MARECHAUX DE CAMP
MM.Torcy , des chevau^légers, Chevilly , Marivault , Marquis de Bissy, Bassem , Flamanville, Langallerie , Légal! ^ Sérignan , Lestrades , La Taste , Tmécourt , des chevau-lé-
gers, Seheldon , Praslin , Montesson, Chevalier d'Asfeld, Murçay^ D'Rsteing,
MM.D'Avarey, Chey ladet , Soutemon , Ciermont , Prince Camille , Villequier, Prince de Rohan, Chevalier du Rozel , Courcelles, Duc de Montfort , Comte d' Aubeterre , Blainville, Bouligneux , La Châtre, Thianges , Blansac, Chamarande , Wagner, Vigny,
JANVIER itOa.
MM.Chartogne,
Du Puy-Vauban , Saint-Hilaire , De Cray, D'Andigné , Saillant , La Badie ,
MM. Duc deGuiche, Prince d'Épinoy , Mornay , D*Humières , Biron , Puységur.
bbktàdirbs de cavalebîe.
MM. le duc de la Feuillade , Wartigny , Goas, Grignan , Lévis , Mauroy.
Fiennes , Plancy,
Canillac, des mousquetaires, Bouzoles , Fontbeausart, Conflans , Coigny , D'Espinac, Montpeiroux , D* Avignon , Serizy, Sebbeville , Curlandon ,
MM.Balivière, Villemur, La Vallière , Montplaisir, La Luzerne , Longuerue , La Messelière , Prince de Bournonville , D'Esseville,
Janson, des mousquetaires , Gouffier, descbevau-légers, Villiers le Mortier, Prince de Talmond, Silly,
Rennepont , Dourches, Vandeuil , Streff,
Comte d*Ayen, Ruffey.
BBIGADIEBS D INFANTERIE.
MM.Polignac,
La Barre ,
Breteuil ,
DArginy ,
Cbevalier de Cbaroilly ,
Péry,
Vieuxpont ,
Montsorreau ,
T. Vllî.
MM.Lignerac, Montendre , Prince de Robecque , Canillac, Vergetot , Chavigny, Comte d'Évreux , Guerchy ,
306 JOURIfiiL DE PAI9GEAI].
MM. De Lille , MM.Tournin ,
Comte 4e Muret , La Geripière,
Chevalier de Croissy , ' Damigny ,
Iraécourt, colonel de Co- Seignier,
tentin, Du Montet,
Chevalier de Luxembourg , Chevannes ,
De Gennes , De Bar,*
Sparre , Planque ,
Chevalier de Maulevrier, Castèlag, des gardes suisses,
Chevalier d'Entragues , Valory ,
Sesanne, Rousselot,
Marquis de Dreux , La Frezelière ,
Brendlé , Ferrant d'Eseossay.
M. de Chamillart s'étoit mépris au nom de Silly et avoit cru que c'étoit le mestre de camp de cavalerie, et le lui avoit dit si bien que Silly en alla remercier le roi, qui fut fort surpris de ce remerclment, sachant bien qu'U ne Tavoit pas nommé. Si}ly étoit au désespoir de s'être trompé et n'avoit aucun tort, M. de Chamillart l'ayant assuré qu'il é|ioit brigadier. Le soir M. de Chamillart, travaillant avec le roi, le supplia si instamment de réparer la faute qu'il avoit faite que le roi ne lui put refuser ce qu'il demandoit pour M. de Silly, qui d'ailleurs est très-bon sujet ; ainsi le mestre de camp de cavalerie est brigadier aussi bien que le colonel de dragons.
Lundi 30, à Versailles, — Le roi prit médecine et tint conseil l'après-dlnée. — M. le maréchal de Catinat salua le roi à son dîner, et S. M. le reçut assez gracieusement, mais elle ne lui parla point en particulier. — Le roi permet au prince Camille de donner son régiment au prince Charles, son frère; le comte de Quintin achète celpi du prince de Rohan ; M. de Blainville vend le régiment de Champagne à M. de Seignelay, sqn neveu ; le fils de Bartillat a l'agrément du régiment de Clermont. Tous les maréchaux de camp q]ii avoient des régiments ont ordre de s'en défaire , et le roi nomme ceux qui les doivent
aQ)ieier. Lp cbeyalier de Courcelles commapdoit ]ine des |>rigades deg çar§.)3iniers ; cpoime il e$t 4e venu maréchal de camp, on a donné cet emploi au chevalier d'Iméçourt, mestre de camp de cq,valerie réformé , et d'Aubetef^re , quoique paa^'écjial de Cjamp de cette prpmotion , ne l§,issera pas de commander cette année le^ capahiiniers qui vont en Italie ; et Jephevajjer du Rozel, maréchal de capjp aussi, comma-nder^ les §.i;tres brigades de carabiniers qu^ n'iront; point €i^ |j;alie. Saint-Orin, TÉtang et Çlouet, qui ont eu des cpipuxissipns de colonels depujs peu, Cpqxi)[ian4erout les brigades que quittent d'Achy et Resigfty? ^t Iç trpisième çomjnf|.ndera sous Aubeterre la bri- ^a^e qu'IJ. quitte.
ifo/xif 3J, ^ Yfr§(^illes. — Le roi ^Ua raprès-dinée se gfqjuenpr à Marly. Jtfesseigueurs les ducs de Bourgogne ^t de Berry allèrent avec m^4anie |a duchesse de Bourgogne dtner à S|g]:f4pR^ ^t- Monseigneur les ipena $ J'opéra ^ Paris î nxad^'Pie ]^ pr jupesse de Conty y étoit aÙée ^us^i ftvec jfladamp }a (iucl^esse de Bpurgogne. Après J'opjér^, SIûn^jgUiBUp YJ^B^ coucher ^ Meudou, et ces princes pt ces princesses rey jurent spuper ici ayep le i^oi. — |L,e ypi envojp à Naples d' Ayarey, qui vient 4'ètre fq-jt juapéçhal de ç^pip; il aqra sous lui quatre brigadiers, fjui sopt df^ns les qua^pe bataillons que nous pnyjDyous eu cf5 pay$-là. lie roi y envoie aussi le pl^evalier de Dénouyille , qui est trèght>on ingénieur; il e^t frère de Dénouville »ous-gpiiverueur des pç jppçs. l\ yep§. les places et les PQ8|;pgf qu'il iBst à propps 4e forfifipr en ce royaufne-l4 , (8j; y fera travfl.iller. — M. le cpm^e de Tou|ousp paye ^ ^ut^rnou, qui étpit mpstre4e o^n\fi de spu régipieut, les 22,50P livres qu'on 4onne pouf lep yégimeuts 4e pay^lepie, et le roi trouve bou qu'il dispp^e de son régin^^nt, qui ne coûtera rien à celui qu'il choisira pour le con^fU^pd^r- Langalerip vend spp régiment ^ Siuiiane , spu l)eau-|ils, qui y étpit capitaine il y a longtemps; M. de YiUeqnipr vend le sien à. spp lieuteuaut-cplonel , et le
roi a choisi trois capitaines de carabiniers pour acheter trois autres régiments de ceux qui ont été faits maréchaux de camp.
Mercredi 1" février, à Versailles. — Le roi alla dîner à Trianon avec monseigneur le duc de Bourgogne, madame la duchesse de Bourgogne , madame de Maintenon et toutes les dames du palais; il n'y avoit point d'autres dames. Il n'y avoit de courtisans que les officiers en service. Après le dîner le roi alla se promener dans les jardins. Monseigneur le duc de Bourgogne retourna à Versailles pour se confesser, voulant faire ses dévotions le lendemain. Madame la duchesse de Bourgogne s'amusa à jouer au portique. — Nous apprîmes là que Sérignan, aide-major des gardes du corps , épousoit madame des Cluseaux , veuve de l'intendant de Brest, qui a plus d'un million de bien ; quoique Sérignan soit fort vieux, c'est un mariage d'inclination, et cette femme-là a refusé des partis très-considérables. — Le roi donna une pension de 2,000 écus au comte de la Marck, colonel du régiment de Furstemberg, et une de 1,000 écus au comte d'Esterre, frère du prince deRobecque, colonel d'infanterie, et qui a été fort blessé cette année en Italie ; il est de la maison de Montmorency. Le roi a distribué outre cela 50,000 livres de pension à plusieurs officiers qui se sont distingués cette année en Italie. — M. le duc du Maine a donné son régiment de cavalerie au chevalier de Clei^ mont, ancien lieutenant-colonel dans les troupes; il étoit dans lerégiment de Horn. Ce régiment étoit vacant par la promotion de Cheyladet l'alné, qui le commandoit et qui vient d'être fait maréchal de camp. — Honsei^ gneur revint le soir de Meudon pour le souper du roi.
Jeudi 2, jour de la Chandeleur y à Versailles. — Le roi. Monseigneur et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée. M. l'évêque de Metz officia comme prélat de TOrdre ; le P. Gaillard prêcha. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry firent
leurs dévotions. — M. le comte de Toulouse donna son régiment de cavalerie au jeune comte de Gacé. — Madame de Manneville, dame d'honneur de madame la duchesse du Maine, se retire; le roi lui donne une pension de 2,000 écus, et M. du Maine amis en sa place madame de Chambonas, femme de son capitaine des gardes. — Les dernières nouvelles de Londres, qui sont du ^Sp, portent qu'il a été résolu dans le parlement de lever quarante mille matelots, dont la paye est fort haute , car ils ont quatre guinées par mois ; ils veulent aussi avoir quarante mille hommes de troupes réglées, y compris celles qu'ils ont déjà en Hollande et celles que le roi Guillaume a achetées du roi de Danemark. — Madame la duchesse de Bourgogne, après être sortie de chez le roi, descendit en bas chez madame de Noailles, où il y avoit un petit bal ; elle y dansa jusqu'à une heure après minuit.
Vendredi 3, à Versailles, — Le roi dîna de bonne heure pour profiter de la belle journée, et alla tirer dans son parc , d'où il ne revint qu'à la nuit. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne coururent le loup à Saint-Germain y et au retour mangèrent chez madame la princesse de Conty. Le roi donna le soir chez madame de llaintenon audience à Pracomtal, qui étoit arrivé le jour d'auparavant de l'armée d'Italie, et ensuite S. M. entra dans le cabinet où madame la duchesse de Bourgogne joua pour la seconde fois la tragédie d^Absalon. Après la tragédie, il y eut une petite musique pour donner le temps aux acteurs de changer d'habits, et ensuite ils jouèrent xme farce nouvelle. Monseigneur le duc de Berry y joua, et tout cela fut bien exécuté et divertit fort le roi (1).
(i) « Madame la duchesse de Bourgogne et M. le duc d'Orléans ont joué ce carnaval en particulier deux tragédies et deux pièces comiques, dont les représentations ont donné une extrême satisfaction à Sa Majesté et à toutes les liersonnes qui ont eu l'avantage d'y assister. La première a été Absalon^ de la «om|N>sitioa du sieur Duclié , qui fit exprès Jonatlios , il y a deux ans, ainsi <|u1l a fait celle-ci , dans laquelle parut aussi madame la duchesse de Bour-
310 iouri^aL dk dangeau.
Madaine y ëtoit ; elle avbit d'abord fait difficulté d'y vehir à cause de son grand deiiit ; mais le ifoi leva ce scrupule en lui disant que c'étoit là famille rëyàlè et que cela se fâisoil en particulier satis que personne entrât. — On a nouvelle dé Toulon, par uii patron de bàrijue (jùi y efet arrivé, que le comte d'Èstrées étoit J)arti de Nàples pbtib venir à Marseille, où il recevra Ses ordtès d'aller à Barcelone pour transporter leurs LL. SÎM. CC. à Napleis. — si. de la Chàti*e, qui vienl d'être fait lîiaréchal de càidlj^ , a vendu son régiment 22,000 ëcus àù marquis de Saint- Sulpice, qui sert dans le régiment du rôi et tjtil est de même maison que le duc d'Uzês.
