‹ Journal du marquis de Dangeau (volume 5)Chapitre 11 sur 15 · AVRIL 17M. S · texte numérisé non relu

AVRIL 17M. S

pare à se retirer à Cracovie et que le roi de Suède a un grand parti en Pologne. — Sur les pressantes instances du roi Guillaume, dont on ne savoit pas encore la mort à Vienne, le roi des Romains se préparoit à partir pour venir commander Tarmée sur le Rhin (1). La reine des Romains doit le suivre et demeurer à Francfort ou à Augsbourg durant la campagne. — On a nouvelles par M. d'Usson, notre envoyé à Wolfenbuttel, que, l'entreprise des ducs de Zell et d'Hanovre sur Brunswick ayant manqué et la nouvelle de la mort du roi Guillaume leur étant arrivée, le duc de Zell avoit déjà fait retirer toutes ses troupes de ce pays-là. L'evêque de Munster a envoyé à MM. de Wolfenbuttel, condamnant fort le procédé de MM. de Zell et d'Hanovre.

Vendredi 7, à Mmdon. — Le roi alla encore le matin à Paris faire ses stations; il alla à Notre-Dame de Liesse, aux Incurables, aux Petites-Maisons et au Bon- Pasteur. Il fit de grandes libéralités partout, et fut trèsédifié de tout ce qu'il vit au Bon-Pasteur, louant fort l'établissement de cette maison. — On mande de Madrid qu'il en est parti plusieurs grands pour accompagner S. M. Catholique à son voyage de Naples. Le cardinal Porto-Carrero et le conseil qui est à Madrid lui avoient écrit pour le prier encore de ne point faire ce voyage; il mit la lettre dans sa poche, et dit qu'il leur feroit réponse de dessus son vaisseau. On le croit embarqué présentement, mais on n'en a point de nouvelles. — Les commissaires de rélecteur de Brandebourg ont fait arracher les armes du roi Guillaume à Grave et dans le comté

(1) « On avoit d'abord publié que le roi des Romains étoit à commander sur le Rhin^ mais ce dessein s'étoit insensiblement évanoui, en sorte qu'il avoit été résolu qu'il n'iroit pas. Cependant lorsqu'on a eu une certitude entière que le roi d'Espagne devoit aller commander en Italie et monseigneur le duc de Bourgogne en France, on n'a pas cru qu'il ftlt glorieux au rondes Romains de demeurer à Vienne.» ( Mercure de mars, pages 389 et 390. )

382 J0URN4(f DR D^I^GEAU.

de Meurs ppur y mettrp leg sieuaes, (jui pui été fti^ssitO^ arrachées pa^r les of^ciers çlu feij yçâ (îuillaunxe^ çt le gouverneur de Gra^ve décls^ça qu'il ne so,uJDtriroit pas de pareilles nouveautés s^ns les ordres des ÏJtets Généraux, qui trouvent ce^ d^marche^de l'^epteur de Çrandehpurg fort précipitées. — Les v^isseauj^ anglais qui sont à \^ Jamaïque portent le pavillon d,e l'empereur ;.le comte dp Château-Renaud pst parti d^ la Martinique pour en aller observer tous les mouvements. Le vaisseau du ch^v^ier de Hautefort se raccomniode à la Martinique et se prépare à revenir en France.

Samedi 8, à Ver milles. — Le roi ps^tit de JHwdon après son lever, et alla à Paris faire ses sti^tions aux Petits-Jacobins, aux Récollets, aux Petites-Carmélites et aux Invalides; il retourna dîner à li(eudou. Le roi a donné durant les trois jours de ses ^t£|.tiqns ^^000 louis, — Le soir le roi revint ici de Meudon; Mopseigneur en revint ai^ssi, — M. de Torcy alla, p^ Tondre du ppi^, voir le prince de la Riccia, prisonnier* à Vincennes, et le baron de Ghassinçt^ prisonnier à la Rastille^, quePpu avoit transférés de Naples à Toulon et qu'on a ^jnenés de Toulon ici. Le prince de la Riccia a ftçsez de lil^prté pour un prisonnier ; il a la permission d'aller les so|rs> chez la maréchale de Relief ou^. Lel^^on de Chassinet ne voit personne à la Bastille , mais on vient de lui donner la permission d'avoir un valet à le servir. — fie secrétaire que M. d' A vaux a laissé à la Haye, qui s'appelle Rarré, a la quaUté de résident de France. Il a présenté un mémoire aux États Gei^éraux qu'on lui avoit envoyé d'ici, qui est très-bien fait et qui marque la modération du roi et l'envie qu'a S. M. de conserver la paix de l'Europe. MM. les États ont envoyé ce mémoire dans leurs provinces pour avoir leurs avis, après quoi ils feront leurs réponses à S. M. Milord Marlborough est arrivé en ce pays-U q^mbassadeur de la reine Aune, qui presse HH. les Etats Généraux de demeurer unis à P Angleterre

AVRIL |70S a«S

ppw s'oppQser |t la grw^fiur de \^ Frappe, qu'ils appel- Ippt taujours pjfpî'bitante.

Oimo>nçhe 9, jour des Hameaupc, à Versailles. — Le roi e\ tpvjte \^ maison royi^le ^ssistsi, à toutes les dévQtions de la journée; raadaqae la duchesse de Bourgogne, qui est ^core enr]iumée, ue descendit point en bas et demeura len haut dans la tribune. — On a des lettres de M. de Vendôme du 3, qui portent que les ennemis ont levé tops leurs quartiers au delà du Pô, et se sont mis derrière la riyjère du Taro. M. de VendOme a envoyé des troupes dans les quartiers qu'ils ont abandonnés. J'appris qpe le baron de Mercy, que nous primes à Crémone pt qu'on avait dit mort de ses blessures, avoit été échangé pqptre M.de Croy, fils d^ comte de Solre et colonel d'infanterie; le baron de Mercy avoit déjà élé échangé l'apnée passée contre M. le chevalier de Maplcvrier. — Il y a des lettres d'Irlande , que M. de Pontchartrain porta au roi le soir, qui disent que huit mille hommes des raperies (1) s'étaient assemblés et avoient proclamé pour leur roi le petit roi Jacques , qui est à Saint-Germain. Les lettres qu'on a d'Angleterre parlent de beaucoup de changements en ce pays-là, mais ces nouvelles sont fort incertaines et on ne peut pas y ajouter foi, — On mande de Hollande que MM. les États Généraux ont exclu de leurs assemblées M. d'Odyck et lui ont ôté toute l'autorité qu'il avoit en Seeland, dont on prétend fjpe durant la vie du roi Guillaume il aproit tiré plus de 100,000 écus par an.

Lundi 10, à Versailles. — Le roi fit la revue de ses gendarmes et de ses chevau-légers dans la cour du château ; il étoit sur le balcon de sa petite galerie et les vit passer pn à pp. Il témoigna en être plus content que japiais. Jk ont ordre de partir vendredi pour s'en aÙer

(l)Les raperies (rajDparees) , dit Rapin de Thoyras dans ism Histoire d'Angleterre^ sont en Irlande co (j^iie les montagnards sont en Ecosse.

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en Flandre, à Landrecies etàAvesnes. Après la revue, S. M. alla à la volerie ; Monseigneur courut le cerf. Madame la duchesse de Bourgogne alla l'après-dlnée à Paris fair,e ses stations à Notre-Dame, à il'Hôtel-Dieu,^ aux Enfants-Trouvés et à Sainte-Geneviève des Ardents. Elle vit aux Enfants-Trouvés dix enfants qu'on y avoit apportés de la nuit, et elle s'en est chargée ; elle fit de grandes libéralités dans toutes ces églises. Elle revint ici à huit heures. — M. l'électeur palatin a attaqué cinquante hommes de nos troupes par delà le Rhin près de Bonn ; le commandant y a été tué, et ils ont pris ou tué toute sa troupe. On a envoyé des courriers en Hollande pour faire expliquer les Hollandois sur cette hostilité et savoir si c'est par leur ordre ou de leur consentement que cet électeur a fait une pareille infraction à la paix. — On mande de HoUande que leurs digues ont été rompues en trois ou quatre endroits, et que cela a déjà fait de grands dommages en ce pays-là; on n'en sait point encore le détail. — M. le duc de Saint-Simon*, à cause de sa mauvaise santé , a prié le roi de trouver bon qu'il se retirât du service; il n'étoit que mestre de camp réformé.

* M. de Saint-Simon avoit servi avec distinction après la bataille de Nervinde, où il étoit dans le régiment royal Rotissillon , où le roi lui avoit domié une compagnie. Il eut ragrément d'un régiment de cava-. lerie en arrivant à Paris, de Tarmée, avant de saluer le roi; }l le maintint bon et beau. M. de Barbezieux, qui en eut envie pour le comte d'Uzès et d'autres amis , le réforma et le mit par parties en incorporation dans ces régiments , et ne lui laissa seulénient pas une compagnie. On^ne garda nul ordre en cette réforme de la paix de Ryswyck. A la fin de janvier de cette année on fit quatre-vingt-dix brigadiers , dont les cinq derniers de cavalerie étoient après lui. 11 en fut piqué, quitta, montra pourquoi, et manda au roi par respect que c^étoit par sa santé. Le roi, qui ne s*y méprit pas, en fût piqué lui-même à l'excès, le témoigna , et cela dura du temps, que M. de Saint-Simon laissa paisiblement couler.

