DR CAVALERIE
! la Ppuillade ,
MM.Balivière,
Villemur,
LaValllère,
Montplaisir,
La Luzerne ,
Longuerue,
La Messelière ,
Prince de Bournonville ,
, des mousquetai
D'Esseville,
Janson^des mousquetaires,
GoufQer, deschevau-légers,
usart,
Villiers le Mortier,
Prince de Talmond,
Silly,
ac,
Rennepont ,
roux ,
Dourches,
on,
Vandeuil,
Streff,
Ile,
Comte d*Ayen,
on ,
RufTey.
BR10ADIERS
d'infanterie.
MM.Lignerac,
Montendre,
Prince de Robecque ,
Cimillais
TdeChnmilly,
Vergetot,
Chavigny ,
>nt,
Comte d*Ëvreiix ,
Teau,
(luèrehy ,
MM. De Ulle , MM.Tournin ,
Comte de Maret , ' La Gerinière*
Chevalier de Croissy , ' Damigny »
Imécourt, colonel de Co- Seignier,
tentin, Du Montet,
Chevalier de Luxemiiourg , Chevannes ,
De Gennes , De Bar,
Sparre, Planque,
Chevalier de Maulevrier, Castelas, de^ gardes soiasM,
Chevalier d'Entragues , Valory ,
Sesanne, Rousselot^
Marquis de Dreux , La Frezelière ,
Brendié , Ferrant d'Escossav.
M. de Chamillart s'étoit mépris au nom de Silly et avoil cru que c'étoit le mestre de camp de «ivalerîe, et le lui îivoit dit si bien que Silly en alLa remercier le roi, quifut fort surpris de ce remerclment, sachant bienquMl nelV voit pas nommé. Silly étoit au désespoir de s'être trompé et n^ivoit aucun tort, M. de Chamillart Tayant assuré qu'il étoit brigadier. Le soir M. de Chamillart, twr vaillant avec le roi, le supplia si instamment de réparer la faute qu'il avoit faite que le roi ne lui put refuserce qu'il demandoit pour M. de Silly, qui d'ailleurs e^ très-bon sujet ; ainsi le nuvstre de camp de cavalerie fsi bripidier aussi bien que le colonel de dragons.
Lundi 30, à Versailles, — Le roi prit médecine et tint conseil Taprès-illnée. — M. le maréchal de Ciilinat salua le roi à son dîner, et S. M. le reçut assez gracieusement, mais Cille ne lui parla point en particulier. — Le roipe^ met au prince Camille de donner son régiment au priiMt Charles, son frcre; le comte de Quintin achète ct^lui do prince de Rohan; M. de Blainville vend le régiment de Champagne à M. de Seignelay, son neveu ; le fils de Ba^ tillat a ragrémcnt du régiment de Clermont. Tous 1» maréchaux de camp qui avoient des régiments ont ordre de s'en défaire , et le roi nonune ceux qui les doivent
leter. Le chevalier de Courcelle^ commaridoit une des gades des carabiaiei*s ; comme il est devenu maréchal 3amp, on a donné cet emploi au chevalier d'Imécourt, >tre de camp de cavalerie réformé , et d'Aubeterre , «que maréchal de wimp de cette promotion , no laisà pas de commander cette année les CJirabiniers qui il eu Italie ; et lechevalicT du Rozcl^ msu'échal de camp si, commanderi^ les autres brigades de carabinieiN
nuiront point en Italie. Siiint-Orin, TÉtang et Clouel,
ont eu des coipmissions do colonels depuis j)eu.,
dmauderoat les brigades que quittent d'Achy et Resi-
j', et le troisième compiandera sous Aubeterre la bri-
le qu'il quitte.
Ifa/xJî 3|, à V^r$ailles. —^ Le roi alla Taprés-dinée se ►fUener à Marly. Messeigneui^s les ducs de Bourgogne* le Berry allèrent avec madame la duchesse de Bourçne dîner à Mcudoa, et Monseigneur les mena à l'opéra aris; madanje la princesse de Conty y étoit allée aussi îc madame }a duchesse de Bourgogne. Après l'opéra, Qs^igneur vint coucher à Meudon^ et ces princes et ces ncesses revinrent souper ici avec le roi. — Le i*oi •oip àNaples d'Avarey, qui vient d'être fait maréchal
camp; il aura sous lui quatre brigadiei^s, qui sont is les quatre bataillons que nous envoyons en «t /»-lâ. Le roi y envoie aussi le chevalier de Dénonville ,
est ti»ès-bon ingénieur; il est frère de Dénonville ihgouverueur des princes. Il verra les places et les II» qu'il est à propos Je fortifier en ce royaunie-hi , f fera travailler. — M. le comte de Toulouse paye à iternon, qui étoit mt\strede camp de son régiment, les 500 livres qu'on donne pour les régiuients d(î cavae, et le roi trouve bon qu'il dispo^e de son régiment,
oe coulera rien X celui «ju'il choisira pour le comader. I^ingalerie vend son régiment à Simiane, siui U-fils, qui y éU)it e^qiitaine il y a longtemps; M. de equier vend le sien à son ljeutei)ant-<'olonel , et le
roi a choisi trois capitaines de carabiniers pour t trois autres régiments de ceux qui ont été faits mart de camp.
