‹ Journal du marquis de Dangeau (volume 4)Chapitre 3 sur 8 · ANNÉE · texte numérisé non relu

ANNÉE

San/Hedi !•' janmer, à Vermilles. — Le roi, avant que d'aller à la chapelle , tînt chapitre des chevaliers de rOrdfe, mais ce ne ftrt qne pour recevoir les preaves de M. de Médavy. L'ahbéd'Estréesofficiaftlamegse; rapffesdtnée le roi et toute la maison royale entendirent vêpres en haut. — On portoit au roi ce jour-ci , du trésor royal, 35,000 pistoles; il n*en a roulu que 25,000 cette année*. — Le roi a donné an marquis d'Alègre la lieutenance générale de Languedoc, qu'avoit M. de Cauvisson; il a déjà le gouvernement de Saint^mer, qne le roi lui donna il y a quelque temps. — Il est arrivé un courrier de M. de Vaudemont, les lettres sont du 15; M. de Hédavy et lui mandent qu'on ne soit point en peine d'eux jusqu'au printemps, et que même ils se croient en état de se soutenir plus longtemps, s'il est nécessaire.

* Le roi avoit déjà diminné , puis retranché les étrennes qu'il avoit accoutumé de donner depuis desx ou trois ans.

Dimanche 2, à Versailles. — Le roi, après le conseil d'État, travailla avec M. de Chamillart jusqu'à une heure; Faprès-dlnée il alla se promener à Trianon , et le soir il travailla longtemps chez madame de Maintenon avec M. de Chamillart. — Il arriva un courrier de Madrid, les lettres sont du 27. On mande que deux régiments du roi d'Espagne ont été entièrement défaits en Aragon ; ces deux régiments sont celui de dragons du chevalier de Pons et celui de Grafton, qui étoit un régiment qu'on avoit composé des déserteurs anglois. Grafton est prison-

nier, et le chevalier de Pons est blessé. Le bruit court que nous envoyons quinze bataillons en ce pays-là. — M. de Bouillon a pris congé du roi il y a deux jours, et va à Dijon plaider contre le duc d'Albret, son fils. On avoit cru l'affaire plusieurs fois accommodée , mais elle est plus aigrie que jamais, et M. de Bouillon, croyant que son fils ne se vouloit pas accommoder, lui a défendu de se présenter devant lui.

Lundi 3, à Versailles. — Le roi donna le matin à M. de Chamillart la survivance de secrétaire d'État pour son fils, qui n'a que dix-huit ans; cela soulagera fort M . de Chamillart, parce que cela lui épargnera trois ou quatre heures de signatures par jour. Le roi alla Taprès-dlnée à Trianon, et le soir il travailla avec M. Pelletier chez madame de Maintenon. Monseigneur alla le soir à la comédie, où vont toujours avec lui madame la duchesse de Bourgogne , monseigneur le duc de Berry et Madame; il y a plusieurs années que le roi n'y va plus, et monseigneur le duc de Bourgogne feroit scrupule d'y aller. L'aprèsdlnée monseigneur le duc de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry allèrent voir madame de Chamillart et faire compliment à toute la famille , ce qu'ils n'ont pas accoutumé de faire. Madame la duchesse d'Orléans alla chez madame de Chamillart , honneur qu'elle ne fait plus guère aux dames. — Le bruit court qu'on envoie quinze bataillons de l'armée d'Allemagne en Flandre.

Mardi 4, à Versailles, — Le roi sortit à midi du conseil de finance, et après son dîner alla se promener à Marly ; au retour il travailla avec M. de Pontchartrain chez madame de Maintenon. — On apprit la nouvelle de la mort du roi de Portugal; son confesseur, qui le gouvernoit et qui étoit fort autrichien , n'est pas confesseur du prince son fils. Rocmonteros , son premier ministre,, fort attaché à l'archiduc, est mort aussi, et le duc de Cadaval, gendre de M. le Grand et qui a toujours été fort attaché à la France, est favori du prince. Tout cela pourroit faire

espérer quelque changement en ce pays^là , si les Portugais n'étoient pas aussi engagés qu'ils sont avec les ennemis. — Le roi Auguste est arrivé en Saxe , et son entrevue s'est faite avec le roi de Suède auprès de Leipsick; ils ont soupe ensemble^ couché dans le même appartement ^ et on dit même que le roi Auguste a assisté aux prières luthériennes avec le roi de Suède.

Mercredi 5, à Versailles. — Le roi , avant que d'entrer au conseil; fit prêter serment au fils de M. de Chamillart pour la charge de secrétaire d'État; il entretint ensuite le cardinal de Noailles , comme il fait tous les mercredis, et ensuite reçut la harangue des états de Bretagne. L'évèque de Saint-Halo portoit la parole ; le marquis de la VaUière [étoit] député de la noblesse. L'évêque de Saint- Malo est frère de M. de Desmaretz, et a été capitaine aux gardes en grande réputation. L'après-dlnée le roi alla se promener à Trianon; Monseigneur alla l'y trouver. Au retour S. M. donna une assez longue audience à H. de Vendôme chez madame de Maintenon, où étoit M. de Chamillart. Madame la duchesse de Bourgogne soupa à six heures dans le cabinet de madame de Maintenon ; elle donna ce souper à messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry et six dames de celles qu'elle honore le plus de ses bontés.

Jeudis y à Versailles. — Le roi donna Taprès-dlnée audience au comte de Guiscard, qui se justifia sur les mauvais offices qu'on lui avoit rendus à là bataille de Ramillies. S. M. alla ensuite se promener à la Ménagerie. — M. de Vendôme partit le matin pour aller à Anet. Dans l'audience que lui donna hier le roi on croit que l'on a réglé les officiers généraux qui doivent servir cette année en Flandre et qu'il y en aura beaucoup moins que Tannée passée. — Le marquis de Chamillart doit partir incessamment pour aller visiter les troupes et les places de la frontière. Le marquis du Bourg , ancien lieutenant général et un des directeurs de la cavalerie y l'accompagnera

dans ce voyage ; il a déjà commenéc à signer. — Le marquis de Sainte-Hermine, maréchal de camp, frère de madame la comtesse de Mailly,est ici malade depuis quelques jours, et les médecins n'en espèrent plus rien.

Vendredi 7, à Versailles. — Le roi dîna de bonneheure et alla se promener à Marly^ où il fait toujours planter. — On veut établir une grande réforme dans les Petits- Pères à Paris, et on en a chassé plusieurs qui menoient une vie scandaleuse*, — M. de Sainte-Hermine mourut le soir ici ; il étoit inspecteur de cavalerie de l'armée du maréchal de Villars. — Il arriva hier un courrier qui apportoit une consultation à M. Fagon pour madame de Montgon, qui est demeurée fort malade àClermonten Auvergne; elle revenoit de ce pays-là, où elle étoit allée voir son mari. — On mande de Saxe que le roi Stanislas est allé voir le roi Auguste et qu'ils se sont fait beaucoup d'amitiés; l'union entre le roi de Suède et ces deux roislà fait faire de grands raisonnements dont on espère quelqija chose qui nous sera avantageux. -«— L'électeur de Cologne , qui s'est fait prêtre , dit le premier jour de Van sa première messe à Lille.

Ces Petits-Pères vivoicnt pour ta plupart dans un grand désordre. Us avoient des portes par où ils sortoienC; et rei^oient du isouycntsanyï être vus, et y faisoicnt outrer des femmes. Us avoieut des chambres et d^^ lits où rieu ue mauquoit, jusqu'aux toiletl^, et on y faisoit bonne chère. Les supérieurs étoient ou de moitié ou expulsés, et M. le cardinal de Noaliles n'avoît pu venir à bout du scandale. Le désordre de Tambition pour les charges n'étoit pas moindre ; à la fia le roi y mit la main , et maintiit après le ûardinil de Noailles à ïy mettre.

Samedi 8, à Versailles, — Madame la duchesse de Bourgogne accoucha d'un prince à sept heures trois (juaris; elle ne fut pas malade plus d'une heure. L'accouchement fut si prompt et si heureux (jue le roi n'arriva qu'après; il n'y eut que madame de Maintenon et la duchesse du Lude qui arrivèrent à temps. Clément, l'accoucheur, n'eut que le temps d'arriver. On n'eut pas le loisir de la mettre

/ANVIËR 1707. 379

sur le lit de kavail , aile accoucha dans son grand Ut ; M. le cardinal de Janson }>aptûia le prince dau« la chambre . et puis la maréchale de la Motbe le porta en chaise sur ses genoux dans son appartement. Le roi^ à la masse ^ fit chanter le Te Deum (1). L'aprèsniinée le roi

(1) « n y avoitdéjà plus de dix jours que Ton comptoit que madame la duchesse de Bourgogne pouvoit accoucher à tout moment. La nuit du 7 au 8 de janTter, moBseigBev le duo de Bourgogpie étant oooehé avec cette prinoewe , elle t'éTeilla à «ix heures trois quarts du matia, et l'état où elle se trouva lui fit juger qn^elle ne seroit pas longtemps sans accoucher. Elle eut de la peine à laisser lever le pHoce son époux, qui se leva néanmoins et se mit en robe de cfaamhre. Cette prineosse sonna ( madame de la Salle , sa garde , vint, et ayant remarqué que quelques signesqui dévoient précéder Tâccouchement avoient paru, elle lui donna les choses dont elle a voit besoin. Madame Quentin, première femme de cbanabre, sMtamt lefée avec toute la diligence ima^naUe dès Tinstant qu'elle eut appris ce qui se passoit, donna ordre qu'on allât quérir M. Giéwent. Oa dit chez lui qu'il étoit à la messe aux Récollets, où on l'envoya chercher, et il se raidit aussitôt dans la chambre de madame la duchesse de Bourgogne. Madame la duobesse du Lude , dame d'homeur, qui avoit donné de boBs ordres pour être avertie de tout oeqiii se passeroit, arriva an instant après, et monseigpifiur le doc de Bourgogne alla s'habiller dans son apparteDMut. Peu de temps après le départ de «e priace, la princesse son épouse aestit uns douleur assea vive. Une dame dont la vertu pouvoit faire exaucer les prières (*) etioedamedelaMlelui tenoient chacune une main. ËUeaccoucha d'unprinceune minute tout au plus après sept heures et demie. Madame la duchesse du Lnde ail» anasitât chez le roi, et dit à Sa Mjyestéque lachoseétoit pressée, sans lui dire (pie madame la duchesse de Bouripgne étoit accouchée d'un prince. Sa H^jesté^ qui avoit jugé que, si cette princesse aocouchoit la nuit , il se perdroit bQjBeowp de temps avant que les oiieiers de sa garde-rohe Aissent avertis et qu'ils ewscntepporté ses tiat»its, avoit donnéordredepuis dix jours qu'on les laissât sur DM «baise auprès de son lit » de manière qu'elle fût habillée en un instant par M. de Niera, Tub de ses premiei*s valets de chambre, et par un gdrçon de la dhanJbni. lfopi«igQ6ur le duc de Bourgogne, qu'on avoit aussi habillé en trèspeu 4e lempe] et qui avoit appris ce qui s'étoit passé, arriva en ce morneut. Il se jeta en oou du rei, et dit à Sa Maje^ qu'il lui étoit né un prince ; oe monarque Tembrassa tendrement. Ils se rendirent k l'appartement de madame la dttcheMe de fiour^^ogne, ainsi que tous les princes ei toutes les princesses qaVNi B'avoit pu avertir assez tût. A peine le roi fut-il entré dans la chambre de madame la duchesse de Bourgogne que son premier soin fut d'envoyer clier- €ber M. le cardinal de Janion et M. le curé de Versailles pour ondoyer le pHaee qui venoit de naître ; l'impatience de Sa Miû^té parut grande en les attendant Us irent néanmoins beaucoup de diligence , et ayant ondoyé le

