‹ Journal du marquis de Montcalm durant ses campagnes en Canada de 1756 à 1759 [microforme]Chapitre 49 sur 52 · CAMPAGNE DE L'ANNÉE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE L'ANNÉE

I] falloit sans doute une secousse violente pour tirer M. le marquis de Vaudreuil et ses conseils du profond sommeil où ils ont toujours paru plongés. Les avis de M. le marquis de Montcalm, toujours bons, n’avoient rien opéré sur ces âmes endormies, depuis son arrivée en Canada. Les Anglois attachés à pénétrer dans la colonie par le lac Saint-Sacrement y trouvèrent une résistance à laquelle ils ne s’attendoient pas, et bornèrent leurs opérations à la prise du fort de Frontenac alors sans défense par la faute du gouverneur général. Ils le rasèrent et évacuèrent avec autant de précipitation que s'ils avoient dû craindre quelques mouvements de sa part.

M. le marquis de Montcalm avoit été reconnoître il y a deux ans la côte du sud du fleuve Saint-Laurent, avoit projeté une batterie au Cap-Tourmente et, parcourant toute cette côte, avoit fait un plan pour la défense de la paroisse de Beauport, comme le seul endroit où l'ennemi peut et doit faire sa descente. Il engagea le marquis de Vaudreuil à y faire travailler dans tous les instants qui ne seroient pas employés ailleurs et cette

année il a redoublé ses instances au moment de la fonte des glaces; mais malheureusement l’indolence à encore triomphé des conseils les plus salutaires et il n’y a rien de commencé, La nécessité des redoutes proposées dans cette partie auroit dû paroître d'autant plus pressante que la ville de Québec n’est pas, il faut l'avouer, à l'abri d’un coup de main, La situation auroit dû inspirer à tout autre ingenieur que M. de Léry des ressources admirables pour en faire une bonne place; mais il semble qu'il s’est attaché, en dépensant des sommes immenses, à détruire les avantages que la nature avoit prodigués à sa situation. M. de Pontleroy, qui n’auroit dû trouver que des ressources et de l’encouragement: n’a rencontré que des obstacles * et est contraint aujourd'hui de fermer la ville avec des palissades jointes et crénelées de trois en trois pieds.

Telle est aujourd’hui notre situation, et elle étoit bien plus cruelle le 9 de ce mois Mais M. de Bougainville, qui arrivoit de France nous annonça dix-sept navires conduits par M. Canon. Il partit le lendemain matin pour porter à Montréal les dépêches de la cour, qui ne doutoit pas des efforts que feroient les ennemis pour s'emparer de la colonie. Elle pressoit M. de Montcalm de prendre les plus promptes mesures pour s'opposer

* Cet avancé de Montcalm, aveuglé par sa haine contre Vaudreuil, est formellement dottredit par Pontleroy : ‘ Le marquis de Vaudreuil m'a laissé le maître de faire ce que je jugerais nécessaire. Je vais, ajoute-t-il à M. de Moras, faire travailler à l'indispensable en attendant vos ordres ”.— Lettre au ministre, 15 mai 1758.— NOTE DE L'ÉDITEUR.

au projet des Anglois sur Québec. On exhortoit à sacrifier quelques parties pour sauver le fonds et éviter une capitulation générale pour le pays, où il falloit faire les derniers efforts pour se conserver même dans un cercle plus étroit. Ces avis furent communiqués à M. le marquis de Vaudreuil que M. le marquis de Montcalm pressa à son ordinaire, demandant à descendre sur-le-champ à Québec afin de pourvoir à la défense du dehors, étant impossible de tirer parti du dedans. Tout fut inutile jusqu’au moment où, M. le marquis de Vaudreuil ayant reçu les mêmes avis de la cour, il lui permet enfin de partir de Montréal le 21, pour se rendre à Québec, où il arriva le 22 à sept heures du soir. Il eut sur-le-champ une conférence avec Monsieur l’intendant, dont il ne résulte autre chose, sinon qu'il n’y avoit rien de prêt.

Le 23 mai arrivèrent cinq navires par lesquels on apprit qu’une partie de la flotte angloise étoit mouillée à Saint-Barnabé, à soixante-dix-huit lieues de Québec environ, On tint un conseil le matin chez Monsieur l'intendant, et l’après-midi on y assembla tous les capitaines de frégates ou navires avec les officiers de port, pour les exhorter à concourir avec les troupes à la défense du pays, tant par des expéditions maritimes qu’en fournissant aux travaux du génie et de l'artillerie une partie de leurs matelots, au nombre de trois cents, qu’on employa le lendemain à construire des lignes sur le bord de la rivière Saint-Charles sous la direction de M. de Caire, ingénieur arrivé avec MM. Fournier et de Robert du même corps, deux jours auparavant. Il fut proposé à cette assemblée de barrer la Traverse en y coulant dix

des plus gros navires, Le sieur Duclos, capitaine de la Schésime, se chargea de faire construire une batterie flottante, le sieur Canon d'aller savoir des nouvelles de l'ennemi, et le sieur Légris d’aller pour le même objet à Halifax avec un bateau armé de douze hommes, On proposa aussi des batteries aux caps Tourmente et Brûlé.

À minuit confirmation de l'approche des ennemis par les signaux convenus et un courrier dépêché par M. de Léry, qui avoit été envoyé en bas pour donner des nouvelles. Dépêches à M. le marquis de Vaudreuil et des ordres pour faire descendre les troupes qui avoient passé l’hiver dans les gouvernements des Trois-Rivières et de Montréal, ainsi que pour faire retirer dans les profondeurs des bois, les femmes, les enfants et les bestiaux du bas de la rivière. Nouveaux embarras pour la défense de Québec, n’y ayant rien de fait et point de ressources pour faire ; suite nécessaire de la prodigieuse sécurité de M. le marquis de Vaudreuil. Il faut, pour en avoir idée, consulter les registres de M. de Pontleréy, ses lettres et les réponses de M. le marquis de Vaudreuil. Pauvre Canada ! la cour a été informée trop tard que M. le marquis de Montcalm, notre défenseur, n’avoit pas autant d'accès dans le cabinet de votre gouverneur que le dernier sous-lieutenant de l’armée. Eclairée sur u: fait aussi vrai que peu vraisemblable, elle y a mis ordre, Puisse-t-il n’être pas trop tard ! On auroit pu prévenir le mal, et peut-être est-il incurable !

Le courrier de M. de Lérÿy empêcha MM. Canon et Legris d'aller à la découverte de l'ennemi, On a envoyé

M. de Courval à l’Ile-aux-Coudres pour y seconder

M. de la Naudière chargé de faire manœuvrer les cajeux.

Le 24 mai 1759. — Départ des officiers prisonniers anglois pour les Trois-Rivières, Ordre à M. de Bourlamaque d'offrir et de demander à M. Amherst l'exécution du cartel du 6 février pour l'échange des prisonniers, Ce cartel regarde uniquement les troupes de terre et doit avoir son exécution dans quelque partie du monde que ce soit. M. de Laubara, qui commandoit l’année dernière le vaisseau l’ Aigle, est parti avec cinq officiers et quatre-vingt-dix matelots pour aller commander les trois chebecs que nous avons sur le lac Champlain. M. Pellegrin, capitaine de port, a été envoyé pour ôter les balises de la traverse et y en substituer de fausses. Arrive un courrier qui détaille la force des Anglois : quinze voiles, savoir: trois vaisseaux de soixante, un de quarante, quatre frégates, une gabare, deux grandes péniches, deux canots, et deux bateaux.

M. le marquis de Vaudreuil est arrivé ce soir avec M. Le Mercier, Tous les ordres donnés par M. le marquis de Montcalm ont été confirmés. On le consulte à présent. Est-ce confiance ? Est-ce besoin ?

Le 25 mai, — Assemblée des capitaines de frégates et de navires chez M. le marquis de Vaudreuil auxquels il fut ordonné ainsi qu’à tous ceux qui sont chargés de quelques détails, de se trouver tous les soirs au château à cinq heures du soir, pour y prendre l’ordre du lendemain.

MM. de Bougainville et de Pontleroy sont partis pour parcourir l’Ile-d'Orléans, afin de voir sil étoit possible d’y opposer quelque obstacle à l'ennemi, Con-

tinuation des travaux, lentement, peu de bras. Les vingt-cinq canonniers et les deux sergents du corps royal d'artillerie arrivant ont été incorporés dans l’artillerie de la colonie, pour un temps seulement. Ordre aux habitants de la Basse-Ville d’abattre les hangars qu'ils avoient sur les quais, afin d’y pouvoir construire les batteries projetées depuis deux ans. Ces batteries, appuyées à des maisons qui bordent le fleuve, sercnt d'un service difficile, attendu que l'ennemi pourroit faire écrouler les maisons sur le canon et le canonnier.

