BELLE-RIVIÈRE
Du côté de la Belle-Rivière, M. Dumas, chargé d'y commander avec une petite poignée de troupes de la colonie et beaucoup de sauvages des pays d’'En-Haut, dont l'affection a redoublé par la prise de Chouaguen, a ravagé la Virginie, la Pensylvanie et le Maryland. Les habitants ont abandonné près de soixante lieues de pays ; des familles entières ont été enlevées ; la perte des Anglois a été immense dans ces contrées, Les habitants avoient fait de leurs habitations des petits forts, qui ne les ont pas protégés contre les entreprises des sauvages, qui les ont brûlés pour la plupart, Le
nommé George Craon, riche Anglois, a lui-même abandonné un fort qu’il avoit fait construire à ses dépens, avec trois cents hommes qu’il soudoyoit. Notre perte, dans toute Ja campagne, n’a été que de quelques sauvages et de deux officiers de la colonie, MM. Douville et de Céloron. Les deux actions les plus considérables de notre côté ont été la prise du fort La Grandville, dans la Pensylvanie, à soixante milles de Philadelphie, le 2 août, emporté l’épée à la main par le chevalier de Villiers. Le commandant auglois Bradford y a été tué. Le fort étoit carré, flanqué de quatre bastions, quatrevingt-trois pas sur toutes les faces, des vivres pour six mois, deux pierriers, cent barils de sel ; les ennemis y avoient une garnison de soixante-quatre hommes, M. le chevalier de Villiers n’avoit avec lui que cinquante-cinq hommes.
Les ennemis ayant aussi surpris le village sauvage d’Attigué, y ayant même tué six ou sept sauvages, cette entreprise auroit eu des suites sans le courage de M. de Normandville, qui, avec quelques Canadiens, a repoussé l’ennemi, arrêté l'incendie, poursuivi les Anglois que l’on a dispersés dans les bois et auxquels on a fait beaucoup de prisonniers, M. Duinas, ayant été obligé de se faire relever à la fin de la campagne à cause de sa mauvaise santé, on a envoyé à sa place M. Des Ligneris, officier de la colonie, pour y commander à sa place.