Mardi 11, à Yenaillefi. — Le roi alla Vaprès-dlûée

se promener à Marly. Monseigneur courut le loup. Monseigneur le duc de Bourgogne fait ses» stations ici, et monseigneur le duc de Berry les fait aussi. Monseigneur le duc de Bourgogne alla jeudi de Meudon à Paris voir M. le prince de Conty, qui a la goutte assez violente et depuis assez longtemps. — Il arriva im courrier de M. Torcy qui revient de Barcelone , dont il partit le 4. S. M. C. devoit s'embarquer jeudi passé, qui étoit le 6 du mois ; elle envoie Tordre de la Toison au duc d'Harcourt et au comte d'Ayen, et leur mande de le porter avec un ruban rouge, suivant Tinstitution de Tordre . Le duc d'Harcourt avoit souhaité que cet ordre, que le roi d'Espagne lui avoit promis, fût pour le marquis de Sesanne, son frère; mais S. M. C. veut que ce soit pour le duc d'Harcourt. Louville a eu la clef d'or; le bruit couroit à Barlone qu'on donnoit la grandesse au comte d'Estrées, mais cela n'est pas encore déclaré ici. — J'appris que M. de Villequier avoit été obligé , par le mauvais état de ses affaires, de prier le roi ces jours passés de trouver bon qu'il quittât le service ; le roi est entré avec bonté dans ses raisons et parolt ne lui en pas savoir mauvais gré.

Mercredi 12, à Versailles. — Le roi et toute la maison royale entendirent ténèbres en haut. Après ténèbres le roi tint conseil, quoiqu'il l'eût tenu le matin à son ordinaire. Madame la duchesse de Bourgogne, au sortir de ténèbres, alla voir la maréchale de la Mothe, qui est malade depuis quelques jours, et puis chez la maréchale de Noailles, et au retour elle s'enferma avec son confesseur. — MM. les États Généraux ont fait réponse au mémoire qui leur avoit été présenté par le résident de France, et cette réponse n'est pas telle qu'on la devoit attendre. Il parolt présentement qu'il ne faut plus songer qu'à faire la guerre. — M. de Tessé a envoyé un Courrier de Mantoue; M. de Clermont, maréchal de camp, y est mort de sa blessure. Il avoit une pension de 2,000 livres, que le roi donne à son fils. Il s'est passé plusieurs petites affaires

8M JOURNAL bÉ bÀfiGEAU.

àMttntoue ^tié tibuà ti'aviods f^bint siiés et où le* trdupés du rôi ont toujours eu l'avantagé Sui* leà ennemis. **— L'ancien otiré dé Saint-Germaîh est ttiort; il avoit detll abbayes qui valent 12 où 13,000 livres de rëûte. — M. de Vendôme, qui a fait du côté du Pô toiit ciB qu'il avôit Résolu de faii^ej qui étoit de chasser les eniiêinis dti Plaisantin et du Parmesan , vsl remettre ses ti*oupes dâiis de bons quartieri^ èh attendant qiie l'heAte soît venue.

Voici une copie du mémoire qtd a été présenté àilx États Générttîli pat* riotre résident :

k Avant que les nôtnbrëuses ài*inëe$ qtle lé tbi é. Sur pied soient obligées d'entrer en action, S. M. veut ré,ppeler encore à Vos Seigneuries le souvenir de ce qu'elles doivent à l'affection des rois ses précédesâeurs et celui des dernières détnarches qu'elle a faites pour ïnâiiitenir la paix rétablie par le traité de Ryswyck. H n*a pa* tènU au roi que cette florissante république , toUjdtlrs hëiiretise pendant qu'elle regardoit son étroite union avec la couronne de France comme une des maxinies fondaoletitaies de son gouvernement, ne jouit longtemps d'tlnë parfaite tranquillité et des avantages que S. M. ttvôlt bien vortki lui accorder pour son commerce. Par les derniers tl*Lités Vos Seigneuries bnt vu jusqu'à quel point elle a porté Sft patience et sa modération; elle a mieux aimé soufMr jusqu'à l'extrémité les vains reproches de fbiblésse et de défiance de ses forces que de désabuser vbs peuples en tournant ses forces contre Un État qu'elle regarde encoTe avec affection. Persuadée qu'il est de l'intérêt de Voé Sëtgneuries d'y répondre^ elle a jugé qu'elle^ le fèroient aussitôt qu'elles auroient recouvré ce temps de liberté Où elles regardoient le maintien d'une bonne intelligètice avec la France comme le solide apptii de la république; et certainement les démarches o^^oséeÉ étoient r«£fét d'un état violent. C'est ainsi que S. M. a coiisidérë la rupture des conférences demandées par Vos Seigneuries pour la confirmation de la paix; les traités faits avec leb en-

nemis du roi d^Èspagne contre elle et contre le roi son petit-fils, les assistances secrètes (jumelles ont données pour envahir les États soumis au roi catholique; les actes d'hostilités exercés en pleine paix contre les troupes de S. M.; le refus d'examiner les droits du roi d^Espagne et ceux des Provinces-Unies, après avoir demandé des conférences pour en convenir et pour faire cesser les plaintes de part et d'autre ; les entreprises faites contre les alliés de S. M. ; les secours donnés sans réserve pour les attaquer. Présentement que la république est rendue à ellemême, que son esprit va gouverner, que ses seuls intérêts seront consultés , sa conduite réglera les sentiments de S. M. pour elle; tous sujets de plaintes seront entièrement ensevelis, et le roi m'ordonne d'en assurer Vos Seigneuries. Sï elles veulent enfin se confier en son ancienne et sincère amitié pour elles , rien ne troublera le commerce de leurs sujets; elles auront le plaisir de les voir jouir sans trouble de tous les privilèges, de tous les avantages qu'ils ont obtenus en différents temps de la France et de l'Espagne. S. M. le promettra pour elle, eUe en sera garante poUi* le roi son petit-fils, assurée que ce prince voudra bien confirmer le traité de Munster et ceux dont il a été siiivi, comme S. M. promet de sa part de confirmer ceux de ÎNimêgue et de Ryswyck. La sûreté de vos provinces, bien loin d'étrè menacée par S. M., deviendra le principal sujet de Son attention, et pour l'affermir plus solidement elle fera savoir à Vos Seigneuries ses intentions, soit qtie vôtis nommiez un ministre pour les apprendre de S. M., soit qu'elle en choisisse un pour venir réprendre auprès de Vos Seigneuries la qualité et les fonctions de son ambassadeur. Qu'elles cessent de craindre le voisinage de tatit de troupes qu'elles voient sur leurs frontières; il dépend d'elles non-seulement de lek avoir pour amies, mais de les faire entièrement sortir des Pays-Bas espagnols. La paix rétablie et Vos Seigneuries désarmant , la garde des provinces du roi catholique ne

sera plus confiée qu'à ses propres troupes; une prompte résolution rendra le calme à vos provinces ; la paix et la liberté y renaîtront ensemble. C'est à Vos Seigneuries, seules présentement consultées sur le gouvernement de la république, à décider ce qu'elles doivent préférer, ou le repos et la liberté, ou la guerre et la ruine de leur commerce sacrifié à des intérêts étrangers. Le temps de la campagne approche ; les armées de S. M. sont en état d'agir. La prudence de Vos Seigneuries leur fera voir, dans le peu de temps que la saison laisse encore à délibérer, le parti qu'elles doivent prendre pour le bien de la.patrie et pour la gloire immortelle de Vos Seigneuries. » Jeudi 13, à Versailles. — Le roi et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée. Monseigneur fit ses pâqiies de bon matin, et puis vint servir le roi à la cène. Madame la duchesse de Bourgogne fit aussi ses pàques de bon matin, et revint ici assez à temps pour voir le roi laveries pieds des pauvres. Après ténèbres S. M. alla faire un tour à Trianon, et en «ortant de souper elle ; alla avec toute la maison royale dans la tribune de la chapelle adorer le saint sacrement. — Un courrier de M. de Chamillart revint de notre armée dltalie dimanche dernier. Les lettres de M. de Vendôme portent que les ennemis ont repassé la Parma et la Lenza, et sont rentrés dans les États du duc de Modène et dans le Mantouan, qui est au delà du Pô. M. de Vendôme a envoyé ordre au comte de Revel d'occuper Monticello sur le Pô par un détachement de la garnison de Crémone, pour assurer la navigation de cette rivière, et pour le même dessein il a fait construire deux galiotes qui seront armées de canon. Notre armée est campée à San-Nazaro proche Crémone, et on va envoyer la cavalerie dans leurs quartiers en attendant le véritable commencement de la campagne. — Vandeuil, lieutenant des gardes du corps, étant tombé en apoplexie, le roi a choisi Montesson, lieutenant aussi dans les gardes du corps ^ pour

servir cette campagne auprès de monseigneur le duc de Bourgogne en la place de Vandeuil, qui étoit destiné à cet emploi-là.

Vendredi lii- , à Versailles. — ' Le roi et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée. Les dames d'honneur et les dames d'atours de madame la duchesse de Bourgogne et de Madame allèrent à Fadoration de la croix* avant les ducs ; il y avoit quelques années que les dames n'y alloient plus en cérémonie. Après ténèbres, le roi fut enfermé avec le P. de la Chaise; S. M. se confesse toujours la veille des jours qu'elle doit communier. — Le comte Bagliani, envoyé de Mantoue, mourut ces jours passés à Paris; il y avoit plus de trente ans qu'il étoit en France, où il s'étoit marié à madame de Saint- Quentin , veuve du capitaine des gardes de feu M. d'Épernon. — M. de Harlay, qui étoit notre premier plénipotentiaire à Ryswyck, a, par la permission du roi, fait mettre à la Bastille M. deCely, son fils aîné, qui avoit une conduite fort imprudente. — Le 18 du mois passé on prononça à Rome la sentence contre le marquis del Vasto (i) : on le déclare coupable selon le droit, et pour n'avoir pas. comparu personnellement suivant la citation. 11 est condamné à avoir la tête tranchée et tous ses biens confisqués, et cela pour avoir osé calomnier et accuser faussement M. le cardinal de Janson. 11 est ordonné que la sentence sera exécutée sur lui en quelque lieu de TÉtat ecclésiastique qu'on le trouve.