Le 26 mai 1759.—Arrivée d’ua courrier de M. de Léry pour annoncer que les sauvages assurent avoir vu cinquante ou soixante voiles #1 Bic et dix à l’Ile- Verte. Cet événement, auquel on € ‘’oit s'attendre, jette l’effroi dans le peuple qui maudit de graad cœur son gouverneur et sa manière de gouverner. Retour de MM. de Bougainville et Pontleroy. Rien à faire à l’Ile-d’'Orléans, non plus qu’à la Traverse, qui a près de sept cents toises, sur le rapport de M. Pellegrin. Vent de nord-est viclent aussi favorable à l'ennemi que contraire à nos bataillons que nous attendons d'En-Haut. Décidé qu'on ne perdroit pas un moment pour décharger et armer les frégates, l’Atalante, la Pomone, le Machault et le Maréchal-de-Senneterre, pour les employer au besoin et que l’on prépareroit une goélette, deux bateaux et les navires l'Ambassadeur, les Quatre- Frères, l'Américain, l’'Angélique et la Toison-d'Or pour faire huit brûlots, et que le surplus des bâtiments monteroit tont chargé jusqu'aux Trois-Rivières pour y servir de magasin pour les vivres et la poudre,

Le 27 mai 1759, — Nouvelles de M. de Léry. Quinze navires à l’Ile-aux-Pommes et quatre par le travers du cap Mouraska.

Retour de M. Courval; impossible de tirer parti de l’Ile-aux-Coudres ; pas assez de temps. Les cajeux de nulle utilité ; grande dépense ; mais ils ont été faits par entreprise et par protégés.

Cette observation pourroit avoir lieu pour tous les objets de dépenses possibles, excepté ceux qui sont de la partie de M. de Pontleroy, où il mettra de l’ordre quelque effort que l’on ait fait pour l’en empêcher.

Deux courriers dépêchés à M. de la Naudière pour le

faire replier à sa grande satisfaction. M. de Bougainville a fait une tournée à Beauport pour reconnoître cette partie. La petite rivière du même nom et celle de Saint-Charles. Le régiment de Languedoc, contrarié par le nord-est, arrive en détail, cent Canadiens arrivés ; les uns et les autres campés à Saint-Roch pour être à portée des travaux. On a fixé à l'ordre le tarif des journées : chefs d'atelier et piqueurs, cinquante sols ; ouvriers, quarante ; journaliers, trente avec la ration de vivres, déterminée à une livre un quart de pain, et demilivre de lard. M. de Courval chargé des cajeux, et MM. de Savournin et de Louche des brûlots. Continuation des travaux pour les rades, fortifications et artillerie,

M. de Pontleroy a reconnu et déterminé deux points dans la rivière Saint-Charles pour y échouer, deux vaisseaux qui formeront deux batteries fort utiles.

Le 28 mai 1759. — Onze voiles à la Prairie * à quinze

* C'est le nom du mouillage, sur la côte nord de l’Ile-aux- Coudres,

lieues de Québec, Le vent nord-est violent et continu, De Carillon: dix mille hommes à Lydius, vieilles troupes et dix mille nationaux. M. de Louvicourt s'est bien acquitté de la commission dont il avoit été chargé. Il a détruit sur le lac Saint-Sacrement une redoute flottante et plusieurs bateaux, a rapporté à Carillon plusieurs outils, du fer et de l'acier. Résolution prise à l'ordre d'établir à barbette les batteries qui environnent la Basse-Ville, J'ai été chargé de cette partie ; il y aura quarante-cinq pièces de canon, autant en haut avec neuf mortiers, mais tout cela n'empêche pas le débarquement à Beauport qui doit être l’objet essentiel.

Nora. — Les grands travaux effrayant, dans la crainte de ne pas finir on ne commence rien. Il étoit indispensable de construire les batteries de la Basse- Ville ; mais il falloit faire venir la terre de fort loin. En proposant des barbettes, on a mis l'ouvrage en train et il a été fini comme il devoit l'être, J'ai retranché le quai de la construction avec les bois qui s’y sont trouvés et fait une bonne place d'armes, la seule qui soit à Québec. Il falloit ou raser la Basse-Ville et l’abandonner, ou y construire les batteries avec des épaulements très hauts, Je l'ai toujours pensé même en proposant les barbettes, qui auroient été aussi ridicules là que sur les remparts de l'évêché où les pièces ne sont convertes que d’une genouillère de pierres très basse, et peu épaisse, batterie bien dangereuse pour le canon et ceux qui doivent le servir. Il y a deux ans que j'en ai dit mon avis pour la première fois. Les barbettes sont si fort à la mode,

t conrieilles t s'est hargé.

doute arillon prise à >Jnnent sy n haut pas le essen-

crainte indis- Ville ; n proetila le quai ivés et uébec.

ou y hauts.

bettes, mparts d’une atterie ent le pour mode,

que M. Jacquot a établi les mortiers de cette manière. Risum teneatis amicti.

M. le marquis de Vaud:euil disoit ce matin à propos de quelque précaution: “ Rien ne presse”. L'avantgarde ennemie n’est pourtant pas loin, On presse les brûlots et les manœuvres de la rade, autant que les circonstances peuvent le permettre. Languedoc presque tout entier est arrivé,

Le 28 mai 1759, — Matin, lettres de M. de la Naudière; même nombre de voiles à la Prairie,

A onze heures du matin, M. le chevalier de Lévis et le major gér:cral arrivent avec la tête des bataillons qui a fait plus de diligence que le temps n’en faisoit espérer, La disette du bois et la nécessité de les camper près des travaux ont empêché d’asseoir leur camp dès ce soir. M. le chevalier de Lévis le fixera demain. Deux miliciens du détachement de M. de la Naudière arrivent ce soir, Les ennemis descendent et se promènent à l’Ileaux-Coudres, Ils ont trouvé deux canots d’écorce qu'ils ont brisés, ainsi que les débris des cajeux. On a parlé d'envoyer un petit parti pour faire un prisonnier, Notre monde commence à s’assembler, Décidé qu'on s’occuperoit sans relâche à construire un pont sur la rivière Saint-Charles, dont la tête sera retranchée,

M. le marquis de Vaudreuil nous a dit à dîner que les Canadiens à droite, les sauvages à gauche, et les François au centre, les Anglois seroient sûrement battus. Amen. Mais il n’y a point de bois sur cette côte et il seroit nécessaire qu'il y en eût.

M. Pellegrin doit partir demain pour établir des signaux, qui ra les mouvements de l'ennemi,

M. Fournier, ingénieur nouvellement arrivé, est destiné pour aller retrancher l’Ile-aux-Noix dans le lac Champlain. C’est le lieu de retraite de M. de Bourlamaque, lorsqu'il évacuera Carillon et la Pointe, après avoir fait sauter ces deux forts.

Du 30 mai 1759. — Rien de nouveau sur la position des ennemis et le nombre de leurs voiles. Les pluies continuelles retardent les travaux, Les bataillons arrivent et seront campés au-dessus de l’Hôpital-Général, Nous avons environ ciuq cents Canadiens et une centaine de sauvages de différentes nations, Trois Acadiens et un François, prisonniers de Beauséjour, se sont sauvés de Boston le 5 de ce mois et sont arrivés aujourd'hui par les terres. Ils rapportent que les Anglois destinent soixante mille hommes à l'invasion du Canada en les répartissant à la Belle-Rivière, Niagara, Carillon et le bas du fleuve, La disette s'est fait sentir chez eux, et la milice paroît fort découragée, On y a enrôlé des enfants à coups de bâton, qui désertent quand ils peuvent. Ils ajoutent que le bruit se répandoit qu’une escadre françoise qui s’étoit rendue heureusement à la Martinique, avoit défait un convoi de la Vieille-Angleterre, destiné pour la Nouvelle, Nos navires de Bordeaux nous avoient dit la même chose, et que c'étoit M. de Bompard qui commandoit cette escadre. On a longtemps débattu si on armeroit quatre frégates pour nuire à l'approche de l'ennemi par quelques mouvements, ou si elles monteroient aux Trois-Rivières avec les navires chargés de vivres; on n’a rien décidé, Mémoire présenté à M. le marquis de Montcalm par M. de Pontleroy qui prouve que la Basse-Ville nous nuisant plus qu'elle

estiné Jham- \aque,

ir fait

Jsition pluies 8 arriénéral.