Samedi 4, à Versailles. — Le rôi alla lapirès-dlnëe se promener k Marly. Moriseignëiir alla dlrieràMeùddn pour vi- .siter les ouvrages qu'il y fait faire, et revint de bonne heure jouer chez ihadâme la princesse de Conty, Coihmé à soti ordinaire. Utadàme la duchesse de Bourgogne l'y viht voir et y demeura jilsqii'à la fiii de soi! jeu. Le roi travaillai lé soir chez ±ddame de Maintenon îivec M. le chancelier et piiis avec M. de Pontcharlrairi. — Le viëitt abbé de Vatleviile*, (jiife nous avoris vu ici longtemps, est thbrt depuis quelquiss joUré; il avoit l'abbayë de Bàtinié en Franche-Comté et ùtie autre abbaye éii Picardie. G^ëtôll un hoUime dont la vie âvbit été pleine d'événeinëilts fafculëilx jiliSqil'au temps que le rôi prit la Fràttchë-Coitité, et dëpiils ce tëmps-là il avoit mené une vie ëxtraôrdliiaii^e . Il étolt Franc-iGoilitôis et ftêré dé TattëvlUe , ambaSsèLdëUr d'Ëspàgne en Angleterre, qui eut cette grâiiâë affaire avec M. d'ÈStràdëS, alors ambassadeui» de Fiancé à Lbh-
gogne. Cette princesse a fait <lans cette dernière le rôle de Tiiainar, lille «rAbsalon ; M. ie duc d'Orléans , cellit dé I^àvid ; M. U* ëoiiité H*À^ , celui (PAbsalon ; iiiadaine la comtesse cl'A^eii, c^ttii iletharès, Ibniihe d'Abèiildiî, et niàdéinoiselle de l^eiûn, c^lùi de la reine. 1/oii joignit â céite trag^Mfe^ à k tecônde reprcsentation, la petite pièce de la Ceinture magique i{ue M.Rotttseau avoit composée exprès, dans laiiiiellë M. le duc de Berry lit un petit rôle. » ( Merctïre iie lëvriei-, pages 376 et 377.)
dres. Les Vatteville sont dé là maison de tonllâhs. j'âpj)ris que l'abbé de Saini-Hérem étoit mort aussi il y a quelques jours à Paris; il avoit ^u une assez Jx)nne abbaye, il étoit frère aîné du marquis de Saint-Hérem d'aujourd'hui, et s'étoit fait d'église, n'étant ^rôjîré ni à la guerre ni à la coiit. — On eut des nouvelles de Londres du 26. Lé parlement paroit plus soumis aii roi Guillaume qu'aucun parlement n'avoit été jusqu'ici; ils ont lu pour la troisième fois et passé le bill contre le roi Jacques III , le dé^ clarant criminel de haute trahison poiir avoir jJris le titriei de roi d'Angleterre. Ilspàroissent tous fort animés cdùti^b la t'rance et proposent de lever encore dix mille hommes outre les quarante mille qu'ils se sont engagés de donner aux HoUandois ou à l'empereur contre la France.
* Cet abbé de Vàttéville étoit ptétre et chartreii)^ prbfès. Enliliyé de Sttii état , il éùt des habita de séfeUliet , et ebmmë il étoit ëti besogîië pour sauter les murs, son prieur, iJUi eut qdelque soupçon, eiitrà AéAk sa cellule avec son passe-partout et le surprit : l'autre ne s'étonna point, le tua et s'enfuit. Il avoit de l'argent et trouva un cKëVàl à distance , aveb lequel il tifà pays. A la deux dû trBî^ème journée, il s'arrêta pour dîner à Un cabaret ddns lés ehatbps, où il n'y avoit qu'un gigot et un chapon, qu'il retint. L'hôte Jui voulut remontrer qu'il n'en avoit pas davantage, et que c'étoit trop pour liiî tout seul ; inals il se fâcha et lès fit mettre à la broche. Quelque temps ët)rès arrive un aiitrfe voyhgeui', éeùl àlissi, (Jui dettiahdfc uh tttorceàU à manger; on lui dit qu'il ii'y a rien du tout que ce qui est à la broche, qu'un monsieur a arrêté. Le voyageur demande combien ils sont , et sur ce qu'il apprend que c'est un hommp seul , il compte , en payant, d'en avoir sa part. L'hôte lui dit qu'il en doute, à l'air de celui qui a arrêté le dîner , et là-dessus le voyageur monte et liiî propose de le partager. Vàttéville refusé, persisté; l'iâutre se fâche , et Vatteviilé lé tue d'un coup de pistolet, rhâtige après et gigot et cha^n, et tire pays. Bref, il arrive en Turquie, se fait circoncire , s'engage daiis la mUice où son reniement l'avance tout d'abord; son courage achève; il devient hacha et homme de confiance en Morée contré les Vénitiens. Arrivé à ce point, il se persuade qu'il ed peill tirer ^arti, fet trbuve hîôyén dé piratiquét avec les Véiiîtiëris, et dé S'aS^rei* bleii dû itiàrchë qu'il fait secrètemeiit avec eux. Ils y gagnèrent une plëee ou deux^ et lui d'être absous , défroqué, restitué au siècle et daiU ses biens, et rendu ca-
pable de posséder tous bénétices. Du camp véuitieu où il étoit passé il alla à Rome, et revint en Franche-Comté compter avec sa famille et narguer les chartreux. On voit aisément que^'étoit un homme d'intrigues. Il en eut auprès de la reine mère pour attraper quelque chose, et peu après il eut grand*part à celles qui se lièrent en Franche-Comté et qui en facilitèrent la conquête. Il y fit même sourdement une figure assez importante pour se faire promettre l'archevêché de Resançon, et' il y fut effectivement nommé ; mais quand ce fut à obtenir des bulles, le pape ne put s'y résoudre ; lui n'en eut guère moins à lâcher prise. Mais à la fin il fallut être content de l'abbaye de la Raume et de beaucoup d'autres avantages pécuniaires qu'on lui donna en échange. Il vécut depuis, partie dans cette abbaye, partie dans ses terres, quelquefois a Resançon, en grand seigneur, grande meute , belle écurie , grosse table , force compagnie, et surtout, et sans se cacher, fort peu châtié dans ses mœurs; grand tyran chez lui, et tenant les intendants en respectât les yeux fermés par ordre de la cour. Il y venoit très-rarement faire des apparitions et y étoit reçu du roi avec considération. Il se plaisoit à s'aller montrer quelquefois chez les chartreux ; on l'appeloit TabbéCodille parce qu'il jouoit fort bien à l'hombre et qu'il gagnoit codifie tant qu'il pouvoit. Le petit-fils de son frère a épousé une soeur de M. de Maurepas , secrétaire d'État, du second lit.
Dimanche 5, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprèsdinée. Monseigneur dîna chez madame la princesse de Conty à la ville et puis y joua jusqu'à l'heure de la comédie; ce fut Electre qu'on joua pour la seconde fois. Toute la cour hormis le roi étoit à ce spectacle; il n'y put guère tenir plus de cent personnes, et toutes les places y étoient marquées tant pour les dames que pour les courtisans. Madame la duchesse de Bourgogne alla Taprès-dinée à Saint-Cyr et en revint à cinq heures pour être à cette comédie. — Le marquis de Villars épousa mardi à Paris mademoiselle de Varengeville; la noce se fit chez M. Courtin, grand-père de la mariée. — Le roi donna une pension de 2,000 livres au comte de Sanzay, frère de mademoiselle de Sanzay, fille d'honneur de madame la princesse de Conty; il est dans les troupes depuis quelques années et est colonel réformé. — On a eu des nouvelles par Riga que l'armée du roi de
Suède^ commandée par [SlipenbackJ, avoit été battue par les Moscovites au delà de Narva; on n'en sait point encore les particularités. — M. le marquis de Charost, fils aine du duc de Charost, achète le régiment du duc d'Humières, fait maréchal de camp à cette dernière promotion, et lui en donne 66,000 mille livres. — Le chevalier de la VriDière, frère du secrétaire d'État, achète le régiment de dragons qu'avoit d'Avarey , fait maréchal de camp de la dernière promotion, et lui en donne 86,000 livres, quoique ce soit un régiment qui n'est sur pied que de l'année passée.
Lundi 6, à Versailles. — U y a quelque temps que lé pol avoit donné à Imécourt l'alné, cornette des chevaulégers , l'agrément de la sous-lieutenance de cette compagnie, que M. le marquis de Torcy la Tour vend; le roi en reparla ces jours passés à Imécourt avec beaucoup de bonté, et Imécourt, ne se trouvant pas en état d'acheter cette charge, assura S. M. qu'il verroit sans aucun chagrin un autre soiis-lieutenant dans cette compagnie et qu'il y servirait de cornette d'aussi bon cœur que jamais. Le roi, voyant que ses affaires ne lui permettoient pas de songer à monter et voulant remplir les officiers de cette compagnie, a agréé la proposition que lui a faite M. de Chevreuse de faire acheter cette charge au vidame, son second fils; il en donnera 50,000 écus à M. de Torcy, et vendra son régiment de dragons, dont il compte retirer plus de 100,000 francs, et M. de Torcy, qui vient d'être fait maréchal de camp, servira en cette qualité. — Le duc de Villeroy arriva de l'armée d'Italie. Il n'est point vrai que le maréchal de Villeroy ait abandonné ses quartiers sur le bas de FOglio ; le marquis de Créquy commande de ce côté-là et est d'ordinaire à Casal-Maggiore sur le Pô, et visite souvent les troupes qui sont à Bozzolo et à Gazzolo sur l'Oglio, — x\rlin, qui a été page de Madame et qui est présentement lieutenant aux gardes, achète le régiment de Guyenne de Blansac,
maréchal de camp de la dernière proriàôtiôn , et lui en tloiîne 53,000 livres.
Mardi T, à Versailles. — Le roi alla tirer. Monseigneur voUlût courre le loup, et, n'en troilvdnt} point, il alla se prbinener à Meudon, d'où il reviiit de fort bohtie heure, et lô soir il alla à la comédie. — Les officiers généfâùx poiir ritalie sont nommés. Il y aûl*a doiize lieutenants généraux, saris côihpter Bachevilliets, dont là sanié est três-mauvàise et qui a permission d'aller aux eaux ; Si sa santé se rétablit et qu'il puisse servir, il l»etbùrhei^ ëh be pays-là; ainsi ils seroient treize. Il y aura vingt tiiàréchaux de camp. Le roi a laissé au comte de Roucy le ëhoix de Tarmée où il voudtoit servit, et il a choisi Talthée d'Italie, parce qtie la gendarmerie y est. — M. le duc de Mortemart achète le régiment de Thianges, fait tnâi*ëchal de camp à la dernière promotion , et lui en donne 68,O00 livres; ce régiment avoit été levé par le mai^bhal de Vivohtie, grand-père du duc de MoHémart. M. dé Moriiay, colonel du régiment de Poitou, fait tilaréchfeil de camp à liai dernière proinotion, vetid son régiment 70,000 livres à M. du Montai, petit-fils de M. du Montalj lieutenant général qui étoit goiiverneur de Mortt-Rô^al.
Mercredi 8, à Mdrly. — Le foi partit après son dlnel* de Versailles pour venir ici, où il se promena jusqu'à la nuit. Monseigneur et monseigneur le dlic de Bourgogile coururent le loup dans la forêt de Sairit-Germain et puis revinrent dinèi* ici. Madame lél duchesse dé Botirgo^e, après avoir dîné à Versailles , alla à Saint-Germain Vdir la reine d'Angleterre et fut une heure et demie enfertnée seule avec elle dans son cabinet, et arriva ici à la tiriit.
— Tous les officiers de la gendarmerie ont pris coilgé du roi. On compte que tout ce corps-là est arrivé présentement sur les États de M. de SaVoie. Le comte dé Roucy , d'Estaing et Flaman ville, capitaines-lieutenahts de la gendarmerie, sont maréchaux de camp et serviront en Italie.