Mercredi 1" fétrier, à Versailles. — Le roi alli SI Trianon avec monseigneur le duc de Bourgogn dame la duchesse de Bourgogne , madame de Mai et toutes les dames du palais; il n'y avoît point d dames. Il n'y avoit de courtisans que les officiers vice. Après le diner le roi alla se pi-omener dans dius. Monseigneur le duc de Bourgogne retourna sailles pour se confesser, voulant faire ses dévoti lendemain. Madame la duchesse de Bourgogne s' à jouer au portique. — Nous apprîmes là que Séri aide-major des gardes du corps ^ épousoit mada Cluseaux , veuve de l'intendant de Brest, qui a ph million de bien ; quoique Sérignan soit fort view un mariage dMnclination^ et cette femme-là a refi partis très-considérables. — Le roi donna une pea â^OOO écus au comte de la Marck , colonel du régiiz Furstemberg^ et une de 1,000 écus au comte d'E frère du prince de Rol>ecque, colonel d'infanterie, a été fort blessé cette année en Italie ; il est de la i de Montmorency. Le roi a distribué outre cela livres de pension à plusieurs ofliciers qui se so tingués cette année en Italie. — M. le duc du I donné son régiment de cavalerie au chevalier d mont, ancien lieutenant-colonel dans les trou] étoit dans le régiment de Horn. Ce régiment étoit par la promotion de Cheyladet Talné, qui le comm et qui vient d'être fait maréchal de camp. — Il gneur re>"int le soir de Meudon pour le souper du )
Jeudi 2, jour de la Chandeleur, à Versailles. — 1 Monseigneur et toute la maison royale assistèi toutes les dévotions de la journée. M. Tévèque di oflicia comme prélat de TOrdre ; le P. Gaillard pr Messeigneurs les ducs de Bourgosme et de Berrj' ;
Ff:YRlKR 1709. S09
J8 dévotions. — M. le comte de Toulouse donna son ^ent de cavalerie au jeune comte de Gacé. — Mane de Manneville^ dame d'honneur de madame la ohesse du Maine ^ se retire; le roi lui donne une pension 2,000 écus, et M. du Maine a mis en sa place madame Chambonas, femme de son capitaine des gardes. — ' dernières nouvelles de Londres^ qui sont du â<^, port qu'il a été résolu dans le parlement de lever quaite mille matelots^ dont la paye est fort haute , car ils ' quatre guinées par mois ; ils veulent aussi avoir quar ite mille hommes de troupes réglées, y compris celles ils ont déjà en Hollande et celles que le roi Guillaume chetées du roi de Danemark. — Madame la duchesse Bourgogne, après être sortie de chez le roi, descendit bas chez madame de Noailles, où il y avoit un petit ; elle y dansa jusqu'à une heure après minuit. Vendredi 3, à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure ir profiter de la belle journée, et alla tirer dans son X5, d'où il ne revint qu'à la nuit. Monseigneur et Dseigneur le duc de Bourgogne coururent le loup à nt^ermain, et au retour mangèrent chez madame la Qcessede Gonty. Le roi donna le soir chez madame de ntenon audience à Pracomtal, qui étoit arrivé le jour uparavant de l'armée dltalie, et ensuite S. M. entra is le cabinet où madame la duchesse de Bourgogne Et pour la seconde fois la tragédie à'Àbsalon. Après la ^édie, il y eut une petite musique pour donner le temps acteurs de changer d'habits, et ensuite ils jouèrent ' farce nouvelle. Monseigneur le duc de Berry y joua, ont cela fut bien exécuté et divertit fort le roi (t).
« Madame la duchesse de Bourgogne et M. le duc d'OrléanK ont joué ce (▼al m particulier deux tragédies et deux pièces comiques, dont les rentations ont donné une extrême satisfaction à Sa Majesté et i toutes les ones qui ont ou ru\aiitage d*> assister. La première a été Àbsalon^ de la losîtiim du sieur Duché , qui lit exprès Jonnthas , il y a deux ans, ainsi a fait cello-ci,dans laquelle parut aussi madame la duchesse de Bour-
310 lOLlRNAL DE DANGEAU.