{*) Cette dame est évidemment madame de Maintenon.

alla chez madame la duchesse de Bourgogne, qu'il trouva fort tranquille et fort contente ; il lui dit que la reine d'Angleterre viendroit la voir à cinq heures , qu'il reviendroit de la promenade pour la recevoir et qu'en attendant il alloit faire un tour à Trianon. Le roi a envoyé ordre à M. d'Argenson, lieutenant de police à Paris ^ de défendre toutes les dépenses extraordinaires qu'on avoit faites en réjouissance du premier duc de Bretagne et qui avoient monté à des sommes excessives pour la ville de Paris; il a même défendu la môme chose pour Versailles, et veut que la joie des peuples ne paroisse que par leurs prières. On chantera lundi le Te Deum à Paris. On a choisi H. Dodart, le fils, pour premier médecin de monseigneur le duc de Bretagne, et pour sa nourrice une bonne paysanne de Picardie (1).

prince dès qu'ils furent arrivés, Sa Majesté dit à haute voix anssitdt que oetté cérémonie fut finie : « Grâces à Dieu, le voilà chrétien. » Après quoi elle embrassa madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Bourgogne, et ensuite madame la duchesse de Bourgogne ayant embrassé le prince son époux, elle lui dit d'une manière qui marquoit autant de tendresse que de joie : <c Monsieur, je dois ce prince à votre piété ; » et ce prince lui répondit : « Madame, et moi je le dois à Dieu et à vous. »

Pendant que madame Despérier, qui a la charge de remueuse, qu'elle a exercée pendant l'enfance de messeigneurs les princes et de feu monsagneur le duc de Bretagne, emmaillottale prince, que le roi n'avoft pas encore nommé, M. de Chamillart apporta le cordon de l'Ordre, que Sa Majesté mit à ce prince lorsqu'on eut achevé del'emmaillotter, tous les enfants de France étant chevaliers-nés. On trouva que ce prince, qui est beau de visage, avoit les cheveax noirs et plus longs que les enfants ne les ont ordinairement en naissant Sur les huit heures et demie , madame la duchesse de Bourgogne et le prince son fils étant en bon état, madame la maréchale de la Mothe se mit dans la chaise du roi et ayant le prince sur ses genoux; Sa Majesté dit à M. le maréchal de BoufHers : « M. le maréchal , faites votre charge, et conduisez M. le duc de Bretagne chez lui, » et toute la cour retentit alors du nom de monseigneur le duc de Bretagne. Les gardes étoient partout sous les armes , et la chaise étoit précédée d'un détachement des gardes du corps et de Cent-Suisses, environnée d'un grand nombre d'odficiers et suivie de madame la duchesse de Yentadour, de madame.de la Lande, sous-gouvernante, et de madame d'Oquinqoan, première femme de chambre. » ( Mercure de janvier, pages 31 1 à 320. )

(1) La Gazette de France ^t qu'elle est femme du sieur Giraut, chirurgien de Saint- Just, près de Beauvais.

Dimanche 9, à Versailles. — Le roi ne sortit du conseil qu'à une heure; il alla chez madame la duchesse de Bourgogne avant et après sa promenade. — On apprit par les lettres de M. le Blanc, intendant d'Auvergne, que madame de Hontgon étoit morte à Clermont le 5. Elle étoit dame du palais; on ne sait pas si sa place sera remplie et si on conservera son logement ici à son mari*.

— L'inspection qu'avoit M. de Sainte-Hermine a été partagée ; on la donne au chevalier de Pourières et à Bouteville ; ils n'auront chacun que la moitié des appointements. Ils ne se mêleront point de la cavalerie; ils ne seront inspecteurs que de dragons. Les colonels généraux des dragons avoient toujours souhaité que les inspecteurs des dragons fussent séparés de la cavalerie ; le maréchal de Tessé et le duc de Guiche, pendant qu'ils avoient ces charges-là, ne Tavoient pu obtenir, et on Ta accordé à M. de Coigny , ce qui rend sa charge encore plus agréable.

— Madame la duchesse du Maine joua à Clagny la comédie des Femmes savantes ; Madame y étoit et grand nombre de dames et de courtisans.

* Madame de Montgon, fille d'Heudicourt, grand louvetier, qui s'appeloit Sublet, et de madame d'Heudicourt , qui étoit Pons, n'avoit rien, et avoit été fort belle. Le maréchal d'Albret, qui Tavoit trouvée telle et dont elle étoit parente, avoit marié son frère à sa sœur, et c*étoit c)iez lui qu'elle avoit fait amitié avec madame Scarron et avec madame de Montespan. Celle-ci la protégea, et madame Scarron, devenue gouvemaute de ses enfants, prit mademoiselle d'Heudicourt pour les amuser chez elle. Devenue madame de Maintenon , elle protégea infiniment madame d'HeudiC/Ourt et sa fille, dont die fit le mariage et la fortune. Si la cour fut scandalisée de la voir dame du palais, les troupes ne le furent pas moins de voir son mari directeur de la cavalerie et lieutenant général. Madame de Montgon étoit de tous les particuliers chez madame de Maintenon , amusoit le roi par son esprit et par sa liberté ; elle devint un petit personnage et quelquefois assez impertinente. Sou mari la survécut longtemps , et s'étoit fait lieutenant général en la menaçant de l'emmener en Auvergne. Elle y étoit allée après, voir son beau-père et son bien, et y mourut fort promptement. Elle laissa un fils et une fille , qui épousa un Montmorin. Le fils entra assez bien dans le monde et fit quelques cam-

pagaes dans la gendannerie. Tout à ooup , et sans aventiirea ^ il m jeta dans le séminaire de Saint-Sulpice , y passa quelques aimées en grande dévotion , se fit prêtre, et peu de jours après montra une intrigoe qui surprit moins quelques supérieurs de son séminaire que le monde, qui ne le voyoit pas de si près. Les jésuites s'en voulurent servir pour donner en Espagne un degré d'autorité à la GonstHution VmiigmiUMu qui réfléchit ici. Le roi d'Espagne venoit d'abdiquer ; il lui fxxX propoié par le P. Bermudez, son confesseur, qui par d'autres cabales avoit eu grand'part à l'abdication.- Le roi d'Espagne ne Tavoit jamais connu. Il étoit trop jeime lorsque ce prince alla en Espagne ; il demanda si c'étoit le fils d'une madame de Montgon qu*H avoit vue dame du paAaif 9 et eut peine à le recevoir dans sa retraite de Saint«IldefoiiBe. Lui, cependant, parut d'abord aller pour procurer la caaonisatioade je necais quel saint, et cependant écrivoit au P. Bermudez des admiratioiis de la retraite du roi d'Espagne et des désirs de s'en aller édifier de près, et de passer sa vie auprès d'im si grand exemple qui à la fin le firent «knettre. Parmi cette négociation , le roi Louis mo^irut, et le roi Philippe remonta sur le trope. Un tel ebangament ne ralentit point Tabbé de l^Ioutgon ni les jésuites ; JOàm» le P. Bermudez ayant été chasw 9 il fallut changer de batterie. Madame de Montgon, qui avoit été élevée auprès de madame la Duchesse , introduisit de bonne heure son fils auprès de M. le Duc, qui étoit alors premier ministre • avec lequel il avoit passé sa première jeunesse. Il le fut trouver, et M. le Duc, trèsbrouillé en Espagne pour le renvoi de rinûnte-etqui avoit un grand désir de s'y raccommoder, crut l'abbé de Montgon un instrument propre. L'embarras étoit du prétexte ; il étoit inconnu au roi d'Espagne. Une s'agissoit plus de Sahit-Ildefonse , et un béat qui avoit tout quitté pour se faire prtoe et qui n'avoit prétexté un voyage si bizarre que par l'admiration de la retraite du roi d'Espagne et du désir de s'y enterrer auprès d'un si grand exemple se trouvoit bien à découvert au milieu d'une cour où il n'avoit ni affaire, ni prétexte , ni bienséance de s'aller transplanter. Quoique M. le Duc fût le maître , il falloit pourtant l'attache dp M. de Fréjus, depuis cardinal de Fleury, et il se falloit bien garder de lui rien laisser apercevoir des motife de ce voyage , tant de celui qui regardoit M. le Duc que de ceux qui étoient particuliers aux jésuites et des autres plus profonds et personnels au sulpicien. Cétoit, en un mot, un fou de beaucoup d'esprit, et d'esprit agréable , mais caché et singulier au dernier point , qui avoit des vues et une ambition vaste qu'il ne voyoit point de chemin pour la satisfaire ici , ni par les armes qu'il avoit quittées , ni par l'Ëglisç , et qui espéra que, posté par les jésuites, il s'ouvriroil par l'Espagne un chemin abrégé au cardinalat , appuyé de la dévotion du roi d'Espagne et de cet abandon du monde et de sa patrie 5 qui il crut donner un grand

