 nom par M. le marqins de Bangeau, qui Fa teno sur les fosta^ao non de Sa Majesté. U a en pour marraine madame la duebesee de Bourgogne, q«i avoit nommé madame la marquise de Dangean pour le tenir en soo nom. Gt baptême s'est fait dms l'église de Saint-Oermain, ob il a été nommé l/ntU» » ( MercwTê de décembre , pages 365 à 357. )
n'eut qu'eux pour ressource après la mort de ses fils. L'aîné de ses frères persévéra dans l'état ecclésiastique et le cadet tint lieu de fils à madame de Beauvilliers, en quoi madame de Beauvilliers se livra avec une tendresse et un courage héroïque. Besmaux étoit un gentilhomme gascon qui avoit été capitaine des gardes du cardinal Mazarin , qui s'étoit extrêmement enrichi dans le gouvernement de la Bastille et qui avoit conservé de la considération du roi. 11 se prétendit Montlezun et maria 9 avant d'être riche, sa fille à Saumery, que M. de Beauvilliers fit sous-gouverneur des princes et dont la mère étoit sœur de M. Colbert. Le fils de Besmaux mourut jeune et ne laissa d'une fille du vieux Yîllacerf , qu'une fille unique , trè»-riche , qui épousa le duc de Saint- Aiguan et dont madame de Beauvilliers prit le même soin et traita de même que si elle eût été sa belle->fille. M. de Saint-Aignan devint un homme et servit fort bien dans les suites à Madrid, puis à Rome, où il fut ambassadeur.
Mercredi 15, à Yermilks. — Le roi tint le conseil d'État comme il fait tous les mercredis; Monseigneur y vint de Meudon et s'y en retourna dîner. — M. le prince Frédéric, cadet des enfants de M. le comte d'Auvergne, chanoine domicellaire de Strasbourg et qui a pour 24,000 livres de bénéfices simples, quitte l'état ecclésiastique, où il ne se sent pas propre ; il a pourtant vécu très-régulièrement jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans, qu'il a présentement. Les bénéfices qu'il a dépendent tous de M. le cardinal de Bouillon, son oncle, comme abbé de Quuy. — Le roi alla tirer l'après-dlnée et le soir travailler avec M. de Cbamillart chez madame de Maintenon. — Le Grand Seigneur a reçu l'envoyé du prince Ragotzki comme envoyé du vaïvode de Transylvanie, et on craint à Vienne une nouvelle guerre avec le Turc, qui paroit vouloir soutenir les mécontents de Hongrie.
Jeudi 16, à YersailUs. — Le roi dîna de fort bonne heure et alla se promener à Marly, d'où il ne revint qu'à la nuit. — L'après-dlnée je tins à Paris, dans l'abbaye de Saint-Germain, le chapitre général de Tordre de Saint- Lazare, et il y fut réglé qu'on le tiendroit tous les ans à pareil jour. — On attend incessamment en Saxe le roi Auguste; le roi de Suède et le yoi Stanislas envoient
des troupes au-devant de Ipi pour l'escorter. On ne doute plus qu'il ne veuille tenir la paix qu'il a faite et l'on croit même qu'il fera faire la paix entre le roi de Suède et le czar, dont les troupes ont levé le siège.
Vendredi 17, à Versailles. — Le roi dîna après la messe et alla courre le cerf dans la forêt de Marly. — Comme il y a trop de blé dans le royaume, le roi a permis aux étrangers et même à nos ennemis d'en venir acheter; cela remettra beaucoup d'argent dans le royaume, attendu que tous les pays voisins en ont besoin et qu'ils n'en ont pu tirer cette année de Pologne, d'où ils ont accoutumé d'en tirer beaucoup. — Le roi d'Espagne envoie le marquis de Fiennes commander en Andalousie sous le duc d'Ossone, et c'est pour cela que le roi a fait le marquis de Fiennes lieutenant général. — Je fis la cérémonie de l'ordre de Saint-Lazare à l'abbaye de Saint- Germain ; M. le Duc, M. le prince de Conty , madame la princesse de Conty , M. le duc du Haine et madame la duchesse du Maine y étoient (1).
