Journal du marquis de Dangeau
Jeudii*^ janvier, à Versatiles. — Leroi^avaiit qued\iUer à la messe, fit assemlilerrle chapitre dès chevaliers de rOrdre pour nons dire qu'il avoit résolu de recevoir monseigneur le duc de Berry cbe^ièr à la Chandeleur ; ensuite on marcha à la chapelle dans Tordre accoutumé. H. de Noyon officia. MM. les cardinaux ne veulent plus officier à ces cérémonies-là depuis quelques années ; ils y of&cioi^t pourtant autrefois. L'après-dinée il y eut vêpres du roi, où étoit toute la maison royale ; le soir il y eut appartement. — M. le marquis d'Alègre se trouva mal à l'appartement et se retira chez lui en diligence. Le mal augmenta dès qu'il y fut ; mais il fut secouini si prompiement qu'on le croit hors de danger ; c'est une véritable attaque d'apoplexie.
Vendredis, à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure et alla l'après-dlnée àMarly. Monseigneur courut le loup, le prince d' Anspach étoit à la chasse avec lui ; Monseigneur lui fit donner des chevaux. Le soir il y eut comédie; monseigneur le duc de Bourgogne et messeigneurs *«es frères y allèrent jivec monseigneur le Dauphin. —
T. Vfî* I
2 JOURNAL DE DAHGËAU.
H. le prince de Conty eut une grande audience du roi; on croit que c'est pour les affaires de Neufchàtel. — Le marquis d'Alègre fut saigné deux fois et prit de Témétique ; il n^a point de paralysie. L'attaque du marquis de Rochefort est plus violente, et la ^Miralysie ëât t<itnlMe sur tout le côté droit. — Ces jours passés, M. d'Asfeldt, le maréchal de camp , épousa à Paris mademoiselle Pucelle y nièce du maréchal de Catinat.
Samedi 3, à Versaille$. — Le roi alla Taprès-dinée se promener à Marly. Monseigneur ne sortit point de tout le jour et joua le soir chez madame la princesse de Conty au reversis. — Madame la maréchale de Villeroy apprit ici la mort du duc de Brissac , son frère ; elle renoncera à sa succession, qui aussi bien est fort mauvaise. Il a laissé plus de dettes que de bien, mais elle donne encore par là moyen à M. de Cossé , son cousin , de se porter pour héritier sous bénéfice d'inventaire, afin de pouvoir prétendre par là à avoir la terre de Brissac, sans quoi il ne peut être duc. On espère qu'il s'accommodera de cette terre avec les créanciers. Son père étoit fils de celui pour qui la terre fut érigée enduché sous Louis XIII ; ainsi la chose estfavorable.
Dimanche ky à Versailles, — Le roi aUa l'après-dlnée à lâchasse. Monseigneurne sortit point de toutle jour. — Les affaires du tarif avec les Hollandois sont rèj^^lées. On n'eu sait point encore le détail, et il ne sera public que quand on aura eu réponse de MM. les Ëtats Généraux, & qui M. Nieuport a envoyé un courrier sur cela. Il est leur seul commissaire, et a conclu l'affaire avec M. de Pontchartrain ; on n'avoit pu convenir de rien dans les assemblées qui se te noient chez M. Daguesseau. — On mande de Pologne qu'il y a eu un grand combat en Lithuanieoù les troupes commandées parle sieur Oginski, grand enseigne de ce duché, ont eu tout l'avantage . Il y a eu deux mille hommes de tués du parti du prince Sapieha. On croit que ces démôlés-là empêcheront le roi de Pologne d'aller à Grodno, comme il Tavoit résolu.
JANVIER 1609. s
iHndi 6, à fmaêiUti. — Le roi prit médeisitie ^i travailla le matin avec M. de Pontôhartrain ; Taprès-dinée il tint conseil. — Madame la duchesse de Chaulnes nHHirut à Paris; elle a laissé 650^000 francs dont elle pouvoit disposer ; elle donne 50^000 écus à la famille de MM. le Féron, dont elle étoit; elle donne 50,000 autres écus pour des legs pieux et pour récompenser des domestiques et pour quelques petits présents qu^elle fait à quelques-uns de ses amis ; et pour le reste elle a nommé M. l'abbé de Scudéry son légataire universel et son exécuteur testamentaire. On dit que cet abbé de Scudéry est fort ami du marquis de la Frette, qui étoit frère de mère de madame de Chaulnes^ mais à qui elle ne pouvoit rien laisser parce qu^il est in reatu , sVtant battu il y a près de quarante ans et ayant été condamné en ce temps-là.
Mardi 6, é Vtr9ailh$. — Le roi donna le matin audience à milord Jersey .. ambassadeur d^ Angleterre , qui fit son entrée, et Vaprès-dinée le roi alla à la chasse. A Taudience de milord Jersey chez madame la duchesse de Bourgogne ; il y eut deux disputes entre les princesses et les duchesses qui étoient au cercle ; la plus légère fut entre madame d'Armagnac et la duchesse de Saint-Simon. Il y en eut une un peu plus forte entre la princesse d'Harcourt et madame la duchesse de Rohan^ qui sortit de sa place. Les maris de part et d'autre parlèrent au roi le soir, et il parolt que les dames qui commencent ces disputes-là ne font pas bien leur cour à S. M*. — On sut que le bonhomme Villacerf avoit envoyé au roi sa démission de la surintendance des bâtiments y l'état misérable de sa santé ne lui pouvant plus permettre de faire cette charge. Le roi lui a fait une réponse très-oblîgeante et dans laquelle il loue fort son procédé.
* L'auteur des Mémoires, très- partial eu tout^ pour tout ce qui est prince, glisse fort doucement ici, et se garde bien d'expliquer cette querelle et encore moins d'en rapporter la fin.
Du temps de la reine, il y avoit des dames du palais de toutes sortes
qui n'eurent jamais de di^ute y quoique les occasions en fussent continuelles. Si ces disputes avoient été alors en usage , il y avoit des duchesses, mesdames de Chevreuse, Beauvilliers , Noailles et bien d'autres; la [Nrincesse de Bade , fille de madame de Carignan, princesse du sang, sœur du comte de Soissons, tante paternelle du célèbre prince Eugène, mère du prince Louis de Bade, général des armées impériales , grand'mère paternelle de la dernière duchesse d'Oriéans ; mademoiselle d'Elbeuf, madame d'Armagnac, etc. Duchesses et princesses ne sedisputoient rien, et seméloient conmie elles arrivoient, non qu'à des cérémonies d'obsèques , d'entrées de mariages , de bapttoies , elles ne se disputassent ; mais à l'ordinaire de la cour ;et de la vie, ni au\ audiences , jamais. La princesse d'Harcourt commença ces disputes sur la fin de la vie de madame la dauphine de Bavière, fière de la protection de madame de Maintenon, excitée par le chevalier de Lorraine sûr de celle de Monsieur, dans l'espérance de Oatiguer le roi, qui renvoyoit volontiersàMonsieursurle cérémonial, et que parMonaeur et par madame de Maintenon ils l'emporteroient de guerre lasse ; à quoi toutefois ils se sont trompés. Ces querelles arrivoient donc tous les jours avec la princesse d'Harcourt et avec madame d'Armagnac , à quoi les autres ne se méloient ou point ou guère. Cette fois la princesse d'Harcourt déplaça la duchesse de Rohan , comptant sur la défaveur de son mari et d'elle, et en même temps madame d'Armagnac passa trèsadroitement au-dessus de la duchesse de Saint-Simon. Mais le lendemain le roi, informé des faits, blâma madame d'Armagnac , et dit à M. le Grand qu'il ne vouloit plus que cela arrivât , et à la princesse d'Harcourt d'aller demander pardon à la duchesse de Rohan , parce qu'il y avoit eu plus que de l'adresse, et par composition die alla chez la chancelière, où la duchesse de Rehan se trouva avec beaucoup de dames, à heure donnée, où elle lui demanda pardon nettement et l'honneur de ses bonnes grâces. Cela fit grand bruit et donna rq)os aux querelles pour quelque temps (1 ).
Mercredi 7, à Marly. — Le roi partit de Versailles à deux heures et se promena ici jusqu'à la nuit; Monsieur et Madame sont de ce voyage. — M. le duc de Rohan« qui n'avoit pu parler hier au roi sur le démêlé arri vé entre
(1) Nous croyons devoir rappeler que le texte des additions de Saint-Simon, conservé dans le manuscrit des Archives du Ministère des affaires étrangères , n'est pas autographe , mais bien une copie contemporaine, et quelquefois même corrigée par Saint-Simon lui-roème. Cette copie est fautive et altère le sens quelquefois. Nous la reproduisons avec la plus scrupuleuse Additif et après une collation MWèro.
la princesse d'Harcourt et madame sa femme^ lui a parlé aajaordliiii avant qu'il pdrtit pour Marly. Le roi lui a dit que madame de Rohan avoit été fort sage^ et qu'il donneroit de si bons ordres à Favenir que de pareils démêlés n'arriveroient plus. — La maréchale de la Meilleraye parla hier au roi sur l'affaire de M. de Cossé y son neveU; et la réponse du roi fut fort gracieuse^ si bien ^'on ne doute pas qu'il n'ait la duché de Brissac en s'accommodant avec les créanciers. — Les états de Provence assemblés à Lambesc ont accordé au roi y dès leur première séance^ un don gratuit de 700^000 francs. Jmdi %, à Marly. — Il fit si vilain temps que le roi ne se put promener de toute la journée , monseigneur le doc de Bougogne et madame la duchesse de Bourgogne vinrent ici sur les trois heures et soupèrent chez madame de Maintenon. — Le roi donna le matin à H. Hansart la commission de son intendant des bÀtiments dont M. de Villacerf envoya la démission ces jours passés (1).
(1) « M. le marquis de VHlacerf , après avoir eu l'honneur de servir le roi onquante-trois ans en divers emplois et dans les charges de premier maître «riiMel de la feue reine et de surintendant des bfttiments de Sa Majesté, a dooné sa démission volontaire de cette dernière, que sa santé , troublée par <ie» iiftnnités presque continuelles , ne lui perroettoit plus d'exercer aveu Teuctitode et les soins qu'il a toujours apportés pour l'exécution des ordres de son prince, le zèle de ce marquis lui faisant sacrifier, ses propres intérêts (4 ceux de sa famille plutôt que de causer le moindre retardement aux affaires du roi. Sa Majesté , en considération de ses longs services , l'a gratifié d'une pensioB de 12,000 livres, et a donné à M. Mansard , inspedeur générai ds bèlimaits , intendant et premier architecte , la charge dont jouissoit M. de ^Hacerf , savoir de surintendant et ordonnateur de ses bâtiments et de ses judins, ainsi que des arts et manufactures royales , avec la direction des Acadconesde peinture et de sculpture et de cdle qui a été établie à Rome par Sa tlijMté. Fea M. Blansard , son oncle maternel , un des plus fameux architectes de son siècle , l'ayant élevé dans la connoissance des beaux-arts et jugé digne d^ parler son nom , il changea celui d'Hardouin en celui de Mansard, et fit de «i grands progrès dans l'architecture qu'il fut bientôt employé pour les ounaffs do roi, et parvint en peu de temps à la charge de premier architecte de Si Mi^esté. n lit bfttir la grande et petite écurie de Versailles, qui font l'ad- ■iratioo de tous ceux qui les voient. Je ne parle point d'une infinité d'autres tmwn^flK dans les maisons royales qu'il n'a pu que faire orner et rétablir. Il
6 JOURNAL m PANGEAU.
Cet eqiplpi v^ut pli)s de 50^000 UvfeB de rftnte^ et Tepti^ 4^spo6itioi^ 4® plusieurs petits emplois. 11 donne un fort grfind commerce avec }e vo\ ot beaucoup d'ocçf^ioQs 4^ £b4i^ plaisir aux courtisans dans toutes les maisons royales. M^sart en i^voit pftfl^ hier au roi, qui ue lui avoit point rendu de réponse positive , et S. M. en le lui donnant aujourd'hui lui a dit : <> Je vous fais mes excuses d^ la mauvaise nui^ que je vous ^i fait passer, d Le roi a eu même la bonté de dire aux courtisans qu'il e^pérqit que tous ceux qui connqissent Mansart seroient bien aises de la grande grAc0 qu'il vient de lui accor4^. Vendredi 9, à Marly. — Le rqi se promena tout le jour dans se^ jardins malgré le vilain temps et n^algré une petito incommodité qu^il a eue ces dernières nuits. Il ^ orfionné que le régiment du roi vint ici ce printeiups prochiûn pour travailler^ il veut faire aplanir les hauteurs qui sont par delà l'abreuvoir. — La conversation que M« le prince de Conty eut ces jours passés avec |e roi étoit pour prier S. M. de faire parler à madame de Nemours sur NeufchAtel. M. le prince de Conty fait sur cela plusieurs propositions différentes et raisonnables^ comme de s'en rapporter au roi> et que son arbitrage
fat pourvu de la cbaiige (fintendâiil des bUiinents» ei aiNrès la mort de M. de Louvois on le choisit pour celle d*iospectBar à la place île M. de Villaoerf, par la promotion de ee marqois à la diaiî^e de surintendant que possédait ce mi- Mitre. Le roi Ta enfinnonnié à cette charge, ainsi que je viens devons le marquer» et ce choix a été d'sulant phis applaudi que la surintendance des bâtiments et des arts convient parfaitement à un homme élevé dans la coih noissance de tont œ qui les re|arde. Il saura par hii-méme disthigner le mérite, et ne sera pas obligé de t'en rapporter à d'antres pour la distribntipn des ouvrages qui cûnoenieroat les maisons royales, et il y a même lieu ()e croire quil sait mieux de quoi chaque ouvrier est capable qu*ils ne le savent euxmêmes. C*cst oequi a M admirer le choix du roi , qui sait donner à chacun ce qui lui convient La phipart des personnes de distini4ion à la cour et à Paris, comme tout ce qu'il y a de plus iUustro dans les arts , ont été voir M. Mansard, qui les a reçus avec une modestie et une afflibilité dont lisent été charmés. U a prêté serment entre les mains de Sa Majesté , et a donné quatre cents pistoles aux ofMere de la chambre. » (Mercm^ de janvier, piges 243 è M9.)
décide 4'^Uei' plaider à Neufcbàtel, et que S. M. Refende de pqjrt el d'autre toi(te3 les voies de fait; ^e laisser ma4^e^e Merqoiups» Jpuir 3a vie durant^ poury|i qu'après sa mort cette squver^ineté vienne e^ sou entiep à M. le prince ^e Conty. H. de Torcy a^a hier à P^i^ par ordre du fqi faire touteç ce^ propositioi^s à iQ^dame de Nemours^ qu| ne parolt pas vouloir eqtrer en aucun accpounodeifient. Elle viendra deipaiu 4 Versailles au retour du roi pour entretenir S. V^. là-dessus.
Samedi' 10 j à Vermlles. — Le roi ne partit de Marly pour venir ici qu'à ia nuit. — Madame de Nepaours vint iwtanl le souper du roi , et après son souper le roi la fit entrer dans son cabinet^ où il l'entretint longtemps. . Elle refusa toutes les offres de M. le prince de Conty^ hofqûs celle d'aller plaider à N^ufchàtel. E\le a promis ^ roi de n'en point ven^r a^x yoips de fait en cp p^ysli^ et ira elle-inème pour y sputenir ses intérêts et pp)ir sollipitfîr. M. le prince de Conty se prépare à partir la semainiB qui vient pour s'y pu aller^ et a faif; un mémoire très-bien écrit pour prouver que Neufch&tel est aliénable; c'est à quoi tpute la difficulté se réduit présentement. — On mande de Nancy que madame la duchesse royale est grosse; Monsieur et Madame ont marqué beaucoup de joie de cette pouyelle.
Difnanche Jl , é Versailles. — Le roi alla tirer l'aprjèsdlnée. Le ^r il y eut appartement; Monsieur^ qui étoit allé à PariS; revint pour y être; mais après la musique, comme on voulut aller au jeu il ne se trouva point ^e joueurs , Monseigneur et Monsieur sortirept de Tappartement. — On eut nouvelle le matin que Desmadrits, intendant de Dunkerque et d'Ypres, étoit mort d'apoplexie à Dunkerque. Il est regretté du roi et de tous les officiers et des peuples de son intendance. S. M. même en a parlé très-obligeamment> et a dit même qu'il vou^roit bien que tous les. intendants lui ressepiblassent. C'est M. de Barbefieox qui ^on^e j^u roj les suj^^ qui se présentent
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pour i*einplir cette intendance ; il a jeté les yeux sur H. Barentin, qui est son parent. Il a même été chez M. de Pontchartrain lui faire une honnêteté sur ce qu'il présentoit au roi les sujets pour cette intendance. On ne sait pas encore si le roi agréera M. Barentin.
Lundi 12, à Versailles. — Le roi alla à Saini-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre. Monseigneur courut le loup. Monseigneur le duc de Bourgogne et messeigneurs ses frères allèrent tirer des lapins, et comme monseigneur le duc de Berry tiroit un peu imprudemment et qu'il avoit même blessé un des batteurs , M. de Rasilly, son sous-gouverneur, lui en fit réprimande^ dont il ne fit aucun cas. Il continua à tirer sans plus de ménagement. M. de Rasilly lui 6ta son fusil ; il s'emporta fort et dit même à M. de Rasilly que si le roi faisoit justice , qu'il le feroit prendre. M. de Rasilly en a rendu compte au roi, quia pris l'affaire fort sérieusement, quoique monseigneur le duc de Berry soit fort jeune, et S. M. a ordonné qu'il demeur&thuit jours dans sa chambre sans voir personne. Le soir il y eut comédie; madame la duchesse de Bourgogne y alla, et on en 6ta le fauteuil qui avoit été préparé pour monseigneur le duc de Berry.
Mardi 13, à Yersailles. — Le roi vint voir madame Jersey, femme de l'ambassadeur d'Angleterre, chez madame la duchesse de Bourgogne, où elle fut reçue pour la première fois. Le roi la baisa, ensuite Monseigneur vint et puis monseigneur le duc de Bourgogne. Le cercle fut fort beau et fort nombreux; les duchesses eurent la droite, madame la Princesse étoit à leur tête, et de l'autre c6té madame la duchesse à la tête des princesses de Lorraine. Le roi ne veut pas que les princesses du sang soient au cercle à côté de madame la duchesse de Bourgogne *. — Le roi a donné à madame la marqtiise de Lévis l'appiartementqu'avoit M. l'archevêque de Cambray , qu'on a rayé de dessus l'état depuis deux jours. L'abbé deCastries a eu l'appartement de M. de Chaulées, et on a
donné à M. de Villacerf le fils Tappartemént qu'avoit Fabbé de Castries^ qui touche à l'endroit où se tient la table du premier maître d'hôtel de madame la duchesse de Bourgogne.
* A propos de la première audience de la comtesse de Jersey « ambassadrice d'Angleterre, où le roi la vint saluer selon la coutume, il est remarqué que madame la Princesse étoit à la droite à la tête des Aiebeases, et madame la Duchesse à la gauche à la tête des princesses de Lorraine, parce que le roi ne vouloit pas qu*au cercle les princesses du sang fussent à côté de madame la duchesse de Bourgogne, c'est-à-dire ni en retour, ni autrem^t , mais tournées cooune les dames assises et joignant leurs tabourets.
Mercredi Hy à Versailles. — Le roi alla se promener à Harly ; le soir il y eut appartement, où les dames étoient en grand nombre ; le roi avoit témoigné être surpris d'apprendre qu'il y en eût si peu dimanche. Madame la duchesse de Bourgogne alla dès les huit heures du matin à Saint-Gyr; elle n'y mena que madame de Maintenon et madame la duchesse d'Ayen. — Le roi a agréé M. Barentin pour l'intendance d'Ypres et de Dunkerque; cette intendance vaut du moins 12,000 écus, parce que les chAtellenies qui en dépendent donnent quelque chose à l'intendant^ et cela est de la connoissance du roi. — Monsieur a défendu à M. le duc de Brancas de voir M. le duc de Chartres, et le roi a approuvé le parti que Monsieur a pris là-dessus. Monsieur a cru de plus qu'il y avoit des gens dans la maison de M. le duc de Chartres qui lui donnoient de mauvais conseils, et les a nommés au roi ; mais en même temps Monsieur a augmenté ce qu'il donnoit à M. de Chartres, et M. de Chartres, qui ne donnoit à madame de Chartres que 40,000 francs pour ses habits et ses menus plaisirs , lui en donne cinquante et même lui en a offert davantage.
Jeudi 15, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprèsdinée; le soir il y eut comédie , où étoient monseigneur le duc de Bourgogne et monseigneur le duc d'Anjou;
«4^ JOURHAL DE DAIIGEAU.
«Mi^Ni'^rtMur le duc de Berry est toigoiirs eif pénitence. ~ ^te » fuit brûler ces jours ici à Paris> par la pain du iM^^urr^u, un livre (1) qui étoit foft Injiirieuf & M. Tar- %4ie>*VV]uo de Paris, et M. le premier président n'fi pas WHilu que cela se fit seulement par la police ; il a fait ^lonner là-dessus un arrêt du parlement, afin de rendre la condamnation plus authentique. — Le roi donne & M» de Villacerf le père une pension de l^^QOO francs; cette marque de bonté du roi lui a fait ^n sensible plaisir ; maison croit que ce pauvre homme n'en jouii:^ pas longtemps, car sa santé baisse tous les jours.
Vendredi 1 6, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprèsdlnée. Monseigneur courut le loup, et joua le soir chez Aiadame la princesse de Con^y , où madame 1^ di|chesse de Bourgogne étoit venue le voir. — On mande de Rome que le 19 du mois passé le pape nomma les deux cardinaux qu'il avoit réservés in petto. Le premier fut le sieur Moriggia, archevêque de FlorencCi et le second le sieur Paulucci, qui a été nonce à Cologne et en Pologne. Le pape, à. ce qu'on mande ^ regarde l'archevêque de Florence con^me devant être son successeur* à la papauté. — Après la chasse, monseigneur le ducdeChai^tres dîna chez madame la princesse de Conty avec Monseigneur, et lui dit qu'il s'enalloitenLorrainç voir niadan^e la duchesse royale sa sœur. Le roi trouve bon qu'il fasse ce petit voyage, qui ne sera que de trois semaines au plus; il; partira le lendemain de la Chandeleur.
Samedi 17, à Versailles. — Le roi alla se promener Taprès-dlnée à Marly. Monseigneur alla dès le matin à Meudon, et n'en revint que le soir ; il fait changer tout l'appartement où il couche. — Le matin M. le prince de
(1) Ce liTre, intitulé : Problème eccléiUutique propoté à M. Vabàé Boileau de V Archevêché ^ à qui Von doit croire, de Metsire i/mis-Antoine deNoailies, évique deChdîons en 1695, ou (fe Messire Louis-Antoine de NoaUles, archevêque de Paris en 1606, est attribué au P. Douctn, jésuHe. ( Vaùr le J^ctùmmaire des Amon^mes par Baitier. ]
Conty prit congé du roi pour s'en aller à Neufcbàtel, et le soir^ après le souper^ Ip roi fit entrer ep son cabinet n^ dame de Nemours, qui vint pren4re i^ussi congé 4u roi pour faire ce vqf âge. Madame la dnchesse de Lesdiguières a p^lé au roi aqasi^ qui trouve bou qu'elle ^t MH. de Matignon soutiennent les droits qu'ils préten4pi)t avoir sur NeufchÀtel. Le ipoi GuiUaume d'Angleterre €|t le marquis de Bade-Dourl^ ont apssi des prét^tipns sur cette principauté. — Le roi donne à M. Mansart les 8,000 firancs pour les manufactures qu'il avoit accoirdés à M. de Yillacerf , il y a sept ou huit mqis.
Dimqfiçhe iB, à YersçiUês. — Le roi, le m^tin, dans ^/m cabinet fit venir monseigneur le duc de Berry ; sa péqitence est finie, mais 1^ roi lui parla avec tant de force et de raison que ce prince parut touché et repentant dç Tempoirtement qu'Û eut U y a huit jours. L'après-dlniie le roi alla à la chasse.- -r- Par le traité de Ryswyck, la religion catholique doit être rétablie dans les états du prince de lloiitt>éliard ; le roi eu a fait parler à ce prince; qui n'a point voulu exécuter cet article du traité, et le roi, dont )e premier ol^et est la religion, lui aenvoyé des troupes avec des prêtres. L'officier qui commande ces troupes a ordre de déclarer au prince de Hontbéliard ^ aux magistrats qu'il ne feroit aucun désordre, mais que le roi vQuloit que les prêtres eussent une église pour dire la messe et permission d'administrer les sacrement^ et les troupes demeureront là jusqu'à ce que cela soit exécuté.
Lundi 19, à V€r$ailU$. — Le roi alla tirer l'aprè^dlnée. Monsieur et Madame allèrent dîner à Paris. Le s(Hr il y eut comédie; madame la duchesse de Bourgogne y alla. Monseigneur y étoit à son ordinaire, et il n'y eut de fauteuil que pour lui; ses enfants n'en ont point devant lui quand Monsieur et Madame n'y sont point. — Dimanche madame la duchesse de Bourgogne se masqua avec toutes ses dames chez madame de Maintenon ; le
mt tH bi mascarade. Ds allèrenl chex la maréchale de 9oaiUes,<m ils dansèrent josqo^à une heure ; Xonseîgiienr et Monsieur aUèrent les y toît. Madame la dnchesBe de Bourgogne Toolnt qœ ee fftt madame de MaîUj^ sa dame d'atours, qui loi fit bire son habit, quoique œ soit à la dame dlionneor à frire Cure les habits de masque. La duchesse du Lode n^a point voulu in^ster U dessus pour ne pas s'opposer i ee qu'eUe a témoigné souhaiter.
Mardi 20, â Marhi. — Le roi tint conseil Taprèsdtnée i Versailles avant que de venir ici ; il partit sur les quatre heures ayant dans son carrosse madame la duchesse de Bourgogne, la duchesse du Lude, mesdames de MaiUy, de Dangeau et de Roucy. Madame de Maintenon étmt allée dès le matin à Saint-Cyr, ayant avec elle madame d*Heudicourt, et elles arrivèrent ici avant le roi. Quoiqu'il n'y ait à ces voyages ici que les dames de madame la duchesse de Bourgogne, on y a amené madame d^udicourt, qui la divertit fort. Monseigneur partit dès le matin pour aller dîner à Meudon^ on il demeurera pendant que le roi sera ici. U nV a à ce voj^age que les officiers de madame la duchesse de Bourgogne et les maris des dames du palais [ et ] M. du Maine et M. le comte de Toulouse, qui ne quittent jamais le roi.
Mercredi 21, à Marly. — Le roi se promena tout le matin dans ses jardins ; Taprès-dlnéell mena madame la duchesse de Bourgogne à la roulette. Monseigneur le duc de Bourgogne arriva assez à temps pour y aller avec elle. Au retour de la promenade , ils se masquèrent tous deux chez madame de Haintenon et firent masquer les dames du palais avec eux. Monseigneur le duc de Bourgogne fut fortgai et divertit fort le roi, qui avoit fait venir Filbert pour les amuser. Monseigneur alla mardi de Meudon à Topera à Paris; on joua pour la première fois le Carnaval de Venise (1). — Le roi ^ à la prière du roi Guil-
(I) Paroles de Reipuirri , musique de Caropni.
JAIHVlliJl 1699. 13
laume , a pennis i M. de la Forest ^ qui est sorti de France il y a longtemps et qui est calviniste , de vendre le bien qu'il a en France; on croit qu^il en tirera 100^000 écus: il est lieutenant général en Angleterre et est fort bien avec Sa Majesté Britannique.
Jeudi m, à Marly. — Le roi se promena tout le matin et toute FaprèsHlinée dans ses jardins; monseigneur le duc de Bourgogne vint ici dîner et demeura toute Taprèsdlnée avec madame la duchesse de Bourgogne chez madame de Maintenon, où ils jouèrent, dansèrent et se masquèrent quand le roi fut rentré. Tout cela se passa fort gaiement. — J'appris que le duc administrateur de Wurtemberg^ que nous avons vu ici prisonnier, étoitmort depuis peu en Allemagne. — M. de Villacerf le père a prié le roi qu'on mit en prison ce Mesmyn qui étoit son commis dans les bâtiments , et qui tenoit de mauvais discours pour sa justification. Le roi adonné ordre qu'on le mit au For-l'Évèque ; mais il a pris la fuite.
Vendredi 23 , à Marly. — Le roi courut le cerf avec madame la duchesse de Bourgogne dans une petite calèche; elle étoit en habit de chasse, avec un petit justaucorps, et elle y étoit fort bien. C'est la première fois qu'elle ait eu cet habillement. Monseigneur le duc de Bourgogne vint de Versailles à la chasse , et au retour il vint ici, d'où il ne s'en alla qu'à minuit. Le soir après le souper il y eut chez madame de Maintenon une mascarade; monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne étoient Zéphire et Flore ; les dames du palais étoient des bergères, et il parut que le roi s'y divertissoit assez. — Depuis la paix , le roi a augmenté la paye des Suisses; ils n'avoient que treize livres dix sous par mois, ils en ont seize présentement. Cependant comme les compagnies sont moins fortes qu'elles n'étoient, les capitaines prétendent n'être pas si bien qu'ils étoient. 11 y a même quelques cantons qui paraissent n'être pas contents de ce traitement-là.
14 JODRHAL DE DAHGCAfT.
Setoiedi U , à TenaUla. ~ Le roi ne reptflH de Httly qti^ft sept hetures après ^j être promeiié tonte la jonmée. Monseigneur est encore & Meodon ; madame la princesse de Contys'y est tronrée mal. Madame la dodiesBe, qoi est à Paris, s'est trouvée mal anssi^ et on amt que le mal de ces deux princesses emptehera qa'il n\ ait bal mercredi, comme il avoit été résolu. Le soir après soupo*, madame la duchesse de Bourgogne^ voyant qu^il n'y avoH ici aucunes princesses^ que Monseigneur étmt à Ifeudon et Monsieur à Paris, et qu^ainsi le roi seroit seul dans son cabinet avec M. le duc du Maine et H. le comte de Toulouse, s'en alla par la galerie gratter (1) au cabinet du roi y qu^on lui ouvrit ; elle demeura avec S. M. jusqu'au coucher. Elle avoit trois ou quatre de ses dames avee elle, que le roi fit entrer. — Le vieux Chamarande, qui est ici depuis quelques jours, est à Textrémité; on ne croit pas qu'il en puisse revenir. M. le -chevalier de Coislin est retombé aussi dans ses anciens maux ; on n'en espère plus rien.
Dinumche 25, à Venailles. — Le roi alla tirer Taprès* dlnée. Monseigneur alla de Meudon à Paris à Fopéra et puis revint ici. Madame la princesse de Conty ne suivit point Monseigneur à Fopéra; elle est toujours incommodée ; elle revint ici tout droit. — M . de Chamarande le père mourut ici sur les quatre heures. 11 avoit été premier valet de chambre du roi et depuis premier maître d'hôtel de feue madame la Dauphine; il étoit gouverneur de Phalsbourg et Saarbourg ; son fils en avoit la survivance. — L'abbé de Choiseul, neveu du maréchal de Ghoiseul , mourut à Paris; il âvoit pour 10 ou 13,000 livres de rente de bénéfice, et n'en dépensoit pas le quart ; il donnoit le reste à ses frères et sœurs, qui sont fort pauvres. 11 étoit fils du marquis de Beaupré , lieutenant général.
(1) On doH, dit VÉtai de la France de 1694, gratter doooemeot aax portes de to dbêÊBbn^ unMiamhn ou aUmdB du roi, et aoo pas liearter mdqneBt.
jàîfViEa ie99. is
-^ Aâaihe ia dUbliesse de Bourgogne alla Taprès-dlnée iSàintrCyr, et thbnsei^enr le duc de Boorgogûe^ en se plromeiiant A pied, poussa sëL promëtiade jusque-là. On àTeHit madiliiie dé Maintebon qu'il étoit dans régUse, et, d'abord qu'elle lé sut, elle le fit entrer dans la maison.
Lundi %6, é Ver$âilles. — Le roi alla tirer Taprèsdlnée. Monsei^eui^ courût le loup. Le soir il y eut comète ;• monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Boul^gogné y étoient. — Iniécourt ^ cornette des chevau-légers , a Fagrément pour acheter la souslieutenance que M. le marquis de Torcy [i) est obligé de vendre par Tétat de ses affaires. Il en donne 50,000 écus etconifÂe de vehdre sa cornette 100,000 francs. Ainsi il né lui en coûtera que 50,000 francs pour monter. M. d'Imécourt n'est que second cornette de la compagnie, mais le duc de Montfort, qui est le premier, n'a point songé à acheter. — Le voyage que M. le duc de Chartres devoit faire en Lorraibe e^ rompu ; on a jugé à propos qu'il le remit à un autre temps. — On mande de Turin que M. de Savoie a donné au président de la Tour, que nous avons vu ici depuis la paix, la charge de secrétaire d'État de la guerre et celle de surintendant des bâtiments et des fortifications et Fa fait ministre d'État.
Mardi 27, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Marly. Monseigneur alla à Fopéra à Paris et y mena monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne. C'est la première fois que madame la duchesse de Bourgogne ait été à Fopéra à Paris. Le matin ici, elle avoit donné audience à l'ambassadrice de Venise, qui venoit prendre congé ; elle fut assise dans le même rang que les duchesses, en ayant quatre au-dessus d'elle. Quand les ambassadrices parois-
(1) Ce M. de Torcy est (Us de M. de la Tour, qui étoit gouverneur d'Arras. {N^te de Dangeau. )
16 JOURNAL Df, DANGEAU.
sent la première fois , elles ont un tabouret au milieu, du cercle, la dame d^honneur quand elle est duchesse sur un autre tabouret i leur gauche; mais quand les ambassadrices viennent pour prendre congés la dame d'honneur ne les va point recevoir dans Fantichambre, et elles n'ont plus de place séparée , mais elles ont toujours le tabouret. Dans Tordre^ quand leur mari a pris congé; elles ne doivent plus être traitées comme ambassadrices; mais le roi a bien voulu pour cette fois* ici qu'on lui fit ce traitement-là et a déclaré en même temps qu'à l'avenir toute ambassadrice qui ne prendroit pas congé la même semaine que son mari l'aura pris ne sera plus regardée comme ambassadrice dans le séjour qu'elle fera à Paris et ici. Le roi vint chez madame la duchesse de Bourgogne après le conseil , s'approcha de l'ambassadrice ; l'entretint quelque temps et puis la iMÛsa. Monseigneur vint ensuite^ qui en usa de même, et puis monseigneur le duc de Bourgogne, qui la baisa aussi ; ensuite madame la duchesse de Bourgogne leva le cercle. L'ambassadrice se baissa pour lui baiser la robe ; madame la duchesse de Bourgogne la releva et la baisa. — M. le duc de Gramont, qui a la moitié dans la coutume de Bayonne qu'il partage avec le roi, avoit prétendu que S. M. lui donneroit quelque dédommagement comme elle en a donné aux fermiers de la coutume pour les passeports accordés pendant la guerre. L'affaire a été agitée au conseil de finances, et on a jugé qu'on ne devoit rien donner au duc de Gramont pour cela.
Mercredi 28, à Versailles. — Le roi tint conseil l'après-dlnée outre celui qu'il avoit tenu le matin. Le soir il y eut appartement. — On mande de Pologne que les affaires de Lithuanie sont entièrement accommodées. S. H. Polonoise, voyant les deux partis animés plus que jamais l'un contre l'autre ^ fit marcher ses troupes entre les deux armées et leur fit dire qu'il se joindroit à celle qui consentiroit A raccommodement pour attaquer celle
JANVIER IW». 17
qui n^y consentiroit pas. Les deux partis se soumirent^ et aussitôt il cassa Farinée de Litbuanie qui étoit sous les ordres du prince Sapieha et congédia toute la noblesse qui étoit sous les ordres du sieur Oginski. Ainsi tout est présentement tranquille dans le grand duché. Il n'en est pas de même pour les affaires d'Elbing avec l'électeur de Brandebourg; le roi de Pologne ^ avant que d'entrer en accommodement là-dessus, veut qu'on remette la place entre les mains des Polonois. Il fait marcher des troupes vers la Prusse, et l'électeur y envoie de son côté.
Jeudi 29, à Venailles. — Le roi alla se promener Taprès-dinée à Trianon. Le soir il y eut comédie, où alitèrent monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne. — On mande de Rome qu'il y a déjà vingt-deux propositions du livre de M. de Cambray qualifiées, que l'on travaille avec beaucoup d'application à terminer cette affaire , et que l'on croit qu'elle sera entièrement finie avant le carême. — Mademoiselle de Villars, fille de feu H. de Villars, chevalier de l'Ordre, épouse M. le marquis de Chevigny, delà maison de Choiseul et de la branche aînée. 11 n'est pas fort riche et elle n'a que 20,000 francs de légitime et les 1,000 de pension que le roi lui donna à la mort de son père. — Le parlement d'Angleterre a obtenu du roi Guillaume qu'il ne garderoit en Angleterre que sept mille hommes, parmi lesquels on ne souffriroit aucun étranger ; on croit pourtant qu'ils consentiront que ceux qui sont naturalisés puissent y être admis.
Vendredi 30 , à Versailles, — Le roi se promena à pied l'après-dlnée dans ses jardins ; Monseigneur se promena de son côté avec madame la princesse de Conty et ensuite joua chez elle au brelan. — M. le marquis d'Alègre vouloit faire un procès à M. de Barbezieux, mais le roi a eu la bonté de lui faire parler et lui a mandé même qu'il lui avoit donné sa parole qu'il emmèneroit madame de Barbezieux, sa fille , en Auvergne, quand elle sr porle-
T. VII. 2f
m JOURMAL DE DAHGEAU.
mit bien ; qa'il ne doutoit point qu'il ne Texëcatàt comme il l*avoit promis et qu'il ne falloit point qu'il plaidât contre son gendre làrdessus; qu'il les plaignoit Tun et l'autre ; mais qu'en pareille occasion on ne devoit point donner de nouvelle scène au public. Ainsi on croit que cette a£faire4à est terminée.
Samedi 31^ à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à Marly, d'où il ne revint qu'à la nuit. Monseigneur alla se promener à Heudon et n'en revint aussi qu'à la nuit et joua ensuite cbez madame la princesse de Conty. Madame la ducbesse de Bourgogne s'est promenée tous ces jours ici à la Ménagerie^ d'où elle est toujours revenue de fort bonne heure. — M. le duc de Nevers marie mademoiselle sa fille au fils de feu M. le prince de Chimay * qui étoit gouverneur de Luxembourg quand nous le primes. 11 est grand d'Espagne^ et sa femme ira le trouver en Flandre. C'est une fille qui a toujours été fort renfermée et que nous n'avons point vue à la cour. — Outre la permission que le roi a donnée à M. de la Forest de vendre son bien en France, S. M. accorde encore la même grâce à H. de Cheusse, son lieaufrère, à la recommandation du roi Guillaume.
* \1. de Chimay n'a été fait grand d*Espagne que par Pliilippe V, du temps de madame jies Ursins ; mais Félecteur de Bavière lui avoit procuré la Toison de Charles IL
Dimanche V février y à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dlnée. Le soir il y eut appartement. Madame la duchesse de Bourgogne alla à vêpres à Saint-Cyr, d'où elle ne revint que plus tard. — Le roi fit le matin quelques chevaliers de Saint-Louis. — M. le prince d'Anspach vint ici prendre congé de S. M. pour s'en retourner en Allemagne dans ses États; il s'est fort bien conduit en France et y a vécu fort nobleoient. — Monseigneur le duc de Berry communia pour être reçu chevalier le lendemain.
FËyiUËR 1609. It
LmuU 3,)oiir dt la Chandête^r, à TertaiHeê. — • Le roi, à oose heures , alla à la chapelle ; il y eut procession de chevalins à Tordinaire. A la fin de la messe , monseigneur le due de Berry fut reçu chevalier ; monseigneur le duc d'Anjou et Monsieur le présentèrent. Il marcha toujours dans son rang en allant à la messe comme en revenant. Les autres novices marchent à la tète de tout; mais les enfants de Franœ sont au-dessus des règles.
Mardi S y à Versailla. — Le roi alla tirer Taprès*
dinée. M. le prince de Gonty est arrivé à Neufchfttel ; il
a été bien reçu du peuple, mais il ne parolt pas que les
magistrats aient si bien £ait pour lui. On Fa logé dans
la ville; on ne Ta point reçu dans le château , quoique
M. de Puisieujc, notre ambassadeur en Suisse, eût fait
des instances sur cela auprès de MM. de Neufchàtel , sans
ordre de la cour pourtant, et même on a trouvé mauvais
ea ce pays ici qu'il eût fait une pareille démarche. Les
itats de Neofchàtel ont fait un nouveau serment de
Sdélité à madame de Nemours. — On a donné avis au
TOI, par plusieurs endroits/qu'il y avoit dix-huit millions
enterrés dans la cour du feu chancelier le Tellier, i\
Paris. Le roi a regardé cela comme une fable^ mais
M. Tarchevôque de Reims, à qui est présentement cette
maison, a prié S. M., pour faire cesser tous ces sots bruits,
de nommer M. Chamillart , intendant des finances , afin
que devant lui on creuse tous les endroits où l'on dit
qti^est ce prétendu trésor; on est fort persuadé qu'on n'y
trouvera rien du tout.
Mercredi k, à Marly. — Le roi partit de Versailles après son dîner pour venir ici. Monsieur et Madame sont du voyage. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne vinrent ici sur les six heures et y soupèrent. 11 y avoit trois tables ; monseigneur le duc de Bourgogne avec madame la Duchesse tenoient la troisième. Après souper, il y eut un bal dans le salon. Les danseuses étoient : madame la duchesse de Bom*-
20 JOURNAL DE DANGKAU.
gogne, madame la Duchesse, madame la princesse de Conty, madame de Valentinois, mademoiselle d'Armagaac, madame de Sully, madame de Chàtillon, madame de Dangeau, madame la duchesse de Villeroy, madame de Montgon, madame la comtesse d'Ayen, mademoiselle de Melun, mademoiselle d'Estrées. Les danseurs : monseigneur le duc de Bourgogne , monseigneur le duc d'Anjou y monseigneur le duc de Berry, M. de Chartres , M. le Duc /M. le comte de Toulouse, M. le comte de Brionne, le prince Camille, le duc de Villeroy, le duc de Valentinois, le comte d'Estrées , le marquis de la ChÀtre, le comte d'Ayen , le marquis de la Vallière. Le bal finit à une heure et demie. Monseigneur le duc de Bourgogne et messeigneurs ses frères retournèrent ensemble à Versailles, et madame la duchesse de Bourgogne retourna avec ses dames.
Jeudi 5 , à Marly. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne arrivèrent ici sur les six heures ; ils y soupèrent et il y eut bal comme le jour d'auparavant; mais il y eut encoi*e plus de mascai^ades. Le roi a fait apporter ici grand nombre d'habits de masque , et on n'en refuse point à tous ceux qui veulent se masquer; on leur donnoit à choisir (1). On dansa des contredanses et des danses à l'allemande, où madame la princesse de Conty se surpassa. Il a paru que le roi se divertissoit fort à ces bals ici et il y a demeuré jusqu'à une heure et demie. — On a nouvelle que la paix de l'enipei^eur avec les Turcs est signée; l'empereur garde la Transylvanie et toutes ses conquêtes. Les Turcs rendent aux Polonois la Podolie et Kaminiec en l'état qu'il
(1) » Pondant le bal les danseure disparoissoient par troupes et s*alloieat iiiasquer dans les apfMirteinents liautn, tous remplis d^habits, et il y en eut pliisienrsi qui se masquèrent ju^squ^ik quatre etrinq fois cliaque soir. » ( Meirurf de fe\rier, pa)(e 199.
est. A r^ard des Vénitiens ^ ils n'ont point signé ; mais ils ont le pouvoir de signer dans six mois. On vent les obliger à raser plusieurs places dans les conquêtes qu'ils ont faites.
Vendredi 6, à Marly. — Le roi et la reine d'Angleterre vini^nt ici sur les sept heures; ils furent enfermés avec le roi jusqu'à huit^ et puis le bal commença. Madame la duchesse de Bourgogne étoit arrivée à six heures et soupa avec ses dames chez madame de Haintenon. Avant k bal elle vint ici masquée en beau masque avec mesdames de Dangeau , de Hontgon , d'Ayen et d'Estrées. EDe s'en retourna à Versailles après le bal^ qui finit à onze heures. Le duc de Berwick et le duc d'Albemarle^ 80D firère, dansèrent aux contredanses. La cour d'Angleterre s'en retourna à Saint-Germain après souper. Les trois princes demeurèrent à souper avec eux, et la fête se passa fort gaiement. — M. le Duc a eu une fièvre violente et s'est fait porter à Versailles; on croit que cela n'aura pas de suite.
Samedi 7, à Versailles. — Le roi se promena tout le jour à Marly et revint ici à la nuit. Monseigneur s'en alla à Paris. — Pendant le séjour du roi à Marly on a creusé dans la cour de M. l'archevêque de Reims , qui étoit Tancienne maison du chancelier le Tellier, son père, pour ce prétendu trésor dont on avoit donné tant d'avis. M. de Chamillart y étoit présent ; et la femme qui avoit donné tous ces avis a été mise en prison, car on a Imuleversé tous les endroits qu'elle avoit indiqués ; on n'y a rien trouvé du tout. Le roi n'avoit consenti à cela que P«r complaisance pour l'archevêque de Reims et pour faire cesser les sots bruits de Paris. — Durant le séjour du poi à Marly il y a eu un bal à la grande écurie, h Versailles , où quelques jeunes gens de la cour ont fait du désordre; il y en a même que leurs pères ont envoyés à leurs garnisons ou à la campagne.
Dinuinche 8, à Versailles. — I^ roi alla tirer l'après-
t2 JOURNAL UE DAIIGEAU.
dlnée. Monseigneur alla à Topera à Paris; ensuite il joua chez Monsieur et y demeura pour le bal^ qui fut fort beau. Monseigneur alla de là ooupher à Meudon. Madame la duchesse de Bourgogne passa toute Taprèsdlnée à SaintrCyr. — Un officier que le maréchal de Yilleroy avoit chargé de quelque ohose à Bruxelles en est revenu en poste et assure que M. le prince électoral de Bavière y étoit mort un quart d'heure avant qu'il partit. Ce jeune prince seroit regretté de tout le monde ; on le regardoit comme le fondement de la paix de FEur rope. n n'avoil pas encore huit ans. Quoiqu'on ne doute point de la vérité de cette triste nouvelle ^ on la cachera jusqu'à ce qu'on en ait la confirmation.
Lundi 9 , à Yerioilles. — Le roi prit médecine par pure précaution, comme il a accoutumé de faire tous l«s mois. Il travailla le matin avec M. de Pontchartrain et l'après-dinée il tint son conseil. S. M. a parlé àM. de Vendôme avec beaucoup de bonté et lui représentant la né* cessité où le public croit qu'il est de se remettre dans les remèdes; M. de Vendôme répond à cela qu'il se croit parfaitement bien guéri. — On eut par plusieiu*s endroits la confirmation de la nouvelle de la mort de M. le prince électoral de Bavière. M. l'électeur, son père, s'évanouit en apprenant la mort de son fils. 11 a quitté Bruxelles et s'est retiré à Ter-Vurea (1), où il s'évanouit encore en arrivant. Le roi, à son coucher, nous parla fort *de la mort de ce petit prince et parut le regretter et plaindre beaucoup M. l'électeur son père. --<^ Monseigneur revint de Meudon. Monsieur revint de Paris, et il y eut appartement.
Mardi 10, à Yeriaillê$. — Le roi alla raprès-dinée se promener à Marly. Monseigneur courut le loup. — Madame de Nemours eut le soir audi^mce du roi dans
(l>f}Mleiiià<k«Meu«de BruxeU».
FÉVRIER tOM. n
son cabinet. S. M. lui a déclaré qu'il étoit fort mécontent de ce que HM. de Berne avoient mis garnison dans Neofchàtel et que» s'ils ne s'en retiroieni présentement, S. M. y feroit marcher des troupes ; que son intention ètoit que la liberté fdt entière à. NeufchÀtel , et pour cela le roi a commandé quinze bataillons et trois régiments de cavalerie pour s'approcher de la frontière des Suisses. Appar^nment MM. de Berne n'attendront pas Varrivée de ces troupes et retireront les deux cent cinquante hommes qu'ils ont mis à Neufchàtel. Cependant madame de Nemours parle comme si l'affaire de M. le prince de Conty alloit fort mal et dit qu'on la presse tort de partir pour ce pays-là, où elle sera reçue comme leur souveraine. — Le soir il y eut comédie, où étoit madame la duchesse de Bourgogne.
Mircr^di i 1 , à Versailleê. — Le roi alla dtner à Meudon ; il y mena monseigneur le duc de Bourgogne , madame la duchesse de Bourgogne et madame la princesse de Coaty. Monseigneur y étoit allé dès le matin pour y recevoir le roi. Après le dîner 8. M. et Monseigneur se promenèrent dans les jardins hauts et bas ; les dames demeurèrent à jouer dans le château. — Le 9 du mois pa«sé l'empereur donna l'investiture du neuvième électorat pour le duc Georges-Louis de Brunswick de Hanovre. Les princes ses frères avoient demandé, avant l'investiture , que cet acte ne pût porter préjudice à leurs droits et à leurs prétentions sur les biens de leurs maisons, où il y a toujours eu une double aînesse. — Les Vénitiens se plaignent fort de ce que l'emi^ereur a abandonné leui*8 intérêts dans la paix avec les Turcs et sont ï^lus de ne la point faire que conformément aux offres préliminaires que les Turcs avoient faites avant louvertures des conférences.
Jtudi 12, àVersailles. — Le soir il y eut appartement. — On mande de Turin que M. de Savoie a envoyé des troupes contre ceux du Mondovi, qui n'ont fait aucune
résistance et que les rebelles se sont soumis, rejetant toute leur faute sur les bandits qui les avoient obligés de prendre les. armes. — L^ambassadeur du roi de Maroc arriva mardi à Paris conduit par H. de Saint- Olon , qui Tavoit été prendre à Brest. — M. de Monaco prit congé du roi; il passera par Monaco^ où il demeurera quinze jours ^ et ne compte d'arriver à Rome qu'à Pâques. — Madame présenta au roi, le soir après souper, un prince de Saxe-Gotha qui demeurera à Paris cet été. — Une dame de la cour (1) a fait une conKdence à son mari qui a fait chasser beaucoup de domestiques , et sa trop grande bonne foi lui a fait nommer ses amants ; cela a fait beaucoup de désordre et a paru sans exemple.
Vendredi 13, à Versailles, — Le roi devoit aller tirer, mais la pluie Fen empêcha; il passa Taprès-dlnée chez madame de Maintenon, qui avoit été malade toute la nuit. Monseigneur courut le cerf. Madame la duchesse de Bourgogne, au sortir de la messe, alla chez madame de Maintenon; elle y dina et y passa la journée; elle devoit aller à la comédie, elle n'y alla point. — Le chevalier de Coislin * mourut ici après une longue maladie; il avoit le gouvernement de Gien , qui vaut 2,000 écus de rente. Dès qu'il fut mort, la duchesse du Lude demanda au roi le gouvernement pour le duc «de Sully, son neveu et gendre du duc de Coislin. Le roi lui demanda si le cardinal et le duc de Coislin désiroient que le duc de Sully l'eût ; elle assura S. M. que c'étoit leur intention et le roi lui accorda sur ITieure. Peu de temps après, Bontemps apporta au roi une lettre de M. de Coislin qui lui demandoit ce gouvernement pour le marquis de Coislin, son fils. Le roi a déclaré qu'il ne le donneroit jwint au marquis de Coislin, mais aussi qu'il ne le don*
(0 C'étoit nwnlaim'. de Monaco. Elle étoit fille de M. d*Ariiiagiiac et de mademoiieile de ViHeroy. (iVofe du due de Luffnes, )
FÉVRIER 169e. 35
oeroii point au duc de Sully à moins que HM. les cardinal et duc de CoisUn ne le souhaitassent. Le roi aussitôt renvoya chercher la duchesse du Lude pour lui expliquer ses intentions y et comme la duchesse du Lude n'a rien fait dont elle ne prétende qu'elle n'étoit convenue avec eux^ et qu'elle procure au duc de Sully, gendre de M. de Coislin , le poste du monde qui est le pins à sa hienséance ^ il y a apparence que le duc de Coislin et elle s'accommoderont là-dessus et que le gouvernement sera pour le duc de Sully. — Mademoiselle deHeyercroon , fille de l'envoyé de Danemark^ mourut à Paris delà petite vérole; elle étoit fort jolie fille et a été fort regrettée de tous ceux qui la connoissent. — M. de Monaco a demandé au roi en partant que MM. les secrétaires d'État, en lui écrivant, le traitassent de Monseigneur ** ; c'est un honneur qui n'a jamais été dans sa maison, mais il le demande parce qu'il assure qu'on fait oet.bonneur-là à des maisons égales à la sienne.
* Le chevalier de Coislin étoit un fort honnête homme , mais atrabilaire et fort extraordinaire, qui ne bougeoit de Versailles, sans jamais voir le roi , dont il étoit anciennement mécontent , et avoit quitté le service. Le roi souffroit cette folie par considération pour le cardiual de Coislin, chez qui il logeoit au château , et dont il chassoit quelquefois la compagnie quand quelqu'un lui déplaisoit , sortoit de table brusquement ou se tenoit enfermé dans sa chambre. Il ne laissoit pas d avoir des amis.
** Les secarétaires d'État écrivoient Monseigneur aux ducs et aux princes, jusqu'à la grande'élévation de M. deLouvois, qui leur écrivoit de même, ainsi que M. Golbert, dont plusieurs ducs ont encore des lettres de ce style. M. de Louvois Tabolit, mais M. de ïurenne lui pwot difBdIe à attaquer, tellement que MM. de Bouillon l'ont con- •enré , et, à plus forte raison qu'eux, MM. de Lorraine et de Savoie. MM. de Roban ne l'ont jamais eu, et M. de Soubise y a échoué toute sa vie. M. de Louvois, cessant d'écrire Monseigneur aux duc«$, se le lit donner par les militaires , et peu à peu le roi ordonna à tout ce qui n'étoit pas duc ou officier de la couronne d'écrire Monseigneur aux «mtaires d'État. Ola est demeuré ainsi jusqu a leur courte décadence à la mert du roi ; oieis en reprenant le dessus , le Monseigneur
lie leur e8t pas revenu. Pour M. de Monaco, il obtint le Monseigneur des secrétaires d'État ; mais M. deXorcy, sur qui il tomboit Le plus par sa «sprrespondanoe nécessaire avec l'ambassadeur du roi à Rome , criji si haut que le roi, qui l'avoit près, et M. de Mopaco loin, consentit qu'il ne fût rien innové , et M. de Monaco n*eut point le Monseigneur. Gela ne mit pas d*onetion entre hil et M. de Torcy. Il prétandit à Rome l'Altesse, qu'il n'y avoit )amais prétendue, ni pas un des siens; personne aussi ne la Iqi voulut donner : cela le mit de travers avec beaucoup de gens, et en quantité de choses, et tout cela ensemble nuisit fort aux affaires du roi, et fit enfin mourir M. de Monaco (|e chagrin à Rome.
Samedi ik^ à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à Marly. Monseigneur courut le loup et joua le soir à culbas chez' madame la princesse de Conty anrec M. de Vendôme et moi. Madame la duchesse de Bourgogne dîna chez madame de Maintenon et y passa toute Taprès-dinée^ et le soir elle se trouva mal et se mit au lit de fort bonne heure. — La duchesse du Lude eut un éclaircissement avec le duc de Coislin^ qui s^en est allé à Paris sans prendre aucun parti sur le gouvernement de Gien. — Le mariage du duc de Richelieu avec mademoiselle de Harville-Paloiseau étoit presque conclu. Cétoit M. de Pontchartrain , parent de la demoiselle^ qui s'en étoit mêlé à la prière de madame de Maintenons amie du duc de Richelieu. On assure présentement que cela est rompu; cependant il y a apparence que cela se raccommodera. La demoiselle a ^00^000 francs de bien.
Dimanche 15, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprèsdlnée. Monseigneur alla à Topera à Paris et puis alla coucher à Meudon , où il demeurera jusqu'à mardi. Madame la duchesse de Bourgogne fut un peu inconunodée et se retira de fort bonne heure. — Le roi régla qu'il n'y auroit aucun changement sur la manière dont les^secrétaires d'État écrivoient à M. de Monaco; ils ne Font jamais traité de monseigneur ni lui ni ses pères. — Le marquis de VUlars a envoyé un courrier au roi ces j<Murs
passés poar se plaindre d'une manière d^insulte qui lui a été faite dans Tantichambre de Parchiduc parle prinoe de Liechtenstein^ grand maître de sa maison , sur ce que renvoyé de France aussi bien que les autres envoyés ne voient point M. l'archiduc chez lui à cause du cérémonial. M. de Villars passoit dans cette antichambre pour aller à une comédie où il étoit convié de la part de l'enipereur.
Lundi 16, à Versailles. — Le roi alla tirer malgré le vilain temps. — On a renvoyé le courrier au marquis i» Yillars avec ordre à ce ministre de ne plus faire de fonctions d'envoyé qu^on ne lui eût fait réparation sur ce qui s'étoit passé dans l'antichambre de Tarchidue. — Le bruit commence à se répandre que M. le comte d* Auvergne songeoit à retourner incessamment en Hollande pour se marier avec mademoiselle [ d' Aremberg | , de la maison de Vassenaer; o^esl une fille démérite^ qu'il aime depuis longtemps et qui n'a pas de bien ; elle est calviniste, mais on croit qu'elle se fera catholique. M. le comte d'Auvergne eut une audience du roi vendredi , et apparemment ce fut pour lui parler de cette affaire. — Le roi donna le matin audience à l'ambassadeur du roi de Maroc, dans la chambre du trône; il fit sa harangue an bag de l'estrade, et sa harangue que Tinlerprète Lacroix avoit traduite a paru fort belle (1).
Mardi 17, à Versailles. — Le l'oi sortit par le plus vilain temps du monde ; l'exercice lui fait beaucoup de *>ien et il ne s'est jamais mieux porté. Monseigneur <lonna à dîner à Meudon à Monsieur, où le jeu a été fort gros; ce voyage ici il n'y a point de dames. — On va incessamment renfermer tous les pauvres qui sont à Paris; il y aura des ateliers différents pour faire travail-
la Voir le journal coucernaut tout ce rjui s'est passé touchant Tainbassa- «leur de Maroc depuis son arrivée en Fraur* et le détail de la première au- •Heoce qall a eue du roi dant le Mercure de février, pages 215 à 279.
Ht JOITRIIAL Dfi D4IiG£AU.
Wr ceiix i|uî «n luirciQi U foioe , el on fera sobsister ceux qpù iiip j«rmt |uis en étal de tnivailler, et en même temps fNn iwnim ^vèsrettfnt ceux qui demanderont l'anmône 4an$ le$ nwt^ — Le fils de M. de Saint Mars, gonTemeor A^blt»tiUe«êpiMK»lafiUede H. des Granges, malire de$i <^(fi^r«KMMMk — H« rëlectenr de BaTÎère a envoyé deftwr |«Nrt de la mMidn prince (électoml son fils:cel enxv^w e<4 amx^ à Pari<^ Le roi Ini donnom andienoe hmAi^aiit^fiMÀla <^Mr prendra le denil.
Jfcyi>y»<ti lÂ^ é Jtarly. — Le roî partît de VersaiUes a|«^^wn JUnwr ^^ypramena kt jn^^n^à lanmCSo»- ^wi^mfiair > «rri^Ka iwr les àx hqawis. en u unanl de
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FÉVRIER lede. 29
contredanses. 11 y eut une mascarade de chasse du loup qai réussit fort bien. Il y eut des entrées de Siamois^ des danses de Basques , des danses à la vénitienne , et tout cela le plus joli du monde (1). Le bal dura jusqu^à une heure , après quoi le roi et la reine d'Angleterre s'en retournèrent à SainIrGermain. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne s'en allèrent à Versailles.
Ymdredi 20 ^ à VersaiUes. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne arrivèrent mt les six heures. Messeigneurs les ducs d'Anjou et de Berry arrivèrent séparément^ comme ils ont accoutumé de âkire. Le bal commença à dix heures après souper et finit aune heure. Il y eut beaucoup de mascarades^ et même le roi les trouva plus belles que celles des deux autres jours. — On mande de Madrid que, sur les nouvelles qu'on y a eues que le comte de Soissons étoit à Gènes pour passer en Espagne , ou avoit envoyé ordre dans tous les ports de ne lui pas laisser mettre pied à terre et de lui déclarer que l'intention du roi catholique est qu'il retourne en Italie. — On mande de Rome que Tempereur a envoyé à don Livio Odescalchi des lettres patentes par lesquelles il le crée prince de Sirmich et ordonne qu'il soit traité d'Altesse.
Samedi 21, à Versailles. — Le roi se promena à Marly jusqu'à la nuit et puis revint ici. Monsieur en partant de Marly s'en alla à Paris, où il demeurera quelques jours.
(0 « n y a eo , pendant tes troin jours qu'a duré chaque voyage , plusieurs ^'''sc&ndes chaque jour, qui toutes avoient un nom et un sujet. Ainsi elles P^^<Ment passer pour de petites comédies très-ingénieuses et représentées 'C'ilciiie&t par des actions et par des pas. Il y en a eu de toutes sortes de ca- ''ctères, et ce divertissement a été complet, parce qu'outre ces mascarades ii y a^ eu bal tous les jours , et que rien n'a manqué de tout ce qui peut plaire *"^ yeux , flatter Toreille et satisfaire l«^ goftt. » ( Mercure de février, |>age
80 JOURNAL DE DANGSAU.
Monseigneur et Madame revinrent ici. — Le roi a choigi le marquis de Crenan^ lieutenant général > et Saini-Fré^ mont> maréchal de camp, pour commander les troupes qu'il fait marcher .sur les frontières des Suisses. Ces deox messieurs sont à Paris et on leur a mandé de venir ici pour recevoir leurs ordres. — M. de Hautefeuîlle^ colonel de dragons, épouse mademoiselle de Granceyi fille de madame la comtesse de Montrevel ; elle a 8,000 livres de rente et son mari en a 24h , tant de sa maison que de ce que lui donne le conunandeur de Hautefeuille , son oncle, qui outre cela les logera et les nourrira.
Dimanche 22, à Ferrailles. — Le roi eut quelques petits mouvements de goutte ; cependant cela ne l'emp^* cha pas d'aller tirer Taprès-dlnée. Le soir il y eut appartement. — Le marquis de la Varenne, qui avoit épousé la fille aînée du comte de Tessé, est mort. Il a laissé un fils qui n'avoit pas encore quinze jours; et le roi , À la considération de Tessé , donne à cet enfant la lieutenance de roi d'Anjou et de Saumurois, (pi'avoit son père ; outre cela il a le gouvernement de la Flèche, qui est héréditaire dans leur maison. Madame de la Yarenne SQ trouve veuve à dix-neuf ans et jouissant de plus de 50,000 livres de rente. Le roi, après avoir accordé cette grâce à Tessé, dit qu'il avoit une grande aversion présentement pour donner des survivances, mais qu'il donnoit volontiers aux enfants des pères qui mour oient dans le service les charges dans lesquelles ils avoient [fait leur devoir. Ce discours-là ne regarde que Tessé , car le roi ne connoissoit pas M. de la Varenne.
Lundi 23, à Versailles. — La goutte du roi augmenta un peu ; il ne sortit point de tout le jour. Le soir il y eut comédie, où madame la duchesse de Bourgogne alla. -^ L'envoyé de Bavière eut son audience et donna part de la mort du prince électoral ; on en prendra le deuil à la fin de la semaine. Le roi ne le portera pas longtemps ; mais Monseigneur et messeigneurs ses enfants le porte-
FEVIUER 1999. 81
ront deux ou trois mois. — La Motte-XaiutraiUes y £rère de Xaintrailles^ premier écuyer de M. le Duc, est mort ; il étoit lieutenant de roi de SaintrOmer. Cet emploi vaut 8,000 livres de rente, et le roi Ta donné à Desbonets^ qui étoit lieutenant de roi de Mons quand nous Tavons rendu aux Espagnols. — Le duc de Berwick , lils naturel du roi d'Angleterre, se trouvant fort inutile à SainIrGermain, vint prendre ici congé du roi il y a quelques jours , pour s'en aller voyager en Italie.
Mardi 24, à VtnailUs. — Le roi, se trouvant bien moins incommodé de sa goutte, alla Taprès-dinée à la chasse. Monseigneur alla à Paris avec madame la princesse de Conty ; ils furent au bal chez Monsieur, où il y eut une si grande foule de masques (1) que Monseigneur en sortit un peu après minuit et sans s'être masqué. Il alla ensuite, avec les dames qu'il avoit amenées, coucher àNeudon. Le roi fit souper le soir avec lui messeigneurs les ducs d'Anjou et de Berry, quin'y avoient jamais soupe ^dans des jours de cérémonie. — M. de Caumont, gouverneur d'Exilés en Dauphiné , est mort ; ce gouvernement vaut 7 ou 8,000 livres de rente. — Le roi a donné une pension de 1,200 livres à Gaffar, qui étoit lieuteûant-colonel des dragons de Sailly; ce régiment est réformé.