reji^ en jiartageant son bien à ses parents et ne se réservant presque rien. M. de Fréjus, qui ne voyoit pas clair à un voyage si extraordinaire, y résista tant et si longtemps qu'il ne put y consentir, et se contenta de ne lepasempédier. L'abbé de Motitgon partît et fit «n effet le necommodement de M. le Duc evee TEsj^gDe ; il fut d'abord Irèsbjenm ùb ^ys-lo ; nais il y Ait tnveisé par notre eour^dès que M. de Frgus y eut pris la place de M. le Duc , et F abbé commença à êtve embarrassé de sa personne. Il vint, quelque temps après, £sdre un tour de sept ou huit mois à Paris, où il parut avec un air fort composé, Hiais avec un équipage fort leste ; il y eut ploileun afidicncaB de M. le oardinsi de Fl«iry, an^ee lequel «ifin il demeura brouiUé, et s'en retourna Âirtivement en Espagne. Il y trouva toutes les avenues feraiées ; plus d'accàs auprès du roi ni de la reine. Il essaya lois^gtempi par ses souplesses de se raccrocha, puis des pensions , après des emplois à Rome : tout lui manqua. Il édata , se brouUla avec les ministres, écrivit contre eux et contre M. le cardinal de Fleury, et fit imprimer wa \wm d'invectÎTes écrit avec beaucoup d'esprit et de fiel , nds où on Becom^pnnd ai la dessein ni la matière. Aprèscet édat , qui ont ^leipeot les deux cours contre lui, il fut chassé d'Espagne, erra quelque tepaps en Portugal^ dont il eut ordre aussi de se retirer, et finalement vint par mer en Flandre , d'où il obtint la permission d'aller mmirir de faim et de rage en Anvergne , où il est «t{oà 11 «^ apparat qu'il n'est pas encore au dimier tome du roman de aa vie . Gela, quoiqua arrivé biaa des annaas après la mort de madame de Mdiitgoii , a pani mériter de trouver place ici.

Lundi 10, à Versailles, — Le roi dîna de bonne heure et alla Vaprès-dlnée se promener à Marly ; au retour il alla cbôz madame la duchesse de Bourgogne, et puis travailla avec M. Pelletier chez madame de Maintenon, — Le roi dit à sa promenade et le soir à son souper qu'il avoit eu des nouvelles de la mort du prince Louis de Bade. — J'appris que Redin^ , Suisse , maréclial de camp dans notre armée d'Espagne et colonel d'un régiment sur le pied étranger, qui vaut 10,000 écus de rente, étoit mort de maladie ; le roi adonné ce régiment à Lumagne, qui y étoit colonel réformé. — Le roi a fait brigadier. . . . , qui commande l'artillerie en Espagne, et Champflour, qui est colonel réformé dans le régiment de Paon. — Le soir il y eut comédie. — L'archiduc, comme prétendu i^oi d'Es-

284 JOURNAL DE DATIGEAU:

pagne . a tait milord Marlborough son vicaire fi'énéral e Flandre malgré la différence de religion, chose oui scan dalise fort les Flamands, qui sont bons catholiques

Mardi 11 , à Versailles. — Le roi, après le conseil de finance, travaiQa avec M. de Chamillart. L'après-dlni^ il passa chez madame la duchesse de Boarg-o^ne ava 4 cjue d'aller à Trianon , et au retour il demeura enco chez elle assez longtemps et puis alla chez madame H Xaintenon, où il travailla avec M. de Ponchartrain Rodes, qui travaille aux mines des Pyrénées éc^ît 4 M. de Chanûllart qu'on trouve les mines encore plus abo dantes qu'on ne Tavoit dit, qu'il n'y en a point de ' riches ni au Pérou ni au Mexique; il demande dix-huit cents hommes pour y travailler, moyennant quoi il pourra donner près d'un miUion par semaine. Tous les gens de ce pays-là confirment ce qu'il dit de la richesse de ces mines. — M. Ducasse , chef d^escadre , part à la fin de la semaine pour aller commander les vaisseaux qu'on arme à Brest et dans les pays voisins.

Mercredi 1 2 , à Versailles. — Le roi ne sortit du conseil qu'à une heure ; l'après-dlnée il vint chez madame la duchesse de Bourgogne et puis s'alla promener dans les jardins, d'où il revint d*assez bonne heure, parce qu'il est un peu enrhumé. Son rhume vient de la grande chaleur qu'il fait dans la chambre de madame la duchesse de Bourgogne, où il est souvent; il y revint encore au retour de la promenade. — On mande d'Allemagne que la cour de Vienne est fort inquiète sur le parti que le roi de Suède va prendre. Il a envoyé un de ses aides de camp

à rélecteur de Bavière. — Le soir il y eut comédie. Le

roi a toujours donné à madame de Montespan , depuis qu'elle est retirée de la cour, 3,000 louis d'or par quartier, quelque prix qu'ils valussent; il a diminué cette Hunée des deux tiers à cause de la rareté de l'argent.

Jeudi 13 , à Versailles — Le roi dina de bonne heure et alla se promener à Blarly. Avant sa promenade, au

retour de sa promenade et avant souper il vint chez madame la duchesse de Bourgogne. Monseigneur alla dîner à Meudon , où il doit demeurer huit jours. — Le roi, à sa promenade à Marly, parla des mines auxquelles Rodes fait .travailler^ et on espère fort que cette affaire réussira. — On eut des lettres de Madrid du-Jl*' de ce mois. Le roi d'Espagne espère avoir^ au commencernent de sa campagne prochaine, quarante-neuf bataillons et six-vingts escadrons bien payés ; tous les fonds sont faits pour cela. Il ne comprend point làdedans seize bataillons qui ont été levés et qui sont entretenus par des provinces particulières. Nous y avons outre cela trente bataillons françois , et on y en envoie encore d'autres, dont il y en a déjà trois arrivés à Navarre. On mande de Lisbonne que les ennemis font rembarquer les quatre ou cinq mille hommes qui sont venus par leur dernière flotte et qu'on veut porter à Valence, où est rarchiduc.

Vendredi 14*, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à Trianon; avant, après la promenade et avant son souper il aUa voir madame la duchesse de Bourgogne et y demeura assez longtemps; elle se porte à merveille. Monseigneur, qui est à Meudon, courut le loup. — Le roi a donné à M. de Volvh*e la sous-lieutenance des g'endarmes vacante par la mort du prince Maximilien, tué à Ramillies; Volvireétoitle premier enseigne. M. d'Ecquevilly, le seul guidon de ceux qui restoient, n'a point voulu donner d'argent pour monter à l'enseigne , et il falloit trouver 50,000 écus que le roi avoit promis à M. de Soubise pour le dédommager de pareille somme qu'il lui en avoit coûté pour le prince Maximilien, son fils. M. de Valbelle, neveu de l'évêque de Saint-Omer et qui sort des mousquetaires, donne les 50,000 écus et sera enseigne; outre cela, il y avoit un guidon pour lequel il falloit donner 50,000 francs que le roi a accordé à la famille de M. de Gouffier, tué aussi à la bataille de Ra-

386 JOURNAL DE DAIW5ËAU.

millier. Le foi a ehoisi^ pour remplir cette place^ le chevalier deVolvire, frère de celui qui étoit sou^-lieateiiiltti; il ne lui en coûte que 50,000 francs. Il reste encore xm guidon à Tendre^ et on les vend d^ ordinaire 80^000 écus.

Samedi 13^ à Veirsailles. — Le roi^ après le conseil de finance^ travailla avec M. de Chamillart ; Faprès-dlnëe il alla se promener à Marly^ Avant que d*y aller^ an retour et avant souper, il alla voir madame la duchesse de Bourgogne. — Les lettres de Madrid donnent de grandes espérances de la grossesse de la reine d'Espagne. Madame des Ursins mande qu'elle n'ose pas encore en assorer; mais qu'il n'y a jamais eu tant d'apparence . Le roi d'Espagne se fait aimer et estimer de plus en plus ; il parle dans les conseils avec beaucoup de force et partout ailleurs avec beaucoup de bonté. 11 songe à continuer la guerre avec succès et à ressembler * les fonds nécessaires pour la soutenir.

Dimanche 16, à Versailles, — Le roi demeura au conseil jusqu'à une heure; l'après-dlnée il alla tirer, et avant que de sortir pour la chasse il fut longtemps chez madame la duchesse de Bourgogne et y revint encore après la chasse et avant souper. Monseigneur vint ici de Mendon, pour le conseil , passa ensuite chez madame la duchesse de Bourgogne, et puis retourna dîner àMeudon. On a commencé ce matin à dire la messe dans la chambre de madame la duchesse de Boiu^gogne, qu i se porte toujom*s de mieux en mieux. — Le mariage du comte d*Évreux est arrêté avec mademoiselle Crozat, qui n'aura douze ans qu'au mois de mars; son père lui donne en mariage la valeur de deux millions, quoiqu'il ait encore beaucoup d'autres enfants. — Le roi travailla le soir avec H. des Chamillart chez madame de Maintenon , comme il faifl tous les dimanches.

Lundi il, à Versailles. — Le roi prit médecine pa'pure précaution, comme il fait tous les mois, et après dM ner il travailla chez lui avec M. Pelletier ; à six heur^

JANVIER i7OT. »7

il Tint chez madame la duchesse de Bourgogne. -**** Le mariage de H. de Gondrin avec mademoiselle de Noailles est réglé; on n'en sait pas encore les conditions; Toilà d^à six filles du maréchal de Noailles mariées ; il y en a encore trois à marier. -^ On mande de Liège que les troupes de Féleoteur de Brandebourg veulent se saisir de Herstal^ sur la Mense^ qui étoit au feu roi Guillaume^ dont l'électeur de Brandebourg se prétend l'héritier. Les HoUandois ne veulent pas qu'ils se saisissent de ce poste ; on ne sait si cette affaire-là n'aura point de suites.

Mardi iS, à YérsaHleê. -^ Le roi y après le conseil de finance^ travailla encore avec M. de Charaillart; Taprèsdinée S. H. alla à Thanon^ et au retour de sa promenade il alla chez madame la duchesse de Bourgogne , qu'il n'avoit pu voir avant que de sortir ; le soir il travailla avec M. de Pontchartrain chez madame de Maintenon. — M. de Noailles donne en mariage à sa fille 100^000 écus^ âSO,000 francs en effets dont M. d'Aniin est content ^ et 80^000 francs en pierreries^ meubles et nourriture. Il doit nourrir les mariés huit ou dix ans , et la duchesse de Noailles cède à sa belle-sœur^ avec le consentemert du roi y sa place de dame du palais^ dor i; elle ne fait guère les fonctions , parce qu'elle mène une vie fort retirée. H. d'Antin donne à M. de Gondrin, son fils^ la terre de Bellegarde sur le pied de 10,000 livres de rente, et madame de Montespan lui donne pour 100,000 francs de pierreries, qui seront substii;Uées la moitié ûu fils aine, et l'autre moitié à la fille ainée.