(1) <c La fête de Saint-Lazare, patron de l'ordre de ce nom, fat célébrée le 17 de ce mois dans Téglise des Bénédictins de Saint-Germain des Prés en la manière accoutumée. L'ordre et Téclat de cette cérémonie, ayant été remarqué depuis quelques années et ayant fait beaucoup de plaisir à ceux qui se sont trouvés aux fêtes célébrées par cet ordre , a fait naître depuis ce tempslà beaucoup d'empressement dans l'esprit des curieux de voir les cérémonies qui se font en de pareilles occasions , de manière que depuis ce temps^-là , cet empressement semblant redoubler chaque année , la compagnie augmente tous les ans les jours que Ton célèbre quelque fête de cet ordre ou que Ton reçoit quelque cheyalier. Tons les étrangers de distinction qui sont ici s*y trouvent ordinairement ainsi que plusieurs princes et princesses et plusieurs personnes de marque de la cour et de la ville. Je ne vous dirai rien ici touchant le cérémonial , vous ayant déjà envoyé plus de vingt descriptions des cérémonies qui s^observent le jour de la fête de, Saint-Lazare et celui de la fête de Notre-Dame du Mont Carmel , aussi patronne de cet ordre. Ainsi je vous dirai seulement que M. le prince et madame la princesse de Conty, aussi bien que M. le Duc, ont assisté incognito à la dernière cérémonie , où se sont trouvés M. le duc et madame la duchesse du Maine , qui ont été placés dans une tribune faite exprès du côté droit de l'autel. M. le cardinal d'Estrées et et M. l'évéque de Senlis étoient dans une manière de confessionnal vitré , du
Samedi 18, à Versailles. — Le roi, après le conseil de finance , travailla encore avec M. de Chamillart et alla tirer Taprès-dlnée. — On mande d'Italie que M. le prince Eugène a enfin pris le. château de Tortone et qu'il demande de grandes contributions à tous les princes d'Italie pour entretenir l'armée de l'empereur.
Dimanche 19, à Versailles. — Le roi ne sortit du conseil qu'à une heure et alla l'après-dinée au sermon. Monseigneur vint de Meudon pour le conseil et s'y en retourna diner. Le roi travailla longtemps, le soir, chez madame de Maintenon avec M. de Chamillart. — On lève beaucoup de milices dans le royaume pour recruter les armées qui ont servi en Italie et en Espagne.
Lundi 20, à Versailles. — Le roi dîna au sortir de la messe et aUa courre le cerf dans le parc de Marly ; après la chasse il se promena dans les jardins de Marly jusqu'à la nuit, et au retour il travailla avec M. Pelletier chez madame de Maintenon. — Il arriva un courrier du duc de Berwick; ses lettres sont de Madrid du 7, où il étoit arrivé le 5. Tout est fort tranquille dans cette cour, et les peuples sont fort affectionnés. Le roi d'Espagne a ôté à tous les seigneurs un droit qu'il leur avoit aliéné
cMé de rÉvangile, mais assez éloigné de l'autel. Les autres personnes de distinctioD qui se trouyèrent incognito à cette cérémonie sont M. le duc d'Elbeuf, M. le comte de Marsan, M. le prince de Rohan, M. le maréchal de Viileroy et MM. les ducs de Sully et de la Force, ainsi que plusieurs autres personnes distingaées , tant de la cour que de la ville et de diverses provinces de France. n y avoit aussi plusieurs dames du premier rang; ce sont mesdames les duchesses de la Ferté, de Villars et de Montfort et madame la marquise de Bfirepoix.
« On reçut ce jour-là, à la fin de la messe, deux chevaliers qui étoient élèves de l'ordre , savoir : Charles d'Aumale , fils de Jacques , comte d'Anmaie, et Louis-Biaise-Marie d'Aydie de Riberac, fils d'Armand, vicomte d'Aydie, seigneur de Vaugouber et de Quinsac...
« La cérémonie étant finie, M. le cardinal d'Ëstrées, qui, comme abbé de Saint-Germain, loge dans l'enceinte du lieu où elle se fit, donna un magnifique repas à M. le marquis de Dangeau , grand matlre de l'ordre , à M. de Gtténegaut , ci-devant .ambassadeur en Portugal , qui en est chancelier, et à M. de Saint*01on, qui Biest greffier. » (^ferctire de décembre, pages 31 1 à 317.)
ITO JOURÏf AL DE DANGEAU.
qui s'appelle aloaoalas, et leuproinet qu'à la paix il les en dédommagera; ils ont souffert très-patiemment cette diminution de leur revenu^ qui est considérable. Les troupes espagnoles sont en fort bon état^ un peu mieux payées. Le duc de Berwick a séparé les armées dans de bons quartiers.
Mardi M, à Yêrsailleê. — Le roi tint le matin conseil de finance à son . ordinaire ; l'après-dlnée il alla tirer, et le soir il travailla chez niadame de Maintenon avec M. de Pontchartrain. Monseigneur revint le soir de Meudon, où il étoit depuis huit jouw. — M. le duc d'Orléans a donné l'abbaye de Saint-Benoit à Tabbé de Pibrac. Cette abbaye vaut 18,000 francs de revenu; il l'a chargée d'une pension de 1,000 écus pour un ecclésiastique qui est auprès de Mademoiselle. L'abbé de Pibrac rend l'abbaye de Saint-* Mesmin, que M. le duc d'Orléans donne à l'abbé de Chepy, qui avoit déjà 1,000 écus de pension dessus; cette abbaye vaut 10,000 francs. M. le duo d'Orléans a donné aussi l'abbaye de Beaugency à l'abbé de Chàteaunetif ; elle ne vaut que 3 ou 4,000 francs. Le roi a approuvé toutes ces destinations, et quand S. M. aura fait la disH tribution des bénéfices à Noël, ceux-là seront mis sur la feuille qui sera envoyée à Rome, qui ne donne les bulles que sur la nomination du roi.