— On eut hier nouvelle que le comte d'Estrées étoit «r-
rlvë à Tbulôh ; il viehdrà feiirë un tour ici avant que d'aller en Catalogne pour mener le roi d'Espaghe à Naples. Lb roi lui faitdonner 12,000 liVrésde ^Ratification; il à âinené avec lui le prince de la Riccià et trois autres des JilUls considérables coniplicés de là derilièré conspiration de NàJ)les, et M. de GHgnân à ordre de les faire §:krdël' soigneuseiheiil dans les tours de Toulon. Le rbi nous dit que le comte d'Estrées ne pbUrrbit être ici qùë dans quatre ou ciiiq jours; il doit arriver liiardi à Vétsy,llléâ. — On a nouvelle qiie nos plneihiètes trouves enlbàrtjuëës Jibur rarrhée d'Italie àvoient débarqiiè auprès db Gènes ; le ûièiréchàl de Tilleroy a èiivbyé qtiëlcjtlë cal- Valérie atl-devâilt Jlour léis escorter. — Lé t*oi avoit dit àil dttc de Villètby ijuliréhtretiehdroit le soir à six liëut'esi ; mais ce duc, qui avoit été obligé d'aller le matin de Versailles â Paris, lie put arriver à l'hëtire (Jilë S. M. lui àvoit îtiarquëe, parce que sa chaise de j^blite rompit en chemitl. • — La dUchësse d'Hârcôurt est de ce Vdyâ^e ; elle ti'étbit jànlàis venue ici.
ffeindi 9 , à Màrly. — M. de Ghàmillart vint le fflàtiît dite au roi lés hbtivelles de ce qui s'est passé à Créillbhë le i*' de ce mois; elles feotitsi êxtraordiilairès qu'il ti'y a nul exemple de cela dans Thistoire ancienne iii dttns la nâbdëtnë. C'est Maihôhi, inajot du régiiiieiit deDillon, qiil étoit dans la place, qiii a apj)ôrté cette tiôuvelle. Le prince Eiigêne avoit une intelligence diâns Crémone; il y àvoit déjà fait entrer tjuatrfe ôtl cinq cents soldats déguisés eh prôttes et eii paysans, et le 1*' de ce mois il fit cbtiler iihe Jiartië de son infanterie par tiii aqUedUc qui rendait dans IslcâVe d'un curé de la viUe qui nôiislrahissoit. Ces gens, efittés dans la ville la îiùit, priretit des haches chez ce biiré avec lesquelles ik oûvriretit une j^orte qiii ctblt iliUrée et par laquelle le prince Eugène et M. de Cbriiitiërcy entrèreiit avec toute la cavalerie. Ensuite ils se rendirent maîtres de trois dutres pttrtes, ayant tué tous ceux «Jûi les gardbiefat, et ^uis ite màretiêrëht ft la grande place
OÙ est rhôtel de ville, dont ils se rendirent maîtres aussi. Le maréchal de Villeroy, qui n'étoit arrivé que le jour d'auparavant revenant de Milan , où il s'étoit allé abou7 cher avec le prince de Vaudemont, entendant du bruit, monta à cheval pour aller à la place , et au tournant de la première rue il fut enveloppé par les ennemis et ne put faire aucune défense, n'ayant qu'un aide de camp et un page avec lui. Il offrit à l'officier qui le prit 10,000 pistoles et un régiment qu'il lui promit de lui faire donner par le roi s'il le vouloit mener au château ; l'officier lui répondit qu'il y avoit trop longtemps qu'il servoit l'empereur pour écouter une pareille proposition. Le maréchal, étant ainsi pris, fut amené par ordre du prince Eugène hors de la ville dans une cassine avec bonne garde. Crenan, lieutenant général, assembla quelque infanterie et chargea les ennemis ; mais d'abord il eut l'épaule cassée , et tout ce qui combattoit avec lui fut tué. Le prince Eugène le fit emporter aussi hors de la ville, lui disant qu'il craignoit que ses soldats ne le tuassent s'il ne le mettoitenlieudesûreté. Pendant ce temps-là Revel,leplus ancien lieutenant général et qui, en cette quaUté-là, commandoit, le maréchal de Villeroy étant pris, marcha droit au rempart, où il fut joint par une partie de l'infanterie de la garnion , et le marquis de Praslin, brigadier de cavalerie, qui ne pouvoit pas savoir encore que le roi l' avoit nommé maréchal de camp, joignit les bataillons irlandois que nous avions dans la place et qu'il trouva de la meilleure volonté du monde, résolus de mourir ou de chasser les ennemis. Ils les attaquèrent ; le combat commença à sept heures du matin et ne finit qu'un peu avant six heures du soir. Pendant le combat, Praslin, qui avoit vu qu'un autre corps des ennemis marchoit de l'autre côté du Pô pour se rendre maître de notre pont, envoya ordre à celui qui commandoit à la redoute de l'autre côté d'en retirer tout son monde et de rompre le pont derrière lui, ce que cet officier exécuta fort bien et sans perdre un seul homme;
ce pont ne fut rompu que sur les trois heures. Le prince Eugène étoit monté dans un clocher pour voir un moment ce qui se passoit dans tous les endroits de la ville ; et si le prince Thomas de Vaudemont avoit attaqué et emporté la redoute de l'autre côté du pont, comme il en avoit l'ordre, et de revenir joindre ensuite le prince Eugène dans la ville, elle auroit été apparemment prise; mais il fut fort étonné de voir que notre pont étoit rompu et qu'il n'avoit plus à espérer ce renfort-là. Il se crut pourtant encore assez fort pour se rendre maître absolu de la place, y ayant déjà plus de troupes que nous n'en avions dans la garnison ; mais notre infanterie chassoit déjà les ennemis de rue en rue avec une vigueur incroyable. Fimarcon , colonel de dragons , fit mettre pied à terre à son régiment, et ils achevèrent d'enfoncer et de chasser les ennemis. Le prince Eugène et M. de Commercy, ne pouvant faire revenir au combat leur infanterie, furent contraints de se retirer et d'abandonner la ville qu'ils avoient prise par miracle et qu'ils perdirent par un miracle encore plus grand. Montgon, maréchal de camp, avoit eu, dès le commencement du combat, son cheval tué et avoit été pris ; un escadron des cuirassiers de l'empereur lui avoit passé sur le corps, mais à la fin du combat il s'est trouvé en liberté on ne sait pas encore comment. D'Entragues, colonel du régiment des Vaisseaux, a été blessé. Nous avons eu la moitié de la garnison tués ou blessés, mais les ennemis y ont encore perdu bien plus de gens que nous, et ils avoient mené là tous les grenadiers de leur armée, leur meilleure infanterie et beaucoup d'officiers. Le prince Eugène et M. de Commercy ont pensé être pris pour avoir voulu se retirer un peu trop tard. Le gouverneur de la ville pour les Espagnols, dont nous ne savons point le nom, s'est fort signalé dans cette occasion et est blessé de plusieurs coups. D'Arennes, major général, est fort blessé aussi et toutes les relations le louent fort. Le roi attend incessamment un courrier par qui l'on saura encore plus de détails. — Le
rpiaçhpisi ^. (Je V|Bi)46pîe poi^y ?Jler con(im?ip4^rrgrçaé0 d'Italje; il lui donne ^;|0Q0 Ipuis ^ovpf son équip^^e, e^, après avoir eu cp soir ijne loqgup jiudjpnçe 4ê S. 1|I., il a pris copgé et compte d'arriver \ rarmée dçips di:?^ ou do|i^e jpurs. ï^e roi feit M. ^e Revel chevalier de l'Ordre, Praglin |ieutçnan|i général, d'Ayenpes maréchal de capip, F||3atarçpn brigadier , et donne une commission de colopel à Jïahoni av^cunepen§ioi^ de 1,000 livres. Mahoni, en parl$j,pt au roi, afort lo^iéCpurlandon, ancien mestre de camp jje cavalerie, que le roi a fait brigadier à la dernière promotion. Quand Mahoni estp9.rti de Crémone, nous avions déjà cinq cents prisonniers et on croyoitqu^pn en trouveroit encore beaucoup de cachés dans les maisons et dans les caves. Les Irlandois ont pris deux paires de timballes des cuirassiers. Presle, colonel du régiment ^e Cambyé^is, a été tué, et M. de Croy , fils du comte dç Solre, a été pris. Nous avons parmi nos prisonniers Je barpn de Mercy, général-major, qui avoit déjà été pris cette année et qui avoit été échangé avec le chevalier de Maulevyier.
Vendredi ^0, à Marly. — Le roi se prpmena tout le jour dans ^es jardins ; il faisoit le plus beau temps ^u monde. Sfonspigneur, monseigneur le duc ^e Bourgogne et madame la ducjiessp de Bour^ognp se promenèrent avec le roi. Le soir il y eut |^^ devant et après souper, comme le jour d'auparavant. Le roi y alla avj^nt soviper, mais il n'y fut point les après-soupées, et on seretiraàune heure. — Il n'arriva point de courrier de Crémone, mais PR apprit encore beaucoup de particularités de ce qui s'est passé par Mahoni et par plusieurs lettres qu'il a apportées. Le prince Eugène, en marchant à Crémone, n'avojt point levé ses quartiers, mais il en avoit tiré de gros détachements; il avoit même fait paroltre des troupes entre les quartiers du marquis de Créquy pour leur donner de rii^quiétu4e, et on avoit envoyé aussi sur F Adda pour cpntpnir l^s trompes qui étoient au delà dans le Milanois. Il a conté au yoi ijne particularité de M. de Parme qui ne
FËVRIER 1708. 319
laisse pas de nous donner quelque soupçon; ce prince avoit mandé quelques jours auparavant au maréchal de Vill^poy qu'il lui vQuloit livrer Plaisance et qu'il lui envoyât pour cela huit cents hommes de pied et cinq cents chevaux qui arrivassent à Plaisance le dernier du mois, où il se transporteroit lui-même pour leur livrer sa place. ]je mç|,réch£(l dp Viljproy, qui étoit à JMilan, avoit epvoyé ordre à Revel dans Crémone d^ faire ce détachement ; mais Revel, averti que les troupes des ennemis se mettoient en mouvement, ne jugea pas à propos de faire sortir ses troupes de la place ; mais, pour se mettre en état d'exécuter l'ordre du maréchal de Villeroy, il fit tenir le détachemenf prêt et ajl^ au-devant d^ maréphal 4^ Villeroy, qui arrivpit le lendepaain, à qui il rendit compte de ce qvf'il avoit appris et (\e pe qu'il avoit fait. Le mg,réchal q-pprouva sa conduite et l'en loua fort. On sut le jour d'après que M. de Parme s' étoit effectivement transporté ^ Plaisance, dont il avoit changé le gouverneur, et ce gouverneur, à ce qu'on prétend, étoit fort dans nos intérêts. Le roi a 4onné commission de colonel à deux lieutenants colonel irlançiois, qui sont Wacop et Gonnock, qui ont trèsbien fait leuf devoir à Crémone. Le roi fait partir tous les officiers de Tarmée d'itfilie et ne veut plus, passé deffiain, que personne prenne congé de lui. D'Esgriguy, intendant dans Crémone, y a été pris et on y envoie en sa plape le fils de Picou, qui a été si longtemps premier ppmjnis de feu M. Colbert. — 1^. le grand prieur* avoit demandé auroi d'allerservir enitalie avec M. sonfrère, mais le roi ne Ta pas jugé à propos; le marquis de Feuquières avoit écrit au roi aussi pour le prier 4p k faire servir clans l'armée d'Italie, mftis le roi ^. yéppndu comme ne voulant se servir de lui dans aucune de ses armées **.
* Le grand prieur avoit fait cent frasques. Il étoit d'une débauch^ outrée ; il se fioit sur la faveur de sa naissance et sur l'amitié du roi pour son frère, sur lequel il avoit beaucoup d'ascendant; mais il en
avoit tant fait impunément qu'à la fin il fut châtié, et qu'il eut grand'peiue ù en revenir.
** Pour Feuquières, c'étoit un homme de qualité et qui avoit les premiers talents pour la guerre ; avec cela beaucoup d'esprit. Il avoit épousé l'héritière d'Hocquincourt par l'événement; mais c'étoit le plus méchant homme qui fût au monde , le plus noir, le plus dangereux, qui aimoit à faire du n^al pour en faire , qui étoit aussi craint et haï universellement. Il ne pouvoit vivre avec aucun général d'armée, ni compatir avec personne, et cela le perdit à la fin. Aussi M. d'Elbeuf étant avec lui, tous deux lieutenants généraux en Italie dans l'armée du maréchal Catinat,lui dit un jour qu'il étoit le plus brave homme qui fût jamais né , puisqu'il étoit entre quarante mille de ses ennemis sans rien craindre.
