‹ Journal du marquis de Montcalm durant ses campagnes en Canada de 1756 à 1759 [microforme]Chapitre 48 sur 52 · PROS RSR SRE RENE POBRREAERE JOURNAL DU MARQUIS DE MONTCALM · texte numérisé non relu

PROS RSR SRE RENE POBRREAERE JOURNAL DU MARQUIS DE MONTCALM

L'abbé Piquet, missionnaire accrédité parini les Cinq- Natiows, rentre par nécessité en faveur auprès du marquis de Vaudreuil et est retourné à la mission de la Présentation. Le sieur de Lorimier, qui y commauiloit, en est rappelé, et on met à sa place le sieur Benoist.

Le sieur de Pontleroy, ingénieur, avoit proposé d'établir la construction des barques à Niagara. Mais c'étoit trop raisonnable pour être suivi. 1l est allé à Québec pour voir et tracer des redoutes pour la défense extérieure et fermer la ville. C’est s’y prendre bien tard.

Il n’y a point de gaspillage, rapine et volerie qui ne se soit faite dans le corps de troupes qui a marché aux ordres de M. Duplessis, On le sait; on ne punit, ni on ue remédie,

Telle a été la fin d’une campagne qui eût été bien brillante sans l'aventure de Frontenac, suite de la prévention et de l'ignorance. Au lieu de songer à la prochaine, aux inoyens de tirer meilleur parti des Canadiens, le gouverneur général va s'endormir, tomber dans sa léthargie ordinaire, compter sur la paix, et les flatteurs, dont il est entouré, l'y confirmeront, Le marquis de Montcalm en gémira et restera dans le silence par l'inutilité de faire entendre sa voix.

Du 10 au 11 novembre 1758. — Continuation d’un froid horrible et bien précoce pour cette colonie. Les troupes qui se rendent dans leurs quartiers souffrent beaucoup, toutes les petites rivières étant prises. Cela occasionnera une grande perte de bateaux et beaucoup de dépenses et d’incommodités pour le transport de leurs équipages, pat de difficultés pour faire passer à

Carillon les besoins de ce fort, des craintes pour le retour des convois de Niagara et pour faire passer une garnison à la Présentation. Il fau’ ;onvenir qu’on fait tout tard et sans ordre dans cette colonie et que les troupes devroient quitter la campagne au 20 octobre, Je ne sais si l'événement de cette année-ci persuadera mieux que tout ce que l’on ait dit jusqu’à présent.

Du 14 novembre 1758. — Vent de sul-ouest ; dégel qui commence. Dieu veuille qu’il s’y soutienne plusieurs jours pour rendre la navigation libre.

Départ des derniers vaisseaux le 12. M. Doreil, commissaire-ordonnateur, embarqué sur l’Outarde, et M. de Bougainville sur la Victoire. Arrivée de M. de Saint- Ours avec des nouvelles de la Belle-Rivière du 23 octobre, Le général Forbes étoit à Raystown, le colonel Jean-Henry Bouquet retranché aux sources de la rivière d’Attigué. Les ennemis y forment un établissement appelé Loyal-Hannon. Leur projet paroît par là être de rompre la communication du fort Duquesne avec les forts Machault et de la rivière aux Bœufs,

Le 15 novembre 1758. — Nous avons eu un avantage assez considérable dans cette partie. M. Aubry, capitaine des troupes de la Louisiane, commandant un détachement de quatre cent cinquante hommes et cent sauvages, a été envoyé pour reconnoître les ennemis, Il a surpris un poste avancé, a pillé un de leurs camps, les a poursuivis jusque dans le ‘etranchement où les Anglois n'ont pas osé sortir, Notre perte n'a été que de deux hommes et sept blessés ; celle des ennemis de cent cinquante hommes tués ou blessés y compris plusieurs officiers et douze prisonniers, Je présume que ces divers

avanteges sur l'ennemi sauveront la Belle-Rivière pour cet a-itomne ct au printemps ; mais je la crois perdue pour l’année prochaine, d'autant qu'on aura beaucoup de peiue à y faire passer des vivres, Tous les sauvages s'en sont retirés actuellement pour aller en chasse,

Les troupes du Détroit, des Illinois et les Canadiens envoyés au printemps eu sont partis pour retourner chacun chez eux, en sorte que ce fort reste avec deux cents hommes et quelques sauvages domiciliés. Encore aura-t-on de la peine à les nourrir tout l'hiver.

Du 17 novembre 1758. * — Retour de M. Le Borgne, officier de la colonie, qui a été conduire à Carillon les premiers Anglois pour être échangés avec ceux de la garnison de Frontenac.

Du 18 novembre 1758. — Légel total, navigation rétablie partout, fièvres malignes à l'hôpital, nulles suites heureusement vu la salubrité du climat et l'approche de l’hiver ; construction des barques pour le lac Ontario à la Pointe-aux-Darils; Niagara bien en vivres, mal en poudre; la Belle-Rivière manquant de vivres. Le Portage de Niagara donné à Chabert et ôté aux Cinq- Nations; cela ralentit le service; affaire d'intérêt, Le Canada sera perdu par l'intérêt. J’ignore les ordres

que M. le marquis de Vaudreuil donne à Québec,

M. de Bougainville a fait apercevoir qu’il n’y avoit aucuns signaux convenus avec la cour, pour distinguer au printemps les vaisseaux ennemis des amis.

* Depuis le 17 jusqu’au 26 exclusivement, le journal est de . la main de Montcalm.

Du 20 novembre 1758. — Départ d’un courrier pour Québec pour porter les dernières dépêches à partir par un bâtiment qui partira le 25.

Du 20 au 25 novembre 1758. — Continuation d’un beau temps propre à la navigation et à faire des guérets, et au retour de nos convois de Niagara.

Il est à craindre que la Belle-Rivière ne soit abandonnée, Cela me paroît décidé, si l'ennemi y marche, Suivant une lettre de M. de Rocheblave, du 17, son avis, celui de M. de Corbière et de M. Du Vernys étoit de marcher à l'ennemi; mais ce sont trois François.

Du 26 novembre 1758, — M. de Rocheblave, enseigne de la colonie, ariivé à la Belle-Rivière, Les nouvelles

sont du 31. Les sauvages sont toujours bien disposés, mais nous n'avons plus que deux cents hommes au fort Duquesne, les troupes auxiliaires s'étant retirées au Détroit, aux Illinois, et la plus grande partie des Canadiens étant revenus à Montréal,

Il paroît que tout ce qui sert à la Belle-Rivière y est plus occupé de l'intérêt que du bien du service, et l’on ne peut entendre la destruction dans les magasins et effets du Roi et les prétextes imaginaires pour fabriquer les certificats, sans être porté à écrire une satire au lieu d’un journal. Mais espérons la paix, et que l’ordre se rétablira un jour.

Du 27 novembre 1758. — M. Benoist, officier de la colonie, homme intègre et qui s’est conservé pauvre et vertueux au milieu de la corruption, paroît s'occuper beaucoup de la construct:on des barques destinées à agir au lac Ontario, et s’est retranché pour se mettre à l'abri d’un coup de main à la lointe-aux-Barils,

Le vol, vice inconnu en Canada avant l'époque de la Belle-Rivière, y devient plus commun et est plus toléré qu’à Lacédémone, Rareté de punition, tulérance, impunité, mauvais exemple, longueur dans les procédures, tout y contribue, Il y avoit quatre ou cinq coupables accusés de divers crimes; soit négligence, ou intelli-

.gence de la part du geôlier, ils se sont vadés à la veille

de leur jugement.

