‹ Journal du marquis de Montcalm durant ses campagnes en Canada de 1756 à 1759 [microforme]Chapitre 22 sur 52 · FRÉGATES · texte numérisé non relu

FRÉGATES

La Brume, trente-deux canons, M. de la Prévalaye, capitaine ;

La Fleur-de-Lys, trente-deux canons, M. de Tourville, capitaine ;

L'Abénaquise, trente-six canons, M. MacCarthy, capitaine ;

La Cornette, trente-deux canons, M. de Brugnon, capitaine ;

L'Hermione, trente-deux canons, M. Du Bois, lieutenant,

Total : Seize gros vaisseaux et cinq frégates, plus un vaisseau anglois nommé le Greenwich, de soixantequatre canons, pris par M. de Bauffremont, et les deux vaisseaux le Bizarre, de soixante-quatre canons, capitaine Montalet, et le Célèbre, capitaine la Jonquière, que nous avons déjà dit être en rivière,

Au reste, il ne fal.vit pas moins que ces escadres pour mettre Louisbourg en état de résister aux efforts de l'Angleterre. La place, abandonnée à ses propres forces, ne .pouvoit faire une longue défense, Tout ce qu'on y a fait jusqu’à présent, c’est d’avoir palissadé et mis les chemins couverts en état. Quant au corps de la place, ni flancs, ni faces de bastions, ni courtines, re sont revêtus ; c'est un délabrement total. M, de Franquet, ingénieur, y fut envoyé en 1750 pour les projets et

devis de la fortification. Pendant quatre ans on agita ce que l’on feroit, et l’on ne travaille que depuis deux ans; encore ne le peut-on que pendant cinq mois de l'année, L'ordre de la cour est arrivé pour le règlement et l'augmentation du corps de l'artillerie dans cette colonie, Il sera composé de deux compagnies de cinquante hommes chacune avec un capitaine, un lieutenant, un enseigne en premier, un enseigne en second, un commandant en chef à la tête de ce corps.

Le 23 juillet 1757. — Hier au soir la berge de la découverte revint dire qu'elle avoit aperçu dans les parages de Ftle à la Barque, six berges angloises, Surle-champ M. de Corbière partit avec environ quatre cent cinquante hommes, presque tous sauvages, et s'embusqua dans les îles dont cette partie du lac est semée, Une de ces îles avoit envoyé à la découverte un petit canot; une autre plus éloignée avoit fait la même manœuvre, À la pointe du jour le premier canot revint, et le second, passant à la vue des sauvages situés dans l’île la plus avancée, fut pris pour ennemi ; l’un d'eux tira et son coup a blessé deux chefs outaouais, dont l'un à mort, Grande désolation parmi les sauvages ; plusieurs ont relâché. M. de Langlade est cependant resté dans son embuscade avec deux cent cinquante ou trois cents hommes, que M. de Corbière a été rejoindre et renforcer le soir même. On attend des nouvelles, Cette méprise a été cause que les sauvages ont demandé qu'on leur donnât un mot de ralliement. Jls envoient à l'ordre.

Il est arrivé à midi les officiers et quatorze soldats du corps royal de l'artillerie et du génie. On ne sait

pas encore quelle sera leur destination, s'ils seront incorporés ou non, les ordres de la cour qui les concernent n'étant pas arrivés; en attendant ils feront leur service aux ordres du chevalier Le Mercier,

Sur les cinq heures une patrouille de dix grenadiers du régiment de Guyenne, revenant au camp de la Chute, a essuyé une décharge venant de sauvages agniers embusqués À l’entrée du bois. L'un des grenadiers a eu la chevelure levée, Comme le coup s’est fait à cent cinquante pas des tentes, on a sur-le-champ couru après, M. de Villiers les poursuit avec environ cent cinquante hommes ; je souhaite qu'on les atteigne ; ais il y a tout à parier que ceux qui ont fait ce coup sont sûrs de leurs jambes. Il paroît que ces sauvages ont passé la nuit dans leur embuscade ; on y a trouvé une pochetée de galettes.