* Le seul capitaine des gardes alloit à Tadoration avant personne ; nul autre officier de la couronne ni grand officier de la maison du roi qu'en son rang et après les ducs. Les dames n'y alloient plus depuis longtemps. On s'avisa que la duchesse de Ventadour y devoit aller comme duchesse; mais question si elle couperoit les ducs suivant l'ancienneté de M. de Ventadour, et cela ne devoit pas faire la moindre difficulté. La question finit comme il se voit ici.

(1) Voir la traduction de cette sentence dans le Mercure d'avril, pa{;e$ 179 à

390 JOURNAL DE PANGEAU.

Samedi 15, à Versailles. — Le roi alla coimnunier à la paroisse, et revint toucher J)eaucoup de malades. L'après-dlnée S. M. fut enfermée avec le P. de la Chaise et travailla à la distribution des bénéfices. On propos à l'abbé de Vaubecourt de lui donner Tév^phé d'iVgde, pourvu qu'il rendit Tabbaye d'Ainay, (juî est dans Lyon, qui demande résidence et qui ainsi n'est pas compatible avec un évêché ; il a mieux aimé garder son abbaye. On ne saura que demain les bénéfices qui auront été donnés. — On fit psirtir ces jours passés Ducasse, chef d'escadre ; il va à Rochefort, où il trouvera une escadre de six vaisseaux sur lesquels, quand il sera aux côtes d'Espagne, il fera embarquer trois mille soldats espagnols et beaucoup d'officiers pour les porter à Carthagène, à Porto-Bello, à la Vera-Cruz et à la Havane; et si M. de Château-Renaud ne ramenoit pas les galions, il les pourroit ramener. Il doit prendre les troupes d'Espagne à la Coruna (1). — M. le maréchal de Catinat partira la semaine qui vient pour aller droit à Strasbourg; on compte que l'armée qu'il commandera sera de quarante mille hommes. M. le maréchal de Boufflers presse fort ici pour qu'on fasse partir les officiers généraux et les colonels qui doivent servir en Flandre, où tout se prépare à la guerre.

Dimanche 16, à Versailles. — Le roi et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée. Avant la messe et après la messe même le roi travailla encore avec le P. de la Chaise. L'après-dlnée, entre vêpres et le salut, le foi fut enfermé une heure avec le maréchal de Catinat, et le roi lui dit qu'il vouloit eneore lui parler avant qu'il prit congé. — Le soir M. de Chalais arriva de Barcelone j la veine d'Esp^ne T^ envoya pour dire que le roi son paapi s'^mbarqu^ le ^P^ii|<e4î 8 à deux l^ures après midi, et le vmt étoit si ban qua iêoÏB haures après on ne voyoit plus les vuisseauï.

(1) La Corogne.

AVRIL ITOÎ. 3UI

Voici 1^ IJstQ da§ bénéfices que Ip roi a. donnés ?

Êvêchés, — Senlis, à Tévêque de Dol; Dol/à Tabbé d'Argenson; Agde, à Tabbé de Peuquières; Béziers, à la Poeppe, comte de Lyon; Poitiers, à la Chétardie, curé de Saint-Sulpice à Paris; Saint-Malo, à Tabbé des Marets; Tulle, à l'abbé de Sainke-Aulaire.

Abbayes. — Baulme, à M. de Senlis; Saint-Jean des Prés y au comte de Lœwenstein ; Sorèze , à l'abbé de la Trémoille; Saint-Josse, au comte de Hamquemen; Saint- Satur, au comte de Manderscheid; Livry, à l'abbé de Livry; Vézelay, à l'abbé de Tencin ; Manlieu, à Tabbé du But; Grestain, à l'abbé de Lévis; la Noue, à l'abbé Antoine; Sandras, à l'abbé Poquelin ; Leroy, à l'abbé Madot ; Genlis, à l'abbé de Cro^at.

Lundi 17, fl Versailles, — Le roi alla tirer Taprè^lnée. JH^ame la duchesse d^ ]^oiirgog:ne alls^ h Paris f§.ire sq^ stations; elle descendit aux Bénédictins a^glois, puis all^ à ^inWacques du Hauir-Pas^ à Saipte-Geneyiève et S^înt- Étienne du Mont, et toujours à piad. plie rçvijit ici à huit heures; elle ije soupa point avec le roi, tant elle étoit ï^^ tiguée. — M. de la Chétsixdie y curé de Saint-Sulpice , a refusé l'évêché de Poitiers, ne se croyant point en état, par sa santé ^ de remplir dignement les fppctipns d'éyê-' que. Le roi a donné cetévéchJé 4M. r3l)bé(Je la Poeppe, qui avoit été noninjé à l'évêché de Béziers, et l'évêché de Béziers a été donné à l'abbé du Rousset, grand vicaire de GarcassQne et peu connu en ce pays \c\. — Fanchon Moreau ayant quitté l'Opéra pour se naettre dans un couvent, où elle paroit très-bien convertie, et ayant renvoyé à M. le grand prieur tout ce qu'il lui avoit donné, le P, Gaillard, qui a travaillé à sa convefôion, a obtenu du roi pour elle une gratification de 500 écus, que le roi a promis de convertir en pension si elje persiste dans le parti qu'elle vient de prendre. — Le roi a donné au P. Gaillard, qui a prêché ici le carême , la pension de

prédicateur dû roi, qui eçt de 400 écus; il en avoit déjà la moitié.

Mardi 18, à Versailles. — Le roi a nommé M. d'Artagnan, le lieutenant général, pour être auprès de monseigneur le duc de Bourgogne durant la campagne, en la place de M. Rosen que le roi avoit.destiné à cet emploi et qui s'en est excusé, disant à S. M. qu'il se croyoit plus capable de la servir à la tête de sa cavalerie qu'en demeurant auprès de la personne de monseigneur le duc de Bourgogne, et qu'il obéiroit pourtant avec plaisir si le roi levouloit absolument. — Le soir il arriva un courrier de M. de Blainville, qui mande au roi que les ennemis s'approchoientfort de Kaiserswert et que la place étoit presque tout à fait investie de l'autre côté du Rhin , et qu'il enverroit encore un autre courrier quand il verroit leur entreprise tout à fait formée. — On eut des lettres de M. de Vendôme du 14 ; il est encore à San-Nazaro; il avoit été àLodi s'aboucher avec M. de Vaudemont. Il a fait descendre le pont qu'il avoit à San-Giacomo, et il Fa placé entre San-Nazaro et Castel-Novo., qui est l'endroit où TAdda se jette dans le Pô. — Les digues qui ont été rompues en Hollande sont celles de Nord-Hollande, auprès de Munikendam, et la grande digue qui va d'Amsterdam en Frise et qui a été rompue en trois endroits auprès de Muyden. On dit que l'inondation s'étend jusqu'à une lieue et demie d'Utrecht, et que le dommage a été très-considérable.

Mercredi 19, à Versailles. — Le roi , au sortir du conseil, envoya M. de Beauvilliers chez monseigneur le duc de Bourgogne, pour lui dire que S. M. jugeoit à propos qu'il partit mardi pour aller se mettre à la tête de ses armées en Flandre, ce que ce prince reçut avec une joie démesurée. Il ira en poste coucher ce jour-là à Péronne, le mercredi à Mons, et sera le jeudi à Bruxelles de bonne heure. Son écurie partira dès vendredi, mais ses bagages ne pourront le suivre que les premiers jours de mai. —

Le comte de Tallard eut une longue audience du roi dimanche au soir; S. M. l'envoie commander les troupes qui sont sur le bas Rhin , mais sous les ordres de M. le maréchal de Boufflers. M. de Montrevel, qui commandoit en ce pays-là, s'est un peu brouillé avec M. Télecteur de Cologne, et il reviendra servir de lieutenant général dans la grande armée. — Le roi a nommé six aides de camp de monseigneur le duc de Bourgogne, qui sont Mimeur, Dénonville le fils, la Motte, fils de celui qui étoit lieutenant général, le marquis de Sanzay ; ces quatre-là sont mestres de camp ou colonels réformés. Les deux autres sont le marquis de Curton-Chabannes et le marquis de Prie, parent de madame la maréchale de la Mothe. — Monseigneur alla hier à Meudon, où il demeurera jusqu'à samedi. — Madame la duchesse de Bourgogne alla à Paris faire ses dernières stations. Elle descendit aux Carmes- Déchaussés de la rue de Vaugirard, puis elle alla au Bon- Pasteur. Elle s'y amusa assez longtemps à visiter la maison, ensuite elle alla aux Incurables, visita les salles des femmes malades, et, se trouvant lasse d'avoir toujours été à pied, elle remonta en carrosse et alla aux Petites-Maisons, et, après y avoir fait ses stations, elle voulut voir les fous et les folles qu'on avoit renfermés dans leurs loges. En revenant de Paris ici, un de ses carrosses brisa dans Sèvres un carrosse de louage qui revenoit d'ici; il y eut un homme de tué. Elle s'y arrêta près d'une heure, envoya chercher le curé et le chirurgien pour secourir ce malheureux; mais tous ses soins furent inutiles, car il mourut sans parler; elle donna de l'argent pour le faire enterrer, et elle n'arriva ici que pour le souper du roi. — Le marquis de Castel dos Bios, ambassadeur d'Espagne, est rappelé; il y a apparence que S. M. C, qui est très-contente de ses services, lui donnera quelque emploi considérable; on a nommé, pour venir en sa place, l'amirantede Castille, qui est un des plus grands seigneurs d'Espagne, des plus accrédités et qui a beaucoup d'esprit.