Madame^ y étoit ; elle avoit d'abord fait difficultë d'y venir H cause de son grand deiill ; mais lé roi leva ce scrupule en lui disant que c'étoit la fâtnille royale et que cela se faisolt en particulier sans que personne ehtràt. — On a nouvelle de Toulon, par un pâiron dfe barqae (j[ùi y eM arrivé, que le comte d*Estrées étoit parti de Naples potlr venir à Marseille, où il recevra ses ordteS d^allei*i Bafcelone pour transporter leurs LL. MM. CC. à Nftplas. - M. de la Châtre, qui vient d'être fait maréchal de catttp, a vendu son régiment 2^,000 ëcus au marquis de Sainl- Sulpice, qui sert daiis le régiment du roi -et (Jtii est de même maison que le duc d'IIzès.
Samedi V , à Versailles, — Le roi alla l'après-dlnée se pronuîner à Marly. Monseigneur alla dlneràMeudon pourrisiterlesouvragesqu'ily faitfaire, et revint de bonne heure jouer chez madame la princesse de Conty, comme àsjDO ordinaire. Madame la duchesse de Bourgogne l'y vînt voir et y demeura jusqu'à la fin de son jeu. Le roi travailla le soir chez liiadame de Mflintenon avec M. le chancelier et puis avec M. de Pontchartrain. — Le vieiw abbé de Vatteville *, que nous avons vu ici longtemps, est mort depuis quelques jours; il avoit l'abbaye de Baume en Franche-Comté et une autre abbîiye en Picardie. Cétott un homme dont la vie avoit été pleine d'événements fa- Ijulnux jusqu'au temps que le roi prit la Franche-Coini«Pr et depuis ce temps-là il avoit mené une vie extraordinaire Il étoit Franc-Comtois et frère de Vatteville , ambaffladewr d'Espagne en Angleterre, qui eut cfette graûde afîai'^ avec M. dtstradcs, alors ambassadeur de France à Ion- fi
gogii(>. Cette princesse a fait «lans ceUe dernitTo le rôle fie Tliamar, tiOf «l'Absalon; M. le duc «VOrléans, celui de David; M. le comte d*Aim, f^ d'Absalon; tiiadutiiu la comtesse d'Ayert, tM'Iat deT1)arès,fbiiifiH*d*AlMiloii.'' iiiadeiiioisellc do Melun, celui de la reine. L'on jof^it A oettetragérf!f,ii>^ ronde représentation, la |)etlte pièce (le ta Ceinture mo^f^ifèqiieN.RoossMi avoit composée exprès, dans laquelle >l. le dUc de Berry fit un pefiV i^ ( Mercure de février, pages 376 et 377.)
FftVRIKR i7M. 811
dres. Les Vatteville sont de la maison de Conflans. J'appris que Tabbé de Saint-Hérem étoit mort aussi il y a cjuelques jours à Paris; il avoit eu une assez l)onne abbaye. 11 étoît frère aîné du marquis de Saint-Hérem d'aujourd'hui, et s'étoit fait d'église, n'étiint propre ni à la guerre ni à la cour. — On eut des nouvelles de Londres du 26. Le parlement parolt plus soumis au roi Guillaume qu'aucun parlement n'avoit été jusqu'ici; ils ont lu pour la troisième fois et passé le bill contre le roi Jaccjues III , le déclarant criminel de haute trahison pour avoir pris le titre de i-oi d'Angleterre. Ils paroissent tous fort animés contre la France et proposent de lever encore dLv mille hommes ôatreles quarante mille qu'ils se sont engagés de donner aux HoUandois ou à l'empereur contre la France.