L'équijage du vaisseau l'Aigle, qui avoit péri cet automne au Gros - Mécatina, sembloit être destiné à tous les malheurs possibles. Monsieur l’intendant avoit envoyé un bâtiment pour sauver cet équipage, et, au moment que ce second bâtiment alloit partir et qu’une paitie de l'équipage étoit déjà embarquée, un coup de vent de nord-est furieux a fait chasser sur lui le navire Bien-Aimé qui étoit de relâche, ils se sont échoués sur les rorñes. 11 y a eu onze hommes noyés; l'équipage de l’Aigle s'est sauvé à terre. Ils se sont mis alors en partie sur le bâtiment du poste avec quelques quarts. de farine. Ils ont gagné l’île du Bic, où le bâtiment a encore péri. Ils ont eu bien de la peine à gagner la Grande-Terre, à cause des glaces. Les plus vigoureux sont en route sans souliers ; les malades et malingres restent à Saint-Barnabé avec peu de secours. Ils étoient en tout deux cent cinquante; et, suivant une lettre de Monsieur l’intendant, du 24, on leur envoie des secours en souliers et en habillements. Le Canada est le pays des aventures fâcheuses, et toujours d'autant plus fâcheuses que ce n’est pas un pays de ressources.

La goélette la Sérieuse étant partie le 21 pour la France, et le courrier dépêché par le marquis de Vau-

dreuil n'étant arrivé'à Québec que le 22, on a renvoyé les lettres écrites en France, M. le maréchal de Belle- Isle en recevra toujours une par la précaution prise de lui écrire et d'avoir su qu'il devoit partir un bâtiment,

Du 28 novembre 1758. — Nouvelles de Carillon du 24. Le colonel Prévost, commandant au fort Edouard, a appris à l'officier envoyé pour mener les prisonniers anglois le rappel du général Abercromby, remplacé par le général Amherst qui commandoit les troupes de terre sous les ordres de l'amiral Boscawen à l'expédition de Louisbourg.

Courrier de Québec pour nous informer de l’arrivée d’une goélette partie de France le 15 août ; elle ne nous a rien appris que nous ne sussions déjà. Des lettres de particuliers y parlent sans beaucoup d’exactitude de divers changements dans le ministère, ce qui prouve que nos affaires n’en vont pas mieux, et en est peutêtre la cause. On parle aussi d’une bataille perdue par le Roi de Prusse,

Du 29 novembre 1758. — Départ du courrier pour Québec, porteur de lettres pour les ministres ; on espère que la saison permettra encore que cette goélette reparte de suite pour la France.

Du 1* décembre 1758. — Nouvelles des Illinois, Les Anglois paroissent avoir des vues pour nous inquiéter dans cette partie, et ils ont envoyé reconnoître avec attention la rivière des Chérokis et un des forts que nous avons dans cette partie. Ils ont envoyé des émissaires pour faire révolter notre garnison et les nègres des Illinois. M. de MacCarthy, major commandant du poste des Illinois a fait casser la tête à un de ces émis-

saires qui étoit venu À son poste comme déserteur, La

Nouvelle-Orléans n'avoit reçu aucun bâtiment depuis trois ans,

Nouvelles de la rivière Saint-Joseph du 1° octobre, Ta petite vérole qu'ont éprouvée les sauvages l’année dernière et les insinuations artificieuses des Auglois a voient occasionné beaucoup de fermentation parmi les sauvages des pays d'En-Haut, (Cet esprit avoit même gagné les Poutéotamis, toujours attachés aux François, la seule nation sauvage à qui cn n’avoit jamais eu aucun meurtre à reprocher. Ils out cependant voulu assassiner un Canadien, suivant ce qu'écrit M. Le Verrier, commandant de ce poste. La nouvelle du succès de l’action du 8 juillet les a contenus.

Nouvelles de la Belle-Rivière par deux déserteurs alsaciens d’un régiment de milices de la Pensylvanie. Le fort établi par les Anglois cette année à Raystown, paroît suivant leur rapport en état de défense. L’'établissemeut de Loyal-Hannon ne paroît être qu’un camp retranché, ]1 est incertain si l'ennemi continuera ses projets ou en remettra l'exécution au printemps. Les Anglois ont eu beaucoup de malades, les déscrteurs assurent que leur perte va à quinze cents hommes de maladie et que les sauvages continuent à beaucoup les inquiéter.

C’est le brigadier Jean Wolfe qui commandoit le corps de troupes angloises qui a paru vers Gaspé cetautomne, ce que l’on voit par des sommations et lettres adressées aux habitants pour les sommer de se rendre sur la flotte du Roi d'Angleterre ; que, moyennant ce, ils seront traités avec douceur, transportés en France ; que, si

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l'on a brûlé des habitations et l'église ça été centre ses intentions, ne voulant pas faire la guerre, dit-il, d’une façon cruelle, comme il prtter:d suivant la lettre, que le marquis de Montcalm a fait en Canada.

Du 8 décembre 1758, — Arrivée du courrier de Québec. On a fait partir le 3 la gotlette l’Extravagante, pour porter les dépêches du 29,

Deux Anglois qui étoient à Québec, otages pour le rançonnement d’un bâtiment, se sont sauvés avec une chaloupe.

Le parti de M. Outlas a ramené deux prisonniers faits jrès de Lydius, qui n’apprennent rien.

Jl est ariivé quatre Canadiens échappés des prisons de New-York. Ils confirment le rappel du général Abercromby qui est remplacé par Jeffrey Ambherst, général major qui commaudoit les troupes de terre sous l'amhal Boscawen à Louisbowg. 11 est colonel d’un régiment, avoit été capitaine aux gardes et avant, aide de camp du duc de Cumberland et du général Ligonnier, Toutes les nouvelles paroissent confinmer celle de la défaite du Roi de Prusse et de la levée du siège d’Olmutz, Ainsi soit, si cela peut mener à la paix !

La rivière est encore navigable; le froid n’est pas encore vif et il n’y a pas de neige. Au froid qu'il a fait dans les premiers jours de novembre, on auroit cru que la saison eût été plus avancée,

Du 10 décembre 1758. — OQ Roi digne d’être mieux servi; chère patrie écrasée d’impôts pour enrichir des fripons et des avides! et que tout y concourt! Gardurai-je mon innocence comme j'ai fait jusqu’à présent au milieu de la corruption ? J'aurai défendu la colonie, je

devrai dix mille écus, et je verrai s'être enrichi un Ralig, un Coban, un Cécile, un tas d'hommes sans fui, des va-nu-pieds intéressés dans l’entreprise des vivres, gaguant dans un an des quatre ou cinq cent mille livres, qui font des dépenses insultantes; un Maurin, commis à cent écus, avorton de nature, escargot par la figure, voyager avec une suite de calèches et de carrioles, dépenser plus en vuitures, en harnois, en chevaux qu'un jeune fermier général fat et étourdi, Et cette manutention de vivres, une entreprise formée du temps de M. de la Porte, qui y étoit de part! La France ne produira donc jamais à la tête de la marine un ministre éclairé, rélormateur des abus ? Les concussions de Verrès, celles de Marius dont parle Juvénal, n’en approchent pas! Quels abus que ceux des postes ? On appelle ainsi le droit exclusif de faire le commerce avec les sauvages, moyennant une modique somme ou ferme qu'on donne au Roi, arrangement imaginé du temps de M. de la Jonquière pour aliéner les sauvages, ruiner le commerce, voler le Roi et enrichir quelques particuliers. Ces postes en temps de paix ont valu des sommes immenses aux propriétaires, par la pernicieuse traite de

l'eau-de-vie et les présents du Roi qu’on vend au lieu.

de donner, La guerre, rendant les marchandises chères, fait que ces postes rendroient peu ou rien ; nrais comme ce propriétaire ou marchand est un officier commandant,