Mercredi 25, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dinée se promener à Marly. Monseigneur et madame la princesse de Cônty revinrent le soir de Meudon. Il n'y eut ici ni appartement ni comédie. — Le roi a nommé le naarquis de Pomponne, fils du ministre, pour aller laire compliment à M. l'électeur de Bavière sur la mort de son fils. — On mande de Francfort que les chanoines de Wurlzhourg ont élu pour leur évèque le baron de Greiffenclau , qui étoit grand doyen de Mayence. — On
(l)Ony vit, (lit le Mercure, plusdetroU mille masquer.
»2 JOURNAL DE DANGKAU.
dlnée. Monseigneiur alla à Topera à Paris; ensuite il joua chez Monsieur et y demeura pour le bal^ qui fut fort beau. Monseigneur alla de là ooupher à Meudon. Madame la duchesse de Bourgogne passa toute Taprèsdlnée à SaintrCyr. — Un officier que le maréchal de Villeroy avoit chargé de quelque ohose à Bruxelles en est revenu en poste et assure que M. le prince électoral de Bavière y étoit mort un quart d'heure avant quUl partit. Ce jeune prince seroit regretté de tout le monde ; on le regardoit comme le fondement de la paix de TEu* rope. Il n'avoit pas encore huit ans. Quoiqu'on ne doute point de la vérité de cette triste nouvelle , on la cachera jusqu'à ce qu'on en ait la confirmation.
Lundi 9 , à Yeriaille$. — Le roi prit médecine par pure précaution, comme U a accoutumé de faire tous les mois. Il travailla le matin avec M. de Pontchartrain et l'après-dinée il tint son conseil. S. M. a parlé àM. de Vendôme avec beaucoup de bonté et lui représentant la nécessité où le public croit qu'il est de se remettre dans les remèdes; M. de Vendôme répond à cela qu'il se croit parfaitement bien guéri. — On eut par plusieurs endroits la confirmation de la nouvelle de la mort de M. le prince électoral de Bavière. M. l'électeur, son père, s'évanouit en apprenant la mort de son fils. Il a quitté Bruxelles et s'est retiré à Ter-Vuren (1), où il s'évanouit encore en arrivant. Le roi, à son coucher, nous parla fort Ue la mort de ce petit prince et parut le regretter et plaindre beaucoup M. Télecteur son père. *^ Monseigneur revint de Meudon. Monsieur revint de Paris, et il y eut appartement.
Mardi 10, à Versaillêê. — Le roi alla l'après-dinée se promener à Marly. Monseigneur courut le loup. — Madame de Nemours eut le soir audience du roi dans
(l>Çbâteau à deai Meue» de Bruxelles.
FÉVRIER lem. n
son cabinet. S. M. loi a déclaré qu'il étoit fort mécontent de oe que MM. de Berne avoient mis garnison dans Neufchàtel et que^ s'ilf ne s'en retiroient présentement, S. M. y feroit marcher des troupes ; que son intention étoit que la liberté Mt entière h Neufchàtel , et pour cela le roi a commandé quinze bataillons et trois régiments de cavalerie pour s'approcher de la frontière des Suisses. Apparemment MM. de Berne n'attendront pas Tarrivée de ces troupes et retireront les deux cent cinquante hommes qu'ils ont mis à Neufchàtel. Cependant madame de Nemours parle comme si l'affaire de M. le prince de Conty alloit fort mal et dit qu'on la presse fort de partir pour ce pays-là, où elle sera reçue comme leur souveraine. — Le soir il y eut comédie, où étoit madame la duchesse de Bourgogne.
Mercredi il, à Versaillei. — Le roialladtner à Meudon ; il y mena monseigneur le duo de Bourgogne , madame la duchesse de Bourgogne et madame la princesse de Conty. Monseigneur y étoit allé dès le matin pour y recevoir le roi. Après le dîner 8. M. et Monseigneur se promenèrent dans les jardins hauts et bas ; les dames demeurèrent à jouer dans le château. — Le 9 du mois [Misse l'empereur donna l'investiture du neuvième éleotorat pour le duc Georges-Louis de Brunswick de Hanovre. Les princes ses frères avoient demandé, avant l'investiture , que cet acte ne put porter préjudice à lemrs droits et à leurs prétentions sur les biens de leurs maisons, où il y a toujours eu une double aînesse. — Les Vénitiens se plaignent fort de ce que rem[>ereur a abandonné leurs intérêts dans la paix avec les Turcs et sont résolus de ne la point faire que conformément aux offres préliminaires que les Turcs avoient faites avant louvertures des conférences.
Jeudi 12, àVersailles. — Le soir il y eut appartement. — On mande (Je Turin que M. de Savoie a envoyé des troupes contre ceux du Mondovi, qui n'ont fait aucune
résistance et que les rebelles se sont soumis, rejetant toute leur faute sur les bandits qui les avoient obligés de prendre les. armes. — L'ambassadeur du roi de Maroc arriva mardi à Paris conduit par H. de Saint- Olon, qui Tavoit été prendre à Brest. — M. de Monaco prit congé du roi; il passera par Monaco , où il demeurera quinze jours ^ et ne compte d'arriver à Rome qu'à Pâques. — Madame présenta au roi^ le soir après souper^ un princô de Saxe-Gotha qui demeurera à Paris cet été. — Une dame de la cour (1) a fait une confidence à son mari qui a fait chasser beaucoup de domestiques y et sa trop grande bonne foi lui a fait nommer ses amants ; cela a fait beaucoup de désordre et a paru sans exemple.
Vendredi 13, à VerMille$. — Le roi devoit aller tirer, mais la pluie l'en empêcha; il passa l'après-dlnée chez madame de Maintenon, qui avoit été malade toute la nuit. Monseigneur courut le cerf. Madame la duchesse de Bourgogne, au sortir de la messe, alla chez madame de Maintenon; elle y dina et y passa la journée; elle devoit aller à la comédie, elle n'y alla point. — Le chevalier de Coislin * mourut ici après une longue maladie; il avoit le gouvernement de Gien , qui vaut 2,000 écus de rente. Dès qu'il fut mort, la duchesse du Lude demanda au roi le gouvernement pour le duc «de Sully, son neveu et gendre du duc de Coislin. Le roi lui demanda si le cardinal et le duc de Coislin désiroient que le duc de Sully l'eût ; elle assura S. M. que c'étoit leur intention et le roi lui accorda sur l'heure. Peu de temps après, Bontemps apporta au roi une lettre de M. de Coislin qui lui demandoit ce gouvernement pour le marquis de Coislin, son fils. Le roi a déclaré qu'il ne le donneroit point au marquis de Coislin, mais aussi qu'il ne le don*
(I) C'étoit niaiiaine de Monaco. Elle étoit fille «le M. <l*Arinagnac et de mademoiselle de Villero> . {^ote du duc de Lwfnes. )
neroit point au duc de Sully à moins que IIM. les caiv dinal et duc de Goislin ne le souhaitassent. Le roi aussitôt renvoya chercher la duchesse du Lude pour lui expliquer ses intentions ^ et comme la duchesse du Lude n'a rien fait dont elle ne prétende qu'elle n'étoit convenue avec eux, et qu'elle procure au duc de Sully, gendre de M. de CoisUn , le poste du monde qui est le plus à sa bienséance, il y a apparence que le duc de Coislin et elle s'accommoderont là-dessus et que le gouvernement sera pour le duc de Sully. — Mademoiselle deMeyercroon, fille de l'envoyé de Danemark, mourut à Paris de la petite vérole ; elle étoit fort jolie fille et a été fort regrettée de tous ceux qui la connoissent. — H. de Monaco a demandé au roi en partant que MM. les secrétaires d'État, en lui écrivant, le traitassent de Monseigneur**; c'est un honneur qui n'a jamais été dans sa maison, mais il le demande parce qu'il assure qu'on fait cet. honneur-là à des maisons égales à la sienne.
* Le chevalier de Coislin étoit un fort honnête homme , mais atrabilaire et fort extraordinaire, qui ne bougeoit de Versailles, sans jamais voir le roi , dont il étoit anciennement mécontent , et avoit quitté le service. Le roi souftroit cette folie par considération pour le cardinal de Coislin, chez qui il logeoit au château , et dont il chassoit quelquefois la compagnie quand quelqu'un lui déplaisoit, sortoit de table brusquement ou se tenoit enfermé dans sa chambre. 11 ne laissoit pas d'avoir des amis.
** Les secrétaires d'État écrivoient Monseigneur aux ducs et aux princes, jusqu'à la grande'élévation de M. deLouvois, qui leur écrivoit de même, amsi que M. Colbert, dont plusieurs ducs ont encore des lettres de ce style. M. de Louvois Tabolit, mais M. de Turenne lui parut difficile à attaquer, tellement que MM. de Bouillon Font conservé , et, à plus forte raison qu'eux, MM. de Lorraine et de Savoie. MM. de Rohan ne l'ont jamais eu, et M. de Soubise y a échoué toute sa vie. M. de Louvois, cessant d'écrire Monseigneur aux ducs, se le lit donner par les militaires , et peu à peu le roi ordonna à tout ce qui Il étoit pas duc ou officier de la couronne d'écrire Monseigneur aux secrétaires d'État. Cela est demeuré ainsi jusqu'à leur courte décadence à la mort du roi ; mais en reprenant le dessus , le Monseigneur
ne leur est pas revenu. Pour M. de Monaco, il obtint le Monseigneur des secrétaires d*£tat ; mais M. deXorcy, sur qui il tomboit Le plus par sa «sprrespondanoe nécessaire avec l'ambassadeur du roi à Rome , cri^ si bautque le roi, qui Tavoit près, et M. de Mopaco loin, consentit qu'il ne fût rien innové, et M. de Monaco n*eut point le Monseigneur. Gela ne mit pas d'onction entre lui et M. de Torey. Il prétendit à Rome l'Altesse, qu'il n'y avoit jamais prétendue, ni pas un des siens; personne aussi ne la lui voulut donner : cela le mit de travers avec beaucoup de gens, et en quantité de choses, et tout cela ensemble nuisit fort aux affaires du roi, et fit enfin mourir M. de Monaco (|e chagrin à Rome.
Samedi H, à Yenailles. — Le roi alla Taprès-dlnée 86 promener à Marly. Monseigneur courut le loup et joua le soir à culbas chez' madame la princesse de Conty anreo M. de Vendôme et moi. Madame la duchesse de Bourgogne dîna chez madame de Maintenon et y passa toute Taprès-dlnée, et le soir elle se trouva mal et se mit au lit de fort bonne heure. — La duchesse du Lude eut un éclaircissement avec le duc de Coislin^ qui s'en est allé à Paris sans prendre aucun parti sur le gouvernement de Gien. — Le mariage du duc de Richelieu avec mademoiselle de Harville-Paloiseau étoit presque conclu. Cétoit M. de Pontchartrain , parent de la demoiselle^ qui s'en étoit mêlé à la prière de madame de Maintenons amie du duc de Richelieu. On assure présentement que cela est rompu; cependant il y a apparence que cela se raccommodera. La demoiselle a iOO^OOO francs de bien.
Dimanche 15, à Versailles, — Le roi alla tirer Taprèsdlnée. Monseigneur alla à Topera à Paris et puis alla coucher à Meudon , où il demeurera jusqu'à mardi. Madame la duchesse de Bourgogne fut un peu incommodée et se retira de fort bonne heure. — Le roi régla qu'il n'y auroit aucun changement sur la manière dont les secrétaires d'État écrivoient à M. de Monaco; ils ne l'ont jamais traité de monseigneur ni lui ni ses pères. — Le marquis de Villars a envoyé un courrier au roi ces jours
patôés pour se plaindre d'une manière d'insulte qui lui a été faite dans Pantichambre de Parchiduc parle prinoe de Liechtenstein^ grand maître de sa maison , sur ce que l'envoyé de France aussi bien que les autres envoyés ne voient point M. rarchiduc chez lui à cause du cérémonial. M. de Villavs passoit dans cette antichambre pour aller à une comédie où il étoit convié de la part de l'empereur.
Lundi i6, à YersaiUes. — Le roi alla tirer malgré le vilain temps. — On a renvoyé le courrier au marquis de Yillars avec ordre à ce minisire de ne plus faire de fonctions d'envoyé qu'on ne lui eût fait réparation sur ce qui s'étoit passé dans Tantichambre de l'archidue. — Le bruit commence à se répandre que M. le comte d'Auvergne songeoit à retoiu*ner incessamment en Hollande pour se marier avec mademoiselle [ d' Aremberg | , de la maison de Vassenaer ; o^esl une fille de mérite^ qu'il aime depuis longtemps et qui n'a pas de bien ; elle est calviniste, mais on croit qu'elle se fera catholique. M. le comte d'Auvergne eut une audience du roi vendredi , et apparemment ce fut pour lui parler de cette affaire. — Le roi donna le matin audience à l'ambassadeur du roi de Maroc, dans la chambre du trône; il fit sa harangue au bas de Testrade, et sa harangue que Tinlerprète Lacroix avoit traduite a paru fort belle (1).
Mardi 17, à Versailles, — Le roi sortit par le plus vilain temps du monde; l'exercice lui fait beaucoup de bien et il ne s'est jamais mieux porté. Monseigneur donna à dîner à Meudon à Monsieur, où le jeu a été fort gros; ce voyage ici il n'y a point de dames. — On va incessamment renfermer tous les pauvres qui sont à Paris ; il y aura des ateliers différents pour faire travail-
(1) Voir le journal coiicemaut tout ce qui s'est passé touchant l'ainbassa- «leur de Maroc depuis son arrivée en France et le détail de la preinièie autHeDce qa*il a eue du roi dant le Mercure de février, pages 21 d à 2VJ.
38 JOURHAL D£ DAN6EAU.
ler ceiix qui en auront la fotce , et on fera subsister ceux qui ne seront pas en état de travailler, et en môme temps on punira sévèrement ceux qui demanderont l'aumône dans les rues. — Le fils de M. de Saint-Mars, ^uverneur de la Bastille , épouse la fille de M. des Granges, maître des cérémonies. — M. Télecteur de Bavière a envoyé donner part de la mort du prince électoral son fils; cet envoyé est arrivé à Paris. Le roi lui donnera audience lundi y après quoi la cour prendra le deuil.
Mercredi 18, à Marly. — Le roi partit de Versailles après "son dîner et se promena ici jusqu'à la nuit. Monseigneur y arriva sur les six heures , en revenant de Meudon. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne y arrivèrent peu de temps après et soupèrent chez madame de Mainlenon , où ils se masquèrent. Le roi soupa à neuf heures , et après souper le bal commença, qui dura jusqu'à une heure. Outre les danseurs qui y étoient Tautre voyage, il y avoit MM. de Luxembourg, de Roquelaure , de la Feuillade,'de Saint- Simon , de la Trémoille , le prince de Rohan , le chevalier de Sully et le marquis de Grignan. Ces deux derniers-là n'avoient jamais été des voyages de Mariy. Outre les dames qui dansèrent à l'autre voyage, il y avoit à cehii ici mesdames de Marsan, de Luxembourg, de Lauzun , de la Vieuville et mademoiselle de Lislebonne. Monseigneur le duc de Berry se déguisa en arlequin et ràjouit fort le roi et tout le bal.
Jeudi 10, à Marly. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins. Monseigneur alla à Saint-Germain pour courre le loup, mais il n'y en avoit point de détourné ; il revint sans chasser. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne arrivèrent sur les six heures. Le roi et la reine d'Angleterre arrivèrent bientôt après. On soupa sur les neuf heures , et ensuite il y eut bal, qui fut encore plus joli que celui du mercredi. Monsieur et le maréchal de Villeroy dansèrent des
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contredanses. 11 y eut une mascarade de chasse du loup qui réussit fort bien. Il y eut des entrées de Siamois^ des danses de Basques , des danses à la vénitienne , et tout cela le plus joli du monde (1). Le bal dura jusqu^à une heure , après quoi le roi et la reine d'Angleterre s*en retournèrent à SainIrGermain. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne s'en allèrent à Versailles.
Vendredi 20, à Versailles. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne arrivèrent sur les six heures. Hesseigneurs les ducs d'Anjou et de Berry arrivèrent séparément^ comme ils ont accoutumé de faire. Le bal commença à dix heures après souper et finit à une heure. Il y eut beaucoup de mascarades, et même le roi les trouva plus belles que celles des deux autres jours. — On mande de Madrid que, sur les nouvelles qu'on y a eues que le comte de Soissons étoit à Gènes pour passer en Espagne , on avoit envoyé ordre dans tous les ports de ne lui pas laisser mettre pied à terre et de lui déclarer que Tintention du roi catholique est qu'il retourne en Italie. — On mande de Rome que Tempereur a envoyé à don Livio Odescalchi des lettres patentes par lesquelles il le crée prince de Sirmich et ordonne qu'il soit traité d* Altesse.
Samedi 21, à Versailles. — Le roi se promena à Marly jusqu'à la nuit et puis revint ici. Monsieur en partant de Marly s'en alla à Paris , où il denieui-era quelques jours.
(1) « n y aeo, pendant les troin jours qu'a duré chaque voyage, plusieurs mascarades chaque jour, qui toutes avoient un nom et un sujet. Ainsi elles pouvoient passer pour de petites comédies très-ingénieuses et représentées seulement par des actions et par des pas. Il y en a eu de toutes sortes de caractères, et ce divertissement a été complet, parce qu'outre ces mascarades il y a eu bal tous les jours , et que rien n'a manqué de tout ce qui peut plaire aux yeux, Hatter l'oreille et satisfaire lo goAl. » (Mei-curet^e février, |iage
90 JOURNAL DE DANGBAU.
Monseigneur et Madame revinrent ici. — Le roi a choisi le marquis de Crenan^ lieutenant général > et Saint-Frémont> maréchal de camp, pour commander les troupes qu'i] fait marcher .sur les frontières des Suisses. Ces deux messieurs sont à Paris et on leur a mandé de venir ici pour recevoir leurs ordres. — M. de HautefeuiUe^ colonel de dragons ) épouse mademoiselle de Grancey, fille de madame la comtesse de Montrevel ; elle a 8^000 livres de rente et son mari en a 24h , tant de sa maison que de ce que lui donne le conmiandeur de Hautefeuille ^ son oncle, qui outre cela les logera et les nourrira.
Dimanche 22, à Venailles. — Le roi eut quelques pe« tits mouvements de goutte ; cependant cela ne Fempè^ cha pas d'aller tirer Taprès-dlnée. Le soir il y eut appartement. — Le marquis de la Varenne, qui avoit épousé la fille ainée du comte de Tessé, est mort. Il a laissé un fils qui n'avoit pas encore quinze jours; et le roi à la considération de Tessé , donne à cet enfant la lieutenance de roi d'Aiyou et de Saumurois, qu'avoit son père; outre cela il a le gouvernement de ^a Flèche, qui est héréditaire dans leur maison. Madame de la Varenne <^ trouve veuve à dix-neuf ans et jouissant de plus de 50,000 livres de rente. Le roi, après avoir accordé cette grtœà Tessé, dit qu'il avoit une grande aversion présentement pour donner des survivances, mais qu'il donnoit volootiers aux enfants des pères qui mour oient dans le service les charges dans lesquelles ils avoient [fait leur devoir. Ce discours-là ne regarde que Tessé , car le roi ne connoissoit pas M. de la Varenne.
Lundi 23, à Versailles. — La goutte du roi augmenta un peu; U ne swtit point de tout le jour. Le soir il y eut comédie, où madame la duchesse de Bourgogne alla. — L'envoyé de Bavière eut son audience et donna part de la mort du prince électoral ; on en prendra le demi à la fin de la semaine. Le roi ne le portera pas longtemps ; mais Monseigneur et messeigneurs ses enfants le porte-
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rontdeox ou trois mois. — La Motte-XaiiitraiUes^ frère de Xaintrailles, premier écuyer de M. le Duc, est mort ; il étoit lieutenant de roi de SaintrOmer. Cet emploi vaut 8,000 livres de rente^ et le roi Ta donné à Desbonets^ qui éioit lieutenant de roi de Mons quand nous Tavons rendu au Espagnols. — Le duc de Berwick , lils naturel du roi d'Angleterre^ se trouvant fort inutile à SaintrGermain, îiot prendre ici congé du roi il y a quelques jours , pour s^en aller voyager en Italie.
Mardi 2k, à Versailles. — Le roi^ se trouvant bien moins incommodé de sa goutte, alla Taprès-dlnée à la citasse. Monseigneur alla à Paris avec madame la princesse de Conty ; ils furent au bal chez Monsieur, où il y eut une si grande foule de masques (1) que Monseigneur en sortit un peu après minuit et sans s'être masqué. Il alla ensuite^ avec les dames qu^il avoit amenées^ coucher à Meudon. Le roi fit souper le soir avec lui messeigneurs les ducs d'Anjou et de Berry^ quin^y avoient jamais soupe que dans des jours de cérémonie. — M. de Caumont , gouverneur d'Exilés en Dauphiné , est mort ; ce gouvernement vaut 7 ou 8,000 livres de rente. — Le roi a donné une pension de 1,200 livres à Gaffar, qui étoit lieuteoant^colonel des dragons de Sailly; ce régiment est réformé.
Mercredi 25, à Versailles. — Le roi aUa Taprès-dinée se promener à Marly. Monseigneur et madame la princesse de Cônty revinrent le soir de Meudon. Il n'y eut ici ni appartement ni comédie. — Le roi a nommé le naarquis de Pomponne, fils du ministre, pour aller iaire compliment à M. l'électeur de Bavière sur la mort de sou fils. — On mande de Francfort que les chanoines de Wurtzbourg ont élu pour leur évèque le baron de GreLETenclau , qui étoit grand doyen de Mayence. — On
(t) Oi y fît y (lit le Mercure f plus de trois mille nuisqueA.
32 JOURIVAL DK DAKGEAU.
mande de Londres que le vieux H. Temple est mort; c'é» toit un homme fort connu par ses ambassades et par les livres qu'il a composés. — M. de Matignon demanda permission au roi ces jours passés de s'en aller à NeufchÀtel pour y soutenir ses droits; il rejoindra en chemin madame de Nemours^ qui est déjà partie. H. de Matignon est le parent le plus proche. Madame de Lesdiguières vient de la fille ainée , mais elle est d'un degré plus bas y et il prétend qu'en ce pays-là la représentation n'a point de lieu.
Jewli 36, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprèshdlnée. Monseigneur courut le loup; il y devoit avoir le soir appartement^ mais cela changea; Monseigneur n^aime pas trop les appartements quand Monsieur est à Paris. — Les juges de madame de Ventadour dans TafTaire qu'elle a contre M. de Bullion se trouvèrent partagés. L'affaire fut appointée ; en même temps elle appella de cet appointementà la grande chambre. — M. le duc de Coislin ayant demandé au roi le gouvernement de Gien pour lui, le roi le lui a donné. 11 a mieux aimé l'avoir que de le laisser au duc de Sully^ son gendre , pour qui la duchesse du Lude Favoit obtenu d'abord; mais le roi ne le lui avoit accordé qu'en cas que MM. de Coislin le souhaitassent pour lui.
Vendredi 27 , à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. Il donna le matin audience à M. le duc de Coislin^ à qui le roi a encore refusé le gouvernement de Gien pour le marquis de Coislin , son fils. Ce duc^ voyant que toutes ses tentatives làrdessus étoient inutiles, en est reven u à redemander le gouvernement pour le duc de Sully , son gendre ; qui est ce que la duchesse du Lude avoit fait dès le jour de la mort du chevalier de CoisUn. Le roi le lui a accordé. Ce duc veut que son gendre lui en ait l'obligation^ et non pas à la seule duchesse du Lude. Le duc de Sully vint le soir au coucher du roi pour remercier S. M. Sow lieau-père a exigé de lui qu'il donneroit une
FÉVRIER l«99. n
partie du gouvernement pour augmenter Fentretien de la duchesse de Sully. — L'après-dlnée monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne Tirent chez madame de Maintenon la représentation à'Aikalie. On- avoit fait venir pour cela des demoiselles deSaint-Cyr, qui la jouèrent fort bien. Le spectacle fut fort touchant et fort agréable; cela se fit fort en particulier.
Samedi 28, à VerMilles. — Le roi alla l'après-dtnée se promener à Marly. Monseigneur alla à Meudon et en re-^ vint le soir. Madame la duchesse de Bourgogne eut un petit bal chez madame de Maintenon jusqu^à souper. La famille de H. de Noailles et quelques dames de leurs amies y vinrent en masque. Nos petits princes étoient chez madame de Maintenon, et vendredi ils allèrent encore à la comédie, où madame la duchesse* de Bourgo^e alla aussi , quoiqu'elle eût vu Taprès-dlnée une autre tragédie chez madame de Maintenon. — M. Tévèque de Noyon* est fort malade à Paris et a reçu le viatique. — M. de Torcy et M. de Maurepas^ qui ont été nommés commissaire:) du roi pour travailler avec Taml^assadeur de Maroc, ont cx)mmencé leurs conférences avec lui. Ils le trouvent fort capable et fort bon négociateur; mais son maître a tant d'intérêt de faire la paix avec le roi qu'ils ne doutent point qu'elle ne soit bientôt conclue.
• Ce M. deNoyonfourniroit tiii livre par st»s fiiits et ses dits. Toutefois ils sont tels qu'on en rapportera m quelques-uns à mesure qifils ^i«idront à Tesprit.
Cétoit un homme d'esprit et de savoir, mais d'uu savoir brouilé et «ttftis , homme d'honneur et de l)ien , et bon évéque , charitable, rendant, appliqué à ses devoirs et gouvernant bien sagement , fort au toeurant de vanité de toute espèce, et ne s'en contraignant point. Il diwit qu'il étoit devenu évéquc comme un coquin à force de prêcher, et appHoil beaucoup d'évêques, évéques du second (I) ordre. \ ceux-là
t ) Il y a dan» le inanttHrrit une abréviation (|ni f>oiit signifier soroixl ou diM'iiici T. VII. :i
U J0URJi4l« I>^ DA5GEAU.
â n^màaà Mbméiui qaanë is F j pÊtv q*nii4 îK lia ëofàfvti MooÂnir. D
tf<wrw j ]WfiM , ▼ wmMi inre def 1
M. d^ li^jon aroft hoûr tml lOQ appvtOMal de 5«jQopw^ cp br ja . H daai uyj4 Us radres r ctoâ dm defe en sanloir danf 119 miuv^n d'mi aroc b rouroooe. sans pas un chapeau d*é¥éqoe , et #H> r^p^é pmnm ; aai dea\ rdlés de sa grierie 9 afoit mis une tnnit r:ïfUi ténMtmqatt arec cette ioKriptioD : Deateote des emper^9ir4 d fhi^flt ^ ea Fiioe , et en Faulre, d'Oeôdem de la tm^u^nste rniiiofi d^ ClTiooDt-TanoeiTe ; et ao mdiea un graad taWeau qu'oo e^ft pr!« p^jr nn eooeile sans deu\ religieuses qui le fennoient ; et il disoît qti<^ r*étoient l<*s saints et les saintes de sa maison. Dans sa thsmifp a rooetKr il avoit sur sa ebeminée ses annes avec tous les hono^Jifi um^yTt\à el eeelrsiastiques qui se peuTent naaefBbl«r, et ae AHàHipii d *ija; s^n (eu a contempler oe trophée , et tout le Taste parterre de sa nui!ion abbatiale de Saint-Martin de Laon n étoit que ses armes en buis avee ses honneurs autour.
Il Ot fin tnit énormp a M. d*Harlay, alors arehev^que de Paris et pfMot enore duf!. il entroit dans la cour de Saint-Germain dans un rarroi^e et passa auprès de M. de Paris, qui y entroit aussi à pied. !>• v.iili j crifT a soa cocher, et M. de ^ris à aller à lui, ne douiant pss qu'il oe criât ainsi pour mettre pied à terre. Point du tout. Il s'élance , saisit la main de M. de Paris, fait avancer au pas et le m^(*pn laûMi* jusqu'au bas de Tescalier. M. de Paris pensa mourir de raffe, i*t toujours M. de ^oyon â le complimenter et le tint toujours de la sorte. Jamais M. de Paris ne le lui a bien pardonné. Longtemps après M. de Noyon, quon avoit rapatrié avec lui et qui Talloit voir, trouva mauvais que M. de Paris ne lui rendit point de visites , qui s'étoit niix sur le pied de n'aller guère chez personne, et lui fit ordonner par W roi di; Taller voir ; aussi s'en vengea-t-il cruellement en apprenant u M. de >oyoii ce dont il ne s'étoit point aperçu, el que personne ii'avoit voulu lui dire de la dérision de Tabbé de Caumartin dans sa haraugue lorsqu'il le reç,ut a T Académie, dont on a vu Thistoire en son lieu 1).
Km repas que le cardinal d>:strées donna à la réception au parlement de M. de l^on, son neveu, on avoit mis deux cadenas pour M. Ifî Prince et M. le Duc, qui est mort le dernier M. le Prince; on
[{) } oy. Hiir (-eiti* séaDce de l'Académie l'ailditiou du 13 décembre 1694 et lin article de M. SAiDte-Beuve , dans V A thenœum français du 18 août 18à^.
FÉVaiEH 1699. 1^
s'atteodoit qu'|{§ les (teroient; mais M. de NoyoD, qui i*rqt peu s'y devoir fier en prit le soin et regardant ces princes en les ôtant : « Messieurs , dit-il, il est plus aisé d'en ôter deux que d'en faire venir quinze ou seize pour ce que nous sommes ici de pairs, u
M. le Priooe le héros étoit trop goutteux pour conduire , et en faisoit le compliment, duquel R son fils prit peu à peu la coutume. Il le fit donc un jour à M. de Noyon en lui disant : « Vous ne voulez pas qu'on vous conduise? » « Moi, répondit vivement le Noyon, point du toitt ; c'est vous apparemment , monsieur, qui me le voulez faire accroire. » Sur cela M. le Duc, fort étonné, se met à le conduire, et l'autre aelaissa conduire jusqu'au (lout, et s'est toujours laissé conduire depuis, sans que les princes dq sang lui aient plus hasardé ce : « Vous ne voulez pas ({u'op vous reconduise. » Sortant longtemps après de chez ce même )f . le Duc, devenu alors M. le Prince, qui le conduisoit, M. de laSuse , archevêque d'Auch, qui sortoit en même temps fit des compliments à M- le prince; M. de Noyon se tournant ù M. d'Aucli et le prenant par le bras : « Ce n'est pas vous. Monsieur, lui dit-il, mais moi que M. le Prince conduit ; je vous en avertis ; » puis acheva de le laisser conduire.
Il en fit un autre, à propos de conduite, qui fut étrange. Il étoit à Versailles chez la chs^ncelière de Pontchartrain avec bien du monde. Gomme il s'en alla, madame la chancelière et sa belle-fille, sœur du comte deRoucyj se mirent à le conduire ; vers le milieu de la chambre, il se tourne à elles, et d'un air souriant prend madame de Pontchartrain par la main et la prie de n'aller pas plus loin, et laisse faire madame la chancelière. Ces dames allant toujours , il se retourne vers la porte, et dit à madame de Pontchartrain : ^ Vous , Madame , qui êtes ma parente , en voilà trop, et je ne veux pas absolument que vous alliez plus loin ; » puis , regardant la chancelière : a Pour Madame , ajouta-t-il , elle fait ce qu'elle doit, » et la laissa aller tant qu'elle voulut. Toutes deux demeurèrent confondues et la compagnie fort embarrassée qui baissa les yeuv au retour de la chancelière , fort rouge et fort silencieuse , et on eu rit bien après qu^on fut sorti de là.
Au pénultième lit de justice du roi, les cardinaux prétendirent précéder les pairs ecclésiastiques. Us se fondoient sur les derniers exemples des cardinaux de Richelieu et Mazariu et sur d'autres encore. Les pairs ecclésiastiques réclamoient leurs droite usurpés par autorité et par violence ; M. de Noyon soutint presque seul le choc d une part, et les cardinaux de Bouillon et Bouzi de l'autre , et l'affaire s échauffa. M. de Noyon tout publiquement dit au roi que les c^ardinaux étoieut tme chimère d'Église, MM de Bouillon une chimère d'Ktat, qui ne pouvoient se mesurer en réalité à l'épiscopat nia la pairie, et qu'ayant, toujours disputé à deux cardinaux qui gouvomoieiit tout, ils ne
JlH^RNAL DE DANGEA13.
sMJi'^^*****^ ^*^ ^ *^^ cardinaux qui ne gouvemoient rien. Le
^kuiiUi^ Jk y>JwiWt>n ftit outré pour sa rade [sic] et jeta les hauts
^»», H NVi^ i^xrîter le cardinal Bouzi, qui lui répondit froidement
4*iv >,% #*^ iwuvoit de pis dans le propos de M. de Noyon, c'est
H.V V s>Ar4iiMl do Bouillon ni lui, Bouzi , ne gouvemoient en effet
Avv^^MHl^ohc^*. M. de Noyon cependant s'applaudissoit de son bon
'à^ ^1 K« r^étoit à tout le monde. Il l'emporta sur les cardinaux, qui
Jlk' ^^t n'ont plus paru depuis à aucun lit de justice. Le cardinal
IHiMh essaya de donner atteinte au jugement du feu roi , et voulut
lu^vdor les pairs ecclésiastiques au lit de justice qui fut tenu de son
Miips; mais iHi^en put venir à bout, et s'abstînt de s'y trouver.
Il arriva une fois à ce M. de Noyon d'avoir grande envie de pisser, qu'il so trouvoit un jour de grande fête, pontificalement revêtu dans le Hurur de sa cathédrale. Il n'en fit pas h deux fois; il se mit en marche , sa chape tenue des deux c/^tés par le diacre et le sous-diacre , sortù la porte en cet état ainsi assisté , troussa sa jaquette, se soulagea et revint pontificalement à sa place. Une autre fois , la même envie lui prit a Versailles comme il passoit dans la tribune , qui du du temps de la vieille chapelle servoit de passage de l'aile neuve au reste du château (1). Il ne s'en contraignit pas, et se mit à pisser par la balustrade. IjC bruit de la chute de l'eau de haut en bas sur le marbre dont la chapelle étoit pavée fit accourir le suisse de la porte de l'appartement , qui fut si indigné du s[)ectacle qu'il alla quérir Bontemps, premier valet de chambre de confiance et gouverneur de Versailles, qui accourut tout essoufflé et qui joignit M. de Noyon qui passoit Tappartement et nedemandoit pas son reste. Le bonhomme le querella, et M. de Noyon, tout Noyon qu'il étoit, se trouva fort empêché de sa personne. Le roi en rit beaucoup , mais il eut la considération pour lui de ne lui en point parler.
Le roi s'en amusoit fort , et prenoit plaisir à lui parler à son dîner et à sou souper, à le mettre aux mains avec quelqu'un, et faute de ces occasions à l'agacer. Il en fut un jour rudement payé. C'étoit quclquc*s amiées après la mort de madame la dauphine de Bavière , et longtemps avant le mariage de celle de Savoie. L'appartement de la reine, où c^te première dauphine étoit morte, avoit toujours été fermé
(1) La vieille cliapellc du chAteati de Versailles se trouvait sur remplacement orctipi^ aujourd'hui par le Salon d'Hen*ule et fiar le vestibule au-dessous, qui sert de itMiimunication entre la cour de la c4iapelle actuelle et les jardins. La tribune qui servait de passasse des appartements de Taile neuve ou aile du Nord à la |>artie centrale du c4iàteau se troiuait à la luuiteur du premier ctage ducôti* des femMres sur les jardins. Voir, |H)ur la dis|M>sitiou de cette clia|)elle, le tableau placi' au Must^ do Versailles et la {sra^ui-ede Séb. Leclen- dont uiHis avons p^irlê dans la rie de tkingetm , iMges LWIV et sui\ .
ront deux ou trois mois, — La Motte-XaiiitraiUes^ frère de XaintraiUes, premier écuyer de M. le Duc, est mort ; il étoit lieutenant de roi de SaintrOmer. Cet emploi vaut 8^000 livres de rente^ et le roi Ta donné à Desbonets^ qui étoit lieutenant de roi de Mons quand nous Tavons rendu aux Espagnols. — Le duc de Berwick , lils naturel du roi d'Angleterre, se trouvant fort inutile à SaintrGermain^ vint prendre ici congé du roi il y a quelques jours , pour s^en aller voyager en Italie.
Mardi 24 , à Versailles. — Le roi, se trouvant bien moins incommodé de sa goutte, alla Faprès-dlnée à la chasse. Monseigneur alla à Paris avec madame la princesse de Conty; ils furent au bal chez Monsieur, où il y eut une si grande foule de masques (1) que Monseigneur en sortit un peu après minuit et sans s'être masqué. Il alla ensuite, avec les dames quHl avoit amenées, coucher i Meudon. Le roi iit souper le soir avec lui messeigneurs les ducs d'Anjou et de Berry, qui n'y avoient jamais soupe que dans des jours de cérémonie. — M. de Caumont , gouverneur d'Exilés en Dauphiné , est mort ; ce gouvernement vaut 7 ou 8,000 livres de rente. — Le roi a donné une pension de 1 ,200 livres à Gaffar, qui étoit lieutenanlKîolonel des dragons de Sailly; ce régiment est réformé.
Mercredi 25, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Marly. Monseigneur et madame la princesse de Conty revinrent le soir de Meudon. Il n'y eut ici ni appartement ni comédie. — Le roi a nommé le marquis de Pomponne, fils du ministre, pour aller faire compliment à M. Félecteur de Bavière sur la mort de son fils. — On mande de Francfort que les chanoines de Wurtzbourg ont élu pour leur évêque le baron de Greiffenclau , qui étoit grand doyen de Mayence. — On
(1) On y vit, dit le Mercure , plus de trois mille m«squeA*
3« JOURKAL Dfe DANGEAU.
son cabinet, le roi lui rendit le propos de M. de Koyon, qui le pi(|ua au point où on le peUt croire du pliis faux et du plus ^orieux des hommes, tl ne dit mot, et attendit M. de NoyOn à venir. Il ne tarda pas et sur l^heure du dtner. Leprehiier président fut au-devant de lui en grande^ révérences, et lui demaniia ave^ son hypocrite humilité ce qui lui plaisoit lui commander. M. de l^oyon, bien étonné de l^aocuèil, lui demanda à son tour ce qu'il lui vouloit dire d*iih âtyle si noùVeau pour lui qui venoit lui demander à dîner. « A dtner ! répondit le premier président. Nous ne disons céans (tu*Une petite chère bourgeoise qui convient à des bourgeois comme nous, et qu'il ne nous appartient pas de présenter à un prélat aussi distingué par sa dignité et par sa naissance. » Réplique de M. de Noyoïi, qui sehtît bien que le rot f avoit trahi. Duplique du premier président. Tant qu'enfin M. de Nbyon dit que cette plaisanterie étoit belle et bonne, mais qu'il avoit renvoyé soil carrosse. « Qu'à cela ne tientte , tépondit le premier président , vous en aurez un tout à cette heure ; » et tant fut procédé qu'il le renvoya dans le sien et sans dhier. M. de Noyon bien en peine fit parler âU preniier président dans l'espérance de tourner la chose en plaisanterie ; mais il se trouva qu'elle n'eut aucun lieu , tellement que M. de Noyon alla au roi , qui, après avoir bien ri de la fdrce qu'il s'étoit faite et laissé M. de Noyon plusieurs jours bien en peine, lui promit enfin de raccommoder ce quHl avoit gâté , et le raccommoda eu effet. Le premier président n'osa ne pas vivre avec M. de Noyon différemment de ce qu'il avoit fait, parce que le roi, qui pour ^e divertir avoit fait la brouillerie, avoit voulu sérieusement les raccommoder ; mais l'orgueil du personnage n'en put jamais revenir.
M. de Noyon eut une maladie qui le mit à la dernière extrémité à ^aris ; avant de recevoir ses sacrements il envoya prier le nonce de lui donner la bénédiction apostolique. Cela fut trouvé fort étrange surtout d'un évéque qui appeloit quelquefois le pape « Monsieur de Rome. «> il guérit, mais pour peu d'années ; et quand il le fut , le roi le réprimanda de la singularité de sa dévotion , moins que cela ayant souvent profité à la cour de Rome pour étendre sa juridiction. On en dlrôit bien d'autres sur M. de Noyon. Ce peu suffit pour faire cotmoître un homme dont on pariera encore longtemps. Mais il en faut encore dire une, outre le dais brisé qu'on l'accusoit de porter avec lui en Voyagé.
Ou a vu dans là suite de ces remarques quelle étdit la duchesse de t^quigny. Chaulnes et d'autres terres à elle sont du diocèse de Noyon ; et il s'étoit formé une assez grande amitié entre eux qui dura plusieurs années, et jusqu'à une vi^te que M. de Noyon lui rendit, où ils parièrent de rangs. M . de Noyon lui dit que, s'il pou voit être marié, sa femme passeroit devant elle. Madame de Picquiguy soutint le contraire. M. de Noyon allégua rancienneté de sa pairie ; madame de Picquigny qu'elle étoit eu-
(flMie, el qtf'il tt'étDii que comte. Tant fut procédé qu'ils s'éehaUffèretit nbien sur ee bel être de raison qu'As se séparèrent brouillés, et ce qu'il y eut de plus beau , c^est qu'ils le demeurèrent.
On prétend qu'il conduisoit son neveu, même enfant, à son carrosse, comme étant son aîné ; mais ce qui est certain , c'est que si- trouvant ebé^ lui aivec l^abbé de Tonnerre, mort évêquc de Langres, et M. éd Chaste, mort évêque de Laon, et qui l'étoit déjà, quelqu'un qui arriva lui dit qu'il le trouvoit là en famille. « En famille ! reprit- il , oui en Emilie : voilà monsieur, en montrant l'abbé , qui est de ma maison ; » puis montrant l'évéque : « Et monsieur qui s*en dit ; oui, en tUnilte , monsieur, en famille. » Le pauvre Laon fut démonté et ne f^^liquà bi né leva le siège. Mais, à la fin, en voilà assez.
Dimanche 1*' mar$^ à Versailles. — Le roi alla tirer. Le'soir il y eut appartement. Après souper il y eut bal chez madame la Duchesse dans rantichamlire de H. le Due; ce bal-là n'avoit point été prémédité, et il ne fut que pour faire danser madame la duchesse de Bourgogne^ qui avoit résolu de se masquer dès le matin. Elle devoit danser chez madame de Noailles ; mais la rougeole qui a paru à la marquise de la VaUière , sa fille, fit changer ce dessein-là. — Le roi donna le gouvernement d'Exilés à M. d'Artagnan, maréchal de camp et officier dans les mousquetaires blancs; ce gouvernement ne vient que de vaquer par la mort M. de Caumont. — On mande de Londres que le roi d'Angleterre insiste fort dans le parlement pour qu'on lui conserve sa compagnie des gardes hoUandoises ; la chambre des seigneurs a déjà opiné là-dessus, et il y en a eu des voix pour et contre.
lundt 2, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée à la volerie pour la première fois de cette année ; messeigneurs les princes et Madame y étoient. Monseigneur alla 'à Meudon et en revint à la nuit. Après souper il y eut un grand bal dans la salle ordinaire où sont les deux tribunes pour la musique (1) ; les hommes et les dames
^') Voir la ibtté, témê I", |î«i^ IOo
étoient fort parés; il n^y eut point de masques. L^ordre y fut fort beau par les soins du marqnis de Gesvres, premier gentilhomme de la chambre en année. Le roi y fit danser le jeune prince d'Anspach, qui ne s'en est point retourné avec son frère aîné en Allemagne. U y eut bien des jeunes gens qui n'avoient jamais eu l'honneur de danser devant le roi et que le roi fit prendre. Le bal commença à onze heures et finit à une heure et demie. Le roi y avoit fait convier le roi et la reine d'Angleterre ; mais ils s'en excusèrent , disant que dans l'état malheureux où ils sont ils avoient assez vu de bals ce carnaval en voyant ceux de Marly.
MardiSy.à Versailles. — Le roi alla tirer et revint de fort bonne heure. Dès qu'il fut entré chez madame de Main tenon, on y commença un petit bal en masque, où messeigneurs les princes et madame la duchesse de Bourgogne y étoient fort bien masqués. Monseigneur y vint. Madame la duchasse de Chartres, madame la Duchesse et madame la princesse de Conty y amenèrent des troupes de dames masquées. Il vint encore des masques de chez madame de Noailles; mais il n'y eut d'hommes masqués que son fils et ses quatre gendres. 1^ bal finit à-neuf heures. Madame la duchesse de Bourgogne revint souper chez elle avec messeigneurs princes et les dames du palais ; et après souper il y eut un grand bal en masque chez Monseigneur, où on ne laissa entrer que les masques de connoissance. L'officier des gardes qui faisoit entrer en compta près de quatre cents, parmi lesquels il y avoit beaucoup d'étrangers. Le bal dura jusqu'à trois heures; il n'y eut point de collation , parce qu'on entroit dans le carême. Le roi ne vint point à ce bal et se cousha à son ordinaire. — Le roi fait donner àM. l'électeur de Trêves, qui est évèque de Spire, 100,000 francs pour aider à rebâtir l'église cathédrale de cette ville, qui fut brûlée contre son ordre au commencement de la dernière guerre. Le feu des maisons
MARS £699. 4l
dek ville ^e communiqua à cette église^ quelque précaution qu'on eût prise pour l'empêcher.
Mercredi 4, à Marly. — Le roi partit de Versailles aussitôt après son dîner. Monsieur et Madame sont de ce voyage. 11 y a des dames nouvelles : madame de Biron^ qui n'y étoit jamais venue, et la duchesse d'Humières, qui n'y avoit pas été depuis longtemps. Les affaires pour la principaaté d'Orange sont enfin réglées; le roi d'Angleterre (l)demandoit 500,000 écuspourle [dédommagement des murailles de la ville qu'on avoit abattues, des temples qu'on avoit démolis et du château qui étoit un peu bouleversé ; on étoit convenu parle traité de Ryswyck que cet article-là se régleroit à l'amiable par des commissaires que les deux rois nommeroient , et le roi avoit nommé pour cela M. deBeauvilliers et M. de Torcy ; le roi d'Angleterre avoit nommé pour les commissaires milord Jersey,
son ambassadeur, et M ; on est demeuré d'accord
que le roi donneroit au roi d'Angleterre 700,000 francs. Jeudi 5, à Marly. — Le roi alla l'après-dinée au village de Marly voir des modèles de plusieurs ouvrages qu'il veut faire faire ici. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne vinrent sur les trois heures ; ils ne sortirent point de chez madame de Haintenon; ils y soupèrent et s'en retournèrent à Versailles avant dix heures. — Par le traité qu'on a fait pour l'affaire d'Orange , le roi s'engage à faire payer 700,000 francs au roi d'Angleterre; mais comme il a toujours soin des intérêts de ses sujets , il a exigé que le roi d'Angleterre, sur cet argent-là, payeroit à madame la princesse d'Isenghien ce qui lui peut être dû par S. H. B., et pour quoi on lui avoit donné durant la guerre la confiscation des terres que le roi d'Angleterre, comme prince d'Orange, avoit en Franche-Comté, et dont
(OGaiUauine III.
\' wn a été remis en possession par le traité dé Ry^
Vmdrtiii 6, à Marly. — Le roi se promena tout le jbur Jhus ses jardins. — On Avoitaugnlenté la paye des Suisses det>uis qu*on a diminué le tlombre des hommes qui ôtoient dans chaque compagnie, afin de dédommager par lÀ la perte que faisoient les capitaines ; cependant il y à eu quelques cantons qui ont refusé de signer cette nour velle capitulation , et le roi, nlécontëht de ce ptt)cédé^ li remis la paye sur le pied qu'elle étoit durailt Ift guerre. — Mademoiselle d'Auvergne avoit parlé à madame de Maintenon pour la prier de demander ati toi pour elle une pension ; elle a bien changé d'aVis depuis , et elle vient de lui écrire qu'elle avoit pris la résolution de se Faire carmélite et qu*elle souhaitoit qu'elle approuvât son dessein. Toute sa famille , qui Taimoit fort, étt est ;ifBigée.
Samedi 7, à Ver$aille$. — Le i*oi revint ici de Marly après s*y être promené tout le jour. — St, le cardinal de Furstemberg revint de la Bourdaisière, où il ébit depuiis près d'un an. — On a exécuté le dessein qu'on àvolt fait d'enfermer les pauvres à Paris et ici ; on les fait travailler et on nourrit ceux qui n'en ont pas la force. On n'en voit presque plus dans les rues. — Madattle de Saint-Géran , qui étoit exilée depuis plus de deux ans, k permission de revenir à la cour; elle n'avoit point voulu quitter son couvent de Rouen, où elle est, poUf venir demeurer à Paris, comme on lui avoit permis il y ft plttfe d'un an. Elle avoit toujours mandé que, n'étant (lôint à la cour, tous lieux lui étoient égaux. Comme elle n'a plus de logement ici , le comte de Tessé lui en prêtera un aux écuries de madame la duchesse de Bourgogne.
Dimanche 8, â Versailles. — Le roi alla au sermon et puis alla tirer dans son parc. Madame la duchesse de Bourgogne, après le sermon, alla à Saint-Cyr et à la Ménagerie. Le soir il y eut appartement. — Le roi a permis
fifARS ieiM 41
à M. lé comte d'Auvergne d^épouser mademoiselle d^Aremberg-Vàssenaep sans qu'elle changeât de religion , èl elle pbutra dethétlrer en France comme les autres éti*angères protestantes. Le roi né veut pourtant pas que cet èxemple-là puisse tirer à conséquence, et Ton espèrfe même que, le mariage fait, la bômtesse d'Auvergne sera bientôt catholique. M. le comte d'Auvergne doit partit* dahs quinze jours pour aller achevée cette âffaire-là en Hollande. — Le marquis dé Mbnteclair est] mort; sdti esprit avoit été attaqué devant que le (3oi*ps le Mt ; aib^i sa mort est Un botiheui^ poiir la ftimille.
Lundi 9, à VErsaiHés. — Le roi prit médecine comm^ ilaaècoillumè de fail^ tous les mois par pUre précélitidn. n It'aVailla lé matin avec M. de Poiitchartrain, et Faprê^lnée 11 tint cdtt^il d'État. — M. le matquis de Ibrcy est présentement déclat^ ministt-e; 11 y a sit semaines que (cela est fait, mais cela rt'étoit pas encore public. La qualité de ministre est pi*esque attachée à la charge de seérélai^e d'État des étranger», qu'il a ; cependant la gl-âce que le rôi lui vient d'accorder est d'âTûtàht plus considérable qu'il n'a que trente-trois ans. — ^ Le soi^ il y eut comédie, où madame la duchesse de Boui*gognè et messeigneurs les princes n'allèrent point. Honseignëiir ûojïtnt le loup. — M. d'Avaugour est mort ; c'étoit un homme que nous n'avions jamais vu à la cour. Le roi a donné tous les droits de rachat de ses terres au comte de VeHus, son fils, officier dans les gendarmes.
Mardi 10, d Versailles, — Le roi alla tirer l'aprèsdltiée. Monseigneur courut le cerf, et au retour il joua au In^lan chez madame la princesse de Conty. — Mademoiselle d'Auvergne est entrée aux Grandes Carmélites à Paris; ainsi le& 100,000 écus que M. le comte d'Auvergne lui avoit donnés sur le brevet de retenue que le roi lui accorda l'atinée passée lui reviendront. — Le roi donna r#»s jours passés le gouvernement de Mont-Dauphin , qui Vaquoit depuis assez longtemps pai* la mort de Larray,
à M. de Polastron, lieutenant général dans ses armées, qui a été longtemps lieutenant-colonel du régiment du roi; ce gouvernement vaut iO^OOO livres de rente. — On mande d^Italie que le cardinal Cavallerini^ qui est le dernier nonce que nous ayons vu ici^ est mort; il y a présentement six places vacantes dans le sacré collège.
Mercredi 11, à Versailles. — Le roi entendit le sermon , et puis alla à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre. Le soir il y eut appartement. — M. le duc de Caumont retire l'hôtel de Saint-Paul que les héritiers de la maison de Chavigny avoient vendu à M. de Breteuil^ intendant des finances y 240^000 livres. H. de Breteuil en avoit revendu une partie à un homme d'affaires nommé Poultier, qui avoit déjà bâti et fait beaucoup de dépenses. Le duc de Caumont étoit en droit de retirer, par mademoiselle de Bosmelet, qu'ila épousée, qui est fille d'une Chavigny , et il a fait porter chez M. de Breteuil, dans les vingt-quatre heures depuis le retrait jugé, 2jk0^000 francs qui étpient le prix qu'en avoit donné M. de Breteuil , et 32,000 francs pour les lods et les ventes dont H. de Breteuil s'étoit accommodé avec les seigneurs en achetant la maison.
Jeudi 12 , à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à Marly, où il fait beaucoup travailler. Madame la duchesse de Bourgogne alla Taprès-dlnée à Paris voir la foire Saint-Germain, et puis passa chez Seheult et chez Vendives, fameux orfèvres, où elle acheta des bijoux d'or pour donner à Monseigneur et à Monsieur. Le soir il y eut comédie, où monseigneur le duc de Bourgogne et messeigneurs ses frères allèrent. — Le vieux M. de de la Feuillée , ancien lieutenant général des armées du roi, est mort. Il étoit grand'croix dans Tordre de Saint- Louis ; il avoit les appointements de gouverneur deDôle, qui est rasé présentement, et avoit un petit gouvernement en Bourgogne auprès de chez lui, que le roi a donné
à son fils aîné. Il avoit toujours eu beaucoup de réputation dans la cavalerie, et le roi lui avoit feûtThonneur de le choisir pour se tenir auprès de Monseigneur dans les jours d'occasion, et cela durant 'les deux dernières campagnes qu'il a faites.
Vendredi 13, à Versailles. — Le roi entendit le sermon, et puis travailla avec le P. de la Chaise. Monseigneur alla dîner à Heudon et ne revint qu'à la nuit. Le roi tint le conseil de dépèches le matin; il ne le tient d'ordinaire que les lundis et de quinze jours en quinze jours. — Le duc de Villeroy est parti pour Neufchàtel; le maréchal son père l'y envoie po\jir soutenir les intérètii qu'auroit la maréchale , si M. de Lesdigmèves mouroit sans enfants. — M. le marquis de Villars a demandé à Vienne réparation de l'injure que lui avoit faite le prince de Lichtenstein dans l'antichambre de rarehiduc. Le conseil de l'empereur s'est assemblé là-dessus ; mais on ne sait pas encore s'ils proposeront des satisfactions dont on doive être content ici. Le comte de Kinski , premier ministre de l'empereur, est mort.
Samedi 14, à Versailles, — Le roi ne sortit point, non plus que le jour d'auparavant. Il tint Taprès-dlnée conseil d'État; il avoit tenu le matin conseil de finances, comme il a accoutumé de faire tous les samedis. — On mande de Vienne que la reine des Romains y arriva le 2V du mois passé ; on lui a fait de grands honneurs sur toute sa route de Hodène à Vienne , mais surtout à Salzl^ourp, où l'archevêque a surpassé la magnificence des autres princes qui l'avoient reçue sur la route. — On mande de Turin que les troubles du Mondovi sont plus srands que jamais ; les révoltés n'ont point voulu accepter l'amnistie que M. de Savoie leur avoit offerte, et ils font de fort grandes violences à leurs voisins, sujets de S.A. R. — Mesmyn , commis de M. de Villacerf pendant qu'il étoit surintendant des bâtiments et qui avoit pris in fuite, est revenu se mettre en prison.
^f JOURNAL OE DAI4GEAU.
ten^u le serippn, all^ ^ Trianon, où il se proiQf^na jus? qu'4 1^ nuit. Le so>r il y eut appartement, Madame lu ductiess^ de 3ou;rgogne après le sermpn ^tUa à Saint-rÇyr et à la Ménagerie. — Racine * est à Feji^tréniité ; on n'e^ espère plus rien ; il est foçt regretté par les courtisans^ et le roi même parolt affligé de Tétat où U est, et s'en informe avec beaucoup de bonté. — Le roi a donné ordre à M. de 3onrepaux de repartir incessamment pour son ambassade de Hollande^ où la présence d'un ambassadeur est nécessaire. Quoique la santé de Bonrepaux ne soit pas entièrement rétablie, il compte de prendre congé du roi au retour de Marly.
* Ranne s'étoit avancé à la cour par ses tragédies et s*y étoit fait des amis considérables par son espjrit. Devenu homme de bieq, Port- Royal, à qui il étoit attaché, Ty gâta fort; ses amis le raccrochèrent par Ksther et Athalie, qu'il fit pour Saint-Cyr et dont le roi s'amusa beaucoup. L'ancienne fiauniliarité revint qu'il a voit d'abord contractée par ses pièces de théâtre et entretenue après par l'histoire du roi, à la composition de laquelle il avoit été associé à Despréaux ap)rès M. Pélisson et à laquelle Despréaux ni lui ne travaillèrent jamais sérieusement. Mais sur la fin de ses jours une distraction énorme le perdit , et il n'y put survivre. Le roi, Tentretenant en tiers avec madame de Maintenon sur son Athalie, tourna la conversation sur le théâtre en général , et lui demanda des nouvelles de celui de Paris, et pourquoi il entendoit dire que la comédie étoit si fort tombée à Paris. « C'est, répondit Racine , le mauvais goût du siècle qui décourage les auteurs. Depuis qu'ils se sont avisés de remettre sur le théâtre ces mauvaises comédies de Scarron, où il n'y a -que du burlesque et du bas comique , tout y court; et cela a fait tomber les autres par une dépravation dont à la fin on reviendra. » Il est aisé de concevoir l'étonnement et l'embarras des deux remariés au nom de ce premier mari. I^ur visage et plutôt encore leur silence subit et profond tira Racine de sa distraction pour le jeter dans un état plus aisé h comprendre qu'à décrire. Un moment après il fut congédié ; et oncques depuis ne put-il approcher ni Tun ni l'autre, ni en avoir une parole. De remède à cela aucun, ni d'excuse encore moins. Il espéra du temps , des absences et des retours. Tout fut inutile : le désespoir le jeta dans une mélancolie qui se tourna en jaunisse dont il mourut \^&(iXôt après a Versailles, d*oii il se fit porter
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à PortrRoyal fies Champs. Cela ne fit pas sa coiir, mai^ un mort ne t'en soude guère rij.
(1) n suflU pour prouver la fiauisseté de cette addition de se reporter au Journal de Dangeau , k la date du 14 février 1688. Il y est dit qu'on joua à Versailles devant toute la cour, devant le roi , devant madame la Dauphine , Mêk$, màltrê 9i vuki ; or, cette comédie est de Se^rroo. Comment 8uppo«er qw iouiiXIV, (|ui» trois an» environ après son mariage avec la veuve de ScarliB, UMsit jouer sur le théâtre de son palais de Versailles^ devant lui et denat tootela cour » une comédie de ScarroQ ; comment supposer que Louis XIV ctt diipadé Radne parce qu'il aurait prononcé devant lui le nom de Scarna,è b rapiéfentation des ptèces duquel il assistait en personne accompagné deii Danpliiae et peut-être de madame de Maintenon ?
Ui faiseurs de nouvelles ne sont pas d'accord entre eux sur les causes de cMe préCeMàue disgrâce. Il y en a qui Tattribuent à un certain mémoire qœ Biqae aurait rédigé , à la prière de madame de Blaintenon , sur la misère du pavie. Dans un cas comme dans l'autre» il est consacré que la mort de Radne est causée par le chagrin d'avoir perdu les bonnes grâces du roi.
Or» il se trouve qu'en lisant la Correspondance de Racine , correspondance inpriaiée partout , on voit que l'histoire du mémoire n'est pas plus vraie que • F^aorme distraetioD » d'avoir prononcé le nom de Scarron devant sa veuve (Ile ra*.
Apite la guerre qui se termina par la paix de Ryswyck, en 1697, Louis XIV, fi» remettre Tordre dans ses finances, frappa de taxes considérables les ti- Niiiti de toutes charges de finances. Racine avait celle de trésorier de France àllgMralitédelloulins, et fut miposéà |0,000 livres (Uttre du 13 février 1188). Il paya ; mais , le à mars , il écrivit à madame de Maintenon au sujet de Cflttc taxe, qui « avoit si fort dérangé ses petites aflaires, » pour prier la protectrice d'intercéder auprès du roi en sa faveur. Cette lettre est le prétendu némoire sur la misère du peuple, mémoire qui aurait été la cause de sa dis-
Cette lettre à madame de Maintenon nous donne toute la vérité sur cette <paslMKi. • J'apprends , dit-il , que j'ai une autre affaire bien plus terrible sur les bras et qu'on m'a (ait passer pour janséniste dans l'esprit du roi. Je vous avoue que lorsque je faisois tant chanter dans Klstber :
■ois, cbaHex la calomnie,
je ne m'attendoisguèreque je serois moi-même un jour attaqué par la calomnie, ie sais que dans l'idéeduroi un janséniste est un homme decabale et un homme rebelle â l'Église... » Comme le fait remarquer M. James Gordon , auteur d'un eicellent travail sur cette question , la longue et chaleureuse défense de Raciae contre l'accusation «le jansénisme atteste que telle était la cause unique du mécontentement passager de Louis XIV. Racine avait écrit, comme on vient de le dire, une lettre adressée à madame de Maintenon au si^jet de la taxe de «charge; <« n'étant pas content de ma lettre, dit-il, j'avois simplement dressé un mémoire, dans le dessein de vous faire supplier de le présenter h S. M. M. le maréctial de Noailles s'offrit gr^néreusement de vous le remettre
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Lundi 16^ à Marly. — Le roi partit de Versailles à quatre heures; il tint conseil raprës-dihée outre celui qu'il avoit tenu le matin. Le roi amena ici dans son car-
«tre les mak» , et» n'ayant pu trouver l'occasion de vous parler, le donna k M. rarcbefèque ( de Paris), qui peut vous dire si je lui en omÀs Jamait ouvert la bouche^ eisiydepuis deux mois J'avais même eu rhonmeur de le tHrir,.., » L'archeYèque de Paris , M. de NoaiUes, était alors fort en défkvenr auprès du roi, comme soupçonné de jansénisme et comme parfeitement hostile aux jésuites. L'archevêque avait été chargé par son firère le maréchal du mémoire de Racine, qui avait eu des relations nombreuses avec Port-Royal. Il n'en fallut pas davantage pour le faire soupçonner de jansénisme , comme il le dit dans la lettre que nous avons citée. Voilà toute la vérité sur cette disgrâce.
La lettre de Racine le justifia ; elle est do 13 lévrier; le 27 de ce mois il alla à Versailles demander au roi d'être du prochain Blarly, et le roi lui accorda cette insigne faveur.
Quant au chagrin d'avoir été disgrAcié, chagrin si violent qu'il a tué Radne, tout cela est aussi faux que la disgrâce elle-même. Il est impossible de trouver la plus petite trace de chagrin, de regrets, de désespoir d'une disgrâce quelconque dans les nombreuses lettres de Racine à son fils, lettres intimes, confidentielles, remplies des plus petits détails de famille. Elles 8ontplenies,au contraire, des marques les plus signalées de la faveur du roi. Il va coucher è Marly en avril. £n juin il est question de faire son fils aîné, Jean-Baptiste, gentillioroine de la manche de moqseigneor le duc de Bourgogne. £n juillet le roi l'invite au fameux voyage de Ck>mpiègne. Quant aux causes de l'altération de sa santé et de sa mort, sa Correspondance prouve que dès le milieu d'avril 1098 elle se dérangea par suite d'une violente émotion. Le jour de Pâques, la fille de Racine avait été firappée subitement d'uiA-congestion , et le pauvre père avait tenu pendant plus d'une heure dans ses bras une fille qu'il chérissait , inanimée et sans pouvoir la rappeler à la vie.
Racine écrivant le 2ô avril sur l'état de sa santé di^it : « J*ai été fort incommodé depuis la dernière lettre que je vous ait écrite ( le 1 4),* ayant eu plusieurs» petits maux dont il n'y avoit pasuu seul de dangereux, mais qui étoient tous assez douloureux pour m'empéclier (le donnir la nuit et de m'appliquer durant le jour. Ces maux étoient premièrement un fort grand rhume dans le cer%'eau , un rhumatisme dans le dos , et une petite érysipèle ou êrésipèle sur le ventre, que j'ai encore et qui m'inquiète beaucoup de temps en temps par les cuissons qu'elle me cause. Cela a donné occasion à votre mère et à mes meilleurs amis de m'insulter sur la paresse que j^avois depuis si longtemps à à me faire des remèdes. » Ainsi à ce moment Racine plaisantait sur son mal, ne le regardant pas comme sérieux et ne jugeant pas à propos de se soigner. La maladie empira et, fort aidée des médecins, le tua le 22 avril 1699. ^ ]'oy. Texcellent travail de M. James Gordon, intitulé : Vne Vieille Fable : Racine mourant de la disgrâce de Louis XIV, dans VAtbenxum/ram^ çais, n" 3?, t. I, page 7*»1 . Nous avons abondamment puisé dans eet article.
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rosse madame la duchesse de Bourgogne, les duchesses do Cade et de Guiche, mesdames de Hailly et de Dangeau. Honseigiieur alla à Meudon avec madame la princesse de Gonty ; il y a amené ce . voyage ici trois hommes qui o'y avoient jamais été^ qui sont MM. d^Isenghien^ de Stnsay et le petit Broglio. Monsieur, Madame et madame de Chartres sont à Paris , madame la Duchesse à Saint- Xanr avec M. le Duc. Il n'y a ici que les dames de madame la duchesse de Bourgogne , la duchesse de Guiche et madame d'Heudicourt. -«- M. Blondel a acheté de M. M&Dsart la charge d'intendant des bâtiments ; il lui eo donne 130,000 livres. Il n'y a que 5,000 francs d'appointements à cette charge ; elle paye paulette.
