ARS
Mélac ,
Gri^scard.
MABEGHAUX DE CAMP.
MM.de Çléfemb^ult, Comte de Gramont , Saînt-Mauris , Sailly,
Marquis de Liancourt, Marivault, Blanzae.
VîJ|Ï.S^li|;-|:^iirent, Magnac , Liegail , Thîanges, Biron ,
Duc d'Humières , Prince Camille.
fTAi^ii:.
UBUTB1IAI9TS GÉNtiBAUX.
MM.Revel.
^^.préguy,
Tessé,
' Vaubecourt ,
viif^rs,
Bàrbezière^ ,
Méàavy ,
Bacbeviliièrs.
BezoDS ,
Albergottî,
Pracomtal ,
Praslin.
Saint-Frémoiit,
MABÉGHAUX DE CAMP.
MM.ViliepioD,
MM.Chartogne,
2url£uit)eQ ,
Cayoye,
D'Estaing ,
Mpntgon,
P'Àvarey,
Asfeldl'^îné,
Çlermont ,
Greder Allemand,
Aubeterre ,
Comte de Roucy ,
D'Arennes,
Due de Villeroy,
Duc de la Feuillade.
Cheraerault,
Bissy,
Langalerie ,
Flamanville.
Bouligneux ,
M. le duc de la Roche-Guypn hjb sert point ; M. de Ja Roct^^fpucaul4, son pèf e, l'a sofjbaitjé, et en a gî|Lr|é au pi d'une iaçon 4ont S. HI. est çonteq^e; ïfjajs c'egt UffjB perfe
pour le service du roi , car M. de la Roche-Guyon est galant homme et bon officier.
Vendredi 10, à Vermilles. — Le roi, après avoir entendu le sermon, alla se promener à Trianon, où il fait travailler. Monseigneur ne sortit point de tout le jour. Madame la duchesse de Bourgogne, après le sermon, alla à la Ménagerie. — On eut des lettres de M. de Vendôme, qui mande au roi que les Impériaux ont abandonné Monticello et Borgo San-Donino, qui sont des bourgs du Parmesan où ils avoient mis des troupes. Monticello est sur le Pô audessus de Crémone, et Borgo San-Donino entre Parme et Plaisance. — Outre les officiers généraux qui furent nommés hier, il y a eu deux lieutenants généraux nommés aujourd'hui pour servir, Bartillat en Allemagne et Maupertuis en Flandre. M. de Villequier, qui n'étoit point sur la liste , servira aussi de maréchal de camp en Flandre. On envoie en Poitou, pour servir sous M. de Chamilly , Nancla, maréchal de camp, Silly, brigadier de dragons, et Vervins, brigadier d'infanterie. On envoie deux maréchaux de camp servir sous M. de Matignon en Normandie ; ces maréchaux de camp sont MM. du Rozel l'alné et Romain ville. — M. de Saint-Pouanges le fils épouse mademoiselle de Sourdis, qui a environ vingt ans, qui a toujours été nourrie dans un couvent à Paris. Le marquis de Sourdis, son père, lui donne 2,000 écus de pension ; il n'a point d'autre enfant. Elle héritera encore des biens de M. de Montluc , son oncle , et en partie des biens du marquis d'Effiat, en cas qu'il ne se marie point ou qu'il n'ait point d'enfants.
Samedi 11, à Versailles. — Le roi, après son lever, fit entrer M. le maréchal de Catinat dans son cabinet. Ce maréchal avoit eu le jour d'auparavant une longue conversation avec M. de Chamillart, à Paris, qui lui avoit dit, de la part du roi, que S. M. avoit résolu de lui donner le commandement de son armée d'Allemagne. Il se défendit quelque temps d'accepter cet emploi, mais enfin il assura
MARS t709. 340
qu'il étoit prêt d'obéir et d'accepter tous les emplois où le roi croiroit qu'il lui seroit utile. La conversation avec le roi a été telle qu'il convenoit en pareille occasion^ et finit de la part du roi par dire au maréchal : « Présentement nous voici en état que vous pouvez vous expliquer avec moi à cœur ouvert de tout ce qui s'est passé en Italie durant la dernière campagne. » Le maréchal répondit : c( Sire, ce sont toutes choses passées ; le détail que j'en pourrois faire seroit inutile au service de Votre Majesté et ne servitoit qu'à nourrir peut-être des inimitiés éternelles ; ainsi je la supplie de vouloir bien que je garde un silence profond sur tout cela. Je ne me justifierai, Sire, qu'en songeant à vous servir encore mieux, si je puis, en Allemagne qu'en Italie. » Le roi a fort loué ce procédé. — Le roi a donné à M. de Tournemine, exempt de ses gardes, le régiment de dragons que lève la province de Bretagne; M. le comte de Toulouse Tavoit proposé au roi pour remplir cet emploi, et le roi Ta fort loué d'avoir jeté les yeux sur un si bon sujet.
Dimanche 12, à Versailles. — Le roi, après avoir entendu le sermon, alla se promener à Trianon. — M. le duc de Richelieu,qui a déjà été marié deux fois, épouse en troisièmes noces la veuve du marquis de Noailles. Elle lui donne 100,000 livres, et ils signent en même temps un contrat de mariage du duc de Fronsac, fils du duc de Richelieu, qui n'a que sept ans, avec la fille ainée de la marquise, qui en a onze, à qui la mère donne 200,000 livres et une maison magnifique qu'elle a fait bâtir depuis peu à Paris auprès des Invalides. Le roi signera le contrat de mariage de ces enfants pour y donner plus de force. — On mande de Londres que le roi Guillaume a fait une grande chute de cheval et s'est rudement blessé à l'épaule; il y a même des lettres qui portent que la cla^ vicule est rompue. — Le pape a jugé l'affaire entre Madame et M. l'électeur palatin; sa sentence arbitrale porte que Madame aura de cet électeur, pour toutes les préten-
iib jourinAL de dai^gëau.
tiôûk iiù'ëllê à, â0b,(}60 éctis rotnàiilé, éh dëflùi^lil; ^i* ëèttë febfaïaè feè l|u'ëlle A déjà tôùdhé. Vûbhé m Tégëti, bfasd*^ë des aîfaireë dé Màdàiiië à Rome, à proiié^ é6htî^ cëtie ^ntence, t^i^^tendatit ^k le {>&pe à ëifeëdë âdii ^ù- V8ih ^arcë Ijùé, ^iat lé tfàitë de Ry^ck, il ètVoit Wé êl^ té^lë qtife, si rerapereur et le roi, ^ui ëtbifeht àrbitl*S de cfe différend, ne pottvôient pi» Contenir, l'affaire sërôii portée àU pape , qui conflrttierôit là sëdtènce dii rdi (3ii celle dé rémtiei*eilr, et qùfe dans le jugeméllt cfti'il vtëtii de rendre il a pris un troisième parti. Le pape âvcfli nbifaiHê sept comtilissdlreS pdUr exàminei* cette "âfiail'e-là; de ëes sept, trois ont éiÉ d'âVis de confirmer la '^niënbe du roi et quatre bnt opiné pdut l'expédient qîie le j^ajië a sttlvi. — Les deux âidès-rbdjoni des garàes du cbrjJé ^tiittent, n'étant ping eil Btat dfe èërtir. Sérigiiâil ri'ddeiiiftndéauroi, pour récoriipéiiôfei tjii'ùii logement ici dànfe lé cMtëati, et lé roi lui lâisëè Ife siéiii en àtténttarft tjnll iiii ëii pùisfeë ddniièr un plûS cdnîtnddè pour lui et pour sa femme. Il a dit au roi qu'il ëtdit âfeôèz rlclief et i|tle S. M. lui âvoit fait assez de gtâcë pour n'ftVbit- l^esoîii (Juë dés c8Wtiiddité§ p6ûi^ lui fklk sk bdtit ëi lUi té^ ihdigHëi^ éS JtecbnnolSî^nce. Tâste; ijUi fa'ëst jUaè bien ëâtift M àffetîre§, àiira 7,060 ft*tncs dèt^enèlëti en aitendàilt qiie S: M. Itii dbtine un gouvernement oU lui tkàsë qtielqtie kûttë grâbe.Le roi dônhe lat place de Sérignàîl â d'Avigfatiti, dui étoit preifaiet» eiisëignë de la cbttlpagniè de Dtli^s, et éi^é de TUste à Brussac, Inajor des (^rèlbiniers qui sbnt éti Italie ; il est de la maison de M. d'Hautefort; il fejrt Itère dé Malxjiléssac , colonel d'Infanterie, et ili^ !^nt tiëtëill[ de Brussac qui est mort lieutenant des ^dës dii borps. Le roi à promis à Tastë un logenient à Vëtv sdillés. Ces deux nouveaux aides-majd^§ Serviront alternativement^ l'un â l'armée et l'autre â la cour, ciu Keii que dëj[)td§ liueltjùés années Tâste ^érvoit toujours à l'artnéë fetSérignttîiâlacotir.
tûndi 13, a V^iailks. — Le roi donna hiei' à la
MAhS ITO*. 851
Vièriiiè , ilfe clé ses (Jufitirè ^téiiliépë vélèis de chambre , Une (j&bi^ë de ^èâtilhomrde ôMirikité de sa lidaisôn, va- <5ftHté pà* là m8ft de M. î)ày; (kh chàJhges-lâ se vfeiident a^dMitiAire 50-000 livtëi, et le rttl en la donnait à k Vieiifie Itti ëii dbtiùe la dtltiivailbe ^cjtil- son fils. — L'éirêè^^ dé Poitiëre est morl. Il âtôlt été précepteur de îl. 18 bdtfttè dé Totilbusè , et s'àppélbit eil aè tempis-là 1^B8 OiriLi^d. Cet ëtêchë irâui 10,000 ëcus de rêiite àti tftbinis. — L'étêitue de Tulle (1) quitte iSon évêché, ei le t6iy «Juisouhâltôit qii'il s'eii défit, lui dbhnè, pour le diédttHinià^er , Tàbbàyë de Hain, qùinë vâloit que 12,000 li- VtéS ft feÙ M. d'Agdë, inàis ôh cdmpte qu'elle vdtit bëâubbdJJ Itfieut. — Le h)i après i^ mësse fit enti*fer M. ftbsen dans son cabinet; il lui dit qu'il vouloit, durant la baihpagîHe, ^uMl fût toujoui^s auprèè de nioni^eigileur le duc de Bbdtgogtie âfiïi que stir bèë bbns cbnseils et Sur son eiètn^le fee prince pût s'acquitter de tous ises devoirs et Àd^érlt Une bbnne réputation. M. Roseu est le premièi* liètitëtiknt général ; ainsi étant toujours auprès de la përëôdilë de monseigneur le duc Bë Bourgogne , ce sera ni. lè flUfc du Maine qtii cotnmanderà l'aile droite ; car il est le pi^tnier après M. Rbsen; Le roi fit ensuite appeler M. dé Câyeu, et lui dit qu'il le ittettoit auprès de triott- ^igUeur le duc &e BourgbgUé. Cayeu étoit depuis longtemps auprès de Ml le duc d'Orléans, etàvoit 12,000 livres de pension du roi pour cela. Cbmme M. le dUc d'Ol*léttns a présentement toute le. lUIiisôti de feu M. isbn père,- M; de Cayeu n'avoit plus de foûetloti auprès de lui. — Le roi a choisi six offifciers de mérite et de distinctioU ]^our les envoyer à Naples kn roi d'Espttgne, qUi lès emploiera comme il le jugera à propos. Lé roi leur donUe à chacun, outre ce qu'ils tireUt de leurs emplois, 500 livres par mois. Ces six officiers àoul : MM. des Aides, cd-
(1) HombertAncelin.