Mercredi 19, à Versailles. — Le roi alla tirer i'aprèsdlnée et vit madame la duchesse de Bourgogne avant , après la chasse et avant souper. Monseigneur vini ici de Meudon pour le conseil et y retourna diner api*ès avoir vu madame la duchesse de Bourgogne. Le soir le roi travailla chez madame de Maintenon avec M. de Ghamillart. — Il arriva un courrier de M. de Vaudemont , qui mande au roi que les ennemis n'attaquent point encore

le château de Milan y Valence ni Crémone. Ils ont même éloigné leur quartier de cette dernière place^. qu'ils vouloient tenir bloquée ; mais le manque de fourrage les a obligés de se porter plus loin. Le bruit ^ dans leur armée^ est que le prince Eugène a ordre de s'en aller à Vienne, et que l'empereur veut qu'il emmène six régiments avec lui pour les envoyer en Hongrie^ où les mécontents sont plus forts que jamais.

Jeudi 20, à Vermilles. — Le roi dina de bonne heure et alla se promener à Marly ; il va toujours trois fois le jour voir madame la duchesse de Bourgogne. Monsei* gneur revint de Meudon et remit au lendemain la comédie qui étoit commandée , parce que c'est l'anniversaire de la reine mère^ morte en 1666. — M. le comte de Chàtillon, un des deux premiers gentilshommes de la chambre de M. le duc d'Orléans^ lui a demandé permission de se défaire de sa charge^ ce que S. A. R. lui a permis. Quand Monsieur mourut, il avoit quatre premiers gentilshommes de la chambre; M. le duc d'Orléans n'en a que deux^ qui sont M. de Chàtillon et M. de Sassenage, et Monsieur, qui en avoit quatre en mourant, n^en avoit qu'un au commencement, quand on fit sa maison. — M. le duc de Guiche eut de violents frissons, et comme on croit qu'il y a du venin à sa maladie y il s'est fait transporter du château à l'hôtel de Gramont.

Vetidredi 21, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise, comme il fsdt tous les vendredis, et alla tirer l'après-dlnée. — L'empereur a fait demander de grandes contributions à Bologne et à Ferrare. Le pape a fait assembler un consistoire dans lequel il a été résolu de refuser ces contributions. S. S. a fait venir le cardinal Grimani, à qui il a déclaré que, si l'empereur vouloit exiger ces contributions par force , il s'y opposeroit par tous les moyens que Dieu lui avoit donnés et se serviroit des armes spirituelles et temporelles. — Le comte de Guitaut a acheté 51,000 francs le régiment de

Rouergue de M. de Rigolet^ qui est mort quelques jours après la conclusion de ce marché. Guitaut avoit un nouveau petit régiment qu'il a vendu 20^000 livres à Marlou, qui étoit capitaine d'infanterie dans Lassay. — II y eut le soir comédie. Le soir le roi, étant chez madame de Maintenon , envoya chercher M. de Chamillart et travailla avec lui , quoique ce ne soit pas un des jours qu'il a accoutumé d'y travailler.

Samedi 22, à Versailles. — Le roi, après le conseil de finance, travailla avec M. de Chamillart; Taprèsdinée il alla se promener à Marly. Le soir on joua à Glagny la comédie des Importuns de Châienay , faite par Malezieu ; il y a à cette comédie beaucoup de musique et d'entrées de ballet, qui furent dansées par les meilleurs danseurs de l'Opéra. Monseigneur, monseigneur le duc de Berry, Madame et presque toutes les dames de la cour y allèrent. — Maubourg a acheté le régiment de Ponthieu , que le roi avoit donné à vendre à la famille de Goteron après la mort du jeune Goteron , et Maubourg , qui avoit un petit régiment , l'a vendu à Saint^Paul , fils de la sœur de M. de Ghivemy. — M. le duc de Savoie demande à l'empereur qu'on le mette en possession de Montferrat et de la Laumeline suivant le traité qu'il a fait avec lui, et le prince Eugène lui a fait répondre , de la part de l'empereur, qu'on exécuteroit le traité après la paix, et on est persuadé que M. de Savoie n'a pas été constant de cette réponse. — M. le duc de Saint-Aignan a épousé à Paris mademoiselle de Besmeaux; la noce se fit chez madame de Villacerf , grand'mère de la fille.

Dimanche 23, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à Trianon. — On sut le matin , au sortir du conseil, que le roi envoyoit le maréchal de Tessé commander l'armée destinée à passer en Italie , et on compte toujours que M. le duc d'Orléans en sera généralissime; mais ce prince ne doit partir qu'au mois d'avril , et le maréchal de Tessé partira incessamment. — M. le comte

200 lOURNAL DE DANGEAU.

de ChàtilloD y qui avoit demandé à M. le duc d'Orléans à se défaire de sa charge^ a prié S. A. R. de trouver bon qu^il la gardât^ du moins jusqu^à la fin de la eampagne. — Il y a eu un grand mouvement à Bruxelles; le^ ohal* nés même ont été tendues dans les rues. On y veut éta^ blir beaucoup de nouveaux droits } ainsi cette ville^ qu'on vouloit dans le commencement décharger de tous les impôts^ s'en trouve accablée présentement^ et les ennemis n'y consomment plus l'argent que les François y oensommoient. — Le roi travailla le soir ches madame àm Maintenon avec M. de Chamillart.

Lwidi 2ky à Versailles. — Le roi dina de bonne heure et alla courre le cerf dans le parc de Marly. Après la chasse il alla se déshabiller au château, comme à son ordinaire, se promena ensuite dans les jardins jusqu'à la nuit et puis revint ici. La duchesse de Saini'Aignan fut présentée au roi par madame de BeauviUiers et prendra demain son tabouret au souper. Le roi lui dit que, pour bien faire^ elle n'avait qu'à suivre l'exemple et les conseils de madame de BeauviUiers (1). — Il arriva hier au soir un courrier de H. de Yaudemont; les lettres sont du 7. Les troupes de M. de Médavy sont en très-bon état; on assure qu'il a vingt-quatre mille hommes. Les ennemis se sont éloignés de Crémone ^ et Ton dit toujours, dans leur armée, que le prince a ordre d'aUer à Vienne et d'y mener quelques régiments. ,

Mardi 25, à Versailles, — Le roi, après le conseil de finance, travailla encore avec H. de Chamillart jusqu'à une heure. L'après-dinée il alla tirer, et le soir, Ûaez

(1) K On assure que mademoiselle de Besmeaux n^avoit qu'on an et demi lorsqu'elle entra dans un conyent , qu'elle n'en a que seize et qu'elle n'est sortie du couyent que pour se marier. Ainsi l'on peut dire que n'aysM encore nulle connoissance du monde , c'est une cire molle que l'on maniera comme l'on voudra ; mais comme elle est en bonnes mains et qu'elle ne verra que de bons exemples , il y a tout lieu de croire qu'elle ne prendra que de bomies impressions. (Mercure de janvier, page 35a.)

JANVIER iMT. S91

madame de Hainténon , il travailla avec M. de Ponchartrain. — On reçut des lettres de M. de Rodes du 7. Il mande qu'il a trouvé le corps de la mine à quoi il fait travailler, qu'elle est très-abondante et qu'il va incessammentfairelapremière fonte; ainsi Ton croit que dans huit jours on aura des nouvelles qui feront juger plus sûrement du succès de cette entreprise « — M. de Gondrin épousa à Paris mademoiselle de Noailles; le cardinal de Noailles les maria dans sa chapelle. *— * Le roi Stanislas n'est point encore retourné en Pologne ; le roi Auguste ne l'a point voulu voir jusqu'ici, quelques instances que lui en a faites le roi de Suède. — ^M. le cardinal de Noailles a réglé que le jubilé commencera lundi; il durera quinze jours; il n'y aura qu'une station et trois jours de jeûne dans une des deux semaines.

Btererédi 26, à Ver$ailkê. — Le roi ne sortit du conseil d'État qu'à une heure ; l'après-dlnée il alla se promener à Trianon. Il va tous les jours trois fois chez madame la duchesse de Bourgogne depuis sa couche. Elle a commencé à se lever depuis quelques jours ; elle dîne debout et puis se recouche après son diner. — On reçut des lettres de Madi^id du 15. Les espérances de la grossesse de la reine d'Espagne continuent toujours. Le roi avoit écrit au roi d'Espagne de lui envoyer un officier général qui fût bien instruit d e Tétat des troupes et de tout ce qui regarde la guerre de ce pays*là ; le roi d'Espagne a choisi, pour cette oommissioii-là, le marquis de Branca», qui arrivera ici à la fin du mois. — On a changé la nourftce de monseigneur le dUc de Bretagne, parce qu'elle a eu la fièvre; mais le prince se porte à merveille.

Jeudi 27, d Vêfêailleè. -— Le roi dîna au sortir de la messe et puis alla courre le cerf dan» le parc de Marly^ Il y eut bal chez madame la Duchesse, pour M. le duc d'Enghien et pour les princesses ses sœur» et mademoiselle de Conty ; le bal commença à siï heures du soir et finit à dix; monseigneur le duc de Berry y alla. — On a

2d2 JOURNAL DE DANGEAU.

appris de Sicile que le marquis de Bedmar^ qui en est viceroi, étoit à l'extrémité. On sera fort fâché en ce pay&-ci et en Espagne, parce qu'il est fort attaché au service des deux couronnes. — Toutes les lettres qu'on reçoit d'Italie parlent de la paix de M. de Savoie ^ mais on n'en ditrien ici, on ne croit pas même cette nouvelle bien fondée.

Vendredi 28, à Versailles. — Le roi devoit aller courre le cerf à Marly avec les chiens de M. le comte de Toulouse , mais il eut une grande migraine qui Ten empêcha; il^ promena l'après-dlnée dans ses jardins et se trouva fort soulagé le soir. — Le clergé doit s'assembler^ le 15 du mois qui vient pour emprunter vingt-quatre millions en billets de monnoie, dont ils payeront l'intérêt au denier vingt-quatre en argent comptant; ces vingtquatre millions de billets de monnoie seront ôtés du commerce, et le roi assignera un fonds au clergé, d'un million par an, pour payer ces intérêts ; ainsi il n'en coûtera rien au clergé. C'est proprement prêter son nom au roi; mais les particuliers qui auront prêté les billets de monnoie croiront encore leur revenu plus sûr, le clergé y étant obligé en son nom. — On parle fort du mariage du comte deGacé avec mademoiselle de Beaumanoir, qui a plus de ^•00,000 francs de bien échu. — Monseigneur alla le soir à Clagny voir la comédie des Femmes savantes, que joua madame du Maine.