Mardi 17, à Marly. — I^ roi tint le matin conseil de finances. L'après-dlnée il mena madame la duchesse de Bourgogne à la roulette. Monseigneur le duc de Bourgogne arriva dans le temps qu'elle y étoit ; il demeura HÛ à souper avec le roi. — Monseigneur courut le loup à Vendon. — Dans les petits voyages que le roi fait ici , qnand madame la duchesse de Bourgogne y est, il n'y a qn une table, et il n'y a point de musique le soir. — Le roi donna à Davéjan , lieutenant-colonel des gardes , la place de grand-croix qui vaquoit dans l'ordre de Saint- Unis par la mort de la Feuillée. Davéjan étoit commandeur à 4,000 francs de pension. Sa place a été donnée au chevalier de Bezons, qui étoit commandeur à 1,000 ^us, et sa place a été donnée k d'Ussop, lientenant général des armées du roi .
Mercredi 18, à Marly» — Le roi tint le matin conseil d'État et se promena toute Faprès-dlnée dAns ses jardins. — Il arriva ici dimanche un détachement de six cents hommes du régiment du roi qui viennent travailler à des baraques pour les quatre bataillons de ce régiment, qui viendra travailler ici au commencement du mois prochain. — J'appris que le roi, ces jours passés, avoit donné à Maignac-Arnolfini , ancien brigadier de ravale- T. vu. 4
M JOURNAL ]>E DANGEÀU.
rie^ deux bailliages eu Alsace vacants par la mort de Desmadrits. — Le roi donna ces jours passés à M* de Miane, qui a été longtemps exempt dans ses gardes et qui est estropié , la lieutenance de roi de la ville et chAleait de Nantes; cela vaut environ 1^000 écus par an. M. de Sevigny^ lieutenant de roi du pays Nantois, a quelques prétentions par sa charge qui diminueroient ceUe que le roi vient de donner à Miane.
Jeudi 19^ à Marly. — Le roi alla Vaprès-dlnée à la voleriedans la plaine de Vésinet^ au bas de Saint-Gei^ main. Le roi y avoit donné rendez-vous au roi et à la reine d'Angleterre. Le roi monta à cheval; la reine d'An* gleterre et madame la duchesse de Bourgogne se mi* rent dans une calèche fermée avec les duchesses du Liide et de Tyrconnel. Le roi y alla jusqu'à la hauteur de * Maisons y malgré le iroid excessif qu'il faisoit. Monseigneur le duc de Bourgogne étoit à la chasse et soupa id. Monseigneur vint, de Meudon ici, diner avec le roi et s'en retourna quand le roi partit pour la chasse. — On at^ tend le courrier de Rome qui doit apporter la décision du Saini-Pèi'e sur le livre de M. de Cambray. On rend le mauvais office à M. le cardinal de Bouillon de dire qu'il n'a pas assez pressé la conclusion de cette affaîn et qu'il s'est monti*é trop ami de cet archevêque.
Vendredi 20, à Marly. — Le roi se promena tout le jour à Marly dans ses jardins. Madame la duchesse de Bourgogne se promena avec lui jusqu'à cinq heures. -~ Le roi a donné à MM.' de la maison de ville de Paris la place de Vendôme en l'état qu'elle est; ils la vont JEure bâtir. Ils en feront une place octogone , et ils s'engagent en même temps de faire l)àtir dans le faubourg SainV* Antoine im grand hôtel pour la compagnie des moua» quetaires noirs , comme il y en a un au bout du PonV* Koyal pour les mousquetaires blancs. — Le roi donna ces jours passés à M. de Bonrepaux une pension de 500 écus pour sou neveu , qui est demeuré en Hollande et
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qui y fait les affoires de S. M. en ^ab66^ce de son o^cle ; il s'appel}6 [le marquis de BonacJ.
Scmêdi U, à Vermlles. — Le roi, après avoir dîné à Huly, alla voir le détachement du régiment du roi qui travaille^ à un qiiart de lieue de Marly^ à des baraques pour les quatre bataillons de ce régiment, qui y arrive à la fin de ce mois. Le roi eQSuite retourna à Marly , où m^ dame la duchesse de Bourgogne étoit demeurée à Taitendre. Le roi fit mettre dans son cjBurosse madame de Vaintonoo et madame d'Heudicourt , outre les d^jnes foi étoient venues avec lui. — f- Monseigneur revint de Ifcodoii. Monsiaur et Madame revinrent de Paris. — Asyneville^ lieutenant des gardes du corps , est absent depuis un mois; il n'est ni à sa garnison ^ où il de* vioit être parce qu'il est de mois^ ni dans ses terres ni A Paris; sa famille est fort en peine de lui, et on cftint qu'il n'ait pris quelque parti d'extrémité. Pour QHû, je crois qu'il est à la Trappe ou à Sept-Fonte.
Dmanehe 82, 0 Versailles. — Le roi entei^lit le serinoo et alla au salut , et ne sortit point de tojiite la jour- ■^ — Le courrier de Rome qu'on attendoit arriva le inatiQ ; il apporte la condamnation du livre de M- de Cunbray, dont il y a vingt-trois propositions qualifiées avec les. mots de dangereuses, de téméraires et d'errooées (f ). Lé pa^ excommunie tous ceux qui le liront
(I) A la réoeptioa des dépèdies , tLouis XIV écrivit à madame de MainiBMi une lettre datée du 22 mars, à midi, pour lui doimer avis de cette af-
« I vkat d'arriver vn coorriBr d£ Rome qui apporte la condamnation du ^màt Tarchevèque de Cambray. Je vous renvoie dans ce paquet pour fK vous voyiez le détail de tout. Elle est latine , quelque père de la Mission *MK IVxpëquera. VoilA une aflaire fmie présentement; j^espère qu'elle n'aura plv de suite qui lasse de la peine à personne. Je ne saurois vous en dire dmatage à cette heure ; ce sera pour ce soir. >> ( Recueil de Lettres déjà cite. ) Ce passage renfenne un ménagement très- remarquable pour madame de i; elle était très-aflliiçéede cette aTTaire, et n'abandonna jamais Fénei que le démontre très-bien M. Monmerqué , dans la Biographie uni-
.sa . JOURNAL DE DANGEIU.
OU qui le garderont chez eux. Le roi dit cette nouvelle à Monsieur k son dlner^ et M. de la Rochefoucauld « à qui le roi en parla en allant au sermon , tint des discours très-honnôtes sur M. de Cambray, assurant S. H* qu'il se soumettroit sans hésiter. On prétend même que sa Lettre pastorale sur ce sujet est déjà faite^ parce qu'il y a déjà quelque temps qu'il prévoit la condamnation. — Le soir il y eut appartement.
Lundi 23^ à Versailles. — Le roi alla tirer Taprès-dlnée. Monseigneur courut le loup. Le soir il y eut comédie^ où monseigneur le duc de Bourgogne et messeigneurs ses frères allèrent ; madame la duchesse de Bourgogne nHn point durant le carême. — M. le duc de Bouillon, au nom de M. le prince de Chimay et chargé de sa procuration , épousa , le mardi gras y mademoiselle de Nevers. Le mariage se célébra dans une chapelle de l'hôtel de Nevers et en secret. M. le prince de Chimay l'avoit souhaité ainsi, parce qu'il n'avoit point la permission du roi d'Espagne pour faire ce mariage; la permission est arrivée depuis, et la nouvelle mariée part incessamment de Paris pour aller trouver son mari en Flandre. M. de Nevers a donné en mariage à sa fille 140,000 livres argent comptant; il lui assure 100,000 livres après sa mort et lui donne outre cela une pension viagère de 1,000 écus.
Mardi 24, à Versailles. — Le roi donna audience à l'envoyé deM. l'électeur de Bavière, qui prit congé. M. Fambas- * sadeur de Venise, qui avoit pris son audience publique de congé, vint en particulier prendre encore congé de S. M. ; il s'en va ambassadeur de la république à Rome. — Le roi allal'après-dlnée à la chasse. Monseigneur dina à Meudon, et au retour joua chez madame la princesse de Conty à culbas
verselle, art. Mointenon , et dans la note qu'il a mise à ce billet de Louis XIV. Dans l'addition du 8 janvier 1715, Saint-Simon |>arle de la « persécution toujours active de madame de Maintenon » contre Fi^nelon. Sur ce point encore Saint-Simon «Hait dans Terreur.
avec M. de Vendôme et moi. — M. le chevalier de Sebbeville, qui vient d'éponser une veuve de Lyon fort riche , achète de M. de Caderousse le fils la lieutenance des cbevaù-légers de la reine; il lui en donne &&^000 écus. M. de Caderousse avoit acheté cette charge 40,000 écus de Sebbeville, frère aîné du chevalier, et lui en devoit encore 30,000 écus, qui seront payés par cette vente ici; si bien qu'il ne touchera que 14,000 écus. Le chevalier de Sebbeville, qui étoit sous- lieutenant des gendarmes de Berry . compte de vendre cette charge du moins 30,000 écus, et le jeune Sebbeville, fils de son frère ainé,aragrémentdu roi pour acheter le guidon de celui qui montera à l'enseigne.
Mercredi 25, jour de la Notre-Dame, à Versailles. — Le roi n'aUa à la messe qu'après le conseil, et ensuite de la messe il entwdit vêpres; Taprès-dinée il entendit le sermon et alla au salut. Madame la duchesse de Bourgogne, au sortir du sermon, alla àSaint-Cyr avec madame de Maintenon. Le soir y il eut appartement. — M. le comte d'Auvergne est parti pour s'en aller en Hollande se marier , et M. de Bonrepaux, notre ambassadeur en ce pays-là, a pris congé du roi pour s'y en retourner. — M. de Monaco s'étoit plaint de ce que nos ambassadeurs en lui écrivant ne mettoient que Monsieur; il vouloit être traité par eux de Monseigneur. Le roi a trouvé que M. de Monaco avoit tort dans sa prétention , d^autant plus que les ambassadeurs de France ne donnent pas du Monseigneur aux plus grands princes d'Allemagne, qui ne font pas de difficulté de recevoir leurs lettres où ils ne les traitent que de Monsieur.
Jeudi 26, à Versailles. — Le roi alla à la chasse. Monseigneur courut le loup. — Le roi donna une pension de 1,000 écus au marquis de Gramont, maréchal de camp ; il est de Franche-Comté, frère de Tarchevèque de Besançon et du comte de Gramont, aussi maréchal de camp et son aîné. On Fappeloit Falon quand il étoit colonel de dragons. — Comme on n'a point encore fait à Vienne de ré-
d4 JOURNAL DE DaNGEAU.
{)Ai^tttionsâu Màr^ul^ de Villars, notre ënVo^é, de IMnsulte que lui fit le prince de Lichtenstëin d^ns Tanticbambre de Tarchiduc, le lt)i aenVoyé ordre à ce ministre de partir de cette cotil* sans prendre congé si dans (juinte jours on ne lui fait une satisfaction convenable. Celan'empécbera pas qu'on ne rende Brisach dès que les piles du pont seront entièrement iiiinées; ils se plaignent fort à la cour de Fëmperetir de ce que cela n'est pas encore fait; mais le Rhin a été si haut que cela n'a pas été possible jusqu'ici.
Vmdredi Vif à Versaille». — Le roi entendit le i^rmoti et ensuite alla à la Toleriè ; Madame étoit allée avec lui. Monseigneur le duo de Bourgogne et mesbeigneurs ses frères y vinrent de leur côté. Monseigneur alla à Paris & l'opéra nouveau et y mena madame la princesse de Conty . C'est l'opéra d'AfhadM de Gréée, qui est fort approuvé; la musique est de DestouchëSi — Le soir il y eut comédie. Le jour d'auparavant il y eut appartement. — Le roi quitta dimanche le deuil qu'il avoitpris pour la mort du prince électoral de Bavière. Monseigneur le portera jusqu'à Pâques. — Autre affaire de M. de Monaco. Nos ambassadeurs à Rome ont accoutumé d'envoyer les chiffres à tous les ambassadeurs que nous avons dans les autres cours. Suivant cet usage, M. de Monaco leur en H envoyé; mais dans les lettres qu'il leur a écrites il n'a mis au bas que votre très-humble serviteur. Les ambassadeurs s'en sont plaints, et le roi leur a mandé de faire réponse à M. de Monaco dans les mêmes termes de civilités qu'il leur écriroit.
Samedi ^ , à VersailUê;, -- Le roi alla tirer. Monseigneur courut le cerf et au retour de la chasse il joua chez madame la princesse de Gonty au brelan. — Le roi fait travailler à Neuf-Brisach; ce sera une place qui coûtera du moins cinq millions. Il n'y a aucune habitation ; on la fait en plein champ. On la place environ à trois quarts de lieues de Brisach. Il nous reste encoi*e quelque ouvrage
ea deçà du Rhin que nous communiquerons à la place nouv^e par de grosses redoutes. — M. le président Rose^ secrétaire du cabinet, marie sa petite-fille , qui sera prodigieusement riche, àM. Portail, avocat général, qui est un homme en grande réputation. — Madame la duchesse de Bourgogne s^est promenée tous ces jours ici à la Ménagerie, où tous les travaux qu'on fait seront bientôt achevés; elle soupe présentement tous les jours avec le roi , et monseigneur le duc de Bourgogne , qui y soupe aussi, vient tous les soirs après souper chez elle la reconduire. Dimanche 29, à Versailles. — Le roi, après avoir entendu le sermon, alla tirer et madame la duchesse de Bourgogne alla àSaint-Gyr. Le soir il y eut appartement. — Le comte de Gramont a déjà tiré iihO,000 francs du dernier don que le roi lui avoit fait sur les munitionnaires d 'Alsace outre les M,000 francs qu'il avoit eus d'abord , et le roi trouve bon cpi'il en tire encore 40,000 autres, si bien que cette affaire lui aura valu 40,000 écus. — Les quatre bataillons du régiment du roi sont arrivés et ont trouvé leurs baraques achevées ; ils commenceront i travailler à Marly les premiers jours de la semaine où nous allons entrer. Lwidi 30, à Versailles. — Le roi alla tirer. Monseifçneur courut le loup. Le soir il y eut comédie. Madame la duchesse de Bourgogne y alla; c'étoit une comédie dans le goût de Polyeucte, qui a fort bien réussi ; la pièce s'appelle Gabinie , et l'auteur est l'abbé de Brueys. — Le roi parla au prince Emmanuel, qui s'appellera présentement le prince de Lorraine ; M. le duc d'Elbeuf, son frère, étoit présent à la conversation. Le roi lui dit qu'il lui pardoDuoit toute sa conduite passée, qui avoit été très-mauvaise, mais qu'il songeât bien à se corriger, parce que si son indulgence ne servoit de rien il en viendroit aux remèdes violents ; qu'il suivit les conseils de son frère, en faveur de qui il vouloit bien oublier tout le passé. 11 le met dans ses mousquetaires.
Mardi 3i, à Versailles. — Le roi alla à Marly voir le
camp] de son régiment. Monseigneur courut le cerf^ et au retour il joua chez madame la princesse de Gonty au brelan. — M. le chancelier vint le matin au conseil de finances ; samauvaise santé Favoit empêché d'y venir depuis fort longtemps. — M. de la Chaise^ capitaine de la porte, a demandé au roi permission de vendre le régiment de Beauvoisis, dont il est colonel ; S. M. le lui a permis. 11 en avoit traité, depuis cette permission obtenue, avec le marquis d'Angennes. qui lui en donnoit 55,000 francs; mais le roi n'a pas voulu lui en donner l'agrément , le trouvant trop jeune. — On mande de Vienne que l'ambassadeur de Xenise, qui étoit aux conférences de la paix avec les Turcs, avoit enfin accepté ces conditions et signé le traité.
Mercredi V^avrily àVersailles. — Le roi, après lesermon, alla à la Ménagerie, où madam e la duchesse de Bourgogne étoit allée un peu avant lui pour l'y' recevoir. En rev^ nant, il mit madame la duchesse de Bourgogne dans sa petite calèche avec lui ; ils vinrent ici descendre à l'Apollon et se promenèrent dans qu elques bosquets avec les dames du pedais. Le soir il y eu appartement. Il n'y en aura plus jusqu'à Fontainebleau. — M. de Vendôme fit dire ces jours passés par Chemerault & l'abbé de Chaulieu qu'il souhaitoit présentement gouverner ses affaires luimême et voir à fond l'état de son bien et de ses dettes, et qu'ainsi M. l'abbé de Chaulieu de voit songer à lui rendre compte de l'emploi de tous ses revenus . Cet abbé lui va rendre compte de tout, et M. de Vendôme a choisi pour mettre à la tête de ses affaires M. Croisât, qui est dans les affaires du roi et à qui S. M. a fait dire par M. de Pontchartrain qu'il lui feroit plaisir de se charger du détail des affaires de M. de Vendôme.
Jeudi 2, à Versailles.— Le roi alla à Marly et vit son régiment dans son camp; il examina les recrues et cassa quelques nouveaux soldats qu'il ne trouva pas bien faits. — Monseigneur vouloit aller à la Ménagerie avec madamela duchesse de Bourgogne, mais le vilain temps les en em-
pécha. — Le soir il y eut une comédie nouvelle qui s'appelle la Malade imaginaire (1). 11 n'y aura plus de comédie jusqu'à Fontainebleau. — Milord Jersey s'en retourne en Angleterre et y va remplir la charge de secrétaire d^État vacante par la démission qu'en a fait le duc de Charoçbèri [i), qui se retire des affaires à cause de sa mauvaise santé. Le comte de Manchester est nommé pour venir ici ambassadeur &la place de milord Jersey. — On mande de Nenfchàtel que les affaires de M. le prince de Gonty n'y prennent pas un aussi bon chemin qu'il seroit à désirer pour lui.
Vendredi 3, à Versailles. — Le roi, après le sermon ^ alla tirer. Monseigneur alla dîner à Meudon et y demeurera quelques jours. Il n'y a point mené de dames avec lui. Il alla de Meudon à l'opéra à Paris et y retourna le soir. — Madame la duchesse de Ventadour gagna son procès contre M. de BuUion. Messieurs de la grande chambre, où l'affaire s'est jugée, ont condamné M. de Bullion à payer à madame de Ventadour 13,300 livres de rente viagère, et ce jugement-là lui est encore plus avantageux que le testament de M. de Fervaques. — M. de Sassenage vend la moitié de sa charge de premier gentilhomme de la chambre de Monsieur à M. le marquis de Plu veau. M. de Pluveau vend celle de maître de la garde-robe de Monsieur à M. de Breteuil, cousin de Tintendant des finances; il en donne 20,000 écus. — Madame de Mailly s'en alla en diligence à Paris ; son mari , qui s'est trouvé fort mal. Ta envoyé prier de venir.
Samedi 4 , à Versailles, — Le roi alla diner à Marly ; il
(1) >* La Malade sans maladie f comédie (\e Dufrény,en cinq actes, en prose, joaéeone seule fois, le 27 novembre 1699. Klle est imprimée clans les o'uvres decet auteur, et on en est redevable aux comédiens françois, qui en possédoientle m^uscrit dans leur dépôt. Ce fut avec les meilleures scènes de cette comédie que Dufrény composa ensuite celle des Vapeurs y qui a été bri^lée à sa mort. » ( dictionnaire des Théâtres, par de Léris. )
(î) C*est le comte de Shrewsbury.
avoit dans son carrosse > monseigneur le duc de Bourgogne , madame la duchesse de Bourgogne , Monsieur^ madame de Maintenon et madame de Dangeau. Monsieur» après le diner^ s'en alla [»*omener à Saini-Cloud. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne se promenèrent longtemps avec le roi; mais la pluie les chassa de la promenade^ et le roi y demeura jusqu'à six heures à voir travailler. — M. le nonce apporta le matin au roi le bref de Sa Sainteté sur Taffaire de M. de Gambray (i) que nous avions déjà eu par un
(1) Quoique M. de Gambray eût souscrit les treute-quatre articles dresa^ à l8sy par M. TarcheTèque de Paris et par M. de Meaux pour les opposer aux dangers des nouvelles spiritualités , oe prélat reftisa d'approuver un ouvrage de M. de Meaux qui réÂitoit les principes avancés pur madame deGuyon» et pour appuyer son refus il composa son Uvre des Maximes des Saints^ qui fut imprimé en 1697 et dont la base est l'amour pur et désintéressé ; comme ce livre fit du bruit, et que M. de Gambray crut que M. de Meaux s'étoit pre* venu dans cette affaire , il ne voulut point avoir pour jufse sa partit , et eavoya son livre à Rome pour fiûre le pape juge de cette aflaire ; en quoi il lit une faute contre Tordre épiscopal en soumettant au jugement du pape une question que les évéqtes ses confrères étoient en droit de juger, « Cest à vous , trèssaint-père ( dit-il ), à en juger, et o^est à moi à écouter avec respect oomne vivant et pariant en vous à saint Pierre dont la foi ne manquera jamais. >» Le livre des Maximes des Saints donna occasion à plusieurs ouvrages de M. de Harlay, de M. Bossuet.et de M. l'évèque de Gbartres, qui s'étoit joint k eux : M. de Fénelon y répondit, il y eut des réplâques; enfin Tafliure s'échaufTa sans ce|ien<lant que les prélats voulussent juger, parce que le pape étoit saisi, le pape, de son côté, établit une congrégation exprès pour juger le livre de M. de Gambray, et enfin la constitution en forme de bref parut en mars 1699. Où y voit la condamnation du livre de M. de Gambray en général, et vingt-trois propositions de ce Uvre qui y sont extraites. La constitution en forme de bref ayant été remise an roi par le nonce Delflni , S. M., instruite du droit d'examen des évèques, voulut,' avant de donner les lettres patentes sur celle constitution , que les évèques de chaque province Texaminassent', afin qu'après qu'elle auroit été informée de l'acceptation qu'ils en auroient faite les lettres patentes fussent expédiées. Lorsque les procès-verbaux de toutes les assemblées eurent été rapportés au roi , il donna sa déclaration du 4 août 1699. Cette déclaration fut portée au Parlement, où elle fut enregistrée sur les conclusions de M. Daguesseau, alors |>reraier avocat général, le 14 août de la même année. Le discours qu'il prononça à cette occasion est un monument immortel de la solidité des maximes de l'Église de France , et lionorera à jamais la mémoire de ce grand magistrat. 11 y a plusieurs clioses dignes de remarque : r « La vttité
AVRIL teM. 60
coarrîer exprès. U y a quelque chose dans la forme de cet envoi et dans les termes même dont il est conçu qui auroit pu être autrement et plus selon le goût de S. H., et il paroit qu'elle n'est pas contente de ceux qui ont gouverné ses affaires à Rome dans cette occasion. On ne demande rien de plus pour le fond ^ mais la forme ne platt pas.
Dimanche 6, à Versailtes, — Monseigneur vint ici le matin pour être au conseil, et s'en retourna diner à Meudon. Le roi entendit le sermon et puis retourna ches lui pour attendre le roi et la reine d'Angleterre ; ils furent quelque temps enfermés avec le roi et puis allèrent au salut ensemble. Après le salut, LL. MM. BB. allèrent chee^ Madame et retournèrent sur les sept heures à Saint-Germain. Madame laduchesse de Bourgogne, après le sermon, alla i Saint-Cyr« — M. le comte de Mailly mourut le matin à Paris; il étoit ménin de Monseigneur et avoit été meetre de .camp général des dragons. Il étoit maréchal de camp et avoit de grosses pensions du roi. Sa veuve ^ outre la charge de dame d'atours de madame la duchesse de Bourgogne, a 13,000 francs de pension du roi. Mailly
s*esl fait entendre par la voix dii pai>e et par celle des év(kfues, » pour donner à comioltre le droit de jnn^ qui appartient au\ évèques. C'est ce qu'il e\|tliqi]e diserteroeut dans la suite : » Mous savons que le pouvoir des évèques et Tau- T t«)rité attac:liéc à leur caractère d'être juges des causes qui regardent la foi
« est un droit aussi ancien que la religion qu'il faut... que leur consente-
« roeat e^iprès ou tacite imprime à une décision vénérable par elle-même le •^ sacré caractère d'au dogme de loi , puisqu^il est vrai de dire qu'ils jugeât " toujours également, soit que leur jugement précède, soit qu'il accompagne t 011 qnll snive celui du premier siège.... ReceVe? , ajoute-t-il après, son jnge- « nwnt avec une profonde vénération , mais sans afToîMir l'autorité des autres " pasteurs y que le pape soit toujours le plus auguste, mais non pas Tunique « jiige de notre foi, que les évêques soient toujours assis auprès de lui , mais ■ avec hii , etc.; >» 2** M. Daguesseau trouva le motn proprio inséré dans la ooostitation contraire k la tradition et à la discipline présente , et en général pour maintenir les anciennes maximes il proi)osa la protestation prise, dans la souscription d'un ancien concile d'Ks|>aj;n«î : Salva priscorum cafionum auctoritate. La déclaration fut enregistrée confomiément aux conclusions. ( Mote eu duc 'de Luîmes.)
avoit un justaucorps bleu à brevet que le comte d'Ayen a demandé. M. de la Rochefoucauld l'a demandé aussi pour le comte de Roucy; mais le roi Ta promis au comte d'Ayen en cas qu'il ne soit point engagé à un autre. Le roi ne se souvient pas bien s'il n'& pas promis le premier vacant.
Lundi 6 , à Versailles. — Le roi alla tirer Taprès-dlnée. Monseigneur donna à diner à Bleudon à Monsieur; il y eut grand jeu Taprès-dlnée. — Le roi a nommé M. de Fariols à Fambassade de Constantinople; il a déjà été plusieurs fois en ces pays-là, où il n'étoit pas trop bien avec M. de Gastanière^ notre ambassadeur^ qui est celui qui demande présentement à revenir. — Il y avoit une contestation entre 101. de Sainctot et de Breteuil, introducteurs des ambassadeurs^ qui servent par semestre; il s'agissoit de savoir auquel des deux les ministres étrangers dévoient faire leurs présents en s'en allant. On a réglé que ce seroit à celui qui auroit conduit le ministre étranger à l'audience publique de congé; ainsi quoique l'ambassadeur de Venise ait demeuré ici jusque dans le semestre de M. de Breteuil , parce qu'il a pris congé dans le semestre de Bl. de Sainctot^ ce sera lui qui aura le présent. On avoit introduit la vilaine coutume de prendre ces présents en argent, mais on a remis la chose dans l'ordre.
Mardi 7, à Versailles. — Le roi alla se promener à Marly l'après-dlnée. 11 y eut à Bleudon une chasse de loup fameuse, avec les chiens de M. de Vendôme. — M. de Cambray écrivit ces jours passés à M. de Barbezieux^ qui a le Cambrésis dftns son département. Sa lettre est pour le prier de savoir du roi la manière dont il faut qu'il fasse sa soumission ; il n'a point balancé à se soumettre, mais comme il n'est venu qu'un bref de Rome, et que dans ce bref même il y a quelque chose dont on n'est pas content pour la forme , il est bien aise de ne faire aucune démarche qu'on lui puisse reprocher. — M. le comte d'Auvergne épousa en Hollande, le premier jour de^ce
mois, mademoiselle d'Arember^-Vassenaer ; elle est encore huguenote^ mais on ne doute pas qu'elle ne se convertisse, et il Vamène incessamment en France.
Mercredi 8 , à Versailles. — Le roi entendit le sermon et puis alla à la volerie. Monseigneur le duc de Bourgogne et messeigneurs ses frères y allèrent de leur côté. Madame la duchesse de Bourgogne a eu de grands maux de dents qui Tout empêchée d'aller au sermon. Monseigneur revint le soir de Meudon. — On a affiché dans Paris des placards très-insolents et injurieux , surtout à H. d'Argenson, lieutenant de la police. Il y a beaucoup de choses ridicules dedans ; ce ne peut être qu'un fou qui a lait cela ; ainsi on n'y fait point d'attention. C'est M. d'Argenson lui-même qui les a apportés ici à M. de Pontchartrain. — Le comte de Cbamilly , du consentement du roi de Danemark, a fait vendre à Copenhague les vaisseaux dantziquois que nous primes après les mauvais traitements qu'avoient reçus les François pendant que M. le prince de Conty étoit à la rade de Dantzick. Les magistrats de cette ville ont négligé depuis ce temps-là de donner la satisfaction à la France.
Jeudi 9, à Versailles. — Le roi alla tirer. Monseigneur joua le soir au brelan chez madame la princesse de Conty. — Madame de Maintenon alla dès hier à Paris quérir madame de Mailly et la ramena ici. Madame la duchesse de Bourgogne, dès qu'elle fut arrivée, lui fit l'honneur d'aller chez elle , et y a encore été longtemps aujourd'hui. — On assassina ces jours passés à Paris un conseiller du parlement nommé M. Tiquet. 11 vint A Fontainebleau Tannée passée se plaindre au roi de la conduite de sa femme , prétendant qu'elle étoit en commerce avec un capitaine aux gardes. Le roi fit défendre à ce capitaine aux gardes de revoir cette femme ; le mari, qui n'est pas encpre mort de ses blessures, fait tomber les soupçons de cet assassinat sur sa femme. Le capitaine auxgardes, qu'il a nommé, est en bonne réputation , et on
m JOURNAL DE DANGEAU.
ne le croit point complice de cette mauvaiie actton* -r^On mande de Rome que le roi Guillaume se pr^paM à pnnoor en Hollande pour aller chasser à Loo.
Vendredi 10, à Versailles, — Le roi tint conseil le matin, quoiqu'il n'ait pas accoutumé d'en tenir les vendredis; il y jugea une affaire qu'avoit M. de Cltaaux contre Tévèque d'Autun, qui prétendoit que cet abbé ne devoit point avoir de fauteuil quand les états de Bour^ gogne sont assemblés. Le roi avoit fait prendre par écrit Favis de M. le Prince, comme gouverneur^ et Tavis de M. Ferrant, intendant de la province. Ces avis étoient favorables k M. de Citeaux^ et le conseil a aussi jugé en sa faveur; ainsi il aura un fauteuil aux états comme les évèques. — L'après-dinée, après le sermon, le roi travailla avec le P. de la Chaise , comme il a accoutumé de faire les vendredis matin. Avant que de travailler avec son confesseur, S. M. donna une longue audience aa premier président. — Monseigneur courut le loup dans la forêt de Saint-Germain, et au retour il joua au brelan chez madame la princesse de Conty. -^ Monsieur et Madame sont allés à Paris, où ils demeureront jusqu'au pra-* mier voyage de Marly, qui ne sera qu'après la Quasimodo.
Samedi 11 , à Versailles. — Le roi alla après dîner se promener à Marly. Monseigneur dina de bonne heure et alla àMeudon, où il demeura jusqu'à la nuit; monseigneur le duc de Bourgogne alla le soir le voir ches maidame la princesse de Conty. — Madame de Maintenoo alla le matin chez madame de Mailly, et lui dit que le roi lui donnoit pour ses enfants les 9,000 francs de pension qu'avoit son mari et qu'elle distribuât cela dans sa famille comme elle le jugeroit à propos, qu'on l'en lais^ soit la maîtresse. — M. le duc d'Albret parla au roi sur les affaires qu'il a avec M. le duc de Bouillon , son père ; S. M. répondit qu'elle ne se mèloit point des affaires entr« les particuliers , qu'elle laissoit toujours agir la justice ,
AVRIL 1699. et
maisque^ dans cette ooeasion ici , si elle avoit à agir^ ce séifoit en fiiveiir de M. de Bouillon , qui étoit son dôme stiqae depuis longtemps et qui Tavoit bien servi ; qui 1 souhaitoit empêcher toutes les chicanes, et dans ce dessein-là le roi a ordonné à M. de Pontchartrain d'écrire à H. Haboolle, qui est rapporteur au conseil de cette affaire, de ne point perdre de temps à la mettre en état d'être jugée.
Dimanehê 13, jour de$ Rameaux y à Versailles. — Le roi, à onze heures^ descendit en bas à la chapelle , et comme il flaisoit vilain temps j le roi n'alla point à la station où il avoit accoutumé d'aller l'année passée^ en traversant la cour. On avoit fait mettre la croix sur le palier da grand degré ; le roi , Monseigneur, monseigneur le doc de Bourgogne, madame la duchesse de Bourgogne, inonseigneur le duc d'Anjou, monseigneur le duc de Berry, madame la princesse de Conty, M. le comte de Toulouse allèrent adorer la croix. Le grand degré étoit plein de courtisans des deux côtés, le spectacle fut fort beau. L'aprè&-dlnée le roi entendit le sermon , alla à vépies et au salut et ne sortit point. — M. l'archevêque de Cambray a fait un Mandement par lequel il défend à tout son diocèse de lire son livre ; on est content ici de son Mandement. -:- Monseigneur a donné les entrées chez lui à M. le marquis de Créquy. — Le roi a signé le contrat de mariage de la petite-fille de M. Rose, secrétaire do cabinet, avec M. Portail. M. Rose ne donne à sa petil&-fille que 50,000 écus; mais elle aura plus de 800,000 francs de bien ; elle n'a qu'un frère.
Lundi 13^ à Versailles. — Le roi prit médecine comme il a accoutumé de faire tous les mois ; il travailla le matin avec M. de Pontchartrain, et Taprès-dinée il tint conseil, comme il le tient tous les matins. — L'ambassadeur du roi de Maroc s'en retourne sans avoir rien conclu pour la paix, et le temps de la trêve est prêta expirer; il oonvient que les propositions que nous taisons sont rai-
64 JOURNAL DE DAMGEAU.
sonnables , mais il n'a pas les pouvoirs nécessaires pour signer à ces conditions-là; il presse fort ici pour obtenir que le roi envoie quelqu'un avec lui en son pays ^ et il assure que l'on sera content de son maître ; mais on ne se fie pas beaucoup ni au roi de Maroc ni à son ambassar deur; on lui trouve l^eaucoup d'esprit et d'habileté dans la négociation. — Le prince Vaini * est arrivé de Rome; il sera reçu chevalier de l'Ordre à la Pentecôte ; il y a déjà quelque temps qu'il a permission de porter l'Ordre. — Le vieux marquis de Thury est à l'extrémité ; on n'en espère plus rien; il ne laissera point de vacance, car il n'a ni charge ni gouvernement.
* Les Vaini sont dés gentilshommes romains, et rien plus. Le cardinal de Bouillon, qu^on a vu dans ces Mémoires partir pour Rome dans la plus brillante feveur et intimement lié avec M. de Cambray, alors si florissant et avec tous ses puissants amis , voulut en proâter pour sa maison qui étoit toujours Fobjet auquel chez lui se rapportoient tous les autres. Il avoit souvent tenté TAItesse en ses divers voyages, et n*y a voit pas été heureux. Vaini la lui avoit donnée au dernier, et lui en avoit attiré d*autres. Le cardinal fît accroire, au retour, des merveilles de Vaini en tout genre , et de retour à Rome dans sa brillante foveur il redoubla ses offices, et obtint TOrdre pour lui et le titre de prince, da pape, il le portoit déjà dans Rome par permission du roi lorsque les affaires du cardinal commencèrent à se brouiller à la cour, et Vaini fut heureux d'avoir alors les siennes si avancées. Il vint donc recevoir rOrdre a Versailles, et soit qu'on y fiU dupe encore à son égard, ou que la chose étant faite on crût la devoir soutenir de bonne grâce, il fut très-bien reçu, et reçut du roi une belle croix du Saint-Esprit de diamants. Il s'en retourna assez promptement à Rome , et on ne tarda pas à découvrir la faute qu'on avoit faite, dont on eut après tout lieu de se repentir par les mauvaises aventures qui arrivèrent à Vaini , et que rhonneur de l'Ordre engagea le roi pour lui fort à contre-tenlps , fort mal à propos et fort désagréablement.
Mardi H, à Versailles. — Le roi alla l'après^inée se promener à Harly. Monseigneur alla dîner à Meudon^ dont il ne revint qu'à la nuit. Madame la duchesse de Bourgogne alla faire ses pàques à la paroisse. — M. le duc d'Aumont perdit son procAs pour la terre de Vau-
AVRIL te99; «5
jour; il sera obligé de rendre le fonds et les jouissances. Il avoit fait beaucoup de dépenses pour accommoder la maison et les jardins y et tout cela sera perdu. — Le roi adonnéàPolastron, gouverneur de Mont-Dauphin depuis un mois , les appointements de ce gouvernement pendant qu'il a été vacant ; cela lui vaudra 5 ou 6,000 écus. Il a outre cela un petit gouvernement dans son pays qui lui vaut k ou 5,000 livres de rente et que le roi trouva bon Tannée passée qu'il mit sur la tête de son fils. — L'^pereur a enfin donné part au roi du mariage du roi des Romains par une lettre en italien, écrite de sa main ; mais il Fa envoyée par un simple courrier; il n'a point de ministre ici.
Mercredi 15, à Versailles. — Le roi et loute la maison royale entendirent ténèbres dans la chapelle en bas. Le conseil avoit duré le matin bien plus longtemps qu'à l'ordinaire, parce que le roi voulut finir les affaires pour tonte la semaine. Après ténèbres, le roi alla se promener i pied dans ses jardins. Il nous dit qu'il ne nous faisoit pas couvrir à cause du grand nombre d étrangers qui *Hent dans le jardin; il a Thonnéteté de faire couvrir toujours les courtisans qui le suivent aux promenades deMarly, et même quand madame la duchesse de Bourgogne est avec lui, il dit : « Mettez vos chapeaux, messieurs. » Hadame la duchesse de Bourgogne le trouve bon. — M. Terrât, chancelier de Monsieur, épousacesjours passés mademoiselle [ de Ginestous de la Tourette ], qui aura h ou 500,000 francs de bien et à qui le roi donna nue pension de 500 écus avant qu'il sût qu'elle épousoit M. Terrât. M. Terrât est un des plus riches particuliers de France; on croit qu'il a plus de 100,000 livres de renie sans sa charge.
Jeudi 16, à Versailles. — Le roi entendit le matin le
sermon de l'absoute; c'étoit le frère du P. Gciillard qui
prêchoit; ensuite il lava les pieds des pauvres. Il n'y a
ni princes étrangers ni officiers de la couronne qui servent
T. VII. s
6i . JOURHAL DI DAVGEAU.
à la oàae; le roi leur a défendu aux ims et aux autres, il y a plusieurs années, de se trouver à ces oérteKmiès pour éviter les contestations qu^il y avoit entre eux sur les rangs. L^après-dinée le roi et toute la maison royale entendirent ténèbres et ensuite le roi alla se promener dans sesjardins.Durant sa promenade, on vint à parler du jour devant qu'il campa à la censé d'Urtebise, près de Valen» ciennes. Il nous dit tout bas que c^étoit le jour de sa vie où on avoit fait le plus de fautes ^ qu'il n'y pensoit jamais sans une extrême douleur, qu'il y revoit quelquefois la nuit et se réveilloit toujours en colère^ parce qu'il avoit manqué une occasion sûre de défaire les ennemis. Il en rejeta la principale faute sur un homme qu41 nous nonuna et ajouta môme : « C'étoit un homme insupportable * en ces occasions-là comme partout ailleurs, m •— Le roi et toute la maison royale après le souper allèrent adorer leSaint-Sacrement à la chapelle.
* Cet homme insupportable étoit W, de Louvois, mais il ne devint tel au roi que bien tard, et après qu'il le fut devenue madame de Main* tenon, quand il se crut assez fort pour vivre sans dépendance et sans complaisance pour elle. T^ roi eut grand'raison de se repentir d'une occasion certaine de fmir la guerre par la gloire de battre en personne le prince d'Orange. M. de Louvois, qui vouloitla guerre, toujours la guerre , u'avoit garde de laisser saisir cette occasion unique ; il séduisît les maréchaux d'Humières et de Schomberg. Le maréchal de Lorges , qui, à causé de M. de Turenne, avoit le péché originel avec M de Lou* vois et dont la vérilé étoit d*ailleurs incapable, par quelque considéra* tion que ce fût, de demeurer captive en chose si décisive, insista jusqu*ù Toplniâtreté et fut tondu [sic]. Il maintenoit le pnnce d'Orange perdu si on Tattaquoit, et que les troupes qu'il attendoit étoient hors de portée de le joindre de plus de deux jours ; et les autres , qu'il avoH de quoi se bien défendre et de plus ce secours en état de le joindre pendant Taction. Il arriva qu'on eut, quatre jours après, à envoyer un trompette aux ennemis pour une bagatelle. Le prince d'Orange, ravi de s'être tiré du danger où il s'étoit trouvé exposé, et bien averti de ce qui s*étoit passé , n en voulut pas épargner le dégoût au roi, et chargea le trompette de dire de sa part au maréchal de larges qu'il étoit un homme bien averti et bien opiniâtre ; qu'il se trouvoit bien heureux quil uVût pas été cru; qu'il étoit perdu sans ressources, et voulut
AVRIL 1609. tr
Mwtwr hd-ttéme au trompette ses dispositioiis pour qu'il les dit au naiéchal et qu'il ?tt, ou plutôt le roi et toute son armée, qu'elles avoieot ëé telles que le maréchal de larges les avoit soutenues. 11 eut contentement. Le roi sut tout lui-même de la bouche du trompette , et toute l'armée ensuite. Mais la faveur de M. de I^uvois n'en souffrit aucune attention. Les maréchaux de son avisn'^ reçurent pas plus mauvais imfSdt ni le maréchal de Lorges un meilleur, qui s'en consola dans Im applaudissements et les regrets de toutes les troupes. Mais ce malérhal étoitsi galant homme qu'il ne s'en est jamais consolé; il n'en pirioit presque jamais, mais toujours quand cela lui arrivoit avec une «Mrtnme étrange.
Mas, puisque tout est mort et qu'on peut tout dire, Torigine de la iviie de madame de Maintenon pour M. de Louvois et de sa perte «■in fut telle. M. de Harlay, archevêque de Paris, lui et Bontemps, premier valet de chambre et gouverneur de Versailles, avoieot été les trois uniques témoins du mariage du roi avec cette femme, peu de jours après son retour de Fontainebleau, où il étoit allé peu de jours ^rès la mort de la reine. A quatre ans de là , madame de If aintenon nodniBit le roi à la déclaration de son mariage (1). Il n'avpit été fait qoe sous la condition expresse d'un étemel silence, dont le roi avoit ttQti toutes les importantes raisons ; mais prêt à céder ù la volonté de cette ambitieuse, il prit M. de Louvois dans le cabinet de sa chaise pereée,où il le lui confia. A l'instant il fondit à ses pieds, les embrassa , les serra, le conjura de lui passer son épée au travers du corps, plutôt que de le réserver à voir une chose aussi mortelle h son houneur, à sa glaire, au repos et à la dignité de sa famille royale , et en dit tant et avec tant de force , et toujours à ses pieds , que le roi lui promit qu'il n'en feroit rien , et que le mariage demeureroit enseveli. Madame de Mnatenon , qui vit le roi changé à cet égard, et changé avec une fermeté qui ne lui laissoit qu'une espérapce éloignée au moment qu'elle ffoyoit toucher celui de sa déclaration, ne fut pas longtemps à démêler fd avoit pu voir le roi , et le détermina là-dessus dans Tentre-deux, et cefîit la source de la liaine implacable qu'elle ne cessa depuis de lui porter. Mais ce qui, amené de loin avec persévérance, la mit en état de K venger fut le voyage de Mons, qui accrut sa rage , parce que M. de Louvois obtint qu'il n'y auroit point de dames, et une folie plus encore que sottise qu'y fit M. de Louvois. 11 passa par une garde de cavalerie que le roi avoit postée. Il la trouva mal, et demanda qui Tavoit mise là ; ctaalièudes'arrêter sur ce qui lui fut répondu que c'étoit le roi luintee, il la changea de son autorité. Le roi, y ayant repassé, fut surpris
(1) Votf. U note de la page 37
68 JOURNAL DE DAWGEAU.
de ce qu'il trouva et bien plus encore de ce qu'il apprit; tdlement que lui, quisepiquoit d'être général depuis les plus petites choses jusqu'aux plus grandes, se sentit si outré qu'un homme de plume, sans expérience ni commandement, eût eu cette audace que de faire cette correetion publique de ce que lui-même avoit fait et quoiqu il sût que cette garde avoit été placée par lui-même , qu'il s'en ouvrit à M. de Pomp<mne avec une amertume inconcevable , et qu'il lui en parla de même à phisieurs reprises différentes , tellement que cette bagatelle mit le comble à tout le reste , et que, rejoignant madame de Maintenon après l'expédition de Mons , il ne lui fut pas difficile de profiter de cette disposition pour précipiter la perte de M. de Louvois, qui devoit être arrêté et conduit à la Bastille le lendemain du jour qu'il mourut ; et outre qu'on le sut bientôt après par des gens à qui madame de Maintenon le dit après, le roi le conta dans les suites à Chamillart quand il en occupa la place, qui l'a dit à quelques gens de ses amis(l).
Vendredi 17, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour. Après avoir assisté à toutes les dévotions de la journée, il s'enferma avec le P. de la Chaise, son confesseur. Monseigneur, qui fit ses Pâques jeudi à la paroisse, a suivi le roi à toutes ses dévotions, et après ténèbres s'est allé promener & Meudon, dont il n'est revenu (|ue pour le souper du roi. Madame la duchesse de Bourgogne alla entendre ténèbres à Saint-Cyr. — M. de Thury mourut à Paris après une longue maladie; il étoit cadet du marquis de Beuvron et de la duchesse d'Arpajon. Il ne laisse qu'un fils, qui est colonel et brigadier d'infanterie. — La marquise de Vitry mourut aussi à Paris; elle avoit été dame d'honneur de madame la princesse de Conty la mariée. — M. de Vendôme, pour marquer la reconnoissance qu'il a des services que lui a rendus l'abbé de Chaulieu pendant qu'il a gouverné ses affaires, lui donne ime pension de 2,000 écus. — I^e roi a permis à Peysac, colonel de dragons, de vendre son régiment; c'est le plus ancien des régiments de dragons après les royaux, et il l'a voit acheté plus de 100,000 livres du comte de Gramont, de Franche-Comté.
(1) Voy. aussi «%iir cottr aflain» la lonRue adilition de Vûmée I7i:^.
Samedi IS, à Versailles. — Le roi alla faire ses Pâques à la paroisse^ et ensuite toucha beaucoup de malades , dans la galerie basse. L'aprè»-dlnée il travailla avec le P. de la Chaise^ et à six heures il alla avec toute la maison royale entendre compiles dans la chapelle en bas. — On eut nouvelle le matin que H. le marquis de Frontenac étoitmort sur la fin de Tannée passée en son gouvernement de Canada ; ce gouvernement vaut plus de 10^000 6CD8 de rente. Le frère de M. de Calières a les patentes pour y commander par intérim. — Le roi donna la trémerie de la Sainte Chapelle à Tabbé de Champigny^ grand doyen de Chartres; le prieiu*é de Bouteville en Saintonge à Fabbé Anselme , et une abbaye auprès de Soissons (1) à l'abbé de Montmorel^ aumônier de madame la duchesse de Bourgogne. La trésorerie de la Sainte Chapelle vaut 6 ou 7,000 francs; Tabbaye en* faot k et le prieuré à peu près autant. Nous ne savons point encore si le roi a disposé «de l'abbaye qu'avoit feu Chamarande.
Dimanche 19, jour de Pâques, à Versailles. — Le roi et tonte la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée. — M. Tévèque d'Avranches, qui a été sous-précepteur de monseigneur le Dauphin, a remis au roi son évêché, sa santé ne pouvant pas s'accommoder à l'air de ce pays-là; le roi lui a donné l'abbaye de Fontenay, qu'avoit M. de Chamarande. Cette abbaye vaut 12 à 13,000 francs ; mais il y avoit 2,000 francs de pension dessus, et outre cela le roi donne encore 1,000 irancs de pension sur cette abbaye à un chanoine de Saint-Germain. L'évôché d'Avi»anches vaut 18,000 bancs, et le roi le donne à l'abbé de Coétanfao, frère du sous-lieutenant des chevau-légers de la garde. — On apprit que le chev^ier de Genlis étoit mort à Montpel-
(1) L'abbajre de Laanoy.
lier ; 11 étoit directeur d'infanterie et aVoit eènAenré les appointements du gouverhement de Girone et aroit eu dépuis peu une commandërie de Halte asses coiisidé« rable;
Lundi 20 , à Versailles. — Le roi alla tirer Taprès-* dlnée. Monseigneur prit médecine par précaution. Um^ dame la duchesse de Bourgogne alla voit* Monseigneur et puis de là alla à Saint-Gyr. — Gomme la duchesse du Ludeeist medade et [quej madame de Mailly n'apoint encore paru depuis la mort de son mari^ madame la duchesse de Bourgogne, aux ténèbres de la semaine sainte, n'a^uil point de dames derrière elle. Le roi a réglé qu'en cas de pareille chose à l'avenir la première des dames du palaîë se mettroit derrière elle en la place de la dame d'hoir neur. — Le roi a donné au marquis de Crenan, lieu^ tenant général et gouverneur de Condé, la directioa d'infanterie qu'avoit M. de Genlis. Ni Crenan ni aucuns de ses amis ne Tavoient demandée pour lui. — Le pauvre Racine mourut à Paris. C'étoit un homme dH mérite et illustre par ses ouvrages. 11 travailloit à l'histoire du roi; il étoit de T Académie françoise. Je n'ai jamais connu d'homme qui eut tant d'esprit que celui4à.
Mardi 21, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée se promener à Harly. Monseigneur alla dider à Heudon, où il attendra le roi, qui y doit aller demain pour y passer le reste de la semaine. — Le roi a donné le gouvernement de Canada, vacant par la mort de M; de Frontenac, au frère de M. de Calières, qui commandoit en ce pays-là par intérim. — Le roi nous dit hier à son coucher que le duc de la Force étoit à Tagonie dans sa maison de la Boulaye; Thomme qui en apporta la nouvelle en étoit parti le matin. Le roi nous ajouta que ce duc mOuroit lK)n catholique. On a 6té d'auprès de 'lui , depuis quinjie jours, sa femme, qui est huguenote très-opiniàtre. — 11 y a huit jours qu'on arrêta à Paris madame Tiquet; accusée d'avoir fait assassiner sou mari. Il y a de
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gouids indices contre elle et Ton croit qu'elle sera condamnée à la mort ; mais heureusement il ne se trouve rien contre le capitaine aux gardes qu'on avoit voulu mêler dans cette affaire-là.
Mercredi 22^ à Mevuion, — Le roi partit de Versailles avant' deux heures, seul dans sa calèche ; et avant que d'arriver ici il fit la revue de son régiment des gardes, qui étoit en bataille sur la pelouse qui est devant la porte Dauphine. Madame la duchesse de Bourgogne amena dans son carrosse madame la Duchesse et madame de Haintenon. Elles trouvèrent ici le roi, qui avoit achevé sa revue et qui les mena se promener dans les jardins. Le roi étoit dans une petite calèche avec madame la duchesse de Bourgogne et madame de Haintenon. Monsieur et Madame ne sont pas de ce voyage. Madame de Chartres en devoit être, mais elle s'est trouvée si incommodée qu'elle a été obligée de demeurer à Versailles. — Le roi Boos dit le soir qu'il n'avoit jamais trouvé son régiment des gardes si beau qull est présentement. — M. le duc de la Force est mort dans sa maison de la Boulaye ; il n'avoit ni charge ni gouvernement et avoit cédé sa duché au duc de Caumont, son fils aîné.
Jeudi 23, à Meudon. — Le roi, sur les dix heures, alla iiaire la revue de son régiment des gardes suisses; ils ont présentement sur leurs habits des agrémeuts comme les gardes françoises. Monseigneur étoit à la revue avec le roi. Honseigneur le duc de Bourgogne et monseigneur le duc d'Anjou y vinrent aussi de Versailles. Monseigueur le duc d'Anjou y retourna dîner, et monseigneur le duc de Bourgogne revint ici dîner avec le roi , y piissa la journée et y soupa, et ne repartit d'ici qu'à onze heures. L'après-dinée le roi et Monseigneur se promenèrent dans les jardins, malgré le vilain temps. Monsieur vint de Paris dîner avec le roi ; il joua toute l'après-dlnée et s'en retourna sur les six heures. Madame de Maintenon se trouva mal le soir et eut un violent frisson. — On mande
72 JOURNAL DE DAJNGEAU.
de plusieurs endroits que l'empereur a envie de donner satisfaction au roi sur Taffaire arrivée à H. de Villars^ et il voudroit rejeter une partie de la faute sur cet envoyé; les ministres des États Généraux qui sont à Vienne pressent fort pour accommoder cette affaire.
Vendredi 2k , à M^^on. — Le roi^ après la messe, alla chez madame de Maintenons qui avoit eu une grosse fièvre toute la nuit; elle eut encore un petit redouhlement le matin. Le roi alla f^ire un tour de promenade avec Monseigneur et revint chez elle jusqu'au diner. Dès que madame la duchesse de Bourgogne fut éveillée , elle alla chez madame de Maintenon ; elle ne sortit point de tout le jour^ quoiqu'il fit le plus beau temps du monde. La fièvre de madame de Maintenon diminue considérablement laprès-dlnée ; mais les douleurs de son rhumatisme ne diminuent point. Le roi et Monseigneur sortirent sur les trois heiures et se promenèrent dans les jai*dins bas, le roi en calèche et Monseigneur à cheval. S. M. est fort contente de tout ce qu'on a fait ici , et a trouvé l'ameublement de l'appartement de Monseigneur magnifique et agréable au dernier point. — Le roi avoit ordonné qu'on mit la statue de la Renommée (1) au milieu de la Colonnade ; mais en la voulant enlever du lieu où elle étoit une grue se rompit et elle tomba si bien qu'il y aura beaucoup de petites choses à y racommoder.
Samedi 25 , à Versailles. — Le roi, après la messe, entra chez madame de Maintenon, qui avoit mieux passé la nuit y et elle revint ici dès le matin. Après qu'elle fut partie de Meudon , le roi alla à la promenade avec Monseigneur et après dîner le roi revint ici , et Monseigneur demeura à Meudon, où il sera encore quelques jours. En arrivant ici, le roi alla se promener dans ses jardins ; il
(1) Cette statue pruveoait du iMuquet des Dûmes, et eu avait été «levée lo» des travaux ordonnés par Louis XlV.en juillet 1684. (Voir tome I*', |Mige34.)
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vitTaccident arrivé à la belle statue delà Renommée. — H. de Hontchevreuil demanda au roi ces jours passés la liberté du chevalier de Montchevreuil ^ son fils^ et qu'il rentrât dans la marine, dans Tempjpi qu'il avoit eu. Il n'ékoit que lieutenant et c'étoit M. de Montchevreuil luimême qui, mécontent de sa conduite, avoit prié le roi do le mettre à la Bastille. S. M. trouve bon qu'il en sorte; on lui rendra son emploi et son rang. M. de Maurepas , qni avoit eu des sujets particuliers de se plaindre de lui, en a très-bien usé ; lui et M. son père ont fort contribué à son rétablissement. — On croit que Tambassadeur de Maroc signera enfin la paix aux conditions qui lui ont é<é proposées par M. de Torcy et H. de Maurepas, commiffiaires du roi en cette af&ire.
Dimanche 26, a Versailles. — Le roi , après la messe , donna audience de congé à l'ambassadeur de Maroc dans la chambre du trône (1). Monseigneur revint deMeudon le matin et lui donna audience aussi , et après le conseil il letouma & Meudon ; madame la princesse de Conty et tontes les dames qui y étoient repartirent Taprès^inée. —Outre le conseil que le roi tint le matin à son ordinaire, il tint encore conseil en sortant de table jusqu'à cinq heures et puis il s'alla promener à Trianon. — La paix qu'on croyoit faite avec les Marocains est rompue; l'ambassadeur, qui travailla l'après-dinée avec les commissaires du roi, a désavoué M. de Saint-Olon d'une partie des choses qu'il avoit avancées de sa part, et s'est mis si en fureur contre lui qu'il n'a pas voulu retourner avec lui à Paris en même carrosse. M. de Saint- Olon , qui prétend avoir bien entendu , s'est montré le plus sage et s'en est retourné en son particulier à Paris. — Monseigneur le Dauphin fit présent à madame la
(i) Voir la truite du journal concemaot rambassadeur de Maroc , avec, la liarugpe qu'il a faite au roi le jour de son audience de cong<^, dans le Mercure •leiiMi,paf|estô à 92.
74 JOURNUL DE DANGEAU.
duchesse de Bourgogne^ le jour qu'elle arriva à Heudon^ d'un cabaret à thé fort magnifique et parfaitemeiit beau et bien travaillé.
Lundi 21 y à Versailles. — Le roi alla Taprè^-dlnée se promener à Marly. Monseigneur courut le loup avec les chiens de M. de Vendôme. Madame la duchesse de Bour* gogne a une grande fluxion sur les dents ; elle garde le lit; elle n'en sortit pas môme pour aller à la messe. Ma» m e de Maintenons qui est guérie, passa la journée ches cette princesse. — M. le duc de Chartres devoit partir mercredi pour aUer en Lorraine voir Madame Royale^ sa sœur ; mais la fièvre Fa pris depuis depuis quelques jours^ et Monsieur, qui est venu ici de Paris ce matin , a dit au roi qu'on craignoit la petite vérole. — Madame la Duchasse prit congé du roi après son souper pour s'en aller à Bourbon ; M. le Duc partira dans peu de jours et la rejoindra en chemin. — M. le marquis d'Escos mourut ces jours passés; il étoit fort jeune et le roi lui avoit donné à la mort de son père la lieutenance de roi de Brie et de Champagne. Le marquis de Ségur, capitaine-lieutenant d'une des compagnies de gendarmerie, a demandé cette lieutenance de roi à S. M., qui la lui a accordée sur l'heure.
Mardi 28 , à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée à la chasse. Monseigneur est encore à Heudon. Madame la duchesse de Bourgogne garda le lit toute la journée pour sci fluxion qu'elle a sur le visage. M. le duc de Chartres est entièrement guéri et commence à se lever. — Le roi a écrit une lettre circulaire aux archevêques de son royaume par laquelle il leur oixlonne de faire assembler .les évèques leurs suftragants afin que dans leurs diocèses on fasse publier la censure du livre de M. l'archevêque de Cambray telle qu'elle a été faite à Rome. On est content du fond de cette censure; il n'y a rien à désirer pour la matière , mais il y a quelques choses pour la forme à quoi on trouve à redire. — Il y a quelque chose
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de changé dans la disposition nouvelle qu'on avoit pro^ jetée pour les affaires de M*, de Vendôme; il se trouve beaucoup plus de dettes que Ton ù'avoit dit d'abord, et Qroisat ne veut point en prendre le gouvernement jusqu'à ce que le foild de cette a£hire ne soit mieux éclairci. Mercredi 39^ â Marly. -^Leroi^ après son diner^ partit de Versailles pour venir ici, où il se promena jusqu'à la nait. Madame la duchesse de Bourgogne, dont la fluxion est un peu diminuée, entendit la messe à la chapelle et puis vint ]^ndre congé du roi, qui étoit encore au conseil. Monsieur et Madame dévoient être de ce voyage ] main Madame est demeurée à Paris auprès de M. de Ûhartres , et Monsieur ne viendra ici que demain. Monmgneur vint ici le soir de Meudon. Le roi a nommé madame de Pompadour pour ce voyage; elle n'y étoit jamais venue. — Le roi a trouvé bon que le comte de Tessé donnai son régiment d'infanterie à son iilsainé, qui est dans les mousquetaires depuis un an; il n'a pas «usore dix-sept èLns. — On commence à Paris à travailler ila place de Vendôme selon le nouveau dessein qu'on a pris.
Jeudi 30, à Marly. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins. Monsieur vint ici coucher. — Le roi a donné à M. le duc de Choiseul 2,000 écus de pension d'augmentation ; il en avoit déjà 2,000, et il a commencé cette année à être payé de chevalier de l'Ordre, qui est encore 1,000 écus, si bien qu'il a présentement 15,000 francs du roi. Il épouse madame Brulart, veuve du premier président de Bourgogne, qui a plusieurs enfants; elle a cinquante ans. Elle jouit de ^6,000 livres de rente; elle est sœur de l'ancien évèque de Troyes et de la maréchale de Clérembault. — Le chevalier de Janson , neveu du cardinal, est à Toulon ; il aeu une grande affaire à Malte contre le chevalier de Gonzague, qui lui avoit fait un affront et à qui il a donné des coups de canne parce qu'il ne se vouloit pas battre. Le chevalier de Janson , qui avoit été
accommodé sur cette affaire et quin'étoit pas content de l'accommodement; s'est fait justice et s'est sauvé en France; il parolt même que le grand maître a été bien aise qu'il se sauvât. Ce chevalier de Gonzague n'est point bâtard de H. de Hantoue, qui pourtant le reconnolt pour tel; il aime mieux qu'il passe pour son fils que pour son frère.
Vendredi V^ mai, à Marly. — Le roi alla l'aprèsdinée voir son régiment dans son camp , mais il y avoit tant de monde à la revue que le roi ne le vit point à son aise ; il le reverra en particulier ces jours ici. Monseigneur étoit avec le roi et puis alla jouer au mail. Monseigneur 1q duc de Bourgogne vint de Versailles à la revue et s'en retourna le soir avec madame la duchesse de Bourgogne après avoir soupe chez madame de Maintenon. Le roi , après la revue ^ monta dans un petit char riot avec madame la, duchesse de Bourgogne ^ qui étoit venue ici sur les trois heures. Monsieur s'en alla coucher à Paris. — M. de Valincour^ qui est attaché à M. le comte de Toulouse^ a été choisi pour aider à M. Despréaux, qui par la mort de Racine se trouvoit seul chargé de l'hi»» toire du roi. Despréaux l'écrira seul; mais H. de Valincour l'aidera^ et c'est Despréaux (pii a prié le roi de le lui donner pour l'aider. — Le marquis de la Chaise , capitaine des gardes de la porte , a vendu le régiment de Beauvoisis 51,000 francs à M. de Muret^ qui avoit un nouveau régiment qu'il a vendu 36,000 francs à M. de BrossaC; gentilhomme de Dauphiné, qui étoit dans le régiment du roi.
Samedi 2, à Versailles, — Le roi revint ici le soir après s'être promené tout le jour à Marly. Monseigneur se trouva un peu mal chez le roi ; il n'avoit point soupe avec lui parce qu'il comptoit de faire médianoche chez madame la princesse do Conty ; mais il se retira de bonne heure ^ et son mal apparemment n'aura point de suite. — L'empereur a accordé à M. le grand duc, pour
ses ambassadeurs^ les mêmes traitements qu'aux ambassadeurs des têtes couronnées. On croit que H. de Savoie mu très-afBigé de cette affaire-là. — Le baron de Breteuîl a acheté les terres de Preuilly et d^Azay que le maréchal d'Humières avoit en Touraine; il en donne 378,000 francs ; ses amis trouvent quUl s'est un peu trop hâté de faire cette acquisition. — Les affaires de Neufehàtel se brouillent toujours de plus en plus^ et on croit que le roi fera bientôt revenir H. le prince de Conty et madame de Nemours^ appréhendant qu'il n'arrive quelques désordres y parce que les esprits sont fort aigris de part et d'autre.
Dimanche 3 y à Versailles. — H. de Barbezieux alla raprës-dlnéechezM. le chancelier/où madame du Fresnoy fit rendre les comptes^ par un de ses amis de l'administration, des fonds qui avoient passé entre les mains de son mari pour l'ordre de Saint-Louis, dont il étoit trésorier. — Le roi alla Taprès-dlnée voir son régiment, qu'il examina homme par homme. Gomme on ne savoit point qu'il dût faire cette revue , il y eut peu de spectateurs, et c'est ce qu'il souhaitoit; il trouve ce régiment plus beau que jamais et nous en parla avec plaisir à son retour. — Le roi donna ordre ces jours passés A M. de Pontchartrain de faire payer toutes les dettes de monseigneur le Dauphin, qui se montent à plus de 500,000 francs. Outre cela le roi augmente de beaucoup ce qu'il luidonnoit pour ses plaisirs; Monseigneur n'avoit que 1,500 pisloles par mois, et le roi présentement lui fera donner 50,000 francs par mois , et le roi paye de plus toute la dépense qu'il fait dans ses bâtiments à Meudon.
lundi 4, à Versailles. — Le roi a choisi le petit Listenois pour acheter le régiment de dragons de Peyzac et le roi veut qu'il n'en paye que 105,000 francs, qui est la ïnérae somme que Peyzac en avoit donnée ; mais comme on lui en offroit davantage, le roi, pour le dédommager, l^ donne une pension de 2,000 francs. Le petit Listenois
n'a que quinxe ans, maïs ce riment avoit été levé pw son oncle, et son père ensuite Tavoit eu, et c'est ce qui a déterminé le roi en sa faveur. — Monseigneur fut saigné quoique son incommodité de samedi n^ait eu aur oune suite ; il s'en alla même le dimanche à Meudon, où il se promena tout le jour, et revint le soir ici jouer ohei madame la princesse de Conty. — La marquise de Rour ville^ fille de la marquise de Béthune, dame d'atours de la reine, avoit une pension de 1,000 écus, et comme elle est fort mal dans ses affaires, le roi a eu la charité de Taugmenter, quoiqu'elle ne vienne pas en ce pays-ci.