e cenadiens sauvés ard'hui stinent en les n et le Z OUX, enrôlé Land ils qu'une t à la Anglerdeaux M. de gtemps uire à

s, ou si navires re préntleroy qu'elle

ne peut nous servir, il seroit à propos de l'abandonner, ou du moins de n’y pas employer à des travaux inutiles des bras qui seroient plus nécessaires ailleurs, Mon avis seroit bien de l’évacuer, de fermer la Haute-Ville, et de ne s'occuper qu’à recevoir l'ennemi à sa descente, M. Jacquot employé à construire le pont sur la rivière Saint-Charles s'est opiniâtrement obstiné à le placer ailleurs qu'on ne l’avoit résolu, de manière que, pour éviter les discussions qui tirent toujours à conséquence, quand il s’agit d'opérer avec célérité, M. de Caire a augmenté son ouvrage pour couvrir ce pont,

Du 31 mai 1759, — M. le marquis de Montcalm a parcouru la côte de Beauport, On nous promet deux brûlots pour après-demain. Nous avous éprouvé une chemise souffrée qui a très bien réussi, On n’a pas encoré décidé la question des frégates. A l'assemblée, on y propose beaucoup et on y résout rien. M. le marquis de Montcalm a fort pressé pour qu'on finisse une partie, avant d'en entreprendre une autre, et a donné un ordre par écrit pour la place, les dehors et la rade, Notre camp s’augmente sensiblement, La situation de l'ennemi la même, M. de Richerville est parti avec un détachement de cent quatre-vingts hommes, Canadiens et sauvages, pour tâcher de faire un prisonnier à l’Ile-aux-Coudres.

* juin 1759.— Un bâtiment chargé de vivres expédié pour le Canada, a été forcé de relâcher à Gaspé, où le mauvais temps l’a empêché d'entrer malgré plusieurs tentatives, la mer empirant tous les jours, et a relâché à Saint-Domingue d'où on l’a envoyé à la

Louisiane, afin de faire passer de là par les Illinois les dépêches dont il étoit chargé.

Le courrier des Illinois arrive aujourd'hui avec des remercîments des ministres à nos généraux sur la dernière campagne et l'affaire du 8 juillet 1758,

Des connoissances de M. le marquis de Montcalm lui font compliment sur le grade de lieutenant général que le Roi lui a accordé, L'affaire du 8 étoit sue à Paris avant l’arrivée de M. Péan, et l'on en fit imprimer au Louvre la relation telle que milord Abercromby l’avoit envoyée en Angleterre, La Louisiane que la disette faisoit souffrir, a reçu des secours considérables, M. Pouchot mande de Niagara que les Cinq-Nations y paroissent bien disposées, qu'il lui arrive tous les jours des sauvages en grande quantité qui paroissent aises qu'on ait changé le commandant de cette place. 11 croit qu'il n’y a rien du tout à craindre pour cette jartie, mais que tout l'effort des ennemis se portera sur Carillon et Québec. Il y a bien à craindre que M. Pouchot, caressé dans le cabinet de M. le marquis de Vaudreuil, n’en ait pris la sécurité. Il est parti pour Niagara pénétré du faux principe qu’il n’y avoit rien à craindre et qu'on pouvoit envoyer deux mille hommes à la Belle-Rivière, Ia été séduit, et les séducteurs n'ont d'autre objet que leur propre intérêt, et de continuer à gagner de l'argent lorsqu'ils opinent à reconquérir la Belle- Rivière, Deux officiers de marine envoyés pour recon noître la qualité des vaisseaux ennemis, ont rap} contre ce qu’en disoit M. de la Naudièr:

avoit un de quatre-vingt-dix canons et 1 pas ü frégates de trente à quarante, comme on , avoit cru

is les

ce des a der-

1m lui al que Paris ler au l'avoit disette . Pouparoisrs des qu'on it qu'il ais que on et caressé ’en ait tré du qu'on iviére, : objet ner de Belle-

recon

it cru

dans l'éloignement ; mais ceux-ci s'en sont approchés et ont bien vu, M, de Lotbinière fait un pont sur la rivière du Cap-Rouge, il faut bien avoir des communications par en haut puisque nous devons tirer de là nos subsistances, Monsieur l’intendant m'a dit que nous aurions ici quinze mille hommes, tout dépend de saisir le point et le moment du débarquement, Le conseil toujours orageux ; on a cependant pris un parti sur notre marine, Les navires chargés de vivres monteront aux Trois-Rivières, deux frégates à portée pour veiller à leur sûreté et nos deux frégates du Roi mouilleront à l’Ansedes-Mères avec une partie de leur équipage, pour empêcher que les ennemis ne tendent d'y descendre, Le surplus de leur monde sera attaché au service de l'artillerie, M. de Chassignol arrive de Carillon cette après-midi; il paroît qu'il a brigué la commission. M. de Bourlamaque envoie à M. le marquis de Montcalm la déposition d’un prisonnier fait le 27 mai par M. de Langy, officier de distinction de la colonie, et qui s’est toujours acquitté avec autant de bravoure que de prudence des missions dont il a été chargé. On parle de rebâtir Chouaguen. Le général Amherst, venu à Orange, retourné à la Nouvelle-York, attendu incessamment pour prendre le commandement de l’armée, Il assure l'expédition sur Carillon; les troupes qui montent à Lydius sont en mouvement, portant vivres, provisions et bateaux en proportion. Ils comptent sur cinq cents sauvages ormaïgans et agniers ; le général Johnson en a beaucoup, ci-devant François. Il dit qu'on viendra à Carillon par le lac Saint-Sacrement. Trois à quatre mille bateaux dans la rivière d'Orange,

et à Albany beaucoup d’Artillerie pour cette opération. Projet de s'établir à la Belle-Rivière. Le général Wolfe attendu de la Vieille- Angleterre pour l'expédition de Québec. Suivaut ce prisonnier, moins de milices que l’année dernière par la difficulté d’en trouver, découragées d'ailleurs par le combat du 8 juillet dernier. Combinaisons de marche pour les différentes opérations. Résolu qu'on exerceroit deux cents chevaux sous les ordres de M. de la Rochebeaucour. M. le marquis de Vaudreuil aussi tranquille que si l’ennemi r’étoit pas à toutes nos portes.

Du 2 juin 1759.— Les bras augmentent, les opérations de la marine vont leur train, brûlots, diables, carcassières, etc. Les travaux de l'artillerie trop étendus peut-être, mais le désarmement entier ou en partie des frégates lui fournira du monde, beaucoup de choses proposées au conseil mais à l'ordinaire, tout s’est passé en conversation.

Point de nouvelles aujourd’hui de l’escadre angloise, 11 me semble qu’'étant si près de nous il seroit facile d’en avoir tous les jours. Coupure flanquée pour séparer la Haute-Ville commencée. Les habitations de l'Iled'Orléans l’abandonnent ; on y trouve vingt mille minots de blé, S'il y en a partout ailleurs en proportion, pourquoi, depuis deux ans, le peuple meurt-il de faim et sommes-nous réduits à quatre et quelquefois à deux onces de pain? Il n’est pas douteux que, si l’on avoit suivi l'avis de M. le marquis de Montcalin, inséré dans un Mémoire qu'il donna en 1756, nous n’aurions jamais manqué de pain. C'étoit d'acheter le blé de l'habitant de gré à gré. On a voulu le taxer à Las prix, se charger

ération.

1 Wolfe tion de ces que Juragées Combi- Résolu rdres de tudreuil ites nos

s opéradiables, étendus rtie des

choses st passé

ngloise, it facile séparer e l’Ile-

mille portion, de faim

à deux

n avoit é dans jamais hbitant harger

de nourtir le peuple à bon marché, le faire payer cher au Roi, et on a mieux aimé cacher le grain que de le vendre. M. Bigot a enfin adhéré au conseil et fait aujourd'hui offrir vingt-quatre livres du minot taxé à douze ; peut-être le payera-t-on plus cher, mais enfin il en faut, et il y a longtemps qu’il en faudroit, Concevrat-on qu'on a failli mourir de faim l’année dernière avec des secours venus de France assez abondants ? C’est que la Société avoit envoyé la farine arrivée d'Europe aux Iles. Et voilà comme on s’enrichit !

Du 3 juin 1759, — Nouvelles de M. Pouchot du 23 mai. Grand conseil de sauvages. Il est tranquille dans cette partie. Dieu veuille que cela dure !

Du 4 juin 1759. — Les cinq compagnies des grenadiers ont été campées à Beauport sous les ordres de M. de Bougainville, pour y travailler à retrancher cette côte.