lonel réformé de dragons; Lessart, colonel réformé; de 0ns , lieutenant-colonel de dragons; le chevalier Paul et Luzbourg; lieutenants colonels de cavalerie^ etHonchains, capitaine des grenadiers de Bourbonnois. — Le roi a donné à M. de Villequier l'appartement qu'avoient la gouvernante et les filles de Madame ; la princesse d'Harcourt en avoit prétendu une partie pour le prince de Montlaur, son fils; mais M. de Villequier Ta eu dans son entier, et il prétend n'être entré dans aucun engagement avec madame la princesse d'Harcourt là-dessus. — Le roi a donné commission de mestre de camp à Dormois, major du régiment du roi de cavalerie ; c'est le premier major à qui le roi ait donné commission de mestre de camp.
Mardi 14 , à Versailles. — Le roi devoit aller à la volerie, où il n'a pas encore été cette année; mais le vilain temps l'en empêcha. — On apprit la mort de M. de Senlis (1), qui mourut hier après dîner à Paris. Voilà présentement six évêchés vacants, qui sont: Agde, Béziers^ Saint-Malo , Poitiers, Tulle et Senlis, et il y a dix-huit ou vingt abbayes à donner. Le roi n'étant pas content de la conduite de M. l'évêque de Gap *, qui n'a pas profité des avertissements que 8. M. lui avoit fait donner, a relégué cet évêque à Condomi — Le roi a fait M. le marquis d'O chef d'escadre ; il servira en cette qualité sur le vaisseau que montera M. le comte de Toulouse. 11 y a plusieurs places de chefs d'escadre vacantes que le roi n'a pas remplies. M. d'O n'étoit pas un des plus anciens capitaines de vaisseau, mais son mérite et ses services auprès de M. le comte de Toulouse, qui a fortement parlé pour lui, ont déterminé le roi à lui faire cette grâce, — Par les lettres qu'on a reçues de Londres on apprend que le roi Guillaume eut la fièvre le 8 du mois, qui n'étoit pas
(1) Denis Sanguin.
MARS i702. 353
encore cessée le 9 au soir quand l'ordinaire partit. — I^ roi a donné à Savinne, mestre de camp de cavalerie, renseigne de la compagnie de Duras, vacante par la promotion de d'Avignon à raide-majorité.
* Cet évéque de Gap étoit flls d'Hervé, conseiller en la grande chambre, et il étoit parvenu à Tépiscopat par ses missions et par une vie fort sainte. Son épiscopat le fut de même jusque vers cinquante ans, qu'il se dérangea , et la dégringolade fut rapide et affreuse, jusque-là quMl n'en avoit point de honte , et vivoit chez lui et dans Paris dans un scandale quil ne se donnoit pas la peine de cacher. Le cardinal le Camus, dont il étoit suffragant , lui en parla une fois à Grenoble. «• Monseigneur, lui répondit Tévêque, toute la différence qu'il y a entre vous et moi , c'est que vous avez commencé par où je finis , et que je finis par où vous avez commencé; mais je le trouve si bon que je suis étonné de ne m'y ^tre pas mis plus tôt, et que je regrette d'avoir tant perdu de belles années que vous avez employées mieux que moi. » Cette forcenerie à la fin lui coûta cet exil, dans lequel ne changeant point de vie , on voulut qu'il quittât son évêché ; mais il n'y voulut point entendre. Quoique sa déposition fût canonique et sûre si le roi 1 eût voulu , la cérémonie d'un concile provincial et le grand éclat réduisirent le roi à capituler avec lui. Il se démit moyennant la domerie d'Aubrac de 20,000 livres , et la permission d'être à Paris tant qu'il voudroit, dont il usa avec son même scandale, et alloit même effrontément à la cour, où il comptoit fleurettes au\ dames en passant. Devenu fort vieux, Dieu le toucha. 11 se retira, travailla h des missions avec des capucins en province, et finit avec beaucoup de repentir de ses déré^ements.
Mercredi 15, à Marly. — Le roi, après avoir entendu le sermon à Versailles, vint ici, où il se promena jusqu'à la nuit. Il avoit signé le matin les contrats de mariage du duo de Richelieu, qui a environ soixante-dix ans, et du duc de Fronsac, son fils, qui n'en a que sept. Le duc de Richelieu compte que la fille de la marquise de NoaiUes, outre les 400,000 livres qu'on lui donne en mariage, aura encore du moins huit centsautres mille livresf. La marquise de Noailles n'a que deux filles, et si l'aînée venoit à manquer, M. le duc de Fronsac épouseroit la cadette, qui auroit tout le l)ien de la maison. — M. le
T. VllI. 23
354 JOURNAL ÙE DANGEAU.
maréchal de Catinatest dé ce voyage; le roi durant sa ptoinenâde a pris plaisir à lui faire voir tous les embellissements nouveaux qu'il a fait faire ici depuis un an. — Le roi a choisi M. de la Baume , lils dû comte de Tallàrd, pour acheter le régiment de Savinne, qui vient d'être fait enseigne des gardes du corps. — On a des lettres de M. de Tessé de Mantoue^ qui mande qu'ils font tous les jours des prisonniers et qu'il leur vient beaucoup de rendus. Toutes les écuries de la ville sont pleines de chevaux des ennemis, et de chevaux en très-mauvais ët^i, [cej qui marque bien que la cavalerie des Impériaux a beaucoup souffert. On n'a pas la confirmation qu'ils aient abandonné les postes qu'ils avoient dans le Parmesan.
Jeudi 16 , à Marly. — Le roi partit à midi, et alla dans la plaine de Ouille faire la revue de ses régiments des gardes françoises et suisses. Monseigneur, monseigneur le duc de Bourgogne suivirent le roi à la revue. Madame la duchesse de Bourgogne se promena longtemps avec lui l'après-dlnée. — On eut des lettrée de Barcelone. Le roi d'Espagne mande qu'il suivra le conseil du roi sur ne point mener la reine sa femme à Naples ; il avoit même quasi déjà résolu de prendre ce parti-là avant que de recevoir la dépêche du roi. La pauvre petite reine a fait à merveille sur tout cela ; elle a marqué une très-grande douleur de se voir contrainte à se séparer bientôt du roi sort mari, mais en même temps elle lui a dit qu'il n'y falloit pas balancer ; que ses intérêts et sa gloire exigeoiertt cette séparation, et que leur tendresse mutuelle devoit céder au bien de TÉtat ; qu'elle àtioit tâcher, étant à Madrid, dé se rendre digne de Itti et de se faire aimer de ses peuples, pour augmenter encore leur affection pour leur nouveau maître. Oii appredd pàtce, courrier qu'on avoit eu nouvelle k Madrid que le roi dé Portugal étoit assez malade. Le roi d'Espagne a écrit une lettre au cardinal Porto-Carrero, par laquelle il lui
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mande sa rësôlution et dont voici la copie; bette lettre a ëté fort approuvée ici.
Cttpie de la lettre du rôt d'Espagne au cardinal Porto- Carrero (1).
[Mon cousin, j'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite ; je prends en bonne part les représentations que vous m'avez fait faire, tant sur mon départ que sur celui de la reine. Je ne puis vouia en donner une meilleure marqué qu'en me séparant d'elle et la laissant en Espagne pour satisfaire me* peuples^ puisque vous m'assurez le désirer ainsi; c est le plus grand sacrifice que je leur puisse fait» e, et j'iBspère qu'ils sehtirontpar là que j'ai plus d'égard à leur satisfaction qu'à la mienne propre. Je crois qu'il est inutile que je vous la recommande, l'amitié que VouiS avez pour moi me répond du soin que vous aureï d'elle. U est inutile aussi que je vous recommandé de prendre soin de mes affaires pendant monabsetice; tsar votre aèle m'est connu, et la confiance que j'ai en Vous est sans réserve. Je sais que l'état présent des affaities ne VOUS permet pas de faire de graiids efforts pour tne isécoùrir ; je compte que mon épargne âera ma plus grande ressource. Faites en sorte seulement que ce que vous me pourrez fournir me soit donné régulièrement, et qué ma maison, qui est très-petite, aussi bleu que celle de la reine , soit payée avec exactitude ; et pouf les dépenses extraordinaires, je ne vous demande que ce qui se pourra faire sans que je sois à charge âmes peuples» Je suis sûr que vousferez toutle mieux qu'il vous sera possible, et cela me suffit. Je ne doute point non plus que mes autres ministres ne secondent vos bonnes intentions , et que pen-
(I) La copie de cette lettre ne se trouve pas dans le manuscrit de Dan^u; la \)Bf^ est resté*» en blanc; nous la reproduisons d'après le Mercure galanty <|ili Ta insérée dahs son volume du mois de mars , pages 285 h î?90.
dant que je verserai jusqu'à la dernière goutte de mon sang, s'il est nécessaire, pour empêcher le démembrement de cette monarchie, et que je ferai tous mes efforts pour porter sa gloire au plus haut où elle ait jamais été, vous n'agissiez tous de concert pour maintenir dans les provinces la tranquillité, qui est si nécessaire. Je vous enjoins sur toutes choses de veiller à la défense des côtes et à la sûreté de Madrid.