‘on a imaginé d’y suppléer en fabriquant des certificats de

dépenses faites pour les sauvages. L’excès en a été énorme. Cette année, il en paroît pour onze mille livres de dépenses faites à Michillimakinac, M. le inarquis de Vaudreuil n’en a encore voulu signer que pour cent mille écus ;

baie qui appartient à M, de Rigaud, son frère, et exploité par M, de Coutercet, lieutenant, neveu du dit M. de Rigaud, quoique ce poste ait fait pour cinquante mille écus de pelleteries et qu'il n’y ait pas eu pour trente mille livres de frais, cet officier a présenté pour cinq cent mille livres de certificats que le marquis de Vaudreuil a signés. L'intendant accoutumé cependant à tout passer, s’est récrié et n'a voulu donner que pour quarante mille livres de lettres de change au premier terme. Enfin, à force de sollicitations, on a arrangé cette affaire à deux cent mille livres de certificats pour dépenses imaginaires. Le sieur de Couteret a produit les lettres de M. Rigaud qui lui marquoit de faire force certificats. La preuve juridique de ces faits est impossible ; la signature des deux hommes du Roi couvre tout ; mais les faits sont constants, publics, Jamais le vol et la licence n’ont été aussi loin. C'e n’est que par le courrier que l'on apprend l'affaire réglée à deux cent mille livres ; encore ce gouverneur se plaint, et les gens les plus accoutumés à faire valoir le talent se récrient, et que toutes bornes sont franchies.

Du 11 décembre 1758.— Suivant ce que m'a dit M. le marquis de Vaudreuil, le vaisseau l’Aigle portoit cent cinquante milliers de poudre. On en a envoyé de Louisbourg pour l’escadre de M. Duchaffaut trente milliers et les vaisseaux de cette même escadre nous en ont laissé quarante, de sorte qu'il peut y avoir dans la colonie y compris les approvisionnements actuels de Carillon, Saint-Frédéric, Niagara, la Belle-Rivière, la Présentation, deux cent cinquante milliers dont cent

cinquante à Québec, C’est bien peu dans les circonstances,

Du 13 décembre 1758. — M. le marquis de Vaudreuil refuse à nos bataillons de prendre des Ailemands déserteurs, Fait-il bien, ou fait-il mal ? Son point de vue est que ces Allemands travailleront dans les côtes, pourront s’y établir et seront plus utiles à la colonie, Non est tempus. Ce n’est pas le moment de songer à la population de la colonie, mais bien à sa défense, et des combattants de plus qui coûteroient peu ou rien au Roi, vaudroient mieux.

Nouvelles de Catillon du 1° décembre, Petite émente par malentendu à l’occasion d'un soldat de Guyenne puni pour avoir veudu une couverte aux sauvages. Le fameux Kisensik a demandé sa grâce, et permission au commandant de faire assembler les soldats des piquets, et leur a dit: “ Mes frères, ayez plus d'esprit; condui- “ sez-vous mieux. Ni moi, ni les sauvages ne demande- “ ront plus grâce pour vous autres, Trois d’entre vous “ ont déserté ces jours-ci, Que nul ne déserte, ou je “J'irai avec mes sauvages chercher jusqu’au fond de “ l'Angleterre ”,

Du 16 décembre 1758. — M. Benoist, commandant à la Présentation, a défendu sous peine afflictive les vols et larcins devenus trop communs parmi les Canadiens. En conséquence, il en a fait passer trois par les verges et les a envoyés au marquis de Vaudreuil qui'garde un profond silence sur cet exemple de sévérité si nécessaire et si louable, M. Benoist, officier d’un vrai mérite, a eu raison ; il a fait cependant ce que le marquis de Montcalm n’auroit osé faire, et sur quoi l’on auroit écrit

vigoureusement contre lui au ministre de la marine, dont les bureaux, au moins du temps de M. de la Porte, auroient bien accueilli une pareille plainte.

La goélette l’'Extravagante, partie le 3 pour porter les dernières dépêches en France, a été arrêtée par les glaces. :

Du 18 décembre 1758. — La récolte moins abondante dans la colonie et principalement dans le gouvernement de Québec, qu'on ne l’avoit cru. La misère s’y fait sentir. On parle de remettre le peuple au quarteron, jusqu’à présent il avoit du pain taxé trois sols la livre et payé par les gens aisés huit sois.

Du 18 décembre 1758 au 1° janvier 1759.—* Départ du marquis de Montcalm le 22, pour se rendre à Québec.

Du 2 janvier 1759, — Grande misère à Québec; murmure du peuple que l’intendant veut mettre, du 1° janvier, au quarteron ; émeute de quatre cents femmes ; l'intendant accorde la demi-livre.

Adjudications fort chères pour les matériaux des fortifications projetées pour l'extérieur de Québec. Le gouverneur général, dans ses lettres à M. de lontleroy, écrit comme n’entendant rien à la guerre et paroît plus LA occupé, des réparations du château ou maison d’habitation.

Nouvelles de l’Acadie. Les Anglois ont un fort au bas de la rivière Saint-Jean, La nouvelle de la prise du Roi de Prusse, dont il est permis de douter, y court comme dans la Nouvelle-Angleterre.

! A * Depuis ici jusqu'au 9 février exclusivement, le journal est 1 de la main de Montcalm.

est

Nouvelles de Carillon du 13 décembre ; de la discrétion de deux prisonniers faits sur les Anglois qui ne disent rien; garnison insubordonnée et mutine ; les troupes du Roi ne peuvent que se perdre dans cette

- colonie.

Du 2 janvier au 26 janvier 1759. — Le général Forbes a continué sa marche vers la Belle-Rivière et M. Des

Ligneris, le 26 novembre, fort à portée et ne pouvant défendre un pitoyable fort avec une mauvaise garnison dont un tiers malade, évacua et brûla son fort, fit passer son artillerie et ses munitions aux Illinois et s’est retiré au fort Machault. L'on assure que les sauvages, Loups ou Chaouénons, nous resteront affectionnés.

Nouvelles de Carillon du 5 septembre. Nulle de l'ennemi; deux déserteurs de Berry ramenés par les sauvages qui ont coupé la tête à l’un, et le conseil de guerre a jugé l’autre.

Incendie à Montréal qui a failli être général; nul ordre sur cet article quoique les accid:nts soient fréquents.

Misère affreuse au gouvernement de Québec, on y ramène de Lachine des farines destinées aux premières opérations de la campagne. On demande dix mille minots au gouvernement de Montréal, opération toujours fausse et sans prévoyance.

Bals, amusements, partis de campagne, gros jeux de hasard en ce moment.

Froid excessif à vingt-six degrés et demi. Le fleuve pris vis-à-vis la pointe de Lévis ; avantage pour avoir plus de denrées à la ville; retard pour la belle saison ;

dépenses de l’année à vingt-quatre millions de lettres

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de change, tirées en trois termes, et, depuis cela, il a été jusqu’à aujourd’hui donné au trésor onze millions cinq cent mille livres.

Du 26 janvier au 9 février 1759. — On fait le recensement des forces de la colonie qu’on devroit conuoître depuis longtemps et qu’on ne connoîtra peut-être pas mieux.

On travaille à amasser des matériaux pour fortifier Québec, qui devroit l'être depuis trois ans.

On songe à soutenir la Presqu'île, ce qui coûtera des millions au Roi par les voleries, et ne réussira pas.

Nulle nouvelle des pays d’En-Haut,

De Carillon du 25 janvier. Tout y est tranquille de part et d'autre, Nous faisons passer un détachement de sauvages pour faire quelques prisonniers,

On manque totalement dans le gouvernement de Québec; on fait revenir des farines de Lachine ; on fait faire une levée dans le gouvernement de trente mille minots de blé à douze livres.