* Ot abbé de Vatteville étoit prêtre et chartreux profcs. î':niiuyë de sou étit , il eat des habits de séculier , et comme il étoit en l>esogne pour sauter les murs, son prieur, qui eut quelque soupçon, entra dans sa cellule avee son passe-partout et le surprit : Tautrc ne s'étonna point, le tua et sVntuit. Il avoit de Targent et trouva un cheval à distance , avec lequel il tira pays. A la deux ou. troisième Journée, il s'arrêta pour dîner à un cabaret dans les champs, où SI n^y avoit qu'iui gigot et un chapon, qu'il retint. L'hôte lui voulut remontrer qu'il n'en avoit pas davantage, et que c'étoit trop pour lui tout seul ; mais il se fîlcha et les fit mettre à la broche. Quelque temps après arrive nn autre voyageur, seul aussi, qui demande un morceau à manger; on lui dit qu'il n'y a rien du tout que ce qui est à la broche, qu'un monsieur a arrêté. Le voyageur demande combien ils sont , et sur ce qu'il apprend que c'est un homme seul , il compte , eu payant, d'en avoir sa part. I/h6te lui dit qu'il en doute, à l'air de celui qui a arrêté le dîner , et là-dessus le voyageur monte et lui propose de le partager. Vatte\ille refuse, persiste; l'autre se fAche , et Vatteville le tue d'un coup de pistolet, mange après et gigvH et chapon, et tire pays. Bref, il arrive en Turquie , se fait circoncire , s'engage dans la mUice où son reniement l'avance tout d'abord; son courage achève; il devient bâcha et homme de conlmmuî en Morée contre les Vénitiens. \rrivé à ce point, il se persuade qu'il en peut tirer parti , et trouve moyen de pratiquer avec les Vénitiens, et de s'assurer bien dti marché qu'il fait «nrèlement avec eux. Ils y gagnèrent une place ou deux, et lui d'être absous , défroqué, restitué au siècle et diuis ses biens , et rendu oa-
pable de posséder tous bénétîoes. Du camp véoitîea où il émit paoé il alla à Rome, et retint en Franche-Comté compter avec sa CHuille et narguer les chartreux. On voit aisément que c'étoK im homme d'intrigues. Il en eut auprès de la reine mère pour attraper quelque chose, et peu après il eut grand'part à celles qui se lièrent en Frandie-Goiiilff et qui en facilitèrent la conquête. H y fit même soardemantuoefipRe assez importante pour se faire promettre rarchevéciié de Besançon, et il y fut efTectivenient nommé ; mais quand ce fut à obtenir des buttes, le pape ne put s'y résoudre ; lui n'en eut guère moins à lâcher prise. IMas à la fin il fallut être content de Fabbaye de la Baume et debeaoooof d'autres avantages pécuniaires qu'on lui donna en échanfp. Il Técatd^ puis, partie dans cette abbaye, partie dans ses terrea , quelquefois à 9h san<^on, en grand seigneur, grande meute, belle écurie, grosse taUf, force compagnie, et surtout, et sans se cacher, fort peu châtié danssn mœurs; grand tyran chez lui, et tenant les intendants en rpspedrt les yeux fermés par ordre de la cour, il y venoit très-rarement fân des apparitions et y étoit reçu du roi avec considération. Il se piaisoita s aller montrer quelquefois chez les chartreux ; on fappeloit l'abbé Godille parce qu'il jouoit fort bien à Thombre et qu il gagnoit codilletut qu'il pouvoit. Le petit-fils de son frère a épousé une sœur de M. et Maurepas, secrétaire d'État, du second lit.
IHmafiche 5, à Versailles. — Le roi alla tirer Taprèsdlnée. Monseigneur dina chez madame la princesse de Conty à la ville et puis y joua jusqu'à Theure de la comédie ; ce fut Electre qu'on joua pour la seconde fois. Toute la cour hormis le roi étoit à ce spectacle; il nV put pruère tenir plus de cent personnes, et toutes te— places y étoient marquées tant pour les dames que poar* les courtisans. Madame la duchesse de Bourgogne allalaprès-dlnée à Saint-CjT et en revint à cinq heures- — pour être à cette comédie. — Le marquis de Yillarsïs--' épousa mai*di à Paris mademoiselle de Varengeville; la^noce se fit chez M. Courtin , grand-père de la mariée. — ■ — I^ roi donna une pension de 2,000 li\Tes au comte i<^^
Sanzay, frère de mademoiselle de Sanzay^ fille d'hon
neur de madame la princesse de Conty; il est dans le^=^
troupes depuis quelques années et est colonel réformé.
On a eu des nouvelles par Riga que Tarmée do roi A^
KÉVRIFJl I70«. 313
Suède, coiiunandée par [Slipenback j, avoit été l)aitue par les Moscovites au delà de Narva; on n'en sait j>oint encore les particularités. — M. le marquis de Charost, fils aîné du duc de Charost , achète le régiment du duc d*HumièreSy fait maréchal de camp à cette dernière promotion, et lui en donne 66,000 mille livres. — Le chevalier de la Vrillière, frère du secrétaire d'État, achète le régiment de dragons qu'avoit d' Avarey , fait maréchal de camp de la dernière promotion, et lui en donne 86,000 livres, quoique ce soit un régiment qui n'est sur pied (|ue de l'année passée.