Au reste, qu'il ne soit plus question de me faire aucune remontrance sur mon voyage d'Italie; le parti que j'ai pris est trop glorieux et trop nécessaire pour que je sois capable d'y rien changer. Faites faire à Madrid, aussi bien que par toute l'Espagne, des prières publiques pendant mon absence, pour demander à Dieu qu'il lui plaise de protéger la justice de ma cause et qu'il préserve mes États de l'invasion des hérétiques qui se sont ligués contre moi. Voilà, mon cousin, ce que j'avois à vous recommander. Il ne me reste plus qu'à vous assurer de l'estime que j'ai pour vous, aussi bien que de mon amitié, que vous méritez de plus en plus par tous les services que vousme rendez.]
Vendredi 17, à Marly. — Le roi se promena toujours dans ses jardins, et prit plaisir à faire voir à madame de Main tenon, qui étoit dans sa chaise fermée à côté du chariot du roi, tous les embellissements nouveaux qu'il y a faits cet hiver. Monseigneur vint joindre le roi à la promenade; monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne y étoient, et il feisoit le plus beau temps du monde. Le roi et la reine d'Angleterre vinrent ici sur les sept heures; la reine fut quelque temps enfermée avec le roi et madame de Maintenon, et pendant ce temps-là le roi d'Angleterre joua au brelan avec monseigneur le duc de Bourgogne. A neuf heures LL. MM. BB. s'en retournèrent à Saint^Germain. — Le roi a fait donner à M. le maréchal de Catinat 10,000 écus pour son équipage ; il avoit vendu tous ses chevaux au retour
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d'Italie, croyant ne plus servir. — Des six mille chevaux qu'on envoie en Italie pour la remonte de la cavalerie , il y en a déjà plus de quatre mille arrivés, et Ton compte que le reste y sera avant la fin du mois. M. de Vendôme est parti de Crémone pour venir à Pavie, où toutes les troupes arrivent. Les deux bataillons de Lyonnois et les deux de Cran cey, qui se sont embarqués les derniers, doivent être en Italie.
Samedi 18, à Versailles. — Le roi, au sortir de la messe, alla courre le cerf; Madame étoit avec lui dans sa calèche. Monseigneur et messeigneurs les ducs de Bourgogne et Berry étoient à la chasse avec lui ; elle fut fort belle et fort courte, et le roi eut encore le loisir de se promener avant son dîner. L'après-dinée il retourna à la promenade, et ne revint ici qu*à la nuit. — Le roi donna ces jours passés au duc de Montfort 10,000 livres de pension à distribuer dans les chevau-légers, comme il le jugera à propos , pour récompenser des vieux maréchaux des logis , des brigadiers et des sous-brigadiers. — Le roi a accordé, à la recommandation de M. le cardinal de Noailles, une pension de 800 francs à mademoiselle de Villèfranche, nouvelle convertie. — La province de Bretagne lève à ses dépens un régiment d'infanterie de deuxbataillons,et le roi a choisi pour colonel du régiment le marquis de Kerman, qui est capitaine de cavalerie depuis six ans et qui est Breton.
Dimanche 19, à Versailles. — Le roi, après le sermon, tint conseil, quoiqu'il l'eut tenu le matin à son ordinaire; Monseigneur étoit au sermon et au conseil, et ne sortit point de tout le jour. — Il arriva un courrier de M. de Vendôme, qui est à Pavie : le bruit qui avoit couru qu'il avoit pensé être pris n'est fondé sur rien. Toutes les troupes sont arrivées en très-bon état, et on a donné douze mille fusils pour remplacer ceux qui ont été rompus ou perdus. Il n'y a nul armurier dans toutes les places dû Milanez, et on a soin d'y en envoyer. On croit que M. de
358 jouRJN il. df: pangkau.
Vendôrpe g^ forme quelque entreprise et qu'il a enVQyé ce çp^^^ie^ pour recçvpir le^ derniers ordres là-dassus. On dit cju'il va as^eiublpr sous Crémone quarajite bataillon? et qinquaute escadrons; nous ^yqi^s deux pouts sur le Pô ; aipçi nou? donnons jnq^étu4s ^^^ eunemi^ des deux côtés, et apparemment ils spront obligés de se rassembler. Ils font courir le bruit qu'il leur viei^dra douze mille hommes de Hongrie; mais, par les nouvelles que nousavons, ces troupes-là ne sont ppint epcore en i^arche.
Lundi 20 , à Versç>illes. — ï^e roi alla à la volerie i)our la première fois de l'anuée. Monseigneur alla à Hi^udqii^ où il dpmeurçra jusqu'à vendredi. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry suivirent le roi à la volerie; madame la duchesse de Bourgogne y alla en carrosse. — Par toutps les nouvelles qui viennent ^'^gl^terre on a lieu de croire que le rpi Guillaume est assez mal; on m£^q4e de Hollande et de Flandre qu'il est en très-grand danger. Ce roi a fait payer depuis quelque temps le douaire des veuves qui sont à Saint-Germain auprès de la r^ine d'Angleterre, et c'est le parlement qui l'a contraint à le f^ire.La duchesse de Tyrconnel,qui aun douaire de 18>000 livres, l'a déjà reçu. — Nou? eûmes la nouvelle 4e la mort de madame la princesse de Badçn , tante d^ madame de Dangeau; elle est morte en Bohème. Elle avoit épousé en premières noces le duc de Neubourg, grand -père de l'impératrice et de la reine d'Espagne douairière; elle avpit trois ans moins que le cardinal de fursten^b^rg, son frère.
Mardi 21^ à Versailles. — Le roi donna le matin audience au noiiçe extraordinaire qui est arrivé depni^ peu de jours j il est de la maison de Fiegque. — - L'envoyé de Portugal qui est à Londres en fit pa-rtir un courtier sa^medi après dîner pour venir ici en diligence apporter les nouvelles de l'extrémité du roi Guillaume; ilTa-adressé à l'envoyé du Portugal qui est ici, et le prie d'en dépêcher un aussitôt à Lisbonne , afin que le roi son maitr^
MARS f702. 3(i9
en soit promptement informé. J^'envoyé de gavoie a Londres écrit en même temps à l'amliassadeur de Savoie (|ui est ici , le priant de môme de fajre porter incessamment cette nouvelle à Son Altesse Royale son niaitre. Voici la copie de la lettre de l'envoyé de Portugal qu'on a ajiportée ce matin au roi.
« A Londres, le 18 mars 1702.
« Le roi est très-mal depuis avant-hier. Il a eu un dévoiement qui l'a extrêmement affoibli ; on le lui arrèj;a le soir même avec des remèdes; mais lui ayant repris hier matin , il fut encore arrêté avec d'autres remèdes, et op lui a|?réta aussi des vomissements qui lui prirent ensuit^. Tous ces fâcheux accidents l'ont mis dans une si grai^^p foiblqsge que les médecine désespérpient hier au soij» ^P le voir en vie cp matin; le bruit étoit même déjà répe^ndu dans la ville qu'il étoit mort cette nuit à quatre heures. Ce bruit s'est trouvé faux; il est un peu mieux ^ mais toujours en grand danger de mourir à chaque moment. il a un dégoût extraordinaire , et l'on esj obligé , pour le nourrir, de lui donner tout pe qu'il demande; n^aip il pren^ si peu de chose qu'à peine peut-il vivre avec ce qu'il mange. Il a pris ce malin une tasse d<i chocolat, qu'il a retenue; on lui a donné des cordiaux, du vin d'Espagne et d'autres liqueurs encore plus fortes. Les médecins ne lui trouvent plus de fièvre depuis hier ; mais S. M. dit qu'elle se sent beaucoup de chaleur en dedans, ce qui fait croire que la nature n'a plus la force de la manifester au dehors. Elle aies jambes, les genoux et les cuisses enflés; elle est dans un abattement extraordinaire, ce qui fait craindre une dissipation entière des esprits. Enfin l'on croit qu'on aura peine à le tirer d'un état si dangereux; on le regarde comme un homme mort. »
On mande en même temps qu'on se hâte de faire partir ce courrier, parce qu'on croit que le lendemain les ports seront fermés.
«60 JOURNAL DE DANGKAU.
Mercredi 22, à Versailles, — Le roi, après avoir entendu le sermon , s'alla promen'er à Trianon ; madame la duchesse de Bourgogne y alla aussi de son côté. — Le roi a encore donné quelques régiments d'infanterie à lever : le comte de Brancas, fils du duc de ce nom, qui étoit dans le régiment du roi depuis quelques années, est un des colonels qu'on a choisis ; je ne sais point encore les autres. — Le mariage du duc de Richelieu avec la marquise de Noailles se fit ces jours passés à Paris; la noce se fit en particulier ; il n'y eut môme personne de la famille des Noailles. Celui du jeune Saint-Pouanges avec mademoiselle de Sourdis se fera demain; il a pris le nom de Chabanois, qui est une principauté que M. de Saint- Pouanges, son père, a achetée depuis peu des créanciers de la maison de Sourdis, et dont il a donné 100,000 écus. — M. de Vendôme doit avoir passé le Pô ces jours ici sur les ponts que nous avons à Crémone et à SanGiacomo, qui est quelques lieues au-dessus.
Jeudi 23, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Marly, où il fait toujours faire quelque embellissement nouveau. Madame la duchesse de Bourgogne alla passer l'après-dlnée à Meudon avec Monseigneur; elle s'y promena avec lui jusqu'à la nuit. — On eut nouvelle que le bailli d'Auvergne étoit mort à Berg-op-Zoom. Il étoit fils aîné de M. le comte d'Auvergne, mais il s'étoit fait chevalier de Malte et s'étoit réservé une pension de 12,000 livres que lui payoit le prince d'Auvergne son frère, et on lui avoit promis encore 8,000 livres de pension après la mort de M. le comte d'Auvergne. Il avoit souvent menacé de se faire relever de ses vœux, ce qui auroit fort embarrassé les aïfaires de la maison. — Depuis la réforme des espèces d'or et d'argent, il a déjà passé à la Monnoie de Paris ou aux autres Monnoies du royaume plus de deux cents millions. — On a des avis surs que le comte de Château-Renaud est à la Martinique; il a trente vaisseaux de ligne avec lui. — M. le comte de
Toulouse se dispose à partir à la fin du mois qui vient pour aller à Toulon; il montera le vaisseau qui doit porter le roi d'Espagne à Naples , et Ton compte que ce vaisseau-là aura porté le roi d'Espagne à Naples et sera revenu avant la fin du mois d'avril.