Samedi 11, à Versailles, — Le roi courut le cerf le malin ; Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne étoient à lâchasse, et monseigneur le duc de Berry y vint de Versailles, et retournèrent tous diner à Marly. Le roi s^y promena toute Taprès-dlnée et revint ici à la nuit. Madame la duchesse de Bourgogne revint ici sur les cinq heures, et il y eut le soir ré^étiiion à' Athalie, qu'elle doit jouer au premier jour devant le roi. — Il arriva un courrier de M . de Vaudemont, parti de Milan le 3 . Ce prince mande au roi qu'il a envoyé dans Crémone Saint-Frémont et Albergotti; qu'il a envoyé ordre àBarbezières,qui étoit à Casai, de faire rapprocher toutes les troupes qui sont dans le Montferrat; que le marquis de Créquy rapproche aussi ses quartiers de Crémone, n'ayant laissé de troupes que dans Sabionetta et dans Bozzolo; qu'il ira au premier jour lui-même dans Crémone et qu'il y mènera de Milan des officiers de justice pour faire le procès aux habitants qui auront trempé dans la conspiration ; qu'il a eu nou* velle de la retraite du prince Eugène à Ustiano. Elle s'est faite avec beaucoup de précipitation et en grand désordre. Le prince Eugène envoie le maréchal de Villeroy droit à Insprûck, et l'on croit qu'ils le feront passer jusqu'à Vienne.
Dimanche 12, à Versailles. — Hier au matin le roi, à
Marly, en revenant de la messe , entra chez Madame, qui lui parla du changement qu'elle faisoit dans sa maison en cassant la chambre des filles, et l'on a su aujourd'hui la manière dont cela se fait. Elle donne à madame de Langalerie, gouvernante des filles, pour elle et pour mademoiselle de Simiane, sa fille, 5,000 livres de pension, et M. le duc d'Orléans leur donne un logement dans le Palais-Royal, à Paris. Mesdemoiselles de Barrière et do Séry ont chacune 2,500 livres de pension, et la sous-gouvernante 1,200 livres. — Le roi a donné à Marquessac , colonel réformé, le régiment de Cambrésis, vacant par la mort de Presle, qui a été tué à Crémone ; Marquessac est de la même maison que M. d'Hautefort. — Le soir on joua pour la troisième et dernière fois, à l'hôtel de Conty, la comédie d'i5î«c^rc; toute la cour y étoit, hormis le roi. — M. de Chamillart a reçu une lettre du maréchal de "Villeroy du 4.. Il est encore à Ustiano; il est blessé légè- X'ement d'un coup de pertuisane dans le côté et d'un coup d'épée à la main. Le roi lui a écrit une lettre très-obligeante et très-propre à le consoler, et l'a envoyée tout ouverte. Il sait présentement que le dessein des ennemis «st de l'amener en Allemagne, et il mande qu'on le va faire partir incessamment pour Inspruck.
Lundi 13, à Versailles, — Le roi alla tirer l'après-
cllnée. Monseigneur alla à Meudon dîner ; il y demeurera
clix jours. Le roi y doit aller mercredi, pour y passer le
Teste de la semaine. Monseigneur le duc de Bourgogntî
■y est allé avec Monseigneur, et en reviendra avec le roi ;
jamais encore il n'avoit fait de ces petits voyages-là sans
le roi. — On a nouvelle que le marquis de Créquy a levé
ses quartiers et n'a laissé de troupes que dans Sabio-
nette et dans Bozzolo ; il est entré dans Crémone avec le
reste de ses troupes, et on en enverra une partie sur
TAdda. Peu s'en est fallu qu'il ne soit tombé sur le prince
Eugène dans sa retraite, et il seroit arrivé à temps de
l'attaquer si pendant sn marche on ne lui étoit venu
822 JOURNAL 0£ DAMGEAU.
dire que Crémone étoit pris, ce qui l'obligea à faire halte^ et quand il fut désabusé les ennemis repassoient l'Oglio pour regagner Ustiano. Il y a des lettres de Crenan à plusieurs de ses amis et signées de sa main; il ne croit pas sa blessure mortelle. — - Chamarande n'ayant pas pu avoir l'agrément du régiment de la Reine pour son fils, que le roi trouve encore trop jeune, et étant obligé de le vendre parce qu^il a été fait maréchal de camp, en a conclu le marché avec un des Collandre, qui lui en donne 83,000 livres.
Mardi 14, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée se promener à Marly, et durant sa promenade il parla fort du maréchal de Villeroy et de la manière du monde la plus tendre et la plus obligeante. Il marqua qu'il étoit fort étonné et indigné même contre les gens qui insultoient au malheur du maréchal ; il ajouta qu'il croyoit que l'amitié dont il Thonoroit lui attiroit une partie de la haine que l'on a contre lui. Il se servit même du mot de favori, terme qui ne lui étoit jamais sorti de la bouche pour personne; enfin il parla longtemps comme un homme qui veut et sait soutenir les intérèls des malheureux, et c'est une grande consolation pour la famille du maréchal , et cela fait bien voir le bon cœur du roi, qui n'abandonne jamais ceux qui le servent et sont attachés à lui. — Le comte d'Estrées arriva hier matin et doit repartir lundi. — Madame la duchesse de Bourgogne alla hier au bal che2 madame du Maine, et aujourd'hui elle a joué chez madame de Maintenon Athalie (1). Le roi y
(1) 'V On a joué trois fois Athalie de M. Racine avec tous les ornements et les chœurs mis en musique depuis longtemps par M. Moreau, qui avoit fait ceux iVEsther. Ces chœurs ont été parfaitement bien exécutés par les demoiselles de la musique du roi. Madame la duchesse de Bourgogne a joué Josabel avec toute la grâce et le bon sens imaginable , et quoique son rang pût lui permettre de faire voir plus de hardiesse qu'une autre, celle qu'elle a fait paroltre , seulement pour marquer c[u'elle étoit maitresse de son rôle, a toujours ét4 mêlée d'une certaine timidité que Ton doit plutôt nommer modestie qao
. vint à deux différentes reprises ; mais il n'y put pas demeurer toujours, parce qu'il avoit beaucoup à travailler avec M. de Pontchartrain. — Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne, qui sont à Meudon, coururent le loup.
Mercredi 15, à Meudon. — Le roi, après son dîner à Versailles, donna une longue audience au comte d'Estrées, et puis partit pour venir ici, où il arriva à la nuit; madame la duchesse de Bourgogne y étoit arrivée un peu auparavant. — Le roi apprit le matin que le chevalier de Cioëtlogon étoit revenu à Brest avec une partie de l'escadre qu'il avoit menée à l'Amérique. Il y a quelques vaisseaux que le mauvais temps en a séparés, et on craint fort pour celui que commande le chevalier d'Hautefort, qui avoit fait les signaux d'un homme qui a besoin d'être secouru. Tous ces vaisseaux-là sont revenus en mauvais état; les équipages ont fort souffert et les vers se sont mis dans le corps des vaisseaux pendant qu'ils étoient mouillés à la Havane ; on dit même que c'est un accfdent
crainte. Les habits de cette princesse étoient d'une grande magnificence ; cependant on peut dire que sa personne ornoit encore plus le tliéâtre que la richesse de ses habits. M, le duc d'Orléans a parfaitement bien joué le rôle d'Abner et avec une intelligence que l'on n'attrape que lorsque l'on a beaucoup d'esprit M. le comte d'Ayen a joué Joas, et madame la comtesse sa femme Salomith; ceux qui les connoissent sont persuadés qu'ils ont bien rempli ces deux rôles. Quand on a de Tesprit infiniment, on réussit dans tout ce qu'on veut se donner la peine d'entreprendre. Madame la présidente de Chally s'est fait admirer dans le rôle d'Athalie. M. le comte de l'Espare, secçnd fils de M. le duc d« Guiche, qui n'a que sept à huit ans, a charmé dans le personnage du jeune roi. M. de Champeron , qui est encore fort jeune, a très-bien réussi dans le rôle du fils du grand-prêti*e Joad , et celui de ce grand-prêtre a été joué par le sieur Baron, quiauisentiment de tous ceux qui ont eu l'honneur d'être nommés pour ▼oir jouer cette pièce, qui n'a été représentée que devant très-peu de monde, n'a jamais joué avecplusdeforce. A l'égard des autres acteurs qui, ne s'étant point encore donné le divertissement de représenter des pièces de théâtre , ignoroient eux-mêmes s'ils avoient quelque talent pour cela, tous ceux qui ont eu le plaisir de les voir jouer ont dit hautement que les meilleurs comédiens n'auroient pu jouer avec plus d'intelligence et de feu, ni faire répandre plus dé larmes. » {Mercure de février, pages 381 à 385. )
JOURÎSAL DR DANGEATT.
très-ordinaire dans ces mers-là* Us y ont attendu longtemps le^ galions sans en avoir aucmie nouvelle; mais t'.nihi ils ont appris qu'ils étoient demeurés à la Vera-Cruz et que celui qui commande ilau.s le pays en a fait Ater lacliurge. On ne sail si c'est par un nu'senlendu ou s'il ii'y a point de la nialefacou dans cela ; ce qu'il y a de ceil^iin^ e^'st qu'ils ni', seront de longtemps eu état de venir. — M, le vidauie | d'Amienji [, qui vient d'acheter la souslieuteuance des ehevan-lei^t^rs , a vendu le rég'i m eut de dragons qu'il «voit 112,000 livres au chevalier du Héron, ïvh'c de du Héron, notre envoyé en Pologne; il a éir juajor des dragons de son frère, dont le régiment fut r Informé après la paix,
Jemfi 10, à Meudon. — Le roi alla se promener le matiti ;ivec Monseigneur, et raprès-dlnée ils allèrent tirer malgrt'le mauviiis temps. — Le roi étant le malin à la promenade, reçut un paquet de M. de Charaillart, qui lui envoyoit le» letii'es qu^il avoit reçues de Crémone. Le prince Eugène a encore passé l'Oglio à llstiano, et l'on croit qu^il veut encore entreprendre quelq ne chose avant l'arrivée de? nos troupes; ils font courre le bruit dans leur armée qu'il*^ veulent bombarder Crémone, mais il n'y a point d'apparence qu'ils veuillent faire une si grosse dépense poui* une chose qui ne nous Feroit guère de mal. Le niarquifc^ de Crenan est mort de ses blessures; il étoit gonvenieuL* de Coudé. Ce gouvernement vaut environ 20,000 livreï=»' de r#nte, et le roi la donnéau manjuisde ReveL Creiiai^ étoil aussi un des directeurs de l'infanterie ; le roi nVi pa*^ encore disposé de cet emploi-là. — Un des frères de Col— landre aclièUî le régiment colonel de dragons qu'avoi t Bournonville-Mtîret, qui se retire; je ne sais pas bien liM^ sonmu^ qu'il eu donne. Lafond, capitaine aux gardes , s*^ retire parce qu'il est fort iacominodé; il étoil irès-estimi5 dans le régiment. 11 vend sa compagnie 80,000 livres A mi ancien lieutenant de ce corps, frère de rkuumouville ^ qui vend le régiment cokuiel de dragons.
Vendredi 17, à Meudon, — Le roi fut longtemps enfermé le matin avec le P. de la Chaise, et puis il se promena avec Monseigneur; après dîner ils retournèrent ensemble à la promenade. — On compte que M. de Vendôme doit être arrivé aujourd'hui à Turin, et que la gendarmerie y arrivera à peu près en même temps que lui. — L'empereur a cité M. l'électeur de Cologne à comparoltre à Vienne dans trois mois et d'exécuter le jugement qui a été rendu contre lui par les électeurs de Mayence, de Trêves et Palatin , à faute de quoi il le menace de mettre ses États au ban de l'Empire. Ce procédé de l'empereur attaque tous les privilèges des princes d'Allemagne. — Le traité que Chamarande avoit fait avec M. Collandre, lieutenant aux gardes, pour le régiment de la reine est rompu ; le roi veut bien permettre à Collandre d'acheter un régiment, mais il ne veut pas que ce soit un régiment comme celui-là. Collandre est fils de le Gendre, fameux commerçant de Rouen. — Le roi a indiqué lechapitre des chevaliers de FOrdre à dimanche matin. — Le roi a donné pour gratification un mois de paye extraordinaire à toute la garnison de Crémone, tant officiers que soldats. — La maison du roi, qui avoit eu ordre de se tenir prête à marcher au 1" mars, avoit été, au dernier voyage de Marly, contremandée jusqu'au 15 d'avril; mais le roi leur a ordonné aujourd'hui de se tenir prêts pour le i" avril, et les capitaines lieutenants des mousquetaires vont travailler au détachement de ceux qui doivent marcher cette année dans leurs compagnies.