Mardi 5, à Versailles. — Le roi se promena le soir dans ses jardins. Monseigneur joua le soir chez madame la princesse de Conty. — Le roi a écrit de sa main à M. le prince de Conty et à madame de Nemours de revenir de Neufchàtel^ où ils sont depuis quelques mois, et S. M. a fait écrire par M. de Torcy à MM. les ducs de Lesdiguières et de Villeroy et comte de Matignon , qui étoient là pour soutenir les intérêts de madame de Nemours et les leurs propres, de revenir aussi. S. M. veut que ces affaires-là se traitent par les agents des parties. Les iimis de madame de Nemours paroissent ici fort contents de cet ordre-la. — M. Tévéque de Luçon mourut la nuit passée à Paris ; il avoit été taillé le jour d'auparavant. C'étoit un homme d'une fort grande vertu ; il étoit frère de feu M. de Barillon, qui avoit été ambassadeur en Angleterre et plénipotentiaire pour la paix à Cologne.
Mercredi 6, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée à la chasse et en revint de bonne heure ; il eut un petit ressentiment de goutte. Monseigneur alla se promener à Meudon et l'evint le soir jouer chez madame la princesse de Conty au brelan. — Le roi, depuis peu de jours, a fait un règlement pour la cavalerie ; il veut que les régiments aient leur rang du jour qu'ils ont été levés, et non pas du jour que les mestres de camp ont été nommés ; il
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mat que ce soit pour la cavalerie comme cela a été réglé de tout temps pour rinfanterie. — Le roi d'Angleterre Guillaume, qui a des prétentions après la mort de madame de Nemours sur Neufchàtel^y a envoyé H^ Dervaly qui a vu M. le prince de Conty ; mais il lui a déclaré que le roi son maître prétendoit à Neufchàtel après la mort de madame de Nemours et qu'il s'opposeroit à ceux qui la voudroient inquiéter dans sa possessioD. Son ambassadeur mème^ qui est ici^ a parlé au roi pour le prier d'être impartial dans cette affaire, et c'est peuMtre là encore un des motiJEs qui a obligé le roi de bire revenir M. le prince de Conty et madame de Nemours.
Jwdi ly à Venailleê. — Le roi eut un peu de goutte qui ne Tempècha pas pourtant d'aller à la tribune à pied ; il s'habilla et se déshabilla dans sa chambre. Quand il se porte bien , U s'habille et se déshabille dans le salon. Monseigneur prit médecine et joua le soir chez madame la princesse de Conty au brelan y comme U a fait depuis quelques jours. — Le roi donna le matin une pension de î,000 francs pour la veuve et les enfants de Racine ; le •ils aîné a 1,000 francs, et la veuve 1,000 francs pour aider à élever les cadets^ et la pension est donnée par accroissement à celui qui survivra à Tautre. — M. de Nevel, colonel du régiment des vaisseaux, est obligé par sa mauvaise santé à quitter le service , et le roi lui a permis de vendre son régiment. — M. Phély peaux, maréchal de camp, envoyé à Cologne , \end le régiment Dauphin-étranger, dont il est mestre de camp, comme tous les maréchaux de camp qui ont des régiments de cavalerie sont obligés à les vendre , et le roi a donné Tagrénaenl à M. de Kercado pour Tacheter; le prix en est fait à 95,000 francs.
Vendredi 8 , à Versailles. — La goutte du roi diminua un peu et il alla Taprès-dlnée à la chasse. Monseigneur 41a coucher à Meudon , où il ne demeurera que deux
jours; il n'y a point mené de dames. — Le roi a appris que M. Savary * avoit été assassiné dans sa maison à Paris ; il avoit une servante et un valet qui ont été tués aussi ^ et l'assassinat a apparemment été fait le jour, car on les a trouvés tous habillés et en différents endroits de la maison. 11 paraît par des écrits qu'on a trouvés que c'est une vengeance, et on n'a rien volé dans la maison. M. Savary étoit frère du feu évèque de Séez; il étoit curieux , homme de plaisir et avoit beaucoup d'amis. «^ On a porté encore au roi des plaintes nouvelles contre le commis de H. de Villacerf le père, qui s'appelle Hesmyn ; il est en prison et le roi fait examiner les accusations afin qu'on rende justice à ceux qui se plaignent. — L'ambassadeur de Maroc repartit il y a quelques jours, et il a depuis écrit à H. de Pontchartrain le désespoir où il est de ce que la paix n'a pas été conclue.
* Ce Savary étoit un homme à sou aise , bien nippé et qui n^avoit presque point de domestiques. Il vivoit en épicurien , et recevoit' chez lui des parties de plaisir choisies, mais resserrées, de toutes débauches de gens de considération ;. on y étoit sur un pied de secret et de liberté entière, et la politique n'en étoit pas bannie à qui en vouloit traiter. On n'a jamais su la cause nette de cet assassinat ; mais on en a fort soupçonné un petit homme du plus haut parage qui y alloit souvent , et ce soupçon fut tel qu*on n'osa approfondir davantage, de peur de trouver vrai ce qui n'étoit que trop soupçonné.
Samedi 9 , à Versailles. — Le roi alla Taprès-dinée se promener à Marly ; sa goutte \a un peu mieux. — Madame la duchesse de Bourgogne devoit donner l'audience de congé d Fambassadriee d'Angleterre ; mais elle n^a pu la lui donner parce qu'elle a une grande fluxion sur le visage ; elle ne sort de sa chambre que pour aller chex madame de Haintenon. — De Relingue, premier écuyer de M. le comte de Toulouse et lieutenant général de la marine^ va commander une escadre de douze vaisseaux qu'on arme à Brest pour faire la guerre à ceux de Salé; ils rem^neront les Marocains qui étoient ici ; la trêve qu'on
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i:voîtiait6 avec eux va expirer. — M. d'Entragues, co-
loQel d'un de nos nouveaux régiments d'infanterie^ a
Vagrément du roi pour acheter le régiment du roi des
vaisseaux et pour vendre le sien. — Monsieur et Madame
sontàSainfr-Gloud^ où ils demeureront une partie de Tété.
Madame dit qu'elle ira aux couches de madame' de Lor-
Tsine, sa fille ^ qui viendra accoucher à Bar-le-Duc^
comme toutes les duchesses de Lorraine ont toujours ac-
ooatamé de faire.
Bmmehe 10, à Venailles. — Le roi alla Taprès-dlnée à la chasse. Monseigneur alla de Heudon à Topera à fm et puis revint ici. — M. de Vendôme * a commencé A Puis à se mettre dans les grands remèdes, qui seuls peuvent le guérir; il prit congé du roi vendredi, qui lui dit : « Je souhaite qu'à votre retour nous nous puissions embrasser avec plus de sûreté que présentement; ne »yei plus la dupe de votre santé ni de vos affaires. » — M. le duc de la Rochefoucauld a obtenu une grAce considérable du roi , mais on la tient secrète. S. M. lui donne d'augmentation sur la charge de grand veneur ^2)000 francs par an ; mais ce ne sera que pour lui ; cela w passera point à ceux qui seront grands veneurs après loi. H. de la Rochefoucauld a fait voir à S. M. que cette mgmentation est nécessaire pour soutenir la dépense <iu*il tait dans cette charge, et il est certain que jamais personne ne Fa faite si magnifiquement que lui.
* Cette impudence qui réussit avec un si prodigieux éclat à M. de Yenàkofdf et qui à son retour de ses remèdes en reçut encore un plus gnad par Taccueil que le roi et tous les princes et princesses à cet eicmplelin firent , fîit Fépoque qui fit perdre terre à M. de Vendôme.
Iioidt 11, à Venailles. — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à Harly. — Il arriva vendredi un courrier de M. de Villars, qui mande au roi que l'empereur lui a fait donner toute la satisfaction qu'il pouvoit désirer,et que leprince de Liechtenstein étoit venu chez lui lui faire ex-
cuse de ce qai s^étoit passé ; c'étoit la satisfaction que le roi avoit donné ordre à H. de Villars de demander et de ne se pas contenter à moins. L'emperear s'étoit défendu longtemps de faire faire cette démarche au prince de Liechtenstein et faisoit voir Pétiquette de la maison d'Autriche 9 que Ton suit toujours exactement, par ïmr quelle les gouverneurs du roi des Romains et des archiducs ne sortent jamais du palais pour faire aucunes visites. M. de Villars avoit ses chevaux attelés à sa chaise de poste pour partir de Vienne le jour même y et le conseil de Tempereur étoit d^avis qu'on refusât la satisCaction qu'on demandoit; mais, malgré leur avis et sans avoir égard à l'étiquette , l'empereur a fait faire ce que le roi souhaitoit. Il n'y avoit que le comte d'Harrach et de Kaunitz qui eussent opiné à donner au maréchal de Villars la satisfaction qull demandoit; tous les autres ministres étoient contre.
Mardi 12, à Versailles. — L'ambassadeur de Savoie demanda à parler au roi, qui étoit enfermé dans son ci^ binet. S. H. le fit entrer, et il lui apprit que madame de Savoie accoucha mercredi passé d'un prince. C'est M. le chevalier de Lucey, lieutenant des gardes de S. A. ^., qui en a apporté la nouvelle; c'est lui que H. de Savoie envoie à Monsieur; mais on comptoit bien qu'il ferait plus de diligence que le marquis de Rouer (1), que M. de Savoie envoie au roi. S. H. pria M. l'ambassadeur d'aller porter cette bonne nouvelle à madame la duchesse de Bourgogne, qui étoitàSaint-Cyr, et elle pleura de joie à la naissance d'un frère qu'elle souhaitoit fort. Le roi a nommé le marquis d'Urfé pour aller en Savoie faire ses compliments sur cette naissance. — L'ambassadrice d'Angleterre eut le matin son audience de congé de madame la duchesse de Bourgogne. Elle étoit assise sur le même
(1) C'mt le 1 marquis de la RoTère.
nng des duchesses et aa milieu d'elles ; c'est la place cpe l'on donne aux ambassadrices à leur audience de eoDgé. Le roi lui vint dire adieu et la baisa. Monseigneur le duc de Bourgogne vint ensuite et en usa de même. Moo§eigneur n'y vint point parce qu'il étoit allé dès le matm à la chasse. Puis madame la duchesse de Bourgogne leva le cercle; elle baisa l'ambassadrice, qui prit congé d'elle.
Mtreredi 13, à Marly. — Le matin^ à Versailles, le m nomma M. le comte de Tessé pour aller en Savoie hire les compliments sur la naissance du prince de Piémont de la part de madame la duchesse de Bourgogne. Le comte de Tessé sera fort agréable à cette cour-là. Le roi n'a point voulu l'y envoyer sans savoir de lui auparavant si cette commission lui feroit plaisir; M. de Tessé raacceptée avec joie. — Le roi vint ici en sortant de table. Madame la duchesse de Bourgogne passa àSaint-Cloud pour voir Monsieur sur la naissance du prince de Piémont et ensuite elle vint ici avec toutes ses dames qui y ont des logements. Madame de Dangeau et madame la comtesse d'Estrées, qui sont malades , sont restées à Veraûlles. Le roi a trouvé en arrivant ici sa grande cascade adievée , dont il est fort content. — On apprit le soir ici^que Permillac s'étoit tué d'un coup de pistolet dans son logis À Paris ; on croit que c'est le désespoir d'avoir perdu son argent au jeu. Il avoit vendu depuis six semaines sa charge de maréchal des logis de la cavalerie dont Harescot lui avoit donné 23^000 francs.
Jeudi ik, à Marly. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins. Monseigneur voulut courre le loup à Saint-Germain, mais ceux qui étoient dans la forêt étoient sortis la nuit. Monseigneur le duc de Bourgogne vint ici Taprès-dinée et ne s'en retourna à Versailles qu'après souper. Monsieur vint de SaintrCloud diner ici et s'y en retourna l'après-dinée. — Voici le premier voyage que madame la duchesse de Bourgogne ait fait où Monsei-
gneur^ les princesses et d'autres daines du palais soient venus. — .Le roi est entré dans la cinquante^sepiièmë année de son règne. — M. Tarchevèque de Paris vint le matin rendre compte au roi de ce qui s^étoit passé le jour de devant de l'assemblée provinciale du clergé de Paris. M. le cardinal de Ck)islin y avoit envoyé un député; s'il y étoit venu lui-même étant cai*dinal^ il auroit fallu qu'il y présidât. — Les dernières nouvelles de Madrid ne sont pas bonnes pour la santé du roi d'Espagne. Ses jambes enflent tous les jours; il sçrt pourtant encore quelques fois.
Vendredi 15^ à Marly. — Le roi se promena tout le matin à pied , et^ raprès-dinée, il monta dans son petit chariot avec madame la duchesse de Bourgogne et alla au mail, où Monseigneur jouoit. — On a nouvelle de Cologne qu'enfin les chanoines qui avoient été dans le parti de M. le cardinal de Furstemberg ont été rétablis suivant le traité de Ryswyck; le prince de Morbach revient dans la place de sous-doyen qu'il avoit. — M. le prince de Conty arriva le soir au souper du roi ; S. M. le reçut fort bien ; elle lui avoit fait réserver l'appartement qu'il a accoutumé d'occuper quand la cour est ici. — On a découvert à Paris l'homme qui assassina ces jours passés M. de Savary. C'est un marchand de chevaux nommé Poitier qui avoit fai^ cette méchante action seul et par vengeance; il a tout confessé*.
" Cet assassin de Savary a bien fait le coup ; mais la vengeance , c'est sur quoi le rideau a été tiré avec soin.
Samedi 16 , à Marly. — Le roi se promena tout le matin dans ses jardins ; il mena l'après-dinée madame la duchesse de Bourgogne au mail et lui fit voir ensuite la grande cascade, qu'on appellera présentement les grandes nappes. Monseigneur alla courre le loup fort loin d'ici; au retour il donna à souper aux courtisans qui l'avoient suivi k la chasse. Le soir il y eut musique, et ma-
dame la duchesse de Bourgogne y alla pour la première fois. Monseigneur le duc de Bourgogne vint ici de bonne heure; il y passa la journée et ne s^en retourna à Versailles qu'après souper. — On mande de Londres que milord Portland , mécontent de la nouvelle faveur de H. d'Albemarle, veut quitter ses charges et se retirer en HoUande; il Ta même déclaré au roi son maître en lui disant: k Sire, quand V. M. passera en Hollande, j'aurai quelquefois Thonneur de la voir, » et S. H. B. lui répondit : « Milord, c'est trop ou trop peu; il faut tout ou rien, » et il parolt que le roi son maître a envie de le retenir.
Dimanehe 17, à Marly. — Le roi tint le matin conseil i son ordinaire ; Ts^rès-dinée il se promena dans un petit chariot à quatre. Il avoit auprès de lui madame la duchesse de Bourgogne et derrière étoient madame la prin- «sBe de Conty et la duchesse du Lude. Madame de Maintaion marchoit à côté dans une chaise à porteurs qui est snr des roues; c'est une machine très-commode, lonseigneur, au retour de la promenade du roi, joua au brelan. — Ce que l'on avoit dit il y a deux jours des assassins de M. Savary s'est trouvé faux. — On mande de ihdrid que le 28 du mois passé le peuple s'étoit attroupé et avoit été jusqu'au palais se plaindre de la cherté du blé et du mauvais ordre que le corrégidor apportoit aux nécessités de la ville. Le roi parut sur son balcon et d'abord voulut les menacer de punir leur sédition, mais il ne put les réprimer par là et il fut obligé d'ôter le corrtgidor dont ils se plaignoient, de leur donner celui qu'ils demandoient et de consentir même que ce cowégidor nouveau ne fût pas sous la charge du président, dans la maison duquel ils allèrent faire beaucoup d'insolences; le président est le comte d'Oropesa.
Lundi 18 , à Marly. — Le roi tint conseil tout le matin et l'après-dlnée il travailla avec M. Pelletier jusqu'à cinq heures. Le roi et la reine d'Angleterre arrivèrent un peu
m JOURNAL Dt DANGEAU.
après ; le rdi les promena assez lotigteinps datis son jardin et puis il s'enferma avec eux dans son cabinet jusqu'à neuf heures. Ensuite il mena la reine dans la chambre de jeu^ où elle joua jusqu'au souper; après souper elle s^en retourna à Saint-Germain. — Le marquis de Grillon est mort. Il étoit maréchal de camp ; il commandoit à Hontauban et dans tout ce pays-là^ et cette commission lui valoit 10 ou 12^000 francs. Plusieurs officiers généraux la demandent déjà , mais on croit que le roi ne la remplacera pas. — Le roi a fait défendre qu'on allumât les falots qui brûlent toute la nuit àFentour de sa statue en la place des Victoires; il a trouvé que ces sortes de lampes-là ne dévoient être que dans les églises. Feu M. de la Feuillade avoit laissé un fonds sur la maison de ville pour cela, afin que cela brùlàt à perpétuité devant la statue du roi, et S. M., à qui cela a fait de la peine^ Va. supprimé et a ordonné qu'on rendit au duc de la Feuillade le fonds que le maréchal son -père avoit laissé pour cet entretien.
• Mardi 19, à Itlarly. — Le roi tint conseil de finances, et pendant qu'il y étoit, il vit par sa fenêtre, un carrosse que les chevaux emportoient dans la descente et qui fut renversé à la grille. Le roi sut un moment après que c'étoit M. de Gomminges, et aussitôt le roi eut la bonté d'envoyer Blouin , son premier valet de chambre , pour savoir de ses nouvelles. 11 paroissoit fort blessé, car il étoit tout en sang, et les chirurgiens, après lui avoir lavé le visage et sondé sa plaie, trouvèrent qu'il n'y avoit rien de considérable. — Le roi à ce conseil de finances donna 1,150,000 francs à M. Dupil, celui qui s'étoit mêlé des armées de terre et de mer et qui avoit perdu à ses marchés diu*ant les années de cherté. S. M., en lui faisant une fort grande grâce, lui a fait justice. — Le roi a établi un fonds de 20,000 écus de rente pour les filles qui sortiront de Saint-Gyr et dont on sera content; il sera également distribuée (telles (jui se marieront, qui se feront
religieujEi60 ou qui se retireront ches leurs amis ou partout ailleurs. Elles auront plus ou moins selon le nombre qui en sortira durant Vannée ; elles ne sortiront de cette maison qu'à vingt ans. Le roi fit ce règlement TauDée passée et il commencera celle-ci*
Mêrendi 20^ à Marly. — Le roi tint conseil jusqu'à deux heures et puis donna congé à ses ministres jusqu'à 800 retour à Versailles. — Le voyage que M. de Chartres doYoit faire en Lorraine est rompu , quoique ce prince Mit en parfaite santé. U y a eu un combat en ce pays-là de deux François contre deux Lorrains ; le roi a fait casser les deux François , qui étoient capitaines de cavalerie , a défendu aux officiers de ses troupes de passer en Lorraine sans permission et a fait écrire à M. de Lorraine pour Texhorter à faire défendre et punir les duels dans ses États avec la même sévérité qu'ils sont punis en France. — H. de Barbezieux parla au roi pour des officiers généraux qui demandoient Temploi que M. de Grillon avoit à Montauban ; le roi a répondu qu'il ne le rempliroit point. — Le roi se promena toute Taprèsdloée dans ses jardins avec madame la duchesvse de Bourgogne. Monseigneur le duc de Bourgogne et messeigneurs «es frères vinrent ici à la promenade , et monseigneur le duc de Bourgogne y demeura pour souper.
Jeudi 21, à Marly. — Le roi se. promena tout le matin dans ses jardins^ et Taprès-dinée il mena madame la duchesse de Bourgogne à la roulette. Monseigneur vonloit courre le loup; il alla jusqu'à Poissy pour cela; maiscomme il n'y en avoit point de détourné, il revint ici avant le diner du roi . — On mande de Londres que^ le roi d'Angleterre a prorogé son parlement jusqu'à la fin de juin; on croit même qu'il le prorogera dans la suite jusqu'à la fin de l'année; il paroltque S. M. B. n'est pas contente de ce parlementrlà. — On mande d'Espagne que depuis la dernière émeute du peuple, qui fut le 28 de ce mois passé, le comte d'Oropesa , président du conseil.
S8 JOURIfilL DE DANGEAU.
s'étoit retiré des affaires et de la cour, ne se croyant pas en sûreté à Madrid.
Vendredi 22, à Marly. — Le roi, qui a fait venir le P. de la Chaise à ce voyage ici, fut quelque temps enfermé avec lui et se promena le reste du jour dans ses jardins malgré le vilain temps. Monseigneur courut le Ipup et Talla prendre à quatre lieues d^id; et au retour il dîna dans sa chambre avec les courtisans qui avoient eu rhonneur de le suivre. Monseigneur le duc de Bourgogne >int ici Taprès-dinée et sVn retourna à Versailles après souper. Madame la duchesse de Bourgogne fut. toute la journée chez madame de Maintenon. — Le roi sentit quelques douleurs de goutte au genou ; il ne laissa pourtant pas de marcher assez. — L'abbé de la Châtre *, aumônier du roi, étant à quatre lieues d'ici , fut empwté dans une descente par les chevaux de M. de Garsault, dans le carrosse de qui il étoit ; ils se jetèrent tous deux du carrosse en bas; on croit Tabbé de la Ch&tre mort, et l'autre n'est en guère meilleur état.
* Cest cet abbé de la CKâtre qui avoit calomnié fabbé de CaudeleC lors de sa nomination à Févéché de Poitiers, qu*il lui fit 6ter. CéUÀl un homme abominable en tout genre , qui commençoît à être connu pour tel , et qui eu fut convaincu après sa mort II étoit frère du marquis de la Châtre , gendre du marquis de La?ardin.
Samedi 23 , à Versailles. — Le roi revint à six heures de Marly après s'y être promené tout le jour. Monseigneiu» partit de Marly à neuf heures, alla à Meudon, dont il ne revint que pour le souper du roi. Madame la du« chesse de Bourgogne alla à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre, le prince de Galles et la princesse d'Angleterre; ensuite elle alla faire collation chez madame de Montchevreuil, qui lui fit les honneurs de la capitainerie. En revenant de Saint-Germain, elle alla à la Ménagerie, où elle demeura jusqu'à neuf heures. — L'abbé de la Châtre mourut le matin à Saint-Léger de la chute qu'il avoit faite le jour d'auparavant; il étoit au-
mônier du roi et avoit une abbaye qui vaut environ 10,000 livres de rente. — Pendant ce voyage de Marly il s'étoit répandu un bruit qu'à un souper chez M. le comte de Toulouse il y avoit eu des discours d'aigreur de H. le Prince à M. le prince de Conty ; on a approfondi VafijGÔre , et il s'est trouvé qu'il n'y avoit aucun fondement. Ces princes sont fort bien ensemble et comme ils y doivent être.
Dimanehe ^k, à Versedlles. — Le roi se leva de meilleure heure qu'à l'ordinaire , et alla d'abord à la messe sans entrer dans son cabinet ; ensuite il revint se coucher et prit médecine. 11 travailla le matin avec H. de Pontchartrain et Taprès-dlnée il tint conseil. — Le roi a fait on présent magnifique à milord Jersey et plus beau qu'on n'a accoutumé de faire aux autres ambassadeurs. — Le P, de la Ferté, jésuite, frère du duc de la Ferté, a été accusé d'avoir fait dans l'église de Saint-Roch un sermon très -imprudent; on l'ôte de Paris et on l'envoie à Nantes. 11 avoit été nommé pour prêcher ici le carême prochain, r- Madame de Mailly a vu le roi chez madame de Maintenon et va recommencer à servir madame la duchesse de Bourgogne ; il y a six semaines que son mari est mort. Madame de'Béthune, dame d'atours de la reine, six semaines après la mort de son mari, recommença aussi à reservir la reine.
bmdi 25, à Versailles. — Le roi travailla l'aprèsdlnée avec M. Pelletier, ensuite se promena à pied dans ses jardins. Monseigneur alla diner à Meudon , où il mena quelques courtisans pour jouer au mail avec lui Taprès-dinée. — Le matin, au conseil de dépèches, M. le chancelier se trouva fort mal et on l'emporta chez lui longtemps avant que le conseil fût fini. Monsieur vint ici de SaintrCloud pour être au conseil et s'en retourna à Saint-Cloud l'après-dlnée. — M. de Valincour fut proposé samedi à l'Académie pour remplir la place de Racine, et le roi a s^pprouvé le choix qu'on vouloit faire.
Mardi a« , à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée à la Mt^imK«ri« avec madame la duchesse de Bourgogne. Le niuliii il avoit donné audience secrète au nouvel ambas- Hiitlt^UMleVenise^quis'appellePisani.S. M. donnaandienoe iiiiHNi A renvoyé de M. de Savoie, qui vient faire part au i*oi lie la naissance du prince de Piémont ; il y a déjà [Awa iU^ quinze jours que le roi la savoit par le chevalin {\v Luooy, qui avoit fait plus de diligence que celui qu'on iMivoyoit au roi.
Mercredi 27, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée m piH)uiener à Marly. — L'affaire du tarif avec les Hikllandois est entièrement réglée. Il y a déjà quelque Uuups qu'on croyoit cette affaire-là finie; mais il s'y iHoit trouvé une difficulté qui en a retardé la conclusion. M, de Pontchartrain a réglé cela avec M. de Nieuport» ((ui avoit la commission des États Généraux de travailler à cotte affaire.
Jeudi 28, jour de l' Ascension y à Versailles. — Le roi. Monseigneur et toute la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée, et après le salut le roi alla se promener dans ses jardins. Madame la duchesse de Bourgogne, en sortant de vêpres avec le roi , cdla à Saint-Cyr entendre le salut. — 11 y a un mois que madame de Dangeau a demandé permission de ne plus suivre madame la duchesse de Bourgogne et de travailler à rétablir sa santé.
Vendredi 29, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dinée tirer dans son parc. Monseigneur se promena le soir sur le canal avec madame la princesse de Conty ; mais Forage accourcit la promenade , et il revint chez cette princesse jouer au brelan jusqu'au souper du roi. — L'assemblée du clergé de Cambray est finie; les évéques suffragants ont opiné avec plus de sévérité que l'archevêque , qui a été obligé de se soumettre à la pluralité des voix. I^ livre des Maximes des Saints et tous ceux que l'archevêque avoit faits en conséquence pour le défendre ont été con-
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damnés; On Diande que Févéque de Saint-Omer a parlé très-fortement à l'archevêque (1). Cet archevêque a écrit au pape depuis le bref de Sa Sainteté ; et dans sa lettre^ où il se soumet entièrement, il ne laisse pas de parler de soD innocence et des injures qu'il a souffertes durant le cours de cette procédure; on auroit souhaité ici qu'il n^eût parlé que de sa soumission.
Samedi 30, à Versailles, — Le roi alla tirer Taprèsdlnée. Le matin il appela le grand prévôt et lui dit qu'il donnoit à Tabbé de Sourches, son fils, la charge d'aumônier qu'avoit l'abbé de la Châtre. — Vendredi, avant que d'aller à la chasse, le roi fit la revue des deux compagnies de ses mousquetaires dans la cour; il les vit d'abord du balcon de son petit appartement; ensuite il descendit en bas pour les voir défiler, et puis il remonta chez madame de Haintenon , où étoit madame la du-^ chesse de Bourgogne et les vit à cheval. Le prince Emmanuel de Lorraine étoit dans les rangs; mais il ne monta point à cheval , disant que son frère le duc d'Ell>euf ne lui donnoit point de quoi en avoir un. Le roi lui dit que le duc d'Elbeuf n'avoit de la dureté pour lui quH cause qu'il n'étoit pas content de sa conduite et qu'il ménoit une vie déréglée ; sjir cela le prince Emmanuel fit des confidences bizarresàS. M., et le roi, toujours plein de bonté, lui a promis d'ordonner à M. Félix de travailler à rétablir sa santé. C'est le prince Emmanuel qui conte tous ces détails-là, et on admire la bonté etl'humanit^îdui'oi.
(1) Quelque sooiniftsion que M. de Cambray eiH fait loïr dans son nianàatïtnif par lequel il reconnoissoit que le pape avoit justement œndaiiiné son ouvrage, Têvôquede ^int-Omer y trouva encore à critiquer. Il dit qu'il eût Hêàdéftirer que ce mandement eAt été adressée tous les Hdèies, et non pas «^olement au clergé et aux réguliers du diocèse de Cambray. Il trouvoit aus^i ^e les |iarole$ de ce mandement ne sembioi^nt o|)érer (|u'un(; soumission «le r(>p(><'t, ei non imr Mniniission intérieure, et quMI eût éli* à souliaiti^r que V. df Cambray eût exprimé quel4|ue sorte dt* reftentir. ( ISvie du dur de
92 JOURIHAL DE DANGEAU.
Dimanche 31, à Marly. — Le roi travailla raprès-dlnée à Versailles avec M. de Pontchartrain avant que de venir ici , et sur les cinq heures il monta en carrosse avec madame la duchesse de Bourgogne, madame de Maintenon^ les duchesses du Lude et de Guiche et madame de Roucy, et alla dans le camp de son régiment. Les soldats étoient tous dans leurs baraqués; il leur fit prendre les armes y les fit mettre en bataille et défiler devant lui. Il s'amusa longtemps à tout cela; il n'a jamais fait de revue avec plus de plaisir parce qu'il n'y avoit que les gens qui y dévoient être. Après la revue, il vint ici , où il demeurera jusqu'à jeudi. Ce voyage ici n'est un voyage que pour madame la duchesse de Bourgogne. Monseigneur est à Meudon avec madame la princesse de Conty. Madame de Chartres est allée à Saint-Cloud, où Monsieur est 'depuis quelque temps; il n'y a d'hommes ici, outre le service, que les maréchaux de ViUeroy et de Noailles, qui ne sont point en quartier. Monseigneur le duc de Bourgogne étoit à la revue avec messeigneurs ses frères , qui du camp s'en retournèrent à Versailles ; mais mon^ seigneur le duc de Bourgogne vint ici souper avec le roi et puis s'en retourna à Versailles , comme il a accoutumé de faire; car il n'a encore jamais couché ici.
Lundi V^ juin, à Marly. — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire ; l'après-dinée il travailla avec M. Pelletier, et à cinq heures il se promena dans ses jardins avec madame la duchesse de Bourgogne jusqu'à la nuit. — Monseigneur le duc de Bourgogne alla à Meudon voir Monseigneur ; il y soupa, et Monseigneur lui donna cent pistoles et le fit jouer au lansquenet pour la première fois de sa vie. Monseigneur a mené à Meudon M. le prince de Léon, qui n'y avoit jamais été. — Outre les dames-du palais qui sont ici, le roi y a amené la duchesse de Guiche et madame d'Heudicourl, qui y étoient déjà venues à ces petits voyages ici, et madame de Maulevrier, fille du comte de Tessé, qui n'y étoit jamais venue à aucun voyage. —
Le roi trouva bon que le marquis d'Urfé , qui va de sa part en Savoie, vint ici prendre congé de lui. Le roi a aocontomé de ne voir à Harly que les gens qu'il y mène.
Jfordt 2, à Marly, — Le roi tint le matin conseil de finances à son ordinaire ; Taprès-dlnée il mena madame la duchesse de Bourgogne à la roulette. Monseigneur le duc de Bourgogne arriva assez à temps pour y aller avec elle. Le roi a fait faire deux pavillons à côté, et cet endroit-là est fort embelli. — Monseigneur alla courre le loup assez loin de Meudon. Madame alla de Saint-Cloud le trouver pour chasser avec lui .
Mercredi S, à Marly. — Le roi tint conseil l'après-dlnée outre le conseil qu'il avoit tenu le matin, et puis donna congS à ses ministres pour le reste de la semaine. Monseigneur vint de Meudon dîner ici avec le roi . La pluie qu'il fit toute la journée empêcha la promenade, et madame la duchesse de Bourgogne passa la journée chez madame deMaintenon. — Madame Tiquet fut condamnée au Chàtelet d'avoir le cou coupé. -^ Le roi et la reine d'Angleterre allèrent à Saint-Cloud voir Monsieur et Madame.
Jeudi 4, à Versailles. — Le roi partit de Marly sur les âx heures pour venir ici. Il ramena madame la duchesse de Bourgogne et les dames qu'il y- avoit menées. Le roi, inalpré la pluie, ne laissa pas de se promener à Marly jusqu'à ce qu'il en partit. — On vola la nuit passée à Versailles, dans la sellerie du roi, toutes les housses et les caparaçons; cela avoit coûté plus de 50,000 écus et vaudra fort peu aux voleiu*s. Le roi a fait afficher qu'il pardonneroit à celui qui viendroit dénoncer le vol et lui donneroit encore 200 pistoles ; ce vol n'a pu se faire que beaucoup de gens n'en aient été. — M. de Tessé prit congé du roi et de madame la duchesse de Bourgogne, de la part de laquelle il s'en va en Savoie.
Vendredi 5 , à Versailles. — Le roi fut enfermé Taprèsdlnéeavec le P. de la Chaise et se confessa, comme il a accoutumé de faire la veille des îours qu'il doit communier.
— Monseigneur alla de Meudon à l'opéra à Paris avee madame la princesse de Gonty et ils revinrent ici le soir.
— H. Tiquet vint ici avec sa familVs se jeter aux pieds du roi pour demander la grâce de sa femme; le roi loua son procédé et ne lui promit rien làrdessus. — H. le Bailleul, colonel du régiment d^Orléans-infanterie^ est mort. Monsieur a vendu ce régiment 40,000 francs à M. de Brancas, qui étoit lieutenant de galère. Monsieur distri* bueracet argent à plusieurs officiers de sa maison. On lui offroit une plus grosse somme de ce régiment; mais il étoit bien aise de mettre un homme de condition à la tète de ce corps-là.
Samedi 6, à Versailles. — Le roi le matin fit ses dévotions et toucha les malades. L'après-dlnéeilalla à vêpres et se promena le soir à pied dans ses jardins. Honsei-* gneur suivit le roi à sa promenade et le soir il joua chei madame la princesse de Gonty au brelan. Le roi donna Tabbayequi vaque par la mort de l'abbé de la Châtre (1) à Tabbé Anselme; le roi lui avoit donné à PAques un prieuré qui étôit moins bon que cette abbaye , et il y avoit même un procès à soutenir pour ce prieuré-là ; ainsi il gagne au change de toutes façons. Le roi donna Févèché de Luçon à M. Tabbé de Lescure, que nous ne connaissons point dans ce pays-ci ; il est grand vicaire de rarchevèque d'Alby. — Monsieur envoya au roi pour s'excuser de ce qu'il ne pourroit être ici demain à la cérémonie des chevahers ; il se blessa à la jambe ces jours passés en montant en carrosse, et comme il n'a pas eu grande attention à ce petit mal-là, il est augmenté considérablement et il ne peut plus marcher.
Dimanche 7, à Versailles, — Le roi. Monseigneur et toute la maison royede assistèrent à toutes les dévotions de la journée. Le matin, après la messe, le roi reçut le
(t) L'âbbayede Siint-SeTer, ordre de Safait-Benolt, «oeèse d'Aire.
JUIN t«99. M
prince Vaini^ chevalier de l'Ordre avec les cérémonies acooatumées. Le marquis d'Effiat et le comte de Solre étoient ses parrains, L'archevêque de Reims officia. Aftès vèpves madame la duchesse de Bourgogne alla à la Ménagerie attendre le roi^ qui y vint après le salut; il mena Monseigneur avec lui ; ils étoient seuls tous deux dans un grand carrosse. Monseigneur sur le devant. Après nneasseK longue promenade, le roi .vint ici avec madame de Maintenon et la duchesse du Lude , et Monseigneur ne revint que pour le souper du roi dans le carrosse de mar dame la duchesse de Bourgogne.
Itmdt 8, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprès^dlnée. Monseigneur ne sortit point de tout le jour de Versailles etse promena le soir dans les jardins. — M. d'Entragues^ à qui le roi donna l'agrément pour acheter le régiment des vaisseaux il y a quelques jours , en donne 70,000 francs àM. de Nevet, qui en et oit colonel, et il vend le régiment de Bugey 42,000 francs à M. de Hatan , fils d'un gentilhomme ordinaire du roi ; et outre cela il vend une charge de sous-lieutenant qu'il avoit encore dans le régiment des gardes , et cela lui donne à peu près ce qu'il laifalloit pour payer le régiment qu'il achète.
Mardi 9, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée faire la revue de son régiment. Le roi et la reine d'Angleterre y vinrent et il monta en calèche avec eux. Après la revue ^4. MM. BB. retournèrent à Saint-Germain, et le roi revint iei. Monseigneur alla diner à Meudon et y mena quel- ^pss courtisans pour jouer au mail ; il ne revint ici que tard. — Le roi envoie quatorze millions dans les provinces de son royaume pour rembourser les augmentations de gages des officiers de justice et de finances à qui Ton avoit accordé en même temps de nouveaux privi- 1^; on les rembourse même de ce qu'ils avoient donné *ûx traitants. Ce remboursement fait deux bons effets, Tun qu'il y aura plus de gens à payer la taille et les droits qu'on lève pour le roi, et l'autre c'est que cela re-
. fafffent dans les provinces qui ont été assez ^^^ iNir la lierai*^ guerre. Voilà déjà cinquante ^f*^ me le roi remboui'se depuis la paix.
\^ ,0, à Versailles. — Le i-oi alla Taprès-dinée Tltt«er à liiarly. Monseigneur courut le loup- * ^ b duchesse de Bourgogne a été tous ces jours *bMlêiia*?erieety fait collation. — Le roi fait accom- ^"* * appartement en haut à Marly pour madame la ^ j^ Bourgogne, qui sera prêt pour le premier
^ pur ce moyen-là Monsieur et Madame, qui doi- ^ !uir, garderont leur appartement en bas. Le i-oi
xo^^"^*
^ ' vuiuioder son appartement aussi; il sera beaucoup îhl^hwiu qu'il n'étoit et sera prêt pour le premier
* J^» 1 1 , à Versailles, — 11 n'y eut point de conseil le l'ii • et sur les onze heures le roi monta en carrosse r «lier dîner à Marly. Monseigneur et madame la duî|Las4i de Bourgogne étoient avec lui ; outre eux trois, il jivoit dans le carrosse : madame de Maintenon , la du- \^^» de Guiche, mesdames de Montchevreuil et de No- *^\, I/apn*s-din«V, sur les quatre heures, Monseigneur llrt jouer au mail, «ît, sur les six heures, le roi alla se promener avec madame la duchesse» de Bourgogne dans les
j,iitlins.
Vendredi i^,ù Versailles. — 1^ roi alla tirer TaprtV dlnée. Monseigneur courut le loup. Miidame la duchesse de Bourgogne alla se pmmener le soir à la Ménagerie, comme elle fait presque tous les jours. — M. Fériol, notre nouvel ambîissadeur à la Porte, a pris congé du roi ; les vaisseaux c[ui le porteront à Constantinople en ramèneront M. deCastagnùres,dontil varemplirla place. Cette ambassiule vaut du moins 80,000 livres de rente. Le roi donne 20,000 «*cus, et on y a attaché, depuis M. de Castagnen»s, les consulats de Constantinople et de Durazzo, qui valent t»nrore plus de 20, 000 francs; ils ont mi^nie valu considérablement davantage dumiit la dernièiHî guerre.
Le capitaine du vaisseau qui mène Tambassadeur n'a que 2,000 francs d'augmentation pour le voyage, et il leur est défendu d'apporter aucunes marchandises de ce
Samedi 13, a Versailles. — Le roi alla tirer. Monsei- . gncur alla diner à Heudon, oi!^ il mena quelques ex>urtisans pour jouer au mail Taprès-dinée. — M. le duc de Beauvillierstint, ilyaquelques jours, lagrandedirection, M. le chancelier étant malade, et il prit la place destinée au chancelier; il ne la prenoit pas dans les conmiencemenLset il ne l'a prise pour la première fois qu'au dernier voyage de Fontainebleau. Quand il y a un garde des sceaux, il ne prend jamais la chaise du chancelier ; mais on a trouvé juste que M. de Beauvilliers, étant chef du conseil des finances et duc et pair, la prit; le roi a été de cet avis-là.
Dimanche iï, à Versailles. — On mande de Rome qu'il
y est arrivé une affaire entre M. le cardinal de Bouillon
comme cardinal et le comte Marti ni tz , ambassadeur de
Tempereur, pour la marche de leur carrosse h Tentrée de
quelque ambassadeur. M. le cardinal de Bouillon , qui
pprtend que le comte Martiniiz avoit voulu tirer àcon-
î^uence l'honnêteté qu'il avoit eue pour lui en pareille
occasion, lui a donné une grande mortification en cette
wcasion ici. Le pape ayant su depuis que pour se venger
de cet affront le comte Martinitz avoit déjà armé six cents
hommes et que M. le cardinal de Bouillon en avoit fait
armer pour le moins autant, il a commandé a l'ambassa-
dcurde M. le grand-duc, qui devoit faire son entrée, de
la remettre ou de la faire sans aucun cortège. Toute la
conduite de M. le cardinal de Bouillon en cette affaire-là
a été fort noble; il a soutenu hautement la dignité du
cardinalat, et on l'en a fort loué à Rome et en ce pays ici.
Lundi 15, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée se
promener à Marly. Monseigneur courut le loup et tît
une chasse fort rude. — On mande d'Angleten*e que
98 J0URI9AL tàlt DJLNGEAU.
milord Portland a remis toates ses charges et qdë le roi d'Angleterre a repris la clef d'or qu'il lui renvoyoii. La cbarge qui lui donaoit le droit de porter cette clef et qui lui donne quelque prééminence au-dessus des aiitrés gentilshommes de la chambre a été donnée à M. ^idney, que l'on a fait milord depuis peu. Portland conséirve toutes les chargés qu'il avoit en HoUaade. S. H. ft. doîi être partiede vendredi dernier pour passer en Hollande, et milord Portland ne passe point avec lui. Hilord d*Albemarle a eu aiissi une des charges qu'avoit Portland. — Le comte de Vernon, qui vient ici ambassadeur de Savoie, est arrivé à Paris.
Mardi 16, à Versailles- — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. Monseigneur se promena le soir dans les jardins avec madame la princesse de Conly. — L'escadre de nos galères que commande FoUeville est présentement sur la côte de Sicile, et il parolt que les Siciliens sont plus mécontents que jamais du gouvernement d'Espagne. — M. de Fresnoy, enseigne dans la gendarmerie, quitte let service pour s'en aller à Malte tenir galère. Le rOi a^ trouvé bon qu'il vendit sa charge à M. de Carmain, (fûL%, étoit guidon, et H. de Carmain vend le guidon à M. Dauv^ll des Marests, cousin germain du grand fauconnier, qui Pa*chète i5,000 francs. — M. le cardinal de Bouillon a dU une audience du pape très-favorable sur l'affaire qu 'il a eue avec le comte Martinitz ; il a envoyé ici un courrier pour en rendre compte au roi , et ce courrier a trouvé M. de Monaco entre Gènes et Livourne ; on avoit cru ici que M. le cardinal de Bouillon auroit besoin d'un birei tel qu'en avoient eu les cardinaux d'Esté et de Chigi dans une affaire à peu près de cette nature; mais coiniiiô il n'y a pas eu de sang répandu, le pape a dispensé M . te cai-dinal de Bouillon de prendre le bref.
Mercredi il y à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Marly. Monseigneur courut le loup. --^ M. le marquis de Novion fut Jugé au grand conseil, e*»
bondàiiifaé à âVdii^ le toù éoU]^ ^oul* avoir fait coUper h
Ûèk au (àkteVéliër de SaintOléhie. Ce lnart|ui^ est hors dU
M^time; il êiott Rdldiiél dti régiment de Bretagne. Le
toi Va doUliôir ce ré^mënt pl*ësëntetnent. — Madame
Tiqîiét (ht au^ cbJddHintiëe au ^létnent & avoir le
ctth èdilpé, (comilie elle Tàvoit été au CtiàteM; son mdri
4bÀt éncolre i9tiiu llii pôïxr deihàlider sa ^ftcè, tuais le
rtti Itd â £Bdt dire de né se point ^l^sënter devant lui. —
Lé H)! rend le biëil dii tilàrqtiis de Pfovion à ses enfailis,
qI il àVôit pteàl|ue mangé tout ice qu'il avoit eu de
sa inàisbti.
itoK 18 yjùur dé làPité de Oteii, d Versaillen. — Le roi pAMt du cbàteau à dit hettres , ayant dans soti car- Aste ttuilsbi^ëul^^ inesseigheur^ ses enEantis , hiadamè H dnâiessé de JBour^ghë et la dubhes^e du Ludë. Il trouva à la paroisse Monsieur, Madame et madame U gnodeHluchesse) qui y étoient venus de Saint-Gloud ; ib suivirent le Saint-Sacrement de la paroisse au cliÀteau et le remenèrent du château à la paroisse , toujours à pied, et il n'y avoit qu'un reposoir en chemin; etensuite 9s entendirent la grande messe à la paroisse, et puis re- ^^iiurent au château comme ils en étoient partis. Le roi fitmoûler Monsieur dans son carrosse; Madame dein^eura *ttchâteau pour entendre la messe, ne voulant pas laisser ïoadame la grande-duchesse seule, qui n'auroit pu re- \ venir dans le carrosse du roi , où ils étoient déjà trop presséfe. L'après-dlnée le roi entendit vêpres et le salut, ■bnsieiu'. Madame et madame la grande-duchesse retournèrent à Saint-Cloud après avoir diné avec le roi. — Uroidonnale régimentde feretagne, qu'avoit le marquis <leNovion, au marquis de Sézanne, colonel réformé, qui ^ frère du père du marquis d'Harcourt et frère de mère de la marquise d'ttarcourt. Le roi a accordé cette gràxje- » lisons que perisonne la lui ait demandée pour lui; il est absent.
y^redi 19, à FersotUes. — Le roi alla au salut; en
sortant du salut, il vouloit aller se promener dans les jardins; mais il vint un orage qui Ten empêcha. Monst^igneur courut le loup^ et après le salut joua au brelan chez madame la princesse de Conty. Le roi voyant qu'il n'y avoit aucunes nouvelles de Renneville * et qu'apparemment il étoit mort ou hors du royaume, et le quartier où il doit servir approchant, S. M. a donné sa charge (1) à Balivière, qui étoit le plus ancien enseigne de la compagnie. Le roi, pour remplir les lieutenances de ses gardes du corps, prend toujours un enseigne de la même compagnie ; mais souvent il ne prend point d'exempt pour remplir Tenseigne et choisit pour cela quelque officier dans la cavalerie. — Madame Tiquet eut le cou coupé en Grève à Paris , après avoir été appliquée auparavant à la question, où elle avoua tout. Le roi donne son bien au mari et à ses enfants.
* Ce Renneville étoit une espèce de Caton pour les autres, et rîen moins pour lui. Longues années après, il fîit retrouvé serrant dans les troupes de Bavière.
Samedi20,à Versailles, — Le roi alla au salut et ensuite se promena à pied dans ses jardins. Monseigneur alla k Meudon, où il demeurera jusqu'à mercredi. 11 n'y a point de dames avec lui | àj ce voyage ; il y a même mené peu de courtisans. Le duc de Lesdiguières en est; il n'y avoit jamais été. — On mande d'Espagne que le désordre est plus grand que jamais à Madrid ; on y manque de pain el de viande ; le peuple crie contre le gouvernement. 1^ cardinal Porto-Carrero et Léganès, qui ont la principale part au gouvernement, ont fait chasser Famirante, et veulent faire chasser aussi la comtesse de Perlips , favorite de la reine et qui étoit dans les intérêts de famirante. — La marquise de Richelieu, depuis être sortie d'Angleterre , a demeuré longtemps d Gand dans
( I (Vllf* de li<Miteiiant de la .H*' compagnie des gardes du corps.
un oouvent; elle est sortie depuis peu de ce couvent et est venue déguisée se mettre dans un couvent auprès de Montargis, où elle est présentement.
Dimaincke 31, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour et alla au salut^ et puis chez madame de Maintenon. Monseigneur alla de Heudon se promener à fasy, chez M. le prince de Conty, ou il soupa. Madame la princesse de Conty, fille du roi , avoit diné à Meudon et accompagna Monseigneur à Issy. — Le marquis de Viriville, Ueutenant des gendarmes de Berry et beau-frère da comte de Tallard , est obligé par sa mauvaise santé à quitter le service ; le roi lui a permis de vendre sa charge, et S. M. a fait écrire par le major de la gendarmerie à tous les sous-lieutenants du corps pour savoir ceux qui sont en état et en volonté d'acheter, et puis S. M. choisira celui qui lui conviendra. Cette charge sera vendue environ 40 à 45,000 écus.
Lundi 22 , à Versailles. — Le roi alla Taprès-dinée à ïarly. Le voyage qu'il y devoit faire jeudi est remis jusqu'à dimanche, parce qu'il fait accommoder quelque chose dans son appartement qui ne peut être achevé que dans ce temps-là. — Le roi d'Angleterre arriva ces jours passés en Hollande ; il est allé à Loo, oii l'on croit qu'il fera quelque séjour ; il parolt qu'il n'a pas lieu d'être content du parlenient. M. de Tallard est encore à Londres, mais il passera incessamment et demeurera comme iannëe passée àUtrecht pendant que S. M. B. sera à Loo, où il ira le voir souvent. — M. d'Avaux est revenu de ^n ambassade de Suède ; le roi de Suède et la reine sa loère ont écrit au roi, sur son chapitre, des lettres fort pleines de louanges pour cet ambassadeur, et lui ont fait à son départ des présents plus considérables qu'il n'ont accoutumé de faire.
Mardi 23, à Versailles, — Le roi fut un i>eu enrhumé, et C43la remi>êcha de sortir de tout le jour. Après avoir été au salut, il alla chez madame de Maintenon à
son prdinaire. — Mom^new 4 Wfiu4p^ joi^j ^u ^k^^ le m»U^ et raprèp-dlwép; jwi^is je^ B'e Hnt é|é j^ifi mode. — U marq^^s4q Nçv^t, qpi viwt ^«yw^lf IC l'égîrnept 4esr v^is^e^ux, est wp^rt ^n Br^tagn^ ]^^ de jours ap?iè8 Tavoir yçndy. — ^ pqqçe ào, ^{inpe. qui || été ici Iqqgtemps jnpqgpitp, a pris cQOgé 4v) ppi «♦ 4^ ff¥otll 1^ iqfMSQp royale ; madaipe la 4^Ghes«1S de ^qfiiB;og9i|| Ta b^^. — Madame de Nemours est rev^pu» ^ |Spiij^ cbàt^l, et le rpi lui doniii^ audience ces joufs p$t^§é9 4W4 sop cabinet apr^ son wuppi*. U n'y ^ qu'elle g^i preiiilif de pareille^ bt^ures ppur p^er i^u rpi, et S, |I. aTho^x nèteté de lui donqer ces audiepces-là, qu'U pe doan^ i^ personne^ dans soi) cabinet après son souper.
Mercredi 24, à V^sqi^fs. — 1^ roi pfit flf^édeciuçj il avoit entpofiu la m^^se à la chapelle avant qup dp ]^ prpndre. Apr^ Ip dlper i) tint |e cpnçpil q^i'il ^ ^copu-: tumé de tenir le matin. Hfopspigfipur revint dP Vçudpn. — Il est arrivé quelques désopfirp^ ^ 1^ Trapp^^^ le P. Agathe Apge*, qui en ^tpjt abbé 4fpuiç qup le faipqi)^ H. de )a Trappp a quitté, cp p. Agathe Ange, di9-je« a été i^ccusé d'avoir une maq vaise pupfl^ite ; on a reç^erçbé sa vip; Tancieu abbé, qui aypij, été son meilleur ^M^« * cru avoir sujet de s'eu plaiî}dFe (J), Oq préten4 qu'il Ta cop vaincu sur plusieurs mauvais commerces ; pu Ta^té de l^, maison, et pn Tenvoie à Sepffpn§. J^s relj^pfix vont nommer trois d'entre pu^pour re^ppUr Pettp pl^ee^ pt le roi choisira.
' Ce P Agathe Auge Gervaise étoit un canuc déchaussé oui s*étolt jeté à la Trappe, ne pouvaut plus demeurer dans son ordre par les désordres secrets de sa vie, et « secreu qdt M. Bossuet, évéque de Maaux, dans le diocèse duquel il avoit fort prêché, le vanta ipftçkn^t à A(. t|9 Rancé , abbé r^fonu^t^r f|^ 1^ Trappe , iiur Ijç trinpj^ajKi^ ^^el il le
(1) C'est un des plus gramlft ctiagrins qu*ait jamaisieus M. de Raneé. Le roi H*é|«iU eitièr^nf ni rapporté à lui du clioix de mni Huccenseiir. Il fut oUigÉ de œnvevir (|u'i| 4*éfoif Iroipipé. ( A'^le {/Lu duc 4f Itiifnf^- )
JUIN 4699. iq«
reçut 11 ayoit tous les talents désirables, et fut quelques aimées Tédificatkmde là maison, tant qu^enfin M. de la Trappe s*étant démis et le religieu ffuMl ôtoît [ aiPûit? jfait abbé à sa place par là protection et la nooÉHlioida roi étant mort peu de mois après, il crut ne pouvoir âure un ndUeur choix que de ee carme, qui gouverna bien quelque temps. M^is 96 foyant maître, il en abusa en toutes façons, et traita M. de la Trappe aveeune telle indignité qu'elle lui servit à se maintenir en place par la frayeur qa*eut oe grand honune de trouver quelque satisfaction persoBiHile à le fiûre (yter, quoiqu'il ytt la maison prête à être renversée. Eniail arriva chose qui força la conscience de M. de la Trappe à accepter sa démiaaioii, qu'A lui vint apporter, deux heures ^près, de crainte <leifi», et sa copduile vagabonde, errante, etc., redoutée de tous les lieux 00 il demeuroit n*a encore montré que le moins .triste côté de ce per-
Jeudi 25, jour de la petite fête de Dieu, à Versailles. — Le roi , accompagné de Monseigneur, des trois princes ses enfants et de madame la duchesse de Bourgogne, afla à la paroisse ; Us étoient dans le même carrosse, et la duchesse du Lude avec eux. Ils suivirent à pied la procession du Saint-Sacrement, qui fut beaucoup plus courte qoe celle de la première fête de Dieu , car on n'alla que jtuoQ^au premier reposoir; epsuite de quoi le roi entenoit la messe à la paroisse. L'après-dlnée le roi alla au salut, et m^dapae la duchesse de Bourgogne alla^l'entendre à SaintrCyr. — Le roi a donné l'enseigne vacant dans ses gardes du corps à Tournefort, mestre de camp de cavalerie, fort estimé. Son régiment est conservé, et le roi lui permet de le vendre ; mais il n'en aura que 22,500 trancs, qui est le prix auquel les régiments des g^tilshommes sont fixés.
yeiidredi 26 , à Versailles, — Le roi alla l'après-dinée se promener & Harly. Monseigneur courut le loup dans la forèl de Saint-Germain, et le soir il joua au l^relan chez naadame la princesse de Conty. — Mesdemoiselles de Hautefort, les deux cadettes, se marient ces jours ici ; Tune épouse M. le marquis de Laval, qui aura beaucoup de bien d'une de ses tantes; Tautre épouse M. le marquis
104 JOURJNAL DK DANGEAU.
d^Épinay^ parent de la comtesse de BrionDe ; ces demoiselles ont chacune en mariage 80^000 francs. — Nous signâmes à Pai*is^ le duc, la duchesse de Montfort et nous, chez M. Robert, procureur du roi, notre commun arbitre , la transaction qui finit toutes nos affaires. — On mande de Londres que madame de Hazarin est très-dangereusement malade; le duc de la Meilleraye, son fils, est parti en poste pour Taller trouver. Il a dit à ses amis qu'il lui portoit de Targent, dont elle a grand besoin.
Samedi 27, à Versmlles. — Le roi alla tirer. Monsei- 'gneur alla diner'à Meudon avec madame la princesse de Conty, et à son retour joua ici chez elle au brelan. — Madame la duchesse de Bouillon vint prendi'e congé du roi, qui lui a j)ermis d'aller en Angleterre voir madame de Mazarin , sa sœur. -^ Le soir, après souper, on sut les dames qui dévoient être du voyage de Marly, comme on a accoutumé de le savoir après le coucher du roi, la veille des jours que Ton y va. Madame la duchesse du Maine ira, (jui n'y étoit pas allée depuis longtemps à cause de sa maladie; madame de Lassay ira, qui n'y avoit jamais été ; et la comtesse de Gramont, qui y alloit toujours, ne sera point du voyage quoiqu'elle soit ici.
Dimanche US, à Marly. — Le roi partit de Versailles de l>onne heure, et alla à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre, et au retour de Saint-Germain le ix)i se promena jusqu'à la nuit. Monseigneur alla de Vei'sailles à Saint-Germain avec madame la princesse de Conty et vit LL. MM. BB. avant que le roi y arrivât. Madame la duchesse de Bourgogne alla à Saint-Cyr prendre madame deMaiutenon, qui y étoit dès le matin, et la ramena ici avec elle. Monsieur et Madame vinrent de Saint-Cloud et sont de ce voyage. I^e roi amené ici pour la première fois M. de Seignelay, qui fait la charge d«; maître de ]a garde-rohe en Tabsence de la Salle, dont il est sur\i\ancici*. — Le roi dit à Monsieur la raison pout^ <|Uoi il n\ini(.*noi( point la comtesse dr tînimont ^ à ce
JUIN IBM. 105
▼oyage ici ; il y a longtemps que le roi croit que les religieuses de Port-Royal des Champs sont jansénistes ; il ne veut pas qu'on ait grand commerce avec elles^ et la comtesse de Gramont y a été depuis huit jours et y a même couché.
* La oomtesse de Gramont étoit fort goûtée du roi. Madame de de MaioteDOQ n'en étoit pas sans quelque petite jalousie. La comtesse éloît allée à Port-Royal des Champs à la procession de la Fête-Dieu , et cela loi fit une afEeibe cruelle.
liifuff 29^ à Marly. — Le roi mena Taprès-dinée ma* dame la duchesse de Bourgogne à la roulette. M. le duc de Bourgogne y vint de Versailles et ne s^en retourna qu^après avoir soupe avec le roi. Après la roulette^ S. H. alla voir jouer Monseigneur au mail^ et puis on vint faire collation dans les jardins et on joua jusqu^à la nuit. Monseigneur et Madame allèrent à la musique. Toutes les dames du palais ne sont pas de ce voyage; il n^y en a que trois des anciennes et les deux jeunes. — Le roi a donné au fils de Livry Fagrément pour acheter le régiment de Tournefort ; il vendra la compagnie qu'il a dans Berry 12 ou 13^000 francs ; ainsi il ne lui en coûtera que 1,000 pistoles. — Le comte de Préla salua dimanche à Versailles le roi et madame la duchesse de Bourgogne ; il est fort bien avec M. de Savoie ; il va en Hollande trouver le roi d'Angleterre, auprès de qui S. R. A. l'envoie en ambassade.
Mardi 30, à Marly. — Le roi fait accommoder des allées nouvelles dans le bois auprès de la roulette; il y *Dale matin et y retourna encore Taprès-dlnée, et sur le soir il vint prendre madame la duchesse de Bourgogne ^ se promenèrent dans les jardins jusqu'à la nuit. Il n'y eut point de conseil le matin . — M. le duc de Bouillon ob- *iût dimanche passé un arrêt du conseil d'en haut par lequel il espère voir une prompte fin à ses affaires avec *!• son tils. Cet ari'èt {ïovïg que M. le duc d'Albret sera
106 JOURNAL DE ^iNGEAU.
obligé, troisi jpur$ ap^èç la signifif^tjofi qqi lui ep ^^ff, faite, dQ venir ici dire à 1(. de Ppptcttartralfi \^ WWVlVf qu'il pe^t avoir ppur qe vouloir pf|» ètrfi jffgé ^ |p p«^ lemeut d^ Par^^ î s''\\ fi de )>pm)e3 raisqiui pour demandw rév(5cation, le roi aura la charité de nommer le trîbii^^ où ils seront jugés. Par là S. M. évitera à M. de Bouillon toutes les longueurs, et elles lui sont toutes préjudiciables. S. M. ne fait rien qui ne soit dans toutes les règles.
Mercredi V juillet, à Marly. — Outre le conseil que le.roi tint le ip^in ^ son ordifiaire, il tiiit enoorq PQfiïc^ Taprès-dinée ; et sur 1^ six be^fo^ dp soir ^ s^ IMrpin^q§ d^9 ses jardins avec m9d^^n£ la 4ttch^J3se de BQiifgo» gpe. Monseigneur joi|a au mail le M)i(; pippseigaeur le duc de ^urgogne all^ de Yer8f4Ue9 y Jpuec 4 l|gfidon. — M* 1^ cpmte de Gramo^t viut (le P^if ^ matin au lever du roi. 8. M., ayant que de partir 4e Vorsaill^Sy lui avoit permis de veuir ici ^ son Iqv^ ; il app$>rtf^ à S. M. une lettre delà comtesse de Prauip^t qiii m^rqnfii comme elle doit, tou^ la douleur qu^eUe a de lui ^yf^f déplu. Elle n'a point écrit à madame de jifûntenpq* |^ roi dit au comte de Gramont qu'il cherchent 4 Jifsti^er sa femme ; qu'elle n'avoit pas pu ignorer œ qif 'il peu*soit d'une maison où il ci:oit qv)^pu fi^it profession ^^J^Ur sénisme , qui est une secte qu'il a en l^orreur GQVf^p toutes les nouveautés dans Is^ f*eligion.
Jeudi 2, à Marly. — Le roi, après le conseil dp luprcredi, après dlper» donna cougé à ses ministres poiir le r^ste de la semaine. Il est parti d'ici 4 midi ayant dans spf) carrosse Monseigneur, madame la ducbessç de BpUP^mtfit madame de Maintenon , les ducbesses de Guicbe et di| Lude. Il a dîné dans une des routes de la forêt. Mesdaniep de Nogaret, d'O, d'Ayen et la comtesse d'Estrép^i qui sont venues dans le second carrosse, ont aussi dîné avec lui. Après le diner, le roi s'est mis dans une petite calèche avec madame la duchesse de Bourgogne , les comtesse^
4' Ayç» fA d'Eçbréef e^ a yu cquitp |e cerf. MQûs^igneuç étoft à Qiïev9i\ et mooseigppuf l^ dqc de Bpurgogfjjj aflççi. — m. 4« Saum^ry qj ip«d«4ne 4e Cb^veçpy sqf^t pq^ dç Vers^Ues en dilig^cp ppur aller A Blois yoïc ^^djnflfi Jeur fï^èrp, gui ^ mwft d'apoplexie. M^d^^^ Ck4bçrt, sa sfleflr, î^^q^rut de la Q^^e maladie.
Fçii^M» 3, à ifar^îf. — Le roi ^ prpipeii^ \q\\\ \ç jour dafls seç jardins. I^wJ^infi I* duche§«p de Bourgpçï^p ne 4Jna point avec lui ; elle aypit qtj^pgé df! boiine ^e^g pour poijvpir ftllerse l)f igneref^lreen étatde sppropieflpr le soir çivec Jui, et sur le^ sept heures e^e le yint joindre 4 la promenade. — M. de ^ouil^Qn den^anda permissiqq m rpj gpi^ V. 4e Neverg, qjii rev^pif t des eaux, dt< s'en aller e» ^pgleterFe vqjr ipad^e de l>|ft^rip , ^ sopiir, dont I4 ipal^i§ e5t fort ^i^gmefltée. — Bf. de T^ss^ revint 4fi Sayoie. l|e roi lui pjBrri^ît 4e venir icj. Le soir il s'en rptQurp§^ à Yer^JUes, M. 4p Savoie lui ^ fjût p^é^e^t d'upp fprt ^Up ép^e 4P diamants. H apprit $^u rqi à h proip^- Qadç que M- de Saint-Vçiliief étpit mqrt à Grenqble ; il avoitélé capitaine de U pprte. — |1 ^ fait si be^u 4Hr rant tout ce voyage ici que mada^ipe 1^ d^pbeisse de Bojjr- ^g^e ^ promepoit tous Je^ soirs f^près spuper et se cpuchqit fort tard sans qu'elle ait eu la moindre flexion sur ^dçnts, à qupi elle est fort|i||jette.
Sqmeffi k, à Venailks. — Le roi revint ici sur les huit heures du soir avec madame la duchesse de Bourgogne. ik s'étoient longtemps promenés à Marly avant que d'en P^r. Mom^igneuralla diner à Meudon, et revint ici le soir faire niédianoche chez madame la princesse de Conty, <^<>pmç il fait presque tous les samedis. : — Tout le temps que le roi donne au conseil qu'on appelle le conseil de dépêches, qui se tient les lundis de quinze jours en quinse JQUrç, éloit presque employé aux affaires des religionnaires, et on n'a voit quasi pas le loisir d'y parler des au- ^ affaires du dedans du royaume. Pour remédier à ctt inconvénient, le roi établit un conseil particulier qui
106 JOURJNAL DE DANGEAl].
sera composé du chancelier, de M. de BeauviUiers , de tous les secrétaires d'État ^ tant ceux qui sont en charge quelessurvivanciers^deMH. Daguesseau etdePommereu. Ce conseil se tiendra tous les quinze jours^ le samedi après diner, et puis à la fin du mois le roi marquera un jour où on lui rapportera le précis de ce qui aura été agité dans ce conseil qui n'est établi que pour les affaires des reUgionnaires , et le jour que le roi donnera pour cela Monseigneur, Monsieur et M. de Pomponne y entre-, ront. Le roi avoitmème proposée M. de Pomponne d'être du conseil particulier qui sera tenu les samedis , mais il s'en est excusé sur son grand Âge.