Vendredi 24, à Versailles. — Le roi alla tirer, et puis se revint promener à Trianon. Monseigneur revint le soir de B|eudon, où il avoit mené fort peu de monde ce voyage ici. — L'ordinaire d'Angleterre qui arrive les vendredis n'arriva point, et, comme il n'y a point eu de gros temps, on croit que les ports d'Angleterre sont fermés et que le roi Guillaume est mort. — Le maréchal de Villeroy est encore à Inspruck ; il croit qu'on veut l'envoyer à Gratz en Styrie. Il a écrit au cardinal d'Estrées, qui est à Venise, une grande lettre où il lui rend compte de l'affaire qui se passa à Crémone le 1^' février; en voici la copie :
c( Quoique je sois persuadé que ma lettre courra bien des hasards avant que d'arriver à Votre Éminence, n'ayant de particulier à lui mander que le détail de ce qui m'est arrivé, je l'expose sans scrupule à la curiosité de ceux qui auront envie de la lire. Si j'avois pu avoir l'honneur de lui écrire plus tôt, j'aurois prévenu les faux avis qu'on a peut-être répandus sur l'action qui s'est passée à Crémone le 1" de ce mois, dont Votre Éminence doit être pleinement instruite présentement. Je partis le 23 janvier de Crémone, laissant tous nos quartiers dans la meilleure disposition que je le pouvois désirer, notre pont sur le Pô bien établi avec son retranchement à la tête dudit pont en bon état et entièrement fini. Le 24 j'arrivai à Milan, et j'y demeurai le29. Le 30 j'en repartis, et arrivai à Crémone le 31 au soir, où j'appris que M. le prince de Vaudemont, avec douze ou quinze cents hommes de pied et pareil nombre de cavalerie, marchoit sur le Taro, et que de l'autre côté de l'Oglio quelques troupes des ennemis s'assembloient aussi à Ustanio et à Caneto. M. le marquis de Créquy, par qui j'en avois été averti, avoit donné
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tous les ordres pour la sûreté de ses quartiers. Vpilà la disposition générale où nous étions le 3^ au gfqir, ay^-nt pris toutes les précautions nécessaires pouf ètra s^yerti^ 4es inouvénients que les enpenjis ppurroi^qt foire, \m\t du côté du Parmesan que dansjp Crpmonois s'ils p^^sqient rOglio. Tpute la nuit du 31 au l*"' février se paas^ sians que je reçusse aucun avis. A la pointe du jpwr j'epte^dis tirer sur la gauche de ma maison, pt (J^ns le n^^i^e instant un de mes valets entra 4ans ma eh§-mbre, m^ criant que les Allemands étoient dans la viH/ç. 4p pi'h^^ billai fort vite et demandai un cheval. Coi^n^e j'^ntçndois le feu s'augmenter et s'apprpcher de vf\^ piaigon , np doutant plus que ce ne fût une trahispn et quQ la prpmièrp chose par où les traîtres çommepceroiept, ce g^roit 4^ v^ nir à ma maison, j'ordonnai avant que de monter ^ cheval qu'on brùlàt tous les chiffres et tous les papierjiî , ce qui a été exécuté fidèlement- f ordonnai q,u pjtpit^ipe de ma garde d'aller à une porte de la ville quj n'étpjt qu'à cent pas de mon logis pour en fortifier le ppste , ne pouvant me figprer encore qne les ennemis pissent être 4â{)3 la ville, mais seulement une assepiblée de canailles qai chercheroient à se saisir de quelques portes ppur intrpduire les Allemands. Comme je me trouvai le plus 4iUgent de ma maison , je sortis seul à cheval, et ppu§s§.i à toute bride sur la place, comme le prepiier endroit ftù j'étois sûr de trouver des soldats assemblés et pù je pqurrois d'abord rallier du monde et établir un poste çpusidérable,et que de là je me transporterois sur resp}an^de,o]i, suivant Tordre général, plusieurs troupes de cavalerie et d'infanterie dévoient s'assembler à la première alarna^. Entre ma maison et la place je trouvai les enjjemi» ep traversant une rue qui étoit sur ma gauche, d'où ils n^p tirèrent quelques coups de mousquet; cela m'obligea de faire un plus grand tour pour aller sur la place. La certitude que les ennemis étoient dans la ville me donna plus d'impatience d'y arriver, car le mal me parut près-
sant. En ^irrivant au corp^ de garde sur la place, je trpuvai qu'il commeïiçoit d'être attaqué^ mais encore assesç foiblement. Comme je faisois ce que je pouvois pour TencouraçiBr et l'obliger à tenir ferme, les ennemis débouchèrent çn grand nombre par deux endroits dans la plape, et entourèrent tout le corps de garde. Je me trouvai enveloppé de sorte qu'il ne me fut pas possible de mq d^ gager. Je fus d'abord jeté à bas de mon cheveil pt Uyr^ à la première fureur des soldats. Un officier vêtu de rouge, du régiment de Bagny, se jeta à moi et me retira avec bien de la peine de l'état pressant où je me trouvois. Je crois devoir le prompt secours qu'il nie donna à mon habit. Peu de moments après, nous fûmes attaqués, mais assez foiblement, n'ayant pas d'offlcier à la tête des soldats. Après qu'ils se furent retirés,rofficier qui m'avoit pris me mena dans la chambre du corps de garde en haut, où il songea à rétablir un peu le désordre où il m'avoit trouvé. Je n'ai qu'à me louer de sa conduite et du soin qu'il prit de moi. Je voulus le tenter par des offres considérables, pourvu qu'il voulût me remettre en liberté sur l'esplanade; jamais il ne voulut y entendre, et je dois ce témoignage à la vérité que ce que je lui offrois étoit capable de le dédommager de toute la fortune qu'il pourra faire dans la suite. Nous fûmes attaqués une seconde fois, et je vis des moments où j'espérois être délivré si nos troupes avoient été plus nombreuses et que nos officiers eussent pu soupçonner que j'étois dans ce corps de garde ; mais mon malheur a prévalu à tout : cette seconde attaque ne me fut pas plus favorable que la première. Je fis ensuite une seconde tentative auprès de cet officier de Bagny, qui n'eut pas plus de succès que la première fois quoique j'augmentasse mes offres. Nos troupes commençant à se rallier partout et entendant un grand feu de toutes parts , cet officier qui me gardoit appela un major ou un lieutenant-colonel qui étoit sur la place pour lui dire qu'il avoit un prisonnier de con-
sidération. Je le vis courre à toute bride du côté de la grande église, et un quart d'heure après le comte Guido Staremberg, que mon capitaine me nomma, me vint prendre, et me conduisit dans une maison contre la porte qui avoit été livrée aux ennemis par la trahison d'un curé dont je ne sais que très-imparfaitement le détail. V. E. l'aura su bien promptement par M. le prince de Vaudemont et par les lettres d'une infinité de particuliers de Crémone. Il étoit dix heures et demie lorsque le comte Guido Staremberg vint me prendre; en traversant la ville, j'entendis que nos troupes attaquoient les ennemis de tous côtés, et je ressentis d'autant plus vivement mon malheur que j'étois assuré que nous rechasserions les ennemis hors de la ville avec toutes sortes d'avantages. M. le prince Eugène et M. le prince de Commercy vinrent me voir dans la maison où ils m'avoient fait conduire ; je reçus d'eux toutes sortes d'honnêtetés. Ils ne restèrent qu'un moment avec moi, ayant des affaires pressantes ailleurs; en sortant de mon logis ils donnèrent ordre qu'on me menât hors de la ville dans une cassine qui n'en étoit qu'aune demi-portée de mousquet, où je restai fort longtemps. Je vis arriver M. deCrenan blessé et quelquesuns de nos officiers, qui la plupart avoient été pris par l'infidélité des habitants qui les avoient livrés aux ennemis. Siu* les deux heures après minuit on me mena à Ustiano. Voilà tout ce que je puis mander à V. E., par ma connoissance particulière, de ce qui s'est passé dans Crémone, tant par rapport à l'action générale que sur ce qui me regarde particulièrement; car depuis que j'ai été pris je n'ai reçu de nouvelle de personne. Je ne sais comme la trahison a commencé ni comme quoi les ennemis ont été chassés de la ville. Je sais en général que nos troupes y ont fait des merveilles et que deux régiments irlandois s'y sont fort distingués. V. E. doit avoir présentement une connoissance parfaite de tout ce qui s'est passé. Je ne m'étendrai point en réflexions doulou-
peuses sur l'état où je me trouve; j'avois fait tout ce que la prévoyance peut faire penser, et j'y avois joint toute l'activité nécessaire pour être promptement averti. J'ai été trompé et dedans et dehors. J'arrivai le 31 janvier à Crémone, et le 1" février, à la pointe du jour, la trahison éclate sans que pas un seul homme en soit averti auparavant d'un moment. Je répète à Votre Éminence que je ne sais rien que très-confusément; ainsi bien des raisons m'empêchent de lui en dire davantage. Ce qui soulage l'état où je suis , c'est d'être bien assuré que les ennemis n'ont pas lieu de se réjouir de l'entreprise qu'ils ont faite ; mais pour moi beaucoup de sujet de m'en affliger par l'état où je me trouve. M. le prince Eugène m'a envoyé à Inspruck. Je n'ai lieu que de me louer du traitement que je reçois jusqu'à cette heure; je ne sais ce qui arrivera dans la suite. J'attends des nouvelles de Vienne avec bien de l'impatience; j'espère que la protection du roi me tirera promptement de la malheureuse condition où je suis. Je demandai avec empressement au prince Eugène de m'en voyer à Venise, en lui donnant ma parole de me rendre où il voudroit dès qu'il me le demanderoit; il n'a jamais voulu me l'accorder. Ç'auroit été une prison bien douce que de la passer auprès de V. E. ; mais la malignité de mon étoile ne peut pas consentir aune telle consolation. La continuation de l'honneur de ses bonnes grâces y suppléera, rien ne m'étant plus cher que de pouvoir m'en flatter. Je suis toujours, avec mon respect ordinaire, le plus humble et le plus respectueux de ses serviteurs.