394 JOURINAL DE DASGËAII.

Jmdi20, à Versailles. — Le roi doana le matin audience de congé à il. Joupdan , envoyé de Pologne, -r^ Le roi a nommé tf. Nol^let, premier aommis de M. do Torcy, pour faire la charge de sf)crétaire des commande^ nxents de monseigneur le duc de Bourgogne; il avoit déj4 eu cet emploi durant le voyage des prinee«. -r- Lappara, maréchal de camp pt l'un de» pripcipaip^ ingénieur^ , ^ reçu ordre de partir dans le moment pour arriver à TaiH mée de Flandre aussitôt que monseigneur le duc de Bour^ gogne. On dit môme qu'on a envoyé ordre à, Yauban, qui ^st présentement au Neuf-Brisach, de se rendre à l'armée df^ Fl^ndr^ le plus tôt qu'il pourra , et Ton pe doute pai que monseigneur le duc de Bourgogne ne commence la camp^gnç par quelque siège considérable, --r La Devôze^ colonel d'infanterie du régiment de Vauge, nouveau, l'a vendu iii'iii',000 livres au fils de Moncaut, quicomman^ doit dans la citadelle de Besançon. -^ Le bruit qui avoit couru en Espagne que S. M. C. donnoit la grandesse au comte d'Estrées est très-bien fondé; cela seraapparemr ment déclaré à Tarmée du roi d'Espagne à Naples. Le roi approuve fort la gràise que le roi son petit-fils \eu\ faire à ce comte.

Vendredi 21, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprèsdinée. Monseigneur le duc de Bourgogne alla à Meudpn voir Monseigneur; il trouva madame la ducheisse de Bourgogne auprès du chenil, qui y alloit aussi, et il monta en carrosse avec elle. Il revint de fort bonne heure ici, et madame la duchesse de Bourgogne y demeura îush qu'à huit heures, et^en ramena monseigneur le duc de Berry, qui y étoit fidlé voir Monseigneur son père. -^ Le roi, hier après son coucher, reçut un paquet de M» Cbftt millart, qui est à Paris et qui lui envoyoit la lettre de M. d© Blainville qui mande que Kaiserswert est mmégé, qua Im ennemis avoient déjà canonné le fort qui est dan» FUe. Nous avons cinq bataillons dans la place, et M* de Blainville espère défendre l'ib aussi longiemp«i qufi la fU^^

même. — M. le maréchal de Boufflers assemble l'arméç auprès de J)iest sur le Demer ; tous les officiers généra^jj de l'armée de Flandre et les colopels prennent congé du roi. — Jj'amirante a accepté Tambassade de France, et témoigne beaucoup de joie d'avoir été honoré de cet emploi; voilà ce qu'on mande de Madrid. Il se prépare à faire une dépense magnifique en ce pays ici, où il ;sera très-bien reçu.

Samedi 22, à Versailles. — Le roi alU tirer l'ap^ès-dlnée. Monseigneur revint de Meudon. Monseigneur le duc de Bourgogne fit ses dernières stations ici; U les a faites toutes soixante avec une dévotion qui a édifié tout le monde. — On eut des lettres de M. de Blainville du 19. Les ennemis n'avoipnt pas encore ouvert la tranchée; il$ ont même retiré la bp.tterie de laquelle ils canonnoient le fort que nous avons dans l'Ile. On avoit dit que M. l'électeur de Brandebourg viendroit commander les troupes à ce siège, mais on n'en parle plus; c'est le prii^ce de Nassau-Saarbruck qui commande l'armée^ et le général Dopft, commandant de Maestricht, qui fait le siège sous lui. — Notre ambassadeur à Venise ma^nde que le chevalier de Forbin avoit arrêté dans le golfe de Venise des barques chargées de blé et d'autres provisions pour l'armée de Tempereur ; qu'il avoit fait jeter le blé dans la mer et renvoyé les barques aux Vénitiens après avoir fait avouer aux patrons de ces barques que c'étoient des vivres qu'on portoit ^ Tarmée du prince Eugène , et que le même chevalier de Forbin avoit brûlé auprès de Trieste des magasins que les Impériaux y ^.voient. On attend la confirmation de cette nouvelle, parce qu'on n'a point encore de lettres du chevalier de Forbin ; }e comte d'Estréeç, çn partant de Naples, y avoit laissé le chevalier de Forbin avec deux frégates et deux brûlots.

Dimanche 23, à Versailles. — Le roi ne sortit que tard et alla tirer. — U y a des lettres de particuliers qui sont dans notre arQlée d'Italie, qui portent que les Impériaux

ont abandonné tous les postes qu'ils avoient sur l'Oglio, et faisoient passer leurs troupes sur leur pont de Borgo- Forte pour se retirer dans le Modénois , se sentant trop foibles pour attendre que M. de Vendôme les vint attaquer dans leurs quartiers ; mais M. de Vendôme ni M. de Tessé ne mandent rien de cela; ainsi l'on ne croit pas la nouvelle vraie , quoiqu'elle soit écrite par des officiers principaux de notre armée. — On a des lettres de M. de Blain ville du 20 et du 21 au matin^ qui mande que la tranchée n'est pas encore ouverte et qu'il parolt que les ennemis changent le dessein qu'ils avoient d'attaquer la place par le bas Rhin en prenant l'Ile, et qu'ils veulent présentement l'attaquer du côté du haut Rhin. — M. le duc du Maine prit congé du roi, le soir, pour aller joindre notre armée de Flandre. M. le maréchal de Boufflers a marché avec quelques troupes à Stevensweert, où l'on croit qu'il passera la Meuse, pour entrer dans le pays de JuUers. — Le vieux M. Charpentier, doyen de l'Académie françoise, mourut à Paris ; le duc de Coislin est présentement le doyen.

Lundi 2k, à Versailles. — Le roi, après son dîner, travailla avec M. Pelletier jusqu'à quatre heures; et puis, s'alla promener à Trianon. Il entretint assez longtemps M. de Saumery dans son cabinet sur la manière dont il souhaitoit que monseigneur le duc de Bourgogne se conduisit à l'armée. Ce prince donna audience chez lui à tous les courtisans qui vinrent prendre congé de lui, et fit l'honneur à toutes les dames de les saluer ; il part avec une joie qui augmente encore sa politesse naturelle. — M. de Guerchois, capitaine aux gardes, achète le régiment de la Marine 80,000 livres de M. de Taleran, que sa mauvaise santé oblige à quitter le service. M. d'Yolet, mestre de camp du régiment de Berry et dont le lieutenant-colonel a été fait brigadier, a demandé permission de se défaire de son régiment; le roi le lui a permis. •^— On a eu avis que le prince Louis de Bade assemble des troupes ; le mar-

quis d'Huxelles, en attendant l'armée du maréchal de Catinat, a déjà formé un petit camp qui se grossira tous les jours, et l'on ne doute pas que les officiers de l'armée d'Allemagne qui sont encore ici n'aient incessamment ordre de partir. — Le roi tint le matin chapitre dés chevaliers de l'Ordre ; M. de Torcy y rapporta les preuves du duc de Pepoli et du comte de Revel, qui furent admises, et ensuite le roi ordonna qu'on leur éXpédiàt la permission de porter l'Ordre, qu'on ne porte pomt, quoique l'on soit nommé, jusqu^à ce que les preuves soient admises dans le chapitre.

Mardi 25, à Versailles. — Monseigneur le duc de Bourgogne partit d'ici à cinq heures du matin en chaise de poste; il court à trente-cinq chevaux. Le roi et Monseigneur s'attendrirent fort hier en lui disant adieu , et sa séparation avec madame la duchesse de Bourgogne a été douloureuse et tendre. Le roi travailla l'après-dlnée avec M. de Pontcharteain , et puis s'alla promener à Trianon malgré la pluie. Le soir-, en sortant de chez madame de Main tenon, }e roi eut des nouvelles de Kaiserswert du 22. Les ennemis avoient, dès le 18, fait des batteries de bombes et du côté du haut Rhin et du côté du bas Rhin; nos batteries de la place ont démonté leurs mortiers, qui ne tiroient plus dès le 21. Les ennemis travaillèrent le 19 à passer une manière de fossé et joignirent ce travail à leurs batteries. Le jour suivant, ils tirèrent une ligne de cet endroit-là jusqu'au Rhin; M, de Blainville, voyant que cette ligne-là étoit mal défendue , commanda le marquis de Brancas avec cinq cents grenadiers et cinq cents fusiliers, soutenus du peu de dragons qui sont dans la place et qui étoient à pied. M. de Brancas, qui commande le régiment d'Orléans', chassa les ennemis de leur poste , rasa quatre-vingts toises de leur travail et alla jusqu'à leurs batteries. Les ennemis revinrent trois fois à la charge avec de nouvelles troupes , on les repoussa toujours; ils furent obligés de faire prendre les armes à toute leuij armée pour repousser la sortie. M. de Brancas,' voyant

39é JOURNAL DE DÀNGEAU.

toutes ces Itoupes en trioùveinent, fit battre la reti^te et ise rëiii^a dans là vUle au petit J)as. Le roi dit â son Souper fet à son coucher qu'il àVoit fait des merveilles, et que M. de Blainville, dans sa lettre , ne pôtiVoit se lasser de lé louer et sur sa valeur et sur sa bonne conduite. Lès ennemife oilt eu cent hommes tués sur la placé, et on croît qu'ils en ont plus de deux cents blessés. Nous n'avonsperdu qu'un capitaine et six ou sept soldats; nous avons trente ou quarante hommes blessés, parmi lesquels il y a six officiers. Le roi, à son souper, parla à M. le duc d'Orléans de son régiment avec éloge. — Les officiers de Tarmée d^ Allemagne ont eu ordre de partir incessamment^ et ceux qui àVoient été mis sur là liste de Marly en ont été ôtés. On eut la confirmation que le prince Louis de Bade assemble des troupes entre Lattdauet Weisserabôurg. — Monseigneur courut le loup, et revint au retour de la chasse souper che2 madame la princesse de Conly.