Lu 5 juin 1759.— Les travaux à l'ordinaire, M. de Pontleroy embrasse dans ses retranchements depuis la saline jusqu'à l’Hôpital-Général. C’est M. de Savournin, de la Sarre, qui les conduit,

Du 6 juin 1759.—MM. Peliegrin et Legris, capitaines de port viennent de sonder le fleuve pour s'assurer à quelle distance peuvent mouiller les vaisseaux dans toute la longueur de la plage de Beauport. Ils ont assuré par écrit et signé que les frégates ne pouvoient pas en approcher de plus près que sept cents toises, ct le vaisseau de haut bord de neuf cents. Nouvelles de Carillon. Rien de nouveau. M. du Vernys fort occupé à l’Ile-aux-Noix ; M. Fournier, ingénieur, doit s’y rendre bientôt, A neuf heures du soir, les feux parurent

allumés et l’on y répondit par les signaux convenus. Il est vraisemblable que c’est une augmentation des vaisseaux ennemis, À l'instant M. le marquis de Montcalm donna ses ordres et fit ses dispositions. Il augmenta le nombre des travailleurs, et M. le marquis de Vaudreuil, alors à table, disoit : “ Achevons de souper, Ce ne sera rien ”.

7 juin 1759. — Le détachement de M. de Richerville n’a pas voulu remplir son objet d'aller à l’Ile-aux-Coudres; les sauvages ne marchent que quand ils veulent,

M. Des Rivières avec quelques habitants de la dite île et quelques sauvages y ont mis pied à terre. Ils aperçurent deux chevaux dont l’un portoit deux jeunes gens et l’autre monté par un seul ; ils tuèrent les chevaux et prirent les trois jeunes gens qu'ils ont amenés ce matin, L’un est le petit-fils de l’amiral. Le détachement de M. de Bougainville a été augmenté de cent Canadiens pour accélérer les travaux. M. le marquis de Montcalm y a fait une tournée et a résolu qu'on s’attacheroit d’abord aux travaux relatifs à la défensive et que l’on pourvoiroit ensuite à ceux qui ont rapport à la retraite. Demain on y joindra quatre cents Canadiens de plus.

8 juin 1759. — Lettres de M. de Bourlamaque. 11 attend le retour de M. de Langy et commence à évacuer les objets qui lui sont inutiles.

Nous n'avions pas besoin de la déposition de nos trois prisonniers, pour nous persuader que les Anglois feroient les derniers efforts pour se rendre maîtres de la colonie en l'attaquant dans sa racine, le seul point qui décide de tout le reste. Sans doute que l'on s'attend à

enus, 3 vaistcalm nta le Jreuil, e sera

erville

ç-Couulent, la dite , Ils jeunes nt: les ls ont al. Le nté de M. le résolu 3 à la ui ont b cents

rassembler dans ce point essentiel tout ce que nous avons de ressources. Voici l’état malheureusement trop fidèle de nos forces :

Cinq bataillons de nos troupes de terre, deux mille homines ; les milices de Montréal et Trois-Rivières avec les troupes de la Marine, cinq mille hommes ; sauvages,

‘environ deux cents. Le gouvernement de Québec fournira peut-être trois mille hommes, mais nous n’avons encore rien de cette partie, Où pourroit-elle être mieux et plus utilement employée qu'ici? On s'occupe d’une branche et le tronc est prêt à périr. La consommation est cependant portée à onze mille cinq cents rations par jour. Votre soif ne sera donc jamais satisfaite, sangsues cruelles qui semblent chercher tous les moyens d'accélérer la perte d’un pays que nous essayons de défendre avec tant de sueurs et de travaux ! On demande des gouvernements des Trois-Rivières et de Montréal, un supplément de douze cents hommes. Viendra-t-il et viendra-t-il à temps? Les canonniers et ouvriers que j'oubliois, sont au nombre de trois cents. Les troupes de terre fournissent mille travailleurs, et la colonie quatorze cents. Le vent de nord-est constant M. le marquis de Montcalm prend toutes les mesures

possibles pour tirer le meilleur parti de notre situation

et ne néglige pas d'assurer des subsistances à sa petite armée, en cas qu'elle fût repoussée. Il a soixante mille rations de biscuits à Saint-Augustin, des bœufs à Batiscan et des fours établis à Jacques-Cartier.

Les navires du munitionnaire, qu’on fait remonter aux Trois-Rivières, serviront de magasin. La Toison-d’Or, navire arrivé en brûlot, a failli occasionner de grands

accidents, à huit heures du matin, L’inattention des gens qui le préparoient en a été cause, puisque la chaloupe, où l’on chauffoit le brai, étoit attachée et collée au navire, Le feu a pris à cette chaloupe et fut’ dans l'instant communiqué au vaisseau, qui, comme la mer baissoit, a suivi le courant et a passé très près, jusqu’à toucher même d’autres vaisseaux en rade ; heureusement qu’il n’étoit pas chargé de ses artifices. Il a péri cinq hommes de son équipage.

9 juin 1759. — Courrier de MM. Aubart et des Plaines. Huit bâtiments au pied de la Tra‘'erse. M. le marquis de Montcalm a proposé à M. le marquis de Vaudreuil d'envoyer M. de Courtemanche à lIled'Orléans, et M. de Repentigny à Saint-Joachim, afin d’avoir des postes avancés qui donnassent des nouvelles de l'ennemi. Des canots sont destinés à couper, s’il est possible, les balises que les ennemis auroient fixées pendant le jour.

Ces années passées et cet hiver, on prétendoit ici que les Anglois n’oseroient tenter de remonter le fleuve; on ne vouloit que du canon pour se défendre. Aujourd’hui, M. Mercier paroît fort convaineu que l'ennemi viendra ; il craint pour la Basse-Ville, pour laquelle il n’avoit jamais eu d'inquiétude et demande à cor et à cri de la mousqueterie. Il n’y a que le chapitre de la cupidité et des voies odieuses de la satisfaire sur lesquelles on ne voit point de conversion. Le jugement commence à revenir à d’autres égards; mais il est bien tard. En général, on gémit de n'avoir pas suivi les avis des généraux des troupes de te :*,. A chaque instant, une occasion nouvelle fait naître ce remords; les ennemis

Le ntion des ue la cha- , et collée fut’ dans me la mer ès, jusqu’à heureuse-

Il a péri

rt et des rse, M. le narquis de > à lIlechim, afin nouvelles er, s’il est ent fixées

oit ici que fleuve ; on ijourd’hui, i viendra ; il n’avoit à cri de la upidité et Îles on ne

mence à ard. En

avis des stant, une s ennenis

auroient trouvé des obstacles à l’Ile-aux-Coudres et à la Traverse et ne seroient pas venus avec autant de sécurité si on les avoit suivis.

Pendant le temps que durera l'expédition, il seroit à souhaiter que cette incorporation jetât parmi ce peuple quelques semences de discipline et des autres vertus militaires. Les travaux de la plage de Beauport, vont assez bien ; ceux de la place ne vont pas tout à fait de même. Il est plus aisé de construire à neuf que de réparer du vieux et du malentendu dans le principe. Monsieur l’intendant s’est plaint aujourd’hui, sur les états de distribution qu'il avoit à la main, qu’il auroit été pris treize mille cinq cent soixante-quatorze rations de vivres. M. le marquis de Montcalm a sur-le-champ pris des mesures pour découvrir d’où pou voit naître un excédent si extraordinaire, Quelque juste que soit son coup d'œil, je doute qu'il voie clair dans une eau qu’on s'attache à troubler. Quelles conséquences entraîne un tel abus !

M. de Courtemanche est parti avec cinq cents Canadiens ou sauvages pour l’Ile-d'Orléans. Les habitants de cette île demandent à l'aller défendre; proposition acceptable ; ce sont leurs foyers, leurs champs ensemencés qu’ils auront à protéger ; leurs femmes et leurs enfants en sont dehors; autant de raisons pour les y envoyer, M. de Repentigny est allé à Saint-Joachim avec deux cents hommes. Trois soldiis se sont empoisonnés avec une plante fort ressemblante à la carotte et qu’on appelle carottes à Moreau, du nom de celui qui en fit le premier la malheureuse expérience. M. de Beaubassin arrive avec quelques sauvages qui ne croient

pas que les ennemis tentent de pénétrer par la rivière Saint-Jean.

Arrivée du P. Germain, jésuite de réputation, avec soixante-dix sauvages d'En-Haut; mais cela mérite confirmation, Un sauvage abénaquis tué par une sentinelle ; les sauvages ont assez bien pris ce malheur où la sentinelle n’avoit aucun tort.