Samedi 18, à Versailles. — Le roi se promena tout le jour à Meudon, et revint ici sur les cinq heures; Monseigneur y est demeuré, et n'en reviendra que mercredi ; monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne y jouèrent toute Taprès-dlnée, et n'en pai*tirent qu'après le roi. — Les affaires de Lithuanie sont accommodées entre la maison Sapieha et la
noblesse; cependant le roi de Suède parolt ne vouloir aucun accommodement avec le roi de Pologne, quoique son prétexte pour entrer dans cette province eût été pour soutenir les intérêts des Sapieha; et comme cette guerre n'est pas finie , on doute du bruit que l'on fait courir en Allemagne que le roi de Pologne vend dix-huit mille hommes de ses troupes à l'empereur. — On a des lettres de M. de Tessé du 6 de ce mois. Il mande qu'il ne manque de rien dans Mantoue , que la garnison est en bon état et que par les nouvelles qu'il a eues des ennemis il faut qu'ils aient fait une perte considérable à l'affaire de Crémone et que le prince Eugène paroisse fort affligé et fort piqué d'avoir manqué cette entreprise.
Dimanche 19, à Versailles. — I^e roi alla tirer Taprèsdlnée. Monseigneur, qui est à Meudon, alla entendre la messe dans la chapelle, et puis vint se mettre au lit et prit médecine par pure précaution. Monseigneur le duc de Berry, après avoir été fort gai toute la journée, sur les dix heures du soir sentit un assez grand frisson et se coucha avec une grosse fièvre. — Madame, qui a cassé la chambre de ses filles, prendra deux dames auprès d'elle, outre sa dame d'honneur et sa dame d'atours ; elle leur donnera à chacune 4,000 livres de pension. La maréchale de Clérembault * en est une, et l'autre n'est pas encore nommée **. — On a fait pour six millions d'affaires cette semaine, savoir trois millions qu'on tirera de la création des charges des syndics des communautés dans le royaume, et trois millions de charges qu'on crée de commissaires et sous- commissaires de la marine. Jusqu'ici ce n'étoient que des commissions que donnoient les secrétaires d'État de la n[iarine ; M. de Pontchartrain a eu sur cela un très-bon procédé, dont le roi a été très-content. — M. l'évèque d'Agde*** est mort ; il étoit frère de M. Fouquet, surintendant. Il laisse trois abbayes vacantes, qui valent 10 on 12,000 livres de rente; son évêché vaut pour le moins encore autant, et il n'y a que dix^sept paroisses. Il a
FÉVRÏKR i70Sî. 327
toujours été regardé comme un des plus beaux évêchés du royaume, et il Tavoit eu durant la faveur de M. Foi;quet, son frère.
* La maréchale de Clérembault étoit fille de Chavigny , secrétaire d'État , sœur de Tévêque de Troycs, Boiithillier, dont il sera parlé danis la suite et de bien d'autres , et une des femmes de France qui avoit le plus d'esprit et de savoir , et avec cela un esprit très-salé et trèsagréable , sans montrer jamais qu'elle sût rien ; du reste, riche, avare, bijoutière et singulière à l'excès, ne se souciant de personne, n'ayant aussi besoin de personne , et toutefois considérée. Elle avoit pensé mourir de la poitrine étant jeune : on lui conseilla d'éviter tant qu'elle pourroitde parler. Elle fut une année entière de suite à avoir la constance de ne pas proférer une seule parole ; sa froideur et sa tranquillité naturelle y eut grande part. Tout cela ensemble l'accoutuma à ne parler presque plus le reste de sa vie; mais quand elle étoit en liberté et qu'elle s'y mettoit, personne n'étoit de plus excellente compagnie. Elle prétendoit , quoiqu'elle s'en cachât fort , trouver l'avenir par de petits points et des calculs , et cela l'avoit liée à Madame, qui se plaisoit fort à ces sortes de curiosités. KUeainioit la cour à ne pouvoir s'en passer, quoiqu'elle y fiit venue assez tar^, et ou ne la rencontipoit jamais sîaps un masque sur son grand et vieux yis^ige pâle ; elle disoit pour raison que, dès que l'air la frappoit, son teint se levoit en croûtes; mais c'étoiten effet une ancienne habitude de le conserver qu'elle n'avoit pu quitter avec la mode qui en étoit autrefois. Elle ne buvoit jamais que de l'eau , et jouoit sans mot dire les journées entières, et trouvoil; fort mauvais à deux heures après minuit qu'on la quittât pour s'aller cou* cher, et encore plus qu'on voulût le$ sp,ir^ s'aller promener, et tout cçla le plus plaisamment du moï^de. Elle étoit parente et fort amie du chancelier et de la chancelièrc de Pontçhartrain, où elle alloit souvent avec eux et bonne compagnie [sic]^ et quelquefois sortant de la messe sur le midi, elle entroit sur le pontdu jardin, n'alloit pas plus loin que le pont même, puis disoit : « Oh l Dieu merci , me voilà bien promenée! et ppur tout lejouv aussi, qu'on ne n^'en parle plus, et ajlops joijer, » Dès le matin elle tenoit des cartes, et de partie en partie, sans intervalle, alloit tout le plus tard qu'elle pouvoit dans la nuit , et avoit grand regret encore à l'interruption du dîner et du souper. Elle avoit une sœur, fille de Sainte-Marie de la rue Saint- Antoine, qu'elle aimoit pas^onément, qu'elle alloit voir sans cesse, et à qui, malgré son ayqrice, elle donnoittant et plus ; cette sœur tomba fort malade. La maréchale le sut, et se garda bien de bouger de Versailles, mais elle y envoyoit à tout moment. Comme elle la sut de plus mal en plus mal : « Oh bien \ dit-elle, ma pauvre sœur, qu'on ne m'en parle plus. » La
326 JOURJNAI. DE DANGEAU.
sœur mourut, et la maréchale n'en parla de sa vie, non plus que de ses deux fils, qu'elle survécut longtemps; mais pour ceux-là elle ne les aimoit pas trop. Elle savoit à merveille tout ce qui se passoit à la cour.
** La comtesse de Beuvron étoit aussi une femme de beaucoup d'esprit et aussi grande joueuse que la maréchale. EUes'appeloitThéobon, et fille de condition de Guyenne, d'un nom qui est éteint, mais distingué dans la province. Elle étoit veuve sans enfants, et depuis longtemps, du frère de la duchesse d'Arpajon et du marquis de Beuvron , père du maréchal d'Harcourt, et fort unie avec eux. Le comte de Beuvron avoit été à Monsieur, et chassé avec le chevalier de Lorraine et le marquis d'Effiat , tous trois plus que soupçonnés du poison de la première fenmie de Monsieur. La comtesse de Beuvron étoit entrée en beaucoup de choses avec Madame , seconde fenune de Monsieur, de la cour de qui la charge de son mari de capitaine des gardes l'avoit mise, et Monsieur mécontent d'elle lui avoit défendu de la voir et fait défendre la cour. Madame, qui ne l'en aimoit que mieux, lui donnoit beaucoup, car elle étoit pauvre, et lui écrivoit sans y manquer jamais tous les jours de sa vie, et lui envoyoit sa lettre par un page. G'étoit une fort aimable femme, mais qui avoit ses humeurs.
*** Cet évêque d'Agde avoit été chancelier de l'Ordre. Il perdit sa charge et son cordon à la disgrâce de son frère, fut exilé longtemps, et revint après à Agde, où il a passé sa vie.
Lundi 20, à Versailles. — Le roi a fait le marquis de Créquy directeur d'infanterie en Italie, en la place du marquis de Crenan; ces emplois-là valent 16,000 livres d'argent et quelques commodités, mais ils sont très-pénibles. — Le prince Eugène redemande M. de Montgon comme son prisonnier, et M. de Montgon, qui n'avoit point donné sa parole, prétend être libre; le roi a exposé le fait avec toutes les circonstances à ses ministres, qui ont conseillé de prendre Tavis des maréchaux de France, comme plus capables qu'eux de juger cette affaire-là (1). — La fièvre a quitté monseigneur le duc de Berry, et il a été fort gaillard tout le soir, fâché seulement de ce qu'on ne l'avoit pas laissé manger. — Il arriva un cour-
(1) Voir toutes les pièces de cette affaire dans le Mercure de mars , pages 255 à 273.
FÉVRIER I70a 329
rier de Barcelone, par lequel on apprend que le roi d'Espagne avoit eu quelques rougeurs au visage qui avoient obligé les médecins de le faire saigner; mais cela n'a eu aucune suite , et il se portoit très-bien quand le courrier est parti. Il attend avec impatience les vaisseaux du roi qui le doivent porter à Naples , ayant grande envie de faire voir à ses sujets qu'il est digne d'être leur roi. Le roi lui écrivit de Mari y, le 23 du mois passé, une lettre dont voici la copie :
Copie de la lettre du roi au roi d'Espagne, écrite de Marly le 21 janvier 1702.
« J'ai toujours approuvé le dessein que vous avez de passer en Italie. Je souhaite de le voir exécuter; mais plus je m'intéresse à votre gloire, plus je dois songer aux difficultés qu'il ne vous conviendroit pas de prévoir comme à moi. Je les ai toutes examinées, vous les avez vues dans le mémoire que Marchin vous a lu. J'apprends avec plaisir que cela ne vous détourne pas d'un projet aussi digne de votre sang que celui d'aller vous-même défendre vos États en Italie ; il y a des occasions où l'on doit décider soi-même. Puisque les inconvénients que l'on vous a représentés ne vous ébranlent pas , je loue votre fermeté et je confirme votre) décision. Vos sujets vous en aimeront davantage et vous seront encore plus fidèles lorsqu'ils verront que vous répondez à leur attente et que , bien loin d'imiter la molleçse de vos prédécesseurs, vous exposez votre personne pour défendre les États les plus considérables de votre monarchie. Ma tendresse augmente pour vous à proportion que je vois qu'elle vous est due ; je n'oublierai rien pour votre avantage. Vous savez les efforts que j'ai faits pour chasser vos ennemis d'Italie; si les troupes que j'y destine encore y étoient arrivées, je vous conseillerois d'aller à Milan et de vous mettre à la tête de mon armée; mais comme il faut auparavant qu'elle soit supérieure à celle de l'empereur, je crois que Votre
380 JOURNAL DE DAKGKAU.
Majesté doit passer- dans le royaume de Naples, où sa présence est encore plus nécessaire qu'à Milan. Vous y attendrez le commencement de la campagne ; vous y calmerez Tagitation des peuples de ce royaume. Ils souhaitent ardemment de voir leur souverain ; ils ne sont excités à la révolte que par Tespérance d'avoir un roi particulier; traitez bien la noblesse, faites espérer du soulagement au peuple lorsque les affaires le permettront, écoutez les plaintes, rendez justice, et vous communiquez avec bonté sans perdre votre dignité ; distinguez ceux dont le zèle a paru dans ces derniers mouvements ; vous connoitrez bientôt Futilité de votre voyage et le bon effet que votre présence aura produit. Je fais armer quatre vaisseaux qui iront à Barcelone et vous porteront à Naples avec la reine; je vois que votre amitié pour elle ne permet pas de vous séparer. Marchin vous informera des troupes que j'envoie à Naples et des autres détails dont je l'ai instruit au sujet de votre passage. Dieu, qui vous protège visiblement, bénira la justice de votre cause, et j'espère qu'après vous avoir appelé au trône il vous donnera ses assistances pour défendre les États dont il a remis le gouvernement entre vos mains; je le prierai de rendre heureux les desseins que vous formez pour sa gloire. Il ne me reste qu'à vous assurer de ma tendresse , de mon amitié et du plaisir que j'ai de voir que tous les jours vous vous en rendez digne. »
Signé: LOUIS.
Mardi 21, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour; il donna Faprès-dinée une longue audience au comte d'Estrées, quiprit congé de lui, et aprèsS. M. travailla avecM. de Pontchartrain. Monseigneur le duc de Bourgogne dîna chez madame la duchesse de Bourgogne, et après leur dîner ils montèrent à l'appartement de Moreau, qui est meublé le plus agréablement du monde. — Il arriva un courrier de M. Bouchu , intendant de l'armée d'Italie , qui mande que les ennemis sont dans leurs quartiers.