t( A Inspruck, le 18 février. »
Samedi 25, à Versailles. — M. de la Vrillière vint le matin chez le roi avant son lever, et lui apporta une lettre du commandant de Calais, qui mande qu'un patron de barque anglois est venu donner avis que le roi d'Angleterre mourut dimanche dernier. Il y a tant d'apparence
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que cet kVls est vëritable qU'on ne doute Jibesijtié pÏMs de cette mort. Le toi â envoyé oMre à M. d'Àrgéfasôn à Paris d'eMpêcher qu'on en fasse des réjouissantes publiques ; il a donhë le même ordre ici. Sitôt que le roi éai reçu cette nouvelle, il Tenvoya dire à Monseigneur, qiii ëtoit eiicore 8111 Ht, et chargea M. de la Vrillière d'aller à Saitit-Cyr l'aj^prendre à hiadame de Mâintenon, qui^y étbit déjà. A midi le roi alla à la chapelle eh haut avec toute là maison royale, où ils entendirent la messe et vêpres; Tàptès-dinée ils allèrent tous ati sermon. Ensuite le roi tint conseil jusqu'à cinq helires, et puis s'alla pfoinener à Triattoh, où madame la ducheSse de Bourgogne le vint joindre. S. M. avoit travaillé le matin , avant la messe , avec M. de Pontchartrain. Durant toute la journée le roi n'ouvrit pas la bouche aux coùrtisaiis sur la nouvelle qu'il avoit eue de Calais, et n'a ddhtlé aucun signe de joie) quoiqu'il ait grand sujet d'en avoir; mais il est toujours maître de lui en toutes ciioses.
Dlfndhfihe 56, à V<ersaille$. — Le niatlu, hpvès là messe dù roi, il arriva un courrier de M. de ManUevllle , gouverneur de Dieppe, qui mande qu'on y a eu des avis sûfs d'Âhglèlerre que le rdi Guillaume étoit mort le 19. Cettfe cUnfirmtttioU de la nouvelle d'hier ne parut pas encore suffisante ; mais Ta^irès-dinée le roi eU eut des ftvis par taht d'endroits qu'au retour de sa chasse il dit en entrant che2 madame de Maintbhori qu'il ne faUoit plus eu faire uu Secret. Les Anglois ont reconnu la princesse de Danemark reine ; elle à déjà pris sa place et harangué dans le conseil. On mande que milord PortlaUd, le lendemain de la mort du roi son maître , étoit repassé en Hollande. Le marquis de Bedmar, gouverneur par intérim des Pays- Bas espagnols , a envoyé un courrier de Bruxelles pour porter ici la. nouvelle de la mort du roi Guillaume, qu'il a apprise par la HoUande ; il doutoit que nous la sussions ici. On he saurolt remarquer dans les discours du roi ni sur son visage qu'il ait reçu une bonne nouvelle. — Le
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roi à son Sôû^e^ dit qu'il avoit reçu dés lettrés dé M. dé Vendôme du iS, qiii Itii mandé que la garnison de MaUtoue à éttdotè battu les euiiemis et enlevé un de leurs quartier», mais qu'il n'en apprend point le détail à S. M., parce que M. de Tei^séj qui commatide dans la place, lui eh rendra meilleur compté daiis ses lettrés que M. de Vendôme ne pourroit faire dfeUs les siennes.
Limdi 27, à Marly. —^ Le matin, au lever du roi â Versailles, M. l'ambassadeur d'Espagne lui apporta la relation de l'avantage qtie la garnison de Mahtoue a remporté le 14 de ce mois sur les Impériaux. M. de Tessé n'en a encore rien mandé. Voici la relation que l'ambassadeur d'Espagne a apportée au roi (1) : Sur la noilvellé que nous avions que la garnison de Marmirole devoit être relevée, Zurlauben sortit avec six cents chevaux et dix compagnies dé grenadiers, commandés par le marquis de Morangis , pour les attaquer ; mais ce changement se fit la nuit. Cependant Zurlauben les suivit; ttos houssards) ayant pénétré le derrière de leur marche, firent quarante prisonniers avec partie des équipages des officiers^ quelques chariots sUr lesquels il se trouva dé Tai^ gefat, qui étoit le prêt de cette garnison, avec vingt bœufs et beaucoup de butin. Cela donna envie de faire atîlfe chose, et comme il y a quelque temps que nous avions fait sonder les fossés du poste de Dosso , dans lesquels il y avoit cinq grands pieds d'eau, Zurlauben le fit investir et sommer l'officier qui y commandoit avec cinquante grenadiers et plusieurs paysans , lequel répondit à coups de fusil. Le marquis de Morangis s'avança au premier l?etranchemént> et le marquis de Leuville, qui y étoit vo^
(i) liC kèrcure ddhkié cette relation dans des termes presque identiques dans letolume de mars, )^^ 310 à 316. Elle est adressée au prince de Vaudeiïiont, et celui qui l'écrit, ajoute le Mercure, « est d'une si haute dffitinction qu'il est permis de croire qu'il n'y a presque personne au-dessus de lui dàlift M anbiie. »
lontaire, ayant fait le tour de ce poste, le fit attaquer en même temps de l'autre côté et Zurlauben d'un autre. On se jeta à l'eau de toutes parts, et malgré le feu des ennemis la première enveloppe de la cour fut bravement emportée. La garnison se jeta dans le colombier attaché à la cassine, où Ton les fit encore inutilement sommer de se rendre. Morangis, malgré un coup de fusil qui lui perçoit le pied, marcha à la porte du colombier pour la faire enfoncer, et comme elle étoit assez bonne, on fut obligé d'y mettre le feu, et ce fut un spectacle horrible de voir les ennemis, qui s'étoient eux-mêmes ôté la possibilité de sortir, criant miséricorde et se jetant par les fenêtres. Plusieurs paysans, dont huit se distinguèrent pour se défendre, quoique sujets de M. de Mantoue, et qui seront pendus dans deux heures, étoient avec les troupes, et quantité de femmes allemandes, qui pareillement se jetoient par les fenêtres; on les aida de cordes et d'échelles, et enfin le poste fut enlevé, brûlé et pillé. Un officier qui se trouva trop gros ne put sortir par un trou où il s'étoit engagé et d'où l'on ne le tira qu'avec beaucoup de peine. Le tout fut ramené à Mantoue, de sorte qu'outre le pillage, qui fut très-considérable , l'on ramena quatre-vingt-sept prisonniers , quasi tous grenadiers, avec un officier, les autres ayant été vraisemblablement tués ou brûlés. L'on ramena aussi quarante bœufs. Les quartiers voisins des ennemis voulurent s'assembler; le comte de Clermont marcha à eux d'un côté et Zurlauben de l'autre, et les mirent en fuite. M. de la Bretonnière, colonel dans le régiment du Bordage, et M. de Vienne les poussèrent de leur côté. L'affaire fut complète; nous n'avons perdu que le lieutenant des grenadiers de Limousin, quatre grenadiers tués et cinq blessés. M. le comte de Tessé, après avoir bien grondé le marquis de Bouligneux, MM. de Leuville, de Monsoreau, de Mirabeau, le chevaliei? de Sourches et le chevalier de Tessé, qui étoient à cette action volontaires, les embrassa
et les assura de ne les plus laisser aller ainsi faire les carabins ; car tous ces gens-là et beaucoup d'autres officiers qui s'y trouvèrent volontaires se jetèrent à l'eau comme des barbets, et Zurlauben ne fut pas plus sage qu^eux. L'on ne sauroit exprimer la joie de M. de Mantoue, qui vint au-devant des troupes chargées de butin. Le poste étoit garni de toutes choses, principalement de chaudrons, de batteries de cuisine et de riz.
Mardi 28, à Marly. — Le roi tint le matin conseil comme à son ordinaire, et Taprès-dlnée il alla courre le cerf; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa petite calèche. Monseigneur avoit couru le loup le matin à Saint-Germain, et étoit revenu ici longtemps avant la chasse du roi; il eut la complaisance pour madame la princesse de Conty de monter en calèche avec elle et de demeurer à la chasse du roi jusqu'à la mort du cerf, et il ne monta pointa cheval. '• — Le roi a fait ouvrir depuis quelques jours une caisse des emprunts où Ton a huit pour cent d'intérêts; on y a déjà porté plus de deux millions. — Le général des Prémontrés est mort à Paris. Ce bénéfice est très-considérable; il vaut plus de 20,000 écus de rente et est chef d'ordre : celui qui vient de mourir étoit Colbert. — Le roi envoie en Normandie, pour servir sous M. de Matignon , le régiment de dragons de Sainte-Hermine. Moncaut, gouverneur de la citadelle de Besançon, ira aussi servir de brigadier en ce pays-là; il est officier de mérite et bon ingénieur, mais il ne servoit plus dans les armées.
Mercredi 29, o Marly. — Le roi tint conseil d'État le rïiatin à son ordinaire, et l'après-dlnée il alla à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre et fut assez longtemps enfermé avec elle. Madame la duchesse de Bourgogne y étoit allée avant le roi, et en revint quand S. M. y arriva. — M. le prince de Conty a obtenu un arrêt du grand conseil qui confirme d'anciens arrêts obtenus par la maison de Longueville contre les Nassau, qui étoient en
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possession de la principauté d'Orange et des terres de Franche-Comté qui viennent de la maison de Gbftlons. M. le prince de Conty, en vertu de cet arrêt, a envoyé prendre possession de tous ces hiens-là, qui l^i s^ont disputés par madame de Nemours, par madapae de Lesdiguières et par M. de Matignon , sans compter les ]iéritiers du roi Gidllaume; mais j'ai toujours ouï dire que les droits de la maison de Longueville sur ^^s terjïes en débat étoient incontestables. Le pr^mi^r prr^t sur o^tte affaire fut donné en 1553, et M. le prince de Conty prétend que les jouissances depuis ce temps-1^ lui seroieiit dues par la successiou du roi Guillaïune. — On eut nouvelle que le comte d'Estrées s'étoit embarqué le 22 à Toulon et étoitle 23 au soir à la voUe par un bon vent; il ne lui faut que six ou sept jours de ce vent-là pour arriver à Barcelone.