Lundi 6, à Versailles. — H y a quelque temps cpie le roi avoit donné à Imécourt Fainé, cornette des clievaulégers , l'agrément de la sous-lieutenance de cette compagnie, que M. le marquis de Torcy la Tour vend ; le roi en reparla ces jours passés à Imécourt avec beaucoup de bonté, et Imécourt, ne se trouvant pas en étal d'acheter cette charge, assura S. M. qu'il verroit sims aucun chagrin un autre sous-lieutenant dans cette compagnie et qu'il y serviroit de cornette d'aussi bon cœur que jamais. Le roi, voyant que ses affaires ne lui i>erniettoient pas de songer à monter et voulant l'emplir les officiers de c^tte compagnie, a agréé la proposition que lui a faite M. de Chevreuse de faire acheter cette charge au vidame, son second lils; il en donnera 50,000 écus à M. de Torcy, et vendra son régiment de dragons, dont il compte retirer plus de 100,000 francs, et M. de Torcy, qui vient d'être fait maréchal de camp, servira en cette qualité. — Le duc de Villeroy arriva de l'armée d'Italie. Il n'est j>oint vrai que le maréchal de Villeroy ait abandonné ses quartiers sur le bas de TOglio; le marquis de Créquy commande de ce côté-là et est d'ordinaire à Casal-Maggiore sur le PA, et visite souvent les troupes qui sont à Bozzolo et à Gazzolo sur l'Oglio. — Arlin, qui a été page de Madame et qui est présentement lieutenant aux gardes, achète le régiment de Guyenne de Blansac,
314 JOURNAL DE DAINGEAU.
maréchal de camp de la dernière promotion, et lui en (loniK^ 53,000 livres.
Mardi T y à Versailles. — Le roi alla tirer. Monseigneur voulut courre le loup, et, n'en troîivant; point , il alla se promener k Meudon, d'où il revint de fort bohiie heure, et le soir il alla à la comédie. — Les officiera généraux [)our l'Italie sont nommés. Il y aura douze lieutenants f^énéraux, sans compter Bachevilliers, dont la santé est ti*è»-mauvaise et qui a permission d'aller aux eaux ; si sa santé se rétablit et qu'il puisse servir, il retoUrtiera en ce pays-là ; ainsi ils seroient treize. 11 y aura vingt maréchaux de camp. Le roi a laissé au comte de Roucy le choix de l'armée où il voudroit servir, et il a choisi Tarmée d'Italie, parce que la gendarmerie y est. — M. le duc de Mortemart achète le régiment de Thianges, fait maréchal d<; c^imp à la dernière promotion , et lui en donne 68,000 livres; ce régiment avoit été levé par le maréchal de Vivonne, grand-père du duc de Mottemart. M. de Mornay, colonel du régiment de Poitou, fait maréchal de camp à la dernière promotion, vend son régiment 70,000 livres à M. du Montai, petit-fils de M. du Montai, lieutenant général qui étoit gouverneur de Mont-Royal.
Mercredi 8, à Marly, — Le roi partit après son dîner de Versailles pour venir ici, où il se promena juscprà la nuit. Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgojsrne coururent le loup dans la forêt de Saint-Germain et puis revinrent dîner ici. Madame la duchesse de Bourgogne, après avoir dîné à Versailles, alla à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre et fut une heure et demie enfermée seule avec elle dans son cabinet, et arriva ici li la nuit.
— Tous les officiers de la gendarmerie ont pris concé du roi. On compte que tout ce corps-là est arrivé présentement sur les États de M. de Savoie. Le comte de Roucy, d'Estaing et Flaman ville, capitaines-lieutenants de la gendarmerie, sont maréchaux de camp et serviront en Italie.
— On eut hier nouvelle cjue le comte d'Estrées étoit ar-
FÉVRIER iTOH. 315
rivé à Toulon ; il viendra faire un tour ici avant que d'tiller en Catalogne pour mener le roi d'EspaeUe à Naples. Le roi lui fait donner 12,000 livresde gratificAtion; il a amené avec lui le prince de la Riccia et trois autres des plus considérablefî complices de la dernière conspiration de Naples, et M. de Gtignan a ordre de les faire garder soigrieusemenl dans les tours de Toulon. Le roi nous dit que le comte d'Estrées ne pourroit être ici que dans quatre ou cinq jours; il doit arriver mardi à Versailles. — On a nouvelle que nos premières troupes embArtjuécs pour l'armée d'Italie Avoient délmrqué Auprès de Gênes ; le maréchal de Villeroy a envoyé quelque cavalerie au-devant pour les escorter. — Le roi avoit dit au duc de Villeroy qu'il l'entretietidroit le soir à six heures ; mais ce duc, qui avoit été obligé d'aller le matin de Velv sàillesAParis, ne put arriver à l'heure que S. M. lui Avoit iharquée, parce que sa chaise de poste rompit en chemin. — I^ duchesse d'Harcourt est de ce voyage ; elle n'étoit jamais venue ici.