Mercredi 26, à Harly. — Le roi diila de bonne heure à Versailles, et vint courre le cerf ibi dans le parc; au retour de là chasse, il se promena ici dansles jardins jusqu'à là nuit. Monseigneur étoit à la chasse àveô le i^oî. — Le soir il ari?ivà tm courrier de monfeeignetir le duc de Bourgogne, qui étoit hier àPéronile à six heures du soir et qui en arrivant écrivit à madame la duchesse de Bourgogne. — On a des lettres de M. de Vendôme du 18, qui sont arrivéespar l'ordinaire. Il est toujours caitipé à Saii-Nàzaro; les ennemis n'ont point quitté les postes qu'ils âvoient sur i'Oglio, comme le bruit en avoit couru. Le ^nce Ëugèile à renvoyé M. de Montgon à Créttlone ; il a exigé seulement de lui qu'il seroit encore huit jours sans servir. Il à jugé qu'il n'étoit point prisonnier et l'a fort bien traite. -^ L'évêqtie de Glaùdêves est mort; il étoit de la maison de Villeneuve, qui est une bonne maison de Provence ; cet évèché ne vatit que î ou 8^000 livres de rente. — Le roi donna hier matin audience à l'ambassadeurde Venise, qui se plaignoit fort respec^ueu^ment, tuais nJsàei

ÂTRIL i7M. m

vivement, dé oè que le chëValiël» de Forbin étoit entré dans le gfllfe et y avoit fait des prises. Le roi répondit avec sa sagesse ordinaire qu'il né prétèridoit point troublét la république dans ses droits, tnàis qu'il étoit dans Tordt^e d'empêcher que ses eufaetuis né reçussent dei^ secours d'hommes ou de vivres , soit par terre, soit par mer, et que la république lui auroit fait plaisir de lui épargner cette peiueJâ eu empêchant que nul secours ne vint aiix Impériaux par le gblfe.

Imdi^lj d Mc^ly. -^ Le roi, malgré là plilie , se promena à différentes reprisés dans seëjai*dins. MoiiseigneUr jouaraprès-«diuée> et il y ëUt uue petite loterie éhez niadame de HaiuieUOU pour màdâHië la duchesse de Bburgogue et pour les dames du palais ; là comtesse de Rouèy gagna le plus joli lot. -^ M. dé Torcy vint le matin chez le roi, et lui apporta une lettre du duc d'Escàloue, ticërôi de Naples^ qui lui mande que le roi soU maître est a^ rivé à Baies en bonne santé le 16 du mois , qui étoit le Jour de P^ués. Le vice-roi partoit dans le moment pour aller se mettre à ses pieds, c'est la phrase espagnole; la lettre est en espagnol. Le roi d'Espagne n'a été que huit joiurs dans sa navigation* M. de Pontchartrain attend le courtier que le comte d'Estrées doit envoyer. — Le soir au coucher du roi M. de Pontchartrain lui dit qull y dvoit eu un grand embrasement à Québec , que la maison des missionnaires avoit été entièrement brûlée et qu'on croyoit que là perte étoit de 200,000 écus. ^^ On mande d'Espagne que la MUe se rendra incessamment à Madrid, après avoir tenu les états d'Aragon à Saragosse» Le marquis de Léganès, qui se croit suspect parce qu'il a toujours paru fort attaché à la maison d'Autriche , se. prépare à venir en France afin de rassurer sur sa conduite et faire voir ses bonnes intentions.

Vttuiredi iSyà Murly. — I^ roi alla l'après^dlnée courre le daim avec les chiens de M. le comte de Toulouse, et au retour il se promena jusqu'à la nuit daiissesjardinii.

400 JOURNAIi DE DANGEAU.

Monseigneur alla dès le matin courre le loup dans la forêt de Saint-Germain . Madame la duchesse de Bourgogne, qui est encore enrhumée , mange gras et dîne et soupe chez madame de Maintenon. Le roi dit le matin à son lever que M. de Pomereu étoit fort mal ; il parla de lui avec beaucoup d'éloges et comme d'un homme qu'il regrettoit extrêmement. — Turmenies, garde du trésor royal, mourut àParis. M. de Nointel, son fils, faitsa charge ; mais on ne sait s'il la voudra garder, parce qu'il faut en la gardant qu'il tienne compte à sa famille et aux créanciers de 1,200,000 livres, qui est le prix auquel ces charges-là sont taxées. — M. le maréchal de Bouffiiers est campé entre Venloo et Kaiserswert; il y a trois jours qu'on n'a aucunes nouvelles du siège ni de M. le maréchal de Boufflers, et ce que je dis là du lieu où il campe, sont les lettres de mardi qui nous l'ont appris. — Les troupes que M. de Savoie envoie à notre armée d'Italie sont en marche ; elles doivent être présentement dans le Milanez. Il ne donne cette année que cinq mille sept cents hommes ; il prétend qu'avec les subsides qu'il reçoit de la France il ne peut pas en entretenir un plus grand nombre; il y étoit pourtant obligé par son traité.

Samedi 29,à Jtfar/j/. : — Le roi ne sortit point le itatin; il fut longtemps enfermé avec M. de Chamillart et ensuite avec le P. de la Chaise. L'après-dinée S. M. courut le cerf dans son parc ; Monseigneur étoit à la chasse, et monseigneur le duc de Berry y vint de Versailles. — On eut des lettres de M. de Vendôme du 23. Il est encore campé à San-Nazaro; les ennemis fortifient les postes qu'ils ont sur l'Oglio, qu'ils n'ont point songé à abandonner, comme on l'avoit dit. Le prince Eugène est fort malade; il étoit à l'extrémité le 20 mai, mais le 23 il étoit mieux. — Le maréchal de Boufflers mande au roi que le chevalier du Rosel , maréchal dé camp , avec quinze cents chevaux, avoit rencontré un parti des ennemis beaucoup plus foible et qu'on les avoit enveloppés, et qu'ils avoient été

AVRIL i7M. . 401

presque tous tués ou pris. M- du Rosel loue fortM. le prince de Talmondy qui étoit brigadier sous lui à cette action-là. Le maréchal de Boufflers envoie au roi les lettres de M. de Blain ville du 24. Les ennemis ont attaqué et pris la redoute qui étoit dans Tile. Les soldats qui étoient dedans n'ont point voulu la défendre ; les officiers qui étoient dedans, se voyant abandonnés par les soldats , voulurent se retirer dans la ville ; ils se mirent pour cela dans un petit bateau qui périt sans qu'on pût les secourir. Le siège n'avance point du côté du haut Rhin; le maréchal de Boufflers a fait entrer dans la place cinq ou six cents hommes avec deux fusils chacun, parce qu'il y en a beaucoup de crevés dans la place. — Après le souper du roi, le chevaherde Saumery* arriva de Naples; le roi d'Espagne l'envoie pour rendre compte au roi de son voyage. Sanavigation a été aussi heureuse qu'on le pou voit désirer, et il a été reçu dans Naples avec de grandes acclamations. Le chevalier de Saumery partit de Naples le 18 au matin. M. de Harsin prit son audience publique d'ambassadeur siu?le vaisseau, le jour devant que le roi arriva, afin de pouvoir assister aux chapelles et aux autres cérémonies, et par là il épargne la peine et Ta dépense d'une entrée qu'il n'a faite ni à Madrid ni à Barcelone, et qu'il n'auroit pas pu faire à Naples de longtemps. Quand le roi d'Espagne fut embarqué à Barcelone, tous nos vaisseaux firent la salve royale et dans le moment prirent le pavillon d'Espagne. Quand il débarqua à Baies pour monter sur les galères de Naples qui l'ont porté à Naples, nos vaisseaux firent encore la salve royale et puis reprirent le pavillon de France. En arrivant à Naples, S. M. C. descendit à son palais, qui n'est pas encore achevé de meubler, parce qu'on ne croyoit pas qu'il pût arriver sitôt. Il parut ensuite sur le balcon pour se montrer au peuple , et ensuite il alla à l'église, et l'on chanta le Te Deutn. Il compte de remonter bientôt sur les galères de Naples pour aller à Final et de là aller se mettre à la tète de Tarmée d'Italie. Il recommande au roi beaucoup d'of-

T. Vîll, 26

40S JOURïWL DE DANGEAU.

gciers de la marine, et lui dit que ce n'est point une i^ecom» mandation de roi à roi , mais d'un petit-fih à son grandpère. Il marque sur chacun de ces officiers les raisons par^ culières qu'il a de les recommander, et tout cela avec beaucoup d'esprit et de sagesse. Après s'être loué au dernier point du comte d'Estrées sur toutes sortes de chapitres, il prie S. M. de trouver bon que ce comte puisse accepter la grandesse **, qu'il lui veut donner. Le roi non-seulement l'a approuvé, mais S. M. fit partir un courrier il y eut jeudi huit jours et qui doit être arrivé à Naples présentement , par lequel il lui mandoit qu'il lui faisoit grand plaisir d'honorer ce comte de cette dignité.