Jeudi 30, à Marly. — Le roi fit le matin la revue des gardes du corps, des grenadiers à cheval et des mousquetaires; il fait ces revues-là, depuis quelques années , au haut de Marly dans son parc. Après [la| revue, le roi revint dîner ici. — Le roi nous envoya à Paris, madame de Dangeau et moi, tenir sur Iqs fonts de baptême, en son nom et au nom de madame la duchesse de Bourgogne, un Turc qui a vingt ans passés, qui est fils du bâcha de Bosnie et que notre ambassadeur à Constantinople a envoyé ici avec de grandes recommandations ( 1 ) .
(1) « Le 30 mars dernier, M. le comte de Simiani fut baptisé à Paris. G'estun jeune Turc du royaume de Bosnie, qui descend des andens comtes de l^îairi autrefois chrétiens ; mais la Providence ayant permis que ce pays soit tombé sous la tyrannie des Turcs, les ancêtres de ce nouveau chrétien suivirent le toriTcnt ! , et préférant leur fortune temporelle à celle de leur salut, renoncèrent à la foi, et attirèrent par leur exemple une infinité de personnes au raahomélisHie. ëuil fii leurs descendants ont jusqu'à présent été honorés 4es prepûères c^i^rg^^ et dignités du royaume, et Tonde de M. de Simiani est actuellement bâcha ou Tîceroi de Bosnie. Ce jeune homme, qui est Agé de vingt-un ou vingt-deux ans, ayant ouï dire par liasard que ses ancêtres avoientété chrétiens, conçut le désir de savoir en quoi consistoit cette religion, dont on à pejpe il connoissoit le nom.
— Il ari^ivp, \\n courrier de M. d'Ussop^, notre envoyée Wolfenbuttel. Il mande am roi que les troupes de Zell et
Il €n vlntà bout par le moyen de quelques genA du pays qiii connoissoient les i^ûsHkiiuiaireB. Quoiqu'il ne la connûrt que tràa«iinparf»temMl , il en fut d^abmnd charmé ; il la trouva plqs çonforcae h la f ^»c^ que \ovà^ 1û4 aqti^. Il comprit qu'elle n*avoit rien que de grand , de relevé et de s^t. £n(in il çn conçut une si haute idée qu*il fut persuadé qu'une religion si sainte ne pouvoit être l'on* ?rag^ des Uommeg, mais pniquerorat de Tauteur de toute sainteté. Il n'en demeun^ pas (à. De rèsti^n^ il pas^ bientôt au désir de l'emliras^er; il résolut pour cela de renoncer à tous ses biens et perdre la vie , s'il le falloit, ))Oip' eniécuter un dessein que Dieu seul lui avoit inspiré. Il comprit bien qu'il falloit pour cela quitter 9on pays et se mettre dans un état bien rude à pne personne ^ccputui^ée ço.mipe |ui k ^^ 1? maître part^|it. Riep ne fut capable de l'ébranler. Il étoit difRcile de passer en Europe sans que les Turcs et le bâcha son oncle le sussent. Il ne l'eût peut-être pu faire si son confident, ArménieB ()e natipa , par la epu^eil d« quelque missionnaire de la compagnie de Jésus ^ ne lui eût conseillé (]e co^nuniqqer spn desçeifi l\ }A, de F^âiql , ainbassadeur du roi à la Porte du Grand Sei^eur. Il le fit, et lui demanda son avis. M. 1-ambassadeur admira la ppissanee de Dieu, qui peut, quand il lui platt, de^ (lierres mén^ ep frixf^ ^ ^lill^a d'Abcaham , et après lui avoir donné toutes les marques imaginabje^ dç hpnté ^ il chargea ^, ^\f}nàe\ . soi^ secrétaire , qu'îi ènvoyoit en France , d'y mener le jeune bâcha et [ae le mettre eq^re- les mains de M. de Pontchartraln. Ce ministre, toujours rempli de zèle ppqi* ^ayanpement (Iq la religipQ ei pour |a gloire du roi , le vit avec plaisir, et le présenta à Sa Majesté, qui en eut un très-grand dç le yoir (^^Içs senfime^^ où il étoit. Elle le reçut avec une bonté très-grande, et lui fit l'honneur de lui dke qu'il devoit bien remercier Dieu de la grâce qu'H lui faisoit de lui faire cqnnŒtre I4 yént^ ^| de )ç tlr«iv ^^ ma)y)qiélisiDe ponr embrasser la teligion catholique. Sa Majesté voulue eqsuite (ju'il a]\^\ a\] colley 4^ j^oites pour y être instruit par eux de tout ce qui regarde la religion. Ces pères ont eu le plaisir de voir ce jeune Turc recevoir leurs instructions avec une docilité charmante et en profiter si bien qu'en peu die temps il fut capable de recevoir le baptême. Son Eminence M. le cardinal de Noaille^ arc|ieyêque de P^^is, voqlutiui-mème prendre la peine de l'interroger, et en fut si content ^u'il çr^it qn'on pouvoit lui conférer ce sacrement. Il en eût fait lui-même la cérémoillif si ses grandes aflkh*es lui en eussent laissé le temps. Il nomma M. f^pot , «on grand vicaire, pour le fklre en sa place. Sa Majesté voulut bieq lui f^m ItMimeBr d'être son parrain; madan^ela duchesse de Bourgpgne fut \a^ va^ndne. Le roi nomma M. le marquis de Dan^eau pour ten\r sa place et pii^dane de Dangeau pour tenir celle de madame la duchesse de Bour^ogpe. La oérémonie se fit non pas dans la cathédrale , à cause des processions et ^çs stations du jubilé, mais dans là chai)elle de M. l'archevêque , où i| y ept quantité de gens choisis. Tout le monde y fût touché de lai modestie et <ie la dévotion du catéchumène et du beau discours que prononça M. Pirot. L^ cérémonie étant faite selon <*e qu'il se pratique en semblables occasions ,
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de Hanovre ont enlevé trois compagnies de M. de Wolfenbuttel et ont ensuite investi Brunswick ; la place est très-bonne, et d'Usson est dedans avec six ou sept mille hommes. — On reçut, par Tordinadre, des lettres de M. de Vendôme du 22 ; il devoit marcher le soir et passer le Pô sur son pont deSan-Giacomo. Il sera joint parles troupes qui étoient dans l'Alexandrin et par celles qui passeront à Crémone. Il n'y a pas d'apparence que les troupes des Impériaux, qui sont encore à Monticello et à Borgo San- Donino, y veuillent demeurer pour s'y faire forcer, et Ton croit qu'elles se retireront derrière la Parme.
Vendredi 31, à Marly. — Lé roi fit encore le matin la revue de ses gardes du corps ; il les vit plus en détail et à pied et à cheval. Us ne retourneront point en leurs quartiers et marcheront droit'en Flandre. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne étoient à la revue avec le roi. L'après-dlnée le roi se promena dans ses jar- ^ dins jusqu'à la nuit, et vit achever son mail, qu'il a fort agrandi; madame la duchesse de Bourgogne fut longtemps à la promenade. — L'ordinaire dé Hollande arriva:, par lequel on apprit beaucoup de nouvelles d'Angleterre. Leurs ports sont encore fermés pour la France. Leur nouvelle reine a fait le prince Georges, son mari, généralissime de ses troupes, que Marlborough comman-
M. Pirot le mena au grand autel de \é cathédrale et de là à celui delà Vierge , où il y avoit une grande affluence de peuple qui étoit accouru dam» l'espérance de voir la cérémonie. H y parut avec la robe blanche par-dessus les habits de Turc, avec une modestie qui fit répandre des larmes de dévotion à une infinité de gens. Il étoit suivi d'un grand nombre de jésuites et des plus distingués de leurs pensionnaires, surtout des jeunes Arméniens que le roi a mis et entretient dans le collège de ces pères. Leurs habits les faisoient remarquer. Sa Majesté a ordonné que M. le comte de Simiani, à qui elle a donné mille livres de pension et une lieutenance dans son régiment, allât passer trois mois à TAcadémie (pour monter à cheval) , après quoi il retournera au collège Louis le Grand » où il a déjà fait sa première communion, pour se préparer à recevoir le sacrement de la «confirmation. Sa Majesté, charmée de la conversion de ce jeiiiie comte, lui a promis une croix de Saint-Lazare. >> (Mercure de mai, pages 232 à 243.) —Voir aussi^le Mercure de mai 1703, pages laO à 154.
dera sous lui. Ils ont fait débarquer lés troupes qu'ils avoient sur leur flotte pour les faire passer en Hollande, et ils les garderont en Angleterre, où ils craignent d'en avoir besoin. La reine Anne remet dans le conseil milord Rochester et milord Sunderland ; elle envoie Marlborough en Hollande pour confirmer leur alliance et prendre de nouvelles mesures contre la France. Le roi Guillaume, en mourant, a fait Télecteur de Brandebourg son légataire universel.
Samedi 1" avril, à Versailles. —Le roi, au sortir de la messe, monta dans sa petite calèche avec madame la duchesse de Bourgogne, et ils allèrent courre le cerf; Monseigneur et messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry étoient à la chasse. L'après-dinée le roi vit jouer au mail, et ne partit de Marly, pour revenir ici, qu'à la nuit. Monseigneiu» alla à Meudon, où il attendra le roi, qui y doit aller mercredi. — M. de Rians de Valbelle achète le régiment Dauphin de cavalerie; il en donne 100,000 livres à M. de Murçay, qui en étoit mestre de camp lieutenant et qui a été fait maréchal de camp à la dernière promotion. M. le marquis de Tors, de la maison de Pons, vend le régiment de Flandre, dont il étoit colonel; c'est CoUandre qui Tacheté, qui lui en donne 53,000 livres. M. de Tors se marie à une veuve fort riche, qui ne l'épouse qu'à condition qu'il quittera le service. — M. de Montbazon a l'agrément du roi pour acheter le régiment de Picardie; il en offre 110,000 livres au prince d'Épinoy, qui en est colonel et qui a été fait maréchal de camp à la dernière promotion. Il veut vendre ce régiment encore plus cher ; ainsi l'affaire n'est pas faite.