Un courrier de Gaspé pour apprendre que le Prince- Edouard en retournant en France a fait une prise angloise chargée de farine, lard et marchandises qu'il y a laissé; elle nous parviendra aussi tard et peut-être plus tard que si elle partoit de France.

Du 9 février au 12 mars 1759. — La recherche des grains dans le gouvernement de Montréal, qu’on espéroit produire trente mille minots de blé, n’en a produit que huit mille, Une nouvelle recherche, les moutures des moulins et une partie des dîmes des curés pourront encore produire quatre mille minots; et on aura de la

peine à pouvoir primer l'ennemi en campagne, faute de vivres.

Les plaisirs, malgré la misère ct la perte prochaine de la colonie, ont été des plus vifs à Québec. Il n’y a jamais eu tant de bals, ni de jeux de hasard aussi considérables, malgré les défenses de l’année dernière. Le gouverneur général et l’intendant l'ont autorisé,

Il y a eu deux maisons incendiées à Montréal, et toujours aussi peu de précautions et aussi peu d'ordre.

Tout est tranquille sur la frontière du lac Saint- Sacrement, Des maladies à Carillon ; on y a fait deux prisonniers dans les premiers jours de février.

S'il faut croire leur rapport, le Roi de Prusse auroit été bien battu et les Hollandois se seroient déclarcs pour nous.

Suivant les nouvelles de la Belle-Rivière, les Lonps et les Chaouénons sont en disposition de faire leur paix particulière. Les (Cinq-Nations les sollicitent à se déclarer contre nous. Cependant, M. le marquis de Vaudreuil se flatte de s’y soutenir avec de faibles moyens, et cette confiance lui est suggérée par des personnes avides de faire des fortunes aux dépens du Roi. Même raison lui fera conserver quelques hommes en Acadie, Tout cela coûtera cinq à six millions au Roi et sera contraire à la défense de cette colonie.

Il paroît, par les nouvelles des sauvages et par l’aveu de quatre Onéyouts espions du colonel Johnson, que les ennemis veulent faire quelque entreprise sur les barques que nous faisons construire à la Pointe-au-Baril, trois lieues au-dessus de la Présentation, Le marquis de Vaudreuil eut bien de la peine à se déterminer d’y

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envoyer un renfort de cent cinquante hommes. Le marquis de Montcalm a quitté le séjour de Québec et est arrivé le 7 à Montréal, où il a cru décent d’être à portée de recevoir les ordres du marquis de Vaudreuil ét lui donner ses avis ; mais il ne sera ni consulté, ni éconté, ni cru.

L'empirique M. Mercier, l’ignorant et l’avide Saint- Sauveur, secrétaire du général, gouverneront la machine. Il faut bien envoyer à la Belle-Rivière, puisque Saint- Sauveur et le chevalier de Repentigny ont acheté de moitié pour cent cinquante mille livres de marchandises qui, revendues sur les lieux pour le compte du Roi, produiront un million. Il en est de même de l’Acadie, Il n’est utile d’y entretenir du monde que- pour enrichir le sieur des Chenaux, secrétaire de l’intendant, et un tas de fripons.

Le bruit a couru tout l'hiver dans les campagnes que le marquis de Montcalm avoit été empoisonné, et tout ce qui s’est passé à cette occasion prouve que le peuple a autant de confiance pour sa personne que de méfiance pour celles de ceux qui le gouvernent,

On a fait faire un recensement général dans les trois gouvernements du Canada. Le gouverneur général en cachera bien plus la conséquence de ce qui en résultera au marquis de Montcalin, qu’il ne le feroit vis-à-vis les Anglois mêmes.

On voit avec peine qu’il y a beaucoup de guérets à faire, que la moitié des terres ne sera pas ensemencée, que l’espèce des hœufs et moutons manquera l’année prochaine, et que, si la guerre dure, la colonie périra

d'elle-même, ne succombât-elle pas par la supériorité des forces de l'ennemi,

Du 12 au 19 mars 1759. — Suivant les rapports qui nous viennent des Cinq-Nations, les Anglois font déjà des conditions pour nous primer de fort bonne heure dans la partie du lac Ontario. Ils conduisent de l'artillerie sur les glaces au petit portage de la rivière de Chouaguen. Suivant la déposition d’un prisonnier de Royal-Américain en date du 8 mars, toutes leurs dispositions sont faites pour opérer dès le petit printemps sur le fort de Carillon, Il y a eu le même jour un détachement Anglois venu pour conduire un ingénieur et tâcher de brûler la basse-ville de Carillon. Ce détachement a surpris de nos travailleurs, dont sept prisonniers, quatre de tués, compris un Abénaquis, et quatre blessés. Le détachement des ennemis étoit de trois cent trente hommes de troupes légères y compris une cinquantaine de sauvages. Les nôtres les ont repoussés ; mais sont arrivés trop tard au secours de nos travailleurs. L'ennemi a eu beaucoup de blessés qu’il a emportés.

Suivant les mêmes nouvelles, l'Angleterre persiste toujours dans le projet d’envahir le Canada et doit l’attaquer par plusieurs côtés avec près de quatre-vingt mille hommes de troupes, y compris les milices que les provinces fournissent en grand nombre.

Des nouvelles qui nous sont arrivées de Miramichi par deux Canadiens qui ont déserté d'Halifax, doivent nous faire craindre des dispositions pour venir tenter

une descente à Québec, ou du moins croiser d'assez bonne heure dans le golfe pour intercepter tous nos secours, On peut regarder ce pays-ci, ct conséquemment la Louisiane, comme perdus pour la France, à moins d’un miracle inattendu ou d’une paix qui, suivant les Anglois, est très éloignée, Ces nouvelles semblent confirmer la déclaration de guerre des Hollandois en notre faveur et feroient espérer que l'Espigne l'est aussi.

Du 17 au 27 mars 1759.— Nulle nouvelle des ennemis ; le sieur de Boishébert et le sieur de Beaubassin doivent être partis de Québec pour aller du côté de la rivière Saint-Jean avec des instructions si obscures qu’elles laissent à douter si l'intention du marquis de Vaudreuil est de retirer les sauvages et Acadiens qui y restent, qui n’y sont d'aucune utilité et qui coûtent fort cher au Roi.

Le résultat de ce que la colonie peut mettre de forces dans un besoin, d’après le recensement qui a été fait, est un secret qui n’est pas communiqué encore et qui ne le sera pas vraisemblablement au général des troupes de terre. Il n’est pas mieux instruit de la situation actuelle de la colonie en vivres et en munitions. Quelle nécessité qu’il ait ces connaissances ? Il pourroit faire un projet de campagne proportionnée à nos forces et à uos moyens qu'on ne voudroit pas suivre. Cependant il a cru devoir remettre le 19 au marquis de Vaudreuil uu Mémoire pour lui exposer 1° £n ignorance sur des articles aussi importants ; 2° lui faire part de ses réflexions générales contenues en treize articles ; 3° lui

renouveler son zèle et celui des officiers supérieurs des troupes de terre pour être employés partout et avec tel nombre de troupes qu’il jugera à propos.

I parott qu’on ne fait aucune disposition de détail pour le côté de Québec et que faute de vivres, dit-on, les travaux projetés, que l'on devoit faire dans l’extérieur, n'auront pas lieu, M. de Pontleroy, ingénieur, aura quelques ouvriers à sa disposition pour essayer . de fermer la ville par quelques murailles ou palissades, objet dont on parle depuis trois ans sans s’en occuper,

Le sieur Pouchot, capitaine au régiment de Béarn, est parti ce matin à quatre heures Il va, avec un détachement de cent cinquante Canadiens, à la Présentation ou la Pointe-au-Baril, Ses instructions, qui n’ont point été communiquées par le marquis de Vaudreuil au général des troupes de terre, n’ont été remises au sieur Pouchot qu’hier à onze heures du soir. Cet officier étant immédiatement sous les ordres du marquis de Montcalm n'a pas osé se dispenser de les lui communiquer ; il les lui 4 apportées à minuit, On peut juger par ces instructions du système de cainpagne du marquis de Vaudreuil pour cette partie, et nous allons tâcher de le développer.