Mémoire remis par M. le marquis de Montcalm à Monsieur l’intendant pour les crochets, échelles, etc., pour en cas d'incendie, mettre les toitures à bas, des seaux, deux barriques pleines dans chaque maison et des charretiers pour le transport, On a enfin décidé sur la moins mauvaise facon de retrancher la coupure qui séparera la Haute de la Basse-Ville ; M. le marquis de Vaudreuil a pris la peine de s’y transporter pour en décider.

On a été obligé de communiquer à M. le marquis de Montcalm le marché en original avec le munitionnaire, en quarante-deux articles, pièce mystérieuse et secrète, inconnue à tout le monde, hors les intéressés. Le sieur Querdisien, commissaire, ne le connoît pas, Quelle pièce! M. de Vauquelin, commandant de la rade, officier estimé et indiqué par le ministre, se plaint du froid de M. le marquis de Vaudreuil qui écoute tout le monde et laisse dire et ordonner à Cadet qui dit: Ma flotte, mes navires, mes capitaines, et qu’on a laissé emporter aux bâtiments qui vont sur les derrières soixante pièces de canon de 12, tandis qu'on en manque, M. le marquis de Montcalm a demandé une revue, armement et disposition des milices de la ville ; on a répondu : À dimanche ; secondement, de nommer

aux emplois vacants des officiers de ces milices dont les compagnies n'ont point accordé fsic), On a reconnu les gués à retrancher le long de la rivière Saint-Charles,

Du 11 juin 1759. — Les brûlots commencent à passer à l’Anse-des-Mères, L'accident arrivé à la Toisond'Or fait prendre des précautions pour en prévenir de pareils. On en espère beaucoup, et il est bien à souhaiter que nos espérances ne soient pas trompées. On ne peut trop louer le zèle de nos officiers marins, On a décidé trois ponts sur la rivière Saint-Charles. Si nous ne manquions pas d'outils, de bois et de tant d’autres choses nécessaires, on emploieroit plus de travailleurs. Les dépenses n’en ont pas été moins exorbitantes l’année passée, M. de Beaubassin a annoncé quatre sauvages ; voilà des secours, cela ! Ce qu’il y a de plus singulier c'est que M. le marquis de Vaudreuil l’a envoyé au Long-Sault dans l'opinion d’en trouver, Il devoit y attendre des ordres de M. de Boishébert, dont il n’a pas ouï parler depuis le 28 avril. Le dit Boishébert, sujet médiocre, lettré, vanté, n’a jamais rien fait que le commerce qui lui a valu trois à quatre cent mille livres, mais point la guerre, et Beaubassin convient que son voyage n’a été et ne pouvoit être d'aucune utilité.

M. de Léry nous apprend que la flotte ennemie a augmenté d’un gros vaisseau, d’une frégate et d’un petit navire ; on en compte trente-deux depuis le Bic jusqu’au Cap-Tourmente,

La cavalerie se forme. Les difficultés augmentent ainsi que les dépenses et pourroient bien ne pas produire des effets équivalents, M. le marquis de Montcalm

a demandé par un Mémoire, manière dont il constate toutes ses démarches, qu’il fût ordonné d'arrêter tous les coureurs, vagabonds, etc., pour prévenir la désertion et arrêter les espions.

Le sieur de Saint-Sauveur, secrétaire de M. le marquis de Vaudreuil, sur les nouvelles de M. Pouchot des bonnes dispositions des sauvages, disoit il y a huit jours : “ Monsieur le général, vous voilà à même de reprendre le fort Duquesne ”. Le duc d’Olivarès pour consoler l'imbécile Philippe IV de la perte du Portugal, disoit : “ Votre Majesté gagne le duché de Bragance ”.

Les voitures manquent pour les fortifications mais non pour voiturer les matériaux nécessaires pour faire une casemate chez M"° Péan. Quelque tragique que puisse et doive être le dénouement de tout ceci, on ne peut s'empêcher de rire.

Du 12 juin 1759. — M. le marquis de Vaudreuil, gouverneur général et en cette qualité général de l’armée, a fait sa première tournée ; il faut bien que la jeunesse s’instruise, Comme il n’avoit jamais vu ni camp ni ouvrage, tout lui a paru aussi nouveau qu'amusant. Il a fait des questions singulières. Qu'on s’'imagine un aveugle à qui on donne la vue.

Lettres de M. de Repentigny. Sept vaisseaux à la Traverse, M. le marquis de Vaudreuil a dit que Monsieur son frère Rigaud, qui n’est pourtant qu’en seconde ligne à Montréal, envoie des colliers aux Abénaquis pour les empêcher de venir ici et pour les garder : on lui a envoyé des ordres pour le contraire. Les prisonniers Anglois n'ont jamais embarrassé, disoit-on ; mais le frère Rigaud en est inquiet et ne sait qu’en

se h:

JOURNAL DU MARQUIS DE MONTOALM 543 \ $ nr LE state faire, Travaux de la rade en bontrain, On promet pour as les . dimanche dix-huit, la batterie flottante, quatre chaloupes on et carcassières, douze bateaux armés de canon, les cajeux HA | et les sept brûlots, nombre déterminé et qui ne sera pas | 4 11 mar- augmenté ; ouvrages et batteries arrêtés depuis la pointe TU R t des de l’tle à l'embouchure de la rivière de Beauport à celle À UT : de Saint-Charles. On continue de travailler à fermer | ndre la communication de la Haute à la Basse-Ville; mais l isoler le mieux:qu’on y puisse faire sera toujours mauvais, | soit : Ordre aux travailleurs qui ont fourni leur ouvrage de 1h a. la tête du pont de se porter au troisième pont pour le FA mais couvrir ; ainsi que les gués de la rivière Saint-Charles. |: Fi faire Du 13 juin 1759. — Rien de nouveau; le premier que courrier que nous aurons d'En-Bas nous instruira de pn ne l'effet qui y aura produit sur l’escadre angloise un gros vent de nord-est qui règne depuis deux fois vingtreuil, quatre heures, Si toutes les divisions de la flotte rmée, ennemie étoient sorties de leurs postes elles doivent être nesse fort près de nous.

p ni M. le marquis de Montcalm a décidé par un caleul qe t. Il démonstratif que M. Cadet, gagnant sur la ration du e un soldat, pouvoit se résoudre à gagner moins sur celle de li l'officier. Les difficultés que le munitionnaire a fait { à la naître, sont le résultat nécessaire de la bizarrerie du que marché qu'on a fait avec lui et de l'opinion où l’on étoit (à qu’en que, les ennemis respectant toujours Québec, on ne 1h Abé- seroit jamais dans le cas d’y avoir une armée, is Co rder : On a résolu de ne laisser ici que la quantité de fi ë pri- bateaux nécessaires et de faire remonter le surplus, RE -On ; attention qu'on n’auroit pas eue sans M. le marquis de 1 qu’en Montcalm. : }; 10

bd JOURNAL DU MARQUIS DE MONTOALM

Qt Du 14 juin 1759. — Lettres de Carillon en date du (Ut 9 de ce mois ; rien de nouveau de la part de l'ennemi, | M. de Laubara y est arrivé à la tête de notre marine, | consistant en deux chebecs. Nous apprenons par une Il lettre de M. Aubert que la flotte ennemie s’est accrue {| au Bic d'un petit navire, qui étoit sans doute un portenouvelles, Les huit vaisseaux qui éto'ent au pied de la Traverse, ont franchi aujourd’hui ce mauvais pas et nous voilà fort voisins.

J'ai accompagné M. de Pontleroy dans une tournée à Beauport pour voir les différents emplacements du canon, il seroit difficile à établir presque partout ; car le terrain y est très marécageux. J'ai eu l'honneur d’en rendre compte à M. le marquis de Vaudreuil qui m'a NL | envoyé chez M. Mercier pour prendre à cet égard des

arrangements.

Du 15 juin 1759. — M. Mercier ira demain à Beauport pour y tracer des batteries ; je l’y accompagnerai et y resterai avec huit canonniers et un sergent. Les sauvages, qui pour l'ordinaire marchent avec des précautions extraordinaires, se sont montrés trop tôt à l’Iled'Orléans, contre les ordres qu’on leur avoit donnés de se tenir couverts; ils ont été vus et ne feront rien, On a reçu des lettres de Carillon du 9 de ce mois ; rien de houveau dans cette partie. On mande de Montréal que

| les sauvages d'En-Haut commencent d’arriver,

M. le marquis de Montcalm a enfin levé les difficultés du munitionnaire sur le décompte des économies ; son

| marché, qui lui est connu, lui a fourni des preuves si || claires du gain qu'il faisoit sur les dites économies | qu'on n’a pas pu expliquer sur ses calculs (sic).

ti

ate du nnemi, marine, jar une | accrue n portepied de y pas et

tournée sents du out ; car neur d'en qui m'a gard des

n à Beaunpagnerai ent, Les des préôt à l’Iledonnés de trien, On s ; rien de ontréal que

er,

difficultés

bmiés ; Son preuves si économies

ic ).