Jeudi 9 , à Marhj, — M. de Chamillart vint le matin dire au roi les nouvelles de ce qui s'est passé à Crémone le 1" de ce mois; elles sont si extraordinaires qu'il n'y a nul exemple de cela dans l'histoire ancienne ni dans la moderne. C'est Mahoni, major du régiment de Dillon, qui ctott dans la place, qui a apporté cette nouvelle. Le prince Eugène avoit une intelligence dans Crémone; il y avoit déjà fait entrer quatre ou cinq cents soldats déguisés en prêtres et en paysans, et le 1" de ce mois il fit couler une partie de son infanterie par un aqueduc qui rendoit dans la cave d'un curé de la ville qui noustrahissoit. Ces gens, entrés dans la ville la nuit, prirent des haches chez ce cUré avec lesquelles ils ouvrirent une porte qui étoit niurre et par laquelle le prince Eugène et M. de Commeiry entrèrent avec toute la cavalerie. Ensuite ils se rendirent maîtres de trois autres portes, ayant tué tous ceux qui les gardoietit , et puis ils marchèrent à la grande place
€56 pont ne fut rompu que sur les trois heures. Le prince Eugène étoit monté dans un clocher pour voir un moment ce qui se passoit dans tous les endroits de la ville ; et si le prince Thomas de Vaudemont avoit attaqué et emporté la redoute de l'autre côté du pont^ comme il en avoit Tordre, et de revenir joindre ensuite le prince Eugène dans la ville, elle auroit été apparemment prise; mais il fut fort étonné de voir que notre pont étoit rompu et qu'il n'avoit plus à espérer ce renfort-là. 11 se crut pourtant encore assez fort pour se rendre maître absolu de la place, y ayant déjà plus de troupes que nous n^en avions dans la garnison ; mais notre infanterie chassoit déjà les ennemis de rue en rue avec une vigueur incroyable. Fimarcon , colonel de dragons, fit mettre pied à terre à son régiment, et ils achevèrent d'enfoncer et de chasser les ennemis. Le prince Eugène et M. de Commercy, ne pouvant faire revenir au combat leur infanterie, furent contraints de se retirer et d'abandonner la ville qu'ils avoient prise par miracle et qu'ils perdirent par un miracle encore plus grand. Montgon, maréchal de camp, avoit eu, dès le commencement du combat, son cheval tué et avoit été pris ; un escadron des cuirassiers de l'empereur lui avoit passé sur le corps, mais à la fin du combat il s'est trouvé en liberté on ne sait pas encore comment. D'Entragues, colonel du régiment des Vaisseaux, a été blessé. Nous avons eu la moitié de la garnison tués ou blessés, mais les ennemis y ont encore perdu bien plus de gens que nous, et ils avoient mené là tous les grenadiers de leur armée, leur meilleure infanterie et beaucoup d'officiers. Le prince Eugène et M. de Commercy ont pensé être pris pour avoir voulu se l'étirer un peu trop tard. Le gouverneur de la ville pour les Espagnols, dont nous ne savons point le nom, s'est fort signalé dans cette occasion et est blessé de plusieurs coups. D'Arennes , major général , est fort blessé aussi et toutes les restions le louent fort. Le roi attend incessamment un courrier par qui l'on saura encore plus de détails. — « L«*
roi a choisi H. de Vendôme pour aller conimaiiderrarmée d'Italie; il lui donne (^^000 louis pour son équipa^, et, après avoir eu c§ soir une loi^gue audience de S. M., ila pris congé et compte d'arriver 4 Tannée dans dix ou dôme jours. Le roi fait H. de Revel chevalier deTOrdre, Pr9$lin lieutenant général, d'Arenpes maréchal de campi Fi^la^ con brigadier , et donne une commission de colonel à Mahoni avec une pension de 1^000 livres. Mahoni| enpa^ lant au roi, afortlouéCourlandon, ancien mestre de camp de cavalerie, que le roi a fait brigadier à la dernière promotion. Quand Mahoni est parti deCrémone, nous avions déjà cinq cents prisonniers et on croyoit qu'on en trouveroi t encore beaucoup de cachés dans les maisons et dans les caves. Les Irlandois ont pris deux paires de timballes des cuirassiers. Presle, colonel du régiment de Cambrésis,a été tué, et M. de Croy , fils du comte de Solre, a été pris. Noas avons parmi nos prisonniers le baron de Mercy, gé néral- major, qui avoit déjà été pris cette année et qui fivoit été échangé avec le chevalier de Haulevrier.