Il faut se rappeler la perte de Frontenac, coup mortel pour la colonie, encore plus par la perte des vivres et de la marine que nous avions sur le lac Ontario que par celle du fort même.

Aussi le premier objet du marquis de Vaudreuil a été de rétablir une marine sur ce lac pour s'assurer une

communication avec Niagara et les pays d’En-Haut. Mais comme il opère sur tout avec opiniâtreté et lenteur, les mois de septembre, octobre et novembre ont été en pure perte à délibérer où l’on construiroit ces barques ; et on a eu là tout l’automne des Canadiens inutiles que l’on eût pu employer à abattre des bois. Tantôt on vouloit établir la construction à Frontenac même, ensuite à la Présentatiou, enfin on s'est déterminé à l’établir à la Pointe-au-Baril, trois lieues au-dessus de la Présentation. Les ouvriers de la construction sont arrivés tard ; on n’a pu commencer qu’en décembre. Les agrès et artillerie nécessaires ont été transportés pendant l’hiver aux Cèdres. Il en résulte qu'avec plus d'activité, il y auroit eu au moins une barque en état dès l'automne, et peut-être deux. Ce poste à la Pointe-au-Baril et celui de la Présentation sont devenus de conséquence dans les circonstances, Le. commandement en a été confié à M. Bonoist, capitaine des troupes de la colonie, avec cinq officiers sous ses ordres et quatre ou cinq cents hommes, Suivant les nouvelles des sauvages les ennemis paroissent faire des dispositions, pour opérer aux premières eaux, qui peuvent avoir plus d'un objet, rétablir Chouagunen, assiéger Niagara, brûler nos barques, nous chasser de la Présentation et pénétrer dans Montréal, Sur les instances des sauvages, ce poste a été renforcé par cent cinquante hoinmes et quelques sauvages domiciliés, de sorte que, s'il faut s'en rapporter à M. le marquis de Vaudreuil qui, pour l’ordre, est mal instruit des forces qu'il croit avoir dans un poste ; il y auroit à la Pointe-au-Baril

ou à la Présentation six cents Canadiens ou soldats des troupes de la colonie et trois cents sauvages. M. Pouchot s'y rend avec cent cinquante Canadiens conduits par M. le chevalier de Repentigny. Dès que la navigation sera libre aux Cèdres, les dispositions du marquis de Vaudreuil sont d’y faire passer cent cinquante hommes des troupes de terre et cent cinquante Canadiens avec un convoi de cent bateaux chargés de l'artillerie et des agrès des barques, des munitions de guerre, vivres et marchandises nécessaires pour Niagara et les pays d’En- Haut.

Le premier article des instructions du sieur Pouchot est de diligenter la construction des barques, leur départ et commander aux deux postes de la Présentation et de la Pointe-au-Baril,

Les deux barques en état de partir, le sieur Pouchot laisse dans son commandement le sieur Benoist et va commander à Niagara, y relever le sieur de Vassan, mener avec lui quatre cent cinquante hommes, dont cent cinquante des troupes de terre, et la plus grande partie des bateaux. Il doit, suivant le marquis de Vau- site dreuil, trouver à Niagara six ou sept cents hommes qui hu y sont actuellement. Les objets de l'instruction du: marquis de Vaudreuil roulent : premièrement, sur ce que le sieur Pouchot est maître de garder toutes ses . forces à Niagara, même d'y replier celles des forts ; : Machault, la Rivière-aux-Bœufs et la Presqu'île, toutes celles qu’on y attend des Illinois, du Détroit, des Miamis, de Saint-Joseph et de la baie, ce qui forme une armée sur le papier, de trois mille hommes, dont la subsistance

en partie doit venir des Illinois et du Détroit, Avec ces forces, dont la réunion est si éloignée et si incertaine, le sieur Pouchot doit empêch r tout débarquement et par conséquent le siège, Dans le cas cependant où il se verroit furcé de soutenir un siège, il garderoit dans sa place ce qu’il jugeroit à propos pour sa défense ct feroit camper le surplus de l’antre côté de la rivière. Si au contraire le sieur Pouchot apprenoit que les ennemis ne sont pas à Chouaguen, il enverroit la plus grande partie de ses forces au sieur Des Ligneris pour que ce dernier cssayât de chasser les Anglois du fort Duquesne, car il ne faut pas renoncer à une idée aussi flatteuse, quoique aussi dénude d'apparence. Si le sieur Pouchot étant à Niagara apprenoit que les ennemis vinssent pour attaquer la colonie par le côté de la Présentation, il verroit de faire croiser ses barques pour intercepter leurs convois et couper leur communication. La seule chose raisonnable qu’il y auroit eu à prescrire au sieur Pouchot auroit été d’avoir toujours au moins une barque en station à l'entrée de la rivière de Chouaguen, seutenue par quelques petits bateaux portant du canon, Indépendamment du gigantesque qui règne dans le fond du projet de ces dispositions, on peut être assuré qu’elles manqueront toujours par la justesse des combinaisons ; elles manqueront par le fait en ce que le nombre d'hommes que le marquis de Vaudreuil y suppose ou qu’il y attend n’y arriveront pas.

Un des articles principaux de l'instruction du sieur Pouchot est d'engager les Cinq-Nations à frapper sur l’Anglois ou au moins à être neutres. La neutralité

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eût été aisée à obtenir et à conserver après la prise de Chouaguen, par une bonne conduite, De les faire déclarer contre l’Anglois est une brillant chimère dont le marquis de Vaudreuil a amusé la cour, Il y aura toujours des jeunes gens qui iront lever une on deux chevelures ; mais est-ce Ià faire déclarer les Cinq- Nations ?

Le gouverneur général, l'intendant et le munitionuaire général se donnent de grands mouvements pour rassembler des vivres. On écrit de belles lettres aux curés pour leur demander portion de leurs dimes, ou on écrit aux capitaines de la Côte; on arrête les moutures des moulins; on taxe le blé douze livres le minot. Toute taxe est toujours le vrai moyen de faire resserrer les grains et de n’en avoir pas toute la quantité que le pays en pourroit fournir, Au reste la manutention des vivres est un mystère en Canada, Les honnêtes gens n’y comprennent rien et y soupçonnent violemment abus, friponneries et malversations. Le gouverneur général aura toujours à se reprocher de n'avoir pas assez éclairé cette partie, la base de toute opération militaire,

Les habitants qui craignent une révolution commencent à ne faire aucun cas des ordonnances, monnaie du pays. On donne communément trente-six livres en papier pour un louis, cent mille livres pour une lettre de change de vingt-cinq mille écus payable en France au mois d'avril 1760. L’'intendunt a fait mettre en prison l'Acadien qui donnoit des ordonnances à cinquante pour cent de perte, Souvent les habitants ne veulent vendre leurs denrées qu'autant qu'on les leur

payeroit en argent de France, et rançonnent ceux qui ne peuvent les payer qu'avec la monnaie du pays. Ordonnance de l’intendant qui condamne à la prison, mille écus d'amende, la perte du prix, tout habitant qui dans la vente de ses denrées exigera d'être payé autrement que dans la monnaie courante du pays *,

* Les puis énormes que firent les Canadiens sur les ordonnances, à la suite de la conquête, ne justifiaient que trop leur répugnance à les accepter. Au milieu de ce chaos, c'étaient eux qui étaient les victimes vraiment à plaindre, Après leur avoir arraché de la bouche le dernier morceau de pain, on les envoyait périr sur les champs de bataille et dans de continuelles expéditions. — NoTe Du L'ÉDITEUR.