Les transports du portage se font toujours avec la. plus grande vivacité,

Le 24 juillet 1757. — M. Marin est revenu ce matin avec trente-deux chevelures et un prisonnier fait au fort Lydius. Après la désertion d’une partie de ses gens, il a marché vers ce fort avec environ cent cinquante hommes qui lui restoient ; il y est arrivé le 23 à huit heures du matin, a trouvé une patrouille de dix hommes qui a été assommée sur-le-champ. La grande garde accourue au bruit a eu le même sort, Alors tout le camp a pris les armes ; les troupes sont sorties de leurs retranchements et se sont avancées en bataille jusqu’à l'entrée du bois, en faisant sans aucun effet des décharges régulières. Les sauvages à l’abri de gm arbres tiroient à coup sûr et ils disent en avoir bea

tués. La fusillade a duré quelque temps ; après quoi ils ont fait leur retraite, poursuivis pendant plus d’une lieue; mais qui pourroit atteindre un sauvage qui fuit ? Ils sont revenus à leurs canots d'une seule course, Cette expédition n’a coûté qu’un Canadien mort de fatigue ou de peur et deux sauvages légèrement blessés, Avant que de frapper, ils avoient fait la médecine. Voilà quel est le rapport de cet officier : l’exacte vérité est que les piquets seuls se sont avancés hors des retranchements à la première fusillade des sauvages, que l’on a beaucoup tiré de part et d'autre et que les Anglois ont eu onze hommes tués et quatre blessés, dont deux morts depuis de leurs blessures, Cependant les sauvages rapportent trente-deux chevelures ; c’est que d’une ils savent en faire deux et même trois.

Nous savons maintenant par cette découverte de M. Marin que le fond de la baie est libre, que les ennemis n’y ont aucun fort, ni retranchement, ni poste fixe, mais qu'ils y envoient de temps en temps des découvreurs qui s’embusquent pour observer nos mouvements dans cette partie, que la rivière au Chicot est navigable, à l'exception d’un rapide fort court, jusqu’au fort de la Reine maintenant abandonné, et que, de ce fort à celui de Lydius, est un grand chemin de cinq lieues très praticable, Le prisonnier fait à ce fort dit que les Anglois y sont retranchés et peuvent y avoir quatre ou cinq mille hommes toutes milices,

Notre détachement embusqué au-dessous du Painde-Sucre est rentré successivement après une action des plus heureuses. Le colonel Parker étoit parti hier au soir du fort George avec un détachement composé de

trois cent cinquante hommes, quatre lieutenants et un enseigne, sur vingt-deux berges dont deux esquifs; son objet étoit de tâter nos postes avancés et de faire des prisonniers. A la pointe du jour trois des berges ont donné dans notre embuscade et se sont rendus sans tirer ; trois autres qui les suivoient à quelque distance ont eu le même sort. Les seize restantes se sont avancées en ordre ; les sauvages qui étoient à terre les ont fusillées et fait revirer, Quand ils les ont vues fuir ils se sont jetés dans leurs canots, les ont poursuivies, atteintes, coulées à fond ou prises, à l'exception de deux qui se sont échappées. Ils ont ramené près de deux cents prisonniers ; le reste a été noyé. Les sauvages plongeoïent pour les darder dans l’eau, comme ils font le poissou, et aussi pour couler bas les berges, en les prenant par-dessous et les faisant chavirer. Nous n'avons eu qu’un seul homme bles: : légèrement, Les Anglois, effrayés par le feu, la vue, les cris et l’agileté de ces monstres, se sont rendus presque sans tirer un seul coup. Le rhum qui étoit dans les berges et que les sauvages ont bu sur-le-champ, leur a fait faire de grandes cruautés. Ils ont mis à la chandière et mangé trois prisonniers ; d’autres seront peut-être traités de même; tous sont esclaves à moins qu’on ne les rachète, spectacle horrible aux yeux d’un Européen.

Ce détachement étoit pour la plus grande partie composé de New-Jersey, milices du pays; c’étoit le reste de ce que nous en avions pris à Chouaguen. Le colonel Parker les commandoit à la place de M. Schuyler, prisonnier.

D'après le rapport assez uniforme des prisonniers ; il est certain que les îles du lac Saint-Sacrement ne sont point occupées par les Anglois ; qu’ils n’ont aucun poste avancé ; qu'au fort George il n’y a pas mille hommes, mais qu’on y attendoit avant trois jours le général Webb avec un renfort plus ou moins considérable, suivant les différents prisonniers ; que ces troupes sont campées derrière le fort, sur une éminence qui le domine, sans aucun fossé ni retranchement qui couvre leur camp; qu’à l'exception de six cents hommes de troupes régulières tout le reste est de milices.

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