Samedi 29, à Versailles. — Le roi ne se sent plus de sa migraine et tint le conseil de finance, comme il fait tous les samedis. Le soir il y eut comédie. — On mande de Paris que le comte de Gramont est à la dernière e]Ptrémité et qu'il ne passera pas la nuit. — Les lettres dje la Haye disent qu'on y attend milord Marlborough; qu'il veut ouvrir la campagne de bonne heure. Us ont de grands magasins dans leurs places les plus avancées; ils font un détachement de quatre hommes par compagnie pour envoyer en Portugal. — De Rodes mande qu'il a fait uno tr4>s-petite fonte dans laquelle il a trouvé quatre

cents marcs de bon argent; il compte que la mine est si bonne qu'il y a la cinquième partie d'argent , et que dans les mines du Potosi il n'y en a qu'une sixième partie.

Dimanche 30 , à Versailles. — Le roi ne sortit du conseil d'État qu'à une heure ; il alla Taprès-dlnée se promener à Trianon^ et le soir^ chez madame de Maintenons il travailla avec M. de Chamillart. Le soir il y eut bal à Glagny^ où alla monseigneur le duc de Berry en masque. — Le comte de Gramont mourut à Paris la nuit passée ; il avoït un brevet d'affaires, un brevet de justaucorps bleu, et 12,000 francs de pension. Il avoit été gouverneur du pays d' Aunis , et avoit vendu ce gouvernement il y a quelques années à M. de Gacé. Il n'a laissé que deux filles': madame de Staffort et l'abbesse de Poussay. n avoit du moins quatre-vingt-six ans*. — Le roi a donné un brevet de retenue de 100,000 francs à M. de Montpeiroux sur sa charge de mestre de camp général de la cavalerie, qu'il acheta il y a quelques années du maréchal Rose.

* Le comte de Gramont étoitmi vieux sacripant de cour et de monde, qui avoit beaucoup d'esprit et d'impudence et qui avoit honte bue sur tout. Il étoit frère de père du maréchal de Gramont, dont la mère étoit fille du maréchal de Roquelaure, et celle du comte de Gramont étoit soeur de Bouteville , décapité à Paris pour duels , père du maréchal de .Luxembourg. Il s'étoit attaché à M. le Prince, qu'il suivit en Flandre, se promena après en Angleterre, y devint amoureux de mademoiselle d'Hamilton, que ses frères le forcèrent d'épouser et qu'il amena en France. Les Mémoires de sa vie, qu'il n'a pas eu honte d'écrire et de publier, le font assez connoître. Ce ne iiit pas une légère tache à notre cour qu'un aussi publiquement malhonnête homme, poltron, fripon au jeu, escroc et plein de toutes sortes d'infamies, nonseulement les portât toutes avec un front d'airain, sans eu désavouer pas une , mais eût acquis une fayeur et une liberté auprès du roi qui le rendit continuellement redoutable aux ministres même. G'étoit un homme à qui tout étoit permis et qui se permettoit tout. Le roi parlant un jour d'un envoyé du Nord qui venoit de repartir après un compliment et qudque chose de plus qu'il étoit venu faire et dont il s'étoit

294 JOURNAL DE DANGEAI3.

fort mal acquitté : « Vous y^rrez, Sira, dit le comte, quç c'esx quelque parent de ministre. » Il ne marchandoit personne et souvent en face. Étant fort malade, un an devant sa mort, sa femme lui voulut parler de Dieu ; l'oubli entier dans lequel 11 en avoit été toute sa vie le jeta dans une grande surprise de nos mystères, et se tournant vers sa feffme i « Comtesse, lui demanda^MI* <I3WSI me djfb'tu )>iea vrni? » Et comme du temp$ 9prè3 ellç lui v^citQit le Pc^t^r *. « ComteMe, cette prière est belle. » I| n'en avoit pas 1^ moindre notion. De ses dits et de ses faits on en feroit un livre , mais qui seroit déplorable si Ton en retranchoitreffironterie et les'^ saillies. Avec tout cela il avoit debrellé la cour, et la tenoit m respect. Ce brevet d'afifiadres qui! avoit est un brevet d'eutrées , beaucoup moindres que celles des premiers gentils^ hommes de la chan^bre et beaucoup plus grandes que les entrées de la chambre.

Lundi 31, à' Vermlhs, — Le roi dîna de bonne heure et alla se promener à. Marly, 11 fera son jubilé cette sçr maine. Au retour de MarJy il travailla che« madame de Maintenon avec M, Pelletier. -^ Le mar<j|uis de Brancas arriva d'Espagne; il est parti de Madrid le t7, et on n'y doutoit quasi plus de la grossesse de la reine d'Espagne. LL. MM. ce. ont choisi M. de Zuniga, qui est à Paris, pour venir faire des compliments sur la naissance de monseigneur le duo de Bretagne. On a envoyé, il y a quelques jours, un courrier à Madrid, dont on attend le retour, pour donner les ordres à M. de Brancas, et en attendant il rendra compte au roi et à M. de ChamiUart de l'état des troupes de ce pays-là. Avant qu'il partit de Madrid le roi d'Espagne lui dit qu'il le destinait à aller commander les troupes de France qu'on détachera de la grande armée pour servir cette campagne, en Castille, sous le marquis de Bay,

Mardi V^ février, à Yermilki, -^ La roi, après le conseil de finance, travailla encore avec M. de ChamiUart; Taprès-dlnée il alla se promener à Trianon, et le soir, chez madame de Maintenon , il travailla avec M. de Ven- ■ dôme et M. de ChamiUart. — On avoit envoyé hier un couprior à M. de Vendôme pour le faire venir ; on veut régler

avec lui les offioieps généraux qui serviront cette campagne CB Flandre , et Ton oroit qu'ils seront déclarés cette aemaine. «^ Le bruit avoit couru que milord MarlboroQg;h étoit arrivé à la Haye^ mailB cela n'est pas vrai; on dit toujours en Hollande qu'il y arrivera avant la fin du mois. Ge milord a refusé le gouvernement de Flandre aveo le titre de vicaire^ qui est encore au-dessus et que rarohiduc lui avoit offert. — Madame de Frontenac est morte depuis quelques jours à Paris; elle étoit veuve de M. de Frontenac qui a été longtemps vice-roi en Canada. Elle n'a point d'enfants et a fait H. le Premier son légataire universel; mais on compte qu'elle laisse fort peu de Men*.

* Madame de Frontenac avoit été fort belle, galante, toujours du grand lAonde et femme de beaucoup d'esprît, mêlée en beaucoup d'intrigues.

Mercredi 2, jour de la Chandeleur, à Versailles, — Le roi et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée. Il y eut procession des chevaliers de l'Ordre dans la cour, comme ily a toujours à pareil jour. Le soir, chez madame de Maintenon , le roi travailla avec H. de Ghamillart. Madame la duchesse de Bourgogne vit hier les ambassadeurs et beaucoup de courtisans; elle compte de se relever dimanche. — Les états de Languedoc se sont séparés après avoir accordé au roi généralement tout ce qu'il avoit demandé; ils donnent trois millions pour le don gratuit et deux millions pour la capitation. —- On a reçu des lettres de Madrid du 22 ; la grossesse de la reine continue. — Toutes les lettres d'Allemagne portent que les mécontents de Hongrie sont maîtres de toute la Transylvanie, à la réserve d'une ville et d'un château qui tiennent encore pour Tempereur.

Jeudi S, à Versailles. — Le roi tint le conseil qu^il auroit tenu hier sans la fête ; il alla l'après-dlnée à Marly . Monseigneur alla Taprès-dinée à pied à la paroisse pour

faire ses stations. Le roi donna audience y le soir y au marquis de JBrancas chez madame de Haintenon. — Madame de Frontenac avoît un joli appartement à TArsenal^ que madame la duchesse du Maine prend pour elle. — On a des lettres de Madrid du 25 qui confirment la grossesse de la reine d'Espagne. On mande de ce pays-là que les troupes angloises et hollandoises qui débarquèrent en Portugal il y a quelques mois ont eu ordre d*y demeurer, et qu'ils n'ont fait passer dans le royaume de Valence que quelques recrues peu nombreuses. — Les affaires d'Ecosse ne sont pas encore terminées^ et ceux qui ne sont pas dans le parti de la reine Anne voudroient bien que la France voulût entrer dans leurs intérêts et leur envoyer des armes et de Targent.

Vendredi 4 , à Versailles, — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise et alla l'après-dlnée se promener à Marly. — La Barre, capitaine-lieutenant de la colonelle du régiment des gardes, mourut à Paris. M. le maréchal de Gramont et H. de la Feuillade, pendant qu'ils étoient colonels de ce régiment, disposoient des charges de leur compagnie, et le roi , avant que de donner ce régiment au maréchal de Boufflers, lui avoit déclaré qu'il ne vouloit plus que les colonels eussent la disposition de ces charges. La Barre avoit, outre cela, le cordon rouge de l'ordre dé Saint-Louis et quelques pensions. — M. deChamillart, qui est à l'Étang, y donnera audience à tous les directeurs et inspecteurs d'infanterie et de cavalerie pour voir avec eux ce qui est dû aux troupes , et on commence à leur faire donner de Targent pour les recrues et la remonte.

Samedi 5, à Versailles. — Le roi alla, Taprès-dlnée, à pied à la paroisse faire ses stations pour le jubilé, et y demeura plus d'une heure. — L'abbesse de Saint-Étienne de Reims, sœur de feu M. le duc de Montauzier, est morte dans son couvent, âgée de près de quatre-vingt-dix ans. Cette abbaye est une des plus considérables des abbayes

FÉVRiER 1707. 297

de filles du royaume; mais le roi ne disposera des bénéfices vacants qu'à Pâques. — Le cardinal Colonitz est mort à Vienne. Il y a présentement quatre places vacantes dans le Sacré Collège. Il étoit archevêque de Gran, et le cardinal de Saxe-Zeist^ qui est revenu de Pologne à Vienne, presse fort l'empereur de- lui donner cet archevêché. — Le maréchal de Tessé a eu une grande audience du roi chez madame de Maintenon et en aura encore une avant que de partir, où sera M. de Chamillart y pour régler tous les projets de la campagne de ce côté-là.