Dimanche b, à Venailles. — Le roi, sur les six heures, alla se promener àTrianon. On ira y passer quelques jours sur la fin de la semaine. Monseigneur alla de Meudon courre le loup dans la forêt de Sénart. Madame la duchesse de Bourgogne alla passer Taprès-dlnée à Saint* Cyr. — Madame la duchesse de Bouillon est revenue i Paris. Elle s'étoit embarquée à Calais et étoit arrivée à Douvres; et comme elle étoit prête à y mettre pied i terre, elle a appris la mort de madame de Mazarin , sa sœur. Comme elle n'alloit en Angleterre que pour la voir, elle ne descendit point de son vaisseau, et est revenue. Madame de Mazaiin est morte dans une maison à la campagne auprès de Londres (1) . Il ne revient rien à M. de la
(1) « On a eu avis que madame la duchesse Maxarin, qui étoit 'depuis fort longtemps en Angleterre , y étoit morte le 2 de ce mois , au vilh^se de CMzer, près de Londres. Elle étoit sa^u* de nvkdame la duchesse de Bouillmit toutes deux nièGes de M. le cardinal Mazarin , et s*appeloit Hortense MaiiciM. Sa beauté et son esprit faisolent grand bruit à la cour, quand elle épousa Annand-Cliarles de la Porte, duc de Retlidois, de la Meitleraye et de Blaycme, pair de France , prince de Chàteau-Porcien , comte de la Fère et de Marie , grand bailli d'Haguenau , gouverneur d*Alsace et de Brisach , chevalier des ordres du roi , cinle^ant grand maître de rartillerie. Ce mariage se Ht le 28 lévrier iA61,et il fut stipulé |»ar le contrat que M. le duc de la Mettleraye prendroit le nom de Mazarin et les armes. » (Mercure de juillet , panes 234 et 22.». )
JUILLET ie99. f09
Meilleraye par la mort de madame sa mère. M. de Mazarin a la jouissance de tout le bien. — M. de la Rochefoucauld vint hier de Liancourt^ où il a passé près de deux mois à songer à rétablir sa santé.
bmdi 6, à Versailles. — I^ roi alla tirer^ et la grande chaleur Fobligea de faire sa chasse fort courte. HonseigneuTy à Meudon^ passa sa matinée et toute Taprèsdinée à jouer au mail. Madame la duchesse de Bourgogne alla à Saint Germain voir la duchesse de Noailles et y soapa de bonne heure ; à son retour elle entra dans le cabinet du roi et y demeura jusqu'à minuit ; cela fit coucher le roi une demi-heure plus tard qu'à son ordinaire . — Le parlement a donné un arrêt pour faire casser les sentences du lieutenant général de Bar-le-Duc en ce qui regarde le Barrois mouvant , dans lesquelles sentences, en parlant du roi, il dit : « Le roi très-chrétien. )) Il falloit mettre le roi tout court sans dénomination , attendu que c'est un vassal qui parle du roi son seigneur ; et le parlement, conservateur des droits de la couronne, a très-bien fiûtde donner cet arrêt, d'autant plus que ce lieutenant général, dans onze sentences qu'il a prononcées , il a toujours mis : « Le roi très-chrétien. »
Mardi 7, à Versailles, — Le roi alla Taprès-dlnée se promener à Marly. Il fait changer beaucoup de choses dans l'appartement de Monseigneur et dans celui de madame de Main tenon. — On a nouvelles que M. de Monaco , notre ambassadeur à Rome, y est arrivé. — M. de Tal- 1^ a passé en Hollande et demeurera à Utrecht, d'où il ira souvent voir Je roi d'Angleterre à Loo, comme il fai- ^t l'année passée. — M. le comte d'Auvergne et MM. ses eofantssont convenus, pour terminer les affaires qu'ils ont ensemble sur les biens de feue madame la comtesse d'Auvergne, de s'en rapporter au conseil de Brabant , qui est composé de dix ou douze juges , et qui les jugeront comme arbitres; ainsi on évitera par là les longueurs des procédures. C'est la nouvelle comtesse d'Auvergne qui les a
110 JOURÎ^àL DK DÀlfbEAU.
pofUs les Unis et les aiitres à prendre bè |iârii4à \ ëUë êl^ përé niéinë les accommoder ici et t|ii'lls h'âbHitit p9À be^ soin de recourir àii tribunal de ftràbkfai.
Mercredi S, à Versailles. — Le fdi alla ite [ironiéiiëii à Ttianon et voir si toiit est prêt dans Taj^pàriement ijtk'il a destiné à madame la diichesse de Bour^gne, qui 11*^ à encore jamaiis couché, b n^y aura rien de changé aiii appartements du roi y de Ètbnseigneur et dès princesses ; madâine la duchesse de Bourgogne sera dans la chambte au bout du grand appartement à droite. Monseigtteilr revint de Meudon pour le conseil; il se trouvtinn peti incommodé le soir^ et ne soupa point avec le roi. — M. le pHhcé est depuis hier à Chantilly avec M. et madame du Kàine, H. le comte de Toulouse; et a\jyourd*hii{ H. le J9uc et M. le prince de Gonty y l^nt allés. i\ ^ àvM éli qiiëlque froideur entre M. let^rince et H. le Duc; tiiâiî au dernier voyage dé Mârly il y a eu unfe espèce de racconimbdèment , et M. lé Duc s'est prié dû voyage de Chantilly, dont la partie a /oit été faite satis lui; madame là Duchesse n'est point de ce voyage. — Madame hi plrincesse dé Conty, la mcriée, est revenue depuis quel*ques jours de Bourbon.
JeiM 9, à Trianon. — Le roi partit de Versailles sur lés cinq heures; il y avoit dans son carrosse madame la dùcheisse de Bourgogne , les duchesses du Lude et de Guiche, mesdames de Roucy et de Nogaret. Madame de Maintenon, qui revenoit de Saint-Cyr, arriva ici en même temps que le roi. Monseigneur vint avec madame la princesse de Conty. Outre les dames du palais, qui toutes dîneront et souperont ici , madame la duchesse de Bourgogne, madame de Chartres, madame la Dùcheisse et madame la princesse de Conty y amèneront chaenlie deux dames, outre les dames d'honneur. — On eut nbuVellé que M. de Montbazon étoit mort à Liège; il étbil interdit depuis longtemps. 11 étoit père du prince de Gùèmené et de M. de Montauban ; sa veuve est
jtJkttEt iM*. iii
éitbiAfè fth yi^, iftiis elle ne purbU jainais à là eôur. mdH^iif 19, d TrOài/koH. — SbMes six heures du soir, lé rbi lélltra tfàlis feS J&hiia§ , et ÉLpvès s'y être prétnehé qbél()dë tëtaipSi il isé titlt mt la terrasse qui re^ixle le tikiiU et y ^t el!ibàri[)tteir Honseigiieiir^ madame la dttcHëSàe dé Bôtd^ghe et toutes lei^ princesses. Honseif^hùï étbit dahs UÙë goildolë avec monseigneur le duc àte Bbiirtjbgtie et maddme la princesse de Gonty. Madame là dttëlilBSi^è de Bbor^g^nb étoit dàhs Une aube avec des dâtakbs l|U*ëllé aVblt homméés ; madame la dachesse de dtartires et tnadatUe la Dnbhesse séparément dans d'autres gt>lidol^. Toupies mu^cieusdu M étbient sur Un yacht. tèMifit appôHer dés sièges au haut de la balustrade^ (A il Itetheura jusqu'à huit heure* à eUtendre la musique 4H*ttli ftilsbit apptochéi^ le plus que Ton pouvoit. Quand le roi fut rentré au château , on alla jusqu'au bout du <8toàl, et on ne rentra au chàteaU que pour le souper. Le lU tiVoit d'abord résblU dé s'embarquer ; mais comme il A 4iiel(j[ue dis)[M>si ion à un rhumatisme, M. Fagon ne lui cbilsëilia. pas , quoique le temps fût fort beau. Après le sôtipep, Monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne se proititenêrént jusqu'à deux heures après minuit tos les jardins et sur la terrasse qui est- au haut de la ilÂiison '/après quoi Monseigneur alla se coucher. Madame la duchesse de Bourgogne monta en got}dole avec
21ques-uUés de ses dames, et madame la Duchesse s une autre gondole , et demeurèretit sur le canal jusqu'au lever du soleil. Puis madame la Duchesse s'alla couchéf, mais madame la duchesse de Bourgogne atfettdlt que thadame de Main tenon partit pour Saint-Cyr ; dlfe la vit mbnter en carrosse â sept heures et puis elle sMlà toettre au "lit sans paroltre fatiguée d'avoir tant ^^illé. Monseigneur le duc de Bourgogne , qui étoit retotihié à Versailles, veilla de son côté , se promena dans I"* jardins jusqu'au jour et puis alla jouer au mail i^u'à six heUres.
1 19 JOURNAL DE DANGRAU.
SSmmedi 11, à Versailles. — Le roi, en sortant de dîner il Triaoon , alla à Saint-Germain voir le roi et la mne d'Angleterre, et puis revint ici. Monseigneur ramena à Versailles madame la princesse de Conty, et sur les cinq heures ils allèrent à Saint-Cloud voir Monsieur et Madame. Ils virent la cascade, qui est entièrement achevée, qui est très-magnifique, et firent collation à une petite maison au bout du jardin , que Monsiem* a donnée à madame de Grancey. Madame la duchesse de Bourgogne se leva à midi, alla à la messe à son heure ordinaire avec Monseigneur, car elle fut habillée dans un instant, d après le diner elle revint ici tout droit; elle ne se trouva point lasse d'avoir tant veillé. — Madame de CaniUac mourut à Paris ; elle étoit mère du marquis de r^niUac et sœur unique du marquis de Belesbat, qui n'est point marié.
Dimanche 12, à Versailles. — Le roi, sur le soir, alla tirer. Monseigneur alla diner à Meudon, où il demeurera jusqu'à mercredi. Il n'y a point mené de dames ; il a même fort peu de courtisans avec lui. Madame la duchesse de BouM^ogne passa toute Taprès-dinée à Saint-Cyr. — ' 11 arriva un courrier du marquis d'Harcourt qui mande que le roi d'Espagne a eu quelques accès de fièvre tierce qui l'avoient fort affoibli. La fièvre a cessé ; il est mieux présentement. — Le roi de Pologne voudroit garder auprès de lui quelques troupes allemandes; mais les Polonois n'y veulent point consentir , et la diète qui est assemblée ne veut point nommer un maréchal tant cju'il y aura des troupes étrangères dans le royaume; S. M. Polonoise avoit choisi pour général de sa cavalerie en ce pays-là M. de la Forest, qui étoit sorti de France pour la religion et à qui le roi a permis de vendre ses biens en ce pays ici.
Lundi 13 , à Versailles, — Le roi alla diner à Meudon et y mena madame la duchesse de Bourgogne ; ils se promenèrent jusqu'à la nuit dans les jardins. — On
JUILLET tew. IIS
mande de Brest que M. de Relingue a mis & la voile ; il a douze frégates et sera joint par le chevalier de^Villars, qui oommande trois petits vaisseaux. Cet armement servira à iaire la guerre aux Salétins et à assurer les effets de DOS marchands qui sont intéressés à la flotte espagnole qui revient du Mexique et aborde toujours à Cadix. — On parle fort ici d^iin voyage que Madame doit faire en Lorraine pour assister aux couches de madame la duchesse royale de Lorraine y sa fille. On disoît même que Monsieur iroit et ramèneroit avec lui M. de Lorraine pour rendre au roi Thommage qu'il lui doit.
Uwii iky à Versailleê. — Le roi alla à Saint-Cloud ^ Monsieur et Madame ; ils se promenèrent ensemble jasqa'A la nuit. Le roi trouva la cascade parfaitement belle (1). Madame la duchesse de Bourgogne passa toute Tapris-dlnée chez madame de Main tenon. — Le roi, au conseil de finances^ accorda à M. Robert, procureur du roi duChàtelet^ 100^000 francs d'augmentation pour la fixalion de sa charge. Elle n'étoit qu'à 100,000 écus ; elle est prascpie à iOO,000 firancs. — Le roi a donné une pension de 500 écus à M. du Martrai; c'est M. Félix, son beau-père y qui lui a attiré cette gréice-là du roi. — On mande de Rome que M. de Monaco a eu sa première audience du pape. Il lui a parlé fort bien et en italien ; c'ëtoit une audience particulière , et aux audiences pu-
(t ) « Depiiîé plus d*an mou on ne parie ici que de la cascade de Saint-Cloud, H cd Qumge n*a jamais fait tant de bruit dans sa nouveauté. Le tcni|>s Ttjm un dë|)érir, on a restauré le haut , et on a changé le han, qu*on a §et reiait tout à neuf sur les dessins de M. Mansard. Cette augmen- I Ta lait paroltre si beau que le jardin de Saint-Cloud est tous les soirs itaupi de toot ce que Paris a de plus distingue, ceux qui ont vu ce menreiltoii omrrafle excitant les autres à y venir sur le rapport qu'ils leur en font. CMte cMode, qoi jooott auparavant tous les soirs pour le seul plaisir de Royales, ne laisse pas de jouer par l'ordre de Monsieur, les i que ce prince ne s'y trouve pas ; ce qui fait donner mille louanges a h himàf de S. A. R. » ( Mercnre de juillet, pages ?'i3 et *>.%%,)
114 JOURlfÀL 1>E DAMOEAU.
bliques l'ambassadeur parle toujours la laïkgai dû pHooe qui renyoîe.
Mercredi 15, à Marly. — Le roi partit de Versaillei de fort bonne heure et vint ici, où il demeureradix jours. Madame la duchesse de Bourgogne a pris rappartemeat haut, comme le dernier voyage. Monsieur et Madaimi sont à Saini-Cloud. Le roi n'a amené que la moitié des daines du palais, celles qui n'y étoient point le dernier voyage. S. H. a ordonné un nouveau bâtiment ici aupràa (lu second commun. Il y aura treize ou quatorze loge* ments ; le roi en avoit déjà quatre-vingt-dix ici, ses petits officiers logés. Le marquis de Hautefort est ici, qui n^y étoit jamais venu. Monseigneur revint ici le soir do Meudon et passa par Versailles, où il prit madame la princesse de Conty. — Le bâtiment nouveau qu'où fiût faire donnera moyen de loger la suite de monseigneur la duc de Bourgogne quand il couchera ici , ce qu'il n*a jamais fait encore.
Jeudi 16, à Marly. — Le roi se promena le matin et le soir dms ses jardins. — Monsieur vint de SainMUood à Paris voir notre cérémonie des chevaliers de Saint* Lazare qui se faisoit à Tabbaye de Saint-Oermain ; je lui avois fait préparer une tribune du côté de Tépitre, où il put être convenablement avec les dames qui avoient en rhonneur de le suivre. Monsieur (it entrer aussi dans sa tribune Tainbassadeur de Portugal, qui se trouva là. Monsieur voulut que je fisse toutes les fonctions de grand maître, et que la cérémonie se passât comme s'il n'eût point été présent. Le feu roi a quelquefois assisté à oes cérémonies-là dans Féglise de Saint-Lazare^ et nous avons dans nos registres qu'il ne dédaignoit pas même de recevoir une partie des chevaliers. Monsieur nons parut content et surpris du l)on ordre qu'il y eut. Mon*sieur retourna diner à Saint-Cloud (i).
(1) « Le ieufli, 16 de ce mois, S. A. R. Monsieur vint de Sêinl-OkNid à rab-
JUILLET iM9. Il»
Vénéirûéê il, à MflrJy . — Monsieur vint de SainUCloud iïa&t avec le roi, et S. M. lui fit oonter tout le détail de noire cérémôme, dont il eut la bonté de dire plus de riiMeo obligeantes que cela ne mântoit. L'apràs*dLnée il mtoiiriut à Saini-Gloud. Le roi se promena dans ses jaiv dinsjusGpi^à la nuit. — r Les BoUandois n'ont point en-
WyedeSiiiiNSernMfaidesPrés, oùtet diertliera fie Tordre de !lotreI>ame de IM-Cmnel et de Saiiil-Lftsare eélébroientla Me de Notre-Dame de Monl- ChwL IIoiisiear« qd afoit réaoladiioiiorer cette cérémonie de m préeence , tiatdeseflodre dans la cour da palais abbatial , où M. le marquis de Dangeau , 9*m1 ttillre de Tordre de Saint-Laiare, aœorapai^ de quelques-uiM- des éefiyen,tereçtttàiade>oentedegoacarmMe,etlui demanda permitsionde ttMfreraneliapitre , oè le reste des chevaliers éloient assemMés pour aller à Nghe. Measienr OMMta dans les appartements de Tabbaye avec toutes les >i»wi—ide qanHIé de sa suite, et quelque temps aprte il vint à Téf|lise précéiépvlf. de SanleaiL, commandeur de la commanderie de Pigperoly prévôt it mure des cérémonies de Tordre de Saint-Lazare, qui étoit demeuré près de A. i.ll pour la condoitA. MowUenr trouva le père général qui le reçut à la Me de ses religieu%. Oe prince voulut être imcognito à cette cérémonie, et <NéMBi qu'elle se fit à Tordinaire, comme s'il n'y avoit pas été présent. H iiiljilaeé dans une tribune qu'on lui avoit préptirée à la droite de l'autd , et il y il eilrer les personnes de distinction de sa suite et M. l'ambassadeur (Ih M^tl. L'église étoit tonte tendue de riches tapisseries , et le parterre cou- ^ de tapis de Turquie. Le fauteuil du granl maître et son prie- Dieu étoient M nieu de la nef, et depuis le fauteuil jusqu'aux trois marciies qui sepveot le ehœnr d'avec la nef il y avoit de chaque cAté deux, rangs âe sièges «•■vntft de drap vert et ansarante pour les chevaliers. Les deux côtés de Té- #tt dtoieat en amphithéâtre en face et clans la même disposition. Sitôt que INiiBBr fat dans sa tribune, le uiaitredes cérémonies, ayant pris ses ordres, ^ «fertlr dans le chapitre le grand maître et les chevaliers. La marche com- *ençipsr les huissiers de Tordre, ensuite vinrent les élèves de Tordre de M-Lazare, qui sont huit jeunes geoUlslioinines des plus illustres maisons du i^Wk; le héraut, qui marchoit seul après eux, étoit suivi par les frères *TiitB, tous habillés de drap amarante avec des boutonnières d'or et d'ar* M Après les frères servants venoient les novices qui dévoient être reçus te l'ordre; après les novices les chevaliers marchoient deux à <leux, au
B de près de soixante, les moins anciens marchoient les premiers , tous 'te de l'habit uniforme de Tordre , de velours amarante enriclii d'or et 'irVQt.
* Le gnnd maître marchoit seul , revêtu du grand manteau de cérémonie ^ l'ordre. Quand il fut à sa place , ayant deux ecclésiastiques de Tordre à ses ^^> elles chevaliers étant assis , le maître des cérémonies vfnt au milieu «lu ^l^'^fnt, et après avoir Cait la révérence à Tautel , au gran<l maître et aux
ff6 JOURNAL DE DANGEAU.
▼oyé la ratification pour le tarif, et le Toia fiâtéerire à H. de BcmTepaiix^ son ambassadeur, de les preeseraur cela. A faute d'y satisfaire comme ils y sont engagés^ S. M. remettra les choses en Tétat où elles étoient avant le traité que M. de Pontchartrain a fjBtit avec H. de Nieuporty qui étoit ici leur député pour cette afTaire ; le re>
cliev«KarsÀ droite et à gUMbe, il fit sipw an noTîoeSyqoi eatrèitit dass k pirterre deiix à 4leu\, et apr^ les réTëreuoes. laites ils miiaU leurs ëpé» «4 iHirs croix sur une table qui aToit été préparée pour cela, et reloiinièrail à leurs places.
« Lk inesse commença. Le grand maître el le^chevalien nireBt Tépée àla main pendant TévanKile; le grand maître alla à roffirande, précédé dn liémut, a)ant à ses côtés le maltiv des cérémonies à droite, et M» de Bn§An trésorier de Foidre, à gancbe; il lit la révérence à l'tatel et mu cheialim, et comme Monsieur avoit défendu qu'on le saluât, le grand maître et les chcviliers, en passant devant S. A. R. tirent seulement une profonde inrUnatinn
t Après quele grand maître hit retourné à son fanteoily les chefillers allèrent à roarande,deu\ à deux, les anciens marchant les premiers. An Jm* «les marelles qui séparent la nef d'avec le sanctuaire, ils tirent leurs révérences, montèrent les marches, allèrent à Toffirande, et retouinèrent à lenrs places par «ierrière leurs bancs afin de laisser le parterre libre.
« L'on continua la messe, qui fut célébrée par les reNgjbu de Tabbaje de Saint-liermain« Les officiers étoient revêtus dès ornements de Tordre, du velours amarante et vert enrichi d*or. La messe finie, le ^rand naître alla an fiMiteuil qui hii étoit préparé près de Tautd, du côté de l'éraii^, oè M nçÊÈ «lans l'ordre six cbevaUers, un chapelain et unfkère servant Un nomlire dos che^afiers étoient M. de Granoski, d'une des plus illustres maisons de Pulogpe; M. de Casiellane , de la maison des anciens souverains de Casteflane en Provence et le phts âgé dos élèves de Tordre; M. de Vitenval et M. le marquis de Pineville , tous deux de très-nobles et anciennes maisons de Normandie.
• La réception «les chevaliers étant finie, S. A. R. si>riît de la. tribune, rn- INissa par U même porte «hi elle etoit entrée , monta en carrosse et s*en retourna à Saint-Cloud. Le grand maître, qui Tétoit allé conduire jusqu'à la purtièfede soncarf«ise,s'en revint à Tegfise, oà les chevaliers retoumèrentan cbnpitrt^ «lans le même ordre qu'ils étoient venus. De là ils allèrent dans la grande salle de Tappartemcnt «le M. le cardinal de Furstembeig , an palais abbatial, où ib «Huèrent en réf«>rtoiiv. Après diner ils assistèrent à vêpres dans le même «mire qu'à la messe, et K» l«^lenMin matin ils allèrent à régfi$e des Canmes «les Billettes. où Ton célébra h iiiess*^ pimr ks chevaliers morts , comme fls ont actXKituroé «l«« le fiiir^ deux fois Tannée , le lendemain de leurs cérémonies.
< M. le prince' «TAnspach , M. le prince Vaini , Romain , cbevafier «les or^lres du roi, MM. les trois princes de Zaroolski , Polonois, et M. le comte de Ri^Ain^ a«i<tèn«nt à«-Hle-«*i. . V^rrttre «1«» juillet . paf!e< ?fiO-^7^. >
JUILLET i6M. 117
tardement de cette ratification egt fort préjudiciable au oomoMoe pour les deux nations.
SmeéH 18 , à Marly. — Le roi ^ sur les cinq heures» mena madame la duchesse, de Bourgogne à la roulette et aa mail, et puis ils descendirent et se promenèrent dans les jardins. — Monseigneur le duc de Bourgogne vient icide Versailles de deuxjours Tun^ comme il a accoutumé défaire. — Les Écossois ont fait depuis quelque temps on établissement dans TAmérique au golfe de Darien (|iii donne beaucoup d'ombrage aux Espagnols (1). Ces Eoossois jusqu'ici n'agissent qu'au nom de la compagnie éoosBoise des Indes occidentales et n'ont point encore été avoués du roi d'Angleterre ; mais si S. M. B. les veut soutenir, rien ne seroit plus à craindre pour les Espagnols, avec qui ces Écossois voudroient partager le commerce de ce pays-là, et s'introduire peut-être dans le Mexique 00 dans le Pérou. Cette affaire donne beaucoup d'inqoiétade à la cour de Madrid.
Dmumeke 19, à Marly. — Outre le conseil que le roi
tint le matin avec ses ministres, il travailla encore l'a-
près-dinée avec M. de Pontchartrain ; après quoi il alla
se promener dans la forêt avec madame la duchesse de
Bourgogne. Le roi y fait placer des tables dans de belles
routes, en différents endroits, pour y pouvoir manger à
1 ombre. — Leduc Salviati,ralné de cette maison et d'une
intincfae établie à Rome depuis cent ans , a écrit au roi
pour lui demander permission d'arborer sur son palais à
Rome les armes de France. Le roi lui a fait réponse et
loi a accordé ce qu'il demandoit, et l'a traité de cousin
dans sa lettre; il a Thonneur d'être parent proche de
la maison de Médicis. Le roi a toujours fait aussi Thon-
neur au prince Vaini de le traiter de cousin depuis que le
pape l'a &it prince.
(i)lii ai OBtélécliaMés par les Espagnols. (Noie du dMC de lAtjfnes.)
MM .fOURNAL DR DAffGEAU.
Liméi 10, Il Ifarly. *- Le roi tm^aUltt r^efièê^ûÊné^ Mvm^ M. Fallntier rintendant, qui revient d« faim ktiri^ Mit<H Ha iilmioam places où le rm fait IravaiHeil Le aoir le ml «il lii reine d^Angleterre Tinrent id; ils s'y prame* livrent; la reine y joua. Ils soupèrent comme ils ont ai>lUMiliimt^ de faire toutes les fois qu'ils y viennent. -~ Le viiiux nhM de Polignac est mort; il étoit oncle de celui qui i^toit ambassadeur en Pologne. 11 avoit une abbaye 1)11 Normandie assez considérable ; il a donné en mourant ce qu'il avoit de meilleur au chevalier d^Angoulème^ premier gentilhomme de la chambre de M. le prince de Conty. — M. Tabbé de Montigny, oncle de M. le duc de Reauvilliers y est mort; il avoit donné jtout son bien aux ]Niuvres et à des maisons religieuses et ne vivoit que d'une petite pension que le roi lui donnoit depuis quelques années.
Mardi 21 9 à Marly. — Le roi tint conseil de finances, conmie il a accoutumé de faire les mardis. Le soir il se pi*omena jusqu'à la nuit dans les jardins avec madame la duchesse de Bourgogne. Monseigneur partit à aix heures du matin pour aller courre le cerf dans la forêt de Montmorency avec les chiens de M. du Maine. Mon* seigneur ne revint qu'à huit heures ; le cerf les mena jusqu'auprès de nie-Adam , et M. le prince de Conty, se voyant si près de chez lui^ y demeura. — Le pape n'avoit point voulu encore accorder de bulles au prince de Murbach pour cette abbaye. S. S. veut bien en donner présentement avec un bref salvatoire pour les jouissances passées^ pourvu qu'après la mort du prince de Murbach Tabbaye revienne en règle et qu'on éUse présentement un moine pour coadjuteur. I^e roi a consetiti à ce que le pai)e souhaitoit là-dessus, et M. de Torcy a ordre de le dire à M. le nonce.
Mercredi ^^, àMarly. — Le roi, après le conseil, donna congé à ses ministres pour le restt» de la semaine. Les grandes chaleurs font qu'on sort fort tard pour la pro-
JUILLET iW9. Ii«
menade. Madame la duohesse de Bourgogne , outre les promenades qu'elle fait avec le roi jusqu'à la nuit^ se promène encore souvent après souper. Elle s'amuse quelquefois i jouer à un petit mail qu'on a lait sous le ber* ceaa de madame la Duchesse y et le roi a ordonné qu'on en fit un petit comme cela pour les dames, à Trianon, qni sera pcèt le premier voyage qu'on y fera. — M. de Lorraine a écrit au roi une lettre très-respectueuse et tré»-scmmise par laquelle il témoigne à S. M. la douleur qu'il a de ce que ses officiers de Bar, par ignorance ou par sottise^ ont fait des démarches qui leur ont attiré dn parlement de Paris la répréhension qu'ils méritoilsnt. M. de Lorraine ne se contente pas de désavouer ses of« fiders, il a cassé le bailli de Bar qui avoit rendu ces ome sentences où on avoit mis : « Le roi très-chrétien, s an lieu de mettre : « Le roi, » tout court.
Jméi 13, à Marly. •— Le roi dîna à midi précis. Il ne dîna avec lui que madame la duchesse de Bourgogne, mesdames de Montgon^ de Lé vis , les comtesses d'Ayen et d'Estrées. Monseigneur dina en son particulier. Après le dîner , le roi monta en carrosse avec Monseigneur elles dames qui avoientdiné avec lui et alla dans la f<»èt, où il vit courre le cerf. Madame de Chartres et madame la Duchesse tinrent les tables du roi pour toutes les dames qui étoient restées ici. — Deux officiers du régiment du roi se battirent hors des barrières de leur camp; celui qui avoit attaqué, qui étoit un duPlessis-Bellière, fut tué. Le roi a ordonné à M. de Surville, qui lui en est venu rendre compte , de faire faire des informatioofl très-exactes. L'officier qui a tué est en fuite, et on prétend qu'il n'y a point eu de sa faute, et que son camarade Favoit forcé de mettre Tépée à la main.
Vemdredi S4, à Marly. — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise. L'après-dinée il se promena sur les hauteiu*s de Marly avec madame la duchesse de Bourgogne, et|puis revint dans son jai'din, où il se pro-
iio JOURl^ÀL DK DÀMëEAU.
pofiès lès uns et 1^ autres à prendre ëè ^tàirll-là ^ elle ëÈn pSrë inéhié les accommoder ici et t|ii'ils h^àiirtttit pBÀ besoin de recourir ad tribunal de ftràbàfai.
Mercredi 8, à rersaxlles. — Le roi alla 6e (Ifonienëi^ à tHâhon et voir si toiit est prêt daîiS raj^pàrlèment dù*il à (lëistiné à madame la diichesse de Bourgogne, qui n^y à eiicore jamaiis couché, b n^y aura rien de changé au± appartements du roi y de Ètbnseigneur et des prihcessj^ ; n&sîdâine la duchesse de Bourgogne sera dans la chambre âù i)6ut du grand appartement à droite. Monseighëilr revint de Heudon pour le conseil ; il se trouva un peti incommodé le soir, et ne soupa point avec le roi. — M. le pl^iilce est depuis hier à Chantilly avec M. et madame du îtaine, M. le comté de Toulouse; et aujourd'hui H. le Duc et M. le prince de Conty y sont allés. ïl y àvoit éli qiiëlque froideur entre M. lethrince et M. le Duc; niaii au dernier Voyage dé Màrly il y a eu une espèce de racconUfJibdément y et M. lé Duc s'est prié dti voyage de Chantilly^ dont la partie adroit été faite satls lui; madame là Duchesse n'est point de ce voyage. — Madame la pHncesse dé Conty, la mariée, est revenue depuis quelques jours de Bourbon.
Xeuài 9, à Triànon. — Le roi partit de Versailles sur lès cinq heures ; il y avoit dans son carrosse madame la dUichesse de Bourgogne , les duôhesses du Lude et de GUiche, mesdames de Roucy et de Nogaret. Madame de S&inteUon, qui revenoit de Saint-Cyr, arriva ici en même temps que le roi. Monseigneur vint avec madame la priUcessede Conty. Outre les dames du palais, qui toutes dîneront et souperont ici , madame la duchesse de Bourgogne, madame de Chartres, madame la Duchesse et madame la princesse de Conty y amèneront chacune deux dames, outre les dames d'honneur. — On eut nbuVellé que M. dé Montbazon étoit mort à Liège; il ètbit interdit depuis longtemps. 11 étoit père du prince de Gùëmené et de M. de MontaubaU; sa veuve est
JUliXET iW9. tu
depuis peu à Pont-àrMousson ; c'est un homme que nous ne voyons point en œ pays ici et qui n'est point à portée d'avoir aucune de ses charges.
LmH Vtf à YenaiUeê. — Le roi passa Taprès-dlnée cbei madame de liaintenon et s'alla promener le soir à pied dans ses jardins. Monseigneur dina chez la duchesse duLiide avec madame la duchesse de Bourgogne, madame la princesse de Conty et plusieurs autres daimes^ et alla à Saint-Gloud Taprès-dinée, où il y eut grand jeu. — Le matin au conseil des dépêches il fut ordonné que Tâfigàre de M. de Bouillon avec M. le duc d'Albret^ son ils, seroit renvoyée au conseil des parties pour juger Té- ^rocalion,et le roi chargeaM. dePontchartrain de parler i H. d'Albret pour savoir de lui s'il voudroit convenir dWchambredesenquétesavecM. son père pour terminer ioutes leurs affiiires et qu'il feroit voir par là que ce qu^il avoit dit étoit véritable et qu'il ne songeoit point i éloigner le jugement* — M. Soupir^ capitaine aux gvdes^ est mort pour s'être fait couper un cor au pied.
Mardi 38^ à, Venailles.' — Le roi alla Tàprès-dinée se promener à Marly . Monseigneur courut le loup et revint de fort bonne heure de la chasse. — Le roi a donné la loos'lieutenance de ses mousquetaires noirs y qu'avoit M. de Hirepoix^ à H. de Canillac^ qui étoit premier en- MÎgDede la compagnie , et l'enseigne a été donnée à M. Cœurli^ qui en étoit premier cornette^ et la cornette a été donnée au plus ancien maréchal des logis qui s'appelle Trebons, et le roi s'est souvenu qu'il l'avoit vu au siège de Namur (1). — M. le duc du Maine
(1) Il commanda, en 1692, à Tattaque de la Cassote du château de Namur, le pnuàtf détachement nommé des Enfants-Perdus , y donna à leur tête avec ÉMiiëlDipétiMMilé qu'il mit la terreor parmi les assiégés, qui se retirèrent, et rwçai dans cette occasion une blessure très-dangereuse. ( Abrégé chronoloi et hitiorigue de Vorigijme, du progrès et de F état actuel de la Mai-
iifii M, par le Pippre de Nctnf ville; 1734, tome II, |)age 228.)
12Î JOURIIAL DE DàMGEAU.
donna dimanche aux of&cîen de la efaambn âm rék i8,00p francs pour les deux aamenta qu'il prêta.
Mercredi 29, à VersaiUee. -^ Le roi alla tirer Tapièai dinée. Monseigneur alla dîner, à Mendoii et n^y maiia que des joueurs de mail ; il y joua jusqu^à la nuit, -^ La matin à Paris, le prince de Marsillac mourut de lape* iite vérole; il étoit iils du duc de la Roche-Guyon et petit fils de H. de la Rochefoucauld; il n^avoit que dix-huit ans y et depuis quelques années il étoit oourtisaii fort assidu de monseigneur le duc de Bourgogne qui a témoigné le regretter beaucoup. — Le roi a donné la oom* pagnie qui vaquoit dans son régiment des gardes A H. d'Aciy qui étoit le plus ancien aide-major; et Faida" majorité a été donnée à Lusancy^ ancicoi lieutenant et dont le père est mort capitaine dans le même régiment. Il a fait monter tous les autres officiers ^ et a donné renseigne vacante par la promotion à un anden momh quetaire que lui a recommandé M. de Maupertuis.
Jeudi 30^ à Trianon. — Le roi partit à quatre heures de Versailles pour venir ici. Madame la duchesse de Boop* gogne arri^'a un moment après*. Monseigneur arriva ensuite avec madame la princesse de Conty. Le roi et la reine d^ Angleterre y vinrent sur les six heures. Monsieur y vint de SaintrCloud voir le rot. LL. MM. se promenèrent jusqu'à la nuit, et ensuite la reine joua au lansquenet avec Monseigneur. Madame la duchesse de Bourgogne demeura au jeu et joua même à la réjouissance^ ce qu^elle n'avoit point encore fait. U y eut trois tables à souper; LL. MM.5 madame la duchesse de Bourgogne et madam» de Chartres étoient à la première ; Monseigneur tenoit la seconde avec madame la princesse de Conty; monseigneur le duc de Bourgogne, avec madame la Duchesse, tenoit la troisième. Monsieur retourna à Saint-Cloud après la promenade. Le roi et la reine d'Angleterre retournèrent à Saint-Germain après souper, et le roi et toutes les princesses allèrent les conduire jusqu'à leur carrosse.
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McHueigMiir le duc de Bour^o^e retourna à YermUM après minuit* Outre les dames du palais qui dînent et sou* peDt toutes ici, madame la duchesse de Bourgogne nomma huit daines pour le souper, et les princesses en menèrent chaeime trois. 11 y avoit quarante personnes en tout aux trois tables ; en tomptant quatre dames angloises que la reiiie avoit amenées. Il y devoit avoir une iUumination nir le canal et de la musique , mais il n'y en eut point paiteqaec'étoit le jour de la mort de la feue reine. — H. le doc du Haine, comme grand maître de l'artillerie, dont il Tient de prêter le serment, doit être reçu à la chambra des comptes, attendu qu^il est ordonnateur en cette qualité; sa place seroit à la tete du doyen, mais comme prince du sang le roi a réglé qu41 seroit placé entre le piemier et le second préaident. U n'y avoit point eu d'exemple de prince du sang qui eût eu de ces charge»» làf et voilà une règle pour Tavenir .
findrêdi 31, à TV^mofi. — Le roi alla tirer Taprès^ dlnée; Monseigneur le suivit à la chasse. Madame la du* cheiK de Bourgogne joua au mail, et Monseigneur y ntVy voir jouer après la chasse du roi. — M. de Vendôme parut iô pour la première fois depuis les grands remèdes qu'on loi a faits; on le^ croit entièrement guéri, et il s'en va pour quelques mois à Anet. — Le roi adonné l'abbaye de Ihobeuge à madame de Noyelles, une des plus ancien- Qttchanoinessesde la maison. — On bâtit dans la petite ^wxtàt Monseigneur un logement (1) où Monseigneur ^ due de Bourgogne s'habillera le matin en sortant de ditt madame la duchesse de Bourgogne ; on compte de Itt mettre ensemble au retour de Fontainebleau. Outre ^ petit logement qu'on bÀtit, monseigneur le duc de
(|) Ce logemeoty ûtaé au premier étage du paJais de VeraaUles, connouni- ^ ^ rapptrtement de la reine, occupé par la duchesse de Bourgogne , à rniilmlpre ^ rdi, et fonrni plus tard \» petits appartements des reines ^i«ieiftBMui,«t Marie-.
Bourgogne aura le logement de madame la maréchale de la Mothe. Monseigneur le duc d'Anjou prendra le logement qu'avoit monseigneur le duc de Bourgogne ; celui de monseigneur le duc d'Anjou sera pour monseigneur le duc de Berry^ et celui de monseigneur le duc de Berry pour madame la maréchale de la Mothe.
Sœnedi V août, à Versailles. — Le roi se promena jusqu'à sept heures du soir à Trianon avant que de venir ici ; il en ramena avec lui madame la duchesse de Bourgogne. Monseigneur revint avec madame la princesse de Conty. — M. le marquis d'Huxelles marche à Weissembourg avec quinze ou vingt bataillons et vingt-cinq escadrons^ et entrera de là sur les terres de l'électeur palatin, en cas qu'il ne paye pas à Monsieur les 200,000 firancs qu'il lui doit payer tous les ans par le traité de Ryswyck, ei\ attendant que les prétentions de Madame soient réglées dans le fond. M. l'électeur palatin a déjà levé cet argent-là sur ses peuples, et c'est ce qu'on appelle dans le pays Vorléanse guelle; mais S. A. Ë. a employé cet argent ^ d'autres dépenses, et n'a point payé Monsieur. 11 est porté par le traité de Ryswyck qu'en cas que M. l'électeur palatin ne voulût pas payer le roi l'y pouvoit contraindre p€ur exécution militaire sans que ce soit une infraction à la paix.
Dimanche 2, à Versailles. — Le roi, sur le soir, alla tirer dans son parc. — Monseigneur alla à Meudon, où il demeurera jusqu'au premier voyage de Marly; il ne couchera plus ici qu'au retour de Fontainebleau, dont le voyage est réglé au 3 septembre. — Madame partira le 16 pour aller en Lorraine aux couches de madame la duchesse royale, sa fiUe. Madame de Ventadour, sa dame d'honneur, ne la suivra point à ce voyage, parce que, étant duchesse, elle prétendroit qu'on lui fit à cette cour^là les mêmes traitements et les mêmes honneurs qu'on y a faits aux princesses de Lorraine qui y ont été depuis le mariage. On croit que madame de Ventadour ne fait rien en cela
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9U8 la participation de S. M. , qui ne voudroit pas que les grands de son royaume soient moins bien traités que les princes étrangers*. On dit toujours que Monsieur fera aussi ce voyage, mais il ne partira qu'après Madame.
* L'auteur des Mémoires, toujours favorable à la maison de Lorraille, a oublié id qu*il a vu M. de Guise, le mari de la petite-fille de Fnnee, ne jamais domier la maie chez lui à pas un prince lorrain, tandis qu'en leur présence il la donnoit sans difficulté aux ducs.
Imdi 3, à Versailleg. — Le roi prit médecine, comme il a accoutamé de la prendre tous les mois; il travailla le matin avec M. de Pontchartrain, et Taprès-dlnée il tint conseil d'État. — Monseigneur est à Heudon; il n'y a point mené de darnes^ mais il a vingt-sept ou vingt-huit courtisans avec lui; il se promena tout le jour dans ses jardins bas, et le soir joua au brelan . — Il y a deux jours que le jeune marquis de Bissy^ petit-fils du chevalier de l'Or- * dre, suivant monseigneur le duc de Bourgogne, qui revenoit de Noisy à cheval, fit une cruelle chute ; on Ta trépané, et on ne le croit pas sans péril. — M. le comte de la Bourlie, frère du comte de Guiscard et colonel du régiment de Normandie , a demandé au roi permission de vendre ce régiment.
Mardi k , à Versailles. — Le roi ne sortit point ; il travaillaraprès-dlnée avecM. Pelletier T intendant, comme il aacooutumé défaire tous les lundis; il n'y avoit pas pu travailler hier, parce que Taprès-dinée il travailla avec ses ministres, et il avoit remis M. Pelletier au lendemain. — Monseigneur partit deMeudon à six heures du matin ; il *lla dans la forêt de Sénart pour y courre le loup; mais •«vilain temps Tempècha de chasser, etil étoit de retour imidi. — Les députés des états de Languedoc harangué- • '^t le roi et toute la maison royale ; c'étoit l'évèque de Cominges, frère de Dénon ville, qui portoit la parole; ils allèrent ensuite dîner chez M. le duc du Maine , leur gouverneur, qui leur donna un festin magnifique, comme il
tH JOURNAI^ p£ lUUGEAU.
a aeoutiviié de laire tous le» ans à pareille oocaftioa^ Mercredi &, à Morly. — - Le roi partit de VersaîlU^ après 9on dlaer et se promena ici jusqu^àlanuit. Monseigneur revint de Meudon tout droit ici. Madame la dur chesse de Bourgogne vouloit aller prendre madame de Haintenon à Saini-Gyr^ où elle étoitdès le matin ; mais elle la trouva en chemin. Monsieur et Madame sont de ce voyage, qui durera jusqu'à de demain en huit jour*?. Madame la duchesse de Foix est ici; il y avoit fort longtemps qu'elle n'y étoit venue. — Mademoiselle d'Auvergne, tpii se mit rhiver passé dans les Carmélites à Paris ^ y a pris l'habit il y a quelques jours. — M. l'électeur de Bavière a envoyé M. de Monasterol en Espagne , et l'on croit qu'à son retour il apportera à S. A. E. ordre ou permission de quitter le gouvernement des Pays-Bas ; on dit même que le conseil d'Espagne y doit envoyer pour gouverneur le comte de Monterey.
Jeudi 6, à Marly. — Le roi dîna seul avec Madame et « madame de Ventadour et puis mon«aen carrosse avec elles et Monseigneur^ et alla dans la plaine d'Achères, où il fit la revue de ses quatre compagnies des gardes du corps et des grenadiers à cnevd. Le roi et la reine d'Angleterre y vinrent. Au retour de la revue , il plut tant que le roi ne se put pas proiiener le reste da jour. — Le comte de Zinzendorf, envoyé de lempereui', est arrivé à Paris. — La marquise d'Harcourt est arrivée à Bayonne revenant de Madrid; le roi d'Espagne est plus mal que jamais, et le roi même en a parlé comme n'y ayant plus aucune espérance qu'il put guérir ni qu'il puisse traîner longtemps. On prétend que toutes les affaires de sa succession sont réglées.
Vendredi 7, à Marly. — Le roi alla sur les hauteurs de Marly^ où il avoit fait venir ses quatre compagnies des gardes du corps et ses grenadiers à cheval ; il en fit la revue encore plus exactement que le jour d'auparavant; il les vit à pied et à cheval, et les trouva plus beaux et
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montés que jamais. -«- Honsieur^^ qui étoit Cfeché que la duchesse de Ventadour n'ailoit point en Lorraine, pria S. H. de commander à cette duchesse de suivre Madame en ce pays-là; mais elle ne verra M. de Lorraine et madame la duchesse royale que quand Madame y sera pour éviter les embarras qu'il y auroit sur ie siège qu'on devroit lui donner. Madame de Ventadour a dit à Monsieur qu'elle suivroit Madame comme le roi lui avoit oiv doimé; et quand Monsieur }^i a parlé de Tamitié qu'il avoit toujours eue pour elle , elle lui a répondu que pour st personne elle avoit toujours eu scyet de s'en louer^ mais qu'il n^en étoit pas de même pour sa dignité.
* Monsieur étoit le plus grand eonemi du rang des ducs à cause du dievaiier de Lorraine, qui Ta gouverné toute sa vie très-salement et liootMiaement.
SmMdi 8, à Marly. — Le roi se promena tout le matin dans ses jardins; il en (ait encore 6ter toutes les fleurs qii bordoient ses aUées. L'après-dlnée i\ se promena en olèche avec madame la duchesse de Bourgogne, et la plaie le fit rentrer de bonne heure. — On eut nouvelle ^ Venise que le cardinal Delfini y étoit mort; il étoit pitriardie d'Âquilée et oncle du nonce qui est à Paris; il avoit pris pour son coad^uteur au patriarcat le frère cadet de M. le nonce ; il vaque par sa mort une septième place dans le sacré collège. — On mande de Rome que le pape se porte un peu mieux ; mais il a quatre- vingtqiuike anset ses jambes s'enflent. — On mande deCopenbague que le roi de Danemark est fort mal ; il n'a que cioqoante-cinqans; mais c'est un corps confisqué (1), et Ton n'en espère plus rien.
Dimaneke 9, à Marly. — Le roi tint conseil tout le ma-
il) Coafisqiié «e àH d'une chose qui apfMtremnieot est perdue ou rainée... C^ 01 bonine confisqué, qui oe relèvem jamais de cette iiaaiailie. ( Dici. de
Trémx.)
tin à son ordinaire, et se promena Taprës-cUnée dans ses jardins avec Monseigneur et madame la duchesse de Bour« gogne. — On commence à dire que Monsieur n'ira point en Lorraine; ilpourroitbien arriver même que le voyage de Madame se romproit ; il est déjà retardé pour quelques jours. — M. le duc de Savoie, en allant aux eaux de Saint Maurice, a vu M. de Vaudemont à C6me. S. A. R. se rapporte au roi des différends qu'il a avec M. de Monaco. L'intendant de Provence et M. de Briorde, notre ambassadeur, prendront connoissance de cette affaire, en ren* dront compte au roi, qui en décidera. — Le comte de Manchester, ambassadeur d'Angleterre, est arrivé à Paris. *
Lundi 10, à Marly. — Outre le conseil que le roi tint le matin à son ordinaire, il travailla encore TaprèSHlinée avec M. Pelletier. Monseigneur partit d'ici à midi pour aller courre le loup dans la forêt de Saint-Germain; mais il n'en trouva point. — Madame la princesse de Conty a obtenu du roi que mesdemoiseUes de Sanzay et de Vian* tais, ses filles d'honneur, pourroient manger avec madame la duchesse de Bourgogne ; Monsieur ne s'y est point opposé, quoiqu'il n'ait jamais voulu consentir que les filles d'honneur de madame la Princesse mangeassent avec Madame. Voilà présentement un exemple pour toutes les filles d'honneur des princesses du sang, filles du roi. — Le roi a donné à madame de la Roche, l'amie de M. Bontemps, une augmentation de 1,000 francs à sa pension ; elle en aura trois présentement.
Mardi 11, à Marly. — Le roi tint le matin conseil de finances à son ordinaire et après son diner il monta en carrosse avec Monseigneur, madame la duchesse de Bourgogne, madame la Duchesse et trois dames du palais, et alla dans la forêt de Saint Germain courre le cerf avec les chiens de M. le duc du Maine, qui a le plus magnifique équipage qu'on ait jamais vu. Dès que le roi fut arrivé au rendez-vous, il monta dans* une petite calèche avec madame la duchesse de Bourgogne; Monseigneur monta A
cheval ; madame la Duchesse^ avec les trois dames du palais, moDtèrent dans une autre calèche. Aprèsla chasse, M. du Haine donna une superbe collation à la porte du parc qui entre dans la forêt; il y avoit cent soixante plats. Au retour de la chasse, lafièvre prit à madame la duchease de Bourgogne. Elle s'étoit trouvée un peu mal le matin d^une fluxion sur les dents ; elle n^avoit pas voulu ^ le roi le sût de peur que cela ne TempèchÀt d'aller à la chasse. Le vent qu'il fit augmenta fort la fluxion; eUe n'eut ni mal aux reins ni mal au cœur: aussi on ne croit (as que ce soit une fièvre maligne.
Mercredi 12, à Marly. — Le roi après son lever monta chez madame la duchesse de Bourgogne, qui avoit eu la fièvre toute la nuit ; elle Vent même encore toute la journée avec un redoublement sur le soir. Le roi la vint voir «ûcore au retour de sa promenade. — Outre le conseil ^ le roi tint le matin à son ordinaire et durant lequel il arriva un courrier qui apporta de gTOSses dépêches, S. M. tint encore conseil Taprès-dlnée. — M. le marquis d^Huxelles a ordre de s'emparer de Gemersheim et de se saisir des revenus de M. l'électeur palatin jusqu'à ce que Hadame soit payée. On envoie quelques officiers généraux pour joindre le marquis d'Huxelles, et ces officiers généraux sont les directeurs et les inspectem^s des troupes qui sont en ce pays-la, tant de cavalerie que d'infanterie.
Jeudi 13, à Versailles. — Le roi partit de Marly sur les çiatre heures, alla à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre, en arrivant ici alla chez madame la duchesse de Bourgogne, qui étoit partie de Marly avant lui ; n ne lui reste plus de son mal qu'une fluxion sur les dents. — Monseigneur partit à neuf heures de Marly pour courre le loup, et arriva à deux heures à Meudon, où il demeurera jusqu'au premier voyage de Marly. — Mon- ^Jr et Madame allèrent à Paris et virent du Louvre le Hqu'on tira sur la rivière; on avoit découvert Tapi-ès- T. vu, »
ItO JOURNAL DE DANGEAU.
dinée la statue équestre du roi faite par Girardon et qa'c a élevée dans la place de Vendôme ; cela se fit avec oea coup de cérémonie^ le duc de Gesvres^ gouverneur i Paris^ marchant à cheval à la tète du prévôt des ma chauds et des échevins (1).
Vendredi li, à Ver$ailles. — Le roi alla raprës-dln< à vêpres et puis s'enferma avec le P. de la Chaise ; apr quoi il alla tirer. — Monseigneur alla de Heudon cour à Verrières et manqua un loup qu'il a déjà manqué pli de dix fois. — Mademoiselle d'Alais, troisième fille i k. le prince de Conty, mourut hier à Paris; elle n^avi pas encore deux ans. — Tous les brigadiers qui ont d régiments et tous les colonels prennent congé du roi; sont obligés de se rendre à leur garnison le 20 de mois et d'y demeurer jusqu'au 10 de septembre; sont maîtres le reste de Tannée de faire ce qu'il le plait. — Les dernières nouveUes qu'on a du roi d1 pagne sont du 30 du mois passé, et on ne croit pasqu passe Tautomne.
Samedi 15, à Versailles. — Le roi fit ses dévotions, Taprès-dinée il alla à vêpres, et ensuite il y eut prooe sion dans la cour. Cette procession fut établie par le fe roi quand il mit le royaume sous la protection de I Vierge. Monseigneur vint de Meudon pour être à vèpH et à la procession. Ensuite le roi s'enferma avec le P. d la Chaise avant que d'aller au salut et distribua les b nélices vacants. 11 donna l'abbaye qu'avoit le vieil abl de Polignac (2) à M. l'évèque de Limoges * de lamaisQ de Canisy ; cette abbaye est proche des terres de sa maisoi
(1) Voir le détail (le tout ce qui s'est fait à Paris à Toccasioa de b i|il équestre du roi dans le Mercure de juillet, pages 216 à 2S3, et La SUÀ équestre de Louis le Grand placée dans le temple de la Gloire , de&sia feu d'artifice eieve sur U rivière de Seine par les ordres de MM. les prévtt c marcliands et échevins de la ville de Paris, le jeudi 13 aoAt lid9,aTec Vw^ cation des ligures , médailles et bas-reliefs ; Paris, 1699, in-V.
(2) L'at)baye de Montebourg.
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Cet évè<}ue a donné cette année des secours considérab^^ aux pauvres de spn diocèse et avoit vendu pour cela son équipage et 'sa vaisselle. L^abbé de Boisseleau a quitté une petite abbaye quUl avoit pour épouser mademoiselle de Boisseleau^ sa nièce ; cette abbaye a été donnée au fils du lieutenant de roi de Schélestaçlt, et une abbaye de filles considérable dans A uxerre (1)^ qu' avoit la sœur de Chanday, morte depuis trois mois, a été donnée à madamede Ragny, qui étoit prieure dans la maison, fille de qualité et de mérite, pour qui Chamlay lui-même lavuit demandée. — La marquise de Nevet, sœur du comte de Matignon, est morte en Bretagne, où elle alloit voir son fils, qui esttoujours mourant et qu'on a dit mort plusieurs fois. C'est madame de Marsan, dont elle étoit tante, qui en a eu la nouvelle. — Madame la duchesse de Bourgogne, qui n'a plus de fièvre depuis deux jours, entendit dans la loge de la tribune la première messe du roi, et le soir elleallase promener à la Ménagerie, qu elle trouva meublée.
* Cet évoque de Lîmof^, après avoir tout donoé aux pauvres et lear avoir procuré tous les secours qu'il put , écrivit au roi une lettre si forte, mais si vraie de l'état des peuples que le roi, à qui on le cachoit, en fut touché jusqu'à faire craindre qu'il n'en fdt malade. Madame de Maintenon lui fit écrire une réprimande par le secrétaire d'État ; à fioi ayant répondu en évéque, elle lui écrivit elle- m^me, et en reçut une réponse aussi sage et aussi digne , mais aussi peu satisfaisante. Cette KtioD, soutenue de sa conduite, le pensa faire entrer dans les conseils a b iQort du roi par la recommandation du duc de Saint-Simon, qui ne. le ooonoissoit point d'ailleurs.
Kfnanche 16, à Versailles, — Le roi donna, le matin, JWidience particulière au comte de Manchester, ambassadeur d'Angletere, arrivé ces jours passés k Paris. — Monseigneur alla de Meudon à Paris à Topera. Madame a princesse de Conty devoit aller dîner î\ Meudon avec
(1) Cdle de Saint-Julien.
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lui et ensuite raccompagner à Topera; mais elle se trouva mal la nuit; elle demeura ici. — Madame la àwànant de Bourgogne alla diner à la Ménagerie; monsttgneiir le duc de Bourgogne alla Ty trouver et dîna avec elle« Mar* dame de Maintenon y dîna aussi et puis alla à Saint-Gyr. — Le roi augmente les pensions qu'il donne aux directeurs et inspecteurs de cavalerie et dUnfanterie ; les directeurs auront J^^OOO francs de plus et les inspecteurs 3,000 francs de plus ; cette augmentation va à plus de 20,00(^ écus.
lundi 17, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dinée se promener à la Ménagerie ^ dont madame la duchesse de Bourgogne lui fit les honneurs. — Monseigneur prit médecine à Meudon par pure précaution. — Le marquis de Rochefort^ se trouvant hors d'état de servir, a fait demander au roi y par la maréchale sa mère, la permission de donner au marquis de Nangis, son neveu, le régiment de Bourbonnois, qui est un petit vieux corps et dont il auroit pu tirer 25,000 écus, et de vendre le régiment royal la Marine, dont le marquis de Nangis étoit colonel. Ce régiment est beaucoup moins ancien que celui de Bourbonnois et sera moins vendu. — Le roi prendra mercredi le deuil etle portera jusqu'à son départ pour Fontainebleau ; ce deuil est pour la fille de M. le prince de Conty, morte ces jours passés*.
* Le roi n'a jamais fait porter le deuil des enfants de la reine moits avant Tâge de sept ans. Il le voulut porter d'un en maillot de M. du Maine , et de là est venu l'usage de le porter des enfants.
Mardi 18, à Versailles. — Le roi alla tirer dans le parc de Meudon , où Monseigneur le vint recevoir à la porte. Après la chasse il entra au château, où il vit tous les changements que Monseigneur a faits dans le bÀtiment. — Mademoiselle de Caylus, sœur de Caylus, menin^de Monseigneur, et qui a 100,000 francs en mariage, épouse Lignerac, colonel d'infanterie, qui aura 7 ou 8,000 li^Tes de
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rente de son père et à qui Tabbé de Lignerac^ son onde y affiorefout son bien; on prétend que ce bien de Tabbé est considérable. — Le petit Saini-Ange, enfant unique de H. de Caumarti'n^ mourut à Paris de la petite vérole ; il avoit dix-neuf ans^ étoit fort bien fait et fort joli garçon. Q laisse sa famille dans la plus grande affliction où Ton puisse être.
Mercredi 19^ à Versailles. — Le roi alla tirer dans le parc. Monseigneur alla de Meudon courre le loup dans la forêt de Sénart; il a ^u ce voyage ici fort peu de courtisans à Meudon avec lui. — Hier Tambassadrice de Hollande vint à la toilette de madame la duchesse de Bourgogne prendre congé d^elle pour aller faire un tour àlaHaye. Comme ce n'étoit point une audience de congés le roi n'y vint point , comme il fait quand les ambassadrices viennent après que leurs maris ont pris leur audience de congé. Le comte de Manchester^ ambassadeur d'Angleterre^ vint aussi à la fin de la toilette^ et madame la duchesse de Bourgogne reçut son compliment debout sans aucune cérémonie. — Le soir on eut nouvelle que les sujets de M. Félecteur palatin en deçà du Rhin avoient envoyé au marquis d'Huxelles la moitié de ce qne leur maître doit à Madame et avoient donné des otages pour le reste. Le marquis d'HuxeUes étoit encore campé sous Landau ; ils n'ont pas voulu attendre qu'il entrât dans leur pays. C'est M. de Saint-Pouanges qui a porté au roi les lettres du marquis d'Huxelles^ M. de Barbezieux étant |allé depuis quelques jours à Louvois. Jeudi 20 , à Marly. — Le roi partit de Versailles aussitôt après son diner pour venir ici^ où il demeurera jusqu'à la fin de la semaine qui vient. Madame la duchesse de Bourgogne y arriva une heure après lui et se promena avec lui jusqu'à la nuit. Monseigneur, qui revenoit de Meudon, arriva à la fin de la promenade. Monsieur, Madame et M. de Chartres sont demeurés à Saint- Cloud. — Madame la duchesse de Bourgogne est logée
flans l'appartement bas et quitte le haut pôiir toujours. L'appartement où l'on jôùoit sera pour elle , et Ton va faire quatre cheminées dans le salon oiX Ton jouera Thivér comme l'été. On a amené madame de Coetquen ici, qiii n'y étôit jamais venue. M. fl'Avàux, (Jili revient de l'amhassade de Suède, y a eu aussi un logement. — M. d'Hervart est mort en Alsace, où il avoit assez de bien; il n'a point laissé d'enfants; sa veuve est fort belle et sera fort riche. Il a un frère et sa sœur la marquise de Gouvernet, qui est en Angleterre. Il àvoit une belle maison îtuprès de Paris qui s'appelle Bois-le-Vicomte.
Vendredi 21, à Marly, — Le roi se promena dans ses Jardins le matin et Taprès-dinée jusqu'à la nuit avec madame la duchesse de Bourgogne. Monseigneur courut le cerf dans la forêt de Saint-Germain avec les chiens de M. le duc du Maine. — Le roi fit enregistrer au parlement, ces jours passés, des lettres patentes par lesquelles S. M. ordonne que la constitution du pape, du 12 mars dernier, touchant le livre De Ve^tplication des Maximes des Saints sur la vie intérieure, et qui a été acceptée par les archevêques et évéques du royaume et par M. l'archevêque de Cambray lui-même , auteur du livre , soit reçue et publiée dans tout le i*oyaume pour y être exécutée selon sa forme et teneur, et défend en même temps, sous peine de punition exemplaire, de débiter ou de garder ce livre ni de composer aucun ouvrage pour soutenir les propositions qui y sont condamnées.
Samedi 22, à Marly. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins. Monseigneur courut le daim avec les chiens de M. le comte de Toulouse. — L'abbé de Fleury , nommé à Tévèché de Fréjus, a vendu 20^000 écus la charge d'aumônier du roi k l'abbé de Valbelle, grand vioaire de l'évêque de Saint-Omer, son oncle. Quand les aumôniers du roi ont acheté , S. M. léttr permet de vendre ; mais quand il leui*a donné les charge il ne leur permet point de vendre. — Mademoiselle d'Au-
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male^ fille unique deH. le ducduMaine^ mourut à Versailles à minuit, il. du Maine a déjà eu trois enfants morts fort je unes. Madame la duchesse duMaine est grosse. — MM. les États G énéraux ont envoyé à leur ambassadeur la ratification du traité de commerce qu'ils ont fait avec nous et du tarif de toutes les marchandises; mais cet ambassadeur n a point encore échangé cette ratification ; il dit qu^il attend encore le consentement de la petite ville d'Enchuysen, qui parolt ne pas consentir encore la ratification de cette affaire.
Dimanche 23, à Marly. — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire. — On a des nouvelles de Lisbonne qui portent que la reine de Portugal est morte ; elle étoit sœur de Fimpératrice et de la reine d'Espagne. — Le roi, à son lever, ordonna au marquis de la Salle, maître de la garde-robe , d'aller à Versailles faire des compliments de condoléance à madame la Princesse, à H. le duc du Maine et à madame la duchesse dix Maine. L'après-dinée, S. M. alla se promener dans la forêt avec madame la duchesse de Bourgogne ; il y avoit dans le carrosse : le roi , madame la duchesse de Bourgogne, madame de Maintenon, les duchesses du Lude et de Guiche et la marquise du Chàtelet, qui est la plus ancienne des dames du palais qui sôit ici. On fit collation dans la forêt, et cette collation avoit été portée dans le carrosse.
Lundi 2fc, à Marly. — Le roi travailla Taprès-dlnée avec M. Pelletier et puis alla tirer. — On a des nouvelles de Madrid du 6 de ce mois qui portent que le roi d'Espagne est tant soit peu mieux. — M. le duc de Richelieu est ici, qui se justifie fort des bruits qu'on avoit fait courir en son absence. On avoit prétendu qu'étant à Richelieu, d'où il est revenu depuis quinze jours, il avoit épousé une demoiselle qui avoit été à* la feue duchesse de Richelieu, sa dernière femme. — M. le duc de Chevreuse perdit samedi son procès contre MM. de Mailly et de Vervins pour la succession de M. le duc de Chaulnes.
1S6 JOURNAL DE DANGRAU.
MM. de Mailly, comme héritiers de la maison d'Ailly-j M. de Yervins, de la maison d'Ognies, prétendent i de grands droits sur les terres de Chaulnes et de 1 quigny et sur celles de Magny, que M. de Chevreuae « vendues à Guiscard.
Mardi 25^ à Marly. — Le roi tint le matin son seil de finances et allaTaprès-dinée faire la revue de j régiment, et au retour de la revue il vint prendre : dame la duchesse de Bourgogne, qui étoit à la roulette^ ^^ se promenèrent en calèche jusqu'à la nuit. Monseignei^-^ le duc de Bourgogne étoit venu de Versailles à la i leite et soupa ici. — Les filles d'honneur de majdame i princesse de Conty ont commencé ce voyage ici è^^ manger aux tables du roi avec madame la duchesse d^^ Bourgogne. — On donna à Paris, à FAcadémie^ les prixdc^ prose et de vers qu'on donne tous les deux ans; cehii des vers n'étoit point fondé ; M. Tévéque de Noyon ea a fait la fondation depuis quelque temps, et c^est une fort belle médaille d'or (1). — Madame la duchesse de
' (I) n L'àprès-dlnëe rAcadëmîe frençoise , s^étant raidM an UwrrediM h nOe où die s'ammiblt onKniirenienl, distribua le pm d^étoquMw al et poésie. Le premier, fondé par M. de Bahae, fat dooDéi M. Moagm^ qiâ ftuft
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Rouen. Feu M. PeKssondonnoit ce pri\ a^ant sa mort, mais ne Tayant point fMMié, on n*en aurait distribué qn*un dans la suite si MM. de l'Acadéniie ne rmucnt «tonné à leurs dépens ; mais M. Tévéque de Noyon, qui ne laisse écteppcr an* cane occasion de faire Toir Tardeur de son lèle poor le roi, ayantaoïiiailëde fimder ce prix i perpétuité , ces messieurs y ont donné leur oonscntcment , et ce prélat a commencé par donner celui que M. de Clerrille a Tempoilé. M. le marquis de Dangeau trouTa sa pièce si belle qu*il crut en deroir ùàn une lecture au roi, et S. M. dit à M. de Noyon, qui Tavoit (ait imprimer d qri on avoit donné des exemplaires au\ plus considérables personnes de h cour, qu*il agréoit qnll lui présentât Tauteur : il eut Thonneur de la saloer la lendef»aio et d'entendre de la |iropre houcbe de œ prince qu'il aToU m ton ouvrai, qu'il Tavoit trouvé beau^et qu'il (alloit qu'il le fût eflcctiTcmanl poi»** qu'il avoit été juieé tel par tant d'liabile& (gens. *• ( Mercure de septenhne, pages îtï9à -«II.)