FÉVRIER i70a. 331
ne faisant plus aucun mouvement ; ils ont besoin de laisser reposer leurs troupes. Il paroit que M. le duc de Parme se conduit très-bien à notre égard y et les soupçons que l'on avoit eus de lui commencent à s'évanouir; on croit qu'on ne doit plus craindre qu'il veuille livrer Plaisance aux Impériaux. On emmène le maréchal de Villeroy en Allemagne, et il étoit déjà au delà de Trente. Ce courrier trouva jeudi matin M. de Vendôme au haut du mont Cenis. — Il arriva un courrier de Barcelone : les rougeurs qui avoient paru au roi d'Espagne étoient un commencement de rougeole; il étoit beaucoup mieux quand le courrier est parti, et la reine écrit au roi une lettre fort gaie, marquant seulement que ce mal n'est plus rien, mais qu'elle est un peu fâchée de ce qu'on n'a pas voulu qu'elle le vit durant sa maladie , ni même encore présentement, quoiqu'il n'y ait plus rien à craindre. Elle a envoyé à madame la duchesse de Bourgogne un habit à l'espagnole, avec la coiffure de même : rien n'est plus agréable et plus majestueux que cet habillement; la manière d'Espagne est un peu changée. Madame la duchesse de Bourgogne, après le souper, entra dans le cabinet du roi avec cet habillement ; le roi la trouva encore beaucoup mieux qu'elle n'est dans son habit ordinaire, et on loua surtout la coiffure. — La fièvre de monseigneur le duc de Berry n'a eu aucune suite ; il vint le soir avant souper chez madame de Maintenon, où il joua au brelan et ne fut jamais plus gai. — Le roi donna hier une longue audience au marquis d'Huxelles, et il partira dimanche pour retourner en Alsace. Les Allemands font fortifier Spire, et l'électeur palatin a envoyé de ses troupes dans Germersheim et dans quelques villages de l'électeur de Trêves, qui est évêque de Spire ; ces villages sont en deçà de Landau, entre le Spierbach et la Queisch.
Mercredi 22, à Versailles, — Le roi entendit la messe dans la chapelle à son ordinaire, et puis se revint pie^tre au lit pour prendre médecine ; madame la duchesse de
332 JOURNAL DE DAJNGEAIJ.
Bourgogne et Madame l'allèrent voir séparément avant qu'elles entendissent la messe. Les dames de Madame entrèrent avec elle dans la chambre du roi, quoiqu'il eût pris médecine. L'après-dinée le roi tint le conseil qu'il auroit tenu le matin sans sa médecine , et le soir, chez madame de Haintenon , il vit jouer à madame la duchesse de Bourgogne Absalon , et ensuite pour farce les Précieuses de Molière (1) . Monseigneur revint de Meudon, où il étoit depuis dix jours, et alla d'abord chez madame de Maintenon et vit la comédie. Le roi ne se met point dans un fauteuil au milieu de la chambre, comme il fait partout ailleurs ; il se tient à la porte qui entre dans la chambre de madame de Maintenon, où il rentre de temps en temps pour travailler, sans vouloir interrompre le spectacle. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry et Madame sont assis dans leurs rangs, et Monseigneur se tient auprès du roi. — M. de la Feuillade est parti pour l'armée d'Italie ; il prit congé du roi samedi matin à Meudon, et on vient de m'apprendre que S. M. Favoit fait maréchal de camp; ainsi il n'aura jamais servi de brigadier. Le roi a donné l'agrément de son régiment au marquis d'Aubusson, qui est de même maison que lui et qui est dans le service depuis assez longtemps.
Jeudi 23, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Marly, et le soir, chez madame de Maintenon, il vit jouer Athalie à madame la duchesse de Bourgogne. Le roi y demeura pendant toute la pièce, qui fut parfaitement bien jouée. Monseigneur, monseigneur le duc de Bourgogne et Madame y étoient; monseigneur le duc de Berry y vint sur la fin. U n'y avoit aucune des princesses.
(1) (c On joignit à la troisième représentation d' Absalon les Précieuses ridictUes de Molière ; cette petite comédie fut exécutée en perfection, et M. le duc d'Orléans, dans le rôle du vicomte, et le marquis de la VriUière, dans celni du marquis, réjouirent fort la comi)dgnie. « (Mercure de février, pages 385 et 386. )
— M. Télecteup de Cologne a fait ses plaintes à la diète de Ratibsbonne et aux électeurs et princes de l'Empire, qui témoignent un grand mécontentement du mandement de l'empereur à l'électeur de Cologne , qui est entièrement contre les lois et les privilèges des princes de l'Empire.
— M. l'électeur palatin a mis des troupes dans Veldenz et dans Traerbach, qui interrompent la navigation de la Moselle, et nous sommes obligés de faire passer nos convois à Bonn par terre. Nous y en avons envoyé un grand sur trois cents charrettes, escortées par quinze escadrons, que commande Cheyladet, maréchal de camp. — Le roi a donné commission de mestre de camp au marquis du Bois de la Roche, enseigne des gendarmes; les deux autres enseignes de la compagnie, qui sont plus anciens que lui, avoient déjà la même commission. — Par les dernières lettres de Londres, on apprend qu'il y a de grandes brouilleries entre la chambre haute et la chambre basse, cependant il paroit que le roi Guillaume fera faire à ce parlement-ci une partie de ce qu'il voudra.
Vendredi 24-, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dînée, et revint ici à cinq heures pour recevoir la visite du roi d'Angleterre et de la princesse sa sœur, qui n'y étoit pas encore venue. Le roi d'Angleterre et la princesse allèrent ensuite chez madame la duchesse de Bourgogne, qui étoit au lit, où elle s'étoit mise l'après-dlnée, fatiguée de la pesanteur de l'habit qu'elle avoit hier à la comédie et qui étoit trop chargé de pierreries. La princesse alla ensuite chez Madame, et le roi d'Angleterre alla chez Monseigneur et chez monseigneur le duc de Bourgogne. Dès que le roi d'Angleterre et la princesse furent retournés à Saint-Germain , madame la duchesse de Bourgogne se leva et alla à la comédie avec Monseigneur. Le roi, après le départ du roi d'Angleterre, donna une assez longue audience dans son cabinet à M. le Grand, accompagné du prince Camille, et M. le Grand y demeura encore seul quand son fils en fut sorti. Le roi ensuite alla tenir
83^ JOURNAL DE DAJNGEAU.
conseil des ministres chez madame de Mainteiibn.' — Il arriva un courrier de notre armée d'Italie, où M. de Vendôme arriva le samedi 18. On apprend par ce courrier que d'Entragues , colonel du régiment des Vaisseaux^ est mort à Crémone de ses blessures. M. de Vendôme étoit si las] en arrivant qu'il n'a pu parler d'aucune affaire; il mande au roi qu'il travaillera le lendemain, et l'instruira de Tétat où il a trouvé les affaires en ce pays-là.
Samedi 25, à Versailles. — Le roi a jugé à propos que M. de Montgon allât trouver le prince Eugène et se constituât son prisonnier. On n'a point attendu pour cela que les maréchaux de France eussent donné leurs avis ; ils n'ont pas laissé de les envoyer ce soir, parce qu'ils avoient eu ordre de le faire, et l'on a su même que tous les avis n'avoieiit pas été pareils. Montgon avoit déjà eu la sagesse d'écrire au prince Eugène, et lui mandoit toutes les circonstances du fait, l'assurant même qu'en cas qu'il le condamnât il iroit le trouver et se rendre son prisonnier dès que sa santé le lui permettra, pourvu qu'il ne reçût point d'ordres contraires du roi. — Le prince Camille a la permission du roi d'aller à Nancy, où M. de Lorraine souhaite de l'avoir et de lui faire de grands avantages. Il aura une grosse pension, et l'on ne doute pas même qu'on ne lui donne la charge de grand maréchal qu' avoit le comte de Carlingford, qui, à ce qu'on prétend, quitte cette courlà pour aller trouver l'empereur, à qui il a toujours été fort attaché. — Le soir, chez madame de Haintenon , le roi vit encore jouer Athalie à madame la duchesse de Bourgogne; Monseigneur, messeigneurs les duc de Bourgogne et de Berry, Madame et madame la princesse de Conty y étoient. Madame la duchesse d'Orléanis et madame la Duchesse n'ont vu aucune de ces comédies-là. Madame la duchesse de Bourgogne fit médianoche avec beaucoup de dames.
Dimanche 26, à Trianon» — Outre le conseil que le roi tint le matin à son ordinaire, il tint encore conseil
Taprès-dlnée jusqu'à six heures, après quoi il vint ici, où Monseigneur, monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne étoient déjà arrivés. On y demeurera jusqu'à mercredi, et on en partira ce jour-là pour Marly sans retourner à Versailles. Le soir, sur les sept heures , il y eut comédie, que le roi et madame la duchesse de Bourgogne entendirent de la tribune; Monseigneiu* et toute la cour étoient en bas (1). — L'évêque de Béziers est mort; il étoit de la maison de Biscaras. Cet évèché vaut 25,000 livres de rente. Il n'avoit, je crois, point d'autres bénéfices. On avoit dit aussi que l'évêque de Saini-Malo étoit mort, mais il ne l'est pas encore. — M. du Héron , notre envoyé en Pologne , a dépêché un courrier ici qui arriva il y a deux jours; il mande que la diète est rompue. On ne doute pas que ce ne soit par les intrigues du roi de Suède, qui a un grand parti en Pologne. Ce prince marche à la tête de son armée droit à Varsovie, et veut faire déposer le roi de Pologne, qu'il appelle son traître de cousin. On est persuadé ici que le roi de Pologne, qui amusoit toujours notre envoyé par une fausse négociation, avoit conclu un traité avec l'empereur.
Lundi 27, à Trîanon. — Le roi tint conseil tout le matin, se promena Taprès-dlnée , au retour de la pro-
(1) « Le dimanche gras, le roi, après avoir tenu conseil l'après-dînée, partit à cinq heures et demie de Versailles pour se rendre à Trianon. Madame la duchesse de Bourgogne y étoit arrivée quelques moments i)lus tôt, vêtue à l'espagnole. Les comédiens représentèrent h sept heures la pièce nouvelle de Montezume, qui fut suivie de celle du Grondeur, Le roi vit l'une et l'autre de la tribune, et madame la duchesse de Bourgogne demeura auprès de liii. Monseigneur, les princessses , les princes et toute la cour étoient enlxis dans le parterre en face du théâtre. Il resta, après la comédie, grand nombre de dames qui avoient été nommées pour le souper ; elles étoient toutes magnifiquement vêtues d'étoffes or et argent, mais non [)as en robes. Les deux grandes tables furent remplies , c'est-à-dire celles du roi et de Monseigneur, et furent tenues Tune et l'autre dans le même lieu. Au sortir de table. Sa Majesté, suivie de toute la cour, alla dans lesalon du l)out de la galerie du côté du boÎBy et y joua au portique. » ( Mercure, de février, pages 398 à 40^. )
menade travailla avec M. Pelletier, et à sept heures monta dans la tribune, d'où il entendit Topera d'OmphalCy qui fut très-bien exécuté et dont le roi, qui n'en avoit pas vu depuis longtemps, parut se divertir assez. Madame de Maintenon y monta un moment et entendit chanter la Maupin, qui est la plus belle voix du monde. Madame la duchesse de Bourgogne avec ses dames étoient dans la tribune auprès du roi, et Monseigneur en bas avec le reste de la cour. Madame vint de Versailles dîner avec le roi , se promena avec lui, et puis retourna à Versailles. Madame la duchesse de Bourgogne nomme ici, tous les jours, quatre de ses dames pour souper avec le roi et quatre autres dames de dehors. Chaque princesse nomme deux dames, et quand leurs dames d'honneur n'y sont point elles en nomment trois. Le roi, outre tout cela, retint le soir à souper madame la Princesse et mademoiselle d'Enghien (1). — On eut des lettres du maréchal de Villeroy, d'Inspruck du 15 de ce mois (2). 11 mande qu'il est en fort
(i) <i Le lundi le roi tint le matin conseil des ministres. Les princesses prirent de nouveaux habits, encore plus riches que ceux du jour précédent ; il n'y eut qu'une table pour le dîner. Madame vint de Versailles diner avec Sa Majesté. Le temps, qui fut très-vilain, ne permit pas la promenade aux dames ; cependant Madame sortit avec le roi dans le jardin pour voir une nouvelle fontaine , mais elle n'y demeura pas longtemps. Sur les quatres heures , les dames arrivèrent fort parées pour passer la soirée à Trianon. L'opéra fVOmphale commença un peu avant sept heures ; la compagnie y fut belle et nombreuse. Le roi, accompagné de madame la duchesse de Bourgogne, le vit dela4ribune, et Monseigneur et toute la cour se placèrent en bas, comme le jour précédent pour la comédie. Sa Majesté fut très-satisfaite de| cet opéra» qu'elle n'avoit point encore vu représenter, et le témoigna en termes fort obligeants au sieur.Destouches, qui en a fait la musique. Comme le théâtre de Trianon n'est pas grand , l'on avoit placé les acteurs et les actfices qui ne chantent que dans les chœurs sous des portiques et dans des tribunes qui régnent tout autour du théâtre. Le souper fut servi ensuite en la même manière que le soir précédent. » ( Mercure de février, pages 403 à 405.)