Dimanche 6, à Versailles, — Le roi fit ses dévotions à la chapelle pour son jubilé et l'après-dlnée alla à vêpres et au salut. Monseigneur, qui avoit fait son jubilé il y a quelques jomns, alla dîner à Meudon, où il demeurera toute la semaine. Madame la duchesse de Bourgogne alla à la chapelle se relever et elle se trouva un peu incommodée, le soir, d'être sortie sitôt après ses couches. — Le roi a donné à M. de Saint-Hilaire (1) , lieutenant d'artillerie et qui la commande en Flandre j] le cordon rouge qu'avoit la Barre et la lieutenance de la compagnie colonelle du régiment des gardes à Briçonnet , le plus ancien lieutenant du régiment. Le roi a donné au chevalier de Mianne, colonel réformé de dragons, une pension de 1,000 francs.

Ltmdi 7, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État que sa communion l'empêcha de tenir hier; le soir S. M. travailla avec M. Pelletier. — M. de Villette, lieutenant général de la marine et lieutenant général du Bas-Poitou, a eu permission du roi, depuis quelques jours, de céder •cette dernière charge à son fils, qui est encore fort jeune. — L'empereur a donné l'investiture du duché de MUan à l'archiduc ; ainsi tous les actes qui se font en ce pays-là

(1) « Il est neveu de M. de Samt-Hilaire , aussi lieutenant général d'artillerie, qui étoit auprès de M. le vicomte de Turenne lorsque ce général fut emporté d'un coup de canon. » ( Mercure de février, page 296. )

398 JOURNAL DE DANGËAU.

dans les places qu'ils ont prises se foui au nom de Char* les III. Par les dernières lettres qu'on a d'Allemagne on apprend que l'empereur n'espère plus conserver la Transylvanie , et que les mécontents en sont presque maîtres absolus ; tous les peuples de oe pays veulent pour leur prince le prince Ragotzki y étant fort las de la dominar tion de l'empereur, qui a été fort dur pour les Transyl»vains.

Mardi 8 , à Versailles. — Le roi , après le conseil de finance , travailla encore avec M* de Cbamillart; l'aprègidlnée il alla se promener à Trianon ^ et le soir il travailla avec M. de Pontchartrain chez madame de Maintenoq. Monseigneur courut le loup à Meudon, où monseigneur le duc de Berry l'étoit allé trouver dès lia matin. — I^e bruit se répand fort ici que M. le duc d'Orléans passera en Espagne pour commander le corps des troupes que nous envoyons pour agir dans l'Âragon. On fera partir le duc de Noailles à la fin du mois, qui fera une diver^sion en Catalogne avec un petit corps qu'il commandera.

— Le marquis de Leuville, qui est prisonnier à Turin, est arrivé ici depuis quelques jours. U a apporté au roi une lettre de M. de Savoie, en réponse de celle que le roi lui avoit écrite pour lui donner part de l'heui-eux accouchement de madame la duchesse de Bourgogne et de la naissance de monseigneur le duc de Bretagne.

Mercredi 9, à Versailles* — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée , et le soir il travailla chez madame de Maintenop avec M. de Cbamillart et le maréchal de Tessé, qui prit congé de lui. Il ne sait point encore qi^els officiers généraux serviront sous lui; mais, comme il ne doit partir de Paris que lundi , le roi lui a dit que M. de Cbamillart lui eu enverroit la liste avant son départ, et on croit que ceux des autres armées seront déclarés en même temps.

— Monseigneur vint ici le matin pour le conseil et s'en retourna dîner à Meudon. Monseigneur le duc de Bourgogne fit ses stations pour le jubilé. — On commence à

FÉVaiER i707. S90

distribuer beaucoup d'argent aux officiers pour les recrues et les remontes. Les directeurs et inspecteurs de l'armée de M. le duc d'Orléans^ qui est repassée en France, assurent que la cavalerie sera conîplète et que les bataillons, avec les recrues que le roi donne y seront au moins de cinq cents hommes. Il en a repassé cent deux avec M. le duc d'Orléans, dont on en envoie quelques-uns en Espagne.

JeiLdi 10, à Versailles. — Le roi dîna au sortir de la messe et alla courre le cerf dans le parc de Marly ; il s'y promena ensuite dans les jardins jusqu'à la nuit. Le duc d'Albe présenta au roi M. de Hupelmonde, qui arrive de Madrid; le roi d'Espagne l'envoie ici pour apprendre au poi la certitude de la grossesse de la reine d'Espagne, suie a été annoncée au peuple de Madrid avec lacérémo^ nie accoutumée en pareille occasion en Espagne; voici l'usage : On sonne la grosse cloche du palais ; le peuple y accourt en foule ; le roi et la reine paroissent sur un balcon et déclarent que la reine est grosse. Outre cette oérémoni&4à, il s'en fait encore une autre qui n'étoit pas encore faite quand H. de Rupelmonde est parti, qui étoit le dernier du mois passé. Cette seconde cérémonie, c'est que la reine va en chaise à Notre-Dame d'Atocha, suivie de tous les grands à pied qui environnent sa chaire, pour remercier Dieu. -^ Madame de Caylus reparut à la cour et vint au souper du roi. Il y avoit treise ans qu'on ne Tavoit vue; on Tavoit crue chassée de la cour, et elle ne l'étoit point*.

* Pour le coup, les Mémoires sout trop politiques, et ils ne persuaderont à personne de ces temps que madame de Caylus n'ait pas été cbaiaée. Sa dévotion, qui avoit été extrâne durant son exil , finit avec la direction du P. de Latour et un peu auparavant sans doute« puisqu'elle la troqua ai aisément pour une pension- Ce fut le premier pas de son retour. £lle reparut belle encore conune unange^ et madame de Maintenon, qui Taimoit toujours , et dont Tesprit Tamusoit infiniment, fîit ravie delà revoir, et ne tarda pas à Tinitier peu à peu dans tous les partieulÎ6rs chee elle avec le roi, qui s'en amusoit aussi , mais qui crai-

gnoitson esprit et ne Taima jamais. Elle ne fut pas longtemps sans être de tout , et sans tenir chez elle un petit tribunal de ce qui étoit le plus exquis et le plus en figure à la cour. Elle n'y craignit pas, quand elle fut tout à fait initiée , d^revoir le duc de Yilleroy tous les jours, et qui, après la mort du roi et de madame de Maintenon, ne bougea plus de chez elle, et y soupoit tous les soirs en maître de la case jusqu'à sa taort, dont il pensa mourir de douleur, quoique quelquefois las TuQ de Tautre. Lai pauvre femme s'étoit souvent moquée de sa dévotion deParis depuis son retour à la cour, et des nuits des jours saints qu'eUe avoit passés devant le Saint Sacrement à Saint-Sulpice. Elle n'étoit pas bonne , et avoit de quoi être fort méchante.

Vendredi 11^ à Versailles. — Le roidina à onze heures et puis alla à Marly courre le cerf dans le parc avec les chiens de M. le comte de Toulouse. Madame la duchesse de Bourgogne recommença hier à aller chez madame de Maintenon, comme elle faisoit avant ses couches; elle y demeure jusqu'au souper; ainsi le roi, qui la voit là longtemps y ne va plus chez elle ni Taprès-dlnée ni le soir. — M. le marquis de Nesle, qui sort des mousquetaires^ remercia le roi de l'agrément qu'il lui a donné pour acheter la compagnie des gendarmes écossois que le comte de Roucy lui vend 190,000 francs. Cette compagnie est la première de la gendarmerie ; quoiqu'elle ne soit pas comprise dans les troupes de la maison du roi, elle a pourtant le pas avant les mousquetaires. — On mande d'Angleterre que le parlement d'Ecosse a approuvé tous les articles pour l'union des deux royaumes, qu'on n'appellera plus ni Angleterre ni Ecosse , mais la Grande-Bretagne.

Samedi 12, à Versailles. — Le roi, après le conseil de finance, travailla avec M. de Chamillart jusqu'à une heure; l'après-dinée il alla se promener à Trianon. Monseigneur revint de Meudon, ou il étoit depuis huit jours. — Il arriva un courrier d'Espagne, les lettres sont du iSp. La reine continue à se hien porter dans sa grossesse. Le duc de Berwick étoit revenu à Madrid après avoir fait un tour sur la frontière d'Aragon; il avoit

me^mié avec lui dans ce voyage Legall^ qui ne revient plus en f rance^ comme on l'avoit dit. Le chevalier de Silly ne re^^rient point non plus; mais on croit que M. de JeoffreviLX^ sera obligé de revenir^ parce qu'il perd la vue. Les trc^'wipes ennemies qui avoient débarqué en Portugal il y «3i* quelques mois se rembarquent pour passer dans le ro-y^aume de Valence. — Mademoiselle de Goello mourut à I^aris; elle avoit quatre-vingt-six ans. Elle étoit tante de H. de Soubise, et il lui en reviendra 100^000 écus.

JHmanche 13, à Versailles. — Le roi ne sortit du conseil qu'à une heure; l'après-dinée il alla se promener à TK7*^manon et le soir il travailla avec M. de Chamillart chez im.culame de Main tenon. — Sur les neuf heures et demie dmi soir M. de Pontchartrain mena au roi un courrier du conte de Villars, qui est entré dans Port-Mahon avec ti^ois vaisseaux de guerre. Il avoit neuf cents soldats avec liiî , qu'il fit mettre pied à terre sous le feu de beaucoup ^^ canon ; il prit encore cinq cents hommes qui étoient d^Jïs la place , et avec ces quatorze cents hommes il aUa attaquer cinq mille hommes, presque tous des milices du I^ys véritablement^ mais qui avoient plusieurs retran- ^*^enaents devant eux. Il força tous ces retranchements^ - "*^^xi^ tua cinq cents hommes ; le reste retourna dans leurs ^^Hciges et presque tous ont renvoyé leurs armes. Il y ^^^oit, parmi ceux qu'on a pris, quelques moines avec ^^"■'**" habits et des fusils ; on les a tués et on a fait pas-

par les armes un augustin qui se distinguoit parmi

rebelles; on l'a fait passer par les armes, ne trou-

jL^ * —^ point de bourreau pour le pendre. Toute Tlle de

•. ^^^orque est rentrée à l'obéissance du roi Philippe.