Vendredi 10, à Marly. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins ; il faisoit le plus beau temps du monde. Monseigneur, monseigneur le duc de Bourgogne ai madame la duchesse de Bourgogne se promenèrent avec le roi. Le soir il y eut bal devant et après souper, comme le jour d'auparavant. Le roi y alla avant souper, mais il n'y fut point les après-sou pées, et on se retiraà une heure. — Il n'arriva point de courrier de Crémone, mais on apprit encore beaucoup de particularités de ce qui s'est passé par Mahoni et par plusieurs lettres qu'il a apportées. Le prince Eugène, en marchant à Crémone, n'avoit point levé ses quartiers, mais il en avoit tiré de gros détachements; il avoit même fait paroltre des troupes entre les quartiers du mai'quis de Créquy pour leur donner de rinquiétude, et on avoitenvoyé aussi sur TAdda pour tM)fltenir les troupes qui étoient au delà dans le Milanois. Il a conté au roi une particularitt^ de M. de Parme qui ne
FVVRIER 1708. «10
«6 pas de nous donner quelque soupçon; ce prince >it mandé quelques jours auparavant au maréchal de leroy qu'il lui vouloit livrer Plaisance et qu'il lui en- ^t pour cela huit cents hommes de pied et cinq cents ivaux qui arrivassent à Plaisance le dernier du mois, il se transporteroit lui-même pour leur livrer sa place, maréchal de Villeroy, qui étoit à Milan, avoit envoyé ire à Revel dans Crémone de faire ce détachement ; lis Revel^ averti que les troupes des ennemis se metent en mouvement^ ne jugea pas à propos de faire sortir troupes de la place ; mais, pour se mettre en état d'exéter Tordre du maréchal de Villeroy, il fit tenir le déta- 3ment prêt et aUa au-devant du maréchal de Villeroy, i arrivoit le lendemain , à qui il rendit compte de ce 'il avoit appris et de ce qu'il avoit fait. Le maréchal prouva sa conduite et l'en loua fort. On sut le jour iprès (jue M. de Parme s'étoit effectivement transporté ^aisance, dont ilavoitchangé le gouverneur, et ce gourneur, à ce qu'on prétend, étoit fort dans nos intérêts. I^ i a donné commission de colonel à deux lieutenants .onel irlandois, quisont Wacopet Connock, qui ont trèsm fait leur devoir à Crémone. Le roi fait partir tous ) officiers de Tannée d'Italie et ne veut plus, passé delin, que personne prenne congé de lui. D'Esgi*igny, initiant dans Crémone, y a été pris et on y envoie en sa ice le fils de Picou, qui a été si longtemps premier coms de feu H. Colbert. — M. le grand prieur* avoit demdé au roi d'aller servir en Italie avec M. son frèi*e, mais roi ne Ta pas jugé à propos; le marquis de Feuquières oit écrit au roi aussi pour le prier de le faille servir ns Tarjuée d'Italie, mais le roi a répondu comme uv ulant se servir do lui dans aucujie de ses armées **.
' Le grand prieur avoit fait cenX frasques. 11 étoit d'une débauelit* tri*e ; il sc> fioit sur la faveur de sa naissance et sur ramitié du roi ur son frère, sur lequel il avoit beaueoiip d'asoendaiit ; mais il en
avoit tant fait impunément qu'à la fin il fut châdé, et quH rat gran(l*[)ciue ù en revenir.
^* Pour Feuquieres, c'étoit un homme de qualité et qui a?oît k» pf^ miers talents pour la guerre ; avec cela beaucoup d^esprît. Il avoit épousé l'héritière crHocquincourt par Févénement; mais c'étoit leplui méchant homme qui fût au monde , le plus Boir, le plus dangerem, qui aimoit à faire du mal pour en faire , qui étoit aussi craint et lui universellement. Il ne pouvoit vivre avec aucun général d^armée, ni compatir avec personne, et cela le perdit ù la fin. Aussi M. d*£lbc«f étant avei* lui , tous deux lieutenants généraux en Italie dans TariDér du maréchal Catinatjui dit un jour qu*il étoit le plus brave homme qui fût jamais né , puisqu'il étoh entre quarante mille do ses ennemis sans rien craindre.
Samedi 11, à Versailles, — Le roi courut le cerf le matin ; Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne étoient à lâchasse, et monseigneur le duc de Berry y vini de Versailles, et retournèrent tous dîner à Marly. Le roi s'y promena toute Taprès-dlnée et revint ici à la nuit. Madame la duchesse d(î Bourgogne revint ici sur les cinq heures, et il y eut le soir répétition d'Athaliey qu'elle doit jouer au premier jour devant le roi. — Il arriva un courrier de M. de Vaudemont, parti de Milan le 3. Ce prince mande au roi qu'il a envoyé dans Crémone Saint-Frémonl et Albergotti ; qu'il a envoyé ordre lYBarbezières, qui étoit à Casai, de faille rapprocher toutes les troupes qui sont dans le Montfermt ; que le marquis de Créquy rapproche nussi ses quartiers de Crémone, n'ayant laissé de troupe que dans Sabionetta et dans Bozzolo; qu'il ira au premier jour lui-même dans Crémone et qu'il y mènera de Blilan des officiers de J^stice pour faire le procès aux habitants qui auront trempé dans la conspiration ; qu'il a eu nouvelle de la retraite du prince Eugène à Ustiano. Elle s'est faite avec beaucoup de précipitation et en grand désordre. Le prince Eugène envoie le maréchal de Villeroy droità insprûck, et l'on croit qu'ils le feront passer jusqu'à Vienne.
