FRONTIÈRE DU LAC ONTARIO
L'ouverture de la campagne sur cette frontière a été faite par M. de Villiers, capitaine des troupes de la colonie, qui est parti de Lachine le 19 mai avec un corps de six cents hommes de troupes de la colonie, pour aller observer les mouvements des ennemis vers Chouaguen, M. de Villiers arriva le 5 juin à la baie de Niaouré, où il s'établit et construisit un fort de pieux pour y mettre en -üreté le dépôt de ses vivres.
Du 10 juin 1756, — M. de Villiers se mit en mouvement avec la plus grande partie de son corps, et arriva le 15 au soir à portée de Chouaguen. Le 16 au matiu, il fit feu à la pointe du jour sur des postes avancés ; les ennemis lui tirèrent quelques coups de canon et bombes ; il y eut un soldat et un sergent de blessés, et suivant le rapport d’un prisonnier qu’il fit aux Anglois, il tua une trentaine d’hommes aux enne-
mis. M. de Villiers arriva avec son corps le 17 juin à la baie de Niaouré.
Du 25 juin 1756. — M. de Villiers fut averti sur le midi que les ennemis campoient sur l’Ile-aux-Galops avec huit berges et une Larque. Les Anglois ont perdu aussi à cette occasion le lieutenant Bikers et le fils du colonel Lowe. 11 fut s'embusquer dans cette même fle, et par le feu de la mousquetcerie, il obligea le commandant d’une berge armée de douze hommes à se rendre, et tua du monde dans les quatre autres M. de Villiers, que nos sauvages avoient abandonné, fut joint le 26 par M. Marin qui lui menoit un détachement de soixante Folles-Avoines, et qu’il détermina à partir le 28 pour aller à la guerre,
Le 3 juillet, il rencontra un convoi des ennemis de cinq cents bateaux conduit par le lieutenant-colonel Bradstreet qui remontoit la rivière de Chouaguen, et il venoit de conduire dans cette place des munitions ; il fit quarante prisonniers aux Anglois, et on leur tua une centaine d'hommes. Nous y perdîmes M. de Ganes, aidemajor des Trois-Rivières, deux habitants et deux soldats. Le 5 juillet, M. de Villiers revint à son camp de la baie de Niaouré, Le 22, il fut joint par M. Des Combles, ingénieur, et quatre piquets des régiments de la Sarre, Guyenne et Béarn. Il partit le 24 avec quatre cents hommes, y compris ces mêmes piquets, pour conduire M. Des Combles à la portée du fort de Chouaguen afin de le reconnottre,
M. de Rigaud de Vaudreuil, gouverneur des Trois- Rivières, arriva le 27 à la baie de Niaouré, avec un renfort de troupes et de sauvages, MM. Des Ligneris,
de Saint-Luc et Courtemanche, capitaines de la colonie, pour prendre le commandement du corps de M. de Villiers.
Les régiments de Guyenne et de Béarn s’étoient rendus dans les premiers jours de juin à Frontenac, et le second à Niagara. M. de Bourlamaque, colonel, fut envoyé pour commander le camp de Frontenac, où le régiment de la Sarre se rendit aussi. Les deux ingénieurs des troupes de terre y furent envoyés, et les troupes occupées à y faire une espèce de camp retranché qui pût couvrir cette mauvaise place, ouvrage que la prise de Chouaguen a fait depuis abandonner. Le régiment de Béarn s’est occupé à Niagara à achever une fortification en terre, commencée l’automne dernier, sous la direction de M. Pouchot, capitaine au régiment de Béarn.
Ces troupes restèrent dans cette position jusqu'au 29 juillet, que le régiment de la Sarre partit du camp de Frontenac pour aller renforcer celui de la baie de Niaouré. Nous avions sur le lac Ontario quatre barques armées commandées par le sieur La Force, la Marquise de vingt canons, la Hurault de quatorze, la Lionne de six, et le bateau Suint- Victor de quatre pierriers.
Ces barques étoient destinées à croiser sur le lac Ontario, à conduire les convois de munitions et des troupes de Frontenac à Niagara. Les Anglois y avoient aussi six barques armées ; elles eurent une rencontre avec les nôtres, où nous nous emparâmes d’un esquif armé de quatre pierriers et monté de quatorze hommes d'équipage.
Le marquis de Montcalm destiné à prendre le commandement de l’armée qui devoit faire le siège de Chouaguen, partit de Carillon le 16 juillet, arriva le 19 à Montréal, en repartit le 21, après avoir conféré avec le marquis de Vaudreuil ct recu ses instructions, Il arriva le 27 à la Présentation, il trouva des ambassa- | deurs des Cinq-Nations qui descendoient à Montréal, il tint conseil avec eux, et il démêla facilement qu'ils alloient plus par espions de l’Anglois que comme ambassadeurs, Aussi il écrivit au marquis de Vaudreuil de les garder sous différents prétextes à Montréal jusqu'après l’expédition de Chouaguen, Ce gouverneur général les retint en effet en les traitant bien et en différant les réponses. Il fut même averti par nos Iroquois du Sault-Saint-Louis que ces prétendus ambassadeurs leur avoient présenté un collier pour les détacher de nous,
Le marquis de Montcalm partit de la Présentation le 28 et arriva à Frontenac le 29. M. Mercier, commandant l'artillerie, l’avoit devancé de quelques jours. Le marquis de Montcalm s'occupa du 29 juillet au 4 août à tous les préparatifs pour son expédition: la revue des troupes, leur répartition, celle des vivres, l'artillerie et à arranger avec M. de Lapause, aïide-major du régiment de Guyenne faisant fonction de major-général, et M. Landriève, écrivain principal de la marine, Tout ce qui pouvoit regarder l’arrangement des vivres, celui de dixhuit cents miliciens qui furent arrangés par brigades, les faire équiper, armer, réparer leurs armes et tenir plusieurs conseils avec les Folles-A voines, les Iroquois de la Présentation, ne furent pas une petite besogne du
29 juillet au 4 août, M, de Bougainville, aide de camp du marquis de Montcalm, fut envoyé à la baie de Niaouré où étoit le rendez-vous de toutes les troupes, pour y conférer avec M. de Rigaud, prendre connoissance des subsistances et y faire construire des fours, afin d’y établir le dépôt des vivres de l’armée destinée au siège de Chouaguen,
Du 31 au 5. — On s'occupa de l’arrangement des vivres et de celui des bateaux, de la distribution de ; trois cents miliciens en brigades, d’en faire des revues pour les armes, les équiper; tous ces divers détails furent faits avec autant d'activité que d'intelligence par le marquis de Montcalm et le sieur de Lapause, aidemajor du régiment de Guyenne, qui a fait les fonctions de major-général, La partie des vivres fut mise en règle avec le sieur Landriève, écrivain de la marine, faisant fonction de commissaire, Le sieur de Bougain- À ville fut envoyé à la baie de Nisouré pour concerter avec M. de Rigaud les divers détails qui concernoient le corps qu’il commandoit, y faire construire des fours, et faire des arrangements relatifs à la subsistance qui pôût assurer celle de l'armée jusqu’au premier septembre. Le marquis de Montcalm avoit fait comprendre dans cette approvisionnement une quantité de blé-d’Inde, de farine et de pois pour vouvoir, si ces convois de pain étoient interceptés, réduire les troupes: les sauvages au blé-d’Inde, les Canadiens à faire une espèce de bouillie avec de la farine, et le soldat françois à se contenter d’une moindre ration de pain avec une augmentation de pois. Les diverses troupes, à qui il proposa d'avance, acceptèrent cette proposition avec
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