Mercredi 22, à Versailles. — .- Le roi , après le conseil d'État, travailla avec M. de Chamillart jusqu'à une heure ; l'après-dlnée il alla se promener à Trianon^ et au retour il travailla longtemps avec M. de Chamillart chez madame de Maintenon. — M. d'Alègre avoit obtenu la permission de venir en France pour quelques mois; il étoit arrivé à Londres, où même il avoit été fort régalé , et comme il se préparoit à en partir pour venir ici , il a reçu ordre de retourner à Nottingham sans qu'on sache la raison de ce changement. — Toutes les nouvelles d'Italie portent que le château de Casai s'est rendu, le gouverneur et la garnison prisonniers de guerre; la garnison apparemment
n'étoit pas nombreuse, car le château est Irès- petit.
Jeudi 23, à Versailles. — Le roi fut longtemps enfermé . Taprès-dlnée avec le P. de la Chaise et alla ensuite au sablât. ^-^ M. de la Feuillade fait vendre son équipage comme un homme qui ne songe pas à servir la campagne qui vient. On parle encore d'un autre lieutenant général qui veut quitter le service, mais cela n'est pas encore si sûr que Tautre. -^ M. de Cronstrom^ envoyé de Suède ^ a reçu une commission du roi Stanislas et en même temps la permission du roi son maître de venir donner part au roi de 1 avènement du roi Stanislas à la couronne de Pologne et de Tabdication du roi Auguste. H. de Gpoustrom a demandé audience pour s'acquitter de cette commission; il viendra mardi pouroela^ en qualité d'envoyé du roi.
Vendredi "ik, à Versailles. -*»• Le roi fit ses dévotions et toucha les malades; Taprès-dlnée il alla à vêpres et ensuite travailla avec le P. de la Chaise à la distribution des bénéfices, mais il n'acheva pas; il y a même quelques abbayes dont il n'avoit appris la vacance que le matin. Le soir, à dix heures , le roi retourna à la chapelle, entendit les matines et les trois messes et n'en sortit qu'à une heure et demie. Monseigneur le Dauphin et messeigneurs ses enfants communièrent le matin et suivirent le roi à toutes les dévotions de la journée. Madame la duchesse de Bourgogne avoit communié quelques jours au- ~paravant; elle n'attend que le moment d'accoucher et se porte fort bien. — MM. Maréchal firent le matin la grande opération à mon fils.
Samedi 25, jour de Noëly à Versailles. •— Le roi et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée. Le roi travailla avec le P. de la Chaise au sortir de vêpres^ et fit la distribution des bénéfices, que voici : Févèché de Quimper a été donné à M. l'abbé de Ploêuc; l'abbaye de Beaulieu à l'évèque de Bellay ; l'abbaye de Tirouneau à l'abbé de Choiseul-Beaûpré ; l'abbaye de la
Garde-Dietf à l'évêque de Cahors^ qui quitte celle de Chantemerle, que le roi donne à l'abbé de Montenoy ; l'abbaye de filles de Fongaufier à madame de Vertron. Il y a deux abbayes vacantes en Flandre , une d'hommes et une de filles ; le roi a l'induit pour y nommer, mais il veut laisser les Flamands dans leurs anciens privilèges qu'ils avoient sous les rois d'Espagne, qui est de nommer trois sujets, et le roi en choisit un des trois .Le roi attend que les procès-verbaux soient arrivés pour choisir l'abbé et l'abbesse.
Dimanche 26, à Versailles. — Le roi, après le conseil d'État, travailla avec M. de Chamillart; l'après-dlnée il alla tirer, et le soir il travailla avec M. de Chamillart chez madame de Maintenon. — On a nouvelle, par plusieurs endroits, que les Turcs font marcher des troupes en Hon. grie , qu'il y a déjà plusieurs bâchas arrivés qui veulent soutenir les mécontents, et que l'empereur, qui est fort alarmé de leur marche , fait renforcer les garnisons des places les plus exposées. — M. de Chamarande a vendu le régiment de la Reine 86,000 francs au marquis de Béthune , petit-fils du duc d'Orval, qui est dans les mousquetaires. Le roi, après la mort de Chamarande le fils^ qui étoit colonel de ce régiment , le donna à Chamarande le père pour le vendre.