(2) Lettre autographe de M. le maréchal de Villeroy à M. de Chamillart, conservée aux archives du Dépôt de la Guerre, volume 1588 p., n*» 135, et communiquée par M. Turpin.
Inspruck, ce 15 février 1703.
Comino je n'ay point encore la |iermition «l'écrire , je n'a> osé le faire dans
bonne santé ; il ne sait rien encore de ce que Tempereur veut faire de lui. Ces lettres sont venues par notre envoyé
laprehantioii que mes lettres ne furent interceptées, et qu'on ne m'en fit nn crime poar manter tonte sorte de liberté ; mais Monsieur je ne puis plus résister à rinpatiaDceou je suis d'informer le roy de ma malheureuse destinée plus cruelle mille fois que je ne Pavois preveu, par un presentiment qui ne ce justifie que trop , vous vous m sonvenes Monsieur, vous veres dans la lettre du roy mes avantures , ainsy je m*epargneray la peine et le chagrin de vous le repeter. Je conte ases sur Ihoneur de vostre amitié pour croire que vous conpatires à mon état et que vous le soulageres dans tout ce qui depandra de vous , M. le prince Eugène, de qui j'ay receu milles honetetes a voulu m'envoyer icy, je luy fis des instances très pressantes de me lesser a CastiUion , a quoy il ne voulut pas consentir par bien des raisons dont je ne connois pas. Il me dit qua Inspruck je serois a portée de recevoir des nouvelles de lempereur qui pourroit seul desider de ma destinée , qu'il me randroit tous les services qui depandroit de luy, mais que je savois bien qu'il ne pourroit rien desider sur mon état quapres avoir receu les ordres de Tempereur. Enfin me voicy à Inspruck, vous juges bien M*", que tous les lieux me sont égaux et qu'il ny a que mon élargissement qui puisse soulager letat ou je suis, jespere que le roy aura la honte de me continuer sa protection. Il y a une fatalité si suivie dans ce qui vient de mariver que le témoignage de ma consiance nadoucira jamais le souvenir d'un tel malheur. Il faut que la nesesite des afaires me face aler a Milan, et que jOi revienne à Crémone dans le moment fatal, reflections superflus dont Ion se dévore jour et nuict, il y en a bien d'autres aussyjcruelles a faire. Finisons M*", il n'y a point de cartel de fait, ainsy ces messieurs ce serviront de ce prétexte autant quUs voudront a moins que la honte du roy n'intervienne en ma faveur. Jecris un mot à M. de Torssy pour le prier de me randre service, M. le maréchal de Crequi payant 50,000 francs de rançon, je suis tout prest de donner la mesme somme, jen ay les moyens sans estre à charge a mes amis , des 300,000 frans que le roy ma donné je n'en ay depandé que 125,000 frans ainsi jay encore i 75,000que jemeferay avanser quand je voudray. Vous voules bien M**, que tout ce petit détail domestique demeure entre vous et moy. La première chose qu'il fout savoir, c'est la volonté du roy, car je ne saurois entrer dans augune negotiation que je ne sois informe des intentions de SM pour suivre ses ordres. M. le prince Eugène ma fait toutes sortes dofres. Jay cognu le comte de Mansfelt en France, que est present^nent président du conseil de guerre tout cella ne me peut estre bon a rien sans la protection du roy, aussy. M**., je vous supplie davoirla honte de me faire savoir la conduite que j'ay a tenir. Jadresse mon paquet a M. de Ricous a Munich , et le prie de vous lenvoyer par un de ses gens. Ayes la honte de me donner de vos nouvelles que jatent avec bien de linpatience , n'ayant eu avis ni nouvelles de personne depuis que je suis prisonnier. Je viens de voir dans les f^asettcs allemandes que nous avons quité les postes du bas de lOlio dont je !iiii8 bien afiigé, car jen oognoys la conséquence pour louverture de la cam- T. VIII. 22
îil JOURNAL tits DÀNGEAU.
k Htinièli et sâtis qùé cëtii qui le gàf*dént aient âU (Jti'il ecrîvoit.
Mardi 28, à Trianon, — 11 ne dîne ici avec le roi que les dames qui y ont des logements et Madame, qui y vient de Versailles. Il y a une grande table pour seize personnes et une petite pour quatre; le soir il y a deux gi^ândé^ tàt)les, à cause des dànle^ ijtié retièhtiëiit lés princesses. Le roi soupa à neuf heures, et ^U sortir dé table il raoïita dans la tribune, d'où il vit le bal; madamé la priiiceiteé de Cbnty étôit dan^ là tribune au{il*ês de lui. Il en sortit avant minuit pour s'aller coûcHér, et le bal dura jusqu'à deux heures. Il étoit dans la salle où est le théâtre, et oii avoit fait 6ter l'orchestre pdur avoir plus de place. 11 y avoit des bancs sur le théâtre pour lés étrangers; les danseuses étbient madame la duchesse de Bburgdghe, madàine là Duchesse, mesdàitifeâ d'Albret^ de Saint-Simon, d'Ayen/^de Lauzuh, die Soiivré^ de Rafetot, de la Vrillière, mesdemoiselles d'Elbeuf, d'Aiv magnac, deMelun et des Marests, scèur du gl*afld fauconnier, qui dansa pour la première fois. ^Les danseurs étôieht monseigneur le duc de Berry, M. le duc d'Orléans^ le comte de Toulouse, le comte de Brioûne, le pritice Camille, le prince Charles, les ducs de Saint-Simon, d'Èsttéës, la Châtre, Nangis^ Livry le fils, de la Baume, Nouant, le chevalier de la Vrillière et lefietit marquis de Nesle, qui n'a que treize ans et qui dansa là pou^ la brëmiètë fois. Madame la duchesse de Bourgogne^ madame là cluciiessé d'IJrlëàns ,. maldamë la Duchesse et quelques autres dames avoient des habits à Tespàgnole nia- ^tiifiqiies (1). — M. le cardinal de Noailles a fait un
pagne. Comme je n'ay point 1^ liberté décrire, il nèfaiit point diire pûbliqàeraent qu'on aye reçue de mes lettres. Je suis W. vostre très-tiùmbie eè tresoheisi^ant serviteur.
VitLkîioT; (1) <i Le mardi Madame vint êiicore dfiier avec le roi, et s'en retourba de
rbàâdeméiit itèfe-sévère pour robséHation du catéme, et le roi d dbniië ordre à Livry pour le faire observer de point ëii point dans toutes les tables de sa maison, et les cburlii^iis boiit avertis d'en liser de même chez eux. it&crédi 1" mars y à Marly. — II y eut conseil lé matin
bgnue heure à VersailieA ainsi qu'elle avoit fait le lundi. Le roi , inal^é le temps qpi étoit très-rude , se promena dans le jardin pendant deux heures, tbiites lés dames arrivèrent sur les quatre et cinq heures pour le baï, qui conihièiiçâ â dix heures et demie, le souper ayant été avancé d'Une heure. Le hdl s^ passa dans la salie de la comédie, dont on avoit ôté Torchestre. Le roi sej^aça dans la tribune, et madame la princesse de Gonty demeura près de §â M^éstéi Le^ damés dansàiites furent madame ià diicHesse de ttoufgo^he, ttkUiàine là Dnehesse , mademoiselle de Mehm , madame de là Vrillière , ma-f diM¥|e la.çomtesse d'Ayen , madame la duchesse de Lauzun , madame la comtesse d'Estrées , toutes vêtues magnifiquement à l'espagnole. La parure de inadara^ ià dùbiiessë 3é Boiirgogtie étdit sWpèfbe; fnadàinë làf dnchèssé d*drlëân& i étoit têtiié de la même ntàtiière , mais elle ne dansa point. Les . autres (|ames.^u bdl étofent jmademçiselie d'Ârmagnac, mademoiselle d'Ëibeùf, mesdaumes de Saint-Simon , de Souvré , d'Altret , de fchaiiliioW éi dé Rdi'etcft. , tnademOiSfelle dfes Iftarets. Les danseurs étoient indnseigneiir le Aùt de Bert*^, M. le duc d'Orléans, M. le comte de Toulouse, M^ le. oq)pte de Bàonne, M. le duc de Saint-^imon,,M. le oparquis de Sentmanat, fils de M. l'ambassadeur d'Espaghe, M. le chevalier de la Vrillière, te lilàrqilik de Sbnârti, M. ite Monibazon, W. dé L^vry le fils , M. de la Châtré, M, le tiiarquis de Nàdgis, de la Baume et de Sçignelay, M. It prince Cjir raille^^.M. \è duc d'Estrées, M. le prinpe Charles et M. le marquis de Nelile^ qui eut cet honneur pour la première fois. Le roi se retira avant minuit, et lé bal continua.
« Rlèn n'étoit plus galant que Thalnt à Tèspagnole de tiiadame là duchesse de Bourgogne. La reine d'Espagne Ta envoyé à cette princesse. Il étoit accompagné d'iine coiffure qui n'est pas, noi;i plus que l'habit, selon l'àriciehniè fiiodc. fcetté coiffure a tellement plu (|u'oh croit â la eoUr (Jne de celles ^e France et d'Es^ne on en composera ujae iiouvelle qui tiendra de l'une pi de l'autre; les personnes de bon sens et de bon goût iie peuvent s'accommoder de la hauteur de celles de France. Si vos amies savoiêrit ceux qui les cbndâmneht, éîies se feârderoîèht biéil tf'éii mettre Jâhiais de èi élevées.
a Tons cenx (pii ont vu mbdame la. duchesse de Bourgogne avec son habit à l'espagnole en ont été charmés, et. l'empressement de la voir a été grand, niais il faudrôii entendre celle princesse parler espagnol. Cette langue ne p^fôlt (S^s tnbihs agréable Hàhssa bduché qîie l'habit espagnol fthr son auguste per« M)nne. M. Philippe de Souvré , qbi a eu l'honneur de loi apprendre la laa^ esp^gnole , doit s'estimer heureux, d'avoir trouvé un si bon sujet , de sorte qu'il n'a pas eu besoin de toute son habileté, qui csi conriiîe, pour éii^dgii'ér éStto. lail^tie *k ë^e grande princesse^ v ( Mercui-e de févriei-, pa^s 403 à 4 1 ^. )
à Trianon, et le roi en partit après son dîner pour venir ici, où il se promena jusqu'à la nuit; madame la duchesse de Bourgogne partit un peu après le roi de Trianon, et le joignit ici à sa promenade. Monseigneur joua tout le soir; monseigneur le duc de Bourgogne joua de son côté ; il n'y eut point de musique. Le roi, au retour de la promenade, travailla chez madame de Maintenon avec M. de Chamillart. 11 adonné le régiment des Vaisseaux, vacant par la mort de d'Entragues, à M. de Montendre, qui s'est fort distingué àl'affaire de Crémone, où il a été bles^, et le régiment de Médoc, qu'avoit M. de Montendre, à M. le chevalier de Chamillart , frère du ministre, qui étoit dans la marine et ancien capitaine de vaisseau même, mais qui a désiré de servir sur terre . — J'appris que M. le chevalier de Bouillon, qui étoit aussi capitaine de vaisseau, avoit quitté la marine depuis quelque temps et qu'il demandoit au roi une commission de colonel, mais il ne Ta pas pu obtenir, jusques ici. ^— Puységur arriva de Flandre, pour rendre compte au roi de Tétat des troupes de France et d'Espagne qui sont en ce pays-là; le roi a remis à l'entretenir au retour de Harly. Les Espagnols y ont présentement quarante-deux bataillons, et il y en a près de cent cinquante des troupes de France.