* Le chevalier de Saumery passa à Rome sans y coucher, vit le pape Clément XI un moment, alla à Saint-Pierre, et de la porte : « N'est-ce que cela, » dit-il ; et s'en alla. Le bon pape n'a jamais pu digérer cette action, et en a parlé cent fois ; elle est unique aussi en son espèce.

** La comtesse d'Estrées eut bien autant de part à cette grâce que son mari. Elle étoit jeune, hardie, étourdie et amusoit le roi et même madame de Maintenon. Son âge faisoit trouver tout bon alors dans une Noailles. Elle étoit encore plus enfant que jeune, et se baignoit d'aise dans son cortège et sa livrée. Les dames non titrées n'entrent en chaise à porteurs dans la cour réservée que par des porteurs de la livrée du roi qui payent un tribut, et cette bigarrure qui déparoit sa belle et nombreuse livrée l'afQigeoit. Elle en parloit sans cesse et tant qu'enfin le roi lui permit des porteurs de sa livrée. Bientôt après elle n'eut plus besoin de cette grâce , son carrosse même , qui pour cela n'entroit point . en eut le droit par la grandesse, et elle fut assise. Ce fut Louville qui le proposa an roi d'Espagne , qui n'y songeoit pas.

Dimanche 30, à Marly. — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire, et l'après-dlnée il alla à Saint^Germain voir le roi et la reine d'Angleterre. — M. de l'Hôpital mourut à Paris. Il étoit gouverneur de Toul ; c'est un petit gouvernement de province qui vaut 10 à 12,000 livres de rente. — M. de la Poeppe, comte de Lyon, à qui le roi avoit donné Tévêché de Poitiers, s'est excusé dej'accepter, disant qu'il croyoit que la Providence Tavoit attaché à l'église de Lyon , qu'il étoit trop vieux pour pouvoir bien

faire son devoir dans un évéché où il y a à travailler autant qu'à Poitiers^ et que n'ayant aucun bien il ne pourroit pas payer les bulles, qui sont de 1 0^000 écus, ni acheter les meubles et l'équipage convenables à un évoque. -^ M. le maréchal de Boufflers^ qui étoit campé à Wachtendonck; entre Venloo et Kaiserswert, avoit mitrohé pour attaquer les ennemis qui étoient à Santen, mais ils se sont retirés en diligence; on dit même qu'ils ont repassé le Rhin à Wesel^ mais cela n'est pas sûr. Le siège de Kaisersvirert va lentement; Cohorn^ qui conduit les travaux de ce siége^ veut prendre la place par les bombes et par le canon . — Ces jours passés il périt, auprès de la machine (1) , un grand bateau chargé richement d'épiceries; les échevins de la ville de Paris ont remontré au roi le dommage que font à la navigation les ouvrages qui y ont été faits du temps de M. de LouvoiS) et S. M. y a envoyé Mansart et Deville pour voir quels ouvrages on peut faire dans la rivière pour remédier à oes inconvénients^là.

Lundi 1" mai , à Mwtl'^, — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire et se promena toute raprès**dinée ; madame la duchesse de Bourgogne se promena quelque temps avec lui. — On eut nouvelle que Jean Bart étoit mort à Dunkerque, où il commandoit une escadre. Le roi envoie à Dunkerque, en sa place, Pointis. qui est aussi chef d'e(^ cadre. Bart écrit au roi an mourant pour le prier de vouloir donner à sa famille une pension de 3,090 livres que le roi lui donnoit. — M. de Blainville mande à M. de Boufflers, qui envoie ici ses lettres au roi, que les asiûégéants n'avançoient pas beaucoup leurs travaux, mais que leur artillerie avoit fort ruiné un bastion ; les sorties fré^ quentes qu'on fait de la place les incommodent fort. Il croit que le soir du jour qu'il écrit, qui est le 28 au matin^ les ennemis attaqueront le chemin couvert, et il se croit en

(1) La roadane de Marly.'j

404 JOURINAL DE DANGEAU.

état de le bien défendre. — On a reçu des lettres de monseigneur le duc de Bourgogne ; il a séjourné un jour à Bruxelles, d'où il partit samedi . — Le prince Louis de Bade^ qui étoit campé à Biliickheim, s'est saisi de Weîssembourg, où nous n'avions point de troupes, mais cette petite ville étoit fort pleine de farines, de blé, d'avoine et de vin.

Mardi 2 y à Marly. — Le roi tint le matin conseil de finances et l'après-dlnée alla courre le cerf dans son parc. Monseigneur étoit à la chasse avec lui, et monseigneur le duc de Berry y vint de Versailles. — 11 arriva un courrier de M. le maréchal de Boufflers, parti deTarmée du 30. Il mande au roi que les ennemis, quiétoient àSanten et que commandoitH. de Tilly, s'étoient retirés derrière Clèves; ainsi ils n'ont pas repassé le Rhin, comme on Tavoit dit. Ils ont été joints par le comte d'Athlone, qui commandoit le camp de Bosendal. H. de Boufflers a détaché M. de Tallard, et l'envoie, avec beaucoup d'artillerie vis-à-vis de Kaiserswert pour canonner les travaux des ennemis, que nous verrons de là à revers , le Rhin entre deux. On a fait entrer sept cents hommes dans la place. H. de Blainville prioit fort H. de Boufflers de tenter cette canonnadelà, et ne désespère pas même que cela n^oblige les ennemis à lever le siège. — Le roi travailla ie soir avec M. de Pontchartrain; il donne à la veuve de Bart et à ses enfants les 2,000 livres de pension que Bart avoit. — M. le maréchal de Boufflers a trouvé dans Santen, d'où les ennemis se sont retirés, le voyant venir pour les combattre, une grande quantité de grains, de farine et de fourrages ; ils en sont sortis avec tant de précipitation qu'ils n'ont pas eu le loisir de rien emporter ni de les brûler.

Mercredi 3, à Marly. — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire, et Faprès-dlnéB il courut le daim dans son parc avec les chiens de M. le comte de Toulouse ; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec le roi dans sa petite calèche. Monseigneur courut le loup, et joua en revenant de la chasse. — Monseigneur le duc de Bourgogne

en passant à Cambray, y avu M. l'arche vêque *, qui étoit venu le recevoir à la poste, où il changeoit de chevaux et où monseigneur le duc de Bourgogne s'arrêta quelcjue temps. — On a eu des lettres de l'armée d^talie par l'ordinaire qui en partit le 26. On mande que les ennemis ont fait repasser toutes les troupes qu'ils avoient dans le Modénois; ils ont laissé seulement mille hommes dans Bercello. Us se fortifient à Caneto et à Ustiano. Ils ont fait miner Castiglione et Castel-Giufré, pour les faire sauter quand nous en approcherons. M. de Vendôme étoit encore à San-Nazaro, et Ton compte que les premiers jours du mois il tentera le passage de FOglio. — U y a des lettres de Tarmée de M. de Bouf fiers qui arrivèrent hier et qui portent que M. de Tallard, avant que de canônner les travaux des assiégeants à Kaiserswert, ira attaquer la redoute et les retranchements que les ennemis ont faits à leur pont de Dusseldorf en deçà du Rhin.

* Toute la cour étoit en attente de cette entrevue. Monseigneur le duc de Bourgogne aimoit passionnément son précepteur ; l'absence avoit allumé plutôt qu'affoibli le goût par la contrainte. Le roi l'avoit réglée ; M. de Beauvilliers étoit trop sage et trop avisé pour n'être pas en garde là-dessus sur tout ce qui lui auroit été iniputé , [ et ] avoit bien endoctriné le jeune prince. Saumery fut un argus qui dès lors commença à se dévoiler même aux plus dupes. Tout se passa donc dans toute la précision possible ; mais les yeux et tout le maintien fut si expressif que l'archevêque eut depuis une grosse cour, et qu'il n'y eut plus personne à portée d'y atteindre qui ne fît des démarches de son coté.

Jevdi ky àMarly. — Le roi, hier au soir avant Ifeon coucher, quand Monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne furent sortis de son cabinet, y fit entrer Chamlay etl'entretint jusqu'à minuit ; le bruit court qu'on l'envoie à Farmée d'Allemagne. — Il est arrivé ce soir un courrier de M. de Boufflers, qui mande qu'un de nos partis de la garnison de Venloo, en ayant trouvé un des troupes de Hollande, l'avoit chargé et battu; on leur a pris quarante prisonniers, et tout le reste a été tué. La gar-

406 JOURNAL DK DANGEAU.

nisQQ de Kaiserswert se défend toujours à merveille^ et quoiqu'il y ait trois bastions rasés de coups de canon et que les bombes aient renversé toute la ville et que Tile soitprise^ on croit que la place se pourra encore défendre quelques jours; ils n'ont point encore attaqué le chemin couvert. Valeilles^ lieutenant deroi^qui avoitété à Dinan en la même qualité^ a été blessé de deux coups de mousquet^ et on apris quelques lettres des assiégeants^ qui par roissent fort étonnés de la vigoureuse défense du gouverneur. On ne nous a point dit la date des dernières « lettres de M. de Blain ville ; mais nous les croyons du 1^' de ce mois, car le courrier de M. de BoufQers est parti de Santen le 2, — Monseigneur le duc de Bourgogne arriva le samedi à Louvain, et devoit être le dimanche à Diest.