> 1^ iiiénte joui, M. le marquis «le nanfeeaii, grand maître de Toidre de Notn^Daiiio «lu MiHit Carmel et de Saint-Lazare . s'etant rendu, avec le» co«n>
AOUT ie»9. IS7
icmgogne eut le soir une grande fluxion sur la joue ; elle De put pas souper avec le roi.
Mercredi 26, à Marly. — Le roi tint conseil Faprès- (lloée, outre celui qu'il avoit tenu le matin. Sur les cinq iMores, le roi et la reine d'Angleterre arrivèrent ; le roi les mena promener en calèche au mail et sur les hauteurs de Marly. Les deux rois étoient au devant de la calèche, la reine et madame la duchesse de Bourgogne étoieotau derrière. Après la promenade, le roi s'enferma avec LL. MM. BB. et puis il amena la reine jouer dans le salon avec Monseigneur jusqu'au souper, et après soaper LL. MM. BB. retournèrent à Saint-Germain à leur ordinaire. — Notre ambassadeur à Lisbonne a niandé la mort de la reine de Portugal ; elle est morte de s'être fait percer les oreilles; on en prendra le deuil, qui durera pendant tout le voyage de Fontainebleau. Le marquis de C^scaye , leur ambassadeur, n'est point ici ; il est allé par curiosité faire un tour en Angleterre et en Hollande.
Jeudi 27, à Marly. — Le roi dîna à onze heures avec Qiadame la Duchesse , madame d'Humières , madame de Lassay et mademoiselle de Helun, et puis monta dans sa calèche, et ces quatre dames, qui avoient dîné avec lui,
I de son orrire, aux Cannes des BiUettes, reçut chevalier de cet ordre V. de BoMereod , eapitaine au régiment d'Alsace. M. le duc de Saxe et MM. iMpriDcea dlseoghien furent présents à cette cérémonie. » ( Mercure de - teplmibre, page 323.)
GHcHilionK du Mercure et celle que nous avons faite au 16 juillet, à pro-
^ de la oérémoaie de Tordre de Notre-Dame du MontCarroel et de Saint-
Uan nontrent tonte la 'modestie du journal de Dangeau lorsqu'il s'agit de
lapenoone. Loin de se faire , comme le lui reproche Saint-Simon , « le singe
dn rai dus les promotions qu'il fit de cet ordre, » on a vu au contraire , dans
•M court récit du 16, percer le secret désir que ce soit le mi lui-même qui
nçoife les chevaliers. Ici Dangeau passe complètement sous silence d'abord une
de ses promotions, puis le fait le plus honorable pour kii ; un poète inconnu a
dMmo le prix donné par l'Académie française ; c'est Dangeau qui fait connaître
M mi sa pièce de vern , qui la lui lit et qui procure ainsi à l'écrivain l'insigne
UT d'être présenté à Louis XIV à Marly.
138 JOURNAL DE DAJNGËAU.
montèrent dans un de ses carrosses ; le roi même fit des honnêtetés à madame la Duchesse de ce qu^il n'aljoii pas avec elle. Us allèrent au bout de la forêt de Saini- Germain et coururent le daim avec les chiens de H. le comte de Toulouse. Monseigneur étoit venu aussi en son particulier à la chasse^ et au retour donna à dîner dans sa chambre à beaucoup de courtisans. Monseigneur le duc de Boiu*gogne aUa de Versailles droit à Saint-Germain à la chasse et reviût souper ici avec le roi. Madame la duchesse de Bourgogne passa toute la journée chez madame de Maintenon. — Le matin Monsieur envoya au roi le marquis de la Ferté lui dire qu'il venoit d'arriver à Saint-Cloud un écuyer de M. de Ix)rraine^ qui lui avoit apporté la nouvelle que madame la duchesse de Lorraine étoit heureusement accouchée à Bar d'un prince^ et que la mère et l'enfant se portoient fort bien. Elle avoit fait venir de Paris Clément , qui l'a fort bien accouchée.
Vendredi 28, à Âfarly. — Le roi, sur les quatre heures, alla tirer; et au retour de la chasse il entra chez madame la Duchesse, qui s'étoit trouvée un peu mal. Monseigneur joua longtemps au mail et puis revint jouer au lansquenet. — On a des nouvelles de Madrid du 13 qui portent que le roi d'Espagne est considérablement mieux ; il est tout à lait remis de sti dernière attaque et a recommencé de paroltre en public. — Le roi a nommé le marquis du Chàtelet pour aller faire les compliments en Lorraine sur la naissance .du prince qui s'appellera le duc de Bar ou le marquis de Pont-à-Mousson. Les avis sont différents là-dessus ; Bar est le plus important, mais il est mouvant de la couronne, et le Pont-à-Mousson est le chef-lieu du Barrois non mouvant. Le marquis de Lenoncourt est arrivé à Saint-Cloud ; c'est lui que M. de Lorraine envoie porter la nouvelle de la naissance da prince son fils. Le marquis de Lenoncourt, durant la guerre, servoit dans nos troui)es et étoit colonel des milices de Bar; sa femme est dame d'atours de madame
de Lorraine et lui est gouverneur du petit prince Charles et a encore d'autres emplois à cette cour-là.
Samedi 29^ à Versailles, — Le roi se promena le matin après avoir été longtemps enfermé avec le P. de la Chaise. L^àprès-dliiée S. M. se promena jusqu'à six heures et pats revint'de Marly ici. Monseigneur alla dès le matin deMarly dîner à Heudoh, où il demeurera jusqu'au voyage de Fontainebleau. tRadame la duchesse de Bourgogne partit à quatre heures de Marly et aUa à Saint- QoQdvoir Monsieur et Madame^ et puis elle revint ici le soir. — M. le chancelier reçut le matin tous ses sacrements. On croyoit qu'il ne passeroit pas la journée ; cependant le soir il se porta mieux^ et môme le soir il tint le sceau. Le parlement envoya savoir de ses nouvelles par M. Dungois^ qui en est greffier en chef. On dit qu'il a fait an testament fortfavorable pour madame de Harlay^ sa fille utiique de son dernier mariage, et dont mesdames de Pourcy et de Morangis, ses filles du premier lit, sont fort mécontentes.
IHménche 30, à Versailles, — Le roi 'alla tirer Taprèsdloée. Monseigneur alla de Meudon à Topera à Paris et f^onla coucher à Meudon. Madame la duchesse de Bourpx)gne passa toute Taprès-dlnécà Saint-Cyr. — Le roi donna le gouvernement de Schëlestadt au chevalier de la Fare, qui eommandoit à Nice durant la guerre ; le gouvernement de Schélestadt ètoit vacant par la mort de Gondreville, ancien officier. — Le comte de Zinzendorf, envoyé de Pempereur, devoit avoir audience du roi au retonr de Marly; mais il ne l'aura pas sitôt, parce qu'il n*a pas les ordres de son maître de voir messeigneurs les ducs d'Anjou et de Berry et Monsieur, et le roi veut qu'il les voie le même jour qu'il aura son audience de S. M., comme celn s'est toujours pratiqué , et il n'y a aucmi ambassadeur ni envoyé qui ne le fasse. Le comte de- Zinzendorf prétendoit ne le point faire, parce que H. de Villars, iiotre envoyé à Vienne , n'a jwiht vu lar-
140 JOURNAL P£ PAnGEAU.
chiduc; mais on doit porter aux en&ntsde France un respect qu'on ne porte point aux en&nts de rempereor, qui est un prince électif.
Lundi 31, à Versailles. — Le roi donna audience au marquis de Lenoncourt^ envoyé de M. de Lorraine, et le marquis Centurione^ envoyé de Gènes, prit son audience de congé; [il] parla très-bien au roi, et le roi en parut fort content. L'après-dlnée S. M. alla à la chasse. — Samedi, à Harly, au lever du roi, il y eut une grande dispute entre H. de la Rochefoucauld comme grand veneur et M. d*Heudicourt comme grand louvetier; la dispute fut fort vive; ils ne convenoient pas du règlement fait sur leur charge ; mais le soir, au coucher du roi à Versailles, M. de la Rochefoucauld porta au roi le règlement en original, dans lequel il est expliqué bien nettement que le grand louvetier doit rompre quand la meute du loup, à la chasse, trouve les chiens du roi pour le cerf, qui est ce que M. de la Rochefoucauld avoit soutenu; et H. d'Heudicourt prétend à cette heur^ que ce n'étoit point là ce qu'il disputoit.
Mardi V^ septembre, à Versailles. — Le roi alla Faprè»* dlnée se promener à Marly ; il trouva qu'on travailloit déjà à faire tous les changements qu'il avoit ordonnés dans le salon, et tout cela sera achevé au retour de Fontainebleau. — On crut toute la journée que le chancelier alloit expirer, et même bien des gens qui revinrent de Paris assurèrent qu'il étoit mort. 11 a quatre-vingtquatre ans ; il fut fait chancelier à Fontainebleau en 1685, après la mort de M. le Tellier. Il a passé par tous les degrés de la robe. — On mande de Pologne que S.' H. P. a demandé permission à la diète de sortir du royaume pour aller prendre les bains et les eaux en Silésie. Un roi de Pologne ne peut pas sortir du royaume sans permission ; on la lui a accordée, et il parolt que toutes les afTaires dece pays-là s'accommodent à Tamiable.
SEPTEMBRE ie99« 141
La plus grande partie des troupes saxoaes s'en retourueut en Saxe; les grands généraux de Pologne et de Lithuaniesont venus saluer le roi leur maître , et ils se sont séparés contents les uns des autres.
Mercredi 2 , à Versailleê. — Le roi ne sortit que sur le soir et alla se promener dans ses jardins à pied. Monseinenrallade Meudon coucher à Petit-Bourgs chez M. d' Antin. Madame la princesse de Conty^ qui étoit à Meudon depuis dimanche s a suivi Monseigneur. — M. le chancelier mourut l'aprës-dlnée à Paris. MM. de Fourcy et de Harlay, ses gendres^ vinrent ici à huit heures du soir rapporter les sceaux (1)^ et S. M. les fait porter à Fontainebleau^ où il les donnera incessanmient. Celui à qui le roi donne les sceaux^ soit chancelier^ soit garde des seeaoxs ^^ porte toujours la clef à son cou. Parmi les gens que l'on nomme pour remplir la charge de chancelier^ on croit qu'il n'y en a point qui y ait si bonne part que M. de Pontchartrain. On parla du premier président, de MM. de Pomponne ^ Daguesseau^ de Pommereu et de la Reynie. M. Courtin^ doyen du conseil , s'est expliqué avec le roi, il y alongtemps^ quand il refusa la place de directeur des finances^ qu'il n'étoit plus en état
(1) n y es a deux : Tun est le grand sceau de France , et l'autre le grand fteeau do Dauphiné. Sur le premier, le roi est représenté sur son trône, revêtu de 9tâ habits royaux, ayant la couronne sur la tête et tenant le sceptre et la nflio de justice. Il est sous un pavillon royal, dont deux anges soulèvent le deraat des rideaux. On en scelle en cire jaune toutes les expéditions du royaume, à Texception de celles qui passent à la postérité et auxquelles «■ met : A tous présents et à venir, qu'on scelle du même sceau , mais «■ cire verte , et avec des lacs de soie rouge et verte. Sur le second , le nii esl repréMoté à cheval, armé de pied en cap, le casque en télé, littaBt Tépée nue de la main droite , arec leé armes de France écartelé» du Danphiné. On en scelle en cire rouge tontes les expéditions qui coneenenl cette province , à Texception^de celles qui passent à la postérité, qu'on flcrile du même sceau en cire verie , avec pareils lacs de soie verte et rouge. Os deux sccMix sont renfennés dans un cofTret de vermeil doré, fleurde- IM, dont M. le chanodier ne quitte jamais la clef, la portant jour et nuit wr Ml poitrine. « (Mercure de septembre , |>ages 233 à î?36.)
143 JOUni^AL DE DAl^GEAU.
de prétendre aucun emploi , devenant presque entièrement aveugle. M. Pelletier^ (|ui étoit ministre et qui s'est entièrement retiré , auroit eu beaucoup de part à cette charge sUI ne s'étoit point entièrement retiré et qu'il fût demeuré à la cour.
Jeiuii 3, voyage de FonUiinebleau. — Sur les dix heures du matin le roi partit de Versailles ayant dans son carrosse madame la duchesse de Bourgogne auprès de lui ; monseigneur le duc de Bourgogne et madame de Chartres étoient au devant et la duchesse du Lude à la portière. Le roi mangea en chemin dans son carrosse sans arrêter et arriva ici à six heures. Monseigneur partit de Petit- Bourg avec madame la princesse de Conty. Monsieur et Madame partirent de Paris et vinrent diner à Frémont chez M. le chevalier de Lorraine et arrivèrent ici un peu après le roi. Messeigneurs les ducs d'Anjou et de Berry vinrent ensemble. Chaque carrosse trouva deux relais en chemin. — Le conseil ne seroit point venu ici si le chancelier avoit vécu , et la salle du conseil avoit été donnée au maréchal de Boufflers. Le roi a déclaré que le conseil viendroit ici, et on a donné au maréchal de Boufflers le logement qui étoit destiné à la maréchale de la Mothe , à qui le roi a fait mander qu'on lui donneroit un autre logement quand la reine d'Angleterre sera repartie^ ce qui ne sera qu'à la fin du mois , et elle n'arrivera que le 15. Tous les courtisans sont persuadés que M. de Pontchartrain sera chancelier et que M. de Chamillart aura sa place de contrôleur général des finances.
Vendredi k, à Fontainebleau, — Le roi alla tirer et trouva encore plus de gibier ici que les autres années. Monseigneur courut le loup. Madame la duchesse de Bour* gogne passa la journée chez madame do Maintenon. — Le chevalier de Courcelles, qui étoit à la Conciergerie pour un prétendu duel, fut jugé mercredi et fut absous; après son jugement il alla se remettre en prison, dont il
ne voolat point sortir sans permission du roi. Le roi envoya cet ordre , et il eut Thonneur de faire à Versailles le soir la révérence à S. M. — Le roi dit le soir à Cavoie qviil ne se hàtÀt point de déloger les gens à qui il avoit donné des logements à la chancellerie^ et cela fait encore croire que ce sera H. de Pontchartrain qui sera chancelier, parce qu'il s'en tiendroit apparemment pour cette année au logement de secrétaire d'État qu'il a et qui est presque aussi bon que la chancellerie.
Samedi 5^ à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf; il mena à la chasse^ dans son carrosse^ madame la duchesse de Bourgogne et quatre dames du palais^ et quand il fat au laissez-courre il monta dans une petite calèche avec madame la duchesse de Bourgogne. Monseigneur courut encore le loup ; messeigneurs ses enfants étoient à la chasse avec le roi. Au retour de la chasse le roi entra sur les cinq heures chez madame de Haintenon et commanda au maréchal de Villeroy de mander à M. de Pontchartrain de le venir trouver dès qu'il seroit arrivé de Paris. On ne douta point, quand on le vit entrer chez madame de Maintenons qu'il n'en sortit chancelier , et efiéctivement deux heures après, pendant que Monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne étoient à la comédie., un officier des gardes vint dire au mare. chai de Villeroy que M. de Pontchartrain étoit nommé chancelier, et que le roi avoit envoyé prendre les sceaux qui étoient dans son cabinet et les lui avoit donnés. Le contrôleur général ne fut su que le soir après le souper du roi. S. M. dit à Monseigneur et à Monsieur, qui étoient entrés dans son cabinet à leur ordinaire , qu'il avoit envoyé de Lisle, qui est à madame de Maintenon , porter une lettre de sa propre main à H. de Chamillart, où il lui mandoit qu'il lui donnoit la place de contrôleur général. C'est une commission, ce n'est pas une charge; cet emploi vaut près de 200,000 livres de rente. La charge de chancelier avec les sceaux ne vaut guère plus de
144 JOURf^AL D£ DANGEAU.
^0^000 écus. M. de Ghamillart est ud des plus jeunes inteudants des finances^ et n'étoit pas même encore con- ^^eiller d*État. H. le Pelletier de Souzy et M. de Caumarfin^ intendants des finances conune lui, M. Da^^uesseau et M. de Pommereu, directeur du conseil royal des financesy et qu'on avoit nommés même comme pouvant espérer la charge de chancelier, et M. Voisin, conseiller d'État, étoient ceux dont on parloit comme pouvant prétendre à cet emploi*.
* M. Bouchent, qui avoit eu quel que réputation oonsetUer d'État, la perdit entièrement dès qu'il fut chancelier. La confiauœ de M. de M. de Turquie lui avoit acquis du lustre et Tavoit fort avancé, et » flgure foite exprès pour un chancelier n y avoit pas été inutile. Lorsque M. Pelletier se retira, il étoit sûr d'être chancelier, et ce qui le hâta te de voir \ieUlir et diminuer M. Boucherat. Il craignit que sa OMirt ne le trouvât encore à la cour, et de n'être plus son maître. Le roi y rémta tant qu'il put et céda à la fin , mais lui conserva plus d'estime , d'amitié et de crédit que jamais. Le premier président avoit eu parole d*étre fait chancelier lors des avancements des hâtards, dont II donna rfnvention étant procureur général pour la légitimation et la dernière main à leur rang étant premier président. Mais l'affoire de M. de Luxembourg sur la préséance, qui le brouilla sans ménagement avec les ducs opposants, lui valut tant decoups d*estramaçon de la part de M. de la Rochefoucauld qui s'en fit une application continuelle qui le perdit enfin à temps , et ne s>n cacha pas non plus que tous les autres ducs quand ils le \1rent frustré de son espérance. Le dépit qu'il en conçut Ait si extrême qu'il devint tout à fait intraitable, et qu'il s'écrioit sou* vent qu*on le laisseroit mourir dans la poussière du Palais. 11 ne se consola point, et ce ver rougeur qui le poursuivit jusqu'à la mort attaqua sa santé et sa tête , et le tua à la fin après Tavoir abruti et foreé de quitter sa place.
M. Pelletier, en quittant le contrôle général des finances, et demeu* rant ministre d'État, parla au roi sur M. Pelletier de Souzy, son frère, par un motif rare de conscience , de manière ù Téloigner pour toujours île la place qu'il quittoit, et pour laquelle il proposa M. de Pontchartrain, qui l'accepta si bien malgré lui, qu'outre qu'il la voulut quitter plus d'une fois, surtout depuis qu1l fut secrétaire d'Etat, qu'il en eut toujours une dent contre M. Pelletier qui le fit même soupçonner d'ingra* titude.
M. deCaïuuartiu, cousin germain etami eonrulent deM. de Pontchar-
Septembre teM. i4&
train, éloit de longue main suspect au roi pour un amas de blés etdivenei autres choses dont il se justifia bien ; mais les nuages restèrent. Un extérieur fort insolent, quoique bon homme, serviable et fort capable, loi a? oit aliéné le gros du monde quoique avec beaucoup d*amis , et une dépense très-recherchée en tout nuisit encore à son avancement. Il avoit beaucoup d'autre savoir que son métier et beaucoup d'élévatkndaiHresprît.
M. i)ague8seau , la vertu , la' candeur même, la simplicité pleine d^oprit, la capacité la plus consommée, la justesse , le travail , Téquité la piufienipuieuse, la gravité la plus douce , la modération de Tan- Mme magistrature et Thumilité encore plus répudiée par celle d'aujourd'hui le rendoient digne de tout , et Vy portoient sur les vœux de tout le inonde; mais il étoit scrupuleux, exact, ferme, non sans quelque nupçon de jansénisme et intimement uni à sa femme, qui avoit autant
d'eiprit et d^ vertu que lui, qui étoit même à Tégard de cette ( 1 }
nMà du soupçon.
M. de PonuD^reu étoit un aigle, mais fantasque, et qui avoit des
temps dans l'année où on ne le voyoit point et où sa tête n'étoit pas
bien libre. Cétoit un homme droit , ferme et transcendant qui avoit et
méritoit des amis.
M. de la Reynie, usé d'âge et de travail, est celui qui a mis la place de
i de police sur le pied où on l'a vue depuis , et où elle seroit
I s'il avoit pu ne point vieillir ni mourir et l'exercer toujours.
ym noyé dans les détails et dans une inquisition qu'il établit comme
sant Dominique , qu'il exerça comme lui , et qui comme celle de saint
Dominique ei(t dégénérée après eux en plaie mortifère et en fléau d'Ktat
H de religion, il n'étoit plus d*âge à revenir au grand et h un travail
de iHture supérieure ; du reste, esprit, capacité , probité , travail , tout
y éloit respectable.
M. ChamiUart a fait une si prodigieuse ligure avec si peu de fonds qu*il ne peut être inconnu. On parlera de lui en son tenips , et de M. Voisin au sien.
Dimanche 6, à Fontainebleau, — Le roi alla tirer Taprès-dlnée. Monseigneur joua le soir chez madame la princesse deConty. Madame la duchesse de Bourgogne alla aux Loges avec madame de Maintenon, où elle entendit compiles. — M. de Pontcliartraiu ne prendra point lelogementde la chancellerie celte année, et M. de
f I } Il y 1 la place d*iin niot ïm^ en blanc dani le manuscrit. T. VU. 10
146 JOURNAL DE DANOfiAU.
Chamillart ne prendra point non plus la surintendance; ainsi on ne délogera points par leur honnêteté, beaucoup de gens quicroyoient être délogé8.|M. de Ghamil» lart arriva après dîner. Le courrier qui Tavoit été chei^ cher à Paris le trouva à Montfermeil y qui est sa maison de campagne^ à quatre lieues de Paris; il vendra Wk charge d'intendant des finances, dont on lui offre dégà 200,000 écus; mais c# croit qu'il la donnera pour les 400^000 francs qu'elle lui a coûtés. Le roi dit le soir qa*il avoit le plaisir de voir qu'en cette occasion ici ses cboix avoient été approuvés et qu'il n'avoit pas toiqours le même bonheur.
Lxoidi 7, à Fontainebleau. — Le roi prit médedne. Monseigneur courut le cerf avec les chiens du roi. — M. de Maurepas, fils de H. le chancelier, secrétaire d'État de la maison du roi et de la marine , travaillera à Tavenir seul avec le roi pour les affaires de la marine, comme faisoit H. le chancelier, son père. Il va quitter le nom dé Maurepas pour prendre celui de Pontchartrain. M. son père gardera son logement à Versailles pour être plus près du roi, mais il tiendra le sceau à la chancellerie; il prêtera sou serment de chancelier de France mercredi et scellera lui-même ses provisions. C'est entre ses mains que le contrôleur général prête son serment. — Monseigneur donnera son logement ici, l'année qui vient, à monseigneur le due de Bourgogne, et prendra celui de M. le prince de Conty, qui étoit le logement de Mademoiselle. Monseigneur avoit eu quelque envie de prendre le logement de M. du Maine et de M. le comte de Toulouse, mais le roi a souhaité qu'il ne les délogeât point.
Mardi S, à Fontainebleau. — Le roi et toute la maison royale entendirent vêpres dans la tribune, et puis le roi alla tirer. Monseigneur se promena en carrosse et puis il vint jouer chez madame la princesse de Conty au brelan. Madame la duchesse de Bourgogne fit ses dévotions.
SKPTRMBRB l«99. téf
^M. te ehaiiMlier a pm pour son secréfallfe de la chanoeU«rie et du loeau M. Pasrtoe, qui avoit été longtemps anpfts du secrétaire d'État dés affaires étrangères. Il avwt servi sous M. de Ërienne , sous M. de Lyonne et sons H. de Pomponne; il étoit retiré à Paris depuis longtemps. A cet emploi il y a 19^000 francs de gages, eloda Tant encore quelque chose d'ailleurs. — On a dMtettres de Madrid du 27^ qui poMent que la santé du NN d'Espagne se rétablit, et les Espagnols prétendent ntoM qu'ft sa dernière attcujue il a eu des accidents qtidoiTént faire espérer une plus longue vie qu'on ne le pmsoit il y a quelques mois.
Mwendi 9, à FofUaJneft/f ati. — Le roi alla tirer Taprèsdlnée. Monseigneur courut le loup. Madame la duchesse de Bourgogne ëe promena dans la forêt avec ses dames et tfên revint qu'à huit heures. — M. le chancelier prêta le nitin son serment au roi en public. Avant que d'entrer n conseil, il a fait expédier et a scellé la commission de contrôleur général des finances pour M. de Chamillart , y (lisant attacher le serment ; mais il a eu la politesse de ne lui point faire prêter, lui disant qu'il avoit déjà prêté asseide serments de fidélité au roi et qu'ainsi cduiJà seroit superflu. — M. de Maurepasy qui a pris k nom de Pontchartrain, travailla le soir avec le roi chez madame de Maintenon aux affaires de la marine , comme le roi a accoutumé d'y travailler tous les mercredis au soir. M. le chancelier, son père, y fut présent; nuûs à l'avenir il y travaillera seul, cette fonction étant jointe en sa personne à la charge de secrétaire d'État dontil est pourvu.
/«Mit 10, à ForUain^lmu. — Le roi dinaà onze heures etalU courre le cerf; il vint prendre Madame chez elle ot la mena avec lui dans son carrosse. Monseigneur étoit an devant et une des filles d'honneur de Madame à la portière. Madame monta à cheval avec Monseigneur, et leroi ooaratà son ordinaire dans sa petite calèche. Il y eut
148 JOURNAL DE DAJ4GKAU.
comédie mercredi; madame la duchesse de Bourgogne n'y alla pas. Il n'y aura d'appartement que quand la reine d'Angleterre sei-a arrivée ; elle sera ici inardi. — M. le chancelier est dans le conseil d'État qui se tient le dimanche^ le mercredi et le jeudis et de quinze jours en quinze jours le lundi. Il n'y est assis qu'en son rang de ministre ; mais au conseil de finances qui se tient le mardi et le samedi y au consul de dépêches qui se tient le lundi de quinze jours et quinze jours y il est assis au-dessus de tous les autrçs. C'est qu'à ces conseils-là il y aanste comme chancelier ; mais au conseil d'État il faut être ministre pour y assister^ et souvent les chanceliers ne le sont pas "". H. le chancelier le Tellier^ qui étoit ministre comme celui-ci^ n'avoit d'autre place dans le conseil d'État que du jour qu'il avoit été ministre, et le roi a voulu qu'on en usÀt de même pour H. de Pontohartrain. Ainsi M. de Beauvilliers et H. de Pomponne sont avant lui. Voici la séance : le roi e^ au bout de la table; Monseigneur à un des côtés; H. de Beauvilliers et M. de Pomponne de l'autre côté ; M. le chancelier^ du côté de Monseigneur^ mais laissant un siège vide entre Monseigneur et lui ; M. de Torcy est au bout de la table, vis-àvis du roi y qui lit les dépêches des ambassadeurs et en même temps les réponses qui ont été résolues au conseik^ précédent et qu'il fait lui seul.
* En tous les conseils, le chancelier a la première place quand il ]^^ assiste, après les princes du sang, depuis la fin de Henri 111 . On n*enteii«:= pas ce que veut dire ici M. de Daugeau.
Vefuiredi il, à Fontainebleau. — Le roi travailla ave-^ le P. de la Chaise le matin, et l'après-dinée il alla lirecr^ — On eut nouvelle de Copenhague que le roi de Dan^^ mark étoit à la dernière extrémité. ÏJi marquis dK-< Chamilly, notre ambassadeur en ce pays-là, envoie^=^ ici un courrier dès que S. M. I). sera morte. — L'ahh^^ de la Feuillée moiirnt à Paris de la petite vérole; il avo^i
deux abbayes qui valoient 15 ou 20^000 livres de rente. 11 ètoit fils du bonhomme la Feuillée y lieutenant général c^ gouverneur de Dol^ mort depuis un an. — M. de Ghandllart aura à Versailles le logement qu'avoit M. Pelletier le ministre; ce logement avoit été partagé entre dnq ou six personnes^ à qui le roi Favoit donné par pièt. Les quatre plus considérables de ces logements «voient été donnés à madame d'Épinoy^ à M. le comte de Tessé, à M. Pelletier de Souzy et à M. de Villacerf, qui ytenoit la table de madame la duchesse de Bourgogne. Somtdi 12, à FfmUMulbleau. — Le roi tint le matin conseil de finances, comme il fait tous les samedis, et M. le contrôleur général y prit sa place pour la première fois. L'après-dlnée le roi alla aux toiles; il avoit dans son carroese madame la duchesse de Bourgogne auprès de hn, Monsieur et Madame au devant, les duchesses du Lcde et de Ventadour aux portières. En revenant de la chasse il se promena autour du canal. — L^abbé de Charost mourut à Paris de la petite vérole; il avoit Pabbaye du Tréport, auprès d'Eu ; il étoit fils du duc de Kthnne et avoit trente-cinq ans passés. — On a eu nouvelle que la vieille duchesse de Modène étoit morte; elle <Hwt de la maison de Barberini,, mère du duc de Modène <l*aajourd*hui et belle-grand'mère de la reine d'An- ?leteiTe. Son mari avoit l'honneur d'être parent assez P'tKîhe du roi; ainsi on en porteroit le d.euil si on n'y ^it pas déjà.
Wmnche 13, à Fontain^i^Uau. — Outre le conseil 'l'État que le roi tint le matin à son ordinaire, il tint '«près-dlnée, pour la première fois, conseil pour les seules ^fWres des religionnaires du royaume, et au sortir de <* conseil il alla se promener à l'entour du canal. Il avoit ^t^s son carrosse madame la duchesse de Bourgogne ^près de lui , madame de Maintenon et la duchesse du •^de au devant, la duchesse de Guiche et madame de '^^^Saret aux portières. Monseigneur se promenoit dans
160 JOUHMAL DK DAfiGKAU.
son carro»s>tî aveu madame la princesse de Conty et plitsieurs dameâ. — Monsieur, qui prenoit du lait depuis quelque temps, se trouva mal l'après^linée et fut oÛigi de se mettre au lit. Au retour de la promenade U. dk Chamillart travailla aveo le roi chez madame de Maî|h tenon pour la première lois. Le roi a choisi, pour remplir la charge d'intendant des finances qu'il avoit^ M. Bignon de Blanzy, maître des requêtes ; il est neveu de H. le chancelier et frère de M. Bignon, conseiller d'État. Il en donne à H. de Chamillart les 400,000 livres qu'elle lui en avoit coûté.
Lundi ik, à Fontainebleau. — Monsieur, qui s'étoit trouvé mal le jour d'auparavant, ne laissa pas d'assister au conseil de dépèches. Le roi courut le cerf; il partii d'ici ayant à côté de lui dans son carrosse madame k duchesse de Bourgogne. Monseigneur étoit au. devant avec madame de Dangeau et la comtesse d'Estrées ; mesdames de Nogaret et d'Ayen étoient dans les portières. 11 y avoit quatre mois que madame de Dangeau n'avoil fait aucune fonction de dame du palais, parce qu'eUe est incommodée. — M. de Chamilly a envoyé ici un courriel qui apporte la nouvelle de la mort du roi de Danemark Christiern V. 11 étoit né en 16i-6; son iils, qui lui succède^ est né en 167 0 et s'appellera Frédéric IV. La reine, veuve du feu roi, est de la maison de Hesse-Cassel; elle a poui douaire les lies de Falster et de Laland, qui valent bien 200,000 écus de revenu. La reine régnante est de h maison de Mecklembourg. Ce roi ici n'a point encore (lenfants; il a deux frères, le prince Chai'les et le prince Guillaume.
Mardi 15, à Fontainebleau. — Le roi alla de bonne heure tirer et ne revint qu'à la nuit. Monseigneur courut le loup et ht une fort belle chasse. Le roi et la reine d'Angleterre arrivèrent A huit heures , étant partis le matin de Saint-Germain. Le roi et toute la cour allèrent lei recevoir dans le vestil)ule au haut du fer à cheval. Ils
soupèrent le soir avec le roi. Toutes les princesses du
sang y étoient^ comme cela se fait toujours ici. Ils ont
toujours les mêmes logements et on leur rend les mêmes
honneurs que les aimées passées; toute la différence
qu'il y a, c'est que le roi ne va plus au-devant d'eux dans
ia forét^ parce que Tautre année ils prièrent instamment
S. M. de ne le plus faire. — On mande de Rome que le
cardinal d'Aguirre est mort; il laisse un septième lieu
vacant dans le sacré Collège; on croit que le pape les
remplira après Noël pour Touverture de Tannée sainte.
Mercredi 16, à Fontainebleau. — Le roi n'entendit la
oiesse qu'après le conseil. Il alla prendre LL. MM. BB.
<laiis leur appartement, où Monseigneur et toute la cour
étoient déjà à la toilette de la reine d'Angleterre. Ils en-
tendirent tous la messe en bas. L'après-dinée ils allèrent
^ promener autour du canal , les deux rois et la reine
^u fond, madame la duchesse de Bourgogne, Monsieur
ôl Madame au devant, les duchesses du Lude et de Tyr-
<50imel aux portières. — 11 arriva ici une princesse de
^urtemberg-Montbéliard, d'une branche qui est établie
®*^ Silésie, où ils ont la principauté d'(Els; elle est
^^nue en France pour la succession de M. de Chaulnes.
Elle vient d'une fille de la maison d'Ailly et se prétond
^lus proche d'un degré que les Mailly. Elle eut Thon-
*^«ur de saluer le roi le matin , et à quatre heures elle
^int chez madame la duchesse de Bourgogne et ensuite
*^ila chez Madame. Le roi voulut que M. de Sainctot la
^^onduislt à ces audiences-là ; elle baisa madame la du-
^l^esse de Bourgogne et fut assise , mais on la mit au
"^8 bout des duchesses. La duchesse du Lude la présenta.
M. le chancelier tint pour la première fois le conseil
^vi'il tiendra toujours Taprès-dlnée, parce que le matin il
«si au conseil avec le roi. M. de Chàteauneuf, secrétaire
A^État, y prit sa place après le doyen; il netoit jamais
verni au conseil, mais les secrétaires d'État ont droit d'y
>«mr,et sont conseillers d'État du jour qu'ils sont reçus
tsa JOURNAL DK DANGtAU.
spcfétaires d'État. M. de Ghàtçauneuf par son ancienneté est sous-doyen, et ainsi il viendroit doyen si M. GonrCin venoit à manquer. Il y a des exemples que les secrétaires d'État ont été doyens; M. de Villeroy le fut. M. Bignon de Blanzy rapporta toutes les affaires dont il étoit chargé. Voilà sa dernière fonction de maître des requêtes ; il prendra sa place à cette heure comme conseiller d'État^ car on leur donne cette place quand ih sont intendants des finances.
Jeudi 17, à Fontainebleau. — Le roi monta en carrosse à une heure, ayant la reine d'Angleterre auprès de lui; le roi d'Angleterre étoit au devant entre madame la duchesse de Bourgogne et Madame. Monseigneur étoit à ime portière et la duchesse du Lude à l'autre. Quand on fut arrivé au rendez-vous, le roi d'Angleterre , Monseigneur et Madame montèrent à cheval^ et le roi monta dans une grande calèche ayant madame la duchesse de Bourgogne auprès de lui ; la reine d'Angleterre se mit au deiTière avec la duchesse du Lude. Monseigneur le duc de Bourgogne et messeigneurs ses frères étoieni à la chasse. Le soir il y eut comédie. — Le comte de Quiros, ambassadeur d'Espagne en Hollande, s'est plaint à MM. les États de la part de son maître des bruits qui courent du partage de la monarchie d'Espagne en cas de mort do S. M. C, et le marquis de Castel dos Bios, qui vient ici ambassadeur d'Espagne et qui est déjà arrivé en Franre, a ordre de faire au roi les mêmes plaintes. — M. de Chamillart, contrôleur général des finances, fut reçu à Paris à la chambre des comptes.
Vendredi 18, à Fontainebleau. — La reine d'Angleterre se trouva mal d'une colique assez violente; elle n'alla point à la messe avec le roi , ni ne mangea en public. Le roi n'entendit la messe qu'après le conseil, mais il lentendit en haut dans la tribune. Le roi d'Angleterre courut le loup avec Monseigneur. Madame la duchesse de Bourgogne entendit la messe avec le roi et puis alla
SEPTEMBRE 1699. m
chez la i*eine d'Angleterre. Le roi y avoit été avant qoed^aller à la messe. Le soir il y eut appartement, où Ton chanta une musique nouvelle de Matho (1). LL. MM. ni madame la duchesse de Bourgogne n'y furent point. —La plupart des colonels qui étoient allés à leurs régiments sont revenus. Toutes les troupes qui avoient marché avec le marquis d^Huxelles à Landau sont rentrées dans leurs quartiers dès le 7 de ce mois. M. Télecteor palatin a payé ou donné des otages pour les 100,000 écas qu'il doit à Madame d^une année et demie de la rente de 300,000 francs qu'il lui doit.
Samedi 19, à Fontainebleau, r— Le roi courut le cerf. Le roi d'Angleterre, Monseigneur et messeigneurs ses enhnts étoient à la chasse. Madame la duchesse de Bourgogne étoit avec le roi dans sa petite calèche. Le roi d*Angleterre a pris le violet pour la mort de Madame de lodène. L'abbé de Rezzini en vint hier donner part à toute la maison royale. — Madame la chancelière prit bier pour la première fois le tabouret "^ à la toilette de iBadame la duchesse de Bourgogne. Ensuite madame la duchesse de Bourgogne passp. dans son cabinet pour Taudience de l'abbé Rezzini ; il y avoit un grand cercle «tmadame la chancelière y fut aussi assise . Cela fut regardé ctoimeune continuation, de la toilette, caries chancelières ne sont point assises aux audiences. — Après diner, M. le comte de Toulouse a donné au comte de Cossé la députation de Bretagne pour la noblesse, et l'évèque de Saint- Krieuc l'aura pour le clergé, quoique ce ne fût pas à son tour; c'étoit celui de l'évèque de Quimper, qui le cède volontiers à l'évèque de Saint-Brieuc, son neveu. Ils sont Coetlogon tousdeux. Cesdéputîitions valent 16,000 francs.
(1) • L'on y chanta une partie de l'opéra de CoroniSf dont les vers sont ^ ^r MorH et la musique du sieur Mataut , tous deux onlinaires de la ^"^f^ (In HH. Le roi, Leurs Majestés Britanni(|ueH n'entendirent point cette «, qoifut trouvée fort belle. »• ( Mercure d'octobre, page 133.)
* M. le cardÎDal de Richelieu se servit de la faveur de M. de Saint- SimoD pour faire donner le tabouret à la femme du chancelier Ségmr, n'osant pas lui-même le demander. Ce n^est pas qu'A n'emportât des ehoses bien autrement considérables; mais celle-ci étoit de nature toot .à fait opposée à Thumeur de Lonii XIII. Auni ne raooorda-i»il qu'avec peine à son favori , et pour la seule toilette, paroe qu*aloi« la tûîlette n'étoit point heure de cour, mais de privance, où fort peu de gpDt ctoient admiç. Madame de Pontchartrain est la première chanœlièie qui ait étendu Tusage du tabouret à là matinée, le dtner excepté; et jusqu'à présent il en est demeuré là. A la dernière régence, la fenme d'Argenion, garde des sceauxi l'obtint de même à cet exemplct et depuis la garde des sceaux Chauvelin.
Dimanche ^20, à Fontainebleau, — La reine d'Angleterre est entièrement quitte de sa colique; elle alla à la messe avec le roi en bas^ et mangea avec la maison royale. Voici ce qui est d'ordinaire à table : la reine est assise entre les deux rois ; le roi d'Angleterre a la droite ; Monseigneur, monseigneur le duc de Bourgogne^ madame la duchesse de Bourgogne , Monsieur^ Madame^ M. de Chartres, madame de Chartres, madame la Duchesse et madame la princesse de Conty. Messeigneurs les ducs d'Anjou et de Berry ne sont pas encore de ces dlners-là. — Le roi après son dîner alla tirer. Le roi etla reine d'Angleterre allèrent à vêpres. Madame la duchesse de Bourgogne alla aux Loges avec madame de Maintenon et puis se promena avec elle longtemps dans la forêt. — Le soir il y eut comédie (1), où allèrent Monseigneur, Monsieur et Madame à leur ordinaire. — Le bruit commence à se répandre que Monsieur va casser la chambre des filles; elles sont quatre. On leur donnera à chacune 2,000 francs de pension, et Monsieur mettra auprès de Madame quatre dames du palais, à qui il donnera 4.,000 francs de pension. Ce n'est encore qu'un bruit; la chose n'est pas encore tout à fait réglée.
(1) '^ Les coinéfliens représentèrent Mithridate et le Florentin. » (Mer* cure d'octobre , page 133.)
SSPTEifBRK iras. 16^
. iMndi 3f • à FankUwèleau. — LL. MM. allèrent ensemble à la messe , dînèrent et coupèrent ensemble avec toute la maison royale. L'après-dinée le roi alla tirer, el LL. MM. BP. entendirent vêpres. Monseigneur courut le chevreuil avec les sans-quartier de M. le comte de Toulouse. Madame la duchesse de Bourgogne passa toute la journée chez madame de Maintenon. Le soir il y eut appartement ; LL. MM. ni madame la duchesse de Bourgogne n'y allèrent point. On y chanta encore la musique deHatho. — M. le marquis de Paloiseau, qui déjà a été marié deux fois et qui a de son premier mariage le marqais de Trainel et de son second mariage madame de la Toarnelle et madame la marquise de Pomponne, épouse en troisièmes noces mademoiselle de Saini-Hérem, fille de M. de Saint-Hérem, capitaine de Fontainebleau ; elle a enriron 80,000 francs en mariage. H. de Paloiseau, s'il & des enfants de ce troisième mariage , ne leur laissera point de bien ; mais il jouit d'un gros revenu ; on compte ^'il a encore 50,000 livres de rente.
Mardi 2% à Fontainebleau. — Le roi monta en carrosse à deux heures; le roi d'Angleterre étoit au fond avec lui; la reine d'Angleterre, madame la duchesse de Bourgogne et Madame étoient au devant ; Monseigneur à une portière, etlacomtesse d'AyenàTautre. Au laissez-courre, le roi monta dans une grande calèche avec la rane d'Angleterre, «jui se mit au derrière avec la comtesse d'Ayen, madame la duchesse de Bourgogne au devant avec le roi. Le roi Bine lui-même la calèche à toutes ses chasses-là; celleci lut fort belle. Le roi fut à la mort du cerf. — M. Dagueaseauy qui étoit chargé des affaires du commerce pendant que M. de Pontchartrain étoit contrôleur général, asouhaité ne s'en plus mêler; il n'étoit pas bien réglé qui disposeroit de cet emploi ou le contrôleur général ou le Mcrétaire d'État de la marine. C'est M. de Chamillart qui en a disposé. M. Pelletier, pendant qu'il étoit contrôleur .^rénéral, en a disposé de même, et il l'a donné à M. Ame-
t«6 JOURNAL DE DA1IG£AU.
lot^ conseiller d'Etat, neveu de M. Dagaesseaa et en faveur duquel M. Daguesseau a été bien aise de s'en démettre.
Mercredi 23, à Fontainebleau. — Le roi envoya le m»tin M. de Saint-Olon, un de ses gentilshommes ordînaireSy à M. de Pomponne, qui se trouva mal le matin à la messe. S. M. lui manda de ne pas venir au conseil et de ne songer qu^à sa santé, à laquelle il s'intéressoit fort vivement. Ce ministre se trouva mieux Taprès-dinée et m promena même à pied sur la terrasse du Tibre. — Ia roi sortit sur les cinq heures, ayant le roi d'Angleterre dansle fond du carrosse avec lui ; la reine d'Angleterre et Madame étoient au devant. Monsieur à une portière, et la comtesse d'Almont , dame de la reine d'Angleterre, à l'autre. Monseigneur avoit dans son carrosse madame la princesse de Conty et beaucoup de dames. Madame la duchesse de Bourgogne étoii dans une petite calèche, avec ses dames, qu'elle menoit elle-même. La promenade fut fort belle, et il y eut un air de magnificence par la quantité des beaux carrosses des dames de la cour \i). — Le roi, à qui les grandes coiffures que l'on a depuis quelques années déplaisoient. Ta témoigné. Les princesses et toutes les dames les ont changées, et la reine d'Angleterre a voulu donner l'exemple auj[ dames plus âgées en abaissant fort sa coiffure (2) .
(1) •< Lenercredi 33, une partie de la matinée fut employée à obserrer Tédip«e du soleil, il y eot sur les cinq heures proneaade eo carrome mr la bords du canaL Jamais oo n*y. \ii un plus nomlireux cortège de carrosses. > (Mercure d*octobre , page 134.).
(1) « On avoit voulu mtroduire , dit le Mercure d'août, la mode de certaines eoiffures nouvelles, appelées coif/ttres en baieau; mais cette inode n*a que très-peu de cours. Les bonnets venoient fort sur le devant , et il sortoit du derrière du bonnet des cheveux qui tomboient sur le cou. » Le Mercure de novembre ajoute « que les nouvelles ooilfcires continuent à s'établir, et que la hauteur des anciennes commence à paroltre ridicule auprès de oeleE qu*nne telle proportion rend plus convenable aux ilames qui s'en amail, ainsi que de meilleur sens et de meilleur goAt. On porte beauconp de i reiUcs dass les coiffures. »
SEFfEMBRE 1699. 157
Jainfî ik, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf Taprèfr-dlnée dans sa calèche avec la reine d'Angleterre. Madame la duchesse de Bourgogne et la comtesse d' Ayen, le roi d^Angleterre, Monseigneur et messeigneurs ses enlants étoient achevai. La chasse fut fort belle^ et le roi ne la perdit point et fut à la mort du cerf. — Le soir on joua ici pour la première fois une petite comédie qu'on appelle les Fie$ (i), mêlée d'entrées de ballet et de musique; LL. MM. n'y allèrent point. Monseigneur^ messeigneurs ses enfants, madame la duchesse de Bourgogne, Voosieur et Madame y étoient chacun dans un fauteuil. — M. de Pomponne passa fort mal la nuit et sur le soir la maladie augmenta si considérablement que l'on n'en espère plus rien, il a quatre-vingts ans passés et n'avoit presque jamais été malade. U y a déjà quelques années qu'il vouloit se retirer et qu'il n'étoit demeuré ici que par Tamitié qu'il a pour sa famille. — On mande de Dresde que le roi de Pologne y est arrivé ; il y fera quelque séjour ayant que d'allerprendre les eaux de Tœphtz en Bohème. Ou croit que les Turcs ont évacué Kaminiec.
Vmdredi 25, à Foniainebleau. — Les deux rois allèrent tirer ensemble dans les parquets, où il y a beaucoup de gibier. Le soir il y eut appartement, où l'on chanta pour la première fois la musique qu'a faite Destouches sur un opéra qu'on appelle Marthisie (2). LL. MM. ni madame la duchesse de Bourgogne ne furent point k la musique; inais quand elle fut cessée la reine d'Angleterre et madame la duchesse de Bourgogne y vinrent. La reine y joua au lansquenet avec Monseigneur. Madame la duchesse
(1) « On représenta le soir pour la première fois la comédie des Fées , faite *^f^ pour FoDtaineblcau par le sieur Dancourt, comédien, et ornée d*un pro- MSK et d'intermèdes de mu&ique et de danses. La musique étoit de M. de la Lande, sorinleiidant de la musique du roi, et les entrées du ballet du sieur de B^nehamp. Les habits étoient du dessin de M. Berain. » ( Mercure d'octobre , PVI35.)
(^^ Les paroles sont de La Motte.
158 JOURNAL DE DANGfiÀU.
de Bourgogne ne joue pas encore à ce gros jeil-là. (i) — M. de Pomponne fut presque tout le jour sans ooiiiioissance, eton ne croit pas que la nature puiste résister long^ temps & la violence de son mal. — M. le marquis de Castel dosRios, ambassadeur d^Espagne, arriva &Paris mercredi. Tous les ministre^ de cette couronne-là font des plaintes, dans toutes les cours où ils sont du prétendu partage de la succession d'Espagne^ et cela peut faire croire qu^il y a quelque fondement à cette nouvelle si le roi d'Espagne venoit à mourir; mais, Dieumerci^ il se porte mieux, et il parolt par les dernières lettres qu'on a de Madrid que sa santé se raffermit un peu.
Samedi My à Fontainebleau, — LL. MH. entendirent la messe à neuf heures dans la tribune ; ensuite le roi d'Angleterre et la reine d'Angleterre allèrent à Melun aux Filles de Sainte-Harie, où ils demeurèrent toute la journée , et le roi alla tenir son conseil à Tordinaire, et Taprès-dlnée il alla tirer. Monseigneur courut le loup ; messeigneort les princes ses enfants étoient avec lui à la chasse. Madame la duchesse de Bourgogne alla avec madame de Maintenon et ses dames à Moretdans un couvent. — M. de Pomponne mourut le soir, égalementregretté des François et des étrangers. — Le roi a donné une déclaration qui est déjà publiée et qui remet les vieux louis , les vieux écus , les pistoles d'Espagne et les patagonsdans le commerce; les pistoles et les vieux louis à treize livres cinq sous, les vieux écus et les patagons à trois livres neuf sous. On pré* tend que cela fera beaucoup entrer d'argent dans le royaume et qu'on auroit encore mieux fail. de les mettre toutd'uncoup àquatorze francs et à troisT' vres douze sous, comme nos nouvelles espèces. Dansle commerce des par-
(1) « Le Yendredi 25 il y eat grande toilette chez madame la' dochease dt Bourgosne, où les dames parurent pour la première fois en ooIffarM d'ttnt forme nouvelle, c'ent-À-dlre beaucoup plus basses. » {Mercure d'odobie, 135.)
SEPTEMBRE iéW. iM
tiéuHers, les vieux louis d*or ne vaudront que douze livres qnmxe sons, et les vieux écus que trois livres six sous ; mais U Monnoie les prendra pour ce que j^ii dit.
dimanche VI , à Fontainebleau. — LL. MM. dînèrent en piblic au sortir de la messe^ où ils allèrent ensemble. L^a{Hrès-dlnée le roi alla tirer, et LL. MM. BB. allèrent à vtpes dans la tribune. Le soir il y eut comédie (1). loDseigneur le duc de Bourgogne ni madame la duchesse de Bourgogne n'y allèrent point ; ils n'y vont guère les dimanches. — L'envoyé de Portugal vint donner pari ta roi et & toute la maison royale de la mort de la reine, sa maltresse, qu'il y a six semaines que nous savons; mais comme on neprend jamais le deuil que les ministres des coondont le roi ou la reine sont morts n'en aient donné pirt, on n'en avoit point encore pris le deuil. Le roi le prendra demain en violet et toute la cour en effilé. — Le n>i donna le matin une pension de 12,000 francs à madame de Pomponne, qui sans cette grâce de S.[M. n'auroit pas eu de quoi vivre bien à son aise. On peut ajouter cet éloge-là à tous ceux que l'on doit à un homme aussi vertueux que M. de Pomponne, qui avoit demeuré si longtemps dans le ministère.
Itmdî 28, à Fontainebleau. — LL. MM. allèrent courre le cerf l'après-dinée. Le roi d'Angleterre, Monseigneur, ■DeaseigneurssesenfantsetHadame sont toujours achevai, et le roi dans une calèche avec la reine d'Angleterre , loadame la duchesse de Bourgogne et la comtesse d*Ayen ; et même la reine d'Angleterre arhonnôteté , pour ^'onmène toujours la comtesse d'Ayen dans la calèche , de dire qu'elle servira elle-même de dame d'honneur à madame la duchesse de Bourgogne. On courut deux cerfs et on revint fort tard de la chasse. Il n'y eut ni appartement ni comédie. — Le roi a donné à M. Torcy la com-
(1) On y joua, flit le Mercure^ Crispïn musicien, comédie de Hauteroche.
leo JOURNAL DE DANGfiàU.
mission que M. de Pomponne avoit pour les postes; cette commission porte : Surintendant général des postée de France. Il n^y a point d'appointements attachés à cet emploi y mais il est d'une assez grande considération. — L'am— bassadeur d'Espagne, qui est arrivé àParis, avoit demaDdè* qu'on lui donnât audience ici ; mais on Ta remis à Versailles au retour du voyage de Fontainebleau ; et sur ce qu'il s'en est plaint aux autres ministres étrangers^ oq leur a dit que^ comme ils avoient fait attendre H. d'Harcourt à Madrid trois mois sans lui donner d'audience ^ l'ambassadeur d'Espagne pou voit bien attendre à Paris la retour de la cour à Versailles.
Mardi 29^ à Fontainebleau. — Le roi alla tirer Taprësdlnée. Le roi d'Angleterre fit ses dévotions et passa presque toute la journée à la chapelle. La reine d'Angleterre «alla l'après-dlnée faire ses visites d'adieu chez Monsieur et chez Madame. Le soir il y eut appartement. 1^ roi y entra après la musique et mena la reine d'Angleterre au jeu. Madame la duchesse de Bourgogne étoit avec elle. — M. le marquis de Lenoncourt, envoyé de Lorraine, ayant que de prendre son audience de congé, présenta ces jours passés à madame la duchesse de Bourgogne la lettre du duc son maître qui la prie de vouloir être marraine du prince son fils; c'est l'empereur qui sera le parrain. Ce prince s'appellera le prince de Lorraine. On avoit cru d'abord qu'il s'appelleroit le duc de Bar ou le marquis du Pont ; les aînés du duc de Lorraine n'avoient point accoutumé de s'appeler prince de Lorraine. — Le jeune roi de Danemark vouloit négocier ici pour obtenir que le roi dans ses lettres le traitât de Majesté ; mais il n'a pas réussi dans sa négociation ; car jamais les rois de France n'ont traité les rois de Danemark de Majesté. I^s rois de Danemark en écrivant aux rois de France mettent Votre Sérénité, et les rois de France ne les traitent que de Vous.
Mercredi 30, à Fontainebleau. — LL. MM. coururent le rerf l'après-dtnée avec les chiens de M. le duc du
OCTOBRE 1609. 16t
Maine et au laissez-courre le roi monta en calèclie avec la reine d^ Angleterre y madame la duchesse de Bourgogne et la comtesse d^Ayen. On revint fort tard de la chasse, elle soir il n*y eut ni comédie ni appartement. — Le duc d*Albemarle , fils naturel du roi d'Angleterre , fit une grande chute à la chasse et perdit connoissance. — Le roi rend à H. de Torcy tout le logement qu'avoit M. de Pomponne à Versailles , et M. de Torcy logera madame de Croissy, sa mère, et madame de Bouzoles, sa sœur ; et le roi reprend les logements qu'il leur avoit donnés^ qui étoient Tancien appartement de H. de Pomponne.
Jewii l^ octobre, à Fontainebleau. — LL. MM., sur les neuf heures, entendirent la messe enbas^ et puis LL. BIH. BB. montèrent en carrosse pour retourner à Saint-Germain, plus contents que jamais de la bonne réception qu'on ' Iwur a faite ici et de tous les honneurs qu'on leur a rendus. On a été fort content d'eux aussi ; rien n'est égal à t vertu, à la politesse et à l'honnêteté de la reine. Le «oiron joua la petite comédie des Fies, L'après-dlnéele roi courut le cerf dans sa petite calèche avec madame la du- Awe de Bourgogne. — Le duc d'Albemarle, malgré la chute qu'il avoit faite le jour d'auparavant à la chasse, se fit porter en bateau à Paris ; la connoissance lui est revenue. — On mande de Madrid que le roi d'Espagne est allé prendre l'air à l'Escurial, où il doit demeurer deux mois ; il n'a pas voulu que notre ambassadeur le suivit. — On mande de Londres qu'on a fait partir les vaisseaux qui doivent aller prendre le roi Guillaume en Hollande et qu'on l'attend au premier jour en Angleterre.
Tendredi 2, à Fontaimèleau. — Le roi^ dans sa petite calèche avec madame la duchesse de Bourgogne, courut le chevreuil avec les sans-quartier de M. le comte de Toulonse. Madame la duchesse de Chartres et madame la Du- . chesse étoient dans une petite calèche de M. le comte de Toulouse, et madame la princesse de Conty dans un carrosse de Monseigneur. Il y eut quelques petites disputes enti'eles
T. VII. . Il
tm JOURflAL M DAUGEAU.
cochers à qui passeroit devant ; le cocher de MonseigiiM remporta. — Il y eut une grande querelle au jeu , chfi H. de Livry, entre MM. dUeudicourt et de Boisseol. L maréchal de Villeroy les accommoda le soir et en reod compte au roi à son souper. — Le soir il y eut apparti ment; madame la duchesse de Boulogne n'y alla pas.
Samedi 3, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer Taprii dlnée. Monseigneur courut le loup. Messeigneurt ses a fants coururent le lièvre avec les chiens de M. le oomte Toulouse. Madame la duchesse de Bourgogne passa journée chez madame de Maintenon. — Monsieur pa.i le matin pour Montargis, ayant dans son carrosse mada^a et mademoiselle d'Ârmagnac ^ madame de Montaubaita les duchesses de Foix et de la Ferté. Madame la duchefl Me Chartres le suivoit ayant dans son carrosse la mam chiile de Kochefort y la duchesse de Sforce, mesdames '« de Castries y de Fontaine-Martel et de Saint-Pierre. Moù^ seigneur y doit aller lundi passer deux jours ^ et Monsi^ ne reviendra que Vendredi* (1). — Le soir il y eut icit^ médie. Monseigneur le «duc de Bourgogne et messeigneufl ses frères y allèrent^ mais madame la duchesse de Bout gogne n^y alla point.
Dimanche k, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer et a retour il travailla avec M. de Chamillart chez madame d Maintenons comme il a accoutumé de faire tous les d: manches. Monseigneur se promena en carrosse ave madame la princesse de Conty et puis revint ches ell jouer au brelan avec M. le prince de Conty, M. deLaujEUE M. le Prince et moi. — Madame présenta, le soir, aurm» son souper, le prince Charles de Hesse-Rheinfels, qui e son oncle à la mode de Bretagne ; il est frère cadet d landgrave Guillaume, qui avoit épousé la sœur aînée d madame de Dangeau. Il est venu ici remercier le roi d
(1) Voir le Journal de ce «ftii s'est pass<^ {Mandant six jours que la Monsieur a été à Montanns, dans le Mercure d'octobre, paices 21$> à Ml
OCTOBEE liw. fan
osqve S. M. avoit fiauit pour eux dans le traité de KyHviryck.
lÀmdi&, à FBnimnekleau. — Le roi courut le cerf dans M petite calèche avec madame la duchesse de Bourgogne. Iboieignear partit le matin avec madame la priuc^»e de Qonty pour Montargis. Le soir le roi travailla avec H. Pielletier chez madatoe de Maintenon, comme il £&it toQgles lundis. -^ Le roi nous dit à. son dîner quUl avoit reça des mémoires de Vauban, qui vient de visiter toutes IttpUees du royaume. Il appelle ce mémoire son testa- BMBt; il y marque tout ce qu'il faut faire à toutes ces plaoes pour les mettre dans leur perfection, ce qui pie»» le plus à faire, et ce qui presse le mr>ins. T()us les tnvMU quUl propose, et qu'on exécutera peu k peu, ODiilent, à ce que nous dit S. M., à soixante millions.
Mtréi 6^ à Fontaifi^leau. -^ Le roi courut le chevreutt avec les sans-quartier de M. le coTite de Toulouse ; 8. M. Jlmtdans sa petite calèche avec madame la duchesse de BdQrgogaa* Messoigneurs les ducs de Bourgogne et d'Anjou étoieat à la chasse. — Tous les grands joueurs sont tUés à Montargis dès hier pour jouer avec Monseigneur et VoQsieur. En Tabsence de Monseigneur, il n'y a ni appartement ni comédie; mais il reviendra ici demain. -*-0n mande de Madrid que le cardinal de Cordoue est mort; il venoit d'être fait grand inquisiteur. Il y a prér seatement neuf chapeaux vacants. Le roi d'Espagne contÎBaeàse porter mieux, et est àl'Escurial. — Pendant les deux jours que Monseigneur a été X Montargis, madame la duchesse de Bourgogne, l'après-souper, alloit dans le ^inet du roi jusqu'à ce qu'il se couchât.
Mercredi 7 , à Fontainebleau. — Le roi ne sortit point de toute la journée; il eut une très-légère incommodité ({uiTen empêcha. Monseigneur revint de Montargis, et ^ûeatrant dans la forêt il courut le loup. Monsieur ne reviendra que vendredi. Madame la duchesse de Bourgogne tint compagnie au roi tout le jour chez madame de Haiutenon. Le roi travailla le soir avec Bontemps A
164 JOURNAL DE DAMGEAU.
la distribution de tous les logements vacants de Versailles. 11 donne à H. de Villacerf, pour lui et pour la table de madame la duchesse de Bourgogne, tout ce qu'avoîeni MM. de Chamarande le père et le fils; il donne à M. de Tessé le logement qu'avoit madame de Bouzoles ; à M. de Chamarande le logement qu'avoit madame de Croi8sy« A H. Pelletier Fintendant^ M. Chamillart laisse l'appartement qu'avoit M. de Pontchartrain le chancelier pendant qu'il étoit intendant des finances, et que M. Pelletier le ministre étoit contrôleur général. Madame la duchesse de Guiclie aura une partie du logement de madame la maréchale de la Mothe , qu'elle prêtoit à la duchesse de la Ferté; sa fille. Madame la maréchale de la Mothe logera présentement à l'appartement de M. le duc deBerry, parce qu'on prend son appartement pour monseigneur le duc de Bourgogne.
Jeudi S, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf dans sa petite calèche avec madame la duchesse de Bourgogne, Monseigneur, messeigneurs ses enfants et Madame étoient à la chasse. Le soir il y eut cette petite comédie des Féei avec de la musique et des danses. — Voici le reste des logements que le roi a donnés à Versailles : à madame la comtesse d'Estrées la moitié du logement qu'avoit Mansart auparavant que d'être surintendant des bâtiments; l'autre moitié a été donnée à MM. de Puységur et de Mon vielle, gentilshommes de la manche de monseigneur le duc de Bourgogne. Mademoiselle de Lislebonne H le logement qu'avoit feu M. le marquis de Villars. Madame la princesse d'Épinoy aura l'appartement qu'avoit madame de Roucy avant qu'elle eût l'appartement de madame d'Arpajon. Madame de Saint-Géran a l'appartement qu'avoit autrefois madame de Venelle et dont le roi n'avoit point disposé. Le roi se résen'e encore l'appartement dans le corps du château qu'avoit xM. de Chamillart avant ([uc d'»^tie conti'ôleur général. — On pxnniina, au conseil des parties, les cahiers des
états de Languedoc. A ces séances-là , le gouverneur de la province y est et prend la place qui est toujours gardée pour le roi ^ et le chancelier demeure dans sa place ordinaire , si bien que le gouverneur de la province dont on examine les cahiers est au-dessus de lui. H. du Mcûne n^est point regardé en cela comme prince du sang, mais comme gouverneur de Languedoc.
Vendredi 9, â Fontainebleau. — Le roi alla tirer Taprèsdinée. Monseigneur courut le cerf avec les chiens de M. du Maine. Monseigneur le duc de Bourgogne et messeigneurs ses frères coururent le lièvre avec les chiens de H. le comte de Toulouse. Madame la duchesse de Bourgogne se promena dans la forêt avec madame de Naintenon. Monsieur revint de Montargis et arriva de tenne heure, et vit le roi à son débotter. — Pointis avoit été attaqué, pour n'avoir pas rendu bon compte à ses associés de tout Fargent pris à Carthâgène; il fut pleineluenl justifié au conseil devant le roi ces jours passés, et le roi vient de le faire chef d*escadre; il y avoit une place vacante depuis assez longtemps. — H. de Briorde, notre ambassadeur à Turin , est allé à Nice s'aboucher avec M. le Bret, premier président de Provence ; ils iront <le là ensemble à Monaco , et ensuite enverront au roi leurs avis sur les prétentions que M. de Savoie a sur <iuelques terres que M.de Monaco soutient qui sont de sa souveraineté. Ensuite le roi décidera sur cette affaire; ï. de Savoie s'en rapporte à la décision de S. M. — Le soir il y eut appartement; le roi n'y vient jamais, et ma- <lame la duchesse de Bourgogne y va rarement.
Samedi 10, à Fontainebleau. — Le roi courut le loup apnt madame la duchesse de Bourgogne dans sa petite calèche avec lui. Monseigneur, messeigneurs ses enfants et Madame étoient à la chasse. Le soir il y eut comédie (1) ;
(i) ODjooa, dit \e Mercure, « la comédie de Suréna^ suivie des Plaideurs. » SméBM est la dernière tragédie de Pierre Corneille.
im JOURNAL DK DANOFAU.
numneigneur le duc de Bourgogne , messeigneurs les frèn'8 et nmdHine la duchesse de Bourgogne y étoient. -* L'ambassadeur d^Espague à Londres a reçu nouTellc d'Es{)agne que les Écossois qui s^étoient établis au golfe de Ikirien avoient été obligés de se retirer et d^abaiidonner leur entreprise faute de vi^Tes ; oette nouvelle a fort réjoui les Espagnols, qui voy oient oet établissemeni aver^ grand chagrin. -^ Le ^ieux Pioon est mort; U avoit été longtemps premier commis de M. Golbert, et ne s'étnl [Hiint enrichi dans cet emploi-là ; le roi lui donnoil i,000 écus de pension.