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à AVRIL AU 14 Mar 1759

Du 3 avril 1759, —. Les dernières troupes destinées à aller à la lrésentation et de là dans les pays d'En-Haut sont parties du 2 pour se rendre aux Cèdres, et l’on compte que tout s'embarquera aujourd'hui ou demain, le lac Saint-François ayant dépris de meilleure heure que dans les années ordinaires. Le marquis de Vaudreuil a remis aujourd’hui au marquis de Montcalm ses réponses au Mémoire qu'il lui avoit communiqué le £0 mars et son projet de campagne qui est différent de ce que pensoit le marquis de Montcalm, Il lui a dit en conversations que l'on s’étoit trompé dans le calcul des vivres, qu’il ne resteroit dans les magasins de Carillon, Saint-Jean et Chambly, que pour un mois de vivres à trois mille hommes et qu’il n’espéroit pas que ce qu’il avoit ramassé chez l'habitant, ce qu'il comptoit retirer des moutures et des dîmes des curés, pôût procurer davantage qu'un mois de vivres à cinq mille hommes.

Du 4 avril 1759. — Le dégel étant venu subitement, les glaces étant soulevées par l'eau, cela a occasionné un refoulement, C’étoit un spectacle à voir que celui

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des masses de glaces qui, en s'’élevant rapidement, formoient des montagnes. On entendoit un bruit considérable, Ce refoulement cst arrivé à sept heures et demie du matin ; il arrive de temps en temps et fait toujours craindre pour une partie de Montréal que l’on a bâtie trop près du fleuve, Une année il y abattit tous les murs de la ville. Il a abattu celle-ci, le château de Callières, maison à l'extrémité de Montréal appelée ainsi parce que c’étoit la maison d'habitation du gouverneur général de ce nom.

En France où il n’y a pas de fleuve aussi corsidérable, où nus grandes rivières prennent rarement, et où le dégel arrive d’une manière plus insensible, ces sortes de refoulement des glaces ne sont pas connues. Cependant Mézeray en rapporte un exemple: il dit qu’en 1608, il se forma dans le dégel par le mouvement des glacons une masse de glaces sur la Saône, à Lyon, devant l’église de l'Observance.

Du 5 avril 1759. — Le chenal de la rivière est formé ; il est ronsidérable ; mais les bordages ne permettent pas encore aux bateaux de traverser d’un bord à l’autre. On observe assez communément en Canada que, lorsque les hivers sont bien froids, les printemps arrivent de bonne heure, que la saison est communément belle, et tout au contraire quand les hivers sont plus tempérés.

Du 6 avril 1759. — Les premiers canots ont traversé de la côte du Sud à Montréal. Les glaces étant parties, la navigation est libre dans toute la partie supérieure du fleuve Saint-Laurent. Il n’en est pas de même dans la partie inférieure. C’est toujours une différence de sept à

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huit jours. Le dégel est venu cette année de bien meilleure heure qu’à l'ordinaire.

Du 7 avril 1759. — Nouvelles du fort Muchault du 2 mars; les ennemis s’y fortifient également à la rivière d’Attigué et à la Belle-Rivière ; ils ne fout aucun mouvement, Les sauvages demandent toujours du renfort

‘et ne veulent plus frapper; on n'apprend rien ni de

Niagara ni de la Présentation.

Du 11 avril 1759.— Arrivée d’un Canadien, qui vient avec une lettre du sieur de Niverville dire qu’un détachement de cent Anglois, qui a remonté trente lieues la rivière Saint-Jean, a fait six prisonniers et tué six Acadiens, et qu’on étoit fort embarrassé parce qu’on mouroit de faim, qu’on maunquoit de vivres et qu'à peine en avoit-on pour se replier. À quoi M. le marquis de Vaudreuil a répon . ’erbalement : ‘ C’est ieur faute, “ Que ne revenoient-ils ? J'ai envoyé Boishébert; j'ai “ donné des ordres. Retournez dire aux Acadiens qu'ils “ viennent à Témiscouata, qu'ils y trouveront des “ vivres ”.

Du 12 avril 1759.— Courrier des pays d’En-Hant, On se plaint à Michillimakinac de la rareté des vivres, ce qui peut nuire au projet d'en faire descendre beaucoup de sauvages. Les lettres du Détroit du 13 mars disent la même chose; celles de M. Des Ligneris, commandant au fort Machault, du 19, assurent que les Anglois se fortifient à Loyal-Hannon et sur La-Mal-Engueulée, Un petit parti de sauvages attachés aux Anglois est venu tuer deux chevaux et prendre un charretier près du fort Machault. Celles de Niagara nous font part que, suivant les Cinq-Nations, les Anglois ont déjà un

corps de cinq mille hommes à Chouaguen pour y bâtir un fort, qu’ils en veulent construire un à la baie des Goyogouins, venir assiéger Niagara, brûler nos barques, employer vingt mille hommes à ces diverses expéditions, Suivant les lettres de la Pointe-au-Baril en date du 10, nos deux nouvelles barques, appelées l’/roquoise et l'Outaouaise, doivent être lancées à l’eau et pourront partir pour Niagara vers le 20, On commence de suite à construire une troisième barque, qui sera achevée à la fin de mai, si l'ennemi en donne le temps. Nous sommes dans la plus critique situation où l’on puisse se trouver, À peine pourrons-nous mettre dix mille hommes en campagne contre au moins soixante mille, Nous manquons de munitions de guerre, et encore plus de vivres. Il y a de quoi trembler, quand on imagine que suivant M. le marquis de Vaudreuil, nous n'avons dans nos divers magasins que de quoi nourrir huit mille hommes pendant un mois, et de quoi nourrir pendant deux, le corps de troupes qui s’assemble vers Niagara à la Belle-Rivière. Il faut espérer que les Anglois nous en laisseront arriver de France; car sans cela, nous pourrions périr par le manque de vivres, sans tirer un coup de fusil.

Du 14 avril 1759. — Nouvelles de Carillon du 29 mars et 8 avril. Deux de nos partis sont rentrés avec trois chevelures et trois prisonniers ; leur rapport n’apprend rien d’intéressant sur les mouvements de l'ennemi; des dispositions pour agir de bonne heure et avec des forces supérieures, Un des prisonniers assure que les Anglois se sont emparés cet hiver de l’île de la Guadeloupe,

Du 20 avril 1759. — Nouvelles de Carillon du 13. Nuls mouvements de la part de l'ennemi. IL y a eu assez de malades au fort de Carillon cet hiver, ce qui provient peut-être du remuement des terres, c'est cependant peu en comparaison de l’Europe. Le Canada est un pays très sain.

Nouvelles de la Présentation, du 16. Nos barques en état de mettre à la voile dès le 25. Les Anglois s'assemblent auprès du fort de Bull; on n’en sait pas le nombre. Le colonel Johnson devoit tenir à Théoga un conseil avec les Cinq-Nations, M. de Villejoin, officier de la colonie, a poussé jusqu'au village des Onéyouts avec quelques sauvages de la Présentation, sur l'invitation d’Onoaroguen, chef des Cinq-Nations ; cette résolution, quel qu’en soit l'événement, ne peut partir que d'un homme de courage.