Vendredi 6 , à Marly. — Le roi courut le cerf Taprèsdinée; Madame étoit avec lui dans sa petite calèche. On mangea pour la première fois dans le pelât sedon entre l'appartement du roi et celui de madame de Maintenon. C!omme il y a toujours plus de quarante dames qui ont l'honneur de manger avec le roi à ces voyages ici , l'endroit oùl'onmangeoit, qui est petit, étoit très-incommode. Monseigneur étoit àlachasseaveé le roi^ et au retour delà chasse ils se promenèrent jusqu'à la nuit. Monseigneur le duc de Berry, qui étoit venu de Versailles pour la chasse^ ne s'y en retourna qu^après souper. — Notre ambassadeur à Venise mande que la république a défendu, sous peine des galères, à tous ses sujets de charger sur leurs bâtiments aucune» munitions de guerre ou de bouche pour Tarmée de l'empereur. Une de nos frégates qui sont dans le golfe a a taqué et pris un bâtiment de l'empereur qui venoit de Segna , qui portoit des vivres à leur armée. -•- Il arriva un courrier de Rome; toutes les lettres portent que^ par les avis qu'ils ont de Naples, lesgrands et le peuple y témoignent une joie extraordinaire d'y voir leur roi. Ce courrier croit que M. de Vendôme a déjà commencé à s'ébranler pour marcher sur l'Oglio ; le bruit étoit ré-

pandu^ partout où il a passé, qu'il devoit marcher le 2.

Samedi 6, à Versailles. — Le roi revint ici de Marly après s'y être promené jusqu'à la nuit. Monseigneur revint ici, et n'ira que mardi à Meudon. — ' Le matin, en sortant de la messe , le roi dit que M. de Vendôme mandoit que ses troupes seroient assemblées le 5 pour marcher surl'Oglio ; il aura soixante^deux bataillons et cent trois escadrons* Toute la cavalerie est remontée , et il y a six cents chevaux plus qu'il ne faut. Les troupes de M. de Savoie doivent arriver le 12 ; elles ne sont point comprises dans cela. Le prince Eugène a mandé à M. de Vendôme que l'empereur consentoit â faire un cartel comme on Tavoit proposé, et qu'il alloit y travailler; apparemment ce cartel sera pour le passé comme pour Tavenir, et qu'ainsi la rançoîi du maréchal de Villeroy sera réglée. — L'évèque de Belley est piort. Cet évèché est peu considérable pour le revenu ; l'évèque qui vient de mourir avoit été moine. — On mande de Rome que M. de Louville y est arrivé avec la qualité d'envoyé du roi d'Espagne ; le pape l'a trè&^bien reçu, et même l'a admis à l'audience l'épée au côté, honneurs que Sa Sainteté ne fait qu'aux ambassadeurs. Le ôardinal de Janson se prépare à en partir pour aller àNaples voir le roi d'Espagne ; il y mène tout son équipage, aiin d'y vivre magnifiquement.

Dimanche 7, à Versailles. —Le roi alla Taprès-dinée se promener à Marly. — Il arriva un courrier de M, le maréchal de Boufflers, qui mande que monseigneur le duc de Bourgogne joignit l'armée à Santen le mercredi 3 du mois. Par les lettres que M. de Blainville écrit à ce maré^ chai, le siège de Kaiserswert va fort lentement et les assiégeants y perdent beaucoup de monde ; ils n'avoientpas encore attaqué la redoute du cimetière, qui est à l'attaque du bas Rhin et fort éloignée de la place ; il ne paroit pas qu'ils soient en état d'attaquer encore de quelques jours^le chemin couvert. L'attaque du haut Rhin ne va pas plus vite; le Rhin grossit et a inondé une partie de leurs tt

chées ; ils ont été obligés de changer une batterie que le canon de M. deTallard,que nous avons au delà du Rhin, incommodoit fort. Les lettres de M. de Blaînville sont du 2 ; on travaille aux batteries de M. de Tallard, qui seront en état de tirer au premier jour. — M. de Thianges* le père est mort en Bourgogne. C'étoit un homme qui n'a guère jamais paru en ce pays ici ; il étoit père du marquis de Thianges, maréchal de camp, de la duchesse de Nevers et de la duchesse Sforza.

* M. de Thianges étoit Damas. Lui et M. de MoDtespan avoient épousé les deux sœurs. Madamç de Thianges avoit suivi la fortune de sa sœur , et avoit, indépendamment d'elle, un vrai crédit sur le roi. M. de Thianges avoit suivi sans le vouloir la fortune de son beau-frère , écarté de tout^ méprisé de sa femme, séparé d'elle sans cause et sans effective séparation , vivant obscur dans ses terres , sans commerce à la cour, sans nul signe de vie de sa femme, qui, à l'exemple de sa sœur, avoit quitté les armes et la livrée de son mari et ne portoit que les siennes. M. de Thianges n'avoit cependant pris aucune part aux aven* tures de la famille ^ et ne laissa pas que d'en demeurer séquestré du monde et de tout.

Lundi 8, à Versailles, — Le roi prit médecine, et l'aprèsdinée il tint deux conseils, dont il ne sortit qu'àr huit heures. — On eut des nouvelles de M. de Château-Renaud qui est à la Havane ; on espère qu'il ramènera les galions : il n'y a point eu de mauvaise volonté ni du vice-roi ni des Espagnols, comme on Ta voit cru ; ce n'a été qu'un mésentendu qui a retardé le départ des galions. — M. de Chamlay, qui va dans l'armée d'Allemagne, ne partira pas encore de quelques jours ; c'est M. le maréchal de Gatinat qui a prié le roi de l'y envoyer; il assemble son armée sous Saverne. Le prince Louis de Bade est toujours auprès de Weissembourg ; il est encore incertain si le roi des Romains viendra commander cette armée ; ce qu'il y a de sûr, c'est que son départ de Vienne est retardé. — M. d'Avaux fut taillé à Paris par Maréchal, qui a fait l'opération fort heureusement; la pierre étoit fort grosse. — Le roi

a donné une gratification de 1,000 écus à M. des Alleurs, son envoyé auprès de M. l'électeur de Cologne.

Mardi 9 y à Versailles. — Outre le conseil que le roi tint le matin à son ordinaire , il tint encore conseil Taprè^-dlnée pour une affaire considérable qu'ont les jésuites ; ensuite le roi alla un peu prendre l'air à Trianon, et il dit à sa promenade qu'il y avoit encore à travailler pour plus de quatre heures à l'affaire qui l'avoit occupé Taprès-dlnée. — Le soir au coucher, le roi dit à M. le nonce , à qui il avoit fait donner le bougeoir*, que M. de Vendôme devoit être le 4 de ce mois sur l'Oglio, que toutes nos troupes étoient complètes et que nous étions beaucoup plus forts que les ennemis. Il dit aussi à M. le nonce qu'il avoit eu des lettres de monseigneur le duc Bourgogne du 6 au soir. Notre armée est toujours à Santen ; celle des ennemis, que commande le comte d'Athlone, s'est retirée au delà de Clèves. M. de Blainville mande du 5 au soir que les assiégeants avancent fort peu ; ils avoient fait prendre les armes le 4 à toute leur infanterie et fait monter leur cavalerie à cheval pour attaquer la redoute du cimetière, que nous avions abandonnée il y avoit trois jours, où nous n'avions laissé qu'une sentinelle. Les batteries de M. de Tallard dévoient commencer à tirer le 7.

* Ce bougeoir étoit tenu par l'aumânier eu quartier de jour à la prière du soir, où toutefois le roi ni lui ne se servoient point de livre et qui étoit fort courte. La prière achevée, le premier valet de chambre le recevoit de l'aumônier, et le roi, s'approchant de sa chemise pour se déshabiller, nommoit un de ceux qui étoient autour, à qui le premier valet de chambre le donnoit. Cétoit presque toujours un des plus considérables assistants, et c'étoit une faveur. On tenoit ce bougeoir pendant le déshabiller, qui étoit bientôt fait, et quand on sortoit le premier valet de chambre le reprenoit et le donnoit à sa volonté à un de ceux qui avoient les entrées et demeuroient au petit coucher.

Mercredi 10, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à Marly, et travailla tout le soir chez madame de Maintenon avec M. de Chamillart comme à l'ordinaire.

110 iOURj^AL DE DANGEAU.

Madame la duchesst^ de Bourgogne alla l'après-dlnée voir niadjttne la loai'échalc du la Mothe, qui .sort d'une gi*andii maladie» el ensuite elle alla à Meudon, où elle we pronitîna avi*t' Monseigneur jusqu'à la nuit. — Le roi nooinia cinq eonnnissaireiî nouveaux pour rallkire de.s jmiites; S. M. y travailla hier quatre heures. Il y eut trois avis différents; If rapporteur^ qui est M. dePontcarréj rappoi-tera falTaire durant le [ïreinier voyage de Marly aux cinq nuuvaux cojiiuiiwsaires, et au retour de Marly le roi la jugera, — Levéque de Sainten tsst mort; cet évéché n*est pas d'un ^^^ros revemij maisladenieuitJén est charniaote» Celui qui vient de mourir s'appeloit Tabhé du Plensis. — Le bonhomme M^ de la Frézelière est mort. Il étoit lieutenant gênerai, avoilla lieulenance générale de Fartillerie et un beau logement à TArsenal , «on hls a la survivance de cette charge* 11 avoit outre cela le gouvernement de Salins en Kranchc-Comté ; il étoit homme de mérite et fort estimé dans Fartillerie.