Les miliciens du gouvernement et ville de Montréal qui doivent former la gauche de l’armée ont ordre de se tenir prêts à marcher pour aller occuper leur camp.

Le chevalier de Bernetz, ancien lieutenant-colonel du régiment de Royal-Roussillon, a été établi second commandant de Québec et chargé particulièrement de la Basse- Ville,

M. de Courval est allé reconnoître les bâtiments anglois qui ont fait la Traverse pour opérer avec des cajeux, manœuvre importante. M. Mercier n'a pas laissé échapper une si belle occasion de montrer son zèle et est allé de son côté pour voir de loin ces vaisseaux ; il en rendra compte et sera peut-être mis dans la gazette,

Un brûlot doit partir ce soir; si le temps le permet, en outre trois matelots, avec une chemise souffrée de leur invention.

Du 16 juin 1759, — M. Mercier a prétendu que trois gros vaisseaux, une frégate et deux de transport, avoient fait la Traverse. Il a prétendu mieux, c’est qu’en établissant quatre pièces de canon de 12 dans un fond

où elles ne seroient pas vues, il iroit les brûler à boulets rouges. Ce projet proposé à M. de Vaudreuil tout seul, il est parti avec quatre canonniers de son choix et quatre pierriers pour l'exécuter, nous en verrons l’événement; mais je doute qu'on le sache jamais au vrai. Une batterie dans un fond, qui ne pouvoit être vue ! O attitudo ! mystère.

M. Pouchot écrit du 4 juin et se croit en sûreté. Il a envoyé du monde et quelques vits de mulets à M. Des Ligneris. PERMOE a fait rire M. le marquis de

mm

Vaudreuil, qui n’a pas pris sans doute moins de plaisir à la neutralité des Cinq-Nations qui n'est peut-être pas plus sûre que la levée de la hache que les Têtes-Plates promettent,

La déposition de deux prisonniers qu'a faits le chevalier de La Corne nous annonce dit-huit à vingt mille hommes pour Carillon, dix mille employés à rebâtir Chouaguen, qu’ils partageront pour attaquer Niagara et la Présentation.

Du 17 juin 1759. — Huit berges angloises, au nord de l’Ile-d'Orléans, cherchent à y débarquer ; les sauvages qui y sont mirent sur-le-champ plusieurs canots d'écorce sur l’eau,

M. Mercier alors en chemin avec son canon fit tirer sur les berges, les fit éloigner, et nos sauvages n’en purent prendre qu’une, où il y avoit huit hommes, dont le plus considérable est un pilotin. Il résulte de leurs dépositions que le capitaine Gordon, commandant les bâtiments mouillés à l’Ile-d'Orléans, avoit expédié sept à huit berges armées et quinze hommes pour s'emparer d’un petit bateau (c’étoit un brûlot) mouillé vis-à-vis Saint-Joachim. Ils ont laissé à l’Ile-aux-Coudres, l'Amiral de quatre-vingts canons et deux autres de soixante-quatorze ; ils ont oui dire que l’Alcide et le Sunderland et la frégate le Richemond étoient arrivés aux Sept-Iles. Ils n’ont connoissance d’aucun transport qui doit venir avec les amiraux Saunders et Holmes, Ils attendent la réunion de leur flotte sous quinze jours au plus terd, Elle doit être composée de vingt-deux vaisseaux de guerre, vingt à trente frégates ou galiotes à bombes, cent petits bâtiments de transport et de

plaisir re pas Plates

le chet mille rebâtir gara et

u nord 8 saucanots

it tirer 5s n’en 28, dont le leurs ant les Aié sept mparer is-à- vis oudres, tres de e et le arrivés ansport olmes.

Le jours t-deux raliotes

et de

quinze à vingt mille hommes de troupe, Sur tous les bâtiments qui sont actuellement en rivière ils n'ont pas plus de sept cents homines de troupes, rôdeurs de bois, commandés par le capitaine Gorham. Ils savent bien que nous n'avons que quatre frégates ; ils ne craignent que les brûlots et se gardent bien. Ils espèrent beaucoup d'un bombardement. Le sieur Vitré est leur pilote, ils ont peu de malades.

Les vaisseaux de ligne qui sont en rivière actuellement doivent monter jusqu'au Trou-Saint-Patrice, où M. Mercier doit établir un mortier qui fera peut-être plus d'effet que ses boulets rouges. M. de Repentigny, établi à Saint-Joachim, quitta son poste avec une partie de son monde pour se rendre à l’Ile-d’Orléans, à l'invitation de M. Mercier.

M. de Vaudreuil parott dans le sentiment d'y faire passer six cents hommes de plus,

On a fait la revue des miliciens de Québec. M. le marquis de Vaudreuil n’a pu être persuadé de leur parler ni de les voir; M. le marquis de Montcalm les a vus et les a harangués, ce qui a Cté répondu d’un cri général de : Vive le Roi! On va travailler à diviser ces miliciens en trois classes, et à une disposition générale,

Trois cents hommes doivent aller joindre M. de Repentigny. Il arrive des miliciens de Montréal. On fait un commandement de mille hommes,

Les cajeux doivent partir, le 8 au soir, avec deux cents Canadiens en canots, pour les soutenir contre les berges, mais les Canadiens ont refusé net ; il n’y avoit nul officier pour leur parler et ils étoient réduits aux exhortations du P. Beausset, jésuite, qui les tournoit à

la manière de celles qu'on fait aux gens qu'on veut pendre. M. Dumas est allé raccommoder le tout, et M. de Vaudreuil est convenu qu’il falloit avertir le zélé P. Beausset, très déplacé à tous égards.

Du 18 juin 1759, — Retour de M. Mercier triomphant. Renvoi des équipages des troupes de terre à Deschambault. Les milices de la ville vont camper à la droite ; appuyées à l’église de Beauport,

Détachement de trois cents hommes, dont cent soldats de la colonie et deux cents Canadiens, pour l’Iled'Orléans. On y envoie trois bateaux portant du canon, Les quatre pièces de M. Mercier ont à peine touché les bâtiments anglois ; la frégate lui a répondu avec aussi veu d'effet ; peine inutile ! poudre aux moineaux !

Arrivée de soixante-douze Outaouais. Nouvelles de Carillon du 10 et du 11 : cinq canonniers ont péri par le feu qui a pris par des artifices.

Prisonniers faits du côté de Corlar et ramenés à Carillon. Il paroît qu’il varche une armée de dix mille hommes vers Chouaguen.

Nouvelles du 11 de la Présentation : les ordres de M. de Vaudreuil sont d’évacuer la Pointe-au-Baril, la Présentation et de ne soutenir que l’Ile-aux-Galops.

C’est de bonne heure retirer le cercle de notre défense ; mais il paroît que l’avis de MM. de La Corne et Benoist de concert avec les sauvages de la Présentation, est d'aller au-devant et de hasarder «a combat.

Du 19 juin 1759. — Les travaux ont été suspendus, la pluie ne permettant pas de les continue", M. l'intendant a proposé de renvoyer le gouverr2ment des Trois-Rivières, et partie de celui de Mon:réal, %e dimi-

on veut e tout, et tir le zélé

er triome terre à mper à la

nt soldats jour l’Iledu canon, touché les vec aussi eaux !|

uvelles de t péri par

amenés à dix mille

ordres de 1-Baril, la aJops.

e défense ; et Benoist ation, est

uspendus,

M. l'inment des 4e dimi-

nuer la ration de pain et d'augmenter celle de viande, exposant qu’il n’a de quoi nourrir l’armée de Québec que jusqu'au 10 septembre, les corps de la Présentation, de Niagara et de la Belle-Rivière que jusqu’au 1° septembre, et celui de Carillon que jusqu’au 10 août. Dans la position critique où se trouve la colonie à tant d’autres égards, il est cruel de la voir encore menacée par la disette. Nouvelles sources de réflexions sur la conduite de l’insatiable société qui s’est chargée de la nourrir! M. le marquis de Montcalm a proposé d’évacuer tout le pays d'En-Haut, sauf une garnison de trois cents hommes à Niagara. Le marquis de Vaudreuil, attaché à ses postes et à ses brillantes chimères de reconquérir le fort Duquesne, compte sur des vivres des Illinois. M. le marquis de Montcalm a proposé d’amasser des bestiaux et du blé en le ;; yant de gré à gré en argent bianc, seule manière de le fair: résoudre, et de donner des lettres à vue à ceux qui en auroient fourni. On a écrit en conséquence à M. Martel; M. le marquis de Montcalm lui en a écrit aussi en particulier et de son chef aux Sulpiciens et à M. Deschambault, avec une lettre ostensive au dit Martel, propre à inspirer de la confiance aux habitants de la part de l'intendant ; car le public, si souvent trompé, n’y en a guère, Notre général a pensé que ce w’étoit pas le moment de diminuer la ration ; ce r’est pas sans peine qu'on parviendra à établir de l'ordre dans la ville et la rade.