Du 28 avril 1759. — Nouvelles de la Pointe-au- Baril ; les deux corvettes ont mis à la voile le 25 avec M. Pouchot, commandant de Niagara. M. Benoist reste pour commander à la Pointe-au-Baril et à la Présentation. On continue à la Pointe-au-Baril la construction d’une troisième corvette. On y a fait un retranchement à l'abri d'un coup de main. C’est M. Pouchot qui a déterminé cet ouvrage, ainsi que de retrancher l'Ile-aux-Galops, poste en arrière à trois lieues, où l’on projette de se retirer pour défendre les rapides, si les Anglois venoient en force. Il paroît aussi que, sur les représentations de MM. Pouchot et Benoist, le marquis de Vaudreuil est convenu que le prétendu fort de la Présentation ne pourroit pas se défendre contre des forces supérieures, et qu’il faudroit l’abandonner à

l'approche des Anglois. On a établi une batterie de six pièces de canon aux retranchements de l’Ile-aux- Galops. Au reste quelque étonnement que doivent en avoir ceux qui liront ce journal, le marquis de Montcalm n’est jamais instruit de ces sortes de dispositions que par les officiers particuliers avec qui il a des relations.

Le sieur de Villejoin est de retour, n'ayant pas été plus loin que le village des Onéyouts. Les chefs l’ont assuré qu’ils avoient répondu au colonel Johnson qu’ils ne vouloient point faire la guerre à leur père Ononthio et qu’ils vouloient rester dans la neutralité, D'ailleurs nous n'avons rien appris de positif sur les mouvements des ennemis; nous voyons seulement qu'ils n’apportent pas dans cette partie la diligence que sembloient annoncer les nouvelles du mois de février.

Le grand Onontagué de la Présentation, dont il a été parlé aux articles des 26, 27 et 28 avril 1757, continuant à être vu de mauvais œil par les sauvages de la Présentation, et s'étant jalousé pour la médaille que M. le marquis de Vaudreuil lui avoit donnée, sans la participation des chefs et l'avis de l'abbé Piquet, a remis de lui-même sa médaille, assurant cependant qu’il resteroit toujours attaché à Ononthio. Il est parti pour aller en guerre,

Du 1° mai 1759. — Le saint évêque de Québec vient de donner un mandement pour ordonner des prières publiques, pour demander à Dieu notre conversion et nous corriger de nos péchés, vrai moyen d'obtenir du ciel la bénédiction des armes, Le saint évêque auroit dû se dispenser d’y parler des mascarades indécentes

qu'il prétend y avoir eues cet hiver à Québec, comme celle de s'être masqué en religieuse et en évêque, et d’une maison de prostitution qu'il assure être établie près du rempart de Québec. Il auroit dû aussi entrer dans moins de détails sur le danger où est la colonie. Il est inutile d'apprendre aux simples habitants que les Anglois ont au moins six fois plus de troupes que nous, et qu'ils peuvent envahir le Canada par quatre côtés.

On a appris par la voie de l’Acadie que la goélette la

Sérieuse, partie le 21 novembre de Québec, avoit fait

naufrage vers le cap Nord. L’équipage s’est sauvé à trois ou quatre hommes près qui ont péri. Suivant une lettre du sieur de Richerville, qui est détaché en Acadie, il y a sept cent vingt-deux Acadiens de rassemblés qui sont accablés de misère, et sur le compte desquels le marquis de Montcalm n’est pas plus instruit du parti que prendra M. le marquis de Vaudreuil qu’un simple particulier.

Du 2 mai 1759. — Nouvelles de Carillon du 27. Suivant la déposition de deux prisonniers anglois, les ennemis ne font encore aucun mouvement. Les bruits qui courent chez eux sont qu’ils nous ont pris la Martinique et la Guadeloupe, qu'il est question de suspension d'armes, que, si la campagne a lieu, les grandes entreprises seront par le côté de Québec et celui du lac Ontario, et que leurs troupes s’assembleront au fort Stanwix ; c’est le nom qu'ils ont donné à leur ancien fort de Bull, depuis qu’ils l'ont établi. Le général anglois Ambherst est allé en Pensylvanie et devoit

revenir à Boston pour l’'embarquement des troupes qui do: :: à agir du côté de Québec.

Du 6 mai 1759. — Arrivée d'un courrier extraordinaire de Québec pour informer de l'évasion du sieur Robert Stobo, otage pour le fort de la Nécessité, condamné à avoir la tête tranchée au mois de novembre 1756. Voir le Journal de la dite année). Il s’est en allé avec ün officier de la Nouvelle-Angleterre et trois ou quatre a: 5'vis. On a promis aille écus de récomvense à ceux qui le remèneroient; on auroit dû lui donne: moins de liberté, surtout après avoir essayé deux fois &: se ‘sauver Mais la police sur le fait des prisonniers anglois 3 coui'. été aussi mauvaise que l'administration l’est en génézal.

Du 10 mai 1759, — Il est arrivé hier deux prisonniers de Carillon ; leurs nouvelles sont à peu près les mêmes que celles des précédents, et cependant il parottroit par la déposition de ceux-ci qu’il commence à y avoir “u mouvement parmi les troupes angloises.

M. de Bourlamaque est parti ce matin pour prendre le commandement à Carillon d’un corps qui sera rassemblé vers le 20, Ce corps sera composé du bataillon de la Reine, des deux bataillons de Berry, de douze cents hommes de troupes de la colonie, la plus grande partie Canadiens de Québec.

Faits * particuliers omis d’être rapportés à leur place :

On fait mouvoir les blés et farines en poste par défaut de prévoyance,

* Ce qui va suivre est de la main de Montcalm,

On fait conduire des blés de Chambly auprès de Québec pour les ramener à Chambly afin de fournir exclusivement le moulin de M. de Méloise, frère de M°° Péan.

On fait acheter par un quidam une prise angloise sept cent mille livres; huit jours après le Roi lu rachète deux willions cent mille livres.

MM. le chevalier de Repentigny et de Saint-Sauveur, secrétaire du général, achètent pour cinquante mille écus de marchandises, qui, envoyées à la Belle-Rivière, doivent produire un million en certificats. On est alarmé pour la Belle-Rivière ; on les fait reprendre au Roi avec cent cinquante pour cent de bénéfice. Nora. — On avoit écrit au commencement de l'hiver n'avoir besoin de rien.

On grossit les forces et les armes pour faire croire à la cour que le munitionnaire nourrit plus de monde,

On dénature les dépenses ; on enfile le chapitre de celles des terres ; c’est facile. T'ordonnance du prêteur suffit pour tout mettre en règle, et quel prêteur ! Verrès en Sicile ou le Marius dont parle Juvénal. Prorincia victriæ ploras ! Marius eœul bibit ab octavu. En effet, l'intendant vit dans les délices, et son sérail, ses adhérents regorgent de biens et de faveurs,

Ceux proposés à la levée des grains en font de particulières pour eux et gagnent à revendre. Les marchandises qui vont dans les pays d'En-Haut sont vendues trois ou quatre fois au Roi.

Des Chenaux, secrétaire de l’intendant reprend à perte les billets de l’Acadie, qu’on fait semblant de refuser, sans fils d’un cordonnier, enlève tous les

souliers de la ville, les fait monter à un prix exorbitant pour les revendre à ce prix courant au Roi.

Le sieur de Lusignan, lieutenant d'artillerie, mais beau-frère de M"° Péan, a l’entreprise du bois du Roi. Perdu par le prix exorbitant et le peu d'ordre, il dit : Fourni tant sans rapporter de reçu, au moyen de quoi on supposera que M. le marquis de Montcalm et autres eu cnt brûlé inconsidérément; mais, par ce désordre, on chauffe aux dépens du Roi les protégés, et on remplace les lacunes occasionnées par le jeu à M. de Lusignan.

Transports de Chambly à Carillon, à Misrole, coûtent trente sols; mais le Mercier, la Bruyère, son beaufrère, etc., ont part; ce sont les parents et les protégés de M”° Péan.

Les maisons que le Roi loue pour les officiers principaux, prétexte pour enrichir le secrétaire, la sage-femme de M°° Péan, etc...: loyers chers, réparations enflées ou imaginaires, entretiens sans consulter ceux qui les habitent, représentations inutiles.