Jeudiii^ à VersaUtes, — Le roi donne des comraiBsious pour dix-sept régiments d'infanterie et ub régiment dts di'agons ; les colonels les lèveront à leurs dépens ; le roi ne donnera que rarmement et un (juartier d'ass(3niblée. U y a déjà soixante-douze bonnnes qui en demandent. — On mande de Pologne que le roi de Suède marche toujoui*s î\ Varsovie , et quMl n*en étoit qu'à quinze lieues le 21 du mois passé ; que tous les marchands en l'aisoient emporter tous leurs meilleurs effets, et que le roi de Pologne se préparoit à en partir le 2i pour se retirer à Cracovie, où il fait porter ses meubles, La noblesse qui est dans la Ville ne songe point à en déménager et y parolt fort tranquille. Les Sapîeha ont joint le roi de Suède il y a déjà quelque temps , et on croit même que le prince Sapieha songe à se faire élire roi en la place de celui-ci, que le loi de Suède veut absolument faire déposer, — Madame la princesse de Cbnly alla dîner à Meudon avec Monseigneur, qui nVquc très-j>eu de courtisans avec lui, — Le bruit

se répand que M. le grand prieur a prié le roi de trouver bon qu'il lui remit tous ses bénéfices.

Vendredi 12, à Versailles, -r- Le roi travailla le matin et l'après-dlnée à juger une grande affaire qu'il y avoit entre les archevêques de Lyon et de Rouen, Tarchevèque de Lyon prétendant là primatie sur Rouen , comme il Ta sur Tours, sur Sens et sur Paris ; mais il perdit son procès tout d'une voix. S. M. eut la patience d'écouter durant cinq heures le rapport de cette affaire ; ce fut M. de Pontcarré qui la rapporta et à qui le roi et tous ceux qui étoient au conseil donnèrent de grandes louanges. Sur les cinq heures le roi sortit pour aller prendre l'air à Trianon* Monseigneur vouloit courre le loup, mais il n'en trouva point; il veut le recourre samedi, et il a mandé au roi qu'il ne reviendroit que dimanche pour le conseil, — Le soir le roi reçut des lettres de monseigneur le duc de Bourgogne, qui mande que, par les nouvelles qu'il a de M. de Blainville du 7 au soir, les assiégeante avançoient peu leurs travaux ; ils sont encore à plus de soixante-cinq toises de la contrescarpe. Les batteries de M. Tallard commencèrent dès le 6, mais jusqu'ici elles ne font pas grand effet. — Le roi a donné un régiment de dragons à lever à M. de [Saint-Sernin], qui est riche , et .on compte qu'il lui en coûtera plus de 50,000 livres, car il le lève à ses dépens.

Samedi 13, à Versailles. — Le roi nous dit à son dîner qu'il avoit reçu dés lettres de monseigneur le duc de Bourgogne du 8, qui lui mande qu'il n'attend plus que son gros canon pour marcher ; on ne dit point encore de quel côté il marchera. Le comte d' Athlone s'est retiré entre Clèves et Nimègue ; la forêt de Clèves est entre lui et nous. Il a renvoyé à Nimègue son artillerie et ses gros bagages, ets'yretireroitapparemment si nous marchions à lui. M. de Blainville écrit dii 7 au soir que le siège de Kaiserswert n'avançoit point. Les assiégeants sont encore à soixante toises du chemin couvert; ils ont presque abandonné l'attaque du haut Rhin. Les batteries de M. de Tallard corn-

mencent fort à incommoder leurs tranchées , et on lui amène du gros canon, après quoi il les incommodera bien encore davantage. — -Les ennemis ont rompu le pont qu'ils avoient àDusseldorf, et craignent fort que nous ne bombardions cette place. — On a nouvelle de M. de Vendôme du 4. : les pluies ont fort gâté les chemins et retardé sa marche de quelques jours. Il mande au roi qu'il espère pourtant pouvoir marcher le lendemain ou le surlendemain au plus tard.

Dimanche 14., à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à Trianon. Monseigneur revint le matin de Meudon avant le conseil. Madame la duchesse de Bourgogne fit son jubilé. — Des troupes sorties de la garnison de Maestricht étoient entrées dans la petite ville de Huy ; mais' ayant su que quelques troupes de la garnison de Liège étoient entrées dans le château, ils ont abandonné la ville en diligence, craignant qu'on ne les y vint attaquer, et ils se sont retirés à Maestricht fort vite. On croit qu'ils avoient eu un plus grand dessein, car ils avoient là cinq ou six mille hommes, dont il n'y en avoit qu^une petite partie qui fût entrée dans Huy. On parle d'une intelligence qu'ils avoienf à Namur , mais on n'fest pas encore bien éclairci là-dessus. — M. le grand prieur eut hier après dîner une longue audience du roi; il va servir de lieutenant général dans l'armée de M. de Catinat. On dit qu'il a représenté au roi le mauvais état de ses affaires , qu'il a prié S. M. de mettre un économe à ses bénéfices pour en faire faire les réparations et en payer ses dettes , après quoi il les remettra au roi pour en disposer. Il ne se réserve que le grand prieuré, et on croit que S. M. lui donne 20,000 livres de pension.

Lundi 15, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dinée se promener à Marly. Monseigneur se promena le soir dans les jardins avec madame la princesse de Conty. Madame la duchesse de Bourgogne prit médecine pour se préparer à prendre du lait ; le roi la vint voir au retour de

Marly, et le soir, après souper, elle alla dans le cabinet du roi comme à son ordinaire. — M. le comte de Toulouse partira dans quinze jours pour aller â Toulon> où il compte de trouver ses vaisseaux prêts et de pouvoir s'embarquer en arrivant ; le comte d'Estrées sera de retour avant ce temps-là. — Le roi donne 2,000 écus de pension à M. de la Haye, qui revient de Tambassade de Venise ; il y . a quarante ans qu'il est dans les ambassades et a quatrevingts ans passés. — On a des nouvelles de M. de Vendôme du 8; il est en marche et s'approche de l'Oglio. On croit que les Impériaux songent à défendre le passage de la Chiese. — Le testament du toi Guillaume a été ouvert; il a fait le prince de Frise son héritier universel. M. l'électeur de Brandebourg en est très-mécontent ; il s'étoit déjà mis en possession du comté de linghen, du comté de Meurs et de la maison de Loo. On mande que cet électeur retire les troupes qu'il avoit au siège de Kaiserswert et dans l'armée du comte d'Athlone ; ses troupes sont de huit mille hommes. Le comte d'Athlone en^ renvoie d'autres de Hollande au siège de Kaiserswert pour remplacer celles de Brandebourg.

Mardi\6, à Versailles. — Le roi travailla l'après-dinée avec M. de Pontchartrain, et puis alla se promener à Trianon. Monseigneur courut le loup. — Le roi eut des lettres de monseigneur le duc de Bourgogne du 12; il étoit encore campé à Sanlen. M. de Blaîn ville luiînande du 11 que les assiégeants sont encore à plus de cinquante toises de la contrescarpe à l'attaque du bas Rhin; ils ont entièrement abandonné ceDe du haut Rhin. Leurs batteries de canons et de bombes ne tirent presque plus. On dit que le prince de Nassau, qui commande au siège, a mandé aux États Généraux qu'il croyoit qu'il étoit dit bien de leur service de se retii'er et d'abandonner cette entreprise, et qu'ils lui ont donné ordre de continuer le siège et qu'il seroit trop honteux de le lever, M. de Tallard les incommode fort par ses batteries, et il

lui arrive du gros oanon. Toute la garnison est fcwrt ré* solue à se défendre mieux que jamais^ et croit repousser les ennemis s^ils veulent attaquer le chemin couvert; ils souhaitent même fort qu'ils viennent Tattaquer. M. de Marillac , colonel de LAUguedoc^ y étoit entré avec les sept cents hommes qu'on y jeta il y a quelque temps^ et on y a envoyé depuis les deux bataillons de son régiment. M. de Cohom, que Ton aVoit dit être au siège, est du côté de la mer, et a pris un petit château qui s'appelle Middelbourg auprès de Dam ; M. de la Motte, qui commande nos troupes de ce c6té-là, marche à lui, et M. de Cohorn se retranche.

Mercredi 17, à Marly. — Le roi, après son dtner, partit de Versailles pour venir ici, où il demeurera dix jours; il s'y promena jusqu'à la nuit avec madame la duchesse de Bourgogne. Monseigneur joua au mail, et puis se promena jusqu'à la nuit avec madame la princesse de Conty. — Le comte Carie Broglia, gouverneur d'Avesnes, est mort; ilaVoit quatre-vingts ans passés. Le comte de Broglia, son neveu, qui commande en Languedoc, eut la survivance du gouvernement étant encore enfant, et un an après le comte Carie Broglia, s'étaftt marié, obtint en l'année 1660 , M. le cardinal de Mazarin étant encore en vie, un brevet de retenue de 60)000 écus, en cas qu'il vint à avoir des enfants ; et M. le marquis de Mouy, qui avôit épousé sa fille unique, dont il a des enfants, demande au roi ou les 50,000 écus de retenue ou le gouvernement, dont on netrouveroit peut-être pas cet argentlà présentement et dont il s'offre de tenir compte à ses enfants. — M. de Cohorn, depuis après avoir pris le chôr. teau de Middelbourg, a assiégé le fort Saint^Donat, qui est considérable par les éoluses qui y sont ; il y avoit déjà trénte-six heures qu'il le canonnoit quand le courrier ost parti. M. de Cohorn s'est fort retranché à ce siège ^ et il sera malaisé de l'y attaquer.

Jeudi 18, à M^rUf. ** Le roi travailla beaucoup le

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