Lundi 27, à Versailles. — Le roi tint conseil de dépêches, qu'il ne tient tout au plus qu'une fois en quinze jours, et permit à M. de Chamillart de n'y être point, parce qu'il est surchargé d'affaires. L'après-dlnée S. M. alla à Trianon, et le soir il travailla avec M. Pelletier chez madame de Maintenon. — La compagnie aux gardes qui étoit à vendre , parce que Brillac a eu celle des grenadiers qu'avoit Montgeorges , a été achetée par [Villepeaux], lieutenant dans ce régiment et lieutenant de roi de Hesdin^ charge que le roi lui avoit donnée après la mort de son père. — On mande de Hollande, et leurs gazettes même le disent, que le roi de Suède envoie une partie de ses
troupes prendre des quartiers en Bohême, — Monseigneur alla dîner à Heudon avec monseigneur le duc de Berry^ madame la Duchesse et mademoiselle de Melun ^ et le soir il manda au roi que , voulant aller le lendemain à l'opéra, il avoit pris le parti de coucher à Meudon.
Mardi 28, à Versailles, — Le roi ^ après son lever, donna audience publique à M. de Cronstrom, envoyé de Suède, qui venoit comme envoyé du roi de Pologne Stanislas P^ S. M. tint ensuite conseil de finance, comme à l'ordinaire, et travailla le soir avec M. de Pontchartrain chez madame de Maintenon. Monseigneur, monseigneur le duc de Berry et madame la Duchesse, qui avoient couché à Meudon, allèrent à Topera à Paris, et revinrent ici le soir. — Il arriva un courrier de Madrid qui apporta la nouvelle que le marquis de Bey avoit pris par escalade Alcantara, où on a trouvé tout le canon qu'on y avoit perdu et où il y avoit une garnison aussi nombreuse que les troupes qui Tescaladoient; on n'y a perdu que trois ou quatre soldats. L'action est fort importante et fort heureuse. — M. de Chamillart fut enfermé durant une heure et demie avec monseigneur le duc de Bourgogne.
Mercredi 29, à Versailles. — Le roi ne sortit du conseil d'État qu'à neuf heures ; il alla l'après-dlnée se promener à Trianon, et au retour travailla avec M. de Chamillart chez madame de Maintenon. Le soir il y eut comédie. — On mande de Gênes que milord Péterborough en est reparti pour retourner joindre l'archiduc dans le royaume de Valence ; il lui porte 150,000 pistoles de Targent que le prince Eugène lui a envoyé et qu'U a tiré des contributions du MUanois et des pays voisins. — Le roi a donné à l'abbé de Bussy-Rabutin, grand vicaire d'Arles, le doyenné de Tarascon, qui vaut 10,000 livres de rente. — Il y avoit trois guidons ou cornettes à vendre dans la gendarmerie qui ont été achetés par MM., de Montesson le
cadet , Ximenès , second fils de celui qui étoit gouverneur deMaubeuge, et...
Jeudi 30^ à Versailles» — Le roi dlûa à oniie heures et alla se promener à Marly. Monseigneur et monseigneur le duo de Berry coururent le loup dans la torèt de Saint- Germain. — Le roi a donné à M. l'abbé d'Entrague», uii de ses aumôniers, Tabbaye de Vieuville en Bretagne» — Le roi a chargé H. de Bonnac^ sou envoyé auprès du roi de Suède , d'aller de sa part trouver le roi Stauislai^ poitr le féliciter de son heureux avènement à la couronne de Pologne. M. de Bonnac étoit à Dantaick^ parce que jusqu'ici le roi de Suède n'avoit point voulu aucun mi<^ nistre étranger auprès de lui. ^^ Les brouilleries augmentent en Ecosse, et le duc de Queensbury, grand com-* missaire de la reine Anne , a pensé être assommé dans son carrosse à coups de pierres et entouré de ses gardes; cependant la plupart des membres du parlement sont portés à conclure le traité d'union des deux royaumes.
Vendredi 31, à Versailles. —Le roi dîna en sortant de la messe et alla courroie cerf dans le parc de Marly; après la chasse il alla se déshabiller au château y se promena dans les jardins et ne revint ici qu'à la nuit. •— M. de Cauvisson, qui avoit dîné chez M. le Grand, se trouva incommodé en sortant de table; il se fit porter chez lui, ne perdit point connoissance, parla toujours de fort bon sens et envoya quérir un chirurgien pour le saigner ; mais il mourut tout d'un coup avant qu'on lui pût ouvrir le bras. Il étoit un des trois lieutenants généraux de Languedoc, n'avoit aucun brevet de retenue sur sa charge^ qui vaut plus de 20,000 livres de rente. V en avoit plus de 30,000 autres en fonds de terre, mais comme ce sont tous biens substitués et qu'il n'a laissé que trois filles , sa femme , qui étoit fille de son frère aîné j demeurera sans biens.