IMfnancbeVl, ù Versailles. — Hier au mntin le m. à
FÉVRIER 1702. SSI
» en revenant de la messe , entra chez Madame, qui irla du changement qu'elle faisoit dans sa maison sant la chambre des filles, et Ton a su aujourd'hui nière dont cela se fait. Elle donne à madame de lerie, gouvernante des filles, pour elle et pour maiselle de Simiane, sa fille, 5,000 livres de pension, et duc d'Orléans leur donne un logement dans le -Royal, à Paris. Mesdemoiselles de Barrière et de» mt chacune 2,500 livres de pension, et lasous-gou- Qte 1,200 livres. — Le roi a donné à Marquessac , îl réformé, le régiment de Cambrésis, vacant par rt de Preste, qui a été tué à Crémone ; Marquessac la même maison que M. d'Hautefort. — Le soir on K)ur la troisième et dernière fois, à l'hôtel de Conty, nédie d'£/6c(re; toute la cour y étoit, hormis le roi. de Chamillart a reçu une lettre du maréchal de oy du ^. Il est encore à Ustiano; il est blessé légèit d'un coup de pertuisane dans le cAté et d'un coup e à la main. Le roi lui a écrit une lettre très-oblie et très-propre à le consoler, et l'a envoyée tout te. Il sait présentement que le dessein des ennemis î l'amener en Allemagne, et il mande qu'on le va partir incessamment pour Inspruck.
ruti 13, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après- . Monseigneur alla à Meudon dîner ; il y demeurera urs. Le roi y doit aller mercredi, pour y passer le de la semaine. Monseigneur le duc de Bourgogne allé avec Monseigneur, et en reviendra avec le roi ; 18 encore il n'avoit fait de ces petits voyages-là sans . — On a nouvelle que le marquis de Créquy a le\r iiartiers et n'a laissé de troupes que dans Sabioet dans Bozzolo ; il est entré dans Crémone avec le de ses troupes, et on en enverra une partie sur la. Peu s'en est fallu qu'il ne soit tombé sur le prince ne dans sa retraite, et il seroit arrivé à temps de quer si pendant sa mai*ehe on ne lui étoit venu •. viii. 21
IM JOURNAL DE DAliGEAU.
dire que Crémone étoitpris, ce qui Tobligea à faire halle, et quand il fut désabusé les ennemis repassoient Fl^liû pour regagner Ustiano. il y a des lettres de Cmum i plusieurs de ses amis et signées de sa main; il ne croit pis sa blessure mortelle. — Chamarande n^ayant pu pi avoir l'agrément du régiment de la Reine pour ton fili, que le roi trouve encore trop jeune^ et étant obligé de le vendre parce qu'il a été fait maréchal de camp, en i conclu le marché avec un des Gollandre^ qui lui 6iid(mBe 83,000 livres.
Mardi iï, à Versailles, — Le roi alla raprès-dinée se promener à Marly, et durant sa promenade il parla fort du maréchal de Villeroy et de la manière du monde li plus tendre et la plus obligeante. Il marqua qu'il étûil fort étonné et indigné même contre les gens qui iosoltoient au malheur du maréchal ; il ajouta qu'il croyoii que Tamitié dont il Thonoroit lui attiroit une partie de la haine que Ton a contre lui. Il se sen it même du juot de favori, terme qui ne lui étoit jamais sorti de la bonche pour |)ersonne ; enfin il parla longtemps comme ao honmie qui veut et sait soutenir les intérêts des malheareux, et c'est une grande consolation pour la famille do maréchal, et cela fait bien voir le bon cœur du roi,qïU n'alxiudonne jamais ceux qui le servent et sont attacha à lui. — Le comte d'Estrées arriva hier matin etdcritrepartir lundi. — Madame la duchesse de Bourgogne alb hier au bal chez madame du Maine^et aujourd'hui ellei joué chez madame de Maintenon Athalie (1). Le roi ]
(1) <> On a joiu' trois fois Al Italie de M. lUrine a\ec Unis les omental^'^ \esi chd'urs mis on inii^iqiio «iepiiis loiiî;teinps i>ar M. Moreau, qui a^oHâ' vv\i\ iVEslher. Cos cIuimiis ont rté itarfaitement l)ion exécutes parles*»*' sHIes (le la musique <1u roi. Madame la (Uielicsse de Boutffiffut àjoaé i^ a\ec toute la {;r^*e et le bon sens imaginable , et quoique Kon raiH$pAi fas^ mettre de faire voir [»1u'î <Ie hardiesNi' <|u'une autre, celle qu'elle a fiiï P** nillre , seuli>meut jHKir marquer qu'elle étoit maîtresse de soo rtWe, a k^j^ ^f. été iDdUe d*un4> certaine timi<litê que Ton doit piaiiU noauatr moàes^^ ' u^^