Du 20 juin 1759, — Nouvelles de quatorze navires qui ont paru à l’Anse-aux-Coques, quatre lieues audessous de Saint-Barnabé. On s'attend à en voir

augmenter le nombre incessamment. Cela fait balancer à renvoyer le gouvernement des Trois-Rivières, parti que M. le marquis de Vaudreuil avoit adopté.

M. Mercier auroit besoin de toute l’armée pour servir son artillerie qui ne tirera ni bien, ni longtemps.

Monsieur l’intendant écrit qu'on achète du blé à quelque prix que ce soit, argent comptant monnayé, lettres au premier terme, et de briser sa vaisselle d'argent, dont il a envoyé partie à Montréal, pour donner le poids à ceux qui ne vendront qu’en voyant le métal. Précaution tardive; si nous sommes pris et pillés, l’intendant sauveroit par là quelque chose du pillage.

Du 21 juin 1759. — Les Canadiens, qui s’étoient toujours persuadés qu’une escadre angloise, n’oseroit jamais tenter de remonter le fleuve Saint-Laurent, et traitoient toutes leurs manœuvres d’une vaine démonstration, commencent à croire que ceci passe la raïllerie, depuis que, par une lettre du 18, M. Aubert nous apprend que la flotte s’est augmentée de cent trentedeux voiles. Cette nouvelle a fixé les indécisions sur le renvoi des milices du gouvernement des Trois- Rivières, et l'on a résolu en même temps de ne point diminuer la ration des vivres jusqu’au 20 juillet, que l’on donnera en bœuf le double du poids qu’on retranchera en pain. Tel a été l’avis de M. le marquis de Montcalm, ww la nécessité de ménager les vivres sans exténuer le soldat ; car alors le bœuf sera très bon et très gras.

M. le marquis de Vaudreuil a pris le parti praprio motu de désarmer les deux frégates, qu'on enverra à

ncer arti

ar vir

lé à ayÉ, selle pour nt le is et e du

oient seroit it, et monlerie, nous entes sur roispoint

que tranhis de

sans on et

) prio

ra à

Richelieu, et d’en donner les équipages pour le service de l'artillerie, qui est en si grande abondance qu’elle absorbera une grande partie de l’armée s1ns opérer de grands effets, M. le chevalier de Lévis appuie à gauche des lignes au Sault-Montmorency et a ordonné ce matin treize redans, deux redoutes et deux batteries dans cette partie, quoique très forte par sa situation.

Il a été question de porter quelques troupes à l’Ansedes-Mères et à Sillery ; point d'accord sur le nombre,

C’est M. le marquis de Vaudreuil qui commande l’armée, et, dans le cas d’un malheur, avec quel soin n’en rejetteroit-on pas toutes les fautes sur M. le marquis de Montcalm.

M. de Ramezay, lieutenant de Roi de Québec, a fait et communiqué le dénombrement des milices de la ville. On y comprend une compagnie d’écoliers des Jésuites, que des mauvais plaisants appellent Royal-Syntaxe, les Acadiens, cent soixante-quatorze charrons, ouvriers non combattants quatre cent soixante, pour le service journalier. L’étoffe manque à tous égards, et on parie encore que les Anglois ne viendront pas.

M. de Léry, a reçu ordre de se replier avec les habitants de la côte du Sud.

M. de Vaudreuil veut toujours augmenter ses postes à l’Ile-d'Orléans et à la côte du Nord, ou du Sault- Montmorency. Cui bono; il falloit aider la nature dans ses points essentiels; mais s’y prendre il y a deux ans.

M. le marquis de Montcalm a donné un Mémoire sur cet article de l’usage à faire des brûlots. M. de Bourlamaque nous envoie un habitant de la paroisse

de Lotbinière qui a communiqué il y a deux ans ses

idées neuves sur les brûlots. Cette partie relative à la

brûlure coûtera un million, et j'ai grand’peur qu'il n’y

ait que Québec qui éprouve ce malheur. Les remparts

de Rebbais (?) au lieu des sermons du P. Beausset, Répétons aux Canadiens :

Posce animum fortem, mortis terrore carentem.

Les dispositions de M. de Bourlamaque sont très bonnes. Aucun de nos postes en haut ne paroît absolument menacé. C’est que la marche de l'ennemi est combinée et qu'il veut agir partout à la fois. Ilya apparence que ce moment est décisif pour la colonie. M. Dumuys paroît content de l’Ile-aux-Noi: sur le lac Champlain; les retranchements et batteries y avancent.

Le conseil a été plus tumultueux et plus inconséquent que jamais ; le désordre s’accrott à mesure que le dénouement s'approche. Quel sujet pour une pièce de théâtre qui réuniroit tant de gens, et des situations bien neuves pour l’ancien monde !

Du 22 juin 1759, — Conseil de guerre, pour diminuer les perplexités de M. de Vaudreuil, composé de MM. le marquis de Montcalm, le chevalier de Lévis, Bigot, de Montreuil, de Ramcezay, de Bernetz, Dumas, de Pontleroy, Mercier, et l’avis de M. le marquis de Montcalm ci-dessous par écrit :

“ Il est nécessaire d'occuper la Basse- Ville ; ne fut- “ ce que pour en imposer à l'ennemi et empêcher que la “ communication de l’armée ne soit coupée par la partie “ de la rivière Saint-Charles ; mais il est en même ‘“ temps nécessaire de ne pas y exposer des hommes

très bs0i est [ya pnie.

e lac cent.

uent e le e de ions

limié de évis, mas, s de

futue la artie Lême mes

“inutilement. D’après ces deux principes, mon avis est : Premièrement, de continuer à fermer ; secondement, de laisser les batteries telles qu’elles y sont ; troisièmement, de faire venir à l'approche de l'ennemi tout ce qui y habite dans la Haute ; quatrièmement, si Monsieur l’intendant a assez de tentes, de faire camper dans la Haute, en trois parties, les habitants, de n'avoir dans la Basse que des gardes, qu’il faudroit même blinder si on en a le temps, d’ailleurs faire coupures sur coupures à la Haute-Ville, si les ouvriers, outils et le temps le permettent; d’ailleurs la garnison ne peut être moins que d'environ quinze cents hommes. “ M. de Ramezay a donné un état de huit cents, dont à déduire cent soixante-quatorze qu’il emploiera aux travaux particuliers, reste au plus six cent vingt- “six, M. Mercier aura suivant sa demande pour le service de son artillerie neuf cents hommes. Je suppose qu’il emploie deux cents à l'artillerie de campagne ; il ne lui en restera que sept cents, qui joints aux six cent vingt-six hommes, et, par conséquent à peine le nombre nécessaire à la garnison; ainsi, d'avis le les lui donner, pourvu que, par un accord qui est nécessaire entre lui et le commandant de la place, ils seront à la garnison, lorsque les batteries seront éteintes, ce qui ne tardera pas, si c’est “le projet de l'ennemi. Au reste, la manœuvre de l'ennemi déterminera celle de l’armée ; car s’il s’attachoit uniquement à canonner et à bombarder la ville, il faudroit la secourir par un mouvement de la droite, “ dans le cas d’une attaque, et en faire retirer par

“ détachement la garnison, si elle souffroit trop d’un “ bombardement.