Dimanche 2 , à Versailles, — Le roi , après le sermon , alla tirer et ne revint qu'à la nuit; madame la duchesse de Bourgogne, qui avoit suivi le roi au sermon à son ordinaire, alla ensuite à Saint-Cyr. — M. Gualtiero, nonce en France depiuis quelques iannées, fit son enti;ée à Paris, qui
874 JOURJNAL I)K Dangkau.
ftlt magttlfitJUe (1), — On a nouvelle du cheValier âe Hautef ot-l; son vatiiséàU n a point përl comme on le craignbif ; il a été cônb^aint dé relâcher à la Martinique, et Toh a eu de ses nouvelles. On a eii en même temps la cottfititiatiôn que le cottite de Château-Renaud y étoît avec les trfeiite vaiâseauX qu'il coinruande; les dix tiûtes qui leur portoient du t*aft*àlchissement y sont arrivées.
— M.* du PlessiS-Belliêre , qui est officier dans le régiment du roi , achète le régiment d'Angoumois de M. du Luc, qtli en étbit colonel et i\\ii se retire. — Le chevalier Chfttnillart *, frère de M. Chiamillàt^t le ministre, épouse mademoiselle GUiet, tille de ririlefadatil de Lyon. On liii donné 400,000 livrés ptésëhtëment; on lUî en assure encoi*e 200,000 après la mort dii pêré et de la mère, et elle ett aura beaucoup davantage si éUé dettlétlrë fille unique.
— Des particuliers ont l*eçu des lettrés de Tâtmée d'ïtalîe qui poHent que M. de Tesâé étôit sôi*ti de Mantbtle pour enlever un quartier où il y avoit mille cuifdssiers de Petn- Jierèur ; que cela s'étoit eîcécùté fort héuteusetnent, et <J\le M. dé Tessé et son fils avoient été blessés tous detlx, mais de blessures fort légères. Cette nouvelle est fort circonstanciée; niais comme le roi ne l^a point reçue, on a sujet d'en douter.
* Le frère de Chamillart étoit capitaine de vaisseau^ et vôuiut servir k terre lorsque son irère fut secrétaire d'État de la guerre. On le fit donc maréchal de camp tout d*un coup. C'étoit un fort brave homme, mais plus imbécile encore que son frère l'évêqué de Senlis. Deux traits dé ces messieurs-là en feWilt juger. Chàtaîllàrt, étant à Tarûiée h sa première campagne ^ demanda un jour à tl'âutrte OffideM généraux comment ils écrivoient à son frère. La question les surprit, mais à le fin ils y répondirent, a Bon! leur dit leur nouveau camarade, je n'écris point comme cela , moi ; je mets le dessus à mon frère, et la lettre va tout de suite. » L'évêqué Sé louôit îtifiniment de M. le Wnée , et dîsoît qu*il ne Gompnenbit pas éotntnent oh 1^ trOuvbit dffBdlé ; qu*!! étoît à ^ênlt^ au
(1) Voir lés détails sur l'entrée du nonce dans le Mercure d'avril, pages iB2 à îitè.
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milieu de ë^ plaisit*^ les \t\\ï^ cdhiservés pour la chaise ; qu'il TavOit rendu le tnâttre de tout, et que ce n'étoit que reproches de ce qu'il ne faisoit pas chasser assez tous ses genfi, qu'il Faocabloit d'amitiés, de pré'> Venances, de visites, de politesses^ de soins, de présents, de gibier, d'invitâdjons d'aller le voir à Chantilly, où il ne savoit quelle chère lui faire; qu'on croiroit peut-être que c'étoit à cause de son frère \ mais point du tout, qu'il s*y connoissolt fort bien et que ce n'étoit que pour lui; enfin que M. le Prince étoit le meilleur homme du monde et le plus aisé à vivre. Cependant le frère fut disgracié, et dans l'instant plus de présents , plus de politesses , algarades à tous porteurs de ûisil de M. de Senlis; en un mot, ce bonhomme évéque ne trouva plus M. le Prince bonhomme, ni si aisé à vivre , et commença à trouver que èbn frère plus que lui avoît eu part à la façon dont M. le Prince avoit vécu avec lui. Jusqu'à Chamillart on avoit vu les fils et les frères des mi* nistres se marquiser par des surnoms de terres , et plusieurs gens ajouter le flfe à leurs noms, he frère de celui-ci, qui n'avoit point de terres, n'en fit point à deux fois : non-seulement il prit le de^ que le ministre ne se donna jamais, mais il comtisa son nom de famille, et se fit appeler le ébmte de Chamillart , ce qui n'avoit encore été imaginé par persomie. A son èxebiple , DreUx, fils d'un conseiller de la grande chambre et gendre de Chamifiart te ministre, marqùfsa aussi son nom, et devlht le marquis de Dreux, et sa femme une marquise, qui, au moyen de la charge de grand maître des cérémonies dont son mari se repouilla , et par la faveur de son père, entra dans les carrosses et mangea avec madame la Dauphine. De la cour ce même abus passa tôt aux provinces. Les présidents à mortier des parlements, qui peu à peu se sont mis sur le pied de ne pas souffrir que les gens de qualité de leur tesson fassent aucuhe comparaison avec eux en nul lieu de leuf provihcé , marquisèrent et comtîsèrent par leUr nom de faiiiille leurs frères, et à Ce titre unique d'être frères d^un président à mortier, et cela s*est établi k\ bien que cela est passé en usage , et selon eux en droit.
Lundi 3, à VersailleSi *— Le roi prit médecine ; madame la duchesse de Bourgogne et Madame ., au sortir de la messe, allèrent séparément le voir. L^après-dlnée il tint le conseil qull tient toujours les matins. Monseigneur, qui est à Meudon, va à Paris tous ces jours-ci faire ses stations (1) ; il a renoncé au jeu pour quelques iours* — On
(l)n Je ne vous dit point avecoomMen d'a^deur et 4t piété chacun tâché ici à gagner le jubilé. Quand les FVtftçois AUroieAt tnoins d'^pressementà rem-
a par la Hollande des nouvelles d'Angleterre qui portent que la reine Anne a ôté la charge de grand ëcuyer à M. d'Averkerke, Hollandois^ frère de M. d'Odyck, que nous avons vu ici, il n'y a pas longtemps, ambassadeur de Hollande; ces deux frères étoient parfaitement bien avec le roi Guillaume et viennent d'un bâtard de sa maison. La reine a donné cette charge à celui qui étoit son grand écuyer; elle a donné la charge de dame d'honneur à madame de Marlborough, qui lui en servoit déjà avant qu'eUe fût reine et qui est sœur de la duchesse de Tyrconnel, qui est à Saint-Germain. U y a encore beaucoup
pKr tous les devoirs de leur reKgion, l'exemple du roi est si édifiant qu'il seroit capable d'animer les plus tièdes. Ce prince est venu trois fois à Paris, où il a fait ses stations à pied d'une manière si pieuse et si modeste qu'elle devoit le faire paroltre aussi grand aux yeiix des anges qu'il l'est à ceux des hommes. U avoit choisi des lieux écartés pour éviter d'entendre les acclamations et les louanges des peuples, qui n'ont pas laissé de tâcher de deviner où ce monarque avoit résolu d'aller, afin de le voir pendant quelques moments et de jouir par là duj>Ius grand plaisir qu'ils puissent avoir. Ce prince, dont on doit admirer toutes les vues et qui ne fait rien sans réflexion, avoit dioisi pour ses stations les lieux qui avoient le plus de besoin des grandes aumônes qu'il avoit dessein de faire); ainsi vous jugez bien qu'il a visité plusieurs hôpitaux. Le jour qu'il se rendit à l'église des Invalides, S. M. voulut bien aller dansPhôtei visiter toutes les manufactures que l'on y a établies par les ordres de M. de Chamillart, ministre et secrétaire d'État, et par les soins de M. de ' Monthiers, commissaire de cet hôtel, pour occuper avec fruit les soldats qui y sont retirés et dont la plupart ont apprîs quelque métier....»
« Monseigneur le Dauphin est aussi venu faire son jubilé à Paris et toute la maison royale a choisi des jours différentâ,^parce que la foule d'une grosse cour incommode et tient trop de la pompe dans un temps où l'on doit avoir un esprit recualU et où les grands doivent édifier par leur modestie. Celle de monseigneur le Dauphin fut admirée. Je ne vous en dis rien parce que je ne pourrois assez dire d'un prince si accompli et dont l'éloge est tous les jours dans la bouche des peuples.
« Madame la duchesse de Bourgogne étant aussi venue à Paris, l'empressement a été grand pour la voir ; mais tout ce grand concours et toutes les louanges qu'elle a entendues ne lui ont pas causé un moment de distraction. Elle a soutenu le caractère de grande princesse et de véritable chrétienne avec une sage modestie, et fait paroltre ce qu'elle étoit en faisant paroitre qu'elle cherchoit à l'oublier. Enfin ses manières ont paru grandes , chrétiennes et charmantes , et ceux qui ont eu l'honneur de la voir en faisant ses stations en ont été édifiés. » ( Mercure d'avril, pages 360 à 367. )
d'autres changements en ce pays-là, mais que nous ne savons que très-incertainement. Les troupes hollandoises sont en grand mouvement, et il parolt qu'ils veulent faire quelques entreprises, — La marquise de Gesvres mourut à Paris après une longue maladie; M. de Boisfranc, son père, qui a quatre-vingts ans passés^ lui avoit fait de grands avantages, et il est à craindre que le marquis de Gesvres n'ait de grands procès sur toutes ces donations-là.
Mardi k , à Versailles. — Le roi et toute la maison royale donnèrent leurs audiences publiques à M. le nonce Gualtiero, qui fit ici son entrée. ; — 11 arriva le soir un courrier de M. de Vendôme, qui mande au roi qu'il ne lui rend point compte de ce qui s'est passé à Mantoue en dernier lieu; que S. M. en saura tous les détails par les lettres de M. de Tessé, qui a été blessé de trois coups, mais fort légèrement; son fils est blessé fort légèrement aussi. Zurlauben écrit à M; de Chamillart de Mantoue même, et n'apprend point le détail de l'action,, se rapportant à ce qu'en écrit M. de Tessé, et lui dit seulement que SL de Tessé et toutes nos troupes y ont fait des merveilles; que tous les colonels qui sont dans la place ont combattu à la tète de leurs grenadiers; que M. de Clermont, maréchal de camp, y a eu la jambe percée, et que tout l'avantage a été de notre côté. Nous y avons perdu fort peu de monde; on ne nous mande point ce que les ennemis y ont perdu, et on attend la lettre de M. de Tessé pour être mieux instruit du fait. Le roi nous dit à son coucher, en louant fort M. de Tessé de tout ce qu'il a fait depuis qu'il est dans Mantoue, qu'on recevoitici régulièrement les lettres qui viennent par l'ordinaire , mais que celles que M. de Tessé envoyoit, par trop de précautions , par des voies détournées, n'arrivoient que fort tard, et que la blessure de Tessé au poignet l'incommodoit fort, quoique ce ne fût qu'une contusion.