Jeudi 2, à Marly. — Le matin, après la messe, M. de Chamillart apporta au roi des lettres de M. de Vendôme, qui rend compte de ce qu'il a fait depuis son arrivée. Il visite les différents quartiers où sont nos troupes en deçà de l'Adda, et devoit aller à Crémone sur la fin du mois. Il mande que les ennemis sont dans leurs quartiers sans faire aucun mouvement. La gendarmerie est presque toute arrivée; les dix-huit milJe hommes de recrues que nous envoyons pour notre infanterie sont débaiv qués et une partie a déjà joint l'armée, et des dix-neuf bataillons que nous y faisons marcher il y en a déjà quinze d'embarqués. Le roi parolt fort content du bon
compte que lui rend M. de Vendôme. On a appris par ce même ordinaire deux actions où la garnison de Mantoue a battu les ennemis , Tune en les chassant du poste des Chartreux, qu'ils vouloient occuper, et l'autre, qui a été plus considérable, en voulant enlever un de leurs quartiers. Le comte de Tessé avoit détaché pour cela dix compagnies de grenadiers, commandées par le marquis de Leuville, et deux cents chevaux; Zurlauben, maréchal de camp, marcha avec ce détachement à un quartier où il y avoit cinq cents cuirassiers. Son guide l'égara la nuit et lui lit perdre quelque temps, qui empêcha que les ennemis ne fussent entièrement surpris. Ils eurent le loisir de monter à cheval et de se mettre n bataille. Zurlauben ne laissa pas de les attaquer; il en tua cent cinquante , prit cent prisonniers et emmena cent cinquante chevaux dans Mantoue.
Vendredi 3, à Marly. — Le matin, après la messe du roi, M. deChamillart, qui avoit couché à l'Étang, apporta au roi une lettre de M. de Vendôme, qui écrit de Lodi du 25 du mois passé. Il mande que ce jour-là il ira coucher à Crémone ; que la gendarmerie est toute arrivée à Pavie. Nous avons rétabli le pont de Crémone, et on travaille à agrandir le fort qui le couvre. On a vérifié qu'il y avoit eu deux mille sept cents Allemands tués à l'affaire de Crémone; on a échangé les prisonniers de part et d'autre, et nous en avions soixante et douze plus qu'ils n'avoient. Le prince de Dietrischstein est mort de la blessure qu'il avoit reçue au delà du Pô. On croit que M. de Vendôme a déjà quelque dessein et qu'il attend les ordres de la cour pour l'exécuter, quoiqu'il ait des pouvoirs fort amples; presque toute notre infanterie est arrivée dans l'Alexandrin. — On mande de Hollande que le roi Guillaume y a fait passer milord Albemarle pour concerter les opérations de la campagne, qu'ils veulent , disent-ils , commencer de bonne heure, et on croit qu'ils attendront la tin des avocatôires données à M. l'électeur de Cologne,
342 JOlTRNAi:. Dt DAWGEAU.
qfjJL sera le k du jf^q\s prochain, sfpi:ès quoi pn pffpf^pte fpi^ïh aJiftquQpont Jtaisefswer|i.
Sçiine,di 4-, à Versailles. — Le rpi pa^iit 4 six h^if^e^ ^e BJatrly Bpuir peveîiir ici. Hfonspigneqr }e IJj^ïipliji^ ^X^ à Jleudoïi, où ij plemeurera jusqu'4 rp0ï'Cî*fi4i. |-ifi m^jtin^ ^BFè^ la messe, le roi courut le cerf; Monseigi^eur» jpop^ignçur le duc 4*^ Bo);]:*gogne (étojent à la citasse , iQop$eig)ip)ir le duc de Çerry y vint de Versailles, et rej^urpèrppt tous <llner àJ^lafly. — Les régiments des gardes frapgpj§§s pt (suisses ont ordre de se tenir prêts fovfv la feyjie Ip X^ ^e ce mois ej pour fparcher Je 20 ; on ne sait poipt ^ncpr^ fie quel côté ou le^ envoie. — On fl» jugé ici ^ BF^Pft? ^^ Iji rejne d'Espagne ne suivit pas le roispp m^ri àllf^ple^ ; elle if a à Madyid, où sp, présence si^rvir^ ^ jttachpppjîcqpe (^3,vantage les pp|iples à Jpur nouypau roi. Qp s^ e^ayqyp pour cela un courr^pf* à Barcelone, ou J'pu j}j^(^ J^jen que fiL. MM. ce, qui s'ainxeut fort, serqnt ^ pPH %^]^^P de se séparer. — Le rpi a donné des pensiç|^s de l,QPCt Jjyres ^ M]^. l'abbé Tallemant , Toureil et Daciep, (j^i ont jrjiy^illé ^ l'explici^tion 4p ses médailles, et l'on va- tj?a^ yailler présentement au^ j:pédailles de Lqujs XI|}, pt puis à celles |ie |Jenp fV. On CQprige quelques faute? qui s'étpient glissées dans celLes du roi, ^t ^^ supprime 1^ préface du livre.
l>imanchç 5, à Versaille^. — Le rpi, hipf au rptpur 4e ijlafly, 4onna une Ipngue a^dj^^Pp ^ ?*• 4^ PHyp^R** chez ï)[ja4ame 4e IJaintenop. Le roi est ffè?-coï^|ipî^ (le toute la çoî)duite de fuys^gur en Flandfp, pjiil a fpf t servi à ipcttre |es tf oppps des Espagnols j^aufi Ip })on ^Jat où eijes sont d^ps pe p^ys4à. -r |L.p foi ^ a))jQund');i]^i euteï}4ïi le sefuxop j^u f- GafUar^, et apr^s 1^ 3®FW}îf ^^ allé se ppppapïier à Tri^ppj|. J^^a^aïue j.^ duphessp ^e Bourgogï^e a fait ses dévotions ^v^^ RppgUet^, pt ^'aprèsdinée a entendu le sermon ejt vêpres. lf\le n'ira point là la comédie durant tout le carême, et pept-être même qu'il n'y ei| aufa poipj; in tout ici. — Le rpi ^ 4pi)né ^s pom-
missions de mpstre d^ ciainp ^ huij; exen^p^s (le ses g^des du corp^^ qui sont Neufclfpllçs, fai^py-^Qn^ipç et Philippe, de la compagï^e 4e y}A^};9y ; ^f!J|}t-pau, de la conj: PBCTJe de Noailles; Vern£|s$al, le pheyajiçr de Villeneuve, Saint-4^it pt d'Auger ; d'Auger mênifs avpjt s^ commission i| y a déjà quinze jours. Le rp| n'§,yoit jamais d|3nn^ tai^t de Cjep copmiissions-là aux exempts de ses garde^. L^ chevalier de Vil|eneuye étpit aide-major de la cpm- P^nie de Puras ou de Loyges, je ne sais de laquelle des deux (1) . — Le roi a doni^é une pension dp l^QPP liyr^ à Duché , auteur de la comédie d'Absalqn, que madafnp la duchesse de BourgogUjB a jouée cet hiver, et madame de Maintenon lui a envoyé 100 pisto^es. — Le roi a donné Ifpe pension de 500 écus au chevajier d'Eptragues, qui est capitaine dajis le régiment du roi, et lui a fait espérer i}P régijneut d'infanterie quand jly en auroij; un d'e vçlcfipt. Il est frère de d'Entpagues, cpjpnfJ des Vaisseaux, mort à Crémope de ses blessures.
L^ndi 6, à Versailk^. — î^e roi alla Taprès-dlnée tirqr dans spn p?irc ; Monseignejir le jduc de Bourgogne alla tjyer d'un autpe côté. Madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry allèrent séparément à Meudon voir Monseigneur, passèrent Taprès-dinée avec lui et revinrent ensemble. — Le roi a fait un règlement pour les capitaines de cavajerje cjui vendropt leur copapagnie; ceux qui les vendent ppur acheter un régiment oif quelque iSLutre emploi à la guerre en tireront tout ce qu'ils poiirropt, et on a vendu Jes dernières jusqu'à 16,000 livres; mais on taxe le prix pour ceux qui quittent le service, et on ne Jeur permet de les vendre que 6,000 livres 4ans les régiments de^ gentilshommes, et 10,000 livres dans les régimepts royaux. M. de Bullion le fils, (jui a eu l'agrérpent d'aicheter un des régiments royaux 'de
(1) Il était de la compagnie de Duras.
cavalerie, a conclu son marché pour le régiment royal de Roussillon avec M. de Praslin^ qui en étoit mestre de camp, et il lui en donne 100,000 livres. — Le roi a trouvé bon que M. de Turmenies, garde du trésor royal, remit sa charge à M. de Nointel, son fils, qui est intendant en Bourbonnois, et on a nommé à cette intendance M. de Maupeou d'Ableiges, qui étoit intendant en Poitou. On envoie pour intendant en Poitou M. Pinon, qui étoit intendant à Alençon, et Tintendance d'Alençon est donnée à M. d'Angervilliers, jeune maître des requêtes, qui est en très-bonne réputation.
Mardi 7, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Trianon, et en revint de fort bonne heure.
— Le roi déclara le matin que monseigneur le duc de Bourgogne iroit cette année commander ses armées en Flandre , et le soir après son souper il dit à M. le comte de Toulouse qu'enfin il lui accordoit la grâce qu'il lui avait si souvent demandée d'aller faire cette année sa charge d'amiral. Il n'y a rien encore de réglé sur le nombre des vaisseaux qui composeront Farmée navale.
— On a des nouvelles de Pologne qui portent que le roi de Suède , après avoir marché quelques jours du côté de Varsovie, a fait halte sur les frontières de Lithuanie^ et qu'il attendra là que les députés que lui envoie la république de Pologne soient arrivés. Ils ont choisi quatre sénateurs et quatre gentilshommes pour aller lui faire des propositions d'accommodement, et on croit que S. M. suédoise les écoutera d'autant plus volontiers qu'elle trouve de grandes difficultés dans l'exécution de son entreprise. — Le roi donna le soir une grande audience à M. de Puységur, qui prit ensuite congé de S. M. pour retourner en Flandre. — M. le marquis d'O suivra M. le comte de Toulouse ; il a servi longtemps sur mer, et le roi croit qu'il peut y être très-utile à M. le comte de Toulouse, qui a une grande confiance en lui. — M. de Chiverny, par sa mauvaise santé, est hors d'état d'aller à
l'armée, et ainêi des trois hommes que le roi a choisis pour être auprès de monseigneur le duc de Bourgogne il n'y aura que M. de Saumery qui le suive cette année à l'armée. La santé de M. de Saumery n'est pas même trop bonne , car il est incommodé de ses blessures.
Mercredi 8, à Versailles. — Le roi entendit le sermon, et puis alla se promener à Trianon. Madame la duchesse de Bourgogne, en sortant du sermon, entra chez madame d'O, qui garde le lit depuis quelque temps, et alla après joindre le roi à Trianon, avec qui elle se promena assez longtemps. — Monseigneur revint le soir de Meudon, où il étoit depuis samedi. — M. de Chamarande , qui avoit vendu le régiment de la reine à CoUandre, lieutenant aux gardes, qui n'en a pas pu avoir l'agrément, avoit proposé au roi plusieurs autres gens qui se présentoient pour l'acheter, et S. M. a bien voulu montrer à Chamarande la considération qu'il a pour lui en lui permettant de donner son régiment à son fils, qui n'a pas encore dix-neuf ans. — Le roi envoie Polastron, lieutenant général, servir sur les côtes de Bretagne, sous les ordres du maréchal d'Estrées ; on y envoie aussi quelques maréchaux de camp et quelques brigadiers. La province lève un régiment de dragons à pied; le roi n'a point encore nommé le colonel, et on croit qu'avant la fin de l'année on les mettra à cheval. — On a des lettres de Londres qui portent que le parlement parolt toujours fort soumis aux volontés du roi Guillaume ; mais ces lettres portent que ce prince n'est pas en bonne santé , et que depuis son retour en Angleterre il n'avoit pas été si mal qu'il est présentement.
Jeudi 9, à Versailles, — Le roi alla se promener à Marly. Monseigneur entendit la messe dans la chapelle , et puis alla se coucher et se faire saigner par pure précaution; il se releva à midi, et joua toute l'après-dinée chez madame la princesse de[Conty. — On déclara tous les offi-
346 JOURNAJ. DE DANGEAU.
ciei's généraux de§ arquées (de Fl^ndçe y 4' Allemagne §t (J'italie, dont voici la }iste :