^^ ^^^fficier qui a apporté cette nouvelle est le chevalier de

1 ^^Viyon, qui loue fort !l valeur de cent cinquante Castil-

■^s qui étoient dans la place

-Cundf 14, à Versailles. — Le roi tint conseil de dé-

^^<ihes, qu'il ne tient que tous les quinze jours; M. de

^*^^millart y vint fort tard, parce que M. le duc d'Orléans

alla le voir et fut enferme longtemps avec lui. L'après» dinée le roi alla tirer^ et le soir, chez madame de MmiltenoD^ il travailla avec M. Pelletier. Le soir il y eut ecH médie , où madame la duchesse de Bourgogne alla en robe de chambre avec Monseigneur; elle est toujours en grand habita mais Monseigneur a trouvé bon qu^elle y allât en robe de chambre parce qu'elle n'est pas encore entièrement rétablie. — Les régiments des gardes françoises et suisses ont ordre de se tenir prêts à loais cher le k du mois prochain ^ et le roi en fera la revue le l''^ La maison du roi a ordre d'être prête pour parottre devant- le roi le 10, et de là marchera en Flandre. —^11 arriva un courrier de M. de Vaudemont, qui mande que les troupes de M. de Médavy sont en trë9-bcm état; les ennemis n'ont point encore commencé le siège du château de Milan ni de la citadelle de Modène. Nous avons fait sauter il y a quelque temps les fortifications de la Mirandole. M. de Mantoue est allé faire un tour à Venise. Mardi 15, à VerMillê$. -^ Le roi tint conseil de finanee à son ordinaire. Avant qu'il y entrât le nonoe lui donna part de la mort du roi de Portugal. L'après-<klnée il alla se promener à Marly^ et le soir, chez madame de Mainte* non, il travailla avec M. de Pontcfaartrain. À son dîner il parla au maréchal de Villars de la belle action qu'avoit faite, à PortrMahon, le comte de Villars^ son frère^ action d'autant plus belle que le Port-Hahon sans eela n'auroit pas pu tenir encore longtemps, les soulevés empêchant les vivres d'y entrer. On en a ôté un régi-* ment de Majorquins qu'on a envoyé à Collioure, et on y a laissé un bataillon françois avec celui qui y étoit déjà< >-*- Le roi donna ordre au duc de Tresmes de lui faire flitire un habit violet pour mardi. Ce%)nt les gentilshommes de la chambre, et non le grand^maitre de la garde^robe, qui ordonnent ces habits-là. Le roi portera le deuil six semaines, quoiqu'il n ait nulle parenté avec le roi de Portugal, et que, de plus , il n'y soit pas engagé par ami-

lië^ mais simplement pour faire honneur aux tètes couronnées. Le roi de Portugal étoit grand-oncle de madame la duchesse de Bourgogne, par sa première femme qui étoit une princesse de Nemours, cadette de madame la duchesse de Savoie, grand'mère de madame la duchesse de Bourgogne^.

' * La prière femme de ce roi de Portugal étoit mademoiselle d'Àumale, si célèbre pour avoir répudié, détrôné, enfermé, expatrié le roi son premier mari et épousé le frère de ce premier mari; lequel ftère, durant sa vie, ne porta titre que de prince-régent, et de roi après M mort, qui est le roi de Portugal qui vient de mourir, qui n'en a point laissé d'enfants, mais seulement de sa seconde femme, palatine Neubourg, sœur de Timpératrice, femme de l'empereur Léopold. Cette première, qui étoit mademoiselle d'Aumale, étoit sœur delà mère du pmnier roi de Sardaigne , toutes deux filles de M. de Nemours, tué en duel par le duc de Beaufort, et de la sœur de ce même duc de Beauforts , enfant de César, duc de Vendôme, bâtard de Henri IV et de la belle Gabrielle d'Estrées. Cette raison aida fort au deuil desix semaines, qu'on prétexta de Thonneur des têtes couronnées. 11 en eut une fille Unique, morte sans avoir été mariée , dont le mariage fait avec M. de Savoie, son cousin germain , fut rompu par lui.

Mercredi 1 6, à Versailles. — Le roi tint conseil d'État

âk son ordinaire; il alla tirer l'après-dinée^ et le soir il

tvravailla chez madame de Maintenon avec M. de Chamil-

Icij^ et le maréchal de Villars, qui, depuis huit jours, a eu

'cis audiences. Monseigneur et madame la duchesse de

^orgogne^ après la messe^ descendirent en bas dans la

Lapelle et tinrent sur les fonts mademoiselle de la Ro-

^5li6-sur-Yon, seconde fille de M. le prince de Conty, et la

Innommèrent Louise-Adélaïde. Le cardinal de Janson fit la

c^ïémonie. Mademoiselle de la Roche-sur^Yon a, je crois^

l^"uit à neuf ans. — Vigny , lieutenant général et lieute-

^^Qt de Tartillerie^ est mort. Il laisse un l>ien considéra-

1^1« à ses enfants ; il avoit eu le régiment des bombar»

^«Ps; mais^ ne pouvant plus servir, le roi donna. Tannée

P*«8ée, ce régiment au petit Destouches. Il avoit conservé

^^8 appointements et des pensions du roi. — Le soir il y

eut comédie. -^ Le roi a donné 4,000 livres de pension à H. d'Estaing, lieutenant général, qui a servi ces dernières campagnes en Italie.

Jeudi 17, à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure etaUacourrelecerf àMarly. — Le roi, au retour de Marly, reçut une lettre du maréchal de Noailles, qui est fort malade, et, se sentant hors d'état de servir, il prioit S. M. d'agréer qu'il donnât sa démission de capitaine des gardes du corps au duc de Noailles, son fils. Le roi, étant passé chez madame de Maintenon, envoya quérir le duc de Noailles, et lui dit qu'il le faisoit capitaine de ses gardes du corps et qu'il allât porter cette nouvelle |à son père pour réponse à la lettre qu'il avoit écrite au roi. — Le roi a donné au marquis de Brancas, qui s'en va retourner à notre armée d'Espagne , où il est maréchal de camp, 2,000 francs de pension sur Tordre de Saint-Louis qui ne sont vacants que de hier au soir par la mort de Vigny.

Vendredi 18 , à Versailles. ^ — Le roi dina de bonne heure et alla courre le cerf à Marly avec les chiens de M. le comte de Toulouse. Monseigneur courut le loup à Verrières. Le soir il y eut comédie. — Le matin, avant que d'aller à la chasse, le roi donna une audience à M. de Puysieux, son ambassadeur en Suisse, et à la fin de l'audience il demanda à S. M. la place de conseiller d'État qui vaque depuis longtemps. Le roi lui dit : « Il y a plus de deux ans que je vous la destine, et je vous la donne de bon cœur. » Depuis que je suis conseiller d'État, je n'avois point vu les trois places remplies. — Le due de Noailles prêta serment le matin , quoique ses provisions ne fussent pas expédiées ; quand ce sont charges qui prêtent serment entre les mains du roi, il n'est point nécessaire que les provisions soient expédiées. Le duc de Noailles prit ensuite le bâton et il entra en quartier.

Samedi 19, à Versailles. — Le roi, après le conseil de finance^ travailla encore avec M. de Chamillart; l'aprèsdlnée il alla tirer. — Le chevalier de Gacé a été tué à

Lille dans la maison d^une femme chez qui il ail oit souvent ; on dit que le mari de cette femme est en fuite. Le chevalier de Gacé avoit un régiment de cavalerie que le roi a donné à son frère, qui servoit dans la marine. Le régiment allemand qu'avoit Reding avoit été donné à Liumagne, qui en étoit lieutenant-colonel, etLumagne est mort à Carthagène des blessures qu'il avoit reçues au siège. Le roi vient de donner ce régiment, qui vaut 1 0,000 écus de rente, à Reding, parent du premier colonel et qui n'étoit que major dans le régiment. — U y a déjà quelque temps qu'on a fait le procès au prince Emi3Qanuel, à Langallerie et au chevalier de BonnevaJ; ils ont été condamnés à mort et effigies*.

* Le procès fut fait et parfait au prince Emmanuel de Lorraine ^^omme à Langallerie et à Bonneval , sans aucune différence et sans que ~ I. d'Elbeuf ni aucun autre de la maison de Lorraine ait rien tenté làessusy comme avoit, en cas pareil, vainement tâché la maison de

ouillon sur le prince d'Auvergne.

Dimanche 20, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée

e promener à Trianon , et travailla le soir chez madame

e Maintenon avec M. de Chamillart ; le conseil d'État

ura le matin jusqu'à une heure. — Le roi a donné au

uc de Noailles un brevet de retenue de 500,000 livres

la charge de capitaine des gardes du corps, comme

s^on père Tavoit. — Il arriva le major général de l'armée

^e M. de Médavy, par lequel on apprit que la citadelle

^e Modène s'étoit rendue; la garnison, qui n'étoit que de

^^atre cents hommes, a eu une bonne capitulation et a

:^ejoint M. de Médavy. Il a apporté aussi la nouvelle que

les ennemis alloient commencer le siège du château de

Slilan , et que, d'un autre côté , ils bloquoient la Miran-

^ole, que Ton n'a point fait sauter, comme on l'avoit dit.

ïiCs ordres en avoient été donnés et les mines étoient déjà

prêtes; mais, comme la garnison ne pouvoit plus se re-

"iirer, on a jugé à propos de ne la pas faire sauter. —

M. d'EsclainvUliers^ maréchal de camp, est mort (i» VMr ladie à Mantoue,

lundi ai, i Ver saillie, — lie roi prit médeoino par précaution, comme il la prend tous lesi mqiç, at i' twt^ vailla l'aprèft-dUiéc , eht» lui, avoe M, Pelletier, Mppit^^ gneur allai Meudon, où il demeurera jusqu'fi^u vayag^ de Marly, qui aéra lundi. Madame la du^bès^e de Bour*gogne alla à Clagny voir la comédie du Menteuf^ {i), que joua madame la duchesse du Haiue. r^ I^e marquis à'tr tampes, capitaine des gardes de M^ ledui^ d'Orlé^U^» avait eu permission de lui de vendre sa çhaf ge ; \e§ siùets qui se proposoient pour Tacheter n'ont point été agréjiLbles au roi , sans Tagrément duquel M. le duc d'Ortéans ne dispose point des charges considérables de sa maison . Il a prié H. d'Ëtampes de garder donc sa charge et lui en a offert la survivance pour lequel de ses enfiints il voudroit; M. d'Étampes, touché des bontés de M. le duc d'Orléans, Ta assuré qu'il ne le quitterpit jftmais. Il a accepté la survivance pour le chevalier son fils, qui n'a que vingtdeux ans; son aine est lieutenant des gendarmes de S. A. R.) qui donne à M. d^Ëtampes, outre la survivance^ b,000 francs de pension. La charge de capitaine des gardes du corps vaut près de 20,000 livres de rente .