Mercredi 5,. à Meudon. — Le roi a permis au prince d'Isenghien d'exécuter l'arrêt qu'il a obtenu au parle-
ment de Malities contre le roi Guillaume ; cet arrêt fut donné le ttiêtiie joUt que cei*di est mort; et le cond&,mhdU à payer 200,000 écuis qu'il doit à la maiiwu d'iseng'hieh avec les intérêts, et on lui {^enbettolt d'AUëi* se mëttt»e ëu j^ossession deis biens qui sôtit eti FMLnchë43bmté. Ce sera prësentétnëUt une gt*ande discussion enti*e le prlnicé d'Isfenghien et M. le prince de Coiity, qui prétend qUe tous ces biens lui appàrtienneht pat* les droits de la maison de LongbeVille. — Le roi tint conseil Taprès-dlnée à Versailles avll.nt que de venir Ici, et dêë qu'il y ftlt arrivé il alla se ptomener feivec Moiiëliigneui^ et Ue ï*«nti»a qu'à \k nuit. — Le i*oi donna hier une audience partiéuiiôre â ramba»sadeur de Savoie. -^ AvÈint que de parti]" de VeiS sailles, le baron de Breteull pi*éÉenta au iDi lëS p^é^eUts que lui fait le nonce Gualtiet*o, qui sbnt le col*ps dé sainte Vii3toire, martyre, dans unechâs^ m«^lfique, des vases de porphyt^ et trois tableauJt. Ce nonce à ftit aussi des préîsents à toute la maison royale. — Ml* les Etats Généraux donnèt^nt part au roi ces jours passée de- la mort de leui* stathouder ; mais on ne prendï*a point le deuil si la reine Anne n'en envoie donnet* part au roi , ce qu'on croit qu'elle ne îepx pas *.
* Les Mémoires dévoient ajouter un fait certain, curieux et unique. MM. de la Trémoille, de Bouillon, et par eux MM. de buras, sortis d'une fille du fdtneux priiiCè d'Orange , fondàteui^ de la té^iètl^e dë^ Provinces-Unies, et par conséquent fort protîheâ parants encore du toi Guillaume, demandèrent au roi s'ils ptendroient le deuil, et le rôi leUr défendit d*en prendre aucun.
Jeudis y à lUeudon, ' — Le roi partît Ife matin d*ici pour aller faire ses stations à Pai*is; il alla à Nott*e-lkme (1),
(i) <c Toutes les actions des gi'ands princes étant remarqaâblesi je ne puit me dispenser de vous dire que, lé 6 de c^ mois, monseigûéur le diic dé ËoUrgogne, après ftVôir quiUié \t tùi à Notre-Dame, fit Phônneur ft M. dé Old« gnières d'aller dans sa belle et agréable maison» vi64*vis les Inourabifss. Se ne parlerai point de M. de Gaignières , il est assez connu. Je me contenterai de parler de sa maison , d'une partit; de ce que l'on y vit êl de ce qiil Vj péish.
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à rM6tel-Dieu, aux Enfants-Trouvés et à Sainte-Geneviève dés Al*deilts ; il fit de grandes charités partout et édiiia
suivant ce qu'une personne qui eut le bonheur d'accompagner oejour^là monseigneur le duc de Bourgogne m'en a rapporté. Ce qu'il y a de surprenant, c'esi qu'eiicol*e qîie là inême personne m^ait parlé d'une Infinité de choses qui itiëritént qu'on y f^sée une atbànticm parttculièl^ , elle m'a tléanihoins avMté Vpi'illui 6n étoit échappé une grande quantité.
a Pour mettre quelque ordre dans ce que j'ai à vous raconter, je vous dirai que, monseigneur le duc dé 6bûrgôgne lui ayant fhit savoir qu'il lui fcroit l^honneur d'aller (sttèK lui lé jour <)Ue jd totié ai mai^uë , fl y aitiva Un pieu après midi , et, ayant traversé une grande cour, il descendit de carrosse et monta à l'appartement. Ce prince s'arrêta dans le salon à considérer un grand nombre de portraits originaux des princes et des princesses des deniiers siècles, t|ttf «ont de la main dés m^llleuM mâitreè. Il passft de là daâé Uttè grande (jhambre à couoher, qu'il trouva uirnée d'uu meublé au^^i riche quil est de htm goUt, datts laquelle sont des piàrtraité de là toAiiOn tt)yal6« Il y vit lé sien, nmis tel qu'il l'avoir donné à M^ de Gaigulères lorsqu'il lui fit Thonneur d'aMer che^ lui à l'hôtel de GuiSe , fl y a dix ans , oh M. le dUb de Beauvil- Hefs le conduisit avec môbs^gueui^ le due d'Ahjou, aujoufd^hui roi d*K6^ pagne. Ensuite ee prince entra dans un cabhiet de tableaux qui attirent Tattention par leur diversité et par leuf beauté et qui sont des originaux du Titien, de Holbeins«, de Vandeck, de Poi*ttS, de Paul ferll et d'auti^ peintres des plus fiimeux. Monseigneur le duc de Bourgogne, après avoir considéré chacun dé ces tableaux selon son mérite particuliei", en cônsidéi'a lohgteUips un ^i lui parut aussi beau que singulier. C'est une miniature qui ^ut, sans contredit, passer pout la plus belle de l'ÈUrope. Elle est d^uh pie<t et déMI de large sur un pied de haut; elle teprésente Ventrée du roi k Lille en Flandfe. On y voit plus de dix mille figui^ , dont les attitudes Sont différentes; tout y est d'une grande correetion. Les tapisseries y sont repiiésentées avec tant d'exactitude et de délicatesse que i*on y distingué les hlstoiits qui les corn- ^sent et méthé les bordures. Ce prince trouva dans le même cabinet plusieurs dessins à la pluhie faits dé sa main , dont il a honoré M. de Gaigntères en divers temps et qui marquent son adresse , son goût et détendue de son génie. Il y en a aussi de messeigneurs ses Frères, (^U^ils ont parelilèmeni donnés à M. de Gaignières. De ce cabinef, monseigneur le dUe dé Bourgogne passa dans Un autre beaucoup plus grand , rempli de ^lus de quatre cents portraits dés personnes les plus illustres de l'un et de l'autre sexe, depuis plus àe trois cents ans, presque toUs Originaux du tem^, parmi lesquels il y éha grand nombre peints par le fameux Jâhet et pat* Corndtle. Là monseigneur le duc de fioutgogne, à la vue de tant de grands hommes, fit voir que rien né lut étoit nouveau dans l'histoire par les circonstances que sa mémoire lui en fourhissoît à ttonS moments, avec des traits de cet esprit fin et dèlifeât (tull sait rcpàndre sur tout ce qull dît. Après avoir longtemps considéré tous ces pôirtraits , il regarda divers jetons parmi un amas prodigieux qu^eU à )il. de Gàlgulères , et par le jugement qu'il eU fit il fut aisé de remàhluer qùll Iconnolt toUl lé prix de
fort le peuple par sa piété. Le roi, après ses stations, revint dîner ici. Madame la duchesse de Bourgogne, qui avoit résolu d'aller Taprès-dlnée faire les mêmes stations, en fut empêchée par un gros rhume; ainsi elle ne pourra les commencer que. la semaine qui vient. — On mande de Varsovie que le roi de Pologne a ratifié le traité qu'il avoit fait avec Fempereur, par lequel il s'oblige de lui donner huit mille hommes; mais comme S. M. Polonoisé est fort troublée par le roi de Suède ^ il ne sera pas sitôt en état d'exécuter ce traité. On croit même qu'il se pré-
cette curiosité. Une grande galerie cpii se présente à la sortie de ce calNnet attira les regards du prince, soit par les portraits des chevalîers de Tordre da Saint-Esprit depuis son institution jusqu'à présent, dont M. de Gaignières a déjà une grande partie et qu'il continue de ramasser tous les jours , soit par une grande multitude de portefeuilles remplis d'une suite de [topographie historique, en taille-douce et à la main, des quatre parties du monde, oii sont beaucoup de portraits de rois , de princes et de personnes illustres de toutes les professions, jusqu'au nombre de seize mille, les cartes, les plans, les vues , les tournois, les carrousds, les cérémonies et généralement toutes les choses que l'on a pu assembler qui regardent la topographie et l'histoire. Monseigneur le duc de Bourgogne trouva aussi dans cette galerie cent volumes de lettres originales de rois, princes, ministres, ambassadeurs, avec des mémoires du même caractère et des plus considérables. Ce prince voulut lire lui-même quelques-unes de ces lettres; il se phit surtout à celle que François V écrivit dans sa prison aux grands du royaume et dans laquelle ce généreux prince témoigne des sentiments dignes de son grapd courage et de son amour pour ses peuples. Après s'être longtemps promené parmi ce riche et grand amas de curiosités utiles et agréables, il demanda à voir quelques portefeuilles sur les^ quels il s'arrêta , faisant parottre à plusieurs reprises la satisfaction qu'il en recevoit. Il parcourut aussi divers anciens manuscrits curieux, ornés de belles miniî^tures historiques et importantes , et ce que ce prince en dit fit bien coa-' noltre qu'il a un goût sûr et excellent.
« Quoique monseigneur le duc de Bougogne eût passé plus de trois heures entières à considérer tant de choses singulières et que Ton n'auroit p^ cru devoir trouver chez un particulier, il ne put cependant tout voir, M. de Gaignières ayant outre cela un cabinet qui comprend entre autres plus de six cents volumes manuscrits, tous excellents , tant anciens que modernes. Cela donna lieu à ce prince de lui dire que ce ne seroit pas la dernière fois qu'il viendroit chez lui. 11 lui marqua [plusieurs fois en sortant qu'il étoit très-satisfait, et l'a^ sura qu'il lui donneroit son portrait, qui, étant nouvellement peint, seroit plus ressemblant que celui qu'il lui avoit autrefois donné, et qu'il remarqua auprès de celui du roi. » {Mercure d'avril, pages 302 à 316. )