IHfHmmcke il, à Foniùinebkau. — Le roi alla tirer ék n>vinl de bonne heure pour être au salut; il y avoit déjà êlé le jour d'auparavant. Monseigneur s'aUa promener autour du canal avec madame la princesse de Gonty et revint de Ix^nne heiu*e chez elle, où il savoii que madame la duche^ï^ de Bourgogne devoit venir; elle y vint efTetiiveiuent, elle y joua au lansquenet, puis alla au $alut« i^ù le roi étoit déj;\. — Le soir il y eut dans la Ml«fie dt^ivrfs une répétition du nouvel opéra de Des- I^Hiches .1 . qui re^^ut de grands applaudissements. Le rvM n'y ètoit |Hnnt , mais toute la maison royale y étoit, hiMrmis niailame la duoht^s^' de Bourgogne. On a dit tAUt de bien au n^i de oette musique qu^il la fera chant» A s^^ s^^ujk^rs ici. On i\>mmeiHvni mercredi, et on n*en ohautera qu^un acte par jour. — Le roi, qui est trè»-eonl«*nt du manvlial de Villen^} . lui a accordé une gratifio.ttîou de tOO«iH>0 ivus. A prendre M.OOO francs par AU dur.uil 54\ ans sur l^^ ivtrois de la ville de Lyon ; et l« \ ille vvusent .^ ^viver ces 50,000 francs par an durant .v> si\ Aîuu^'s À Kur 4:\ni\ertteur , «V\ sans que cela duuuuie eu rteu U^ dK>its du riM,
LmmJ* li. 4 f\iiiMiii#6jf«ti. — Le roi courut le œrf
i VI|W> A Mt ^*f ^ f^ NH
OCTOBRE l«W. 1«7
dans sa [>etiie calèche avec madame la duchesse de BoorgQgne; Monseigneur^ messeigneurs ses enfants et Madame étoient achevai à leur ordinaire. — Le roi jugea, le matin au conseil^ raffairedes capitaineries; on conserve tontes les anciennes capitaineries royales, conune Fontai- DeUeaa, Saini-Germain, Vincennes, la vallée [varenne?] du Louvre, Monceaux, Uvry, Compiègne, Chambord, Sénart et quelques autres; on casse toutes les capitaineriesd'établissement nouveau. On laisse à M. deNoailles oeile de Séquigny durant sa vie ; au marquis d'Effiat celle deChilly; à M. le président de Maisons ceUe de Pierrelay, aussi durant leurs vies. Toutes celles des firovinoes sont cassées; on ne touche point à celles que * Monsieur a dans ses apanages. — Le roi a créé des lieutenants de police dans toutes les villes du royaume comme i Paris. Les maires les achèteront, et eUes seront jointes à leurs charges; et si quelques-uns de ces maires ne pouvoient ou ne vouloient pas les acheter, on les remlK)urs^ de l'argent qu'ils ont donné pour être maires, et il retrouvera assez d'acheteurs. Cette affaire-là vaudra au roi du moins quatre millions.
Mardi 13, à Fontainebleau- — Le roi alla tirer. Monseigneur courut le loup. Le soir il y eut appartement. — U roi a augmenté ce qu'il donnoit à messeigneurs les ducs d'Anjou et de Berry pour leurs menus plaisirs. Ils li'avoient chacun que 500 livres par mois; M. le duc d'Anjou aura présentement 2,000 francs par mois et *ll. le duc de Berry 12,000 francs par an ; monseigneur le duc de Bourgogne a 12,000 écus, et le roi lui a offert de les augmenter; il a dit au roi qu'il en avoit assez, que, si dans la suite il en avoit besoin, il prendroit la liberté de le lui dire. Ces trois princes ont outre cela les 1,000 feus de la pension de chevalier de l'Ordre. — M. Ber- ^«lol et ses associés, qui ont l'affaire des poudres, ont lionne au 1*01 700,000 francs d'argenl comptant ; et 'Moyennant cette somme S. M. leur a permis di* mettre
cinq sous d'augmentation sur la livre de pondre à tirer en volant, leur a permis aussi que ce fussent eux seuls qui vendissent le menu plomb, sur lequel il leur a été permis aussi de mettre une augmentation.
Mercredi 1*, à Fontaituèleau. — Le roi prit médecine, et tint conseil Taprès-dlnée ; cela fit que le chaDcelier tint le matin conseil des parties. Monseigneur fut Taprè»dlnée au conseil , et le soir alla à la comédie. — Le chevalier de la Fare est mort à Paris ; il avoit été, durant la ffuerre, commandant à Nice, où il s'étoit gouverné avec beaucoup de réputation , et le roi lui avoit donné depuis peu le gouvernement de Schélestadt, faisant dire même • ^^ marquis d'Huxelles que, si jamais quelque aRiaire pour le service dû roi Tobligeoit à s'éloigner de rAlsaoe, le chevalier de la Fare étoit digne d'y commander en son absence. — M. le premier président a eu une audience du roi ces jours passés, dans laquelle il lui a parlé trè»> naturellement sur la douleur qu'il avoit eu de n'être point chancelier ; et le roi lui a répondu avec tant de bonté que le premier président lui dit en partant : « Je la [sic] servirai mieux que jamais et sans aucun chagrin. » Le roi lui a donné la commission de travailler à la dimi* nution du prix du blé [dans Paris] et dans le voisinage. M. le prévôt des marchands et M. d'Argenson, lieutenant de la police, qui s'en étoient mêlés jusqu'ici dans la ville de Paris , ont ordre de ne rien faire là-dessus que sous les ordres du premier président.
Jeudi 15, à Fontainebleau, — Le roi courut le cerf comme à son ordinaire dans sa petite calèche avec madame la duchesse de Bourgogne. Monseigneur, messeigneurs ses enfants et Madame étoient à cheval comme ils y sont toujours; mais Madame court bien moins qu'autrefois. — Les affaires du duc de Holstein-Ciottorp contre le roi (le Danemark paroissent s'aigrir fort; ce duc fait continuer A travailler A ses nouvelles forteresses, et il est souleiiu dans cette entreprise par le roi de Suède, dont il
OCTOBRE 1600. fe9
"vieni d'épouser la sœur; û a l'honneur d'être son beaufirère et son favori. Ces deux rois du Nord sont bien pennes et paroissent bien ardents Tun et l'autre ; le roi de Saëde est encore bien plus jeune que celui de Danemark. — On mande de Paris que la vieille comtesse de Fiesque est à la dernière extrémité; on ne croit pas qa'eUe passe la journée de demain. Le vieux Villacerf esta peu près dans le même état. Voilà deux pensions , roue de douze et l'autre de six [sic] qui vont revenir M roi.
Vmdredi 16^ à Foniaifuhleau. — Le roi alla tirer ; Monseigneur courut le loup. Le soir il y eut appartement. — Madame la duchesse de Bourgogne passe toutes ses journées chez madame de llaintenon y où elle répète avec M daines un petit divertissement pour Versailles devant ie roi en particulier ; et S. M. même a tant de complaisance pour elle qu'il se mêle quelquefois, avec les dames du palais, dans la musique des chœurs de la pièce. — La comtesse de Fiesque * mourut à Paris. Outre la pension qu'elle avoit du roi^ son fils la laissoit jouir d'une terre fiilui a été adjugée en Normandie; cette terre vaut 8 OQ 9,000 livres de rente, et cela joint à vingt-deux ou vingt-trois qu'il a déjà bien venant, il se trouvera plus de 10,000 écus de rente. — M. le Prince et madame la Princesse n'ont point été ici de tout le voyage; M. le Prince, qui a presque toujours été malade, est allé prendre l'air de Chantilly, où M. le prince de Conty le va trouver. M. le Duc a eu quelques accès de lièvre assez violents , poor s'être trop tourmenté à la chasse ; mais il en est quitte présentement.
* Cette comtesse de Fiesque étoit tante paternelle du marquis de Beu- 1TW, pèred*Harcourt. Elle a voit été fort du grand monde et tellement attachée à Mademoiselle qu'elle Tavoit suivie dans tous les temps et été de toutes ses intrigues , et comme sa dame d'honneur un temps, l^es Mémoires d<» Mademoiselle parlent fort de leurs querelles. C*étoit la meilleun* femme du monde, la plus gaie, la plus rare, et qui morte
^ Xn^RNAL DE DAJNGKAU.
«te. ji lujOM^M|ttt ^*^ ^ chemina jamais qu^entre quinze et di:
' Mfe^ ti « jtKMlWcoutos d'elle plus plaisants Tun que Tautrl;!. Toi
^ ^^ l^ ^^Mne compagnie , mais toujours incapid)le de figurer.
jj^if^ IT, è FofUainMeau. — Le roi alla tirer. Madan
^ j^*tM^tf^ tW Bourgogne dîna de bonne heure chea nu
^.^^ j^ Xaintenon et ensuite alla avec elle aux Filli
^^^^^ji^(f.j|yaî«>àMekm, et revinrent ici avant la nuit. — I
v« Jn IVJtijjueest revenu à Dresde du voyage qu'il avo
ati ^MV^ <^^^ ^^ Tœplitz en Silésie (1) ; qn ne parle pi
*a il rvlouruiî encore sitôt en Pologne ; mais on croit qu
^ ^^it»s avec Télecteur de Brandebourg pour Elbin
^ %\«l accommoder ; il a eu nouvelles que les Turc
^^^^i^il évacué Kaminiec. — Le roi n^a appris la moi
J|« chevalier de la Fare que par ceux qui lui ont di
g^iiàbS le gouvernement de Schélestadt. Voilà d'ordinaii
L^ir où le roi apprend la mort des gens qui ont des ea
yJKus et qu'il ne voit pas souvent. — M. de Bonrepaux
ii«4rtMunbassadeur en Hollande, a demandé avec lieai
^Mup d'instance d'<Hre rappelé de son ambassade. S
mauvaise santé en est la seule cause ; il a besoin d(
^ux et de Tair de France. On lui a permis de reven
d(V( ([ue son successeur, qui n'est pas encoi*e nomm*
sera arrivé en ce pays-là.
Dimanche 18, à Fontainebleau. — Outre le conseil qi lo roi tint le matin à son ordinaire^ il tint encore consi l'après-dlnée pour les affaires des religionnaires ; Moi sieur est de ce conseil. On y jugea une affaire sur succession de feu M. Hervart; et elle fut jugée en fave de madame de Gouvernet, sa sœur, qui est en Angleter et qui en a disposé en faveur du marquis de Gouverne son fils, qui est ici. — Il y eut des sauteurs qui sont 1 enfants d'Allard qui tirent des sauts extraordinaires da. la salle des Suisses. Monseigneur y étoit, et madame
(l)Tfi>plitz eftten BoIiOiimï ; Dani;eaii Ph dit précéiletnmeiil. Voj/ez au ai m teinhre.
OCTOBRE twe. ni
duchesse de Bourgogne les vit de chez madame de Main- VeTion. Lesoir 51 y eut appartement. -.— M. de Tallard a permission de venir passer quelques jours à la cour^ après que le roi d'Angleterre se sera embarqué pour repasser à Londres, ce qui ne sera qu'au conmiencement du mois qui vient. — Madame la duchesse de Bourgogne et Monsieur dînèrent chez la duchesse du Lude^ où étoit nudame de Maintenon.
iMndi 19, à Fontaimbleau. — Le roi alla tirer. Monseigiienr courut le chevreuil avec les chiens de M, le duc i^ Haine. — Le roi a donné à M. le comte de Roucy le justaucorps à brevet qu'avoit M. de Villacerf*, qui ^urut avant-hier à Paris. Il avoit une pension de 'ï,000 francs ; il étoit premier maître d'hôtel de mai^tûe la duchesse de Bourgogne , mais son fils, qui a la Hirvivance, a toujours exercé la charge. 11 avoit été pre- '^ûer maître d'hôtel de la feue reine. — Le roi a donné 1^ gouvernement du Neuf-Brisach à M. de Laubanie^ ^uvemeur de Mons durant la guerre; S. H. a donné ^ssi le gouvernement de Schélestadt à H. de Préchac^ ^ui durant la guerre étoit gouverneur de Roses. — Le Soir il y eut comédie (1). — Au retour du roi à Versailles, on mettra monseigneur le duc de Bourgogne ^vec madame la duchesse de Bourgogne; ils coucheront <ians Tappartement de madame la duchesse de Bourgogne, et monseigneur le duc de Bourgogne ira s'habiller le matin dans le nouvel appartement qu'on lui a bàli cette anné^.
'Villacerf étoit Colbert, mais fils d'une sœur du chancelier le Tellier, ^ ittacbé à lui et à sa famille au point que lui et Saint-Pouanges , son ^ y furent premiers commis de M. de LouTois et prirent ses livrées.
(I) " Le soir les comédiens représentèrent la Mère coquette , de M. Qiii- **Bit, qui fat préc^ée d'une scène nocturne des deu\ fils du sieur Allard , f^^a scaramoiiclie et Tautre en arlequin, qui firent des sauts inerveilleu&. * * ^ciire d'octobre, page 26*J. )
Villaoerf avoit beaucoup de probité, de vérité avec de la nideaae; il avdt aussi des amis, et en méritoit. Le roi avoit pour lui de Tamitié et de la confiance. M. deLouvois y en avoit pris une entière lorsque par ses charges il prit plus d'essor. Saint-Pouanges, son frère, prit son bureau et tout son crédit dans les affaires du secrétaire d'État de la guerre.
' Mardi 20, à Fantaimbleau. — Le roi courat le cerf dans sa petite calèche avec madame la duchesse de Bourgogne. Monseigneur^ messeigneurs ses enfants et Madame étoientà ^ cheval. Le roi n^a point vu jouer ce voyage ici les boas ,7^15 joueurs de paume ^ mais il ne diminuera point les même libéralités qu^il a accoutumé de leur faire. — Madame 1 Duchesse partit d'ici pour aller trouver M. le Duc, qui ( & Saint-Maur, où ils passeront quelques jours. — Le d'Angleterre ayant appris en Hollande tous les discon que l'ambassadeur d'Espagne a tenus à Londres et le plaintes qu'il a faites aux lords régents , dans lesqueUe même en parlant de lui, il ne le traitoit que de roi GuiKLSlaume, il lui a envoyé ordre de sortir d'Angleterre dhvr^mns dix-huit jours. Cet ambassadeur s'appelle Coloma ; il éto- ^^it frère de Coloma, secretario del despacho universal , et qr wii mourut il y a quelque temps. L'ordre de sortir d'Angl^^ terre lui fut porté le 10 de ce mois; et il s'en ira é Bruxelles attendre les ordres d'Espagne.
Mercredi 21, à Fontainebleau, — Le roi alla tirer l'après-dlnée. Le soir il y eut comédie, où toutes les dames allèrent en robe de chambre (1). Madame la duchesse de Bourgogne y alla. — On compte que M. de Lorraine arrivera à Paris le 16 de novembre; il vient rendre au roi son hommage pour le duché de Bar. — Le roi donne à M. Duchesne, qui servoit de médecin ciuprès de messeigneurs les princes, les mêmes appointements que M. Petit a pour être auprès de Monseigneur, et présentement il sera
(I) « Le soir les cornéliens repiv^nlèrent le^ lioraces et le Médecin malrjré lui. »» ( Mercure d'octobre, page VO.)
OCTOfiRË 1680.
V^mier médecin de monseigneur le duc de Bourgogne. -- Le roi a nommé Fambassadeur qui doit aller en Hol- Uade en la place de Bonrepaux , mais cela n'est pas encore déclaré ; Je roi apparemment a voulu le consulter pour savoir si cet emploi convenoit à ses affaires particolières. — On a la confirmation de la nouvelle qui «toit venue pai* Tambassadeur d'Espagne à Londres que ies Écossois ont abandonné le poste qu'ils avoient pris i Ûarien; ils n'y ont pu subsister faute de vivres.
Jeudi 22, à VersaiUes. — Le roi partit à dix heures àe Fontainebleau pour s'en revenir ici^ où il arriva la nuit. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne étoient avec lui dans son carfosse. Monseigneur partit dans sa chaise et alla diner à Heudon, où il demeurera quelques jours. Monsieur^ Bladame et M. de Chartres allèrent à Paris^ où ils demeureront jusqu'après le premier voyage de Marly. — Monseigneur le duc de Bourgogne coucha pour la première fois chez madame la duchesse de Bourgogne; dans ces commencements ici il n'y couchera que de deux jours l'un (1). — Madame de Montchevreuil, qui revenoit de Fontainebleau avec madame de Maintenons se trouva fort mal en chemin ; elle fut obligée de deiùeurer quelques heures au Plessis; cependant elle arriva ici le soir, Quds si mal qu'on ne croit pas qu'elle puisse subsister à I& violence de cette rechute ici. — Le roi après son souper avoit résolu d'aller voir monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne dans leur lit ensemble ; mais il y alla un peu tard , et ayant trouvé les portes fermées, il eut la discrétion de ne vouloir pas faire ouvrir la porte .
(1) Oo n'eftt pas étonné de rencontrer ce détail dans le Journal de Daiï' gmi; mais il est plus extraordinaire de trouver dans le Mercure galant : « Le jeodi 22, le roi vint d'une traite de Fontainebleau à Versailles, ayant trois rééi. Ce inème jour fut celui de la consommation du mariage de monseigneur le doc de Bourgogne. *»
174 JOURHAL DE DANGEAU.
Vemlr^di M, à Vtrsailhê. -^ Le roi alla raprà»^ttBéi se promener à Marly, où il eut le plaisir de voir qpie tom œ qu'il avoit ordonné étoit achevé ; il en fat content m dernier point. ^^ Monseigneur le duc ^ Bourgogni coucha le soir dans son appartement^ qui est celai qo'a voit la maréchale de la MoUie. On lui en a b&ti encpn un petit qui communique à rappartement da roi et 1 celui de madame la duchesse de Bourgogne et qui m plus agréable qu'on ne Tauroit cru. — Le roi chargi trois courtisans de suivre monseigneur le doc de Boop gogne; il y en aura toujours quelqu'un d^eux trois a» près de lui. On sait que le marquis d'O est un des troii que le roi a choisis^ et il a commencé aujourd'hui à suivn monseigneur le duc de Bourgogne. Les deux autres im sont point encore déclarés. M. d'O ne laissera pa8 de d» meurer auprès de M le comte de Toulouse comme il «il On ne donne aucun nom à ces emplois ici, et il n'y «un aucuns appointements attachés ; mais c'est une grandi marque de l'estime de S. M. qui ne demeure point suu récompense. H. le duc de Beauvilliers ni aucun gouverneur ne coucheront plus dans la chambre de i seigneur le duc de Bourgogne ni ne le suivront plus.
Samedi 2i y à Versailles, — Le roi aUa l'après-dlnéi se promener encore à Harly. Monseigneur a trouvé i Meudon tous ses bâtiments achevés, et rien n'est si magni' fique que son appartement. — M. de Mimeur a eu Tagré' ment de se défaire de sa charge de sous-lieutenant de la gendarmerie , et le roi veut bien qu'il garde son rang de mestre de camp ; il sera même incorporé dans un régiment de cavalerie, et aura la paye de mestre de camp réformé. — Les deux courtisans que le roi a destinés à suivre monseigneur le duc de Bourgogne avec M. d*0 sont M. le marquis de Chiverny et M. de Saumery. M. de Chiverny ne laissera pas d'être toujours menin de Monseigneur, et H. de Saumery d'être sous-gouverneur des princes. Ils n'ont point d'appointements nouveaux. Ik
OCTOBRE twe. %n
{tendront leurs mesures ensemble afin qu'il y en ait touîoursimavec monseigneur le duc de Bourgogne. — Monsûgneor le duc de Bourgogne coucha le soir chez madame la duchesse de Bourgogne ; il devoit aller à Saint- Germain Taprès-dinée voir le roi et la reine d'Angleterre ; nais il y eut un mésentendu qui l'en empêcha.
Dimmehe 25 , à Versailles. — Lie roi alla tirer Faprèsdlnée. Monseigneur vint ici pour le conseil et s'en retooma dîner à Meudon^ — Lie roi entretint H. de Chiveray, à qui il donna ses ordres sur ce qu'il avoit à faire aaprès de monseigneur le. duc de Bourgogne. — La psnvre madame de Hontchevreuil * mourut ici le matin sur les six heures^ bien regrettée de ses amis; elle est nM)rte comme une sainte^ comme elle avoit vécu. — Madaioe la duchesse de Bourgogne alla de bonne heure à 8iini-Cyr, d'où elle revint dans le carrosse de madame de Maintenons qui est affligée au dernier point de la mort de madame de Hontchevreuil. On ne sauroit mieux faire que fait madame la duchesse de Bourgogne pour kooDsoler. — Le roi dit le soir à monseigneur le duc de Bourgogne qu*il l'alloit faii*e entrer dans le conseil de dép^es; qu'il jugeoit à propos que dans les commencenmnis il n'opinât pas ^ mais qu'il fallait qu'il se formât au affaires et qu'il commençât par celles qui regardoient ie dedans du royaume. Monseigneur le duc de Bourges parut fort touché de la grâce que le roi lui faisoit. — Le roi et la reine d'Angleterre vinrent ici sur les cinq l^eareset furent longtempsenfermés avec le roi ; ils^allèrent ensemble au salut, et puis LL. MM. BB. retournèrent â SAmt-Germain. — Madame de Chamillart parut pour la première fois â la cour, et salua le roi le soir chez ma- ^e de Maintenon.
* Sfadame de MoDtche>Teuil étQÎt à la cour ce que M. de la Reynie ^ à Paris, mais en sotte eteo dupe au dernier point. Cétoit une %ifc kmgue, étroite , dévote , austère et amère , un nez sans fin , de h^pici dents jaune» présentées par un rire d'imbécile, qui coutrefaisolt
176 JOURNAL DE DANGËAU.
le rire de bouté, inéme de protectioa; uo visage de dre jaune; eia ^uo mot, une fée qui depuis les pieds jusqu'à la tête ne se remuoit que |;^Mr ressorts , qui ave(^ toute sa vertu et son inquisition nVmpécha pas M» désordres d*unedeses filles au milieu de la cour, ni sa belle-fille mSiy percer [sic\ les nuits au jeu et à sa porte tous les jours à son imu. Cl"*étoit le tribunal des jeunes et des vieilles, sur le témoignage de qtû ^m étoit admise ou rejetée, distinguée ou délaissée, parfois chassée ^ni rappelée. N'abordoit pas à elle qui vouloit; et quiconque y arriroit ^m»' roit donné grand*chose pour en être dehors bagues sauves. C'étoîfc-^ cœur, rame, la confiance totale et sans examen ni appel de i de Maintenon , qui marquoit en cela son discernement ordinaire qu*a (aisoit adopter au roi. Cétoit le surtout de toutes choses, la des filles du roi et de madame la duchesse de Bourgogne elle-i et celle que Monseigneur et Monsieur ne se dispensoicnt pas de i avec des façons fort subalternes. Bonne femme du reste et point | rieiise , et dont le mari étoit le meilleur et le plus sot des humains, a MX ailleurs leur fortime et sa source. On peut juger combien les nistres rampoient devant elle ; et par Féducation de M. du Manie, ( fut confiée au mari et qui resta le maître de la maison , quMI y a < pupilles qui échappent au\ plus mauvaises.
• Lundi 26, à Versailles — Le roi alla encore se promené -^ Taprès-dlnée à Harly. Monseigneur le duc de Bour*gogne entra au conseil de dépêches pour la première fois^ Monsieur vint le matin de Paris iK)ur être à ce conseil ef dîna avec le roi à son petit couvert. Monseigneur donna hier à dîner à Meudon à madame la princesse de Conty et à plusieurs dames à qui il lit voir son appartement nouveau. — Le roi a trouvé bon que Monseigneur le duc de Bourgogne donnât les entrées chez lui au fils de M. de Dénonville et au fils de M. de Saumery. Monseigneur leduc de Bourgogne alla à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre; il avoit dans son carrosse MM. d'O et de Chiverny, M. le marquis de Livry et le i>etitde Seignelay. — Le mutin, au conseil, le roi y^vla à monseigneur le duc de Bourgogne sur les affaires du dedans du royaume ; il lui donna les instructions les plus s^iges et les plus pleines d amitié qu'il sepuisse. Monseigneur le duc de Bourgogne a iMiru fort touché, et durant hî ironseil fut tr«^&-attentif
OCTOBRE t6M. 177
Exuiune on homme qui veut profiter de ce que le roi hti a dit et de ce qu^il peut apprendre dans le conseil.
MmtMVI, à Versailles. — Le roi donna le matin une audience secrète & Pambassadeur d'Espagne ; c'est la première qu'il ait eue. Cet ambassadeur fit de fortes instances au roi de la part de son maître pour tâcher d'obtenir que S. M, voulût faire révoquer par MM. de la Sorbonne la condunnation qu'ils ont faite des livres de Marie d'Agreda. D pressa fort aussi S. M. sur vouloir faire établir dans tout le royaume llmmaculée Conception de la Vierge; enfin cette audience se passa en affaires dereligioii^et point du tout de politique. — L'après-dlnée le roi alla se promener à Harly. Madame la duchesse de Bourgogne alla passer l'après-dinée à Saint-Cyr avec madame de Maintenon, qui y étoit dès le matin. — Le roi a donné à la petite mademoiselle de Charolois le logement dans le château qu'avoit Racine (1); Madame la Princesse avoit demandé ce logement-là pour mademoiselle de Condé et avoit même ^é madame la Duchesse d'en parler au roi. I Mercredi iS, à Versailles. — Le roi alla Taprès-dlnée à 1& chasse. Monseigneur revint de Meudon. Monseigneur Icduc d'Anjou commença àapprendre à monter à cheval. — De Fesne, un des écuyers du roi, fit mardi une cruelle Aote et se cassa la jambe ; on prétend même qu'après T^'il fut tombé le cheval d'un coup de pied lui cassa la jambe en un autre endroit ; les chirurgiens le croient en gnind danger de la vie. — Le bruit commence à se répondre que M. de Briorde, notre ambassadeur en Savoie, est celui que le roi a choisi pour l'ambassade de Hollande en la place de M. de Bonrepaux , et que M. Phélypeaux, Dotreenvoyé auprès de l'électeur de Cologne, sera ambassadeur à Turin. — M. de Chamillart a fait dire à tous les
(1) MomreUe preuve de la chimère de la disgrâce de Racine; il a au château in appartement qu*on donne après sa mort à une princesse du sang. {Voy. la Mledela page 46.)
178 JOURNAL DE DANGEAll.
gens ({^affaires que ceux qui donneront de l'argeut» f
à des courtisans, soit à des dames, pour avoir leur p
tection, seront châtiés rudement et mis en prison ^ la
ne voulant qu'aucun argent soit donné que par i
ordre, ni que la faveur et la protection soient acheU
Jeudi 29, à Versailles, — Le roi alla dîner à Harly
y mena monseigneur le dauphin, monseigneur le duc
Bourgogne et madame laduchesse de Bourgogne. La ta
des seigneurs n'est plus dans le corps du château. Le
alla Taprès-dlnée à Saint-Germain voir le roi et la re
d'Angleterre et repassa par Biarly, d'où il ramena mon
gneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse
Bourgogne. Madame la princesse de Conty alla pren
Taprès-dinée Monseigneur àMarly, qu'ils trouvèrent]
embelli encore qu'ils ne pensoient. Ils admirèrent :
le salon ; ils allèrent ensuite à Saint-Germain et revini
ici tout droit. Madame la duchesse de Bourgogne
trouva un peu mal le soir; elle soupa chez madame
Maintenon et se retira de ))onne heure. — M. le duc d\
mont fit hier une furieuse chute sur les degrés; il
voulu faire aucun remède et est sorti aujourd'hui coD
à son ordinaire. — Madame Tabbesse de Hontma
mourut dans son abbaye ; elle étoit de la maison de 1
raine et sœur de M. le prince d'Harcourt, qui est à L
depuis longtemps et qui ne parolt plus du tout dan
pays ici.
Vendredi *^0, à Versailles. — J^ roi alla tirer. Moi gnem* courut le loup ; monseigneur le duc de Bourg( le courut avec lui. C'est la première fois qu'il ait été d chasses-là à Versailles. — La petite incommodité qi jeudi madame la duchesse de Bourgogne n'a au< suite. — 11 y a de grands changements dans les ii dances ; voici ce que j'en sais. M. Larcher, intendan Champagne, est rappelé ; on envoie en sa place M. i Bretèche, fils de M. de Pomcreu, qui est intenda Alenron : on met à Alençon M. Pinon, qui étoit inten
I90VEMBRË 1690. nu
à, Pau^ etrintendance dePauestdonnée à M. Guiet^ lixaiire ideB requêtes. H. le Voyer, intendant à Moulins^ est rappelé; on envoie en sa place M. de Fieubet^ maître des requêtes, fils de M. Launac. H. de Seraucourt^ intendant depuis longtemps en Berry^ est rapellé; on envoie en sa place M. Roujou, maître des requêtes. M. deLafons^ intendant en AJsaœ, a demandé à revenir; on envoie en sa place M. de la Houssaye qui étoit intendant à Montauban; et on donne l'intendance de Montauban à M. Legendre^ maître des requêtes.
Samedi 31 , à VersaiUes. — Le roi et toute la maison ■oyale allèrent & vêpres dans la chapelle en bas. Le roi a. déclaré qu'il ne donneroit point présentement Tabbaye de Montmartre; il n'en disposera qu'à Noël. — Le roi vit, ^prèsle conseil, dans son petitappartement, le bonhomme Montchevreuil^ et S. H. lui parla de la manière du monde la plus obligeante et la plus propre à adoucir sa douleur; il finit la conversation en lui disant : « Ne me regardes point coomie votre bienfaiteur et votre maître, mais comme votre ami^ et parlez moi dans cette confiance-là .de tout ce qui vous regardera vous et votre famille, w S* M. donne à M. et à madame de Mornay le logement çi'avoit madame de Montchevreuil, et à M. et à madame dePracomtal le logement qu'avoient M. et madame de Kornay; aitislM. de Montchevreuil aura la consolation d'avoir toute sa famille ici auprès de lui. — Le roi d'Angleterre s'embarqua lundi en Hollande pour retourner i Londres. Tallard^ notre ambassadeur, a pris congé delui pour un mois ou six semaines, qu'il vient pîusser
Omanche V^ novembre , jour de la Toussaint , à Ver- W«Il«i. — Le roi fit ses dévotions à la chapelle et toucha lïeaucoup de malades. L'après-dinée S. M. et toute la ni^n royale entendirent le sermon du P. Massillon, père de l'Oratoire, qui commence à être en grande réputation; ensuite ils assistèrent à vêpres et an salut. —
t«> wi a donné Tabbaye du Tréport, qu'avoit le feu aU>é \\\\ Oliarost^ & H. Févèque de Périgueux; il a donné aoc nuire abbaye considérable à Tévéque de Cominges^ firàrc de DénonviUe ; l'abbé Boissot en a eu une en Franche Comté (1)^ qu'avoit le feu abbé de la Fouillée; Laubaok a eu pour son neveu un prieuré (2) à la porte de Tours; Tabbé d'Orval a eu une abbaye (3) qui vaut 1^000 écus de rente. Voilà tout ce que je sais de la distribution ; on n'a donné ni Jumiéges ni Montmartre. — M. de Tallard» notre ambassadeur en Angleterre, arriva ici le soir et salua S. M. en sortant de chez madame de Maintenon pour aller à son souper. 11 nous a dit que milord Portland étoit repassé en Angleterre avec S. H. B. et quMl étoit toujours chargé des principales affaires de ce royaume; mais il ne reprendra point sa charge de grûmsioul (k), qui est quasi comme la charge de çrand chambellan en France.
Lundi , à Marly. — Le roi vint ici après son dîner et il y demeurera jusqu'à la fin de la semaine qui vient. Monseigneur y vint le soir avec madame la princesse de Conty. Monseigneur le duc de Bourgogne y coucbe pour la première fois et sera présentement de tous les voyages. 11 loge en ))as avec madame la duchesse de Bourgogne et ont chacun leur chambre. Madame la duchesse de Bourgogne^ en sortant de diner , alla à Saint-Cyr prendre madame de Maintenons et vint ici tète à tète avec elle. Toutes les dames du palais sont de ce voyeige. On ne joue plus que dans le salon où Ton a faif quatre cheminées magnifiques. Il n'y entrera plus que les gens de condition^ et le roi a dit^ si quelques courtisans y faisoient venir de
( 1) L'abbaye du Mont Sainte-Marie.
(2) Le prieuré de Saint-Cosme-lez-Tours.
(3) L'abbaye de Potiers.
(4) Groom q/ the stole to ihe King, premier gentilliomine de la cbambft durai.
flOYEMBRE leM. ISl
kon domestiques^ ces courtisans ne reviendront plus à Harly. Monsieur^ Madame et madame de Chartres sont à Tins. — H. de Fieubet vint le matin à Versailles re* merrier le roi de Thonneur qu'il lui avoit fait de le nmmer à Tintendance de Moulins. Sa mauvaise santé Fempèche de pouvoir profiter de cette gr&ce-là. — Le roi de Danemark s'est mis à la raison ; il a écrit au roi dans le style des autres rois de Danemark et ne péteDd plus que le roi le traite différemment de ce que les rois de France ont toujours fait. Ainsi^ au retour de hrly^ le roi prendra le deuil du roi de Danemark^ sonpère^ et cette afiaire est entièrement finie.
Mardi 3 , à Marly. — Le roi courut le cerf dans la forttde Marly; il étoit dans sa petite calèche avec mar dame la duchesse de Bourgogne. Le roi d'Angleterre vint iladiasse. Monseigneur et monseigneur le duc deBourgp^ey étoient aussi ^ et messeigneurs les ducs d'Anjou rfde Berry y vinrent de Versailles. ; — Le roi, qui veut que les courtisans soient fort à leur aise ici, a ordonné qn'on portât dans le salon toutes sortes de liqueurs pour ceux qui en demanderoient, afin qu'ils n'aient pas la peine de sortir du château ; il a ordonné de plus que ceux qui seront assis derrière les paravents, quoiqu'on leur voie toute la tête, ne se lèveront point pour tous les princes et toutes les princesses qui entreront, pas même ponr Monseigneur. — Le roi travailla le soir avec M. de Pûntchartrain, et Monseigneur alla à la musique. Madame la duchesse de Bourgogne se trouva un peu incommodée; elle soupa chez madame de Maintenon et se retira de bonne heure.
Mercredi h, à Marly. — Le roi tint conseil le matin à SOB ordinaire. L'après-dlnée il se promena dans ses jardins; il en fit arracher toute la petite charmille qui faisoit des manières de parterres, et il fait mettre en la place de grandes palissades qui formeront un bois où <Hï se pourra promener à l'ombre. Monsieur vint ici de
Paris dîner avec le roi et s^en retourna après dltter. Monseigneur joua le soir au brelan ; le lansquenet commence k languir un peu ici. — Le roi travailla le soir chei madame de Maintenon avec M. de Chamillart et donna Pintendance de Moulins à M. de Nointel, maître des requêtes, fils de M. de Turmenies. Il y aura encore d'autres changements dans les intendances; mais ils ne sont pas déclarés. C'est le contrôleur général qui propose au roi les intendants ; le chancelier ne s'en mêle point du tout. — M. le chancelier a réglé que tous les évoques entre» roient eji carrosse dans sa cour*. M. Boucherat, à l'exemple de M. Séguier, n'y en laissoit entrer aucun ; il n'y entrera de gens de robe que le premier président et le doyen du conseil.
* On ne comprend pas sur quel fondement M. Séguier fit de la cour de son logis comme de celle du Lou>Te , ni comment M. Boucherat l'Imita , sans quil paroisse qu'aucun des chanceliers qui ont été ei4^ deux en ait usé de même. M. Séguier étoit un homme fort «imbîtieux, et qui, par ses hauteurs avec tout ce qui avoit besoin de lui, se dcdommageoitdes bassesses non pareilles qui le maintinrent en crédit auprès des cardinaux premiers ministres et en autorité à la cx)ur. 11 ne fut pourtant jamais ministre d'État. 11 profita de la confusion et de la prostitution du temps pour obtenir un brevet de duc en 1 650, après avoir imaginé un tabouret pour sa femme, à la toilette. C'est de là qu*îl prit une couronne de duc, que les chanceliers n'avoient jamais portée jusqu'au brevet de duc de celui-ci, et outre tous les monuments qui restent de cette vérité , on voit aux deux côtés du grand autel des Carmes déchaussés à Paris les armes de M. Séguier en marbre blanc avec toutes les marques de chancelier, sans aucune couronne.
M. Boucherat ne fut point ministre df Itat , et n'eut aucune part aux affaires, succédant à M. leTellier, qui en eut tant toute sa vie , qui étoit ministre, et M. de Louvois,son fils, aussi dans la puissance dont on se souvient encore , sans que M. le chancelier le Tellier ait pensé à refiiscr sa cour, et néanmoins M. Boucherat réveilla et soutint cette prétention. M. de Pontchartrain, qui la modéra d'abord, la laissa tomber après par l'usage. Jamais les princes du sang , même dans les derniers temps qu'ils se sont si haut guindés , n'ont fermé leur cour à aucun carrosse.
Jeudi 5, à Marly. — Le roi tint le conseil tout le matin et se promena toute Taprès-dlnée. On continue à
planter los grandes palissades et il y a d^à beaucoup d'endroits où on se promène à Tombre. Monseigneur courut le loup. Monseigneur le duc de Bourgogne étoit à la ehasseaveclui, etellefutfort rude. Le soir il y eut musique^ et madame la duchesse de Bourgogne y alla. — On fait payer à chaque commissaire des guerres 15^000 francs; le roi tirera de cela 2^100,000 livres, et on ne donne qoe 200 écus d^augmentation de gages à chacun de ces eommissaires. — On mande de Madrid que le roi d'Es* pagne se porte considérablement mieux; on n'est pas même sans espérance qu'il n'ait bientôt des enfants. La reine s^est remise dans son lit comme dans sa plus parfaite santé; ils sont toujours à FEscurial^ dont Tair leur par roit beaucoup meilleur que celui de Madrid.
Vendredi 6, à Marly. — Le roi se promena le matin et Taprès-dlnée dans ses jardins. Monseigneur joua au lansquenet comme à son ordinaire et puis joua une reprise de reversis , ce qui ne lui étoit pas arrivé il y a kmgtemps. Les joueurs étoient madame d'Armagnac, M. de Vendôme, Langlée et moi. — Tallard est venu ici «ijourd'hui; il y demeurera jusqu'à la fin du voyage; on loi a donné le logement qu'avoit M. de Chamillart, qui s'en alla hier. — M. de Lorraine se rapporte au roi des traitements qu'on lui doit faire ici quand il viendra itndre son hommage. Le roi a réglé qu'il seroit entièincnt incognito jusqu'au moment qu'il sera entré dans le cabinet du roi pour prêter la foi et hommage. Par cet iiHX)gnito-là on évite beaucoup de disputes, entre autres ^es des princes du sang, qui vouloient que M. de Ijovïïine allât le premier les voir chez eux et le précéder par- ^t*. Le parti qu'a pris H. de Lorraine de se rapporter w roi de tout le cérémonial fait que S. M. a plus d'attention à ne lui rien faire faire qui puisse l'embar-
' Il n'y avoil aiininr ditTn'nlté de M . de Lorraine aux princes du sang. L>x«Dple des séjours différents du duc Charles IV à Paris et à la cour,
avoit été vu du roi et de Monsieur, qui n^avoit jamais piéleiidu |a moindre compétence avec eux ; et en dernier UeuHM. les prineoi.dB Conty , étant en Hongrie contre le gré du roi , y avoîent eurégâiW, et même quelque chose de supérieur avec Télectenrde Banère, firèiie de madame la Dauphine vivante et gendre actuel de Femperear, et la supériorité en tout marquée sur M. de Lorraine , père de eelnî-<i, quoique commandant seul Tannée impériale dans laquelle ils éteient, et beau-frère de l'empereur. Aussi ne fut-ce pas le tour que le chevalier de Lorraine lui fit prendre pour arriver de biais et par Tévénement à une compétence qui n'avoit jamais été ; mais gouvernant MoDsmirw point qu'il &isoit, il s'en servit pour faire valoir ce respect de M. ds Lorraine de ne prétendre rien et d'accepter tout ce qu'il plairmt au rai, pour le toucher par là, et puis lui faire représenter au roi qu'il étoit bien le maître dans son royaume d'élever ses enfants naturels au niveau des princes du sang, mais qu'il seroit bien dur d'exiger d'un souveraôi, neveu de l'empereur, qui ne vouloit que lui plaire aveuglément de vivra avec MM. du Maine et de Toulouse comme avec des princes du sang. Cela réussit en effet comme le chevalier de Lorraine s'en étoit flatté. liB roi fut touché ; il fut embarrassé de Monsieur, qui n'avoit jamais approuvé l'élévation des bâtards , et qui de plus avoit toujours sur le cœur le gouvernement de Bretagne et de Guyenne. Il trouva tout couit un incognito parfeit sans en sentir la nouveauté et la cooséquenee contre les princes du sang et les rangs du royaume inférieurs au leur, avec qui le duc Charles avoit vécu sans difficulté ni prétentions , et la parole lâchée fut incontinent affichée. Après cela, il ne fut plus question que d'en profiter; et c'est ce qui ne manqua pas avec toute IV dresse et la hardiesse que le chevalier de Lorraine, mattre de Monsieiir, sut parfoitement conduire.
Samedi 7, à Marly. — Le roi se promena tout le joar dans ses jardins y et le soir il eut un petit ressentiment de goutte. Le roi entretint beaucoup Tallard à la promenade , et de la manière qu'il le traite il parolt que S- M. est très-contenie de lui. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne coururent le daim dans la forêt de Saint-Germain avec les chiens de M. le comte de Toulouse. — Il n'y aura nul embarras ici pour madame de Lorraine, qui gardera son rang ici de petite-fille de France, et elle n'aura qu'un tabouret devant Madame. On a trouve dans les registres qu'en Tannée 16G1, quand le duc Cliarlcs, grand-oncle de M. de Lorraine d'aujoiu*d'hui ,
vint rendre son hommage au roi^ en se mettant âgeiKmx, il donna ses gants et son chapeau* au premier gentilhomme de la chambre, en Tabsence du grand chambellan; cela n'est point marqué dans les registres plus anciens. Ce n'est pas le secrétaire d'État qui lit le serment en cette occasion , c'est le chancelier de France luimême.
* Cest que prendre Tépée , les gants et le chapeau à qui va prêter M et honmiage , c'est le déponiller des marques de dignité ; aussi le foakr ^BOtilhoinnie de la chambre ne les garde pas pendant Thom- WflB,!» ne les rend après, dès qu'il les a pris, à celui qu'il en dépouiUe ; i ks domie au premier valet de chambre , des mains duquel , après rbommage, le vassal les reprend : c'est ce qui fut pratiqué à cet hommapde M. de Lorraine et qui fut expliqué de la sorte.
Dimanche S, à Marly. — La goutte du roi augmenta un peu la nnit; cependant les douleurs sont fort médiocres, n tint conseil tout le matin et se promena TapfisKllnée dans un petit chariot que deux hommes pousnnt par derrière et qu'il conduit lui-même par devant. -^On mande d'Allemagne que les états protestants de ce piys4à avoient enfin consenti à quitter le vieux style (1) ci qa'ik retrancheront onze jours du mois de février de l'année prochaine ; par là ils se trouveront conformes à nous dans les dates ; cependant ces protestants déclai>nit qu'ils ne font point ceci pour s^assujettir au calendrier grégorien et qu'ils fixerontla célébration delà Pàque selon la supputation de leurs astronomes. Leroi de Suède adonné son consentement à ce changement pour les états qu'il possède en Allemagne ; mais il ne suit point encore cet usage pour le dedans de son royaume. Le
(I) Otte bizarre résistance des protestants ne venoit que de ce que la réformailkNi «Toit été ftitc |>ar un pape. Les Suisses , l'Angleterre , le Danemark et Ib Suède ont encore tenu bon. Chamberlain, dans son A/a/ c/Un^^/e/erre, après aToir dit sur ce calendrier tout ce qu'on [wuvoit attendre d'un protestant au<M ImInIc liominc qu'il cloit , avoue que, quoique difficulté que fassent ceux de M oatioa , \h seront obligés d'y revenir. {\IS'oie du duc de lAttffies, )
ine JOURNAL DE DANGEAU.
pape Grégoire XUI fit la réforme du calendrier en ISH en ôtant dix jours du mois d'octobre. Par les calonls exacts, il faut encore retrancher on jour présente^ ment.
Lundi 9, à Marly. — Le roi et la reine d'Angleterre vinrent ici sur les sept heures; ils furent quelque tempe enfermés avec le roi y et puis la reine joua au lansquenet avec Honsei^eur jusqu'au souper. Après souper^ ils retournèrent à Saint-Germain, comme à leur ordinaire^ Monseigneur courut le loup. A son retour, il soupa dans sa chambre avec les courtisans qui avoient eu Thonneur de le suivre à la chasse; ensuite il joua au brelan^ interrompit la reprise pour aller recevoir LL. MM. BB.^ et la vint achever pendant qu'ils furent enfermés avec le roi. — J'appris que le marquis de Thury *, colonel du régiment d'infanterie de M. le duc du Maine, a voit obtenu du roi, il y a déjà quelque temps, la permission de le vendre. — On mande d'Angleterre que les Ëcossois ne sont pas rebutés du mauvais succès de leur entreprise de Darien et qu'ils arment des vaisseaux pour renvoyer dans l'Amérique, et font courre le bruit qu'ils veulent aller reprendre le même poste qu'ils y avoient.
* Co Thury étoit cousin germain d'Harcourt , fils des deux frères el fort courtisé pour avoir son bien; car il ne fut point marié, et le domui à son (ils. On l'appeloit le noir Thury, parce que c'étoit un des noin et des plus méchants hommes du monde , pourvu qu'il n'y eût pas à dégainer. Le prince d*£lbeuf lui sangla, à un souper, d'une épaule de mouton à travers la joue qui fît grand bruit alors , et rien plus. Cétoit d'ailleurs un homme très-avare.
Mardi 10^ à Marly. — Le roi fut tout le matin au conseil des finances. Monsieur vint de Paris dîner avec lui et s'en retourna après dîner. Dès qu'il fut partie le roi alla se promener dans les jardins dans son petit chariot. S^ goutte augmenta encore sur le soir; cependant il ne laisse pas de mettre encore le pied à terre. Monseigneur courut le loup. — M. de Pontchartraiu vint le soir de Ver-
NOVEMBRE 16M. t«t
saiQes travailler avec le roi^ chez madame de Maintenons comme il a accoutumé de faire tous les mardis. M. Pelletier vint lundi, avec qui le roi, avant la promenade, travailla aux fortifications. — Monseigneur le duc de Bourgogne courut le loup avec Monseigneur ; ces chasseslà paroissent un peu violentes pour lui, et le roi a eu la bonté d^en parler à Monseigneur, qui ne Fy mènera pas si souvent et qui pensoit comme le roi là-dessus. -^ Madame la duchesse de Monfort revint à Paris de Bourbon, où elle a été considérablement malade. Elle a été un mois en chemin prête à demeurer partout par ses incommodités; il y a beaucoup à craindre si son mal dure, comme il y a beaucoup d'apparence qu'elle n'y résistera
Mercredi 11, à Marly. — Le roi tint conseil le matin à son ordinaire ; il se promena tout le jour dans ses jardins en chaise, et le soir sa goutte lui augmenta considérablement, et il conmience à sentir d'assez grandes douleurs. — Monseigneur le duc de Bourgogne prend le train de coucher tous les jours chez madame la duchesse de Bourgogne ; il ne veut plus faire lit à part. Il joua l'après-dinée au gros lansquenet avec Monseigneur «on père. — M. le duc de Mantoue a été considérablement malade ; il se porte un peu mieux. On souhaite fort qu'il vive, et sa mort pourroit attirer des affaires considérables en Italie. — On mande d'Angleterre que Je parlement doit se rassembler le 26 de ce mois du nouveau style; ils sont résolus en ce pays-là de suivre le nouveau style, et ils commenceront Tannée qui vient au mois de février comme les protestants d'Allemagne. En Hollande , ils en useront de même, et les provinces qui ont gardé l'ancien style , qui sont, je crois, celles d'Utrecht et d'Over-Yssel, se confonneront aux autres.
Jeudi 12, à Marly. — Le matin il y eut conseil. L'aprèsdlnée le roi se promena; quoique sa goutte augmente toujours , cela ne l'empêche de rien. Monseigneur chasse
tM JOURNAL DE DANGfiAU.
|iresqii6 tous les jours et joue les après-dlnées au lansquenet et au brelan. De deux jours en deux jours il y i musique comme à l'ordinaire^ et Monseigneur y mèni quelquefois madame la duchesse de Bourgogne. Aujour d'hui on a eu les marionnettes dans Tappartement A^ Madame, qui est vide. Le roi y entra à six heures, e npi^ que toutes les dames furent placées, il y laissa titrer les courtisans. — On a résolu de diminuer la monoîe au commencement de Tannée qui vient; on met h« louis d'or à treize livres dix sols, et les écus blancs à {K%\\H livres dix sols. — On mande d'Angleterre que le duc do Shrewsbury a été fait grand chambellan ; cette charge a été longtemps possédée par milord Sunderland, qui ne vient plus à la cour' et est tout à fait retiré dam Ih contrée ; iV y a- déjà quelque temps qu'il en avoil licmné la démission.
Vendredi 13, à Marly. — Le roi, malgré la goutte, « promena tout le jour dans ses jardins. Monseigneui courut le loup. Monseigneur le duc de Bourgogne ne fol |M)int de cette chasse et joua au brelan devant et aprèi <llner. Le soir, madame la princesse de Conty alla chei madame de Haintenon et accompagna du clavecin pendant que quelques-unes des dames du palais chantoieni avec le roi. — On avoit dit que M. et madame de Lorraine n'arriveroient que le 25 ; mais ils arriveront vendredi à Paris , et Monsieur ira quelques lieues audevant d'eux ; ils viendront à Versailles le lendemain voir le roi. Madame de Lorraine n'amène de dames avec elle que madame de Lenoncourt, sa dame d'atours, que nous avons tant vue ici pendant qu'elle étoit fille , qui s'appeloit mademoiselle de Nettancourt. Milord Carling^ ford suit M. de Lorraine. Monsieur donne à M. et à mar dame de Lorraine , au Palais-Royal , l'appartement de M. et madame de Chartres.
Samedi 14, à Versailles. — l^e roi ne revint ici qu'à la nuit et se promena tout le jour dans ses jardins à Marly
NOVEfiftBRE iôM. I8è
malgré sa gontte^ qni ne diminue point encore. Monseigneur alla de Marly diner à Meudon et revint ici souper tvecieroi. Monseigneur le duc de Bourgogne alla dès le matin de Marly tirer des lapins à la garenne de Sèvres, (hi est bien aise qu'il aime la chasse y mais on craint les diaases violentes pour lui. Madame la duchesse de Bomv gogne, en sortant de diner^ se mit dans le carrosse de lesécuyersy qui étoit un corbillard (1)^ et y fit monter orne dames avec elles; mais elle fit monter dans ses carrosses du corps la duchesse de Guiche et madame de Lévis, parce qu'elles sont grosses. Elle alla à Saint-Cyr^ où madame de Main tenon étoit dès le matin^ et en revint iei seule avec elle et dans son carrosse. Monsieur, Madame, M. le duc de Chartres et madame de Chartres re- ▼mrcnt ici de Paris. — On eut nouvelle de Rome que le pape étoit assez mal. M. de Monaco mande au roi qu'il enverra un courrier en cas que le mal augmente.
Kmancht 15, à Venaillei. — Le roi donna, le matin après son lever, une audience particulière et assez longue même à l'ambassadeur d'Angleterre, à qui il étoit arrivé apparemment quelque courrier de Londres. Les introdncteors des ambassadeurs n'avoient rien su de cette audience , et cette audience surprend d'autant plus que wt ambassadeur devoit faire Faprès-dlnée son entrée à hris et la fit effectivement. — On donne à M. de Saint- Contest, maître des requêtes très-distingué, l'intendance ^ ïetz, qu'a présentement M. Turgol, gendre de M. Pelletier Vintendant des finances: et l'on donne une autre mtendance à M. Turgot ; ce changement ne se fera qu'à la Im de cette année, mais les intéressés en sont avertis. — •^ roi passa toute l'après-dlnée chez madame de Main« tenon, fort incommodé de sa goutte. — Le vieux M. d'Ha-
i^)C»billardy coche d'eau qui mène à Corbeil.... On appelle ironiqueiMt 00 corbillard nn carrosse bourgeois, où on voit plusieurs personnes Mpreuées. ( IHeitcnnaire dt Ti-évoux .)
190 JOURMAL DE DANGEAU.
rouis mourut à la Bastille ^ où il étoit depuis longtemps; il ne s^étoit ruiné et n'étoit tombé dans son malheur que pom* avoir voulu faire trop de plaisir durant q[u'il étoit trésorier général des états de Bretagne.
Lundi 16 y à Venailles. — Le roi donna une longue audience au comte de Tallard, qui doit partir incessamment pour retourner à son ambassade à Londres. — M. de Briorde a accepté avec grand plaisir Fhonneur que le roi lui a fait de le nonmier à Tambassade de Hollande. — Le roi a rempli la charge qu^avoit le bonhomme Giraut, mort depuis près de trois ans; il Ta donnée au sieur de Yilleras^ capitaine au régiment de Piémont et gentilhomme servant de S. M. Le bonhonmie Giraut n'avoitque l^âOO francs, et le roi attache 1,000 écus d'appointements à cet emploi, dont le titre est : secrétaire ordinaire de la chambre du roi à la conduite des ambassadeurs. M le duc du Maine a l^eaucoup contribué i fcire obtenir cette gràce-là au sieur de Villeras. — La petite vérole a commencé à paroltre à madame de Torcy, qui étoit revenue deux joursdevant le roi de Marly, s'y trouvant déjà mal. M. de Torcy ne la verra point pour pouvoir être aux conseils du roi comme à Tordinaire; Tabbé de Pomponne s'est enfermé avec elle.
Mardi 17, à Versailles. — Le roi donna la première audience publique au comte de Manchester, ambassadeur d^ Angleterre , qui fit ici son entrée ; il Tavoit faite dimanche à Paris. La goutte du roi continue; S. M. ne sort point, mais d'ailleurs il fait tout comme à son ordinaire. — Les comédies et les appartements ont recommencé ici, mais le roi a paru mécontent du peu de dames et de courtisans qu^il a su qui étoient au dernier appartement, qui fut dimanche ; S. M. n'y va plus du tout. — Le roi, à son diner, dit à M. le Duc qu'il lui vouloit parler dans son cabinet. Dès que M. le Duc y fut entré, le roi lui parla de M. le duc d'Enghien, qui avoit présentement sept ans et qu'il vouloit lui faire des grâces de
HOVEMBRE i6M. 191
bonne beare, qu'il commençoit par lui donner une penâoa de 100^000 livres de rente qu'il lui feroit même payer par avance. Les pensions de prince du sang ne sont pas d'ordinaire si grosses^ ni de si bonne heure. M. le Duc lui-môme n'a que 30,000 écus; mais le roi regarde M. le duc d'Enghien comme son petit-fils. M. le Prince, M. le Duc et madame la Duchesse remercièrent le roi, chacun séparément, le même soir.
Mercredi 18, à Versailles. — Le roi se promena Taprèsànée en chaise dans ses jardins. Monseigneur alla dîner iMeudon; il y mena madame la princesse de Conty et levinreot le soir ici. Monsieur et Madame allèrent à Veodon avec Monseigneur pour voir son nouvel appartement. — Le roi a fait donner 10,000 francs d^extraordinaire au comte de Tallard pour avoir suivi le roi d'An- Sktenre en Hollande. Le roi fait aussi donner 2,000 écus iM. le comte de Briorde pour son passage de Turin en BoUande* — On mande de Londres que les Écossois ont ttvoyé des députés au roi d'Angleterre pour se plaindre de deux choses; la première de ce qu'il les a abandonnés dans Tentreprise de Darien, et la seconde de ce qu^il a <>Kore prorogé leur parlement. Les rois ont toigours été les maîtres de ces prorogations-là , et on regarde cette démarche des Écossois comme de gens malintentionnés Mtie le gouvernement présent.
Jeudi 19, à Versailles. — Le marquis de Cascaes, am- J»»adeur de Portugal, prit son audience de congé; il ^▼oitfait un petit voyage en Hollande et en Angleterre, d*où il revint les derniers jours que le roi fut à Fontaiï^eUeau. Après avoir pris congé du roi, il prit congé de li<N^igneur et de toute la maison royale. Il a gagné au '•ûstjuenet, durant son ambassade en France, plus de 100,000 écus. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à 'krlf, toujours en chaise, dans ses jardins. Monseigneur «promena un peu àpiedicidans les jardinsavec madame '* princesse deCkinty, puis alla jouer chez elle au brelnn
IM JOURNAL DE DÀNeCAU.
et ensuite ils allèrent à la comédie. — Le roi* a lAgté ! appointements de M. le Fèvre, qni eieroe la (Aiarge trésorier de la maison de madame la duchesse de ! gogne; on lui donnera 2^000 écuspar an pour cela, et on ne se presse point de vendre cette charge.
Vendredi 20, à Versailles. — Le roi tint conseil le matin avec ses ministres y ce qu'il n'a point accoutumé de faire les vendredis; et c'est le seul jour de la semaine qu'il ne travaille point avec ses ministres. L^aprè&dlnée S. H. travailla avec le P. de la Chaise. Le conseil qu^ avoit tenu le matin l'avoit empêché de travailler avec lui comme à son ordinaire les vendredis. Ensuite S. M. donna une longue audience à Tallard, qui prit congé pour retourner en Angleterre. — Monsieur et Madame allèrent de Paris àBondy au devant de M. etmadame de Lorraine, qui aiTivèrent au Palais-Royal sur les trois heures. Sur les cinq heures, Monsieur les menadanssa loge, d'où ils virent l'opéra. M. de Lorraine est incognito sous le nom de H. du Pont-à-Mousson (1). Les principaux courtisans que
(I) « Ce prince ne de?oit pas être peu embarrassé pour le oérémoalal. Ily ■ Ue fli grands potentats que tout ce qui sort de leur sang ne cède le pas qo*tax Keules télés couronnées. M. de Lorraine a pris le |)arti de venir ici incogmito^ où il a |)aru sous le nom de M. le marquis de Pont-à-Mousson , hors le temps qu'il a fallu pour prêter la foi et hommage que les ducs de Lorraine doiveotiu roi en qualité de ducs de Bar. Monsieur, Madanu^ et M. le duc de Chartres se sont trouvés à sa rencontre un |h^u au-dessus de la Villotte. Us descendirent Unis de carrosse, s'embrassèrent et montèrent tous ensuite dans le même carrosse. Le.i équipages de M. le duc de Lorraine s'en retournèrent, parce que Monsieor devoit défrayer ce duc et toute sa suite , et lui donner des voilures taint qu'il resteroit ici. Monsieur et Madame étoieut plact's dans le fond , et M. le duc et madame la duchesse de Lorraine sur le devant. M. le duc de Chartres, qui étoit venu avec Monsieur dans une jtortière de son carrosse, voulut enoon prendre la même place, [larce qu'il se trouvoit incommodé sur le devant. Madame la duchesse «le Ventailour se mit à l'autre iwrtière. On descendit au Palais-Royal, dans l'api^artement qui a\oit été préparé jwur M. le duc de Lorrame, et après qu'on s'y fut reposé quelque temps, on alla à l'opéra. Monsieor avoit dans sa loge .M. et madame la duchesse de Cltartres. M. de Lorraine entra dans une autre et se pla^a entre Madame et madame la dudiesse royale de Lorraine. On vit ensuite le< apfiartements, après (pioi on se mit à table |tour
NOVEMBRE it99. ffs
M. de Lormoe a amenés avec lui sont milord Carlingford, M. de Couvonges et H. de Lenonoourt. Monsieur a dorme on log^nent au Palais-Royal à milord Carlingford,
et un au P ^ jésuite, chez qui M. de Lorraine va
plusieurs fois le jour et qui est un de ses principaux ministres. Par le règlement des jésuites, il devoit loger dios une maison de leur ordre ; mais Monsieur s'est chargé deiaire trouver bon qu'il loge&t au Palais-Royal , ce qui a fait grand plaisir à M. de Lorraine.
SmMdi 31 y à VerêoiUeê. — Le roi étant au conseil , QD peu avant midi, M. de Nyert, premier valet de chambre, tint l'avertir que Monsieur et M. de Lorraine étoient arrivés et étoient dans le salon. Laissant la porte de son cabinet ouverte afin que ses ministres pussent voir H- de Lorraine, ce prince se l>aissa et embrassa les genou du roi, qui le reçut fort gracieusement. Ils entrèrent ensuite en conversation qui dura un gros quart d'heure ^durant laquelle Monsieur laissoit de temps en temps H* de Lorraine seul avec le roi, et alloit causer avec les oûnistres, qui étoient à la porte du cabinet du roi. Après ^^ conversation. Monsieur demanda à S. M. si elle ^«Hnreroit bon que milord Carlingford et les gens consdérables qui ont suivi M. de Lorraine lui vinssent faite la révérence. On les fit entrer^ et en même temps •i. le duc de Gesvres, gentilhomme de la chambre en année, le maréchal de Lorges, capitaine des gardes en quartier, et quelques autres courtisans qui étoient dans la chambre du roi entrèrent dans le salon ; et puis Monsieur demanda au roi s'il trou voit lx>n que H. de Lorraine vit son petit appartement; et en passant par le cabinet da conseil, Monsieur présenta les ministres à M. de Lor-
. Il B*y eut que Monsieur et Madame qui prirent leur rang. M. de Lori le trouva Tift-à-Tis de Monsieur, et M. le duc de Chartres se plaça aupic» de ce prince. U D'y a eu aucun ran» réi^k* à tous le» repas. » ( Mercure de Bovcmbre, paires TtM k 272. ) .
raine. Après qu'il eut vii le petit appartement du n Monsieur le mena dans la grande galerie^ où il demei assez longtemps. Il y vit même madame la duchesse Bourgogne^ qui revenoit de la messe. Entre une henic deux. Monsieur repartit dUcL avec M. de Lorraine et reni dîner à Saint-Cloud (1). Madame la duchesse Lorraine est demeurée à Paris, où la fièvre Ta pri Monsieur retint hier à souper, au Palais-Royal, toutes princesses de la maison de Lorraine qui sont à Pai On remarqua , quand Monsieur traversa Paris, reven hier de Bondy , où il avoit pris M. et madame de Lorraî que M. de Chartres étoit à la portière. La raison de c
(1) « Le samedi li^ Monsieur et M. de Lorraine arrivèrent à Versilll midi et demi-quart. Ils descendirent de carrosse au has du grand eacalie marbre qui conduit a Tappartement du roi. Ils montèrent tous deux de flp M. de Lorraine à la gauche de Monsieur. Ils traversèrent la salle des pH les gardes sous les armes , comme ils font ordinairement pour Blouleiii passèrent dans Tanticbambre et dans les deux chambres du roi. Toutt suite resta dans celle du lit, et M. de Lorraine attendit auprès de la porfi salon , où Monsieur entra seul. Le roi y étoit seul aussi et assis dans un i teuil. Monsieur, après avoir parlé un instant au roi, revint à la porte Mre ei M. de lA>r raine seul, qui s'avança vers Sa Majesté et se baissant folt bas Mi brassa les genoux. Le roi le releva dans le moment ; personne n'entendit \$ c vorsation, qui dura un quart d'heure. Monsieur même s'éloigna pendant qud temps et vint ensuite à la porte faire entrer ceux de leur suite qui étoient m dans la cliambre du roi , jiarmi lesquels étoit M. de Carlinfort avec plnric autres {lerscmnes de considération de la cour de Lorraine, qui passèrent ao vers du salon en saluant Sa Majesté, mais sans s'arrêter, et entrèrent pa cabinet et la chambre du billard dans la petite galerie, dont M- àe LomÂM marqua les beautés. Ils montèrent ensuite iwr le haut du grand escalier, < ils entrèrent dans le grand appartement , qu'ils virent d'un bout à Tao Ils rencontrèrent dans le milieu de la galerie madame la duchesse de B( gogne, qui alloit à la messe. Monsieur s'avança vers elle et lui dit en lui « trant M. de lA>rrain<', qui s'étoit arrêté et rangé à côté : «« Voilà unseîgiieiir je ne vous présente point, >* et se tournant ensuite vers M. de Lorraine, lui < H Voilà une dame qui me touche d'assez près , puisqu'elle est tùà petite-ÉI Après quelques révérences de part et d'autre, chacun continua son chei Monsieur et M. de Lorraine passèrent par l'appartement de roadaiM dncbesse de Bourgogne, descendirent par le même escalier par lequc étoient montés et partirent de Versailles à une heure pour aller dtner à Si Cloud. » {Mercure i\e novembre, pages '>7î>. à 9.77.)
NOVKMBRR t690« i9ft^
c'est qiie M. de Chartres ne sauroit se tenir sur le devant^ car d'aillears il n'y sauroit avoir de raison pour qu'il ne fût pas au devant ; M. de Lorraine ne lui dispute rien. — Le général des Carmes vint ici saluer le roi, condaitparM. deSainctot^ introducteur des ambassadeurs. On fait en France les mêmes honneurs aux généraux d'ordre que l'on fait aux envoyés des tètes couronnées. En Espagne ils ont les honneurs de la grandesse.