Hardi ââ, à Versailles. *^ Le roi prit le deuil en violet pour la mort du roi de Portugal et tint conseil de finance le matin comme à l'ordinaire; l'après-dlnée il alla se promener à Marly, et le soir il travailla ches madame de M intenon avec M. de Pontchartrain, Il y eut grand jeu Taprès-dlnée chea madame la Duchesse; madame la duchesse de Bourgogne y alla à quatre heures. A neuf heures il y eut bal pour les petites princesses ; ce bal dura jusqu'à cinq heures du matin, et madame la du

(1) D'après le Mercure ce ne serait pas le Menteur de Pierre Comeil mais les Importuns, coméflie de Malczieu, qui aurait été représentée k Clagi en présence de la docliesse de Bourgogne.

FÊYRIER 1707. 9Q?

cbesse de Bourgogne y vint en masque après le ooueher du roi. Il y vint quelques masques de Paris et beaucoup de ta oour. On a cassé un colonel d'infanterie nommé Temaiit^ qu^on prétend quiavoit tenu quelques mauvais discours. -^ Le mariage du comte d'Évreux avec mademoiselle Grozat est entièrement réglé; il en a demandé Tagrément au roi et en a donné part à toute sa famille. Mercredi 23, d Versailles, -^^ Leroiallaraprès->dlnée se promener à Trianon. Monaeigneur vint ici le matin de Veudon pour le conseil et s'y en retourna dîner. Madame la duohease de Bourgogne alla sur les cinq heures faire coliatipu cl^ez maden^oiselle de Melun . — Le roi a donné à Mt le comte d'Évreux IQÛ^OOO francis d'augmentation de brevet de retenue sur 3a charge de eolonel général de la cavalerie ; il en avoit déjà 4>50,000^ si bien qu'il ei| a §&0^0Q0 présentemeat. Grozat^ de qui il épousera la fille à la un du mois, a acheté de madame c3e Nemours la terre d® Tancarville, qu'on prétend qui c3onne le titre de connétable héréditaire de Norman-^ ^^e; cette terre v«^ut 80,000 livres de rente, et il la don-^ ^ai^era au comte d'Évreux pour une partie de la dot de s^li fille* Matignon la vpuloit retirer par retrait lignager; ^Oiiais, par Qpiipiidération pour le comte d'ÉVreux, il s'en désisté^ -^ Le roi^ avant que d'aller à la messe , onna audience à M. le cardinal de Noailles, comme il ait tous les mercredis.

Je^di%k,àVefmllBs. --r- Le roi, après la messe, alla voir ^^L^donseigneur le duc de Bretagne, et l'aprèârdlnée il alla irer. Madame la duohesse de Bourgogne , monseigneur < duc de Berry et madame la Duchesse allèrent diner Maudon et y menèrent, vingt dames. Après le dîner on mme^ jusqu'à quatre heures, et puis Monseigneur les mena Topera d!Àleeete et les ramena toutes àMeudon, où Ton et après souper on joua jusqu'à trois heures, et uis madame la duchesse de Bourgogne et toutes les âmes revinrent ici. Monseigneur est resté à Meudon.

a08 JOURNAL DE DANGEAU.

Monseigneur le duc de Bourgogne alla dîner à Heudon et partit avant madame le duchesse de Bourgogne, et revint ici Taprès-dlnée. — M. de Linières, lieutenant des gendarmes bourguignons, a vendu cette charge 4*5,000 écus au marquis de Renty, qui étoit le plus ancien sous lieutenant de la gendarmerie , et le roi s'est fait une règle dans ce corps, quand le plus ancien sous-lieutenant achète, de lui donner 25,000 francs à prendre sur le premier guidon qui vient à vaquer.

Vendredi 25, à Versailles. — Le roi, après avoir travaillé avec le P. de la Chaise, dîna de bonne heure , et alla courre le cerf dans le parc de Marly, s'y prome^a ensuite dans les jardins, et ne revint qu'à la nuit. Il y eut bal le soir chez madame d'Armagnac, où madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry allèrent en masque après le coucher du roi et n'en sortirent qu'à quatre heures et demie. — J'appris que M. de Gévaudan, qui commandoit nos troupes en Savoie, y étoit mort avant l'arrivée du maréchal de Tessé. — On reçut des lettres de M. de Rodes, qui a entrepris de faire travailler aux mines de Béarn ; il mande qu'il trouve des choses merveilleuses et qui surpassent ses espérances ; mais on craint qu'il ne se flatte, car naturellement il aime fort à se flatter, et on attend des lettres de M. de la Boupdonnaye , intendant de Guyenne , qui a eu ordre d'y aller.

Samedi 26 , à Versailles. — Le roi, après le conseil de finance , travailla encore avec M. de ChamiUart et alla tirer l'après-dlnée. Madame la duchesse de Bourgogne alla à Meudon après dîner voir Monseigneur et en revint pour le souper du roi. — Le marquis de Bareith commandera les troupes de l'empire en l'absence du prince de Bade; les protestants ont absolument voulu que ce fût un prince de leur religion, et l'empereur a été obligé d'y consentir. — On a fait repartir le major général de l'armée de M. de Médavy qui étoit arrivé il y a quelques

jours , et le bruit se répand qu'il y a un traité avec le prince Eugène pour laisser sortir toutes nos troupes d'Italie^ mais on n'en dit encore aucun détail. — M. le cardinal de Bouillon est à Dijon, où il tâche à terminer l'affaire de M. de Bouillon avec le duc d'Albret, son fils. — Les troupes angloises et hollandoises qui s'étoient embarquées à Lisbonne sont arrivées à Àlicante et à Dénia ^ mais elles ne font que six mille hommes tout au plus.

Dimanche 27, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Trianon. Monseigneur vint ici de Meudon pour le conseil et s'y en retourna dîner. Madame la duchesse de Bourgogne alla à quatre heures chez madame de Chamillart, où il y eut grand jeu jusqu'à dix heures. Madame la duchesse de Bourgogne alla souper avec le roi, comme à son ordinaire, et après le coucher du roi elle se masqua et alla au bal chez madame de ChamiUart, qui fut magnifique et qui dura jusqu'à huit heures du matin. Monseigneur le duc de Berry étoit en masque avec madame la duchesse de Bourgogne. — On attend depuis deux ou trois mois des vaisseaux que nous avons dans la mer du Sud et qu'on comptoit qui étoient chargés de vingt-cinq millions du moins, mais on n'en a aucunes nouvelles depuis ce temps-là. — Le maréchal de Villars eut vendredi au soir une longue audience du roi chez madame de Maintenon. On ne tire point de troupes de son armée pour envoyer en Flandre, comme on Tavoit dit; on croit qu'on le fera partir à la fin du mois qui vient.

Lundi 28 , à Marly. — Le roi tint le matin, à Versailles, conseil de dépèches ; M. de Chamillart n'y entra que fort tard, parce qu'il travailla longtemps avec M. le duc d'Orléans. Le marquis de Brancas prit congé de S. M. pour s'en retourner en Espagne. Le roi, après son diner, partit de Versailles pour venir ici, où on sera jusqu'à la fin de la semaine qui vient. Monseigneur y vint de Meudon.

810 JDURÎIAL DE DANOEAU.

Madame la dttohesse de Bourgogne^ qui ne s'étoit mise au lit qu'après le bal de madame de Ghamillairt^ après avoii* déjeuné Bt entendu la mesto^ ne se leva qu'à cinq faemnBs, allafair^ oollati(m chenla maréchaliâ de Noailles^ qui se porte ooùisidérablement nmux^ et puis vint m. *— La cotntesse de ftouey, qUi n'étoit point sur \a liste que le roi donna à tnadtime la duehesse de Bourgogne^ écrite de sa propre main> mais qui se trouva sur la liste qu'on donne à lire aux particuliers, vint ici. Le roi trouva sauvais qu'elle n^en eût pas ^ru tiiadaiâe la duchesse de Bo^tgogne , ei, comme il n'Uvoit pas eu l'intention de ramener, elle fut obligée de s'en retourner. Ce qui «voit fait la méprise^ c'est que son mari est sUf la liste et qu'il «st véritablement du voyage *.

H,* l.a comtesse de "fcôucy ^ît 9àmé dii palais , et eh celte qualité se Woyoît de t<htt "àé dtoît. B y en atôh qud^tfeS'-trties qui toujours oa ^nmqué to^jcruM atioleâlàMaHy, quoique t<mleB n*ydu^nt aller que toiir à tour, quoi^e le roi Veut téglé^ ainsi ii les m^ioit souvent toutes, surtout Tété qu'il y avoit plus déplaces, et insensiblement la coilcïtesse de Roucy s'étoit mis dans la tête que cela étoit de droit, lîllc is'fen êlôit mêiriê éxîifî^iièe {)lus d'une fois , quoique ses compagnes fen tno(pr*sseirt tf elfe. A là fin , le Tfôiltti voirtilt feire setotii' qu'elle n'y avoit «ucim droit, et la fit sottir, oôtnttle mmiVaistrtini, de Marly, dont elle fut d'autant plus outrée que c^t lui avôft été prédit avant d'y aller et sur le point de partir, et que jamais elle n'imagina qu'on se portât à lui en ïaire l'affront.

Mardi V mars-y à Marty. ^-^ Le rei^ après la messe, alla courre le cerf j la chasse fut un peu lon^ue^ et le roi ne diha qu'à trois heures. Madame do la Vrillière y qui est grosse et qui avoit attendu pour dîner avec le roi, s'évâno«ut en striant de table^ mais le ftoir elle reparut comme à l'ordiîiaire» Le fbi se promtna Taprè^^dlnée dans les jardins $ madame la duchesse de Bourgogne et madame de Maintench étoient à sa promenade avec beaucoup de dames. Le soir il y eut idusique > et tous les jours, j usqu'au mercredi des cendres, il y aura musriqueou baL 11 n'y eut point de conseil de finance le matin , et

Page 1