Le ramoneur du Roi, place importante (ci-devant soldat dans Guyenne) comme les autres, est surpris de voir qu’on lui refuse dans la maison du marquis de Montcalm de signer un certificat pour vingt-quatre cheminées au lieu de douze. Il y a ici un poélier du Roi. C'est-à-dire un homme qui met les poêles en place et les ôte; un vitrier colleur du Roi. Pourvu que le sacré nom et respectable du Roi soit joint à un titre quelconque, charpentier, forgeron, etc., on est assuré de voir une fortune rapide et de trouver un fripon.

MM. Mercier et Péan, entrepreneurs sous des noms

supposés, des cajeux à faire, en ont eu l’adjudication à quatre cents livres; ils coûtent trente livres,

On a fait faire à Québec et venir en poste les bâtons de tentes et piquets à distribuer aux bataillons du gouvernement de Montréal, Il y a quelques années que les rames à distribuer à Saint-Jean furent faites à Sainte- Anne, entreprise donnée au sieur X..., Varin étoit de part ; il l’étoit à tout et aux drogues fournies par Feltz, soldatfrater devenu chirurgien, gagnant deux cent mille

livres. On seroit toujours la plume à la main à décrire .

toutes les friponneries, 0 tempora ! O mores ! L'esprit de monopole est si universel que cet hiver il a été fait un amas immense de poisson (en Canada, on a la facilité, à cause des gelées, de garder du poisson trois mois) pour les tables privilegiées de l’intendant et du munitionnaire, Le surplus se vendoit trois francs la livre. On pêche toutes les années de la petite morue auprès de Québec, poisson de passage, abondante nourriture du pauvre et du bourgeois, commode pour qui ne veut payer du beau poisson un écu, Les pêcheurs de petite morue cessèrent leurs pêches; les uns furent employés à autres choses, les autres commandés, hasard ou non; car l’avidité a rendu les Ralig, les Coban, les Cécile si ingénieux, si adroits, que tout paroît suspect et que les démarches qui ont le plus l’air d’être faites au hasard, masquent souvent un monopole. Une grande dame des plus riches a commencé sa fortune en enlevant œufs et gibier dans les campagnes pour revendre. Que l’ami de l’homme a raison de dire: Commerce exclusif, monopole dans toute sa pompe. En parlant des colonies françoises, Braddock se plaignoit dans ses

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dépêches des colonies angloises et n’y avoit trouvé que Benjamin Franklin d’honnête homine, Cependant quelle différence dans l'administration! Quel encouragement pour la population, l'agriculture, le commerce ! L'autorité y est peut-être trop républicaine, ce qui a embarrassé les généraux anglois pour l’activité des opérations militaires, Et, dans nos colonies, elle réside dans deux, quasi dans un seul: (l'intendant) ; elle est trop arbitraire et despotique et indépendante des règles établies dans la métropole,

On a peine à comprendre l'emploi et la consommation des farines arrivées de Frauce et encore plus les manœuvres pour avoir des grains de l'habitant, On envoie cinq cents quarts qui étoient à Lachine pour la subsistance de Québec en janvier, objet de dépense pour le Roi; et on fait descendre (sic) en mai, sans qu’il

.soit arrivé de nouvelles farines, trois cent cinquante quarts de Québec à Lachine.

Tout est monopole. On lève en taxant du blé pour le Roi; les leveurs en lèvent partie pour eux et revendent,

Du 11 mai 1759. — Départ du courrier pour porter à Québec les dépêches de la cour qui doivent partir par un bateau appelé ie Canadien *.

Arrivée de M. de Vassan qui nous apporte des nouvelles de Niagara en date du 4 mai, des nouvelles du fort de Machault en date du 18, 19 et 22 avril. Du

* [ci finit l’autographe de Montcalm,

Détroit, on ignore la date ; de Saint-Joseph en date du 19 mars : En voici le précis :

Nos barques sont bonnes voilières; la troisième qui se construit à la Pointe-au-Baril, pourra être prête dans un mois. Suivant les nouvelles des Tsonnonthouans, d'après une conversation avec le colonel Johnson, les grandes opérations seroient pour la partie de Carillon, et peut-être pour celle de Québec. Le retour d’un parti envoyé par M. Pouchot vers le fort de Bull, autrement Stanwix, l'instruira mieux et le déterminera s’il n’y a rien à craindre pour Niagara à renforcer M. Des Ligneris, Suivant ce dernier les dispositions des sauvages sont toujours bonnes ; ils viennent en effet d’en donner des preuves : des Outaouais et des Hurons du Détroit ont défait un parti anglois de cinquante hommes. Les Loups et Chaouénons ont défait une berge angloise qui faisoit l’avant-garde d’un corps de quatre à cinq cents Anglois qui venoit au fort Machault et qui s’en est retourné. Si les diverses dépositions de ces prisonniers sont exactes, il y a eu, après la prise du fort Duquesne, beaucoup de maladies dans leurs armées, Même suivant quelques-uns, le général Forbes seroit mort. Les Anglois auroient trois cents hommes au fort Duquesne, environ deux cents à Loyal - Hannon; ils retireroient leurs troupes réglées, n’auroient que des milices. Suivant tous ces prisonniers, l’objet principal de l'ennemi doit être cette campagne, Carillon et Québec, et se tenir sur la défensive du côté de la Belle-Rivière, ils annoncent aussi un établissement de trois cents familles allemandes pour l’année prochaine ; mais les Anglois sont trop sages pour songer à cet établissement avant la paix. Au reste,

cette nouvelle répandue parmi les sauvages et divulguée par nous dans un conseil, les indispose contre l’Auglois, leur prouve qu'ils ont envie d'usurper leurs terres,

Le sieur Hertel, enseigne des troupes de la colonie, qui commande à Chatakoui, a envoyé des Têtes-Plates faisant pour eux et pour les Chats qui se plaignent de trahisons de l’Anglois ; ils paroissent vouloir prendre la hache de leur père le François ; ils se plaignent qu'ils n'ont pas entendu yarler de nous depuis un collier envoyé il y a deux ans par M. Dumuys, commandant du Détroit, Au reste, comme ces parules ne sont portées que par deux Têtes-Plates que le hasard pent avoir conduits chez le sieur Hertel qui habite chez les Chaouéuons, il faut attendre si c'est le vœu général de leur nation; mais cela donne toujours occasion d’y renvoyer un collier,

M. de Bellestre écrit du Détroit qu’on ne doit pas en attendre de grands secours; il ne paroît pas encore en mouvement.

On n'a aucune nouvelle du convoi des Illinois. Par la déposition d’un des prisonnie:s fait à la Belle-Rivière, les Anglois voudroient tenter quelque chose par la rivière des Chérokis sur un fort que nous avons dans cette partie, Ils ont aussi de la peine à lever du monde en Virginie. A la vérité cette déposition est la seule qui parle ainsi, les autres n’en disent mot,

On dit M. de Langlade en marche avec beaucoup de sauvages du côté de Michillimakinac pour se rendre, dit-on, de nos côtés.

Nouvelles de Saint-Joseph, M. Le Verrier, qui y commande, attendoit avec impatience le retour des

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sauvages qui avoient été en chasse, pour les envoyer conformément aux ordres de M, le marquis de Vaudreuil,

Un de ces prisonniers, interrogé ici, n parlé d'une révolte de sauvages qui avoisinent la Carvline, et que l'on a fait marcher les troupes réglées qui sont au fort Duquesne,

Du 14 mai 1759. — Arrivée de M. de Bougainville, le 10, de Québec. 11 nous a donné les premières nonvelles de France et a apporté les expéditions concernant nos troupes, et les grâces du Roi, qui a eu la bonté de

me faire lieutenant général, le 20 octobre de l’année dernière,

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