“ Les bateaux, canonnières, devant servir à éclairer “ les mouvements de l’ennemi, si l’on me demande quel “ monde je pense qu’il faudroit pour la Basse- Ville. “Je dis qu'il faudroit faire une première salve à “ l'ennemi pour tâcher de leur en imposer; si cela dure, “se réduire au service de la batterie du quai, de la “ construction de M. Levasseur, tant qu’elle pourra se ‘“ conserver en tout, Aussi deux cents hommes pour “ cette artillerie suffiront et cent hommes de garde “ ordinaire en attendant le moment d’une attaque de “ vive force, dont je doute autant que je suis convaincu “ qu'ils incendieront par canonnade ou' bombardement, ‘ Si la Basse-Ville s'incendie il faut l’abandonner et “ la laisser brûler, pour se réduire à empêcher que la “ Haute ne brûle. Tant que l'incendie brûlera, l'ennemi “ ne s’en emparera pas. L’incendie fini, réoccuper les “ masures et rétablir les batteries, si cela est possible ; “ si cela ne se peut, s’en tenir aux hommes et à la “ mousqueterie. A l'égard des maisons, il faudroit en “ détruire le moins possible ; mais ne pas hésiter sur “ les toitures. Si la destruction des maisons pouvoit “ assurer le succès de la colonie, il n’y auroit pas à “ hésiter; mais il est inutile d’abattre des maisons pour “ ruiner des habitants sans nécessité. Tel est mon avis. “ Voici l’état de nos richesses au 23 juin 1759 :

Dans les magasins ue à poudre 193,271 livres 252951 ie de Gargousses..........… 39,680 “* poudre.

de

Consommation

Pour les pièces de la Basse-Ville, à raison de trente coups par pièce... 16,900 livres. Pour les remparts, à raison de cent

COUPS PAT PIÈCE sesssssss sosennnre veuve 35,900 “ Pour quatre mille bombes ou obus, à

raison de 16 livres ..................... 64,000 ‘ 25 pièces le long de la ligne, à quarante

coups chaque 5,000 “*

Pour quarante pièces, tant au quai du Palais que le long de la petite rivière,

à cent coups pièce ........ RTE PE 2,000 “ Pour la batteric flottante et trois carcassières, à soixante coups ...... .... . 5,000 «

Pour sauvages et Canadiens, à trois mille par jour pendant trente jours. 90,000 “

218,800 livres.

“ Je ne parle point de la consommation des troupes “de terre et de la colonie, y ayant des cartouches “ faites, ni des dix milliers de poudre qui doivent “ rester dans la place, si elle capitule.

“ J’observe sur là même que la Basse-Ville, si l’en- “ nemi s'y présente, consommera pendant une marée “ des munitions ainsi que le rempart.

“ Les munitions déposées pour la défense de la des- “ cente, ainsi que les pièces de canon, seront vraisem- “ blablement perdues si nous sommes forcés.

“ Je supplie Monsieur le général, d’après l'exposé, “ de me donner ses ordres sur la quantité des poudres à

“ envoyer à la Jeune-Lorette, derrière le Cap-Rouge, “au Cap-Santé; et, comme nous n'avons ni gardes ni “ magasins établis pour leur conservation contre les “ accidents et les coups de main de l'ennemi, je le “prie de vouloir bien prononcer à cette occasion.

“Il n’y a point de poudre en arrière de Québec “jusqu'à Montréal que celle qui a été réservée, tant “ sur les frégates du Roi que sur les bâtiments du “ munitionnaire, dont j'ignore la quantité; l’on peut “ aussi avoir disposé de partie de celle de Montréal.

“ À Québec, le 28 juin 1759.

Signé à l'original, Le chevalier LE MERCIER,

“et pour copie conforme à l'original, MONTCALM ”.

Dès l'après-midi, visite pour les toitures à ôter,

maisons à abattre, bans battus pour les habitants à se retirer à la Haute, ceux de la Haute à les recevoir, y déterminer la garnison à huit cents hommes milices, cent dix hommes de troupes de la colonie, sept cents hommes matelots ou servant pour l'artillerie, etc.

Formation d’une troupe à cheval aux ordres de M. de la Rochebeaucour, deux cents chevaux uniquement bons pour ordonnances, patrouilles, aller vite se battre à pied.

Quatre-vingt-quatre vaisseaux aux Pelerins, du 22. Ces gens-là meilleurs marins profitent de tous les instants, louvoyent même dans la rivière ; nos marins veulent toujours un vent fait et mal à propos, ont

toujours présenté les difficultés de la rivière à la cour comme insurmontables,

Je ne suis pas surpris que les pilotes abusent de la confiance ; mais notre marine françoise, depuis la découverte du pays ? N’a-t-on pas pu souder et connottre la rivière ? La Traverse, cet obstacle invincible, n’avoit que cent quatre-vingts à deux cents toises et les gros vaisseaux anglois la font à toutes les heures. La ridicule sécurité avoit fait négliger de s’instruire jusqu’à présent de l'éloignement où les gros vaisseaux et les frégates pourroient mouiller de la plage de Beauport; c'est depuis quelques jours qu’on s’en est instruit,

Du 23 juin 1759, — Les derniers prisonniers anglois ont été envoyés à bord de la frégate du capitaine Canon.

Nous avons une aïrtillerie aussi considérable que si nous avions un million de poudre. M. Mercier multiplie le canon.

Ce dernier objet fait désarmer les deux frégates qu’on renvoie au Richelieu,

M. Mercier a persuadé M. de Vaudreuil à cet égard, comme il le fait depuis si longtemps à tant d’autres.

M. de Querdisien avoit proposé d’y laisser soixante à quatre-vingts hommes ; ces frégates auroient servi à empêcher l'approche des berges ; et, si ces vaisseaux s’étoient présentés, le même vent qui les auroit approchés auroit facilité leur retraite, en coupant leurs amarres.

M. le marquis de Montcalm a déterré une ancienne carte aux Jésuites, qui marque six brasses de fond partout dans la Traverse, Concluons que nos pilotes

sont menteurs et fanfarons et que nos marins négligent bien leur métier.

Approche de la flotte; rien de plus nouveau.

Du 24 au 27 juin 1759, — Trois vaisseaux à la vue de la pointe de Lévis et une file immense entre cette côte et l’Ile-d'Orléans, Nos brûlots, cette chère expérience, par des malentendus et peut-être pis, devoient opérer le 26 et sont encore dans notre rade; même célérité dans les cajeux. Les temps contrarient fort nos travaux.

Mémoire ci-joint de M. Mercier, deux cent trentetrois milliers de poudre à consommer, n’en ayant que deux cent trente-deux. Il y a depuis longtemps de grands abus dans cette partie, soif de l'or, source de tous nos maux.

M. le marquis de Montcalm sollicite depuis deux jours pour évacuer les côtes, replier HAN et retirer le poste hasardé de l’Ile-d’Orléans.

Nouvelles de Carillon du 21, L’ennemi commence à s'approcher de Lydius. Lettre en réponse et très polie du 17 du général Amherst. Il a reçu de sa cour les ordres relatifs au cartel pour l'échange et rachat des prisonniers qu’il va rassembler en conséquence.

M"° la marquise de Vaudreuil est partie ce matin 27 ; elle a attendu jusqu’au dernier instant. Son époux, plus ferme qu’un roc, seroit plus inquiet si son dîner retardoit d’un quart d'heure qu’il ne le paroît aujourd’hui. Si cette sécurité avoit sa source dans la bonté de la tête, dans les bonnes mesures et dans cette fermeté d'âme qui caractérise les grands hommes! Mais pas un mot de tout cela.

Les bataillons de Guyenne et Royal-Roussillon viennent camper à Beauport; il est temps qu'ils prennent connoissance du local, M. de Bougainville a pris dès hier de sûres mesures pour n'être pas surpris. Si nous avons le temps de tout finir, nous aurons trente pièces en batteries sur cette plage et les redoutes et redans ci-après de la droite à la gauche :

Batterie de la Pointe-à-Roussel, 3 de 12 flanquées de deux redans ;

Batterie Pasquet 3 id, 12 idem ;

Batterie de la Canardière 4 de 12 flanquées de 2 redans ;

Redan de la Morille ;

Redan Chalifour ;

Redan de Vienne ;

Redan du vieux camp avec une batterie, 3 pièces de 8;

Redan des Tours ;

Redan de Parauts avec une batterie, 3 pièces de 8 ;

Redoute de l'embouchure de la rivière de Beauport ;

Redan de la gauche ;

Redan du Chesnay ;

Redan Salaberry ;

Redoute sous l’église avec ses deux batteries, quatre de 12 ;

Batterie Saint-Louis avec deux redans projetés ;

Redoute du Sault avec une batterie, 3 de 8,

Un coup de vent violent qui s’est fait à deux heures après-midi, nous fait espérer que la flotte ennemie, fort entassée dans un canal étroit, aura essuyé quelque accident. Il est assez vraisemblable qu’en pareil cas une

— Ai IS LS ne

Page 1