IHmmchê 22 , A Vergailles. — Le roi eut le matin la QOQTelle que le pape avoit rempli les neuf chapeaux vacants. La promotion fut faite le 14 de ce mois. Ces <wdinaux sont : Delfini , nonce en France ; Santa-Croce , nonce à Vienne; Archinto, nonce en Espagne; le P. Ga- Meli, général des Feuillants; monsignori d'Asti , qui aété de plusieurs congrégations et que le pape avoit envoyé depuis peu commander à Urbin. Les autres quatre cardinaux sont in psUOé Le courrier de notre ambassadeur & devancé le courrier que le pape envoyoit au nonce. Le roi Payant su ordonna à M. de Torcy de renvoyer le Wnrier à Paris à M. le nonce, et lui écrivit quatre mois, ''fissurant par sa lettre quUl étoit plus aise de cette nouvelle-là que le nonce ne le seroit lui-même. Le nonce ^ Taprès-dlnée remercier le roi, et H. de Torcy It* ■itena ches madame de Maintenoli, où le roi étoit et où ^' M. trouva bon qu'il entrât. Il se jeta aux genoux du roi, qu'il embrassa. Biadame la duchesse de Bourgogne , ^ttoit ches madame de Maintenon, lui ht son compliment. — Le roi avoit envoyé le matin le marquis de Seignelay, maître de la garde-robe, à Paris, savoir des nonyelles de madame de Lorraine, qui se porte mieux ; «lie viendra ici mardi voir le roi , monseigneur le duc de Boorgogne, madame la duchesse de Bourgogne et Qieneigneurs les ducs d'Anjou et de Berry.
Lundi 23, à Versaillei, — Le roi, malgré «i goutte, alla Taprés-dlnée à Marly voir les travaux qu^il fait faire: il se promena beauex)up, toujours dans sa chaise,
car il ne sauroit mettre pied à terre; cela ne TempèelM pas d'aller mercredi à Heudon pour y passer le reste la semaine. Monseigneur y alla dès dimanche après conseil. — Messeigneurs les ducs d'Anjou et de Bel allèrent à Paris voir madame la duchesse de Lorrain ils étoient tous deux dans des fauteuils et elle sur tabouret; elle n'a jamais prétendu d'autre rang q celui qu'elle avoit étant Mademoiselle y et ne songe ] à rien disputer à madame de Chartres; madaaie Chartres alla dès vendredi à Paris la voir. — MonseigiM le duc de Bourgogne alla voir Monseigneur, son père. Meudon et y soupa au retour de la chasse. Depuis qa ques jours il entre dans le cabinet du roi après le son] et y demeure jusqu'à son coucher, comme Monseign^ et Monsieur. Toutes les princesses filles du roi y 9 aussi. — Monseigneur, à Meudon, courut le loup avec chiens de M. de Vendôme ; c'étoit une chasse où Ton préparoi t depuis longtemps, mais elle fut malheureu car on manqua le loup .
Jfardî 3b ^ à VerMitte$. — Le roi donna la {uremii audience publique au seigneur Pisani , ambassadeur i Venise , qui fit ici son entrée ; il l'avoit faite dimanci à Paris. Ses équipages sont magnifiques. 11 eut au audience de monseigneur le duc de Bourgogne , de m dame la duchesse de Bourgogne^ de messeigneurs les di d'Anjou et deBerry. — M. le duc de Chartres vint ici, s les onze heures, dire au roi que madame la duchesse Lorraine^ qu'on attendoit ici, n'étoit pas en état d'y veo parce que hier au soir la petite vérole commença k paroitre ; cependant elle a fort bien dormi la nuit et ] point de fièvre. Madame s'enfermera avec elle; m Monsieur ne la verra point et M. de Lorraine ne la vei pas non plus. Madame la duchesse de Bourgogne compte après l'avoir vue ici^ d'aller à Paris à l'opéra. Madame duchesse de Lorraine devoit dîner ici chez madame duchesse de Chartres. — Le soir il y eut chez madame
Mainlenon une manière de petit bal pour madame la duchesse de Bourgogne et ses dames. 11 li'y avoit pour dcuiseurs que monseigneur le duc de Bourgogne et messeigneurs ses frères. Après le bal messeigneurs les ducs d^ Anjou et de Berry soupèrent avec le roi pour la prenuëre fois ; ils n'y avoient point encore soupe que les jours de cérémonie.
MererediiBy à Meudan. — Le matin^ après le conseil À Versailles, H. le nonce apporta au roi sa calotte qu'il avoît reçue de Rome ; il ne Ta point voulu mettre sur la tète qu'il ne Teût présentée au roi. S. M. en la lui rendant Pembrassa. L'après-dinée , sur les trois heures, Monsieur et M. de Lorraine arrivèrent à Versailles. Monsieur monta d'abord chez le roi, et H. de Lorraine alla chez M. le Grand, où le roi l'envoya quérir bientôt après. Quand il passa par la salle des gardes , les gardes ne prirent point les armes. Le roi étoit dans son salon, assis dans un fauteuil et le chapeau sur la tète. Quand H. de Lorraine entra, il fit trois profondes révérences, et le roi ^ se découvrit ni ne se leva. On apporta un carreau à M. de Lorraine, qui 6ta son épée , son chapeau et ses gants, que le roi commanda au duc de Gesvres, premier gentilhomme de la chambre en année, de prendre; le fec de Gesvres les donna à garder à un valet de chambre in roi (1). M. le duc de Lorraine se mit à genoux sur le ^«rreau qu'on lui avoit préparé. Le roi lui prit les deux ooains entre les siennes et il prêta la foi et hommage au ^i pour le duché de Bar et autres domaines mouvants i^ la couronne, entre autres le chemin qui va de Lor- 'aine en Alsace, conformément à ce qui a été réglé dans k traité de Ryswyck et à l'hommage qu'avoit rendu son gwaid-oncle, le duc Charles, en 1661. M. le chanceUer 'ot le serment fort haut. M. de Torcy et M. de Pontchar-
(I) " M. (le (;e8vres Ioh flevoit remettre à un huissier, mai» la Toule se tixrava ^ purfe que riitrii»ier ne put avancer. » (Mercure de novembre, page 283.)
ISMt JODHINAL DK DAIHGKAI!.
train, ioubdeux secrétaires d'État, fureDt les lémoioft M. de Lorraine ensuite signa le serment qu'il proiQil d'oltservor (i). Ensuite le roi se leva^ se découvrit, m recouvrit aussitôt , et fit couvrir M. de Lorraine. Measeiu ueurs les ducs de Bourgogne, d'Anjou et de Berry, Monsieur, H. de Chartres, M. le Prince, H. le Dac, M. k prince de Conty, M. du Maine et M. le comte de Toulouse se couvrirent aussi. Aucun prince étranger n'y étoit* Cet princes ne se couvrent qu'aux audiences des représentant! et point aux audiences des souverains, et ils ne veulent point se trouver aux audiences des souverains. Les dœi ne s*y trouvèrent i)oiut non plus*, hormis ceux que leurs charges obligeoient d'y être et M. larchevèque de Keims. Les ducs, au moins la plupart deux^ prétendent qu'autrefois, aux prestations des foi et hommage qui se faisaient aux rois , ils étoient témoins avec les princes du sang. Apn^squo le i*oi eut été quelque temps delH>ut, il l'entra dans son cabinet, et un [leu apK^s il y fit enti*er M. de lorraine S4uil. Monsieur demeurn dans 1< salon. Lh conversation du ix)i avec M. de Lorraine dura pivs de 'demi-heure. Madame la duchesse de Bourgogne, pendant la prestation de la foi et hommage, étoit à la porte du cabinet du roi, d'où elle voyoit la cérémonie, et des qu'elle fut finie elle monta en carrosse pour venii ici. Monsieur et M. de Lorraine s'en retournèrent à Paris, et le voi, un peu après, vint ici dans sa petite ca* lèche. Monseigneur ne fut pas curieux de la cérémonie et se tint ici pour y attendre le roi.
* M. do Rin^u , toujours favorable aux piinccs étrangers , gluK fort légèrement sur cet hommage ; il ne dit poini que lépée , les ganta ot le chapeau de M. de liOrraine lui furent rendus par le premier valal
I - li^ riM n'iHHhlit à M, *\e ixirraiih' . k^rsqiH' tie «lut pruoonça les derni^r«s pin4t\^ par lo<quHlos il aclun a Je prMor >4.in «eniient : - Et moi, Moo- Nhnir, piiiM|iM' MHi» iii\*n «isMire/, jo \tHis (erM moiMiltn' que \ou» troQ\era t-n moi uii U^i Aini v\ un Ihhi \t^<in ^ Vnrrrrr «le no%einlir<*. |ia|ee 386. )
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de chainlira« tt iiéaiimoiii& cela fiit ainsi sana que le duc de Gesvrea eu fit ni semblant ni honnêteté aucune ; et il ne dit point non plus pourquoi les ducs et les princes étrangers ne se trouvèrent point. I^ voici : te mgdes princes étfatig^rs, inconnu avarit la Ligue, ne 8*est forme quftd'uurpatiotki pièce à pièce. C'est ainsi que Taceompagneinent d'un prioeede la maison de Lorraine est devenue nécessaire pour la première audieDoe d'un ambassadeur, à quoi MM. de Rolian-, de Bouillon n'ont pu encore parvenir. Après la paix de Vervins, il vint un grand d*Espagne ambassadeur vers Henri IV. Cet ambassadeur le suivant un joordfflis ses jardins de Monceaux, le roi se couvrit , et l'Espagnol , ac- OMliimé à se eourrir dès que le roi d'Espagne se couvre , se couvrit en mÉne temps. Le roi, qui le trouva oiauvais et ne le voulut pas témoi-. per, fit couvrir M. le Prince, M. de Mayenne et M. d'Épemon, qui étoient seuls de grands alors avec lui. M. de Mayemie, par la nécessité deTaecompagnement aux audiences de cérémonie, y obtint de s'y couvrir; à plus forte raison M. le Prince ; et par Theureux hasard de s'être trouvé avec enx dans le jardin, M. d'Epei^on aussi, à qui le rang oalier de prince étranger en est venu et demeuré ù ses enfants. Telle fot la première origine de ce qu'on appeJle le chapeau, qui s'étendit afnrès à tous les princes de maison souveraine alors établis en France à cause de M. de Mayenne et de la conduite des ambassadeurs. Mais «Mnmcdès lors il fiit réduit à leurs audiences , îfs ne se couvrent en ooUeaitre ociSasion; et c'est pour cela qu'ils s'abstinrent de se trouver a«t hommage. Il y auroit bien à dire encore là-dessus, mais. ce nestpasToccasion précise. On se contentera de dire qu'ils furent obligés d'assister à l'audience du cardinal légat Chigi et d'y être découverts, parw que les ducs y étoient mandés par le roi , et nul prince du sang ™fils de France , à cause du fauteuil du légat. Pour ce qui est des ducs, ^ ne se trouvent jamais non-seulement où les princes étrangers se couvrent, mais oicore où les princes du sang se couvrent quand ils ne 8c couvrent pas eux-mêmes, et l'archevêque de Reims s'excusa du "iieux qu'il put , et dit qu'il s'étoit trouvé pris sans s<»voir comment «Jrtir.Ce que dit M. de Dangeau est vrai de leur présence nécessaire wc« actes, il y devoit ajouter celle des officiers de la couronne. Tout ^ est monument ; mais le roi s'est mis au-dessus de tout droit et de toute forme.
Jeudi 26, à Meudon. — Lre roi se promena le matin et Paprès-cllnée dans les jardins hauts et l)as; Monseipeur fut toujours avec lui. Madame la duchesse de Bourgogne se promena raprès-dinée en calèche avec ses damcvS. Au relour de la promenade, Monseigneur se mil
aoo JOURNAL DR DANGEAU.
au jeu et joua au lansquenet et au brelan. Monseigneur le duc de Bourgogne joua au brelan de son côté^ petit jeu; il a pris le train de jouer ce jeu-là depuis quelque» jours. — M. de Torcy alla à Paris faire signer à M. de Lorraine un écrit où est le détail de toute la cérémonie de sa prestation de foi et hommage^ et lui en délivra une copie signée de M. de Pontchartrain et de lui. H. de Lotraine repartira de Paris en poste mardi au soir après souper. On fait doubler les chevaux de poste sur sa route, et Monsieur a souhaité que le roi en fit la dépense ; le roi ne le trouvoit pas raisonnable, mais S. M. a bien voulu le faire pour Tamour de Monsieur, qui s'en faisoit une al> faire.
Vendredi 27, à Meudon. — Le roi se promena le nuitin et Taprès-dlnée dans les jardins , toujours en chaise ; sa goutte ne lui fait presque aucun mal, mais il ne peut pas mettre les pieds à terre. H. de Lorraine vint ici Taprèc»dlnée avec Monsieur ; il n'avoit point encore eu Thon* neur de voir Monseigneur. Monseigneur le promena longtemps dans la maison, et sur les quatres heures Monsieur et lui retoujmèrent à Paris. — Pendant ce voyage de Meudon le jeu a été fort gros, et il y a eu des particuliers qui ont fait des pertes considérables. — Le roi a réduit depuis quelques jours les rentes qui étoient sur la maison de ville de Paris au denier dix-huit, et les a mises au denier vingt comme les autres; ceux qui ne veulent pas réduire sont remboursés; ainsi personne n'a sujet de se plaindre. Il y en avoit environ pour trente six millions ; le roi gagne sur cela quatre millions.— Madame la duchesse de Bourgogne alla avec madame de Maintenon et ses dames dans un carrosse du roi à Paris aux petites Carmélites qui sont dans la rue de Grenelle.
Samedi ^S, à Versailles. — Le roi revint ici de Meudon de fort bonne heure ; il ne lit après son diner qu'entrer un moment dans rapparteuient de Monseigneur, e<
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puis monta en calèche pour venir ici. Madame la ducfaene de Bourgogne se promena Taprès-dlnée en calèche à Neudon^ et n'arriva ici qu'à la nuit. Monseigneur resta à Meudon^ où il demeurera encore quelques jours. — H. le duc de Lorraine vint ici le matin dîner chez M. le GnnA] il vit les jardins et fit aller toutes les eaux ; et puis H. le comte de Brionne lui fit voir la grande et la petite écurie^ dont il lui fit les honneurs. — Le roi donna 1^000 francs de pension au fils de M. de Bu- Knval, qui est capitaine de cavalerie. — Madame la dudiessede Lorraine se porte aussi bien qu'on se peut porter ayant la petite véroje; elle n'a pas eu le moindre accident dans son mal ; Madame est toujours enfermée aveceUe.
Dmanehe 29, à Versailles. — Le roi , monseigneur le duc de Bourgogne et messeigneurs ses frères entendi* rente la chapelle le sermon du P. Massillon y qui prêche cetavent. Madame la duchesse de Bourgogne eut une grande migraine qui l'empêcha d'aller au sermon. — lonsei^eur courut le loup dans le bois de Verrières. *. de Lorraine vint de Paris le joindre au rendez-vous détachasse, qui ne fut pas heureuse. Monseigneur retourna coucher à Meudon et M. de Lorraine à Paris. — •• de Saint-Adon , capitaine aux gardes, aimé et estimé dans le corps, a écrit à M. le maréchal de Boufflers, son colonel, pour le prier d'obtenir la permission du roi de vendre sa compagnie. C'est l'argent qu'il a perdu au lansquenet, à Meudon, qui lui a fait prendre ce parti de désespoir, n'ayant pas de quoi payer d'ailleurs. Le roi lui a permis de vendre et a donné l'agrément pour acheter au chevalier de Bouzoles, lieutenant dans le corps. Le prix de ces compagnies est fixé à 80,000 francs.
Lundi 30, à Versmlles. — Le roi dina de bonne heure et ensuite alla se promener à Marly. Monsieur y *^iva peu do temps après lui et y amena M. de Lorraine, î^ qui le roi ^mi plaisir de monti'er sa maison et ses jar-
302 JOURMAL DE DAMGEAU.
dÎDs. Monsieur, qui est fort enrhumé^ demeura toiyai dans le salon et ne vint point à la promenade. Quaod roi fut rentré dans le château^ il passa dans son caliîi avec M. de LoiTaine, qui fut quelque temps eaCen seul avec lui ^ et ensuite il prit congé de S. H. Le ti en sortant de sou cabinet^ entretint quelque temps IL, < Carlingford, et là tous les Lorrains qui ont suivi M. i Lorraine en France saluèrent le roi pour prendre oon| de lui. Après que Monsieur et M. de Lorraine fùrei partis pour Paris^ le roi retourna encore à la promenad et ne revint ici qu'à la nuit. — Monseigneur vit à Mm don un petit attelage de chevaux noirs que le gnc prince de Toscane lui a envoyé avec des harnois maga tiques. Ces petits chevaux sont pour mener les petii calèches dans les jardins. — Monseigneur le ducde Boa gogne donna ici à diner à madame la duchesse de Bfm gogne, à madame de Maintenon et à quelques dames palais , et pour être plus en Uberté il lit sortir toutt inonde et même les officiers qui le servent, il y av* des tables à côté de la grande où les dames prenoLc des assiettes , et se donnoient à boire elles-mêmes.
Mardi V décembre , à Ver$€Ulles, — Le roi alla enoo se promener à Marly. 11 y a dans le salon les dorures qi S. M. avoit ordonnées; elle a été étonnée elle-même d la diligence avec laquelle on a exécuté ses ordres. - Monsieur, sachant bien que le roi feroit un présent coD sidérable à M. de Lorraine ^ avoit prié S. M. de lui don ner une tapisserie plutôt que des diamants; le roi lui ei a envoyé une magnifique qu'on estime 25,000 écus, qi est rhistoire d'Alexandre (1). — Monseigneur le duc i
(1) « Le roi a fait pissent à ce prince d'une tenture de tapisserie reham d*or, de la manufacture des Gobelins, représentant les batailles d^Alextatk Ci;tte tapisserie a près de soixante aunes de tour; ainsi on peut juger de : valeur par sa heautë , par le grand nombre de pièces qu*e1le contient et pnr n<:lM*vse. Ce présent conviiMit à un grand prinre et surtout après qne le rot 1 a donné un lit extrêmement riclie. » ( Mercure de décembre, page 261. )
DÉCEMBRE iêW. fOi
bourgogne et loadame la duchesse de Bourgogne allè^ t^l ensemble dîner à Meudon, où ils menèient madame k prinoease de Gonty ^ leti duchesses de SuUy et de Noailles et les dames du palais. Après le dln^^ monseigneur le èic de Bourg(^ne joua au brelan jusqu'à quatre heures^ fli puis ils montèrent en carrosse pour aller tous en^ tsmble à Topera à Paris. G'étoit le nouvel opéra de Jfor- Aém. Durant Fopéra Monsieur, qui étoit en haut dans ta k^e avec M. de Lorraine, en descendit et Tamena en bas dans la loge de Monseigneur ; il n'y demeura qu'un Bornent, et puis Monsieur lui fit prendre congé de Monseigneur, de monseigneur le duc de Bourgogne, de madame la duchesse de Boiœgogne et de madame la princesse de Conty, qui étoient tous quatre, au-devant de la loge; la duchesse du Lude et moi étions seuls derrière. Monseigneur y &t mettre H. de Vendôme avec nous. Au sortir de lopéra. Monseigneur remonta dans sa calèche pour retourner àMeudon. tlonseigneur le duc de Bourfo^e, madame la duchesse de Bourgogne, madame la princesse de Conty et toutes les dames revinrent ici. — • *. de Lorraine partit la nuit du Palais-Royal pour retourner en poste dans ses États; il laisse madame la du- ^^hesse de Lorraine en aussi bon état qu'on peut Tètre le neuvième jour de la petite vérole (1). — Le marquis de ^fky, le fils , mourut ici dimanche matin après une '^Qg[ae maladie; il n^avoit point de charge. Le roi lui donnoit une pension , et môme S. M. a eu la charité de lui«avoyer, durant son mal, qui a été fort long, de Targ«nl en secret.
Mercredi 2, à VerscUlles. — Le roi prit médecine et
fO • Ce prince laissa plusieurs lettres pour madame la duchesse royale de l^snaioe, datées de «nfTéreDis jours et qui deYoient lui être rendues chacune le jpm de sa date. 11 prit cette précaution afin qu'elle le crftt toujours à Paris, et pmr mieux faire réussir cette innocente tromperie il avoit commencé à lui Ariff tmis les Jours dès qu'elle fut attaquée de la petite vérole. » ( Mercure 'le décembre, pafoe 161 . )
904 JOURINAL DE DAUGEAU.
tint l'aprës-dlnée le conseil qu'il tient tougonrs le mati-Ki . Hardi le comte de Zinzendorf, envoyé de l'emperear, ^-^itl sa première audience du roi ^ de messeigneurs les duM^oc de Bourgogne^ d'Anjou et de Berry ; il Taura mardi pxr^v chain de Monseigneur et de madame la duchesse ^<» Bourgogne , qui l'ont remise k ce jour-là parce que H<:>t]. seigneur étoit mardi à Heudon et que madame la «ïu. chesse de Bourgogne y alla dîner avec lui. Quand les envoyés viennent à leur première audience ou à leur cludience de congé , leurs carrosses entrent dans le Louvre et eux viennent dans le carrosse du roi, qui les est allé prendre à Paris; mais aux autres audiences leurs carrosses n'entrent point dans le Louvre. — J'appris que dans les charités que le roi fait règlement [sic] tous J.«b ans et qui sont en très-grand nombre .. il y a 80,000 fram^» de réglé qu'on distribue aux pauvres des paroisses ^3e Paris; c'est M. de ClairambauU, qui étoit premier coOf^ mis de H. Colbert , qui est chargé de cette distribution^* Outre cette somme, le roi donne encore beaucoup pê^^ extraordinaire.
Jeudi S y à Versailles. — Le roi alla dîner à Marly 0^ y mena monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne. Après le dîner le roi se pro- mena jusqu'à la nuit et puis revint ici. Monseigneur revint le matin de Meudon pour être au conseil et, le soir ici, il alla à la comédie. — Le roi, qui veut diminuer 1^ dépenses de son état pour soulager ses peuples, fait une réforme de ses troupes. La manière n'en est pas encore réglée, mais ilveutqu'il lui en coûte dix millions de moins; ainsi la réforme sera grande. Le roi diminue aussi sa dépense pour la marine de quatre millions ; trois millions sur les vaisseaux et un million sur les galères. Outre ces quatorze millions que le roi épargne'par là, S. M. fait encore d'autres retranchements; il diminue quelque chose sur les fonds des fortifications et ne prendi^a -plus que 1,600,000 francs par an pour les bâtiments.
DÉCEMBRE 1699. t06^
Q y a «o des aimées où le roi dépensoit jusqu'à ^Noe millions eu bâtiments. Cette année S. M. n'y 4 dépensé que 2^600,000 livres.
fmiredi k^ à Versailles. — La goutte du roi est considérablement diminuée; il commence à s'appuyer sur son pîed et marcbe un peu. Monseigneur le duc de Bourgogne, en courant le lièvre^ fit une fort grande chute; c'étmt la première de sa vie. Cela ne Tempècha pas de jouer le soir et il s'en porte. Dieu merci, fort bien. Mar ààme la duchesse de Bourgogne fut fort épouvantée en Apprenant la nouvelle de cette chute. Elle alla d'abord ^Bg hû, d'où elle sortit fort consolée ; elle le trouva fort SûUard. -^ Le marquis de Coigny , le fils , mestre de c^UBf d'un des régiments royaux , fils de Coigny qui Hoit gouverneur de Barcelone , épouse mademoiselle du ttcHrdage, sœur de du Bordage^ mestre de camp de cavale- ^^; elle aura à ce qu'on dit plus de 200^000 francs <1^ bien et est fille de mérite et dans une grande dévo- ^cmh. C'est une nouvelle catholique, et depuis sa couver^ ^on eUe a toujours demeuré dans la maison que gouver^ K^CHt madame de Miramion.
Samedi S , à Versailles. — Le roi alla tirer; sa goutte
Va toujours de mieux en mieux. Le soir, chez madame de
Maintenon, il vit une comédie de dévotion , intitulée Jq-
*^iUAa< (l)^qui fut jouée par madame la duchesse de Bour-
^<ogne et par la famille des Noailles. La pièce fut bien
joaée et parut fort touchante au roi et à Monsieur, qui
y alla en arrivant de Paris. Il n'y avoit point d'autres
^iateurs que le capitaine des gardes en quartier et les
dames du palais. — Il arriva un courrier de Rome qui
•Pporia des lettres de M. de Monaco du 24 du mois passé.
^ambassadeur mande au roi que le pape avoit été ex-
(0 TrafQédie en trois actes, avec des chœurs, composée par Duché pour être *V««tée âi là cour et à Salnt-Cyr. { Dictionnaire des Thédtrei, par de
106 JOURlf AL DE DANGEAU.
trémement mal, qu'il avoit même reçu Textiéme-oiictioa i que depuis il ëtoit un peu mieux ; et quand le oouRwr efA parti on espéroit qu'il pourroit encore guérir. Dans le temps qu'il a cru être près de mourir, il a nommé deux des cardinaux qu'il avoit in petto ; ces deux cardinaux sont l'archevêque de Chieti (1) et un prélat qu'on appelle Sperelli ; ils sont tous deux sujets papables.
Dimanche 6, à VersailleH. — Le roi alla encore à la chasse et le soir il vit pour la seconde fois la tragédie dt» Ja* natha^. Monseigneur y vint et madame la princesse de Contyavec sa dame d'honneur. Les autres spectateurs furent H. du Maine et M. de Chamillart, qui devoit ensuite travailler avec le roi, comme il fait t(ms les dimanches au soir. On me permit aussi d'y être . et même on y souEfint mon fils. Le c^mte et la comtesse d'Ayen jouèrent leurs personnages à merveille , et la pièce plut encore plus que le jour d'auparavant et au roi et à Monsieur. — Le dernier jour que Monseigneur a passé à Heudon , qui fut mercredi , le duc de Luxembourg et le marquis de Villequier se mirent au jeu ; ils y passèrent la nuit^ et l'on croit que le marquis de Villequier fit une fort fçrànde [)erte. Cependant le perdeur et le gagneur disent que cela ne va qu'à 3,000 pistoles.
. Lundi 7, à Versailles. — Le roi alla encore tirer; sa jambe et son pied ne sont plus enflés, cependant il ne marche guère. Monseigneur courut le loup; et le soir il y eut comédie nouvelle qu'on appelle Athénais (3), qui ne réussit pas trop. — On sut au lever du roi que madame la comtesse de Marsan étoit accouchée d'une tille , à Paris , k quatre heures du matin ; et un quart d'heurts après on apprit que l'enfant vivoitet que la mère
(1) ?liooUs Rock>lo>ic.
(1) Tr^frdiede la (^ran^NCluacel , doot k siûet est tiré eo partie du roman «W IMiarauMml par la Calpreaèile. ( Dictùmtiaire de» Tkéâims^ par «k l>rtH. )
DSCEMBRE l<fM. 907
^Vnt morte. Madame de Marsan avoît été mariée en preixùèrfs noces à M. de Seignelay^ dont elle avoit eu plu^ >i(Qrsen£ant8 ; et on croit qu'elle a laissé beaucoup de bien ^u trois enfants qu'elle a duseoondlit; elle avoit 10,000 livres de rente de douaire de M. de Seignelay, et outre <^la jouissance de 200^000 francs d'un brevet de retenue que le roi donna à M. de Seignelay peu avant sa iDort, avec la jouissance à sa femme et le pouvoir à elle d'en disposer en faveur de celui de ses enfants qu'elle voudrcMt. Elle avoit fait de grands avantages à M. de Hanan en l'épousant^ et on qraint les procès.
Mardi S, à FerMÎ/ies. — Le roi entendit le sermon du ^» Massillon et vêpres ensuite; Monseigneur et messeigueurs ses enfants y étoient avec lui. Madame la ductiesse <le Bourgogne fit ses dévotions aux RécoUets, dans une chapelle en haut ; et après vêpres elle alla se promener à I^ Ménagerie. Monseigneur le duc de Bourgogne joua au ^N^lanet Monseigneur y joua après chez madame la princesse de Conty . — Le marquis de la Dobiaye mourut à f^i^ns; il étoit le plus ancien des exempts de la compa«- S^siie de Villeroy . Les plus anciens exempts ont une pen- ^^Dn. U avoit outre cela un petit gouvernement en Bre- *^^^c qui valoit 1,000 écus de rente. — Il y a des lettres ^« Madrid du 22 du mois passé qui portent que le roi ^ "^Espagne s'est trouvé assez mal à TEscurial. — Léry- *»intfdin, maréchal de camp, est mort à Paris depuis ^^ques jours; c'étoit le plus fameux buveur qu'on ait ^^unais vu en France , et bon officier avec cela.
Mercredi 9, àMarly. — Le roi partit de Versailles après ^=^^a dineret se promena ici jusqu'à la nuit. Madame la duchesse de Bourgogne alla l'après-dlnée à Saint-Gyr; Quoique madame de Maintenon n'y fût point; elle étoit ^éediner àSaintrGermain chez H. deMontchevreuil. Madame la duchesse de Bourgogne n'arriva ici qu'à la nuit, ^knsieur est de ce voyage. Madame est demeurée à Paris dvec madame de Lorraine, qui est-entièrement guérie ; elle
206 JOURNilL DE DANOEAU.
commence à sortir et compte de partir de Paris pour M tourner en Lorraine vers la fin du mois. Elle viendb avant son départ voir le roi. — Le roi a donné le ptti gouvernement de Horlaix^ qu'avoit le marquis de 1 Dobiaye^ à Moniplaisir^ enseigne des gardes du corps d la compagnie de Villeroy^ pour le vendre ; il conq^ qu^il en aura 10^000 écus.
Jeudi 10, à Marly. — Le roi ne laissa pas de se pra mener tout le jour malgré le mauvais temps et la goutta Monseigneur vouloit courre le loup; mais la grande gelée Tempècha de chasser. 11 joua le matin , Taprès dlnée d Taprès-souper même au brelan ; il joua un peu aussi an lansquenet avec Monsieur^ qui n'aime que ce jeu-là. — Le roi a nommé quatre commissaires pour acconunoder de petites affaires qu'on a avec H. de Lorraine. Ces 000101» saires sont M. de Torcy, MH. Daguesseau et de Pomefeu et M. Turgot^ qui estencore intendante Metz. — MM. La cardinaux se préparent à partir pour Rome. M. le cardinal de Furstemberg^ qui est encore à la Bourdaisière, a demandé au roi la grâce de Texempter de ce voyage 4 cause de ses incommodités ; et le roi le lui vient d'accorder. Le cardinal de Bonzi ne marchera pas non plus.
Vendredi il, à Marly. — Le mauvais temps n'empêcha point le roi de se promener dans ses jardins. 11 fut le soit assez longtemps avec M. le chancelier^ qui est de ce voyage ; il ne porte point ici la robe de chancelier ; il esl en manteau de velours. — La gelée empêcha encore Monseigneur de chasser; il joua comme le jour d'auparavant, et le soir il alla à la musique. Monseigneur le duc de Bourgogne y va tous les soirs avec lui et parolt aimer ce plaisir-là. — On travaille à la réforme des troupes; les directeurs et inspecteurs de cavalerie et d'infanterie ont ordre de se tenir prêts à p6a*tir la semaine qui vient pour aller faire exécuter ce que S. M. a résolu; elle a déclaré qu'elle conser\'eroit tous les officiers. On compte que cette réforme sera de plus de quarante mille hommes.
Samedi 13, à VerMilles. — Le roi entretint le matin à Marly le P. de la Chaise dans son cabinet. II se promena Taprès^née en calèche et ne partit de Marly pour revenir ici que sur les quatre heures. Monseigneur en partit un peu avant lui, et à son retour ici il joua au hrdan chez madame la princesse de Conty. Monseigneor le duc de Bourgogne partit de Marly après le lever duroiel alla dîner à Trianon avec messeigneurs ses frères, qui y vinrent de Versailles Ty attendre. Monsieur en sortant du dîner s'en alla à Paris. — La marquise de Lenoncoort, dame d'atours de madame la duchesse de Lorraine, qui ne Ta point quittée dans sa petite vérole^ a pris tttte maladie et est assez mal. — L'empereur a offert sa médiation pourfinir les mécontentements que le roi d'Espa^meetle roi d'Angleterre ont les un^des autres. L'ambassadeur d'Espagne a dit au roi que son maître l'.ivoit déjà acceptée.
Kmanche 13, à Versailles. — Le roi, qui s'étoit déjî\ ^vé un peu incommodé <\ Marly et qui n'avoil pas laissé de s'y promener comme à l'ordinaire, fut un peu plos tourmenté la nuit d'un dévoiement qui l'empêcha d'aller l'après-dlnée au sermon. Monseigneur le dur. de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne y allrj «îDt, et ce fut un des plus beaux sermons que j'aie jamais ' «tendus (1). Le mal du roi ne l'empécha pas détenir ^^Meille matin avec ses ministres et de travailler le soir avec M. de Chamillart comme à son ordinaire. — Monseigneur passa la journée chez madame la princesse de Contjet y joua le soir au brelan; il ne veut point avoir d'appartement quand Monsieur n'est pas ici. — L'abbé de Puysieuxest mort à Paris depuis quelques jours; il avoit deux petites €d)bayes, dont il y en a une fort bien bâtie à la porte du Mans. Il y a encore une autre abbaye vacante par la mort d'un abbé , frère du président du May.
(1) Ce flermoo était de Maftsillon , qui préclia à la cour TA vent de 1699. T. VII. 14
310 JOURNAL DE DANOEAU.
Lundi \k,à VenaiUes. — Le roi passa fort bien la nuU la petite iQcoinniodité.qu'il aeue depuis deux jours n*«i aucune suite; mais il parott que sa goutte rincommode peu plus qu'elle ne faisoit. Monseis^neur prit médecii par pure précaution et joua le soir au brelan. — MM. cardinaux d'Estrées^ de Janson et de Goislin se prépm à partir et partiront quand même on auroit de meillea nouvelles de la santé du pape. H. le cardinal le Cao fera aussi le voyage. Nous avons à Rome les cardinaux Bouillon y d'Arquien et Maldachin ; voilà sept cardinal il n^ aura guère de faction plus forte dans le ooncb Ce pape ici a fait vingt-huit cardinaux, dont il y en ai core vingt-quatre vivants ; mais comme il n'a point neveu , on ne compte pas que ces cardinanx-lA se joigne ensemble . — Le roi retournera mercredi à Marly jusqi la fin de la semaine , et ce sera un Marly-Bourgogne (:
Mardi ib, à Versailles. — Le roi a toujours un f de goutte qui Tempèche d'aller à la chasse et de se pi mener; mais il n'en tient pas moins ses conseils* Monseigneur alla à Topera à Paris dans sa petite calte et y mena monseigneur le duc de Bourgogne avec 1 Au sortir de l'opéra. Monseigneur alla à Meudon, où ilc meurera jusqu'à la fin de la semaine. Monseigneur duc de Bourgogne revint ici souper avec le roi. Madai la duchesse de Bourgogne donna audience à la oomto de Manchester, ambassadrice d'Angleterre, avec les cA monies accoutumées. — Le roi travailla le soir avec M. Pontchartrain à son ordinaire, et fit une promotion pc les galères. 11 y eut vingt charges données ; il n'y av qu'une galère vacante ; on en a fait capitaine Sérigna trère de Sérignau, aide- major des gardes du corps, étoit capitaine-lieutenant sur une des premières galàp
(1) C'était un voyage à Marly dont faisaient seulement partie la dudiesM Bourgogne et le» oflicierft et dain«s de sa maison. Voir au 77 juin ft an juillet 1698.
I>ÉGRMB]l£ i6M. 911
M. de Pontehartnân, en nommant au roi les officiers qui poQvoient remplir cette place^ appuya fort pour le otie^mlier de Froulay, qui n'étoit pas le plus ancien^ et le rcM loi dit : « Je vois bien la protection que vous donnez aiidl0Talier de Froulay^ qui la mérite; mais il a des an* cmmoB qui sont honnêtes gens aussi ; ils n'ont point de protecteur, et il est juste que je leur en serve », et a choisi le plus ancien pour remplir cette place.
UwtTtdi 16, à Marly, — Le roi en sortant de table de Venftille$ vint ici. Madame la duchesse de Bourgogne pasK par Saint-€yr. — Monseigneur, qui est à Heudon, oowat le loup dans Verrières. — C'est ici un voyage pu- ''ement Bourgogne; il n'y a, outre les dames du palais, moib madame la duchesse de Guiche et madame d'Heudi- ^owt qui y viennent presque toujours. — La réforme est entièrement réglée. Les directeurs et inspecteurs ont pris ^^oogé du rc». On réforme quinze hommes par compagnie ^'infanterie dans les troupes firançoises ; elles ne seront 0QS qu'à trente-cinq. On réforme deux compagnies par ï*hiUon dans les régiments étrangers. On réforme dix ^itittres par compagnie dans la cavalerie ; et dans les <i^n8 elles ne seront plus qu'à vingt maîtres. Dans »* gendarmerie le roi réforme cinq hommes par brigade, ri ^ dans la maison du roi S. M. réforme quarante gen- •1 darmes et quarante chevau -légers. Dans le régiment ^ gardes on réforme vingt hommes par compagnie ; ^U« ne seront plus que de quatre-vingts hommes. Dans '^gardes du corps on réforme dix hommes par brigade ; c'«l soixante hommes par compagnie. Il n'y a aucun officier réformé.
Jmii 17, à Marly, — Le roi se promena tout le jour <it08son petit chariot malgré le vilain temps. Ce joup-là ^ le jour d'auparavant il y eut chez madame de Mainteooùde petites loteries pour madame la duchesse de Boui^ ;o|rneet pour les dames qui sont du voyage. Les lots de iDadame la duchesse de Bours^ogne «^toient magnifiques,
elles lots des dames étoient des écharpes^ des étofiCas < d^autres choses à leur usage. Monseigneur le duc < Bourgogne courut le daim avec les chiens de M, le com de Toulouse dans la forêt de Saint-Germain^ et au retoi il donna à souper à tous ceux qui avoient eu Thonnei de le suivre à la chasse. — Madame et madame la di chesse de Lorraine honorèrent de leur présence la oto monie que je fis à Paris pour la fête de Saint-Lazan Depuis deux ou trois ans je les fais presque toujours dai Téglise de Tabbaye de Saint-Germain. — Le marquis d Bonnac^ neveu de Bonrepaux, qui étoit notre ambasft deur en Hollande, est nommé envoyé auprès de M. Téla leur de Cologne, en la place de Phélypeaux, qui s'en "• ambassadeur à Turin. Phélypeaux avoit 18,000 fraci d^appointements; celui-ci n'en aura que 15; lesenvoy ordinairement n'en ont que 12.
Vendredi 18, à Marly. — La goutte du roi ne V&m pêche point de se promener; il est toujours dehors d&: son petit chariot. Le soir il y eut chez madame Maintenon ime petite comédie en prose où jouoient m<3 seigneur le duc de Bourgogne et madame la duchés de Bourgogne; le comte d'Ayen et quelques dames < palais étoient les autres acteurs. — Ces jours passéSj Paris, on publia les articles du tarif pour le comme* entre la France et la Hollande ; on commencera à Tei eu ter le premier jour de Tannée qui vient; il avoit é signé dès le 29 de mai ; mais quelques villes de HoUaiM n'en avoient pa.s voulu signer la ratification , ce qui empêché qu'il n'ait été publié et exécuté plutôt — L'aJ semblée du clergé est convoquée au 25 de mai prochail qui est le temps ordinaire. L'archevêque de Reims y pw sidéra apparemment. Le roi lui a dit ces jours passés qu' luiprètoit le château neuf de Saint-(iermain ; l'archevéqu lui répondit; u Mais, sire, je ne suis pas encore nomm par l'assemblée; » et le roi lui répliqua : « Cela n'en pèche pas (juc je ne vous pnMe ma maison , car je 1
çrète à qui je veux. » Les agents de cette assemblée-là sont nommés ; l'assemblée provinciale de Tours a choisi Vibbé de Maulevrier, aumônier du roi , et l'assemblée provinciale d'Aix a nommé Tabbé de Ck)snaC; neveu de Parchevèque. — Monsieur vint ici dîner avec le roi et puis s'en retourna à Paris. — M. deHarlay de Bonneuil, conseiller d'État, fit faire la semaine passée à Paris un service magnifique (1) pour le feu chancelier Boucherat^ son beau-père; on dit que la dépense passe 100,000 francs. •— On eut le jeudi au soir des nouvelles de Madrid; le roi d'Espagne y est de retour, et on mande qn'il est fort engraissé et qu'il se porte beaucoup mieux. U a chassé de la cour le comte de Monterey, président du conseil de Flandre, qui avoit voulu s'opposer à une grPice qne la reine vouloit faire à la comtesse de Perlips, sa favorite, qui étoit une pension considérable sur les revenus de Flandre qui sont destinés à d'autres usages. — On vécut des nouvelles de Rome du 2 de ce mois. Le pape se porte considérablement mieux; cependant on compte h>ujours que nos cardinaux partiront incessamment, et Wicroitque le cardinal Delfini*, nonce, partira avec eux. Samedi 19, à Versailles. — Le roi se promena tout lejour àMarly et puis revint ici à la nuit. Monseigneur, qui étoit à Meudon, vint courre le loup auprès de Marly, et monseigneur le duc de Bourgogne alla l'attendre au rendez-vous. Madame la duchesse de Bourgogne partit de Marly un peu avant le roi et fit une grande partie duchemin à pied malgré le vilain temps. — Garsault, qui versa de carrosse il y a huit mois avec Tabbé de la Châtre, qui mourut le lendemain, est mort à Paris du coup qu'il se donna en tombant ; les chirurgiens Tout fait vivre par Dairade durant huit mois (2) ; il avoit le soin des haras
(l) Ce Mff ice fut fait dans IV^Iisc «le Saiiil-Gervais. Voir U^ détails sur •*W« cérémonio et la description du iiiaus«>hM» «'levé sur les dessins de Bérain , ***** le Mercure de «létu'inbre , |)ages 243 à 2jô.
(^) Saint-Simon , dans son addition du 18 avril 1698, se trompe en disant
314 JOUiiMAL DE DANGEAU.
du roi qui sont à Saint-Léger; et cet emploi vaut 10 oi 12,000 livres de rente et est à la disposition du gnuM éeuyer. M. le Grand compte de vendre cette charg 100,000 francs. — Monseigneur^ après la chasse, revin ici, où il demeurera toute la semaine de NoêL — Le roi donné 200 pistoles au prince Emmanuel, qui va a Rome pour son voyage; le cardinal deBouillon, son onde, l'en tretiendra à Rome.
Dimanche 20, à VerMilUs Après le sermon, où 1
i-oi et toute la maison royale étoient, S. H. remonta dac son appartement, où Madame et madame de Lorraine Fai tendoient. Monsieur vint jusqu'à la chapelle trouver roi; ils demeurèrent assez longtemps ensemble dans cabinet du roi. Monibigneur et madame la duchesse « Bourgogne ne virent point madame de Lorraine ; le ■ n'a pas voulu qu'elle allât chez eux, ni même qu'ils vissent passer, craignant pour eux le mauvais air. ^ sortir de chez le roi. Monsieur, Madame et madame Lorraine allèrent chez madame de Chartres, et puis Mc3 sieur mena madame de Lorraine chez M. le Grand, qui I9 goutte. — Il y a quelques joui's que le roi ordonna. M . do PonU'hartrain crécrirf» de sa part îulx su)>érieui*s cJ Bénédictins et des Jésuites pour leur défendre de ri* écrire les uns contre les autres sur la dispute qui faiso beaucoup de bruit, il y a quelque temps, à Toccasion à la nouvelle édition que les Bénédictins ont fait faire da œuvres de saint Augustin, dans laquelle les Jésuites pr6 tendoient qu'il y avoii beaucoup de choses favorabkt
i]ue rahbé <1e la Châtn' vécut dix ou douze jourf; afirès sa chute , puîsqn^ uKMinit le lendemain ; il dit auiisi (|ue Garsault mounit pln$ tôt, mait quH ti le temps de se reconnaître. Peut-éti*e le co|Hi>t(^ de Saint-Simon a-t-il écrit piiuti au lieu de |.lus tard; peutH>tre aussi Saint-Simon a-t-il été aussi mal servi [ii sa mémoire en ferlant de Garsault qu'en |)ariant de l'abbé do la Châtre. Qi» (|u'il en soit , il y a pius tôt dans le manuscrit du Ministère des afTain^ft étru itères, et nous saisissons celte occasion |K)ur rapiK'Ier que nous <lonn<MU texte de Saint-Simon tel qu'il i'st, n«uis > rien chanjier, si ce n'est Torlb graphe de quelques noms propres.
DECEMBRE t«W* 216
aux Jaoséoisiee. llfi avoient publié les uns contre les autres beaucoup de libelles fort aigres ; mais la sagesse du roi a fait finir Taffaire en leur imposant silence. — Madame de Lorraine, en quittant le roi, prit congé de S. H. eUe partira le 28, de Paris, pour s'en retourner dans ses États.
Lundi â1, à Ver$aiUeê, — Le roi alla Taprès-dlnée à la chasse malgré sa goutte, qui continue toigours. Monseigneur joua le soir au brelan chez madame la princesse de Conty . Durant le dernier voyage qu'il a fait à Meudoo, eu allant souper, il laissa son chapeau dans son cabinet; il y avoit dans ce chapeau une boucle de 1,000 pistoles, qu'on lui vola durant qu'U étoit à table ; le voleur n'osa prendre un bouton qui étoi t au retroussis du chapeau et qui valoit bien 4,000 pistoles, jugeant bien qu'un diamant de cette grosseur-là seroit reconnu partout où il Je vondroit vendre. — J'appris que le roi uvoit donné ces jours passés 30,000 écus de brevet de retenjae à M. de ^^ûoctot sur sa charge d^introducteur des ambassadeurs; il en avoit déjà 20,000, si bien qu'il en a <^0,000 présen- ^iiMmt. — Le soir il arriva un courrier de Tempereur au comte de Zinzendorf, qui étoit ici, pour lui commander de donner part au roi que la reine des Romains étoit ac- ^XMichée d'une fille.
Mardi 2â, à Versailles, — Le roi dîna de bonne heure
^ puis alla l'après-dinée se promener à Marly jusqu'à la
oait Le matin madame la duchesse de Bourgogne donna
^^udience à lambassadrice de Venise. I^ roi. Monseigneur
cl monseigneur le duc de Bourgogne y vinrent tour à tour
(it la saluèrent comme à l'ordinaire. — Le comte de Zin-
lendorf au lever du roi lui donna part de l'accouchement
delà reine des Romains : S. M. a envoyé ordre à M. de
ViUars, notre envoyé à Vienne, de rendre visite à Tar-
chidoc. Je ne sais pas bien le détail des formalités qu'il
y anra à cette visite, maison «st convenu de tout ; jamais
les envovés de France n'avoient vu les archiducs chez
116 JOURNAL DE DANfiEAU.
eux. — ^M. de Bagnols et M. Voisin^ qui étoient nos ( missaires à Lille pour régler avec les Espagnols leslim ont terminé toutes les difficultés qu'il y avoit à • affaire avec le comte de Tirmont, qui étoit commisi d'Espagne; il s'agissoit de quatre-vingt-deux vill que le roi s'étoit réservés parle traité de Ryswyck, e limites depuis la Meuse jusqu'à la mer.
Mercredi 23, à Versailles. — Le roi vit Taprès-dl avant que de sortir, un attelage de neuf fort beaux vaux que M. de Spanheim lui présenta de la par M. l'électeur de Brandebourg, son maître. Le roi un beau présent à l'écuyer qui les a amenés et de 150 pistoles au palefrenier. S, M. ne fut pas longtc dehors, et ensuite S, M. s'enferma avec le P. de la Ch — Le roi d'Espagne a fait neuf conseillers d'État, qui le cardinal del Giudice, le prince de Vaudemont, le de Médina-Cœli, le comte de San-Istévan, le duc de dina-Sidonia, le comte de Montijo, le marquis del Fn le comte deFuensalida etle duc de Veraguas. — Mad la duchesse de Lorraine part lundi de Paris poui tourner dans ses États, et comme elle n' avoit amen que madame de Lenoncourt, qui a la petite vérole, dame de Mare la ramène jusqu'à moitié chemin, où trouvera des dames de l^)rrainc (jui la ramèneront qu'à Nancy.
Jewti 2V, à VersailleSy veille de JS'oël. — Le roi fi dévotions le matin et toucha les malades; mais i toucha pas les Espagnols et les Portugais. L'après-d il y eut vêpres; et le soir, à dix heures, le roi reU)\ à la chapelle, où il entendit matines elles trois mcî Monseigneur et mcsseigneurs ses enfants étoient à h bune en haut avec le roi. Madame la duchesse de B gogne, un peu avant minuit, descendit en basetcomm à la première messe. — Le roi a donné ral>l)ayo de M martre à une fille du feu maréchal de Bellefonds, est abbesse à Rouen ; on ne sait jkïs encore si elle
oeptera, parce qu'elle parolt fort attachée à la maison où elle est abbesse présentement. Personne de sa famille n^avoit demandé Montmartre pour elle ; c'est son seul mérite qui y a fait penser le roi. S. M. a disposé de plusieurs abbayes^ dontlaplus considérable (1) aélé donnéeàTabbé de Camilly, grand-vicaire de Strasbourg; il y en a eu une fort jolie auprès du Mans (2) donnée à Tabbé de Tressan, neveade Tévêque. L'abbé de la Roche-Jacquelin^ aumônier de madame la duchesse de Bourgogne^ et Tabbé de Viantais en ont eu chacun une (3) qui valent environ 3)000 livres de rente.
Ymdredi 25, jour de Noël, à Versailles. — Le roi et toate la maison royale assistèrent à toutes les dévotions de la journée et entendirent le sermon du P. Massillon. S. M. a été fort contente de ce prédicateur . Le roi dîna en pablic , chose qui ne lui arrive plus guère qu'aux bonnes fêtes. — On mande de Turin que le marquis de Saint-Thomas y est mort; il étoit secrétaire d'État et premier ministre de S. A. R. Son fils avoit la survivance de la c\iarge de secrétaire d'État, et on croit que M. de Savoie ne disposera pas sitôt de celle de premier ministre. — Les affaires du Nord s'échauffent fort , et toutes les nouvelles portent que le roi de Danemark veul attaquer les forts que le duc de Holstein-Gotlorp a fait construire et où il y a garnison suédoise. — On a eu des nouvelles de Rome qui portent que la santé du pape ne se rétablit pas si vite qu'on avoit espéré. M de Monaco, notre ambassadeur, y est considérablement malade.
Samedi 26, à Versailles. — Le roi alla dîner à Marly. Mousieup,Madame et madame la duchesse de Lorraine y vinrent de Paris dîner avec lui. Madame de Lorraine y prit congé
{•) Labl«)e de baiiit- Pierre do. Dive.
C'j L'iibltayi' de Ndlre-Daine de Lespau.
(3) L'abbaye de Saint-Martin d'Harion à i'dblMî de la Roclie-Jacquelin et telle "« N«tre-l)aroe de la Clia|ielle-au\-IManclieâ à l'abbé de Viantais.
JiS JOVKtiAL DE DAJMGEAU.
du roi. M. de Lorraine lui a envoyé madame de Nett^ court, belIe-sœur de madame de Lenoncourt^ qui wm ol>ligée de demeurer ici à cause de sa petite véroU Madame de Nettancourt ramènera madame de Lorraii^ ainsi madame de Mare y qui la devoit accompagner jmj qu'à la moitié du chemin , demeurera ici. — Le roi € Maroc a écrit au roi pour lui demander en maria^ madame la princesse de Conty; on ne comprend pa que son ambassadeur^ qui étoit ici il y a six mois et qa passoit pour homme d'esprit , ait pu lui proposer d« faire une demande si ridicule. Le roi, en nous laconfauic le soir à son petit coucher^ nous dit que madame la princesse de Conty avoit refusé des rois de TEurope très-coihsidérables^ et ne nous les voulut pas nommer *. La demande du roi de Maroc a paru si ridicule que personne ne la pou voit croire.
* On a peine à comprendre que madame la princesse de Conty «1 eu des couronnes h refuser et moins encore que le roi Feût laissé faire. Sûrement c« n*a pas été celle d'Espagne ni celle d'Angleterre. A l*ég»4 de (*elles du Nord, on connoit Taversion des .Allemands pour épouM d(*s bâtardes, et on n vu depuis que |)as une des princesses du saa^ dont les mèrc^s sont lilles naturelles du roi n'ont pu trouver pas ui p«»tit prmce d'Allemagne qui en voulût. Cette même princesse de Contj fut offerte au prince d'Orange, qui répondit audacieusement que cein de son nom étoient accoutumés à épouser des filles légitimes da rois et non leurs bâtardes. Et en effet sa mère étoit fille et sœur ési rois d'Angleterre et sa grand'mère fille et sœur des électeurs ik Brandebourg. Cette réponse, qui ne put être oubliée, fut la cause d( toutes nos guerres et de la plupart de nos malheurs. Le roi, au combli alors, et longtemps depuis, de sa puissance en Europe , n'oublia rfei pour en faire repentir le prince d'Orange, qui de sa part n'oublia rin aussi pour en mériter et obtenir le pardon ; mais tout fiit inutile. Lm ambassadeurs du roi eu Hollande eurent toujours des ordres de eh6^ cher à le traverser et à le mortifier eu tout , tellement qu'après plu sieurs années employées à fléchir cette [colère il vit bien qu'il n'j parviendroit jamais, et dit que, puisqu'il n'avoit pu regagner l'honnetii des bonnes grâces du roi par ses soumissions et ses avances si perse vcrantes, il feroit en sorte au moins de mériter son estime ; et depuis, l« l'rauce n'a point eu de plus fâeheuv ennemi., ni le roi de plus i^nstan
DECEMBRE l«M. 311»
Parv«Du enfin à l'usurpation de FAngieterre et à la dicta- EKATe effective de l'Europe, il assista à un opéra qui fut joué à Londres 8i un de ses retours d'Hollande; soit que cela fût concerté ou non, il y €Lmit un prologue à sa louange à la manière de ceux des opéras de Paris, n « entendit une partie , puis élevant la voix et interrompant les «tiaiils : • AUei, di^, s'adressant au théâtre, vous êtes des coquins <pii me prenez pour le roi de France; taisez-vous, et commencez la On peut juger qu'il fut obéi , et de l'effet de cette aventure ; Londres, et partout après où la nouvelle en fut promptementsue.
IHmanekê il, à Versailles. — Le roi donna à M. de Poutdiartraiii la pension de ministre^ qui est de 20,000 francs. M. de Barbezieux et M. de Chàteauneuf ^ secrétaires d'État comme lui, ont cette pension-là quoiqu'ils oe soient pas ministres non pJus que lui. — On a fait un règlement nouveau siur le rabais de l'argent qui OMiuneDcerale premier jour de Tan ; on ne diminue les louis d'or que de cinq sols et les écus blancs d'un sol; et &u mois de février prochain on les diminuera encore i^autant. On a mieux aimé faire cette diminution-là en ^ux fois que de la faire de dix sols par louis d'or et deux sol» par écus comme on l'avoit résolu et publié d'abord. Mais la diminution n'en demeurera pas là , car on compte de faire la même diminution de deux mois en deux mois, ^i bien qu'au mois d'avril les louis d'or seroient à treize Uvres cinq sols, et au mois de juin ils ne seroient plus qu a treize francs et les écus blancs à proportion. Si ce projet-là s'exécute, au commencement de l'année 1701 l«s louis d'or ne vaudront plus que douze francs et les écus blancs trois livres deux soJs. — Monseigneur alla à fcudon, où il demeurera jusqu'à jeudi.
X^mdt 28, à Versailles. — Le matin, au conseil, le roi ^ condamna lui-même sur un procès qu'il avoit avec le prince de Carignan. Il s'agissoit en cette affaire-là de plus de 200,000 francs; c'étoit pour des biens que le "^i durant la guerre avoit confisqués dans la Taranlaise 4"i avoient appartenu à la feue princesse de Carignan, "^»nl mesdenioiselles de Soissons, sujettes du roi, avoienl
hérité^ et depuis elles avoient laissé la jouissance de ^^ce bien-là au prince de Carignan^ leur oncle ^ qui est ^^sn Savoie. La chose n'étoit pas sans difficulté; mais da^^^ns les affaires douteuses le roi se condamne presque to^-^ijours. — J'appris que madame de Carignan^ qui étoi^t^. à Bruxelles avec madame la comtesse de Soissons, sa mfej e, avoitdemandéàH.deSavoie permission de se retirer da^ us ses États, pourvu que ce ne fût pas dans un couvèrent. S. A. R. le lui a permis et Ta fait venir dans le val d'Aos^iSe, où elle est présentement; elle n'a pu s'accommcM^Her
avec madame sa mère à Bruxelles. — Le roi alla tiai ^
Faprès-dlnée ; il .lui reste encore quelque foiblesse do sa goutte; mais d'ailleurs. Dieu merci, il ne s'est jaio^^Bis mieux porté.
Mardi 29, à Versailles. — Le roi alla raprès-dli=«ée se promener à Trianon. Monseigneur courut le Ic^— up auprès de Meudon; monseigneur le duc de Bourgo^S^n^ y alla d'ici , et au retour de la chasse soupa avec 1 ^^i» Madame la duchesse de Bourgogne se trouva un ^^^^ mal et garda la chambre. — Le soir M. de Torcy p^ Tésenta au roi M. le comte de Briorde, qui revient de rcB^-mbassade de Savoie, et le roi lui dit de se tenir prêt à ^■^partir incessamment pour l'ambassade de Hollande. — Gol>ert, colonel de dragons, a permission de vendre ^^on régiment; on lui en offre déjà 84.,000 francs, il 3^« plusieurs jeunes gens qui le marchandent ; mais on cr^^'^ que le roi n'en donnera l'agrément qu'au petit de '* Baume, fils de M. de Tallard. — Madame la duchesse ^^ Lorraine partit lundi matin pour retourner à Nanc^îT" Monsieur et Madame revinrent ici. — M. de Nate, fils ^^^ marquis del Fiente , Mantouau , mourut à Paris ; il étc^^ colonel du régiment de Montferrat; ce régiment va "^ près de 20,000 livres de rente.
Mercredi 30, à Versailles. — Le roi a pris médecine et l'après-dlnée il tint conseil ; Monseigneur revint matin à Meudon pour être a la médecine du roi.
DÉCEMBRE f «M. m
la duchesse de Bourgogne garda sa chambre ppe8C{ue toute la journée^ et le soir alla chez madame de Mamtenon à sop ordinaire. — Le roi donna une pension de 2,000 écus à la cadette des filles du duc de <îesvres, qui a vingt-un ou vingt-deux ans, que nous n^avons jamais vue ici et qui est en pension dans un eouvent à Paris. — On mande de Bruxelles qu'il y a eu un soulèvement par quelques corps de métiers qu'on appelle en cette ville-là les Nations, qui prétendent avoir de grands privilèges. M. l'électeur de Bavière a fait entrer sept ou huit raille hommes de troupes réglées da.iis la ville et a fait prendre douze ou treize des plus ■Uutins, qu'il a fait mettre en prison sous la garde des inagistrats. Les magistrats les ont tous fait sauver, à la réserve d'un seul, qu'on croit que M. l'électeur fera pendre. Jeudi 31 j à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée se pT<omener à Marly. Monseigneur alla de Heudon à Topera A- Paris et revint souper ici avec le roi. Monseigneur le dnc de Bourgogne alla chez madame la princesse de Conty répéter l'opéra d'Alceste, qui sera chanté chez cette princesse dans sa maison à la ville. Les chanteurs seront monseigneur le duc de Bourgogne, M. de Chartitîs, M. le comte de Toulouse, le duc de Montfort, Biron, les deux la Vallière, le comte d'Ayen, madame la princesse de Cîonty, mesdames de Villequier et de Châ- *illon et mademoiselle de Sanzay. — Le roi a donné le ï^giment royal de Montferrat à M. d'Alhergotti , maréchal de camp. — Le soir, chez madame de Maintenon, toutes les dame^ de madame la duchesse de Bourgogne fi'ent porter dans une grande manne les présents qu'elles '^isoient à cette princesse pour ses étrennes. Le roi se ^<>ïina la peine de tout ouvrir et de fout voir, et trouva *^ présents fort hien choisis.
Vmdfêdi !•' janvier, à Versailles. — Le roi sortit de sa chambre à on«e heures et alla à la chapelle en bas, accompagné de tous les chevaliers de TOrdre. Le roi descendit même le grand degré à pied quoiqu'il lui reste encore un peu de goutte. M. l'archevêque de Reims, prélat de l'Ordre^ officia. Après la messe, le roi dîna avec toute la famille royale en public, et puis ils allèrent entendre vêpres. Après vêpres, madame la duchesse de Bourgogne alla voir Monsieur et Madame, qui l'étoient venus voir le matin , et puis elle descendit chez madame la princesse de Conty pour voir Monseigneur, qui l'y attencloit. Monseigneur, sur les sept heures, joua au brelan. — U y a quelques jours qu'un laquais du duc d'Elbeuf fut tué à Paris par le chevalier de Maillé-Bénehart, avec qui étoicnt un jeune chevalier de Nogent et le chevalier de Simiane, officiers dans le régiment du roi. Le duc d'Elbeuf, qui étoit dans son carrosse pendant qu'on tuoit son laquais, en a porté ses plaintes au roi, justifiant pourtant les chevaliers de Nogent et de Simiane. La justice a déjà décerné prise de corps contre les trois chevaliers; et le chevalier de MaiUé , qui est seul véritablement ooupabie, est en fuite et s'en est allé , dit-on, en Hollande.
Smnedi 2, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se Promener à Marly. Monseigneur dîna ici de bonne heure ^puisallaà Meudon, où il fit venir Mansart, avec qui i' f«gla ce qu'il y veut faire de nouveau pour l'augmenta-
224 JOURNAL DE DANGEÀU.
tion de son appartement. Le soir, de bonne heure, il revint ici, où il y eut comédie. Monseigneur le duc de Bourgogne alla chez madame la princesse de Cîonty à sa maison de la ville, où ils répétèrent l'opéra d'i4/ce<(e, qu'ils dévoient chanter mardi. Madame la princesse de Conty, qui ne fait cela que pour divertir monseigneur le duc de Bourgogne, a fait faire dans sa galerie un théâtre avec de belles décorations qui même changeront, et il lui en coûtera deux ou trois cents pistoles pour le théâtre seul. — M. Barin , premier maître d'hôtel de Monsieur/ est mort. Cette charge est partagée en deux, et celui qui la partage avec lui les réunira en payant 20,000 écus de brevet de retenue que Monsieur avoit donné à Barin ; et Monsieur avoit consenti qu'ils eussent la survivance l'un de l'autre. — L'ordinaire de Rome n'est point arrivé ; il arrive les vendredis d'ordinaire. On apprend par Venise que le pape se porte considérablement mieux et que même il travaille aux affaires comme avant sa maladie. iHfnanche 3, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. Monseigneur, en sortant de table, joua au brelan chez madame la princesse de Conty. Monseigneur le duc de Bourgogne alla chez elle à la ville répéter l'opéra d^Àlceste. Madame la duchesse de Bourgogne alla à deux heures à Saint-Cyr et n'en revint qu'à la nuit. — L'ordinaire de Rome est arrivé. Les nouvelles qu'il apporte de la santé du pape sont fort différentes de celles qu'on avoit eues par Venise. Le pape est retombé; il eut la fièvre le ik et le 15 du mois passé, et on craint qu'il ne puisse pas résister à cette rechute. M. de Monaco se porte considérablement mieux. — Le soir il y eut appartement.— M. deVillars, notre envoyé à Vienne, a mandé que le fils de M. de Guiscard, notre ambassadeur en Suède, étoit mort de la petite vérole à Vienne. M. de Guiscard n'avoit que ce fils-là et une lille qui par cette mort devient un des grands partis de France; car elle aura tout le bien de son père et celui de Langlée.
JANVIER 1700. n^
Lundi ky à Versailles. — Le roi alla Tap^ès-dlnéift' se promener à Marly^ où il donna des ordres pour beaucoup d'embellissements dans le haut du parc, à quoi on ^a travailler incessamment. Monseigneur joua chez madame la princesse de Conty; monseigneur le duc de Bourgogne alla chez elle à la ville pour la répétition de Topera d^Alceste. — Le roi donne 2^000 écus de pension à M. le marquis de Seignelay^ survivancier de la charge de maître de la garde-robe y dont M. de la Salle est titulaire. Le roi d'ordinaire donne des pensions aux survivanciers. M. de la Salle a fort pressé le roi d'accorder cette grâce au marquis de Seignelay . — Les ordres que leroiavoit donnés pour la réforme ont été exécutés; on adonné des routes aux cavaliers et aux soldats pour reiowner en leur pays, et des officiers les y conduisent; si bien qu'on espère qu'ils ne feront pas plus de désordre V»e ceux qu'on réforma après la paix et dont il n'y a pas eu une plainte.
Mardi 5, à Versailles > — Le roi ne sortit point de tout le jour; il donna l'après-dlnée une grande audience an cardinal de Janson , puis à M. de Briorde et ensuite à M. de Bonrepaux; ces trois audiences l'occupèrent jusqu'à «qu'il allât chez madame de Maintenon. Monseigneur joua chez lui jusqu'au souper du roi. — L'opéra chez niadarae la princesse de Conty fut remis jusqu'à samedi au retour de Marly, parce que les décorations n'arrivèrent pas d'assez Ijonne heure. Madame la duchesse de Bourgogne alla le soir après souper en masque chez le roi, où elle dansa avec les dames qui étoient masquées avec elle. — M. le Prince gagna son procès tout d'une voix et avec dépens contre le prince de Berghes , gouverneur de Bruxelles , qui prétendoit des biens considérables de la succession de la maison de Guise, comme étant héritier de la maison de Boussu, en soutenant que M. de Cuise de Naples avoit légitimement épousé la comtesse de Bousstt^ dont même il avoit mangé tout le bien.